Corpus Filmi

 

 

 

 

 

 

 

 

devocannes

[Photo : "Last night a nazi saved my life" d'après le film ANTICHRIST de Lars Von Trier.]

 

 

 

 

 

 

 

Dans les cieux immanents où trônent ceux qui président au devenir de la production cinématographique de ce pays, il y en a eu, un jour, qui se sont dits que les films de genre ça serait quand même une bonne idée d’en faire chez nous en France, avec du lait cru et du bon pain. Ils se sont dits pourquoi sortir un Carpenter ou un Argento alors qu’on peut le faire nous même avec Zoé Felix et le frère de Gad Elmaleh ? On mettrait en plus un contexte politique, comme la misère dans les Balkans et les mafias qui pullulent là bas, le tout sur un scénario bourré de cliché où des médecins du monde se retrouvent à partager le même chiotte enfermés au fond d’une foret moldave et où la population, quand elle n’est pas occupée à se taper des cochons ou a faire des gueules de trois pieds de longs parce que la misère et la guerre, capture des gentils français pour leur extraire leurs organes. Ils se dirent ça, et ils le firent.


Ils firent l’Homme occidental névrosé et la Femme forte libérée et ils virent leur succès. Ils firent la même chose qu’ailleurs et ils le dénaturèrent ; ils firent les chemins obscurs à travers la foret quand la route principale était bloquée, ils firent le trauma d’enfance et ils le ré-utilisèrent pendant 1h30, ils firent la peur qu’on finit par vaincre, ils firent la petite fille innocente qu’il faut à tout prix sauver, ils firent le gentil looser marrant qui meurt en premier, ils firent l’Autre à coup de griffe et de cris bestiaux, ils firent tout ÇA et ils se sont félicités que ÇA marche. Mad Movies à aimé.


Et ils auraient eu tort de ne pas le faire ! Vu qu’ils avaient eu raison de la concurrence, que les Carpenters, les Romero ou les Argento étaient cantonnés à des sorties DVD dans l'indifférence générale,  que débarrassés dans les salles des quelques poils à gratter qui cherchent à faire des choses nouvelles et originales  ils ont ouvert un boulevard aux DJINNS, MARTYRS, A L’INTERIEUR, CAPTIFS, LA MEUTE, LA HORDE, VERTIGE, MUTANTS, FRONTIERES, SHEITAN, ILS, CALVAIRE, HAUTE TENSION, HUMAINS et j'en passe, tout ces films sortis en salles en au moins 70 copies, financés par le CNC, dans ce qui devrait être une distribution normale pour film de genre lambda. Résultat tout le monde en France est content, on a du film de genre bien de chez nous qu’on peut montrer au marché du film de Cannes, une nouvelle scène, des films qui marchent moyen et que la presse aime moyen mais c’est pas grave, tout le monde rentre dans ses frais. A chaque fois la même recette, la même “french touch”, des films unanimement reconnus comme peu originaux (!) mais qui font bosser l’industrie et remplissent le cours Florent... A la base j’ai rien contre eux, mais qu’ils aient au moins l'honnêteté de se battre à armes égales ! Sortez un Don Coscarelli en face de DJINNS ! Sortez un Stuart Gordon en face de VERTIGE ! Et avec le même nombre de copie ! je vous promet que dans 10 ans on aura plus de VINYAN et moins de SHEITAN.


True story : j’ai pas mal voyagé dans les capitales européennes ces derniers temps, et à Londres je voulais aller au ciné, à Berlin je voulais aller au ciné, à Madrid je voulais aller au ciné, à Bruxelles je voulais aller au ciné, rentré à Paris j’ai loué des DVD. Il n’y a vraiment qu’en France qu’on considère le spectateur moyen suffisamment con pour payer 20 € le DVD d’un film que le reste du monde aura vu sur un vrai écran de ciné. Encore une fois je me bats pas pour une chapelle ou pour faire du name dropping de trucs hype que je serais le seul à avoir vu, j’aimerais juste qu’on donne le choix aux gens (violons).



CAPTIFS c’est dans la droite lignée des films cités plus haut : un scénario débile à souhait, des rebondissements vus mille fois, des acteurs totalement à la ramasse (y’a le fils de Gad “LA RAFLE” Elmaleh ! Comme si un seul ne suffisait pas !) mais le pire dans tout ça c’est qu’il y a des moyens. Suffisamment pour que l’image n’ait pas à rougir de la comparaison avec un film de genre américain moyen, il y a même sans doute de bons techniciens derrière, la direction artistique n’est pas infamante. Seulement le film reste désespérément linéaire et plat, même les mouvements de caméras n’ont aucune signification ; à un moment il y a une caméra qui tourne autour de Zoé Felix couchée, c’est un plan qu’on a déjà vu à peu de chose près chez Argento dans LE SYNDROME DE STENDHAL sauf que dans un cas la caméra ne fait que tourner et ne débouche sur rien alors que dans l’autre elle ouvre un gouffre immense, à la hauteur de la folie du personnage d’Asia Argento et marque une cassure nette dans le métrage. CAPTIFS c’est du copier collé, de la compilation, rien n’est réfléchi dans la durée. A force de se baser sur la REALITE pour effrayer les gens, le réalisateur oublie de faire peur. Ce qui est horrible c’est que la situation est réelle, les trafiquants d’organes existent, les médecins sans frontières aussi, la guerre aussi... tout ces éléments réalistes ajoutés les uns aux autres le spectateur devrait être terrifié, il devrait se dire ça peut m’arriver, ça arrive vraiment : c’est du cinéma du réel t’entends !

Et là on en revient à nos producteurs, on revient à la TV, à YouTube et aux médias dans leur globalité. Avec des images réelles on peut faire croire n’importe quoi, qu’on a tué l’ennemi numéro 1 ou que des hordes armées sont aux portes de nos chaumières. Si on regarde les scénarios des films français cités plus haut, à quelques exceptions près c’est tout le temps des évènements réalistes, souvent reviennent les banlieues et la campagne/l’étranger comme vecteur de peur. Comme si en France (je généralise grossièrement) on avait baissé les bras devant l’imaginaire, qu’on se rattrapait aux branches de ce qui fait vraiment flipper la populace. Les producteurs ne prennent plus de risques avec des symboles ou des évocations, il veulent de la violence-porno, du réel amplifié puisque les gens ont DÉJÀ peur. En France on a pas de Jason, pas de Freddy, pas de tueur masqué, pas de Leatherface, on a des flics dans leur banlieue, on a Marcel dans sa ferme avec son fusil et ses cochons, on a Ygor dans ses balkans qui découpe tes organes...  Et en fin de compte, ces films, de par leur interprétation totalement en décalage avec le réel ne font plus peur à personne ils entretiennent une vague peur commune, ils sont dérisoires, ils désamorcent une réalité. Mettre un acteur français du niveau de ceux qui jouent dans CAPTIFS aux prises avec des moldaves présentés comme quasi bestiaux c’est dans le meilleur des cas une parodie, dans le pire ça donne un espèce de truc insignifiant et inoffensif comme ici... En quelque sorte ces producteurs, ces réalisateurs en tombant dans le piège du réalisme ont perdus contre le réel, et c’est grave parce que l’art doit être le dernier bastion contre la communication, parce que si tout le monde baisse les bras, demain le monde entier croira à toutes ces conneries, les mass medias feront croire n’importe quoi aux gens, feront les élections, les tendances, l’actualité et la météo.


Comment ça c’est déjà le cas ?





Norman Bates.

 

 

 

 

 

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Lundi 30 mai 2011 1 30 /05 /Mai /2011 15:12

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caca prout devo

[Photo: "Le Langage Oublié" par John Mek-Ouyes et Dr Devo, d'après une photo originale de Carxla Brunegeld.]

 

 

MELANCHOLIA de Lars von Trier (Danemark-Suéde-France-Allemagne, 2011)


Kirsten Dunst et Alexandre Skasgard vont se marier, sauf que leur grande limousine est bloquée sur la petite route de campagne qui doit les mener dans l'immense demeure de Kiefer Sutherland. Marche avant, marche arrière, rien à faire, la voiture ne passe pas. Il en faudra, du temps. Arrivés à la cérémonie, accueillis par la femme de Kiefer (qui est aussi soeur de Kirsten), Charlotte Gainsbourg, les festivités peuvent démarrer. Sauf que Kirsten traîne une étrange tristesse, lancinante, qui contraste avec ce jour qui est censé être le plus beau de sa vie. Il y a une étrange lueur rouge dans le ciel. Une étoile, cela ne peut être qu'une étoile...

 

Deux ans après le beau ANTICHRIST, Lars von Trier revient aux affaires avec un film, je ne vais pas le cacher plus longtemps ni faire durer le suspense, d'une très grande beauté. Allant à contre-courant, ou presque, de son film précédent, MELANCHOLIA ménage les effets de mise en scène et préfère une certaine forme d'épure (pas du tout) qui lui permet d'aller encore plus loin dans l'approfondissement de ce qui le hante depuis le début : ce qui se trouve à l'intérieur de l'âme humaine.

 

Quand je dis qu'il ménage ses effets, c'est qu'il les réserve dans une introduction ahurissante dans un ralenti extrême, une multitude de visions prophétiques fantastiques, ce grotesque symbolique qui inonde ANTICHRIST et qui non seulement permet de justifier une révélation émise par Kirsten Dunst tard dans le film (mais ça, à la limite, on s'en fiche), mais en plus montre d'entrée de jeu la fin du métrage, l'introduction étant finalement une sorte de résumé du film dans sa totalité ! Pied-de-nez total, von Trier dit clairement qu'il se moque du déroulé dramatique mais que c'est autre chose qui l'intéresse, l'intériorité des personnages. Leurs doutes, leurs contradictions, ce qui les guide, ce qui les lâche. Ce à quoi ils se raccrochent, à la fin, lorsque tout le reste est perdu.

 

Epure je disais, narration en deux parties, caméra portée quasiment pendant tout film, MELANCHOLIA pourrait être une oeuvre du dogme, disons s'en rapproche à certains endroits. La première partie du film, la cérémonie du mariage, est un petit FESTEN dans le sens où petit à petit, toutes les conventions sociales (familiales) explosent littéralement sans que rien de majeur ne se passe, finalement, une espèce de violence latente et sourde remplaçant les évènements dramatiques. Dunst s'écroule au fur et à mesure, et l'arrivée de la planète Melancholia ne va rien arranger. Sa descente aux enfers, d'une douceur mortelle, culmine jusqu'à l'apparition de la planète, qui va en quelque sorte la libérer et piéger sa soeur, Charlotte Gainsbourg. La fin du monde semble arriver, elles en sont persuadées. Fuir ? Pourquoi fuir ? Les rituels ne servent à rien, ils ne protègent pas, ils sont passifs, paresseux. Face à la fin du monde, il n'y a que l'imagination. L'art. Le cinéma.

 

Grand film, superbement mis en scène (la lumière est à tomber). Lars von Trier parvient, une nouvelle fois, à mettre des images sur un sentiment tellement profond, tellement lointain, et laisse derrière les yeux un abîme de pensée, un choc sensoriel. Pourquoi attendre la fin du monde pour espérer ?

 

 

 

 

THE DAY HE ARRIVES de Hong Sang-soo (Corée Du Sud)

Un ancien réalisateur qui ne fait plus de films revient à Séoul, où il a longtemps vécu. De retour, il croise une actrice qu'il avait fait jouer, un petit groupe d'étudiants en cinéma, un vieil ami. Après avoir bu quelques verres, il se demande s'il doit aller taper à la porte de son ex-petite amie, avec qui la rupture a été difficile...

 

Hong Sang-soo, réalisateur coréen donc, auteur de NIGHT AND DAY et HAHAHA, dont je découvre l'oeuvre tout en le connaissant de nom, prend un parti-pris esthétique étrange mais qui prend tout son sens au fur et à mesure que le film se déroule. Dès le départ, ce noir et blanc numérique absolument artificiel choque un peu, n'étant pas particulièrement beau et ne semblant pas signifiant. Puis on s'aperçoit que très souvent (pas toujours, le film mute, j'y reviens), il ne fait qu'un plan par scène, avec très peu de mouvements à l'intérieur du plan (de rares panoramiques, le plus souvent un zoom avant absolument vulgaire et beau), puis ellipse pour aller directement à la scène suivante, sans s'attarder plus que ça. La mise en scène est très discrète, les plans un peu de guingois, pas vraiment beau mais pas laid non plus, une espèce d'approximation voulue et millimétrée un peu embarrassante. Le film est surtout conduit par le dialogue, d'une grande banalité (dans ce qu'ils parlent de choses somme toute banales). THE DAY HE ARRIVES me fait penser à un STRANGER THAN PARADISE mâtiné de CLERKS en moins grivois, un espèce d'hommage au cinéma indépendant américain. Mais même si la filiation existe, au final le film transcende tout cela et devient son propre monstre protéiforme.

 

Parce que Hong Sang-soo est un grand gourmant. La rencontre du réalisateur avec l'actrice a lieu une fois, deux fois, trois fois. Les étudiants en cinéma arrivent en arrière-plan à plusieurs reprises. Avec son ami (et une amie de celui-ci), ils font les mêmes choses à chacune de leurs rencontres, vont dans le même bar, font les mêmes trajets. Toutes les actions du film se répètent, en une sorte de tourbillon, et Hong va même jusqu'à parfois reprendre les mêmes lignes de dialogue, dites dans des nuances différentes, le tout avec un cadre identique à la fois précédente, et ce, à 20 minutes d'intervalle ! C'est d'une très grande beauté, mais ce n'est pas tout. Hong applique le même traitement à la vie amoureuse du réalisateur, et dans le même geste fait rentrer le procédé narratif dont je viens de parler à l'intérieur du film. Le réalisateur revoit son ex-petite amie, qu'il aime visiblement toujours, elle l'aime aussi mais ils décident qu'ils ne pourront pas être ensemble, leur relation s'étant mal terminée auparavant. Dans le bar qu'il fréquente avec son ami, il découvre que la tenancière est le portrait craché de son ex-petite amie ! Il va aller en quête de la tenancière, tout en refoulant les avances d'une jeune femme qui n'a rien à voir avec son passé ! L'histoire se répète la aussi, les cadrages diffèrent mais les situations sont également les mêmes, le réalisateur cherche à vivre la même histoire d'amour une deuxième fois avec la même femme, qui s'avère ne ressembler qu'à cette même femme, mais qui en est une autre. Peut-être suis-je un peu confus pour qui n'a pas vu le film, mais derrière une apparence de simplicité, la narration de THE DAY HE ARRIVES est d'une grande intelligence, d'une belle complexité et très, très émouvante.

 

 

 

 

PATER d'Alain Cavalier (France-2011)

 Vincent Lindon et Alain Cavalier sont amis. Ils se rencontrent parfois, au détour d'un repas, et décident de s'amuser un peu : à chacune de leurs entrevues, ils vont jouer à un jeu. Cavalier sera le président de la République, Lindon son premier ministre. Quelles lois adopter ? Quelle cravate mettre pour une future conférence de presse ? On joue quand, on vit quand ?

 

Le précédent film d'Alain Cavalier, IRENE, crève-coeur d'une beauté infinie, est sorti dans à peu près cinq salles et n'est même pas édité en DVD. Celui-là risque de suivre le même chemin. Ne quittant pas son procédé de mise en scène, la caméra qu'il porte au poing, parfois posée sur une table, le son pris de la caméra elle-même, alors qu'elle enregistre, jamais de perchman, Cavalier prouve que l'on peut faire du cinéma avec vraiment trois fois rien.

 

Et son film est abyssal. En documentant sa relation particulière avec Vincent Lindon, ainsi que le jeu qu'ils jouent, Cavalier brouille toutes les pistes au point qu'au bout d'un moment, on ne sait plus ce qui est écrit ou improvisé, réalité et fiction. Sous couvert de scènes apparemment anodines (les repas, la discussion sur les cravates, le coup de gueule de Lindon contre ses proprios), il charge la mule de la documentation, du réalisme, poussant avec ces scènes "vie de tous les jours" le fait que tout son film soit improvisé, alors qu'il est clair qu'à certains moments, des scènes sont écrites et jouées par les acteurs, mais se fondent à l'intérieur de son mode opératoire ! Le tout est fait avec le sérieux le plus absolu, Lindon et Cavalier se montrant tout à fait impliqués dans le jeu et réfléchissent vraiment à la meilleure façon de gouverner le pays, proposent des solutions et angoissent sur la réaction du public. A tel point que, et c'est probablement là que le film prend non seulement tout son sens, mais en plus devient sublime, c'est que ce jeu affecte réellement la vie des deux protagonistes. Ce n'est alors plus un jeu à proprement parler mais leur vie, le cinéma du réel si je puis dire dans le sens où l'art a un véritable pouvoir sur l'existence des gens qui le font. Une courte scène démente, hallucinante, d'une terrible profondeur, montre un Cavalier "changé" physiquement (je code pour laisser la surprise, ça va vous clouer à votre siège) uniquement en conséquence du jeu. La cerise sur le gâteau, et la preuve s'il la fallait du génie (oui, génie) de Cavalier est le casting. S'il a choisi Vincent Lindon, ce n'est pas un hasard : il est célèbre pour ses tics de visage dans la vie de tous les jours, qui disparaissent à l'instant même où il joue. Or, il est fréquent de voir, dans PATER, un Lindon tout en tics qui parle de sa proposition de loi, de son avenir politique, des sondages ! C'est surtout flagrant dans la scène finale, d'une beauté qui fend le coeur, dans laquelle nous voyons Lindon sincèrement fier de ce que Cavalier lui donne.

 

PATER est un film politique important bien sûr, mais avant tout une oeuvre sur le cinéma, sur l'emprise et le pouvoir, cannibale, de la création. Grand, grand film.

 

 

LJ Ghost.

 

 

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Vendredi 27 mai 2011 5 27 /05 /Mai /2011 16:02

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[Photo: "Honte Sur Vos Scalps" par Dr Devo, d'après une photo de MINUIT A PARIS de Woody Allen.]

 

 

 

 

HORS SATAN de Bruno Dumont (France - 2011)

 

 

Aimer si fort, si fort, que l'on va au-delà du sexe, de la mort, la petite et la grande, le microcosme des Flandres et l'omniprésence du divin. Un cadre apocalyptique pour la région préférée de Bruno Dumont, une terre désolée dans laquelle Dieu n'existe plus, dans laquelle la Nature est bleue, sèche, venteuse, berceau de l'homme et métaphore de l'âme.

 

Un vagabond qui campe. Une fille qui l'aide. Une relation forte, passionnelle, platonique, forcément. Des actes qu'on ne peut pas effacer et qui sauvent, un temps, un temps seulement. L'horreur est toujours dans les ténèbres des buissons.

 

Cinéaste du mystique, de l'homme animal, de la frustration, Bruno Dumont se terre encore et toujours, irrémédiablement, dans les tréfonds volontairement inexplorés de l'âme humaine. Si HADEWIJCH était un peu trop régi par son scénario, le réalisateur français a compris ses leçons et part tout à l'opposé. Une trame scénaristique mince mais importante qui n'est qu'un prétexte pour son film le plus austère, sans aucune concession à rien, Dumont s'enfonce irrémédiablement dans son modus operandi à la recherche de la grâce, de la sidération, de l'élévation.

 

Il connaît THEOREME de Pasolini par coeur. LE SACRIFICE de Tarkovski aussi. HORS SATAN est son film le plus fantastique, la magie suinte, expire, sort des bouches en une longue traînée blanche. Les démons hantent le monde, mais le héros, figure profondément mystique et terre à terre à la fois, pourrait être de l'un ou de l'autre côté. Il pourrait être les deux en même temps. Quelle importance. Il tue et exorcise. Et la fille, boule de sentiments qui "sent l'amour" parce qu'on lui en a trop pris, est son lien humain dans le monde. La mer est loin et on l'entend, les oiseaux sont rares dans le ciel, seuls existent le soleil et le souffle du vent. Et la magie. La magie.

 

Si le scénario semble mince en évènements dramatiques, l'évolution narrative est d'une redoutable intelligence, qui bouleverse profondément. Les actes de violence se déportent au fur et à mesure que va le film ; s'ils démarrent en étant éthiquement excusables, ils deviennent rapidement des résultats de la frustration, de la jalousie, relâchant une douleur trop longtemps contenue dans la nature. Présenté comme un film à sketches, des fermetures au noir indiquant un changement de chapitre implicite, les scènes primordiales, épidermiques se succèdent, dans un rythme tendu comme du cristal. Ce que Dumont fait avec le contre-champ, il doit être le seul à s'en préoccuper. L'émotion ne vient pas de la scène, du plan, le film est bouleversant à chaque point de montage, tous les regards ne faisant sens qu'une fois que l'on voit, ou pas, ce qu'il y a derrière.

 

Nous marchons vers rien, nous tournons en rond. Nous entendons la mer sans la voir, nous voyons les oiseaux sans plus les entendre. La question n'est pas de savoir s'il y a Dieu, c'est la vie qui est importante. Se sentir vivant, et courir, et hurler. Et s'élever, enfin.

 

 

 

 

 

TREE OF LIFE, de Terrence Malick (USA - 2011)

 

Le collier de perles de maman qui quitte lentement son cou lorsqu'elle se penche.

 

Un homme, dans la rue, a une crise d'épilepsie. Papa m'emmène loin. Je ne peux plus voir ce qui se passe.

 

Dans un beau jour d'automne, un mercredi peut-être, l'eau de la bassine que je tiens dans mes mains se reflète sur le mur.

 

Des nuages de gaz. Des petits, des grands. Une explosion, la voie lactée. Des volcans, des vagues, partout. Des méduses, des dinosaures, et je pleure. Je ne suis pas encore là. Une météorite me frappe de plein fouet. Je ne vis pas encore, mais l'impact est là, la douleur au plus profond de mon coeur.

 

Papa me dit qu'il va falloir que je sois fort. Que le monde, ce n'est pas pour les gentils. Qu'il faut en vouloir, tout bouffer. Il m'apprend à me battre.

 

Un de mes amis meurt noyé.

 

J'ai deux frères. Maman est sublime et je l'aime.

 

Les suburbs sont ennuyeux mais le soleil point toujours entre les arbres. Le cosmos... Le cosmos...

 

J'ai grandi. Je suis au Louvre, je suis derrière une caméra. Maman est toujours aussi belle.

 

J'entends les arbres respirer. Ils vibrent sous mes doigts, sous les coups de couteau que je leur assène sûrement. Les cailloux cassent des vitres.

 

Je n'ai pas de scénario et je m'en fous. Je vis. J'essaie de vivre. Je suis grand mais je suis toujours un enfant, à qui on a donné la clé qui ouvre la porte des souvenirs. On m'a laissé faire ce que je voulais. Enfin. Je peux enfin faire ce que je veux.

 

Papa me force à l'appeler Père. Je ne peux pas. Devant lui j'essaie, et je le déteste. Papa.

 

Ce que je filme s'évanouit tout le temps. Mes images se bloquent sur les visages et s'envolent, toujours, parce que mes souvenirs sont abîmés, ils ne sont pas entiers. Subjectifs. Comme la nature qui fait ce qu'elle veut. Je filme le ballet de ma mémoire. Je filme alors que rien n'est à sa place.

 

Un papillon vient se poser sur la main de maman, et elle lévite devant cet arbre immense. C'est le papillon qui lui a donné ses ailes ; elles sont juste recroquevillées et forment ses longues robes qui ne cherchent qu'à s'envoler.

 

Demain plus personne ne sera là, et les maisons seront sous l'eau. Il y aura bientôt des portes dans le désert, et des lunettes sur le nez de papa.

 

Entre la voie de la nature et la voie de la grâce, j'ai choisi les deux. On ne peut pas choisir entre son père et sa mère.

 

Je m'appelle Terry, et j'ai fait le plus beau film de l'histoire du cinéma. Ou pas. Cela n'a pas d'importance. Fermez, ouvrez les yeux, les oreilles. Je serai toujours là.

 

Je suis un enfant à qui on a tout donné. Je suis un enfant qui filme la pureté, la grâce, je filme mon corps et mon cerveau et mon coeur, et j'élève. Mon film est haut, très haut, trop haut. Je suis mon film et je suis un enfant. Je viens de naître avec le cosmos et je ne peux pas mourir.

 

Pas tant qu'il y aura papa, maman et mes frères sur la plage.

 

 

 

 

 

 

LE HAVRE de Aki Kaurismäki (Finlande, France, Allemagne - 2011)

 

Dans un célèbre port normand, André Wilms est cireur de chaussures et marié à Kari Outinen, qui a quelques problèmes de santé. Il fut écrivain, et eut un petit succès critique, mais a préféré retourner côtoyer les vrais gens et s'occupe de leurs souliers. Dans un container, des réfugiés congolais se dirigent vers Londres, mais s'échouent au Havre. Le jeune Blondin Miguel arrive à s'échapper, et Wilms parvient à le recueillir. Sauf que le commissaire Jean-Pierre Darroussin est aux trousses du fugueur.

 

S'il aurait pu très facilement tomber dans le film social de fort mauvais goût, Kaurismäki a plus de bouteille que cela et est particulièrement espiègle. Si la narration n'est pas particulièrement originale elle a le mérite d'être assez simple, linéaire, mais pas exempte de jeu. En donnant la part belle aux petites gens du café du coin, impayables et splendides trognes de comptoirs et de quartiers vieillissants mais ne se rendant pas compte que le monde marche loin devant eux, il évite facilement l'écueil d'un MIC-MACS A TIRE-L'ARIGOT en utilisant un mode opératoire très étonnant et source de toutes les émotions, et elles sont nombreuses, que procure le film.

 

Plusieurs choses frappent à mesure que les leviers de mise en scène sont tirés. D'abord le jeu des acteurs, absolument emprunté à Bresson, dans lequel les "modèles" ont très peu d'intentions et se contentent de déclamer à qui mieux mieux des lignes de dialogue très, trop écrites. Ils sont tous mauvais comme des cochons et d'une grande précision. C'est physique, c'est burlesque, c'est formidable et déporte rapidement les appréhensions que l'on pouvoir avoir après un pitch pareil. Pareille chose amène beaucoup de distance par rapport au scénario mais rapproche considérablement des sentiments en n'étant pas obnubilés par des performances mais pas la mise en scène elle-même. Qui contine d'ailleurs à jouer, par exemple avec cette lumière incroyable, d'une richesse inouïe, qui n'arrête pas de jouer avec les ombres, avec les projecteurs qui s'allument en plein milieu d'une scène. Autre jeu, celui du décor, qui plante définitivement le microcosme, la micro-société hors du monde. Un petit coin de paradis désuet, où les laissés pour compte s'entraident, où les problèmes d'argent ne sont pas des problèmes, où les téléphones sont vieux et même pas portables, où les voitures sont rutilantes, où les flics portent des impers et des borsalinos noirs. Quand en plus le film, très drôle bien sûr, se termine sur un moment de pure Poésie qui n'est possible et accepté comme allant de soi uniquement parce qu'il y a eu toute cette construction en carton-pâte tout autour...

 

LJ Ghost.

 

 

 

 

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Mercredi 18 mai 2011 3 18 /05 /Mai /2011 22:32

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  sadest devo in the world[Photo: "Dans L'Urinoir" par Dr Devo. (cliquez sur l'image pour l'aggrandir.)]

 

 

Bon, je ne vous le cache pas, c’est difficile. Écrire à Paris un article sur un film projeté à Cannes qui parle de Paris en mélangeant les espaces temps, c’est acrobatique. Je me lance.

 

Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris. Paris.

C’est le décor, le thème, l’ambiance, la marque de fabrique, la différence avec les autres films de Woody Allen. Paris carte postale comme Paris la nuit, Paris romantique ou Paris artistique, Paris le jour et Paris la pluie, Paris aujourd’hui, Paris demain et Paris hier, Paris fantasmé et Paris mythologique, Paris vide et Paris boite de nuit, Paris restaurant et Paris hôtel, Paris mythomane et Paris littéraire. Et le pari de Woody Allen c’est qu’en sortant vous ne reconnaitrez plus Paris.


En effet, si tout le film ne semble parler que de Paris, suinter Paris par tous les pores, c’est à une véritable destruction orchestrée de la ville Lumière que vous allez assister. Mais avant ca, essayons de reprendre dans l’ordre.

Owen Wislon et sa meuf, sont venus chez moi à Paris rendre visite à papa-maman et en profiter pour confronter leur amour à la vie Parisienne. Wilson est scénariste pour le cinéma, sa meuf est héritière d’une grande famille, bref le couple ne manque pas de liquidité et c’est entre hôtels chics et grands restaurants quel le film se déroule. Wilson est très bon, c’est un scénariste qui voudrait devenir écrivain et qui trouve dans Paris le cadre idéal pour créer, loin d’une Californie trop toc et sans âme. Dans Paris il fait la connaissance de Fitzgerald, Hemingway, Dali, Toulouse Lautrec, Picasso pendant que sa femme découvre les boites de nuit, le fitness et le fouquet’s. Elle rêve d’une villa à Malibu, lui rêve d’une chambre de bonne dans le XVe avec un hublot qui donne sur Montmartre et la tour Eiffel. Quand elle prend le taxi, lui se perd dans la ville et dans le temps. Ca pourrait être ca MIDNIGHT IN PARIS. Ca pourrait être l’histoire d’un couple qui se sépare. Ca pourrait….

 

Le Penseur de Rodin. Vous voyez cette statue monumentale d’un mec qui pense pour l’éternité au milieu des jardins d’un Hôtel parisien ? Il domine les jardins, il domine Carla Bruni, Owen Wilson, sa femme et ses parents. Il est nu car il représente la réflexion et la poésie. Il est le pivot, le point de passage entre le temps et les hommes, car quoi qu’il puisse se passer, il pense. Il pense et il domine, à poil, tranquillou. Imperturbable il assiste à la pédanterie, à la drague, à la naissance d’un bouquin comme d’une histoire d’amour. Il est sous la pluie, il est pendant la nuit, au soleil, il est posé là. Ca pourrait être ça MINUIT A PARIS. Ca pourrait être une statue immobile devant laquelle il se passerait pleins de choses importantes dans la vie d’un homme. Ca pourrait, mais ce n’est pas ca non plus.

 

En fait, c’est vraiment très difficile de remonter dans les strates qui composent le film. MINUIT A PARIS c’est quasiment du K Dick. Il y a un temps, un lieu et une histoire unique, mais ce temps, ce lieu et cette histoire sont différentes à un même instant donné. En fait, ce qu’il se passe c’est que la mise en scène et le scénario rament dans deux directions différentes, ce qui fait tourner le film autour du penseur de Rodin, qui représente donc, si vous suivez bien, la poésie et la réflexion. Voila, on s’approche de la vérité. Owen Wilson voyage dans le temps, et sa femme en Taxi. Sa femme passe ses nuits dans les bras d’un autre homme, Wilson passe ses nuits dans les vapeurs d’un Paris mythologique, peuplé d’artistes mais qui ne ressemble plus à Paris, dans une dimension parallèle. On passe d’un Paris bassement géographique à une construction mentale, remplie de névrose, nid de l’art. Ca c’est pour le scénario, on va dire.

 

Niveau mise en scène il se passe tout autre chose. Au début du film Allen balance carte postale sur carte postale, cliché sur cliché, et fait durer beaucoup trop longtemps pour que ce soit honnête. En fait c’est carrément l’inverse, c’est la destruction du cliché qui se passe. En alignant à peu prés tout les lieux communs imaginables et possibles sur Paris, Woody Allen bazarde son film-touristique en 5 minutes. Pourquoi ? Parce qu’il n‘y a strictement rien dans les premières minutes. Rien qui ne constitue un langage, une logique. Il y a tout Paris qui défile pour que Paris n’existe plus une fois que le film commence. Suite à cette longue intro bien vide et très punk, le premier dialogue commence sur un fond noir, blam, exit le décor. Ensuite le film se déroule dans des hôtels, des restaurants, des musées, que dans des décors passe-partout qui pourraient très bien être situés à New York ou à Pékin. Et c’est là qu’un personnage s’exprime “j’adore Paris”.

 

Enfin cette partie concerne la femme d’Owen Wilson, leurs amis et leurs parents, qui se promènent dans Paris comme dans Disneyland, débitant des extraits de guides touristiques devant un Manet avant d’aller diner de cuisses de grenouilles ou je ne sais quels horreur dans le même style. Owen Wilson se déplace dans une autre dimension, donc, qu’on pourrait qualifier d’imaginaire et subconsciente, fantasme d’écrivain qui rencontre ses pairs qui eux même le félicitent pour son livre et avec qui il apprend à devenir encore meilleur, à libérer son potentiel artistique, à trouver le vrai amour et à garder une bonne érection. En fait Paris est une immense coquille vide où il ne se passe rien, où il ne s’est jamais rien passé. Tous les personnages sont constamment en train de se plaindre que c’était mieux avant, jusqu'à remonter à la révolution. Owen entre dans cette dimension via un mécanisme de conte de fée qui le propulse dans un Paris jazzy de la belle époque, peuplé de grands artistes. Et là ,logiquement tu te dis que Wilson est un Grand, il quitte sa meuf superficielle pour s’élever et traîner avec les “true” oui, sauf que la mise ne scène dit exactement l’inverse. Son rêve c’est Disneyland aussi. C’est du conte de fée totalement bidon, les acteurs sont des clowns, des mimes, et le choix de ces acteurs et la manière dont ils jouent est très pertinent. On est habitué à ce que Marion Cotillard le fasse, mais Brody par exemple joue également à merveille Dali, en patatant comme jamais et le reste du casting est au diapason, donnant à cette galerie de personnage un aspect situé entre Madame Tussaud et les reconstitutions historiques d’arte.


Pour résumer : le Paris de Owen Wilson, c’est un Paris en toc, des décors cartons pâtes, une galerie d’acteurs qui jouent à être des grandes personnalités artistiques, une géographie douteuse qui semble changer en fonction des moments. Le Paris de sa meuf c’est des grands musées vides, des grands restaurants sans âmes, du luxe et de la parure, des Taxis qui évoluent sous la Tour Eiffel et des cartes postales. Finalement les deux visions de Paris sont aussi fausse l’une que l’autre. Qu’on se complaise dans le fantasme du Paris des Lumières, ou qu’on admire du Magritte dans une immense salle style Ikéa ca revient au même. C’est un théâtre de la représentation, ce que l’art ne doit pas être. C’est le sens de la scène du Picasso, ou les deux personnages ont chacun une histoire de l’Art qui soit semblable dans la fin mais différente dans le déroulement. Ce qui compte c’est que la femme que Picasso à peinte ne sera JAMAIS Marion Cotillard. Dans aucune dimension, physique ou spirituelle l’art ne sera une représentation. L’art c’est le penseur de Rodin, c’est la porte, le pilier autour duquel est articulée l’existence des hommes. C’est de la poésie plus de la réflexion. C’est à poil. Tout le temps. Il n’y a plus d’art à Paris, il n’y a des guides touristiques qui couchent avec le président. Paris c’est le parc d’attractions des américains et des chinois.

 

Au final qu’en est-il de Paris ? Qu’en est-il de ce film qu’on nous vend comme dépliant touristique ? Il n’en est rien. C’est comme l’amour une ville. C’est une femme qu’il faut inventer en s’y projetant. Tout le reste c’est des cartes postales, des dates et des bouquins. Tout le reste c’est Disneyland. MINUIT A PARIS c’est un film sur le surréalisme comme ode à la liberté, c’est un film sur la limite et comment la dépasser. Wilson c’est le Rhinocéros de Dali, semblable à mille autres Rhinocéros mais aussi unique et puissante qu’une créature vivante. C’est du pointillisme, du cubisme, de préférence hors des musées, loin des clichés, profondément dans la tête. MINUIT A PARIS est un film contre Paris, contre l’idée même qu’il puisse y avoir un cinéma dans une ville où il n’y a plus d’art. Que ce soit du fantasme ou de la réalité, tout est faux. Tout est prétendu, tout est revendiqué. Tout est dans des musées, enfermés à jamais.

Dommage que la fin soit si naïve, en forme de compromis entre fantasme, vanité, réalité et amour retrouvé qui contredit un peu tout le film et arrive comme un cheveu sur la soupe. On retiendra surtout un dispositif de mise en scène qui renoue avec les grands films de Woody Allen, ce qui paraissait bien compromis ces derniers temps. Woody Allen bouge encore !

 

 


Norman Bates.

 

 

 

 

 

 

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Mardi 17 mai 2011 2 17 /05 /Mai /2011 19:01

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super devo

[Photo: "Intestinal Disorder" par Dr Devo.]

 

 

 

Certains jours, il vaut mieux resté couché. Dans un désir de mélanger les plaisirs, j'ai voulu aller goûter aux sélections parallèles, pour voir un peu de quoi demain sera fait dans le paysage cinématographique mondial. J'ai vu hier un film issu de la Quinzaine des Réalisateurs, THE OTHER SIDE OF SLEEP de l'irlandaise Rebecca Daly, en présence de l'équipe du film et de Jane Campion (ce factoïd n'a évidemment aucun intérêt mais hé, c'est Cââââânnes), et je préfère ne pas lui consacrer d'article à proprement parler car je n'ai rien à dire sur cette oeuvre. Conçu comme un thriller mélangeant somnambulisme, héroïne mutique et renfermée qui a pris des cours d'expression faciale chez Keanu Reeves, meurtre d'une jeune fille en fleur et attirance charnelle pour un bad boy, le métrage se déploie de manière contemplative, piochant allègrement dans TWIN PEAKS, THE MACHINIST, et dans tous les autres films qui ont les caractéristiques dont je parlais plus haut. En gros, les plans sont longs, silencieux, sombres. Ce n'est pas moche cela dit, la photo est réglo sans être vraiment belle, et si le montage m'a paru un peu lâche ça ne cadre pas mal du tout, et quelques plans de routes entourées d'arbres en contre-jour sont splendides. C'est un objet plutôt joli, mais sans plus.

 

 

 

17 FILLES de Delphine et Muriel Coulin (France - 2011)

 

Après la Quinzaine, la Semaine de la Critique. J'aurais dû me douter, vu l'intitulé de la sélection, que ce n'était pas une bonne idée.

 

Lorient, c'est hyper craignos. C'est tout gris et même s'il y a la mer, les perspectives d'avenir sont bien minces pour les adolescents ; c'est en tout cas ce que leur disent leurs professeurs. Un jour, des coccinelles viennent s'échouer sur la plage. Camille, une jeune fille de 16 ans, tombe enceinte. Des rumeurs parcourent le lycée. Quelques jours plus tard, une autre jeune fille annonce qu'elle attend également un enfant. Les deux décident de garder les foetus, mais font plus que cela : sous l'impulsion de Camille, leader naturelle, quinze autres filles vont volontairement tomber enceintes dans le but de créer, entre elles, une petite communauté basée sur l'entraide, la solidarité, l'amitié. Evidemment, les réactions face à ce phénomène sont grandes, et des dissensions viennent entacher le beau projet de micro-société.

 

Le film est apparemment tiré d'un fait divers ayant eu lieu dans une petite ville des USofA. Bien. La transposition dans une ville comme Lorient est intelligente ; si le contexte et la classe sociale est absente du film, la présence même de ces vieux immeubles gris, de ces places vides, de ces routes sans fin ancrent le film dans quelque chose d'extrêmement réel, et dans le même sens provoque un effet "fantastique" dans le sens où cette histoire aurait pu se dérouler dans à peu près n'importe quel autre patelin de province du monde occidental. Il y a un côté no man's land par ailleurs très précis géographiquement qui brouille quelque peu les cartes et la perception et qui semble quelque peu original. Et ça s'arrête là. Disons que le film pêche à cause de défauts présents dans quasiment tous les films du monde (le quasiment est important), à savoir au niveau de la narration et du montage. En effet, il n'y a aucune espèce de nuance, c'est un extrait de la palette des émotions par scène, et encore ; que ce soit dans le jeu des actrices ou dans la mise en scène. Les réalisatrices semblent avoir envie d'y aller parfois brut de décoffrage, mais font un peu leurs précieuses ; rien ne dépasse véritablement, et ce qui aurait pu être un geste politique d'une grande importance n'était qu'un caprice adolescent. Cet espèce de nihilisme est vraiment bien vu, mais il n'arrive que trop tard, dans les cinq dernières minutes, alors que l'heure vingt précédente a été laborieuse en terme d'intérêt. Beaucoup de maladresses s'enchaînent, comme ces très rares (il y en a deux) scènes entre adultes, professeurs et parents des futures mères : dialogues affreusement mal écrits qui essaient, en de courtes scènes de trois à cinq minutes, d'embrasser un espèce de champ des possibles social et politique des réactions des adultes face à ce phénomène d'insémination naturelle en masse. Ces deux scènes sont littéralement des tours de tables où des choses comme "Est-ce qu'à 16 ans elles peuvent faire des choix ?" "Oui, bien sûr !" "Non mais non, elles sont trop jeunes !", et je paraphrase à peine. Ces interventions plombent un film qui n'en avait pas besoin et nie cette volonté d'évanescence post-VIRGIN SUICIDES. Il leur fallait un discours politique, parce qu'elles sont française, il faut faire réfléchir la populace à ces choses-là, et les réalisatrices semblent vraiment gênées de ce passage obligé.

 

Je parlais de montage, là aussi c'est un laisser-aller mortifère qui prédomine. Elles semblent se regarder filmer (écrire, plutôt). Une scène en particulier, celle du blocaus-boîte de nuit : sous l'impulsion de Camille, quelques filles décident de profiter de la fête pour coucher avec des garçons et tomber enceintes. Nous comprenons rapidement l'intention (c'est verbalisé dans la scène d'avant, mais le comportement des filles à l'arrivée va toujours dans ce sens), et il y a un important petit dialogue entre Camille et un jeune homme. Alors que la scène aurait très bien pu s'arrêter là, quel besoin de rajouter cinq bonnes minutes à cette soirée, montrer un début (tout tout début) d'acte sexuel, et Camille qui raconte une blague pas drôle à une de ses amies, blague qui n'a même pas de portée métaphorique sur ce qui se joue ! Il y a clairement cinq minutes en trop dans cette scène, et un défaut d'usage des ciseaux et du scotch. Elles n'ont pas su couper le gras de leur film, et cela se ressent de-ci delà. Globalement, ce n'est pas très bon. Il y a des bribes de choses à certains endroits, mais l'ensemble du film est bien trop léger au niveau cinématographique pour provoquer la moindre réaction.

 

 

 

 

MICHAEL, de Markus Schleinzer (Autriche - 2011)

 

Retour à la compétition officielle, avec le premier film de l'ancien directeur de casting de Michael Haneke. Ca promet d'être drôle.

 

Michael Fuith est un agent d'assurance autrichien, vous imaginez un peu le gai luron. Il mène une vie propre, aseptisée, et quand il rentre chez lui, il descend dans sa cave. Il est pédophile, et garde prisonnier un enfant qui n'a pas l'air d'être le sien dans une pièce fermé à double tour spécialement aménagée pour lui.

 

Et bien ce n'est pas la franche marrade. Avec son dispositif de mise en scène très simple, Markus que j'appellerai de son prénom dorénavant entre de plein pied dans la famille de son mentor, Haneke. Cadres fixes habilement composés, lumière simple et pourtant riche de petites nuances, derrière la caméra ça turbine pas mal. D'un sujet profondément casse-gueule, Markus cherche l'épure esthétique et narrative, qu'il mène au cordeau avec un montage précis, lent et alerte en même temps, distillant un espèce d'ennui low-fi absolument maîtrisé pour lâcher les chiens à des moments très importants, et parfois sans même en avoir l'air. Je pense à cette scène d' "accident" (je code) qui a fait sursauter 2300 personnes en même temps ; l'effet est facile, mais c'est pour mieux nous prendre en traître avec des petites actions anodines qui, elles, instillent le malaise. Le plus terrible c'est que Michael considère l'enfant comme le sien, ou plutôt cherche à certains moments à avoir avec ce gosse dont il abuse et qu'il séquestre une relation adulte / enfant normale. La complexité psychologique du film et du personnage vient de là, de ces choses de rien qui foutent vraiment le cafard. Par exemple, Michael descend dans la cave avec deux seaux dans les mains, il ouvre la porte verrouillée de la pièce réservée à l'enfant et lui jette le contenu des récipients à la figure ; c'était de la neige. Il cherche à faire une bataille de boules de neige avec ce gosse, lui balance littéralement un monceau de neige à la gueule puis ferme violemment la porte, amusé et joueur, comme pour éviter les représailles, verrouille la porte et remonte les seaux.

 

Il y a un gros travail rythmique dans MICHAEL, et le film s'avère absolument tendu dans cette espèce de banalité vaporeuse, quasi quotidienne disons, dans ce sentiment de flottement qui imprègne tout le métrage. Certaines coupes sont diaboliques, comme lors de la fête organisée par le personnage principal, ou même la dernière coupe du film, monstrueuse, qui refuse obstinément toute velléité de pathos, de mélodrame. Ce qui semble intéresser Markus, plus que l'horreur de la situation, c'est la façon dont cet homme expérience sa vie, un espèce de train-train qui n'avance pas, une lassitude pourtant pas dénuée d'ambitions sociales. Bon film qui n'a pas l'air de pousser, MICHAEL mérite le coup d'oeil. Mais si vous avez 71 FRAGMENTS D'UNE CHRONOLOGIE AU HASARD, préférez l'original.

 

 

LJ Ghost.

 

 

 

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Dimanche 15 mai 2011 7 15 /05 /Mai /2011 16:41

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mérou péte devo

[Photo: "Mesdames, Messieurs : Le Plésident du July!" par Dr Devo.]

 

 

 

 

 

Se rendre au marché du film du Festival de Cannes n'est pas chose aisée. Il est de plus en plus rare que l'on laisse assister à une projection un non-acheteur. Werner Herzog et Kevin Smith, entre autres, m'étant passés sous le nez, je suis condamné à errer en sélection officielle. Et ça ne sentait pas forcément très bon.

 

 

POLISSE de Maïwenn (France-2011)

 

Paris, 2010. La brigade de protection des mineurs s'occupe en grande majorité de cas de pédophilie, d'inceste, parfois de menus un peu plus larcins, mais impliquant toujours, bien sûr, des enfants. Joeystarr, Karin Viard, Marina Foïs, Nicolas Duvauchelle, entre autres, tentent de protéger ces gosses maltraités, tout en jonglant avec leur vie personnelle pas toujours bisounoursesque. Bientôt, Maïwenn les rejoint, photographe dépêchée par le ministère de l'Intérieur pour documenter le travail des policiers. Bien sûr, sous la pression de leur métier, les relations avec la nouvelle venue sont conflictuels.

 

Cannes, 2011. Un jeune et sémillant quoiqu'approximatif critique se rend à la projection du film POLISSE avec grande circonspection. Il n'a jamais vu un film de Maïwenn, mais les quelques extraits aperçus de-ci delà ne l'avaient pas vraiment enchanté. Bouté de toutes parts par les affreux mercantiles, il rentre dans la salle à la toute dernière minute. Il y est encore, par terre, sonné.

 

Cinéma, 1895-?. Comme disent nos cousins étasuniens, what a mindfuck this movie is. Je dois vous avouer ne pas savoir par où commencer. Le dispositif de tournage, léger, de la vidéo assurément, en caméra portée (mais pas tout le temps, et j'y reviens !) est là pour donner un effet sur le vif, reportage, et ainsi ancrer le film dans un certain réalisme documentaire, qui se voudrait proche du naturalisme (d'après la réalisatrice, les histoires de pédophilie présentées dans le film sont issues de ses "recherches" dans un commissariat similaire) le plus total. Sauf que bien sûr, à l'écran ce n'est pas du tout ce qu'il se joue, et l'intérêt du film se trouve ailleurs. Il y a toujours cette tendance à se raccrocher à un témoignage réel, sincère, vécu, et à prendre cela comptant, n'allant pas plus loin que le verre de ses lunettes. Confondre vrai et "vrai". Cela me rappelle un peu Bruno Dumont, qui réagissait aux critiques de L'HUMANITE en disant que ,malgré un certain aspect réaliste, son film est pure fiction, tout est inventé, et disait à propos de ses acteurs non-professionnels hués lorsque le jury de Cronenberg leur a remis à chacun un prix d'interprétation, que ce n'était pas leur vraie vie, qu'ils jouaient, qu'ils étaient des acteurs, des professionnels finalement, autant que tous les Robert D'on Ira (où tu voudras quand tu voudras) du monde. C'est exactement la même chose en ce qui concerne POLISSE. L'esthétique générale du métrage peut aller, à première vue, dans un sens, mais la mise en scène et la narration vont clairement dans l'autre.

 

Des strates ! Toute la narration est construite en strates qui s'imbriquent, se contredisent, apportant nuances, complexité, souffle, saillies. Les journées de travail s'enchaînent et s'enchaînent, apportant chacune leur lot d'histoires horribles, et le langage cru qu'utilisent les flics, les victimes et les bourreaux renforcent cette couche qui se veut être la plus réaliste (mais ne l'est pas véritablement, j'y reviens). Là-dedans, et de manière subtile et intelligente, tout en progression par petites touches, Maïwenn y inclue des passages ouvertement fictifs, quasiment mélodramatiques : la vie personnelle des policiers. Et elle n'y va pas avec le dos de la cuillère, chargeant la mule, pédalant dans les descentes : on passe de la comédie romantique au drame, à la chronique sociale et au film de moeurs, et elle en rajoute un peu à chaque fois, non pas des clichés, mais des espèces de passages obligés qui, imbriqués dans son récit réaliste de dépiction du travail de la brigade, instaure un étrange malaise. Quelques scènes splendides parsèment, ça et là, la narration et transforme le tout en quelque chose de complètement outré, grotesque, à la limite du vulgaire ; la scène de la boîte de nuit par exemple, moment diaboliquement mis en scène, d'une fausseté totale, qui laisse voir l'architecture du film en pleine lumière : oui, tout est inventé ! Ils dansent une chorégraphie ! Autre scène magnifique, celle du bus avec les petits enfants roumains et cet instant de lyrisme en jump-cut, d'un onirisme absolu, comme une scène hors du film mais qui lui donne cet indispensable moment d'espoir qui respire, respire. Vous en voulez encore ? Maïwenn l'actrice arrive, photographe (camerawoman !), et donc commence à flasher les membres de la brigade. Au bout d'un moment, à bout de nerfs, Joeystarr lui hurle dessus. "J'en ai marre de tes clics-clacs, dès qu'un enfant pleure ou qu'on mange des frites tu prends des photos, mais quand on bosse vraiment tu n'es plus là, et quand il y a du misérabilisme tu es sur notre dos", je paraphrase. Et que fait Maïwenn, la réalisatrice ? Ca, exactement ! Elle ne montre que cela, des enfants qui chialent et qui racontent leurs viols, des fliquettes qui surfent sur Facebook entre deux témoignages et lorsqu'un gros coup de filet se prépare et que l'on a besoin d'eux sur le terrain, soit ils sont en retard soit ils sont là en tant que figurants, cachés dans la foule ! Qu'est-ce qu'elle nous montre, Maïwenn la réalisatrice, elle nous montre que les problèmes viennent principalement des minorités ethniques, et quand de bons français bien de chez nous font des horreurs, ils sont tellement hauts placés dans la hiérarchie politique que l'affaire sera sûrement étouffée. Je crois que ce que Maïwenn la réalisatrice nous montre, c'est le travail fantasmé de la police. Elle nous montre la France fantasmée par les gens, en cela son côté complètement voyeuriste et malsain. Elle nous met le nez dans les pires horreurs humainement possibles (certaines scènes sont vraiment chocs, à côté Gaspar Noé c'est Pimprenelle) parce que c'est ce qui nous fait le plus peur et paradoxalement, c'est ce que l'on veut voir le plus (il n'y a qu'à voir les scores d'audience d'émissions comme Faites entrer l'accusé et autres du même type). Le truc, c'est qu'elle saute à pieds joints dans tous les pièges et va partout où elle est attendue, mais le coup de pied dans la porte est tellement fort qu'elle la dégonde et la remet dans un autre encadrement ! En clair, elle explose les attentes en en faisant quelque chose de punk, en les retournant et les triturant, et en fait des forces. Quelques choses ne fonctionnent pas forcément très bien par contre, comme quand elle parle ouvertement politique (Sarkozy) et cinéma (Godard). A part ça, elle prend les codes, et les emmène jusqu'à la sidération ! Et donc, pour en revenir à mon argument premier, qui dit fantasme dit fiction, POLISSE n'a rien, mais alors rien du reportage !

 

Pas même la mise en scène, bien sûr. Ce qui est très intéressant c'est qu'elle a de manière tout à fait consciente le cul entre deux chaises, entre réalité et fiction, et qu'elle joue de cela de manière très habile. Je le disais au début, le film se déroule quasi-entièrement en caméra portée, pas toujours très bien cadré (même s'il y a des bribes de trucs au fond), mais alors quand elle pose sa caméra, c'est un festival et les cadres sont magnifiques, composés jusqu'à l'ivresse. Il y en a peut-être trois ou quatre en tout, mais ils ressortent vraiment (notamment le premier plan large dans le bus). Disons que le film est globalement très moche, un peu comme a pu l'être INLAND EMPIRE, c'est-à-dire sublime. Le son est très propre, sans fioritures. Les acteurs, quant à eux, sont également dans cette dichotomie de mise en scène : tous très bons et très médiocres à la fois. Ils ne sont pas toujours justes, et leur fausseté remet encore une couche sur cette notion de fiction.

 

J'allais oublier quelque chose de très très important : le film est HILARANT. Vraiment. Il y a du drame, partout, mais dans un geste très PULPFICTIONnien, Maïwenn mêle tous les genres, passe sans aucun problème de l'un à l'autre, et on pleure de rire et de tristesse dans la même scène. J'ai l'impression de ne pas lui avoir fait justice avec cet article, mais de toute façon vous n'avez pas à me lire. Allez voir le film quand il sortira. Vraiment. Allez-y. Et comme dirait le vénérable Dr Devo, apportez les kleenex.

 

 

 

 

 

HABEMUS PAPAM de Nanni Moretti (Italie-France, 2011)

 

Une bonne nouvelle se doit d'arriver seule. Après la claque monumentale du film de Maïwenn était programmé le film d'un des Affreux, à savoir Nanni Moretti. Matière Focale vous avait déjà parlé du CAÏMAN, bande de chançards. Et ben là, c'est le nouveau.

 

Le monde de la religion chrétienne est bien embêté : le pape est mort. Se réunit donc le Concile qui va s'ostraciser du monde et procéder au vote qui permettra d'élire un nouveau pontife. Et c'est le pauvre Michel Piccoli qui hérite de la tâche. Il est d'abord ému, puis embêté, puis carrément paniqué : alors qu'il doit bénir et s'adresser à la foule en délire sous son balcon, il flippe sa race et refuse de sortir. Cela dure plusieurs jours, jusqu'à ce que les cardinaux ne dépêchent Nanni Moretti himself, psychanalyste de renom, qui va essayer de faire recouvrer ses esprits au nouveau Saint Père. Et autant vous dire que c'est mal barré.

 

Rien de neuf sous les tropiques, et je dois avouer ne pas avoir grand-chose à dire sur le film, tant celui-ci est d'une inconséquence qui confine au coma le plus profond. Ce que fait Moretti est relativement simple : d'un côté, le nouveau pape doute et essaie de trouver la force d'endosser le rôle qui lui a été confié, de l'autre les cardinaux qui doivent rester coupés du monde jusqu'à ce que le pontife ne se présente à la foule, dépictés comme une bande de grands gamins espiègles, et la basilique comme une grande colonie de vacances dont Moretti serait l'animateur ! Il parle avec tout le monde, essaie de les éduquer sur les différents types de somnifères et organise des tournois de volleyball ! Ces grands hommes de Dieu, puissants, ne sont finalement que des humains comme les autres. Révélation ! Et si la majeure partie du film est finalement une comédie, le réalisateur est plutôt lourd quand il s'agit de faire passer ses messages humanistes. Un exemple : Moretti, non-croyant et organisateur du tournoi de volley sus-mentionné, a sectionné les équipes en continents, Afrique, Amérique du Sud, Europe A et B, etc. Lors d'un match des africains contre je ne sais plus qui, Moretti a une discussion avec un des cardinaux. Ce dernier met en doute la théorie de l'évolution de Darwin, ce à quoi un Moretti pas dupe répond, les yeux rivés sur le match devant lui, "L'Afrique mène au score !". Oui, c'est mignon.

 

Du côté de la mise en scène, un cadre informe, pas de lumière, un montage absolument horrible dans lequel Moretti fait revenir plusieurs fois un plan évidemment fait sur fond vert pour avoir la foule en délire de dos et la basilique de face en arrière-plan ; c'est d'une laideur assez peu commune, et le réalisateur y revient encore et encore pour couper et essayer de donner de la vie au monologue final de Piccoli, ce qui ne marche pas et est absolument ridicule surtout quand le plan revient juste deux secondes, comme ça, de manière complètement gratuite. Et comble du vulgaire, au moment d'émotion intense, à la toute fin du film, il nous sort un gros Arvo Pärt des familles qui dégouline et dégouline (j'aime bien Arvo Pärt, mais là c'était juste pour faire chialer Margot) et finit de rendre le film antipathique, lui qui avant n'était juste pas intéressant.

 

 

LJ Ghost.

 

 

 

 

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Samedi 14 mai 2011 6 14 /05 /Mai /2011 11:53

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fesses devo

[Photo: "Lick My Carpet " Par Dr Devo.]

 

RESTLESS de Gus Van Sant (USA-2011)

Il y a la chaleur et les gens sont assis. Il y a les flammes du soleil et les étincelles sur les jambes nues des demoiselles. Il y a du bruit, dehors, dedans, partout. Il y a le reflet d'une récompense tant désirée qui trône sur une scène immense, dans une ville du sud de la France. Le Festival de Cannes a rouvert ses portes, et Matière Focale s'y engouffre, bastion de vertu subjective venant tenter de déjouer l'inanité de l'écriture de la critique cinématographique.

 

Il y a Gus van Sant qui ouvre la compétition de la sélection Un Certain Regard avec son film RESTLESS. Van Sant, un vieux de la vieille, toujours là, par intermittence, mais nous le connaissons bien. ELEPHANT, LAST DAYS, le superbe PARANOID PARK

 

Il y a deux facettes à Gus van Sant, deux personnalités qui semblent totalement être aux antipodes, l'une semblant dormir lorsque l'autre est affairée ; le metteur en scène de cinéma talentueux, habile monteur, mixeur sonore d'émotion, et le Mr Hyde, la brûlure de Double-Face, le metteur en images insipide, de WILL HUNTING à l'odieux HARVEY MILK

 

Il y a Henry Hopper, qui vient de perdre ses parents, et Mia Wasikowska qui souffre d'un cancer en phase terminale. Ils vont se rencontrer, s'aimer. Alors, à votre avis, nous avons droit à Gus Yin ou Yang van Sant ?

 

Il y a quelque chose d'étrange dans ce film. Un choix qui cloche. Une dimension, un levier de mise en scène trop explicite, trop poussé dans ses retranchements pour que ce ne soit que le fruit du hasard ou une simple volonté esthétique. D'ailleurs, cela n'existe pas, jamais, et les choix hasardeux ont toujours une résonance profonde avec ce que l'on a envie de dire. Ils sont toujours vecteurs de sens, qu'ils aillent dans la direction du film ou à contre-courant. En marge de l'effarante nullité de la mise en scène, dans laquelle il sera difficile de prendre Van Sant en flagrant délit de cadrage, de montage, de photographie, de son, à côté de cette inconséquence qui confine à la mort clinique au fin fond du cosmos glacial, quelque chose se joue, enfoui, ailleurs, sur une cible un peu à côté, à quelques centimètres. 

 

Il y a Gus van Sant qui essaie un peu de nous faire passer des poils de cul pour des rouflaquettes. Sous couvert de l'inconséquence du scénario, qui obnubilera la quasi-totalité de la critique qui regarde le doigt au lieu de regarder la lune, vantant ses mérites "romantiques" et "à fleur de peau de l'adolescence turbulente où la fougue turgescente emporte l'amour jusqu'au-delà de la mort", et j'ai lu des choses comme ça, là où le focalien sait que la relation hommes / femmes c'est pas Julia Roberts mais AMERICAN PIE, bref. Dans RESTLESS, c'est la direction artistique qui est levier de sentiment. Je m'explique. Nous sommes dans un no man's land, Portland, mais c'est aussi La Roche sur Yon, Quimper, Utrecht. Mia, que j'appellerai par son prénom pour plus de commodité, se rend régulièrement à l'hôpital. Ces incursions médicalisées ancrent sans aucun doute possible le film dans un temps donné : le notre, contemporain, 2011, l'année de la fin définitive du terrorisme mondial et des nouvelles chansons de Lady Gaga. Les instruments de torture des toubibs sont tout ce qu'il y a de plus modernes, malgré la relative "spartiacité" de la chambre de la jeune fille. 2011. A côté de cela, il y a le levier tiré à fond, et tout le reste de la direction artistique, décors, costumes, maquillage (plutôt réussi par endroit par ailleurs - Mia à l'hôpital tiens, avec ce très léger jaune pâle autour des yeux) fait référence aux années 60. Et là ça coince. Ces gamins s'habillent comme il y a cinquante ans. Les baraques dans lesquelles ils habitent, le quartier résidentiel, le suburb le plus banal, c'est total sixties. Plus pervers encore, et cela a été repéré par une camarade, Mia a exactement la même coupe de Jean Seberg dans A BOUT DE SOUFFLE. Le film se termine par une chanson de Nico, ex-Studio 51-Velvet Underground-Philippe Garrel. Cela m'a gêné tout le métrage, tant rien ne semblait véritablement à sa place.

 

Il y a les fantômes, et les gens qui sont déjà morts. Tout le monde dans ce film est déjà mort, sauf le héros, Henry Hopper, qui par ailleurs et c'est assez impressionnant et dérangeant, joue exactement comme James Franco, les mêmes tics, la même voix traînante, les mêmes poses et les mêmes intonations qui semblent constamment sous l'effet de marie-jeanne. Il est flagrant de voir les fantômes s'ébattre donc ; quand Mia apparaît, pour la seconde fois à peine, poursuivant Hopper, elle arrive d'un coup sec, sans aucune justification, comme ça, comme ça, pour rien, presque par hasard, mais un hasard calculé, prémédité, voulu. Le jeune homme converse avec le fantôme d'un kamikaze japonais mort au combat. Sa tante, avec laquelle il vit désormais (Jane Adams, sublime actrice, que l'on a pu voir notamment dans le merveilleux HAPPINESS de Todd Solondz), a tout quitté pour s'installer avec lui et vit une existence ectoplasmique. Hopper est entouré par la mort, impression parfois martelée par notamment cette nuit d'Halloween où Mia se peint le visage en blanc. A un degré un peu autre, nous pourrions dire que la mise en scène est morte, elle aussi.

 

Il y a la mort non pas d'une personne, mais d'un idéal. D'une photographie que l'on a envie de garder trop longtemps, "I've been looking so long at these pictures of you" disait le poète britannique, d'une image que l'on cherche à copier mais qui n'existera plus jamais. Le revival n'est qu'illusion. Ces temps sont morts, Mia est morte, Mia est le revival qui est redead. Le côté complètement hipster du cinéma de van Sant, présent dans quasiment toute sa filmographie, ici renforcée au-delà de la direction artistique par l'utilisation de la musique (Sufjan Stevens, Bon Iver), il a l'air de dire que ce n'est plus la peine, que c'est trop tard, il semble se rendre compte aujourd'hui que tout est perdu. C'est autre chose, maintenant. Cette génération ne peut plus se complaire dans ce qui a été fait avant, elle doit trouver ses codes, ses buts, ses espoirs à elle. Les suburbs ont brûlé. Il faut tout reconstruire. On pleurera, mais on sourira. On sourira.

 

WE NEED TO TALK ABOUT KEVIN de Lynne Ramsay (USA/UK, 2011)

Il y a Lynne Ramsay, quelques heures plus tard, bonjour madame. Veuillez m'en excuser, mais je n'ai pas vu vos films précédents, RATCATCHER, LE VOYAGE DE MORVERN CALLAR. Vierge de tout à priori, pas vraiment, parce que vous avez casté l'Actrice, la vénérée Tilda Swinton, et le toujours très juste John C. Reilly dans votre film WE NEED TO TALK ABOUT KEVIN.  

 

Il y a Tilda dans une célébration christique baignant dans du jus de tomates. Elle semble heureuse. Puis elle n'est plus heureuse, elle vit seule dans un appartement miteux, et ne fait pas tous les jours la vaisselle. Puis, avant, on dirait, peut-être, elle rencontre Reilly ; elle semble heureuse. Puis, elle a un enfant. Et cet enfant la déteste. Puis, plus tard, nous apprenons que l'enfant aurait peut-être fait quelque chose de répréhensible. C'est suggéré par le poing que Tilda se prend dans la figure par un second rôle. Que s'est-il passé ?

 

Il y a un angle relativement nouveau, peut-être pas inédit mais qui fait du bien dans le Landernau de la chronique familiale sur 35mm. Ici Ramsay fait quelque chose de très intéressant, et déporte totalement les habitudes d'un public abonné à la cruauté faite aux enfants pour se concentrer quasi-exclusivement sur la cruauté des enfants eux-mêmes. Ce Kevin du titre est un petit connard. Un enfoiré. Un Hitler en couches-culottes, un Staline des bacs à sables, un Pol Pot du bol de céréales multicolore. Et Tilda, mère courage comme d'habitude, rôle qui lui va bien, tout lui va bien (regardez THE DEEP END, c'est très beau), va essayer tant bien que mal d'élever son rejeton. Et ce qui se passe est, tout de même, abyssal. Ce n'est plus une question d'amour. Au bout d'un moment, il n'y a plus ce lien filial incassable, quand l'amour n'est pas réciproque, plus que ça, quand il y a haine, haine pure en face de vous, et que la société vous oblige à ne pas abandonner. Vous ne pouvez pas vous échapper. Vous ne pouvez parler à personne. "Mais il est très mignon, ce garçon !" Ce n'est plus de l'amour, c'est de la fonction. Je suis mère, je récure les fesses de mon môme de cinq ans qui porte encore une couche, pas parce qu'il est traumatisé, mais par pure volonté de nuire. L'espace d'un instant, l'amour maternel a disparu, et il faut faire avec ce ventre sur pattes qui hurle pour un oui ou pour un non. Bien sûr, les choses redeviennent normales à certains moments bien choisis, dans lesquels l'amour de Tilda pour son fils est évident. Trop rares, ces moments. 

 

Il y a une progression de personnage qui ne me semble pas très bien gérée ; le fait que l'enfant soit un véritable psychopathe, jusqu'à en venir au meurtre de masse, est un peu outré pour être honnête ; peut-être la réalisatrice voulait son moment de rédemption, son happy end, quelque part. La chronique familiale est très intéressante (entrecoupée de beaux moments de mise en scène, mais j'y reviens), et l'emmener dans des territoires aussi extrêmes banalise, en quelque sorte, le comportement de Kevin ; après tout, il n'était que psychopathe profond, et elle n'aurait rien pu y changer, son impact a été minime sur le gamin, au final. Tout ce que nous voyons, c'est l'origine du Joker de Batman (l'acteur qui joue Kevin adolescent, Ezra Miller, a les mêmes tics, la même voix, le même sourire carnassier que Heath Ledger), qu'il ait eu une mère aimante ou pas n'influant en rien son parcours. Un peu dommage. 

 

Il y a en revanche un travail de mise en scène plutôt bien fait, jouant avec les niveaux sonores et n'hésitant pas les coupes au son qui ont plus à voir avec du collage que de la continuité scénaristique, un montage en chausses-trappes classiquement parallèle disons, dans lequel la narration est "explosée" au profit de la montée dans la folie de Kevin, de ses premiers méfaits à ses dernières tueries, entrecoupées d'images du présent. Quelques surimpressions très belles, des coupures sur des lumières floues, des pare-brises pluvieux qui oxygènent et anxiogènent la narration, bien aidée par la lumière soignée et riche.

LJ Ghost.

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Jeudi 12 mai 2011 4 12 /05 /Mai /2011 23:03

Publié dans : Corpus Filmi

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

devo-sextape

[Photo : Nathalie Portman en train de jouir, d'après le film SEX FRIENDS.]

 

 

 

 

 

 

 

Il y a 15 ans, colonie de vacances à Plougastel, découverte du corps des femmes de mon âge, premières échauffourées amoureuses, l’innocence à l’époque avait un nom. La nuit les étoiles l’été avaient encore un potentiel romantique quand les grillons sous les étoiles me crissaient de lui parler, sous la lune et sous une tente, blottis dans un cocon qui me hante encore dix ans plus tard.


Il y a 10 ans, téléphone portable, arrivée d’internet, découverte du corps de femmes défoncées par des centaines de bites, du cul partout, tout le monde à envie de baiser, je regarde pour la première fois un film qui prophétise qu’après le moyen âge, la renaissance et les lumières on rentre dans le siècle du cul à grands coups de frustration étalées sur les murs, les arrêts de bus, les salles de gym et les boites de nuits. Découverte d’un monde ou il est devenu tellement simple et cool d'accéder au cul que plus personne n’y arrive.


Il y a 5 ans, difficile de parler à une meuf, tout le monde triche, naissance de facebook et de sa pousseocratie, devenir ami, supprimer ami, poker un ami, le vide est peuplé de gens qui se définissent en langage SMS, de conversations instantanées, d’apéros géants, de démesure dans les faits quotidiens, d’abandon du couple au profit du relationnel direct, ma génération arrête de se battre pour le romantique, il faut du concret, les relations s'enchaînent, les moyens de niquer se multiplient, omniprésence du réseau dans la relation au charnel. La frustration sexuelle semble toucher tout le monde, créer un engouement, le seul défi sera de baiser, il semble que cela suffise au bonheur.


Il y a 5 ans, il y a 6 mois, aujourd’hui, Nathalie Portman préfère sa carrière à une vie de couple, elle n’est pas douée pour les sentiments, ne faisons que du sexe, encadré par des règles, protégés par du latex. On se textote, RDV dans une demi heure derrière le boulot, dans la voiture, dans le parking, sur la plage, au cinéma, on le fait et on retourne bosser. Le sexe comme anti stress, et le soir avec les potes, ici le gentil homosexuel moche, le geek introverti, l'infirmière un peu grosse éternelle célibataire, la blonde insipide pour qui les mecs sont tous des salauds, et partout, facebook, twitter, iphone, meetic entre les gens. On se rappelle avec nostalgie d’une tente et d’un jardin pour jouer. Aujourd’hui on tente de jouir dans son jardin secret.


Il y a 5 ans, il y a 6 mois, aujourd’hui, Asthon Kutcher, l’amoureux victime de la femme dynamique et carriériste du XXI eme siècle se demande où sont passés les défis, les baisers, les mots doux et les alliances contre les méchants, que sont devenus les sentiments à quatre pattes entre deux portes, le partage des chocapics le matin, la vie sans fard et sans maquillage, les nuits peau contre peau. L’incertitude et la versatilité de l’amour ont rendus Nathalie Portman peureuse, terrorisée, rivé à des trucs quantifiables et prédictibles, comme le sexe sans attache, la carrière, les fêtes et le maquillage. Derrière mille masques elle rode aux périphéries de l’humanité, presque stérile, guettant le plaisir sans risques. Ashton Kutcher travaille pour une série TV, tente tout, a un cœur d’or, et les femmes le brisent. Il vit toujours dans la tente d’il y a 10 ans.


Le réseau, les interconnexions, les marques de voitures, les ordinateurs, les téléphones portables, le shopping, le maquillage, l’épilation, les ventes de disques, les chocolats, le parfum, les préservatifs ; liste non exhaustives des choses qui compteront au XXI ème siècle. Bienvenue dans un monde homogène, qui abolit tout, des désirs aux pulsions, du risque à la souffrance. Le pire c’est que personne ne nie ses désirs, ses pulsions, ses bassesses. Elles sont incorporées dans un processus relationnel qui se concentre sur une seule phase de l’individu : je me tape un bon coup pour baiser, un pote drôle pour rigoler, ma meilleure amie pour aller en boite ou un étudiant en lettres rebelle pour aller manifester. L’individu défini par un moment, non plus par des actes émanant d’une conscience, dans une lutte toujours renouvelée pour une égalité absolue. Tout le monde va au casse pipe en bandant, en jouissant continuellement. Hegel disait qu’un individu qui ne nie plus n’a pas d’avenir : SEX FRIENDS est un film no futur.







Enfin ça c’est la première heure du film. Presque terrifiante de réalisme, film de trentenaire qui cherchent à baiser dans une ville immense, ou on ne voit personne baiser hormis Kutcher/Portman, comme si 10 % des gens seulement avaient accès au sexe. Mégalopole terrifiante, vide relationnel, portraits de salauds et de femmes manipulées, teen movie qui aurait pour thème le désenchantement du monde. Même si la mise en scène est inintéressante et le montage quelconque (uniquement linéaire ou simultané), il y a des moyens et on s’ennuie relativement peu.




Le problème c’est qu’au bout d’une heure, on laisse complètement tomber le sujet pour verser dans la comédie romantique chiante. Bien sur un sujet aussi déprimant n’est pas concevable pour un film de Reitman, on se doute bien qu’on ne verra pas une disparition des valeurs humaines dans une Amérique déshumanisé style Breat Easton Ellis, mais là nos sex friends deviennent carrément un vrai couple après avoir dit pendant une heure que c’était has been, découvrent l’amour et c’est parti violon, que c’est beau une ville la nuit, la musique triste quand on se fâche, la pop mielleuse quand tout va bien, les couchers de soleil, la découverte de l’autre, ses petites manies toutes mimi, et en fin de compte tout le monde arrive finalement à baiser, le geek introverti, le gros homosexuel chauve (il se tape même un beau médecin, comble du lol) , le noir moche, la blonde insipide, le chien et le chat courent ensemble dans un monde qu’internet aura rendu plus social, dans lequel les médecins pourront se marier avec des intermittents du spectacle, les noirs avec des blancs, les moches avec des beaux, puisque tout sera aussi simple qu’une demande d’amitié sur Iphone. Au comble du bonheur, en couple avec nos âmes sœurs, comprenant nos différences, mondialement connectés a des réseaux porteurs de flux de données ininterrompus, on baisera comme des fous entre deux séances de bronzage/muscu/shopping/travail, on manifestera contre la guerre, on légalisera les drogues, on organisera des lancer de ballons pour sauver des otages, on fera tomber les dictateurs en organisant des concerts géants, on éliminera les maladies grâce à des émissions de TV et à l’aube de notre mort on regardera derrière nous 100 ans de statuts facebook.








Tout est bien qui finit bien.












Schizophrenement vôtre,





Norman Bates.

 












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Vendredi 29 avril 2011 5 29 /04 /Avr /2011 13:28

Publié dans : Corpus Filmi

 

my soul devo2 

 [Photo: "It Was No Miracle" d'aprés une photo du film MY SOUL TO TAKE de Wes Craven.]

 

Ce lundi soir, au BIFF, le festival du film fantastique de Bruxelles, sera projeté le nouveau film de Carpenter THE WARD qui, comme vous le savez, ne sortira pas en salle. On vous rabat les oreilles avec ça depuis quelques semaines. Il y a quelques jours, lors du dernier BON CHIC MAUVAIS GENRE, je faisais cette même réflexion. Ce à quoi un jeune habitué, fort sympathique au demeurant répondit : "Bah, il sort en direct-to-dvd quand même". Ite missa est. Alea jacta est. Tu quoque mi filii. Fluctuat nec mergitur.  CQFD, voire sin qua non. 

[Rajoute ici des dictons absurdes latinoïdes de ton choix.]

 

(Trop 2.0, le site, lol mdr;-) )

 

 

Neve Campbell, merde, Neve Campbell. Neve Campbell revient. Chez nous. Chez nous, aux USA, Neve Campbell revient en ville, la vache. Elle ressemble désormais à une femme de notre âge : robe pastel, tendance américano-carré, le revival eighties je suppose, donc up-to-date trop la classe (hum, hum!) mais ne convient pas à la soirée des Oscars que, de toutes façons, elle n'aura jamais la Campbell, donc elle a bien raison. Elle revient, dis-je, et ce n’est pas tel King-King-Kong-Kong. Non pas qu’elle fût fâchée ni rien, même si elle avait des raisons de l'être. Non, Niiiiviii, elle est juste fatiguée, un peu lourde, un peu usée mais puissante. [Lire cette dernière phrase en écoutant du stoner, style BORIS...] Elle revient, parce que business oblige quoi, faut bien vivre. En même temps, me dis-je, on peut pas dire qu’elle avait abusé de sa notoriété, Neve. Elle revient bosser, merde.

 

Tiens, ça me fait penser à qui mieux-mieux. J’ai une excellente amie, d’enfance pourrait-on dire, dont les parents passaient toutes les vacances d’été, sur la côte bretonne, à quelques kilomètres de la demeure familiale -bonjour l’exotisme- dans un camping, au bord de la mer donc. Il se trouve que, chaque année, cette ami avait les mêmes voisins de tentes: des hollandais. Et ces hollandais avaient une fille qui était du même âge que mon amie. Et tenez vous bien, cette fillette, puis jeune fille ensuite, s’appelait FAMKE, wait for it, JANSEN, comme la very good actrice, et célèbre bombe nucléaire de beauté bien connue. En Hollande, Jansen c’est un peu comme Martin ou Dupont en France . Mais c’est trop tard, le doute est plus que permis. Fin de l’anecdote.

 

Neve Campbell arrive en ville, et c’est moyen, voire carrément bof bof... Les temps, ô, c’est qu’ils ont changé. David Arquette a grossi, mais c’est le shérif de la ville désormais, et il est toujours marié à Courtney Cox, en mode vaguement ménagère, frustrée de merdre, mais, on le verra, tout ça, c’est de la poudre odieuse, du cosmetoc. 

Un indice s’affiche d’ailleurs sur votre écran : elle porte d’immonde robes à la mode, pour veille, en plein dans le carré vintage, plus (+) l’agressivité colorimétrique qui va avec. 

La ville a changé. Les anciens bambins sont devenus des teens. Twitter, Facebook, The Pirate Bay, Youporn, Meetic, Amazon, Bittorent, usb 2.0, Ipad, Ipod, Iphone, Steve Jobs, merdre, Steve Jobs, Priceminister, Ebay, Google, Over-blog, Ipod nano, écran lcd de 127 cm (je l’ai d’ailleurs), googlemap, Googleads, Googleearth, Mappy, hulot2012.com, matierefocale.com, fragranceliechtenstein.over-blog.com, RCV sur internet, plus (+) de Youporn, plus (Steve Jobs) de Steve Jobs (+), canardpc.com, plus (+) de Steve Jobs, rétro Kubrick à la Cinémathèque, coffret intégral Kubrick (même pas bloue-raie) sur fnac.com, pub  rétro Kubrick au cinéma Pathugmont (sponsors : cinémathéque.fr + warner.com).

 

 

Bocuse Bernau. Bocuse Bernau, Bernau Bocuse. (in ANEMONENGURT, opus BOCUSE BERNAU).

 

Neve Campbell est de retour. Les teens ont changé. Alors, c’est du franc. Eux, ils sont habillés complétement normalement, comme des teens (friqués) de la rue. On sait désormais qu’on est dans le documentaire. C’est ni bien ni mal. C’est comme ça. Le film dans le film, dans le film, le film dans le film dans le film, le film. Ouf.

Of course, comme de bien entendu, reçu, Rodger, reçu cinq sur cinq (5/5), copie, copie, copie. 

Les meurtres reprennent. Des victimes. Jeunes, bien sûr. On apprend que Neve Cambel, oui, je dis bien, Neve Campbell a une petite cousine éloignée, cligne-cligne, coude-coude, seewhatimean ?, seewhatimean ?, copie, copie, coude-coude, lesbiennne lesbienne, critique de film, salope salope, facebook, twitter, googlemeschiottes, NeveCampbellAPoil.com, googleads, blogranking, matierefocale.com, bocuse-bernau, salope de merdre, salope !

 

Gilles.

 

Neve Campbell est de retour. Les teens ont changé. Moi aussi. Le type du direct-to-dvd, lui, non, n’a pas changé, il est bien trop jeune encore. Il est là.  Facebook, Twitter, Anémone, Bourvil, Michel Blanc, Anémone Gourde.

 

 

Neve Campbell est de retour. Les teens ont changé. Le reigne du film dans le film, les marathons SAW de 1 à 7, la cinéphilie expansée aussi, c’est logique. Plus (+) de connaissances, plus d’accés aux films, à l’information, plus de signal, plus de partage de ces mêmes connaissances. Le rat de cinémathèque (Kubrick, coude-coude, Kubrick, salope, lesbienne, salope) race très dangereuse se transformera, ou alors, il se fondera dans l’encyclopédisme, jusqu’ici réservé aux cycles universitaires ou aux écoles préparatoires. Tout partagé par tous. Le support change, se dédouble même (dividi contre bloue-raie, par exemple). Mais tout peut exister, au moins potentiellement. Tout peut arriver. Tout peut se propager, et, très important, se partager. Ce n’est pas rien.

 

[Quelque par, dans son salon, chez lui, à la dévéthéque nationnale, le Marquis (co-owner de la trademark matierefocale.com), lit cet article, et je le vois très bien, hic et nunc (from King/Straub), son salon, je sens le cuir sur lequel il est assis. On ne pouvait, à l’époque, ne revoir un film que deux ans aprés.]

 

 

 

Neve Campbell est de retour. Les teens ont changé. Le film dans le film dans le film, très bien annoncé comme je le disais plus haut. Nouvelle cinéphilie. 

Ça n’a aucune importance, dit-il, dans Hollywood déserte.

 

Neve Campbell revient. Elle est de retour. Les teens ont changé. Neve Campbell a une petite cousine. Les meurtres reprennent.

 

[ Gilles 2.]

 

Ceci étant résumé, rentre ici, Wes Craven, avec ton cortége de fantôme. Tu es ici chez toi. Tu viens quand tu veux. Sous tes applaudissements ! On léve les petites plaquettes. 10! 10! 10!

 

[Evidement sous les applaudissements. J’y reviens plus bas...]

 

Facebook, twitter, bocuuuuuuse bernow, franciscabrel.com, googleads, salopes ! Lesbiennes ! Distributrices !

 

[In Télérama : Un fascinant exercice d'auto-analyse basé sur un jeu de poupées russes directement inspiré des trames de SCREAM et SCREAM 2, dont ce quatrième opus se veut le pendant adulte. ]

 

 

Neve Cambpell revient. Les teens ont changé. Les meurtres reprennent. Entre ici Wes Craven.

 

Gilles De La Tourettte.

 

[Nous y sommes.]

 

 

 

Un ange passe.

 

Les teens, parlons-en des teens.  Gros seins + Q.Is ensteiniens. + accés aux données + argent + accès aux supports.

Le premier indice, ou le deuxième si on considère le fait que Neve Campbell ait une cousine en soit un, d’indice, vient très vite après la comédie agréable du générique, qui sonne longtemps et bizarre, faisant ressentir la poids certain, quand même, des années (Heather Graham, sublime...). Le méta-langage, le film dans le film dans le film, le cahier des charges, je dis ouais, ouais, puis so what. D’entrée, on massacrera cela dans un rire. Et curieusement, là, après un peu plus d’une bobine (et l’effrayant, le sublime premier plan d’exposition de la ville où tout sonne faux, où rien ne se passe, où Craven à la sagesse de ne faire passer aucun message ni aucune ironie, ce premier plan vide que je remplis d’effroi, seulement illustré -un troisième indice s’affiche- par une musique hurlante et anonyme qui justifie le plan dans sa durée et son mouvement de cam’ stérile, depuis Spielberg/Lucas/Coppola d’ailleurs), là... 

Craven, dis-je, fait ensuite un geste superbe et important : il rhabille Neve Campbell ET Courtney Cox. Jean, blouson en cuir, t-shirt pour elles. Le film commence.

 

 

Pendant 50 minutes encore (temps ressenti), Craven s’occupe de Campbell, Arquette, et Cox, relègue le bunch of teens, trop hipster "bunch of teens" lol lolptdr, trop kanackyballs le métasite lesbiiiieennne,  au second plan et peut faire son film. Le seul salut et le seul étranger dans le jeu de quilles sera la fliquette (très bonne actrice, et très joli rôle) qui aura le droit à une scéne très maniérée et belle, prés de l’escalier, HALLOWEEN Marquis Sa Mére la Pute Salope Distributeur Salope,  et dans la pénombre. L’imbécile (que je suis parfois) regarde le doigt, mais cette mise en scène précautionneuse et ampoulée (et belle!), n’est pas là pour la stigmatiser une coupable éventuelle (ça serait trop tôt, trop simple, trop comme un passage obligé) mais pour la démarquer des autres nouveaux personnages (dont les teens). En quelque sorte, comme chez K. DICK (dont j’apprends avec horreur que le très fatigué Michel Gondry va adapter le UBIK ! Misère!), elle était déjà là, cette fliquette en 1996. Comme quoi la jeunesse (mais elle n’est plus tout à fait teen) n’est pas complétement stupide ou horrible, beau geste anti-cynique de Craven et quatrième indice.

 

 

Et puis, il y a le son... Et puis il y a la poignée à ne tirer qu'en cas d'urgence...

Faire plus (+), plus loin, envoyez les salopes de distributrices de leurs mères dans leurs 22 mètres (merdres?) parce qu'ils trouvent trop coollol ptdr 2.0 kick-ass salope lesbienne JENNFIER'S BODY ou Rob Zombie, faire plus, donc par le son. Puisque personne n'y comprend rien à la mise en scène, parce que la kikoo attitude impose la multiplication des parpaings dans la bande-son, je vais te l'atomiser la bande. Salope Ta Mére dit 10, je dis 100 fois plus (+). Elle se gratte les cheveux la petite cousine, et BLAN ! (trop post-post-cool le site!)  je te balance un gratte-gratte en 9.1 dans ta face. Il va aux chiottes, et j'atomise ton frontal par un ziiiiip d'apocalyspe. Et quand ta Merdre Salope Lesbienne de Mère sera endormie en gros plan, je te foutrais encore du son...

 

Au four Salope Ta mère 20 minutes et tout le monde est cuit. C'est plus de l'acouphène traumatique, c'est le découpage de tes trois oreilles, sale Van Gogue de salope ta mère de madeux de merdre. Moi itou, remarque. Cool du top de la loolitude cachée comme une pudeur virginale, un soir d'hiver, au fond d'une couette, presque pour le jeu-de-mot, là, Craven en utilisant le jeu imposé puis déformé de la hipstérisation post-lui-même et geekisante (ça y est je l'ai dit!), reprend son espace, et on entend plus personne crier, et pour cause: SCREAM FOR est devenu un film complétement muet. Tu la sens la crème au goût de Mont-Blanc, Salope Pathugmont Ta Race Salope?

 

Ca, c'est la première lame. Si Peter Jackson ou Sam Raimi avaient réussi ça, ils se seraient arrêter là sans doute... L'histoire ne le dit pas, et c'est bien ça le pire!

Cracra, là, il sort la deuxième lame: tirage de la poigne d'arrêt d'urgence. Refusant d'avancer, malgré le public de jeunes donzelles de moins de 22 ans qui lui crient de fourrer sa grosse queue velue et luisante dans leur petits vagins bistourisés comme un squelette de Terminator, magnifiquement le Cracra, il refuse. Le premier son depuis longtemps: "Non". Les teens disparaissent et enfin, rhabillés en cuir, la Neve reprend les choses en main. Pendant presque une heure, les teens sont out! Sublime! Le film redevient sonore quelques temps, le coup de ciseau dans les deux bandes se fait plus précis: old shool, tendu, violent, énergique. 

 

Restons là un instant: c'est le contraire des premières scènes de teens d'avant le tirage de la poignée, où le tueur ne tuait jamais devant nous au final, où il n'y avait pas de progression. Quand le plan arrivait sur la victime, le tueur était déjà dans le plan et le couteau déjà planté. Là c'est une autre histoire: ca court, ca coupe, ça spatialise, ca débraye, ça reprend, ça pulse. Fini l'amusement crytpo girly-gory pour vagins hurlants et petits éjaculateurs précoces qui jouissent en disant "bite !", fini la top-sexiness atitude d'un cinéma de genre qui ne sait plus vendre que des mannequins en Tanga. Avec Neve et Courtney, c'est autre chose: le meurtre est long, désespéré, drôle parfois mais jamais fun, et osons le mot, il pue le mythe dans sa façon de transcender Sa Mère La Pute de connivence cynico-gory-teenageuse. D'ailleurs, dans le film, le cinéma n'existe pas: c'est vidéo-proj' au mieux, et dividis partout. Souvenez-vous sur ce que je disais du Marquis au-dessus. Plus effrayant encore, le Film De Cinéma est devenu une réunion de groupe, une célébration collective comme la partouze gonzo ou la Fête de la Musique. Dividis sur une étagère, visionnage sur écran géant, le film comme on boit des canettes sur un parking (en moins sympa!!) ou comme on danse la Macarena. LE CINEMA COMME UN EVENEMENT SUR FACEBOOK.

 

Cracra bloque son film et fait le contraire, réintroduit un ordre aristocratique là-dedans et bosse. Il bosse avec Neve et Courtney, et il donne ce que les gens (les djeun's donc) veulent: il les tue.

 

 

Le film redevient muet et, hop, Cracra reprend son exploration de la réalité  contemporaine. C'est du documentaire. Et là, les mots me manquent... Dans l'introduction, il avait dézingué toutes les actrices des séries geeks en trois secondes ce qui annonçait déjà bien la violence de la charge. Dans la dernière section, la crasse et le communautarisme violent de la société jeune de sa mére la pute actuelle sont enfin mis en exergue. Teens s'assemblant selon le principe de fusion et de ressemblance (multiplier et faire pareil en moins bien, le principe du remake et l'instrumentalisation même dans le sentimental), teens ne sachant même pas faire un champ/contrechamp (très drôle, la webcam!) mais avalisant eux-même ce que peut (et doit) être le Cinéma et son Histoire (Pan dans la gueule de la théorie des Auteurs d'ailleurs!), logorrhée sans fin de leurs théories absurdes de puceaux pornoïsés par l'absence de culture et son remplacement par une demi-molle d'encyclopédisme de forum (le "méchant" final est clairement dépeint comme un forumeur!), mise en abîme personnages/actrices (le casting est parfait: elles rayent le parquet de leurs dents pointues, en toute inconscience; à l'exception magnifique de l'attachée de presse formidable, ironique et maitrisée), le tout sous une progression implacable, libératrice et cruelle lorsque le final se mêle de reconvoquer Argento et d'introduire Hanecke (voyeurisme avec la scène de la chaise devant le garage, et mutilations à suivre).

On ressort épuisé, épuisé par ces teenage girls qui aurait troqué l'uniforme SS (trop post-goldwin le site mdr kikkolol) contre le chandail Zara et qui n'arrête pas de jacasser, et de déverser (comme Télérama plus haut d'ailleurs, qui a réussi à comprendre l'exact opposé de ce que dit le film, double-kikooo-éjac-lol-dans Brigitte) des théories qui détruise le cinéma et le langage. Épuisante violence. Qui n'a qu'un antidote: la malice, la violence, la baston sur le parking.

 

Cracra réintroduit alors l'Ancien Testament dans la vie et le film, massacre toutes ces grosses connes,et comble de classe, dans un rire sublime en plus, comme un orgasme simultané beau et pêchu. On comprend alors aussi que le film sait guérir le cynisme mais pas le desepoir: il parlait non seulement de la communauté cinéphile et productrice (Hollywood-La-Productrice et les cinéphiles des forums de salopes de merdre de Steve Jobs lesbienne ta mère revues spécialisés et/ou les néo-cinéphiles, tout ça c'est les mêmes, c'est les habituels), mais aussi du cinéma lui-même. Ca fait beaucoup de morts sur le dance-floor.

 

Craven s'efface derrière son film, en sachant très bien que ceux qui l'encensent aujourd'hui l'assassineront la prochaine fois, quand le film ne sera pas une franchise, comme pour CURSED ou RED EYE.

 

 

Dr Devo.

 

 

EPILOGUE: j'apprends par hasard, sans que les madeux et les geeks et sans que les CACAS DU CINEMA YEYE et leurs sbires ne s'en plaignent que Craven a fait un film l'année dernière. Et devinez quoi? Il n'est pas sorti en salle en France. Ni même en dividi! CQFD et Mort Aux Vaches...

 

 

 

 

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Lundi 18 avril 2011 1 18 /04 /Avr /2011 18:36

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kiss devo

[Photo: "You May Find Yourself" par Dr Devo.]

 

Un bon lumbago qui ruine votre début de vacances et vous prive de pic-nic entre amis dans les plus beau parc de la ville, et vous voilà à vous trainer comme un pauvre petit martyr dans les rues, sans but, aussi gai qu'un Karl Marx perdu à Las Vegas... Au bout de quelques heures d'errance, on envoie tout balader, on grogne à la face du monde, on jure de ne faire que le contraire. Comme aller dans la salle de cinéma alors que le soleil brille à fond et que les jeunes filles, enfin, commence à montrer plus de chair...

 

Pour plus de froid, taper 3 et dîtes Suède. L'autre pays autre.

 

Dans la grande ville, c'est le train-train de ceux qui bosse. Hans, un grand blond à méche (les prénoms ont été changé pour garantir l'anonymat de chacun) ne fait que bosser: taxi clando et systéme D pour payer ses études de commerce. C'est un malin, au point de se faire passer pour aussi richard que ces copains de classe dont la moitié de l'hélice d'ADN est côté au CAC 40. Pedro lui a eu moins de chance: espagnole égaré là, c'est déjà pas marrant. Mais en plus, le pauvre vient de s'évader de prison. Les deux ne devraient jamais se rencontrer, mais le hasard et l'appât du gain les réunit dans une drôle d'histoire de trafic de poudreuses teutonnes... Achtung, car il y a tout à perdre: famille patrie, honneur, discipline, vêtements bien repassés et la petite blonde très bonasse...

 

Sommes-nous spéciaux, derrière nos petits visages et notre gros coeur en marshmallow? Que recherchons-nous derrière nos ray-ban? La gloire? La reconnaissance de notre Dieu romain et apostolique? Ou celle du blondin avec marteau?

 

Qu'importe au fond.. EASY MONEY, petit polar, découverte en label de chez Pathugmont, aimerait sans doute atteindre de telles cimes et pourquoi pas amener quelques réponses à la foule de Nous. Malheureusement, de manière prosaïque, le petit thriller local, qu'il soit suédois ou argentin, n'est jamais qu'un petit thriller. Passé le vague moment d'exotiximus, dû au double pédalage de l'intrigue qui parallélise un destin local (suédois, donc) et un autre complétement espagnol, on repense vite à ce velux qu'on a oublié de fermer quelque part, alors même qu'on pouvait croire à un orage de chaleur en fin d'après-midi, ou encore on se met à rêver à des choses sublimes, telle la liste des courses qu'on ne manquera pas de faire après le film. Bon, le patron nous sert sa limonade avec un mini-parasol et même une tranchette de citron vert: bien qu'ayant recours à ce montage parallèle, un poil improbable d'abord puis très annonciateur et guide-ligne ensuite, le direktör nous le fait dans le chiquosse, décalant parfois le son qui s'avance un peu plus vite que l'image, les deux bandes sons et images se resynchronisant quelques secondes plus tard, of course, faut pas pousser Björn dans les orties non plus, hein?

 

A part cela donc, nul révolution au pays du Krispe-Rolls: un petit scope bien sage, et une lumière un peu moins téléfilmesque que chez nous autre (en même temps, ça change, un tout petit peu, on arrive souvent à ce genre de lumière polie), mais sans expression particulière et généralement jouant sur le froid-chaud tout bébétte. On sent donc la petite leçon fitzgeraldienne vaguement digérée ou fantasmée, énième variation sur l'impossible troisième acte, ce mythe un peu zarbi. A mesure, les destins se rejoignant à l'évidence, on reste un peu comme deux ronds de flanc sur le bord du dance-floor, à se dire qu'on serait bien rester chez soi à regarder Drucker. Les acteurs, héros blondin en tête ne bouleverse rien du tout mais alors rien et révèle au mal-voyants les coutures mal cousues et trop scolaires ici et là. Ca sent un peu le festoche, ça sent la compétition un peu molle en mode gentil, à petites foulées, car faudrait pas non plus se choper une claquage. On note avant de conclure que le scope n'a aucune utilité, le gros plan étant assez légion, la morale gentiment bêtasse, et que tout cela aurait pu se régler en 80 minutes sinon en 15/20... Un costume chiquosse, un récit coral (poudre non-spéciale), trois destins différents aux mêmes aspirations (comme de bien entendu), voilà qui fait bien peu. Chaque pays produisant encore un peu de cinéma, sort des polars de la sorte en plusieurs exemplaires chaque année: on est dans le banalissime, légèrement vendu art et essai. Hier l'Argentine (Ahahaa! Je ris encore de ces journalistes nous ayant vendu "la nouvelle vague du polar argentin"!), aujourd'hui l'Europe du Nord ou les USA (côté Sundance), le "polar tranquilou" est ce nouveau genre de policier genre La Bourboule, comme on se rase.

 

 

Dr Devo.

 

 

 

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Vendredi 15 avril 2011 5 15 /04 /Avr /2011 12:45

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trou greed

[Photo : "Etrillé" par Dr Devo.]

 

 

 

On aura peut être enfin réussi. Réussi à faire briller les vieux poncifs pour en faire quelque chose de neuf, comme une nouvelle mise en page sur un blog de mille ans ; c’est de ma faute, j’ai menacé la direction d'écrire encore du bien publiquement d’un film de Kitano en racontant ma life via une vieille histoire d’amour ripoue fleurant bon le quartier Latin du XXI éme siècle et ses proto-hipster déambulant de cafés en terrasses dans un mouvement d’une perpétuelle vacuité, s’indignant dans le même mouvement des prix du café et des catastrophes naturelles, devant le même parterre sans cesse indigné des turpitudes d’une existence hasardeuse et bien cruelle, donc oui maintenant on passe en noir et blanc, fini la moquette on passe au marbre et au satin, dress code de croque mort pour parler culture au pays des luminaires.



Cette longue intro si je veux, et cette longue intro pour dire que les Coen en gros c’est pareil, ils ont ressortis Jeff Bridges des tréfonds de leur filmographie, lui ont collé du maquillage sur la gueule et l’ont envoyé en plein far west garder la petite tout en affrontant un monde décidément hasardeux et cruel. Le tout bien sur agrémenté de dialogues humoristiques, de personnages haut en couleurs et d’un ton auteurisant décalé, bref de tout ce qui a fait les succès populaires des Coen de THE BIG LEBOWSKI à OLD COUNTRY FOR GOLDMAN. Mêmes acteurs, mêmes fondus au noir sur une existence qui s'étend le long de l’horizon du désert au firmament, mêmes coups de feu dans la nuit, mêmes loosers amoureux, mêmes débiles pommés anesthésiés par la peur, tout y est comme au train fantôme...



S'il est toujours plaisant de voyager avec les frangins, de retrouver ce sens tout particulier du rythme et cette photo superbe, on finit par trouver le temps un petit peu long à écouter poliment se dérouler une intrigue toujours bien écrite, aux dialogues toujours bien tourné, mais où tout est tellement poli et bien agencé que ça devient semblable à observer un mécanisme d’horlogerie un peu précieux, très vite chiant. Nous, on veut de la folie et du rock’n’roll, pas de la musique gonflante qui anesthésie tout mouvement poétique/comique au profit d’un mélo pas très finaud. Car oui, qu’est ce que la musique est putain de chiante, qu’est ce que la gamine nazie qui sert de personnage principal est horripilante. Et qu’est ce que vient foutre Matt Damon dans ce bordel? Pourquoi s’excuser de quelques accès de violence quand c’est la nature qui engloutit tout ?



Et c’est bien dommage que les bro’ se soient laissés aller à tant d'académisme vu la richesse de la thématique sous-jacente, curieusement gothique, à base de formes organiques vaginales qui enferment la jeune fille. Y’a l’évidence de la grotte remplie de serpent (très belle scène d’ailleurs avec ses gros serpents en images de synthèses bien crades) mais aussi, plus discrètemen,t une très belle forêt touffue d’arbres morts dont l’arc contient en son centre un pendu à l’oeil crevé, référence ou pas à Poe et à la maternité terrifiante. De même on peut souligner qu’à plusieurs reprises l’eau bouillonante vient rapprocher la jeune fille des deux figures paternelles antagonistes (Brolin et Bridges) dans des scène-clés plutôt bien amenées. C’était plutôt étrange et malsain d’amener ça dans le western de Papa. Malheureusement les effets glauques ou inquiétant ne fonctionnent jamais à cause de cette putain de musique à la con et d’une mise en scène un peu planplan qui se laisse aller doucement à épouser le rythme doucereux de l’ouest aride et de ses dangers. Les Coen ne se foulent pas trop, ils sont la où on les attends, et c’est le gros reproche vis à vis film. Ailleurs, dans ce que le film déroule d’original, comme cette chevauchée dans la nuit qui est par ailleurs une idée superbe, on voit certes les étoiles, mais comme le fou on regarde le doigt, le gros doigt boudiné de Steven Spielberg sans doute, qui montre au final bien peu de choses qu’on aurait pas déjà vu en lices pour des palmarès ici ou là...





Reste quelques bons acteurs, quelques idées qui volent au gré d’un montage pas vraiment inspiré, qui peine à trouver un rythme qui tienne la route, qui s'essouffle comme Jeff Bridges au terme d’une course à la mort aussi éreintante pour le spectateur que pour l’acteur...  Et cette fin dispensable et tire-larme on l’aurait volontiers troquée, comme ils avaient si bien su le faire, avec A SERIOUS MAN.


Dommage...


Norman Bates



 

 

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Lundi 14 mars 2011 1 14 /03 /Mars /2011 22:55

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devo bjork canet delon

[Photo: "Tous les Matins de l'Immonde (your pain, my pleasure!)" par Dr Devo.]

 








 

 

Maintenant que le cinéma est mort, il ne reste plus qu’à  le raconter.


Comme Muray, après la bataille,  je réponds aux gens que j'écris sur le cinéma pour les dégoûter de ce que le monde entier nous présente comme désirable.



Les Césars, Oscars, et autres carnavals d’acteurs et actrices représentants en shampoing, tous pareils venus même pas défendre mais défiler, même pas aimer mais prétendre, parler de leurs soucis, qu’est ce qu’on en a foutre de leurs soucis, de leurs films, de leurs combats pour tout ce qui va contre ce qui est beau. Le cinéma comme papier peint.

Contempler humblement le chaos qui sous-tend le cosmos.

Rangez vos vestiaires, vos dressings, vos combats pour les petits nenfants, pour ceux qui ont fait ce que vous êtes parvenus à devenir, sans vraiment jamais incarner. L'égalité absolue est le signe de la fin, le consensus devient nouvelle forme puissante et éternelle des choses qui ne changent jamais.


A juste titre, LA MALÉDICTION.

Donc bon c’est parti : c’est l’histoire de la jeunesse d’un jeune voyou. A la fin, pour s’excuser, on dira que c’est le fils du diable, qu’il a été échangé au berceau et que ce n’est ni la faute du système éducatif, ni de ses parents trop cons de l’avoir élevé dans un cocon surprotégé.  Quinze ans de débats sur l’inné/l’acquis résumé en 1h50. Même pas de Clint Eastwood à la fin pour se sacrifier les bras en croix, devant un ramassis de voyous, on est ici dans le lapidaire sans concessions ; le mal est endémique à l’humanité, voire surnaturel et en tout cas exogène.


De l’autre coté Guillaume Canet, comment il a été échangé avec un autre enfant au berceau, et des conséquences qui s’en suivent sur le cinéma français. Très jeune, il observe des gens en train de pleurer et trouve ça triste, il se lance donc dans le cinéma fort de cette idée, et rend les gens triste en filmant des gens tristes. Comme son génie créatif, du fait de son enfance difficile, est aussi intarissable que les dialogues de ses films, il découvre très vite qu’en rajoutant de la musique triste sur des gens tristes, le film est encore plus triste. Révélation qui le conduira à gagner moult récompenses, dont celles du film le plus triste, le moins gai, le plus générationnel, le plus proche de vraies vacances au camping ou encore, du succès populaire le plus accessible a la France d’en bas. Double hit combo gagnant, pour son tout dernier film il s'élève à un stade artistique encore jamais atteint en rajoutant de la tristesse dans son titre. Devant tant de brio, on est bien obligé de s’incliner, nous avons affaire à un nouveau génie, pendant que notre voyou surnaturel se branlait dans ses petits mouchoirs.

Pour ceux qui ne croient plus dans le mois de mars, LA MALÉDICTION est un grand cinémascope de 1h50 avec des compositions gothiques sur de la musique hurlées par des moines PARCE QUE PUTAIN C’EST LE DIABLE CE GOSSE ! Si quelqu’un n’a toujours pas compris que de la musique sacrée sur un gosse qui fait les gros yeux en faisant des balayettes en scred à ses vieux ça veut dire LE DIABLE LE DIABLE LE DIABLE qu’il se réfère au cinéma de Guilaume Canet.


Du coup, le grand spectacle et la frayeur marchent de manière intermittente, mais marchent quand même dans quelques scènes marquantes, superbement gaulées et fabuleusement découpées, comme la scène du tricycle qui rappelle Argento dans sa construction emphatique et sa conclusion suspendue. Car l’horreur réside dans l’absence de conclusion à une action dramatique. Sauf que ! sauf que non pas vraiment, car on sait depuis le début que l’enfant est le diable et basiquement, on n’attend bien qu’une seule chose du diable, coincé que l’on est dans notre carcan judéo-chrétien européen, c’est qu’il fasse le mal. Oui, c’est puissant comme concept. Bah du coup tu peut bien ciseler tes scènes, mettre des gros chiens dans l’obscurité, des regards inquiets et des grands travellings à la DePalma, on aura toujours affaire à ce gamin autiste avec le regard de Khadafi qui fera que chaque action se concluera de la même manière. Tellement écrit.


Paradoxalement, il serait bien simple de réduire le mal à une conviction scénaristique même bien exprimée. S'il est évident que le mal le plus élémentaire figuré dans l’enfance la plus pure est un ressort suffisamment effrayant pour mettre mal à l’aise la plupart des quidams venus, c’est aussi une façon assez punk de placer une allusion subtile au philosophe le plus badass du milieu, a.k.a Sun Tzu, qui disait en gros que l’ennemi était le seul moyen de rester en vie, à condition que ce soit un opposant ABSOLU dans toute chose et acte. Et là ou c’est intéressant c’est que cette pensée nourrit la mise en scène bien plus que le scénario,  là par exemple où dans une segmentation pigmentaire et symbolique, le mal se retrouve un exutoire de la parentalité. Le père est toujours représenté en tant que figure, toujours dans le plan et souvent grandi. En gros, le désir de papa est stimulé par le comportement destructeur de son fils, plaçant là encore le sexe et la mort comme ressort essentiel de la cohérence familiale. Et dans tout ça, le prétexte religieux n’a pas grand chose à voir, c’est l’instrument du pouvoir, non pas divin, mais pour le coup bien humain, avec une préférence pour les impuissants.


Au final, ce qui différencie l’enfant de l’homme, c’est la perception de l’incertitude. L'enfant en a horreur, l’adulte en rit, la religion dans la transformation de l’incertitude en amour sert de théâtre à la stupéfaction d’être Père.


Dans toute cette mascarade, la peur et le dégoût sont entremêlé dans la vision cafardeuse et déjà déprimante de la mécanique du couple. Tout ce déchaînement de violence au nom de Dieu est dirigée contre l’immuabilité et la fatalité du quotidien, personnifié dans le couple et incarné dans l’enfant : au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit : THE OMEN.




Fantômas.




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Mardi 1 mars 2011 2 01 /03 /Mars /2011 22:42

Publié dans : Corpus Filmi

 

 

 

 

 

 

transvestite devo

[Photo:"Les Soeurs Frankfürt" par Dr Devo.]

 

 

 

 

 

 

 

 

Un brandy devant moi, le reste du monde dans l'écran, je matte insatiable ce qui fait le buzz. Il y a dans l'air ce fumet mystérieux, celui des avenirs gracieux à l'écran. Dérangé pendant une synapse, je pense. Je reçois un mail me demande d'écrire un paragraphe sur la mort. Je m’exécute.

 

 

Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort. Mort.

 

 

 

C'est tout ce que j'ai à dire à ce sujet. On n’est pas un blog sérieux après tout. Même si on cherche sérieusement à définir un moyen comme vision du monde, nous ne sommes que les esclaves, une interface entre une chaise et un clavier, entre le sol et les étoiles. Je n’écris pas sur le cinéma comme on pourrait s'y attendre, j'écris ce que j'attends encore du cinéma comme je pourrais écrire ce que j'attends encore des comiques, de la musique, de mes artères, du reste du monde ou de l’amour. La mauvaise musique est ce qui ressemble le plus à la vie disait Proust. Le cinéma également, c'est pourquoi je parle de la mort (dans l'âme).

 

 

 

 

Avant de dire que cet article est morbide, resservez-vous, asseyez-vous prêt de l'âtre, de grâce, et kiffez cette non-musique qui illustre mes propos. C'est dramatique, mais hier un homme est mort, un homme qui aimait les enfants, certains le lui reprocheront. De sa mort et des conséquences qui s'en suivront ; sexes coupées, valises de cadavres éparpillés, fils de premiers ministres émasculés, il ne sera pas question. Ce dont il est question c'est du changement de sexe (et merde j'ai encore raconté la fin), de l’opposition urbanisme/ruralité, de la conséquence des pulsions sur le corps et au final de l'amitié comme rempart à la solitude mortelle. La Thaïlande : le décor est beau, les filles sont jeunes, la peau sur le corps, les flics se baladent en chemises hawaïennes (et cette coupe de cheveux!!) au milieu de scènes de crimes au fond de boites à partouzes sordides, tout est crade partout, dehors il fait nuit mais même de nuit il fait trop chaud, la couleur rouge suinte sur les bleus comme le sang en gerbe chez un disciple d'Argento, les oppositions sont plus que chromatiques elles sont endémiques, c'est la ligne à suivre entre la proie et son gibier, gigue de pantomimes qu'on aurait sortis de prison pour aider la conscience à prendre du terrain dans un pays que le club Med à rendu moins beau. Même si je n’ai pas très bien compris le coup de la prison.

 

 

 

 

Rythme conscient du malaise, techno binaire comme illustration de fin du règne de la morale, les corps vicieux sont exposés dans la douleur du décorum. Vous qui venez ici, perdez toute moralité (ça commence comme mort) et regardez les âmes damnées se mouvoir dans la nuit tropicale, comme trop d'esprit, de fantômes chinois évadés d'un tsunami de direct to vidéo quand les producteurs n'ont plus les couilles de sortir des comédies en dehors du Nord-Pas De Calais (ils ont un accent marrant et ils sont au chômage, lolilolons ensemble pendant qu'on a encore une famille, un boulot, un chien, un désert, un ami) donc aujourd'hui je n'ai pas peur de le dire, la Thaïlande c'est le Nord-Pas De Calais du sexe, c'est pour ceux qui se trémoussent à 50 balais devant des corps de fillettes qui ne portent même plus le désespoir comme cache sexe. SLICE n'est pas pour autant un film qu'il faudrait habiller de messages thaïlandais, c'est une série B comme une autre, comme quelque chose qui se situe à mi chemin entre le fantasme et sa punition ; c'est pour nous dire qu'on est ici chez nous, et pas chez Disney, que le pécuniaire achète bien les chevaux, et que la violence se fait au nom d'un idéal, jamais porteur d'une réflexion. Quand tout le monde à baissé son froc, les survivants coupent les couilles, la pédophilie c'est comme du régionalisme, c'est vieux comme le temps.

 

 

 

 

Bas fonds crados, musiques vulgaire, chants des marcassins sur fond de Chopin, pas labyrinthique mais presque, touffu à l’extrême, SLICE est comme une fantaisie baroque, un conte naïf, ou un restaurant sans carte : tout est comestible, rien n'est vraiment recommandable, au bout d'un moment ça fait mal au ventre, mais en sortant on se sent vivant. C'est pas macdo ou quick, c'est plus consistant qu'un kebab, c'est épicé quand il faudrait pas, mais c'est infiniment plus recommandable que tout ce qu'on a vu dans les grosses vitrines. Surprenant et ça suffit, SLICE est un giallo orchestré par des mongoliens sous acides, et dieu sait que c'est mieux qu'une chorale de boy scouts. Galerie de personnages déviants, malades, psychopathes, personne n'est vraiment dans ses souliers, toujours à la recherche d'une partie de soi, d'une parcelle d'enfance et d'amour. Alors oui il y a des grands passages émotions, ou deux frères font du vélo au milieu des roseaux avec un cerf volant dans le dos et le soleil dans les yeux sur de la symphonie à l'emporte pièce, cadrage panoramique. Et ben justement, c'est ce premier degré permanent qui est rafraîchissant, on n’est pas comme chez Miike dans une espèce de délire régressif fait pour plaire à l'occident, SLICE est dans l'hyperbole certes, mais de bon aloi, absolument sincère. On va dire que ça fait partie du charme, comme ces paysages radieux qui composent l'enfance alors que le présent est toujours bleu noir et rouge, toujours des bas fonds sordides de nuit, à l'opposition de l'innocence associée à la Nature. Et c'est super bien cadré, putain.

 

 

 

 

Alors oui il y a du rejet, beaucoup de maladresses, des passages clippeux, une mise en scène qui enchaine les fautes de gout et les chorégraphies moisies mais l’étalage de violence gratuite, de sexes coupés, d’atmosphère poisseuse et de cadrages atypiques alliés à un certain sens esthétique font de SLICE un ovni intéressant, quelque part entre FEED et Ozu (absolument pas) dont le symbolisme outrancier rappelle le conte pour enfant, d’enfants enfermés au fond d’une cave avec du scotch sur la bouche certes, sorte de petit chaperon rouge qui aurait violé Mère-Grand déguisée en loup, au milieu d’une Thaïlande ravagée par le libéralisme sexuel et l’économie de marché. Au final, ce faux thriller parle bien plus de l’enfance et de ses sévices que d’un sérial-killer de plus, l’enquête assez incohérente et foutraque, n’étant pas vraiment le point fort du film (il y a même un twist absolument débile qui ferait passer Chien-Malade pour un scènariste doué).

 

 

 

Amateurs de faisandé, vous voila exaucés.

 

 

 

 

 

 

Norman Bates.

 

 

 

 

 

 

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Mercredi 16 février 2011 3 16 /02 /Fév /2011 21:01

Publié dans : Corpus Filmi

 

tura devo

[Photo: "Yet the Unfit May Live" d'aprés une photo de la comédienne Tura Satana.]

 

 

Ça n’est jamais parfait, vous avez remarqué ? L’hiver est plutôt doux, les gens dans la rue sont aussi stupides que d’habitude mais pas énervés pour un sou, et certains jours, on pourrait presque aller boire des coups en terrasse et en t-shirt avec les mêmes étudiants que sus-mentionnés, car j’ai le malheur d’habiter dans un ghetto friqué et vieux, mais aussi étudiant, une dichotomie qui n’est qu’apparente, mais ça, c’est un autre débat. Et donc, grosso modo, pour le focaliens de base, voire pour le dévolutioniste, pour un gars avec un minimoume d’humour quoi, les conditions sont réunies pour passer une saison incroyablement douce et agréable. Et pourtant non, la Mort Virtuelle rôde à tous les coins de rue, sans même faire semblant de se cacher, tapinant dans tous le coins les plus fréquentés de la ville. Car, Messieurs Dames, ce danger terrible que l’on héberge chez soi sans quelquefois même le savoir, c’est le visage de la faim à trois centimètres du vôtre, c’est son haleine fétide, ou un peu rance et douceâtre qui s’insinue dans votre museau sans défense (comme disait la poète, le problème avec le nez et les oreilles, c’est qu’on ne peut pas les fermer !), et quelques fois, rien que pour le fun, ses mains crochus font semblant de vous tripoter. Vous venez de rencontrer, la Disette Cinématographique, bewaaaaaarrrreeee !

 

Les enfants sont couchés, et c’est l’heure de se parler sans détour. A certains endroits, j’ai vu d’honnêtes gens s’aventurer dans des coins plus sombres,et acheter, sans même prendre les précautions les plus élémentaires en matière de discrétion et de sécurité, de vieilles VHS de seconde main, dont l’évocation des titres donneraient des cauchemars à beaucoup de femmes enceinte et de personnes cardiaques parmi le lectorat focalien. On gratte dans le jardin, on fouille dans les armoires, on va même chez les vieux grands-parents dans l’espoir de trouver une boîte thermoformée capable de faire passer le manque pendant quelques heures, on se vole les uns les autres. C’est dans ce contexte que je décide courageusement de me perdre dans un cinéma art et essai quasiment vide, comme un animalerie de zone industrielle, le dimanche soir à 19h29, quelque part le long de la frontière belge…

 

 

 

Chez nous, aux USA. De nos jours. Sam n’est pas, à l’image de Corky, un enfant comme les autres. Fils d’un génie de l’informatique et du jeu vidéo disparu du jour au lendemain sans dire merci ni au revoir, l’enfulte adulescent se morfond. Une paire de Doc’s, un iphone dernier cri, un blouson en cuir trop la classe, et de la musique électro dans le casque, ça ne suffit pas, quand on a perdu un Papa. Et les montagnes d’actions laissées par l’Absent, le fric à ne plus savoir qu’en foutre, et tous les jetons présences de la plus grande entreprise du Monde aujourd’hui héritée, n’y changerions rien. Le soir, la solitude lui prend parfois doucement par la main, et tel le spectateur en mal de film visible, il chevauche sa grosse mobylette pour trouver dans la vitesse et la beauté de la ville, la nuit, une contemplation, une chose belle, un signe…

La pédale soudain dégaze. L’associé de son père a reçu un coup de fil de feu celui-là… MMmmmmm… Voilà qui est fort étrange, mon brave Milouze ! Sam réenfourche ni une ni deux la Ducatti pas même décatie et visite les anciens bureaux de son père… Et là, c’est l’accident. Sam rallume sans le savoir le super ordinateur puissant de son pater, et un rayon noster laser le touche et le dématérialise. Le voilà dans le grand ordinateur, dans le système informatique créé par son géniteur !

 

Un verre de whiskey, un bon traitement texte, la photo de Hemingway posée sur le bureau, un exemplaire de Moby Dick, un mulot qu’on caresse, une souris qui te masse les épaules, voilà ce à quoi se résume un bon ordinateur pour des journalistes de notre trempe, ici à Matière Focale.

Bewaaaaarre, là aussi, mon poto. Comme disait la même poéte, il y a un autre monde à l’intérieur du monde, et c’est la chute libre.

Dans ton PC, il y a une foule de gens, une ville la nuit, des couples qui se font sur le dance-floor, des slips auto-éclairants et surtout, encore plus de l’aventure. J’étais venu pour voir un film, et me voilà subjugué par la force de persuasion du plus vieux conte du monde : le « et si… » ! Devant moi, maintenant que je suis encore plus qu’un journaliste focalien et donc total, maintenant que ma vue s’étend de manière scopique jusqu’à l’infini de mon propre imaginaire, mais que ej suis le sur-homme que certains ont malheureusement rêvé, maintenant dis-je, je devrais me rapprocher du frisson originel, celui qui secoue discrètement comme une vague sous-marine annonçant le Tsunami du Plaisir. Alors, que mon diaphragme lui-aussi s’illumine de lui-même, je sens comme un millier de nano-aiguilles me chatouiller tendrement les viscères de mon lobe à sensations divines : la zone du rêve et du plaisir est taquinée avec tendresse. Si je le décide, je vole…

 

 

N’est pas Keanu Reeves qui veut. N’est pas Hubert Reeves qui peut ! le plaisir et le rêve, ca se conquiert sans doute, mais ça s’accepte également. Tandis que cette réflexion fait s’irriguer d’une myriade de synapses dans mon cortex pré-frontal, je découvre hallucinante vérité qui se cache derrière ce simple parallélépipède sur lequel je tape, tape tape, dan l’espoir de te toucher, de te toucher, te toucher, chère focalienne, et je dois dire que la beauté de cette révélation m’effare quelque peu. Par pudeur, je préfère délicatement,et de manière complétement pacifique détourne mon regard de l’espace atomique et gullyverien qui s’étale devant moi. La beauté infinie me trouble, et je sens que mon journalisme totale ne sera plus jamais comme avant en quelque sorte, qu’une dimension supplémentaire s’ouvre à moi. Quels philosophes avaient tort ? Quelle issue pour l’humanité troublée. Je sens à cet instant, que la réponse arrive, sur un cousin doré à l'or fin, brodé de pourpre, porté par un sublime hovercraft (il s’appelle le Lovercraft, c'est mignon) qui avance sans un bruit et effleurant le sol impeccable et lustré de cette ville-monde. Au loin, je le sens et je le sais, un ZX81 frémit comme moi et pour les mêmes raisons. Je suis le kilo-octet pour toujours à vif.

 

 

Je décide de chanter cette geste pour vous, cher amis… Vos messages affluent sur mon Tatoo, et je m’avance, commence l’exploration. C’est comme un signal…

 

Du signal au bruit, il n’y a qu’un pas. Ma boots en microfibre nanoplastique chuinte tranquilou sur le similimarbre du sol, dans une microscopique alternance entre la retenue rugueuse et le glissando bien contraire. Il ne faut que quelques minutes pour formuler mentalement la sensation éblouissante qu’est celle de ces premiers instants de contact entre soi et le Monde D’en Dedans. Là où je pensais trouver un lecteur de disquette, je trouve un building du pur style Epcot mais gigantesque, où des ascenseurs en forme d’hexagrammes wargamiques hissent l’individu soucieux de s'élever vers une plateforme de service. La première pensée est donc… Ce lecteur de disquette est un mythe, et dans mon ordinateur il y a une multitude de buildings. Je décide de suivre ces gens. Je m’approche de l’hexagrame qui me lifte immédiatement sur une plateforme chatoyante (Twitter ?). J’aime bien le noir et ça tombe ien car c’est ici la couleur par excellence relevée ici de blanc qui claque ou là de rouge mystérieux généralement en ligne. Arrivé je ne sais comment dans un bar, je commande un zizi-coincoin, après avoir hésité avec un reekless peut-être encore un peu trop aventureux vue l’heure. Je regarde ces gens. Hommes élégants comme des ninjas musculeux, visages gracieux entre le jeune Schwarzennegger et le Christian Bale batmanien pré-post-moderne, femme aux culottes de cuire blanche-grise-beige (habillage blog, me dis-je) se trémoussant au son de la musique du groupe Camel Lips, ici remixé dans une approche ectro et bougrement sautillante, de celle qui peuvent construire un set ou faire s’envoler un meanwhile. L’ambiance est électrique et sexy ce soir, me dit le waiter en me tendant mon zi-coin (l’expression me rappelle alors 1987 et ma jeunesse enfuie). J’en profite pour l’interroger entre deux (lignes de) commandes. Lui aussi, un peu grande Zazie sur les bords, est habillé comme les femmes de blanc, dans un manteau de cuir ample mais rigide, en cuir évoquant avec classe et sans nostalgie le pur style des redinguotes Louis XIV. Il s’appuie sur une canne blanche entièrement (pommeau et tige) qui parfois prend l’aspect d’un néon dickien et d’ailleurs, j’aperçois un parapluie lumineux sur cette jeune femme là-bas qui ne pousse pas la zazou élégance jusqu’à se contraindre à la garder fermer, son parapluie. "Une soirée mousse en vue ?", me dis-je, mais de peur de passer pour un paysan, je n’ose poser la question à mon barman de cuir blanc. Après quelques heures de cette ambiance, je lâche, un peu saoul, à mon hôte "tas été embauché parce que Ziggy Stanley (surnommé le Lubrik) n’était pas libre !"

Voilà qui fait rire ma voisine, une de ces femmes en cuir belge qui me lance un "Touché!" sonore tout en élégance anglo-saxonne. Sa voix de vocoder me touche aussi et je constate qu’entre ses cuisses, la gourgandine est sévèrement vulvée, mais je n’en dis rien.

 

C’est alors pour moi le temps de partir et de visiter un autre quartier. Je m’y fais conduire dans un side-car de l’an deux-mille, sans doute désigné par la Steve Job Association for un Monde Eco-Citoyen, la célèbre O.N.G.

Là, je décide mentalement de meubler mon loft futur avec des modules d’ameublements que je devine à travers la vitrine virtuelle et holographique du magasin Ligne Roset, devant lequel je suis en pâmoison. J’entre. Une cyber-adolescente m’accueille. Elle a de gros seins, énormes même pour un robot qui frôle en taille le nanisme administratif (ici 1m39), mais je n’en dis rien et elle n’esquivera rien pendant la présentation entière de son catalogue, puis ensuite en répondant en mes questions précises (regardez mes cheveux, j’adore le design). L’exigence a un prénom. Je me tourne vers un salon de dalles blanches rétros-éclairés, et une décoration d’objets rétro, tellement XXéme siècle que ça en est sublime. Je vois aussi l’architecte d’intérieur pour la construction d’un pièce à l’ambiance plus zen que je concevrais comme un espace de méditation. Le salon quant à lui aura aussi pour fonction le travail, avec un coin bureau et ses pouffes, et sera dans le style orientale arabisant, très Grenade, que j’affectionne. En guise de déco sonore, j’opte pour de la musique bougrement souffi mais qui sait emprunter au stoner new-wave. Les emplettes faites, je quitte…

 

Mes gestes s’enchainent lentement mais sans ordre logique parfois. Je m’aperçois que les gens de l’ordinateur, s'il faut les nommer, sont de plusieurs races. Mais le plus étonnant est la présence de programmes-gens furieusement tendances, dans le plus pur style Moïse. Le Rabbi-programme, c’est le top de l’évolution ici. Malheureusement, après un exil dans les déserts digitaux où ils sont apparus "sui generis" (pas très informatiquement correct ça), ils furent chassés et exterminés par des programmes très bruns. Sign O’ the Times ! Mais laissons cela, car désormais c’est du passé. Allons plutôt danser !

 

 

La danse n’est pas la seule activité de loisir dans le Monde de l’Ordinateur. Car la culture ludique et de distraction est très prisée et même très encouragée. Au stade, je regarde des petits êtres moches issus du Loompen Proletariat 2.0, s’entretuer à coup de nunchakus usb, designés par Stark. Ensuite, on les broie gratuitement, sans l’excuse du jeu, dans une machine à faire du hachis, mais de proportion gigantesque et fournie en courant par ses propres panneaux solaires. Ensuite, on reconstitue avec eux des accidentes de la route célèbre. J’attends la reconstitution de celui du Pont de l’Alma avant de m’en aller, geste que je ne devais pas regretter car le misérable jouant Trevor Jones s'est démembré de manière sublime.

 

Je suis ensuite à LA TRACTION MICHELINE une boite branchée dont certaines pièces de mobilier en acajou phosphorescent sont d’une beauté à couper le souffle. On me propose vite du poppers que je décline poliment, sans mettre mal à l’aise le dealer. Là, je discute avec un enfulte, comme moi venu d’En-Haut. Au bout de quelques minutes, je reconnais Sam qui est le héros du film lui-même. De plus prés, il est fort souriant. Il m’explique que les distractions sont nombreuses. Lui, ses passions, c’est la Moto-Lumière, le frisbee de combat et le sky-diving en parachute du haut des immeubles. "C’est bon pour le référencement", m’annonce-t-il fièrement, tout comme la "planche à voile solaire à roulettes", mystérieuse activité sur laquelle je n’obtiendrais malheureusement aucun autre commentaire. Mais la musique s’échauffe, de grands lasers dessinent les mots DAS FUCK au dessus de nos têtes et les gens se précipitent sur les dance-floors en forme de Tétris post-moderne. Je crains un instant une orgie sexuelle d’envergure, mais il n’en sera rien. Les djis-djis apparaissent aux platines et enfièvrent bougrement la foule de clubbers qui se déhanche à qui mieux-mieux aux sons de cette synthé-pop, très glam-musette. Je profite du bruit assourdissant de cette sono d’enfer pour enfin libérer un pêt qui me tourmentait depuis de nombreuses minutes, en annonçant à ma voisine de droite que je ne connais pas et à qui je n’avais pas adresser la parole jusque-là, "JE VAIS ME CHERCHER UN DRINQUE", en hurlant bien sûr. Les tympans déchirés, elle n’en laisse paraître rien et me sourit très poliment. Je m’éloigne en sachant qu’elle se dira dans une minute, en découvrant la pestilence de mes prouts, que je ne suis pas "fair-play fair-play", et javoue que naïvement cette pensée m’amuse.

La folie s’empare alors du dance floor qui, je ne sais pas pourquoi, se met à se dandiner de plus belle (les pas se font de plus en plus compliqués) en brandissant des cotons-tiges géants fort amusants…

 

Quelques Malibu-Cacolac plus tard, un peu parti, un peu naze, je sors de la TRACTION MICHELINE, histoire d’oublier un peu la magnificence de ma propre expérience.

 

Je sors de ma veste Smalto un cd-rom qui contient la clé de l'univers-retour, et m'approche d'une borne de lecture espérant, fourbu mais heureux, revenir dans notre monde d'outside. "Tiens, y a quoi sur ton laser comme musique?" Je reconnais la voix de Sam et lui sourit sans répondre. "Bon t'en as pensé quoi du film?" Je lui réponds que je viens de passer 60 Ko à lui dire exactement précisement ce que j'en pensais. Il me regarde tristement et avec douceur. "Le problème ce sont les gens comme toi, et maintenant je me sens si adulte. Je rachète Disney et je reprends les rennes! Je rachète la boîte. Je suis une major et je t'emmerde!" Je suis sur le point de lui dire que je le préférais enfulte qu'adulte (c'est dire!), mais ne pouvant le décevoir lui fait la critique orale de son film du futur. Ça donnait exactement ceci...

 

"Laptop. Vinyles. Casquerie. Ducatti. Pac Man. Ipad. Iphone. Isen. Clé usb. Blackberry. Kubrick. Dior. Scott. Bowie. Hauer. Bose. Décat. 3D Expand. Dolby. Liévre de mail. Post-pos-modernisme. Disney. Disco. Dachau. Suicide. Freud. Tefal. Apple. Jobs. Microsoft. Apple. Rétro-futur. Lafarge. Vangelis. Sony. Smalto. Nivea. L'Oreal. Adobe. Rael. Blackberry. Dieu. Chevignon. M.I.T. Apple. Dieu. Dieu. Disney. Disney. Disney."

 

 

"Et le film?"

 

"Je viens de te le dire..."

 

"Connard..."

 

Dr Devo.

 

EPILOGUE:

Parce que, quand il n'y a plus d'amour, il reste toujours la Justice. Et quand il ne reste plus de Justice, il reste la Force. Et quand il n'y a pas plus de force, il reste Maman...

 

 

 

 

 

 

 

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Samedi 12 février 2011 6 12 /02 /Fév /2011 15:02

Publié dans : Corpus Filmi

 

 

 

 

 

 

madness-devo

[Photo:"Ce n'est pas Sparte" par Fantomas.]

 

 

 

 

 

 

Norman Bates : Comme vous l’aurez sûrement remarqué le Dr Devo n’est plus très présent ces derniers temps sur Matière Focale, et nous non plus d’ailleurs, pas autant qu’on aimerait en tout cas. En ce qui concerne le Dr ce sont d’obscures histoires d’argent et de drogues, en ce qui nous concerne ce sont des combats politiques d’avant-garde que je ne peux évoquer sur le réseau global. Par solidarité avec le monde arabe j’ai pris le contrôle et j’intronise aujourd’hui un nouveau rédacteur sur Matière Focale, il s’agit encore une fois d’une recrue sortie directement des jeunesses focalienne au même titre que nous, nonobstant ou LJ Ghost, nous qui prenons petit à petit de l’importance pour très bientôt devenir le standard ultra chic d’une critique new style qui demain fera la une de vos mass médias. Matière Focale est plus à la pointe que jamais, à l’aube de quelque chose qui s’est levé et qui ne retomberas jamais (c’est du Ségolène Royal), notre seul handicap étant d’être trop en avance, mais le point de singularité est presque atteint, c’est écrit dans les étoiles. Pour l’heure faites bon accueil à notre nouvelle recrue masquée, Fantômas mais pas De Funès, plus Mike Patton croisé avec Marcel Allain, insaisissable justicier énigmatique jusque là cantonné à d’obscures tâches annexes. Sous vos applaudissements…

 

 

 

J’enseignais hier encore à une fibre de ma connaissance les moments où le corps cède. Quand on est touché à un endroit, la seule chance de salut qui existe est au fond de nous, il faut la découvrir, il faut ne faire qu’un, et dans la plus extrême souffrance ; cette souffrance qui nous est unique. [NdNB : C’est une citation de TWILIGHT ?]

 

Pas avec les poings mais en parlant, le long du fleuve des immortels, marchant tranquillement dans la victorienne frondaison.

 

Déposé à nos pieds l’Homme ne pèse pas lourd. Ses deux poings antagonistes se cherchent sans relâche, de la Haine, de l’Amour. Déposé à nos pieds, l’Homme : nous parlerons de nos mythes, du ciel qui n’apparaît que tout les 1000 ans, de la poussière et de la nuit. C’est de cette nuit dont j’ai choisi de vous parler, pour mon premier appendice à ce corpus chaotique dissimulé en blog comme pour mieux dissimuler une porte parmi la multitude. Je parle d’ici, de Matière Focale, apparence semblable, corps similaire, âme insolente et foisonnante, incohérente dans sa disparité, comme l’est le Cosmos. [NdNB : Tu te la pète, là.]

 

 

 

Des enfants écoutent l’Histoire ; fond de voie lactée, et tout de suite après meurtre, misère, vol, justice, prison, mort.

 

Ils entendent l’histoire d’un tueur sur la route, d’un tigre prêt à bondir, d’un mouvement minuscule qui dure une vie : tuer.

 

Ils entendent l’histoire d’un père de famille, d’un chien apeuré, d’une famille à nourrir : mourir. [NdNB : C’est pas le Goncourt, hein]

 

 

(…) il aborde des zones où peu de cinéastes ont le courage de s'aventurer. (Positif)

 

 

Jean Dujardin est le tueur. [NdNB : Pourquoi pas ?] Les enfants le savent. Les fidèles le croient, la veuve sera convertie, on lui ôtera sa fierté, sa sexualité et son amour pour la Dévotion suprême. Pénétration, sodomie, double pénétration, éjaculation faciale [NdDD : C’est bon pour le référencement, continue], un soir à deux heures du matin, faite en sorte qu’elle brille, première étoile à éclairer la nuit, Venus, mais pas en blue jean, en soie comme Gardienne du pognon. L’argent n’intéresse pas les femmes, il est la femme, victoire de la Haine sur l’Amour, de la cuisse sur Jupiter, s’insinue toujours et en tout temps comme Dieu. Ok et cette femme est la Mère Nature, et comme dans la scène avec les animaux et les enfants [NdNB : Du calme sur les interprétations foireuses, on n’est pas en fac de ciné]

 

 

 

(...) Le film ne tiendrait pas sans Dujardin, sans sa masse de virilité, nuancée, mystérieuse et finalement volatile. (Libération)

 

 

 

Prière antagoniste comme le mal à l’intérieur de tout ce qu’il y a de mieux. Hurlements dans les jardins d’enfants, chant des barbares sous les averses du mois de mai, à l’ombre des filles en fleur comme du Dorian Gray dans du Renoir, comme ces robes d’été noyées profond sous l’eau dans laquelle le Cadavre gît dans un mouvement perpétuel, la mort ne l’est jamais, mue par un courant lancinant qui porte ces mêmes enfants au dessus de leur mère morte, l’eau, les sanglots, la barque, la vie par-dessus toute chose et les animaux tout autour, pastorale de la baise par la Nature en tous temps et en tous lieux. On avance porté par une barque, au travers de choses diverses, éclairées comme un film fantastique, peuplée d’imagination et d’images oniriques, de choses jamais réalistes, de violence sous jacente, peu importe qui elle concerne elle nous concerne tout le temps. Enfant des étoiles, ta mère la voie lactée, des rigoles de sperme sur son visage souillé, violé par des prêtres, des prisonniers, des gardiens de l’ordre ou des banquiers. On a collé la société sur l’homme comme on a collé une musique sur du chaos, ça ne tient jamais, c’est claudiquant et malhonnête, fuyant et roublard. [NdDD : Parle plus de mise en scène, merci.]

 

 

 

(...) "LA NUIT DU CHASSEUR" se révèle une œuvre assez troublante. (Première)

 

 

 

LA NUIT DU CHASSEUR est une histoire d’enfant, un conte cruel de la raison contre la réalité comme l’est Alice au pays des merveilles, enfermer le spectateur dans des dualités archétypales pour mieux montrer son statut de poisson sorti de l'eau avec courage pour marcher sur la terre, histoire de la naissance du Verbe comme hallucination de pécheurs déviants, jardin d’Eden souillé par le premier mot ; la première mort, celle qui préfigure l’espèce. Le noir et blanc à été CHOISI. C’est le MOT qui tue, cf le discours des mains.

 

 

 

You say the word, Lord, I'm on my way...

 

 

 

C’est une histoire d’enfant, comme la première masturbation, histoire de Christophe Colomb de la bite [NdDD : C’est bon pour le référencement, continue] qui entre dans la salle de bain originelle, celle ou naît le FANTASME, celle de tes PARENTS. Quand pour la première jouissance tout est éclaboussé, bienvenue pas au paradis mais presque, demain le monde sera à jamais sexualisé, érotisé, fantasmé, baisé dans tout les coins, tout ce qu’on découvrira se fera à l’aune du premier jet. Cette tension, la tension de la salle de bain la première fois, celle que l’on retrouve parfois quand on le fait en plein air, petit trésor de fantasmes à la demande, c’est celle du poing qui passe avant les mots. C’est juste toi, moi, sur la plage au coucher du soleil, quand le sable commence à gratter. C’est la possibilité d’un autre, tapi dans la semi obscurité. C’est la grande mort. Tout le film est construit en tension, celle qui naît de l’enfance vis-à-vis du sexe et de la mort, le film est bâti autour de cette colonne vertébrale, comme un fil tendu autour du cou d'un David Carradine en bas résille.

 

 

 

Le garçon offre une pomme à ses parents ?

 

 

Et en retour ils lui offrent une montre. Le temps contre la mort. Le film est une poésie unique, hors du temps, à l’image d’un des plans les plus beaux du Monde, intrinsèquement anti progressiste puisqu’il préfigure la mort dans une Ford T, symbole de l’organisation scientifique du Travail, de l’ère industrielle, du sexe en voiture, Vénus de Plein d’eau dont le coquillage crache de l’essence NOIRE l’essence et c’est important. Un seul temps, un grand flottement, plein d’eau et une naissance à coté du Musée de la vie idéale. Du symbolisme à outrance, du conte pour enfant, des sucreries de la mère des orphelins, il ne reste vraiment qu’un seul et unique plan, fixe comme une image. Et une musique, celle qui dure depuis 20 000 ans…

 

 

 

 

Epilogue : LA NUIT DU CHASSEUR à eu une moyenne de 4,1 étoiles sur Allociné.

 

 

 

 

 

Fantômas.

 

 

 

 

 

 

 

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Dimanche 6 février 2011 7 06 /02 /Fév /2011 22:45

Publié dans : Corpus Filmi

JohnAngeleDevo

[Photo: "Impuissance et Gloire" par Dr Devo.]

 

 

 

Chers Focaliens,

 

Il en faudra trouver des excuse pour faire une belle introduction qui fasse passer pour héroïque le fait d'aller voir certains films que le bon goût ou le bons sens réfreinent. L'argument le plus noble, et totalement véridique du reste, consiste à dire, comme nous le faisons depuis plus de 6 ans sur ce site: un film est bon tant qu'on ne l'a pas vu… Entrez ici, Max Pecas, Kusturica, et Ariel Zeitoun, et n'ayez crainte, car paradoxalement vous êtes chez vous et vous ne serez jamais aussi bien traité qu'ici, où vos films seront choyés comme ceux des vrais cinéastes.

 

Ca, c'est Paris. Hier, dans le futur, jamais ou dans pas longtemps. C'est formidable, c'est formidable. Elle est là, resplendissante de mille feux comme un chien au volant d'une Ferrari dans son tailleur Chanel mambo No5 (Le chien? La Ferrari? Elle? Non, les trois...). Elle s'assoit sur un banc cinq minutes, mais pas avec toi. Elle se tient toute seule, car elle a assez de classe pour ça, parait-il. Encore plus fort, seule à la terrasse de ce café du 1er arrondissement ou de la place Vendôme, encore plus fort dis-je, elle lit le journal The World. Bien ouéje!

Mais la vie n'est jamais comme on le présupposait et l'endroit grouille de figurants infects jargonnant "la" franzeusich comme je te cuisine une petite caille, façon faisan, poilé au grand marnier, c'est à dire mal, fallacieusement déguisés en flic à mi-chemin entre l'inspecteur Navarro (entre la poire (hahahaha!) et le fromage) et le super-méga James Bond. De Bayonne, en somme, si j'ose…C'est que la Angelina Jolie n'est pas seulement une lectrice de la rubrique nanotechnologie du journal ci-dessus cité, c'est qu'elle est soupçonnée du pire dans des affaires mettant en jeu des milliers de milliards de dollars U.S, ouais ouais. L'homme qu'elle aime étant un loulou du même acabit, elle ne peut pas le revoir ou le rejoindre, car tout Scotland Yard traque l'infortuné. Elle décide de tromper la maréchaussée en prenant un train SNCF, so pure science-fiction, hypstero-(s)caille-faille, t'imagines toi ?, Angelina Jolie dans le TGV, trop l'aventure fictionnelle impossib', lol lol. Dans la voiture 18 (au bar, quoi), ou alors après le passage du chariot à sandwiches tant qu'à faire, elle choisit un quidam semi-plouquosse comme toi et moi, et, de se ballader avec lui en même temps qu'elle le ballade. Poésie. Ainsi la Police croira que c'est lui son keum, trop la classe, mais les Russes débarquent, et ils sont pas content de s'être fait téje du castingue des PROMESSES DE L'OMBRE, et de se faire traiter de "petit penis" dés qu'ils vont aux thermes. Ca suffit. On va voir qui est le Roi de la Pomme de Terre. Ca va saigner. C'est la naissance d'un quiproquo à base de situations réversibles où le mec comme toi et moi, sauf que c'est Johnny Depp (et il y en a des bien!), et où le doute n'en finit pas de s'insinuer dans les flingues et dans les coeurs. D'ailleurs sans prévenir, c'est l'Italie! Tout ça c'est complots, magouilles et compagnie, ou c'est une autre affaire autrement plus semblable que celle-ci? Ca se corse drôlement, mon salaud!

 

Ha bah, l'histoire ne dit pas si elle a laissé les mongols à Brad ou à Vanessa, mais on devine sans préjuger de rien, que ce sont ces deux-là les plus chanceux dans l'histoire. Hollywood, c'est comme Pôle Emploi, c'est libéralisé de partout, mais pas là où on voudrait, et voilà que pour toucher les allocs, pas pour le salaire, hein, je dis bien les allocs, au bout de trois refus t'es obligé de prendre le CDD brun à 500 kilomètres de chez toi et payé en nature, en Cartier ou en Smalto. Fallait penser à la carrière avant de faire du tourisme chirurgical au Maroc. Mais Depp et Jolie ont négocié avec le patronnat pour bosser pas trop loin de la Côte d'Azur. Saint-Tropez, Denise, ça se fait en deux heures de jet, le soir je suis rentré pépère et je peux regarder sans stresser FAITES ENTRER L'ACCUSE, en buvant une bonne Corona.

 

Là où c'est plus baroque, c'est dans le cas de la Germanie réalisatrice. Et dire, comme disait le poéte, qu'on a failli parler leur langue et que ce sont les Américains qui nous ont sauvés. Le teuton voulait-il venger les siens? Inverser la conquête? Devenir Maîtres chez Eux? Sans doute pas. Depuis longtemps, les réalisateurs ont cessé de rêver à la conquête du monde ou même  à celle du Liechtenstein, et ce qu'ils veulent c'est te consolider le livret A. A, a, a, Aloah! C'est la retraite de la flamme sacrée. Le placement si cave. En, fait on se dira que l'infortuné voulait plutôt profiter de l'occasion qui lui était donnée de monter sur la scène pour faire allégeance et rendre service en bon voisin. Attends, cherche pas, Coco, je vais te le réaliser ton film, t'inquiéte. De rien. J'aime rendre service.

 

Je dis: "Gag!". C'est ça le marché de l'art décomplexé. Notre ami germain du jour au lendemain, il te pète la timballe, il décroche le jackpot. LA VIE DES AUTRES, le goût du peu, tout le monde applaudit. Bravo! Totale domination du box-office partout en Europe, prince des festifs veaux partout sur la planète. C'est la sensation du moment. Le marché est content. Les artistes applaudissent avec leur maman. Et au club des retraités "Vivre Mieux" de la Bourboule, on reprend le goût de sortir au cinéma. Pour résumer, tout le monde  ils sont contents, et Gunther lui découvre que le Monde s'offre à lui.

Il gagne au loto et qu'est-ce qu'il veut faire maintenant qu'il est arrivé en haut de la montagne? Un film où Angelina trimballe son cartier dans le ti-gi-vi! Et? Et? Et, c'est tout! Signs O' The Times!

 

Le résultat est assez hallucinant. Ha bah oui, je te vois venir avec ton maquillage outrancier. Tu essaies de nous aguicher comme un démarcheur de rue de Greenpeace, en nous vendant un film totalement "populaire, mais de qualité art et essai". C'est qu'on ne fait pas du Will Smith, Môôôsieurs, on fait du Capra… Capra, Navarro, Barilla... A trop vouloir écarteler le machin, on nage en toute inconscience dans la lave: ça sent le faisan grillé.

 

Je me souviens des cris hallucinants poussés par la communauté cinéphile lorsque DePalma fit son FEMME FATALE si magnifique, ou encore comment des spectateurs hilares mais enragés voulaient enfermer Dario Argento aux urgences spectatrices après le visionnement de son magnifique GIALLO… A ceux-là, je recommande l'édifiante séance de ce LE TOURISTE. Une épreuve salutaire, difficile, mais qui remettra les pendules à l'heure et éclairera enfin les cinéphiles qui regarde le doigt des deux autres artistes  quand à l'intentionnel chez eux (les deux réalisateurs) et  la connerie lunaire chez le teuton de Californie.

 

Improbable, certes, mais aussi très laid, LE TOURISTE, Hahhhaaaaa (ça c'est fait), se déroule uniquement dans décors faisandés, avec un maximum de plans studios, en essayant de rendre Venise aussi excitante que Ronchin (Nord, France). La catastrophe est de tout les instants: photographie inégale dans le même plan, reconstituions de décors en studio alors qu'il existe déjà en naturel et tout ça pour faire un gros plan où on ne verra pas le décor (!), raccords douteux, cadrage vide, etc… C'est parfait. J'ai beaucoup ri devant le pauvre Depp courant sur les toits en pyjama, toits dont les contrechamps studios me rappelait férocement l'étonnante reconstitution des rues parisiennes des publicités Rue Gama de mon enfance (en moins bien, bien entendu, même ça ils le ratent!). Maquillages affreux, scénario longuissime, costumes ignobles (le dernier de Depp!!!), etc…

 

Mais le top, ce sont les acteurs. Jolie ne ressemble déjà plus à rien depuis sa naissance. On est habitué, même si ce genre de piqure de rappel est toujours louable. Elle partage avec son partenaire malade (j'y viens), de nous faire douter que les deux parlent anglais. Ca baragouine dans une langue inconnue. Est-ce de l'anglais de Bruxelles?

La bombe atomique du film c'est forcément Johnny Depp: visiblement placé sous la double lame de la chirurgie esthétique et de la maladie, le pauvre vieux n'est plus que l'ombre de lui-même. Il fait 20 ans de plus que son âge. Il est complétement paumé, râte tous ses effets (dont certains sont de très mauvaises idées à l'image de la cigarette), ne comprend rien à ce qui est pourtant une bluette pour enfants de 10 ans. Il dévoile un visage fatigué, douloureux, bouffi qui finira par rendre la séance rigoureusement mortis. On est dans les couloirs du service des soins palliatifs. Ou alors il expérimente des drogues dickiennes. En tout cas, il semble cuit, le vieux vautour. Et on quitte la salle en se disant qu'on a bien là, en effet , une photographie à l'instant T du Cinéma: syncrétisme de séries A/B/Z et cinéma d'auteur, affairisme d'artiste non seulement ne sachant pas gérer une carrière mais prêts à faire n'importe quoi si on leur offre deux ans de vie à Los Angeles, des scénarios brainstorming et frankensteinisés qui ne marchent que sur le papier, des acteurs à la ramasse à qui il faut couper les dialogues (si possible pas plus de deux phrases de suite) sans quoi le métrage s'arrête, etc...

 

Pendant ce temps-là, comme on dit à l'école de Ligne Claire, les intéressés forcément nommés à divers prix, font semblant de s'étonner et finissent par qualifier avec "humour" et "dérision" toute hipsteuse que le film c'est de la merdre (après avoir fait la promotion et inciter leur fan à prendre un ticket bien sûr).

Et pendant ce temps-là, rappelons, il n'y a personne pour nous montrer, ne serait-ce que dans une seule copie en france, les nouveaux films de vieux qui bossent: Dante, Argento, Romero et Carpenter!

 

LE TOURISTE à tout point de vue est une bonne expérience documentaire qui étonnera quelques ignorants ou égarés de façon salubre. Pour les autres, chers amis, on soupirera une nouvelle fois, et peut-être ira-t-on jusqu'à se réjouir de voir la navette éclater, pour une fois, en vol… Mais avec ces margoulins, même un échec de leur part,  nous laisse comme un goût amer... One st jamais sûr que ça les empêche de recommencer...

La prochaine fois je vous parle de Sofia Coppola...

 

 

Dr Devo.

 

 

 

 

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Lundi 31 janvier 2011 1 31 /01 /Jan /2011 14:00

Publié dans : Corpus Filmi

Il faut croire que la crise-éclair de 2009 aura finalement galvanisé les auteurs de cinéma, en cette fin 2010, force est admettre que le XXIe siècle sera fantastique ou ne sera pas, car pour le plus grand plaisir des spectateurs, c'est le grand retour  de la 4e dimension, en témoigne le nawak insolent, régressif parfois, toujours pertinent cependant de Quentin Dupieux avec son magnifique RUBBER ,le film que des générations de vidéphiles attendaient tous, mais en témoignent également le huit-clos existentiel BURRIED (de Rodriguo Cortès) et l'insidieux PONTYPOOL (réalisé par Bruce McDonald) qui lui, s'est donné pour but de redonner tout son sens à la Parole. Nous nous excusons enfin très platement de ne pouvoir évoquer en cette heure tardive le MONSTERS de Gareth Edwards, qui avait certainement plus que sa place sous la thématique qui nous intéresse ce soir.

A noter également que dans presque la plupart des cas nous avons affaire ici à de premières réalisations, mis à part pour Bruce McDonald, un des réalisateurs avec lesquels il faut plutôt compter au Canada ("HARDCORE LOGO, et dont nous avions parlé sur d'autres pages à cause de la magnifique adaptation comics d'un autre de ses films, DANCE ME OUTSIDE que je vous recommanderais toujours) mais qui, en quelque sorte, fait sa "première" apparition aux yeux du grand public européen (en fait non, juste du grand public français, parce que "HARDCORE LOGO est assez connu dans le reste du monde, où l'alternatif est sans doute pratiqué de façon plus bilingue...) autant que sa première incursion dans le registre fantastique, ceci expliquant peut-être cela;  à l'exception également de Quentin Dupieux, déjà auteur, lui, de l'inénarrable  STEAK avec Eric et Ramzy (qui restera sans nul doute et à jamais le prototype ultime des soaps à succès de demain)  et qui semble prendre maintenant un envol des plus personnels et des plus prometteurs surtout. Non ,en fait, il n’y a que le film de Rodriguo Cortès qui ne soit une première œuvre. Qu’est-ce que je voulais dire alors ? Sûrement un truc avec les mots "budgets modestes" et "motivations radicalement autres", mais je n’arrive plus à me rappeler…

 

buried-5

[Photo  : sympa...mais pas que con.]

 
BURRIED de Rodrigo Cortes (USA/Espagne, 2010)

 

Avec un rien de mauvaise foi, on se dirait "tiens encore un film qui repose sur du bizaroïde de circonstance, encore un scénar de petit malin, comme dans les 90 après CUBE ou  USUAL SUSPECTS... » avec un arrière-fond politique pour légitimer le tout: l'histoire d'un camionneur en Irak pris en otage par des terroristes qui l'enterrent vivant six pieds sous terre et lui font opérer par lui-même les démarches de sa libération... Aucune raison d'aimer ce film je vous dis, on entend d'ici les critiques spécialisés se gargariser d'avoir mis le doigt sur le nouveau "buzz", tout le monde y va de son "un huit-clos viscéral", de son "interprétation à cran de Ryan Reynolds", de son "incroyable tour de force en terme de réalisation". Même si le film correspond effectivement à tous les critères recquis du  "parfait petit film indépendant du moment" (alors bon, rappel, hein, donc nous, nous sommes un peu des critiques free-lance ici, pas trop diffusés, et donc "non-subventionnés", alors donc on touche rien nous, j'espère c'est bien compris par tout le monde, on est moins tenu d'être diplomate, et bizarrement on perd aussi en faculté d'emerveillement -c'est un autre débat) force est d'admettre après visionnage qu'il se démarque effectivement du côté gadget-anecdotique qu'on pouvait lui supposer – parce que c'est quand-même un peu ce qui se dissimule souvent derrière les buzzs du moment, si j'en crois ceux qui ont vus "Paranormal- quelquechose- vient- de- tomber -/- sur -les- lames -de- ton- plancher- Activity".

Je saluerais ostensiblement les qualités de mise-en-scène et d'interprétation, ça c'est certain : on circule tout à fait bien dans cette caisse en sapin, c'est toujours lisible et agréablement renouvellé, et le comédien temporise très bien tous les chapitres du récit. Non, là où je suis resté véritablement bluffé au-delà de toutes mes espérances, ce sont sur les qualités  d'écriture du scénario : ça regorge d'idées à la seconde et c'est juste un régal. Au lieu des sempiternelles block-busters qui vont assèner leurs propos à grands coups de pyrotechnie, on a un type enfermé dans une boîte pour arriver finalement au même résultat (si le but des blockbusters est bien celui de "conscientiser", histoire d'au moins justifier vaguement le bisou de la fin, ou la scène de uc en au milieu...enfin un peu quoi...), avec cette fois moins de moyens, mais de façon autrement plus convaincante (bizarrement c'est en fait par le biais de moyens tout à fait "classiques" : unité de lieu, de temps, etc..), car en effet tout y passe :  la discussion entre l'otage et les ravisseurs surnage au-dessus de tous les discours bien-pensants du moment en pareille situation (qu'on le veuille ou non c'est la loi du talion qui gouverne ce monde, il n'y a que les super-héros qui tendent l'autre joue) et qui culmine absolument quand Reynolds s'evertue à convaincre ses ravisseurs qu'il  "n'y est pour rien dans tout ce qui arrive" ("c'est pas moi, c'est mon gouvernement") -croyant peut-être bien faire... De plus la demande de rançon filmée depuis un portable renvoie autant à la société du spectacle qu'à celle de l’information, qui l'une comme l'autre font que l'on ne sait plus que croire. Et le spectateur de même n’en vient-il pas à être dupé pour autant par la situation ?  Un espion dans la même cas de figure que notre héros ne tiendrait-il pas le même discours ? Cependant, la teneur des démarches téléphoniques qu’il entame ne tardent pas à lever cette ambiguité possible. Dès lors que nous reste-t-il sinon le comportement en conditions extrêmes d'un Monsieur-Tout-Le-Monde dans toute sa splendeur ? Résolument "moderne" et "contemporain" donc peut-être un peu enfoiré, peut-être un peu volage, un consommateur (toujours indépendamment de la politique de son gouvernement donc) avec plein de bonnes raisons de faire ce job  ET SURTOUT, surtout, un employé.

Sans révéler davantage de l'intrigue c'est à ce moment-là que le film bascule selon moi vers le sublime le plus total, par une progression résolument kafkaïenne, pour aboutir sur un final qui renvoie aux plus beaux moments de la littérature existentialiste - un peu téléphoné très certainement, où d'aucuns ne manqueront pas de vous dire que c'est parce qu'il y a un portable dans l'histoire : rassurez-vous ce n'est pas du tout à cela que je pense, et je suis prêt me fendre à l'occasion d'une petite leçon de scénario pour ceux que ça intéresse -à bon entendeur,....

Merci donc à toute l'équipe donc pour ce  merveilleux film "nonobstantesque", puisque grâce à vous "il ne sera pas dit..."

 

 

Rubber Quentin-Dupieux-1

[photo: ..mais pourquoi est-il si méchant ?]

 

RUBBER de Quentin Dupieux (France-2010)

 

Actualité toujours, et cette fois encore "Al-Pacino-Merci" car il est proprement impossible de ne pas remercier le ciel pour la démarche courageuse et passionnée de Quentin Dupieux, le réalisateur de RUBBER, quand il déclare aux Cahiers du Cinéma (je cite:) "chaques jour, pendant chaque dérushage, je ne pouvais m'empêcher de me marrer en me disant : je les encule tous (...), tous ces Canet (…) qui ont besoin de six cent mille camions de matos, je... "


...comment ne pas applaudir ? A moins que d'avoir vu un tel faire tirlipanpan deux ou trois fois par-ci par-là suffise à vous faire appeler cela un "parcours d'acteur" ? A moins d'appeller ces partouzes organisées qui permettent à tout ce beau monde  de faire gouzi dans un sens, puis gouzi dans l'autre un an après des  "productions" (regardez ce que cette pauvre Mélanie Thierry a du subir à Cannes pour rester avec sa bande de potes), à moins bien sûr d'être finalement dans la même situation qu'un personnage d'une chanson de Jean-Jacques Goldman qui "de moins pire en banal / finit par trouver ça normal "?

Il y a bien d'autres raisons de vénérer absolument l'auteur de cette histoire qui raconte les aventures d'un pneu psychopathe doté de pouvoirs télékinésiques. Certes, Quentin Dupieux est un auteur à référence : on  retrouve à nouveau une citation manifeste au cinéma de David Cronenberg (déjà évoqué dans STEAK) et à son sublime SCANNERS, ainsi qu' à l'humour non-sense des Monty-Python. Deux axes qui semblent définir les pôles de l'univers personnel de Dupieux à l'intérieur duquel il va forger sa dramaturgie et les proppres outils de son langage. Mais n'allez pas croire que ces références ne s'adressent uniquement qu'à des geeks déjà convertis qui n'attendent que de se retrouver en salles pour glousser à la face du monde sur des private-jokes qu'ils sont les seuls à percevoir. D'ailleurs ceux qui gloussaient le plus dans la salle étaient bien plus ceux qui représentaient l'intelligensia branchouille de nos Plus Grandes Ecoles. Mais pourtant, ils se sont arrêtés quand notre héros a eu sa phase lacanienne du miroir (étonnant non ?) ...

Ce qui sépare justement RUBBER de VIDEOGAG c'est bien justement le sérieux de sa démarche, qui pourrait presque effrayer par son jusqu'au-boutisme, dût-il être dans le registre du non-sens (pourtant tout le monde sait que les blagues les plus drôles sont souvent celles racontées avec le plus grand sérieux), non le problème – si on peut vraiment l'appeler comme ça – est que je ne sois pas sûr que Quentin Dupieux aie tellement envie de rire. Ce qui "nous" fait rire ne le fait pas vraiment rire lui, je crois, et dans ce sens RUBBER n'est pas qu'un coup de gueule envers la profession (par des démonstrations de maîtrise technique absolument sublimes et imparables, et  peu onéreuses) mais aussi envers le public à travers ce qu'il fait subir aux spectateurs à l'intérieur de son propre film.  La rasion de leur intégration dans sa narration, etce qu'il leur fait dire et ce qui leur arrive se passe, au final, de toute autre démonstration. En ce sens, et comme le démontre très bien le final, RUBBER est effectivement peut-être l'avenir de l'humanité (celle-là, je serais curieux des réactions au standart…) quand celle-ci aura compris ce qui la sépare vraiment du progrès.

[A noter que LJ Ghost nous avait déjà parlé de RUBBER. L'article est ici...]

 

 

 

pontypool-1

[photo: "...you're talking to me ?"

 

 

PONTYPOOL de Bruce Mc Donald (Canada-2008)


Ah, alors désolé à nouveau, mais je vais me sentir obligé de faire mon geek: pour ceux qui lisent des comics, PONTYPOOL risquerait presque de vous faire figure d’affront. Ceux qui, en effet, sont familliers des auteurs de la Grande Invasion Des Auteurs Britanniques des années 90, et du travail de Grant Morrison en particulier (et sur DOOM PATROL plus préçisément) et de son penchant pour le travail sur le langage  de Williams Burroughs, vous risquez peut-être d’avoir comme une envie de vous faire rembourser la galette. Pas plus tard que la semaine dernière d’ailleurs, je suis encore tombé sur le même genre de twist que celui de PONTYPOOL, à titre anecdotique toutefois, dans les pages du premier tome de IRRECUPERABLE (traduit chez Delcourt) la nouvelle série de super-héros qui marche, scénarisée par le vétéran Mark Waid, comme quoi il y aurait peut-être finalement quelque chose dans euh, l’air du temps. Mais vous l'aurez remarqué : je cite, mais ne me plaint.Je vois ceci comme le retour de l'imagination au pouvoir et c'est très bien, parce que c'est aussi tout ce qu'il nous reste. Le pari était osé, mais par le biais d'un fantastique un peu connoté maintenant, Bruce Mc Donald  prône l’air de rien un retour à la poésie, à la pensée libre face à la désinformation ambiante et la tyrannie des discours de spécialistes, un appel véritablement, au retour du non-sense et de l’absurde, et peut-être pas n’importe lesquels. Un des personnages dit par exemple à un moment le mot "rhinocéros" et moi dans ces cas-là, qu'est-ce que vous voulez, j'entends "Ionesco".

Cette fois encore je pense que nous avons à faire à un petit budget, tout comme dans BURRIED, il s'agit d'un huit-clos, une station radio d'une petite ville en Ontario, tenue par trois animateurs qui se retrouvent confrontés à une émeute locale dont ils ne tardent pas à découvrir qu'elle est le fait d'une épidémie des plus étranges, je ne peux malheureusement vous en dire plus. La mise-en-scène est absolument classieuse, je pense notamment à quelques panoramiques fluides, sobres et somptueux qui maintiennent admirablement la tension du récit, les acteurs sont tous très bien, bref, kakamoulox vaincra, ET SURTOUT BONNE ANNEE.

 

[Un autre avis focalien sur PONTYPOOL? Essayez celui de Norman Bates. Si vous voulez bien me suicre, c'est par ici...]

Nonobstant2000

 

 

 

 

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Samedi 22 janvier 2011 6 22 /01 /Jan /2011 13:28

Publié dans : Corpus Filmi

 

 

 

 

 

 

devotion

[Photo: "How do you blue is animal blue is animal" par Norman Bates d'après la série "Sarah Palin's Alaska".]

 

 

 

 

 




Dans l’épisode précédent ; une voiture lancée à travers la nuit que des chauffeurs inventent, les hurlements glutturaux de camés comme du Chopin pour les chiens, des étranges lumières que le Dr Devo poursuit au nord du Svalbard, une valise égarée dans un motel de Vegas, la recherche vaine d’Oscar Zeta Acosta dans toute l’amérique du sud, l’errance, l’isolement, la mort finalement. En 2011, une révolte mène un bloggeur à devenir ministre, en 2012 qui sait à quelle poste on finira, vu la street cred’ du Docteur ça sera au moins à la Défense, au pire porte parole de la déliquescence culturelle. L’Histoire n’est certes pas écrite, mais à force d’écrire on deviendra peut être historique. Quel est le rapport tu te demandes ? L’idée c’était d’être devant ton écran, relax, une pause entre deux scrollements porno/facebook, pour faire une différence entre les deux, pour rester dans le coup, pour être au courant. C’est en 2011 que les réseaux sociaux sont devenus une source fiable pour comprendre les pays en guerre.


Encore plus proche de la fin.




BLACK SWAN de Darren Aronofsky (USA 2010)


Je sais pas qui c’est ce gars, je m’en fous, sans doute que ses premiers films étaient plutôt inspirés et atypiques, personnellement j’aime pas (ou alors peut être) et puis ce n’est plus le sujet. Dans BLACK SWAN parce que y’a Padmé Amidala (et là je réalise que Laurent Gbagbo aurait été parfait dans un STAR WARS) ,on suit les aventures d’une danseuse qui veut être la meilleure danseuse à la place de la meilleure danseuse, les choses se font, elle devient la reine des cygnes, mais c’est hard-core de se donner corps et âme à l’art donc elle souffre, et puis elle crève sur la scène comme Moliere (le correcteur orthographique me propose molaire). Elle crève oui (j’ai peut être spoilé un truc comme on dit sur les forums) mais au sommet de son art et le public était debout dans la salle, vous savez comme dans le dvd de Bigard au stade de france, c’est sans doute ça le sommet de l’art quand tout le monde applaudit stand-up, c’est l’instant comme culture, c’est nous !


Évidemment vous l’aurez compris, c’est de l'histoire dans l’histoire. Le personnage qui joue le canard dans la pièce est tellement inspiré par le rôle qu’il devient ce même canard dans la vraie vie. Genre je parle mal à ma reum parce que je suis un BLACK SWAN, en gros une ado gothique qui fait chier quand elle découvre qu’elle sera toute sa vie dans le bad parce que la vie c’est ripou, bref de quoi faire passer du Dolto pour de la psychologie. Donc, le film parle de la souffrance de Padmé, avec auto-mutilation, drogue, sexe, alcool et toute la panoplie, sauf qu’ici c’est forcement plus profond parce que c’est de l’opéra et que, instead of Kurt Cobain, on se tape Tchaikovsky. A part ça, le film est un véritable téléfilm sans inspiration, on retrouve même plus le formalisme "touche la nouille" qui était quand même, à un certain moment, la marque de fabrique de Aronofsky, on se tape tout le long du ballet filmé style Frederic Mitterand, entrecoupé de passages mélos avec Padmé et Vincent Cassel qui font péter l'échelle de Richter du mélodramatique poignant à grand renfort de chialements pour l’une (tu la vois presque courir après l’oscar), à grand renfort de hurlement pour l’autre, n’en jetez plus, et ce n’est pas les scènes de cul ultra-vulgosse ou les gros clins d’oeil bien appuyés à Cronenberg qui changeront la donne. Au final, c’est plus proche de la mare au canard que du lac des cygnes, mais je dois sûrement être de mauvaise foi puisque la mostra de Venise (t’a vu !) et les golden globes ont toujours raisons.




HARRY BROWN de Daniel Barber (UK 2009)


Étrange que HARRY BROWN sorte avec deux ans de retard en France, alors qu’il existe en DVD depuis un an et demi et que tout le monde l’a déja downloadé. Ce serait pourtant dommage de ne pas se déplacer en salle pour voir la version réussie du film de papi Eastwood, loin de la morale relax’  et des petits enfants chinois que l’on peut encore sauver.


Là c’est Michael Caine qui pète un cable dans sa banlieue sordide, un jour que le bigdeal s'arrête d’être diffusé à la TV, que plus rien ne s'oppose à la nuit et que des jeunes avec des bonnets brûlent des voitures devant son appart’ sordide, alors que les flics font rien qu’à mettre des PVs aux honnêtes gens, wesh. Tonight I speak of prophecy ! En fait, Michael est un ex-marine rompu aux choses de la guerre, et même si'l a arrêté de porter le treillis pour se consacrer au scrabble au salon de thé, c’est comme le vélo ça ne s’oublie pas. Et puis le marine a de la peine car sa biatch à passée l’arme à gauche, d’un égarement à l’autre on se retrouve 20 ans... Du coup, dans la rue, c’est la guerre, les vieux s’en prennent aux jeunes...


Je disais plus haut que c’est dommage de ne pas aller en salle parce que HARRY BROWN est vraiment un must-see. Si on l’on fait abstraction du sujet un peu polémique et du discours social en background (que je qualifierai de plutôt soft), on a affaire à quelque chose qui se rapproche d’un vrai film, dans les ambitions comme dans la réalisation. Photo superbe qui nous plonge dans une banlieue transfigurée en antichambre de l’enfer grâce à un cadrage iconoclaste-symbolique qui joue sur les clairs obscurs et les transgressions gores, pour dresser dans la plus profonde crasse des portraits de personnages presque archétypaux, scope crado qui verse dans le gothique flamboyant un décor de journal télévisé facon David Pujadas “on air” de l’enfer, y’a de la volonté faire dans le vigilante pur et dur sans se justifier par trop de humanist bullshit. Le film est d’une violence assez incroyable (ça a même réussi à calmer les gamins des rangs de devant qui ont arrêter de textualiser sur leurs iphones) et d’un profond pessimisme quand à la nature humaine. Ce n'est pas ici que vous verrez une happy-end (je ne dis rien). OK. Malheureusement ,si l’image est particulièrement soignée, le film reste d’un classicisme extrême, soit un montage des plus linéaires qui suit  les actions des personnages (même si on a droit à du flippant grâce à un jeu sur les textures des images) ,accompagné d’une ignoble musique style Hans Zimmer  symphonique Ranou (du jambon, on vous dit) qui appuie des deux pieds ce qu’il se passe on stage. Bref, on espère que ce monsieur fera mieux par la suite. On se contentera pour l’instant de ces quelques images infernales de révolte de jeunes voyous dans les bouges sordides d’une Angleterre fauchée face à une catharactique maréchaussée “pour votre sécurité”.






127  HEURES de Danny Boyle (USA 2010)

Là on est vers la fin, c’est là que les plus réticents sont déjà passés à autre chose, on est un peu entre nous, voire même entre moi(s). Vous vous attendez à du dégeulasse ? Rangez vos mains pleines de vos centimètres indécents, on est dans le pervers éclairé.


Mettons que 127 heures soient une vie, une vie comprimée et étranglée au fond d’une artère granitique, aride et hostile que le soleil éclaire cinq minutes par jour. Mettons que vous deviez raconter cette vie en une heure et demie ?


1) Vous prenez la soif d’aventure, l’exaltation de la puissance, la fierté de la survie, vous formez une trinité qui définit l’humain, car plus que ce qu’il a vu, c’est le vécu qui, dans la solitude, prospère : vous êtes au coeur d’un mécanisme global, style Hawking et la théorie de la grande réunification. C’est là que ca devient pervers, et suivez-moi attentivement. On vous montre un mécanisme qui voudrait diviser l’image, ce qui laisse à penser qu’on voudrait élargir le point de vue, à la De Palma, voire tâter de la perspective, logique dans un cerceuil minéral qui abolit tout horizon. 127 HEURES c’est pas ca, c’est BURIED version christique, c’est l’Esprit Sain entouré des apôtres, c’est la kabbale - mathématique de la création - et l’histoire du monde. A l’instant t, d’une situation part toujours trois chemins, dont deux qui mènent dans une situation pire. Dans le désert tu rencontres deux filles, une pour l’amour, deux pour le gang bang, trois elles couchent pas. Tu vois la situation ? Tu comprends l’enjeu ? Les trois ne sont qu’un, comme les trois centres du corps humain (tête, corps, sexe). Le père, le fils et le saint esprit.


2) Faut rajouter une abstraction supplémentaire, cartésienne : nos souvenirs nous mentent. Dans le contexte, tout seul, notre esprit est démesuré, démesuré par la puissance des visions, par l’introspection obligatoire, et de 127 heures dans l’isolat naissent une infinités de chemins. C’est tout ses chemins que Dany Boyle fait mine d’explorer, tranquillou, en faisant dans le clippesque pop-art, dans l’exploration d’une tête d’un jeune du siècle. Là encore, tu te rends compte qu’en douce Boyle cherche toujours sa théorie de l’unification : tout les jeunes du siècle pensent singulierement la même chose ! Mêmes photos sur les blogs, même fuite de la réalité, même envie du festif. On est dans la déconstruction de l’idée comme vecteur de personnalité, seule la dialéctique fait la différence.


3) Et finalement en s’auto -mputant vient la délivrance : transformer consciemment son corps en deux, c’est devenir bancal. De la cassure, on repart sur un rythme linéaire, pour résister au cosmos il faut se faire souffrance car dans toute théologie le divin est atteint après la perte. Le montage est un mensonge, la mise en scène un moyen du divin, toute division au final réunit car l’homme dans sa finalité est limité à sa conscience par son corps. Tout le film on nous a présenté comme triple, et cette trinité on a du la quitter pour muter. Car comme James Franco, sur le chemin qui nous sépare de la mort, trois pôles nous éloignent de la route, nous conduisent dans les failles intersticielles où nos nécroses pullulent. Être vu, reconnu et survivre.  Une fois absorbée, une fois que la réunification a lieu, l'hélicoptère arrive.



Radicale critique du Dalai Lama : c’est pas l’infini qu’on a dans la main, c’est sa bite.



En résumé : un jeune du siècle dans une brèche vaginale, la théologie et le cosmos, le camescope et la Terre entière.






Vous êtes prêts pour la Communion.






Amen.












NoRm@n_02

 

 

 

 

 

 

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Jeudi 20 janvier 2011 4 20 /01 /Jan /2011 21:40

Publié dans : Corpus Filmi

 

 

 

 

 

 

Catfish-devo

[Photo: "Venus 2.0" d'après le film CATFISH]

 

 





 

 

 

 

Le soleil rasant du midi hivernal éclaire une scène de désolation post-festive a travers les persiennes d’un appartement du XVIeme arrondissement, découpant l'atmosphère chargée en strates horizontales fumeuses laissant apercevoir là un sein, là une jambe, là un ami de la veille à demi nu ou des bouteilles de champagnes à demi consommées. Vous venez d’ouvrir les yeux, la moustache encore pleine de cocaïne, vous vous remémorez la soirée passée, vainement, vous vous remémorez l’année passée, vainement. Alors que dans votre délirium corda des images vous reviennent, des sons et des couleurs vous rappellent Blier ou les frères Cohen, Wes Anderson ou Araki, et finalement tout n’a pas été si vain : pas de doute vous êtes un lecteur de Matiere Focale.





Alors sans doute plusieurs heures après, tout est toujours comme avant. Même sensiblement encore plus similaire à l’année passée : vous comprenez que non seulement les années se ressemblent, mais en plus elles se normalisent. Les années 2000 sont un peu plus toutes les mêmes chaque année : toute votre existence semble vouée à trouver ce qui vit, derrière de plus en plus de réseaux ou d’interfaces pour comprendre votre vie. Combien d’amis, combien de “like” combien de statuts, pour dire quoi ? Tout est dans les réseaux, traces de vie à lire pour l’éternité...





CATFISH c’est votre histoire. C’est comment vous avez trouvé la photo d’une meuf copine d’un pote sur facebook qui vous paraissait jolie et intelligente, dont vous avez épié les faits et gestes, méticuleusement compilé les informations croisées sur MySpace, Youtube, Senscritique, g-Talk, MSN, twitter ou overblog, c’est comme ça que vous avez écouté sa musique, lu les articles sur son blog ou elle explique ses attentes et ses déceptions a propos du monde, vu les photos d’elle ou un sourire vous faisait craquer, apprécié sa compilation de musique sur les années 70, et au milieu de tant d’informations digitales vous avez craqué, vous avez voulu franchir le pas et tout fébrile vous avez cliqué sur “ajouter comme ami”. Une histoire a commencé...





Et comme 1000 informations ne résument pas une personne, dans ce wikileaks de passions et de photos de chats mignons, vous avez associé à des sourires des idées, fantasmé des dialogues, imaginé des postures, que sans le savoir vous aurez piqués à des femmes que vous avez aimés, des actrices que vous admirez, des gens que vous connaissez, et de tout ça vous aurez crée une statue, un modèle pour vos fantasmes, une fille que vous pourriez aimer, avec qui vous espérez un jour vous chamailler sous la couette une dimanche matin pluvieux, ceux dont les bruits ambiants monotones brisent tout les élans sauf ceux du coeur...





Dans un an de tergiversations et de fantasmes vous découvrirez finalement un tableau bien différent. De votre montagne de fantasme érigée par votre frustration et votre misère sentimentale vous tomberez d’un seul coup après un “tweet” laconique : elle n’aimait pas vraiment les chocapics, pire encore, sa nouvelle couleur de cheveux est atroce ! Les désillusions s'enchaînent, de murs en murs la statue se fissure, la femme de rêve n’était qu’un miroir de vous et qu’un fantasme d’elle même... La liberté du virtuel, dans sa rapidité et sa simplicité, mais surtout dans son immensité, à fait du fantasme et de la mise en scène une nouvelle cour des miracles ou chacun doit être mieux ou plus que l’autre. Toujours attiré l’attention quand l’esprit est sollicité par milles tentations, dans un maelström publicitaire et consumériste qui compile les informations sans jamais approcher la conscience. Toutes les données ne formeront pas un pays, un homme, une vie. La vérité n’est pas dans les châteaux de sables 2.0 toujours plus beaux qui comblent l’ennui d’une vie banale, ou la vérité est tellement facile à gonfler.




En fin de compte votre romance 2.0 est glaçante et froide. Vous émergez au coeur de la plus glauque des maisons, peuplées d’handicapés sociaux, de mythomanes compulsifs, de paranoïaques aigris, d’égocentriques sans talents que la télé, les portables, internet ou les magazines ont coupés d’une réalité tangible, à fleur de peau, faite de rencontres et d’imprévu, de risque et de chutes. CATFISH est une descente glauque en forme de documentaire au coeur de la folie, de cette folie du XXIeme siècle, sorte de voyage au bout de la nuit réalisé avec trois euros et une connexion internet, montage de sites, d’écrans, de cartes, de coup de fil et de SMS témoignant de la misère des petits. Car comme toujours, dans toute cette merde, c’est la “france d’en bas” qui en prends plein la gueule. Celle qui par manque de moyen s’est tourné vers les paradis artificiels du siècle, les plus cheaps. Facebook est gratuit, mais leurs patrons sont milliardaires, riches de la haine et du mensonge quotidiens des petites gens dont Céline à si bien fait le portrait.




Quand le mensonge devient une raison de vivre, le film bascule dans l’horreur. Véritables visions de démences exacerbées par une mise en scène totalement absente, comme si l’édifice érigé avec soin était trop complexe pour être seulement interrogé, CATFISH présente la vérité. Pas comme une enquête de journalistes TV, comme un récit autobiographique de quelqu’un qui chute, touché en plein coeur. Alors certes on pourrait reprocher une certaine tendance à faire dans les bons sentiments, a s'appesantir longuement sur la fin et a sombrer dans le narcissisme. Mais c’est cela aussi qui rend le projet troublant, humain et terrifiant. La vraie horreur ne vient peut être pas des illusions paumées de rednecks misérables, c’est le paternalisme d’une société Web 2.0 riche et futile qui est capable de tomber amoureuse sur internet qui est glauquissime. CATFISH c’est une sorte de MASSACRE A LA TRONÇONNEUSE filmé comme BLAIR WITCH. L’ultime conclusion viendra d’ailleurs du redneck un peu con résigné mais heureux, seule personne sensé dans cette galerie de fous :




“Les morues sont maintenues en vie par des poissons chats, pour les transporter vivantes avant l’abattoir.” Ou comment la violence nous maintient en vie.







Bonne année à tous.







Norman Bates.









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Dimanche 9 janvier 2011 7 09 /01 /Jan /2011 13:49

Publié dans : Corpus Filmi

 

 

 

 

gonzo devo

[Photo: "Sydney Briar is alive !" par Dr Devo.] 

 

 

 

 

 

 

Quatre crétins décident de se faire sauter à Londres, en bons musulmans, pour la cause.

Banksy, artiste mystérieux et underground fait un film pour montrer que l’art moderne est fait pour rendre les gens cons et sort un faux documentaire dans lequel il fait croire au spectateur qu’il regarde un film sur lui et le street art alors qu’en fait il s’agit peut être, ou pas, de lui et d’art moderne.

 

 

Attaquant de front la notion d’engagement, qu’il soit politique, artistique ou religieux (au fond c’est pareil), deux films chargés d’explosifs en forme de brulôts mal foutus, adoptant un parti pris formel plutôt multimédia que classiquement cinématographique, dirons-nous. A l’esthétisme béat de créateurs trop enclins à faire du beau, on oppose la forme brute de la contestation un peu fauchée, maline et revendicative. Oui, mais pas en critiquant, en mettant en scène, en interprétant et surtout en ne respectant aucune vérité, aucune règle, et en étant par-dessus tout intrinsèquement malhonnête. Bah oui, aucun des deux ne se revendique d’une réalité historique, on est dans la fiction dans les deux cas. Qui est Banksy ? C’est Banksy qui pose la question dans un film réalisé par Banksy. En réponse, il filme l’histoire d’un artiste réalisant un documentaire sur Banksy. Limpide. Limpide jusqu'à ce qu’on se rende compte que Banksy filme un documentaire sur une fiction à propos d’un artiste qui est peut être une arnaque qui est peut être Banksy, qui est en tout cas bankable. Il y avait un éléphant depuis le début mais personne ne l’avait vu !

 

 

Toutes les formes de la réalité sont revendiquées : Banksy est connu notamment pour avoir installé des poupées gonflables Guantanamo à Disneyland pendant l’anniversaire du 11 septembre ou pour diverses installations illégales style graffitis ou découpage de cabines téléphoniques. Il a également réalisé un faux générique pour LES SIMPSONS qu’il a réussi à vendre à la FOX, interpellant ainsi, non pas le capitalisme comme on aurait pu le croire au visionnage du dit générique, mais en affirmant ainsi la surpuissance du capitalisme dans sa capacité à vendre sa propre critique (la FOX diffuse ainsi sur sa propre chaine un message anti FOX qui lui rapportera beaucoup d’argent grâce à la pub et au buzz sur le net). Touche à tout pluri-forme que personne n’a jamais rencontré en vrai, revendiquant ne gagner aucun argent sur son œuvre exposée dans la rue pour le public uniquement, statut trouble de fouteur de merde acquis en collant des pubs américaine sur le mur de Cisjordanie ou en foutant Mickey sur les dents, Banksy joue de son mystère pour parler de pleins de gens qui semblent être ses amis tout en évitant consciencieusement de parler de lui (en apparence ?), en se mettant en scène comme un Jedi en lutte permanente contre le système (le milieu de l’art contemporain prend cher), pour qui l’art sert surtout à se marrer en interpellant avec humour chaque citoyen sur sa place dans l’histoire du monde. Banksy ne conclue rien dans son film, il renvoie la balle habilement à tous ceux qui voudraient qu’il s’explique. On lui commande une œuvre pour expliquer qui il est et pourquoi il crée ? Il signe un film sur un français cinglé qui a réalisé le plus étrange film de l’univers (je vous jure que FAITES LE MUR vaut d’être vu uniquement pour les extraits du film, 30 secondes qui valent plus qu’un billet de cinéma aussi cher soit il, vous n’avez jamais vu ca ni à la TV ni au cinéma, Gaspard Noé est un artisan éclairagiste à coté) avant de se perdre dans sa folie, sorte de PHANTOM OF THE PARADISE version XXIème siècle, œuvre vitale et prophétique sur la crise de l’engagement qui est l’apanage de notre société, celle qui a vu mourir Dieu et la Politique pour ériger Internet comme summum d’une liberté d’expression que personne ne mérite, quand les idoles fantasmées sont descendues au milieu des hommes en portant des noms d’oiseau, chimères monstrueuses et organiques qui hurlaient dans les foules que chacun est un artiste, que tout le monde peut créer, professant de fausses morales, surfant sur les désirs d’égalité entre tous les hommes, revendiquant le droit à tout pour tous, aux blogueurs les critiques d’arts et aux cuisiniers les grandes chaines de TV. Du foot sur toutes les chaines, quelques infos faméliques entre les deux, le monde endormis par la lassitude et dans les ombres la rancœur qui grandit, portrait de gens qui petent plus haut que leurs culs et qu’aujourd’hui on érige. La forme, je sais ce n’est pas une excuse, hérite du propos une forme underground et terroriste, loin des calibrages, proche du garbage-TV et du DIY, il faut avoir les couilles quand on est plasticien. Au final le film brouille les pistes plus qu’il ne clarifie la situation, on pourrait même envisager que Thierry Guetta et Banksy soient la même personne, hypothèse géniale qui placerait l’artiste en porte à faux de sa propre méta critique, qui absorberait l’entité créatrice pour la restituer au monde dans sa pureté originelle et fondamentale, presque christique, c'est-à-dire pleine de symbole et dénuée de sens. La dynamique de la création comme carburant du premier moteur, sans quoi l’homme est dévolu aux limbes et à rester spectre à vie.

 

 

De l’autre coté, Chris Morris depuis longtemps dans l’humour noir outre atlantique (il faut voir ses séries pour la BBC) passe au cinéma sans en emprunter le format. Des téléphones aux caméscopes, là encore multimédia par défaut, l’image est codifiée pour plus de "réalité". Pas toujours à dessein, mais on appréciera le geste, sorte de mise en abime, d’axe de chute dans le maelstrom de la nouvelle information depuis le 11 septembre (envoyez vos images à BFM TV, vous êtes vous aussi journalistes) qui voudrait placer le lambda au cœur de nos préoccupations et de nos peurs. Vous avez peur, Tata Jeannette à peur, les frères Bogdanov ont peur, Claudia Schiffer à peur, le monde est froid et insensible, restez dans vos couettes, linceul de votre intégrité critique le jour ou la télé est entrée dans la chambre à coucher. En forme de pochade débile et absurde, road movie grinçant qui tape toujours juste, jusque dans la fin qui renvoie tout le monde à sa seule responsabilité, celle qui devrait guider nos existences : confronter sa volonté à ses desseins profonds, ne pas cacher la douleur d’être homme et se présenter devant la Fin debout, droit dans ses échecs, confiant dans ses doutes et gigantesque dans sa chute. Il faut rire avant tout, surtout devant la chose la plus sérieuse du monde sous peine de faire passer sa tristesse comme mètre étalon de notre rapport à l’autre et au monde. Il faut crever de honte pour vivre libre  à nouveau. La grandeur se mesure à l’aune de la finalité espérée pour ses engagements. L’humour est une forme de résistance à la peur et il faut avoir peur de la connerie des hommes sérieux. Dans Babylone quatre lions courent, comme quatre cavaliers d’une apocalypse télévisuelle, implorant STAR WARS ou John Wayne dans des fausses chapelles sacralisés par des gens qui s’ennuient, qui ont peur, qui n’ont plus rien à vivre, qui vivent quand même, jusqu’au jour de l’an, jusqu'à l’anniversaire, jusqu'à l’été, jusqu'à Noël, jusqu’au matin, jusqu'à la nuit prochaine, encore attendre, encore se retrouver seul, ils ne croient plus à l’enfer, plus au paradis, ils croient dans la TV, dans la police, dans les étreintes fugaces, dans le crépitement du feu, dans l’arrière des night clubs, au fond des chiottes sordides d’une boite à partouze, et plus ils attendent plus ils ont peur, plus ils sont bêtes, plus ils sont sauvages et plus ils oublient qu’ils sont tristes. Car le fond du problème pointé par Chris Morris, ce n’est pas la foi ou la religion : c’est que Dieu est accessible sur Internet. Le martyr n’est pas mort pour Dieu, il est mort sur Youtube.  On est passé de la cause métaphysique à la communication de masse avec tout ce que ca implique dans la démesure. Dans milles écrans, de milles sources différentes, avec des qualités de sons et d’images différentes dans tous les pays du monde, en direct ou en différé, on ne crève plus pour des idées, on meurt pour exister. Le paradis est sur Youtube, bitches.

 

 

 

 

"On nous avait dit que l’art était mort, mais aujourd’hui je me rends compte qu’il est partout et à portée de tous"

 


Crevez Tous.

 

 

 

 

Norman Bates.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Lundi 20 décembre 2010 1 20 /12 /Déc /2010 21:37

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