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autan mes vents l'emporte devo

 [Photo: "Autant mes Vents l'Emportent" par Dr Devo.]

 

 

 

UN HOMME QUI CRIE de Mahamat-Saleh Haroun (Tchad-France-Belgique, 2010)


Youssouf Djaoro a une soixantaine d'années, et travaille comme maître-nageur à la piscine d'un hôtel huppé. Dans sa jeunesse, il fut champion de natation, inutile alors de dire que la piscine, c'est toute sa vie, et qu'il écoule des jours heureux au bord de l'eau à surveiller des gamins qui hurlent. Mais l'hôtel a été racheté par des investisseurs chinois, qui menacent de licencier une bonne partie du personnel. En parallèle à cela, le Tchad est en pleine guerre, et le gouvernement demande à ceux qui n'ont pas encore trahi leur pays en rejoignant les factions rebelles, un "effort de guerre", à savoir de l'argent, ou un fils à envoyer au front. Ca tombe plutôt mal, parce que Djaoro a un fils d'une vingtaine d'années, qui travaille avec lui à la piscine, et qui pourrait éventuellement menacer son travail...



Fermez les yeux. Imaginez un instant un jeune homme, il veut devenir scénariste. Il achète un livre qui explique comment écrire un tel document, quels sont les ressorts dramatiques, comment on les utilise, ce genre de choses. Il se dit, tiens, c'est intéressant, et ça va m'aider, alors je vais m'en servir et écrire quelque chose. Ce jeune homme découvre, au détour d'une page interweb, qu'un concours de scénarios se déroule pas très loin de chez lui, et qu'il peut envoyer son épreuve au jury qui décidera si oui ou non, son script est valable. Il se dit pourquoi pas, après tout, je n'ai rien à perdre, et puis j'ai bien travaillé, j'ai fait tout ce que le livre m'a dit de faire, alors pourquoi pas moi. Il l'envoie. Le jury, submergé par ce qu'ils ont reçu, lit tout de même, en diagonale, les projets. Celui du jeune homme retient leur attention. Le juré numéro trois le lit une deuxième fois, avec soin et précision. Pour elle, c'est celui-là. Elle fait passer le mot à ses collègues, qui élisent ce script à l'unanimité. Sa victoire en poche, le jeune homme, encore extatique, reçoit un courrier d'un producteur, qui a lu son travail et veut l'adapter au cinéma. Deux ans plus tard, le film est en compétition officielle au festival de Cannes. Son titre : L'HOMME QUI CRIE.



Si j'ai écrit cette longue fable (post-) moderne, c'est que le film qui nous intéresse à présent pourrait être étudié dans les écoles de cinéma (et le sera sûrement), tant il est didactique et d'un classicisme absolument effrayant. Rien ne dépasse et les ressorts dramatiques, prévisibles plus que de raison au bout d'à peu près six minutes, sont disséminés aux endroits les plus évidents et les plus normaux, pourrais-je dire. Des scènes sont là uniquement à titre illustratif, par exemple pour appuyer une caractérisation de personnages (la séquence de la pastèque), et n'apporte rien d'autre au récit, à la narration, et est encore moins intéressante au niveau de la mise en scène. On peut presque deviner ce qui va se passer avant chaque coupe. Disons qu'il n'y a pas de jeu de ce côté-là, ou d'envie de s'écarter, même un tantinet, de la norme. Je dois avouer que c'est ainsi le cas de beaucoup de films, mais pour celui-ci, cela m'a vraiment marqué, donc il prend pour les autres, et j'en suis désolé. La narration est donc d'une banalité absolue, un parfait exemple de film Dossiers de l'écran, qui dit que la guerre c'est pas bien parce que ça tue, et que virer des gens c'est pas bien parce qu'après ils n'ont plus rien. Mais Haroun, également scénariste, rajoute une chose qui fonctionne plutôt pas mal : la lâcheté du père. Je ne peux pas en dire plus, bien sûr, mais cela apporte un peu de relief à l'ensemble, sans franchement l'élever par ailleurs.



Le rythme du film est plutôt lent et contemplatif, certains plans durent trop longtemps, ce qui provoque un léger malaise et est plutôt dérangeant, malgré un montage pas très beau, les raccords et les coupes sont parfois aberrants (dans la ruelle, de nuit, sur le side-car, il coupe beaucoup trop tôt pour donner une quelconque émotion : la peur de l'écran noir, visiblement). En fait, tous les leviers de mise en scène sont au diapason de l'illustration du scénario, ce qui donne au final quelque chose de pas très intéressant. Il y a de temps en temps un effort de cadrage, mais trop rare pour être vraiment souligné.




 

 

LA PRINCESSE DE MONTPENSIER de Bertrand Tavernier (France, 2010)



Seizième siècle, la France est meurtrie par les guerres de religions. Lambert Wilson n'est pas une princesse, ce qui est assez dommage, parce que ça aurait pu être tout à fait rigolo et intéressant. Bref, il est comte et tue sans le vouloir une femme enceinte. Traumatisé, il déserte et abandonne le combat. Il rencontre Grégoire Leprince-Ringuet, qui a le nom de l'emploi puisqu'il est prince de Montpensier, son ancien élève et ami, qui décide de l'accueillir en tant que garde. Pendant ce temps-là, le père du prince, qui aurait quand même bien envie de s'élever dans la société, décide, avec le marquis de Mézières, de marier Grégoire à la fille de ce dernier, Marie, alias Mélanie Thierry. Sauf que la demoiselle, elle, est promise à et est amoureuse de Gaspard Ulliel, le duc de Guise. Ulliel est fou de rage, et jure à Grégoire qu'il va se venger. Et Lambert Wilson dans tout ça ? Ah, oui...



Tavernier, l'affreux à la grande gueule, déjà précédemment à Cannes pour UN DIMANCHE DE CAMPAGNE pour lequel il a gagné le prix de meilleur réalisateur, la blague, et qui a sorti l'année dernière son film américain, DANS LA BRUME ELECTRIQUE, avec La Bûche, alias Tommy Lee Jones, revient donc triomphant avec son nouveau film en costumes, adapté d'un livre de Madame de La Fayette. Tavernier + film en costumes, ça ne sent déjà pas très bon. J'aurais dû me méfier.



J'avoue ne pas savoir par où commencer. Le film fait précisément cent trente-neuf minutes, et aurait pu facilement en faire quarante-cinq de moins. Je m'explique. Toute la partie avec Lambert Wilson est absolument inutile, et aurait dû être coupée dès l'écriture du scénario. Nous le suivons au début, les premières minutes sont pour lui, on se dit qu'il va avoir malgré tout un rôle important. Que nenni, mon bon. Il disparaît au fur et à mesure du film, ne faisant plus que des apparitions fantomatiques ou inutiles, étant délaissé du rôle promis par le début du film dans le récit. En fait, ensuite, son action se résume principalement à éduquer Mélanie Thierry (poésie, lecture, écriture, ce genre de choses), ce qu'aurait pu faire un tout autre personnage, qui n'aurait pas eu une telle importance dès le début, on aurait même éventuellement pu ne pas voir cet apprentissage, qui est d'une inconséquence presque comique également, puisque si la jeune princesse fait tout un foin pour apprendre à écrire, elle n'écrira pas une ligne de tout le film. Surtout que le personnage de Christophe Lambert Wilson évolue, mais de manière complètement anarchique et artificielle (je ne peux pas en dire plus), en particulier parce qu'à la fin, il a un geste d'un illogisme et d'une stupidité assez déconcertante, se contredisant toutes les trois secondes, pour finir par être complètement flou, perdu, inutile. Le personnage aurait dû disparaître dès le départ. Mais bon, tant qu'à pédaler dans les descentes, allons-y et prenons les pires acteurs du cinéma français, qui jouent comme des bites, pardon, mais là il faut être clair et franc, et déclament comme dans le pire du théâtre de boulevard des dialogues estampillés 16ème siècle, caution historique au dos du dossier de presse. C'est absolument insupportable et cela a provoqué quelques rires dans la salle, d'habitude très respectueux des films en cours de projection. Les scènes d'action sont rares et ridicules, les coups assénés sonnant franchement faux, et on voit même, dans certains angles de la prise de vue en steadicam, que les acteurs plantent leurs épées entre le bras et le corps des cascadeurs. Si l'ambition est de faire un film à grand spectacle, avec force costumes, il faut en avoir les moyens et ne pas laisser une prise où on voit clairement que ça ne fonctionne pas. On peut dire ce que l'on veut du cinéma commercial américains et des blockbusters mais chez eux, en tout cas, quand il y a des scènes d'action on y croit. Ici, on veut faire du grand spectacle intelligent, et c'est raté des deux côtés. Bravo.



Comment retranscrire la douleur qui m'a foudroyé pendant la vision de ce film ? Peut-être en vous disant que bien évidemment et en plus de cela, la mise en scène est purement illustrative (il décadre bien à des moments et fait quelques mouvements de caméra sympathiques, mais c'est une goutte de pus dans un océan d'étrons), sans jeu de lumières, de son (si, la musique est atroce et bien trop présente), de montage. C'est laid à n'en plus pouvoir, et c'est en compétition officielle au festival de Cannes. C'est dégoûtant, parce que ce film est une insulte au spectateur, qui ajoute à l'inanité d'un scénario extrêmement mal écrit une mise en scène même pas digne d'un blockbuster américain. Je suis certain d'oublier de vous parler de pas mal de choses, mais LA PRINCESSE DE MONTPENSIER est tellement mauvais que je n'ai même plus envie d'écrire dessus. Fuyez, pendant qu'il en est encore temps.

 

LJ Ghost.

 

 

 

 

 

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Mercredi 19 mai 2010 3 19 /05 /2010 01:28

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 millionsdecopains devo

 [Photo: "La Chance au Bon Goût (la France a raison)" par Dr Devo.]

 

 

 

 

 

 

 

 LJ Ghost.

 

 

 

 

 

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ANOTHER YEAR de Mike Leigh (UK-2010)



Jim Broadbent et Ruth Sheen sont un couple de presque retraités qui vivent dans un joli pavillon londonien. Il est ingénieur géologue, elle est psy dans un hôpital, et tout se passe pour le mieux entre eux. Ils cuisinent et jardinent ensemble, et une grande complicité ainsi qu'un amour indéfectible semble les lier. Leurs amis sont un peu moins gâtés par la vie : seuls, consommant une quantité astronomique d'alcool, ils prétendent que tout va bien, mais le vernis craque rapidement et ils se confient au gentil couple de manière naturelle. Sur une année, ils vont être les confidents et les témoins des errements de toutes ces âmes perdues.



Après sa Palme d'or pour SECRETS ET MENSONGES et son prix de meilleur réalisateur pour NAKED (NdDrD: film sublimissime), film sublimissime (NdDr: Ha bah tu l'avais dit!), Mike Leigh revient au festival de Cannes, en compétition, avec une oeuvre un peu moins" flamboyante" et ancrée dans sa réalité à lui, probablement empreinte de ses propres questionnements sur la vieillesse.



Parce qu'évidemment, le sujet du film est le temps qui passe, et qui détruit tous les espoirs, comme le prouve, notamment, le chapitrage en saisons. Que c'est difficile de voir son corps s'enlaidir, devenir ridé, et la décrépitude physique engendre l'effondrement psychologique, pour peu que l'on soit déjà fragile, et sans personne qui nous aime. Finalement, ce n'est pas tant du couple Broadbent/Sheen dont nous parle Leigh, ils ne sont que le catalyseur qui rapproche ces personnages perdus au même endroit, ils sont une sorte de poème pour ces gens, un idéal qui n'existe pratiquement pas. Le couple semble sorti d'une publicité, il est parfait et fait preuve, en particulier, de compassion et de patience à l'égard des perdus à la vie. Il n'y a rien à dire sur le couple, en fin de compte, et Leigh se focalise alors plutôt sur leurs réactions aux évènements que sur leurs actions, au vu de la quasi-absence de dramaturgie possible de leur part, en terme de caractérisation de personnages. Elle sera possible grâce aux amis du couple donc, en particulier Lesley Manville et Peter Wight, qui finalement ne cherchent qu'une épaule pour pleurer, une oreille empathique et un coeur aimant. Et là, petit souci, les deux personnages se ressemblent trop. Trop pour s'assembler dans le film. Hors du film l'effet est plutôt néfaste parce que l'on a finalement l'impression de voir les deux mêmes personnages, qui ont exactement les mêmes problèmes, les mêmes doutes, les mêmes envies, les mêmes rêves, etc. Cela provoque un effet de répétition plutôt mal vu, parce que d'une part l'ennui pointe, et d'autre part voir deux fois décrit le même caractère, la même psychologie, à quelque chose près, ce n'est pas forcément très intéressant. Alors ils ont des différences, bien sûr, parfois assez prononcées et plutôt bien amenées, comme cette façon qu'a Manville de parler, parler, parler toujours, parler pour ne rien dire, juste pour remplir le silence, juste pour éviter d'être aspiré dans le néant de sa propre existance. Le jeu de l'actrice est alors plutôt précis, et je pense que c'était dû à sa performance mais si j'étais mauvaise langue, je dirai que c'est à cause du volume du son trop fort dans la salle, mais à chaque fois qu'elle ouvre la bouche on sursaute, on se crispe, c'est un flot discontinu de voix aigüe et extrêmement agaçante, qui est très efficace. En tout cas il y a une volonté de montrer que la vie (quand on est vieux ? Ou alors c'est valable dans son entièreté ?) n'est qu'une succession de vides que l'on tente de combler par de la parole, ou du jardinage, en tout cas par quelque chose d'inutile, qui devient alors indispensable.



Malheureusement, du côté de la technique, c'est assez catastrophique. Des cadres pas très beaux, toujours très serrés sur les personnages, et des kilotonnes de champ/contre-champ, un son sans jeu, un montage d'un didactisme mortifère (les saisons !), et surtout une photographie vraiment cul-cul la praline, comme si elle était faite par un enfant. Jaune-orangé vif pour l'été, orangé automnal pour l'automne, bleuté pour l'hiver, ça ne va jamais plus loin que ça. Les quelques extérieurs sont grisâtres et sans vraiment d'intérêt. En fait, c'est plutôt une pièce de théâtre qui se joue, au vu du quasi-huis clos et surtout de la volonté de faire pas mal d'entrées et sorties de champ, tout cela, encore une fois, dans un même espace, ce qui trahit la volonté initiale. Je ne suis potentiellement pas contre, mais encore faut-il travailler sa mise en scène. Là, bof. Dommage.




 

 

LES MAINS EN L'AIR de Romain Goupil (France-2010)



2067. Une vieille femme se rappelle de son enfance. Elle avait dix ans, vivait en région parisienne, allait à l'école avec sa petite bande de copains. Elle est tchétchène et n'a pas de papiers. La police expulse un de ses camarades et sa famille, et elle a peur de suivre le même sort. Mais c'est sans compter sur Valéria Bruni-Tedeschi, maman d'un des copains de la petite, qui va la prendre sous son aile afin qu'elle ne soit pas expulsée à son tour. Mais, bien sûr, ce ne sera pas aussi simple.



Ah, les affres des horaires ! Ratant de peu un autre film à cause du Mike Leigh, le choix d'un remplacement ne fut pas chose aisée. C'est un peu au hasard que nous allons au marché du film, voir le nouveau film de l'auteur de MOURIR A 30 ANS, vainqueur de la Caméra d'Or en 1982. Je dois avouer mal connaître les films du garçon. J'ai été servi.



En effet, c'est un festival de choses toutes plus affreuses les unes que les autres. D'abord, ça commence donc en 2067, presque de manière totalement gratuite, dans une grande baraque blanche, et le résultat est tout à fait splendouillet. C'est une drôle d'idée, d'une naïveté déconcertante, mais j'y reviens un peu plus bas. Goupil enchaîne ensuite avec la présentation de la bande de gamins, chose qui donne déjà envie de partir en courant, mais quand en plus on s'aperçoit qu'ils sont totalement United Colors of Bennetton, la peur panique prend à la gorge. Il y a Hippolyte Girardot. Le dispositif technique est léger, c'est de la vidéo, et ça ne me pose aucun problème, sauf quand ce n'est pas bien fait, mais j'y reviens aussi. Le métrage se déploie de la manière la plus prévisible possible, dans la plus pure tradition des dossier de l'écran, exactement tel que vous l'imaginez dans vos pires cauchemars. Mais finalement, quelque chose d'assez étrange se passe, et apporte une cohérence bringuebalante à cette idée de scènes dans le futur, donc de narration en flashback, dont je parlais tout à l'heure. Pour vous expliquer rapidement, pendant que les adultes s'engueulent pour trouver une solution au problème de l'expulsion des sans-papiers, les enfants prennent le problème à bras-le-corps et décident de fuguer ensemble. Le résultat de cette entreprise donne un ton vraiment doux-amer quant au champ des possibles en matière d'avenir : en gros, quoique l'on fasse, on est condamnés. La réaction ou l'inertie, c'est la même chose, les deux se valent parce que finalement, le résultat est le même. Il y a quelque chose du dernier geste inconséquent, beau et vain, qui amène finalement à une impasse, et aux regrets éternels. Avec cette fin non plus vraiment politique, mais nihiliste, Goupil renvoie tout le monde dos à dos et met, le temps de quelque secondes, tout le monde sur un pied d'égalité (ce qui, par ailleurs, contredit les 90 minutes précédentes de manière assez étrange).



Ce qui n'empêche pas le film d'être une abomination, et d'un laisser-aller artistique impardonnable. Il n'y a aucun travail de mise en scène. Rien. Aucun levier n'est mis en jeu. Et les scènes ridiculissimes s'enchaînent, de l'apparition de Girardot à l'interrogatoire d'un gamin de 10 ans insulté et brutalisé par des flics, qui sont dépeints comme une armée de gros cons qui guettent le moindre faux pas, marchant tous au même rythme et incapables de faire leur travail de manière correcte et" humaine". Les scènes de JT, d'interviews, sont littéralement honteuses. A la fin du film, il y a une très longue scène qui se voudrait être filmée par une équipe de télévision. Goupil donne donc à l'image de très gros pixels, une lumière encore plus hideuse que dans le reste du film, et surtout bouge artificiellement sa caméra dans tout les sens, en très longue focale et en plans très rapprochés, ce qui donne une bouillie infâme proche du vomi, sûrement pas digne d'une news de JT, qui tente en général d'être suffisamment claire pour être comprise par le plus grand nombre. Là, on ne voit rien, on ne comprend rien, c'est affreux. Je vais dès à présent l'effacer de ma mémoire sélective et faire comme si je ne l'avais jamais vu.



J'ai également vu une version restaurée de TRISTANA de Luis Bunuel, mais malheureusement la fatigue causée par des horaires indus m'a forcé à piquer de l'oeil durant la projection. Je n'ai vu que 99% du film, je préfère donc, par honnêteté intellectuelle, ne pas vous en parler, ayant pu rater un mouvement de caméra ou un point de montage sublime dont je ne pourrais donc pas vous parler. En tout cas, le pourcentage que j'ai vu est absolument magnifique, et certains devraient en prendre de la graine. Suivez mon regard.

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Lundi 17 mai 2010 1 17 /05 /2010 19:45

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lipton devo

(De gauche à droite, du haut vers le bas: le film, le président du Jury, Matière Focale en septembre 2010. Photo par John Mek-Ouyes et Dr Devo.)

 

 

 

 

Il n'y a pas que la compétition officielle dans la vie cannoise, alors allons un peu voir à côté, là, tout près, les choses qui respirent et qui appellent le cinéphile avide de découvertes. Compétition officielle, Un Certain Regard, Marché du Film. Dans l'ordre. Faites vos jeux.

 

 

THE HOUSEMAID de Im Sang-Soo (2010-Corée du Sud)

 

Jeon Do-Youn est engagée comme servante par un couple de jeunes gens très très riches pour s'occuper de leur petite fille. Alors qu'elle vaque à ses occupations en uniforme, elle est quelque peu troublée par le maître de maison, un jeune homme complètement successful qui joue du Beethoven à ses heures perdues. Il va la prendre comme maîtresse. Et comme tout se sait toujours, ça va faire du grabuge dans le manoir...

 

 

La Corée n'a pas fini d'animer Cannes. Après les beaux THIRST et MOTHER l'année dernière, c'est au tour d'Im Sang-soo (réalisateur d'UNE FEMME COREENNE) d'y aller de son petit film assez étrange, voire même complètement polymorphe. Ca ne commence pas mal du tout, avec une séquence de présentation assez abstraite, très découpée, jouant énormément sur le mouvement (que ce soit au niveau de la caméra ou du placement des figurants) et sur les valeurs de plans, qui sont ici vecteurs d'une sensation de perte et de confusion qui s'entremêlent de manière élégante avec ce qui se joue : on ne sait pas trop ce qui se passe, mais une femme est suspendue à un balcon, à côté de ça des jeunes sont à une fête, des voitures passent, l'héroïne découpe du poisson... On cherche la spatialisation alors que Sang-Soo nous dit très clairement que tout se joue en même temps, exactement au même endroit, qu’il n'y a qu'un lieu et que ce sera celui de la mort. Le ton est donné. Mais en fait, non. On se calme un peu et on suit de manière plus particulière à présent, l'héroïne dans ses premiers pas à l'intérieur du fameux manoir du couple. Découverte de l'enfant à garder, moments heureux d'insouciance pour un personnage qui rappelle l'Idiot de Dostoïevski (c'est dit dans le film mais, chose amusante, n'a été traduit comme tel que dans les sous-titres anglais, les sous-titres français, eux, l'ont juste qualifié de "simplette" si je me souviens bien. Serions-nous moins à même de comprendre la référence culturelle ? Pourquoi les francophones sont-ils ainsi spoliés ? Etrange, tout de même). Puis du sexe, un peu, on ne voit rien, juste de la peau, des corps humides qui se frôlent, des voix qui se parlent crûment. Puis de l'humour, ce qui m'a posé un vrai problème, mais j'y reviendrai. Puis vient la tragédie, moralement éreintante et insoutenable, les actions font très mal. Si j'ai fait cette petite liste, c'est pour illustrer le fait que Sang-soo va se servir un peu dans toutes les crèmeries, dans l'espoir que son dessert soit le plus beau possible.

 

 

Sauf qu'il s'éparpille un peu. Je n'ai rien contre la comédie en général, mais j'ai trouvé qu'ici, son incursion au sein du récit était un virage pas très bien négocié. Disons qu'à un moment donné, la belle-mère du maître de maison fait son apparition, et elle est vraiment trop outrée pour totalement convaincre et se fondre dans la proposition du film. C'est au niveau de l'écriture même que ça pêche. Si le film, dans son ensemble, est plutôt correctement mis en scène, donnant une certaine envergure au côté totalement réaliste, dirons-nous, du métrage, l'ajout du personnage de la belle-mère envoie valdinguer à peu près tout ce qui a été fait jusque-là. Pour vous expliquer, elle agit un peu comme un génie du mal, toujours là pour faire une saloperie, mais de manière forcée, deus ex machina malade qui va précipiter la tragédie. On sent l'artifice pour justifier le point de non-retour, et son écriture brute et manichéenne, quelque part, dénote avec la certaine subtilité des autres personnages. On n'y croie pas, ça ne fonctionne pas. Et c'est vraiment très dommage, tant le reste du film a des qualités qui méritent d'être vues.

 

 

Quelques scènes sont très réussies. Celle du club de golf, vrai moment de douleur contenue, de haine ravalée, prête à exploser, lorsque la conscience, l'humanité reprennent le dessus. Le dialogue entre l'héroïne et le maître de maison après la scène du "bain", magie fugace, lumière d'espoir d'une inconséquence et d'une folie tragiques. L'incursion du feu dans l'avant-dernière scène, qui exprime de manière allégorique toute la rage qui habite le personnage en en faisant un élément physique, palpable et dévastateur. Ca bosse tout le temps du côté du cadre, à essayer de trouver des angles bizarres, des compositions abstraites, des symétries, des asymétries, elles sont très évocatrices sans tomber dans le didactisme. Le reste est plutôt classique, soigné, il y a du boulot, mais rien de renversant.

 

 

Au final, un film plutôt pas déplaisant, mais nous sommes encore loin du chef-d'oeuvre.

 

 

 

 

 

L'ETRANGE AFFAIRE ANGELICA de Manoel de Oliveira (Portugal, 2010)

Ricardo Trepa est un jeune photographe appelé d'urgence, une nuit, par une puissante famille locale, pour prendre des clichés de leur fille Angelica, morte peu après son mariage. Il accepte, et à l'intérieur de son viseur, le visage de la jeune femme s'éveille...

 

 

Ca fait toujours plaisir d'avoir des nouvelles du plus jeune grabataire du cinéma ! Presque 102 ans au compteur, et le garçon pète la forme, tourne toujours, voire même plus que jamais, avec bonheur paraît-il puisque qu'apparemment, son précédent, CHRISTOPHE COLOMB, L'ENIGME était magnifique. Mais parlons donc du tout dernier, qui, je dois l'avouer, a une des brioches (terme focalien de "pitch", bien plus beau que l'original, bien sûr) les plus intriguantes et intéressantes de cette quinzaine.

 

 

L'obstacle. Voilà comment le film aurait pu s'appeler, tant tout au long du métrage l'action se heurte à des éléments qui l'empêchent fréquemment, euh non, tout le temps, d'avancer. Et, complètement malicieux, De Oliveira se sert de tout ce qu'il a sous la main pour mettre des bâtons dans les roues de ses personnages. D'abord la musique, qu'il laisse terminer jusqu'au bout de la partition pour couper son plan et passer à autre chose, idée vraiment belle qui laisse une impression de vide abyssal, puis le son, qui vient parasiter tout effort d'expression ou d'intériorisation (magnifique scène de déclamation de poème, avec en fond sonore un vieux transistor qui crisse, qui larsène, qui crache quelques notes de musiques pour se remettre à grésiller, ou des bruits de camion dérangeants et surprenants qui viennent couper une conversation en plein milieu, forçant les personnages à aller à la fenêtre voir ce qu'il se passe avant de revenir à leur action initiale), les éléments de décor, la figuration... Tout est fait pour casser le rythme et installer une espèce d'à-plat haletant et surprenant: étrangement, même au bout de deux ou trois fois d'affilée, on n'imagine pas qu'il va encore saboter l'avancée du récit, prenant encore et toujours le spectateur par surprise. Et ce qui est encore plus beau, c'est que la résolution du film inclut, en son sein même, et disons est la justification finale de tout ce procédé, un obstacle, le dernier, que je ne vous révèlerai pas mais qui est, je vous l'assure, absolument magnifique.

 

 

Du côté de la mise en scène, De Oliveira s'éclate aussi, en cadrant au cordeau, en se permettant de finalement assez peu couper (le montage, lent, est malgré tout assez tendu) et de ne se poser que rarement la question du contre-champ, mais quand il le fait c'est éblouissant parce que généralement accompagné d'un changement de photo, de perspective, d'une espèce de césure au niveau du rythme qui donne une impression d'étrangeté. Il inclut même quelques incrustations vidéo en noir et blanc, très belles, qui participent à une scène de lévitation assez hallucinante où le son joue constamment, jusqu'à, à un moment, s'arrêter presque totalement, comme conférant à ces quelques secondes un souffle de liberté, voire de spiritualité très émouvant.

 

Merci, monsieur De Oliveira, merci de donner aux petits jeunes aux dents longues et aux idées courtes des leçons de cinéma, et un parfait exemple de ce que l'on peut faire quand on joue avec les leviers de la mise en scène. Le fait que vous ne soyez pas en compétition officielle me révolte. Mais c'est vrai que vous avez reçu un prix d'honneur à Cannes, il y a quelques temps, pour eux vous êtes déjà mort. Pour nous, vous êtes le plus vivant.

 

 

 

 

 

 

MR. NICE de Bernard Rose (UK-2010)

La vie de Howard Marks, un ancien d'Oxford devenu, dans les années 60-70, un des plus grands trafiquants de drogue de Grande-Bretagne.

 

 

Quelle ne fut pas ma surprise en voyant le nom de Bernard Rose, l'excellent réalisateur, d'entre autres, CANDYMAN avec Virginia Madsen, film fabuleux s'il fallait le rappeler, dans le programme du Marché du Film (et pas en compétition, voyons, les enfants, soyons sérieux !). L'instinct me pousse à y aller, ne connaissant absolument rien du film.

 

 

Nous suivons donc Marks, incarné par le formidable Rhys Ifans, et d'entrée de jeu c'est de la folie pure. Nous commençons donc par voir le héros du temps où il était au lycée, et là, nous nous apercevons qu'Ifans lui-même joue le rôle de Marks quand celui-ci a 17 ans ! Quelle délicieuse étrangeté de voir l'acteur extatique, sauter dans les bras de ses parents, hurlant sa joie alors qu'il vient de recevoir la lettre d'acceptation à l'université d'Oxford ! C'est absolument sublime et ce sera ainsi pendant tout le film, Ifans jouant Marks à tous les moments de sa vie. Mais Rose ne s'arrête pas là. Il doit recréer l'Angleterre des années 60, ses rues, ses voitures, ses passants ? Trop cher, pas intéressant, alors le réalisateur utilise des stock-shots sales et granuleux de ces années-là, et incruste Ifans déambulant à l'intérieur, et rajoutant les grains sur l'acteur ! Il n'y a des stock-shots d'Oxford en noir et blanc ? Pas grave, on les utilise, et par la même occasion, on incruste Ifans en noir et blanc, et en qualité 8mm ! Il doit se rendre à Kaboul ? Même traitement ! Et ensuite, bien sûr, on va vraiment tourner dans ce qui ressemble à un désert afghan, pour les plans qui suivent. En fait, il utilise le procédé d'incrustation sur stock-shot à chaque fois qu'il doit introduire un lieu, ou à chaque fois qu'il doit avoir de la vie d'époque à l'arrière-plan, pour ensuite revenir dans un décor naturel un peu moins fourni et plus pratique à faire, que ce soit pour des scènes à pied, ou en voiture (la première fois qu'il est en Afghanistan, en jeep, est une des choses les plus drôles et les plus folles que j'ai vu depuis longtemps) ! Bref, ça invente, ça n'arrête pas, ça cherche des solutions pour rendre la chose complètement belle et ludique. Vous n'avez jamais vu une scène de sexe telle que la première montrée dans ce film (ce qui a fait dire à une amie, présente à côté de moi, "c'est la suite d'ENTER THE VOID "»). Quand on ajoute à cela une photo vraiment belle (il la fait lui-même), un sympathique jeu sur le son, des cadrages bien sentis et un casting trois étoiles (Ifans, Chloe Sevigny, David Thewlis), ce premier quart d'heure annonce monts et merveilles.

 

 

Malheureusement, Rose a du mal à tenir la barque. Un peu à l'instar de SHUTTER ISLAND de Scorsese, la mise en scène se délite assez rapidement pour abandonner toute invention au profit de l'avancement du scénario et d'une certaine précision dans la biographie du garçon. Rose lève le pied et se fait un peu bouffer par son récit. S'ensuit un quasi festival de champs/contre-champs, moins de jeu sur les axes, et si la lumière est toujours belle, le montage s'effrite et s'étiole.

 

 

Il est vraiment dommage que le réalisateur n'ait pas réussi à aller au bout de son idée, de ses idées, tant le film aurait pu être absolument beau et iconoclaste. Je dirai même qu'il aurait pu être important. Au lieu de cela, il y a un quart d'heure, vingt minutes de folie, une montagne russe hallucinante d'émotions, puis un récit comme tous les dealers de drogue, avec ascension sociale et chute vertigineuse, en n'oubliant pas femme et enfants qui souffrent. C'est triste. Mais à voir quand même, pour ce début tellement grotesque.

 

LJ Ghost.

 

 

 

 

 

 

 

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Dimanche 16 mai 2010 7 16 /05 /2010 19:44

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Jury Cannes 2010 devo

[Photo: "Jury (jusqu'à ce que je m'arrête)" par Dr Devo.

 

 

 

 

La focalie plante de nouveau son drapeau sur la Croisette, dans les suites royales du Martinez et juste devant les starlettes, grâce à un badge pas très beau d'ailleurs, dont je vous raconterai peut-être l'obtention par Matière Focale dans un autre compte-rendu, et l'histoire est croustillante ! Juste pour te faire saliver, lectrice bien-aimée, lecteur adoré. En attendant ce moment tant attendu, entrons dans le vif du sujet avec deux films en compétition officielle.

 

 

 

TOURNEE de Mathieu Amalric (France-2009)

Mathieu Amalric a une moustache. Accessoirement, il est producteur de shows de "new burlesque", où des femmes plutôt rondes s'effeuillent par le biais de petits sketches comico-sensuels, et qui font fureur dans les petits théâtres de quartier avides de provoc et de grotesque. Il les a fait venir des USofA, et les emmène dans une tournée (jackpot !) européenne, en passant bien entendu par la France. Le Havre, La Rochelle, Nantes, Amalric les fait passer par les villes portuaires, contournant allègrement la capitale, dans laquelle il a vécu quelques années auparavant. Et pour cause, puisqu'à Paris, ce sont des ennuis qui l'attendent, et il semble ne pas y avoir laissé un bon souvenir. Après tout, pourquoi avoir amené les performeuses en France ? N'y aurait-il pas un peu, comme disait le poète, Ang Lee sous France Roche ?

 

 

Acteur fétiche des films pas très beaux d'Arnaud Despleschin, que vous avez aussi pu voir chez Spielberg (MUNICH), Resnais (LES HERBES FOLLES) ou Besson (ADELE BLANC-SEC), Amalric semble un peu être la caution intello du cinéma français, ce qui ne lui va pas trop mal et ce dont il semble s'amuser et profiter, grand bien lui fasse. J'avoue même le trouver plutôt bon, ce garçon. Après une poignée de films en temps que réalisateur (notamment LE STADE DE WIMBLEDON), il repasse derrière la caméra (et devant, par la même occasion) pour ce TOURNEE, étrange dépiction du monde du new burlesque. Ou du moins, c'est ce que l'on pourrait croire.

 

 

Parce que finalement, ce que fait Amalric, c'est qu'il se suit lui-même. Fatigué, colérique, courant toujours partout, sorte de Droopy qui aurait bouffé Klaus Kinski (ou l'inverse), il hante le film comme une ombre. De ce fait, il ne s'intéresse pas tant aux performances burlesques, ni à ces femmes en particulier, mais plutôt à ce qu'elles représentent : l'échappatoire définitive de ce personnage. Il se sert d'elles, dans un premier temps, pour voir si sa vie peut changer, pour essayer, juste pour essayer, autre chose que ce qu'il a fait jusque là, ou plutôt pour échapper à tous ces gens qui lui en veulent, à tout le mal qu'il a pu faire dans sa vie d'avant. Il y a un film entier avant le film, mais on n'en saura jamais rien, j'y reviens un peu plus bas. Bref, nous sommes dans le nouveau paradigme de cet homme, dont nous ne savons rien, et que nous regardons s'ébrouer, suer, s'égosiller, tout cela dans le vent. Puis, le film dérive vers (un peu) autre chose, une sorte de chronique familiale, avec Amalric dans le rôle du père et deux ignobles gamins dans le rôle des enfants, qui évidemment sera semée d'embûches, de râtés, de non j'ai jamais été là pour vous mais je vous aime quand même, tout ça. Je ne vais pas vous dévoiler le reste, bien que je pourrais, tant tout cela n'a aucune espèce d'importance, mais j'y viens tout de suite.

 

 

TOURNEE aurait pu être un film réussi. Le problème, enfin, un des problèmes, vient du nombre d'informations donné sur le personnage, sans que jamais ils ne s'incarnent dans la narration. Je m'explique. Tous les évènements ayant eu lieu avant le film, et il y en a beaucoup, ne sont que suggérés et ne se matérialisent pas, ne s'expliquent pas, Amalric ne donne aucune raison aux problèmes que rencontre son personnage, il nous montre simplement le résultat de ses actions passées. Dit comme ça, ça intrigue, ça sent la bonne idée, du mystère" pas si mystérieux parce que l'on arrive tout de même à deviner ce qu'il a fait", et on nous évite les psychodrames de deux heures (en écrivant, je me rends compte que chacun de ces "problèmes" aurait pu servir de sujet à n'importe quel film sociologique français sur les trentenaires bobos parisiens pour qui la vie, elle est trop dure ! Amalric les balaie d'un revers de la main et ne montre que l'après, et c'est pluôt bien vu – sur le papier...). Sauf que finalement, ce trop-plein de non-dits est plus inconsistant qu'autre chose. On se retrouve avec un personnage léger, lisse et filiforme, sans vraiment d'aspérités, qui se contente d'aller voir à droite et à gauche pour trouver les causes de ses traumas, mais sans y faire quoique ce soit, et sans que cela ne solidifie le personnage ou n'apporte la moindre petite contradiction. Le personnage est monocorde, et ressemble à une coquille vide. Amalric reste à la surface de son sujet, de son personnage, et ne creuse jamais plus profondément. Il fait du surplace, et le film avec.

 

 

Du côté de la mise en scène, ce n'est vraiment pas très bon. Les cadres sont à peu près tout le temps hideux, avec acteurs coupés, morceaux inutiles d'éléments de décor, et même s'il fait parfois quelques efforts (l'ascenseur avec le pilote), tout cela est très paresseux. Le mixage sonore est aberrant, la musique et certains sons d'ambiance étant bien trop forts, et s'il semble varier quelques fois en fonction du point de vue (quand Amalric regarde les spectacles, par exemple), il le fait pour deux ou trois plans puis abandonne l'idée quand on revient finalement sur le champ initial. Malgré le montage dirigiste et monotone (sauf dans le Buffalo Grill, où le contre-champ sur la fille qui pleure vient juste un peu trop tard, ce qui casse totalement le rythme et apporte saillie et aspérité, donc émotion), il y a une vraiment belle idée de photographie, pas renversante, mais qui fonctionne totalement : vers la fin du film, Amalric est allongé dans le lit d'un hôtel, seul, dans le noir, mais pas exactement. Le plan commence dans la pénombre puis le rideau de la fenêtre à l'arrière plan bouge, laissant entrer le soleil, qui éclaire le visage d'Amalric, qui est allongé de côté, face caméra. Il y a donc, dans le même plan, le visage du personnage qui est éclairé de face par une lumière qui vient visiblement de son dos, ce qui offre un petit côté fantastique qui n'est pas désagréable et qui élève vraiment la scène et l'enjeu de ce qu'il s'y passe. Une dernière chose, à part Amalric et parfois les filles du new burlesque, les acteurs sont mauvais comme des cochons, ils pédalent dans la semoule, la gelée, la descente, tout ce que vous voulez, mais c'est une horreur.

 

 

Je suis peut-être un peu sévère, mais il y avait du potentiel dans ce projet, la possibilité de faire quelque chose de plus grande envergure artistique, et toucher au coeur. Au lieu de cela, Mathieu Amalric s'arrête à la peau.

 

 

 

 

 

CHONGQING BLUES de Wang Xiaoshuai (Chine-2010)

Un père de famille, marin passant la moitié de l'année dans l'eau, apprend que son fils d'une vingtaine d'année a été tué par la police suite à une prise d'otage. Il décide donc de rentrer dans sa ville d'origine et d'enquêter, afin de découvrir la manière dont s'est passé le drame.

 

 

Premier film de Wang Xiaoshuai que je vois, bonjour monsieur, mais mon oreillette me dit qu'il a gagné un prix du Jury en 2005 pour SHANGHAI DREAMS, bravo monsieur.

 

 

Nous suivons donc le père dans ses errements, marchant tel un fantôme dans cette ville chinoise grise et brumeuse, à la poursuite de celui de son fils. L'idée, c'est que le puzzle est reconstitué d'entrée, les journaux ayant relayé l'affaire en long et en large, le père va essayer de déconstruire les morceaux afin de comprendre les raisons qui ont poussé son fils à agir comme il l'a fait, mais également à apprendre à le connaître, lui qui le connaît à peine. Il part donc à la recherche des témoins, victimes, amis de cet enfant, et ainsi accéder un peu à ce qu'était ce cher inconnu. Le souci, c'est que si l'idée est intéressante, faire le chemin à l'envers, elle n'est pas aidée par la mise en scène, qui se contente d'être une longue succession de caméras portées, collées entre elles sans vraiment de jeu (sauf à certains endroits, mais j'y reviens), ce qui a tendance à être rébarbatif au bout de la centaine de minutes que dure le métrage. Mais le problème vient plutôt de la narration, qui aurait pu être éclatée et empreinte de subjectivité, mais c'est tout l'inverse qui se passe à l'écran. L'enquête du père se déroule dans l'ordre chronologique de la prise d'otages fatale, c'est-à-dire que le père trouve une personne qui lui raconte quelque chose qui la concerne, puis s'arrête, puis il trouve quelqu'un autre, qui reprend exactement où la précédente s'était arrêtée, et ainsi de suite. Ce chapitrage qui ne s'avoue pas clairement est un peu dommage, dans la mesure où il n'y a alors plus d'aspérités ni de contradictions : chacun explique sa partie, et n'est jamais remis en cause par personne. L'article du journal sur l'incident disait vrai, et en gros, il n'y avait rien à ajouter quant au déroulement du crime. Le réalisateur perd donc là, malheureusement, un peu de jeu, et un peu d'intérêt quand on comprend, rapidement, où il veut en venir avec cette enquête. Il y a malgré tout, vers la fin du film, des scènes qui montrent un peu plus en profondeur les liens qui unissent (qui désunissent) le patriarche et sa progéniture, et quand finalement on comprend que c'est cela qui intéresse le metteur en scène, le film se termine déjà. C'est un peu dommage.

 

 

Il y a quand même quelques belles choses dans ce film, comme l'idée de la photo du fils, dont je ne peux pas trop parler pour ne pas tout dévoiler, mais qui s'étiole un peu, l'idée elle-même dure trop longtemps, est trop appuyée pour toujours fonctionner. Il y a également ce très beau contre-champ en ellipse : le père et une jeune fille discutent sur un banc, quelques champ/contre-champ, puis plan sur la fille, contre-champ sur le père dans un tout autre endroit, à un tout autre moment, parlant à une toute autre personne. Autre beau contre-champ en ellipse, à la fin du film, entre le père et le fils. Quelques trucs, cependant, sont un peu gros, comme ces changements "chromatiques" selon les époques : noir et blanc avec une teinte marron pour les flashbacks, légère désaturation pour le présent et saturation des couleurs pour le "futur", ce qui n'est quand même pas très fin, vous l'avouerez, même si au final cela apporte une légère cassure.

 

 

Finalement, cette première journée n'a pas été si mauvaise, simplement un peu morne. Rien de très reluisant. Cela ne peut donc qu'être mieux, allez, il faut y croire !

 

LJ Ghost.

 

 

 

 

 

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Vendredi 14 mai 2010 5 14 /05 /2010 10:25

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entervoid

[Photo: "Touch my heaven" par Norman Bates.]

 

 

 

 

 


Si on me demandait ce qu'est une œuvre d'art réussie, je répondrais surement que c'est une montagne de questions sur ce que nous sommes sans ne jamais apporter aucune réponse. C'est en tout cas ce que j'ai dis à ma coiffeuse l'autre jour, alors qu'elle évoquait (en mal) le cinéma de Werner Herzog. En revanche l'autre soir Gaspar Noé me disait lui que le cinéma n'était pas de l'art, le porno non plus, mais que le cinéma pouvait être au mieux comme un bon porno. Ceci dit, tout ca n'a presque aucun rapport avec le sujet qui nous préoccupe aujourd'hui.




BABY BLOOD tiens à la fois des écrits de Nietzsche et d'Haroun Tazieff : nés des volcans et du chaos primordial, un alien trouve refuge dans divers organismes vivants jusqu'à échouer dans le corps d'une gitane bien roulée, poum tchac, qui va nouer une complicité bestiale avec son bébé du troisième type, jusqu'à tout plaquer pour lui et boire le sang de victimes mâles afin de nourrir la Bête. Au fil d'un périple sauvage et violent, Yanka sera tiraillée entre sauvagerie bestiale version orgie dans le sang et conscience judéo-chrétienne qui la pousse à sacrifier Alain Chabat plutôt que Jean Yves Lafesse ou Jacques Audiard. Le film suit la grossesse de Yanka, l'aliénation progressive de la mère porteuse et les conséquences de celle ci sur une équipe de foot et sur la finitude du monde. Venu du cœur tellurique de la Terre et rendu aux éléments, le cheminent erratique de La Mère dans la France du début des 90's semble mettre dos à dos les écrits Lovecraftiens et les films de papas. Film hybride donc, et osé, sur lequel il me parait intéressant de revenir plus de 20 ans après, le film n'ayant de fait pas tellement vieilli.




Difficile de comparer BABY BLOOD à quelque chose. Certes, il y a du délire gore d'un EVIL DEAD, mais c'est quand même plus que cela. A la fois érotique et sensuel, il n'est pas interdit de penser à Rollin ou même à Henenlotter. Et encore, ce serait occulter sa marque de fabrique au lait cru, principalement grâce à un décor baguette-béret-cocorico sorti tout droit du cinoche franchouille populaire des années Mitterand. Réalisé avec rien, mais faisant preuve héroïquement d'une originalité formelle salutaire, on se demande encore à plusieurs reprises comment tel ou tel plan à été tourné. On avait alors affaire à une équipe technique n’ayant jamais fait de gore, ni même de fantastique et qui découvrait un tout nouveau terrain de jeu garant d'une liberté jamais acquise alors, propice à des expérimentations hallucinantes. La photographie est sublime, travaillant les textures avec une intensité ébouriffante comme ces derniers plans sur la mer où les nuages grisâtres sont le contrepied exact de la mer. Les séquences dans la maison abandonnée sont d’une beauté quasiment italienne tandis que les intérieurs au néon donnent dans la perspective futuriste.  Jouant avec une caméra tour à tour objective et omnisciente, la diversité des points de vue et des angles d'attaques pourtant focalisés sur le couple Yanka/Baby font émerger une relation baroque et rock'n'roll dont le sang et le foutre sont les clés. Des gerbes de sang aux scènes de cul, la complicité bivalente (sauvagerie/sensualité) de deux être liés intimement donne de l'Homme une vision sans équivoque et bivalente, tout en ressenti et en sensualité. C'est un film totalement quantique ! Tout est exactement pareil et différent dans un même mouvement un peu obscène qui va de haut en bas, comme une masturbation, un poignard ou un serrage de main. Chaque être à une composition chimique, physiologique, atomique exactement similaire et pourtant c'est à chaque fois le quinté Vincennes avec les numéros complémentaires et dans le désordre. Tout le monde parle la même langue et personne n'y comprend rien, tout le monde se bat et tout le monde fait des enfants. Tous ces mouvements telluriques et masturbatoires de secousses à l'origine de la vie forme le chaos originel dont la Femme est la garante unique, comme détentrice de la vie et du pouvoir ultime, comme matrice originelle. Mais bon dans les faits, c'est la soif et la faim qui sont l'objet d'un film qui parle d'abord d'amour platonique, celui d'une mère pour son fils, même si c'est un psychopathe. La liberté qu'avait alors Alain Robak de filmer joyeusement le périple délirant d'un alien à la voix ridicule s'exprimant en voix off dans la tête d'une pulpeuse jeune femme livrée à elle-même après avoir été maltraitée pendant des années par un mari violent dans des décors digne des pires production françaises de l'époque (les Max Pécas ou autres Bernie Bonvoisin en passant par Truffaut) est bluffante et enivrante, on a pu faire ca chez nous au moins une fois, c'est merveilleux. Y'a des effets spéciaux que les américains nous envient dans ce film ! Y'a des monstres effrayants comme chez Barkouille ! Yummy yummy !

 

Se replonger après vingt années dans BABY BLOOD c'est le passé qui vous prend d'abord à la gorge, c'est les plans qui donnent à voir, les textures juxtaposées du sang et du béton qui vous rentre dans le palais, c'est aéré et on suffoque, c'est virtuose et ca ose, ca se veut âpre mais c'est baroque quand même : c'est Moulinsart mais sans les pantoufles. De tout ce chaos l'empathie nait, mais oui, mais c'est bien sur, les BABY BLOOD déferlent sur le monde tout les jours, ils demandent la tête des hautes instances du cinéma, de ceux qui ont érigés les modèles industriels comme nouvelle norme d'un cinéma pop corn qui ne doit jamais rudoyer le spectateur, qui doit l'accompagner doucement jusqu'à la porte des rêves amputés et des réalités apprivoisés. Et les gens, dans un éternel recommencement iront se faire tabasser, car à gommer les aspérités les plus dérangeantes de la vie, on en oublie les plus importantes : vivre c'est toujours se rapprocher du vide.

 

Les gens, c'est pas le Dalaî Lama ou la souffrance du Tibet, c'est pas la planète qui meurt à la télé, c'est pas les grandes arènes médiatiques où l'on vend des emballages, c'est pas du bien fondé ou des assurances, les gens c'est des autistes, la réalité n'existe pas, le monde est un gouffre, il n'y a pas de volcan en Islande, le chaos règne, l'existence est une organisation à but fécondatrice et à partir du moment où c'est vide il nous reste une place. Prenez ca dans les sens que vous voulez.

 

Bienvenue au monde, BABY BLOOD !

 

 

 

 

 

 


Norman Bates.

 

 

 

 

 

 

 

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Mardi 11 mai 2010 2 11 /05 /2010 22:09

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backdanslesbacs

[Photo: "Zombie" par Norman Bates.]

 

 

 

 

 

 

 

 

“Conquérir c’est détruire” écrivait Shakespeare lorsqu’un qu’un jeune homme voyait dans l’amour accompli les orbites vides d’un crâne débarrassé de toute vie. C’est sans doute l’inspiration première de Dario Argento et Georges Romero quand ils se retrouvent le dimanche après midi à promener leurs gosses dans le square en bas de chez eux : lorsqu'on a crée un genre, qu’on en a tiré les plus grandes œuvres, qu’est ce qu’il reste à inventer ? Quand Romero est obligé par ses producteurs à faire encore et toujours des films de zombie, et alors qu’Argento se voit offrir l’Amérique pour faire du giallo, quand ils se remettent en question pour la énième fois et cherchent à détruire les genres qui les ont fais rois, on ne peut qu’être séduit par la démarche un peu  punk qui les réduit tristement à des bêtes à festivals, ou a des direct to dvds de fonds de bacs. Alors à l’heure où le factuel fait référence et où le regard trop sollicité ne voit plus, alors que les hordes de geek se jettent sur le premier blockbuster formaté à leur destination par un matraquage multimédia permanent qui va du jeu vidéo à la bande dessinée en passant par la littérature ou les comics dans une pluie continuelle de remakes inconsistants ou de suites insipides, ca fait franchement du bien de voir que papy sort de la cave le sourire au lèvre en leur faisant un gros doigt (même pas en 3D !).

 

Dans GIALLO un tueur en série kidnappe des femmes pour les tuer. Dans SURVIVAL OF THE DEAD des chefs de clans écossais se disputent une île dans un monde zombifié, alors que dans le même temps un groupe de militaires se retrouvent parachutés dans le conflit. Des serials killer pour l’un et des militaires sur fond de lutte pour le pouvoir pour l’autre : à première vue, on ne nage pas dans l’originalité, et nombreux sont les films d’Argento ou de Romero qui pourraient être résumés ainsi. Pourtant ces deux films, chacun à leur manière sont extrêmement différents de l’œuvre de leurs auteurs respectifs. En effet, on ne le dira jamais assez, un film est tout sauf un résumé littéraire, un scénario ou une narration. Si ces deux films sont différents c’est parce qu’ils intègrent le cinéma de genre d’aujourd’hui dans leur chair même, pour mieux rappeler à de jeunes réalisateurs pas toujours inspirés qu’il y a une raison à une ellipse, à un montage ou à un cadrage particulier. Et accessoirement pour rappeler qu’il y a un sheriff en ville.

 

Dario Argento n’y va pas par quatre chemins : dans le script même, la séparation avec le genre est consommée en la personne du serial killer qui s’appelle Giallo, une sorte de clone cheap de Stallone  dans RAMBO tirant sur le jaune pisse avec une voix ridicule qui arrive néanmoins et malgré tout (je vous le mets aussi) à piéger un bon paquet de jeunes femmes sans jamais être inquiété. Le GIALLO du titre n’est donc pas un vibrant hommage à un genre désuet, c’est le genre désuet mais toujours vaillant qui charcute allégrement de la grognasse sous couvert d’une justification psychologique douteuse à base de traumatisme familial. Tant qu’on est dans le familial, le personnage campé par Brody est le stéréotype incarné du traqueur de serial killeur dont la mère à été tué devant lui pendant son enfance et qui s’est depuis consacré à la chasse sans relâche de la racaille psychopatique. Si je vous dis en sus qu’il est célibataire et américain vous ne serez sans doute pas étonné non plus. On s’en rend compte très vite, le film est balisé à l’extrême, tout les grands poncifs du genre sont bien là, on peut même en dresser une liste exhaustive. Et c’est là qu’intervient la mise en scène.

 

Le scénario n’a aucun intérêt : l’enquête minable  d’un détective splendouillet (magnifiquement interprété par Brody, jamais convaincant dans son rôle, mais toujours malicieusement à coté de la plaque) dont on voit à l’avance quels vont être les rebondissements et la finalité. On se doute bien que, très vite, il va tomber amoureux de Saigner en surmontant sa peur grâce à l’amour salvateur. Bref, je ne vais pas m’attarder des plombes la dessus, on voit tout le squelette du thriller (scènes d’autopsie, torture, scène de crime) qu’on nous sert depuis 20 ans, à ceci de différent qu’il ne fonctionne pas du tout ici, à dessein. Oui, car les acteurs d’abord sont interprété à la manière de tous les acteurs d’Argento depuis 10 ans, c'est-à-dire de l’aveu même de l’intéressé sans aucune directive, ce qui n’a pas l’aire de l’empêcher de dormir. L’actorat est donc aux antipodes de ce qu’on peut voir dans un thriller des familles américains avec un sbire de Brad Pitt qui joue très sérieusement le jeune flic intelligent et beau gosse à grand coup de posture clicheteuses et de serrage de dent appuyés genre "je vends des dentifrices, du nucléaire et du biologique et en prime je redonne l’envie à votre femme". Chez Argento, même le killer est minable à défaut d’être effrayant. L’horreur vient plutôt de l’orchestration de tout ca, du montage et de la manière de filmer cette carcasse, méta thriller postmoderne photographié et mis en scène comme une série TV (ce n’est pas péjoratif, c’est juste très simpliste dans la composition mais de plutôt belle facture) dans lequel Argento insère d’habiles mouvements de caméras comme d’évidente pistes de sortie du carcan grossier dans lequel les personnages semblent prisonniers. Je prendrais pour exemple le formidable travelling final ou la scène de l’hôpital : les enjeux sont bien définis, mais la scène s’étire presque à l’infini et ne débouche sur rien ! C’est beau comme un camion, plein de tension, petit à petit les éléments se rajoutent : la fille, le garde, le cri, le téléphone puis enfin une idée génial (le sang/huile) et puis générique ! Aucune réponse, la situation est bloquée donc le film s’arrête. C’est une lente frustration qui monte et qui n’aboutit pas. Tout l’enjeu est là, donner au public ce qu’ils ont aimé ailleurs en leur enlevant la possibilité d’en jouir. Comme un bon gros FUCK ! Agitation, confusion, masturbation, vous êtes pris sur le fait ! Comme quoi ce qui attire les gens c’est ce qui brille, personne n’ayant aimé le film.

 

 

SURVIVAL OF THE DEAD c’est un peu plus tendu. Les intentions sont là, mais Romero pagaie joyeusement  dans la mangrove : le scénario est inutilement alambiqué, les rebondissements n’en finissent plus, on s’ennuie très vite car le montage subit de plein fouet la narration Laurène bancale (mais elle n’a même pas peur). En plus ce n’est pas comme si Romero ne nous avait pas fait le coup des militaires à de multiples reprises, on le voyait venir, un peu comme le convoi des Troskystes le premier mai, avec un certain amusement mais tout en sachant qu’on serait quand même sur notre faim, bien où on l’attend. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il n’a pas réveillé les morts, malgré l’ajout d’un geek dans le casting, une sorte de Michael Cena en version intelligente, un mec qui sait aussi bien se servir de son fusil que de son iphone (ca hante mes nuits !), et qui surfe sur internet pendant le film, trouvant sur Google Map un chemin vers l’inéluctable Fin.  De femmes, des geeks, des irlandais et des écossais, la sauce à quand même du mal à prendre !  Quand au bout d’une heure de film on assiste à la sortie en kilt de John MacO’Hara déclarant à un sosie du capitaine Haddock qu’il n’y aura pas de bœuf séché cet hiver, la sauce tourne vite au faisandé...

 

C’est dommage. Il y a pourtant de belles choses, de beaux plans alors que Romero n'est pas spécialement connu pour être un esthète, des choses assez iconoclastes comme ce combat presque japonais en toute dernière image, une thématique assez sincère et nihiliste sur le pouvoir infini (les chefs qui se relèvent éternellement sans qu’il soit possible pour personne d’y mettre fin), une actrice fort jolie et des tortures sur les chevaux (dieu sait que j’ai horreur des chevaux en plus, moi j’ai pris ca comme une attaque contre Eastwood). Montage maladroit, scénario à boire et mise en scène à manger, plus rien ne tourne vraiment rond, c’est un peu nanardesque, c’est un peu dommage, en même temps on est bien installé alors pourquoi on partirait ? Heureusement il y a encore des scènes gores assez réjouissante, il y a encore un peu de verve chez Romero, sans doute assez blasé de faire encore et toujours se lever les morts. En même temps tu m’étonnes, quelle vie !

 

 

 

Norman Bates.

 

 

 

 

 

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Lundi 26 avril 2010 1 26 /04 /2010 22:29

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tétons

[Photo: "Sans titre #56" par Norman Bates.]

 

 

 

 

 

Aux abords du Mont Fuji, sur une plage de sable fin ou roulent doucement les vagues dans la quiétude de la forêt de bambou proche, Nishi regarde une dernière fois sa femme sous les yeux de sa fille morte. Il se souvient des fusillades, des moments amoureux, de son meilleur ami avant qu’il devienne handicapé, et du hold-up qu’il vient d’organiser pour rembourser ses dettes. L’air est pur, la mer limpide et dans le silence de la fin d’après mid,i Nishi se remémore des moments de sa vie : les planques, les traques, la police qui sont maintenant loin derrière lui. Aujourd’hui  sa femme va mourir et il n’y a plus de mots…

 

Kitano est à la mode en ce moment : rétrospectives un peu partout, master class et exposition art moderne à Beaubourg, si vous habitez Paris vous êtes forcement au courant. Kitano pourquoi pas, me dis-je in petto, en plus il y aura surement de jeunes étudiantes en plastique dans ce cinéma du quartier latin (spéciale dédicace !) avec qui entamer une discussion sérieuse sur les textures et les sensations de l’été prochain. Je lui disais à ce propos que l’exposition de Kitano était un sublime foutage de gueule comme à peu près chaque "œuvre" exposée au centre Pompidoupidou-pidou , et elle me disait, dans un sourire qu’un rayon de soleil naissant éblouissait, que le dinosaure en plastique était le symbole allégorique du refus de la nature à faire perdurer la puissance, et moi je lui répondais perdu dans ses yeux bleus que c’était aussi le symbole du mouvement pro-créationniste aux états-unis mais il était trop tard, j’étais tombé dans le terrier d’Alice, je voyais des jouets en 3d tournoyer autour de moi, je voyais ses yeux et encore son sourire, son sourire, son sourire, je voyais ses cheveux qu’une petite brise faisait onduler précautionneusement, je disais n’importe quoi et je souriais comme un con, je sentais son shampoing aux amandes et le piège se refermer autour de mon cou…

 

Je reprends mes esprits doucement. Qu’est ce qui m’est arrivé ? Je ne me souviens plus de la chronologie : Kitano devant une scène de crime, Kitano dans ta vie, Kitano dans des draps, Kitano où l’amour danse au fond des draps, je ne sais plus, je suis perdu. Il est en tout cas question d’amour et de feu d’artifice, mais traité avec bien plus de sobriété et de dignité que le premier occidental venu, avec un sens du dépouillement presque monastique. Le montage lance des pistes dans tout les sens, pistes qui sont toutes réalistes et censées, sensées se dérouler à un moment ou a un autre de la vie de Nishi : ces pistes se croisent comme dans les souvenirs, et ce n’est plus la raison qui dirige ce flot apaisé de petites et grandes choses passées, c’est un long fleuve tranquille, un feu d’artifice qui met du temps à décoller et à éclater. Qu’importe la vitesse ? Le feu d’artifice éclatera bien de toute façon, et ses milliers d’étincelles brilleront à jamais dans la mémoire, dans les souvenirs de Nishi seul au bord de cette plage. Les yeux dans le vague, fixant les vaguelettes azur qui s’écrasent sans fin sur le rivage, rivage sur lequel sa fille aimait faire voler son cerf volant, Nishi ne pleure pas, il ne pleure pas car le feu d’artifice représente un instant, et qu’un instant représente toute la vie, une vie à courir pourtant, une vie à tirer et chasser, une vie en traque. Nishi est violent, il a en tout cas été violent à réagir dans l’instant, sans réfléchir à l’avant ou à l’après, tirant comme on baise, sans penser qu’une fois vide il faudra rebaiser. Nishi ne parle pas de sexe, Nishi parle du sang, de l’amour et du temps car on tue comme on aime : dans un instant différent, dans une autre vie. Aimer et tuer, dans un mouvement différent, dans un endroit différent, avec des gens différents. Le commun c’est un sens de la vie, mais un mauvais sens, semble nous dire Kitano qui place des toiles au milieu du film, en figeant des instants dans l’imaginaire comme ultime pouvoir du mental. Ce qu’il y a de différents dans la vie des gens, c’est justement ce plus petit quantum de vie : si on y regarde de loin tous les hommes naissent et meurent, ils vont à l’école enfants et trouvent un boulot adultes. Si on y regarde de près on voit un fourmillement improbable de sentiments mélangés, une explosion de couleurs pas toujours vives, on voit du pointillisme et du fauvisme, on voit de l’art contemporain et du stylo feutre, on voit des animaux à tête de fleurs mais on ne voit plus le tableau global.  Quand on y réfléchit, l’amour à duré un instant, il a disparu aussi fugacement qu’il est apparu dans nos vies de looser, un peu par effraction ou par accident, un hold-up parfait ou personne n’a rien vu. En douceur et en délicatesse, blessant comme un flingue et coloré comme un feu d’artifice, explosif et en puissance, incontrôlé et incontrôlable, fugace et inamovible.

 

Est-ce que vieux on se souviendra encore de tous ces instants à deux ? Est-ce que cette fille rencontrée ce soir ne nous a pas réservée le plus beaux des instants, aussi court soit il ? Vieux, je demanderai à Nishi, au pied du Mont Fuji, si le manque de perspective n’est pas une des clefs du bonheur. Je lui poserai la question, et j’espère qu’en paix avec moi-même, sachant la fin proche, j’aurai  la décence de regarder autour de moi comme quand j’étais enfant, imaginant dans chaque forme du ciel ou de la terre des animaux extraordinaires, me rappelant chaque instant important : alors sans doute je comprendrais que ce qui a été important n’est ni une suite ni une continuité, comme dans tous ces moments accolés qui forment un film, une vie, ou juste un instant hors du temps. Les dinosaures en plastique peuvent bien mourir, la puissance c’est parfois se courber dans le vent.

 

Long, lent et puissant, HANA-BI montre que le mélo ne s’écrit pas forcément avec des larmes : l’humour visuel, le montage chaotique et des beaux mouvements de caméras font montre d’une richesse cinématographique assez rare. Malgré tout, Kitano n’évite pas les grands écueils du cinéma asiatique, et il y a toujours des scènes très longues dont j’ai du mal à saisir l’intérêt. Et puis les peintures de Kitano, personnellement, malgré ce que j’ai dit à cette fille, je n’en pense pas que du bien…

 

 

 

Norman Bates.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Jeudi 1 avril 2010 4 01 /04 /2010 21:42

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marie korea devo 2
[Photo [de gauche à droite]: "Chienne Fidèle, Asie" par Dr Devo et John Mek-Ouyes]











C'est la veille du jour de l'an : Papa et maman font monter les enfants dans le monospace acheté pour la naissance du troisième, et direction la campagne pour un week-end de réveillon avec un couple d'amis et leurs progéniture. Sur la baquette arrière, je regarde les kilomètres défiler dans un paysage enneigé pendant que les petits hurlent, que Maman hurle et que Papa fait mine de se concentrer sur la route pour ne pas avoir à intervenir. J'ai 16 ans, mes copines sont en train de découvrir le sexe et l'alcool à la soirée nouvel an, et moi je dois me taper un week end en famille à cause de mes vieux débiles qui voient dans mon style émo des tendances suicidaires alors que c'est juste pour faire ressortir mes doutes profonds sur la raison pour laquelle on se doit de prolonger coûte que coûte notre empreinte sur un monde qui n'est pas fait pour nous. Le paysage qui défile doucement évoque en moi la peinture de Turner et les vieilles gravures que ma grand-mère empilait sur le coin de la cheminée. Une douce nostalgie m'envahit alors que pour la dixième fois ma petite sœur se met à entonner le générique de Dora L'Exploratrice accompagnée par mon petit frère autiste au xylophone (CLANG CLONG CLING CLUNG), et je sombre doucement dans un demi sommeil entre deux textos à ma sœur de sang qui aura, elle, la chance de passer la nuit de sa vie avec tout mes potes. Le son de mon ipod arrive à peine à couvrir les CLANG CLONG CLING CLUNG répétés sans que jamais un quelconque rythme ne surgisse de ce chaos sonore. C’est étrange comme un jouet coloré peut être à l'origine d'une mélodie si rude qu'on pourrait la qualifier d'industrielle CLANG CLONG CLING CLUNG. Ah, je vois qu'on arrive...


J'ai jamais pu blairer le nouveau copain de ma mère, un gros con technocrate qui pense que la culture asiatique est la plus à même de traiter les maux du terrien moyen du XXI éme siècle : toujours à se la péter avec ses projets d'entreprise à la con, je n'ai pas l'impression qu'il apporte quoi que ce soit de tendre ou de sincère à maman, leur couple survit parce qu'ils doivent fournir un cadre stable aux enfants, et j'ai l'impression que ca lui suffit, qu'ainsi il n'a pas à trop s'investir dans une relation. De toute façon, il passe tout son temps au travail. Heureusement, j'aime bien Robbie : bon copain de ma mère depuis longtemps, c'est le seul à faire attention à moi, d'autant plus qu'il est loin d'être moche... Enfin bon ,il a quand même la trentaine CLANG CLONG CLING CLUNG ca ne se fait pas. Sa copine en revanche est une vraie pute, elle ne m'a jamais aimée, comme si elle savait que je représente une menace pour son couple : ca m'incite plutôt à allumer gentiment Robbie pour l'emmerder plutôt qu'autre chose, mais après tout je m'en fous de tout ces problèmes de couple, famille, enfants CLANG CLONG CLING CLUNG. Qu'est ce que ca peut me saouler ces adultes qui ont tout arrêté pour se mettre au service de leur progéniture ! Comment ont ils seulement pu tout laisser tomber à ce point ? Je veux dire ils étaient là, jeunes, à trainer dans la rue sans savoir ou dormir le soir, ivre mort à hurler que le monde restait à inventer, à pleurer avec les premiers échecs et à vibrer avec les premières pulsations de leur cœur, et tout d'un coup ils se réveillent dans une maison en banlieue avec les cris d'un bébé et une femme qu'ils ne désirent même plus, à enchainer péniblement un boulot astreignant et taches familiales, à noyer tout ce qui restait de vivant et de vibrant en eux pour juste pouvoir dormir en paix ! Comment en est-on pu en arriver là CLANG CLONG CLING CLUNG CLANG CLONG CLING CLUNG CLANG CLONG CLING CLUNG...


...Paulie, mon petit frère autiste, devient de plus en plus incontrôlables CLANG CLONG CLING CLUNG les autres enfants semblent de plus en plus étranges CLANG CLONG CLING CLUNG maintenant on ne les vois presque plus CLANG CLONG CLING CLUNG ils trainent en groupe, dehors CLANG CLONG CLING CLUNG des choses étranges arrivent CLANG CLONG CLING CLUNG la neige est petit à petit recouverte de sang CLANG CLONG CLING CLUNG il faudra qu'ils comprennent que je n'y suis pour rien CLANG CLONG CLING CLUNG  je suis sur que c'est eux la cause de tout ces accidents CLANG CLONG CLING CLUNG il faut tuer ces putains de gosses CLANG CLONG CLING CLUNG les adultes doivent comprendre CLANG CLONG CLING CLUNG IL FAUT FUIR CLANG CLONG CLING CLUNG LA FORET CLANG CLONG CLING CLUNG IL Y A QUELQUECHOSE DANS CETTE PUTAIN DE FORET CLANG CLONG CLING CLUNG CLANG CLONG CLING CLUNG CLANG CLONG CLING CLUNG CLANG CLONG CLING CLUNG...

 



Ce sont les derniers mots qui restent de Casey. Je ne sais pas vous, mais moi je partage un peu cette aversion pour les enfants, et son histoire fait écho à mes plus grandes craintes. Je crois que les enfants m'effraient car ils vivent dans un autre monde, peuplé de choses qu'ils sont les seuls à voir et où ils exercent une emprise et un jugement qui sont dénués de toute pensée altruistes alors même qu'ils sont trop faible pour survivre sans aide. Entre un adulte et un enfant il y a un fossé immense et effrayant peuplé de tabous et d'hypocrisie, tant les adultes ont du mal à communiquer avec ces petits êtres malignes. Le film de Tom Shankland montre à merveille cette tente où les enfants jouent seuls, quitte à y dissimuler les cadavres des adultes qu'ils auront tués pour continuer à exister. Les parents donnent naissance à des enfants qui sont des parties d'eux mêmes qui deviennent indépendantes, qu'ils ne contrôlent plus et qui suivent un chemin différent : dès lors il est difficile de comprendre ce qui est hérité et ce qui est crée de toute pièce. En gros on héberge des inconnus sous notre toit, et l'inconnu fait peur. 


THE CHILDREN commence très fort, la première partie fonctionne à merveille, tout en retenue et avec une formidable ambiance mise en place notamment par le son et le cadrage : sans être trop ostentatoire, on sent bien que chaque plan exprime quelque chose, chaque angle de caméra à un sens (le sublime travelling avant anxiogène sur l'oreiller). Au niveau du son, la musique discrète laisse la part belle à un ensemble de sonorités venues toutes droit de l'enfance et détournées avec brio. La sauce monte tranquillou, et chaque pas de plus dans la narration nous rapproche de quelque chose d'horrible qui grandit hors champ. En fait, le film se place du coté des adultes, on ne sait pas trop ce qu'il se passe de l'autre coté, on tâtonne dans le noir comme les protagonistes. Pendant ce temps on découvre les deux familles, on en profite pour admirer la très belle photo et on retient quelques applaudissements à deux ou trois reprises lors de petites fantaisies du plus bel effet. Malheureusement, la deuxième partie du film me parait un peu plus faible, à cause du montage essentiellement : des plans très rapides lors des scènes violentes ou d'action, et des plans plus longs (trop longs) pour faire monter le suspense un peu artificiellement. C'est d'autant plus dommage qu'il y a des petites choses sublimissimes comme ces très gros plans sur un cadavre, pondérés toutefois par une spatialisation aux abonnés absents qui empêche de ressentir vraiment ce qui est montré. Autre point faible qui gêne un peu l'immersion, c'est le jeu pas toujours bien inspiré des acteurs. Les enfants sont très bons, mais les adultes c'est une autre paire de manche, et malgré la présence d'Eva Birthistle (vue chez Greenaway !) tous en font un poil trop.


Au final c'est quand même plutôt réussi, et ca fait un bien fou de voir la bonne mère de famille toujours prête à se plier en dix pour son gosse, essayer de tuer ce dernier avec ce qu'elle a sous la main, et d'assister à des morts d'enfants face caméra. Après tout, qu'y a t'il de plus agréable que de voir des enfants mourir ?








Norman Bates.

















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Jeudi 25 mars 2010 4 25 /03 /2010 21:37

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devodevil
[Photo : "Dans l'espagne personne ne vous entendra hurler" par Norman Bates.]








Entre deux épisodes de MOUNDIR, il faut bien regarder quelques films, et dieu sait qu’en ce moment les salles de cinéma sont plutôt à la fête, avec pleins de choses intéressantes qui méritent que l’on s’y arrête. Malheureusement, il est difficile dans les conditions actuelles d’écrire autant qu’on le devrait sur des films importants et beaux, la plupart des membres de la rédaction étant retournés dans leurs paradis fiscaux pour soigner leurs intérêts financiers. Je les comprends tout à fait, par contre je serais un peu plus critique vis-à-vis de notre chef bien aimé, le Dr Devo pour ne pas le citer, qui m’appelle en pleine nuit depuis son île privée pour me demander d’arrêter d’écrire n’importe quoi sur des émissions de téléréalité et de me recadrer sur le lectorat élitiste traditionnel de Matière Focale en parlant de films peu distribués et iconoclastes. Il faut dire que pendant que ce cher docteur brille en société au près de l’intelligentia du 7eme art dans des soirées huppées, c’est votre serviteur qui se tape les trips métaphysiques d’une heure et demi sur fond de techno suédoise programmés dans six salles réparties équitablement dans le quartier latin.  Heureusement que Julianne Moore est là pour rétablir l’équilibre, je vous laisse en sa compagnie dans cette dernière édition du PIRE EXPRESS !

 

 


Et on commence sans plus tarder avec LE GUERRIER SILENCIEUX de Nicolas Winding Refn (UK-2010), qui au contraire du reste de notre sélection ne contient pas de morceaux de Julian Moore ! C’est  très regrettable car Julianne Moore pourrait très bien interpréter un viking, mais nous avons de quoi nous consoler, rassurez-vous…

Le Borgne, redoutable guerrier muet, est retenu prisonnier par un chef viking dans une cage en bois. Il sort épisodiquement pour se donner en spectacle dans des combats dans la boue, combats dont il sort toujours victorieux. Guerrier hors pair, le borgne décide un beau jour de mettre fin à sa captivité et massacre ses geôliers dans une boucherie phénoménale. Il rejoint alors les chrétiens (ne me demandez pas pourquoi) pour un voyage en terre sainte à travers les mers du Nord…

Encore un film de monsieur Refn me direz-vous ! Et oui, après BRONSON le monsieur n’a pas chômé, et si son précédent film m’avait laissé un peu de marbre, celui-ci m’a couplé le sifflet comme rarement un film ne l’aura fait. C’est assez délicat voyez vous, il y a une séquence du film qui m’a littéralement retournée, comme presque jamais au cinéma ! Cette séquence est absolument époustouflante dans son idée comme dans son application, et vaut à elle seule la vision du film. Pour autant, ce GUERRIER SILENCIEUX n’est pas un grand film, et ce pour la même raison que BRONSON : il y a une suffisance chez Refn qui m’ennuie au plus haut point. Le mec sait ce qu’il veut, et c’est sans doute un des derniers réalisateurs atypiques du moment, mais putain qu’est ce qu’il se la joue auteur dans ses films ! Certes, c’est super original dans la forme comme dans le fond, c’est bourré de partis pris, complètement extrémiste dans le traitement, mais c’est tellement empreint d’une volonté de faire un truc différent des autres que ça en devient presque du snobisme.  Je sais pas s'il a pris la grosse tête à force d’être comparé à Kubrick par la presse (complètement injustement d’ailleurs, car ça n’a rien à voir) mais là il se la joue carrément : pseudo métaphysique à base de plans hyper long qui n’expriment pas grand chose, film quasi muet,  filtres colorés, vision d’un monde nouveau…  A certains moments tu te dis mais qu’est ce que c’est que cette merde, mais la seconde d’après t’es complètement happé par des instants sublimes, d’une lucidité hallucinante et d’une maitrise technique  totale. Le film est presque muet, mais rempli de son : très très important dans le film la place du champ sonore, entre les longues suppliques embrumées et les roulis des bateaux, entre le vent dans les arbres et les bruits d’os qui se cassent, entre la musique hypnotique et binaire qui n’est pas sans rappeler une certaine forme de black métal, chaque scène est balisée par les sons. Très belle scène dans le bateau par exemple, où il ne se passe strictement rien dans le son, ni dans la progression du voyage, mais où seule l’image progresse. C’est purement hallucinant, il y a de la brume partout, une mer sans vent, tout le monde meurt à feu doux dans le bateau dans une sorte de glaçante paralysie mortifère, même ce qui se passe à l’image (un cadavre est jeté à l’eau) n’a pas d’incidence ni dans la bande son (on n’entend que les roulis en boucle) ni dans le scénario. C’est  une pure idée de mise en scène : un ennui si profond et terrible que même la mort ne vient le troubler.   Et des scènes comme ca, pleine de totale impression de mort dans le froid arctique des pays du nord embrumés, il y en a tout au long du film. La plus terrible et la plus sublime est sans doute la longue séquence de folie pure des vikings débarqués dans un pays inconnu, séquence dont le son devient vite inaudible et qui continue crescendo dans un montage soufflant où on assiste à l’édification d’une sorte de totem en pierre, dont l’équilibre absurde est en fait le seul enjeu de la scène et qui dure bien dix minutes ! Le film atteint là un niveau de mise en scène presque tellurique, hypnotisant en tout cas et d’une cruauté absolue (la mort ne tient qu’a un empilement absurde de facteurs naturels ! L’humain est hors de propos) qui laisse pantois. Car ce dont parle au fond Refn, c’est d’un prophète qui se bat hache en main contre les conventions, qui vont de la religion à la société, en passant même par la parole ! La parole dans son incapacité à reproduire toutes les nuances de l’instinct est une forme primaire de normalisation, au même titre que la religion, le clan, ou le pouvoir. Et notre prophète démonte toutes ces conventions à grands coups de hache, comme si dans la plus ultime violence se cachait la forme la plus souveraine de la liberté. Quand je vous disais que le film était extrémiste…  Le GUERRIER SILENCIEUX provoque un peu la même sensation que se jeter nu en plein hiver dans une source d’eau pure se jetant avec fracas dans un lac de montagne : ca fait mal, c’est froid et intense, chaque seconde dure des heures, mais pendant quelques minutes on a l’impression d’être en phase avec tout, avant de s’évanouir…

 

 

Et on continue avec A SINGLE MAN de Tom Ford (USA 2010), avec donc Julianne Moore comme prévu et Colin Firth, prof d’Anglais renommé qui vient de perdre son amour dans un accident de voiture. Le film est le récit d’un homme qui effectue le deuil de l’amour, ou tente de le faire. Voila c’est tout, et c’est pas brillant tout ca ! Certes il y a des moyens, la photo est très belle, la direction artistique léchée, les costumes bien foutus, mais c’est le vide absolu dans la manière de mettre en scène cette histoire tristouille d’un homme fauché en plein amour. Même Julianne Moore est laide dans ce mélodrame falot, où pendant près de deux heures on va assister à des ralentis sur des corps d’hommes torses nus jouant au tennis, admirer des vêtements et contempler des lunettes haut de gamme. Le scénario est suivi à la lettre par un montage docile, l’interprétation est correcte mais sans plus, bref le film se suit gentiment pour les plus fleurs bleus d’entre nous, sinon c’est l’ennui qui domine. Il y a pourtant un jeune acteur que j’aime beaucoup, Nicholas Hoult, qui est ici très bon mais qui est loin de sauver le film de la mer stagnante et infinie d’ennui dans laquelle il navigue. Il ya malgré tout, et il faut le souligner, un magnifique  cadrage sur l’affiche de PSYCHO. Il dure dix-quinze secondes à tout casser.

 

 

Et pour finir, comme je vois que vous en demandez encore, sous vos applaudissements nourris voici qu’entre en scène CHLOE d’Atom Egoyan (USA 2010) !

Liam Neeson est sur le point de fêter son 50e anniversaire quand il accepte d’aller boire un verre avec une de ses étudiantes, alors qu’au même moment sa femme (Julianne Moore) avait organisé une surprise party en son honneur dans leur maison commune. C’est pas vraiment la joie quand il rentre à la maison, Liam racontant qu’il a raté l’avion alors que Julianne a trouvé sur son iphone une photo de lui avec son étudiante. Elle décide d’engager Chloé, une prostituée, afin de mettre à l’épreuve la fidélité de son mari. Par un truchement de rencontres Chloé séduit le père comme prévu, mais aussi, tenez-vous bien, la mère et le fils ! Et sans tarif de groupe ! Julianne ne sait plus quoi faire, elle est à l’origine d’une situation qu’elle ne contrôle plus du tout, et toute sa famille menace de s’écrouler sous ses pieds…

Très bien écrit, bien interprété et avec des vraies idées de mise en scène à l’intérieur, qu’est ce qu’il vous faut de plus ? Une branlette au jardin des plantes avec Liam Neeson ? Je vous la mets. Un doigt dans la chatte de Julianne Moore ? Pas de problème. Et avec ca vous prendrez bien un martini dry, allumez votre cigare et accrochez vous, on est d’humeur perverse ce soir. Sorte de faux thriller érotique (rien à voir avec BASIC INSTINCT, rassurez vous) mais vrai film sur le désir, Atom Egoyan interroge la notion de fidélité à l’époque d’internet et du viagra, et le moins que l’on puisse dire c’est que ca décape. Ca décape tellement qu’au milieu des villes immenses, des gens en sont venus à confondre désir et amour, perdus dans ce qu’ils ont de plus stable, à savoir la famille. Entre relations croisées et jambes décroisées, que faut-il aimer pour garder son pré carré, où faut il se placer sur l’échiquier de la séduction pour garder l’être aimé au bout d’un an, de trois ans et de quarante ans ? Et le matin quand vous vous levez dans votre loft ikéa, avec quelqu’un que vous ne connaissez pas dans votre lit et dans le lit de votre fils, fils qui ne vous parle même pas ? La photocopieuse est elle encore le lieu privilégié des étreintes au bureau ? Autant de questions qui interpellent alors même que des prophètes visionnaires  parisien ou vaudou proposent des solutions clé en main pour concilier virilité et vie de famille, le tout sans ordonnance. Beaucoup de questions, et à l’arrivée la mort ! Les questionnements interrogent la morale, la morale n’a que faire de l’amour ou de la mort, y a-t-il seulement une différence ? Quand on baise on pourrait mourir mille fois, mille fois ressusciter dans d’autres draps, avec d’autres femmes, d’autres hommes. Tout est interchangeable, le plaisir est dans le changement, le changement est source de conflit,  le plaisir ne suffit pas, l’amour ne dure pas, la bite ne reste jamais dure longtemps, trop de choix, trop de questions, une seule réponse : CHLOE. 

Ne cherchez pas à comprendre quels éléments de l’enquête permettent de dire avec certitude qui a couché avec qui, le but recherché n’est pas celui là. Il est ici question de désir et de sensualité, d’une présence inexplicable de perversion dans les rapports entre êtres humains, toujours source d’étincelles. Ce sont ces étincelles qui allument les brasiers de la vie de couple et non les ordinateurs les villes ou les satellites. Le XXIe siècle sera sensuel et épidermique, quitte à en crever, nous voila rassurés ! On dirait bien que notre désir reste à inventer en fin de compte…

 

 

 

 

 

 

Norman Bates.

 

 

 

 

 

 

 

 


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Dimanche 14 mars 2010 7 14 /03 /2010 23:49

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[Photo : "Point de non retour" par Norman Bates.]









Le DVD commence plutôt mal : en lieu et place des traditionnelles bandes annonces interminables qu'on ne peut pas zapper situées juste avant d'accéder à un menu animé qui va nous révéler la moitié du film, on a droit à un clip sur Madonna et les enfants d'Afrique-qui-ont-faim-et-qui-ont-le-sida-mais-qu'il-faut-aider-a-tout-prix-en-paradant-chez-eux-avec-des-lunettes-prada-a-12000 €, parce que ca nous rend plus grand et ca nous sauve de les aider. Ce qui pose un grave conflit d'intérêt parce qu’à la limite il faudrait les aider pour eux et non pour nous, ce serait quand même plus fair play. On se consolera en se disant que du coup les petits africains peuvent ainsi découvrir des choses que sans Madonna ou Bono ils n'auraient jamais découverts, comme cette paire de bottine ou cette chemisette en lin qui à eux seuls valent bien le PIB de la moitié des pays d'Afrique noire réunis. Cette bande annonce bien racoleuse qui servira surtout à montrer qu'a son âge la diva peut encore porter trois enfants faméliques en même temps dans ses bras prend fin et l'on peut commencer à parler de choses importantes et essentielles, comme la vertu et l'obscénité. Tout un programme.





Eugène Hutz est un manouche punk qui squatte l'appartement que partagent Vicky McClure et Holly Weston. Il gagne sa vie grâce à ses activités de gigolo SM spécialité uniforme des régimes totalitaires d'URSS, ce qui lui permet de pouvoir se consacrer à l'alcool et la création à plein temps. Vicky McClure est pharmacienne mais elle rêve de quitter son métier pour se consacrer à la famine en Afrique, et puisque vous voulez qu'on aborde le sujet absolument, Holly Weston est une danseuse étoile qui décide de travailler comme stripteaseuse dans une boite de nuit pour arrondir ses fin de mois. Cette petite communauté est donc tiraillée entre la vertu et l'obscénité (putain, on  la voyait pas venir celle là), et sous les apparences les plus vertueux ne sont pas ceux qui semblent l'être au premier abord (comme c'est mystérieux !). Ah oui, et tous trois sont célibataires et il va y avoir des histoires de coucheries extraordinaires. Le film est plus ou moins une évocation de la vie de la madonne, c'est en tout cas le reflet de ses interrogations sur le bien et le mal, interrogations sans doute profondes qu'il fallait qu'elle extériorise absolument, qu'elle accouche de ses doutes en sublimant via l'art ses plus nobles penchants, tout en confessant ses erreurs....





Déjà trois paragraphes ! Et oui le temps passe vite, et le film aussi : il ne dure qu'une heure et quart, ce qui est bien court face aux enjeux que le film soulève, je vous l'accorde (en fait ,je me force pas vraiment, mais en même temps il faut me comprendre, il y a pas grand chose d'intéressant dans les salles en ce moment). La dualité est donc le thème principal du film, et Madonna l'aborde assez frontalement, j'oserais même dire qu'elle s'y jette, allons y carrément. En fait, Eugene est le narrateur de l'histoire, et pour lui c'est déjà couru d'avance, chercher à faire le bien passe par une forme d'obscénité pour que la démarche soit complètement honnête. Et inversement : les gens qui cherchent à faire le mal doivent forcement user de gentillesse à un moment ou a un autre (par exemple le Polansky est raté, il pensait surement faire un truc à la Cronenberg avec une ambiance pesante, le résultat ressemble à du JOSEPHINE ANGE GARDIEN sous éclairé avec une vague intrigue policière à twist). Tout ces jeunes un peu paumés qui font des choses avilissantes pour gagner de l'argent, c'est rock'n'roll non ? En plus il y a des scènes de fesses plutôt sympathique et de la musique punk pour emballer tout ca, ca fait cinéma indépendant, c'est toujours bon à prendre. Le scénario n'a vraiment rien d'extraordinaire, c'est loin d'être le grand film sur la dualité du XXI éme siècle que l'on est en droit d'attendre, pourtant la narration est plutôt intéressante (le Scorsese est pas mal par contre, bien qu'un peu long, et bien qu'il y ait un twist à la fin) car elle est complètement disloquée : Madonna commence à raconter l'histoire et sans que l'on s'en rende compte, hop, elle passe à autre chose (en tout cas si vous n'avez toujours pas vu le Wes Anderson, il faut y aller sur le champ, c'est presque sublime) sans rupture, ce qui est assez sympa pour les spectateurs, on a pas l'impression d'être pris par la main comme les derniers des imbéciles. Sauf à la fin par contre, ou on a vraiment l'impression qu'on se moque de nous : au bout d'une heure dix tout les personnages se mettent à chanter et tous les soucis sont réglés en un claquement de doigt : dix minutes de plus et on guérissait le sida ! Que c'est naïf de la part de Madonna ! C'est même étonnant de la part d'une femme qui connait si bien la détresse des peuples africains, elle devrait quand même savoir que la seule chose que génère l'angélisme en matière d'humanitaire, c'est un ancrage de plus en plus important dans la misère la plus infâme.





Niveau mise en scène, grosse surprise : le film est loin d'être infamant ! Madonna porte vraiment le film dans ses tripes, elle est réalisatrice, productrice exécutive et elle a écrit le scénario (il serait mal vu dans sa position d'avoir recours à un nègre) toute seule. Chaque plan irradie la nécessité fondamentale de l'artiste à s'exprimer au moyen de tous les leviers possibles et imaginables à sa disposition : c'est un vrai festival entre les mouvements de caméras, les ruptures dans l'axe, les changements de formats en pleine séquence, les parties en diaporama, le jeu sur le son, la photo très appliquée et le cadrage sans faute, on est loin de la petite lubie passagère. Le gros problème c'est qu’à trop mettre en scène des inepties ou des scènes qui n'aboutissent sur rien, l'effet est un peu amoindri. Il y a également de grosses carences dans le montage : certes ca coupe vite et à des endroits assez insolites, mais il est très difficile de rentrer dans le bain pendant la première demi heure, et la deuxième demi heure marque la fin du film. Ce qui domine c'est la frustration d'avoir assisté à la mise en place d'un procédé un peu foufou et plutôt intéressant, mais qui se termine bien trop vite, et surtout, plus grave avant d'avoir pu exprimer tout le potentiel qu'on peut sentir à certains moments, derrière un rideau de velours ou percent de grivois murmures. Du coup le film ne décolle pas vraiment de la racine des pissenlits (allez voir le film d'Atom Egoyan !! vite !!), et donne surtout une impression de grande naïveté un peu gênante. C'est vraiment dommage, d'autant plus que dans les commentaires audios on ressent chez Madonna l'envie de se jeter à l'eau complètement, et une grande attention dans la forme à donner à son film (tellement d'ailleurs que 50 % des commentaires évoquent les vêtements des acteurs). A mon avis elle est tellement focalisée sur les malheurs des peuples opprimés qu’à un moment donné elle perd toute raison et finit en larme, chantant un peu ivre que tout s'arrange au bout du compte. J'ai envie de m'adresser aux jeunes et de leur dire que c'est ce qu'il en coute de trop laisser parler son cœur quand on réalise son film avec la bibliographie du Mahatmah Gandhi en tête ! Et puis soudain, on apprend au détour d'un commentaire sur la tunique unisexe des indiens que la principale inspiration de Madonna en matière de cinéma c'est Godard et la nouvelle vague française (remarque elle y associe Guillaume Canet) : malheureusement quand on assiste à un strip tease sur fond de Britney Spears, on se dit qu'elle a quand même dû louper un ou deux trucs en route (certes c'est le remake d'un film français, mais il y a plus de mise en scène que Michel Field n'en a jamais vu de toute sa vie, et en plus on voit les seins de Julianne Moore !).





Reste la sincérité, quelques beaux passages inattendus, une propension à la générosité qui parfois laisse pantois, les courbures de rein d'une femme splendide et l'impression d'avoir partagé l'intimité de trois femmes sensibles... C'est pas le Mexique mais ca y ressemble un peu !




Norman Bates.


PS: Dr Devo avait déjà consacré un article à ce film: c'est là.













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Jeudi 11 mars 2010 4 11 /03 /2010 20:07

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lovely nuns devo
[Photo: "We Can Beat Them, Just for One Day" par Dr Devo.]






Saoirse Ronan est une adolescente comme les autres : elle aime les beaux bruns ténébreux et elle prend des photos d'elle à poil dans sa chambre pour les envoyer à ces mêmes garçons avec son iPhone, ou alors sur Twitter. Ce qui est un anachronisme assez dingue vu que nous sommes dans les suburbs de Pennsylvanie dans les années 70. Mais peu importe, nous n'en sommes plus à un illogisme près, et Ronan est plutôt heureuse dans sa vie super sympa. Sauf que ça ne va pas durer, parce qu'elle va se faire assassiner par un type avec qui elle n'était même pas amie sur Facebook, et tandis que sa mère, Rachel Weisz, part en dépression, "Marky Mark" Walhberg (le mec en slip des New Kids On The Block), le paternel, enquête à la recherche du meurtrier, ZODIAC-style. Mais si Ronan est décédée, elle n'a pas tout à fait disparu : elle se trouve dans un espèce d'entre-deux mondes, genre Pandora mais pas bleu, et elle va tenter de se venger en intimant à son père de retrouver le méchant criminel...

 

 

Après la trilogie avec des types qui marchent pendant douze heures et un très long remake avec un gorille qui hurle "Je ne suis pas animal, je suis un homme" du haut de l'Empire State Building, THE LOVELY BONES annonce le retour du roi du box-office des années 2000 (promis, après j'arrête les jeux de mots foireux. Ou pas...). Peter Jackson revient donc avec un film un peu plus humble (encore que, mais ça, c'est pour plus bas), un peu, sur le papier en tout cas, dans la veine de son magnifique CREATURES CELESTES, ce qui augure de bien belles choses.

 

 

Et ça démarre plutôt joliment. De manière très compacte, en quelques minutes, il introduit tous ses personnages (mais pas le tueur), et ça vaut de toute façon le détour rien que pour la vision de Marky Mark en chaussettes blanches remontées et mocassins. Pour être sérieux, ça monte plutôt correctement, sur un tempo soutenu, les informations s'enchaînent bien. La reconstitution des années 70 n'est vraiment pas envahissante, et est même plutôt lucide, tant elle semble nous dire que finalement, les 70s et aujourd'hui, c'est exactement la même chose, et que l'évolution n'a finalement pas été aussi franche que cela (bon, à part pour le Popod, bien sûr). Disons que la différence d'époque n'est pas vraiment visible, et ne sert que d'écran, Jackson s'en foutant apparemment pas mal, ce qui est un plutôt bon calcul. Bref, Jackson bosse gentiment de son côté, ce n'est pas transcendant mais loin d'être indigent. Il fait aussi quelque chose de bien vu, à travers le montage très rapide du début du métrage, avec l'évolution du couple formé par Weisz et Marky Mark. En quelques instants, ils passent de jeunes parents dynamiques qui lisent du Camus avant de faire des galipettes à une famille installée, engoncée dans sa routine, qui feuillette des livres de cuisine avant de prendre sa tisane. En plus de cela, il fait deux choses : d'un côté il parle de l'encrassement de la famille, thème potentiellement intéressant mais sur-usité, et de l'autre il installe tranquillement mais sûrement le tournant que va être le meurtre de la gamine, dans leur vie et dans la société toute entière. Tout d'abord en préparant l'apparition du hasard sordide de la mort violente dans la vie paisible de ces gens, que rien ne laissait deviner auparavant (et qui est, donc, irrémédiable), ensuite dans la multiplication des faits divers traitant d'enlèvements d'enfants, ces fameuses photos au dos des briques de lait, qui ont commencé à apparaître dans ces années 70. A cette époque, et Jackson le montre avec subtilité un peu plus tard dans le film, les enfants pouvaient être laissés seuls dans les centres commerciaux pendant quelques minutes sans avoir peur de l'enlèvement par un quelconque prédateur sexuel. C'est ce basculement de la société que montre Jackson dans ces premiers instants de son film. Pour clarifier, le changement dans les habitudes littéraires et comportementales du couple semble annoncer ce basculement de la société.

 

 

A part ça, Jackson déroule, donc. Ca cadre gentiment, ça monte de manière dynamique et parfois même belle, comme ce sublime raccord de portes entre, si je me souviens bien, celle de la maison de poupée du tueur et celle dans le pavillon de la famille. Il s'amuse aussi avec le son, avec les coups de crayons du meurtrier sur son carnet et les branches de bois sciées, qui s'entremêlent et se confondent et se perdent grâce au mixage, très intelligent. Il y a vraiment de très belles choses dans la première partie du film, jusqu'au meurtre de Ronan, et un tout petit peu après, du moment que l'action reste du côté "réel", Jackson tient la barre de manière plutôt correcte au niveau de la mise en scène. Je suis même prêt à pardonner le méchant vraiment caricatural et pas du tout subtil, et la géniale Susan Saradon dans un rôle écrit à la truelle de grand-mère qui entre dans la maison, majestueuse et ridicule, une clope au bec et une choucroute orange sur la tête en disant "Daaaarling".

 

 

Mais alors, ce "Paradis"... Si c'est ça le paradis, foutez-moi en enfer, s'il vous plaît. Nous sommes ici, mesdames, mesdemoiselles, messieurs, dans la bouillie infographique la plus crasse. Ca vomit littéralement, ça surexpose pour faire angélique, ça ne fonctionne jamais et on aperçoit les fonds verts sans même plisser des yeux. C'est honteux. C'est Oui-Oui en 3D. Mais que ce soit moche, c'est une chose. Le pire, c'est que ces scènes "paradisiaques" sont d'une inconsistance qui confine au foutage de gueule pur et simple. Si vous voulez, prenez toutes ces séquences en numérique, coupez-les au montage, et regardez le film. Il tient parfaitement. Sans aucun problème. Il est même plutôt ramassé, correctement monté, bien cadré, un peu trop de mouvements de grue pour en mettre plein la vue mais bon, ça ne me pose pas plus de problèmes que cela. Mais là, THE LOVELY BONES devient indigent, sans intérêt, et même carrément antipathique. Les scènes dans l'entre-deux mondes n'apportent rien à la narration, n'apportent rien à la mise en scène, n'apportent rien à l'esthétique générale du film à part retranscrire une vision pré-adolescente dégoulinante de mièvrerie gluante, de la confiture de bons sentiments exacerbés que rien ne laissait vraiment présager, étant donné la relative dureté du film. Et Jackson semble bizarrement très embarrassé de ces scènes, s'en délectant d'un côté (pour ne pas bousculer sa routine seigneursdukongesque) et voyant bien qu'elle n'ont aucun intérêt de l'autre, mais il ne fait rien pour s'en débarrasser, malgré le fait qu'elles soient finalement assez rares, l'accent étant plutôt mis sur Marky Mark et le tueur. Bref, ça sent quand même un peu le claquos, et ça parasite négativement tout le film, qui se délite au fur et à mesure, les scènes "réelles" étant contaminées par les "irréelles", le montage se fait moins intéressant, ça cadre moins bien, la photographie décline... Ce qui est rageant après une première partie de métrage plutôt intéressante sans être exceptionnelle du tout.

 

 

THE LOVELY BONES, film pas passionnant, pas infamant non plus, tiède malgré quelques jolies idées de mise en scène qui ne parviennent pas à sauver l'entreprise de la noyade dans la mélasse numérique. Vite oublié.


LJ Ghost.








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Vendredi 19 février 2010 5 19 /02 /2010 19:38

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multiplejobs devo
[Photo: "I'm Not There" par Dr Devo.]






Ha, les Ricains, y’a pas à dire, ils savent y faire, ils ne sont pas là à se regarder le nombril en pleurant sur leur sort, ils bossent. Et pour certains, ça bossent même dur, et certains diront trop. Et si ça continuait comme ça, enfin si plus de réalisateurs enchaînaient les films à la manière des Woody Allen, Eastwood, Soderbergh, et donc des frères Coen, bah, c’est bien simple, les cinémas ne passeraient que des films d’une quarantaine de réalisateurs, et les problèmes de programmation n’existeraient plus.

 

Les USA, le pays du travail, dans les années 70. Michael Stuhlbarg a une petite quarantaine et vit une vie plutôt pépère. Il est professeur de mathématiques dans une petite université, et prochainement il devrait savoir s’il va devenir enfin, après 10 ans de loyaux services, maître de conférences. Une vie gentiment terne, très tournée vers la famille et le travail. Sthulbarg est juif et semble parfaitement intégré dans sa communauté. C’est aussi un homme sans grâce, discret, presque invisible.

Mais très vite, les choses vont sérieusement se gâter : sa femme veut le divorce religieux (le "guet") afin de pouvoir se remarier avec un ami de la famille (un type pété de thunes et très sûr de lui), et elle lui demande de quitter sur le champ ou presque la maisonnée familiale. Sa titularisation à la fac est étrangement compromise. Ses enfants semblent largement hystériques, et, cerise sur le gâteau, un de ses étudiants, un sud-coréen recalé au  dernier partiel, tente de le corrompre ! En quelques heures, voilà notre héros plongé dans la mouise  jusqu’au cou, mais ce n’est rien par rapport à ce qu’il l’attend, car en effet, toutes les plaies de la terre vont finir par tomber sur ses épaules.

Comme sa femme est incapable de lui dire ce qu’elle lui reproche, Michael qui ne comprend plus rien du tout à son existence, veut alors se confier à un rabbin. Le plus vénérable d’entre eux étant quasiment injoignable, il en rencontre deux autres à qui il confie ses problèmes…

 



Euh… Oui… Non… Comment dire ? Euh, au début, quoi, euuuh, y’a un type. Voilà, y’a un type. Mais faut pas tout dire, comment dire, faut pas euh… Parce que le type, tu vois, c’est pas que… Mais bon, ce que je veux dire… Le type quand même…

 

Quel drôle de film. Le Marquis m’a appris, il y a quelques temps, que les frangins Coen, de leur propre aveu, admettaient être, depuis de nombreuses années, un peu en panne d’inspiration. Et là aussi, les ricains, ils sont forts. C’est pas en France qu’on entendrait ça, n’est-ce pas Madame Michu? Et ceci dit, ce n’est pas non plus souvent aux US de A qu’on entend ça. Toujours est-il que voilà, donc, déjà depuis pas mal de films que je m’ennuie gentiment ou carrément avec les Coen. J’avais perdu le mojo, je n’y croyais plus, on était un vieux ménage à trois tout rouillé. Mon ami Bernard RAPP apporta son diagnostique : leurs films récents commençait à avoir de la patate et de la bonne sauce sémantique barbecue qui va avec , quinze minutes ou même cinq minutes (THE BARBER) avant la fin du métrage !  Si BURN AFETER READING ne m’avait pas passionné outre mesure, je dois dire qu’au moins ça vivait, et le précédent NO COUNTRY FOR OLD MEN, malgré quelques moments plus attendus, avait une jolie structure et même de belles choses.

 

Ici, on démarre sur une espèce de pitrerie, au format 1.37 (le plus beau format du monde, surtout qu’ici, il a l’inconvenance d’être en couleur), et je me grattais la tête en insinuant à moi-même que je les voyais arriver les deux bougres de barbus, avec leurs grosses Docs cloutées. Mais le "profiler" en moi, la bête instinctive, le monstre de sensation, celui qui me fait rugir, celui qui les fait miauler, osons le mot, mon focalien intérieur a compris en moins d’une minute que les choses étaient différentes, et ce n’est pas parce qu’on est blasé du slip cinématographique, si je veux, genre qui dirait, le mec, "Oh la barbe, haha, encore un frangins Coen" qu’il faut ne pas non plus laisser crapahuter l’animal. C’est ça la liberté mon vieux, disait le poète, y’a pas porte, y’a pas de prison ! Donc, m’interrompais-je à l’instant, je vois bien que ça bosse. Hola, pas de grand zigouigouis, pas de machins bidules, mais ça bosse : découpage franc, tout simple, avec des travail sur le son hors-champ par exemple, trois axes, deux contrariétés, et zou, c’est dans le sac. Je dis, oooooh, je dis, oooh, ça fait du bien de revoir ses vieux amis, dit-elle. Bah ce n’est pas non plus l’extase de montage du GRAND SAUT, un des films les mieux montés de tous les temps, mais c’est là, ça vit sous nos yeux, ça accouche. Halleluyah ? Disons un petit Mazel Tov tranquilou… Wait and see.

 

Belle transition, bien découpée elle aussi, et zou, vif du sujet, donc plongée en pleine mornitude avant la grande tempête de dégoûtitude adhoc, comme disait un poéte dans la rédaction de Matière Focale que je ne dénoncerais pas. Première scène, trois, quatre collages. Ça cadre, mon bougre, disais-je, élégant repris-je à moi-même, et premier petit trou d’air délicieux qui vous rappelle que vous êtes un homme : le gamin, cest peut-être le mec, tu vois, ou alors un truc arrive au gamin et ça se répercute sur le père. Marrant ça… Passage à l’étage supérieur.

 

Ca monte bien, destressé, comme entre nous, ok, mais pas non plus comme une vieille aguicheuse ou une vraie roulure. Ca ne fait pas la retape, ça veut garder du mou, il faut s’approcher, se laisser porter, et les Coen (et je vous le rappelle : "Mr Co(h)en n’est pas ton père . »)  ne veulent pas faire tout le chemin. Il faudra se lever de sa chaise. Bien aussi, ça…

 

Un critique un peu jouvenceau dans le bizness aurait sans doute oublié de vous parler du film-annonce, d’ailleurs il aurait dit "bande-annonce", de ce film.  Il aurait tété la mamelle direct, le jeune puceau, en vous balançant des "retour gagnant des Coen" ou des "Les Coen retrouvent leur judéité" (ils parlent comme ça, les jeunes journalistes), "ticket gagnant" et autres formules sans fondement qui essaierait de démontrer qu’en plongeant dans leur racine ils ont retrouvé leur âme, ce qui aurait été quand même gonflé car on n’était pas beaucoup, ces dernières années, à dire qu’on s’emmerdait un peu au knacki-parties des Brosses ! Ils auraient fait ça. Mais ici, c’est vieux sherry et peignoir en soie d’Inde de chez Harrods, alors le F.A de A SERIOUS MAN, ça tortille pas d’un sourcil : c’est le plus beau des cinq dernières années. Quand je dis le plus beau, je dis ouais, allez, d’accord, un des cinq seuls films-annonces valables de ces cinq dernières années, ou dix dernières années. C’est faute de concurrence, je te l’accorde. Mais, zieute moi dans le collimateur : "quand bien même, on va pas faire son blaze, on va même sourire à pleines dents, pas vrai, Joe ?".

 

Alors donc, on revient à nos affaires. Soyons sérieux cinq minutes. La suite organisera le film définitivement et confirme l’essai des deux introductions. Ca cadre très bien, c’est assez beau, et si le scénario charge la mule ou si a mise en scène cherchera eux ou trois morceaux de bravoure, le dispositif reste assez simple et épuré. La force du film, c’est son montage, assez décomplexé, précis et alerte. Il privilégie un rythme languissant, ose les répétitions toujours intéressantes, et même sans approcher la maestria lyrique du GRAND SAUT, les Coen semble être beaucoup décomplexé et intuitif que dans leurs derniers films, même à peu prés réussi (je pense à BURN AFTER READING et NO COUNTRY…).


Voilà qui laisse une belle marge à une narration carrément magnifique. Le film-annonce, s’il est très différent du film lui-même met le doigt dessus. Le sujet a beau être simple, les frangins touchent du doigt un sujet sensible mais dur à atteindre au cœur des choses. L’enjeu principal est celui du Livre de Job, bien entendu. Mais la prouesse consiste à imposer un rythme de descente lente, ce qui est déjà pas mal, où paradoxalement, et ça c’est carrément une réussite, les événements toujours plus tragiques dans leur implication, n’ont pas l’air d’avoir de conséquence. La souffrance rentrée du héros n’empêche jamais la vie de se dérouler calmement de suivre son cours. C’est un des vecteurs oppressants du film, construit quasiment sur une boucle (mais ça n’en est pas une justement) : une souffrance, ultime ou plus futile, n’ aucune conséquence  face à la multitude de faits et de comportements qui font le ciment d’une vie normale… Bonjour l’angoisse !

 

Curieusement, si le film est terriblement ancré dans la communauté juive, les Coen semblent parler d’autre chose, peut-être de la société moderne en général. Et c’est pas du joli joli. Là où le film acquiert abstraction et spiritualité, c’est par l’absurde. Grosso modo, aussi stupide le héros soit-il, ses questions sont aussi tout à fait justes. Malheureusement, la Société montrée par les Coen est ignoblissime (et tout à fait moderne). Elle est perclue de rites, sociaux, amicaux et professionnels. Les gens sont globalement à l'affut de l’autre, voire aimables, mais ces marques de respect et de politesse ne renvoient sur rien d’autres que le vide abyssale : personne n’a rien à dire, personne n’a un point de vue éthique et moral. Globalement, la vie de tous les personnages, sauf notre héros, dans ses aspects factuels et sociaux ne reflète en rien ce que pensent et vivent les gens. Et si certains ont souligné à juste titre que la religion dans le film était simplement vidée et réduite à ses rites qui n’ont donc plus aucun fondement (les étapes de la vie religieuse sont de purs formalités sociales, les religieux n’ont rien à dire et surtout rien à répondre), il faut ajouter que le reste de la vie sociale et familiale est exactement semblable : un ensemble d’actes purement formels qui ne renvoie à rien et uniquement guidé par l’intérêt individuel. On est dans une logique 1+1+1+1…, sans qu’aucune interaction n’ait lieu. Les altérités ne communiquent jamais et encore plus, le monde semble être peuplé de fantôme. Notre héros semble presque est le dernier des hommes. Brrrrr…

 

A SERIOUS MAN est donc un film noirissime et implacable. Rien ne viendra sauver quoique ce soit. Les Coen, eux, placent leur discours, dans des espaces discrets et pour une fois que c'est vrai (même si c’est une formule de dossier de presse), à des endroits pudiques, sans insistance. Le point le plus important, c'est la conclusion de la séquence du lac, respiration ratée, qui finit par se résoudre et vraiment aboutir dans la vie réelle (curisuement), séquence qui ne vit qu'à travers une seule phrase (grosso modo "tu as été dans la piscine ?", ce à quoi le frère répond "je te demande pardon") moment simple, sans pathos et déchirant, seul moment d'ailleurs de fraternité du film et donc d’action véritablement humaine. Le modousse operandaille est très bien amené dans la séquence de l’anecdote du dentiste, très drôle et très longue, et qui au final n’a aucune importance et ne sert qu’à perdre les rares humains encore véritables. Là, les Coen,  après ses longues longues minutes de divertissement, après ce grand discours vide, l’essentiel et la pertinence s'incarnent dans les deux dernières questions du héros ! On ressent là alors toute la générosité et surtout la malice des Coen pour leur personnage. C’est un sot mais pas un idiot ! Quand cette porte se ferme, on le sait déjà, c’est foutu ! Il y aura un autre passage, très cynique mais aussi très triste, avec le vieux rabbin et le fils. La solution du film semble se trouver là, mais le rabbin se souvient plus et n’en a pas conscience, et de toute façon ce n’est pas le bon personnage auquel il parle ! Que c’est brillant. La séquence suivante entérine alors l’échec du Monde et résume en une seule image, et sans le dire en plus, bon sang de bonsoir, l’impasse de l’existence et d’un monde décent : si l’apocalypse arrive, je vais attendre un peu avant de payer mes dettes, on ne sait jamais !

 

 

A SERIOUS MAN est un film glaçant, drôle comme la mort, et enfin les Coen retrouve leur inspiration. Le film se tient tout seul, sans fioriture, sans clin d’œil, avec une mise en scène précise, et toujours au travail. Ca sent le virage et le retour aux affaires…

 

Dr Devo.

 






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Lundi 15 février 2010 1 15 /02 /2010 19:54

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dvdevo
[Photo : "Un prophète" par Norman Bates.]









C’est l’Amérique, c’est aujourd’hui : spider man est soldat en Afghanistan, marié à Nathalie Portman et père de deux filles aux USA. Il mène sa vie tranquillement entre le front et la cuisine, jusqu'à ce qu’il meure dans un accident d’hélicoptère. A la maison tout le monde est sous le choc, sauf son père militaire, fier que son fils soit mort pour la patrie, un vrai héros, pas comme son autre fils Ghylenhaal (aucune idée de l’orthographe) ex taulard et glandeur. C’est pourtant bien lui qui va s’immiscer dans la vie de padmé, pardon, Nathalie Portman, pour l’aider à surmonter le choc et s’occuper des enfants. Petit à petit, les relations entre Ghylenhaal et Portman se transforment en mini romance sur le mode « refaire sa vie et sa cuisine de A à Z ». La cuisine refaite à neuf, spider man revient sur un coup de théâtre, oui mais la guerre l’a transformé et son frère est mieux gaulé, que va donc faire padmé, pardon Nathalie, pour concilier vie de famille épanouie et patriotisme effréné ?


Remake d’un film danois que personne n’a vu, BROTHERS déroule son scope dans les plaines de l’Afghanistan et dans les cuisines américaines pour acter une fois pour toute que la cuisine américaine régit le monde. A double tranchant cette constatation est valable en sens inverse : les échos des combats et des tortures au moyen orient viennent bousculer le train train de l’Amérique bien profonde, et ce jusqu'à l’agencement de ces mêmes cuisines. Le mobilier domestique et l’électroménager se changent au gré des turpitudes dans les tunnels poussiéreux de pays en guerre, les histoires d’amour sont marquées du sceaux des razzias en hélico au soleil couchant. Rien de bien nouveau sous le soleil, c’était déjà le cas du temps de Racine et de Betrand Cantat, les grandes tragédies grecques ou les amoureux se déclaraient leurs flammes en alexandrins avant de succomber face à la cruauté du monde. Ici trêve d’Alexandrins, place à U2 et a la pop musique larmoyante quand plus personne n’est la pour amener les gosses bouffer des glaces au McDo à cause de la politique martiale de la droite américaine et où l’on oublie un mari mort grâce à un nouveau lave vaisselle (plus silencieux).  Les thèmes restent les mêmes depuis le crépuscule de l’humanité, l’amour et la guerre comme enjeux de la tragédie intime, avec les sempiternelles variations sur la capacité de l’homme à survivre à l’horreur, avec toutefois en extra ce que jadis Racine évoquait tout bas : les problèmes d’érections et les snuffs movie afghans.


Ou mène la folie des hommes ? Alors que spider man aurait pu trouver un boulot tranquille dans l’informatique et combler le manque de piment de la vie moderne en allant à la chasse le week end et en regardant du porno en cachette sur le net, il préfère les combats acharnés et la torture sur les champs de batailles en laissant sa meuf et sa cuisine dans les mains de son frangin. Même ses propres  gosses  préfèrent « l’oncle Tommy » à spider man, papa à temps partiel dont les blagues de militaires ne trouvent pas écho chez les civils de la middle class. Partant du principe établis chez les marines que les psychologues sont des charlatans, les problèmes se règlent au combat comme à la maison avec des armes à feu et des barres en fer, quelqu’en soit la cause. Ce principe appliqué à padmé amidala et à son électroménager va provoquer un éloignement entre les jeunes amoureux, et la fin du film verra la cuisine démolie comme monde pour demain.


Le scope est ma foi fort joli, y’a des moyens derrière on n’est pas à la FEMIS. Techniquement c’est plutôt réussi, malheureusement cette belle facture n’est jamais propice à une ambition esthétique autre que de foutre du U2 pendant que quelqu’un pleure à l’écran, soit environ la moitié du film. L’autre moitié est composée d’hélicoptères et de figurants très dociles qui courent en rythme dans le désert en gueulant qu’ils vont tuer des barbus. Le tout bien sûr dans un montage bien linéaire et alterné, avec autant de subtilité et de nuances qu’un char d’assaut dans les rues de Téhéran. Il n’y a pas de rythme, tout semble se dérouler sur les mêmes tonalités un peu faciles, que du déjà vu compilé sans talent ni grâce. Ultra prévisible dans la mise en scène comme dans le propos, pas grand-chose ne frappe ni n’ébahit : il y a peut être juste une scène ou plane le malaise lorsque spider man s’énerve un peu en rangeant la vaisselle, mais Maguire en fait des caisses (comme tout le monde dans le casting d’ailleurs) et ca tourne à la farce, avec hurlements, roulements de yeux et tout le tralala, là-dessus insert sur le visage de padmé en pleurs puis sur les enfants, n’en jetez plus la coupe et pleine.


La fin ! Mon dieu ! On s’attendrait presque à ce que padmé laisse tomber le pauvre spider man devenu une sorte de Eastwood dans LE MAITRE DE GUERRE (rien à voir), mais c’était sans compter sur U2 et les phrases à l’emporte pièce « on s’aime depuis qu’on a 16 ans, on ne va pas se quitter comme ca » ben tiens pauvre cruche, dans le monde réel il me semble que c’est pourtant le cas quand on épouse une pompom girl à 18 ans et que l’on découvre que son mari tient plus de Richard Nixon que de Justin Timberlake. Non là totale incompréhension, Ghylenhaal le gentil bad guy sexy se la colle derrière l’oreille  pendant que padmé embrasse Chuck Norris sur le parking du commissariat, en avant la musique, tout et bien qui finit bien.


Surement qu’en rentrant chez eux, padmé ira border les enfants qui se réveilleront vingt ans plus tard dans la même chambre avec un père mort au combat, une mère alcoolique et qu’ils verront par la fenêtre de la cuisine refaite une énième fois que les perspectives de l’homme s’étendent jusqu'à l’infini.  



 

 

Norman Bates.

 

 

 

 

 

 


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Dimanche 7 février 2010 7 07 /02 /2010 20:42

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devo-sourire
[Photo : "Vivement la coupe du monde" par Norman Bates d'après Wooder Glove de The Bitters.]










Au début du film, George Clooney dans un avion déclare que la vie est plus belle quand on est à deux, ensuite George Clooney boit un café dans le ciel avec John Malkovitch, What Else ?,  une mère de famille dit qu'en ville on ne voit plus les étoiles, le public retient son souffle puis, Georges Clooney interroge une chèvre sur ses agissements en Irak. Heureusement le crédit agricole pense aux jeunes, tout le monde est rassuré et la lumière se rallume. On a eu chaud.

 

 



Amérique du Nord. Au milieu de paysages post-apocalyptiques grisâtres rode une silhouette déterminée qui fait inlassablement route vers l'ouest. Il marche seul, chassant de quoi se nourrir, dormant dans des ruines, toujours aux aguets. Il faut dire que les rares survivants se sont organisés en bandes ultra violentes qui violent et pillent sans répit les plus faibles. Cette mystérieuse silhouette pourtant semble étrangère à tout cela, ne cherchant que de quoi continuer sa route, inexorablement vers l'ouest. Dans ce monde sans merci, personne ne semble en mesure de l'arrêter : la route est jonchée de nombreux cadavres qui attestent de sa maitrise du combat rapproché. La route aurait pu continuer comme cela longtemps si Denzel Washington n'avait pas rencontré sur son chemin Gary Oldman, chef de la plus puissante bande du pays et bien déterminer à remuer ciel et terre pour mettre la main sur un livre auquel la légende prête bien des pouvoirs. Persuadé que Denzel Washington à le livre en sa possession, Gary Oldman (pourquoi je pense à Sardou ?) va tout faire pour le stopper et récupérer le livre d'Eli. C'est sans compter sur sa fille, la belle Mila Kunis, qui en pleine crise d'adolescente décide de suivre Denzel dans son mystérieux voyage....

 

 


Dans un premier verset, dédié à la poussière et à la solitude, sur LA ROUTE encore, bis repetitae, photo quasi identique d'une Amérique plongée dans la grisouille et la soupe aux cailloux à tout les repas, errance au milieu de l'ultra violence et de la loi du plus fort, avec cette fois ci la reconquête de la spiritualité et du pouvoir comme but, avec à la clé la perpétuation du savoir. Denzel Washington est un super guerrier mystique qui récite l'ancien testament dans le texte avant d'éviscérer en deux mouvements cinquante motards barbus sur une musique électro-industrielle, avec lunettes de soleil Rayban et regard vitreux. Le soleil à brulé la terre, donc chaque personnage fait étalage d'une panoplie optique à faire pâlir Ray Charles qui fait passer le film pour un défilé de mode qui aurait eu pour thème MAD MAX. Positions ultra clinquantes, direction artistique iconoclaste qui cadre l'enfer comme une pub Hugo Boss, bande-son allant du contemplatif mystique à la rave partie bavaroise, dialogues mêlant la Bible et Bruce Willis, LE LIVRE D'ELI est un film assez déroutant oscillant entre le pur "actionner" et le film d'intello à thèse. La première partie est pourtant plutôt réussie, dans son dépouillement salvateur comme dans l'impression constante de ne pas savoir ou le film nous emmène, en oscillant doucement entre la contemplation des dernières limbes d'humanité et le cheminement bien assuré d'un héros solitaire et charismatique style vieux cowboy à qui on ne la fait pas. Le cadre et la photo sont plutôt jolis, l'échelle de plan joue avec les vides immenses et les petites cachettes dérisoires, manière de minimiser l'empreinte de l'homme dans un film qui travaille la métaphysique autant que le physique. C'est la rencontre avec Tom Waits, puis Gary Oldman (ca doit être à cause de Goldman) qui transforme peu à peu le film en road movie dégénéré comme pouvait l'être MAD MAX, sans toutefois jamais parvenir à trouver ses deux pieds, un peu en manque de rythme et dans une mise en scène qui petit à petit perd de son charme. Il y a toujours de belles choses et Mila Kunis a toujours de beaux yeux, comme cette scène dans la lumière d'une centrale nucléaire bien trop biblique pour être honnête, symbolique à l'outrance et du coup assez touchante. Petit à petit, les scènes de bastons deviennent plus anecdotiques, on regrette un peu la concision du début et ce combat dans l'ombre assez surprenant. Surtout, et plus grave, on retourne en terrain connu : il y a un grand méchant identifié, on connait le but d'Eli, on devine celui de Kunis, bref on voit arriver la fin à grand pas. Sauf que...


Dans un deuxième verset, dédié aux hommes et à leurs quêtes, la fin trèès longue révèle une succession de retournements scénaristiques rédhibitoires, voire carrément ridicules quand il s'agit de l'entrée en scène de Malcolm McDowell (!) ou du coming out de Mila Kunis. La parole se joint au verbe, et les dialogues prennent tout l'espace sonore. Les récits religieux, les mythes séculaires, l'art et la culture réapparaissent par petites touches, alors que le prophète se meurt. Toute l'envergure du récit trouve sa justification : l'arrivée du nouveau prophète, la souffrance christique, la vue du vieux sage, la valeur du texte et le nouveau monde. Dans un récit construit de cercle en cercle, sorte d'adaptation de l'enfer de Dante mais en version biblique, en commençant par la solitude et la souffrance, en montant progressivement parmi les hommes puis en allant jusqu'à l'amour, le tout relié par l'ipod et son casque (symbole circulaire aussi) comme témoin pour continuer le job (sans livre, huhu!). Puisqu’on en parle, le passage du témoin (dans une scène splendouillette) se voudrait être une issue positive : dans un monde reconstruit il faudrait garder les mêmes croyances, mais en les vivants différemment, dans le partage et la communion, comme guide pour avancer plutôt que comme asservissement pour les faibles. Certes. Le fait que le flambeau soit repris par une femme se veut aussi vecteur d'une modernité, ou plutôt une promesse de reconnaissance pour les temps qui viennent. C’est sympa de leur part de penser à nous comme ca, mais je pense plutôt que ce ne soit juste le prélude à un nouveau film...

 


Dans un dernier verset, le cercle final de l'enfer coïncide avec le premier cercle du paradis : las de tourner en rond, les hommes réinventent la roue et reprennent la route, seuls car les choses les plus importantes se font seules. C'est justement à ce point de convergence unique qu'il fallait arriver : l'enfer devient le paradis car Georges Clooney devient Eli, un prophète qui a renoncé a tout et en particulier aux hommes, car les basses inclinaisons voudraient qu'on vive ensemble alors que le sacré appelle au célibat, à s'élever de sa condition non pas pour dominer les larves mais pour se faire l'égal de Dieu, un chemin de puissance avec un but surhumain. En cela LE LIVRE D'ELI se trouve au confluent de tous les mythes et toutes les religions, soit s'interroger sur les buts et les aspirations du monde pour en faire un lieu enfin vivable, dénué d'obstacles matériels et de pulsions physiques, où il ne s'agit plus de vivre en paix avec les autres, il s'agit de vivre en paix sans les autres. Aveugle sur la terre, mais omniscient dans les idées. Rater sa vie serait refaire la route à l'envers, et nul besoin d'être Georges Clooney pour savoir qu'il y a urgence (huhu!) à déblayer le chemin. Vous voyez qu’on gravite en cercle : on revient à Clooney. CQFD.





 

Norman Bates.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Jeudi 28 janvier 2010 4 28 /01 /2010 20:48

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Michael Cera s’est fait larguer et vit prostré dans la chambre qu’il occupe chez ses parents, dans une banlieue minable de New York. Ce soir, ses deux potes homos veulent qu’il reprenne sa place dans le petit groupe de rock pourri qu’ils forment pour faire un concert dans un bar branchouille de New York, ce afin qu’il reprenne goût à la vie et qu’il oublie une bonne fois pour toute son ex-petite amie débile mais canon, à qui il continue d’envoyer régulièrement des superbes cd-audios qu’il a gravé lui-même, compilant et résumant ses découvertes musicales pop rock dégoulinantes et insipides du moment, le tout entrecoupé de messages d’amour pleurnichards à une ex qui en a manifestement rien a foutre, puisqu’elle sort avec le capitaine de l’équipe de base ball et tient justement ils sont là ce soir au concert, quelle coïncidence, New York est si petit ! Après nous avoir infligé quelques minutes de concert live de son groupe de chie, visiblement fatigué par l’exercice et décontenancé par la présence de son ex, ce pauvre Michael Cera qui ne boit pas d’alcool se réfugie dans le coca cola, et c’est à ce moment là que lui tombe dessus une copine de son ex, vous savez la grosse moche qui traine avec des jolies filles en  jalousant secrètement leurs petits amis trop mignooooonnns et qui en l’occurrence écoutait secrètement et avec amour les compils préparés pour l’autre (celle qui est bonne),  donc je disais cette fille moche lui tombe dessus, ses potes homos l’encourage et la coache pour qu’elle finisse la soirée avec lui, en lui conseillant par exemple un nouveau soutien gorge (c’est bien connu les homos sont des spécialistes de la mode) qui lui donnera l’impression, je cite, "d’avoir deux seins" (sic !). A ce moment du métrage, il me parait fort opportun de faire un point sur la mise en scène. Voilà, ce point étant fait, nous pouvons continuer en nous intéressant maintenant à ce qu’il se passe non pas à l’arrière des berlines, mais à l’avant de la voiture de la fille plus si moche depuis que des gays lui ont refait sa garde robe, et qui en plus s’avère être une fille de, héritière d’une famille juive (donc riche) impliquée dans la construction d’un tunnel secret New York-Téhéran et d’un studio de musique produisant la même merde que celle présente  dans les playlist de l’ipod de tout les connards comme Michael Cera, et aussi de la fille en question car, deux ex machina, ils ont la même playlist !! Nous voila donc à la scène de la révélation de l’amour : nous avons la même chose dans nos ipod, nous sommes compatibles musicalement, donc faisons des gosses et marions nous, fusionnons nos ipod et soyons fous synchronisons nos iphone ! C’est tellement rare de trouver deux personnes ayant les mêmes goûts musicaux, alors quand elles sont toutes les deux célibataires, let’s make a deal ! Dis moi ce que tu as dans ton ipod, je te dirais qui tu es (un critique de Télérama à utilisé le mot "émouvant" pour qualifier ce film). Nous voila au cœur de tout les problèmes, de ce qui cristallise les intérêts du monde occidental : trouver un boulot et une femme ayant les mêmes gout, qui sont en fait ceux de tout le monde libre, de toute personne en mesure d’écouter a longueur de temps de la merde préformatée servant dans la foulée à illustrer la pub pour sa future voiture ou son mac de chie, abreuvant nombre de myspace et autres réseaux de partages culturels accessibles par smartphone. Dans un monde où les sentiments doivent naître comme les nouveaux talents de la musique, c'est-à-dire le plus rapidement possible, établis puis oubliés pour laisser place à de la simili-merde coiffée différemment qui plait tout de suite et lasse dix minutes après, comme des postures éphémères qu’il faut consommer tant que c’est chaud, puis bruler ensuite. L’amour par texto ou comment désacraliser le désir et la séduction en conjuguant pauvreté formelle et rapidité d’exécution, entre deux clips vidéos trouver le temps d’un "je t’aime", ou entre deux jambes le plaisir d’une ou deux minutes, non surtaxées. Michael Cera est bien évidemment le petit con de service, celui que l’on déteste dès la première minute avec ses gimmicks de premier de la classe tout le temps à se plaindre, alors même qu’il a la chance et la possibilité de mettre en action des mécanismes à même de l’extirper du marasme ambiant dans lequel il évolue (une des personnage du film est définie par le fait qu’elle vomit toujours au même endroit lorsqu’elle est bourrée, parcourant s’il le faut des kilomètres a pieds, comme un oiseau migrateur, style oie sauvage : honnêtement je crois que c’est le personnage le moins prévisible du film) mais dont il ne s’extirpe jamais, il tombe dans les bras de l’autre fausse moche sur maquillée et riche, et sans doute qu’une fois grands ils auront  JUNO comme fille, une sorte d’incrémentation de leurs échecs à envisager la vie sur le long terme si des paramètres restent indéfinis. J’extrapole un peu : le film se déroule juste sur une nuit, une nuit à écouter du rock merdique dans des bars branchés, une nuit pour découvrir qui l’ont est, une nuit à errer à la recherche d’amis ivres dispersés dans la ville électrique, où la pub ne s’arrête jamais, ou l’ennui est un statut facebook vite mis à jour car vive le temps réel, vive les fêtes où l’on s’habille bien mais où personne ne remarque qui l’on est vraiment, vive  Michael Cera et sa playlist composée avec amour. Au petit matin, les gays comme les hétéros sont amoureux, tristes et fatigués, les filles se sont retrouvées, Michael Cera à enfin tourné la page, il a trouvé une fille bien, enfin une fille qui l’admire pour ce qu’il écoute et non pas parce que c’est un futur ingénieur ou un futur médecin. Au matin donc, tout ces jeunes gens ont l’impression d’être libre, d’avoir le monde devant eux et toutes ces conneries, alors que bon ils écoutent ce que d’autres veulent qu’ils écoutent, ils aiment ce que d’autres veulent qu’ils aiment, et ils font ce que d’autres veulent qu’ils fassent : la fête dans des bars pour jeunes, avec de la musique de jeune et des boissons pour jeunes, et ainsi ils s’agitent et ils s’animent dans un milieu qui adopte une stratégie à leur place, passant à coté des plus belles choses, les choses puissantes et en devenir, et qui peu à peu oublient que ce qui est beau en l’homme c’est lorsqu’il ne se contente plus d’être (un ipod, une musique, des vêtements, des films, des amis, des téléphones, un nom, une origine, une sexualité, une paire de chaussure, un sac à main, un ordinateur, etc…), mais qu’il devient quelque chose qu’il a choisi lui-même en tout indépendance, si tant est que cela soit encore possible, et qu’il faut réinventer chaque jour.  Si on mesure la sagesse d’un homme au poids de ses pensées Cera est un gros con, mais en même temps il n’est que le fruit de son format, agonisant au milieu de ses aspirations. Le film est à l’image tout ca, une sorte de produit décongelé contenant son lot de scènes d’amour toutes faites, de musique de supermarché, d’acteurs mièvres et désincarnés, que des choses ressassées 1000 fois qui, loin de stigmatiser une certaine tendance à baisser les bras, conforte le consommateur de bons sentiments et de pop musique insipide dans sa petite existence monotone, sans jamais prendre le risque ni par la mise en scène ni par les sujets abordés de sortir du lot.

 

 

 

carla

[Photo tirée du Tampographe Sardon.]

 

 




Norman Bates.

 

 

 

 

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Dimanche 17 janvier 2010 7 17 /01 /2010 20:39

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vishnu-lapaix
[Photo : "Réunion de travail à Matiere Focale" par Norman Bates, d'après Stanislaw Szukalski.]









Ok. Je précise directement que je suis partie prenante du film, j’ai participé à la production, très modestement, mais j’ai un intéressement sur le nombre d’entrée que le film fera, et donc en cela je ne suis pas le mieux placé pour en parler "objectivement". En fait je ne parle jamais objectivement d’un film, mais toujours honnêtement (même avec mauvaise foi) et je ne vais pas déroger à la règle pour quelques euros ou parce que l’on m’a invité à l’avant première sur les champs Elysée, accueilli avec des escort girl et offert du champagne et des petits fours. Non messieurs, je suis peut être un connard élitiste mais un vendu, jamais ! Maintenant que j’ai mis les choses au clair, détendons nous, il ne s’agit que de cinéma, et même pas en 3D !

 

Estampillé premier film de zombie Français, ce qui est faux d’ailleurs, LA HORDE adopte une construction similaire à UNE NUIT EN ENFER, soit un film qui commence comme un Revenge movie et qui finit comme un film d’action bourrin avec des zombies. Rassurez vous la comparaison avec le film de Rodriguez s’arrête là, LA HORDE est un film très premier degré, absolument pas parodique ni ironique. Pour les connaisseurs, ce qui pourrait ressembler le plus à LA HORDE c’est la série de jeux vidéos Left 4 Dead qui propose de jouer quatre survivants dont le but est d’aller d’un point A à un point B, avec entre les deux des millions de zombies et tout un tas d’armes différentes. Le jeu est très bien, en film ca se corse un peu.

 

Une famille de flic décide de venger la mort d’un des leurs en descendant les voyous qui l’ont buté. Ils descendent surarmés dans un immeuble de banlieue parisienne avec l’intention d’en finir, mais le plan tourne mal, et flics et voyous se retrouvent pris au piège dans l’immeuble, entourés par des centaines de zombies. Les deux camps vont devoir coopérer pour s’en sortir…

 

En premier lieu, ce qui saute aux yeux, la plus grande réussite du film, c’est d’avoir avec très peu de moyens (et je suis bien placé pour le savoir) réussi à faire un beau film : tourné intégralement en scope, avec une photo très "comics" du plus bel effet qui joue sur les nuances d’ombres, d’aplats et les effusions de sang. Au niveau du rendu on est proche d’un film comme 30 JOURS DE NUITS par exemple : c’est bien simple je n’ai jamais vu la banlieue parisienne comme ca, on est loin du FRONTIERE(S) de Xavier Gens et son esthétique "Luc Besson" genre TAXI. Les effets spéciaux de maquillages sont très réussis, même si je déplore personnellement un recours un peu systématique à des effets numériques assez voyants, notamment dans la grosse scène finale (par ailleurs très joliment filmée) ou l’on voit des éclaboussures de sang en images de synthèses assez laides, ou pour la scène du Paris en flamme, très hollywoodienne et convenue (je suis foutu). Le montage, le découpage et la spatialisation sont plutôt corrects, même si j’aurais aimé plus de fantaisie de ce coté là. Il y a bien une légère surdose de gros plans, comme dans la plupart des films actuels, mais ce n’est pas le plus gênant.  Au final la mise en scène est plutôt agréable  et soignée, même si elle reste très basique, c’est plutôt une bonne surprise. C’est après que les choses se corsent…

 

LA HORDE à en effet de gros problèmes d’écriture, d’interprétation et surtout de rythme ! Voulant aborder plusieurs genres, du thriller badass à la INSPECTEUR HARRY à l’actionner style McTiernan tout en faisant du gore et de la comédie, le film ne trouve jamais son ambiance, ne développe jamais ses idées jusqu’au bout, et on a le sentiment de voir un peu de ca, un peu d’autre chose, mais il n’y a pas vraiment de liant. Le mélange des genres est vraiment une chose très délicate, et pour un premier film l’écriture se révèle trop ambitieuse, trop référentielle pour vraiment marcher. Par exemple les passages humoristiques ou des jeunes de banlieues se retrouvent confrontés à un vieux style Noiret, joué par un acteur de la comédie française en plus, font sortir complètement du trip survie : on a l’impression que le film s’arrête le temps de faire quelques scènes drôles, puis repart frénétiquement par la suite. Il y a de gros problèmes de rythmes à cause de l’écriture, de son découpage. Autre gros problème, les acteurs : si l’on retrouve avec joie quelques grandes gueules comme Jo Prestia (vu dans les Gaspards Noé) ou Jean Pierre Martins, leurs dialogues sont souvent très pauvres et maladroits, si bien qu’ils n’arrivent jamais à trouver une singularité. Claude Perron se débrouille bien, mais c’est à peu près la seule, les autres sont assez clichés (le rappeur qui s’exprime… comme un rappeur, le vieux comme un vieux, etc…), de plus le film insiste lourdement sur la psychologie des personnages et sur les relations entre ces derniers : qui a couché avec qui, qui trompe qui, etc… mais on s’en fout ! En plein milieu d’une scène d’action on apprend que untel a trompé unetelle, mais on ne connait même pas les personnages dont il est question tellement le scénario est trop écrit !  Le film est plombé par ce genre de maladresses scénaristiques. L’ambition du film c’est surement de faire un truc viscéral, que l’on ressente l’oppression de milles personnes sur quatre personnes, or on nous bassine avec des problèmes psychologiques extérieurs à l’action. Dommage !  C’est quelque chose qu’en France un mec comme Siri à réussi à éviter, en faisant du vrai film de genre, en se focalisant sur son propos sans vouloir trop en faire (dans HOSTAGE ou NID DE GUEPE).

 

Au final, LA HORDE s’avère être un pas de plus vers une production française de genre qui pourrait devenir au moins aussi intéressante que de l’autre coté de la manche. Les talents et les moyens sont là, même limités, par contre il faut sortir de l’ancestral modèle du film français populaire : j’ai eu vraiment l’impression que le film n’assumait pas son originalité en collant au milieu de scènes gores réussie du cinéma de papa ou des considérations sur la banlieue… En résumé : allez voir ce film, même s’il est imparfait, payez vos places, invitez vos amis, vos parents, votre famille et faites les payer aussi, demandez le plein tarif, retournez-y plusieurs fois et n’oubliez pas d’acheter le DVD avec les bonus et la boite en carton quand il sortira, et offrez le à tout le monde ! Merci !

 




 

Norman Bates.

 







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Dimanche 10 janvier 2010 7 10 /01 /2010 19:49

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blue guy devo
[Photo: "Délice, Domination, Détermination" par Dr Devo.]




 

 

La Terre est dans un piteux état, genre comme dans WALL-E mais en pire (de ce qu'on nous a dit, parce qu'on n'en sait rien, en fait), donc les humains font le tour des planètes environnantes pour trouver de la matière première histoire de pouvoir continuer à boire du Coca Zero. Ils atterrissent donc sur Pandora, qui est complètement fertile et luxuriante ; malheureusement, les indigènes qui vivent sur cette planète n'entendent pas donner leur maison au premier venu, et organisent une espèce de rébellion, les fous. Ces autochtones sont des Na'vis, de grands machins tout bleus et super minces, et ils sont coriaces les bougres. C'est pour cela que Sigourney Weaver décide de créer des "avatars": des être vivants de synthèse, mi-humains mi-Na'vis, qui serviront à aller espionner cette peuplade primitive aux idées un peu trop écologiques pour Giovanni Ribisi et Stephen Lang, qui vont essayer de les écraser de la manière la plus militaire et la plus expéditive possible. L'idée, c'est que les avatars sont des copies Na'vis d'humains, ils ont le même visage. C'est là qu'entre en scène Sam Worthington, alias Jake Sully, un Marine de l'année 2154 qui a perdu l'usage de ses jambes. Son frère était un über-scientifique, qui a aidé à créer les avatars et qui était supposé en piloter un. Sauf qu'il est mort, et donc, c'est qui qui va prendre sa place ? Pas Bruce Willis, non non, bien tenté, mais le petit Sammy. Il s'exécute donc le bougrinet, et il est tout content de retrouver l'usage de (ses) jambes. Il va rapidement tomber nez-à-nez avec Neyriti, jeune et jolie gigue bleue, qui s'avère être la fille du chef, et qui va rapidement accepter Sammy dans son clan parce qu'il semble avoir reçu un signe des dieux (des perce-neiges se sont posés sur les épaules de Sammy, ce qui est exceptionnel). Sammy va donc de plus en plus se plaire avec ses nouveaux copains, ce qui n'est pas vraiment du goût de Stephen Lang, qui lui préfèrerait leur péter la gueule avec une ogive nucléaire. Donc, ça se frite un peu entre les deux gros durs, et les Na'vis et Pandora sont au milieu...

 

 

Bon et bien voilà, il est enfin là le parpaing de James Cameron, l'homme de tous les records (enfin, de budget en tout cas). Je n'ai strictement aucun souvenir de ALIENS ni des TERMINATOR, mais ABYSS n'était pas trop mal il me semble, donc j'ai tendance à généralement ne pas mettre Jimbo dans la case des incompétents (même si, effectivement, vous avez raison, jeune fille en rouge au deuxième rang, il y a eu TITANIC...). Là, le garçon s'est dit "Bon, le gros bateau qui coule pendant quatre heures, c'est fait, qu'est-ce que je peux faire maintenant ? Si je créais de toute pièce une planète, ah oui, ce serait sympa. Et puis maintenant il me faut un défi technique à la hauteur de mes ambitions et de mon génie. Si je ressortais une technique des années 50 qui n'a jamais fonctionné, et que j'en faisais l'avancée technologique la plus rentable de l'histoire du cinéma ? Là, c'est sûr, je serai dans les livres ! Allez, c'est parti, je fais du cinéma en relief !". S'en est suivi une déferlante de louanges pré-visionnage et de rêves mouillés des cinéphiles de tout bord qui se caressaient la prostate à l'idée de la réapparition de la 3D ailleurs qu'au Futuroscope, ce dont on se fout quand même pas mal mais qui a fait dire quelque chose de très amusant à un focalien (dont l'identité m'échappe mais j'espère qu'il ou elle me pardonnera) lors de la grande réunion de la cérémonie de clôture du dernier festival de Cannes : "Ils n'ont qu'à ressortir SALO de Pasolini en 3D, comme ça on aurait vraiment l'impression de manger du caca". Mais parlons plutôt cinéma, maintenant.

 

 

Je ne vais pas faire durer le suspense plus longtemps, parce qu'à ce niveau-là de mon article je pense que c'est inutile, mais AVATAR n'est pas une révolution. C'est même tout l'inverse. AVATAR est la resucée exacte et précise d'absolument tout ce qui se fait dans le cinéma mainstream hollywoodien depuis, allez, vingt ou trente ans. Il y a les mêmes tics de mise en scène, la même structure narrative, les mêmes caractérisations de personnages que dans la majorité de ces films à grand spectacle. On est exactement au même niveau, pas tellement plus haut qu'un TITANIC par exemple, c'est la même chose. Donc, déjà, ça calme. Pour finir sur la 3D, comme ça c'est fait, puisque comme prédit c'est probablement la chose la moins intéressante du film (et il y a de la concurrence à ce niveau), elle n'est jamais utilisée de manière plus intelligente qu'en tant que gadget de luxe, qui n'apporte rien d'autre au film que l'impression de voir un joujou désincarné, vidé de sa substance pour au final n'avoir qu'un squelette vide de toute velléité de mise en scène. Dire que l'utilisation du relief tient de l'inutilité la plus totale serait trop faible, à tel point que je me disais fréquemment durant la projection que le film serait probablement meilleur en 2D. La faute à quoi ?, me demanderez-vous, et je vous répondrai aussi sec. En fait, ce sentiment d'immersion que l'on veut nous vendre à longueur de matraquage marketing ne fonctionne jamais. Il y a pourtant pas mal de tentatives pour faire aller le spectateur dans ce sens (comme cette très étrange caméra subjective lorsque les troupes descendent de l'hélico au début du film, qui se métamorphose rapidement en on ne sait pas trop quoi, probablement un personnage extérieur, le spectateur ?), mais, et je vous le demande le plus sérieusement du monde, comment voulez-vous vous immerger et vous identifier à des créatures bleues de deux mètres ? C'est là que je me dis qu'à la limite, la 3D serait bien plus intéressante pour les films de Ken Loach ! Bref, vouloir nous vendre une expérience de cinéma en expérience de vie à travers des personnages non seulement bleus de deux mètres, mais entièrement pixelisés, c'est un peu comme vouloir vendre du roquefort à un parfumeur. J'avoue ne jamais être tombé dans le panneau et avoir vécu tout le film "à l'extérieur", ce qui n'est pas une place si inconfortable que cela. Mais ce n'est pas tout, parce que cette 3D a aussi le pouvoir de rendre les scènes d'actions (encore plus) illisibles. Enfin, pas exactement, c'est même pire que cela. En fait, si vous voulez, dès qu'il y a un mouvement de caméra, tout ce sur quoi la mise au point n'est pas faite devient à peu près deux fois plus flou que lors d'un mouvement normal. En clair, dès que la caméra bouge, ça brouillonne de partout, et on ne comprend rapidement plus rien. Je vous laisse imaginer le résultat sur les scènes d'action endiablées à une image toutes les trois secondes. Niveau immersion, ce n'est pas vraiment ça, et esthétiquement ce n'est pas très beau. Rajoutons à cela une utilisation outrancière de la profondeur de champ (qui est, effectivement, impressionnante, mais hé, ce n'est que du pixel, ce n'est pas très compliqué non plus), qui ne sert pas à faire rejaillir quoique ce soit ou à mieux composer l'image, mais simplement à faire dire au spectateur "wouah, on voit super loin". Et puis bon, la profondeur de champ monstrueuse, ça existe depuis CITIZEN KANE, et Welles l'utilisait à des fins précises de mise en scène. Bref, ce sont quelques exemples qui me font dire que non, la 3D n'était pas indispensable à ce projet, bien au contraire. Et que l'intérêt du film ne vient absolument pas de cet aspect bien trop léger.

 

 

Il y a quelques petites intentions de mise en scène, mais rien de renversant. En fait, on voit la patte du réalisateur, sa contribution, si je puis dire, au film (en tout cas autre que le projet storyboardé et exécuté par des types derrière leur ordinateur), dans l'utilisation que fait Cameron des focales. Il aurait pu utiliser son immense et monstrueuse profondeur de champ tout le film, et ainsi en mettre plein les yeux constamment, mais il décide parfois de se reposer et de revenir à des formes plus « classiques » d'images en intégrant ici et là une longue focale, à la zone de netteté assez faible, qui n'a donc rien à voir avec la mise au point (qui est source d'un peu de jeu mais rien de plus que dans d'autres films) mais avec la perception du spectateur. On sent tout de suite cette longue focale, et il ne l'utilise bien évidemment (pas uniquement, mais le plus souvent) que lorsqu'il a affaire à de vrais acteurs. Le résultat n'est pas très beau, mais a le mérite de remettre le film sur des traces moins gargantuesques, et replace un peu de point de vue à l'intérieur de cette démonstration technologique.

 

 

A part ça, comme il a été écrit un peu partout, le scénario est d'une stupidité assez déconcertante, entre le message écolo-new age et la bluette de rigueur, genre de Pocahontas chez les Masaï bleus, avec le gentil colon qui va découvrir la condition des indigènes et prendre leur défense contre les méchants envahisseurs, qui étaient ses copains quinze minutes avant. Il n'y a pas franchement d'aspérités ni de saillies, on a déjà vu ce scénario cent fois auparavant, et même si détruire une forêt pour la sauver me semble un peu idiot, je peux avoir tort et auquel cas je ferai mon mea culpa. Non seulement au niveau thématique ça ne vole pas très haut, mais en plus l'exécution de cette structure simple est assez foirée, il n'y a qu'à voir l'ignoble exposition avec cette voix-off didactique au possible et les enjeux du film tellement bien expliqués par les différents personnages que tout ce qu'il manque, c'est un regard caméra. Petite chose amusante : lorsque Sammy et Neyritia marchent dans la forêt de Pandora, le sol s'allume à chacun de leur pas, comme dans le clip de Billie Jean de Michael Jackson. Il fallait quand même le préciser. Ca me paraissait important. Sinon, RAS mon général, les acteurs font ce qu'ils peuvent mais sont complètement desservis par des personnages traités à l'emporte-pièce et écrits à la truelle (Ribisi et Stephen Lang en tête), et même si la petite Zoe Saldana (que vous avez pu voir dans le STAR TREK de J.J. Abrams, apparemment) semble très charmante en bleu, on a surtout envie de voir à quoi elle ressemble en vrai. Je n'ose pas parler de photographie parce qu'il n'y en a pas, ou peu, ni de montage, qui s'évertue le plus possible à suivre les traces du scénario sans chercher à le contrebalancer ni à l'ouvrir de quelle sorte que ce soit, je préfère donc me taire et parler de la majesté de la réalisation et de la profondeur thématique d'AVATAR. Ah non, c'est pas ça.

 

 

Au final, la révolution n'a pas eu lieu. Nous sommes au même endroit, avec les mêmes gens, à voir la même chose que nos grands parents. Mais attention, le résultat n'est pas infamant, ni scandaleux. Il pourrait se rapprocher de l'indifférence la plus polie et la plus respectueuse. C'est un film pop-corn, et ce n'est pas particulièrement négatif, pas du tout même, ça a le mérite d'exister. Peut-être suis-je blasé et devrais-je m'insurger contre AVATAR, mais non, même pas, je choisis de dire moui, bon. Si vous voulez. Ce n'est pas franchement pour moi, mais si vous voulez. Ca ou autre chose, de toute façon, quelle différence. Tout cela est interchangeable.


Si la notion de "film Téfal" a été portée à mon attention par un ami critique, j'ose à présent, et pour parler d'un film aussi "novateur" qu'AVATAR, voyez l'ironie, créer la notion de "film Werther's Original". Comme celui que mon grand-père me donnait quand j'étais petit.

 


LJ Ghost.







Et bien moi, je serai plus sévère. AVATAR n'est pas un bon gros block-buster malin, comme pouvait l'être celui d'un réalisateur de la même trempe comme John McTiernan, qui a fait aussi des bons et des mauvais films, à savoir LAST ACTION HERO!

 

AVATAR vise le fan d'heroic-fantasy (cf. le design général) âgé, au mieux, de 12 ans. Personnages secondaires stupidissimes, personnages principaux fadasses, enjeux éculés et prévisibles utilisés sans aucune volonté de variation, et des tonnes de pillages/clin d'œil grossiers. Grosso modo, AVATAR est du cinéma bariolé, technologiquement monstrueux (mais LJ  a raison de dire que les mouvements qui vont dans le même sens que les déplacements latéraux sont ratés). Tournés quasiment qu'en fond vert, le défi de faire cohabiter prises de vues réelles  et effets spéciaux entièrement artificiels est largement raté, pusique Cameron évite la plupart du temps la question (cf. la scène de l'éveil). Au final, si une dizaine de plans donnent l'idée de ce qu'aurait pu être ce film, la réalisation est tellement plate, sent tellement le brain-storming d'une équipe qui a l'air, de loin, vue de chez moi, déjà contaminée par des travaux précédents en films d'animation, l'utilisation du montage est si médiocre et sans personnalité, les axes sont tellement inutilisés, que cette immense bande-démo pour les professionnels de l'animation est fade comme un jour sans pain.

 

Sur le fond, c'est la catastrophe, bien sûr. Qu'on utilise des personnages carrés, voire obtus, ne me pose aucun problème, et ça TERMINATOR par exemple le faisait très bien. Mais, les 352,873 personnes ayant travaillé sur ce film ont-elles déjà vu un bon slasher par exemple. BLACK CHRISTMAS, tiens, puisque c'est Noël ! Ou un survival ? DETOUR MORTEL, par exemple, est, sur le papier, la chose la moins originale possible. Les personnages sont archi-connus. Et pourtant, on finit par s'écarter du chemin initial pour faire advenir quelque chose d'un peu personnel. Ici, rien. Quand Michael Bay ou Roland Emmerich se lanceront à la suite de Cameron, ils se feront descendre au nom de la lutte contre le cinéma surgelé. Mais, dans le fond c'est la même chose. Ici, il s'agit de post-post-colonnialisme moralisateur, où on nous explique que "les Bleus sont des humains comme les autres" (j'adooooooore la stupidissime charactérisation africaine des extra-terrestres, c'est très splendouillet), que faire la guerre c'est mal. Et j'oubliais le pompon : le moralisme écologiste qui, en fait, est de la poudre aux yeux pour faire passer ds choses encore plus contestables. Le cyberespace 3.0, ce sont les plantes et la nature (on se branche dessus en USB, un peu sur le mode EXISTENZ !). Les peuples sont élus ! La hiérachie est religieuse et héréditaire. Le nouveau-né doit prouver qu'il fait parti du clan. Le destin nous contrôle. Et Dieu est dans la biologie.  En nous donnant la main, nous ne formons plus qu'un ! L'individu n'existe pas. Vite, sortons nos flambeaux et allons célébrer Gaïa ! Et évidement, la femme sauvera l'homme. N'en jetez plus!

 

AVATAR est stupide, et qu'on puisse exalter des valeurs comme celles-ci me laisse largement perplexe.

 

Enfin, un mot sur les acteurs, vraiment pas bons, complètement paumés, souvent supplantés par la gimmickasition typiques des longs-métrages d'animation. Parmi eux, l'affreuse héroïne, insupportable personnage, très desservi, et c'est un exploit, par une actrice ignoblissime comme je n'en avais pas vu depuis longtemps.

 

Cameron n'a pas fait le service minimum. N'a jamais essayé de faire des ruptures ou de développer les énormes moyens mis à sa disposition (si, une fois, un décrochage chromatique dans la scène de la pluie de cendres). Encore plus, il n'a jamais essayé, ne serait-ce qu'essayer, de livrer un truc un peu personnel. Ce type est perdu, en fait. Et AVATAR représente absolument tout ce qui est détestable dans le pire cinéma industriel hollywoodien.

 

Gardez vos sous, et arrêtez de nourrir le cochon. Joyeux Noël.

 

 

Dr Devo









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Si la notion de « film Téfal » a été portée à mon attention par un ami critique, j'ose à présent, et pour parler d'un film aussi « novateur » qu'AVATAR, voyez l'ironie, créer la notion de « film Werther's Original ». Comme celui que mon grand-père me donnait quand j'étais petit.

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Jeudi 24 décembre 2009 4 24 /12 /2009 18:24

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[Photo: "Solitude" par Norman Bates d'après le film MOON.]












Attention ! Le prochain paragraphe révèle des éléments importants du film et peut vous gâcher la surprise ! Si vous n’avez pas vu le film, rendez vous au paragraphe suivant.



Sam Rockwell est seul sur la lune depuis 3 ans, dans trois semaines il retourne sur Terre. Sa femme l’a quittée, et la solitude sur la lune devient un labyrinthe peuplé de figures familières. 

Sam Rockwell extrait de l’hélium 3 disponible à profusion sur la lune afin de l’envoyer sur la Terre, sans énergie depuis le choc pétrolier.

Sam Rockwell est mort dans un accident il y a trois ans sur la Lune, et depuis il cherche à savoir ce qui est arrivé à l’autre Sam Rockwell. Il découvre une femme, une fille, et érige un temple solitaire vouée à une vie qu’il a abandonné.

Gerty est le seul compagnon des Sam Rockwell qui peuplent la Lune, c’est un robot intelligent qui est capable de ressentir et d’exprimer des émotions via des smileys. Gerty à la voix de Kevin Spacey, et Gerty est loin d’être honnête avec les Sam Rockwell qui errent sur la Lune.

Sam Rockwell erre dans une base spatiale aseptisée, entre télévision terrestre et jardins secrets, cultivant l’amour pour sa fille, sa femme et diverses autres plantes. Seul avec un putain de robot qui égrène les taches tout les jours, sans arrêt et qui veille sur tous les Sam Rockwell.

 


Duncan Jones, de son vrai nom Duncan Zowie Haywood Jones, fils de David et Angela Bowie, filme la Lune comme un astre mort, cercueil des échecs de la vie d’un homme, condamné à effectuer des taches ad eternam dans une nuit permanente. Entre projections mentales abyssales et jeux géométriques sur l’infini, la mise en scène aligne des perspectives trompeuses qui enferment l’homme dans une cage dont les parois s’éloigneraient sans arrêt, comme si sur Lune on était condamné à s’enfermer et se replier sur une existence entièrement vécue par écrans interposés, une fois nos sanctuaires intimes violés. A l’intérieur d’un cercle nous sommes condamnés à tourner, comme une Lune autour d’une Terre, comme le fait la Terre autour du Soleil afin de prolonger la vie. Nous sommes assujettis à des formes elliptiques infinies qui se répètent sans fin. Nous propageons la vie et avec elle les mêmes échecs, les mêmes incapacités mais aussi les mêmes bonheurs et les mêmes amours, même de loin. Des mosquées de Cordoue aux villages Lunaires, les mêmes motifs répétés, enchainement de forme toutes reliées entre elles, dont les débuts sont aussi des fins. Même un clone né sur la Lune n’ayant pas connu la terre est attachée à son espèce et à son devenir comme à son passé. La solitude c’est les machines, même sensibles.

 

 


Et sa voix lui revient : des échos de disputes, des routes arpentées à deux, des corps qu’il a l’habitude de sentir et des combats menés de front. Et vivre avec seulement des souvenirs, avec les ombres dans la caverne, c’est quand même pas rien ! Car la Lune contrairement à la Terre ne tourne pas, car le soleil ne l’éclaire pas, ne la réchauffe pas. Car sur la Lune on ne peut que contempler la Terre inaccessible : des grandes étendues bleues, des paysages lumineux et des vents changeants, des lumières pendant la nuit et des bruits incessants, un horizon toujours fuyants. Mais plus que des équations scientifiques, des milieux favorables, c’est les perspectives qui encouragent la vie. Courir après un horizon toujours fuyant, toujours changeant, chaque fois renouvelé est promesse de changements. On peut trouver une autre femme, d’autres amis, d’autres lieux ou trainer, on peut changer de vie, il ne tient qu’a nous de tout refaire et de réparer ses erreurs. Pas sur la Lune, pas devant des écrans à rester passifs, pas devant des ordinateurs qui s’assurent de notre état de santé. Notre liberté, c’est d’arpenter des lignes dans n’importe quel sens, d’imaginer des perspectives qui n’existent pas.

 

 


MOON est le récit d’un retour à la Terre, l’histoire d’un homme qui arrive à se reconnecter au monde, à faire abstraction des choses qu’il a ratées. C’est un long combat pour échapper à la noyade, aussi bien physique que psychologique. Car s’il fallait définir une figure géométrie qui tend à représenter un être humain, ce serait une croix bien difficile à porter. MOON est un film sobre dépouillé, triste, mais porteur d’un espoir formidable, rempli d’instances d’un seul homme qui cherchent à se reconnecter, à se synchroniser pour rétablir les liens. Parce qu’on a toute la vie pour être seul, il faut chercher à l’être le moins possible.

 


Il faut rétablir le lien avec la Terre.

 

 

 


Norman Bates.

 

 

 

 

 

 

 

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Dimanche 20 décembre 2009 7 20 /12 /2009 13:52

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http://idata.over-blog.com/0/00/82/91/2009/decembre09/yonnie--devo.jpg
[Photo: "Mister President" par Dr Devo.]





Chers Focaliens,

Nous fêtons aujourdhui les cinq ans de Matière Focale. Lecteurs occasionniels ou récents ou de longues dates, du fond du coeur, merci!

Pour fêter ça, un article de Norman Bates sur le dernier Bruno Dumont !

Dr Devo.











Alors que dans les rares rayons du soleil automnal, votre serviteur arpentait les rues doucement éclairées de Montmartre, sur les sonorités d’un accordéon suintant de nostalgie Vieille France allant jusqu'à rendre les pavés glissants, alors que dans les premières tirades de l’hiver un relent nauséabond vient titiller les racines de la morale assaillies par des hordes toujours plus nombreuses de clochards quasi-agonisants, alors que yonnie agonise à l’autre bout du monde, il existe un monde où les gens s’aiment et sont heureux, un endroit ou l’on diffuse encore chaque semaine le ROCKY HORROR PICTURE SHOW, et dans ce monde microcosmique il passe ce dimanche matin un film au nom imprononçable qui place le critique dans une situation étrange puisque se déroulant en grande partie à l’endroit géographique où il est projeté. Comme si il fallait entrer dans un cinéma pour découvrir ce qu’il y a autour et téléramaaaaaaaaa (je ne savais pas comment finir cette phrase, désolé).


En effet le film se passe beaucoup à Paris, et j’en vois qui se lèvent déjà, un film français se passant à Paris il y a de quoi prendre ses jambes à son coup, surtout si en plus c’est réalisé par un ch'ti, n’en jetez plus la coupe est pleine. Pourtant il s’agit quand même de Bruno Dumont, grand réalisateur qui a eu le courage de réaliser des films dans des régions sinistrées comme le Nord-Pas-de-Calais ou les Flandres (je ne sais même pas où c’est), films qui en plus se payaient le luxe d’être magnifiques et à mille lieux du cinéma français universitaire bobo style Moiret ou Klapisch. Paris donc où vit Céline, jeune héroïne pieuse amoureuse du Christ (c’est elle qui le dit), du moins quand elle ne squatte pas dans un couvent des Flandres (décidemment), chez des sœurs. Entre la fac et le couvent, entre les salons d’un appartement de ministre de l’île Saint-Louis et la "téci", entre l’Islam et le Catholicisme, Céline est bousculée entre Foi véritable et branle-crucifix mais surtout se prend des gros murs dans la gueule quand elle se frotte à la réalité.



En préambule, il faut quand même reconnaitre que Dumont à le courage de faire un film pareil en 2009, scénario un peu improbable plus ou moins inspiré d’une illuminée du XIIIe comme la religion catholique en propose à la pelle depuis 2000 ans, illuminée dis-je qui voyait Le Christ dans le moindre coup de vent et écrivait des textes aussi poétiques que chastes à la gloire du créateur et de son fiston hippie. Chez Dumont le traitement est un poil plus hardcore : il filme le choc entre Céline et le monde d’aujourd’hui, et Dieu sait si déterminer comment l’amour du Christ véritable et la chasteté peut tenir le coup chez la génération qui a connue le 11 septembre et la fin de la carrière de Clara Morgane n’est pas une partie de plaisir tout le temps (même si TWILIGHT à été écrit par une mormone). Céline est complètement dans le trip bonne sœur, c'est-à-dire qu’elle veut rester vierge toute sa vie même si les grands barbus chevelus avec des piercings cloutés ne la laissent pas indifférent quand même, surtout hors du couvent. C’est cette confrontation avec l’invisible qui est le thème porteur du film, et en bon prof de philo Dumont en fait parfois un peu trop sur les concepts théologiques, mais malgré tout cette idée scénaristique est plutôt intéressante. Malheureusement le traitement scénaristique, s’il est plutôt beau au début, tombe beaucoup trop dans la pleurnicherie existentialiste à mon gout, et les passages larmoyants sur la difficulté d’aimer Jésus m’ont rapidement ennuyé. Le fait aussi que l’Islam soit représenté par des jeunes de banlieue roulant en scooter volé m’ennuie aussi beaucoup, même si on est loin des gros clichés jeanclaudenarcique sur la religion dans les cités et tutti quanti. Quel besoin d’associer la lutte religieuse armée avec l’islam, je n’ai pas trop compris, c’est certes un exemple comme un autre mais il m’a semblé être bien plus anecdotique que le combat métaphysique mené par des femmes à la recherche de Dieu. Peut être un symbolisme masculin (les musulmans sont tous des hommes), mais la encore c’est un peu balourd. De toute manière je ne suis pas sur qu’il faille s’attarder sur ces points exclusivement scénaristiques, Dumont a surtout été un excellent chantre de la sensualité au cinéma, et dire que la religion est le thème du film est bien trop réducteur, ce serait comme dire que le thème de FLANDRES est la guerre en Irak.

Oui donc l’important c’est la mise en scène. Le voyage émotionnel de Céline dans 2000 ans de culpabilité cosmique porté par la sensibilité exacerbée de l’humanité face aux étoiles n’est pas tellement retranscriptible dans un scénario ou dans des dialogues, aussi documentés ou théologique qu’ils fussent. Le vrai enjeu à mon avis est de replacer les souffrances engendrées par le carcan métaphysique, et donc inapprochable par l’homme, dans un contexte commun, compréhensible par le spectateur. Il s’agit donc comme dans toute création artistique de ramener nos craintes inexprimables à un niveau plus bas, ici d’en produire les sensations sur pellicule. Est-ce réussi ? Je ne crois pas, en tout cas pas tout le temps. Filmer la foi est un exercice bien difficile, surtout quand on utilise comme Dumont un procédé un peu "naturaliste" dans le sens ou le fantastique est totalement absent et l’ensemble des procédés de mise en scène ne permet pas d’échappatoire divin : il faut donc supporter nous aussi de croire à l’invisible pour que le film tourne à peu prés. Or, à très peu de moment j’ai vu dans les moments de transports de Céline une extase sacrée, j’ai très peu vu d’espaces dans le montage qui laisse présager que le plus beau ne soit pas dans le champ. A mon avis ,les durées des plans sont très mal maitrisées, et souvent c’est l’ennui profond qui surgit de la contemplation béate d’humains prêt à s’élever. C’est que je disais plus haut, l’impression qui m’a le plus envahi c’est de voir des pleurnicheries un peu vaines sur le fait de porter sa croix tout au long de sa vie. Il y a des passages réussis, c’est indéniable, par exemple une des premières scènes du film avec la grue, très très belle idée que cette ascension de plusieurs tonnes de planche vers la chambre où on prie, puis plus haut encore lorsque les yeux s’ouvrent à nouveau, mais dans la suite du métrage on ne retrouve plus cette malice et ces idées dans l’image. Il y a bien ça et là des séquences assez marrantes reprenant des images saintes, comme la renaissance dans l’eau ou la descente au tombeau (qui revient deux fois d’ailleurs, et là c’est assez malin car on ne sait plus si c’est un flash back ou juste un jeu sur la résurrection), mais j’ai eu l’impression qu’à mesure le film se rattachait plus à son scénario qu’a une véritable exploration des sens, la faute sans doute à des cadrages trop monotones (Dumont a laissé tomber le scope, c’est peut être ca qui m’a gêné) et à ces longueurs qui n’évoquent pas grand-chose. J’ai aussi trouvé l’interprétation pas terrible du tout, l’héroïne est quand même assez tarte et les acteurs musulmans pas vraiment convaincants. Certes c’est le style de Dumont que de prendre des acteurs non professionnels et de faire trainer les plans plus que de rigueur, mais là ou ca fonctionnait pleinement dans FLANDRES, ici ca me semble trainer plus que de rigueur et surtout pour pas grand-chose. Alors, il y a bien dès fois quelques jeux de lumières, quelques saillies intéressantes utilisant ce rythme un peu lancinant, mais malheureusement dans l’ensemble je suis resté assez étranger à ce qu’il se passait devant moi. C’est bien dommage, car Dieu sait que j’aurais aimé voir cet ange immaculé qui semble avoir atterri par erreur dans le XXIe siècle se débattre avec le coran en latin et la bible en verlan ou entre langages SMS et société de consommation, voir un choix philosophique profond dans le fait de rester vierge toute sa vie dans une société qui place la consommation sexuelle comme enjeux de réussite sociale et surtout placer dans la main virginale d’une fille de ministre le bâton du terrorisme de masse. HADEWIJCH est une bonne idée, mais pas encore très aboutie à mon humble avis…

 

Norman Bates.

 

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Dimanche 13 décembre 2009 7 13 /12 /2009 22:05

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[Photo: "Kiss me" par Dr Devo.]







Chers Messieurs-Dames focalien,

 

Récemment évoqué pour son splendide CE REPONDEUR NE PREND PAS DE MESSAGE, nous retrouvons l’ami Cavalier, toujours bon pied bon œil, et surtout toujours flanqué de sa petite caméra vidéo de rien du tout qu’il utilise comme un fou depuis bientôt 15 ans.

Les habitués de ses derniers films ne seront pas surpris pas le modousse opérandaille de l’ami Cavalier. Fuyant les petits-déjeuners dégoulinants de bonheur à la table des familles modernes et de leurs petits croissants pathétiques, Cavalier préfère encore une fois les grandes explorations solitaires dans les petits endroits de rien mais qui font vagabonder son drôle d’esprit.

 

Dans les faits, donc rien de nouveau. Le principe de mise en scène est le même que comme d’hab’, à savoir filmer le quotidien autour de lui, mais attention, car ce quotidien est vraiment de rien du tout. Une fenêtre, une photo sur un mur, un bureau, son appartement, des draps dans sa chambre d’hôtel, les longs couloirs ennuyeux et déserts du château d’un vieil ami… Des décors vides, sinon de Cavalier lui-même qu’on aperçoit d’ailleurs brièvement, en général quand son corps l’exige (ce qui est assez délicieux). Quelques mouvements exécutés au poing, ces décors déserts, et c’est à peu prés tout. Par dessus ça, ajoutez une voix-off très présente dont le statut erre entre plusieurs pôles : redondante de l’image (ou incarnatrice, diront certains), ou alors donnant plus de précisions, ou au contraire divagante, hésitante, un peu opaque. Ce son-off est en fait un son-on car la prise de son semble correspondre à chaque fois au plan tourné. Le père Cavalier commente donc ses plans en les filmant, le petit chenapan !

 

A la suite du décès de sa mère, Alain explore trois carnets de notes qu’il écrivait au début des années 70, espérant retrouver dans ces journaux de bord du quotidien, des traces de cette maman. C’est presque un échec, dans le sens où les remarques sur Madame Cavalier sont peu nombreuses tout au long de ces pages. Par contre, on y parle beaucoup d'Irène. Et Irène, c’est l’amie de Cavalier de l’époque. Au fur et à mesure qu’il relit les carnets, Cavalier sent l’angoisse monter, car il sait qu’il se rapproche de cette année 1971 (je crois), et que par là même, il se rapproche du fantôme d’Irène. On comprend alors assez vite qu’elle est morte dans un accident. Mais que faire avec cette exploration qui a dérivé vers une autre ? Que faire d’Irène, et comment rendre compte, et encore plus faire un film sur une absence, comment rester précis et juste en re-présentant ce qui fut cette relation très forte avec cette femme énigmatique ?

 

Oulalah, vous dîtes-vous, voilà qui ne va pas être une partie plaisir, Monsieur Devo ! Un sujet pathos maximousse où l’on se baigne avec délectation dans les petits sentiments communs égocentrés, avec en plus une réalisation minimaliste où le son n’est même pas monté, mais directe, avec une image qu’on imagine déjà fort pourrie. Qu’est-ce que vous êtes en train de nous vendre là ?

Mmmmm… Oui, je vois ce que vous voulez dire, et je dois bien admettre que si je ne connaissais pas Cavalier du tout, il aurait fallu me trainer pour aller voir un truc pareil.

Mais si les contradictions ne vous gênent (Kelly) pas, vous devriez quand même faire l’expérience de ce film. De manière surprenante, en vieux baroudeur, Cavalier sait qu’en se privant de certains leviers d’expression (ici, c’est le son, non pas absent mais limité par le temps du plan, ce qui est déjà beaucoup mais aussi par sa réalisation), cela ne va l’empêcher de faire un film tout à fait personnel et donc anormal. Et quand je dis personnel je ne parle, bien sûr, pas que du sujet, très grave, mais aussi, voire surtout, de la mise en scène.

Tout d’abord, la vidéo légère fonctionne, et place le film dans une esthétique particulière. De l’aveu de Cavalier même, le processus est plutôt punk puisqu’il ne règle pas le diaphragme et laisse même l’appareil faire le point tout seul ! Bref, le camescope reste sur son réglage automatique de base, et l’étalonnage de la pellicule 35mm que l’on peut voir en salle est le transfert brut  et sans retouche de la vidéo vers l’argentique, sans aucun rééquilbrage ! Sympa ! Donc, nous voilà en présence d’une image imparfaite, certes, non dominée par la dictature du pixel (Cf. l’affreux film-annonce du AVATAR de Cameron), mais qui ravira les amateurs d’esthétiques plus chahutées. Car, se priver de ces leviers là, ne veut pas dire qu’on soit en face d’un film de cinéma-vérité-stylo-caméra-machin-chose, ou encore en face d’un document brut de décoffrage et donc tout en justesse absolue et bazinienne. Baaaaaaah non ! D’abord, l’ami Cavalier est loiiiiiin, mais alors très loin d’être une petit salopiaud ou un manchot qui fait de la patouille sous prétexte de légèreté de tournage ou de "respect du documentaire", ce bon vieux mythe bien pourri de partout. Non. Alain, il n’en est pas. Lui, il cadre, et je vous assure, ça cadre très bien. Tous les plans sont astucieux ou font preuve d’intérêt ou d’étonnement. Premier point. Et en plus, beaucoup d’entre eux nous proposent quelques mignardises, discrètes peut-être mais présentes, et encore plus étonnantes. De temps à autre, même, une fulgurance, ou un accident de tournage comme ce plan dans l’escalator qui, s’il se termine par un vrai accident, était quand même de l’ordre des hasards imprévisibles. Primo finito.

 

Deuxio, même avec un son synchro et direct, bah, il reste le montage, Madame Michu ! Et là aussi, c’est du domaine du savoir-faire magnifique (de l’attention à l’accident) ou du sens artistique. Si le film reflète, dimension work-in-progress oblige, un tournage chronologique, tout cela n’est pas collé n’importe comment. Et c’est là qu’on commence à deviner, avec une limpidité étonnante (ce qui n’empêche pas d’ailleurs les zones obscures ou un peu plus abstraites), comment le film va fonctionner, s’épanouir et trouver sa liberté. Cavalier monte sûrement pendant le tournage, mais en tout cas, il sait aussi décider de collures qui relève de la réalisation et pas du récit stricto sensu. Et il compose, le vieux gredin ! Il n’arrête pas même. Il y a des retours plans, quelques jeux d’échelle, et beaucoup de belles utilisations des ruptures sonores, même s’il est synchro avec le plan et toc ! Tu la sens la gourmandise qui monte ? Tout cela a de la texture tout bêtement. Au fur et à mesure que le film avance, et pour des raisons que je vais évoquer ci-après, le film va d’ailleurs prendre de l’ampleur. S’il use d’une certaine simplicité au départ, les choses vont se développer, se complexifier, devenir plus opaques parfois, mais aussi plus précises jusqu’à trouver son espèce d’âge adulte. C’est très surprenant. Pour toutes ces raisons, rien que le papier, IRENE vaut le déplacement. Mais, il se passe, à cause de tout cela mais pas seulement, quelque chose d’étrangissime dans IRENE… Et je m’en vais vous l’expliquer. Quand tu entendras la cloche, tourne la page.

 

Ding Ding !

 

Car, ce n’est pas seulement sur le plan de la mise en scène que ces choses curieuses se passent. C’est sur le projet tout entier, et sur le processus qui permet son accouchement, que les faits les plus étranges ont lieu. C’est que le film ne fonctionne pas ! Cavalier part dans une aventure, ces fameux carnets, et au fur et à mesure se heurte à l'image, je pèse mes mots, de cette Irène. Bon, pas d’affolement, se dit Cavalier, c’est ça mon boulot d’expérimentation et je sais gérer ça. Le film, en heurtant accidentellement l’épaule d’Irène, dévie une première fois de sa course. Les dispositifs assez gourmands de mise en scène, ceux que je viens de décrire, se mettent tranquilou en place puis s’encrent avec plus de force dans le film. Bien. Cavalier, sans doute ému, mais aussi bien embêté, patine, lui, un peu dans la mélasse. Et nous avec. C’est qu’un sérieux problème se pose : comment parler de Iréne dont Cavalier a bien conscience qu’elle a un statut plus fantomatique qu’autre chose.  Il y a eu Irène dans le passé, certes, mais là, il y a le souvenir d’Irène et ça ce n’est pas tout à fait la même chose, ma petite Jeannette ! Et là, ce n’est pas l’épaule de la vraie Irène que le film bouscule. Cavalier prend de plein fouet le mur du souvenir de la dite dame. Et ça coince, ça coince, ça coince. Il essaie une première fois en montrant un extrait d’un de ses films, avec Deneuve, passage qui avait été écrit, fort bien d’ailleurs, par Irène. Mouais… Ca ne va toujours pas mieux. Et il faudra qu’une étrange tentation passe devant les yeux et les mains de Cavalier pour que les choses changent. Notre ami Alain croise effectivement une jeune fille, et sans le dire tout de suite, il la verrait bien en Irène, la petite. Cette séquence n’est pas extrêmement longue, bien au contraire. Mais quand elle se termine, Cavalier résout la quadrature du cercle en cassant tout, le carré et le cercle ! Le film patinait, dans cette séquence il s’arrête au risque d’imploser. Mais c’est en voyant une dernière fois la jeune fille, que Cavalier sait. Il sait que la représentation d’Irène sous une forme ou une autre, c’est impossible, d’une part, et que, d’autre part, mieux vaut lutter avec le souvenir et le fantôme de son ex-compagne, fut-ce un sentiment imparfait, que de se coltiner une représentation factice. Et là, il semble comprendre que son modousse opérandaille de réalisation sera une arme. Le film vient de s’arrêter sous nos yeux, puis naître véritablement. A partir de ce moment c’est parti. Le dispositif se déploie avec nettement plus de force et de précision, et plus abstraitement, de manière plus ténébreuse aussi ! Et, enfin,enfin, Cavalier peut mettre les mains dans le moteur, disséquer sa propre bête sur le champ des opérations, reconstruire une pensée en se réappropriant et en composant un chant artificiel. Irène a eu trois statut dans le film : un morceau de film, un accident à travers un objet hasardeux apparaissant sans prévenir (la couette), d’autres objets mais composés volontairement cette fois (de manière assez rigolote en plus, je vous laisse découvrir ça), puis en devenant la mort et l’arrêt du film. Ca fait quatre statuts, pas trois, mais personne ne s’attend à l’inquisition espagnole ! En tout cas, dans cet étrange crescendo formés par ces 4 formes disparates, le film explose puis se reconstruit et décolle. Le pari est gagné. On verra même Irène en "vrai", en s’approchant vraiment près, comme un cadeau bonus. Entre temps, le dispositif n’a jamais été aussi drôle et poétique, et Cavalier a encore marqué des points. Un bel exemple de récit, sauvé par son processus de mise en scène, et magnifié par un artiste qui sait que l’or se cache dans les fragments de roches brutes, et que pour les trouver, il n’y a qu’une seule issue : l’accident !

 

Chapeau, l’artiste ! Très bon film.

 

 

 

Dr Devo.

 

 

 

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Mercredi 9 décembre 2009 3 09 /12 /2009 20:00

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