Calendrier

Juillet 2009
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30 31    
<< < > >>

Recherche

W3C

  • Flux RSS des articles





(Photo: Les Copains d'Abord" par Lj Ghost, d'après une photo du cinéaste Jacques Audiard.)




Pour lire la précédent chronique cannoise et focalienne de LJ Ghost consacrée à INGLORIOUS BASTERDS de Quentin Tarantino: cliquez ici.




Nathaniel Brown et sa soeur Paz De La Huerta, deux orphelins qui se sont promis d'être ensemble pour toujours, vivent à Tokyo. Elle est stripteaseuse, il vit de menus deals de drogue ; il meurt à l'occasion d'une descente de police. Tandis qu'il agonise, sa conscience vogue et revit son passé, le présent et le futur.


Ce film ne ressemble à rien. Ce film n'est même pas un film. Il ne se rapproche d'aucune sorte du cinéma (ou alors l'est complètement et entièrement). C'est un voyage hypnotique et transcendantal en forme de mille-feuille. Mais c'est aussi une pastèque, une chaise, ou un ranch. SOUDAIN LE VIDE est tout à la fois, et même plus, et même rien du tout. Gaspar Noé, ici, dans un geste infiniment personnel, parle finalement à l'univers tout entier, dans un maelstrom de sensations qui touchent à un point sensible de l'être. Cette histoire de frère mort qui surveille sa soeur au-delà de la mort et du temps, idée naïve et plutôt casse-gueule au départ, s'avère finalement secondaire ; Noé se fout de son scénario, ou plutôt l'utilise à une autre fin : la sensualité. Tout son dispositif technique, le déroulement même de son scénario (quasiment du linéaire d'ailleurs ! On fait parfois des sauts temporels, mais nous sommes fort loin du récit à l'envers d'IRREVERSIBLE) ne cherchent qu'à évoquer quelque chose d'enfoui chez le spectateur. Et ce n'est pas une nouveauté, mais Noé est complètement jusqu'au-boutiste ; tout son film se déroule en point de vue subjectif, c'est à dire que nous sommes soit les yeux de Nathaniel Brown, soit sa conscience, soit nous sommes derrière lui. Ce parti-pris de mise en scène peut sembler ridicule mais est ici complètement payant : en voyant exactement la même chose que le personnage principal (c'est à dire en étant non seulement ses yeux mais en épousant également son point de vue totalement subjectif des choses), nous vivons sa vie intérieure de manière aussi réaliste que nous vivons la notre dans notre vie de tous les jours, et ce malgré la proposition complètement fantastique et mystique de l'oeuvre. Ce (oserais-je ?) modus operandi s'avère au final d'une richesse démesurée, parce que Noé ne s'arrête pas à cette idée de petit malin, mais l'enveloppe dans un écrin hallucinatoire qui finit de nous éblouir et de nous hypnotiser.




Encore une fois, c'est un film de ressenti, d'émotion ; pas de sens caché, pas d'explications à tiroirs, et même s'il justifie son "trip" au début du film en lui donnant une explication religieuse, non seulement on devine la fin au bout de quinze minutes, mais en plus ça n'a strictement aucun intérêt. L'intérêt, c'est le voyage (et il n'est même pas initiatique, c'est un voyage, posé là, sans raison, sans but, il ne sert finalement à rien, c'est peut-être ce qui est le plus beau). Notre oeil vole au-dessus des immeubles, au-dessus des avions, passe à travers les murs et les corps, virevolte et hallucine, voit des formes géométriques étranges, prend de la drogue, meurt, vit, voyage dans le temps, se souvient et regrette, baise, espionne, compatit, et regarde le monde avec précision et subjectivité. Le sentiment d'immersion est total, et la réussite de cette entreprise passe par les effets spéciaux et le montage. Ce dernier est complètement en adéquation avec le principe de mise en scène, et c'est très visible dès le départ (je n'en dis pas trop, mais je suis resté bouche bée une bonne minute devant la poésie et l'efficacité de cette idée de montage, qui vous sautera aux yeux dès le début) ; ensuite, une fois que Nathaniel Brown meurt, le montage se fait de manière plus heurtée, mais pas seulement : il privilégie énormément la répétition, dans un geste un peu à la Greenaway (j'exagère complètement, mais c'est pour vous donner une idée) avec, pendant une assez longue période, les mêmes coupes, les mêmes enchaînements, les mêmes mouvements. C'est assez beau, parce qu'encore une fois, le principe d'hypnose fonctionne, c'est comme un immense cercle qui se répète, qui se répète, qui se répète, tout en continuant de donner des informations, dans un mouvement de vague étrangement relaxant (malgré la dureté et la noirceur de ce qui est raconté ! On n'est jamais vraiment choqué, parce que tout se passe en douce, nous sommes presqu'endormis, mais pas vraiment ; presque morts, même !). Les effets spéciaux sont d'une importance capitale, et ici, toujours au service de la mise en scène et du modus operandi du film de Noé ; ce sont des hallucinations dues à la drogue, des voyages dans la lumière qui permettent de faire des bonds dans le temps et l'espace ; ils interviennent à chaque fois qu'un espèce de point de non-retour est atteint, disons plutôt à un moment où Nathaniel Brown apprend quelque chose de nouveau. Encore une fois, ici c'est la volonté d'hypnose qui prime, et avec ces formes, ces éclats de lumière, Noé parvient complètement à son but (attention tout de même aux épileptiques, parce que le metteur en scène n'y va pas de main morte !).


Gaspar Noé a parfaitement su s'entourer pour que tout dans son film puisse concourir à ce principe d'immersion ; visez un peu le casting : Benoît Debie à la lumière, Marc Caro aux décors, Thomas Bangalter aux effets sonores. La communion de ces quatre personnalités est évidente ; on dirait que Debie a fait louer la ville entière de Tokyo, tellement toutes ces lumières, tous ces néons sont source d'une sensualité extrême. C'est peu dire que la photographie change toutes les cinq secondes, et c'est assez beau pour les scènes en extérieur : comme ce sont particulièrement des enseignes de magasins, elles s'allument puis s'éteignent, pas toutes en même temps, mais on les reconnaît facilement ; le voilà, là aussi, l'immense cercle qui se répète ! Les décors de Caro sont hallucinants, en particulier celui de l'appartement de l'ami de Nathaniel Brown, avec son Tokyo miniature et complètement fantasmé, reconstitué ! Un dernier mot de technique : le son va vous faire pleurer toutes les larmes de votre corps. Le mixage est absolument parfait (notamment quand nous sommes dans la tête de Brown), et les sonorités industrielles qui parsèment le film entier sont un vecteur d'émotion assez hallucinant.


S'il fallait vous donner une idée cinématographique de ce qu'est SOUDAIN LE VIDE, il faudrait que je parle du MIROIR d'Andreï Tarkovski (cité à plusieurs reprises, notamment à travers le choix de la musique classique - 2001 L'ODYSSEE DE L'ESPACE est également cité, mais c'est plus évident connaissant Noé), parce que ces deux films ne ressemblent à rien de connu sur Terre. Bien que les deux oeuvres soient aux antipodes, c'est pratiquement le même geste qui les réunit. SOUDAIN LE VIDE n'est pas beau, n'est pas sublime, n'est pas une arnaque, n'est même pas une protubérance prétentieuse. Il vous fera revivre des choses que vous vouliez garder enfouies. Cette oeuvre n'a pas de nom.

LJ Ghost.



Retrouvez Matière Focale sur Facebook
 
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires
Lundi 25 mai 2009

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi




[Photo: "La Critique emportant au loin le cadavre du Cinéma, tombé sous Ses balles." par LJ Ghost.]






Pour lire la précédente chronique focalienne et cannoise de LJ Ghost, consacrée à ANTICHRIST de Lars Von Trier, cliquez  ci-après: Jour 7.



Nous sommes en 1941, la France est occupée par les armées nazies. Christoph Waltz est un colonel de la SS particulièrement efficace, on l'appelle d'ailleurs le "Chasseur de juifs". Il se rend dans la maison d'un paysan, soupçonné d'abriter une famille de fermiers juifs. Une jeune fille s'échappera, Mélanie Laurent, qui, en 1944, tiendra un cinéma de quartier dans lequel se déroulera une projection d'un film de propagande nazie, avec la présence du Führer et d'autres hauts gradés de l'armée allemande. Parallèlement, une unité d'élite américaine (qui ont la particularité d'être tous d'anciens condamnés à mort, et d'être juifs), les Inglorious Basterds, commandée par Brad Pitt, est chargée de casser du nazi de toutes les manières que ce soit, en les scalpant ou en leur défonçant le crâne avec une batte de baseball. Hitler craint les Basterds, les Basterds veulent la peau d'Hitler, quelle autre occasion que cette projection pour arrêter la guerre ?



A partir de ce postulat, Tarantino avait un choix évident à faire : le bon gros délire bis à base de "saccageage" (si je veux) de nazis, de l'humour, des dialogues à côté de la plaque, des références Z à n'en plus pouvoir, bref, exactement ce que l'on attendait de lui. Par bonheur, ce n'est absolument pas ce qui se passe, et Tarantino déroule son film totalement à contre-courant des attentes (et de la bande-annonce) : il ne se passe rien, l'humour est très peu présent, les dialogues sont secs et rapides et les références font partie de l'histoire du cinéma classique ! C'est absolument délicieux et complètement déroutant de prime abord, et on se demande régulièrement ce qu'il essaie de faire.



Mais sinon, tout est là. Tarantino s'amuse visiblement en triturant et en parasitant les principes de mise en scène de ses confrères, qui ne l'intéressent de toute façon pas. Il se débarrasse régulièrement du banal champ / contre-champ en le remplaçant par un élégant et amusant panoramique (notamment lors de la séquence d'interrogatoire par les Basterds). Encore une fois, et comme dans quasiment tous ses films, il a une attention particulière pour le second plan ; il semblerait parfois, comme c'était déjà le cas pour BOULEVARD DE LA MORT, que s'il pose sa caméra à cet endroit et s'il décide de cette scène-là, ce n'est que pour pouvoir filmer le second plan (comment résister à l'humour complètement nucléaire et dévastateur des séquences dans le bureau d'Hitler, où dans l'arrière plan, il y a... mais je n'en dis pas plus)



Il semble tout de même qu'avec INGLORIOUS BASTERDS, Tarantino essaie plus ou moins de s'affranchir de ses films précédents, ou en tout cas de nettement différencier celui-ci. Ne serait-ce qu'au niveau du découpage : ici, il est complètement linéaire (même si encore découpé en chapitres, ils se suivent dans l'ordre chronologique) et la perte du spectateur, du point de vue sensoriel, ne se fait jamais sur ce plan-là. Ni sur le plan du dialogue, ce qui est probablement la plus grosse surprise de ce film ; ils sont devenus quasiment entièrement à caractère informatif, ils ne sont plus vecteurs de la perte du spectateur et bien que le film soit relativement bavard, ce n'est jamais à contre-courant, on ne recule jamais, on avance toujours, et beaucoup de choses sont expliqués à travers les dialogues. Non, la perte se fait ailleurs : au niveau du rythme. Il est ici sublimement maîtrisé, c'est du travail d'horloger, d'orfèvre ; il fait durer ses scènes trop longtemps, beaucoup trop longtemps, pour leur donner une conclusion provisoire, mais bien trop rapide par rapport à la mise en place de la séquence ! C'est très parlant dans l'introduction, magnifique, qui dure extrêmement longtemps sans que jamais ce ne soit rébarbatif, à la tension palpable mais où il est absolument impossible de savoir comment elle va se terminer. C'est le cas de toutes les séquences du film, qui sont exactement sur le même mode de fonctionnement. Au final, il y a très très peu de séquences (le film se résume à cinq ou six lieux, à peine plus, et fait deux heures trente !), nous sommes quasiment dans un huis clos où Tarantino s'amuse à faire monter la sauce, pour ne relâcher la pression que dans les trente dernières secondes de ses scènes. A cause de cela, j'ai un peu peur de vous parler du film, pour ne pas vous gâcher tout le plaisir de la découvertes de ces mini-conclusions. En tout cas, le montage est parfaitement maîtrisé, complètement en "slowburn", donne toute sa teneur au film, et est la raison même de son existence.




Il y a bien quelques gourmandises au niveau technique, mais elles sont relativement discrètes. Notons tout de même un joli changement de lumière sur Mélanie Laurent dans la salle de projection, ou la formation du visage sur la fumée (je code, bien sûr). Tout cela est plutôt bien vu et très beau, mais finalement ce n'est pas le point central du métrage ; tout le dispositif technique, le scénario, les acteurs sont entièrement dévoués à ce faux rythme qui nervure tout le film, c'est assez beau à voir. La violence est elle aussi réduite à la portion congrue ; elle est parfois complètement intégrée au film, traitée comme quelque chose de normal et d'autres fois (une en particulier, je ne vous dit pas où) qui est très mise en avant, surdécoupée et où les sensations sont décuplées. Cela n'intervient vraiment qu'une fois, et c'est très suffoquant et surprenant. Mentionnons également la superbe dernière séquence, où la tension est à son maximum et où on ne voit jamais rien venir, où tout n'est que surprise (en écrivant, je me rend compte que le film entier est une vaste surprise, dans laquelle on ne sait jamais où on va ni où on nous entraîne, et je dois avouer que c'est déroutant mais vraiment très agréable ; Tarantino semble avoir tout compris au cinéma, finalement), uchronie en forme d'explosion nucléaire ; il s'affranchit de tout et acquiert ici une véritable liberté, peut-être la plus grande liberté de sa carrière. C'est assez splendide.




Un petit mot sur l'acteur principal du film : Christoph Waltz, en colonel SS, vole la vedette à absolument tout le monde ; il est d'une précision magnifique, c'est la star du film et la révélation d'un immense talent.



Note du festival : quatre sur cinq, parce que c'est Tarantino, et qu'il jouit d'une réputation quasi-parfaite, même si tout le monde a été déçu par INGLORIOUS BASTERDS (en même temps, tout le monde a détesté ANTICHRIST aussi, alors bon).




LJ Ghost.




Retrouvez Matière Focale sur sa page facebook: cliquez ici.

Ecrire un commentaire - Voir les 9 commentaires
Vendredi 22 mai 2009

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi




[Photo: "Kritik étranglant le Spectateur" par Dr Devo.]



 

Profitant d'un séjour dans notre chère capitale, j'en profitais pour assister à la projection d'un film qui n'est manifestement pas destiné à nous autres provinciaux, c'est sans doute ce que pense le distributeur de MUTANTS, vingt-six copies le jour de sa sortie, merci merci. Il y a une logique que je ne comprends pas dans le fait de sortir un film comme HUMAINS dans toute la France, seul film à entrer sur Nanarland dès sa première semaine de diffusion (!), comme dans le fait de sortir un film potentiellement plus intéressant tel que MUTANTS sur seulement vingt-six salles. Bref, c'est Cannes, c'est la fête du cinéma, petit doigt en l'air-champagne !

 


Quelque part dans les Alpes. Partout en France, le monde est contaminé. Sauf Hélène de Fougerolles, son ambulance, son mec, et son garde-champêtre. Ils essaient de rallier Noé, un groupuscule para-militaire de survivants au virus. Des trois passagers de l'ambulance, peu vont voir la seconde bobine. Reste Hélène, déterminée coûte que coûte à s'en sortir dans un monde dévasté et avec un mari que le virus à rendu plutôt vindicatif. Histoire très classique, au moins on est sûr qu'ils ne briguaient pas la Palme du Meilleur Scénario.

 


Situons le contexte. J'ai vu MUTANTS dans des conditions étranges, dans une petite salle souterraine juste au-dessus du métro, chaque quart d'heure la salle tremblait plus qu'au Futuroscope. L'écran étant ridiculement petit, heureusement que l'image était correcte, et le son potable. Bref, c'était vraiment une projection splendide, entre les bas-fonds grondants et la Ville des Lumières, dans une strate oubliée, prise en sandwich entre les secousses souterraines et les feux de la rampe, ambiance prohibition post-apocalyptique avec du coca light. Voilà, il me semble important que le monde sache cela, pour comprendre ce qu'il s'est passé pendant l'Expérience et pourquoi je me suis rasé la moustache.

 


C'est toujours important le début d'un film, souvent plus marquant que la fin. C'est quand même la seule partie du film que 100 % de la salle suit, le moment décisif, l'accroche. Dans le cas qui nous intéresse, l'entrée en matière se fait par un générique old-school sur fond abstrait, suivi de quelques mots introduisant le scénario. Tout le monde est infecté, seuls quelques survivants, etc. Du vu et revu. Par contre, ce qui est d'emblée une idée forte, c'est de commencer par un plan entièrement flou sur des cadavres, suggérant tout de suite la violence de la situation et piquant l'intérêt du spectateur. Des corps en vie, morts, ou en instance de l'être. De cette introduction, on passe violemment à Hélène de Fougerolles et ses gyrophares, dans une sorte d'étreinte charnelle atomisée, une rencontre vie/mort à 70 km/h. Concis, c'est bien. D'autant plus que la direction artistique marque, elle aussi, beaucoup de points très rapidement. La photo se révèle bien plus belle que la traditionnelle teinte gris métal crainte dans les premiers instants. On ne s'ennuie pas, vite happé par le film. Malheureusement, on en sort aussi rapidement. En fait, dès que les acteurs l'ouvrent, le charme disparaît. C'est très mal joué, seul De Fougerolles - curieusement - est un peu crédible. Comme quoi, dès qu'elle ferme son Klapisch, ça va mieux. Autour d'elle, le casting fait vraiment pitié, sans doute de jeunes acteurs amateurs qui ont du chemin à faire.

 


En fait, très vite, un des défauts majeur du film se fait sentir. C'est beaucoup trop fermé ! On a l'impression de voir un film de fin d'études à la FEMIS, gros travail de story-board, tu sens que chaque plan à été minutieusement préparé pendant des heures, chaque réplique écrite à l'avance, chaque cadre dessiné. Il ne reste aucune marge de manœuvre, aucune folie, aucun terrain de jeux pour les acteurs comme pour le montage, il n'y a à aucun moment une impression indécise, un interstice sublime, un accident poétique. Tu m'étonnes que les acteurs aient du mal.



Deuxième défaut majeur, et pas des moindres, les scènes d'action (au demeurant pas si nombreuses) semblent sorties de 28 SEMAINES PLUS TARD : musique éléctro super forte, flot d'images accélérées, basses THX qui vibrent jusqu'au fond des couilles, gigotisme de la caméra quand il se passe quelque chose à l'écran. On sent vraiment l'influence de Fresnadillo.

 

Pourtant, il y a vraiment un travail à soutenir là-dedans. Déjà parce qu'il y a un ou deux plans sublimes, une idée par-ci par-là, de très beau effets spéciaux, et surtout un magnifique travail sur la lumière. Gros coup de chapeau à l'équipe technique ! Certains plans rappellent un peu le SOMBRE de Gandrieux, dans cette obscurité trouée par de rares lumières comme lorsque Fougerolles soigne son mari, éclairée par la torche d'un fusil, ou les extérieurs crépusculaires de la grande bâtisse. La scène finale, avec le mari-mutant, est très intéressante, très Cronenbergienne dans l'idée. Dommage que le thème de la mutation soit traité par-dessus la jambe dans le reste du film (en parallèle du survival classique, il y a une histoire genre LA MOUCHE, avec le mari qui se transforme, mais c'est plus anecdotique qu'autre chose...).  Autre idée intéressante, il y a une gestion du suspens assez belle. En fait, et c'est très beau, Morley gère ses climax comme le fait Dario Argento (en moins beau quand même) dans son dernier film (MOTHER OF TEARS, à voir !), c'est-à-dire qu'ils n'aboutissent jamais ! Je ne vais pas trop en dire à ce sujet, mais la scène de la porte trouée en est un exemple très réussi. La pression monte au maximum, mais en fait il ne se passe rien ! Ce faux rythme est très beau, et instille une méfiance de tous les instants.

 

Pour ces qualités techniques, pour l'écriture concise, pour la beauté de certaines scènes, le film vaut bien mieux que la majorité des films français estampillés horreur/fantastique. Pour ces mêmes raisons, la frustration est encore plus grande à cause des énormes défauts qui minent le film. Il sera intéressant de voir vers quoi va évoluer David Morlet. J'espère qu'il prendra de l'assurance, lâchera un peu plus la bride de ses futurs films, et surtout trouvera un style personnel en arrêtant de lorgner du côté de 28 SEMAINES PLUS TARD. Et puis, des acteurs, ça ne serait pas de trop.

 



Norman Bates.



 

 

 

Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Jeudi 21 mai 2009

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi







[Photo: « "Enfin, du concret !", crient en choeur les focaliens." par Lj Ghost, d'après une photo de Patrice Chéreau.]





Pour lire la précédente chronique cannoise et focalienne de LJ Ghost: cliquez ci-près: jour 6.







Enfin, enfin, enfin, après des heures d'attente dans la chaleur cannoise, j'ai pu voir le film polémique de ce Festival. Ce film est un scandale, c'est sûr, mais pas forcément dans le sens où tout le monde l'entend...




Charlotte Gainsbourg et Willem Dafoe baisent. Ca tombe bien, ils sont ensemble, ils ont même un enfant. Malheureusement, celui-ci meurt dans un accident. Inconsolable, le couple décide de partir dans un chalet nommé Eden, perdu dans un no man's land de forêt luxuriante, pour faire face à leurs peurs et ainsi, peut-être, apaiser leur chagrin. Mais la nature semble possédée, et des évènements tout à fait étranges commencent à se produire...



ANTICHRIST se déploie sur un mode assez étrange, bien que complètement en phase avec ce que le réalisateur a fait jusque là. Passé le générique où von Trier, tel qu'on le connaît, cherche un peu à choquer le bourgeois (je vous laisse la surprise de l'insert, plutôt amusant cela dit), il enchaîne très rapidement avec un espèce de "réalisme poétique" (mais rien à voir avec Jean Vigo - encore que...) qui écarte toute idée de fantastique. Au final, le drame qui se joue sous nos yeux a plus à voir avec une réalité sociale qu'avec un vrai film de genre ! Mais n'ayez pas peur, tout est sous contrôle, von Trier sait exactement ce qu'il fait : dans un rythme assez soutenu, il sonde au plus profond de la nature humaine, et va chercher le chagrin là où il est : dans les entrailles. Ca donne au final un film très proche de ses personnages (des émotions de ses personnages plutôt, il ne filme pas des acteurs, il filme des sentiments), et qui traite, notamment, de la façon dont l'Homme (il s'agit surtout de femme, ici) réagit face au deuil. Tous les éléments fantastiques ajoutés (parce qu'il y en a, beaucoup) semblent là comme une justification, comme si von Trier était allé trop loin, trop profondément, avait prophétisé, finalement, qu'il s'en était rendu compte et a eu peur ; il a alors essayé de cacher ce qu'il avait trouvé au tréfond de l'âme humaine, mais c'était trop tard, et la déchirante vérité explose aux yeux et au coeur. C'est vraiment bouleversant, et on ressort de la salle mal à l'aise, tant von Trier, ici, tape juste, comme s'il avait fouillé dans nos émotions les plus intimes et les plus cachées.



L'extrême violence de certaines scènes (et encore, bon, ça va quoi, on a vu bien pire) trouve alors tout son sens, et est tout sauf gratuite : elle est la résultante de ce torrent d'émotion qui submerge les deux personnages, et il ne pouvait pas en être autrement, il ne pouvait pas ne pas les mettre dans son film. La façon dont il filme la nature est aussi intéressante, et l'hommage à STALKER d'Andreï Tarkovski est évident mais subtil, jamais appuyé, et ne se voit pas immédiatement.



Dans toutes les notes que j'ai pu faire à propos des films du Festival, je me plaignais que les réalisateurs n'utilisaient que trop peu la mise en scène comme moyen d'expression principal, laissant cette fonction au scénario, soit par paresse, soit par incapacité. Lars von Trier, avec cet ANTICHRIST, rattrape tous les autres. Ce n'est même pas que c'est un festival, c'est que ça n'arrête jamais, il y a une, deux, trois, quatorze idées de mise en scène par plan. C'est très étonnant et déroutant de premier abord, habitués que l'on est à voir des films mous et fades (au mieux) tout au long de l'année ; ici tout n'est que ruptures, brisures, aspérités, tâtonnements, recherches, découvertes, dans une montagne russe d'effets visuels. Un exemple : Willem Dafoe erre dans la forêt puis rentre dans le chalet, seul, il cherche Charlotte Gainsbourg. Il ne la trouve pas à l'intérieur, va vers la caisse à outil, se tourne vers la caméra (ce n'est pas évident, le plan est assez large), referme la caisse à outil. Coupe au son, et on se retrouve avec Willem Dafoe qui erre dans la forêt, rentre dans le chalet, et trouve Charlotte Gainsbourg allongée sur le canapé ! C'est sublime, époustouflant ! Et ce n'est qu'un exemple ! von Trier utilise tout ce qu'il a sous la main : surimpression, image ralentie à l'extrême, passage du noir et blanc à la couleur... Et ce n'est pas fini ! Plus le film se déroule, plus on a l'impression que finalement, le danois se moque un peu de ce qu'il filme, et se concentre sur deux choses en particulier : le montage et la mise au point, qui sont une source d'émotion sans précédent ; il jump-cut dans tous les sens, renverse les axes au milieu d'une phrase et change en même temps de valeur de plan, donnant ainsi du rythme et une vie propre au champ / contre-champ, multiplie les inserts, utilise une caméra portée et zoome en caméra fixe dans la même séquence, et j'oublie encore un bon millier de petites gourmandises, qui évidemment ne sont pas là pour faire joli, mais servent parfaitement le propos et l'état psychologique de ses personnages ; tout est à l'unisson, en osmose. Il cherche constamment sa mise au point, et les flous sont légion ; là non plus ce n'est pas gratuit, et il pousse le procédé jusqu'à avoir, parfois, une image complètement floue, vaporeuse, ondulée même, qui procure une explosion sensorielle inégalable. Je n'ose même pas parler du son, qu'il mixe de façon à rendre le vent tel que le souffle du Diable ; ou de la musique, où il permute entre musique classique et industrielle. Je n'ai pas tout dit et ça me frustre, mais le pavé est déjà bien assez long, et il faudrait, tout de même, chers lecteurs, vous laisser la surprise de l'émotion épidermique et complètement sensuelle que vous ressentirez quand vous verrez ce film.



Un petit mot sur les acteurs, Charlotte Gainsbourg va avoir le Prix d'Interprétation Féminine, c'est une évidence, mais dans ce cas-là il faut donner le Masculin à Willem Dafoe ; les deux sont d'une dévotion et d'une précision magnifique, ils sont complètement soumis à la mise en scène et jouent sur un nombre de nuances effarant.

ANTICHRIST a, paraît-il, fait scandale au moment de sa projection, où Lars von Trier est sorti de la salle sous les huées du public. Ca se comprend, remarquez, ils ne sont pas habitués à voir du cinéma, du vrai, dans toute sa splendeur. Ils ne sont pas habitués à voir la beauté. Le même jour se déroulait, dans une autre salle, une "Leçon de cinéma" des frères Dardennes. Je vous laisse juges.

Note du festival : une étoile sur cinq, pour la prestation de Charlotte Gainsbourg. Sinon, comme j'ai entendu à la sortie de la séance, entre les "Il est allé trop loin, c'est répugnant", "Il devrait avoir la Palme. Mais ils n'auront jamais les couilles de la lui donner".



LJ Ghost.






Pour lire la chronique focalienne et cannoise suivante de LJ  Ghost, consacrée à INGLORIOUS BASTERDS de Quentin Tarantino: cliquez-ici.


Retrouvez la page Matiere Focale sur Facebook: ici.



Ecrire un commentaire - Voir les 45 commentaires
Mercredi 20 mai 2009

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi





[Photo: "Je leur avais bien dit pourtant, que le ciel était bleu comme un volcan, que l'herbe était verte comme un cygne s'envolant, et que ne comptaient que les tremblements de terre au fond de l'océan..." par LJ Ghost d'après une photo du cinéaste Derek Jarman.]




Vous trouverez ci-aprés la précédente chronique cannoise et focalienne de LJ Gjost: Jour 5.]





Après m'être fait refouler pour le Lars von Trier, je me fait accepter pour le Ken Loach. Si ça c'est pas un coup du karma...





Steve Evets est postier en Angleterre, fan de football et en particulier du club de Manchester United. Il a connu une femme trente ans plus tôt (Stephanie Bishop), avec qui il a eu un enfant (qui a son tour a eu un enfant) et qu'il a quitté du jour au lendemain. Il s'est ensuite remarié avec une femme et les deux enfants de celle-ci ; seulement, elle est partie (je vous laisse découvrir la raison) et maintenant Steve se retrouve seul à élever ses deux beaux-fils, de grands gaillards en pleine crise d'adolescence, les deux magouillant dans des petites combines. Un jour, Steve a un accident de voiture mineur et se rend alors compte que sa vie dépérit petit à petit, en partie parce qu'il regrette d'avoir quitté Stephanie Bishop. Ne trouvant pas de réconfort auprès de ses amis postiers, il se tourne vers son imagination, incarnée par son idole, Eric Cantona (qu'il considère comme un Dieu), qui va le coacher pour ramasser et recoller les parcelles éparses de sa vie, et principalement reprendre contact avec sa première femme.



Curieux objet cinématographique que ce LOOKING FOR ERIC. Si on a connu Loach, toutes ces années, pour être le parangon du cinéma social, du cinéma du réel, qui lui a permis de gagner sa première Palme d'Or en 2006 pour LE VENT SE LEVE, il se trouve ici en antinomie avec ce qu'il a fait jusqu'ici. Enfin, en antinomie, c'est exagéré. Je m'explique. Si l'observation sociale est toujours présente, elle l'est en filigrane (enfin, pas complètement, disons qu'elle n'est pas le coeur même du film - même si elle est très remarquable). Nous nous retrouvons donc avec une espèce de comédie romantique à l'américaine (le coach qui aide le loser à avoir la fille), teintée de fantastique (de fantasmagorie, plutôt - le coach en question est une vision de l'esprit, une projection de l'image que Steve Evets se fait de son idole), tentant l'humour (la séquence de psychanalyse de groupe est plutôt réussie sur ce mode-là), mais sans véritablement de conséquences sociales à la fin. Disons qu'il est intéressant de voir Loach s'essayer à ce genre d'exercice, mais que le résultat n'est pas particulièrement transcendant.



Puis, le film observe un changement de cap, et bifurque ensuite vers un espèce de drame, en tout cas un événement à résonance dramatique, tout aussi américanisant, que rien ne laissait vraiment deviner. Cette métamorphose du film est plutôt inconséquente, et on se dit finalement que s'il a fait ça, s'il a choisi cette voie, c'est pour gagner trente minutes et le coeur des spectateurs, en un espèce de morceau de bravoure qui justifie assez maladroitement le parti-pris du film. En clair, j'ai l'impression que s'il avait retiré ce passage, le film aurait non seulement gagné en concision, mais aussi que ça n'aurait pas vraiment eu de répercussions sur la fin. Il (le passage) semble donc artificiel et simplement là pour servir une morale fraternelle assez téléphonée et pas vraiment bouleversante (ni dans l'originalité, ni dans l'émotion conférée au spectateur).



Il me paraît également important de dire que malgré la teinte américanisante du film, il se fait plutôt en lo-fi, morne, à la façon Loach, finalement. Il reste visuellement fidèle à lui-même tout en semblant ingérer et régurgiter quelque chose qui, entre des mains américaines, aurait donné un film faste et rempli de belles gueules ; ici, l'anglais n'utilise pratiquement que des gens "moches", "normaux" plutôt, là où de l'autre côté de l'Atlantique on aurait eu Will Smith et Julia Roberts. L'impression du film s'en trouve finalement assez étrange.



Si on regarde dans le moteur, le film finit de nous décevoir ; il y a bien un joli grain dès le début du film, mais il est complètement gâché par la propension de Loach à ne filmer qu'en plan rapprochés (c'est très agaçant, depuis le début de ce Festival, j'ai l'impression d'à chaque fois me répéter, comme si j'avais toujours vu le même film) pour être toujours plus près des personnages (ce qui est, bien sûr, une idiotie). Les cadres sont donc laids et quelconques, la photo est grisâtre (que voulez-vous, on est en Angleterre - ah, mais allez plutôt voir un bon petit Derek Jarman, vous verrez que de l'autre côté de la Manche, tout n'est pas gris !), le montage et le son n'existent que pour servir le scénario. Je n'ai pas réussi à bien identifier la technique de filmage, si c'était de la caméra épaule, du panoramique tremblé ou de la steadicam qu'on trimbalait dans tous les sens, mais c'était très agaçant. La palme (ahah !) revient aux séquences de voiture, d'une innommable laideur. Bref, de ce côté-là, il ne fait aucun effort, c'est quasiment du foutage de gueule pur et simple.




Note du Festival : quatorze étoiles sur cinq possibles (il n'y a qu'à voir la réaction du public, très en forme et de très bonne composition, qui a applaudit me semble-t-il trois fois durant la projection ; petite remarque avant de vous quitter : j'ai remarqué que durant le Festival, le public était très joueur et réagissait bruyamment à chacun des films que j'ai vu - ça et l'extraordinaire qualité des copies, mais ça devrait être la moindre des choses tout le temps).



LJ Ghost.






Retrouvez la chronique focalienne et cannoise suivante de LJ Ghost: ici.








Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Mardi 19 mai 2009

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi







[Photo: "J'ai reçu Bazin en héritage... Et j'ai crié Aline." par LJ Ghost]



Pour lire la chronique cannoise et focale précédente de LJ Ghost, cliquez sur le lien suivant: Jour 3.




Après une journée de repos bien méritée, me revoici, frais comme un gardon, à arpenter les allées du Palais des Festivals, dans le but de croiser le chemin du Cinéma, qu'il est difficile d'approcher, les films se mettant parfois en travers du chemin. Entrons dans la machine infernale.



LE TSAR de Pavel Lounguine (Russie, 2009)

Piotr Mamonov, alias Ivan Le Terrible, au sommet de sa folie sanglante, vient de perdre une nouvelle bataille contre la Pologne. Devenant complètement paranoïaque, il s'octroie une garde personnelle, "Les Chiens du Tsar", qui font régner la terreur dans tout le pays. Effrayé, le métropolite (un genre de pape russe) s'enfuit ; il est alors remplacé par Oleg Yankovskiy, un ami d'enfance du régent, qui essaie tant bien que mal de contenir les crises du tyran...


Quand on pense au cinéma russe, les noms les plus fameux sonnent aux oreilles et font miroiter monts et merveilles de délices cinématographiques : Eisenstein, Vertov, Tarkovski, Paradjanov, Sokourov... Pavel Lounguine n'est pas de ceux-là. Son TSAR, machin mystique boursouflé, est fort décevant. Sa volonté de dénoncer les abus d'Ivan, tyran fou à lier, rongé par la paranoïa, est certes louable mais a ses limites : ici, ça ne dépasse jamais le cadre de l'anecdote, son Ivan étant bien trop outré pour provoquer une quelconque émotion, l'acteur en fait des tonnes et sue beaucoup, mais malgré tous ses efforts n'incarne jamais vraiment son personnage. Le voir vieux, maigre, seul, renfermé et véhément, vociférer des insultes à la foule de son peuple fait effet, mais pas plus de trois minutes. Le reste du film n'est que scènes de tortures peu ragoûtantes mais on a finalement vu pire (et mieux) ailleurs, et citations bibliques jusqu'à plus soif, ce qui rend le tout assez laborieux.



Lounguine ne s'aide jamais de la mise en scène, dont il n'active efficacement aucun levier : ses seules petites gourmandises de cadrages se résument à de très rares décadrages, la photo est simplette, le montage est mou (le film est découpé en chapitres chronologiques mais rapprochés dans le temps ; jamais d'émotion du côté du découpage, donc).



Au final, LE TSAR est un film lourdingue, pas très intéressant, et la seule chose qui intéresse visiblement Lounguine est la relation qu'avait Ivan avec la religion ; très pieux mais trahissant Dieu à la moindre occasion (à cause de sa paranoïa galopante, il péchait plus que de raison en faisant disparaître ses proches et ses moins proches - ça vous rappelle quelque chose ? Il nous parle bien sûr en filigrane de tous les dictateurs de l'Histoire, de manière bien trop appuyée et aussi subtile qu'un trente-trois tonnes dans le pays des Schtroumpfs), il faisait s'arracher les cheveux à son nouveau métropolite, qui lui, pur comme la neige au soleil, reçoit finalement la grâce de Dieu et fait des miracles ! Cet aspect béni oui-oui sans vraiment d'aspérités nuit un peu au film, qui n'avait certes pas besoin de ça.


Je vais peut-être m'arrêter ici de parler de ce film, dont la proposition artistique est équivalente à celle d'un crumble aux pommes. Voilà. Comme ça c'est dit.





MOTHER de Joon-Ho Bong (Corée du Sud, 2009)

Kim Ye-Ja est la mère de famille la plus possessive du monde. Il faut dire qu'elle est seule à la charge de Won Bin, son fils quasi-trentenaire et un peu "lent" sur les bords, avec qui elle a une relation on ne peut plus proche. Il s'attire toutes sortes de petits ennuis, jusqu'à ce qu'une jeune fille soit retrouvée morte un beau matin. Won Bin est le dernier à l'avoir vu, et il se déclare coupable sans vraiment savoir ce qu'il dit. Kim Ye-Ja, n'écoutant que son instinct maternel, va mener l'enquête, et tout faire pour sortir son fils adoré de prison...


Alors là, les amis, c'est du lourd. Croyez-moi ou non, mais cette espèce de variation du ZODIAC de David Fincher, dont il reprend certaines idées, vaut un coup d'oeil attentif.



Le film se développe de manière inattendue dans l'attendu. Je m'explique. Au final, MOTHER ne parle de rien, et même s'il démarre, il n'arrive finalement jamais nulle part ! Les personnages se heurtent sans arrêt à des murs d'incompréhension et de solitude, barrés qu'ils sont par, d'un côté, le Verbe (incarnés par les difficultés d'expression de Won Bin face aux évènements), et de l'autre la Société et les Autres, opposants tout du long, et finalement tous pourris (il suffit de voir les réactions qu'entraînent les apparitions de la mère). Le film est finalement une boucle, et où qu'on aille, même quand le hasard s'en mêle (les indices de la résolution de l'enquête semblent venir d'un deus ex machina !), on revient toujours au point de départ, et toute velléité de changement s'avère finalement tuée dans l'oeuf ! C'est absolument terrifiant ! Et Joon-Ho Bong, réalisateur de THE HOST, loin de vouloir faciliter ou améliorer la condition de ses personnages, en rajoute avec de rares traits d'humour noir, a recours à l'absurde (voir la première séquence, pathétique, désespérante et amusante en même temps, qui donne exactement le ton du film tout en en donnant certaines clés), et fait passer, de manière de plus en plus appuyée au fur et à mesure que le film se déroule, son thème principal : la culpabilité (le film ne parle finalement que de cela, même en utilisant un scénario en chausse-trappes, presque en collage).



La mise en scène est quelque peu au diapason de cette idée du voyage initiatique (ou à peu près) voué à l'échec, mais c'est également là où le bas blesse un peu. Joon-Ho Bong souffle un peu le chaud et le froid ; son montage est à la fois abrupt, émouvant et mécanique ; ses compositions de cadre sont parfois splendides, d'autres fois complètement anonymes ; sa photo est précise sans être renversante (bien que j'ai beaucoup aimé la lumière que dégage, sur les visages, les téléphones portables : ils sont, eux, source de poésie quelquefois - quand la jeune fille a la tête sur les genoux d'un des garçons (je code), la lumière est vraiment très belle et porteuse de sens). Le film est par contre parfaitement rythmé et les cent vingt et quelques minutes passent comme un charme, tant on est plongés dans la désespérance incarnée par tous ces personnages et tant on vit avec eux leur errance, leurs questionnements, leurs échecs. C'est finalement plutôt beau, et une des réussites de ce Festival. (so far, bien sûr).



LJ Ghost.




Pour lire la chronique cannoise et focalienne suivante de notre espion LJ Ghost, cliquez ici: jour 6.




Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Lundi 18 mai 2009

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi





[Photo: "Quentin Tarantino - Autoportrait" par LJ Ghost.]






Jour 3 du Festival de Cannes, avec comme programme, pour votre serviteur, deux films en compétition et une superbe reprise en séance spéciale, avec des guests de choix ! Commençons !




THIRST (CECI EST MON SANG...) de Park Chan-Wook (Corée du Sud, 2009)

Un jeune prêtre, le sémillant Song Kang-Ho (déjà vu dans le sympathique THE HOST), décide un jour de partir au fin fond de l'Afrique pour se faire inoculer un virus dévastateur afin de tester un vaccin. Il est le seul survivant de l'expérimentation, mais suite à une transfusion de sang, se découvre de curieux pouvoirs : il est devenu vampire. Dans le même temps, il tombe sous le charme de Kim Ok-Vin, la femme d'un de ses amis d'enfance...



Park Chan-Wook est un petit malin, qui semble très bien connaître son métier ; car quand on n'a pas lu le synopsis, ce qui était plus ou moins mon cas (survolé et pratiquement oublié), avant d'entrer dans la salle, la première bobine fait un peu peur : vraiment ? Un film de paroissiens où rien ne se passe, dans un espèce de faux rythme assez dérangeant ? C'est là que notre ami Park bascule son film, et le fait bifurquer vers un vrai film de genre, complètement premier degré, et dans une espèce de descente aux enfers physique et psychologique. Il est en cela complètement aidé par sa mise en scène, qui se métamorphose petit à petit, à l'unisson du personnage principal : sage et plutôt en à-plat au départ (avec un joli jeu sur l'échelle de plans), pour poursuivre de manière un peu baroque en enchaînant les inserts, les filtres, une photographie belle et changeante, et plein de petites idées tout à fait poétiques que je vous laisse découvrir pour ne pas vous gâcher tout le plaisir. Le montage est précis et alerte, il multiplie les axes et n'hésite pas à utiliser un humour noir assez savoureux en contrepoint de la violence sèche mais rare et subtile, qui fonctionne très bien.



Quelques bémols cependant. Le film semble un peu trop long ; le rythme ne me paraît pas très bien géré, il y a quelques longueurs assez embêtantes dans le ventre mou du film. Les acteurs ne sont pas parfaits non plus, Kim Ok-Vin manque un peu de précision, mais rien de rédhibitoire, finalement. Le film est extrêmement physique, et a demandé une belle dévotion de la part des acteurs, dans la déliquescence de la maladie comme dans la chaleur de l'étreinte animale (belles scènes de sexe, par ailleurs, parfois gênantes, avec une évidente mais réussie utilisation du son).



Peut-être pas un chef-d'oeuvre mais un film réussi, assez ambitieux mais qui a parfois du mal à s'affranchir de certains clichés inhérents au genre auquel il appartient (je tiens en exemple la longue séquence finale, genre de jeu mimesque désespéré, inutile et beau, au son particulier ; je n'en dis pas plus).



Un idée m'est venue tout à fait récemment : pour les films en compétition que je verrai, je leur donnerai une note représentant l'appréciation (probable) des membres du jury du Festival et la chance qu'ils aient la suprême récompense. Je ferai ça sous forme d'étoile, de zéro à cinq pour les "chefs-d'oeuvre" cannois. Pour THIRST, je mettrai trois étoiles (parce que bon, voyez-vous madame, un film de genre, ça fait mauvais genre !).








BRIGHT STAR de Jane Campion (Nouvelle-Zelande/UK, 2009)


Nous sommes quelque part en Angleterre, en 1818, et il fait beau. Ben Whishaw est un poète génial mais incompris, trop engoncé qu'il est dans sa veste délavée et sa ténébritude. Abbie Cornish est une jeune fille trop moderne pour son temps, effrontée et créatrice de robes à froufrous qui ont un grand succès dans les bals du dimanche soir. Entre la superficielle et le torturé, les choses sont difficiles au début mais Abbie, touchée par les vers de Ben ("Le ciel est bleu/Les nuages sont blancs/Gêné par le vent/Je vais me chercher une petite laine"), tombe amoureuse du sus-nommé, et réciproquement, rapprochés qu'ils sont par la maladie mortelle du frère de Ben, le pauvre garçon. Les deux tourtereaux vivent une passion secrète à base de balades en calèche la nuit, devant l'incompréhension des familles et amis des amants contrits. Finalement, la maladie de Ben va changer bien des choses dans leur quotidien...



Alors, bon, par où commencer ? Peut-être par le fait qu'il s'agisse d'un film en costumes doublé d'un film de maladie (NdDrD: Oh, mon Dieu!), ce qui, bien évidemment, ne présage au départ rien de bon. Mais n'ayez point peur ! La gangrène va se propager.



Inutile de rechercher la moindre trace de mise en scène, même au microscope vous n'en verrez pas. Tout est d'un académisme désespérant, les cadres ne sont pas composés et elle a complètement oublié l'existence des axes. Ah si, à un moment il y a une petite plongée, quand Abbie apprend la maladie de Benny. C'est tout à fait iconoclaste, vous en conviendrez, mais finalement l'effet fonctionne plutôt bien puisque pendant l'heure quarante-cinq précédente tout n'a été filmé qu'à hauteur d'homme. On lève donc un sourcil et on se dit "Ah !", puis on peut retourner dans les bras de Morphée. Ajoutons tout de même que pour les scènes en extérieur entre les deux rouge-gorges, l'image granule un tout petit peu et il y a du flare, parce que bon, Jane Campion met sa caméra en face du soleil entre les branches des arbres. Le son est quant à lui totalement inutilisé ; sauf pour les dialogues, le plancher qui craque sous les pas en intérieur et les petits oiseaux qui piaillent en extérieur. Les acteurs sont nuls (à part la petite boniche qui m'a paru plutôt intéressante). Côté montage... Quoi ? Pardon ? On se connaît ?



BRIGHT STAR est une espèce d'éloge au romantisme petit-bourgeois avec un balai dans le fondement, qui n'aime rien mieux que de déblatérer de la poésie au lieu d'en faire. Jane Campion a lu Orgueil et Préjugés, a bien aimé, et a décidé de faire la même chose. Ahem.



Ah oui, et c'est une histoire vraie. Rions ensemble, ou pleurons de désespoir.



Note du festival : cinq étoiles.








LES CHAUSSONS ROUGES de Michael Powell et Emeric Pressburger (UK, 1948)

Soirée de gala dans la salle Debussy du Palais des Festivals, Martin Scorsese venait présenter la remasterisation des CHAUSSONS ROUGES qu'il a orchestré (le film l'ayant beaucoup marqué dans sa jeunesse). Il était accompagné de la femme de feu Michael Powell et, dans la salle, quelques guests de choix : Rosanna Arquette, Tilda Swinton (Tildaaa !) , James Gray, Ang Lee, Harvey Weinstein... Du beau linge, donc, pour cette projection du chef-d'oeuvre du duo anglais, et un peu de jeanclaudebrialisme ne fait jamais de mal à personne ! [NduDrD: t'as rencontré Tilda? Et j'étais pas là? La vie est injuste, Dieu n'existe pas...]



Que dire chers amis, que dire ? Que LES CHAUSSONS ROUGES n'ont pas vieilli d'un poil, que la photo de Jack Cardiff est d'une beauté hallucinante et fait à elle seule monter les larmes aux yeux, que les décors en carton-pâte de Hein Heckroth sont à se damner, que la volonté de Powell et Pressburger de placer, au centre de leur film, seize minutes de ballet est une idée brillante et une leçon de cinéma unique : quel besoin de dialogues ? Il ne suffit que de mise en scène, de montage et de direction d'acteurs, un peu de caches, de surimpressions, de jeu de reflets, et on fait un film merveilleux ! Je n'ai plus d'adjectifs assez forts, tout est magnifique, point.



J'ai vu, sans aucun doute, le plus beau film du Festival. Et celui-ci n'a aucune chance de gagner. Mais aurait-il seulement gagné ?



LJ Ghost.



Retrouvez la précédente chronique de LJ Ghost sur le festival de Cannes 2009 ici: Jour 2.

Et retrouvez sa chronique suivante ici: Jour 5.



Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Dimanche 17 mai 2009

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi






[Photo: "The World is Yet to Come" par Dr Devo.]




Chers Focaliens,

La petite famille focalienne s'agrandit, c'est émouvant, mais plus important encore, ne reculant devant aucun sacrifice, (mangeage de biscottes pendant trois mois pour toute l'équipe, familles déshéritées, prostitution occasionnelle des critiques focaliens encore fringuants, vente des slips...), Matière Focale a réussi à envoyer un espion à Cannes. Il s'appelle LJ Ghost, il est discret  comme un saboteur bolchévique, précis comme un missile sol-air, et on lui donnerait le bon dieu sans confession avec ses airs de gendre idéal. Homme bien né et de grande culture, il nous envoie son premier bulletin secret, enfin plutôt son deuxième...

 

Bienvenue à lui...

Dr Devo.

 

 

 





Evitons de parler du contexte, des circonstances, de savoir s'il faisait beau ou s'il y avait du monde pour acheter une glace vanille-fraise. Parlons de cinéma, c'est tellement rare !



Le premier (et seul !) film que j'ai vu ce jour s'intitule KUKI NINGYO (AIR DOLL pour l'international) et est réalisé par un monsieur qui a l'air très gentil, j'ai nommé Kore-Eda Hirokazu (qui, apparemment est responsable de NOBODY KNOWS, c'est une information très intéressante). Le film nous raconte l'histoire d'une poupée gonflable qui, comme ça, un jour, pouf pouf, devient humaine. Certes. Ouvrons les hostilités.



Le sujet est traité par-dessus la jambe, et ce, malgré les deux heures et des poussières que dure le film, il ne décolle vraiment jamais des clichés auxquels on pouvait s'attendre de la part d'une idée comme celle-ci : elle apprend la vie, le travail (nous sommes au Japon), la mort ("C'est quoi la mort ?", au secours !), l'amour, la déception amoureuse, etc. On ne challenge jamais notre intelligence, et c'est très visible à cause d'un principe de mise en scène ici affreusement mal utilisé : la voix-off. Elle explique tout, explicite tout, et évite au spectateurs de réfléchir un tant soit peu aux enjeux proposés et à la complexité de l'apprentissage de la poupée devenue humaine. Nous ne nous poseront finalement jamais de questions quant à ce qu'elle vit, vu qu'elle le dit elle-même dès l'instant que le film devient un tant soit peu obscur ! Quel dommage !




Evidemment, il ne faut pas attendre de l'émotion venant de la mise en scène: elle est impersonnelle au mieux, insipide au pire. Les cadres ne sont pas travaillés (c'est un peu le "highway to hell" du plan rapproché), le montage est fonctionnel, il y a simplement un amusant jeu de mise au point qui donne un peu de vigueur à l'ensemble (je trouve plutôt amusant de penser que c'est une erreur du projectionniste !). Le film est mécaniquement découpé, et monté comme on le ferait d'un film de vacances : jamais de ruptures, jamais d'aspérités, tout coule de source et nous freine désespérément sur le chemin d'une quelconque émotion. La puissance de l'histoire est donc amoindrie : nous ne sommes jamais avec le personnage, et il n'y a même pas une petite gourmandise pour nous maintenir éveillés !



Je dois avouer avoir du mal à me rappeler d'une scène en particulier, tant l'ensemble du film vogue sur un radeau de mollesse absolue où aucun passage obligé ne nous sera épargné (dont la superbement originale scène de "soufflement" (je code) qui remplace la scène de sexe ! Houlala !). Ne parlons même pas des personnages secondaires, écrits par-dessus la jambe, jamais incarnés et caricaturaux au possible (l'enfant, le vieux malade, la vieille folle, la boulimique, bref, un espèce de melting-pot-pourri du monde, quoi, en fait) ; parce que, voyez-vous, nous sommes tous des poupées gonflables, nous n'avons rien à l'intérieur ! Waaah ! C'est étouffant d'originalité, et surtout de discernement. Bref.




Il y a tout de même deux-trois belles choses, mais malheureusement mal traitées : la relation entre la poupée et son propriétaire est trop immédiatement pathétique (à cause de la scène de sexe originelle), alors qu'il aurait finalement été plus intéressant d'en faire tout de suite quelque chose d'acquis et de, disons, normal (ce vers quoi tend le film au fur et à mesure, mais trop tard, et de manière pas assez précise pour que ce soit évident), pour que le malaise soit plus parlant. Ici, comme je l'ai dit précédemment, tout coule de source, et l'apprentissage de la poupée s'avère finalement très balisé, un peu à la Rocky en fait, et jamais rien ne dépasse. L'espèce de final à la Oshima (mais en moins beau) est plutôt bien vu, mais contrebalancé par l'usage frénétique et inexpliqué de fin à tiroirs, dans laquelle on dirait que c'est au spectateur de faire son choix (et les effets spéciaux moches sont une très mauvaise idée) !



Je ne vois pas trop quoi en dire de plus, ce n'est ni infamant ni brillant. AIR DOLL est dans un espèce de ventre mou où le temps semble s'étirer et où le spectateur semble s'étioler, mais rien de bien scandaleux. En fait, pour tout dire, ce film est au cinéma ce que le minéral est à la gastronomie : il n'a aucun goût mais bourre la bouche.



Et, quand même, c'est beau de commence par le jour 2.

 

LJ Ghost.




  

Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 16 mai 2009

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi





[Photo: "Hymen, Toi Non Plus" par Dr Devo.]




Chers Focaliens,

 

Ce fut quand même émouvant, quelque part, de fouler - pour la première fois de sa carrière - le sol prestigieux du Festival du Film Fantastique de Bruxelles, ces deux derniers dimanches, évènement mythique qui pendant plus de vingt ans fit découvrir des œuvres magnifiques ou intéressantes, et qui permit au cinéma fantastique de ces époques lointaines de briller et d'imposer au fil du temps quelques auteurs sympathiques ou indispensables. Je songeais alors, tandis que moi et mon "posse" nous approchions du hall consacré, à Mad Movies et sa découverte frénétique qui nous fit tellement de bien, pendant ces années qu'il convient de définir maintenant d'âge d'or. Si un emploi du temps moins foutraque ne m'avait pas enchaîné loin du monde de la critique pendant plusieurs jours, nous aurions pu bien plus en profiter, mais que voulez-vous, au final je fis ce que je pus, en me rendant à Bruxelles deux dimanches de suite pour y apercevoir furtivement trois galettes.

 

 

 


Les choses ont bien démarré avec NIGHTMARE DETECTIVE 2 de Shinya Tsukamoto, mémorable auteur que je découvris juste avant qu'il ne devienne un réalisateur underground apprécié en France, grâce à un autre festival, plus sublime encore et qui me manque toujours plus, l'Etrange Festival de Paris. [Il faudrait d'ailleurs sacrifier quelques poulets ou un nombre égal de jeunes vierges afin que le Festival renaisse après ces deux longues, interminables années de suspension... Envoyez vos bêtes à Matière Focale qui sacrifiera.] Ainsi, on a bien suivi le réalisateur de la duologie TETSUO, chefs-d'œuvre industriels, car à l'époque, le Monsieur a vu la plupart de ses films distribués en France et en salles, et tout le monde était content. Et puis, car décidément on connaît la musique, ce fut le désamour léger et tranquille. Les fans mondains de l'époque ont dû se réfugier, j'imagine, sur des valeurs "sûres" mais contradictoires, et la critique a enlevé le tapis rouge  pour accueillir plus mollement, dans un soupir blasé, les nouveaux films du réalisateur qui passa tranquillement et sans un bruit à la trappe. Au final, nous voici dans les années 2000, et même en 2009, sombre période où l'on peut passer des semaines en salle sans voir un bon film, mais où ces auteurs jadis vantés et vendus par toute la branchouillerie cinéphile ne sont même plus distribués. "On joue comme on aime", disait le poète, mais je crois surtout, mes chers amis focaliens, qu'ils jouent comme on déteste. Triste époque.

 

 


Le jeune héros de NIGHTMARE DETECTIVE reprend donc du service. Il est bien triste et déboussolé, le pauvre. Sa réputation de "résolveur" de psychoses nocturnes fait qu'il est abordé par une jeune lycéenne qui ne peut plus dormir et pour cause : elle est hantée par une élève de son lycée à laquelle elle a joué un tour bien néfaste. Notre héroïne a voulu se moquer d'elle, avec deux autres camarades puériles, et la victime a eu la peur de sa vie. Traumatisée mais vivante, elle reste cloîtrée chez elle, tandis que l'héroïne ne peut s'empêcher de voir la marginale effrayée revenir en rêve, chaque fois oppressant et dangereux. Ca pue la mort, même si le sang n'a pas encore coulé ! Mais notre ami détective des rêves refuse d'aider la jeune fille insomniaque au motif pas con que, si elle a traumatisé sa camarade de classe, elle n'a qu'à simplement demander pardon, et les cauchemars s'en iront ! Lui-même a d'ailleurs plus urgent à faire : il est poursuivi par un rêve concernant sa propre enfance et le destin effrayant de sa mère !

 

 




Ce qui est bien avec Tsukamoto, c'est que ce n'est pas du tout Tavernier, ni même un réalisateur pour étudiantes en filmo ou candidat à la F®EMIS(sse). Ca croche dedans, ça tord de partout, ça explore le support, et c'est, Dieu sait que c'est une qualité par les temps qui courent, reconnaissable, ça a une gueule. Pour le Japonais fou, faire un film c'est bien, mais faire un film qui ne ressemble pas forcément à un film, c'est mieux, et quand j'entends ça, moi, ça me bouleverse, je sens les synthétiseurs qui montent. Ceux qui n'ont jamais rien vu du bonhomme peuvent acheter le coffret TESTUO 1 et 2  (vu à 9€ dans une grande enseigne cette semaine!) pour se faire une idée de la chose, et je leur dis "Bon voyage !" et "De rien !".

 




Etonnamment, ce NIGHTMARE DETECTIVE 2 démarre non pas mollement ou de laide manière, mais dans une tonalité un peu neutre. Pas de faute de goût, certes, mais pas d'élans sublimes ou d'audaces formelles et/ou scénaristiques. Tsukamoto semble filmer son intro et sa mise en place de manière bien narrative, plutôt calme, en fait, l'air de rien. Bon, soyons honnêtes, à côté des dix derniers films art et essai chroniqués dans ces pages, c'est du Mozart, bien entendu. L'ami "risque-osé" aurait-il ravalé ses audaces, ou attendrait-il de venir au bon moment avec ses plans stressants, hihihi ?

 

 

C'est qu'il refroidit le chaland de manière opportune. On enclenche les vitesses tranquilou, pour appuyer le scénario, plutôt simple (et vous allez voir que ça, c'est une sacrée bonne option) qui joue sur la démission du héros. Mouais. Finalement, ce n'est pas un calcul si mauvais, d'une part parce que ladite introduction n'est pas interminable, et d'autre part parce qu'elle laisse ensuite place à un film plus dense et qui, lui, va se dérouler sous de tous autres auspices ! Et une fois que c'est parti, bah c'est parti, ça ne rigole plus du tout, et c'est déjà beaucoup moins sage. Amis du Cinéma, je vous dis bonjour !

 



NIGHTMARE DETECTIVE 2 déploie ses éléments narratifs et ses zones de sens de manière - à première vue - foutraque, dans un joyeux boxon comme disaient les jeunes en 1987, mais au final, même si certaines idées restent bien floues voire abstraites, le film n'est pas une mécanique si compliquée, et les enjeux, une fois identifiés, sont assez simples, voire proches du cinéma fantastique plus convenu, parfois. C'est quelque chose que Tsukamoto a déjà tenté, et je crois que c'est grâce à cette façon de faire qu'il arrive encore à faire des films. Souvent, les trames elles-mêmes sont assez balisées. Tsukamoto, par contre, contrairement à beaucoup de cinéastes à travers le monde, ne prend pas ces sujets pour pouvoir y mettre deux ou trois de ses grains de sable favoris. Non, lui, une fois qu'on lui a donné le chèque, il s'appuie sur le scénario tranquille pour plonger dans son univers habituel. C'est le scénario qui doit rentrer dans les vues et les obsessions du Monsieur, et non pas le Monsieur qui fait allégeance au genre et place une ou deux de ses figures de style en passant.

 

 



La première séquence onirique, assez calme, plutôt sobre en fait, est aussi assez surprenante par sa frontalité, et son jeu avec le cadre. Avec peu d'éléments, elle semble indiquer une espèce de soin maniaque, simple et gratuit, sans volonté d'en mettre plein la vue au niveau esthétique mais plutôt en se basant sur des idées simples : tremblé final, par exemple, et aussi le jeu avec le placement des actrices (dont la géographie, entre elles, est bien malmenée) qui doivent absolument se retrouver sur des endroits stratégiques des lignes de terrain sur le sol du gymnase ! Ca, moi, en bon fétichiste baroque, amoureux du gratuit, j'aime beaucoup.

 




A partir de la deuxième "mort" (vous me permettrez de ne pas en dire plus), les choses s'accélèrent. Finis le calme et la tranquillosité (yeah !) de l'introduction : Tsukamoto a déjà lâché à ce moment les chiens et sa mise en scène. Je vais expliquer tout de suite en quoi il fait cela, et à quoi ça ressemble, mais une remarque d'abord. On est, je pense, d'un simple point de vue de goût et d'esthétique (remarque personnelle donc !) assez en-dessous des TETSUO dont la tonalité archi-industrielle (au sens visuel, mais sans doute musical aussi) est plus proche de mes propres préoccupations. Fin de la remarque. Si vous voulez, d'un point de vue brut, c'est pour moi moins beau que les deux premiers films du réalisateur. Ceci posé, et là j'entre dans le vif du sujet, Tsukamoto charge suffisamment la barque pour faire quelque chose d'encore une fois étonnant. Ca va passer par plusieurs facteurs de mise en scène, à des niveaux différents d'ailleurs, mais dont la combinaison globale (et vraiment complémentaire) va faire que la mayonnaise du tonton nippon va prendre un tour très déroutant et imposer au film une tonalité et un rythme vraiment curieux.

 




Premier levier, le cadrage. Les plans les moins agités, sans être laids, sont non spectaculaires. Les autres plans, plus nombreux, et même de plus en plus nombreux par la suite (aidés en cela par une radicalisation du montage) privilégient des cadres assez crados, des mouvements assez malpolis et agités qui font bien chavirer la ligne d'eau du bocal. Le montage soutient l'effort privilégiant, mais pas systématiquement, les plans courts ou les plus foutraques. Dans les faits, c'est très simple, on est dans une logique du "tremblé". Un tremblement d'ailleurs bien excessif et constant qui contaminera presque (et seulement presque, car d'autres plans plus léchés, et bien léchés, seront mis en opposition à ces plans tremblés, et donc en exergue) tout le film au fur et à mesure, jusqu'à une forme assez impressionnante de chaos, quand le montage aura repris la suprématie sur le cadrage (dernière partie du film, et les vingt minutes après la deuxième "mort"). Cette logique de tremblé, je vais la comparer à celle de deux autres cinéastes. En fait, ce n'est pas une comparaison mais plutôt une analogie, car les trois cinéastes sont tous très différents, mais cette très grotesque et inattendue analogie vous donnera une idée théorique des sensations et du style du film (chose quasi-impossible à faire dans une critique !). Si les trois styles sont différents, il y a peut-être un effet de cousinage qui relie de manière théorique Cassavetes, Von Trier (dont Shinya est forcément plus contemporain), et Tsukamoto. Cassavetes est sans doute plus modéré dans son modousse opérandaille, plus à cheval sur un filmage classique, mais sa méthode n'en est pas moins iconoclaste. Chez les trois grands, on retrouve cette volonté d'appliquer au cadrage et à la mise en scène une esthétique à contre-courant, consistant à se réapproprier le cadrage et le mouvement et de les placer dans le cadre d'une esthétique non-pure, bousculée, un peu crado en quelque sorte, qui envoie balader (a priori) la composition classique. Le matériau de ces trois-là est un matériau brut, certes, mais qui vise justement un soin assez maniaque. Il y a cela chez les trois, parce qu'ils réorganisent leurs cadrages secoués du tournage, par une réorganisation suprême au montage (qui est chez tous l'étape ultra-décisive). On retrouve donc chez les trois, un filmage rock'n'roll et malpoli cherchant la rocaille plus que la taille du diamant pur. Puis, au montage, on retrouve cette volonté de réorganiser le matériau parfois non-noble (dans lequel on a déjà des choses magnificentes, particulièrement dans la composition chez Cassavetes,  dans le recadrage sauvage et l'utilisation mongoloïde des mouvements chez Trier) et de privilégier le rythme bien sûr, mais aussi, comme disait Rohmer ou Rivette ou un autre, de corriger le scénario ou plutôt de réorganiser la narration en la développant et l'approfondissant par le montage. On colle donc de manière hétéroclite, et on dépasse les éléments écrits au départ. Composition non-pure, montage comme élément suprême réorganisant tout (et même la composition des plans eux-mêmes, puisque la façon dont ils sont collés utilise une manière non ouvertement logique de faire du sens, et je dirai même plus une logique de déstructuration ou de poésie) et réorganisation de la forme (très) écrite de départ au profit d'une réécriture dans le collage qui désigne des façons inédites de faire sens.

 

 



Dans NIGHTMARE DETECTIVE 2, la chose est d'un chaos total, mais touchant, tant Tsukamoto non content de cette esthétique déjà bien rock'n'roll, utilise la répétition de manière systématique. Le film colle trois histoires (ou deux et demie) ensemble, alors même qu'elles sont assez différentes, de manière complètement artificielle. De plus, il répète sans cesse les mêmes cadrages déconstruits, mais aussi une scénographie de l'action assez particulière. Pour dire les choses grossièrement, on a l'impression nette et désespérante que ce sont toujours les mêmes scènes qui sont dupliquées. Il s'agit de la récurrence de la scène du gymnase, bien sûr. Mais finalement que voit-on dans le film ? Une exploitation répétée de façon éhontée  et complètement "absurde" (dans le sens de désespérante) de la même grappe de deux ou trois scènes, à savoir la montée des escaliers, l'ouverture de la porte et enfin le contrechamp qui suit (en général facteur de cassure).





NIGHTMARE DETCTIVE 2, ce n'est que ça : monter le même escalier trois mille fois, et ouvrir une porte. [Le film est rempli de plein d'autres éléments de double ou de répétition que je vous laisse découvrir.] Pendant vingt minutes, à partir de la seconde "mort" puis dans la dernière partie, on assiste alors à quelque chose de très troublant et de sublime : l'impression d'être dans un couloir cubiste de sensations déclinées ad libitum, sans espoir de sortie. Pendant une bonne demi-heure, Tsukamoto nous lessive, nous tourne dans tous les sens, comme s'il voulait appliquer cette technique de "tremblé" au montage lui-même et plus seulement au cadre. Ca marche redoutablement bien. Car, dans le chaos concret de ce long couloir sensoriel, les émotions ne cessent de nous harceler. La sensation de perdition est épouvantablement physique. Le temps (du film, du montage, du visionnnage...) semble vraiment s'étirer et se tordre. C'est sans doute le meilleur moment du film, et rien que pour ça, rien que pour voir et surtout sentir comme Tsukamoto réorganise ces matériaux pour en faire ce cauchemar sans fin, le film vaut le déplacement.

 

 

 

On retrouve cette sensation, je le disais, dans la dernière partie du film qui emboîte souvent le pas sur des éléments plus loufoques, et même une ou deux fois grotesques mais qui ne s'appuient plus seulement sur le côté heurté du montage. Entre les montées d'escalier et les ouvertures de portes (et les descentes !) incessantes, s'intercalent des plans "oniriques" plus travaillés, plus posés aussi, dont il sera quelquefois dur, sous leur apparente simplicité (et sous la simplicité réelle du scénario), de mettre le doigt sur le sens. En tout cas, entre quelques scènes plus classiques (dont la très belle montée en ascenseur qui appartient plus au film de genre, mais où on trouve un superbe plan faussement bâclé ; sauras-tu le retrouver ?), Tsukamoto lâche ses plans plus symboliques. L'histoire continue de progresser. Elle est simple. Il s'agit d'un deuil absurde, d'empathie trop prononcée et de violence sociale. Mais au fur et à mesure, il approche un sentiment plus diffus qu'il va réussir à imposer par ces images léchées qui auraient dû nous apparaître comme très kitsches. Je pense aux scènes de forêt avec ces trucages bien faits mais splendouillets, mais qui, dans le mouvement global du film, dans leur subtil placement narratif et dans le montage (tout cela est amené avec sensibilité et rythme) déploient au final une force énorme. Je n'en dirai pas plus sur ces très belles idées finales, complètement dévolutionnaires. En tout cas, j'ai trouvé bouleversante et vraiment belle (et très originale pour le coup) l'idée du "trou dans la forêt" et sa remontée désespérée et calme (avec un superbe contrechamp d'ailleurs), ou encore l'arrivée répétée du héros sur le toit de la maison (idée sublime), ou les descentes sous-marines où Tsukamoto menace (par la répétition, encore une fois) de mettre le film en forme d'une boucle impossible à arrêter. Du schéma d'enfermement et de répétition stérile et douloureuse de la première partie, Tsukamoto passe à une tentative laborieuse de brisure du cercle pendant laquelle la boucle se mue en une (d)évolution chaotique (les retours en arrière sont nombreux et douloureux), une évolution en colimaçon où l'on n'est jamais sûr que le disque soit rayé comme au début du film, ou si l'on continue d'avancer, idée d'autant plus magnifique qu'elle est relayée par une question bouleversante : comment refuser le scandale de la naissance ?!!?

 

 

 

NIGHTMARE DETECTIVE 2 nous donne l'occasion d'avoir des nouvelles de Tsukamoto, dont on sent cependant qu'il en a largement plus sous le pied, et nous prouve qu'il continue à travailler sa matière et qu'il remet en jeu, largement, son travail. C'est une honnêteté, pleine de risques certes, mais touchante, et c'est aussi une bonne nouvelle. Le cinéaste continue de bosser et sur des formes toujours chahutées, en recherche. Dommage qu'il faille aller dans un festival pour voir ce genre de cinéma, et que systématiquement ces projets plus ambitieux soient absents des salles.

 

 

Dr Devo.

 

 

 

PS : pour ceux qui ne le savent pas, le Concours Tanaka est ouvert ! Allez jeter un œil et amusez-vous avec rigueur !



Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Mercredi 29 avril 2009

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi





[Photo : "Portugal" par Dr Devo.]




Le premier OSS... était quand même une bonne surprise, et malgré des lacunes énervantes, le film laissait transparaître une certaine sincérité et une fraîcheur agréables. Dans le paysage post-apocalyptique du cinéma comique français, OSS... faisait figure d'oasis grâce notamment à une large place laissée à l'absurde et à la mise en scène (ou au moins au visuel). Il faut dire qu'au milieu de l'atmosphère saturée par les comédies franchouillardes insipides basée sur un comique TV surpayé jouant ses meilleurs sketches casés à coups de pieds dans une ébauche de scénario filmé par un transfuge du téléfilm en état de grâce, la moindre idée un peu originale fait l'effet au spectateur zombifié d'une poche d'oxygène pure. Pour ce second épisode, on prend les mêmes et on recommence au Brésil.

 




On se fiche grave du scénario, aussi improbable que celui du premier film, mais ma conscience de critique m'oblige à vous en produire un résumé en bonne et dûe forme, par respect pour le travail remarquable d'adaptation des livres de Jean Bruce. J'imagine, n'ayant jamais lu aucun de ses livres, qu'un génie capable d'inventer un espion répondant au nom de Hubert Bonisseur de la Bath doit déployer un talent stylistique peu commun et sans aucun doute fascinant.

 




C'est douze ans après ses précédentes aventures en Egypte que nous retrouvons Hubert. En prise avec des Chinois dans un chalet suisse lors de ses vacances au ski, il est rappelé d'urgence à Paris pour une mission de la plus haute importance : remettre un gros chèque à un nazi pour obtenir des microfilms contenant une liste de personnalités politiques françaises de premier ordre ayant discrètement raccourci leur moustache en 40.  Très vite, la mission dérape et Hubert doit compter avec le Mossad, les Chinois, les nazis, la CIA, des hippies, des catcheurs mexicains et autres reptiles plus ou moins vivaces. Il réussit, avec le brio français qui le caractérise, à passer au travers de toute ces organisations afin de faire rayonner le prestige de la France du Général De Gaulle jusque dans les plus misérables favelas.

 




Malheureusement, la malédiction du deuxième volet a encore frappé, et ce nouveau OSS 117 pêche méchamment sur de nombreux points. La chose la plus grave, qui saute aux yeux tout de suite, c'est - comme souvent dans les films français - la mise en scène. Le constat est pire que dans le premier épisode. L'échelle de plan comme le cadrage sont, de manière générale, très décevants. Mais ce n'est rien en comparaison des insupportables split screen (sauf peut-être pour la scène du téléphone) répétés ad-nauséam pendant tout le métrage. On a bien compris que c'est de la parodie, merci. Là, le spectateur est vraiment pris pour un idiot. Ces maladresses handicapent sérieusement le film d'un point de vue formel, d'autant plus que les faiblesses de rythme égyptiennes ont fait le voyage dans la soute. Toutefois tout n'est pas à jeter, le film n'est pas dénué de jolies surprises comme "le coup du trapèze" ou la scène sur les bras de Jésus (plutôt bien spatialisée). De manière générale, on est au-dessus de la moyenne des films français, mais à vouloir trop faire dans le référentiel, on tombe dans les travers des films parodiés, et surtout les effets de mise en scène sont les mêmes que dans le premier volet. Si c'était drôle au début, ça suffit, arrête, ça devient relou !





 

D'un point de vue narratif, l'humour est lui aussi touché par cette "malédiction". Les gags  sont moins recherchés, et l'humour utilise souvent les mêmes ficelles un peu éculées à base du décalage entre Hubert le Français misogyne inculte, et le reste du monde. L'absurde si agréable du premier volet est bien trop rare, et le sentiment qui surnage est la beauferie crétine, un brin énervante du personnage de Dujardin (au demeurant assez bon dans son personnage, là n'est pas le problème). Ce brave Hubert est présent dans tous les plans, monopolise le film qui ne semble plus tourner qu'autour des ses vannes. C'est beaucoup trop écrit, l'humour visuel a presque disparu, des gens l'ont vu pleurer. Du film on retient surtout des répliques, et il est difficile de se rappeler d'une scène en particulier, d'un sentiment diffusé en loucedé ou encore d'une association contre nature.

 

Finalement, la recette du premier épisode n'a pas vraiment changé, les gens ne seront pas déçus. Ils retrouveront leurs pantoufles devant la cheminée, le feu les réchauffera, mais jamais ils ne feront l'amour à une sublime inconnue sur une peau de bête fraîchement tuée. La saveur piquante de la nouveauté disparue, l'ennui pointe pour le spectateur à la recherche d'aventure extra-conjugale à huit euros. Comme dirait mon pote John Weng Weng  : de la dinde.




Norman Bates.



Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Lundi 20 avril 2009

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi



[Photo: "Des Fois, Je Suis Surpris" par Dr Devo, d'après une pochette de DVD du groupe Dark Age.]

Chers Focaliens,

 

Il fallait prendre son courage à deux mains pour aller cette semaine au cinéma. Mais nous le fîmes quand même, et faire un choix dans la track-list des cinémas art et essai ou du Pathugmont de la ville ne fut pas une mince affaire, et ce d'autant plus que des contraintes de temps nous obligèrent à réduire la liste des possibles...

 



C'est comme ça qu'on se retrouve devant le nouveau film de Sophie Fillières, UN CHAT UN CHAT, qui raconte les aventures de Chiara Mastroianni, une écrivaine déjà auteuse de deux livres mais qui est un peu coincée dans le moment, puisque l'inspiration lui manque et que le syndrome de la page blanche l'habite. Les choses prennent un étrange tournure lorsqu'Agathe Bonitzer, une jeune femme en Hypokhâgne, se met à la suivre, à l'épier, puis à interférer dans sa vie. Fan de Mastroianni, elle veut l'obliger à écrire son prochain livre sur elle (Agathe Bonitzer, suivez un peu !). Mais la romancière ne l'entend pas de cette oreille...

 

 



Même si on a hésité entre ce film et FAST AND FURIOUS 4 (rires), on peut dire que le film de Sophie Fillières annonce assez clairement la couleur. On est dans un film "à la française", de type art et essai classique, que les mauvaises langues qualifieront bien sûr de "Cinéma FEMIS". [Tiens, deux Focaliens tentent la FEMIS cette année ! Ca va donner !]. Economie de décors, plutôt réalistes, un peu de Paris, beaucoup d'appartements, et surtout des acteurs. La réalisatrice donne le "la" d'entrée de jeu. Si cette comédie semble plutôt terre-à-terre dans son modousse opérandaille, les dialogues et le scénario la placent dans une perspective plus surréaliste, plus loufoque où les jeux de mots et sur les mots sont incessants et teintent énormément un quotidien qui n'a l'air de rien mais qui s'impose assez vite comme totalement décalé, assez loin d'un réalisme qu'on pouvait craindre. Et c'est sûrement là le sujet de la chose : le chaos de la vie banale, son absurdité fondamentale, son opacité sémantique, et bien sûr, moteur de l'ensemble, l'insaisissable langage, impossible à appréhender clairement, plus vecteur de confusion que de compréhension. La situation de départ, la relation entre l'écrivaine et la groupie envahissante, sert de deuxième lame, et à travers elle se déploie une série de thèmes ou de figures assez identifiables : le double, le faux-semblant, l'inversion possible des personnages, le désarroi social, familial ou amoureux...

 

 

 

Pour mettre en place tout ça, Fillières utilise, chose de plus en plus rare, le format 1.66 que j'adore. Malheureusement, très vite, le compte n'y est pas du tout. Comme vous vous en êtes rendu compte, depuis un an et demie, voire deux ans, j'ai vu pas mal de films art et essai français, plus ou moins confidentiels, et je dois dire, en tant que critique cinéma au magazine QUE CHOISIR (c'est une blague, bien sûr), que les mesures effectuées en laboratoire montrent clairement que le film, sans qu'il ne bouleverse quoi que ce soit, possède deux ou trois micro-machins un peu au-dessus de la moyenne. D'abord une photo qui, sans rien apporter de bouleversant, est plutôt soignée au moins sur les deux ou trois premières bobines, car pour le reste, ça m'a paru plus fadasse (faute au tirage de la copie?). Non pas que la photo soit sublime ou même belle comme un camion Balbo, mais quand même, on est relativement au-dessus de la moyenne grisouille de la production françaaaaiiiiiiise. Côté cadre, je note que la réalisatrice ne fait pas que des gros plans. Bien entendu, françosité du françoisisme oblige, il y a, entendons-nous bien, un bon semi-remorque de gros plans, mais ceci dit, soyons honnêtes et laissons notre "ultrisme" focalien et de bon goût de côté, Fillières aère plus que ses collègues.

 

 

Voilà...

 

 

 

Sinon, tout le reste relève de la cataschtroumpf complète. Et encore Dieu sait qu'il y a ici dans le rôle principal notre amie Chiara Mastroianni, précise comme d'hab' ! UN CHAT UN CHAT est en quelque sorte typique et même si on n'est pas dans le fond du panier, il représente un cinéma tout à fait contemporain, totalement bâti sur les intentions et les idées-papiers. Globalement, premier écueil d'importance, le film n'a quasiment aucun rythme, non pas qu'il soit lent, mais dans le sens où les scènes s'enchaînent sur un rythme d'une grande monotonie qui jamais ne reflète le dixième de billionième des intentions surréalistes que la réalisatrice essaie d'insuffler à ses dialogues, qui pêchent de la même manière : le manque de saillies, d'achoppements et pourquoi pas  de contradictions.  On est bien loin du gourmandisme d'un Ruiz par exemple, mais alors trèèèèès loin. Ici, jeux de mots, jeux sur les mots, tentatives des personnages de se réapproprier le langage porteur de sens (beau sujet) ne constituent qu'un collier de perles égales, dures à s'approprier pour les acteurs, semble-t-il, qui jamais n'osent véritablement franchir un cap plus poétique, moins anecdotique. Peu de paradoxes achoppent par conséquent, et le film coule sans vraiment de conséquences ni ruptures, bien loin des ambivalences recherchées. Ces dialogues, travaillés pourtant, ne sont - il faut le dire - pas soutenus par la mise en scène, calmissime, très classique, qui jamais ne témoigne de la folie du projet de départ, et qui au final contredit complètement le propos. Le montage, parent pauvre pour le coup, semble, c'est bien le comble, complètement narratif et linéaire. Non pas qu'on souhaite ici la complexité et le récit multi-couche d'un FIRE WALK WITH ME de Lynch, bien sûr. Mais là encore, on se souvient de Ruiz. Ici, c'est du narratif, option qui alourdit bien le rythme, désincarne complètement le propos qui de toute façon ne prend jamais chair dans le corps et le cœur du film, c'est-à-dire sa mise en scène. UN CHAT UN CHAT est donc une espèce de lecture de projet, de chose suspendue dans un espace entre l'intention et l'action, et dont au final, malgré les prérogatives de la réalisatrice, pourtant assez marquées, il ne reste qu'un objet lisse, maladroit (j'y viens) et ne dévoilant pas une personnalité énorme (je parle du film ici, pas de la réalisatrice). On est très loin, malgré quelques effets (pluie impromptue, ou la belle poignée de mains hors-cadre de Mastroianni), d'une rencontre percutante. Le fadasse l'emporte, et le film sombre vite dans quelque chose d'anecdotique, sans conséquence, sans sentiment de nécessité.

 



La projection devient même lessivante car la troisième lame qui coupe le poil de l'envie, c'est vraiment les acteurs qui, hormis Mastroianni, sont vraiment difficiles, peu  sûrs, ânonnants, imprécis. Je les ai sincèrement trouvés épouvantables, notamment Agathe Bonitzer, ou encore Malik Zidi dont je ne conçois même pas qu'il se retrouve dans le casting de ce film. C'est du jeu de cours (Florent ou autre), peu aidé il faut le dire, par un choix de prises parfois surprenant, notamment dans la scène de la "colle".

 

C'est ce jeu d'acteurs qui déséquilibre le plus le film et qui a tendance à le faire tanguer du côté du ridicule. Si le film se plante pour des raisons de mise en scène trop faible, soit. Mais que le casting soit si uniforme, si laborieux à imposer la moindre nuance (sans parler de nuances multiples), voilà qui est plus surprenant. Le film étant pauvre ou discret dans sa facture d'autre part, la seule planche de salut, c'étaient eux, les acteurs, et on est là aussi trèèès loin du compte. Quasiment rien ne passe, et la vision du film se révèle tout bonnement laborieuse pendant une bonne heure, et terrible dans les ¾ d'heure suivants. La vraie énigme du film, c'est de savoir comment on peut financer ce film plutôt qu'un autre, et qu'est-ce qui a fait que tant d'options soient défaillantes sans que personne ne s'affole. Et que la presse, globalement positive, trouve la chose ludique et décalée laisse carrément pantois. On préférerait que le cinéma français se coltine d'autres problèmes, comme par exemple la recherche dans le rythme et l'exploration des textures, ou encore qu'il se demande comment imposer une forme plastique à des idées qui, trop souvent et ici on est presque dans la caricature, se bornent à des intentions prononcées, des dialogues explicites sans que jamais la forme, le tempo, la direction artistique ou les autres leviers de mise en scène (le son par exemple !) n'essaient de former un réseau signifiant.

 

 

 

 

Dr Devo.

(Critique en Grève)






Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 15 avril 2009

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi






[Photo: "Comptez vos poules!" par Dr Devo.]




Chers Focaliens,

 

Après la trêve focalienne pendant laquelle nous avons envoyé toute l'équipe en stage de méditation thoracique à La Bourboule, nous aurions bien aimé nous précipiter en salle à notre retour. Je serais bien allé voir SYNECDOCHE, NEW-YORK, le premier film de Charlie Kaufman, scénariste de DANS LA PEAU DE JOHN MALKOVICH, car le casting était magnificent, et l'histoire superbement bizarre, semble-t-il. Juste avant de partir à La Bourboule, je savais que, dans ma ville, le film sortait. Je reviens la semaine suivante et bien sür, le film était déjà retiré de l'affiche dans le ciné art et essai où j'ai mes habitudes, un six-salles qui passe chaque semaine une grosse dizaine de films (parfois plus de 20 !). Pour vous donner un exemple, GRAN TORINO qui ne fait plus rien en termes d'entrées, garde encore ses cinq séances quotidiennes. UNE FAMILLE BRESILIENNE, sorti il y a trois semaines, film qui ne marchait déjà pas en première semaine, a encore deux séances ! Et SYNECDOCHE..., le film de Kaufman, n'avait que deux séances la semaine de sa sortie ! Le film étant sous-médiatisé, les fans potentiels étant à peine au courant qu'il sortait, et vu qu'il a été ici, et sans doute ailleurs, si bien défendu par les directeurs de salles, bah, il s'est planté, logique. Une semaine de vacances et zou, le seul film excitant du trimestre s'est volatilisé. Alors qu'on ne vienne pas me titiller avec le bouche-à-oreille (qui a quasiment disparu depuis 12 ans et qui ne fonctionne que pour les films sur-médiatisés), avec l'offre et la demande, etc... Philippe Grandrieux, Guy Maddin, Kaufman donc, Harmony Korine, Ulrich Seidl (réalisateur de DOG DAYS dont j'aurais bien vu le film suivant IMPORT EXPORT), autant de films, les seuls que je n'aurais loupés pour rien au monde, ne sont même pas sortis ici, un des plus grandes villes de France où on compte en centre ville 10 écrans art et essai (15/30 films par semaine). LA HONTE ! Par contre, le moindre film kazakh a le droit à une sortie sur tapis rouge, une exploitation de trois semaines et tout le toutim.

 

 

Spécial kass-dédi aux spectateurs qui continuent à aller voir les TULPAN et autres FAMILLE BRESILIENNE, faisant ainsi là où on leur dit de faire, et qui, par la bande, entretiennent le système !

 

 

[Note : en deuxième semaine d'exploitation, SYNECDOCHE, NEW YORK ne passe que dans dix salles, et mis à part le MK2 Beaubourg, dans les autres salles, en province, il n'a qu'une seule séance par jour !]

 

 

 

Alors plutôt que d'aller voir COCO, ou d'aller voir des films "art et essai" sans conséquence (le Benoît Jacquot VILLA AMALIA, ou encore UNE FAMILLE BRESILIENNE qui est tellement inconséquent que je ne vois même pas ce que je pourrais dire dessus dans le cadre d'une critique !), bah, on reste chez soi à regarder des films qui  ne sont pas sortis en salles (SOUTHLAND TALES, MOTHER OF TEARS...) ou les films qu'on a loupés pendant l'année ! Le monde est moche et injuste ? RESTEZ CHEZ VOUS ! Ne sortez que pour aller dans le Cashland le plus proche et acheter une belle dévédéthéque remplie de films sublimes à quelques euros pièce.

 

 

Que dire de UNE FAMILLE BRESILIENNE ? Bah, grosso modo, ce portrait d'une famille brésilienne (c'est bien foutu) qui met en parallèle le destin d'une mère célibataire bien mûre et de ses quatre fils,  se passe au Brésil et respire la brésilanité du brésilanisme. Il y a un petite photo ocre. Un cadre gentiment paresseux quelquefois, et très anodin souvent. Et une succession de scénettes mises bout à bout d'où rien n'émerge particulièrement.  Les deux ou trois endroits où la Métaphore reprend un peu le dessus (l'intro notamment, la fin bien sûr), les parallèles sont si attendus qu'ils endorment ou paraissent un peu vulgaires (le parallèle entre le foot et l'accouchement ! Misère... Le ballon quoi ! Le "miracle religieux", naïvement privé de contrechamp à la fin... Mon dieu. Que c'est terne !). Et bien sûr, la Maman-Courage au milieu de tout ça, et qui a d'ailleurs obtenu le Prix d'Interprétation lors du dernier Cannes, ce qui laisse supposer des négociations serrées au sein du jury, tant la performance de l'actrice est, au mieux, totalement anodine. Ce qui frappe dans ce film, c'est l'accumulation d'anecdotes, l'absence complète de suivi, et l'exploitation ultime du fantasme de l'objectivisme (« ..cinéma de fiction, cinéma de documentaire ! ») qui cache bien souvent l'utilisation de ficelles mélodramatiques ultra-classiques. Un exemple : la scène de la fête où le jeune héros footballeur fait une apparition et dont on sait dès le début de la séquence (dans la voiture) comment elle va finir et comment elle va mal se passer (les chaussures ! Ohhhhhhhhh ! Ils n'ont pas honte ! On le voit arriver à 3000 km !).



Une famille pauvre, une photo locale, la vie amère et douce, des scènes qui s'enchaînent interminablement, sans conséquence, une idée de montage révolutionnaire appelé "montage alterné", UNE FAMILLE BRESILIENNE, film même pas nul, juste complètement banal, n'a finalement aucune personnalité, ne choque rien ni personne, et a fortement le goût de carton. On peut monter les images dans un autre ordre qu'on aurait un film égal, ce qui est quand même le comble. Deux métaphores, des anecdotes de comptoir ennuyeuses à mourir, et un ou deux jeux de mise en scène pauvrissimes qu'on ressert 50 fois dans le film (le montage alterné, l'utilisation de la musique avec le son qui part en sourdine, etc...), et tout le monde au lit. Je laisse la lumière allumée dans le couloir pour que tu n'aies pas peur du noir. Pfff....

 

 

 

 Je rêve de bons films en salle, du genre avec une idée par plan... pas quatre en une heure et demie !

 

 




Dr Devo
(critique en grève...)






Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Vendredi 10 avril 2009

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi





[Photo: "La Solitude de l'Ouvrier-Critique" par Dr Devo, d'après une  photo du film CITIZEN DOG de Wisit Sasanatieng (Thaïlande, 2006).]





Ah ! Dragon Ball au cinéma ! Déjà l'objet d'un premier film philippin absolument bouleversant qui fit l'objet d'un texte sublimissime du Dr Devo (dont on attend toujours la suite), voilà donc la version américaine du manga-dessin animé-figurine du même nom. En fait, les Américains ont découvert récemment la série, qui n'avait jamais été diffusée chez eux jusque-là. Et comme personne chez eux n'a rien compris, ils se sont dit, pleins de bonne volonté, qu'ils allaient expliquer au monde ce que doit être Dragon Ball aujourd'hui, dans une société digne de ce nom.

 



En France, Dieu merci, nous avions déjà tout compris il y a bien longtemps, lorsqu'enfants nous suivions les multiples diffusions du fameux dessin animé à l'heure des chocapics. C'est sans doute  pour cela que la critique française s'est mis en tête d'accabler le film, considérant ce dernier unanimement comme un vulgaire nanar destiné aux jeunes gens n'ayant pas connu l'époque bénie du Club Dorothée, allant même jusqu'à refuser d'en parler (!). Cette attitude en dit long sur le travail de nos chers confrères, je relève donc le défi, je vais sans doute être le seul français à soutenir publiquement cette œuvre d'art total. C'est le poing levé que j'entame mon réquisitoire, jurés veuillez vous asseoir.

 




Goku est un jeune garçon mal dans sa peau : au lycée, les autres enfants se moquent de lui et il n'arrive pas à parler aux filles de sa classe autrement que via d'inintelligibles bégaiements. Pourtant, chez son grand'père, il pratique le kung-fu depuis sa naissance et a atteint un niveau honorable, ce qui en toute logique devrait lui attirer les faveurs des adolescentes de sa classe. Oui, mais voilà, Goku à été élevé dans le respect des croyances ancestrales par Papy : il a juré ne jamais se battre sans raison, et ce ne sont pas les crétins de sa classe qui vont le pousser à renier des valeurs pour lesquelles de nombreux héros ont donné leurs vies. Le jour de ses dix-huit ans sa vie va basculer : d'abord parce que Tchi-Tchi est grave bonne, et secundo parce que son grand'père lui a remis une boule de billard lumineuse avec des étoiles à l'intérieur. Invité chez Tchi-Tchi le soir même en remerciement du déblocage de son casier, il découche : c'est malheureusement à ce moment là que Piccolo avait prévu de débarquer chez Papy pour le maraver et détruire sa baraque. Piccolo, c'est une sorte de jedi maléfique qui aurait mangé des huîtres plus que de raison et qui voyage en hélicoptère, avec une garde du corps-secrétaire sexy qui se tape le sale boulot. Sur les ruines de la maison familiale, Goku rencontre une junkie qui cherche des Dragon Balls avec un GPS pour les revendre sur les marchés de Macao comme anti-stress. Ils décident de s'unir et partent à la recherche de Chow Yun Fat qui a sans doute les réponses à leurs questions, comme c'est bien trouvé. Effectivement, entre deux hors-série Biba Topless, il trouve le temps de lire des mangas et connaît bien l'histoire de Dragon Ball. Il fait quand même un peu de kung-fu avec Goku pour la forme et pour lui apprendre les secrets de l'aérokinésie, avant d'emmener tout ce petit monde à la poursuite des Dragon Balls qu'il faut impérativement trouver avant Piccolo et Eric Zemmour pour éviter qu'ils ne plongent le monde dans le chaos et la terreur.

 



Il serait bien illusoire de comparer ce DRAGON BALL EVOLUTION avec DRAGON BALL LE FILM, ou la série animée du même nom. Non, ce nouvel opus est bien au-dessus de tout cela, il transcende la mythologie créée pendant plus de dix ans par Akira Toriyama en 1h15 chrono. Et en dansant. L'action se déroule dans un monde futuriste, Goku n'est plus un enfant-singe et utilise du gel pour avoir les cheveux plats. A travers cette métaphore capillaire se cache tout l'enjeu de DB EVOLUTION : faire disparaître le mythe, faire évoluer les vieilles croyances, reléguer les gloires du passé aux oubliettes. Place à un nouveau champ d'action en gardant le même théâtre des opérations. Il faut comprendre le titre du film comme une évocation des théories Darwinienne : passer du mi-singe à l'humain total du XXIe siècle, celui qui a quitté la meute pour marcher seul au son de son I-Pod, qui a rangé le kimono pour l'attirail blingbling du clubbeur épicurien, bref, qui voit dans les Dragon Balls un brevet technologique rentable à long terme. DBE, c'est l'histoire du progrès fracassant la gueule des monstres sacrés, piétinant le jardin des religions, réduisant les besoins métaphysiques de l'humanité à la recherche de la stabilité sexuelle et financière. Bien sûr, le film est en avance sur son temps, et tous les spectateurs criant au viol de leurs souvenirs d'enfance sont par trop enlisés dans leurs rêves d'un autre âge. Si aujourd'hui le kamehameha est devenu une danse tektonik, c'est avant tout pour montrer l'influence de l'art sur la technique. Un bon combattant n'est plus un simple technicien, c'est un artisan ! Chaque minute de sa vie est tournée vers un but unique de dépassement de soi, d'évolution. Il faut lutter contre la part du loup (très belle scène de transformation), et le vrai combat ne se joue plus contre l'autre, mais contre soi-même.

 

Les enjeux dramatiques ne reposent plus sur la confrontation au Mal, mais sur la quête initiatique du héros. Le passage à l'âge adulte, la mort symbolique du père, la découverte de la sexualité et de son ambivalence à la mort, autant de thèmes graves abordés pour la première fois dans un Dragon Ball. Goku va découvrir, avec ses amis, à ne pas faire confiance à ses sens, à casser la gueule à ses détracteurs, et à utiliser son ki pour draguer. A partir de là, le film se permet le luxe suprême de faire fi des convenances matérielles et géographiques, en passant d'un désert à un volcan, via un coup de perceuse au fond d'une grotte. Il faut voir dans cette astuce narrative un clin d'œil évident à 2001 L'ODYSSEE DE L'ESPACE : c'est en effet l'outil qui a transformé le singe en homme capable d'envoyer des représentants de son espèce dans l'espace (et de construire des Kangoo).

 



La fin du film confine au sublime. Elle n'est rien de moins qu'une proposition philosophique de vie pour les générations futures, un programme spirituel et physique vers le Surhomme. En cela, James Wong emprunte beaucoup à Nietzsche : la mort des méchants, quasi-divins, est un pas de plus vers l'abolition de la culpabilité et de la peur métaphysique. Avec les sept Dragon Balls réunies, l'homme se façonne Dieu, commande aux dragons de la destinée, et abolit la mort.

 




Évidemment, le fait que Tortue Géniale ne soit pas un vieux avec une carapace, ou que Bulma n'ait pas les cheveux bleus est bien peu de chose à coté de tout cela, et les hordes de fans criant au désastre pour ces détails narratifs sont passés totalement à coté de la symbolique proposée.

 




La mise en scène, pour finir, est en accord complet avec cette vision Darwino-Nitzschienne (si je veux) de l'Humanité. James Wong réussit un bel enchaînement technique d'images, et, comble du bonheur, sonorise le film tellement bien qu'un non-voyant pourrait suivre l'intrigue. Les effets spéciaux en 3D font appel à une large palette de couleurs variées qui réjouiront les aficionados des couleurs chaudes, comme ceux qui préfèrent Turner à Gaugin. Post-séance, le spectateur voyant est encore sous le charme chromatique du combat final, révélant la supériorité du bleuté sur le verdâtre. Le parti pris formel est étonnant et les traditionnels ralentis boulette-time sont très minimisés, l'ensemble des scènes d'action laissant plutôt libre cours aux pulsions frénétiques des caméramen bien décidés à représenter la violence sous la forme la plus abstraite possible afin, bien évidemment, que des jeunes esprits malléables ne reproduisent pas la pareille dans leur monde social. Que dire de plus ? Le montage, moelle épinière de la narration cinématographique, est très bien agencé : les scènes se suivent, parfois entrecoupées par d'autres scènes. L'introduction des personnages est très bien coordonnée : les premières scènes avec Goku sont sublimissimes et doivent absolument être étudiées dans les écoles de cinéma qui se respectent, notamment pour apprendre aux futurs réalisateurs la notion d'échelle de plan. Premier plan : une goutte. Deuxième plan : la goutte tombe d'un nez. Troisième plan : le nez appartient à un visage. D'une goutte, berceau de la vie, on passe à l'homme : évolution, CQFD.

 



De leur vivant, les artistes visionnaires sont rarement reconnus.

 

 

 


Norman Bates.



 


Ecrire un commentaire - Voir les 8 commentaires
Jeudi 9 avril 2009

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi




[Photo: "My Condition ["Roll Over Stockhausen" par Dr Devo.]






Mes amis, je viens de voir la bande-annonce du film COCO, réalisé par Gad Elmaleh et distribué dans 694 salles dans notre beau pays. La critique cinéma de Elle a parlé de ce film d'une manière qui m'a remué de fond en comble: "(...) cher Gad, avec tous ces jeux de mots idiots, n'avez-vous pas honte de nous faire rire autant ? ".

 



Dépité, décimé, je décidais de me maquiller le visage en noir et de me rendre séance tenante voire TWILIGHT en V.F, pour tenter de confronter mes souffrances à l'universalité, au cosmos voire à l'absolu.

 



[Difficile de passer après les vidéos de l'Ultime Saut Quantique.]

 





Ma compagne de souffrance ce sera Isabella, 16 ans. Elle doit quitter la Floride pour aller vivre dans le Nord-Pas-De-Calais, chez son père. Ce dernier est un agent de police taciturne dans un petit bled. Il aime bien regarder le baseball sur son écran plat avec ses potes apaches le vendredi soir, muni d'un pack de bière, élément très important dans l'histoire. Isabella se retrouve dans cette ville inconnue, où il pleut tout le temps et où ses petits camarades de lycée semblent étrangement dénués de la moindre parcelle d'intelligence. Heureusement, il y a Edouard, un espèce de bellâtre avec du talc (NdDr: voir photo) sur le visage et des yeux qui changent de couleur quand il y a du soleil. Lui, il est vraiment très mystérieux, et quand ils se retrouvent tous les deux côte à côte en cours de chimie, il refuse de lui adresser la parole. Il va même jusqu'à disparaître pendant une semaine sans raison. Il réapparaît pour sauver Isabella d'un accident de voiture, faisant preuve d'une force et d'une vitesse peu communes qu'il est incapable d'expliquer au comité olympique local. Intriguée, Isabella essaye d'en savoir plus sur ses goûts musicaux. Il lui confesse écouter Debussy le soir, au lieu d'aller en boîte : pas de doute, après recherche sur Google, Isabella est sûre que c'est un vampire. S'ensuit une partie de baseball parmi la belle-famille où elle se retrouve arbitre, ce qui lui vaudra la haine d'un hooligan aux dents longues qui va la poursuivre dans tout le pays.

 



[Hop.]

 




TWILIGHT commence de manière très sympathique, comme un film de collège classique. Présentation de l'héroïne assez rapide: elle est plutôt solitaire et semble avoir des actions chez Apple. L'arrivée au bahut, scène traditionnelle dans le teen movie est expédiée fissa. On retrouve la galerie de personnage habituels, la pouffiasse, l'intello, le sportif, le futur journaliste, le petit malin, et, au fond de la classe, le focalien en culotte courte qui lit du K Dick. Arrivent là-dessus les fameux vampires, mêmes personnalités mais version noir et blanc, et by the way le fameux Edouard. Catherine H. sort son stradivarius, fait péter le ralenti, les regards se croisent, Isabella a du vent dans les cheveux et n'a plus d'yeux que pour ce gars. Ce n'est absolument pas subtil pour un sou, mais il y a un peu de cadrage, des petites idées de mise en scène (la chouette) et une photo luxueuse. En gros la première partie du film  fait honnêtement son boulot, même si l'actrice est vraiment relou avec ses mimiques d'ado éprise digne de HARTLEY COEUR A VIF et qu'Edouard a vraiment un visage splendouillet (il ressemble à un lego).

 



Bon après c'est complètement nul, en gros à partir du moment où ils sortent ensemble. La mise en scène perd complètement les pédales : zooms caméra dignes d'un film de kung fu, travellings dans tous les sens, effets 3d un peu partout pour montrer que le personnage va très vite (il court comme Speedy Gonzales dans le dessin animé (!)) et on s'ennuie beaucoup. La photo devient vraiment moche en forêt, il n'y a plus que des gros plans sur des visages qui expriment l'amour (enfin, c'est ce qu'on a du leur dire au court Florent) et beaucoup de bruit pour rien. Par contre, il y a un truc amusant, certains plans sur les arbres étant un petit peu trop longs alors même qu'ils sont inutiles au procédé narratif. Catherine H. veut vraiment ancrer son film dans les bois, Lady Chatterley n'est pas loin... Mais enfin bon, sortir des sentiers battus, surtout en forêt, c'est toujours agréable. On a l'impression de quitter cette histoire de merde, et de se perdre dans les à-cotés, soit la coulisse du théâtre des opérations.

 



Non vraiment, ceci  n'a que très peu d'intérêt, et frise parfois le totalement ridicule (la partie de baseball en forêt est un monument de mauvais goût cinématographique). En fait, il y a énormément de choses mieux à faire que d'aller voir un truc pareil. Par exemple, ne pas aller voir COCO, ou y aller avec des chiens apprivoisés pour observer scientifiquement leurs réactions aux couleurs et aux sons.

 




[Par contre, il y avait plein de jeunes gens qui voulaient savoir ou était parti Edouard quand il n'était pas là. Moi, j'aimerais bien savoir pourquoi les apaches sont les ennemis jurés des vampires, chose qui est expliquée de la plus grossière des manières pendant le film, un conte incompréhensible avec des loups.]

 




Ce qui aurait pu être intéressant, comme l'intégration des vampires dans la société américaine ou l'impact du nucléaire dans la domotique pour tipis apaches, n'est absolument pas traité et même carrément évité. Les rednecks du coin ne les aiment pas, mais ils n'aiment pas non plus les indiens, ni le Festival de Sundance. On saura à la fin qu'ils aiment la bière. Les vampires ne sucent pas vraiment du sang, c'est juste des mecs comme tout le monde qui vivent dans un loft Ikéa dans une forêt, en prenant bien soin de faire un bilan carbone régulier.

 

Je veux revoir John Hughes.





Norman Bates.



Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Jeudi 26 mars 2009

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi





[Photo: "A la Suite de l'Arrêt de Travail d'une Partie de notre Personnel..." par Dr Devo.]






Chers Focaliens,

 

Réveillé à 7H32 par un coup de fil venant de Los Angeles, c'est chic, c'est un peu dans la vase que je dus répondre à mon interlocuteur que, non, décidément, je n'étais pas prêt à vendre les droits d'adaptation au cinéma de ce site, surtout "si c'est Guy Pearce" qui joue mon rôle, ajoutais-je toujours avec courtoisie, mais plus fermement. C'est en me dirigeant derechef vers la cuisine que je butais sur un dividi au sol, sans doute laissé là par Toutou, mon labrador fidèle mais joueur concernant les choses de l'amour et du cinéma. Il avait abandonné là, nonchalamment, la précieuse galette, à savoir une édition blou-raie du film 300. Prenant cela comme un présage, je décidais de prendre des mesures anticipatoires en avalant sur le champ un cachet d'Efferalgan, et me posais, sans un rire, dans la paille d'une chaise de la cuisine pour avaler, sans rire aussi et en silence, trois crêpes froment recouvertes de beurre demi-sel, puis de cacao en poudre, opération qui devait maculer de manière provisoire mais certaine, la table de la dite cuisine, constellée alors d'émanations poulinesques comme autant de tâches de Rorschach que j'eus peine à décrypter, à moins qu'il ne fallût voir là qu'une espèce de déclaration de guerre cryptée en provenance du pays qui donna le jour au clan Van Houten. L'air n'était animé que par la légère brise émanant  imperceptiblement du speaker du poste radio et sentant encore un peu le caoutchouc de la membrane, car j'ai le nez creux et fin, et sans la voix lointaine d'un Michel Drucker revenant sur le parcours hors-norme de Louis Blériot, je serais sans doute encore, à l'heure qu'il est, attablé de la même sorte dans la pièce que jadis je considérais bénie, mes journées d'enfant commençant invariablement là, dans la poudreuse de ces collines de blé noir et dans la promesse d'une journée encore plus belle...

 

 


Vincent Lindon est en fait un prof de natation, ce qui expliquerait bien des choses quand on y repense, et dans le Pas-De-Calais en plus, pour ne rien arranger. Il rencontre, près du grand bassin, un jeune Kurde qui lui demande de lui apprendre à nager. Ce dernier aimerait en fait rejoindre l'Angleterre pour manger des chips au vinaigre et hurler des refrains des Smiths, le samedi soir, au pub, dans les oreilles de touristes français. Lindon, fraîchement divorcé de Madame qui, elle, est justement bénévole auprès des sans-papier Q, comme on dit à Groland, va aider le jeune homme et même l'héberger ce qui lui vaudra de sacrées remontrances de la police, alertée par son voisin homophobe et vichyste. Que faire ? Laisser le jeune homme se noyer dans la Manche où il a peu de chance de survivre aux non-compressibles cinq heures de nage, ou le laisser pourrir avec ses rêves ? Devant la belle obstination de la maréchaussée à lui pourrir l'existence, Vincent décide d'en afficher une (d'obstination, suivez un peu), non moins convaincue et dit à voix basse une fois que le commissaire a tourné le dos, comme à lui-même "toi le keuf, je te nique" et faisant un geste ostensible de l'index dans la poche de son K-Way. Mais un malheur n'arrive jamais seul...

 

 

Philippe L., qui n'a pas 13 ans, ne se drogue pas et n'est pas prostitué, nous propose là son nouvel opus après JE VAIS NE T'EN FAIS PAS, son poussif téléfilm, avec beaucoup de Kad Mérad dedans, ainsi que du rock indé de Kriss qui sent bon la marde, comme dirait mon ami (que je ne connais absolument pas, du reste) rédacteur du site JOUR DE VIDANGE dont je ne saurais que vous conseiller, plutôt que de lire mes âneries, de découvrir les merveilleux articles (aujourd'hui, une critique de HIROSHIMA MON AMOUR 2 et un article sur Nietzche et le savon). De JE VAIS BIEN..., votre serviteur n'avait rien retenu, si ce n'est ce sentiment d'ennui et de guimauve, et aussi de photo de téléfilm France 3.

 



Ici,  changement de cap, c'est merveilleux. On poucera deux fois le réalisateur en faisant des grands LOLs, tant son film respire l'amélioration sur les plans cinématographique et humain. Comment rester humain dans un pays qui a oublié de se laver les dents le matin, mais où on ne peut pas accueillir toute la misère du monde ? Tel est l'enjeu de WELCOME, film profondément lemoniste puisque qu'il nous rappelle que l'onanisme c'est mal, hors des liens sacrés du mariage ou alors, à la rigueur dans le vestiaire du sporting-club de Manchester, après une bonne matinée à courir en liberté dans les champs du Seigneur.




Côté mise en scène, c'est aussi beaucoup mieux, notamment par la photo, moins bleue, moins France Bleu même, dirais-je, beaucoup plus précise qu'une retransmission de LCI du Tour d'Italie. Le son aussi, c'est mieux. Lioret exploite à fond sa mère en ce qui concerne l'utilisation du Dolby Surround Digital 5.1, et franchement je sens la différence avec Michel Drucker de quand je l'écoute sur mon autoradio. Le format Scope, superbement utilisé dans une farandole de gros plans ("Euh oui, en même temps, un moment il fait un plan d'ensemble, c'est faux ce que tu dis...", m'a-t-on dit récemment à propos de ENTRE LES MURS à propos duquel je faisais la même remarque, "Tu peux pas dire qu'il fait que des gros plans, dans la scène du conseil de classe, il fait un plan moyen, c'est faux ce que tu dis..."), donne un souffle giscardien à cette épopée de l'amour et des droits de Lomme (kassdédi au 5-9). Les scènes se succèdent avec une rigueur étonnante, allant de la simple introduction à l'enchaînement bien plus complexe de séquences plongeant le spectateur dans l'effroi sans nom, presque lovecraftienne, d'une situation vue à la télé qui ne l'est pas moins. Bien que les rivets de mon jean rentrèrent fréquemment dans la face externe de mon os pelvien durant la séance, je dus admettre une certaine surprise quant à l'incroyable force du dispositif consistant le plus souvent à enregistrer de l'image et du son sur support argentique, chose dont on ne saisit pas la grande complexité lorsqu'on paye les huit euros de son ticket. D'un point de vue musical, aussi, il y en a. Les dialogues s'entendent, c'est merveilleux, à l'image de la bande-annonce, plus que fidèle, conforme dirais-je, qui redonne espoir dans les objets de conception européenne, créés par des artisans qualifiés professionnels.

 




WELCOME a été voulu et construit comme une fenêtre ouverte sur soi et le monde, et replace la pertinence du cinéma du réel (ce qui n'empêche pas le lyrisme, comme dans cette scène où le jeune kurde, en pleine traversée du Channel, pète dans sa combinaison de plongée et dans la Manche, ce que mon voisin commentera d'un "vachement souple !") dans un contexte d'actualité des plus contemporains. Ni prêchi-prêcha, ni autoritaire, le film retrace avec un style fordien les luttes nécessaires de notre humanité d'individus ressentant, bien loin des films-jetables (et souvent rasoirs ! hihihi !) qui envahissent trop souvent nos multiplexes. WELCOME rappelle que le cinéma est là pour changer le monde et le faire évoluer au prix d'idées plus juste et gorgées de pertinence, comme en plein Gers. Changer le monde et le faire évoluer, voilà bien aussi ce que pense faire cette humble critique.

 

Kiss. Bsx. Ptdr.

 

Woké Michel. Pour ça, on accueille Petite-Critique. Bonsoir. Bonsoir Gérard. Ta fréquence ? Ta Fréqueeeeeence, merde ! Bon, c'est bon, celui-là, il retourne au standard.

 

 

Dr Devo.





Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Mardi 24 mars 2009

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi




[Photo: "Vive réunion éditoriale à la rédaction des Cahiers !" par Dr Devo.]





Chers Focaliens,

 

Sans aucun doute, le chiffre du jour, c'est 14 !

 

[Introduction offerte par le Syndicat des Instituts de Sondage.]

 

 

 

Arriaga, scénariste en vogue puisqu'il signa les scripts de 21 GRAMMES, des AMOURS CHIENNES ou de BABEL, passe ici à la réalisation à travers l'histoire d'une jeune fille apprenant la mort de sa mère (Kim Basinger : je t'aime ma maman !) dans un caravane en plein milieu du désert et dans les bras de son amant, mexicain qui plus est, et un bon zeugma, moi, je dis que ça ne se refuse pas. Cette jeune fille, dis-je, se rapproche du fils de ce Mexicain aimé qui, de fait, c'est bien foutu, a perdu son père alors qu'il faisait un câlin avec la mère de l'autre, Kim Basinger, suivez un peu. Des années plus tard, la jeune fille est devenue grande et belle (Charlize Theron). Elle n'est pas heureuse et se perd dans des aventures sexuelles sans lendemain. Oooooh ! Il n'empêche que la voilà rattrapée par son passé d'une étrange manière. Petit à petit, nous découvrons, non pas les raisons cachées du drame mamanticide, mais surtout les implications oubliées autour de ce drame, implications qu'il va bien falloir affronter en pleine lumière...

 



Comme à son habitude, Arriaga imprime sur le récit son dada narratif, à savoir ne pas raconter l'histoire de manière linéaire, mais au contraire en faisant des allers-retours entre le présent et le(s) passé(s). La première chose à noter est que ce mélange s'effectue sur un mode moins chaotique, ou plutôt moins chahuté, que dans les films cités plus haut. Quand on attaque une partie (le présent ou le passé), les séquences sont plus longues et presque jamais interrompues par l'autre sphère temporelle. Et globalement, dans les deux camps, on reste sur un étalage linéaire de la narration qui ressemble du coup à une espèce de montage alterné. Bon. On le voit, on est moins dans le chaos émotif de 21 GRAMMES par exemple, dont j'avais aimé les "méprises" de la première partie. Je vous renvoie à mon article de l'époque.

 



Côté mise en scène j'ai déjà vendu la mèche dans mon commentaire récent sur le film WATCHMEN. La photo, cosignée Robert Elswit (THE WILL BE BLOOD, SYRIANA..., suis pas fana moi !) et John Toll (LA LIGNE ROUGE, je préfère !) est très soignée, et pour une fois, la copie dans laquelle j'ai vu le film était particulièrement bien tirée ! Bravo ! Ca cadre de manière plutôt élégante quoique classique, et même très bien dans le premier quart d'heure, de loin la partie la plus réussie, où quelques mouvements de caméra et un montage plus alerte et expressif rendent le visionnage assez agréable. Par la suite, cette photo soignée, mais sans grande gourmandise ni fofollerie, se fait plus discrète laissant largement la place à la narration et au scénario, et donc aux acteurs ! Le montage aussi se fera globalement illustratif. Pas grand'chose de plus à dire sur la mise en scène, si ce n'est la musique (Hans Zimmer me semble-t-il, mouais...) très illustrative elle aussi et pas passionnante, mais rien d'exceptionnel là-dedans, c'est la norme.

 

 


Comme je l'ai dit, la narration est plus calme que dans les précédents opus de l'auteur. Whaille note ? Ceci dit, c'est aussi là la faiblesse, plutôt marquée, du film. Même si le pathos et le tout-acting (Pas mal ça ! Je la garde !) de la deuxième partie de 21 GRAMMES m'avait bien refroidi, au moins la première mi-temps diffusait un délicieux parfum de subjectivité et de chaos. Ici, rien de cela, et de ce point de vue, c'est vraiment un changement de fusil d'épaule. Et c'est le problème : que c'est lisible ! Peu d'aspérités, une histoire très vite donnée, peu de paradoxes mis en valeur et de choses mises en valeur tout court. LOIN DE LA TERRE BRULEE distille peu de tension et peu de suspens, et court sur un rythme de footing plutôt pépère, très en vogue en ce moment, puisqu'il concerne plus d'un film sur deux. Pas de décrochage rythmique, pas d'achoppement. La seule, maigre, trace d'hétérogénéité se trouve dans la photo bicéphale, froide et grise dans le présent, et chaude et moite dans le passé. Côté acteurs, ici chouchoutés, on note une bonne Charlize Theron, une assez fade et surtout prévisible Kim Basinger, et d'autres rôles sans beaucoup de saveur, même si il n'y a rien d'infâmant. A part la petite fille mexicaine, d'ailleurs, qui sans atteindre le patatage d'une Dakota Fanning, paraît bien peu naturelle. Par contre,  je note une surprise excellente dans les seconds rôles, grâce à Robin Tunney, peu connue (elle a quand même tourné deux fois avec Alan Rudolph apparement), mais que les habitués de PRISON BREAK reconnaîtront. Elle est d'ailleurs bien mieux ici, et comme toutes ses scènes sont avec la Theron, on assiste, mine de rien, à quelques secondes de jeu sobre et investi qui fonctionne comme des respirations curieusement plus lyriques que le jeu trèèèèèèèèès sage des autres.

 



Que reprocher au film alors ? Bah, ce n'est ni passionnant, ni vraiment émouvant. La mise en scène est bien trop homogène et sage, sans vraiment prendre de risque, pour que quelque chose fasse saillie dans cet ensemble, il faut bien le dire, monotone. Le film glisse sur nous comme l'eau tiède d'une douche. On sort, on n'a rien appris, on n'a pas été ému, on n'a rien vu qui esthétiquement puisse marquer un peu ou fasse preuve de personnalité. Le film, plus sobre, est aussi bien plus supportable que BABEL par exemple, mais on est loin, très loin encore, de se nourrir l'âme et les tripes. LOIN DE LA TERRE BRULEE est quasiment un cas d'école. Le film est soigné mais neutrasse (yeah !), et Arriaga, bien trop discret n'arrive jamais à décoller le nez de son scénario. Tout cela a gentiment le goût du carton.

 

 

Dr Devo.




Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 19 mars 2009

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi




[Photo: "Le Temps Détruit Tout" par Dr Devo.]




Les Watchmen c'est vachement culte, tous les idiots savants qui traînent dans les Comics Shops après quarante ans vous le diront. Je n'en doute pas une seconde, et j'éprouve la plus fervente admiration pour Alan Moore. Sur le papier, le film a donc tout de la catastrophe, entre l'exploitation de la licence juteuse et le jeune cinéaste à la mode chez la génération "Star Wars/Blog" (à laquelle j'appartiens malgré tout) aux commandes. Je précise à tous les fans du comic que je n'ai jamais lu ce dernier, et que je ne parlerai pas du travail d'adaptation de l'œuvre ni des éventuelles trahisons scandaleuses de cette dernière. Les  avertissements étant faits, on peut commencer.




1985, USA. Depuis vingt-cinq ans, le Docteur Manhattan, sorte de Dieu vivant fluorescent qui se promène le sexe à l'air, protège l'Amérique de tous ses ennemis. C'est plutôt facile quand on est bleu comme un schtroumpf, plus radioactif que le soleil, et que l'on cumule les super-pouvoirs des Quatre Fantastiques réunis. Il a balayé le Viêtnam en un tour de bras, créé une source d'énergie alternative au pétrole, étouffé le Watergate et remis une palme d'or à un vrai film. Aujourd'hui Nixon est toujours président (c'est son troisième mandat) et ce qui reste des Gardiens (une bande de mecs déguisés avec une haute opinion de la Justice) est en train de se faire assassiner dans l'indifférence générale. Il faut dire que la fin du monde est imminente, car l'URSS a emmagasiné suffisamment d'ogives nucléaires pour faire disparaître la Terre du Système Solaire. C'est dans ce contexte que Rorschach (interprété par le pédophile dans LITTLE CHILDREN !) mène l'enquête, le dernier Watchmen à avoir encore la foi en la Justice. Il réussit tant bien que mal à convaincre son vieux pote Le Hibou (le pédophile dans HARD CANDY !) et sa meuf Le Spectre Soyeux à réenfiler la combi pour aller maraver quelques fâcheux.




Zack Snyder, bonjour, je ne vous connais pas personnellement, mais j'ai vu tous vos films. D'ailleurs vous me devez huit euros pour m'avoir infligé deux heures de bodybuilding technoïde en bullet-time, expérience éprouvante, voire choquante pour ceux qui voyaient, dans l'Antiquité, la supériorité de l'Idée sur l'Instant. Maintenant, je voudrais vous poser la question suivante : l'Art est-il une procédure de la Vérité ou bien une activité calomnieuse en ces temps de crise ?



[Alain Badiou traverse l'écran et sort de la pièce. On me frappe violemment au visage et Michel Denisot fait son apparition avec un casque d'équitation sur la tête.]



[Je reprends mes esprits. Attention, lecteur susceptible, je "spoil" dans la suite du texte.]




Les Watchmen, ce ne sont pas les Quatre Fantastiques, ce serait plutôt à rapprocher du dernier Batman (DARK KNIGHT) dans la thématique. Et s'il faut bien reconnaître une qualité au film de Snyder, c'est son scénario, à mon avis bien plus réussi que chez son homologue la chauve-souris.  En fait WATCHMEN, ce sont des avatars de Batman poussés à l'extrême, des sortes de fascistes persuadés d'être les seuls garants de la Justice dans un monde en ruines, et donc d'avoir carte blanche pour la faire respecter. Mais qui surveille les Watchmen ? "Who watch the Watchmen ?".  Plus que des super-héros, c'est de la relation de l'Homme à l'Univers dont il est question et les possibilités de survie dans une situation métacritique de fin de l'Homme (une fin non pas biologique, mais spirituelle). En somme, les héros s'attachent à trouver l'Ultime Salut Cosmique. La fin du métrage renvoie étrangement à The Dark Knight puisque le gentil sauveur devient un ennemi aux yeux du peuple afin de maintenir la cohésion sociale du monde. Le tout est émaillé de réflexions sur la place de l'Homme et sur sa condition, sur sa capacité à réagir à l'Histoire et surtout sur une possible correction de la dévolution béate dans laquelle s'engouffre joyeusement (cf. le Smiley) l'espèce humaine. Non, vraiment, le scénario est complètement adulte et ne nous prend pas pour des gros débiles, et dans une optique de cinéma populaire, ça fait quand même du bien.




[Un renard mort nous rappelle que nous vivons au Siècle de l'Ephémère. Les ballerines arrivent et insultent le public en faisant des gestes obscènes.]




Si, dans le fond, les thématiques abordées sont superbes, premièrement elles sont dûes à l'ouvrage original, et secundo, un scénario ne fait jamais un film. Au contraire, il me semble qu'un trop bon scénario pousse le réalisateur à se taire et à laisser filer, quitte à ne pas trop se mouiller dans l'aspect purement artistique. Rassurez-vous, ce n'est pas du tout le cas ici, le film va bien au-delà de la simple illustration de scénario, il le massacre proprement : Snyder reste un tâcheron encrassé dans les même problèmes stylistiques que dans 300, ce qui va causer un problème certain que nous verrons plus bas. Néanmoins, et pour commencer par les points positifs, il arrive à faire jaillir quelques éclats dans son film, et à réveiller l'étincelle du spectateur à de rares moments. Il y a notamment une scène dans la prison dans laquelle le montage est la conséquence d'un élément du décor (la porte qui se ferme et s'ouvre) ou encore deux scènes de sexe en opposition où, en substance, on se rend compte que Patrick Wilson n'arrive pas à avoir une érection sans costume (classe !), ou encore le générique trèèèès long et assez beau.



[Dernier acte : un enfant fou hurle, on lui met du scotch sur la bouche. Le critique essaie de parler mais aucun son ne sort de sa bouche. Les images deviennent floues, des videurs demandent aux cadreurs d'enlever leurs objectifs.]




Le problème majeur du film, c'est justement que ça n'en soit pas un. Parce que toute la direction artistique, tout ce qui fait l'intérêt et l'essence d'une adaptation sur un nouveau support, toute l'âme de l'œuvre est calamiteuse. Le film est aussi laid que 300 : on se coltine des images de synthèse d'une incommensurable laideur (les scènes sur Mars sont à dégoûter Hubert Reeves de l'astrophysique), un cadrage banal vu mille fois à la TV, des plans de caméra inexpressifs, une échelle de plan inexistante et une bande-son désastreuse... Je ne vais pas faire la liste du gâchis que représente ce film en terme de vision artistique, je n'aurais pas le temps d'exprimer ma profonde frustration de ne pas voir un si beau matériau de départ sublimé par une vision autonome externe, de ne pas observer les idées du réalisateur entrer en collision avec le texte original dans le but de créer une supernova gigantesque, matrice d'un message du cosmos à destination d'une Humanité courbée et matérialiste qui ne demande qu'à lever la tête et apercevoir ne serait-ce qu'un fragment élémentaire de la Vérité.



Peut-être que la solution à une impossible équation se trouve dans une brèche de la carapace que chaque être humain se construit pour s'acheter une bagnole en écrasant un stagiaire, brèche causée par le choc du Sublime sur l'Ego ? Si les WATCHMEN sont l'illustration que l'Art peut transformer le Monde, alors ce film est une imposture. Ni plus, ni moins.




A la fin, Dieu croit en ses enfants parce qu'ils sont la résultante sublime d'un milliard de possibilités moléculaires hasardeuses. La science accouchant de l'imprévisible, ou comment un schéma connu aboutit sur l'inconnu. Chapeau à Snyder d'avoir réussi à faire l'inverse.




[Le public monte sur scène et se dévêt. Bientôt des cris s'élèvent pour réclamer de la tisane. Le dernier acte était un leurre, le spectacle commence.]

 




Norman Bates.

Ecrire un commentaire - Voir les 15 commentaires
Mercredi 11 mars 2009

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi




[Photo: "Réunion du Syndicat de la Critique" par Dr Devo.]





Chers Focaliens,

 

J'aime bien aller au marché le dimanche matin, non pas pour acheter des légumes frais et entendre le camelot rugissant, mais au contraire, pour trouver des films tout pourris ou improbables qu'on acquérir dans les bacs discounts. Dans la semaine, on se retrouve donc autour d'un improbable métrage bien caché au fond de la filmographie de Harvey Keitel ou de Dennis Hopper, ou encore devant ce GUINEVERE, UNE HISTOIRE D'INITIATION (Etats-Unis, 1999) avec Sarah Polley et Stephen Rea (mince comme un jeune homme !), film qui répond à la douloureuse question "Pourquoi les belles filles de 22 ans sortent avec des vieux cons qui en ont 44 ? ". J'essaierai de vous en parler dans quelques temps. En tout cas, on défriche, on cherche et de temps en temps, on trouve le film superbe qui justifie toutes ces micro-dépenses !

 

 

Au cinéma, c'est une autre paire de manches, et les chemins de la distribution sont plus balisés et beaucoup moins improbables...

 

 

Au début des années 70, Harvey Milk s'installe avec son amant James Franco (heureux acteur de la série sublime FREAKS AND GEEKS) dans le quartier de Castro à San Francisco. Là, ils ouvrent une boutique de photographie. Le quartier, traditionnellement irlandais et catholique, est en train de changer et la communauté gay s'y installe petit à petit.

La période n'est pas spécialement favorable, et ce n'est rien de le dire. Les tensions sont nombreuses, l'homosexualité est encore assez taboue, et les rapports entre forces de l'ordre et gays sont plus que tendues. C'est dans ce contexte que Milk développe un réseau  de sympathisants et essaie d'organiser la communauté, qu'il essaie d'intéresser à la vie du quartier. Ils commencent par unifier les commerces gays, ou ceux qui sont gay-friendly. Et puis, à la suite d'un meurtre homophobe, Milk décide de tenter d'entrer au conseil municipal. Il faudra plusieurs années et plusieurs scrutins avant qu'il ne soit élu. Mais Milk est malin, et il sait utiliser la machine médiatique et politique... Quand il devient enfin conseiller municipal, il doit se heurter à la fameuse Proposition N°6, proposition lancée par les lobbies traditionalistes et/ou religieux, qui vise à écarter des métiers de l'éducation les homosexuels...

 

 


Alors... Par où commencer ? Disons que trouver une forme assez fidèle pour retranscrire l'expérience de HARVEY MILK (le film) n'est pas chose aisée, curieusement. Gus Van Sant, plutôt en forme récemment, puisque son dernier film était PARANOID PARK, film d'une grande beauté formelle, monté avec beaucoup d'instinct. Van Sant a toujours alterné films de studio et films plus confidentiels. Ici, bien sûr, on est dans la première catégorie, puisque HARVEY MILK est un film assez richement doté et un biopic d'une figure connue outre-atlantique. Bien.

 

 

Le problème majeur, au fond, avec HARVEY MILK, c'est tout d'abord le scénario. La narration est introduite par le personnage de Milk lui-même, ce qui permet à Van Sant de désamorcer (ou le contraire) le suspens lié au meurtre de cette célèbre figure américaine. Le film est donc une succession de souvenirs (plus le meurtre, bien sûr !). Et justement, comme souvent dans les biopics, c'est là que le bât blesse. Passé le premier quart d'heure, on est habitué à une cadence de défilement des scènes ou plutôt des scénettes collées les unes aux autres comme un guirlande de vignettes. Les scènes sont courtes, mélangent vie privée (amis, vie affective) et vie publique (lutte politique). HARVEY MILK est de ce fait un vrai film de notre époque dans le sens où, après les années 90 où le cinéma mainstream cherchait l'homogénéisation du film (et sa supposée cohérence) à travers une photographie uniforme, dans les années 2000, il semble que la marque de fabrique de beaucoup de films soit l'homogénéisation du rythme, au profit de scènes plus courtes, toutes à peu près de même longueur et interrompues à intervalles réguliers par des scènes plus "importantes" ou significatives dans le scénario et donc un peu plus longues. Ici, c'est le cas : des petits bouts, des "tranches de vie", interrompues par des passages importants (rencontre avec Franco, manifestations, débats, etc.). Encore une fois, je suis très étonné par cette mode pour le rythme nerveux sur le papier (avec ces scènes qui ne s'éternisent pas), mais au final égal dans le sens où le film coule tout seul, de manière, à mes yeux, bien monotone.

 

 



Ici, j'en ai fait l'expérience de manière assez significative, car pour tout dire, je n'ai pas aimé du tout la mise en scène de la première bobine et demie. Elle est composée par des petits plans de rien, ni beaux ni moches, souvent rapprochés, et même avec pas mal de gros plans. La photo, légèrement jaune velouté, ne m'a pas emballé non plus. En tout cas, je fus surpris de voir une facture aussi anonyme chez Van Sant, ce qui n'était pas le cas de ses précédents "gros films". Le réalisateur multiplie aussi les supports ; notamment à travers un grain plus granuleux imitant le 16mm et lui permettant de mélanger reconstitution et images d'époque, et un 35mm tendant à se rapprocher de ce 16mm, comme un niveau intermédiaire, ce qui permet là aussi d'adoucir les mélanges et de jouer avec. Bon, rien de tout cela ne m'a paru spécialement beau, et plus qu'une intégration malicieuse et troublante, ces variations de la photographie qui se veulent gourmandes m'ont semblé plus relever de la direction artistique que du jeu de mise en scène, donnant au film un côté "sympa" ou "branché" qui d'ailleurs va dans le sens du rythme coulant et uniforme que je notais plus haut. Première remarque.

 

 



Deuxièmement, pour rester un peu sur la mise en scène de cette première grosse bobine (et qui dure pendant tout le film par la suite, mais interrompue par des plans plus construits, j'y reviens), en plus de cette photo polymorphe qui refuse de jouer sur des ruptures de mise en scène, je fus scotché, mais alors "sur les fesses", par l'incroyable banalité du dispositif : introduction du récit par le héros lui-même sur le ton de la confidence, annonce de la fin de son existence dans l'introduction, 35 mm classique, 35 mm intermédiaire, 16mm réel, 16mm fabriqué pour l'occasion, mélange de tous ces supports, filmage à l'épaule (pas très beau d'ailleurs, plutôt mal cadré  ou alors anonyme selon les moments), reconstitution des évènements mélangés avec des images d'archive, choix minutieux de musiques d'époque, documentaire en fiction et fiction nourrie du documentaire... Que cela est prévisible, que cela  est attendu, que cela est absolument conforme au film "à thèse" ou aux biopics. Que se passe-t-il à Hollywood d'ailleurs ? On a  déjà vu ça, et récemment en plus, plusieurs dizaines de fois ! Tenez, par exemple, pour mélanger les remarques de mon premier paragraphe sur le rythme et le scénario avec ces toutes dernières remarques, rappelez-vous, c'était il y a quelques semaines, CHE 1... c'est à peu près le même modus operandi, c'est le même mélange de supports, les mêmes reconstitutions ! Quelle déception ! Ces dispositifs à la mode, je ne les aime pas. Je trouve ça naïf, et en général, pour ne pas dire à chaque fois (et ici avec MILK, c'est le cas), le mélange des supports n'est jamais source de ruptures, de jeux de mise en scène, de perdition et de paradoxes, mais au contraire constitue une soumission à ces nouveaux canons et un motif (dans tous les sens du terme) d'homogénéisation de la réalisation. Ça, déjà, c'est quand même triste. Et encore plus de la part de Van Sant. Mais ce n'est pas tout, et là je vais rejoindre des choses, des petites remarques faites sur ce site au fil de ses quatre années  d'existence (et ça s'est accéléré ces deux dernières années). Dans ce modousse opérandaille attendu se retrouve une tendance qui traverse tout le cinéma, et qui est même le pilier du cinéma contemporain populaire (et art et essai, ai-je envie d'ajouter) : la volonté de nourrir le cinéma de documentaire, et le documentaire de fiction. Sur le papier, je suis pour. [J'ai défendu tout ça ici et je le répète, j'aimerais voir des documentaires entièrement mis en scène, avec des travellings, des photos extraordinairement travaillées, avec des jeux de sons...] Ici, et dans quasiment 72,58% des films, on mélange les deux naïvement, croyant que l'un justifie l'autre, fondant les différents supports dans la même mélasse. Demain sort en salle WELCOME, film sur les réfugiés de Sangatte. Il y a deux ou trois ans, BLED NUMBER ONE nous proposait une scène documentaire dans un hôpital qui accueillait les femmes malmenées par la vie et/ou leur conjoint, et où les "actrices" jouaient leur propre rôle. Laurent Cantet, critique et réalisateur, disait le soir où il a reçu la Palme d'Or que son film était original car il mélangeait la réalité et la fiction ! Et sans rire, en plus, parce que les collégiens étaient joués par de vrais collégiens ! Evidemment, HARVEY MILK, film de studio plutôt à l'aise, et surtout biopic, ne joue pas sur ce plan précis. Mais dans la reconstitution mélangeant et brouillant scènes reconstituées et images d'époque, on trouve à mon sens, le même projet, banal désormais en 2009 (!), de saupoudrer une fiction ultra-classique d'éléments "véridiques" ! Je m'étonne de cette mode. Et je constate qu'elle est le facteur d'une uniformisation des mises en scène. De plus, elle rejoint un fantasme cinématographique (ou artistique) qui me dérange beaucoup et sur lequel je reviendrai plus tard. Néanmoins, ici, Van Sant ne brouille jamais les pistes (quelques fausses transitions en 16mm reconstitué, mais seulement deux ou trois !), n'utilise ces différents supports mais n'en fait rien, sinon pour donner à son film le rythme monotone d'un jogging au petit trot. Paradoxalement, et là aussi c'est un effet de mode devenu passage obligé et donc c'est devenu la norme, le film fait 2h08, et c'est long, long, long, je vous assure, c'est éprouvant pour un film d'une cadence aussi monotone.

 

 



Je disais plus haut que l'expérience en salle de HARVEY MILK a été symboliquement frappante. Je m'explique. Dans la première partie du film, la mise en scène n'est pas très belle, ni très moche, les plans à l'épaule plus ou moins indigents se succèdent. Mouais. Pour être honnête, il faut dire que la suite, si elle utilise aussi une mise en scène semblable (qui donc ne s'arrêtera pas) est interrompue par des plans plus esthétisants et à la photographie plus léchée, ici et là. Petit à petit les choses se mélangent. Van Sant demande à son photographe de travailler avec des lumières jouant avec l'obscur (plan sur la loge à l'opéra, par exemple). Ces plans nettement plus beaux sont relativement nombreux. Ils ne renversent rien à l'exception d'un par-ci par-là, mais c'est déjà ça. De temps en temps aussi, on trouve de beaux cadres, jouant souvent sur des espaces vides dans le plan ou dans des jeux de perspectives privilégiant les axes en coupe (à la mairie, quelques beaux plans d'escalier par exemple). Il y a même une scène, celle ou Josh Brolin aborde Sean Penn pendant son anniversaire dans les couloirs de la Mairie, où tout est découpé selon ces principes. Pour quelques instants, un peu fugaces quand même, on est dans un film beaucoup plus beau, pas uniquement composé de plans frontaux et cadrés de manière anonyme. Dans cette scène, tout à coup, le montage a un poil plus de rythme, et on le sent passer ! Et puis, retour à la norme ! On saupoudrera, ici et là, de quelques plans léchés dans un océan de choses au goût de carton. [A l'Opéra, par exemple, ça se voit comme le nez au milieu de la figure : le plan sur Penn n'est pas cadré de manière sublime, mais est d'un beau clair-obscur, là où le contrechamp sur la scène est complètement anonyme, comme le reste). Et la voilà mon expérience éprouvante! Endormi par le rythme mou et anonyme du film, de temps en temps, je me réveillais en me disant "Tiens, c'est cadré out d'un coup, tiens, c'est découpé et monté, j'ai dû m'endormir". Mais il est largement trop tard. Avec la meilleure volonté du monde (et parce que les choses plus belles ne durent pas), impossible de rentrer dans le film, de rattraper le train en marche...

 

 



[Le critique est avant tout un spectateur ! Hihi !]

 

 

Bon.

 

 



Ceci dit, HARVEY MILK est avant tout, et à mon grand regret un film de scénario. Au fond, c'est ça qui se passe. Le montage propose peu de fulgurance, et suit le script grosso modo, sans créer de collision poétique (et plastique !) entre deux plans. Ok.

 



C'est, à mes yeux, à cause de ce scénario (constitué de vignettes qu'on enfile comme des perlouzes uniformes, sans se poser de questions), que HARVEY MILK n'est pas seulement un film décevant, mais une expérience absolument insupportable. Enfin... Pas vraiment. Car toutes ces choses-là sont liées sans aucun doute. En allégeant sa mise en scène, en la rendant bougrement prévisible, Van Sant fait un choix et veut, ce qui n'est pas illégitime bien sûr, exprimer un point de vue. Enfin, en quelque sorte...

 

 



Dans le fond et le discours, HARVEY MILK est un film tout à fait imbuvable. Evidemment, je ne parlerai pas du fond de combat de Milk, la figure historique, sur lequel il n'y a rien à dire (dans le cadre d'une critique du film HARVEY MILK de Gus Van Sant) et qui a agi selon son époque. On ne peut, évidemment, pas être contre un combat politique et social qui s'oppose au piétinement pur et simple d'une liberté démocratique.




Ceci dit, la façon de faire est à mes yeux largement insupportable. HARVEY MILK ne sera jamais un portrait en nuance, et Van Sant va faire tout ce qu'il peut pour vider son film de tout paradoxe, de toute aspérité ou noirceur, de tout point de vue. On est clairement dans l'hagiographie. C'est horrible. Van Sant a survolé TOUS les points intéressants abordés dans le film qui auraient dû poser de sacrées questions. Milk utilise, sincèrement en plus (cela aurait pu être passionnant à voir), la politique de la pire manière : comme un outil de lobbying ! Les coulisses de la politique dans le film auraient pu être passionnantes. On s'aperçoit en effet que les joutes politiques ne sont que des échanges de service ou d'influences (rappelons-nous récemment la figure de ...CHARLIE WILSON), où les hommes politiques défendent leur "magasin", c'est-à-dire leur électorat, et marchandent sans cesse non pas pour défendre l'intérêt du peuple, mais plutôt de ceux de leur quartier et de leurs semblables. Milk est comme les autres et cherche à vendre son appui politique au plus offrant. Le combat politique pour les droits de l'homme est aussi, en double fond, un clash entre différents lobbies. La politique comme combat entre les lobbies, c'est peut-être une vision dure et noire des  choses, mais c'est  passionnant. Or Van Sant passe vite sur ces paradoxes, jamais exploités, et préfère (et la fin ignoblissime du film le prouve) le portrait lisse d'un homme "forcément remarquable". Dans cette perspective, et aussi parce que le film se veut aussi un film-somme, il n'y pas de place pour autre chose qu'un portrait de Milk en saint vertueux ! C'est l'Abbé Pierre. La structure même du film va dans ce sens. La contradiction n'a pas de place. Van Sant aborde, bien sûr, ici et là, des questions passionnantes, mais les choses sont survolées au profit du message le plus simple, le plus pauvre, "designé" pour la masse. Exemple : la scène du coming-out forcé ! Ça, c'était quelque chose de passionnant ! C'était une question épineuse, une réflexion passionnante ; mais Van Sant la balaye, se contente de citer le fait, sans rien en faire et en une minute, c'est balancé à la poubelle.

 



Parallèlement, plus le film avance, plus il se vautre dans la construction la plus hollywoodienne possible. Les morceaux de bravoure les plus éculés se succèdent et on finit noyé sous une avalanche de scènes honteuses qui, si elles étaient dans un film réalisé par un yes-man et non pas par un chouchou de l'art et essai, seraient dénoncées à juste titre. Une fois lâché, Van Sant ne se refuse rien, dans cette dernière partie, pour brosser le spectateur dans le sens du nerf optique : séquence musicalisée (présente dès le début du film d'ailleurs), utilisation de symboles grossiers qu'on voit arriver 4000 kilomètres à l'avance (l'Opéra, dont on sait une demi-heure à l'avance qu'il fera parti du final !), mouvements de foules utilisation du suicide comme un téléfilm américain sur M6, eau de rose, et ignoblissime fin synthétisant le tout : LA RETRAITE AUX FLAMBEAUX !!!!! Bon sang !!!! La retraite aux flambeaux ! Même dans les années 60, Bobby Lapointe se moquait de la retraite  au flambeau ! Allez, tous derrière Milk, tous à la messe ! Avec son contrechamp sur les yeux embués de deux personnages survivants ! Et ce n'est pas fini ! Après cela, ce qui est déjà largement insupportable, Van Sant nous balance ses fameux cartons "que sont-ils devenus?" où il mélange images de ses acteurs et images d'archives des protagonistes réels, histoire de montrer non seulement le caractère édifiant de l'H(h?)istoire, mais aussi la grande qualité du travail de maquillage, certifié 100% réel (tous les acteurs sont grimés ou presque ! Mon Dieu !), 100% véridique, 100% juste et donc sans contestation possible 100% beau.

 

 


Mon Dieu ! Van Sant se vautrant dans le cinéma total ! Quelle tristesse... Il n'est pas étonnant que le réalisateur recule devant la moindre réflexion ou le moindre évènement qui nous interroge. Il n'y pas de place dans l'hagiographie pour le trouble et le paradoxe. Le but est clairement affiché : faire un cinéma total, incontestable, fermé sur lui-même et sur le devoir d'Histoire (qu'on reconstitue et démembre sans vergogne pour qu'elle colle aux canons hollywoodiens, faut pas déconner), un film qui ait un (1) sens.  Sans nuances, en utilisant les ficelles les plus honteuses du cinéma pour emporter dans un torrent d'images le plus grand dénominateur commun, Van Sant met sa pratique artistique sous le bras, il s'assied dessus, au nom de la cause, au nom de l'Histoire, discipline de plus en plus maquillée et même frankensteinisée par le cinéma. Puisque la cause est belle, Van Sant sacrifie tout, et, pêché suprême, trahit son art. La cause est décidément plus importante que les moyens. C'est un point de vue et ce n'est pas le mien. Je laisse Van Sant à sa messe païenne et à son film banalement dégoûtant. Comme quoi, pour rebondir sur les polémiques récentes (et récurrentes !) sur ce site, le fond et la forme sont bougrement liés. Le pêché est de renoncer à ses exigences artistiques. Je te fais PARANOID PARK et le coup d'après HARVEY MILK sans que ça gêne personne. Van Sant n'a peur de rien sans doute, kidnappe le cinéma au profit de la politique, pour le transformer en tract et n'hésite pas une seconde à faire le trottoir. C'est quand même bougrement insupportable. Je ressors de HARVEY MILK en ayant l'impression d'avoir été traité en enfant trisomique et d'avoir été souillé. Et même d'avoir été pris pour un imbécile.

 

 

 

Dr Devo.



Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Mardi 10 mars 2009

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi




[Photo: "Polémique des Hauteurs" par Dr Devo, d'après une photo de la pièce BLEKTRE de Nathalie Quintane.]




Chers Focaliens,

 

Tandis que la polémique fait rage dans les commentaires sur les articles de GRAN TORINO et THE WRESTLER, je me mets à penser que, finalement, l'essentiel a été dit. Il y a effectivement une grande école critique largement majoritaire, celle que j'appelle "critique dialectique". Je la trouve affreuse et c'est à cause d'elle que je ne lis plus la critique que je trouve globalement lamentable et sans intérêt. Ce type de critique me parait mettre largement le film de côté, c'est-à-dire de ce qui fait de l'objet "film" une œuvre de cinéma et pas du théâtre filmé sur pellicule, ni de la continuité dialoguée filmée, ni de l'opéra, ni de la télé. En général, je la trouve presque uniquement axée sur deux axes : le scénario, le scénario et le scénario d'une part, et les acteurs d'autre part. La mise en scène est largement mise de côté. Faîtes cette expérience si vous êtes fortunés : achetez cinq magazines cinéma, de Studio-Cinelive à Positif, en passant par Mad Movies, et arrachez les pages où les critiques ne parlent pas de mise en scène. Au mieux, sur la centaine d'articles présents, vous allez vous retrouver avec un article, peut-être deux, et cela me semble poser problème. Evidement, la critique qui parle de mise en scène, dont la critique focalienne fait j'espère partie, est souvent accusée d'être techniciste. En fait, ce n'est pas le cas. Elle peut-être dialectique, mais ne se borne pas à cela. On nous reprochera de ne s'occuper que de la forme. C'est injuste je trouve, surtout venant de la part de la critique qui n'utilise qu'un levier de l'analyse. Nous ne nous occupons pas ici que de la forme, comme on nous le reproche aussi beaucoup. Les personnes qui ne n'utilise que le fond (et encore en général, ils s'occupent peu de narration, de niveaux de lecture et se contente de commenter le scénario et les dialogues)  me semblent pêcher beaucoup plus en restant univoque. Au-delà de cette polémique sur le fond et la forme, je crois que faire de la critique c'est de se préparer à rapporter son expérience de sidération lors de la projection, et d'essayer de retranscrire la joute poétique entre le film et le spectateur. Ce n'est donc  pas un rapport de médecin légiste que nous proposons, mais un texte expérimentant l'émotion ressentie, le trouble parfois, c'est-à-dire un texte impressionniste. Plus que de dire si le film est valable ou pas à nos yeux, nous essayons de décrire la portée poétique des films. Notre sujet, c'est la poésie et son expression par le support cinématographique, avec les leviers propres au cinéma. Voilà.

 

 


C'est dans ce contexte, ou plutôt dans l'ignorance de ce contexte car j'ai du, avant dimanche, m'éloigner de ce site, et je suis arrivé tard dans la polémique, que je découvrais le dernier film de Claude Chabrol, BELLAMY.

 



Gérard Depardieu, commissaire en vacances dans sa résidence secondaire prés de Nice, se fait aborder de manière étrange par Jacques Gamblin qui avoue avoir tué un homme. De ce point de départ bizarre, une toile d'araignée se tisse, faite de jeux de miroirs incessants et souvent abstraits dans lesquels personnages et situations ont toujours un pendant, un double. Chabrol tente alors de tresser, aussi par les dialogues, de construire un univers en chausse-trappe et en faux semblants. BELLAMY s'inscrit donc dans une logique qui, sur le papier, contient un peu de folie narrative et même quelques non-sens toujours bienvenus.

 

 


Hélas, quasiment rien ne fonctionne. Je passe vite sur les acteurs souvent complètement à côté de la plaque et ayant bien du mal à mettre quoi que ce soit en exergue, chose qui se révèle particulièrement lorsque Chabrol essaie péniblement de se moquer des conventions de récit ou de mettre en évidence les coutures de son costume baroque. Depardieu est éteint, une fois de plus, sans aucune nuance et ânonnant, loin, très loin, de la précision et la légèreté retrouvée de COMBIEN TU M'AIMES de Blier. Cornillac est comme d'habitude, tout en mono-nuance, défaut qu'on retrouve globalement dans tout le casting et qui est de toute façon un des grands maux français. Car nos acteurs, bien souvent, n'arrivent pas, ou on ne leur demande pas, d'exprimer plus d'un sentiment en même temps, ou de jouer sur des situations ambivalentes.  Vahina Giocante... Pfff... Je ne comprends pas. C'est un très mauvais travail qu'elle exécute une nouvelle fois, et en cela elle complètement au diapason de Cornillac ou de ses collègues "jeunes espoirs".

 



Mais tout cela n'est pas très grave. Juste ennuyeux. Là ou BELLAMY devient une épreuve de force, c'est encore et encore à cause de la mise en scène et donc du côté de l'univers esthétique. Et là, c'est atroce. Même si je ne suis pas un grand fan de Chabrol, on est très loin de BETTY, des INSPECTEUR LAVARDIN, et à des millions d'années-lumière de ALICE OU LA DERNIERE FUGUE, chef d'œuvre absolu du réalisateur. Ici, rien ne fonctionne. Globalement, le film est d'une très grande laideur, en partie due à la photo de Eduardo Serra (déjà responsable du récent LES INSURGES), grisâtre, changeante dans le même plan, et globalement sans expression. Son cadre est hideux quasiment tout le temps (un ou deux décadrage ici et là, mais pas de quoi nourrir son homme). Dans la même optique, les décors sont proprement hideux, n'ayant rien d'expressif. On est dans une logique totalement téléfilmesque en ce qui concerne la direction artistique. Tout est gris, aucun décor n'organise le plan ou ne vient soutenir les personnages. C'est d'une pauvreté affligeante, et il ne fait aucun doute que si le réalisateur ne s'appelait pas Chabrol, tout le monde aurait trouvé ça lamentable.

 

 


Le cadre, composé à 79,58% de plans rapprochés et de gros plans, est ignoble et sans intérêt, mais plus grave, il est soutenu ou nourrit par un montage paresseux, n'exprimant aucune idée, et d'une, et incapable d'insuffler un quelconque rythme au film. Pas de cadre, pas d'échelle de plan, quasiment pas de jeux sur le son (encore une fois, parent pauvre de la mise en scène), un montage lent sans aucune rupture ou velléité rythmique qui ne fait que suivre péniblement le dialogue, dialogue qui généralement après une trentaine de secondes, dans chaque scène, ne fait que construire des tunnels de champs/contrechamps (rendus d'ailleurs totalement hermétiques les uns par rapports aux autres par la pauvreté esthétique de la direction artistique), absolument prévisibles (la personne à l'écran quand elle parle, point barre). BELLAMY n'a aucun rythme. Les 110 minutes paraissent trois heures.

 




Bref, à aucun des poste, mais vraiment aucun, il y a quelque chose qui fonctionne. Voilà donc un film qui fait écho, par l'absurde, à la polémique qui nous a tenu éveillés ce week-end. Sur le papier, il y avait un petit quelque chose, un tout petit peu de faux-semblants et de non-sens. Malheureusement, rien ne fonctionne plastiquement, et plus grave, aucun levier de mise en scène n'est actionné ! Chabrol ne parait pas paresseux ici, comme on le dit souvent de lui, il semble carrément s'en ficher. Tout est laid, il n'y a aucune texture ni épaisseur, et BELLAMY n'est qu'un bout-à-bout. Le texte sombre dans l'inexpressivité ce qui est quand même un comble là où Chabrol le voulait décalé. On ressort du film lessivé, cuit, éreinté et encore plus, triste. Triste de voir qu'un film qui n'a rien de cinématographique (ou alors il suffit d'impressionner de la pellicule pour faire du cinéma) ne déclenche aucune révolte ou indignation, et est au contraire si bien accueilli. Va-t-on à l'opéra pour écouter seulement un texte (le livret), et encore chanté faux ou inaudible, sur une musique laide et simpliste ? Non, bien sûr. Par contre, au cinéma, c'est possible. Mieux, on dit que c'est du bon. Je ne sais pas, et je m'interroge franchement, sur ce qui plait aux amateurs de Chabrol dans ce film. Un étalage des thématiques récurrentes de l'auteur ?

 

 


Une place de cinéma coûte entre 8 et 10 euros. On est en droit d'attendre d'un film, qu'il soit simplement divertissant ou qu'il vise plus haut, qu'il utilise les moyens d'expression qui lui sont propres, et surtout qu'il soit beau. C'est un art, non ? Allez, rendez-nous Raul Ruiz...

 

 

 

Dr Devo.


Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Lundi 2 mars 2009

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi




[Photo: "...ce que la Mort nous Sépare..." par John Mek-Ouyes.]




 

Suivant la foule pour sortir du Movie Theater me voilà interceptant une conversation téléphonique.

 

-"Ouais allô m'man... C'était juste pour te dire que le film était fini."

 

(Et ouais, fort heureusement tout a une fin, après 2h45 de film, bande-annonce et pub non comprise, il était temps !)

 

 -"... non c'était complet, finalement on est allé voir l'incroyable destin de ... "

 

(Tu m'étonnes, ce n'est pas vraiment le titre mais ça aurait pu l'être!)

 

C'est alors qu'un flux soudain de gens m'emporte, m'empêchant à jamais d'entendre la suite de cette conversation.

 

Alors L'ETRANGE HISTOIRE DE BENJAMIN BOUTON c'est l'histoire trop "space", d'un gars qui s'appelle Benjamin Bouton qui naît dans un corps de 80 ans et qui ne cesse de rajeunir (truc de 'ouf malade) . Il tombe amoureux d'une conne et... Ça sent déjà le gros déchirement émotionnel... Et nous serons allègrement servis croyez-moi.

 


Cela dit, c'est vrai que la chose n'est pas aisée à traiter, c'est plutôt le "bad", cette histoire, quand on y pense. Et ce petit scénario aurait pu donner quelque chose de fort intéressant, si cela n'avait pas été traité de la manière la plus convenue qui soit, c'est-à-dire dans un Hollywoodisme bien gland. [Notez que Hollywood peut faire de grandes choses, ça arrive, mais pas ici.]

 


Bon qu'on se le dise, t'as direc' envie de te barrer de la salle quand tu audiovisualises la première séquence. Tu vois une chambre d'hôpital, une vieille alitée et une brunette à son chevet. Tu comprends vite que la vieille est la mère de la brune et tu reconnais au son de sa voix que c'est Kate Blanchette, toute fardée, en train de "jouer" la vieille mourante... Ce qui est une bonne et une mauvaise nouvelle à la fois,  je dois dire. La bonne, c'est que David Finger in the Noze a donné du boulot à une équipe de maquilleurs intermittents qui pourront acheter une console Ui-Ui à leurs rejetons pour Noël prochain (En ces temps de crise c'est quand même trop sympa, même si ça aurait été plus simple de prendre une vieille lambda. Mais bon...). La mauvaise nouvelle: c'est tellement laid et mal joué que t'as bien pas envie d'entendre son histoire à la Blankette. T'aurais plutôt envie qu'elle crève de suite.



 

Enfin, pas de problème, je prends sur moi, je serre les dents et je reste vissé sur mon siège pour assister aux 2h40 restantes du film. 



 

Quand vous enlevez ces cinq premières minutes de film que reste t-il ?

 



Un "bébé-vieux" en synthèse de merde (putain, tu pouvais pas faire ça en Animatronic!),  deux ou trois petites blaguounettes "uh uh uh la main devant la bouche". Par exemple Brad jeune, et donc "vieux" en train de jouer avec des petits soldats de plombs, j'en passe et des meilleures ... "Top-top-top-top délire mega-groove", comme disait Boris. Il y a aussi une histoire d'amour pas émouvante, de beaux costumes, Brad "PaillTe" qui fait tourner les serviettes et qui les fait mouiller accessoirement (je sais, c'est rude mais bon, c'est bien là sa fonction, me semble-t-il), des petits effets de style histoire de faire "origuinal" (cf. l'image un peu "crado" pour les flashs "bien back" ou le petit effet vieux cinéma pour de courtes saynètes burlesques... Que du neuf quoi). Une petite photo bien léchouillée bien proprette, des images de synthèses bien laides, des acteurs photoshopés pour faire plus jeunes, le tout resucé des AMELIE POULAINGU', BIG FISH et consorts... N'en jetez plus !

 



Quand vous enlevez tout ça, donc, il ne vous reste plus grand-chose de ce qui faisait l'intérêt de David Fincher jadis. Seulement du bien convenu et pas excitant pour un sou. Reste tout de même la "p'tite" Tilda Swinton pour un petit rôle, toujours charmante, mais c'est un peu maigre n'est-ce pas ?

 

 

 

L'Ultime Saut Quantique.

 






Tu avais une critique et maintenant tu en as deux... 

 

 

 

 

Chers Focaliens, Monsieur le Président, Chers Membres du Jury,

 

 

La parole est à la défonce.

 

Si je rejoins mon collègue le Quantique sur certains points, je voudrais quant à moi souligner quelques points qui devraient éviter, je pense, grâce à votre clairvoyance, quelques années de prison à David Fincher.

 



La première partie du film s'articule autour d'une narration qui ne me paraissait pas ridicule, et dont je dirais même que le principe est assez intéressant. Le film est narré par le personnage de la mère (Cate Blanchett vieille). Fincher insiste bien sur le caractère assez subjectif de cette narration, et reprend le principe d'histoire non pas une, mais multiple qui s'organise en une espèce de jeu de poupées russes. "Je vais vous raconter l'histoire de Button, mais avant ça, il faut que je vous explique celle de l'horloger." Une histoire racontée en cache une autre. Bon. Au fur et à mesure, on s'aperçoit que les récits (légèrement) enchâssés ne révèlent non pas de l'anecdote vécue mais du récit merveilleux, au sens littéraire du texte. La narration tient du Conte, avec son exagération fantastique. Dans cette logique, souvent, dans l'histoire même qu'on est en train de raconter, ou dans une sous-partie de l'histoire, on croise un personnage qui lui-même raconte une histoire extraordinaire. C'est plutôt un bon système, même si je le trouve largement minoré par l'introduction (très longue et beaucoup plus hollywoodienne), et également par une deuxième partie tristement linéaire où cet aspect merveilleux disparaît (on aurait préféré la voir "mûrir", cette étrangeté narrative,  et changer de statut avec le personnage principal), comme le prouve l'histoire de l'accident de voiture qui ne fait que dérouler une chaîne de conséquences logiques, là où on attendait quelque chose de plus touffu, de plus absurde, et de plus fantastique, un peu à la Greenaway, ou encore, autre exemple, comme dans l'introduction (bien trop courte) du film médiocre, au sens strict, qu'était MAGNOLIA.  Premier point.

 



Dans la logique que je viens de décrire, je dirais que Fincher pousse la direction artistique de son film dans le même sens. Au fur et à mesure, une imagerie se met en place qui affiche ostensiblement des décors ou des photographies largement artificiels, et des effets spéciaux jouant aussi sur la reconstitution "merveilleuse". Cette imagerie donne, je pense, les meilleurs moments du films : les scènes de bateau, et le passage en Russie, largement artificiels et qui me semblent fonctionner. L'aspect photoshopé tant décrié par l'accusation me paraît donc être un point à nuancer, même si dans la deuxième partie du film, on est effectivement plus proche de la chromo classique qu'autre chose, hélas. C'est dans cette partie qu'on croise le personnage de Tilda Swinton, vraiment très bien dans un rôle un peu différent que ceux qu'elle incarne dans le cinéma mainstream de ces dernières années, et qui est un des personnages qui incarne le mieux la tristesse et le détachement qui constituent le fardeau du protagoniste. On permettra alors à la Cour, de m'autoriser à changer de paragraphe et d'embrayer sur mon troisio...

 

 



...BENJAMIN BUTTON raconte l'histoire d'un homme dont le déroulé biographique est une succession sans fin de deuils. Permettez-moi de demander à la greffière de passer la pièce à conviction 269-B.

 

[La greffière enclenche un magnéto à bande...]

 

 

VOIX DE MICHEL MOISAN : "C'est fou, quand même, dans le film de Fincher, il y a plus de morts que dans le dernier Romero !"

 

 

[La greffière arrête le magnétophone.]

 

Vous aurez reconnu la voix du critique québécois Michel Moisan dont la sagesse n'est plus à démontrer. [Clin d'œil à la Cour.] Les deuils fous qui s'enchaînent comme dans un film d'horreur, voilà un des sujets  les plus touchants, pour ne pas dire le plus touchant de ce film. Bizarrement, sans doute à cause du casting (on ressent beaucoup plus ce sentiment, paradoxalement, dans les scènes avec Tilda Swinton...), cette avalanche de morts, ce deuil incessant est traité assez froidement, avec détachement, presque, dans le film. On observe donc l'objet en restant extérieur et en se disant que Fincher livre une copie potentiellement intéressante mais lourdement handicapée par ses prothèses hollywoodiennes, sur le plan narratif. Le vague sentiment d'une folie, ou du moins d'un emportement du cœur et des sens ne se ressent que dans l'imagerie merveilleuse (au sens littéraire) de certaines séquences de la première partie et encore sur un mode un peu trop "sotto vocce" à mon goût. Mais, même là, et aussi dans le reste du film, bien plus banal et insipide (le tour du monde de Brad Pitt !), l'achoppement, la singularité (pourtant sujets du film), n'achoppent jamais, et laissent ce goût de bien-trop-peu qui nous amène, malgré nos cœurs ouverts et notre affection potentielle, à préférer l'échographie du film plus que le bébé en tant que tel.

 


[Le public de l'audience rugit en silence, et change de fesse pour s'appuyer contre les durs bancs de bois...]

 



Je demande donc ni la condamnation à [Mr] mort, ni la relaxe mais un sursis pour l'accusé.

 


I raised my case.


 

Ha oui, sinon j'aime beaucoup aussi l'animatronique à l'instar de Maître Quantique...

 

 



Dr Devo.





 

 

 

 

 

 

 

Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Dimanche 1 mars 2009

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi

Ô Superfocale

BUREAU DES QUESTIONS

clique sur l'image

et pose!

 

United + Stats










 
 





 

Il y a  8  personne(s) sur ce blog
 
visiteurs depuis le
26Août 2005



eXTReMe Tracker



Notez Matière Focale sur
Blogarama - The Blogs Directory

 


statistique

 
créer son blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus