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(Photo: "Homard, Homard, Homard" par Dr Devo, d'après une photo tirée du Benny Hill Show)






Chers Focaliens,


Après avoir laissé les clés du site à nos amis Norman Bates et l'Ultime Saut Quantique, me voici revenu en très grande forme. Un petit jogging dans les rues sombres et les dernières heures de la nuit (ZEUGMA!), un squash pour le plaisir à suivre et enfin un solide petit-déjeuner de champion, voilà de quoi remettre en selle en deux temps et trois mouvements. Car disons-le tout net, un critique sain doit avoir un corps sain...


(...ou alors un corset, à la limite.)



Chez nous, aux USA. Mickey Rourke, ancienne gloire du catch professionnel dans les années 80, passe une vie pas facile facile, mais tranquille et sans rien demander à personne, entre un job de manutentionnaire, la semaine, dans un petit supermarché, et des petits matchs régionnaux de catch le week-end, toujours payés au black, où ils affrontent des petits jeunes qui essaient de se faire une place. Un existence modeste pour ce pro reconnu de jadis dont le corps porte les stigmates de sa carrière passée. Appareillé de l'oreille (jolie expression ça !), massif mais gueule cassé, Rourke est un solitaire essayant de joindre les deux bouts, c'est-à-dire de quoi payer le loyer de sa caravane et d'aller boire de temps en temps une petite bière dans le club de strip-tease local où il peut aussi voir Marisa Tomei qui exerce là en tant que danseuse, et qu'il apprécie beaucoup du reste. C'est lors d'une fin de mois difficile que Rourke accepte un combat plus important dans une ligue de catch hardcore (mélange de catch donc, et de JACKASS, très violent). Effectivement, le combat est très dur, et à l'issue du match, Rourke défaille. Il subit un pontage, et les autorités médicales sont formelles : le catch, il va falloir arrêter. Rourke est malheureux comme un pou, et décide de se rapprocher de Marisa Tomei et de sa fille qu'il a perdue de vue depuis longtemps...



Darren Aronofsky a suivi les conseils que lui donnait Matière Focale : tourner plus, plus vite, et essayer de casser le moule en explorant des histoires éclectiques, sans se prendre le chou avec son statut "d'auteur culte". Après le trip bouddhisto-richardgerien de THE FOUTAIN, à la mise en scène, déjà au moins, très décevante, et au propos, en plus, bien limité, Aronofsky change complètement d'ambiance. On n'est pas pris au dépourvu, et comme souvent dans le cinoche américain, le "la" est vite donné : photo granuleuse (signée Maryse Alberti, longtemps photographe de Todd Sollondz), scope, présentation du héros de dos en le suivant caméra à l'épaule pendant de longues minutes, montage cut (souvent) dans un style "plutôt" réaliste. Le sujet est lui aussi vite délimité, et on sait qu'on va se baigner dans les eaux du doux mélo réaliste. Ok. Un héros âgé, devenu has-been total, mais pas con et au grand cœur, des souvenirs du passé qu'on essaie d'arranger, la recherche du fameux "troisième acte dans la vie d'un Américain", etc... On est en territoire connu.


Ce n'est d'ailleurs pas un problème. Mickey Rourke, le mutant, en impose, ici comme dans SIN CITY, et sur un registre différent par contre, il impose, les doigts dans le nez, un jeu assez précis, net, avec une aisance certaine et un acquis de son expérience passée tout à fait palpable. Malgré un rôle plus que casse-gueule, on le verra plus tard, il surnage. Et quand ça coince, il s'agit de scènes de ginguois, ça aussi nous le verrons, qui ont bien d'autres problèmes et pour lesquels on ne peut pas vraiment le tenir responsable. Soit.



Côté mise en scène, il n'y a rien de transcendant. On regarde le film tranquillement en suivant son héros avec un éventuel plaisir, mais c'est tout. Le montage est correct, mais plutôt classique, et il essaie de se faire discret pour laisser la place au scénario. Rien d'affamant, mais rien de révolutionnaire. Les premières scènes de combat sont plutôt réussies, et arrive à montrer l'aspect populaire de ce sport, entre hallucinantes prouesses sportives et roublardises d'entertainer, le tout en prenant en compte le suspens "tongue-in-cheek" très vite prenant de ses performances athlétiques dramatisées et aussi son aspect simplement drôle et défoulatoire. Ok.


Aronofsky essaie un premier break avec le combat de "catch hardcore", nettement moins sympathique pour le coup, où il essaie une espèce de montage alterné en retard (qui ne démarre pas en début de séquence), et en forme de micro-flashbacks. Ça marchote doucement (les séquences de soins dans les vestiaires sont un peu longues et anecdotiques), et ce sera la seule audace narrative du film. C'est ensuite que les choses se gâtent nettement, et que Aronofsky non seulement paye l'adition de son modousse operandaille, si j'ose dire, mais surtout nous met dans une position bien moins avouable. Ouvrons le capot...



Comme on l'a dit plus haut, la mise en scène est tranquilou, mon petit Gilou... Si on se glisse facilement dedans, c'est sans doute pour le plaisir, devenu rare, de trouver une photo avec du grain ! Le frère Darr(d)en, je le disais, ne nous a pas pris en traître. THE WRESTLER est un chronique tendre et amère de la loose, de l'Amérique en face B, avec le décorum qui va avec. Ça se la joue relativement sobre, non spectaculaire et non glorieux en quelque sorte. Les scènes avec Marisa Tomei, pas passionnantes, marchotent doucement aussi. Puis, le temps passe, et passe encore un peu, et l'on sent qu'il va nous en falloir plus, qu'il va bien falloir que quelque chose s'enclenche pour qu'on sorte  du cercle de l'anecdote.



Malheureusement, Aronofsky choisit quasiment la plus mauvaise option. Si on omet la dernière séquence, sur laquelle je reviendrais, on peut dire que les choses prennent un tour, au mieux, maladroit. L'entrée en scène du personnage de la fille de Rourke, jouée par Evan Rachel Wood, constitue un net virage. Si Aronofsky choisit, et c'est tant mieux, de ne pas expliquer les erreurs du passée, sur lesquelles il passera brièvement, et donc semble adopter une relative et bienheureuse sécheresse des causes du drame, il est bien difficile de se rallier à cette première séquence en commun entre le père et la fille. Les dialogues sont plats et miévrissimes (remplies de phrases qui semblent usées jusqu'à la corde), la situation est attendue et sans aucun paradoxe. Cerise avariée sur le gâteau périmé, Evan Wood est extrêmement mauvaise, et là (ce qui est vrai aussi mais dans une moindre mesure pour les premières scènes avec Marisa Tomei), on la voit, la différence, entre le jeu plutôt net et direct de Rourke et le monstrueux patatage en règle de la jeune comédienne, il est vrai, je le disais, peu aidée par le scénario. Cette première scène scandaleusement attendue et dont il semble qu'elle soit tout droit sortie d'un roman Harlequin est une catastrophe galactique, et l'on se demande bien pourquoi, même avec un dialogue pareil, Aronofsky n'a pas choisi d'autres prises. Brrrrrr...



A partir de là, les choses se révèlent plus franchement. Le rythme pépère, et pas désagréable de l'introduction (enfin, pour ceux d'entre-nous qui sont de bonne humeur !) se mue progressivement en plat au goût de trop peu. Bon, semblons-nous dire, tu fais quoi, maintenant mon petit Darren ?
Bah c'est ça le problème ! Dans le même mouvement, notre petit doigt nous dit, que tout cela n'est pas dû, peut-être, à une inspiration un peu légère, mais s'inscrit au contraire dans un projet assez certain de lui-même. On la joue bon père de famille dans la première demi-heure, genre cinéma indépendant et libre (soupirs...), et puis, une fois les règles du jeu posées, on balance en facial une tout autre purée. Et là, ça pourrit franchement sur pattes, cette affaire. Que se passe-t-il, en fin de compte ? Un pauvre parallèle (déjà largement pressenti dès les premières minutes du film) entre les carriéres de Tomei et Rourke, un drame familial largement balisé dont on pourrait écrire les dialogues et les situations pendant la projection même, la loose et le drame final qu'on sent approcher comme une colonne de soldats allemands approchant la frontière alsacienne : ça sent le strudel ! La deuxième séquence avec la fille renforce l'impression, et là on sait que la sauce à laquelle on va être dévoré est beaucoup moins digne que l'apparente modestie annoncée du projet global. Un coup, je vais souffler le froid, un coup le chaud. Une fois touchant, une fois honteusement dramatique. Et pour se faire, le direktor n'y va pas par le dos du tractopelle. Le récit et le film (qui se confondent, faute à une mise en scène trop attendue et sans véritable point de vue ou achoppement) sombre dans le soap et encore plus dans le syndrome du pot-de-fleur dont on a déjà largement parler ici, et dont Norman Bates nous a parlé il y a quelques jours à propos du GRAN TORINO de Eastwood.  Tout va très bien, donc, je suis heureux, et bing tout va mal, je reçois le pot de fleur et je deviens tétraplégique. Ici, Aronofsky nous montre une ambiance père-fille dramatiquement tendue, puis nous balance du "bah, finalement on va peut-être y arriver", pour enfin inventer une pauvre succession d'événements gratuits (la soirée avec la grosse blonde) pour qu'Evan Wood coupe définitivement les ponts. C'est vraiment cousu de fils blancs ! Il aurait pu gagner au loto et pari s'installer à Las Vegas avec sa fille dans la séquence suivante, le pauvre Rourke, que ça n'en aurait pas été plus étonnant. Dans cet enchaînement de la scène glauque avec la blonde et du drame avec la fille qui suit, on sent des attentions bien moins justififables comme je le disais : ici, on fait pleurer Margot, on écrase le personnage qu'on disait respecter tant dans l'étau d'un scénario techniciste où plus rien ne se justifie. La scène de combat final vient nous mettre K.O définitivement.


Ce combat est clairement, scénaristiquement, du niveau lamentable d'un ROCKY 3 ! Le personnage, plutôt vertueux finalement, devient un robot aux mains du scénariste. La présence ou absence de Marisa Tomei comme enjeu de salut est d'une mièvrerie totale et contredit le propos, notamment du discours final de Rourke (l'amour du sport et du spectacle). Si Rourke est abandonné dans cette dernière séquence, c'est surtout par le réalisateur. Aronofsky, gratuitement décide alors de sacrifier son héros, pas antipathique pourtant, dans un geste de pur twist. Dès que le combat s'enclenche, on sent la pression du kleenex qui approche avec son suspens de polichinelle. Plus grave, on est certain dés le début de la séquence du dernier plan du film... Et bien sûr, c'est ce qui arrive. Dans cette espèce de fausse ellipse ménageant la chèvre et le chou de Bruxelles, Rourke est broyé dans la machine hollywoodienne. Aronofsky semblait jouer de la noble carte des sentiments mais, in fine, balance en facial son romantisme purement technique.  THE WRESTLER, ainsi mis à nu par cette dernière partie vicieuse et simplette, révèle un visage structurellement cynique, d'où aucun paradoxe ne surgit. En réservant une vieille soupe industrielle, Aronofsky, au mieux, loupe sa cible. Le vrai défi aurait été d'adhérer ou de rejeter ce héros (pourquoi pas après tout), plutôt que de feindre de l'adorer, et de faire un film aux enjeux lourds et dramatiques et qui soit dans le même temps, paradoxe (bien absent ici), un film sur le quotidien et la simplicité de ces existences modestes. Mettre un enjeu dramatique et douloureux dans les relations de Mickey Rourke avec ces deux femmes (sa fille et Tomei) alors même qu'elles ne disparaissent pas du film, faire de Rourke un personnage simple mais aussi bouffé par les aléas du quotidien simplement sordide, donner de l'enjeu à ce que l'existence a de banal et commun, tout en dramatisant la chose, pourquoi pas.. Voilà qui aurait été une autre paire de manche. Ici, c'est effectivement le spectacle qui prime, c'est-à-dire le spectacle hollywoodien, gratuit, sans nuance, la très nette prise en otage du spectateur par un projet visant non pas le particulier et l'inattendu mais (encore une fois, hélas, trois fois hélas), bien au contraire, le plus grand dénominateur commun. On est clairement dans une optique de téléfilm de luxe du type de ceux que passe  M6. Sous son plan de guerre totale (d'où l'absence logique et complète de second degré ou d'un degré second), THE WRESTLER, faux hommage aux petits est un brouillon soapesque, pas habile en plus,  est un film dont il est très clair (et je ne parle pas ici d'aspect "social" dans le sens politique du terme) qu'il ait été écrit dans une belle villa de Beverly Hills. S'il n'y avait pas eu Rourke, effectivement plutôt bon, et Aronofksy, ce film aurait-il reçu autant de louange ? Sans doute pas. Mais THE WRESTLER, avec son petit suspens de pacotille, n'est ni scandaleux, ni pire que le reste de la production "indépendante" américaine ou européenne. c'est un film intégré qui ne met personne, et cela inclut votre Serviteur, en colère. Mais, il synthétise, je pense (et en ce sens Aronofsky est peut-être sincère, en plus (!)) cette soif qu'a le public et les "auteurs" de refaire toujours le même film, de combler une attente conventionnelle. Sous ce douloureux problème s'en cache peut-être un autre: celui du nouveaux profils cinéphiles qui, entre le cinéphile du dimanche lisant la presse spécialisée au geeek, en passant par l'Encyclopédiste, sont typiques ou d'un manque d'engoument, ou d'une envie de catalogage et de délimitation du territoire cinématographique. Sans s'en rendre compte, les cinéphiles se vautrent dans l'excés qu'ils dénonçaient jadis, et abordent les films comme la visite d'un musée ou la consultation d'un catalogue. On crie à la manipulation pour un Lars Von Trier considéré comme malsain. on tire sur des films comme HOSTEL, désigné comme bêtement efficace. On accepte le film de genre s'il a une plus-value historique (ex: SAW comme figure emblématique des années 2000, comme SCREAM (on soulignera que tout ça fait partie du même sac à leurs yeux...). Bref, on délimite un espace qui configure le moralement acceptable en terme d'art, ici le cinéma. Et ce qui est acceptable intellectuellement. On se retrouve au final avec des films qui ressemblent, dans l'habillage et la direction artistique, à des films convenables, c'est à dire reconnaissables. Des films qui ressemblent à de vrais films. (Cf. les récentes articles de Norman Bates sur les courts-métrages à Clermont-Ferrand) C'est un parti, un choix, et après tout pourquoi pas. ce qu'il y a de plus triste et révoltant ici, c'est que cette même commnauté de cinéphiles ne permettrait jamais qu'on fasse entrer dans le corpus le soap-opera AMOUR GLOIRE ET BEAUTE, et je dis ça sans l'once d'une plaisanterie ! Pourtant, fondamentalement, sinon esthétiquement, THE WRESTLER s'inscrit clairement dans le même cercle créatif et narratif. C'est triste ou marrant selon le cas. Mais, en tout cas, il va falloir très vite que le plubic averti populaire, et a critique bien sûr, retrouve le sens de la curiosité et accepte enfin de voir les films qui ne rentrerait pas dans leur catalogue. Parce que le temps passe, et que la culture populaire, pendant ces temps d'errance et d'auto-congratulation , s'appauvrit. 




(Tiens, par exemple, hier je revoyais en dividi AMERICAN GOTHIC de John Hough (Uk-Canada, 1987).  Voilà un film très important: des idées dans chaque plan, une interprétation au scalpel, des centaines d'idées... Il est clair que ce film s'il sortait aujourd'hui serait directement No1 dans notre top 10. Ce simple film dépasse largement en terme de richesse esthétique ou narrative, une chose aussi petite que THE WRESTLER... Comment en est-on arrivé à faire d'un film aussi bal que celui d'Aranofsky un parangon du cinéma moderne?)





Dr Devo. 



 
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Dimanche 22 février 2009 7 22 /02 /2009 16:50

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[Photo: "Return of the Living Dance" par John Mek-Ouyes.]





Les avant-premières, c'est la classe. Mon smoking parfaitement repassé et mes chaussures brillantes me font entrer dans une salle comblée, entièrement acquise à Eastwood, le seul cowboy qui respire encore. Bon, pour être honnête moi j'ai abandonné depuis un petit moment (avec le navrant MILLION DOLLAR BABY), mais il se trouve, tenez-vous bien c'est cocasse, que je suis allé à cette avant première sans savoir que c'était un Eastwood. En fait, je croyait assister à une une sorte de spin-off (un mot anglais, classe !) de FAST AND FURIOUS, mon film préféré avec LE SCE¨PTIEME SCEAU. (Cette phrase signe la fin de la crédibilité de Matière Focale). Allez, installez vous.

 



En fait, Gran Torino ne parle pas de voiture ! Ni de jeux vidéos ! Bien qu'une telle hérésie soit difficilement pardonnable, je décidais quand même de ne pas sortir de la salle après le quart d'heure de politesse. Je jure de ne dire que la vérité, rien que la vérité : ce film raconte en couleur l'histoire de Clint après l'enterrement de sa femme. Il est vieux, raciste et habite maintenant tout seul dans un quartier rempli d'asiatiques. Heureusement il a un fusil et a fait la guerre en Corée : il connait donc toutes les stratégies offensives de ces petits fourbes aux yeux bridés qui caractérisent son cadre de vie (ils ne tondent même pas leurs pelouses !), et lui vivant personne ne l'empêchera de passer ses après midi devant sa porte à boire des bières en maugréant. Mais un jour, au bout de 30 minutes, il découvre que les vietnamiens ont une âme !Stupeur et tremblement, certains sont même moins stupides que ses crétins de gosses ! Il se prend d'affection pour cette communauté, tout en n'oubliant pas de leur rappeler qu'ils ne sont quand même pas chez eux.  Il va jusqu'à laisser le jeune Tao conduire sa Gran Torino (enfin on y arrive)...

 

Inutile de vous dire que si j'avais lu le scénario avant, je serais resté chez moi à compter les chômeurs sur BFM TV plutôt que d'assister pendant deux heures au festival de vannes sur la Thaïlande... Tant pis. Après tout j'ai payé le bus, je vais faire un effort. Mon voisin me disait que c'était le grand retour de Clint devant la caméra, sans doute à cause de la crise! Oui, mes voisins ont de l'humour. Rien de bien nouveau derrière la caméra par contre, c'est toujours la photographie pâlichonne et agonisante qu'il nous sert depuis MYSTIC RIVER, avec en prime un cadrage  vraiment laid qui permet au réalisateur quelque chose de formidable: rendre une Gran Torino restaurée à merveille, aussi rutilante que ma vielle kangoo.  En plus de ça, on ne peut pas dire qu'il y ait du rythme : les deux heures sont affreusement longues et monotones, enlisés que nous sommes dans ce montage apathique. Champs-contre champs, galeries de gros plans, c'est la même rengaine que 90% des films actuels qui ne misent rien sur la forme. Je serais bien incapable de me souvenir d'une scène en particulier tant elles se ressemblent toutes, à l'exception d'une ou deux scènes de bagarres filmées caméra à l'épaule (on se demande bien pourquoi). D'un point de vue technique, c'est quand même le film d'Eastwood le plus désolant que j'aie vu, avec toutefois un bémol dû aux conditions de projection ici en province (pas toujours au niveau). Le gros soucis, et ce qui me gêne le plus avec ce brave Clint, c'est la façon dont il fait passer la pilule, avec un scénario un peu dans le même ton que MILLION DOLLAR... et surtout en utilisant le bon vieux truc que mon courageux collègue John Devo avait mis en lumière déjà à l'époque : le coup du pot de fleur. En gros, on a un personnage gentil, charmant, avec tout pour réussir, et un beau jour un pot de fleur lui tombe dessus et le rend handicapé à vie. Il est facile de faire pleurer dans les chaumières avec de tels procédés, c'est d'ailleurs le principe de bon nombre de sitcom diffusées le matin en semaine. Rajoutez à cela un message d'amour et de tolérance envers une quelconque minorité ethnique, et vous aurez une véritable soupe de bons sentiment des plus repoussante. Le film enchaine les clichés à un rythme effarant, allant du gentil chinois autiste à qui il ne faut pas taper sur la tête, au "shaman" habillé comme dans TINTIN AU TIBET qui lit l'avenir dans le canard laqué... Et bien sur, à la fin, l'homme blanc ex-raciste et ex-méchant se sacrifie pour sauver toute la smala, en ayant en l'espace d'une heure quarante de film successivement abandonné la violence, la condescendance, la xénophobie, le racisme, l'intolérance, la méchanceté, la méfiance au profit de l'amour et du don de soi pour une seule raison : montrer à des voyous que la violence ne résous rien.

 


Il y a 20 ans on appelait ça de la propagande. Aujourd'hui, alors que l'Amérique à érigé la symbolique ethnique comme choix politique, peut on décemment qualifier ce genre de chose comme ayant ne serait-ce qu'une once de rapport à l'art ? Le politiquement correct, s'il ne s'agissait que de ça : bienvenue au XXIe me siècle et au médiatiquement correct. Quel est l'intérêt de ce film ? Nous raconter une belle histoire pour nous raconter une belle histoire? Je ne parle  pas de critiquer la société, juste de bousculer toutes ces conventions classiques dans l'espoir de donner naissance à une perspective entièrement nouvelle, un pont entre le réel et l'inconnu...

 


Les gens sortent, heureux, dans le froid nocturne. Ils se dépêchent de rentrer dans leurs voitures, heureux que les voisins thaïlandais de Clint Eastwood soient heureux en famille et que les méchants gangs soient emprisonnés. Moi j'attends le bus...







Norman Bates.



 

 

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Jeudi 19 février 2009 4 19 /02 /2009 12:43

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[Photo: "Au Moment de la Conception" par Dr Devo.]







En Suède, un pays du nord de l'Europe où il fait relativement froid, un petit blondinet nommé Oskar se fait malmener à l'école par une bande de petites teignes (cela dit, vu la bonne tête à baffer que se tape Oskar, ça pourrait se comprendre !). Une chose est certaine, il aimerait bien leur foutre quelques bonnes torgnoles à ces connards de merde, mais comme elle a pas de cou-couilles la p'tite blondinette, il va se contenter d'en rêver... Jusqu'au jour où de nouveaux voisins un peu "trop zarbe, t'as vu ?" débarquent, soit un homme d'une quarantaine d'année accompagné d'une petite brunette du même âge que "Blondie Boy". La petite, qui se révélera être un vampire, va se lier d'amitié avec Blondinette et tenter de lui donner plus d'assurance pour qu'il affronte ses ennemis...

 

Alors... ouais la mise en scène est plutôt soignée, quelques beaux cadres, un peu d'échelle de plans (beaucoup de gros plans malgré tout, mais utilisés par moment de façons peu courante, encore que...) et quelques beaux effets sonores de-ci de-là. On sent bien l'intention d'Alfredson de nous offrir quelque-chose d'un peu différent et de cinématographique. De beaux moments de montage également, notamment lors d'une séquence fatidique pour Blondinette (quand il affronte ses vilains) qui est désamorcé d'une belle façon... Je vous laisse découvrir la chose. Un bon point aussi pour les deux gosses qui ne sont totalement horribles comme la plupart des enfants de cinéma. Nous sommes là plus dans un registre de jeu à L'ESPRIT DE LA RUCHE de Victor Erice (que je vous conseille) ou LA COMEDIE DE L'INNOCENCE de Raoul Ruiz (égalementconseillé), et quelques autres. 

 

 

Entr'act... Les sosies commencent à entrer sur scène, forment une pyramide humaine (était-ce avant ou après être entrer sur scène ?) et se mettent à chantonner:

 

« See that girl,watch that scene,dig in the dancing queen ».

 




La Suède c'est évidement ABBA, et si le film ne compte pas dans sa B.O une des chanson de ce fameux groupe (dommage), il y règne tout de même une certaine saveur suédoise. Le petit blondinet bien blond, la neige bien blanche, l'ambiance un peu "space-nordique, t'as vu?". Autant de petites touches "exotiques" qui nous font comprendre que c'est bien un film made in Suède. Ce n'est peut-être pas fait exprès, il n'empêche qu'il en ressort un petit effet carte-postale ( un peu "glauque", certes) un tantinet énervant... Un peu comme si l'auteur affirmait son exception culturelle Suédoise quoi, un truc dans le genre... Pourquoi pas, me direz-vous... 

 


Sinon, Alfredson ne sait pas trop où se mettre, flirtant un tant soi peu avec le film fantastique, voire un peu gore (vampire oblige), le teen movie (mais alors vraiment teen puisque les protagonistes ont 12 ans !). Alors vas-y que je te mette un peu de romance enfantine, un peu de tourments, et puis du vampire en parallèle pour "métaphoriser" sur la "non-coolitude" de la préadolescence... Le tout manque un peu d'humour... Oh et puis non finalement, je te fais un vrai film de "genre" vampire (à l'instar des séquences avec la vieille devenant un vampire, par exemple). Bien, très bien, on ne sait pas toujours sur quel pied danser, une sensation qui, sommes toutes, pourrait être tout à fait agréable si le film n'était pas, malheureusement, nimbé d'un côté "poseur" et "D'arty" (Aïe, certaines séquences bien nunuches, pas bien originales qui rendent les enfants assez peu touchants au final... Plutôt dommage. Aie la musique qui tue !) Tout ça mériterait de se toucher un peu moins le kiki et d'y aller plus franco (de porc). Bref, encore un truc plus ou moinsse chiant, qu'on aurai envie d'aimer parce qu'il n'y a rien d'autre à se mettre sous la dent dans les movie-theater et que c'est... hum, pas mal. Mais il faut résister et exiger le meilleur! Whoaou, Comment il y va fort sur la fin, c'est degueulasse. Mettre ses doigts dans le nez aussi c'est degueu, mais quand même, des fois c'est fort agréable, non ? (C'était le mot de la fin)

 

 

 

 

 


L'Ultime Saut Quantique. 

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Jeudi 12 février 2009 4 12 /02 /2009 12:40

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Dernier jour de festival. Le monde entier attend avec impatience la remise des prix, la cérémonie finale et le grande fête qui va s'ensuivre. Il n'y a guère que votre serviteur et quelques marginaux bien loin des préoccupations festivalières et qui n'assisteront pas à toutes ces cérémonies, quand bien même nous pourrions rater un discours de Brice Hortefeux sur les vertus du court métrage ou la projection en avant première du biopic sur Giscard D'Estaing « Les années Maunes ». Et oui, c'est aussi ça, la rébellion. D'autant plus qu'aujourd'hui c'est fête nous avons assisté à la projection d'un film complètement focalien, réalisé par Michel Moisan himself. Tout commence alors que nous sommes serrés dans une petite salle Clermontoise, ancien cabaret dans lequel toute personne de plus d'1m80 est contraint d'assister à la projection avec les genoux dans les oreilles. Mais trêve de présentation, la lumière s'atténue...

 




LE GRAND MANTEAU de Michel Moisan (France / 2008)

 



Difficile de parler du scénario. LE GRAND MANTEAU est une histoire d'amour tragique entre un homme et une femme de 30 ans de moins, mais c'est également une comédie, un requiem textile, un hommage à Colombo, une fille sympa, une étude stylistique sur le Nord-Pas de Calais sans accent et sans régionalisme exacerbé, le fétichisme et pleins d'autres thèmes abordés en 11 minutes. C'est l'obsession d'un homme imaginatif qui n'hésite pas à améliorer son quotidien avec un imperméable démesuré, mais c'est aussi l'histoire d'un enfermement, d'une dérive causée par une histoire amoureuse fusionnelle qui mène droit à la prison.  Et puis, c'est l'imperméable le plus classe que j'aie jamais vu !

 

La forme est originale, image au format 4/3, images fixes la plupart du temps. Je ne porterais pas d'avis sur la photo, les conditions de projection n'étant pas formidables. En tout cas, la mise en scène est très forte et a un impact extrêmement important sur la narration et le propos. Parler d'un manteau aux manches hyperlarges en 4/3, il fallait oser ! Si on passe l'analyse métaphorique du manteau un poil convenue, le film est bien plus beau au premier degré, avec ses images arrêtées qui figent systématiquement la vie de couple, comme une suite de photos "du temps où on était heureux avec nos grandes poches". La seule chose en mouvement : le paysage qui défile, propice aux souvenirs nostalgiques. On pourrait croire le film triste et déprimant mais absolument pas. La voix-off se fait enjouée, drôle, comme si le plus important n'était pas dans cette déchéance sociale navrante, mais plutôt dans ce personnage sublime qui arpente les souvenirs avec un GRAND MANTEAU. Je suis jaloux, j'aimerais écrire moi aussi une ode à ce vêtement qui lie le futile à la survie, le beau et le Bien.

 






ADA de Elsa Diringer (France / 2008)

 

Ivan passe ses vacances d'été dans une caravane avec sa mère. Assez pauvre, il rêve de grands manteaux et de voyages, coincé dans ce camping de l'Aveyron. Un jour il se promène vers la rivière et aperçoit une jeune fille nue qui se lave en plein après midi, au lieu de ramasser des prunes dans le verger d'à coté. Il faut dire à sa décharge que son patron exploite le fait qu'elle ne parle pas la langue et qu'elle est sans doute en situation irrégulière pour lui faire des choses bien plus horribles que ramasser des prunes. Ivan est témoin d'une scène qui va le choquer, et pour essayer de comprendre il va à son tour ramasser des prunes. Au final les autres employés roumains ne l'apprécient pas et lui jettent des cailloux. Fin.

 

Ça dure 24 minutes, c'est pas totalement moche mais c'est absolument sans intérêt et verse dans le pathétique de manière affligeante. C'est dans la grande tradition du cinéma français d'auteur pénible à l'apparence quelconque et à la forme inexpressive qu'on a toujours eu en France.

 






PARTITION OUBLIEE de Teona Grenade (Géorgie, France /2008)

 

Le court se déroule à Tbilissi, en 1993. Datuna est un jeune pianiste de 11 ans qui est né dans une famille pauvre d'un quartier populaire. Bref ils ne se ruinent pas dans l'impôt sur la fortune. Il vit avec son grand frère, un petit caïd qui essaye de percer dans le grand banditisme. Datuna est triste, ce n'est pas le mode de vie qu'il voudrait épouser: lui, son truc, c'est le piano. Il aimerait bien que son frère vienne le voir et s'intéresse un peu à sa passion.

 

Là encore, la forme n'a vraiment rien d'intéressant. La photo est honnête, mais le film ne sort pas vraiment du lot, c'est bien trop anonyme, le réalisateur filme son scénario (au demeurant bien écrit), les acteurs sont plutôt bons, mais au bout de la demi heure on baille un peu.

 






SEANCE FAMILIALE de Cheng-Chui Kuo (Taiwan, France / 2008)

 

Une émission française de télé réalité débarque dans une famille Taiwanaise pour les filmer pendant tout un week end, dans le moindre de leurs mouvements. Ils ne font pas grand chose, la seule sortie étant la dialyse hebdomadaire du père de famille....

 

Plutôt astucieux et affichant un casting efficace, le court pêche par le maux du siècle : le twist final. Et oui en fait ce n'était pas vraiment une dialyse, c'est bien pire que cela, vous l'avez cru, on vous a bien eu. C'est plutôt dommage, le film était agréable et amusant, toute la salle riait, jusqu'à ce qu'une vieille fin tire-larme viennent tout gâcher.

 




SKHIZEIN de Jérémy Clapin (France / 2008)

 

Et on finit ce festival 2009 avec un petit film d'animation en images de synthèse qui propose de s'intéresser au cas de Henri, forcé de vivre à 90 cm de lui même depuis qu'il est entré en collision avec une météorite.

 

Je suis vraiment pas clients des films d'animation en images de synthèse. Je voue une haine sans borne pour Pixar et autres montreurs de pixels "next-gen" qui sont réduits, la plupart du temps, à animer des peluches stupides mais ayant nécessité une centaine d'infographistes à temps plein pour masquer, par des prouesses graphiques, une mise en scène et un propos vide de tout sens. Bref, j'aime pas, et cette histoire de météorite non plus. On sent venir le truc dès les premières secondes, et puis, ce n'est pas vraiment drôle. C'est mignon, c'est gentillet, mais quel intérêt ?

 





Voilà, mon périple auvergnat finit ici. A2u final j'aurais pu voir quelques rares instants de cinéma, mais en guise de bilan je peux vous dire que ce n'est pas l'originalité qui domine, surtout dans les sélections Françaises et Internationales. Je recommande plus volontiers les sélections expérimentales, plus propices aux explorations artistiques en tout genres.

 




C'était Norman Bates, à vous les studios.






 

 

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Lundi 9 février 2009 1 09 /02 /2009 10:50

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[Photo: "Au Fond de ton Coeur, un Trésor !" par Dr Devo.]


Chers Focaliens,

Voici la suite des aventures de notre envoyé Norman Bates au festival du court métrage de Clermont Ferrand. Pour lire le premier épisode:
cliquez ici.

Dr Devo.


Entre Koh Lanta et le Superbowl, le temps est cher pour courir après de ridiculement courtes œuvres qui défilent sans interruption depuis maintenant trois jours sur les festivaliers. A Clermont Ferrand, la neige rejoint la fête et le soleil a maintenant complètement disparu. Entre les couloirs du palais des festivals (la Maison de la Culture) des noms sont déjà sur toutes les lèvres, sans plus tarder mêlons nous à la foule...






EXPERIENCE 135 de Bertrand Mandico (France / 2007)

Première projection, premiers morts. Le sublime est souvent la ou on ne l'attend pas. En l'occurrence, cette expérience scientifiquement intitulée ouvre des portes qu'il va être difficile d'ignorer. En l'espace de quatre minutes, la raison est balayée. Nous sommes en territoire hostile de la conscience, là où l'humanité sinistrée tente de faire parler les fougères. Le principe est scandaleux, le résultat ahurissant. Nous avons été, peut être sans le savoir, une part de la révélation. Le public se retrouve soudain en pleine lumière, hébété et hagard. Certains critiques oublient même de prendre des notes.

On me signale que vous pouvez voir le film: cliquez ici.




LE DERNIER VOYAGE DE MARYSE LUCAS de Artus de Lavilléon et David Ledoux (France / 2008)

Deux jeunes artistes, deux vélos. Un road movie comico-tragique sur la mort et la marginalité. Le dernier voyage d'une mère "qui montrait ses seins". Les gens ne comprennent pas.

Quasiment la demi-heure pour finir en tire larme éhonté. Si encore il y avait eu de la mise en scène, mais filmer une promenade en VTT avec son caméscope... Je n'ai pas besoin de faire la queue vingt minute pour çà, sincèrement désolé. C'est du cinéma réalité, ça plait aux gens, ils rigolent et ils pleurent, alors que la forme est aussi pauvre que le propos est original. Nous ne sommes plus au siècle des idées, j'ai entendu quelqu'un me le dire.





ALTER EGO de Cedric Prevost (France / 2008)

Aïe, j'avais vite pressenti le truc : un jeune de banlieue en survet' monstrueux, une histoire de fracture sociale à la française, tu m'aimes pas parce que j'habite dans le 9-3. Entre deux clichés, on remarque quand même que la forme est loin d'être ignoble (belle photographie). Dommage que le film ne présente que cinq plans plus larges que la distance d'une oreille à une autre. Sur presque 30 minutes de gros plans et de blabla, la France est belle pour sa diversité mais c'est dur quand même pour les banlieusards... On trouve le temps long.





REGARDER OANA de Sébastien Laudenbach (France-Belgique / 2008)

Ignoble. Expérience de solitude infinie, de dégout, se transformant petit à petit en haine. Sur une espèce d'animation à base de nourriture on nous balance un monologue interminable, "de la poésie" prononcée par un dépressif neurasthénique nous lisant le texte écrit avec des aliments écrasées sur une table de cuisine, défilant devant nous. Et ce pendant 15 minutes. Regards horrifiés de mes collègues.  J'espère ne jamais subir une expérience pareille à nouveau.





ROCHES ROUGES de Rodolphe Bonnet (France / 2008)

Et on finit en beauté avec ce fameux ROCHES ROUGES à la réputation élogieuse dans le monde du cinéma bis. Un survival gore en plein festival de Clermont Ferrand, messieurs dames ! Des jeunes ahuris envahissent la salle pour ne voir que ce film. Une femme se lève avec un bébé dans les bras, des gens lui demandent de sortir.  C'est le dernier film de la série, mais il y en a pour 35 minutes...

...de torture. Le film est un véritable navet. Parler d'interprétation à propos des acteurs serait déjà un mensonge plus lourd à porter que le Watergate. La photographie est inexistante: j'ai l'impression qu'on nous projette une VHS après un programme intensif de chez Electrolux. Les cameramen ayant officié sur ce film ne sont pas des gens responsables, je peux vous l'affirmer de façon sûre. Je ne sais pas quoi penser du scénario qui laisserait perplexe le "fan club de Jess Franco Et des Fins Laborieuses".  Heureusement que parfois le film offre un coté nanard amusant,  sinon je serais sorti de la salle avant la fin.






Dehors c'est la tempête, comme si le ciel essayait de nous purifier des atrocités qui nous ont été infligés cet après midi. Peut-on vivre dans un monde qui a exclu Moundir de l'aventure Koh Lanta ? Certains se posent déjà la question, et les autres y songent. Le futur s'annonce difficile. A suivre...
Je rends l'antenne, à vous les studios.


Norman Bates.




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Jeudi 5 février 2009 4 05 /02 /2009 11:54

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[Photo: "Tendance Haussière sur le Marché des Nano-Technologies" par Dr Devo.]






Chers Focaliens,


Ce n'est pas tous les jours que nous avons un envoyé spécial quelque part. Norman Bates a décidé d'arpenter les coulors du Festival des Courts-Mètrages de Clermont-Ferrand 2009 et d'affronter courageusement le monde impitoyable des films de durée courte... Ici les studios, à vous Norman....


Dr Devo.








Samedi 31 janvier, il fait froid et le soleil est rare, le temps parfait pour courir les projections. Nous commençons cette première séance par la série L1, autrement dit Labo 1. Les séries labos sont consacrées au cinéma expérimental. C'est souvent là qu'on trouve les plus belle choses, affranchies des sacro-saints scénarios, expérimentant vaillamment, et parfois au péril du spectateur, les limites du 7eme art.  Pendant quelques jours j'ai enchainé les projections, et vu le nombre de films vus, il m'est difficile d'être honnête et de me rappeler parfaitement de chaque œuvre. C'est donc un compte rendu éminemment subjectif, vous l'aurez deviné. On commence sans plus tarder.




THE CONTROL  MASTER de Run Wrake (UK-2008)

On commence par de l'animation. Années 50, Le Mal court après la belle, celle qui possède le Control Master. Au prix d'un subterfuge audacieux, il dérobe à la malheureuse l'objet convoité et entreprend de plier le monde à sa botte. C'est sans compter sur un chien roux à tête humaine et un super héros prestigieux.


Réalisé entièrement avec des images libres de droit des années 50, collées puis animées dans un patchwork très pop art, le film est plaisant et les sept minutes passent très vite. Beaucoup d'idées visuelles, mais le film n'échappe pas au syndrome de l'infographiste, soit une apparence très soignée mais un fond un peu creux. Reste de belles images et de l'humour un brin attendu. Dommage.





AH, LIBERTY ! de Ben Rivers (UK-2008)

Enfance joyeuse dans une ferme campagnarde. Les enfants jouent déguisés en animaux dans des monticules épars constitués de vieux laves vaisselles. La voix off s'interroge sur la liberté, et la nécessité du cinéma. Conserver un souvenir, une émotion, mais pas des idées. Les émotions sont uniques, les idées peuvent être partagées. On rigolait bien quand on avait 12 ans...



Intéressant dans la forme, image noir et blanc plutôt crasseuse, fond sonore fait de bruits industriels mêlés à des chants d'oiseaux, le tout complètement désynchronisé face à l'image. Impression d'être hors du temps, on pourrait se courir après pendant des heures. La nature comme théâtre des émotions, terrain de l'imaginaire.  Ca pourrait être un film de vacance de Charles Manson ou d'Edith Piaf, au choix. Le sublime n'est pas loin...





ORGESTICULANISMUS de Mathieu Labaye (Belgique-2008)

Un handicapé nous explique en voix off comment le mouvement est primordial pour assurer la vie. Le mouvement imaginaire bien sur, et sa représentation spirituelle. Scénettes de la vie quotidienne ou les hommes se vautrent dans le canapé et les femmes font la vaisselle. Et oui on nage en pleine expérimentation ! Peu à peu le mouvement devient plus abstrait, et au final on assiste impuissant à une sorte de danse des sushis.



Les films sur le handicap sont très souvent casse gueules,  le pathos n'est jamais loin. Ici, on nage en plein dedans, et le commentaire de l'handicapé n'y est pas étranger. Tout est beaucoup trop appuyé, poésie de circonstance, je ne peux pas bouger, mais regardez j'arrive à danser dans ma tête... Mouais.





TIERRA Y PAN de Carlos Armella (Mexique-2008)

Travelling arrière très lent de 8 minutes. Le cadre s'élargissant révèle de nouveaux éléments de l'intrigue au fur et à mesure. Des indices apparaissent peu à peu dans le plan, c'est bien trouvé. Malheureusement le propos est un peu simpliste : le malheur des uns fait le bonheur des mexicains. La forme audacieuse et poussée jusqu'au paroxysme reste néanmoins une excellente idée. Un dispositif propice à bien plus à mon avis.





LYDSKYGGER de Julie Engaas (Norvége-2008)

Encore un nom compliqué, encore un film d'handicapé. Cette fois ci une aveugle nous explique comment elle "voit" le monde.

Aucun intérêt, un texte très nombriliste sur des espèces d'animations reprenant mot à mot le propos.  Suivant.





SALTOS de Gregorio Graziosi (Brésil-2008)

Encore un film sur le handicap... cette fois-ci complètement réussi. Le film de 8 minutes est sublimissime, strictement aucune paroles, juste de la mise en scène et du son, du son, du son. Sans que personne ne nous le dise on comprend rapidement le handicap de ce jeune plongeur, via les sensations magnifiquement transcrite par la mise en scène. Une pure expérience sentimentale, et sensuelle. Sublime. Voila un moyen intelligent et artistique d'évoquer la perte d'un sens. Tragique et bouleversant.





HEROES NO LONGER de Sun Xun (Chine-2008)

Film d'animation sur la vie en Chine soviétique. Aucun intérêt, aucun souvenir non plus.  Dans la lignée de Persepolis d'après mes maigres souvenirs.





4 de Edouard Salier (France-2008)

4 lettres, 400 000 possibilités. Ce film en est une.

Gros buzz et grosse campagne marketing sur ce court. Une sorte de blockbuster expérimental en 3D de la mort, 18 infographistes à temps plein pour au final une sorte d'économiseur d'écran bruyant et dont on ne garde aucun souvenir. Tape à l'œil et creux.





Et hop, mes collègues ont a peine le temps de griffonner quelques notes pour leurs critiques et ainsi espérer élire objectivement le meilleur court, qu'il faut déjà sortir et enchainer sur une nouvelle séance... Dehors le soleil sort un peu, le débriefing se fera sur une terrasse ensoleillée : nous ne savons pas ce qui nous attend dans la prochaine salle donc nous levons nos verres aux futurs chefs d'œuvres qui nous attendent sans doute d'ici peu... Il est beau le temps de l'espérance...



A suivre...




Norman Bates.




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Mardi 3 février 2009 2 03 /02 /2009 10:57

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[Photo: "La Liste de Chandeleur" par Dr Devo.]





Tiens, c'est marrant, après Danny Boyle il y a quelques jours, on retrouve un autre réalisateur "populaire" et pas totalement manchot, en principe au moins: Bryan Singer. Sans être spécialiste du bonhomme, j'avais été relativement charmé par un X-MEN 2 plutôt noir (pour un blockbuster), et si je ne suis pas fan du tout de USUAL SUSPECT, j'avais beaucoup aimé UN ELEVE DOUE, adapté de Stephen King, dans lequel un lycéen fait chanter et abuse d'un vieux bonhomme de voisin qui pourrait être un ancien général SS ! Sympa! Alors, malgré mon amitié coupable pour Maiwenn, je choisis d'aller voir WALKYRIE.



 

C'est la guerre, la grande, la deuxième. L'armée allemande subit de gros revers en Afrique. Tom Cruise, haut gradé malgré son jeune âge, est dégoûté. Patriote, il considère néanmoins Hitler comme un danger autant pour le Monde que pour l'Allemagne elle-même. Suite à un assaut sanglant des forces alliés, il perd une mains, quelques doigts et un oeil, ce qui lui vaut d'être rapatrié, plutôt en héros, en Allemagne. Là, on lui fait rencontrer Terence Stamp, ancien militaire, qui dirige un groupe clandestin de militaires allemands, tous dégoûtés par ce que qu'est devenue le pays, et qui cherche à déstabiliser le pouvoir. Cruise a l'idée géniale: non seulement tuer Hitler, mais aussi renverser le pouvoir SS en utilisant l'armée de réserve personnelle de Hitler, la fameuse division Walkyrie ! Lui (Cruise, pas Hitler, suivez un peu) et les autres renégats font alors faire en sorte d'utiliser la chaîne de commandement nazie et la détourner en ce sens.

 

 

 

Et bien les amis, WALKYRIE n'est peut-être pas le nouveau chef-d'oeuvre du cinéma contemporain, mais j'avoue avoir pris un plaisir, pas coupable du tout, et ce pour plusieurs raisons que je m'en vais exposer ici! Changement de paragraphe.

 



Tout d'abord, Bryan Singer, il faut bien le dire n'est pas un tâcheron. Ce n'est pas beau comme du Guy Maddin, mais quand même, ça cadre pas mal (beaucoup moins de gros plans que la moyenne, et un 1.85, chose rare pour ce genre de film, utilisé tout à fait honnêtement). La photo a l'air correcte, mais elle fut dure à juger, et donc je passerais, car le projecteur, lors de ma séance, commençait à donner des signes de fatigue (sous-titres quasiment gris, pompage: il était temps de changer la lampe !). Donc, une mise en scène vraiment soignée, sans effusion mais quand même bien balancée, avec échelle et tout ce qui faut...  Singer pousse la chose vers le divertissement, ce qu'on lui reprochera sans aucun doute, mais n'empêche, il ne fait pas un film d'action, non Madame, mais quelque chose de plus sec, de plus moderato cantabile aussi. Une petite scène de guerre, et encore bien elliptique, au début, et ensuite c'est quasiment fini pour le film de guerre à spectacle. Au son, on trouve dans les 30 premières minutes (ou un peu plus) de belles choses : silence remplaçant les dialogues (Cruise dit très peu de phrase dans la première partie, du son ambiant qui devient ON ou qui cache la B.O puis la fait disparaître...). C'est pas mal.

 

Côté fond, c'est bien aussi : pas de portrait de Cruise en nazi qui découvre l'horreur du système et cherche sa rédemption. Il est déjà convaincu quand ça commence et on ne perd pas de temps. Pas de longs hommages aux victimes de la guerre, en une scène c'est fait. Pas de longue dithyrambe sur la déportation : on le sait, pas la peine d'insister, un dialogue vite fait, et c'est bon. Pas de petits gamins qui pleurent. Bien. Les acteurs vont dans ce sens : les rôles importants sont hiératiques et secs, comme raremement à Hollywood, à l'image de Cruise (pas mal) et Stamp dans le rôle du menhir. C'est un bon choix qui rationalise et explique très bien la démarche de ces hommes. Singer l'a compris : pas biopic, pas film hommage, pas film-thèse, mais divertissement un peu cérébral en quelque sorte, WALKYRIE décide que le suspens remplacera l'action et que le suspens sera intellectuel, puisqu'il reposera sur une seule chose : utiliser la Technique du pouvoir nazi pour le renverser, c'est-à-dire utiliser l'incroyable réactivité de la chaîne de décision nazie pour la pervertir ! Bien joué. Loin du pathos habituel, on peut alors se concentrer sur la mission, loufoque mais maline. On se laisse prendre d'autant plus que les décors et les costumes ne sentent ni la naphtaline, ni le spectaculaire. Il y a de beaux décors (la cour où se rassemble la division Walkyrie), mais on est plutôt dans une esthétique passée et fanée, assez naturelle. Pas de choses spectaculaires, pas de retraites au flambeau avec 12,000 figurants, pas de panoplie SS exagérée. Voilà un choix qui donne aussi une ambiance relativement réaliste et derrickienne, disons avec suffisamment de caractère pour que la direction artistique globale paraisse quotidienne et naturelle, et non pas extraordinaire dans la reconstitution, option généralement choisie par Hollywood. Le suspens prend aussi parce que le scénario est plutôt bien écrit. C'est sec, Cruise observe et n'a rien à prouver (ainsi que ses collègues conspirationnistes). On a l'impression, fausse, que le film peut s'achever très vite. Il y a un point (vers 1h10 de film) où on se dit : "Bah, ça y est on y est, ça va s'arrêter là". C'est toujours bon signe, ça veut dire que le rythme est  honnête, et que la narration peut nous surprendre.

 

 

 

Dans cette première partie, il y a une superbe séquence, largement la plus belle du film : celle du disque. Là, Singer marque des points, contredit ses collègues et montre sa méthode. Outre l'effet sur le gramophone qui est une sublime image (et très significative), Singer explique sa démarche. On attend le petit discours bien pensant sur Wagner et le nazisme, et finalement il se passe le contraire : à ce moment Cruise a une idée géniale, issue d'une collision gratuite d'éléments hétérogènes, issue d'une décontextualisation en quelque sorte. En mot, la motivation de Cruise pour cette mission est un collage cérébral artificiel, un court-circuit, et non une vocation romantique. C'est beau. D'autant plus que Singer annonce la couleur : l'intelligence d'abord (ces hommes sont des cerveaux et des pontes), de la rationalisation, et du cinéma (l'effet, la belle construction de la séquence, sa conclusion spectaculaire). Un autre aurait fait une scène tire-l'arme du genre, "je le fais pour les générations futures", et autres bêtises. C'est un beau moment qui fait oublier une ou deux faiblesses ici et là, notamment le choix de Carice Van Houten qui arrive malgré son petit rôle à faire le contraire des autres, notamment dans ce plan "pathétique" où elle se pince la lèvre en faisant des moulinets avec la tête, en soupirant, les larmes dans les yeux, c'est-à-dire exactement ce que ne font pas les autres acteurs dans le film ! [Quelques plans de concessions sont présents aussi à la fin. Moi, je t'en aurait viré trois ou quatre dont le dernier bien sûr!] Je passe. D'ailleurs, on note qu'il n'y a pas de nazis sur-sadiques, ni de violence sommaire uniquement là pour le mélodrame et Margot ! Tous ces gens sont des techniciens, et c'est ça précisément le sujet du film.

 

 

 

La deuxième partie du film, ou peut-être la troisième, est un peu moins intéressante : il faut que l'histoire se conclue ! On est sur rail. Et là, même dans cette partie qui m'intéresse moins, il se passe quelque chose de vraiment pas ordinaire... Si vous n'avez pas vu le film et que vous lisez le paragraphe suivant, tant pis pour vous, vous allez vous priver d'un des grands plaisirs du film, peut-être de la chose la plus étonnante même. Ca y est ? Vous êtes partis ? Alors, on y va...

 

 

Alors que le film est sur rail, disais-je, et que, en quelque sorte, le jeux sont faits et qu'on attend que les accords se déploient et concluent la partition, j'étais en train de me dire : «"Mais nom d'une petit bonhomme,ques't-ce qu'il fait?" En effet, Singer pousse son film dans le sens opposé de l'endroit où on l'attend. Quand l'attentat est commis, il y a un doute, bien sûr. Mais, en bon homme juste, Cruise pousse la logique de son plan jusqu'au bout : il faut y aller et il faut le faire ! Jusqu'au dernier moment, enfin pendant très longtemps, je n'en croyais pas mes yeux, je trépignais sur mon fauteuil en disant qu'il était en train de le faire, ce petit vicieux de Singer, il était en train de pousser tout le film jusque là : et si Hitler était vraiment mort ? Quelle belle idée ! Une vraie idée de cinéma, et de suspens, du coup ! WALKYRIE dans cette dernière partie, longue en plus, va uniquement dans ce sens, dans le sens de la mort du tyran. Ca a marché, c'est très possible. Ou en tout cas, c'est une possibilité que l'on sent aussi palpable et vraisemblable que l'hypothèse inverse (Hitler est vivant). Et Singer pousse le bouchon, notamment au travers des scènes de standard téléphonique (belle idée : montrer la technique), le point de climax, enfin le premier puisqu'il y en a deux, est la fameuse collision des deux télégrammes contradictoires. En poussant le film vers l'Uchronie, Singer semble, et là pas seulement dans le sens mais aussi en tant qu'artiste, nous parler et nous dire qu'il veut, il veut, il meurt d'envie de faire l'autre film d'envoyer tout balader, et de quitter le sol de l'histoire (n'oublions pas qu'il place d'abord son film sous le signe du divertissement et pas de la somme historique). Cette tension artistique, ce combat chez le réalisateur et sa pulsion est d'un suspens phénoménale (preque plus que la mort possible de Hitler), et voilà qui relève incroyablement le niveau de cette deuxième partie pas infamante, mais plus tranquille.  Mais, le cinéma et Hollywood, et le public aussi sont ce qu'ils sont, et on ne brisera pas la règle absolue, celle de "l'histoire vraie". [Histoire avec un petit H, paradoxalement... Notez-le !] Il y a une pression, et Singer s'y plie comme Cruise échoue. Le système ne sera pas détruit ce soir. Mais, il y avait là un beau courage, et une bonne idée de scénario et de cinéma, que de vouloir pousser le film dans une démarche accidentelle et inverse de la logique attendue ! Pendant de longues minutes Singer semble vouloir retourner la machine et joue le rôle du grain de sable. Et ce suspens, après la belle description technique de l'état nazie, est assez jubilatoire.

 

 

 

Il y a donc dans WALKYRIE une séquence très réussie, et un soin général indéniable qui, en restant ce qu'il est, un film de genre quasiment, un divertissement, arrive à être plutôt personnel, et un peu inattendu. Singer signe là un bon film, pas renversant, mais très bon, à l'intelligence très au-dessus de la moyenne, et vraiment populaire. On est loin, très loin, de la machine autantenemporteleventesque et mélo d'une LISTE DE SCHINDLER, ou de tout autre pleurnicherie de la sorte, qui est encore la norme édifiante quand il s'agit de faire un film avec un sujet si sérieux. Avec son divertissement, Singer fait un film autrement plus intéressant que la concurrence. Bien joué. Et honnête !

 

 

 

Dr Devo.  

 

 

 

 

 

 

 

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Samedi 31 janvier 2009 6 31 /01 /2009 12:40

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[Photo: "Les Etudes Montrent Chez les Françaises un Taux de Fécondité de 2,1 U2 par Femme" par Dr Devo, d'après une photo de la mannequin Jenny Chu.]





 

Alors attention "c'est du lourd" comme dirait une personne "engagée" qui S-L-A-M (tendance de peu d'intérêt de notre nouveau millenium) pour montrer à quelle point elle est engagé. Oui indeed, car le film dont nous allons parler ce soir a été gratifié de la Caméra d'Or à Cannes 2008 (dont le jury n'était autrement présidé que par Bruno Dumont). J'y vais plus ou moins à reculons, puisque l'on sait bien que le festival de Cannes s'intéresse d'avantage au CinémA puant qu'au noble art de l'audio-vision. Malgré tout on se dit que si Dumont (artiste de l'audio-visuel français) a pris son rôle au sérieux et a su s'imposer parmi le jury,  peut-être cela vaut-il le coup... Peut-être...

 



En 1981, des membres de l'IRA emprisonnés par le gouvernement british réclament le statut de prisonnier politique ne voulant pas être juger comme n'importe quel criminel, mais en vain. Pour arriver à leur fin, ils entament la "Blanket and No-Wash Protest" qui consiste en gros à ne pas se laver, faire du "Shit Art" sur les murs de leurs cellule (toujours sympa pour le nouveau compagnon de cellule) et autres petites grivoiseries. Comme cela n'émeut toujours pas le gouvernement british (ça doit même bien les faire marrer, les cochons!) Bobby Sands, la tête pensante du groupe de prisonniers, décide d'entamer une radicale grève de la faim invitant ses compagnons à le suivre, et ce jusqu'à ce que mort s'en suive!

 



Disons le franchement, cela faisait longtemps que ça n'était pas arrivé en salle, voilà bien une vrai proposition de cinéma. Je m'explique. Plus que de rapporter ce fait réel ayant existé pour de vrai (si, si, je vous assure) McQueen décide de s'intéresser au corps. Ce qui en sort, ce qui éventuellement y entre ou pas et plus particulièrement sa destruction ou plutôt son pourrissement si je puis dire. Ce qui est infligé au corps, ce que nous lui infligeons et pourquoi (et pourquoi pas, de toute façons le film ne cherche pas à donner de réponses). Aussi parait-il clair que ce qui intéresse McQueen chez ces prisonniers n'est pas tant leur lutte que les moyens qu'ils mettent en place pour le l'emporter à travers la destruction de leur propre corps.

 



Et pour s'exprimer autour de la chose, force est de constater que Mc Queen y met les formes. Il en va tout d'abord de la narration qui ne suit pas un parcours franchement habituel. Elle se déroule sur plusieurs parties et suit les parcours de différents protagonistes, le tout structuré autour de cette idée de la dégradation du corps. Le film commence avec l'arrivée d'un nouveau prisonnier et se termine dans la mort. Ainsi chaque parties témoignent d'une étape de dégradation du corps. La mise en scène, également, prend souvent de bien belle tournures. Le cadre est travaillé et Mc Queen n'hésite pas a utiliser quelques effets de bonnes alois, comme le flou (très bel instant ou un gardien allume sa cigarette...) et autres petites gourmandise. Autre point important le son, très soigné et qui prend une grande place dans le métrage...

 



Quand je disais que McQueen s'intéressait d'avantage au corps qu'à son histoire, on remarquera aussi le point de vue relativement ambigu du film sur l'action des prisonniers. En effet, il ne semble pas prendre vraiment parti pour un bord (les prisonniers) comme pour l'autre (le gouvernement britannique), et même si on ne voit qu'une seule tranchée de ce conflit (le gouvernement britannique n'intervient que par de courtes allocutions sonore de Thatcher disant qu'elle leur refuse le statut de prisonnier politique), la longue diatribe de Bobby Sands au milieu du métrage tend à discréditer quelque peu son action... Bref on ne sait pas ou se mettre, voilà qui est assez judicieux de la part de McQueen.

 



Et pourtant malgré toutes ces bonnes intentions et cette bonne volonté (celle de faire vraiment du cinéma en faisant jouer tous ses paramètres), ce film m'a ennuyé. Notons que Mc Queen est issu de l'art contemporain, qu'il a exposé diverses œuvres dans des musées, et que HUNGER est son premier film. Cela n'a peut être rien à voir, ou peut-être tout à voir, il n'empêche qu'il ressort du film la sensation de quelque-chose de très léché et très structuré, presque théorique, comme si McQueen avait appliqué son schéma de travail à la lettre, sans laisser le film lui échapper. C'est vraiment dommage car cela lui aurait sûrement réussi. En somme nous (moi) ressentons de "l'intelligence" dans le visionnage de HUNGER alors que nous (moi) aurions aimé plus de fulgurance et de spontanéité (enfin je suppose). 

 



L'Ultime Saut Quantique.

 

 



Retrouvez d'autres articles sur d'autres films avec L'index des Films Abordés.








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Dimanche 25 janvier 2009 7 25 /01 /2009 13:09

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[Photo: "Mensonge" par Dr Devo.]






Piiiiiire Expreeeeesss, c'est la chronique des cadres dynamiques qui n'ont pas le temps, c'est la critique 2.0, c'est du précis et du syntéthique. C'est pour vous. De rien.

 



 

CHE - 1ére partie: L'ARGENTIN de Steven Soderbergh (USA/Espagne-2008)

 

Revoilà l'ami Soderbergh avec cette fresque biopicesque du révolutionnaire à t-shirt, icone des fans de Manu Chao. Le Che, argentin d'origine, embarque pour Cuba, avec Fidel Castro et une poignée d'hommes pour aller renverser le pouvoir en place. C'est un chemin de longue haleine qui commence dans la jungle dense de l'île. Peu à peu, la guerilla s'organise et les rangs des révolutionnaires grossit. La troupe conquiert au fur et à mesure plusieurs petites villes...

 

Bon. L'ami Soderbergh arrive toujours avec des croissants et du café bien chaud, certes, et c'est très agréable. Ici, il utilise une structure vaguement éclatée où la progression révolutionnaire est commenté par le Che lui-même qui, à l'occasion d'un voyage aux USA (et à l'ONU), répond à une interview, mais plus tard dans le temps, bien sûr. Grosso modo, donc, c'est du montage vaguement alterné avec une grosse base linéaire. Voilààààà. CHE 1 est un film très difficile, un peu comme la peinture à l'huile. Filmé en scope, le film bénéficie d'une photo correcte  et plutôt variée, mais jamais éblouissante. L'impression première est celle d'un classicisme relativement alerte, où le cadre et le découpage sont lisibles et relativement équilibrés. Un film de bonne facture, donc, du bon travail d'artisan. Il y a peu de gourmandises mais quelques unes quand même (trois ou quatre, pas plus), notamment l'interruption du son d'une scène de bataille par une voix-off expliquant les fondements idéologiques de la révolution, ou encore un contrechamp différé de deux heures! Semi-rigolo. Côté fond, le travail de la brigade de scénarisation consiste à mélanger base théorique et problème du quotidien (sur le terrain), soit de mélanger le macro et le micro. Ouais! Au final, c'est l'ennui profond qui domine. Soderbergh est confis, ose peu, ne joue jamais ni avec la mise en scène ni avec son personnage, assez lisse, sans aspérité ni émotion. Il y a trop peu de choses iconoclastes dans la structure, l'esthétique ou le propos du film pour que quoi ce soit émerge. L'expérience de Soderbergh lui permet de faire un film techniquement propre, au-dessus de la moyenne comme dirait l'autre, mais qui, en terme d'aboutissement, est aussi intéressant que la moyenne, c'est à dire fort peu. Que c'est ennuyeux... Le montage coule, certes, mais semble sans conséquence. Voilà qui pourrait durer trois heures ou 20 minutes, sans que ça ne change grand chose. C'est là, la plus grande déception de ce film, même si Soderbergh a déjà réalisé des films très peu intéressants, ce manque de rythme et ce manque de point de vue ou d'émotion. CHE 1 est un film anonyme, ennuyeux et sans conséquence. Voilà, c'est dit.

 

 

 


 

SLUMDOG MILLIONAIRE de Danny Boyle (UK/Inde, 2008)

 

 

Ha bah, on retrouve avec plus d'appétit l'ami Danny Boyle, réalisateur dont je n'aimais pas du tout les débuts (TRAINSPOTTING, LA PLAGE), mais que je trouve particulièrement en forme ces dernières années avec ses magnifiques 28 JOURS PLUS TARD ou encore le très adulte et magnifique SUNSHINE dont on avait déjà parlé ici.

 

SLUMDOG... a un sujet loufoque. Nous sommes en Inde dans les années 90. Jamal, un jeune indien issu d'un milieu plus que modeste puisqu'il vit dans un bidonville, se présente à l'émission (version locale, bien sûr) QUI VEUT GAGNER DES MILLIONS? Et très curieusement, le gamin des bas fonds va très loin puisqu'il gagne la question à 20 millions de roupies, somme colossale. Comment un gamin du ruisseau a-t-il pu répondre à autant de questions, là où même les lettrés échouent? C'est ce que cherche à savoir la Police, qui force le jeune homme à un interrogatoire musclé et qui le soupçonne tout bonnement d'avoir triché ! Jamal va devoir se justifier...

 

 

Alors, euh, comment dire, c'est-à-dire que... Oui en fait... Non, ce n'est pas ça, mais...


Procédons par ordre. Dés la première bobine de SLUMDOG..., on se dit que le petit Boyle, peut-être contrairement à Soderbergh, sans doute plus talentueux mais un peu fouine dans la façon de gérer le Capital en se mettant d'office (et de plus en plus souvent, car ses films iconoclastes, il en fait de moins en moins...) en préretraite, on se dit, disais-je, que l'avantage superbe avec lui, c'est que c'est du franc. Il essaie, il met tout dans la course, et c'est du généreux. Voilà. Alors oui, après 30 minutes, le doute n'est plus permis. SLUMDOG... est moins beau, moins précis, moins maniaque que SUNSHINE ou même 28 JOURS PLUS TARD, franchement taillés au cordeau, eux. Ici, c'est plus fouilli, il y a plus d'effet, des filtres à gogo, etc... En même temps, on peut pas lui reprocher d'essayer, et surtout d'essayer de construire chaque plan, de développer des idées dans le montage des séquences ou des scènes. Bref, Boyle, c'est un styliste. Et même si le style est plus extraverti ici, même si SLUMDOG... a une esthétique un peu plus outrancière, Danny Boyle se lance à corps perdu dans une recherche du plan qui ne soit pas anodin ou plutôt qui lui ressemble. Alors, c'est parfois un peu clinquant, brouillon, sur-stylisé, mais au moins, et là aussi contrairement au CHE..., ce n'est pas anonyme, pour le meilleur, et cela même si ici pas mal de choses  correspondent moins à mon goût raffiné (héhé !). Donc, globalement, je trouve le film, dans sa mise en scène, plus tape à l'œil, je trouve le montage et le cadrage moins précis. Ceci dit, c'est expressif, et c'est tellement franc du collier, tellement généreux, et ça se lance tant à corps perdu que tout cela nous fait respirer dans un univers cinématographique largement sclérosé par les idées de carrière des cinéastes et par leurs velléités de faire des films qui ressemblent à de "vrais films", c'est-à-dire toujours aux mêmes schémas scénaristiques et esthétiques pour aboutir, in fine, à des œuvres tellement neutres et vides qu'elles feraient pleurer le focalien le plus endurci...

 


Ça, c'est fait. Ceci dit, le rythme est assez alerte. Boyle exploite une idée plutôt sympathique de débrayage rythmique, pas tout à fait aboutie mais visible, qui consiste à peindre son épopée comme une gigantesque fuite en avant. Son héros est un fugitif que la foule veut lyncher dés l'âge de cinq ans jusqu'aux événements qui nous intéressent. Le ton, par contre, est celui d'un mélodrame ouvert, mais pas forcément gnangan (j'y reviens parce que là, il va falloir minorer cette idée), un mélodrame dur en quelque sorte. Et en effet, cette histoire est superbe, mais d'une violence exacerbée. Que raconte SLUMDOG... ? Bah, c'est simple, très chers cocos, c'est simple, mais c'est désespérant. Primo, ça raconte l'histoire d'un pays en train de s'industrialiser et qui ressemble déjà, de plus en plus, à la France, au Lichtenstein ou à l'Angleterre. Elément plus important: les aventures de Jamal sont simples et directes. C'est un homme qu'on veut lyncher, comme je le disais ! Il vit dans une société pourrie jusqu'à l'os où personne, mais alors j'insiste, personne n'est un être humain digne de ce nom. Tous les personnages du film (à l'exception peut-être du Commissaire) sont prêt à trahir sans vergogne son prochain, à arnaquer son voisin, et à vendre leur mère contre quelques roupies. Jamal qui est une sorte de Boucle D'Or larsvontrierienne, laborieuse certes, mais quand même, est un gars qui a bien compris que la seule façon de survivre c'était de courir et de fuir ses compatriotes pourris qui le pourchassent. Dans le même temps, il fait confiance à chaque fois que la situation lui permet d'espérer, vraiment à chaque fois, et il est tout le temps trahi! Dans le film entier, il n'y a finalement que deux moments pas plus où les choses tiennent leur promesse : quand on comprend que le commissaire, certes fasciné comme tous les autres par le storytelling de Jamal (piste effleurée : peut-être invente-t-il tout !), sait qu'il y a une vérité sur son propre travail et sur son pays derrière tout ça. Sans le dire, Le commissaire rencontre, furtivement, l'homme derrière la figure de Jamal. La deuxième partie des scènes dans le commissariat sont assez douces. Deuxième moment pur, le sacrifice de jamal pour la jeune fille (fadasse, jouée par une espèce de mannequin sans intérêt d'ailleurs), sacrifice uniquement pour la Forme et pas pour le Fond. [La scène finale dansée est d'ailleurs une espèce de leurre.] Le reste, c'est que trahison, traite d'esclaves, corruption et... petit-bourgeoisisme ! Qu'est-ce qui intéresse les indiens, ou les français ou les anglais ? Le story-telling ! Ils veulent une belle histoire, un spectacle avec un mendiant qui devient prince, la seule histoire qui puisse valider le concept fondateur qui fait le ciment de la Société : qui veut peut, ou encore si vous préférez, "une place pour chacun" qui souvent se traduit dans les fait par "chacun à sa place". C'est ça que les gens veulent : une histoire qui leur dise que la Société reconnaît les mérites de chacun ! Tout le monde, dans les faits et la réalité, fait le contraire, c'est-à-dire tuer son voisin pour avancer dans l'ordre social et exploiter le système. Bien sûr. Mais cette histoire, proche de ce qu'est devenu un art comme le Cinéma (les édifiants mélos semi-réalistes qui constituent 95,28% des films qui sortent) ou proche des fictions télévisuelles, télé-réalité comprise. Les scènes qui entourent la réponse de Jamal à la dernière question du jeu sont terriblement ambiguës, et sans doute les mieux écrites. [Boyle sait faire des fins, ça, c'est certain !] En apparence, pour le spectateur et tout le peuple indien, c'est un moment de partage formidable. Tout le monde derrière Jamal. Mais si on reste dans le ton de l'heure et demi précédente, que voit-on dans cette séquence finale ? On voit un pays de fourmis, vaincues par le Spectacle, qui aime se sentir unis alors qu'au quotidien, tout le monde se tue les uns les autres ! Dans ces images de "toute l'Inde derrière Jamal" (et  donc "tous les spectateurs derrière Jamal"), on devine l'extase aveugle qui remplit les yeux d'une foule pendant une réunion de futurs nazis à Nuremberg, ou après une victoire en finale à la Coupe du Monde de foot : une société totalement petite-bourgeoise, sans aucune conscience, uniquement guidée par le Spectacle et le divertissement, et qui au fond ne veut qu'une chose : regarder la télé. Ce peuple qui est à fond derrière Jamal (et toutes les couches de la société, car même dans le bidonville, ils on trouvé le moyen de branché  une télé, ces imbéciles !) est le même qui l'a toujours, absolument toujours, sans jamais faillir, avec précision même, qui l'a toujours, disais-je trahi ! Ces gens ont envoyer Jamal en enfer, ont essayé de le mettre à mort, et une fois qu'il est arrivé miraculeusement en haut de la pyramide, ils l'acclament et le traitent en héros, alors que cet événement (Jamal va gagner 20 millions de roupies) est un scandale, et que c'est ce peuple qui l'a conduit dans cette position. C'est le peuple qui envoie Jamal à QUI VEUT GAGNER DES MILLIONS. Le scénario, malin, ouvre une porte à son héros en introduisant un élément gratuit, injustifiable, mais vecteur (dérisoire) de liberté : le hasard ! [Il s'agit de la dernière question.] Ce hasard absurde est la seule porte de sortie (le jeu est verrouillé, c'est une machine à perdre, structurellement et humainement comme le rappelle la scène des toilettes). C'est une maigre consolation. Boyle a raison de raconter la première histoire en début de film (si j'ose dire) : le gens sont prêts à se rouler dans la merde pour avoir l'autographe de Brad Pitt. Après cela, ils sont d'accord pour se laisser assassiner !

 

 

Le gros défaut du film, c'est sa fin, à mon sens. Elle contient exactement tout ce que je viens de dire, mais dans le même temps, elle essaie de faire passer cette histoire pour un formidable happy-end. A moins que Boyle soit plus malin que ça,et justement fasse subir au spectateur le même piège que la Société tend au peuple. Si le peuple ne voit pas le double fond de l'histoire, alors tant pis pour lui et qu'il aille à sa perte. En tout cas, ambiguë à outrance ou un peu moins, l'écrasante masse de détails tire-larmes dans la toute fin du film gâche quand même un peu la portée de ce film, et cache sous cette politesse, une image qui restait à inventer et qui soit un gros doigt tendu à la masse crétine du Peuple aveuglée par la lumière du projecteur. Dommage...

SLUMDOG..., oeuvre très repesctable, avec ses défauts et ses qualités certes, est quand même le premier film visible, et de cinéma si j'osais, de ce début d'année ! Ouf !

 

 

 

 

Dr Devo et Bill Yeleuze.




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Vendredi 23 janvier 2009 5 23 /01 /2009 13:20

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[Photo: "Watchmen (il avait du flair, ce Claude Berry)" par Dr Devo et Mr Mort]





Oh, bah les p'tits gars, c'est qu'on aurait presque du retard avec tout ça, mais rassurez-vous, ce n'est pas parce qu'il n'y avait personne à la réception que l'équipe focalienne s'est tournée les pouces, bien au contraire. C'est qu'ils sont allés en salle, les cocos, pour voir, par exemple...

 

 

 

THE SPIRIT de Frank Miller (USA-2008)


Des supers-héros et des comiques (oh, mon dieu, ça commence bien...), c'est vraiment chouettosse, mais ici, c'est encore autre chose car, ils ne portent pas collants. Le Spirit préfèrent le masque à la Mandrake et l'imper à la Christophe Lambert pour aller débarrasser la ville des méchants, ce qu'il fait fort bien, merci. C'est, cependant, sans compter l'affreux Octopus (Samuel Jackson), étrange docteur et pas critique de cinéma comme on peut sans douter (idée de scénario !), et grand gangster sanglant qui, une nouvelle fois, convoite ce qu'il n'a pas, c'est-à-dire un objet fabuleux qui pourrait le rendre définitivement surpuissant et faire basculer le Monde dans le chaos le plus total. Evidement, voilà qui n'est pas facile à empêcher pour notre Spirit, et ce d'autant plus que la mystérieuse Eva Mendes rôde aussi dans les parages, ce qui va semer le trouble, dans tous les sens du terme. Bref, le Spirit, il a du pain sur la planche...

 

 

Frank Miller, célèbre dessinateur bédé, passe ici derrière la caméra, comme dirait n'importe quel critique normal, en commençant à commenter le métrage, et ce après avoir été lui-même pas mal adapté ces dernières années, notamment à travers 300, la grosse choucroute, et SIN CITY déjà bien mieux, dont il reprend ici, un peu, le modousse opérandaille en mélangeant effets spéciaux et graphiques tendant vers l'influence bédé revendiquée, justement.



De fait, THE SPIRIT comme son "aîné" est plus beau que la moyenne des adaptations comiques, et part sur une base totalement revendiquée comme adulte et mature. Pourtant, les premières minutes glacent un peu le sang, notamment la première scène avec Scarlett Johansson très fausse alors, et quelques situations qui semblent ne pas marcher dés le départ, notamment à cause du ton employé. En fait, c'est une période d'adaptation. Contrairement à ces homologues, Miller traite la bédé de Will Eisner (qui était peut-être déjà ainsi, je ne sais...) sur un mode assez particulier puisqu'il s'agira de développer un univers comics, lui rendre hommage et donc faire les choses sérieusement, mais aussi utiliser un ton exagéré, voire souvent grotesque qui parfois appuie, très volontairement, sur les conventions et les passages obligés du genre. Et ce ton grotesque, et bien, on n'y est pas si habitué que ça. Le temps de comprendre le décalage, et tout rendre dans l'ordre. On comprend alors le projet, pas forcément si abstrait que ça (comme me le laisser supposer l'utilisation multiple et interchangeable des molosses Pathos et Logos), mais bien mélangeant les tons les plus hétérogènes. L'hypothèse se vérifie avec deux scènes donnant le "la", celle de la première bataille dans les eaux boueuses (pour ne pas dire plus!) de la ville entre le Spirit et Octopus, dans laquelle le méchant paralyse le héros avec un joli toilette Jacob Delafond, et plus encore avec la meilleure scène du film, la scène nazie, très réussie.

 

 

Un ton ambigu, un adaptation mature, un univers graphique inspiré de SIN CITY, bref un film un peu adulte et différen. Mais c'est une divine surprise, me diriez-vous... Malheureusement, même si THE SPIRIT est plutôt au-dessus de la moyenne des grosses machineries du genre, il me pose plusieurs problèmes. Premièrement, et croyez-moi bien que ça m'arrache la bouche de dire ça, le casting me semble très largement inégal, voire faible. Samuel Jackson fait ce qu'on attend de lui, en tant que spectateurs et réalisateur, et en rajoute, de manière plutôt efficace, si du moins on n'est pas allergique au jeu outré. Ca fonctionne et prouve qu'il a très bien compris le  sujet. Mawam' Scarlett, très à côté donc dans sa première séquence, relève le niveau par la suite, et arrive à trouver un équilibre de plus en plus solide. Cette actrice qui n'a pas fait que du mauvais, ne m'a jamais bouleversé véritablement, mais elle assure, sans étincelle aucune, et se rattrape tranquillement dans le reste du métrage sans rien faire de bien passionnant, mais aussi sans rien bousiller comme elle le laissait supposé au premier rendez-vous. Pour le reste, c'est plus problématique. Gabriel Macht, le Spirit donc, est incroyablement fade, et même s'il essaie d'introduire un peu de distance ou d'ironie, son jeu est sans rythme et très fade, sans aucun charisme. La scène avec l'équipe de télé (bien écrite d'ailleurs) montre très largement ses limites. Ce bonhomme est charismatique comme une cagette d'endives. Ooops... Les seconds rôles sont tout juste passables, sans saveur également, et les deux p'tits pioupious qui jouent Macht et Mendes jeunes sont épouvantables et ruinent complètement les fameux flash-backs qui deviennent une vraie épreuve de torture. Bref, côté acteur, c'est froid, lisse et sans saveur, ce qui est quand même le comble.

 


La mise en scène pose deux problèmes et un cas d'école. Il y a quelques bonnes idées dans la mise en scène de Miller, par-ci par-là, et plus intéressant encore, il y a quelques plans très composés, voire exagérément, qui du coup sont assez iconoclastes. Je pense à cet alignement de visages lorsque le Spirit frôle la mort par exemple, image très hénaurme et dont on se dit que ce n'était pas du tout une mauvaise idée, fut-elle très artificielle. Il y avait là du potentiel. Parfois, on a même un plan plus abstrait et très beau. Je pense à ce plan totalement blanc (en scope en plus) maculé de petits ronds rouges et dans lequel arrive par le bas du plan une paire de main ! C'est très étrange (même si on sait ce que ça représente dans le flot du récit), et c'est une chouette idée de plan, parfaitement réalisé. Et pourtant, voilà qui ne marque pas et qui me permet de faire ma critique principal au film. Des petits plans comme ça, il y en a, pas de problème. Ils sont beaucoup plus intéressants d'ailleurs que les gimmicks sincitiens récurrents qui souvent, et aussi à cause de la chose que je m'apprête à vous expliquer, fonctionnent uniquement comme éléments de direction artistique sans qu'ils aient de réelles fonctions de mise en scène. Le problème, en fait, c'est le montage. Si on excepte la scène "nazie" que j'évoquais plus haut, le montage plombe littéralement le film. Non pas qu'il soit infamant d'ailleurs... Au contraire, le rythme est plutôt soutenu. Un bon rythme d'un énergique footing bien sérieux. Mais un rythme qui manque cruellement, et c'est vraiment avec le casting, le défaut principal du film, défaut plus grave même, de débrayages ou d'accélérations ! C'est assez rapide, mais monotone ! A la vision, il n'y a rien d'infamant dans ce rythme, si on excepte que ça pourrait durer une demi-heure ou cinq heures sans que ça fasse de différence! Tous ces petits plans sympas, ces quelques bonnes idées graphiques se noient, du coup, dans la fluidité de ce montage d'où rien ne fait saillie. Ca coule comme une musique new-age de relaxation, ça n'irrite pas, ça ne fâche pas, mais ce montage aplatit tout et vide le film de son caractère inhabituel. Et là, la différence avec SIN CITY se fait cruellement ressentir. Le sentiment qui me frappe à la projection est celle d'un long fleuve tranquille. Rien n'émerge, et je soupçonne Miller, dans cette volonté d'homogénéiser le montage, d'avoir, alors qu'il avait un matériau relativement iconoclaste, voulu faire un film qui est l'air d'un film ! Un film "normal" en quelque sorte. C'est un mauvais calcul, tant le film se noie lui-même dans cette uniformisation du rythme qui tue tous les effets. Ce manque de caractère et de personnalité de l'objet final fait du coup ressortir le troisième défaut du film : le nombre infini de gros plans et de plan rapprochés à l'approche du moindre dialogue. Voilà qui tue aussi la dynamique cinématographique, et fait ressembler THE SPIRIT en une bande étale, sans beaucoup de saveur. Malgré les bases du projet, et deux trois choses qui marchotent ça et là, THE SPIRIT semble configuré de manière beaucoup plus banale que prévu, et pour ces raisons de mise en scène pure (montage, échelle de plan), on se retrouve face à un long-métrage non pas totalement ennuyeux, mais très fade et curieusement assez anontme (paradoxe!), bien loin de l'addition iconoclaste qu'on attendait.

 


Dr Devo.






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Samedi 17 janvier 2009 6 17 /01 /2009 12:18

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[photo: "Papon, Brutus et Pinochet" par Dr Devo et Mr Mort.]






Comment commencer avec brio un article sur le cinéma en cette nouvelle année ? Facile, en citant une critique des Inrocks  : "Kim Jee-woon réussit avec bonheur la greffe entre codes occidentaux et psyché orientale." Voila une phrase tirée de l'article dithyrambique des Inrocks, mais qui pourrait aussi bien l'être de TELE 7 JOURS ou de JEUNE ET JOLIE (si si, il y  a une rubrique cinéma).




Maintenant j'aimerais vous parler dans mon modeste article de psyché orientale. Oui, je pourrais vous en parler toute la nuit s'il le faut. Plus important encore j'aimerais parler de ma passion inconditionnelle de la greffe de psyché mais malheureusement le temps m'est compté, et Matiere Focale n'a pas les épaules suffisantes pour de telles révolutions conceptuelles dans la façon d'aborder le cinéma. Je vois bien que vous êtes déçus, mais il faudra vous y faire, bonne année.




Loin de la psyché et des affres de la transplantation stylistique, il y a le fait que c'est le deuxième western asiatique que je m'enquille en trois semaines [j'ai subi la vision de l'incompréhensible SUKIJAKI WESTERN DJANGO de Takashi Miike (Japon-2007), greffe de psyché sans doute ratée], et voilà qui me fait me poser de drôles de questions  sur la psyché des producteurs orientaux que je vous épargnerais volontiers.




Kim Jee-Won est parait il très apprécié ici bas à la rédaction de Matiere Focale, toutefois je ne vous raconterais pas de salades, je n'ai vu aucun de ses films.  LE BON, LA BRUTE ET LE CINGLE est une variation sur le thème du western spaghetti de Leone, sans toutefois en être un remake. Trois personnages avec autant de personnalité que dans le titre se disputent un bout de carte dans le désert de Mandchourie, 500 ans avant le paris dakar. Le Cinglé est un peu là par hasard, La Brute cherche à rembourser sa garde robe prada mise à mal par la dure vie de cow boy, et le Bon cherche à s'enrichir par tout les moyens (ce qui en dit long sur la psyché orientale, hum). Voila voila, le scénario n'impressionne pas particulièrement par sa profondeur abyssale, il n'est qu'un prétexte à une débauche de psyché et de scènes mettant en avant des chapeaux et des chevaux.



Et soudain je me trouve mal, car j'ai vraiment passé un moment éprouvant dont j'aurai bien du mal à parler avec déconvenue et flegme. Je n'ai vraiment pas du tout aimé pour parler simplement, ou alors, la greffe n'a pas prise, pour parler d'un point de vue médical.  Quand on n'a pas de scénario captivant ou spécialement bien écrit, la moindre des choses c'est d'assurer un peu derrière avec un point de vue original, voire artistique dans le meilleur des cas. C'est même une prérogative importante pour tout lecteur assidu de Matière Focale. Autant vous dire que ce n'est pas du tout le cas : scènes d'actions illisibles, cadrage en dessous de tout, photo inexpressive, images de synthèse rajoutées par-dessus la jambe, et boum le focalien moyen se retrouve bien vite sans défense et submergé par un flot incessant d'image et de sons qui surenchérissent tour à tour dans la médiocrité et le mauvais gout. Je ne ferais aucun parallèle avec l'œuvre de Leone, même ses films de vacances à Rimini doivent être plus agréables.  Passe encore les acteurs et leurs postures tape à l'œil, je m'y étais plus ou moins habitué. Mais de là à convoquer le plus mauvais goût occidental et le coller à ce que l'Asie a de plus cliché, c'est plus de la greffe : c'est le retour de Frankenstein dans une version où le savant fou serait interprété par Lech Walesa: c'est tout bonnement une abomination croulante. C'est vraiment très difficile pour les nerfs, d'autant plus que c'est en coréen donc, si vous commettez l'erreur de fermer les yeux, vous aurez instantanément des visions plus horribles encore.  J'espère pour Kim Jee-Won que c'était une erreur de parcours ou une grosse dette à payer, parce que ca ne donne pas envie de voir ses autres films. Honnêtement j'aimerais bien faire une critique constructive et argumentée, mais les bras m'en tombent. Il n'y a absolument rien de cinématographique dans ce film. Même pas du respect pour le vieux Sergio, c'est dire où la légendaire perfidie asiatique nous entraine pendant deux longues heures. Comme quoi, la psyché, c'est pas bien compliqué...





Norman Bates.








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Vendredi 16 janvier 2009 5 16 /01 /2009 11:37

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[Photo: "Oh Blimey !" par Dr Devo]




Chers Focaliens,

 

Aujourd'hui, Pardi 13 Janvier, c'est la Saint-Dividi, alors bonne fête à tous les dividis, à l'instar de...

 

 

 

 

WAITER de Alex Van Warmerdam (Pays-bas, 2006)

 


Alex Van Wamerdam, acteur et réalisateur ici, joue le rôle d'un garçon dans un restaurant un peu étrange, quelque part dans une ville des Pays-Bas. Et le pauvre Alex n'a pas la vie facile. L'établissement marche sur trois pattes, les journées sont longues et harassantes, les clients sont souvent stupides et/ou méchants. Et quand il rentre chez lui, c'est pire: sa maîtresse ne le passionne pas, sa femme, très malade et tout le temps alitée, est un quasi-légume, et ses voisins sont des nuisibles de la pire espèce, qui même la nuit, ne lui laisse aucun instant de silence ou de répit. Une vie morne, dure, sans issue. Mais, cette vie parait surtout mal écrite, et Alex s'apprête à en changer le cours de la manière la plus absurde qui soit. Va-t-il gagner au change? Et nous, spectateurs, allons-nous gagner au change?

 

 


Et bien, c'est toujours un plaisir de retrouver les vieux amis. Van Warmerdam, réalisateur issu du pays du Gouda, avait la côte dans les années 90. On a vu beaucoup de ses films en salle, les critiques lui faisaient les yeux doux, et comme d'habitude, les critiques agissant comme des critiques de mode à MARIE-CLAIRE, la robe est repassé en-dessous du genou et bien évidement, d'un coup, tout le monde (critiques, spectateurs, distributeurs, directeurs de salle...) s'en fout de Warmerdam. Il n'empêche qu'à l'instar d'un Hal Hartley, d'un Roeg, le hollandais continue de tourner, et en juillet 2007, ouf, WAITER sort en salle, avec un nombre de copies ridicule, bien entendu, et très peu soutenu par qui que ce soit. Résultat: un joli four. Le dividi est facilement trouvable, profitons-en.




Sur un sujet plus ouvert et plus balisé que LES HABITANTS ou ABEL, notre Alex parvient néanmoins à nous en mettre plein les mirettes. Si le sujet ressemble à celui d'un film art et essai convenable (ou normal), le reste l'est un peu moins. WAITER explore de manière bêtement frontale les rapports entre réalité et fiction, mais surtout, ce qui frappe, c'est la relative linéarité du traitement. Pas de chichi, Alex semble sans naïveté mais aussi sans fioriture, et avec simplicité même, ne prendre qu'une idée et la pousser jusqu'à ce qu'elle se détruise. Et c'est ça, la force de WAITER. En poussant la narration dans un peu tous les sens, et en privilégiant la réécriture de l'histoire pendant le déroulement même de la projection, Van Warmerdam transforme son film en un film normal, c'est à dire en un film qui pourrait sortir dans votre cinéma art et essai préféré dans les années 2000. Au fur et à mesure, parce que les artistes sont faibles, qu'ils ne savent pas trop quoi faire, WAITER ou plutôt l'histoire de Alex devient de plus en plus symbolique, se gorge de péripéties romanesques de plus en plus énormes, de raccourcis métaphoriques souvent de plus en plus dégoûtants (rires), jusqu'à ce que, sans qu'on s'en rende compte, on ait franchi les limites de la décence artistique. Si WAITER parait être le dialogue entre la réalité et la fiction d'une manière un peu simple, il pose des questions passionnantes: celle de l'écriture, celle du filage des métaphores et celle des réseaux symboliques. WAITER est peut-être un des rares films qui parle du scénario, en quelque sorte. Si Alex et son créateur dialoguent, c'est plaisant. Mais en arrière plan, la partie qui se joue est plus fine et c'est souvent entre les lignes, ou plutôt mine de rien, sans appuyer, que les choses les plus belles et les plus subtiles se jouent. WAITER raconte la dégénérescence d'un film! Ni plus, ni moins. Warmerdam joue de la chose avec précision et concision, anticipant nos remarques. Une scène démarre, très souvent, et on se dit: "Oulah, c'est pas bien écrit ça!". Et pour cause! C'est le sujet du film, cette vulgarisation de l'écriture, et derrière la quête du héros pour une vie meilleure, il y a la question "à quoi ça sert?", et la demande inconsciente d'une narration qui soit originale et surtout pas anonyme. Les jeux de faux-semblants, dans ce contexte marche d'autant mieux quand ils traitent des rapports entre singularité des péripéties (par exemple, un yakuza débarque dans cette histoire, ce qui est quand même extraordinaire au sens strict) et vulgarité de ces péripéties (plus, il y en a, plus elles sont caractérisées, et plus le film devient vulgosse et mal troussé jusqu'à perdre le sens de la "réalité"). Un film avec un réseau symbolique développé est-il un bon film? [Question qui, soit dit en passant, s'adresse surtout aux critiques de cinéma, car un des cancers de ces gens-là est de confondre réseau sémantique et aboutissement d'une film!] Pour Warmerdam, non, pas du tout. Et c'est exactement ce que raconte WAITER, en poussant la logique jusqu'à la fin la plus insupportable: la symbole dit du "pot de fleur".

 



Question mise en scène, c'est d'une beauté subjuguante. Warmerdam, loin de nos yeux, n'a rien perdu de sa compétence. Le cadre est sublissime, les axes et les jeux d'échelle sont coupés au cordeau, et les repérages sont époustouflants. Formellement, le film est à mille coudées au-dessus de la production européenne art et essai. C'est toujours sublime. La photographie est variée et tout simplement superbe, et ce n'est pas tous les jours dimanche, ne se contente pas d'être bêtement illustrative. Le montage suit, souvent aidé par le son d'ailleurs, et la mécanique se déroule de manière précise. Les bonnes idées et les idées vulgaires se jouent sur le fil du rasoir ce qui rend WAITER très jubilatoire et troublant pour le spectateur: la mise  en scène de Warmerdam, la dégradation du tissu scénaristique, la soumission de la mise en scène de Warmerdam aux mauvais traitement du scénariste sont autant de niveau de lecture et de niveaux de sensation esthétique qu'on décode  et apprécie avec subtilité et auxquelles il faut se frotter. On se retrouve alors un peu dans la position du héros: on doit des fois mettre les mains dans le caca  narratif pour savoir si c'est de l'ard ou du cochon de batterie... Que c'est étonnant!

 

 

Un seul plan (toutes les premières séquences dans le restaurant par exemple) de WAITER nous fait comprendre l'excellence du travail de Warmerdam qui est, de très loin un de nos meilleurs réalisateurs vivants. C'est d'une précision et d'une intuition exquise, et le néerlandais fou semble appartenir à un territoire oscillant entre deux autres repères, quoique son style soit vraiment encore différent. Je m'explique. Ces repères, ce sont Bertrand Blier et Julio Medem, autre oublié des cinéphiles. On retrouve ici non pas des logiques soeurs, mais des styles et des modousses opérandailles communs, dans cette volonté de faire d'un film un espace non-figé et sans cesse mouvant, sans cesse travaillé (y compris pendant la projection) et mêlant les frontières du "réalisme" et du fantastique. D'autre part, on retrouve aussi ce goût pour les lectures et les visionnages mouvants, paradoxaux, incertains, mais très émouvants qui font que, sans cesse, les symboles muent, changent de signification et tracent une toile d'araignée spectaculaire, presque infinie, de sensations. Jamais un symbole ou une intention n'est utilisé pour rassembler spectateurs et réalisateur dans le sens du plus grand dénominateur commun, mais bien au contraire, chaque élément narratif ou de mise en scène travaille dans le sens d'une singularité nouvelle et surprenante. WAITER est un grand film, et il est temps de réhabiliter Van Warmerdam, et de montrer tous les films qu'on a loupé depuis que sa gloire éphémère des années 90 s'est fanée. AVW est un très grand réalisateur.

 

 

Vôtrement Vôtre,

 

 

Dr Devo.

 







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Mardi 13 janvier 2009 2 13 /01 /2009 12:05

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(Photo: "Pendant ce temps-là, à l'appartement..." par Dr Devo)




Ce sera-t'y pire, ce sera-t'y meilleur ? Je reprends mon sac U.S, j'y glisse une mandarine, et zou, je file voir...



AUSTRALIA de Baz Luhrman (AUSTRALIE-2008)

 

Nicole Kidman, riche aristocrate anglaise n'a jamais eu peur des slips, qu'on se le dise. Alors quand les finances sont au plus mal, elle décide de retrouver son mari qui, croit-elle, mange des œufs à la coque avec toutes les femmes qui ont du beurre, tout là-bas en Australie. Pas de chance au grattage, car la têtue longiligne arrive 5 minutes après le décès de feu son époux qui, contrairement à ce qu'elle pensait, la sotte, ne courrait pas la gourgandine et les retrousseuses, mais essayait de s'occuper de son immense ranch et de ses nombreuses boules, ou plutôt, soyons précis, de ses nombreux "bulls". Voilà donc, la Kidman, et c'est bien paradoxal, sans homme ni enfant (jeu de mot !) au milieu de la brousse aborigène. Elle doit alors laisser tomber son ladyshave et se retrousser les manches, et se faisant elle découvre  Hugh Jackman, cow-boy bourru mais pro, et un petit garçon aborigène, très mowglie-boogie qui ne narre pas à tort, mais voit les choses de travers, culture aborigène oblige... Il faut conduire le troupeau, dévaster le monopole vilain, mais vite-vite, sinon on sera en retard pour la guerre. En chemin, Jackman prend une douche, et David Gulpilil remet son walkman pour écouter du Midnight Oil. Là, c'est le drame : on lui a volé sa musicassette pour la remplacer par un alboume d'Elton John...



Ha, les délices du film à costumes, deuxième plus mauvais genre du monde (après et/ou à égalité avec le film de maladie, bien sûr) ! AUSTRALIA, j'ai été grassement payé pour aller le voir, comme cela arrive une fois par mois. Sinon, et malgré la sympathie que je porte au premier film de Luhrmann, BALLROOM DANCING, je ne crois pas que je serais aller voir la chose, bien éprouvé que je fus, déjà, par la vision de MOULIN ROUGE, film quasiment insupportable pour votre serviteur pour des raisons musicales. Ceci dit, bah, je sais pas si c'est l'esprit de Noël ou la grippe intestinale du Nouvel An qui dégoulinait sur (sous) moi, mais en tout cas, bah, la première partie du grand machin de Luhrman, sans me passionner un seul instant, fut quand même moins insupportable que je le craignais. Bon, le Luhrman, fan de kitch malheureusement,n'est pas prince du bon goût, on le savait, et depuis qu'il a, hélas serais-je tenté de dire, du succès, il n'a plus de limite dans ce kitsch. Ici, il y avait quelques touchettes second degré (la douche de Jackman qui, d'ailleurs, est passé du stade de baraqué à celui d'ultra-musculeux über alles), ça et là, assez rigolotes, et dont la plus simple et la plus efficace est la scène des kangourous. Bon, non pas que ce second degré innerve toute cette première partie et joue au tennis avec les choses plus "sérieuses"... Ca reste illustratif, mais voilà un mélange de ton, c'est déjà ça de pris. Même si la réalisation ne trouait jamais rien chez nous, en terme de beauté, le bonhomme faisait tous les trois ou quatre plans des jeux de surcadrage, ou s'abandonnait dans des plans artificiels. Ça, le Luhrmann, il cherche l'expressif, et pas le fadasse. Tous ces éléments, sans recueillir mes suffrages, firent passer le temps. L'angliche et l'aborigène se métaphorisent l'un l'autre sous la forme du conte que storytelle en voix-off le petit garçon, quelquefois avec des redondances agréables. Rien de bien passionnant ni de renversant, certes, mais au moins c'est un peu plus relevé que la masse des gros engins que dégainent les studios. Si Jackman est toujours parfait dans le rôle de la bûche aphasique, la Kidman se trouvait relativement à l'aise dans un rôle engoncé mais rendu ainsi un peu dynamique. Là.


Et puis, l'amour propre ne l'étant jamais très longtemps, ce furent les adieux à Cythère, et le démarrage de la seconde partie, fabuleusement longue en ressenti, et ignoblement classique et mal fichue. Adieu second degré, et bonjour les métaphores lourdasses. Quand la première partie s'achève bien (avec) les chevaux, si j'ose, on se disait que le film était super-court et c'est très bien comme ça. Mais la guerre, c'est bien connu, bousille tout ce qu'elle touche et emporte avec elle le rire des enfants.  Adieu le petit machin laid mais un peu différent à 3000 milliards de dollars, et bonjour le remake de AUTANT EN EMPORTE LES PROUTS. Mawame Scarlette, sur son fauteuil de spectatrice pathugmont, trèèèèès fâchée. De là, plus rien ne tient, malgré une première scène très acceptable et plutôt bien écrite, celle du bal, où l'ambivalence et les changements de sujet étaient de rigueur. Après cela, les oies sottes se contentent de cracher pour mourir, et le ralphdebricassardisme est tout proche. Méchant stupide et mal écrit, horribles effets spéciaux kitschissimes (déjà présent en première partie) jouant le rôle du capo du camps, et fin de quoi que ce soit dans la mise en scène, au profit d'un PROUT-PROUT OF AFRICA, la belle affaire, qu'il s'agira de subir sans que rien ne soit épargné. Les petits nenfants norphelins en râteau de sauvetage, tu es morte, o dieu merci, tu es vivante, en fait, je t'aime, et, bien sûr, justice aborigène ridiculissime tout droit importée des Studios Seznec, acteurs nazes, même Nicoletta. Bonjour, le  Kaki Blues. C'est l'arnaque totale. On regarde le chrono, et on se demande où ont pu se mettre, ces trois heures de deuxième partie. En fait, ce n'était pas si long, mais c'était si stupide et insupportablement mièvre (et sans lyrisme) que la facture semblait plus lourde.


On jura qu'on ne nous y reprendrait plus, et l'on souhaitait que le Luhrmann fût condamné à réaliser un film d'horreur avec un budget de 27,99 euros. Beurk, beurk, beurk. David Gulpilil, là, derrière, vague, se fait sexploité et boomerangisé la nue, dans un rôle mille fois vu et qui n'a rien à envier à la gwosse mama blackosse de AUTANT EN EMPORTE MON RANG. Voir notre ami en captain' Igloo australien, mais sans les bâtonnets, est une bien triste expérience, et contredit avec un humour noir la tolérance affichée du sujet. Bah, ce n'est pas fait exprès, mais c'est marrant quand même. On imagine que le sous-titre des paroles aborigènes coûte cher. Les grands-mères apprécieront et peut-être aussi les lectrices d'ELLE. À noter que souvent, AUSTRALIA passe dans des salles chauffées, et permet d'économiser le douloureux achat d'une gaine Damart. 






Certainement Vôtre,




Dr Devo.





 

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Dimanche 11 janvier 2009 7 11 /01 /2009 22:31

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[Photo: "Mattez ma Matrice!" par Dr Devo.]




Ce n'est pas parce que nos tripes et nos boyaux sont malmenés par l'esprit de Noël enfin mort et enterré, qu'il faut se relâcher plus que de raison et laisser le Capital mourir à petit feu, et ce d'autant plus que vous, chères lectrices, allez maintenant avoir du temps pour retourner en salle, maintenant que votre planning est libre des préoccupations d'achat de cadre numérique pour votre Tata Jeannette... Allez, zouh, 2009, nous voilà.

 

 

Parce qu'il ne faut pas faire la même introduction à chaque fois, je vous épargnerez mes sentiments doux-amers sur les frangins Coen  qui sont touchés comme tant d'autres (et aussi talentueux qu'eux) par le Syndrome de la Seconde Partie de Carrière (appelé aussi Syndrome du Succès), bien plus terne que la première, même si elle fut aussi, soyons honnête, traversée ça et là par quelques soleils sympathiques. Après NO COUNTRY FOR OLD MEN dont on avait dit plutôt du bien, avec son rythme d'enlisement bienvenu, les revoilà, les populaires frères, avec une histoire plutôt rigolote puisqu'il s'agit de la découverte par Brad Pitt et Frances McDormand, employés dans une salle de sport, d'un CD contenant des données classées de la CIA. Pitt est un passionné de sport et d'équipement Décathlon. McDormand veut se payer une chirurgie esthétique, car elle recherche l'amour (sur Meetic !). C'est l'occasion pour eux de faire chanter le propriétaire du disque, John Malkovich, agent récemment viré de la CIA. Ce dernier d'ailleurs ne comprend rien, face à ces deux zozos bouseux qui cherchent à lui soutirer de l'argent, car il ne savait pas  que ses données lui avaient été volées ! Et ça se complique encore quand on comprend que c'est la femme de Malkovich, Tilda Swinton (il a de la chance !), qui est, sans le savoir elle-même, à l'origine de la situation puisque c'est elle qui a gravé ce CD, sans doute en ignorant ce qu'il contient, dans le cadre d'une procédure de divorce vacharde. Car la belle Tilda aimerait vivre avec George Clooney, son amant, qui lui, de son côté, picore les femmes comme des boules M et M's ! Les choses se gâtent pour tout le monde, curieusement, quand Pitt et McDormand, devant le refus de Malkovich d'acheter les données perdues, décident de vendre le "précieux" cd aux Russes !

 

Plus proche des sujets et des modousses operandailles des films de leur première période, le film des Coen exploite le genre thriller loufoque, appliqué ici à un milieu de gentils ploucs, c'est-à-dire de gens (presque) comme vous et moi. C'est l'avantage certain de BURN AFTER READING. Moins imposant, moins poseur que les 7 ou 8 films précédents, les frangins reviennent à une formule plus sèche, plus carrée. Très bien écrit, BURN... se propose donc, et c'est son atout principal, de construire une intrigue où personne ne comprend rien. Malgré la surabondance de personnages, tous assez différents, aucun n'a les clés en main pour résoudre le puzzle cubiste dont ils sont acteurs et victimes. Ça, les frangins savent faire. On observe donc, avec malice, la situation dégénérer, et on voit même quelques personnages toucher la vérité du doigt, mais sans vraiment sans rendre compte, ce qui est délicieux, pour enfin la perdre complètement ! C'est rigolo ! A l'aise dans l'écriture, les Coen peaufinent en introduisant avec bonheur une dernier niveau de lecture, via les deux personnages de responsables de la CIA qui sont, et ça c'est malin aussi, observateurs mais pas acteurs et qui rationnellement analyse la situation. D'une certaine façon, ce sont eux qui ont la meilleure analyse : la logique ne fait pas raison, ni sens. La situation rationnelle qu'ils touchent presque du doigt eux aussi, ne révèle rien, si ce n'est son absurdité totale. Pas mal. Côté spectateur, même si la chose pourrait être encore plus alambiquée et peut-être encore moins linéaire, le petit délice supplémentaire réside dans le fait que notre intuition, pas tout à fait certaines mais presque,  suggère que les fameuses données ne contiennent absolument rien d'important. Et si Malkovich était celui qui achetait le matériel de bureau (papier, imprimante, stylos...) à la CIA, et n'était pas du tout l'agent secret qu'on soupçonne ?

 



La mis en scène est aussi plus carrée. Fini le papier glacé de O BROTHER ou de THE BARBER, fini la référence. On photographie un peu sec. On cadre sans fioriture, on dégage des axes propres mais directs. On arrête les petits jeux coeniens avec le son qui devenaient autant une marque de fabrique qu'un cliché autoparodique. Ça, c'est très bien. Malgré tout, la meilleure proposition du film joue avec le son. Si le film tiraille le spectateur dans des directions inconciliables, mais  sans se presser (c'est délicieux), les frangins utilise, pendant ce temps-là, un motif de mise en scène arbitraire. Tous les dix ou quinze minutes, ils balancent dans la bande-son une musique essentiellement rythmique, pleine de pêche et de stress, et ils la couplent, cette musique, avec un montage rapide où on voit chaque personnage, seul dans son coin, paniquer ou s'agiter très vite. Le spectateur est donc dans une drôle de position : un faux plat délicieusement absurde, brusqué pour ne pas dire brutalisé par ces séquences courtes de montage alterné qui semblent déclenchées, non pas par les Coen, mais par la musique du film ! Marrant, non ? C'est ce que BURN... a de plus intéressant à proposer. La première rupture notamment est la plus séduisante puisque que dans cette accélération artificielle qui deviendra ensuite un motif abstrait, on ne comprend quasiment rien à ce que font les personnages : on les voit s'agiter sans pouvoir tout à fait deviner la motivation de cette agitation. Un premier passage du dispositif délicieux et abstrait donc, puis plus normé par la suite, mais original.

 


Pour le coup, BURN... laisse aussi un petit goût, non pas d'inachevé, mais de limitation en quelque sorte. L'écriture est serrée mais ça, ça fait plus de vingt ans qu'on sait parfaitement que les Coen savent le faire. Deuxio, le film, aussi bien écrit soit-il, est assez linéaire, ce qui, je l'admets, peut aussi séduire dans le sens où le film devient paradoxalement absurde et prévisible à la fois. Un petit paradoxe, c'est toujours bon à prendre. Troisième point : mon intuition est que les Coen en ont largement sous le pied, et que le renouvellement de la mise en scène n'est pas encore tout à fait là. Les frangins vont-ils surprendre leur généreux public et les désarçonner un jour ? Pas sûr ! [Ceci dit, le grand public art et essai a déjà ici l'impression de voir un truc extrêmement compliqué !] On pressent, on sent et on ressent que le film, bien moins verrouillé que de nombreux succès récents des Coen, et c'est une bonne nouvelle que j'accueille de bon cœur, est encore bien loin de la liberté accidentelle et/ou intuitive de leurs sublimes opus (LE GRAND SAUT ou THE BIG LEBOWSKI par exemple). BURN..., en quelque sorte, ressemble encore à un film de cinéma, là où les deux autres opus que je cite, étaient plus farouchement iconoclastes, et donc personnels.

 



Le point le plus délicat, et pas le moins intéressant, me parait être le casting, largement hétérogène. Il y a de tout, et la fascination qu'il exerce ce casting  (qui joue contre le film et le transforme un peu en objet pour le focalien ; dans le sens où il réduit les sensations, esthétiques notamment) se base sur des variations minuscules qui changent tout. Les acteurs ne sont pas tous au même niveau. Et souvent, ceux qui sont "en-dessous", de manière assez nette d'ailleurs, ne se plantent pas complètement mais franchissent la limite de très peu... mais suffisamment pour que leur performance et le film en pâtissent. Malkovich, plutôt travaillé sur un ton attendu pourtant, s'en sort tout à fait. Ses scènes seules (sans autre acteur) me paraissent fonctionner et font apparaître un sentiment de solitude plus palpable, chose qui aurait dû échoir en principe au rôle de McDormand, curieusement, mais j'y reviens. Pitt, plutôt correct et qui se tient pendant une bonne vingtaine de minutes s'enfonce ensuite un peu plus dans le lâcher de chien (notez l'expression pour la suite !), où on reconnaît alors des routines qu'ils trainent comme des casseroles depuis très longtemps dans sa carrière (l'insupportable jeux avec les mains, par exemple). Dommage, car l'animal pourrait tout à fait, du moins en ai-j l'intuition, se soumettre avec plus de rigueur au film. Clooney lui... Ha, Clooney ! C'est un peu la même chose que Pitt. Son statut de mégastar l'handicape peut-être, mais je le trouve globalement plus limité que les autres ou, en tout cas, plus prévisible, et là aussi, les routines de cet acteur omniprésent et surexposé se voient comme les yeux au milieu de la tête. Je pense que la fin de sa prestation ne marche pas vraiment. Richard Jenkins, dans un rôle plus prévisible, mois paradoxal et moins intéressant, me parait insipide, je passe. Par contre, France McDormand que par ailleurs j'aime beaucoup, me parait franchement la personne la plus handicapante pour le film, et pour tout dire, ou j'aurais retenue sa laisse si j'avais été à la place des deux frères, comme dirait Jean-Jacques Annaud, ou j'aurais choisi que l'un d'autre! Là, ouvertement, il y a une erreur. McDormand est victime d'un syndrome qu'on avait déjà observé dans les opus récents et mineurs des Coen, notamment dans O BROTHER. Elle est au diapason de Holly Hunter et John Goodman (deux sublimes acteurs d'ailleurs que je n'ai jamais pris en défaut ou presque) dans ce dernier film. Ici aussi, la France semble avoir "le jeu tout trouvé", et à sa manière, elle se repose aussi sur une routine que j'appellerais : "le Jeu Coen". Ce Jeu Coen est une façon de coéniser son personnage de Coen en essayant de développer la coenité coennissante du rôle. McDormand, très à l'aise, n'a ici pas compris un truc. Un personnage coenien de chez Coen, n'est pas un personnage loufoque et drôle, lorgnant sur une plouquitude appuyée. Il ne faut pas pousser, mais faire le contraire, comme, par exemple, Holly Hunter dans ARIZONA JUNIOR : retenir. McDormand, elle, lâche tout, mais pêche sur deux points : elle rend son personnage prévisible, et le rince de tout paradoxe possible. En un mot, elle est uniforme et toujours dans la caricature. Ca ne passe pas du tout. Ça "minore", comme disait Jean-Jacques Annaud. Je l'aime beaucoup, mais là je dis NOOOOOOOOOOOOOOOON !




L'antidote est pourtant dans le film ! Un peu chez Malkovich, mais surtout chez Tilda Swinton, excellente une fois de plus, et qui fait le contraire de la France. Swinton, actrice d'une autre expérience, certes, a tout compris : elle retient. Elle a bien compris que le personnage et sa situation étaient déjà très bien écrits et caractérisés. Elle se retient donc, cherche des solutions d'expression plus en contradiction avec l'action, et globalement appose des nuances plus subtiles, plus délicates. Et ça marche drôlement bien. C'est une vraie leçon que donne la Tilda. Elle surnage, s'échappe complètement de la tentation de faire un show (contrairement aux autres), elle se soumet. C'est très beau, et on appelle ça l'expérience. Sa performance fait du bien au film, l'oxygène même, et l'empêche peut-être un peu de devenir le machin empaillé vers lequel les autres acteurs principaux le poussent. Et ce qui est passionnant à voir dans ce panel d'acteurs, c'est de constater que la mécanique des acteurs chez les Coen est une chose subtile et que, même si l'acteur est bon ou moins bon en général, il suffit vraiment d'une plume pour rompre l'équilibre de la balance.

 



Globalement, avec son écriture serrée et sa mise en scène rentre-dedans (un peu), les Coen signent quelque chose de plus sec, plus direct, moins poseur. On reste un peu sur sa faim, et on se dit que si le montage est relativement alerte, on aurait aimé des propositions peut-être plus personnelles. Il reste que BURN... est un film bien construit, mais desservi quelque peu par un casting inégal, où, de très peu, certains dérèglent la mécanique slowburn de la chose. On est encore loin des films intégralement libres des deux frères,  loin des narrations accidentées et pleines de rupture (et donc de rythme !) qui font la puissance de leurs bons films. On peut être, finalement, un peu déçu devant ce sentiment d'être souvent proche de l'équilibre (ou du déséquilibre!) créatif orignal. Tout cela se joue à peu. Mais, les Coen ont tellement pêchés par autocitation et par maniérisme répétitif par le récent passé, que BURN... pourrait passer pour un bon film transitoire. Vu la période fadasse qui est la nôtre dans les salles obscures, on prend, bien sûr, même si le film qu'on frôle avec BURN... nous parait plus beau que celui qui est projeté sur l'écran. Allez, on va pas faire la fine bouche non plus, et on mange tranquillement ce petit plat joliment absurde en attendant avec ferveur une proposition plus résistante.



Pleinement Vôtre,


Dr Devo.




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Vendredi 2 janvier 2009 5 02 /01 /2009 12:05

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[Photo: "People Like Us" par Dr Devo]



Chers Focaliens,

 

On va aujourd'hui parler d'un film vu en salle, mais avant cela, il faut bien admettre que cette année est bien morose. D'une part, à cause de l'offre en salle. Bien qu'habitant dans une grande ville, avec 15 salles Pathugmont en centre ville, 10 salles art et essai également en centre ville et 23 salles dans un complexe gigantesque en périphérie (quand même!), on a loupé énormément de choses. Par exemple, le dernier Philippe Garrel est resté deux semaines (dont le deuxième avec des séances ultra-réduites). Le Guy Maddin, réalisateur sublime, n'est tout simplement pas passé (il passera avec plusieurs semaines de retard, dans quelques jours après plusieurs semaines de retard par rapport à la sortie nationale, pour seulement trois séances uniquement le week-end!). Bref, entre un soutien médiocre des exploitants (des cinémas) et le peu d'intérêt de la masse du public, même art et essai, les films un peu ambitieux n'ont strictement aucune chance, et il faut organiser son planning de façon militaire pour voir les films de réalisateurs pourtant majeurs! Ainsi, le cinéma de qualité, ambitieux ou d'avant-garde devient le territoire quasi-exclusif de la Capitale, où là, par contre, le cinéphile est gâté (et c'est tant mieux!). En province, on ramasse les miettes et on doit se gaver des kilomètres de pellicules standardisés. [Cette semaine, on sortait dans le cinéma art et essai de la ville des choses comme COMME UNE ETOILE DANS LA NUIT, film laidissime et bazinissime de René Féret, ou encore SUR TA JOUE ENEMIE ou L'APPRENTI, bref des films qui correspondent absolument aux standards tristes de l'art et essai actuel!]

 



Dans ce contexte, on aura vu en salles depuis 6 mois quasiment que des films médiocres. Il y a eu quelques bonnes choses (le dernier BATMAN, TOKYO, par exemple), mais globalement, hormis l'inconnu AFTERSCHOOL (sorti avec trois semaines de retard, et donc bénéficiant d'aucune visibilité publique, pendant une seule petite semaine, avec deux séances par jour!), on n'a pas vu d'excellents films, voire des choses sublimes. Heureusement que le début de l'année, notamment avec le dernier Peter Greenaway, a été plus riche, sinon, 2008 aurait été une année noire. Vous l'avez bien vu sur Matière Focale: chez soi, en choisissant ses films dans un panel plus large, on voit deux ou trois films formidables par semaine, et par contre, en salle, c'est la morne plaine... En tout cas, ne passons pas notre temps à pleurnicher, les faits sont là après tout, et continuons de chercher un peu d'émotion en salle...

 

 

 

Certes, je n'ai jamais été fan de Chatiliez, réalisateur à mes yeux complètement anonyme, malgré, ici et là, quelques bases de sujet un peu atypiques dans le paysage français. Hormis TATIE DANIELLE, un poil plus intéressant, je n'ai vu AGATHE CLERY que pour des raisons financières et pour nourrir ma femme et mes douze marmots (des triplés, et tout le reste des jumeaux), puisque que je fus payé pur se faire! Ne boudons pas notre plaisir éventuel, il y a pire manière de gagner sa vie...

 



AGATHE CLERY est donc l'histoire d'une jeune sur-cadre ultra dynamique, Valérie Lemercier, qui bosse en haut de la pyramide, dans une grosse boîte de cosmétique. Talentueuse, c'est aussi une forte tête et on imagine facilement qu'elle a du en écraser d'autres, des têtes, pour en arriver là. La Cléry est aussi très réac', voire assez raciste. Elle refuse notamment toute candidature issue de l'immigration! Là voilà, du jour au lendemain, atteinte d'une maladie rarissime qui pigmente sa peau progressivement, mais de manière irréversible. Agathe va devenir noire!

 


Bon, sur le papier, voilà un sujet plutôt rigolo qu'on verrait très bien dans les mains des frères Farrelly par exemple. Hélas, trois fois hélas, AGATHE CLERY est une catastrophe galactique, comme je n'en avais pas vue depuis longtemps. Chatiliez n'a jamais été Guy Maddin ni un esthète, certes. Mais comment décrire l'extrême laideur de la chose. Car, on va le voir, tous les choix sont catastrophiques, et l'exécution, quant à elle, est d'une tristesse à pleurer.



Premier grief, le film, qui s'en cachait assez bien lors de sa promotion, est une comédie musicale! Je dois dire que la surprise a été de taille! Chatiliez a confié la musique à Matthew Herbert, bonjour Monsieur, qui commence par des compositions "originales" rappelant vaguement la comédie musicale classique mais qui mêle au fur et à mesure de plus en plus de tendances syncrétistes, avec des effets easy-jazzy-listening, des ruptures hollywoodiennes (comme Lars Von Trier dans DANCER IN THE DARK, par exemple), et de la variété de bas étage. Ça, c'est pour le début. Par la suite, les chansons, moins nombreuses d'ailleurs, iront lorgner du côté de la chanson populaire, et la musique sera alors composée de reprises/pastiches, combinant des chansons connues avec des paroles originales. Tout cela est d'une pauvreté exceptionnelle et totalement ringard. Les paroles sont, quand on les entend (et j'ai vu le film en DTS, donc un son fidèle au mixage voulu par le réalisateur), complètement désolantes, bancales, sans aucun sens du rythme (vu les créations originales et les arrangements, dur de faire mieux, vous me direz...), et privilégient uniquement les rimes les plus grasses. Le filmage des parties dansées est également catastrophique. Chatiliez essaie de découper un peu (ouf!), mais sans aucun souffle. C'est dû essentiellement aux modousses operandailles de la mise en scène en général, qu'elle concerne ou non les parties chantées. Si le film est bourré d'effets spéciaux, le résultat est simplement catastrophique. Les décors sont laids, donnent une apparence de cheap, n'offrent aucune possibilité de cadrage, apparement du moins. Les danseurs sont coincés dans quelques mètres carrés. Les couleurs (chose que j'ai pu vérifier devant deux copies du film) sont lavasses. La lumière évoque le pire du cinéma de studio, au point qu'on regrette presque que ce ne fût photographié à la manière d'une sitcom à la Dorothée, du type HELENE ET LES GARCONS.  Dans ce contexte, on voit tous les plans truqués à 5000 kilomètres, et surtout on s'étonne que Chatiliez ait mis autant d'effort, dans la conception de ces trucages, alors que le repérage des décors, en général, est catastrophique. Bref, la musique est d'une vulgarité sans nom et arrangée avec des moufles. Les chorégraphies, outre qu'elles consistent à piller quantités de mouvements vus mille fois ailleurs (il n'y a guère que le duo Thurman/Travolta de PULP FICTION qui ne soit pas copié, mais pour compenser, on a le droit à une parodie des chorégraphies de Michael Jackson! Quelle originalité! Que c'est inattendu!) et sont exécutés assez maladroitement (bon, c'est sûr que le montage et le décor n'aident pas les pauvres danseurs). Rien que pour ça, je pense que, pour une fois, moi qui vais toujours au bout des pires films, j'aurais bien quitté la salle, si je n'avais eu des obligations! On comprend en tout cas, toute la perspicacité et l'originalité des options choisies par Von Trier concernant la danse dans DANCER IN THE DARK! Bref, côté comédie musicale, c'est catastrophique.

 

 

La mise ne scène est du même tonneau. Les décors sont laids, artificiels et sentent le carton pâte. Les extérieurs sont hideux, baignés d'une lumière jaune blafarde immonde. Dans ces extérieurs, les figurants, complètement tartouilles et convenus (l'épicier de quartier, les balayeurs issus de l'immigration, etc...) envahissent le plan  et tentent de remplir le vide de manière pathétique. Le problème de Chatiliez c'est qu'il fait comme la plupart de ces collègues: il spatialise ses plans et son découpage de manière catastrophique. Ici, on se demande même s'il a ne serait-ce qu'essayer de faire quelque chose de simplement beaux, tant le résultat est téléfilmesque. Et le plus gros problème de Chatiliez, c'est le cadrage qui vise simplement au n'importe quoi. Son cadreur ne sait pas quoi faire. Les axes sont toujours les mêmes, on tend à faire en sorte que les acteurs soient dans le plan sans que les têtes soit coupées, et c'est tout. Dans ces conditions, le montage n'étant pas le fort du réalisateur, ce cadrage, soyons honnête, est clairement ce qui  fiche tout par terre, si tant est que quelque chose pu être sauvé. Les plans les plus banals (la dernière partie en Normandie, par exemple) sont complètement ratés. Pour le moment, on frise donc la perfection...

 

 



Et puis, il y a le scénario. Si le point de départ est prometteur (et si on résiste à la mise en scène), très vite, là aussi, tout prend l'eau. Agathe Cléry, loin d'être une raciste pur jus (façon poujado-FN) est surtout très bête et complètement réac (ce qu'elle aurait pu être aussi d'ailleurs en étant raciste dans la grande tradition poujado-extrêmedroitière française), sans doute pour préparer la deuxième partie du film, sans déranger le spectateur. En général, le film rate sa cible. Car tout au long de l'incroyable parcours d'Agathe Cléry, peu de paradoxes vont jaillir. La première partie (le corps qui brunit jusqu'à l'inéluctable) est longuissime et répétitive, entérinant des choses logiques (perte de l'emploi, perte du petit ami), là où les américains aurait réglé la chose en dix minutes. Par contre, la découverte de ce nouveau corps, sujet passionnant, n'est que peu exploité: rien sur la sexualité, la nudité, la peur, la fascination ou le jeu avec ce nouveau corps. Tout se limite à un habillage cosmétique, un relookage (original ça aussi!), et la fameuse parodie de Michael Jackson! Tout ce qui peut faire enjeu (notamment la politique raciale de Anthony Kavanagh qui essaie un racisme par réaction, au sein de son entreprise) est automatiquement mis de côté ou désamorcé (sexualité réduite à une ligne de dialogue, l'amour qui sauve Kavanagh est bien utile pour éviter le sujet du racisme dans son entreprise, le coup de foudre est bien utile pour éviter le sujet de la séduction ou du trouble qui pourrait habiter Agathe devant cet homme noir mais séduisant), et c'est souvent au profit de la bête comédie sentimentale de boulevard! Les seconds rôles sont pauvres (voire le désastreux casting dans la boîte de cosmétique (avec même sa folle de service), ou encore la pauvreté d'écriture concernant les trois personnages entourant Agathe: Nanty, le petit ami et la future maîtresse de celle-ci), très mal joués. Certains seconds rôles sont absents et empêchent de gorger le film de paradoxe. Quid des collègues d'Anthony Kavanagh, par exemple? L'interprétation, de toute façon, aurait réduit ses efforts virtuels à néant: c'est nul! Dieu merci, il y a Valérie Lemercier qui essaie, souvent, de jouer assez sobrement, mais qui ne peut pas le faire tout le temps malheureusement, le rôle étant écrit comme il est écrit. Elle est également desservie (ces choses là comptent!) par un direction artistique ignoble. Les accessoires, les costumes et les coiffures sont tartignolles et "désincarnent" beaucoup le film, et le maquillage est très peu convaincant, je trouve, ce qui pose quand même un sacré problème! [Dans la partie "brunisation", le jeu du montage, des prises, et de la photo, font que "l'ordre chronologique" du brunissement de la peau de Lemercier est un peu hasardeux, ce qui est quand même un comble!]

 


 

On résume. Un scénario plat et tartignolle qui s'intéresse plus au mélo sentimental qu'à autre chose. Une héroïne jamais paradoxale. Aucune incarnation alors même que le film parle du corps! Des musiques et des chorégraphies lamentables, et empruntées à droite à gauche en plus! Des seconds rôles inexistants ou trop attendus, et de toute façon très mal joués. Des plans tartignolles (notamment la scène, de nuit, sur le pont au dessus de la Seine, avec son lent panotage laborieux, et l'entrée en retard de Kavanagh). Une direction artistique globalement abjecte et hors propos. Pas de spatialisation, peu de montage et un cadrage létal. Une photo laidissime et un étalonnage catastrophique. Même si Chatiliez n'est pas ma tasse de thé, soyons juste, il signe là, sans doute, son pire film, haut la main, et AGATHE CLERY, coûteux projet gorgés d'effets spéciaux (21 semaines de tournage sur deux ans, pour 21 millions d'euros) ne ressemble ni plus ni moins qu'à une riche série Z. Si on se dit en première partie de film, que le métrage sera antipathique, c'est finalement le sentiment de tristesse qui l'emporte. Il est quand même étonnant que le film, en l'état ait pu sortir. Tant de bons sentiments, tant d'acharnement à éviter de traiter le sujet, donne l'impression au spectateur de se salir, d'être pris pour un imbécile ou un gamin de six ans. A huit ou dix euros la place, voilà qui décourage les âmes les plus indulgentes d'aller encore se risquer encore à aller au cinéma. De son côté, malgré le peu d'intérêt pour ne pas dire la futilité de son personnage, Valérie Lemercier n'a pas à rougir: son PALAIS ROYAL, même si ce n'est pas (esthétiquement) du Billy Wilder, avec un sujet très original aussi, est plus que jamais le bon exemple à suivre dans la montagne d'immondices qu'est devenue la comédie populaire française et même la comédie française tout court. Ne serait-ce que sur des plans d'écriture, de dialogues et de montage, Chatiliez devrait en prendre de la graine. AGATHE CLERY mérite amplement  sa chronique dans Nanarland !

 

 

 

Doucement Vôtre,

 

 

Dr Devo.







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Vendredi 12 décembre 2008 5 12 /12 /2008 14:42

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[Photo: "Messe Lourde" par Dr Devo.]




Résumé de l’épisode précédent : nous avions laissé Le Critique en proie à d’intenses doutes quand à la suite du projet Mesrine. D’abord agréablement surpris par l'écriture du métrage, et ému devant le soin apporté à un film grand public qui semblait bien loin des vicissitudes de ses collègues, le premier opus consacré au bandit moustachu était un habile thriller avec du poil au torse. Malheureusement, la fin du film n’augurait rien de bon pour la suite des opérations.  Reprenez vos esprits, générique.



On retrouve Jacques mort pour la seconde fois (déjà mort dans le premier film dès le très réussi générique), puis flash back, le revoilà plus Cassel que jamais. Nous sommes en France et tout va bien, Edith Piaffe à Montmartre, le soleil de Paris et les beaux taxis. Jacques se fait pécho par les condés et va être jugé : coup de théâtre, il s’évade en plein procès devant toute la presse aidé par son complice porte avion Samuel Le Bihan. Il devient alors l’ennemi public numéro 1, et tout le monde parle de lui dans les mass medias et dans les PMUs. Libéré de prison et de toute contrainte, il devient comique-troupier, écrivain et militant politique. Il continue à braquer des banques et à s’évader de prison régulièrement pour ne pas perdre la main. Mais au fil du temps, et à force de jouer au chat et à la souris avec la police, il devient de plus en plus paranoïaque et pressent que la fin sera violente. Et il meurt pour la troisième fois, toujours la même scène depuis le premier épisode. Au moins il sera constant dans une chose.



Cécile De France est restée au Canada (décidément), mais est malheureusement remplacée par Ludivine Saigner au pied levé. Ce ne sera que le début d’une longue galerie de seconds rôles insupportables, joués par des acteurs furieusement à cotés de la plaque, et parfois même la notion de plaque semblant leur échapper totalement (l’interprétation de Lanvin relève de la farce, il a du confondre avec CAMPING 2). Et s’il n’y avait que les seconds rôles… Cassel est parti très loin, on ne sait pas très bien où, sans doute dans un pays à son nom où des foules conquises crient son nom sans relâche, où  des femmes lascives l’entrainent vers des promesses nocturnes inavouables, bref il fait son Cassel show, hors de tout contrôle, il patate comme si sa vie en dépendait, entraine le film dans la boue putride de la comédie franchouillarde et se roule allégrement dedans avec ses congénères venus lui servir la soupe. Il n’y en a plus que pour lui, même sa mort à des relents christiques, il ne manquerait plus qu’il ressuscite dans MESRINE A SAINT-TROPEZ.



Et oui, je ne tarderais pas plus, ce deuxième volet est une compilation de tout ce qu’avait réussi à éviter Richet dans le premier film. Du casting lamentable (il n’y a guère que Amalric qui arrive à camper un Besse énigmatique pendant 10 minutes) à la réalisation et aux dialogues franchouillards, tout se dissout dans un maelstrom ennuyeux aux tirades milles fois entendues, au rythme assommant et à la mise en scène mortifiante. Même Edith Piaf est de sortie, on nage en plein cliché, ca tourne dans tous les sens, tourbillon de la vie, coude coude, vous voyez le topo.




La mise en scène est bien loin du soin honnête du premier épisode, c'est du grand n'importe quoi, illisible et sans aucune originalité : les personnages sont montrés à l'écran quand ils parlent dans des champs/contrechamps sans la moindre envergure. Bref, un film à oublier illico, mieux vaut se tourner vers le premier volet bien plus regardable.




Norman Bates






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Mardi 2 décembre 2008 2 02 /12 /2008 22:53

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Chères Lectrices,

 

Si on doit choisir entre trop et trop peu, que faut-il faire? Choisir le "trop", bien entendu. La période récente ayant été un peu rude, du point de vue des plannings, pour vos serviteurs focaliens, leur laissant peu de temps pour écrire, nous vous offrons aujourd'hui une nouvelle série PIRE EXPRESS dont voici le premier épisode. Cet article est écrit, pour la première fois sur ce site, de manière collégiale par moi-même, Mr Mort, et c'est aussi le retour de Jane Archer qui n'avait pas écrit ici depuis plus d'un an. (Jane, fan de cinéma expérimentale, était chargée des articles concernant les films de kung-fu anonymes !)

 

Voici donc, chers focaliens, l'article de cinéma le plus dense du Monde...

 

 

Dr Devo.

 

 

 

 

LE CRIME EST NOTRE AFFAIRE de Pascal Thomas (France-2008)

Thomas rempile et réembauche le couple Frot/Dussolier dans cette nouvelle adaptation cartonnante d'Agatha Christie. L'approche est plutôt soignée, plutôt au-dessus de la moyenne française. On sent une envie de bien faire évident. Ceci dit, il semble que la mise en scène soit moins gourmande que le premier épisode, MON PETIT DOIGT M'A DIT, et la bande se déploie tranquilou, pépère, sans laisser beaucoup de traces, mais sans qu'on est l'impression de faire face au travail d'un tâcheron, ce qui change drôlement la donne. Le casting est plus inégal ou plutôt attendu par endroit (Hyppolite Girardot, est-ce bien sérieux?), mais cache des choses drôles (Annie Cordy!).

 

 

BLINDNESS de Fernando Mereilles (Canada-Brésil-Japon, 2008)

Un beau sujet (une épidémie de cécité mondiale), avec un casting de luxe. La photo est ultra-traitée, et le cadre bosse tranquilou mais sûrement. On note un superbe plan dans un rétroviseur de voiture où un énième surcadrage (enfin trois dans le même plan) nous fait (font) croire à un arrière-plan alors qu'il s'agit du contrechamp (très belle idée). Et puis au bout d'une trentaine de minutes, tout cela se systématise et devient de la bête illustration. Les bizarreries de cadre deviennent uniquement décoratives ou trop ouvertement lisibles sur le plan symbolique. Le film continue de développer la thématique des films de zombies (ce qu'il n'est pas) sur un ton malheureusement assez mélodramatique, souvent attendu, avant de se vautrer dans une longue dernière partie dans un retournement de veste tout bonnement atterrant pour atteindre la conclusion suivante: " on est tous des loups pour les autres, des vrais chiens affamés même, et puis non finalement, on est tous frères!" Une thématique certes difficile à mettre en place mais qui, ici, en l'état, se rapproche plus d'un babacoolisme peu supportable rappelant les COLLISION, BABEL et autres choses du genre. On mesure toute la délicatesse d'un Romero dans ZOMBIE et sa conclusion bien plus subtile et ambiguë.

 

 

TONNERRE SOUS LES TROPIQUES de Ben Stiller (USA-2008)

Stiller, sans se cacher, se lance dans la farce, et ceplutôt avec énergie. A travers cette historie de tournage ramboïde et hollywoodien dégénérant en vraie guerre de jungle, Stiller commence par charger ses collègues acteurs, puis tout le système de manière assez drôle (gifflage du metteur en scène par le technicien, Robert Downey Jr se pigmentant la peau en noir pour jouer un G.I black, caricatures des moyens énormes mis en place, les budgets des films alourdis par le budget bouffe et petites pépées, etc...). Ca sent largement le vécu, et Stiller pousse le tractopelle sur le mode grotesque. Quelques idées sont bonnes, dont notamment l'esquintage en règle des méthodes d'acteurs, bien mises en ridicule. Une autre bonne idée: le cartel de la drogue et de la lutte armée est dirigée par un enfant de dix ans qui ne cherche qu'à amasser du pognon et se vautrer dans l'entertainment, ce qui constitue un bon symbole fondant dans le même métal les producteurs assoiffés de flouze et les spectateurs auquels il ne faut surtout pas donner le pouvoir et qui pourrissent tout. Malheureusement, le film, globalement sympathique, souffre d'un problème de rythme, essentiellement dû au scénario (notamment l'enclenchement interminable de la dernière partie), et peut-être aurait-il gagné en densité, en précision, et en originalité s'il n'avait pas suivi une structure si rigide, ce qui aurait permis d'enrichir et de dépasser les limites du film tel qu'il est: calibré,  balisé, et un peu trop potache. C'est un paradoxe! A noter une très bonne introduction faite de fausses bandes-annonces, notamment la dernière avec Downey, totalement méchante et irrésistible tant elle caricature en deux temps et trois mouvements, la politique art et essai des grands studios qui influence tellement l'art et essai tout court, notamment européen.

 

 

 

TWO LOVERS de James Gray (USA-2008)

Après son HA TIENS, TU PARLES INUIT?, fresque classique, classique, classique mais contenant une scène sublissime (la poursuite en voiture), Gray revient avec ce film sentimental léché: petite photo jaunâtre plutôt élégante, cadres soignés (notamment une poignée de vraiment beaux plans sur Phoenix, cadré comme un gamin), acteurs précis, etc... C'est bien soigné, mais un peu trop propre. Le rythme, tellement calmosse, donne la puce à l'oreille et la conclusion plus maladroite qu'ambigüe confirme que sans doute Gray ne sait pas trop quoi faire avec son histoire. Le montage est très coulant, sans beaucoup de relief, mais sans erreur. Un plan en caméra subjective sur un métro entrant dans un tunnel, le seul plan court, nous fait dire que du relief et des achoppements, voilà qui fait aussi respirer un film, bien plus que le scénario ou les acteurs, même bons. TWO LOVERS, curieusement est, bien qu'assez mieux réalisé que la moyenne (le dernier Woody Allen, par exemple), drôlement volatile et sans conséquence. Ca manque énormément de personnalité. Gray aurait-il peur, comme tant d'autres de ses collègues, du lyrisme? On ne peut lui souhaiter que de trouver enfin des formes qui lui permettent de faire des films qui ne ressemblent pas  des films. Si c'est possible...

 

 

EDEN LAKE de James Watkins (UK-2008)

 Un survival voyant s'affronter un couple bourgeois qui voulait juste faire du camping en forêt, à une troupe de jeunes pinques de 14/16 ans, sans doute simplement petit-bourgeois.

Malgré une introduction assez prévenante, Watkins arrive à libérer son film de tout contexte social, et réalise un film plutôt soignée, très contemporain dans sa réalisation (un film de l'an 2000, quoi!) comme on aimerait en voir plus: montage à peu près construit, spatialisation correcte, et surtout une échelle de plans, qui enfin, évite de faire du plan rapproché! Et bien, ça fait du bien! EDEN LAKE, bonne bande, devrait être un film dans la moyenne si le contexte des films de genre n'était pas si médiocre! Ceci dit, ne boudons pas notre plaisir. Si on est loin de l'originalité et l'aboutissement d'un KILLING ANGEL (dont nous parlerons bientôt) ou d'un SESSION 9 ou encore de THE DESCENT, EDEN LAKE reste et est un bon film de genre, soigné et qui ne donne pas l'impression de se la jouer. Bon petit film, tout à fait regardable, et de belle facture.

 

 

 

MENSONGES D'ETAT de Ridley Scott (USA-2008)

 Ca se passe au Moyen Orient.

 Aucun intérêt.

 

 

 

 

LA BANDE A BAADER de Uli Edel (Allemagne-2008)

 Ca se passe en Allemagne.

 Y a du pesos, c'est en costume. C'est choc, sans intérêt, pas très bien joué et ça ne raconte rien. Aucun intérêt.

 

 

 

MESRINE, L'ENEMI PUBLIC No1 de Jean-François Richet (France, 2008)

 Ha, le petit porcinet! Ca veut nous faire du DePalma (en jouant sur des plans vides, remarque... bonne idée...) mais ça n'est pas capable de spatialiser quoi que ce soit ni de cadrer autrement qu'en gros plans ou en plan rapprochés. Pas mal de plans panouillés aussi (dont un splendouillet dans une scène de procès, tourné à l'épaule, mal cadré; on se dit, ouhlala, quand Cassel va se lever ça va faire mal! C'est le cas, et Richet coupe dans le mouvement, juste le temps qu'on voit que le cadreur est en retard!). Des clichés et des plans vu trois mille fois (la visite de la place Vendôme, par exemple..). Musique insupportable. Absence de rythme interne dans les séquences (ou alors tellement bousillé par le montage, le propos et le cadrage comme dans la scène de l'interview).

 

Bien qu'en contradiction avecle camarade Norman Bates (qui avait bien aimé le numéro 1), je pense que ce deuxième opus est bien plus médiocre. Si Cassel ou Gourmet se débrouillent, le casting est difficilement défendable en l'état. Tout le monde est à côté.  Comme la focalienne Carxla Brunegeld, je propose qu'on donne l'Oscar à Samuel Le Bihan et Ludivine Sagnier !

C'est mieux que le dernier Alain Corneau, mais est-ce un exploit?

Film triste.

 

 

 

CAMP DE THIAROYE de Sembene Ousmane (Sénégal, 1988)

 On ne parle pas souvent du cinéma africain sur Matière Focale. Ousmane est le premier réalisateur ayant fait un film 100% africain. Bravo. Grace à Cooperette, une amie, j'ai pu voir le film. Cooperette, invitée pour l'apéro à la maison, au lieu de ramener une bouteille ou des tucs, nous a prêté un film! Bonne idée...

 

Ici, on se retrouve à la fin de la seconde guerre mondiale. On suit le retour en Afrique d'un bataillon de tirailleurs sénégalais qu'on parque dans un camp militaire provisoire avant qu'ils retournent dans leurs villages respectifs. Ils ont combattu sur les pires champs de bataille, ils ont délivrés les camps de concentration, et en revenant chez eux, les choses ne vont pas se passer très bien... La mort n'a pas fini de rôder!

 

Quoique pas complètement fauché (nombreux figurants, un grand décor), CAMP DE THIAROYE est complètement significatif tant il incarne, déjà, ce que va devenir l'art et essai 20 ans plus tard: du cinéma à thèse!

Ousmane nous livre donc un film-Ipsos/Sofres, collection d'anecdotes, effectivement très graves, mais mises en collier de bonbons de manière naïvissime. Rien ne va: les acteurs sont mauvais, voire nullisssimes (j'adore les français "méchants" notamment, dont les deux moustachus capitaines qui valent le détour), les situations tellement écrites qu'elles sont parfois surréalistes (le G.I noir et le tirailleur lettré qui ne lit que du Vercors ou du Aragon, qui parlent ensemble de Charlie Parker et des travaux des sociologues undergrounds afro-américains!), cadres et montage ultra-théâtraux, personnages symboliques jusqu'au ridicule (dont ce tirailleur devenu muet, ancien de Buchenwald et qui garde le camp de Thiaroye avec un casque SS sur la tête!), musique répétée jusqu'à plus soif et à se flinguer (LILI MARLENE, comme c'est original, joué à l'harmonica, puis petit blues à suivre sur le même instrument sur des plans cadrant les barbelés qui entourent le camps!!!), quasiment pas d'ellipse, son direct souvent médiocre (très drôle sur la scène avec la fanfare, au début, où la musique baisse en volume quand des groupes de figurants passent devant les musiciens!), pas de découpage, pas de photo siginifiante, et ce rythme, ce rythme, ce rythme... Une bouteille de vin et un paquet de cigarettes sont obligatoires pour voir le film.

Que c'est lent ! Lent mais dense car tout y passe: prostitution de la femme africaine, mariage forcé, couple mixte, colonialistes stupides (même pas cyniques, et servis par des dialogues d'une stupidité diabolique), gentils lieutenant français (on échange des livres!), pression alimentaire, humiliation pécuniaire (tout à fait véridique du reste), anticommunisme primaire de supermarché,  danse au coin du feu, message "blancs-noirs tous pareils", bons sentiments à la pelleteuse, et même Marthe Mercadier (bien mieux que le reste du casting) en tenancière raciste de bordel, etc... Tous les sujets sont abordés, la barque est chargée jusqu'à la lie, et pas un dialogue qui ne soit pas un message à caractère informatif!

 

Si derrière cette avalanche de bons sentiments et de leçons d'histoire pour élèves de 4éme, il y avait encore une proposition esthétique. Mais non, rien. Le montage est nul, digne du cinéma de papa à la française, le cadre est hideux, les mouvements de caméra n'ont aucun intérêt (quand il y en a) et bien souvent on est dans le registre de la captation, du théâtre le "plus pire" et le plus banal. Avec une histoire pareille, Ousmane n'arrive même pas à ne dévoiler ne serait-ce qu'un seul paradoxe ou la moindre petite ambigüité. On est constamment mis sous l'évidence d'anecdotes, jamais analysées ni rien, comme si le Monde était un décorum de contes de fées.  Sous ses aspects gentils, cette quasi série Z finalement, nous impose des bons sentiments et basta, tellement naïfs qu'ils sont irréfutables (ben oui, tout ça ne veut rien dire, au final, tout cela est vide). CAMP DE THIAROYE est un cas d'école tant il montre avec force la thèse de Robbe-Grillet sur le "réalisme" en art. Ici, on est au plus près du sol, au plus près de l'anecdote historique enregistrée pour finalement se retrouver avec un film aussi réaliste qu'un épisode des télétubbies ou de Dora L'exploratrice. Paradoxe intéressant. La seule chose véritablement antipathique, et pas bête à pleurer comme le reste, est ce parfum paternaliste, cet aplomb de la part d'Ousmane qui veut sans doute éduquer les peuples, et lui dire ce qui est bien et bon, en déformant, au final la réalité par manque d'ambition esthétique, pour la transformer en très mauvaise pièce de théâtre aux forts relents surréalistes.

 

Le drame des tirailleurs est hallucinant, et si on veut s'intéresser à la chose, on ira chercher un bon livre d'histoire à la bibliothèque!

 

CAMP DE THIAROYE dure 147 minutes. Deux heures et vingt-sept minutes, à 12 km/heures...

 

Le film a reçu le prix spécial du jury, en 1988, au festival de Venise... Présidé cette année -là par Sergio Leone.

 

 

 

 

 

 

Dr Devo, Mr Mort et Jane Archer

 

 

 

 

 

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Jeudi 27 novembre 2008 4 27 /11 /2008 14:08

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Il faut tout de même un minimum de courage pour aller voir un film avec Depardieu, mais il en faut encore plus pour aller voir James Bondieu dans ses nouvelles aventures plus sociologiques de combat que jamais. Isaac Allendo m'a un peu aidé à choisir, qu'il en soit ici remercié. Ce sera MESRINE donc, à prononcer Mérine dans un souci de fidélité historique, et pour ne pas avoir d'ennui avec d'éventuels moustachus nostalgiques de l'ère de la pilosité comme attribut phallique. Inspiré de l'autobiographie du même nom de Jacques Mesrine himself, le film se veut une reconstitution fidele et nerveuse de l'époque et de la vie du plus grand gangster français, du roi de l'évasion, de l'ennemi public numéro 1 et de biens d'autres qualificatifs poétiques et langoureux que la bienséance nous interdit de citer.  



Algérie. Le soldat Mesrine fait ses classes à la fin de la guerre, date à laquelle "les interrogatoires" battaient leurs pleins dans les geôles françaises. Période difficile pour commencer une vie d'adulte équilibrée, surtout quand votre supérieur hiérarchique vous demande d'abattre un homme désarmé de sang froid. De retour en France, le jeune Mesrine va découvrir, avec son pote Jacques Attali, la vie de petit caïd cambrioleur et flambeur : le sexe, les filles faciles et les parties de scrabble endiablées le soir au bistrot. Il est très vite repéré par Depardieu, le gros caïd du coin, qui le prend sous son aile, certains les ont même vus voler. D'un naturel violent et instable, Mesrine prend rapidement de l'assurance, et fait de plus en plus le Jacques. Ses collègues de bureau vont devenir de plus en plus critiques à son égard, si bien qu'il doit quitter la France lorsqu'il rencontre Cécile de France (ironie savoureuse, vous en conviendrez). Au Canada il tente de se refaire un CV convenable, tache à laquelle il échoue remarquablement en braquant une ou deux banques de trop pour un homme honnête, ce qui le conduit tout droit en prison. Fort déçu des conditions de détention de l'époque il s'évade et devient l'ennemi public n°1... La suite au prochain épisode. 



Figurez-vous que ca commence de la plus formidable des manières, par un générique en split screen des plus savoureux, mettant en scène Cassel et Saigner, dans une scène devant se dérouler probablement dans le deuxième épisode. C'est chou de sa part de commencer par une scène qui ne sera jamais expliquée dans le film que l'on est venu voir, avec un personnage que l'on ne connait même pas ! De plus, le split screen est délicieusement exploité, car complètement inutile dans le sens ou les différentes images montrent les personnages non pas au même moment (à la DePalma) mais avec un petit intervalle de temps, effet rendant a merveille et surtout sans aucun dialogue la sensation de paranoïa ressentie par les protagonistes. En voila un film qui commençait bien, et j'étais ravi dans mon for intérieur d'avoir bravé ma crainte pour le cinéma de genre hexagonal. On enchaine sans trainer avec les scènes en Algérie, un peu plus anecdotiques sur le plan purement cinématographique, car constituant en une série de gros plans tremblés du plus mauvais effet. Heureusement, cela ne durera pas. S'ensuivront deux grosses parties : la première en France, puis la seconde de l'autre côté de l'Atlantique. La première partie se suit tranquillement, Cassel jouant plutôt bien pour une fois, Depardieu tenant tranquillement la route (jeu de mot involontaire, désolé), Lellouche efficace, mais la mise en scène n'offre pas de ces délicieux biscuits cuisinés avec amour que l'on est en droit d'attendre, mais elle ne se fout pas de notre gueule non plus. Tout est très correct, dans la photo comme dans le cadrage. Le montage est somme toute assez banal, mais bien meilleur que 90% des films français que j'ai vus ces dix dernières années. On est au niveau d'un bon divertissement américain, bien écrit et interprété. Si en plus on a l'immense bon gout d'aimer la moustache, on n'est pas déçu du voyage. L'écriture et la narration sont très bien foutues, pratiquant l'ellipse de manière très gourmande : il manque carrément une scène au film, on assiste à la préparation d'un braquage que l'on sait perdu d'avance, et la scène d'après Cassel est en prison, sans que jamais le film ne reparle de la scène manquante. C'est très bien joué, le sol se dérobe sous les pieds (magnifiques au demeurant !) du spectateur cinéphile blasé.  



La seconde partie est bien meilleure du point de vue artistique, on atteint le summum de l'œuvre. D'abord le Canada donne de l'air au cadre, permet de mettre en perspective ce à quoi est condamné Mesrine à coup sur : replonger perpétuellement dans la violence. Il suffira d'un éclat dans la mécanique de sa vie quotidienne pour qu'il redevienne le chien fou dont parlait Depardieu tout à l'heure. A ce moment du film, plus rien ni personne ne peut plus empêcher la triste répétition des événements tragiques empêchant Mesrine d'avoir une vie "normale". C'est d'ailleurs tout l'intérêt et le charme du protagoniste, cette envie d'avoir une vie honnête, de faire des efforts en ce sens, mais de les voir systématiquement brisés par des échecs successifs. Plutôt que d'être un looser balloté par le système, et par crainte de devenir comme ses parents, il ne trouve que la violence, celle qui lui permet de briller dans les médias, d'être un bandit mais aussi un rebelle charismatique. La mise en scène trouve dans cette partie canadienne de quoi alimenter "la folie" du personnage, lui donner corps véritablement via des plans simples mais efficace (la dissociation de l'esprit et du corps dans un mouvement de caméra à la Argento). Le passage dans la prison est particulièrement réussi, plein de subjectivité et de cadrages dont mon voisin dirait qu'ils sont particulièrement sympatoches avant de se resservir en merguez. L'évasion fait fortement penser à du PRISON BREAK, le suspense est aussi maitrisé que dans la série, grâce notamment à un très beau découpage jouant de manière ingénieuse sur les axes. Bref, du tout bon pour Jacques. 



Alors oui, tout cela c'est bien joli, c'est très bien fait, mais malheureusement j'ajouterais un gros bémol sur la fin du film, qui n'augure rien de bon pour la suite : le dialogue au téléphone avec Cécile de France (au Canada, suivez un peu) est particulièrement mal écrit, le split screen réutilisé n'apporte pas grand-chose et les panonceaux servant la soupe Historique sont particulièrement malvenus, car ils replacent le film dans ce qu'il avait avec brio réussi à éviter, la reconstitution historique appuyée de faits réels. Je croise les doigts pour la suite. 



Mais ne boudons pas notre plaisir : le cinéma populaire français trouve une carte de visite baraquée (au bas mot !) qui finira surement par sortir chez nos amis américains. Avec des petits gars comme Siri et Richet, on a enfin des raisons de croire qu'en France il y a une place pour une génération de jeunes qui croient au cinéma en tant qu'Art, et surtout qui essaient de faire des films de genre qui ne soient pas totalement ridicules.




Norman Bates.






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Dimanche 16 novembre 2008 7 16 /11 /2008 12:53

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Chers Focaliens,



Tiens, si on allait se faire un petit tour du côté des U.S de A pour se changer les idées ? Bon, j'ai bien conscience d'avoir loupé le coche. A l'heure où vous lisez ces lignes, le film dont je vais vous parler a déjà quitté l'affiche des dizaines de jours dans l'indifférence la plus générale... Mais bon, vous le savez, Matière Focale travaille pour vous, chère lectrice, et je me dis qu'un jour, dans un bac à soldes, si du moins la chose est un jour exploitée dans le format, vous trouverez le dvd au milieu des rééditions de I ROBOT et de LA SPETIEME COMPAGNIE, et là, vous direz peut-être : « Merci docteur, je vous dois combien ? »



Ça se passe de nos jours, chez nous en Amérique, donc, dans un lycée privé et sans doute assez friqué où nous suivons les pas d'Ezra Miller, un petit djeun'z d'environ 16 ans dont le moindre que l'on puisse dire est qu'il est introverti. Plus timide que ses camarades ou que son cothurne, moins affirmé, moins agressif en ce qui concerne le sex-appeal, le jeune homme flotte dans l'existence et à bien du mal à trouver sa place. Son activité principale consiste à se laisser pénétrer de l'érotisme forcément ambiant. Ne consommant pas et étant trop discret pour tenter quoi ce soit, il observe jambes et sous-vêtements à la dérobée lorsque des lycéennes passent, ou matent en silence la prof de littérature. Pendant ce temps-là, son pote de piaule, beaucoup plus hype, fournit les camarades en drogue qui fait rire.


Les choses commencent à bouger quand Ezra doit choisir une activité parascolaire. Il choisit le cours de vidéo où il s'inscrit un peu au hasard pour pouvoir passer du temps avec une jeune fille de son âge plutôt jolie. Et puis, c'est le drame ! En travaillant sur un court-métrage, Ezra assiste impuissant à la mort de deux lycéennes ultra-populaires, et du reste totalement canons, du moins je le suppose ! Le lycée, des élèves à l'administration, est extrêmement choqué par la mort des deux lycéennes. Les commémorations s'enchaînent alors qu'on reproche gentiment à Ezra qui a pourtant été aux premières loges, de ne pas ressentir grand chose face à cet événement funèbre. On lui confie alors la réalisation d'une vidéo commémorative sur le sujet...




Je ne sais pas qui est Anonio Campos, mais en tout cas, il m'a fallu à peu près dix secondes pour entrer dans le film dont je ne savais, du reste, absolument rien. Ca commence par les images en Hi-8  d'un papa qui fait déchirer des bouts de papier à son bébé, lequel tombe de rire, littéralement,à chaque fois qu'il lacère lesdits bouts de papier. On voit ensuite une scène filmée sur un téléphone portable (et très mal cadrée !) où deux lycéennes se battent dans un couloir. Ensuite, on va un chat qui joue du piano en vidéo VHS. Puis, l'exécution pirate de Saddam Hussein, filmée là encore au téléphone portable. Ensuite, une vidéo amateur sur des corps de militaires tués quelque part au Moyen-Orient. Puis, enfin la vidéo plus longue, filmée sur l'écran d'un PC (c'est du streaming), d'une vidéo du site naughtycumholes.com où une fille d'à peine 21 ans passe un casting porno qui s'annone assez féroce !



Allez zou ! pas de générique ! Ca démarre sur les chapeaux de roue ! Le spectateur pyschologiste ou le lecteur d'une revue de cinéma officielle se dira qu'il y a un sens social et un message à tout ça. Le lecteur de Matière focale sait que ce n'est pas DU TOUT ça, mais bien le contraire. En quarante secondes de film, Campos vient de nous balancer tranquilou que tout ça, c'est pareil, tout ça, même Saddam Hussein, même la lycéenne qui va se faire défoncer par tous les orifices, c'est la même chose, c'est du VIDEOGAG !!!! On a déjà parlé de tout ça sur matière Focale, et quand j'ai vu cette première minute de film, très iconoclaste et contredisant complètement ce que pense la Société sur le statut des nouvelles images, car la Société cherche de sens et a un avis sur tout et frétille de la queue dés qu'on lui parle de « nouvelles images » qu'il conviendra d'encenser (festival du film réalisé sur téléphone portable) et de mettre à l'index (dénonciation des images considérées comme matrice de la violence moderne) dans un même mouvement absurde et contradictoire, je me suis dit qu'il allait falloir bien ouvrir les mirettes pour la suite.



Cette première séquence était donc sous le règne des images carrées (car c'était du home-movie), et tout de suite après le film commence dans un beau scope (format 2.35) qui annonce bien les choses. La première réaction est d'être frappé par la froideur globale de l'ambiance. On est dans un bain doux et froid où Campos privilégie les rapports sociaux, complètement désincarnés, très mécaniques (cf. les scènes de cantine où les élèves semblent réciter des dialogues de pures conventions sociales). Le cadre est très soigné bien que, paradoxe focalien, il se compose souvent de plans assez rapprochés mais laissant beaucoup d'aire au personnage. C'est que, en fait, Campos essaie de biaiser légèrement les axes, de décaler légèrement ses cadrages. Ça marche assez bien, et d'autant mieux qu'il sait placer en contrepoint des plans plus larges, et qu'il sait également jouer le brouillage des arrières-plans. Souvent un plan s'enchaîne à un autre sans qu'il y est vraiment de champ/contrechamp, et ce bien que le film soit linéaire. En fait, Campos quand il veut faire un champ/contrechamp, ou quand il devrait, refuse de le faire. Soit ce sont les acteurs qui bougent dans le plan et le réorganise, soit il fait des panotages, sans couper le plan, dans des sortes de petits plans-séquences, pas si longs que ça, mais très bizarroïdes et artificiels, à peine troublés par les petits décadrages dont je vous parlais. Pas mal, pas mal, au moins ça réfléchit, se dit-on, tout ça est pensé.


Il sort de cette longue première partie qu'Ezra, le héros, est un petit gars un poil en retard socialement, très en retrait, ni rebelle, ni hype, un bizarre, mais sans plus. Par contre, la compét' est un poil rude. C'est que le petit gars, et c'est bien normal, pense surtout au sexe ou plutôt est envahi par un érotisme ambivalent. Un ado, quoi ! Le lycée de AFTERSCHOOL, qu'on ne quittera jamais tout au long du métrage, est un endroit vide et froid, où le sexe, la drague et la recherche des plaisirs est une étape sociale de plus, assez désincarnée. Paradoxalement, Ezra qui lui ne touche à rien, lui, dans tous les sens du terme et qui est donc isolé du groupe, il incarne et fantasme à fond. Et il doit bien se demander ce qu'il fout là. Dans cette opposition, on se méfie déjà et on se dit que cette société microcosmique est assez désagréable... Bah, ça aussi, l'ennui, l'isolement, etc..., ça aussi, c'est le lycée. Bien vu.




C'est quand le cours de vidéo commence que les choses décollent. Le travail qu'Ezra et sa copine doivent effectuer est gentiment stupide et didactique (filmer la vie du lycée). Mais bon, les deux djeunz s'y collent et s'amusent doucement. Au moment même où Ezra commence à faire du cinéma (plan sublimissime, scotchant, une idée simple et dévastatrice, qui sera reprise et coupée magnifiquement, plus tard, par Ezra lui-même), à ce moment précis, dis-je, le drame éclate, seule licence poétique du film. Licence poétique peut-être, mais qui pose déjà un sacré problème, j'y reviendrais, et qui n'arrive pas si gratuitement car on a déjà réfléchi à ça dans l'introduction « videogag » du film. (Si vous ne comprenez rien à ce que je dis, c'est bien normal, j'essaie de parler en codé sans vous gâcher le plaisir éventuel du film, comme tout critique devrait le faire, mais qui n'est pas, ici, une mince affaire !). Dans la foulée, le plan ne s'arrête ni ne panote, pour une fois, et zou, hop, boom, il se recompose au fur et à mesure, et effraiera ou fera crier beaucoup de focaliens, je vous assure, tant il procure des frissons d'horreur sans cesse croissants. A ce moment-là, on le sait déjà : le lycée est le lieu de l'éternel présent, rien n'a d'importance, tout est divertissement pascalien, les gens sont des vaches (l'animal). Bienvenue dans l'âge ingrat et la violence. Car à partir de là, c'est parti et ça ne s'arrêtera pas.




La société, celle-là même qui analyse, connote, valide ou invalide les images, n'a qu'un objectif : consommer de l'émotion. Nada mas ! Ca, on le sait déjà quand on fréquente les cinémas art et essai, héhé ! Au nom de l'intérêt général, la machine à broyer s'avance tranquillement, accompagne courtoisement tout le monde (dont Ezra qui, je le rappelle, n'est pas du tout un rebelle). En fait, le problème est ailleurs, l'univers est total, et la poule, c'est l'œuf et réciproquement. Quand le film déclenche son cataclysme, il est déjà suffisamment formé et adulte, et son scénario est parfaitement déployé. Campos commence alors un dialogue bouleversant (mais froid !) avec son film ET son art. Le scénario, je le disais, va continuer sa course tranquilou et faire tomber les masques à mesure que les personnages s'efforcent d'en créer de nouveaux, dévoilant une galerie hallucinante d'imbéciles de la pire espèce (de connards allais-je dire), et ce avec des paradoxes apparents mais judicieux (cf. le conseiller d'éducation, beaucoup plus lucide que ses concitoyens, mais complètement semblable aux autres !). C'est bien simple, mes amis : je n'en croyais pas mes yeux à mesure qu'on s'enfonçait dans l'horreur absolue.




Pendant ce temps-là, pendant que le scénario fait tomber les têtes, Campos bosse et essaie de trouver une solution personnelle à tout ça. Il va interroger les moyens qu'il a à sa disposition, notamment le montage, et les jeux signifiants de mise en scène, parfois en échouant. Le problème d'Ezra, du film et de Campos, c'est de retrouver, justement, le chemin de la mise en scène. Dès lors, dès le drame enclenché et sa réaction instinctive et collective établie, Campos va justement essayer de trouver un moyen de sortir de sa politique d'image-cache (le plan qui fonctionnait comme un cache et non pas une fenêtre ouverte) qui lui permettait de réduire à l'essentiel, c'est-à-dire quasiment au néant cosmique et à la violence intrinsèque et propre, le petit monde qu'est ce lycée. En utilisant d'abord cette stratégie, Campos faisait un film froid plein d'éléments manquants (le second plan, notamment comme je le disais), avec le minimum non-superflu en quelque sorte, comme s'il n'y avait à retenir de cette vie entière au lycée que quelques secondes ou quelques détails fondamentaux mais vides (le décolleté anonyme d'une prof, ou la couleur de telle salle de classe, par exemple). Après les événements, ce n'est plus la même chose. Tout cela doit se décanter, et être absorbé, ce que fait sans avoir l'air le héros Ezra, et Campos, qui doit construire une mise en scène autre, n'utilisant pas qu'une idée. Il épouse alors le geste presque inconscient, mais tout à fait volontaire que faisait Ezra deux secondes avant le drame : préparer, le mouvement, régler la lumière, et plus tard, enfin introduire un contrechamp. De ces petits plans-séquences panotant, on va alors passer à la coupe, à la séparation du champ et du contrechamp, à la découverte de nouveaux axes, bref on va utiliser le ciseau et le scotch : on va faire (et apprendre) du montage. Bon, déjà, là, il y a assez de cinéma (et sensuel en plus) et au moins, qu'on aime ou pas la chose, on finit par se dire : tiens, y a encore des petits jeunes pour se poser des questions de mise en scène et de cinéma ! Mais ce n'est pas fini...


C'est dans cette démarche de faire démarrer la vraie mise en scène du film, que la grammaire de Campos rencontre de nouveau le scénario. Et à ce moment-là, la grenade explose rigoureusement en 666 fragments létaux. Quand la réalisation s'enclenche de manière indépendante, on ne fait pas que continuer le jeu de massacre du scénario, on l'approfondit et on voit également les conséquences de ces actes collectifs. La commisération globale, quasiment obligatoire (on a le choix de refuser, mais il faudra alors quitter le monde du lycée ou celui des humais désignés), les vagues babacoolistes se vautrant dans un chant de larmes et d'émotions comme des poules dévorant des grains de maïs ad vitam, l'idéal standard  de la communion dans la douleur (que tout le monde rejette par ailleurs), la volonté de donner un sens fictionnelle à une réalité sordide (et qui n'existe pas d'ailleurs, puisque ce monde est sans conséquence : la réalité sordide vient obligatoirement de l'extérieur), tout ces éléments construisent un monde total, pas si américains que ça, occidental plutôt, le même qui fait qu'on donne en masse aux associations caritatives, qu'on se vautre au concert des Enfoirés, qu'on donne ses pièces jaunes dans les fesses du cochon-tirelire douillet dès que le tsunami pointe du nez. Ou qu'on chante des airs discos par milliers dans la rue les jours de coupe du monde. La première puissance de Campos c'est de montrer les conséquences structurelles d'un tel mode de pensée qui a subtilisé l'intelligence, et l'a remplacée par l'Emotion Immonde. Des stupides décervelés à ceux compromis et corrompus, en passant par les idiots pétris de bonnes intentions, tous en prennent pour leur grade, et on peut appeler ça la justice.


Pendant ce temps, Campos, construit, construit, construit. Beau son, très riche sur des bases très simples (équalisation, jeux de timbres, boucles softs et indus, construction arbitraire), déploiement d'échelle plus ambitieuse de manière progressive, etc... Il sait placer sa grammaire le petit gars On s'aperçoit que les axes changent, que l'échelle grandit et varie, et de temps en temps la fulgurance : comme le plan sur Ezra en légère plongée où il est broyé d'émotion. Ce n'est pas dit, la larme n'est pas là, mais c'est dit par le montage, le choix de l'axe, et l'interruption de l'échelle de plan. Les jeux de la sorte se multiplient. Ce n'est pas le dialogue qui va donner le sens, c'est la mise en scène. Les choses magnifiques s'enchaînent et au détour d'un plan de trois secondes , on sait quel est le sujet : apprendre le montage !! Rires. (Il s'agit du plan où Ezra fait s'enchaîner la photo de studio des jumelles, le couloir vide, et un plan noir, bref le moment où il accroche trois plans hétérogènes). Ce sera redit plus loin (le pc allumé, par exemple, au moment de se coucher). Deuxième sujet : dévoiler enfin l'essentiel, ce qu'on n'a pas vu, ce qui n'est pas dans le film et le lycée. C'est-à-dire le fait qu'Ezra  a vu la Mort et l'a tenue dans ses bras. Là, Campos tape dans le mille : trois fois, il donne cette idée, notamment dans la vidéo du montage commémoratif donné in extenso (et sa reprise généreuse et éducative : montrer le montage officiel retenue pour la cérémonie). C'est sublime. (le prof de vidéo lâche l'argument massue et qui veut tout dire : « je ne suis pas monteur, mais c'est la pire chose que j'ai vue !). A l'extrême fin du film, dans les deux derniers plans, on comprend même un peu mieux ce qui se passait. Campos ne voulait pas montrer LE plan (judicieusement substitué par un plan de coupe filmé au portable plus tôt dans le film). Il le fait du bout des doigts, timidement, et ce faisant il ne nous submerge pas d'émotions, il remue une vague plus profonde presque silencieuse chez le spectateur. Comme je le disais, les deux plans prouvent que cela lui a coûté. Le dernier plan notamment en dit, in fine, plus sur Campos lui-même qu'autre chose, il dit : « je sais, je sais, j'y ai pensé ». Pour ceux qui n'auraient pas compris, il insuffle dans cette dernière image, la plus juste, un élément extérieur dans ce monde total (nous  en plus, c'est gonflé!), et il réintroduit l'ambivalence bien sûr, et surtout le Doute. C'est soufflant.



AFTERSCHOOL est sans nul doute une surprise, mais elle vient surtout de nulle part, chose de plus en plus rare au cinéma, où quelques nouveaux chouchous choisis occultent tout le reste. Le film, mollement défendu (les critiques positives se  confondant avec les indulgences et les compromissions habituelles, tout au long de l'année), débarque du Néant et y repart sans doute quelques jours après sa sortie. En tout cas, ça faisait une sacrée paille, au cinéma surtout, que je ne m'étais pas dit : « Les p'tits gars, là on est peut-être tombé sur un gros morceau et il va falloir surveiller très sérieusement le bonhomme ». Campos n'a que 24 ans, et il faut croiser les doigts pour que les petits cochons ou l'indifférence ne le croquent pas. AFTERSCHOOL est sans aucun doute un des 5ou 6 grands films de l'année. C'est une grosse, vraiment grosse, surprise.




Impeccablement Vôtre,




Dr Devo.





 

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Jeudi 13 novembre 2008 4 13 /11 /2008 16:44

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(Photo:"He Said: Pineaple Or Volcano?" par Mek-Ouyes et Dr Devo)




 

Rien que pour vous L'Ultime Saut Quantique vous offre la chance de voyager dans le passé, dans les endroits plus incongrus, pour revivre les plus grands moment de L'Histoire ! 
 




"Quelques part dans les entrailles d'Olivier Pierre" (Judicieusement nommé ainsi par l'ami B. de Multa Paucis


 

"?!%@?" : Olivier - Olivier- vier - vier - vier - vier - vier...  

Olivier : Quoi encore ! 

"?!%@?" : Oulà là là, c'est qu'elle est de mauvaise humeur la petite ! - petite - petite - tite - tite - tite... 

Olivier : Oui, ça va pas ! 

"?!%@?" : Et quoi donc ? donc - donc - onc - onc - onc... 

Olivier : J'ai plus d'inspiration, je sais plus quoi faire... 

"?!%@?" : Tu te moques de moi olivier - olivier ? - vier ? - vier ? - vier ? ... 

Olivier : Non pas vraiment ! 

"?!%@?" : Mais bordel Olivier, tu es La "Persona Non Grata" ! Grata - rata - rata - rata... 

Olivier : Tu veux dire ? 

"?!%@?" : Que c'est toi, Olivier, qui depuis des années est LE réalisateur subversif mettant en avant-plan tous les maux, tous les tabous des Etats-Unis d'Amérique, C'est toi Olivier ! Le Vietnam, le 11/09, l'affaire Kennedy, Nixon... Si tu ne prends pas en main le peuple américain en leur mettant le nez dedans, personne ne le fera Olivier, personne. Tu dois leur montrer le chemin... Chemin  - min - min - min ... 

Olivier : Oui je sais, mais sans toi, impossible de trouver l'inspiration... 

"?!%@?" : Bon, Olivier, ressaisis-toi un peu, je vais te trouver quelque-chose. Euh voyons voir... La guerre en Irak, déjà vu, Depalmiche et d'autres s'en sont déjà chargé... Bon les élections américaines auront lieu dans peu de temps... C'est bon j'ai trouvé ! trouvé - vé - vé - vé... 

Olivier : Alors ?!!! 

"?!%@?" : Tu vas faire un film sur George W. Bush ! Bush - ush - ush - ush... 

Olivier : George W. quoi ? 

"?!%@?" : Olivier ! ... George W. Bush, le président des Etats-Unis - Unis - nis - nis - nis... 

Olivier : Le gars qui s'est étouffé avec un Bretzel tu veux dire ?! 

"?!%@?" : Et bien... Euh... oui Olivier, celui-là même ! même - êm - êm - êm... 

Olivier : Okay, ça me revient ! Qu'est ce que c'était amusant quand il a failli s'étouffer avec un vulgaire Bretzel !Tu as raison, je vais faire un film sur George W. Bush. Il faudra que je mette ça dans le film, c'est O - BLI - GA - TOIRE. Ah la la la , je me sens mieux maintenant. 

"?!%@?" : Tu vois c'etait pas si compliqué que ça - ça - ça - ça... 

Olivier : Et tu crois que ça va marcher ? 

"?!%@?" : Bien entendu que ça va marcher, mais tu vas avoir du pain sur la planche ! planche - anche - anche - anche... 

Olivier : Ah oui ? Ne dis pas ça, tu me fais peur... 

"?!%@?" : Bon évidement il faudra que tu évoques sa jeunesse, son alcoolisme notoire, son arrestation par la police et ainsi de suite jusqu'au moment où il est devenue président, président - dent - dent - dent...  

Olivier : Oh tiens, il me vient une idée, je pourrai faire un montage en alternance entre sa jeunesse et sa présidence! Ce serait décadent ça, non ? 

"?!%@?" : Hum, je sais pas trop, pourquoi pas, mais pas d'autres fantaisies! Tes petites folies d'antan tu peux t'en passer. Du champ/contrechamp et des tunnels de dialogues dans "les coulisses" du pouvoir, voilà qui intéressera les gens, gens - gens - gens... 

Olivier : Bien bien, c'est très bon tout ça. Mais Il faudrait aussi que je trouve le moyen de rentrer en profondeur dans la psychologie de W. 

"?!%@?" : Un rêve peut-être - être - être - être... 

Olivier : Oui voilà, et ce rêve évoluera en fonction de son état d'esprit... comme ce sera décadent... J'en salive déjà ! 

"?!%@?" : Moi aussi, Olivier. vier - vier - vier 

Olivier : Il faudra aussi que je montre son côté gentil à W.  

"?!%@?" : Tout à fait. Nous fais pas un truc à la Michael Moore. Mets-y de la grosssse nuance, de la su-be-ti-li-té, tu montres que c'est un être humain tu vois... vois - vois - vois...  

Olivier : Par opposition à une pierre tu veux dire.. ? 

"?!%@?" : C'est à peu prêt ça, Olivier. Quelque chose de profond et d'humaniste, comme tu en as l'habitude. habitude - bitude - bitude ... 

Olivier : Okay je crois que j'ai saisi... 

"?!%@?" : Bon bah c'est parfait Olivier, je crois qu'on a bien bossé, reste plus qu'a trouvé deux trois acteurs, les grimmer comme il faut, et le tour est joué... Y'aura plus qu'à attendre les Oscars - Oscars - cars cars - cars... 

Olivier : Encore une fois tu me sauves la vie "?!?" 

"?!%@?" : You're welcome dear Oliver - Olivier - vier - vier - vier 

Olivier : On va révéler plein de choses que les gens ne savent pas déjà, ça va être tellement décadent et subversif et émouvant en même temps.... 

"?!%@?" : Pour sûr Olivier, "Persona Non Grata" Grata - ta - ta - ta. 

Et c'est alors que... 

Olivier : Mais au fait ???? 

"?!%@?" : Oui Olivier ? - vier - vier - vier... 

Olivier : J'ai encore un doute 

"?!%@?" : Oui Olivier? - vier - vier - vier ... 

Olivier : Tout cela est il bien nécéssaire ?... 

"?!%@?" : Euh... euh - euh - euh - euh... 

Olivier : Et pourquoi tu rèpête tout le temps les choses comme ça ?!!! 

"?!%@?" : Bah Olivier, ça résonne là dedans, c'est juste mon écho - echo - écho - écho... 
 
 



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Lundi 10 novembre 2008 1 10 /11 /2008 21:41

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