[Photo: "This is what you get when you mess with us" par Dr Devo.]
PUBLIC ENNEMIES de Michael Mann (USA-2009)
Je voulais revenir sur l'avis de l'Ultime Saut Quantique car je serai un peu plus indulgent avec le film de Mann.
Certes, le film est trèèèèès long et assez pénible. Certes, les acteurs font souvent du cabotinage, Depp en tête. Mann poursuit en fait le sentier entamé sur MAMIE DEVISSE : il se fout totalement du scénario et du rythme, on a l'impression qu'il se ballade avec sa nouvelle caméra
hachedaie top moumoute au milieu du film de quelqu'un d'autre. C'est vraiment très étrange, on dirait même un making-of : surexposition dégueulasse dans plus de la moitié des plans, cadrages à
l'arrache presque tout le temps, dynamisme très proportionné...
Et pourtant, il tourne ! Et pourtant, Johnny Depp continue de courir partout après on ne sait quoi, et pourtant Bale fait semblant de lui courir après. Quoi qu'il se passe, l'histoire se
déroule toute seule ! Dans le verger, on ne sait même pas si les bandits courent vraiment ! Et pour cause : le film n'offre aucune ligne de fuite. Là, ça devient intéressant. Le cadre est
verrouillé de partout, les perspectives ne se dévoilent jamais, on a l'impression de courir avec un hamster dans une cage. Avec dans le rôle du hamster Marion Cotillard. Et si c'était le but
avoué ? De tendre un gros doigt a toutes ces reconstitutions historiques ? Ici, on ne voit même plus les décors "historiques", on voit des couloirs, des salles d'attente, des voitures, des
prisons... Le tout avec des gens en costumes qui semblent sortis d'un autre film ! Moi, ça me fait vraiment marrer de voir Johnny Depp impeccablement déguisé avec une superbe mitraillette,
pencher la tête dans une rue complètement surexposée ! C'est délicieux ! J'ai limite vu Mann me faire un gros doigt. En gros, les bandits et les voleurs qui évoluent sont des espèces d'insectes
filmés en HD à la MICROCOSMOS qui s'agitent dans le vide alors que des choses bien plus graves se passent en hors-champ. Je ne dis pas ça gratuitement, Mann utilise aussi du 35 mm classique dans
certaines scènes. Ce n'est pas innocent et loin d'être idiot car on a vraiment l'impression de voir un deuxième film, à costume celui-là, avec un grain délicieux. Et au milieu de tout ce bordel
on croise des gens en train de crever dont se fout éperdument Johnny Depp, des gangsters qui travaillent dans une espèce de hotline improbable, des flics qui tabassent des femmes... La grande
classe quoi ! Cause toujours avec ton beau chapeau et ta grosse mitraillette, va traîner chez les flics (!) alors que tu es recherché, pas de soucis ! Je m'appelle Michael Mann et je vous
emmerde. La fin est totalement splendouillette : tout le monde sait que Depp va mourir après la séance de ciné, séance de ciné de L'ENNEMI PUBLIC N°1 qui plus est, et là Mann remonte le film
en ne choisissant que les scènes d'adieu : Depp est assis avec ses pop-corns, il fronce les sourcils pour comprendre le film, et en contre-champ on voit tous les personnages du film qui lui
disent adieu ! Ce qui donne : Johnny Depp sourcil froncé/adieux pendant cinq mn ! Et là-dessus, il balance une chanson, GOODBYE BLACKBIRD, comme si ça ne suffisait pas ! Aucun
suspens, aucune tension, juste le pathétique total de Dillinger à qui personne ne dit au revoir en réalité, qui va juste crever en sortant du ciné. Encore une fois, moi ça me fait bien rire. Bon
d'accord je suis un peu masochiste, ça reste extrêmement pénible.
Norman Bates.
MISS MARS de Zach Cregger et Trevor Moore (USA-2009)
Inutile de vous reparler de ma passion pour les teen-movies que vous devez tous connaître. Je me suis donc jeté en salle pour voir ce MISS MARS, avec la bave aux lèvres car cela fait
un petit moment que je n'avais pas vu de bon représentants du genre en salle. MISS MARS est un road movie, sorte de mélange entre AMERICAN PIE, KILL BILL et BOULEVARD DE LA MORT avec des handicapés, des rappeurs, Hugh Efner, des pompiers, une épileptique, un Mormon, des
plans nichons, des plans string et de l'humour bien potache. J'aime autant vous dire que je nageais en plein bonheur, et c'est une heure et demie qui passe très vite. Le scénario est
délicieux : Eugene et Tucker se connaissent depuis leur plus jeune âge. Tout va basculer lorsqu'ils vont découvrir leur premier Play Boy dans la chambre du grand frère : Tucker va tout de suite
être fasciné et obsédé par les femmes et le sexe, alors qu'Eugene va devenir mormon et faire campagne pour l'abstinence. Il va rencontrer sa fiancée qui le soutiendra dans son combat jusqu'à ce
qu'elle cède aux sirènes de la tentation : elle lance un ultimatum à Eugene, ils doivent avoir une relation sexuelle lors de la fête de fin d'année sinon elle se tire. Paniqué, Eugene se saoule
dans cette même fête, et ivre mort, il va avoir un accident qui le plongera dans le coma pour quatre ans ! A son réveil, son ex-fiancée est devenue la Miss Mars de Playboy, ses parents se
sont barrés en Chine, seul Tucker est à son chevet. Ils partent tous deux vers le Manoir Playboy pour essayer de reconquérir la fiancée... En route, ils sont poursuivis par une folle
épileptique, des sapeurs-pompiers, des lesbiennes allemandes et un rappeur obsédé...
Les acteurs sont très bons, le film a un rythme dingue, les gags pleuvent et en prime, il y a l'excellent Craig Robinson que l'on a déjà pu voir dans les productions Apatow ou chez Kevin
Smith. Bon, par contre la mise en scène est très carrée (ca ressemble à 90% des comédies américaines) et le film tombe un peu (beaucoup) dans la mièvrerie et le happy ending à la fin. A part ça,
j'ai beaucoup ri, c'est totalement stupide, ça parle du marché de la viande de manière lucide et y'a du cul. Certainement pas la comédie de l'année, mais un bon moyen de profiter de la clim' de
votre cinéma sans s'emmerder devant des gamins en baguettes magiques.
Norman Bates.
VICTORIA : LES JEUNES ANNEES D'UNE REINE de Jean-Marc Vallée (UK/USA, 2009)
La reine Victoria est montée sur le trône à dix-huit ans seulement et a résigné à soixante-trois ans, il fallait bien un film pour nous le rappeler.
Jean-Marc Vallée nous entraîne donc dans les robes de la plus grande reine d'Angleterre, entre enfance dans la soie et passions amoureuses adolescentes. Je ne vous cacherai pas que je suis allé
voir le film pour Emily Blunt (NduR: excellente dans WIND CHILL dont on vous a parlé
récement...), et que les histoires de cœur de la reine Victoria m'en touchent une sans faire bouger l'autre, comme disait Mr Chirac.
Il y a du luxe, de l'argent partout, la photo est très belle, les intérieurs et les vêtements sont bien reconstitués. Mais alors, qu'est-ce qu'on s'emmerde ! Victoria dans son lit, Victoria à la
messe, Victoria en balade, etc. C'est interminable. Emily Blunt est certes excellente, mais alors les seconds rôles, il faut se les taper : le comte Allemand qui joue l'amoureux de Victoria n'est
autre que le fadasse petit copain de Keira Knightley dans la vie réelle, qui a joué a ses côtés dans ORGANES ET PROMISCUITÉ, Paul Bettany et Thomas Krestchmann sont venus se faire pousser les
favoris qu'ils exhibent en gesticulant comme des pantins. Le film dure une heure quarante-cinq mais on le ressent comme deux longues heures. Bon, au milieu de tout ça, on sent bien que
Vallée s'ennuie un peu aussi, alors il se met à faire des choses bizarres avec sa super caméra. A deux ou trois reprises, il fait des changements de mise au point super rapides dans toute la
profondeur de champ, on se demande bien pourquoi. Le tout ressemble finalement plus au musée de cire de Mme Tussaud qu'au cinéma. Ah, les films à costumes, je ne comprendrai sans doute
jamais.
Norman Bates.
NE TE RETOURNE PAS de Marina De Van (France- 2009)
Ce qui est bien avec cette rubrique Pire Express, consacrée à des critiques synthétiques et non pas aux films les pires (le mot important ici étant "express"), c'est qu'on peut revenir sur les films qu'on n'a pas eu le temps de critiquer à l'époque. C'est ici la deuxième réalisation de De Van qui nous avait déjà proposé un film bizarre et tout à fait passionnant: DANS MA PEAU. On est très très content d'avoir des nouvelles d'elle, et ici c'est double-bingo, car le sujet est tout à fait intéressant.
On retrouve Sophie Marceau, mère de famille plutôt heureuse, qui pour une raison étrange et incompréhensible, sombre doucement dans un drôle de syndrôme maxi-flippant. Son appartement change. Son mari ne ressemble plus à son mari. Sa mère n'est pas vraiment sa mère, les meubles changent de place, etc. Peu à peu, et de manière non-linéaire en sorte, son corps change, et pour aller très vite, elle commence à ressembler à une autre femme (Monica Belluci). Pourquoi est-elle coincée entre deux vies sur lesquelles elle n'a, d'un côté comme de l'autre, aucune prise ? Et si elle était coincée entre encore plus de vies ? Peut-elle rester saine d'esprit et essayer de résoudre l'étrange syndrôme dont elle est victime ?
Bon Dieu que c'est bizarre. Comme vous l'aurez compris, NE TE RETOURNE PAS (écho au chef-d'oeuvre de Nicholas Roeg NE VOUS RETOURNEZ PAS) nous plonge dans le voyage sensoriel et mental d'une femme en pleine migration physique. Et le résultat est assez étonnant. Explorant plusieurs pistes, toutes très obscures, Marina De Van, elle au moins et Dieu que ça fait du bien, affronte son sujet de face et le retourne et l'épuise dans tous les sens avec un courage certain. Dans une ambiance terre-à-terre et très subjective, évoquant des ambiances et des thèmes hétérogènes, du drame psychologique au fantastique, avec une forte influence "giallo" ou italienne, De Van ne se pose jamais la question du ridicule et affronte le grotesque de manière dramatique et adulte. Tout cela fait plaisir dans le paysage surgelé à la Picard de la production européenne auteurisante. Alors bien sûr, tout le monde a bien râlé devant un sujet ringard et des effets spéciaux complétement ratés. Je dirai plutôt que c'est tout le contraire. Belluci et Marceau, toutes deux très en forme (décidément Marceau est vraiment une de nos meilleures comédiennes lorsqu'elle a un réalisateur à forte personnalité derrière elle), incarnent le même rôle. De Van joue de tous les leviers pour que le sujet s'incarne : coiffure, costumes, maquillage et bien sûr effets numériques travaillent TOUJOURS de concert pour exprimer l'ambivalence de ce corps en train de changer, et ce en soumettant au découpage global du film. Glop glop ! L'évolution physique du personnage n'est pas linéaire mais protéiforme, évoluant plus par les sentiments ressentis par la pauvre femme, ou par les situations qu'elle affronte. Et ça dure, ça dure, ça dure. La direction artistique est maligne et suit ce parti-pris osé sur le papier qui se conjugue à la puissance trois dans les faits. Même quand le physique du personnage est coincé et ne semble plus évoluer, c'est le maquillage qui change d'un plan à l'autre. De Van invente un personnage ultra-cinéma : la non-raccord ! Un peu comme le personnage de Robin Williams dans HARRY DANS TOUS SES ETATS de Woody Allen qui était tout le temps flou, ici, la femme est tout le temps en contradiction par rapport au plan précédent. Il y a donc non pas deux corps qui se mélangent, mais autant d'apparences physiques que de plans de l'héroïne. L'effet est passionnant, contredit tout le cinéma en un seul film, et permet un belle immersion dans le film. De Van, déjà riche de ce beau travail, pousse le bouchon jusqu'à figer, vers le milieu du film, le personnage entre les deux actrices qu'elle montre alors de manière frontale absolument effrayante ! Pour cela, bravo !
Côté scénario, je le disais, c'est le flou travaillé, et la multiplication des pistes qui semblent toutes stériles. Voilà qui est assez dérangeant et fonctionne pas mal du tout. Malheureusement,
De Van choisit une piste plus concrète, et une seule, dans la dernière partie, en Italie, et du coup une part du charme s'effondre. Il y a là sans doute un gros problème d'écriture. Côté mise en
scène, le cadre est plutôt hétérogène quelquefois banal ou mochasse, et quelquefois plus soigné. Là aussi, c'est hétérogène. Le montage est parfois un poil fouillis pour moi, mais quand il fait
mouche, il tape dans le mille, et de très belles séquences surgissent : la caméra vidéo, vraiment effroyable, ou encore la scène avec la mère qui fait de la compote dans le salon, où
d'ailleurs le cadre fonctionne formidablement et où les deux actrices sont impeccables ! Globalement, si la mise en scène de la partie italienne me paraît plus brouillonne - malgré de très
bonnes idées, de perspective par exemple, mais qui ont du mal à trouver du "liant" - ou moins rythmée, le film fonctionne comme un objet étrange et terriblement courageux. On aurait adoré
voir un maestro comme Peter Suschitzky à la photo et au cadre, pour voir ce que cela aurait donné ! Malgré tout, De Van n'a pas à rougir. Même en l'état, même si le film n'est pas aussi
abouti qu'on le voudrait, la réalisatrice réussit le plus dur, et propose un projet osé et passionnant. Ce film est tout à fait sympathique. Voir une réalisatrice, chouchou de personne
et qui a du mal à monter ses films, faire banco de tout et prendre tous les risques, est une démarche exceptionnelle. Et comme ses projets sont bougrement cinématographiques et personnels,
loin des effets de mode ou de manche, il faut absolument défendre De Van et lui permettre de faire son troisième film. Elle apparaît en tout cas comme une des très très rares belles personnes du
cinéma français, et jeune de surcroît. Et enfin, bravo à Marceau et Belluci qui ont vraiment pris tous les risques et ont manifestement tout compris du beau travail d'actrice qu'on leur proposait
(et qui consiste grosso modo à saper les bases du travail d'acteur) et qui ont pigé, avec une puissance égale, la beauté et la complexité du projet !
Dr Devo.
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Publié dans : Corpus Filmi


















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