Corpus Filmi









[Photo: "This is what you get when you mess with us" par Dr Devo.]




PUBLIC ENNEMIES de Michael Mann (USA-2009)

Je voulais revenir sur l'avis de l'Ultime Saut Quantique car je serai un peu plus indulgent avec le film de Mann. Certes, le film est trèèèèès long et assez pénible. Certes, les acteurs font souvent du cabotinage, Depp en tête. Mann poursuit en fait le sentier entamé sur MAMIE DEVISSE : il se fout totalement du scénario et du rythme, on a l'impression qu'il se ballade avec sa nouvelle caméra hachedaie top moumoute au milieu du film de quelqu'un d'autre. C'est vraiment très étrange, on dirait même un making-of : surexposition dégueulasse dans plus de la moitié des plans, cadrages à l'arrache presque tout le temps, dynamisme très proportionné...

Et pourtant, il tourne !  Et pourtant, Johnny Depp continue de courir partout après on ne sait quoi, et pourtant Bale fait semblant de lui courir après. Quoi qu'il se passe, l'histoire se déroule toute seule ! Dans le verger, on ne sait même pas si les bandits courent vraiment ! Et pour cause : le film n'offre aucune ligne de fuite. Là, ça devient intéressant. Le cadre est verrouillé de partout, les perspectives ne se dévoilent jamais, on a l'impression de courir avec un hamster dans une cage. Avec dans le rôle du hamster Marion Cotillard. Et si c'était le but avoué ? De tendre un gros doigt a toutes ces reconstitutions historiques ? Ici, on ne voit même plus les décors "historiques", on voit des couloirs, des salles d'attente, des voitures, des prisons... Le tout avec des gens en costumes qui semblent sortis d'un autre film ! Moi, ça me fait vraiment marrer de voir Johnny Depp impeccablement déguisé avec une superbe mitraillette, pencher la tête dans une rue complètement surexposée ! C'est délicieux ! J'ai limite vu Mann me faire un gros doigt. En gros, les bandits et les voleurs qui évoluent sont des espèces d'insectes filmés en HD à la MICROCOSMOS qui s'agitent dans le vide alors que des choses bien plus graves se passent en hors-champ. Je ne dis pas ça gratuitement, Mann utilise aussi du 35 mm classique dans certaines scènes. Ce n'est pas innocent et loin d'être idiot car on a vraiment l'impression de voir un deuxième film, à costume celui-là, avec un grain délicieux. Et au milieu de tout ce bordel on croise des gens en train de crever dont se fout éperdument Johnny Depp, des gangsters qui travaillent dans une espèce de hotline improbable, des flics qui tabassent des femmes... La grande classe quoi ! Cause toujours avec ton beau chapeau et ta grosse mitraillette, va traîner chez les flics (!) alors que tu es recherché, pas de soucis ! Je m'appelle Michael Mann et je vous emmerde. La fin est totalement splendouillette : tout le monde sait que Depp va mourir après la séance de ciné, séance de ciné de L'ENNEMI PUBLIC N°1 qui plus est, et là Mann remonte le film en ne choisissant que les scènes d'adieu : Depp est assis avec ses pop-corns, il fronce les sourcils pour comprendre le film, et en contre-champ on voit tous les personnages du film qui lui disent adieu ! Ce qui donne : Johnny Depp sourcil froncé/adieux pendant cinq mn ! Et là-dessus, il balance une chanson, GOODBYE BLACKBIRD, comme si ça ne suffisait pas ! Aucun suspens, aucune tension, juste le pathétique total de Dillinger à qui personne ne dit au revoir en réalité, qui va juste crever en sortant du ciné. Encore une fois, moi ça me fait bien rire. Bon d'accord je suis un peu masochiste, ça reste extrêmement pénible.

Norman Bates.




MISS MARS de Zach Cregger et Trevor Moore (USA-2009)

Inutile de vous reparler de ma passion pour les teen-movies que vous devez tous connaître. Je me suis donc jeté en salle pour voir ce MISS MARS, avec la bave aux lèvres car cela fait un petit moment que je n'avais pas vu de bon représentants du genre en salle. MISS MARS est un road movie, sorte de mélange entre AMERICAN PIE, KILL BILL et BOULEVARD DE LA MORT avec des handicapés, des rappeurs, Hugh Efner, des pompiers, une épileptique, un Mormon, des plans nichons, des plans string et de l'humour bien potache. J'aime autant vous dire que je nageais en plein bonheur, et c'est une heure et demie qui passe très vite. Le scénario est délicieux : Eugene et Tucker se connaissent depuis leur plus jeune âge. Tout va basculer lorsqu'ils vont découvrir leur premier Play Boy dans la chambre du grand frère : Tucker va tout de suite être fasciné et obsédé par les femmes et le sexe, alors qu'Eugene va devenir mormon et faire campagne pour l'abstinence. Il va rencontrer sa fiancée qui le soutiendra dans son combat jusqu'à ce qu'elle cède aux sirènes de la tentation : elle lance un ultimatum à Eugene, ils doivent avoir une relation sexuelle lors de la fête de fin d'année sinon elle se tire. Paniqué, Eugene se saoule dans cette même fête, et ivre mort, il va avoir un accident qui le plongera dans le coma pour quatre ans ! A son réveil, son ex-fiancée est devenue la Miss Mars de Playboy, ses parents se sont barrés en Chine, seul Tucker est à son chevet. Ils partent tous deux vers le Manoir Playboy pour essayer de reconquérir la fiancée... En route, ils sont poursuivis par une folle épileptique, des sapeurs-pompiers, des lesbiennes allemandes et un rappeur obsédé...

Les acteurs sont très bons, le film a un rythme dingue, les gags pleuvent et en prime, il y a l'excellent Craig Robinson que l'on a déjà pu voir dans les productions Apatow ou chez Kevin Smith. Bon, par contre la mise en scène est très carrée (ca ressemble à 90% des comédies américaines) et le film tombe un peu (beaucoup) dans la mièvrerie et le happy ending à la fin. A part ça, j'ai beaucoup ri, c'est totalement stupide, ça parle du marché de la viande de manière lucide et y'a du cul. Certainement pas la comédie de l'année, mais un bon moyen de profiter de la clim' de votre cinéma sans s'emmerder devant des gamins en baguettes magiques.

Norman Bates.






VICTORIA : LES JEUNES ANNEES D'UNE REINE de Jean-Marc Vallée (UK/USA, 2009)


La reine Victoria est montée sur le trône à dix-huit ans seulement et a résigné à soixante-trois ans, il fallait bien un film pour nous le rappeler. Jean-Marc Vallée nous entraîne donc dans les robes de la plus grande reine d'Angleterre, entre enfance dans la soie et passions amoureuses adolescentes. Je ne vous cacherai pas que je suis allé voir le film pour Emily Blunt (NduR: excellente dans WIND CHILL dont on vous a parlé récement...), et que les histoires de cœur de la reine Victoria m'en touchent une sans faire bouger l'autre, comme disait Mr Chirac.

Il y a du luxe, de l'argent partout, la photo est très belle, les intérieurs et les vêtements sont bien reconstitués. Mais alors, qu'est-ce qu'on s'emmerde ! Victoria dans son lit, Victoria à la messe, Victoria en balade, etc. C'est interminable. Emily Blunt est certes excellente, mais alors les seconds rôles, il faut se les taper : le comte Allemand qui joue l'amoureux de Victoria n'est autre que le fadasse petit copain de Keira Knightley dans la vie réelle, qui a joué a ses côtés dans ORGANES ET PROMISCUITÉ, Paul Bettany et Thomas Krestchmann sont venus se faire pousser les favoris qu'ils exhibent en gesticulant comme des pantins. Le film dure une heure quarante-cinq mais on le ressent comme deux longues heures. Bon, au milieu de tout ça, on sent bien que Vallée s'ennuie un peu aussi, alors il se met à faire des choses bizarres avec sa super caméra. A deux ou trois reprises, il fait des changements de mise au point super rapides dans toute la profondeur de champ, on se demande bien pourquoi. Le tout ressemble finalement plus au musée de cire de Mme Tussaud qu'au cinéma. Ah, les films à costumes, je ne comprendrai sans doute jamais.

Norman Bates.

 

 

 

NE TE RETOURNE PAS de Marina De Van (France- 2009)

Ce qui est bien avec cette rubrique Pire Express, consacrée à des critiques synthétiques et non pas aux films les pires (le mot important ici étant "express"), c'est qu'on peut revenir sur les films qu'on n'a pas eu le temps de critiquer à l'époque. C'est ici la deuxième réalisation de De Van qui nous avait déjà proposé un film bizarre et tout à fait passionnant: DANS MA PEAU. On est très très content d'avoir des nouvelles d'elle, et ici c'est double-bingo, car le sujet est tout à fait intéressant.

On retrouve Sophie Marceau, mère de famille plutôt heureuse, qui pour une raison étrange et incompréhensible, sombre doucement dans un drôle de syndrôme maxi-flippant. Son appartement change. Son mari ne ressemble plus à son mari. Sa mère n'est pas vraiment sa mère, les meubles changent de place, etc. Peu à peu, et de manière non-linéaire en sorte, son corps change, et pour aller très vite, elle commence à ressembler à une autre femme (Monica Belluci). Pourquoi est-elle coincée entre deux vies sur lesquelles elle n'a, d'un côté comme de l'autre, aucune prise ? Et si elle était coincée entre encore plus de vies ? Peut-elle rester saine d'esprit et essayer de résoudre l'étrange syndrôme dont elle est victime ?

 

Bon Dieu que c'est bizarre. Comme vous l'aurez compris, NE TE RETOURNE PAS (écho au chef-d'oeuvre de Nicholas Roeg NE VOUS RETOURNEZ PAS) nous plonge dans le voyage sensoriel et mental d'une femme en pleine migration physique. Et le résultat est assez étonnant. Explorant plusieurs pistes, toutes très obscures, Marina De Van, elle au moins et Dieu que ça fait du bien, affronte son sujet de face et le retourne et l'épuise dans tous les sens avec un courage certain. Dans une ambiance terre-à-terre et très subjective, évoquant des ambiances et des thèmes hétérogènes, du drame psychologique au fantastique, avec une forte influence "giallo" ou italienne, De Van ne se pose jamais la question du ridicule et affronte le grotesque de manière dramatique et adulte. Tout cela fait plaisir dans le paysage surgelé à la Picard de la production européenne auteurisante. Alors bien sûr, tout le monde a bien râlé devant un sujet ringard et des effets spéciaux complétement ratés. Je dirai plutôt que c'est tout le contraire. Belluci et Marceau, toutes deux très en forme (décidément Marceau est vraiment une de nos meilleures comédiennes lorsqu'elle a un réalisateur à forte personnalité derrière elle), incarnent le même rôle. De Van joue de tous les leviers pour que le sujet s'incarne : coiffure, costumes, maquillage et bien sûr effets numériques travaillent TOUJOURS de concert pour exprimer l'ambivalence de ce corps en train de changer, et ce en soumettant au découpage global du film. Glop glop ! L'évolution physique du personnage n'est pas linéaire mais protéiforme, évoluant plus par les sentiments ressentis par la pauvre femme, ou par les situations qu'elle affronte. Et ça dure, ça dure, ça dure. La direction artistique est maligne et suit ce parti-pris osé sur le papier qui se conjugue à la puissance trois dans les faits. Même quand le physique du personnage est coincé et ne semble plus évoluer, c'est le maquillage qui change d'un plan à l'autre. De Van invente un personnage ultra-cinéma : la non-raccord ! Un peu comme le personnage de Robin Williams dans HARRY DANS TOUS SES ETATS de Woody Allen qui était tout le temps flou, ici, la femme est tout le temps en contradiction par rapport au plan précédent. Il y a donc non pas deux corps qui se mélangent, mais autant d'apparences physiques que de plans de l'héroïne. L'effet est passionnant, contredit tout le cinéma en un seul film, et permet un belle immersion dans le film. De Van, déjà riche de ce beau travail, pousse le bouchon jusqu'à figer, vers le milieu du film, le personnage entre les deux actrices qu'elle montre alors de manière frontale absolument effrayante ! Pour cela, bravo !


Côté scénario, je le disais, c'est le flou travaillé, et la multiplication des pistes qui semblent toutes stériles. Voilà qui est assez dérangeant et fonctionne pas mal du tout. Malheureusement, De Van choisit une piste plus concrète, et une seule, dans la dernière partie, en Italie, et du coup une part du charme s'effondre. Il y a là sans doute un gros problème d'écriture. Côté mise en scène, le cadre est plutôt hétérogène quelquefois banal ou mochasse, et quelquefois plus soigné. Là aussi, c'est hétérogène. Le montage est parfois un poil fouillis pour moi, mais quand il fait mouche, il tape dans le mille, et de très belles séquences surgissent : la caméra vidéo, vraiment effroyable, ou encore la scène avec la mère qui fait de la compote dans le salon, où d'ailleurs le cadre fonctionne formidablement et où les deux actrices sont impeccables ! Globalement, si la mise en scène de la partie italienne me paraît plus brouillonne - malgré de très bonnes idées, de perspective par exemple, mais qui ont du mal à trouver du "liant" - ou moins rythmée, le film fonctionne comme un objet étrange et terriblement courageux. On aurait adoré voir un maestro comme Peter Suschitzky à la photo et au cadre, pour voir ce que cela aurait donné ! Malgré tout, De Van n'a pas à rougir. Même en l'état, même si le film n'est pas aussi abouti qu'on le voudrait,  la réalisatrice réussit le plus dur, et propose un projet osé et passionnant. Ce film est tout à fait sympathique. Voir une réalisatrice, chouchou de personne et qui a du mal à monter ses films, faire banco de tout et prendre tous les risques, est une démarche exceptionnelle. Et comme ses projets sont bougrement cinématographiques et personnels, loin des effets de mode ou de manche, il faut absolument défendre De Van et lui permettre de faire son troisième film. Elle apparaît en tout cas comme une des très très rares belles personnes du cinéma français, et jeune de surcroît. Et enfin, bravo à Marceau et Belluci qui ont vraiment pris tous les risques et ont manifestement tout compris du beau travail d'actrice qu'on leur proposait (et qui consiste grosso modo à saper les bases du travail d'acteur) et qui ont pigé, avec une puissance égale, la beauté et la complexité du projet !

Dr Devo.







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Dimanche 26 juillet 2009 7 26 /07 /Juil /2009 17:20

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[Photo: "Epiphanie" par Dr Devo.]




 

Sachez-le, chers lecteurs, les agents focaliens s'immiscent discrètement, mais sûrement, dans les hautes sphères cinéphiliques. Entendons-nous bien, il ne s'agit pas de se gaver de petits fours en veux-tu, en voilà (de toute façon, le focalien sait répondre à ses besoins nutritifs en concoctant des mets succulentissimes qui feraient brake-dancer ta grand-mère dégénérescente des papilles gustatives). Il ne s'agit pas non plus de toiser son monde à coup de "Moi, je suis dans la place et pas vous, bande de nazes". Non, le seul et unique but recherché est de vous satisfaire, chers audio-vidéo spectateurs et, tant que faire se peut, de vous proposer autre chose et faire découvrir de l'audio-vision digne d'intérêt cinématographique. C'est ainsi que je me suis retrouvé à m'introduire dans l'organisation d'un Festival, dont nous reparlerons peut-être, dans lequel on m'a chargé d'organiser la programmation des courts-métrages. Grand masochiste que je suis, j'acceptais le challenge sans trop me faire prier. Masochiste, il faut l'être un peu, en effet, pour s'enfiler un nombre conséquent de courts-métrages, et ce n'est pas Norman Bates, qui fut envoyé spécial au Festival de Clermont-Ferrand cette année, qui nous dira le contraire. Depuis la création du cinématographe, le court-métrage est devenu un véritable (mol)art en soi. Beaucoup de professionnels du cinéma s'y adonnent avec joie et très souvent, c'est catastrophique. Le court-métrage ne repose que trop souvent sur une, voire deux idées de scénario. Mais justement parce qu'il est court et n'a pas le temps de se poser, le film court se doit de nous saisir dès les premières secondes, ne jamais relâcher les chiens et ne doit en aucun cas se dispenser de mise en scène.

 

Alors, me voilà en train de regarder un tas de petites choses qui se ressemblent toutes... quand soudain UN ANGE PASSE (pourtant le titre n'augurait pas franchement le meilleur, c'est important le titre aussi !) par lequel j'ai en fait été saisi assez vite. Nous sommes au beau milieu d'une fiesta d'appartement bourgeois pour adolescents, ça boit, ça se bécote gentiment, ça hume des cigarettes rigolotes et plus encore. Au milieu de cette orgie douce, une belle jeune fille, qui semble être la maîtresse de maison, met un peu d'ordre en ramassant les cadavres de canettes et en en distribuant des pleines. Dans la cuisine, où elle officie, des garçons l'observent. Veulent-ils eux aussi tâter de la petite binouze, ou veulent-ils carrément se prendre la demoiselle en tournante (growth !)... Who knows ? La fête se poursuit, tous ces jeunes s'observent, se toisent, rigolent, dansent, bref vaquent à leurs occupations festives, jusqu'à l'issue de la soirée que nous ne dévoilerons pas of course. Si le scénario pèche par son côté too much dramaticus seriusus à mon goût et aussi un peu clichetonneux sur la tranche d'âge traité, la mise en scène est, elle, plus réjouissante. Ça cadre pas trop mal, on aère les choses, la photo est plutôt soignée mais c'est surtout par le son que Vinour nous réveille les sens ! En effet, l'humeur du film et la plupart des "émotions" des différents protagonistes passent par le son et il n'y a aucun dialogue ! Y'a bon, voilà qui change un peu, d'autant que la partition sonore est assez délicieuse. Les sons de différente nature (musique, bruits, chuchotements, rires) s'entremêlent, se chevauchent, "se coupent la parole". Il en résulte quelque chose d'assez sensuel et d'un peu dérangeant aussi. Par le biais de cette création sonore complexe, les intentions des personnages sont toujours assez floues, ce qui est somme toute appréciable. Bref, le contrat cinématographique est rempli dans les grandes lignes, la chose est assez dense et fait plaisir à audio-voir. Donc une plutôt bonne surprise même si la trame m'a parue un peu "bof". Ça vaut quand même mieux que Mlle X qui se demande si elle doit dénoncer ou pas un black qui travaille au black alors qu'il palpe des alloc', tout en champs/contre-champs, gros plans, décors banals, mise en scène que dalle, dialogues chiants, le tout pendant une demi-heure... Intérêt : Triple Zéro. UN ANGE PASSE se termine, le générique de fin défile et je vois apparaître le nom du réalisateur, soit Pierre Vinour. Sapristi, cela me disait quelque chose. Et en effet, je possède un copie magnétoscopé de son seul et unique long-métrage pour le moment : SUPERNOVA [EXPERIENCE#1]

 

Retour à l'année 2003, qui en aura marqué plus d'un. Nous sommes en octobre et à cette heure de nombreuses papilles ne sont définitivement plus gustatives. Canicule, mon Amour. Le monde est en deuil, Charles Bronson n'est plus. C'est dans ce contexte mouvementé que sort dans nos salles hexagonales SUPERNOVA [EXPERIENCE#1]. C'est le premier long-métrage de Pierre Vinour. On y retrouve Philippe Nahon qui en 1999 avait bataillé SEUL CONTRE TOUS via le très bon film de Gaspard Noé, et le moins que l'on puisse supposer en voyant la très belle introduction de SUPERNOVA, c'est que Nahon n'est pas mieux entouré. Il a même l'air de "bader" un peu le bougre puisqu'il s'apprête à se tirer une balle dans la tête, c'est dire à quel point il peut être désespéré. Dans cette introduction splendouilette, on nous aura aussi savamment rappelé les caractéristiques de la supernova. Aussi nous dit-on qu'il s'agit d'une étoile en fin de vie qui essploze sa race en laissant s'échapper des ch'tites météorites toutes mignonnes qui peuvent tomber sur la terre (évidement tout cela à son importance). Les aléas de la vie (la vraie) et la faute à pas de chance font qu'un ch'tio bout eud' météorite vient percuter eul' tête d'Philippe Nahon qui n'avait franchement rien demandé, mais bon c'est le jeu ma pauvre Lucette. Nahon tombe alors dans un coma prolongé, voir éternel, peut-être même qu'il est mort.

 

SUPERNOVA, comme son petit frère UN ANGE PASSE, souffre d'un scénario un peu "simpliste" (même si il faut bien reconnaître que la mise en bouche est exquise !), mais ça passe quand même mieux ici. Et puis, de toute façon, le film de Vinour n'est pas tant régi par la trajectoire de l'histoire et du scénario que par la sensation suscitée par une chute inopinée de météorite sur l'individu joué par Nahon. Vous imaginez que ça doit faire un drôle d'effet, et c'est précisément ce qui va intéresser Vinour.

 

Précédemment j'ai cité Gaspard Noé, et la chose n'était pas tout à fait fortuite. Je ne veux pas à tout prix comparer les deux zigues, puisqu'ils nous livrent chacun des choses bien différentes, néanmoins gageons que Vinour fait un peu partie de la famille de ces cinéastes du nouveau millenium qui essaient de tirer autre chose du cinéma que de pénibles continuités dialoguées captées à l'aide d'un enregistreur vidéo et d'un microphone. Parmi eux, il y a notamment en France les Grandrieux, Hadzihalilovic, Dupieux et autres Dumont, garants d'un cinéma novateur et généreux dont nous avons déjà parlé sur Matière Focale et dont nous reparlerons assurément. Ainsi Vinour allie dans son cinéma une part de "tradition" cinématographique et une part d'expérimentation. Et au final, ces films ne sont ni tout à fait commerciaux, ni tout à fait expérimentaux et c'est très bien comme ça. De plus, il use de tous les leviers de la mise en scène et les étire plus que de raison, ce qui est rare aussi.

 

Q : Mais que fait Vinour ?

 

R : Il joue

 

...Sur la matière visuelle d'une part en multipliant les formats de prise de vue. On passe ainsi du Super 8 (si je ne m'abuse) à la Vidéo Numérique, ce qui donne à l'ensemble du métrage une texture changeante, presque "vivante" du plus bel effet et qui va, je pense, dans le sens de la perturbation subie par Nahon (et pourquoi pas). C'est comme si lors du télescopage entre Nahon et la météorite, il s'était produit une sorte de fusion entre ce qui entoure Nahon à ce moment-là (la nature, il se trouve sur une route de campagne) et Nahon lui-même, sa perception, sa mémoire. Dans son montage de l'image (et du son aussi, c'est très important, j'y reviens) Vinour semble rendre compte de cette fusion, et la chose est délicieusement dysnarrative. Pour finir sur l'image, la photo a aussi largement de quoi se défendre. C'est souvent très beau et cela nous prouve que l'on peut faire des choses merveilleuses en vidéo, il suffit d'en vouloir. On alterne ici entre des tonalités tantôt claires/obscures, tantôt réalistes, parfois surexposées et d'autre fois carrément expressionnistes comme lors des séquences d'hôpital de la fin. Là aussi, ça vit.

 

Le son, quant à lui, est moultement sollicité et ce de manière très intéressante puisqu'il se développe dans le film non pas à la remorque de l'image (comme c'est le cas dans 95% des films), mais de façon quasi-indépendante, en parallèle de l'image. Encore que, cette dernière remarque n'est pas tout à fait opportune, le son s'accorde parfois à ce que l'on voit, et parfois non, il fluctue et c'est ça qui est intéressant. Ainsi les différents sons et musiques sont tiraillés dans tous les sens, ils s'interpénètrent et forment une partition bruitiste en constante évolution, ce qui peut être assez déstabilisant mais qui a surtout pour effet de faire exploser le film, et je peux vous le dire, c'est très beau. Rien de gratuit ni de vain dans tout ça, rien que de la sensualité !

 

Comme j'ai pu l'effleurer plus haut, la Nature prend une place majeure dans le métrage de Pierre Vinour. Nahon, épuisé par son existence parisienne, veut revenir à la Nature, il est d'autant plus motivé après son choc. Back To The Primitive. C'est aussi ce à quoi semble nous inviter Vinour dans sa mise en scène, une sorte de retour aux émotions "primaires" - n'est-ce pas - (en ce sens nous ne sommes pas loin d'un Grandrieux, même si là aussi, c'est différent). Certes, la chose peut paraître un peu simplette et niaise dit comme ça, mais il n'en est rien. Nous ne sommes pas chez Vinour dans une admiration béate de la Nature à la Yann Artus Prépuce pas plus que dans le Hippisme (d'ailleurs Vinour préfère les vaches). La mise en scène et le montage sont suffisamment tortueux pour nous dévoiler le potentiel "hostile" de la Nature et, quoi qu'il en soit, on ne peut de toute façon pas résumer le film à cette seule idée d'un retour à la Nature. SUPERNOVA [EXPERIENCE#1] fait partie de ces œuvres encore trop rares que l'on peut qualifier d'ouvertes, interprétables de multiples façons et surtout que l'on ressent plus qu'on les réfléchit, ça fait quand même zizir. Dans peu de temps devrait sortir le prochain long-métrage de Vinour intitulé MAGMA. Je vous invite à guetter la chose et à en informer vos proches car l'objet ne risque malheureusement pas de s'attarder ad vitam. D'ici-là, tentez de vous procurer SUPERNOVA EXPERIENCE#1, c'est très beau.


L'Ultime Saut Quantique.








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Vendredi 24 juillet 2009 5 24 /07 /Juil /2009 00:40

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[Photo tirée de l'émission MONTY PYTHON'S FLYING CIRCUS.]






Harry a quelques soucis, rendez-vous compte : son ennemi juré, Voldemort, celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom, et son armée personnelle, les Mangemorts, gagnent du terrain dans leur conquête du monde et dépassent les limites du pays de la magie, puisque maintenant ils s'attaquent directement à Londres ! Branle-bas de combat à Poudlard, l'école du monde magique, où le directeur et mentor de Harry, Dumbledore, cherche à tout prix à contre-carrer les plans du vilain pas beau. Pour cela, il essaie de récupérer les souvenirs d'un ancien professeur de Voldemort (quand il n'était pas encore Voldemort), car ce qu'il lui a dit quelques années plus tôt peut être décisif pour la bataille ! Ce professeur est en quelque sorte atteint de jeanclaudebrialisme, puisqu'il ne fréquente que des gens célèbres ; il s'intéresse donc beaucoup à Harry, qui est considéré comme l'élu qui peut sauver la terre entière. Tout cela préoccupe le jeune homme à lunettes et sa bande d'amis, mais ils ont quand même d'autres chats à fouetter, quelque part, comme de répondre à la question "qu'est-ce que c'est que cette sensation bizarre quand je regarde cette fille / garçon ?". Ce n'est donc pas tout à fait gagné pour l'humanité...

 

 

Sixième adaptation cinématographique de la saga littéraire à très très grand succès, du sixième livre pour être précis (le problème est là, mais j'y reviens !), ce nouvel opus semble vouloir épouser le tournant ténébreux qu'a pris l'histoire sur papier. On se retrouve alors avec un film au look plutôt sombre, à la photo grise, pour bien foutre le cafard à tout le monde et montrer que non, ça ne rigole plus, on n'a plus dix ans, et maintenant des gens meurent autour de nous. Bref, tout va mal, que ce soit du côté de Harry ou du côté du cinéma. Le montage n'apporte rien d'autre que la compréhension de l'histoire (et encore, c'est parfois un peu brouillon, malgré le fait que tout soit simplifié à l'extrême, mais j'y reviens également plus tard) et n'a aucune velléité sensorielle ou émotionnelle. L'histoire se déroule, pas si surdécoupée que ça bizarrement, privilégiant plutôt des pauses et du souffle, mais sans que le montage ne devienne source de cinéma, disons. Du côté du son ce n'est pas génial non plus, là aussi illustratif et mixé plutôt bas (à moins que ce ne soit la cause de la projection), mais Yates ne joue pas avec. La photo est plutôt grise mais assez riche et parfois même mouvante (dans la grotte, elle change quasiment à toutes les coupes, elle suit clairement les émotions des personnages, ce qui est assez bien vu). Elle est luxueuse et n'hésite pas à être très contrastée, quitte parfois à avoir un écran presque noir. L'étalonnage est assez surprenant, et ressemble pratiquement à ce que pourraient faire les frères Quay dans leurs films live (j'exagère, mais les séquences dans la mémoire m'y ont un peu fait penser). Les cadrages sont souvent beaux et composés, ce ne sont pas que des plans rapprochés et quand c'est le cas Yates ne s'étouffe pas dans la longue focale. Bien souvent quelque chose se passe à l'arrière plan (dans le bureau de Slughorn, dans la tour à la fin), ce qui montre qu'au moins il y a réfléchi un tant soit peu. Ce n'est pas génial mais c'est déjà ça, et c'est plus que ce que j'espérais ! Par contre, le film a deux très gros points faibles : le numérique et le scénario.

 


Il serait pléonasmique de vous dire que les CGI sont moches, mais je vais le faire quand même. Disons que Yates en abuse outrageusement, et c'est très désagréable, parce que même quand l'image est joliment composée on ne peut pas s'empêcher de voir, à l'arrière, un horizon affreux fait à l'ordinateur avec un faux château, de fausses montagnes, un faux coucher de soleil, tout ça. Un exemple très parlant, au tout début du film, comme ça je ne vous spoile pas le tout. Après que la caméra ait fait un espèce de grand parcours en plan-séquence, qui ressemble plus à un grand-huit qu'à du cinéma (c'est efficace, ça fout le mal de coeur pour peu qu'on soit devant, mais ce n'est vraiment pas très beau), les méchants Mangemorts attaquent Londres donc, et en particulier détruisent le Millenium Bridge. Il y a du plan rapproché, du plan large, du plan en hélicoptère, il y a surtout du pixel partout, ce qui a pour conséquence le fait qu'on sache qu'ils s'attaquent à un programme informatique. Du coup, une scène qui se voulait choc se trouve totalement inoffensive et perd de sa percussion. Ce n'est même pas un morceau de bravoure, c'est un... truc. Alors effectivement, ce n'est pas nouveau et on peut reprendre ce que je viens de dire et l'accoler à tous les films qui usent et surusent du numérique, mais il faut quand même le rappeler, parfois, on ne sait jamais.

 

Le scénario, quant à lui, pose beaucoup de problèmes. Au début du film on nous dit que Voldemort gagne du terrain et que ça commence à être un peu la guerre quand même, et qu'il faudrait se bouger les miches pour botter celles du méchant. Très bien, sauf que dans HARRY POTTER ET LE PRINCE DE SANG-MELE, et bien, seul ce bon vieux Dumbledore s'occupe de ça, et encore, puisqu'il disparaît bien souvent du film et exécute ses missions de recherches du méchant tout seul ! On ne voit quasiment jamais les actions de Dumbledore, et on ne peut que les deviner. Tout ce qui reste de ce film de deux heures trente, ce sont les pérégrinations amoureuses du trio de héros. Alors pourquoi pas hein, David Yates fait ce qu'il veut après tout et puis de toute façon quoiqu'il fasse il s'assure quelques centaines de millions de bénéfices, alors zou, on fait de la comédie romantique teenager. Ca passerait bien si ce n'était pas aussi inconséquent. Ce n'est qu'accumulation de gags et de situations vues et revues : truc aime machin mais n'ose pas lui dire, et machin sort finalement avec bidule, donc truc pleure et souffre dans son coin. Voilà. C'est ça pendant deux heures. Les jeunes acteurs font ce qu'ils peuvent, mais ne sont vraiment mais vraiment pas aidés par le traitement des personnages qui frise le foutage de gueule (notamment la petite Emma Watson, dont on sent qu'elle en a sous le coude, mais tout ce qu'ils lui font faire c'est froncer les sourcils et pleurer, ce qui gâche son potentiel talent. Et ce n'est pas mieux pour les adultes, Michael Gambon, Helena Bonham-Carter, David Thewlis ou ce bon vieux Alan Rickman, qui ont une présence à l'écran trop courte pour faire quoique ce soit). Ils ne prennent jamais corps et quand survient le grand choc de la fin du film, on s'en moque quand même pas mal.

 

On sent aussi que beaucoup de chose ont été coupées non à la table de montage, mais à la table d'écriture ! On ne peut que sentir qu'il manque, allez, le double voire le triple de temps pour comprendre quoique ce soit à l'histoire, et ce pour plusieurs raisons : un, il n'est jamais fait référence aux films précédents. On ne sait pas trop où on en est, du coup la quête de Harry et de ses copains semble d'autant plus vaine. Deux, le Prince de Sang-Mêlé du titre, et bien, on s'en fout pas mal aussi. On connaît son identité à la fin, super, mais on ne connaît pas les conséquences de cette révélation, que ce soit après le film ou même pendant ! On en entend parler deux ou trois fois, mais pas plus, et le spectateur qui veut voir du Prince de Sang-Mêlé, il demande qu'on le rembourse. Cette partie du scénario est d'une inconsistance totale car traitée par-dessus la jambe (alors que ça aurait pu être fort intéressant, au niveau de l'ambiguïté des sentiments de Harry et aurait peut-être laissé entrer quelque aspérité, quelque chamboulement ; en gros, on aurait traité du personnage. Surtout pas, non ! Traitons plutôt les effets spéciaux).

 

En fait, on se rend compte qu'adapter les livres un par un est une monumentale erreur, parce que ce qu'on élague dans un a des répercussions dans l'autre, et on perd des situations et des personnages. Il aurait mieux valu, si on avait vraiment voulu adapter HARRY POTTER au cinéma, attendre que tout soit terminé, et faire trois ou quatre films mais qui aient une quelconque cohérence, et en choisissant précisément quoi couper, et non pas couper un peu à chaque fois et voir ce que ça donne. De toute façon on s'en fout, on est déjà riches et on va être encore plus riches. Au final, le film n'a pas franchement d'intérêt, mais il y a quelques beaux cadres et une lumière relativement sympathique, alors on ne va pas complètement s'essuyer les pieds dessus. On se contentera de l'enjamber.



LJ Ghost.




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Mardi 21 juillet 2009 2 21 /07 /Juil /2009 11:49

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[Photo: "Hommage à Maître Cappelo" par Dr Devo.]





Au lieu d'aller bronzer à la plage comme tous les gens superficiels, chez Matière Focale, on reste enfermé dans notre tour de verre, phare translucide censé rayonner dans le monde entier tel un phare virtuel repère de cinéphiles à la dérive. A l'extérieur il fait chaud, les cars de touristes japonais encerclent l'immeuble sans répit en espérant pouvoir prendre quelques clichés du Dr Devo. Dans la ville désertée, de rares hommes d'affaires en costumes courent après des taxis afin de rentrer au plus vite chez eux. Les métros sont vides aux heures de pointe, les buildings environnants sont presque déserts. A la rédac', chacun continue à travailler normalement, avec ce petit brin de folie habituel qui rend dingues les rares femmes de la rédaction. Cette semaine le Dr Devo à décidé d'être un super héros, à son corps défendant : en voulant effectuer une cascade particulièrement délicate, notre cher rédac'chef s'est quelque peu fourvoyé, occasionnant un torticolis fort douloureux à en juger par les cris de douleur qui s'élèvent du nuage de fumée qui sert lui sert de bureau. A côté, de chez LJ, on entend s'échapper des bribes d'un poème Klingon censé impressionner le jury de la prochaine convention Star Trek française. Quant à USQ et Invisible, ils essaient tous deux de désarmer l'hôtesse de la réception quelque peu échaudée par des fans de Renoir vindicatifs. C'est dans cette atmosphère de fin du monde que je décidai de prendre le chemin de la salle la plus proche, estampillée art & essai, pour respirer un peu : tiens, un film sur Charles Bronson ? Une place, Mademoiselle.



Ce film, comme cet article, est basé sur des évènements réels. Charles Bronson raconte son ascension vers la célébrité dans un one man show délirant. Né dans une famille normale, sans aucun talent particulier, il décide d'axer sa vie sur la violence gratuite. Ainsi, il va frapper toute personne se mettant en travers de sa route, jusqu'a finir en prison. Qu'importe, cela ne lui cause aucun souci : pour lui la prison c'est le rêve, nourri, logé, blanchi, il peut se consacrer tout entier à la violence. Il cherche systématiquement la bagarre et finit vite expulsé de chaque taule de sa Gracieuse Majesté, jusqu'à finir en internat psychiatrique. La presse le surnomme le Détenu le Plus Violent d'Angleterre, et le pays entier connaît son nom. C'est ce qu'il a toujours cherché. Aujourd'hui, il est toujours en prison.



Nicolas Winding Refn est l'auteur de la trilogie PUSHER, apparemment "culte", ce qui m'a coupé toute envie de la voir. BRONSON est donc le premier film du réalisateur danois que je vois, je préférais que ça soit dit. Le procédé narratif est vite expliqué : Bronson lui-même revient sur sa carrière dans un one man show qui sera propice à de nombreux flashes-back illustrant les moments forts de son ascension. Le personnage ressemble un peu au boucher de GANG OF NEW YORK de Scorsese : un moustachu super musclé très charismatique et hyper violent, n'hésitant pas à se déguiser ou à se maquiller pour mieux mettre en scène ses travers. Les craintes soulevées par le carton d'introduction sur la véracité de l'histoire sont donc vites oubliées : il ne s'agira pas d'un banal biopic basé sur la page Wikipédia du personnage, mais bien d'une construction subjective de la personnalité d'un homme, basée sur sa propre perception de lui-même, et non sur un tas d'éléments rapportés. Le script est, de ce point de vue là, très bien foutu, on rentre très vite dans le jeu et on suit avec intérêt le déroulement de cette narration éclatée pendant l'heure et demie du film.  En fait, on s'aperçoit très vite que l'enjeu n'est absolument pas de raconter l'histoire de Bronson en tant que telle, mais qu'elle sert de vecteur à une métaphore sur l'art et la représentation de soi. Je ne sais pas quel critique a lancé que ce film était le ORANGE MECANIQUE du XXIème Siècle, mais il s'est bien planté. Les deux films n'ont aucun rapport, à aucun moment il n'est question de "guérison" ou de "normalisation" comme dans le Kubrick, l'univers carcéral est ici une sanction, une punition uniquement. Fausse punition parce que c'est Bronson lui-même qui cherche à aller en prison, de son plein gré. Rien de comparable avec le Alex de ORANGE MECANIQUE, donc. En fait, BRONSON devait être un fan de Spinoza puisqu'il est l'exemple vivant que l'on peut conquérir sa liberté partout et même en prison ! Et surtout en prison, j'ai envie de dire : pour BRONSON la liberté n'est pas accordée à la naissance, il faut la conquérir avec les poings et faire couler le sang. La police, les murs, ne sont pas des obstacles à la liberté, ce sont au contraire les garants au sens philosophique de celle-ci. Il faut avoir été enfermé pour connaître la liberté.



En tout cas, niveau mise en scène, ce n'est pas du Kubrick non plus ! Adieu le scope et les audaces formelles, Nicolas Winding Refn (à vos souhaits) donne dans le carcéral à tous points de vue. Photo morne et grisâtre (ça vient peut être de la projection pas terrible), lignes de fuite quasi absentes, cadrage sans recherche particulière et décors horribles : formellement, c'est aussi beau qu'une porte de prison. Pourtant, la spatialisation et le montage sont plutôt agréables : le film est extrêmement lisible, fluide. Le rythme, principalement insufflé par la narration, est assez soutenu, et hormis une ou deux longueurs, on ne s'ennuie pas. Je suis assez mitigé en fait, car on a surtout l'impression que c'est du scénario filmé, les actions décrites par le narrateur sont montrées, et puis basta. Il y a bien quelques mouvements de caméra bien sentis ici ou là, quelques idées qui traînent dans la lumière (alternance de rouge et de bleu) ou dans certains cadres, un passage animé très réussi mais, dans l'ensemble, je suis resté sur ma faim. En fait, ça m'a un peu fait penser à du Danny Boyle période TRAINSPOTTING. Je n'aime pas trop cette "branchitude" un peu artificielle et iconoclaste, estampillée "rock'n'roll" avec une bande-son énergique pop/rock et des scènes trop rebelles, genre le gars qui s'étale ses excréments sur le visage, trop puissant ! La musique n'est pas entièrement rock pour autant, il y a beaucoup de classique, c'est sans doute ce qui fait le plus penser à Kubrick, bien que l'utilisation soit très différente chez Winding Machin qui se sert de Wagner ironiquement, pendant les scènes de baston par exemple. C'est sûrement cela qui m'a beaucoup gêné, cette ironie dans la mise en scène, non seulement avec la musique, mais aussi avec les portraits de la Reine qui traînent ici ou là, et les personnages stéréotypés. Je pense que j'aurais bien plus kiffé au premier degré, s'il s'était contenté de lâcher les chiens et de faire 1h30 de pure violence enragée, en adéquation avec le personnage.


En fait, là où le bat blesse vraiment, c'est dans l'interprétation. L'acteur principal, sur qui repose tout le film, en fait des tonnes. Des fois ça passe, des fois ça passe au-dessus malheureusement. Il appuie très fort sur les mimiques et tente de faire passer l'instabilité psychologique de Bronson par des sautes d'humeur ou des crispations musculaires. C'est assez grossier et personne ne l'empêche de cabotiner, tout le film lui est dédié ! C'est assez fatiguant à la longue. De même que les personnages secondaires sont très caricaturaux, il n'y a qu'à voir ce prof d'art plastique forcement un peu efféminé ou les parents "God Save the Queen" anglais typiques qui boivent le thé à 16h.



Au final ce qui marche c'est surtout le script très franc du collier qui déploie un peu naïvement sa métaphore, au demeurant assez belle : l'artiste s'élève contre la société et ainsi conquiert sa liberté, quitte à en crever. En s'attaquant au système, il veut le faire tomber avec lui. On est plus proche de FIGHT CLUB que d'ORANGE MECANIQUE. En ce qui me concerne, je n'ai pas vraiment été convaincu par la mise en scène de Winding Refn, à vous de vous faire une idée, assez rapidement car à soixante-douze copies la première semaine BRONSON ne restera sans doute pas longtemps dans votre cinéma.


Norman Bates.





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Lundi 20 juillet 2009 1 20 /07 /Juil /2009 17:31

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(Photo: "Agitation du Mouvement Critique" par Dr Devo.)





Bien que le GIRLFRIEND EXPERIENCE de Soderbergh m'ait permis de différer quelque peu l'échéance, c'est bien à moi de clore cette semaine KKKK, dispositif pouvant se révéler à la fois délicieux et terrible, puisqu'il s'agit de confier le choix éditorial à un seul membre de l'équipe focalienne. C'est donc l'Ultime Saut Quantique qui a désigné, vous l'aurez compris, les films que nous critiquions cette semaine. Pour ma part, je suis tombé sur John Ford, ce qui est une très bonne occasion de me faire un petit rattrapage dans le registre "Répertoire" comme disent les pontes de l'art et essai...


Au début du siècle dernier, dans un petit village du Pays de Galles. Des collines verdoyantes à perte de vue. Des habitations rappelant notre bonne vieille Bretagne. Et ces villageois à la voix puissante qui rythment leur vie entre une visite à l'église et une autre au pub... C'était le bon temps !

Voilà ce que nous dit Huw, le narrateur. Il s'en souvient de sa vallée et de son village chéri ! C'est là qu'il est né. À l'époque, c'était un pioupiou de 12 ans, dernier enfant d'une famille qui en comptait six. C'était lui le plus jeune, et même assez largement. Ses quatre frangins sont déjà dans la bonne vingtaine. Sa sœur, Angharad, doit avoir dans les dix-neuf ans. Huw a été élevé dans la pure tradition galloise : le respect d'un travail dur mais bien fait, le respect absolu des parents (que l'on vouvoie !), et un respect encore plus fort pour la religion. Voilà une existence qui vous forge des hommes soudés, querelleurs parfois, mais souvent justes. À travers une série d'histoires s'étalant sur quelques années, Huw remonte la pente des souvenirs. Sur ce tire-fesses de la mémoire, nous découvrons les joies et les drames d'une famille et d'un village, rythmés par les péripéties diverses et encore plus par la fameuse mine de charbon où travaillent tous les hommes. Et tout commence par deux événements. L'arrivée d'un nouveau prêtre, et le début d'une grève qui, chose exceptionnelle, va opposer les frères de Huw à leur père...



QU'ELLE ETAIT VERTE MA VALLEE est tirée d'un grand best-seller de l'époque. Ford construit ici une chronique aux sujets multiples. Si c'est la mine qui décide un peu du sort des villageois, on suit particulièrement la famille de ce petit Huw (ha, le charme des noms gallois !) dont le moins qu'on puisse dire est qu'elle est traditionnelle, même si chaleureuse. Ford fait donc démarrer son film plutôt sous l'angle du travail minier qui est une bonne occasion de donner les règles du jeu, hahaha, du film. On découvre alors, par le petit bout de la lorgnette, loin des grands bassins ouvriers des grandes villes anglo-saxonnes, les premiers émois de la classe ouvrière, déjà soumise à une concurrence forte et aux pressions de la classe dirigeante, toujours prompte à serrer la vis salariale de manière absurde. C'est la question syndicale qui sera le motif de séparation dans cette famille. Curieusement par pour longtemps, car l'autre grande figure de ce récit, ce n'est pas le père de Huw, mais le prêtre anglican de la paroisse, qui a fait sa théologie à l'Université de Cardiff (un lettré, quoi!) mais qui est un homme pratique, et bougrement moderne. C'est lui d'ailleurs qui réglera la question syndicale.


Comme vous pouvez vous en douter, tout cela est raconté en voix-off par Huw devenu adulte. Le film a un décorum assez classiquement hollywoodien : musique orchestrale très présente  renforçant bien souvent la dramatisation des séquences, pas mal de moyens semble-t-il, beaucoup de figuration, et du costume. Ford ne cache pas la source littéraire du film, et organise le tout comme un grand mélo qu'il veut moderne. Et d'une certaine façon, ça l'est, moderne. Les thématiques générales du film, sur le plan professionnel ou familial, montrent une société encore très ancrée dans les traditions séculaires d'une campagne marquée par la valeur travail et la religion, mais où l'industrialisation, et donc le monde moderne, a commencé à dérégler la belle mécanique ancestrale. On a appris par la littérature de bonne ou de mauvaise qualité à se méfier des récits à base minière quand ils sont appliqués au mélodrame. La première partie du film, fortement baignée de questions ouvrières, fait craindre le tire-larme sauvage. Ce n'est pas tout à fait le cas. Car la mine ne restera pas l'enjeu global du film, mais plutôt une toile de fond pour un écheveau (et Dieu sait qu'on les achève!) d'histoires assez différentes les unes des autres. On est ici plus dans la chronique nostalgique, souvent à la limite du cabrelisme, qu'autre chose. Mais le film se veut aussi une grande fresque chez les petits, et une aventure familiale et fraternelle, et dans un certain sens, on a l'impression que c'est le public large et familial que, justement, Ford vise.



Première surprise, plutôt bonne, c'est la mise en scène. Même si le film est très suiviste de son scénario, qu'il ne provoquera jamais de quelconque manière, respect du support original oblige, Ford ne semble pas manchot. Les décors mélangent le studio aux décors extérieurs, avec quelques repérages et placements de scènes qui donnent, sur le plan artistique, un certain lyrisme à ce Ploucland, tout en lui gardant un aspect intime. L'introduction est même assez réussie, et place, en quelques plans très aboutis (dont un superbe mouvement de caméra  avec changement d'échelle, en passant par une fenêtre), quoique classiques, les grands fondements du travail de Ford. La photo est soignée, et même sans être tout le temps à tomber par terre de trouvailles esthétiques, elle est souvent riche. La première visite du prêtre au chevet de Huw par exemple : l'ombre longue des branches d'arbres s'étalent sur le plafond.  Le découpage est correct, voire astucieux ici et là. Donc, le film est globalement assez supérieur à la moyenne. On note un soin particulier du cadre, souvent trés composé. Ford privilégie le jeu d'échelle de plans, aère bien le champ, et sait coller les vignettes-plans villageoises entre elle. C'est dans les scènes collectives de village qu'il se montre le plus habile. Il est rare de tomber sur un plan anodin. Les profondeurs de champs notamment, souvent élégantes, sont particulièrement impressionnantes. Bref, Ford sait découper, spatialiser, isoler et mettre en valeur de manière assez expressive son décor et ses plans. On note même quelques passages de bravoure réellement superbes, notamment les plans de mines qui, si on met Roddy MacDowell (Huw, vraiment à frapper!) de côté, sont lyriques mais bien loin de la piscine de miel attendue, et bien stylisées qui plus est. Quelques extérieurs sont vraiment beaux, comme la première rencontre entre Huw, sa sœur et le pasteur sur les deux flancs opposés d'une colline.


Dans les scènes moins spectaculaires ou de comédie, Ford essaie d'utiliser, pour tel ou tel passage, des axes ou des parties du décor différentes, ce qui évite du coup les répétitions et dynamise nettement la mise en image. Bieeeeeeeen !



Une chose avant de passer à la suite, cependant. Parlons un peu du son. Je note que c'est plutôt classique. J'ai assez aimé certaines ambiances (surtout villageoises, en extérieur), où l'on trouve un joli mixage assez naturel. Comme je l'ai dit, la musique est souvent présente dans un registre de musique de films de l'époque, et donc pas vraiment intéressante. À mon avis, bien souvent, elle alourdit ou appuie bien trop fort sur les nuances de dialogues ou de jeux d'acteurs déjà fortement marquées. Plus étonnant, dans la première partie du film, où d'ailleurs la voix-off est un peu plus présente, Ford utilise le son de manière bien moins conventionnelle et même franchement curieuse. Toutes les premières scènes d'exposition, en effet, contiennent de la musique bien sûr, et sont sonorisées. Par contre, on n'entend pas les acteurs parler ! Ca, c'est rigolo et drôlement cocasse, même, quand dans une scène de repas, on entend le bruit des « sluuuurps » et les fourchettes qui cognent les assiettes, mais pas la voix des convives. Encore mieux la première scène de prêche est entièrement muette ! Voilà qui pousse des acteurs déjà très expressifs dans une espèce de dialogue muet en forme de pantomime vraiment curieux. Autre caractéristique du film, la présence quasi incessante de musique qui illustre la vie du village comme une musique de film, et marque les temps forts de la communauté. Il s'agit soit de chœurs d'hommes gallois, soit des chants traditionnels. Bon, tout cela est sans doute marqué du sceau de la véracité ethnologique, mais sachez que ces irruptions musicales en son-on, du coup, sont partout et sur toute la durée du film.




QU'ELLE ETAIT VERTE MA VALLEE, vous m'avez compris est une chronique tirant sur la saga, le tout vu sous l'artifice du conte et du souvenir enfantin. Si l'ambiance est aussi réaliste qu'un mélo peut l'être, ma première surprise plutôt bonne (car évidemment les premières minutes m'ont fait très peur) et elle fut d'avoir le sentiment que les inévitables catastrophes inhérentes aux genres, comme chez Pagnol, ou dans DALLAS, ou dans LE CHATEAU DES OLIVIERS, sont traitées relativement rapidement. Un peu plus loin dans le film, je me suis aperçu que ça ne serait pas sobre pour autant. Gardons à l'esprit que le film est un mélodrame populaire et encore une fois l'adaptation d'un roman qui ne le fut pas moins.


Il faut d'abord parler des acteurs. Ils jouent complètement dans les nuances de l'époque. On sent que Maureen O'Hara (la sœur), inévitable actrice de l'époque, a plutôt de la bouteille, tout comme Walter Pidgeon (le prêtre). Par contre, ça joue toutes nuances dehors. Comme les deux zoziaux sont servis par le scénario d'une manière très romantique, d'une part, et très maladroite d'autre part (le nœud de leur problème m'ayant paru très très léger et sentant franchement l'huile de coude), ils sont un peu victimes de cette écriture très hiératique. Chez les autres acteurs, ça patate pas mal, et là aussi sans doute parce ce sont des figures quasiment emblématiques, trop symboliques. Pas de quoi, dans le reste du casting, se rendre fou de passion pour tous ces personnages. On est très loin, par exemple, et j'y reviendrai, des performances extatiques du casting de LA RENARDE de Michael Powell, histoire de prendre un film qui se veut également très lyrique. Chez les seconds rôles, par contre,  ça se gâte encore un peu plus. Certains sont épouvantables, et quasiment à tous les coups (hormis le professeur), ce sont les rôles les plus méchants qui sont servis par les acteurs les plus grimaçants du monde. Le méchant vicaire, l'épouvantablissime bonne, et quelques autres sont vraiment insupportables et quelquefois freinent bien le film pour le faire basculer dans la plus complète des caricatures.



Et le film n'a pas besoin de ça. Si j'ai dit que la réalisation montre un savoir-faire certain, je note aussi que, sauf certaines séquences (rares) comme la scène du wagonnet ou celle, également très belle, de la tempête de neige, le film reste très largement illustratif. On n'est pas dans la flamboyance bizarroïde d'un Sirk par exemple. Ici, le Master in Command, c'est le scénario, le scénario et le scénario. Le montage, pas toujours sans rythme d'ailleurs, est plutôt fonctionnel qu'expressif, et au final, peu de séquences apportent quelque chose de troublant ou d'épique. Tout est très, mais alors très attendu, et si beaucoup d'enjeux pourraient être relativement intéressants, toute la dramaturgie du film et toutes ses thématiques ont un parfum d'artificialité énorme. Comme la mise en scène et les acteurs peinent à insuffler un lyrisme autre que scénaristique, QU'ELLE ETAIT VERTE MA VALLEE se suit sans vraiment d'implication, un peu du coin de l'œil.


Les thématiques étant ce qu'elles sont, et le modousse opérandaille nourrissant le sentiment que Ford a voulu faire un film attendu dans un contexte exotique, on regarde cela, des décennies plus tard, avec un œil un peu torve. Car l'ambiance générale du film ressemble un peu trop à une espèce de caricature old school du mélodrame de ces années-là, un peu comme celui que les Nuls avaient parodié dans leur délicieux LA GRANGE ET LA PAILLE. Toute cette histoire est bougrement pesante et bien naïve. La figure tellurique, celle qui s'impose le plus, est quand même celle de la retraite au flambeau. Et d'autre part, le scénario privilégie énormément la démonstration symbolique. Ce portrait se voulant nuancé d'un monde campagnard mais pas forcément bête, devient alors très vite une espèce de pensum, pas méchant mais extrêmement simplet concernant les valeurs, la famille, la patrie, et le Travail avec un grand thé, et sans lait s'il vous plaît. Voilà aussi qui tient le spectateur que je suis à l'écart. Comme le deuxième tiers du film est son ventre le plus mou et beaucoup moins intéressant que le reste qui l'est déjà bien peu, si j'ose dire, on regarde donc, pour filer la métaphore nullienne, les samovars pleuvoir sur la tête des protagonistes. QU'ELLE ETAIT VERTE..., film qui n'est pas ouvertement politique mais qui se veut plutôt humaniste, prend alors l'aspect édifiant des contes naïfs pour éduquer la jeunesse. Comme toutes les grandes sagas personnelles et familiales en littérature. Je pense que Ford a sincèrement voulu ce surpoids du scénario dans la balance. C'est évident. Tout cela sent la maîtrise. Mais, esthétiquement trop calme malgré de grandes qualités formelles, et surtout plombé par l'aspect édificateur de la dramaturgie, le film ne parvient jamais à dégager un vrai sentiment d'incarnation et ne propose aucune ambivalence ni surprise. On est au final avec un objet dans nos mains - pourtant prévenantes - dont on n'a pas vraiment envie. Il est trop difficile de se sentir concerné, malgré la modernité de certaines thématiques d'ailleurs, par une histoire aux relents si vieillots et surannés. Le jeu des acteurs finit vraiment par graver dans le marbre les enjeux éducatifs de cette histoire initiatique au final assez banale. Là aussi, on préférera se reporter sur la LA RENARDE aussi parce que la mise en scène toujours créatrice ou en mouvement, ne se retrouve jamais dans la position de "l'outil d'illustrations" du scénario et de l'histoire. Il faut donc vraiment du courage pour avaler cette copieuse, et longue, très longue, bouillabaisse galloise au lait de brebisse, et l'on se dit qu'on reverrait bien du John Ford, avec plaisir même (cette fois!), mais avec un sujet qui permette plus de liberté, moins de littérature, plus d'abstraction, et surtout qui lui permettent de bâtir un univers bien plus personnel.




Dr Devo.






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Dimanche 19 juillet 2009 7 19 /07 /Juil /2009 20:21

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[Photo: "Ajouter Comme Amie ?" par Dr Devo, d'après une photo d'Amanda Knox.]





 

"On est quand même pas des sauvages" devait être quelques heures plus tard la première phrase que j'entendais en entrant dans le bar, sur ma droite, presque derrière la porte, dans le petit repli d'angle du zinc, où traînait Lulu La Fine, hommage à soin poids plume, toujours en tenue "pump-up-the-jam"  un peu surannée, toujours au même endroit.

 

 

Plus tôt. J'abaisse consciencieusement l'abattant de mon e-book, et contemple l'angle formé par celui-ci, d'un noir impeccable qui reflète un peu la lumière des lustres imitation bar américain au plafond de la salle de repos, avec la table marron-bordeaux, simple mais élégante qui dépareille quelque peu. Je profite de ces quelques secondes de repos pour me repaître de l'incongruité de ce contraste. J'enfile ensuite ma Smalto, et me tourne vers la sortie de la salle. Les canapés envoient des signaux de détresse (des pulls, des sweat-shirts ici et là, comme des balises), comme s'ils n'en pouvaient plus de recevoir les fesses alourdies de fatigue des critiques focaliens collègues, épuisés par une semaine de visionnage mettant les nerfs à rude épreuve. Puisque je décide à l'instant, sur un coup de tête, qu'une coupe en carton recyclé serait le chiquissime de l'été pour aller au cinéma, je mets presque sans m'arrêter une pièce dans le distributeur du fond de la salle, pour un café latte BodyStrong équitable. 15h58. C'est parfait, in petté-je.

 

Le meilleur moment, ce n'est pas dans l'escalier, mais dans les deux rues qui séparent le placide building focalien du cinéma art-et-essai le plus proche. Avec un soin méthodique, je porte mon mug équitable à mes lèvres tranquilles tous les treize pas, dans l'unique but d'impressionner les habitants du quartier, essentiellement des commerçants qui, à cette heure, commencent à comprendre que la fin du tunnel est proche. C'est là que j'entre en scène. L'élégant froufrou de mes ourlets, noirs bien sûr, me mettent en confiance, tandis que je franchis la porte vitrée du cinéma pour poser tranquillement mais fermement un billet trop gros par rapport au prix de la place. J'attends que la caissière demande le titre du film pour lever mon regard vers elle. Pendant un très bref instant, je crois lire sur la tourelle de l'ordinateur qui lui sert de caisse, le logo de la marque DALE. Je range la monnaie dans ma poche, comme si de rien n'était.

 

Je m'assieds dans les nouveaux fauteuils de la salle sans remarquer la moindre différence avec ceux d'auparavant, quand je remarque, au sol, l'étrange nouvelle moquette de rayures bicolores bleues ! Je n'ai pas le temps de m'interpeller moi-même, car le film démarre.  La xénon hurle tranquillement dans le lointain, tel le coyote.

 

 

GIRLFRIEND EXPERIENCE de  Steven Soderbergh, USA, 2009. Avec Sasha Grey.

 


Plus tard, en poussant la porte du bistrot où souvent nous trouvons refuge, à ce moment précis où on peut répondre à la question "Où aller boire une verre après le film? ", la phrase prophétique de Lulu La Fine résonne curieusement pour la deuxième fois à mes oreilles. Invisible est à l'autre bout du zinc, et cogne avec tendresse, bien qu'il soit déjà plus de dix-sept heures, un œuf dur, sans doute l'héritage des Audiard et autres jonques de la génération précédente. Je sais qu'il décante, que le cerveau carbure à plein régime, qu'il écrit déjà quasiment. Je le laisse tranquille...

 

 

Quel drôle de zigue finalement, ce Soderbergh... Il a commencé en faisant dans le prophétique, en quelque sorte, vraiment navré - et c'est bien le seul dans l'Histoire - de recevoir sa Palme qui arrive trop tôt, et qui le laisse avec sa question métaphysique : "Et maintenant, que faire ?". Il a bien géré la barque longtemps, Mr 10-volts, et la jeune génération ignore peut-être la série des KING OF THE HILL, A FLEUR DE PEAU, le superbe KAFKA, L'ANGLAIS, etc... Depuis quelques temps, la position est plutôt celle du faux martyr. Un coup, un gros machin insignifiant, LE CHE 1, au hasard, et un coup un petit bidule gourmand et beau, tel BUBBLE, le tout en hurlant que la pêche au gros poisson lui permet d'investir dans son bel aquarium de salon. Mouais... Pourquoi pas faire de beaux films à chaque fois, dis-je immédiatement, ce à quoi Lulu répond, sans hésitation : "Bah ouais !". Soderbergh, c'est pas le genre d'aminche à faire dans la totale generous-attitude, il le cultive en pot sur le balcon, son statut d'outsider libre. Et dans un geste baroque, j'enlève ma veste de designer, pour un tee-shirt même pas imprimé de chez Monoprix et une surchemise à carreau...

 

GIRLFRIEND EXPERIENCE s'inscrit dans la logique du réalisateur, côté impair, et ça tombe bien pour le lecteur en mal de métaphore (Tu en veux ? Je t'en donne !) car il s'agit de prostitution. Ouvrez la colonne "petit machin".




Sasha Grey est jeune, bon sang, à peine la moitié de la vingtaine. Elle est canon dan son petit genre. Son métier, c'est d'aller boire des verres dans les bars chics du Lower West Side, de fréquenter le cinéma, tiens, j'avais pas remarqué, de manger de la nouvelle cuisine dans des assiettes à quarante dollars. Et puis, de faire les magasins de vêtements à la recherche du plus chic, dans ces boutiques où l'on n'expose qu'un exemplaire par modèle. Et puis, surtout, elle fait la conversation, et elle rencontre des hommes qu'elle a soigneusement choisis sur internet. Elle vit dans un loft sublime. Et elle couche. Son petit ami, lui, est coach, est ultra beau-gosse, méga-sculpté. Ils discutent pendant le repas, au retour de leur travail, de l'évolution du bizness, en se reversant un verre, juste un, de ce petit Chardonnay 1988. Mais dans le moment, Sasha prospecte. Si sa petite affaire d'escort-girl freelance marche bien, elle veut encore conquérir des parts de marché, et passer au stade supérieur. Faut-il améliorer son site internet ? Prendre un contrat avec Google ? Faut-il placer ou investir ? Comment passer d'une image de marque élevée à une activité de plus haut standing ? Comment passer de la boutique chic et branchée à la Haute Couture ?

 

S'il a vendu son film comme d'habitude, en petite section donc, comme je disais plus haut, en arguant du fait que ses deux acteurs principaux étaient issus des productions pornographiques, Soderbergh a bien verrouillé les toilettes de l'intérieur. Une fois en salle, l'argument auteur et marketing bon genre change quelque peu de visage. Loin des 97,55% de la production actuelle, Soderbergh ne signe ni une chronique familiale douce-amère, ni un film "dossier de l'écran", malgré l'ambiguïté qui règne sur ce dernier point. Après le côté prolo et policier de BUBBLE, forcément plus séduisant, le fait d'investir ici la haute-bourgeoisie d'affaires change bien la donne, et coince le spectateur cinéphile dans une pièce à néons, très élégante, mais osons le dire, froidasse, et donc, pour le coup, beaucoup moins séduisante que le film précité.

 

 

Et on peut même dire qu'il pousse le bouchon.  Plastiquement, et j'insiste, même si le décorum et les situations sont à l'opposé de la bulle (métaphore dans le filet, et hop !), on est dans le même modousse opérandaille que les autres films de la section "Hauteur" de l'auteur, hahaha. Soderbergh soigne tout. Une photo ultra-léchouillée mais utilisant énormément les éclairages naturels, un beau cadre scope. Il y a toujours un truc intéressant : jeux de profondeur de champs, décalage des objets et des personnages jusqu'à plus soif dans la composition du cadre, jeu point/flou, mixage élégant et riche en textures, surcadre, jeux des lignes dans le plan, jeu d'axe. C'est du gourmand.



Côté montage et narration, ça assure plutôt bien également. Le montage est juste alerte et privilégie curieusement un rythme sans achoppement, coulant, qui fonctionne essentiellement parce qu'il est couplé justement à une narration qui, elle, est très découpée. Si on a l'impression que ces personnages vivent dans une série de lieux cloisonnés où la foule est proscrite, on remarque qu'il y a grosso/modo trois ou quatre gros blocs temporels et quelquefois spatiaux. Les scènes sont courtes, même quand elles contiennent plusieurs plans, et en général, Soderbergh les mélange sans ménagement, et surtout mélange les temporalités. Sur ce dernier point, une construction impressionniste de la chronologie en quelque sorte, il met la gomme, notre réalisateur, et fait même mieux que ça : c'est la base de son film, ses fondations.

 

 

J'en vois déjà beaucoup qui commencent à gouleyer seuls dans leur coin, la bave aux lèvres. GIRLFRIEND EXPERIENCE serait-il le nouveau L'ANGLAIS, film de montage absolu et du coup admirable ? Paradoxalement, pas vraiment. Désolé. L'ANGLAIS est un film tout à fait beau et important, en ce sens que la temporalité était ambiguë et même bien souvent indescriptible. Quoi que l'histoire fût simple, sur le papier, l'incapacité à lire correctement la grille temporelle déployait et décuplait merveilleusement le sens et la sensualité du film, certains plans, par exemple pouvant se lire dans différentes nuances et surtout dans différents temps. Très gourmand. Ici, les évènements du film, sans parler de temporalité, sont très lisibles, peu ou prou. Le rythme est totalement différent, car comme je le disais. Soderbergh cherche un effet de monotonie apparente plus que des ruptures incessantes. Mais il découpe sa narration tout en ruptures. Il y a donc un paradoxe et une opposition, dans le fait que d'un plan au suivant, on peut changer brutalement de temps et de lieux (avec même des retours en arrière), mais que dans le même temps, le rythme est coulant comme un vieux camembert. Donc, sur ce point, on est loin de L'ANGLAIS. C'est toujours amusant de découvrir une scène au bout de vingt minutes de films et de s'apercevoir une heure plus tard que c'est la fin de la scène qu'on est train de regarder en fin de film ! Par contre, mes sensations de spectateur m'amènent à introduire un paradoxe qui, là aussi, va nous éloigner des côtes anglaises. Cette narration kaleïdoscopique n'est pas si cubiste que ça, bizarrement. On a l'impression que le dévoilement des deux ou trois nœuds de l'intrigue, et donc des enjeux cruciaux du film se font de manière assez logique, de manière linéaire presque ! Et ça, c'est du gros paradoxe, Simone ! Ce dévoilement est progressif, et si on rassemble mentalement les différents moments-clés du film, on a une construction assez commune, pas du tout fofolle. Malgré les allers-retours et les autres petites gourmandises, le récit, malgré cette volonté narratrice plus iconoclaste donc, n'est ni choquante, ni renversante.

 

 

Alors voilà un double paradoxe (montage osé/ dévoilement du récit plus classique, ruptures des plans/rythme homogène) assez troublant, surtout qu'en salle, contrairement à ce qui se passe dans cette critique, c'est le rythme calme et tranquilou qui saute à la figure. Pour autant le film est assez peu aimable et fait à peu près le contraire de ce qu'on pouvait supposer a priori. Que les acteurs soient issus du porno n'a aucune importance : il n'y a pas de scène de sexe (il y a un baiser qui arrive assez loin dans le début du film et qui est le premier plan à visage semi-humain du film d'ailleurs), aucun érotisme, aucune sensualité. Malgré le sujet, rien de scandaleux ne se passe ! Le tout est largement froid. Et en fait, ça, pour le coup, c'est vraiment étonnant, et ça mérite donc un nouveau paragraphe.

 

 

GIRLFRIEND EXPERIENCE est froid. L'héroïne est une fille très canon en quelque sorte. Elle mène une existence qui la place dans la haute bourgeoisie d'affaires. Elle gagne énormément d'argent. Loin d'une naïveté quelconque, ou d'un certain "romantisme", c'est une femme d'affaires attentive, assez calme et posée, qui connaît très bien les tenants et aboutissants de son affaire, et là je ne parle pas de sexe ou d'habileté au travail (puisqu'on ne le voit pas, enfin si... j'en reparlerai). Sa force, et c'est pour ça qu'elle réussit dans la vie, c'est de connaître extrêmement bien sa clientèle. La chose n'est d'ailleurs pas si étonnante que ça : c'est en choisissant rigoureusement ses clients (la scène au téléphone qui commencera à craquer le vernis du film d'ailleurs) qu'elle a imposé et monté sa boîte. Elle fréquente des gens qui vivent dans le même milieu qu'elle. [C'est d'ailleurs le seul point ironique de la chose : avoir pris des acteurs pornos, c'est-à-dire le bas de l'échelle sociale de l'actoriat (et le plus bas maillon dans la chaîne de l'anonymat), pour faire le portrait d'une femme qui dans son domaine, le sexe, a réussi à monter une boutique de luxe qui est le top de l'exception et qui gagne bien plus qu'une vulgaire actrice porno !]. Ce qu'on voit dans le film, finalement, ce sont des gens en train de s'offrir un moment de vie sociale. Les clients ne discutent que d'une chose : les affaires. Et ça tombe bien en quelque sorte, car Sasha Grey est avant tout une femme d'affaires elle-même. Avant même que les incidents ne se déclenchent (en gros le voyage à Las Vegas opposé au week-end bizarre de Grey), et ça aussi c'est plutôt étonnant, on est dérangé sur un point. C'est que cette affaire froide de bizness ressemble fort à une communauté sociale et humaine qui vit d'ailleurs en vase clos. Et en quelque sorte, le film de Soderbergh est aussi un film sur l'ère internet, c'est-à-dire sur la construction d'un réseau social, mêlant privé et public, travail et lien social, et où les personnages, enfin l'héroïne qui rappelons-le est jeune, construit un tissu d'amis, comme on dirait sur Facebook. Et je dirai même plus, un réseau logique d'amis. En construisant au fil des années sa clientèle, Grey a construit également sa vie. Ca fait froid dans le dos. C'est l'Art dans la Vie (sans jeu de mot graveleux) et la Vie dans son Art en quelque sorte. Toutes les conversations dans les périodes "escort" ne tournent qu'autour de la vie de famille et encore plus sur l'évolution du marché et des affaires. C'est un monde "d'amis Facebook", c'est-à-dire un réseau de connaissances. Et ces gens sont extrêmement bien éduqués, cultivés peut-être (enfin, ils ont de la culture chez eux, comme le montrent les plans d'ouverture). Ils sont d'une courtoisie à toute épreuve. On est dans une politesse, au sens anglo-saxon du terme, à toute épreuve. Le conflit n'existe quasiment pas. Et quand il apparaît (grossièrement on peut dire que ça arrive une fois dans le film), la réaction de Grey est nette : TU ME RESPECTES !! Et c'est un ordre. Le seul conflit du film amène un geste d'autodéfense. Prise la main dans le sac à paradoxe, Grey défend son territoire, c'est-à-dire sa propre personne, et là, tout le tableau prend une coloration différente : il tient à peu ce réseau social. Il y a donc une superposition ambiguë d'un certain libéralisme bicéphale (au sens large, le film n'est ni anticapitaliste ni le contraire) car à la fois relevant du bizness et du social. Pas de place pour les sentiments. Enfin, peu. Et le tout baigne dans une sorte d'hédonisme d'affaires, un peu mou. La phrase inversée de David Byrne, si américaine, qu'on retrouve dans le merveilleux film du chanteur TRUE STORIES, cette phrase si drôle est totalement incarnée ici : « Be sexy at your office, be sucessfull at home. »

 

 

Il y a une scène de sexe dans le film, une seule et c'est la dernière. Je ne dis rien. Mais il n'est pas étonnant qu'on finisse là-dessus. Et d'ailleurs, dans cette scène, parfaitement réaliste, c'est du sexe frontal, on ne cache rien. Le film, et là je lâche ma bombinette (oui, ok, je ne suis pas un génie, car c'est dit dans le film) est en fait, et c'est assez curieux, le prolongement d'un livre et d'un film bien connus ! GIRLFRIEND EXPERIENCE est la suite, la variation moderne, et aussi l'antinomie complète de AMERICAN PSYCHO. Et c'est ça le plus important. Dans les années 80/90, le psychopathe est un trader, et l'ambiguïté se focalise sur une question: est-ce un séminole-killeuh qui a pour couverture trader, ou le contraire ? En 2000, les choses ont évolué. Le héros est une femme bien sûr. Et surtout, le monde est bien plus policé. Tout ici se joue dans le respect des règles et dans la courtoisie. Politesse est bien le mot. La sauvagerie a muté du grand-guignolesque totalement épouvantable que le film AMERICAN PSYCHO avait si bien su transposer, à une propreté et une régularisation des échanges absolument civilisées. Tout est négociable, tout se passe en dehors de toute violence. Tout est objet d'affaire, le bizness, le réseau amical, et le sentimental (ici presque, mais seulement presque, absent). Mais le rapport social est le même: les gens sont plus que jamais interchangeable. GIRLFRIEND EXPERIENCE est donc bien la suite de AMERICAN PSYCHO et commence là où se terminait l'œuvre de Ellis. Quand Bateman se dénonce et veut mettre fin à toute sa série de meurtres abominables de manière surréaliste, IL NE SE PASSE ABSOLUMENT RIEN. Cet évènement, et c'est bien le seul, s'annule et n'existe pas. C'est le trou noir ultime. Le film de Soderbergh se passe dans cette société nouvelle. Il ne se passe plus rien. Le fait d'avoir choisi une héroïne à peine belle, mais certainement jolie, sûrement bête, est finalement assez logique.

 

 

 

Alors, oui tout ça, c'est très intéressant, et on aura compris que GIRLFRIEND EXPERIENCE est une construction maligne et relativement osée, d'autant plus que l'ambiance générale, sans être totalement glaciale est complètement froide. En photographiant, montant, et cadrant son film comme dans un magazine de luxe, dans sa caricature calme et posée, Soderbergh réussit en plus à s'amuser ici et là en filmant finalement plus les objets et les lieux que les personnages eux-mêmes. C'est la scène du catalogue Ikéa de FIGHT CLUB, sauf qu'ici ce n'est pas Ikea mais Gucci et Versace ! Le travail est incroyablement dématérialisé, et aussi la vie personnelle. C'est donc intéressant. La froideur globale de la chose joue totalement en contradiction avec ce qu'attend le public, mais en même temps, donne exactement ce que le public aisé, ce que le public culturellement éduqué adore : un film conçu comme les catalogues ou revues où sont détaillés les dernières tendances de mode, d'habitat et d'objets high-tech. Que le film ne marche pas est donc assez délicieux, et à mon avis, c'est parce que le film décrit de manière trop réaliste ce que vit le public art et essai ! Rires !

 

Non pas que je veuille flinguer le Soderbergh sur la ligne d'arrivée avec mon fusil à lunette, mais il faut quand même rajouter un bémol assez gros qui est tout à fait personnel. Pour ma part, même si ce n'est qu'un élément de la structure globale du film, la narration ne remplit pas totalement mon ventre gourmand. Le jeu sur la temporalité est bien sûr toujours plaisant. Mais d'un point de vue narratif, le dévoilement de l'intrigue me paraît moins moteur d'ambiguïté et donc de multiplication des sens que dans L'ANGLAIS. En un mot, c'est beaucoup moins malicieux, plus sage. On est beaucoup moins perdu, ce qui est toujours un peu dommage. Et il manque aussi certainement un bloc d'abstraction supplémentaire, dans le sens où je trouve qu'il n'y a pas de grains de sable poétiques. La machine se mord rarement la queue en quelque sorte. Dans un projet plutôt brillant, au propos bougrement intéressant, je trouve globalement que le compte n'y est pas tout à fait. L'option de rythme devrait pourtant me séduire, et sans devenir une pâtisserie baroque, le film aurait pu devenir un objet plus chahuté, plus surprenant. C'est bien écrit, ça tombe sous les doigts et soyons clairs, c'est à cent coudées des films que l'on nous a proposé cette année. Il ne faut jamais reprocher à un film ce qu'il aurait pu être ou ce qu'on aurait voulu qu'il soit. Ceci posé, le juge suprême est quand même le goût, et la critique est un métier de spectateur avant tout. Et ici, malgré la belle carrosserie et une architecture du moteur non moins intéressante, sensuellement, le film ne m'a pas complètement excité, et il reste au fond de moi cette petite voix qui me dit que Soderbergh en a encore sous le pied probablement. J'aurais bien pris un peu de monolithe noir en dessert. Même si ce film est un des rares qui mérite en cette année 2009 d'investir dans une place onéreuse, surtout que l'objet est vraiment joli, il manque peut-être d'un élément ou d'une petite couche d'insignifiable.

 

Je suis interrompu par Lulu La Fine, à brûle-pourpoint, avec un "Tiens, on dirait que ton collègue cherche à te causer". Je remets ma veste et rejoins effectivement Invisible, tout sourire, qui a déjà commandé un Picon bière pour moi, et qui en me serrant la main dépose astucieusement un œuf dur dans ma paume, ce à quoi je réponds par un salut marqué et un "Ca tombe bien, j'avais faim". Et d'un geste élégant, je réajuste ma veste.


Dr Devo.







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Vendredi 17 juillet 2009 5 17 /07 /Juil /2009 14:13

Publié dans : Corpus Filmi






[Photo: "Superdevo" par Dr Devo.]




Une fois assigné à chacun de mes confrères leur devoir à effectuer pour cette formidable bien qu’éprouvante semaine KKKK, je m’en retournais à mes trous noirs pour faire mumuse, mais pour une courte durée car il me fallait vite aller sur terre pour voir un film en salle. C’est ainsi que je me rendis au cinéma le plus proche de mon Resort natal pour aller voir le dernier opus de Michael Mann, tout en ayant pris le temps, rassurez vous, d’avaler un bon petit paquet de chips goût ceinture d’astéroïde rôti et de m’être diverti avec une spacio-bia’tch sur une plage de l’espace. Le Dr Devo vous l’aura sûrement dit, il ne faut jamais se rendre au cinéma le ventre vide ou contrarié… 

 



Basé  sur l’histoire vraie de John Dillinger qui a existé vraiment et fut un as du braquage de banque. Nous sommes dans les années 30. Principalement à Chicago, là où il fait bon être un criminel, Dillinger s’en donne à cœur joie et amasse les dollars à tour de bras. Cela dit les autorités ne l’entende pas de cette oreille et souhaite mettre fin à ces petites affaires. En parallèle, John Edgar Hoover, qui n’est pas l’inventeur de l’aspirateur, souhaite redorer le blason de son institution policière, mise à mal de par les coûts très importants nécessaires à son fonctionnement et son efficacité toute relative. Cette institution, qui n’est autre que les prémices du FBI, joue à fond la carte Dillinger et va tout faire pour arrêter l’homme considéré par Hoover comme l’Ennemi Publique Number One, et cela bien avant "Twenty-Cent Cassel". C’est ainsi que Hoover embauche un des acteurs les plus fades de sa génération "oui-oui", à savoir Christian Bale.

 



Vous l’aurez compris, nous aurons droit ici à un nouveau film biographique. Bon, ce que l’on peut dire d’entré de jeu c’est que le Mann ne s’encombre pas trop, justement, des éléments biographiques de John Dillinger. C’est plutôt tant mieux car il ne nous barbe pas avec les passages obligés du genre (l’amourette avec Cotillard est assez vite torchée par exemple). D’autre part, la ressemblance avec le vrai Dillinger et Depp n’est pas frappante et on voit bien que ce n’est pas tant la reconstitution historique (qui ici assez minimal en terme de decorum) qui intéresse Mann que les enjeux des actions des différents protagonistes. Ainsi Mann nous donne à voir le passage entre un banditisme old school (braquage de banque) et le banditisme moderne (au travers de l’argent invisible détourné par les premiers gangsta-traders). C’est aussi la naissance de nouvelles techniques policière à travers la naissance du FBI… La globalisation … Tous ces enjeux sont bien là en substance et, sur le papier, c’est plutôt intéressant mais malheureusement il n’en fait pas grand-chose… Cela reste en surface, anecdotique et c’est bien dommage.

 



Pour moi Mann est plutôt un bon faiseur mais pas quelqu’un qui me transporte véritablement dans l’hyper-espace, et ce n’est malheureusement pas avec ce dernier film que les choses vont s’arranger. Mann s’entiche de la vidéo numérique, chose qu’il fait depuis plusieurs films. Alors certes, c’est de mieux en mieux mais tout de même, il y a toujours cette non présence de grain et cette définition quasi parfaite qui me dérange toujours un peu. C’est une chose à laquelle il faudra s’habituer au même titre qu’il a fallu apprendre à se séparer du "grain sonore" de nos vinyles pour faire place à la pureté du Compact Disc. Enfin, c’est un détail et non un reproche, mais quand même. Le plus préoccupant au final c’est plutôt la mise en scène globale du film. Si Mann se concentre sur certains moments-clés pour nous offrir quelques chouettes moments de bravoure filmique, PUBLIC ENNEMIES dans son ensemble parait bien fade et beaucoup de passage semblent avoir été faits sans goût ni grande personnalité. Au final Mann déroule son métrage sans nous émoustiller franchement, et l’on a encore et toujours cette impression d’avoir vu ça des centaines de fois. Sinon Depp s’en sort pas mal et Cotillard bof. Rien à ajouter à la cour pour la defense.


L'Ultime Saut Quantique.





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Jeudi 16 juillet 2009 4 16 /07 /Juil /2009 12:51

Publié dans : Corpus Filmi






[Photo: "Charity Reigns" par Invisible.]





En ressortant de TOY BOY, je pensais à une scène du roman MELMOTH de Maturin, un chef d'œuvre gothique, à la construction vertigineuse (dispo chez Bouquins, le must de la plage). Le passage où le Diable relativise la passion amoureuse : enfermez les deux tourtereaux les plus fondus l'un de l'autre dans une pièce close pendant trois jours, dit le diable, laissez-les gazer, pisser, chier, mourir d'eau et de soif, et vous verrez ce qu'il reste de la passion avec un grand pet.

 

Le scénariste de TOY BOY partage le dépit du diable de Maturin, pour lui les choses sont simples : le monde se divise en trois catégories, les riches, les putes et les geeks. Le réalisateur embraye, sans se poser la question qui eût fait un bon film : je suis riche, dois-je faire ma pute pour plaire aux geeks ?



Ashton Kurter est un beau gosse qui débarque à Los Angeles afin de faire viande fraîche dans la vie, il séduit des femmes riches mais seules, s'incruste chez elles et bouffe alternativement du caviar et de la chatte (je suis cru, mais le film l'est aussi). Devenu homme-paillasson pour Anne Heche (NIP/TUCK), il profite des voyages d'affaires de la dame pour organiser des parties et se taper de la jeune cuisse. Un jour, il croise une jolie serveuse qui le rejette, ce dont il n'a pas l'habitude, voilà notre play-boy ferré, et amoureux. Mais l'amour est-il possible entre minet et minette, à Los Angeles, alors que le moindre donut est à neuf dollars ?

 

TOY BOY se laisse voir, mais ne se laissera sûrement pas revoir. Le réalisateur semble avoir été présent au tournage de quatre séquences, qui sont les plans-séquences. La meilleur, c'est la troisième : Ashton retrouve Anne à l'anneau central de l'hôpital, une nappe troublante précède le sentiment du héros, et la nausée viendrait ainsi presque au spectateur en apprenant le motif de l'opération. Hormis cette nappe, bah rien de bien costaud ni d'étrange. La musique illustre systématiquement le propos, mais une fois que le propos est déjà saisi (aparté, la musique semble un catalogue de reprises des illustrations sonores de LOST HIGHWAY, mais à la façon dont chez Quick ou Mac Do, on entend des reprises de Madonna joués par des sous-marques), la musique comme la photographie ou le cadre tirent vers le rock FM, ce n'est pas désagréable, même loin d'être indigent, y a quand même un savoir-faire et le spectateur n'est pas étouffé par des cadres irrespirables, mais la fleur de peau n'éclôt jamais.

 

Après avoir pensé à MELMOTH, je songe à ce que me disait un ami qui travaille actuellement comme assistant-réalisateur sur une série télé, et qui observe donc comment ça passe sur ces plateaux : on tourne à plusieurs caméras, dans toutes les valeurs de plan, il n'y a pas de décideur. Ensuite, au montage, il n'y en a pas non plus, du coup, on garde tout et y a pas de perdant. Ici, on sent davantage de mise en scène, de volonté, mais tout ça pour quoi ? Au fond, c'est kif-kif, du bon ciné, comme on pourrait dire de la bonne télé. Exemple exsangue : le gigolo Ashton plonge dans la piscine maousse de madame Heche, un coup de louma nous éloigne de la piscine, vlatipas qu'on retrouve notre gars Ashton (et ce, sans coupe) à l'autre bout du bassin sortant de l'eau pour engloutir un gros club sandouiche délicieusement posé sur le pourtour en pierre. So what ? Certes, le plan est rigolo, mais bon... où est la chair ? Mes pauv'z'amis, je ne vois dans ce film-club sandouiche bourré de plans cul, que crudités.

 

Le scénario, et le personnage trouble de la jeune fille, offraient pourtant place à un déploiement tout à fait personnel de la mise en scène, las, le gars MacKenzie fait le job, son film n'est ni bon ni mauvais, ça se regarde groggy dans l'avion en comptant les épouses d'Eddie Barclay pour trouver le sommeil. MacKenzie illustre le texte au lieu de l'excéder, de le chauffer, comme si le texte allait faire le taf, alors que sans créer de déséquilibres (sauf dans ces plans-séquences, donc six minutes de film, et encore, pas du nanan), sans jouer avec des sentiments (par le montage ou le mixage), on n'allait pas ressentir tripette. Sa seule arme pour faire mordre le spectateur aux tourments de son héros : le torse nu d'Ashton exhibé pendant un tiers de film, dommage, c'est pourtant beau un pull qui bouloche.

Invisible.







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Mercredi 15 juillet 2009 3 15 /07 /Juil /2009 10:28

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[Photo: "Banality Reigns" par Invisible et son ami Flickr.]




Mettons les pieds dans le plat. Les festivals sont ouverts au plus grand nombre, ce qui induit une sélection souvent morne, consensuelle. Les télévisions travaillent pour l'atonie des masses, ou pour les communautés de consommateurs. Les comités de financement des régions célébrent l'inceste en petit comité (je file l'avoine à ton poulain, la prochaine fois tu finances mon chiot). Les programmations des cinémas art et essai sont effectuées par des associations de soixante-huitards qui, au lieu de fureter, attendent en patins qu'on leur dise ce qui se fait de bon de beau de bonnaud (c'est pourquoi Télérama fait la programmation de celui qui se trouve près de chez vous). Les salariés des magazines de cinéma sont des mammifères payant un loyer, du coup, ils trouveront toujours un film du mois, ou un film de la semaine, et ne se mettront jamais en grève. Les êtres humains apprécient d'être ensemble dans l'obscurité et d'avoir le même projet, qui peut être voir un film. Voilà pourquoi le cinéma en salles est nul, ou plutôt banal, mollement rassurant, vidé d'émotions.

 

Dans le même temps, ce sont les valeurs les plus réactionnaires du cinéma qui assurent le succès (les beaux sentiments, l'amour du lointain, la sainte-histoire, ou la subversion de bazar), et leur pendant esthétique : les valeurs de plan les plus bas de plafond (les films montés devant le moniteur 21 pouces ne semblent plus pensés pour la salle, et les spectateurs à présent youtubisés se contentent d'objets ultra-balisés et dépourvus d'ambiguïté habitués qu'ils sont à des films sans arrière-plan, où tout se donne d'emblée). Voilà l'état des lieux.

 

Face à un tel constat, les cinéastes ou postulants n'ont en vérité que deux alternatives : ou être archi-radical (Grandrieux, Dupieux, Alnoy) au risque de ne plus pouvoir faire de films, ou pactiser avec une des valeurs sus-nommées (Noë et Von Trier ont par exemple choisi l'option subversion de bazar, bien que Von Trier semble changer de valeur selon les films !), et réussir à monter/montrer leurs films en jouant avec le code moral de l'époque. Hors de ceci, point de salut : c'est Garmonbozia en injection 50cc et l'eau des nouilles pour l'apéritif.

 

 

Grâce à son casting éléphantesque, mais néanmoins très ciblé, son affiche désuète sur fond blanc-comédie, Podalydès a réussi son coup : Télérama est tombé, et le film est distribué sur 180 salles. Seulement voilà, "c'est n'importe quoi", "tout ça pour ça", pestaient mes voisins de derrière tandis que les lumières se rallumaient sur la métaphore du rouage qui conclut le film. Qu'importe ! Double effet Fish Cool, en faisant tourner tous les officiels du cinéma français, Beep s'est probablement offert le forfait "5 films offerts en 10 ans" !

 

BANCS PUBLICS court sur une journée, en cinq temps (et non trois !). Lucie, employée de bureau à la GIFAREP se rend comme tous les matins à Versailles pour remplir des tableaux Excel. Elle s'y ennuie, préférant jouer au Pac-Man. La journée pourrait être aussi morne que la veille si, à la fenêtre d'un appartement situé en face de l'immeuble, ne pendouillait une banderole "Homme seul". Cette banderole perturbe le bon fonctionnement de l'entreprise, l'empathie commence à agiter le personnel ordinairement préoccupé de marge et de glande, tandis que Lucie, flanquée de ses deux collègues de la salle A17, décide d'aller s'enquérir de la santé du locataire de l'appartement en sonnant à sa porte.

 

Avec un tel pitch, et d'autant que le début du film est quand même très serré, Podalydès aurait pu trousser un tout autre objet, où la psychologie des personnages aurait été beaucoup plus fouillée. A la place, il a préféré multiplier les narrations, tant et si bien que le film part de plus en plus en vrille, à mesure de son déroulement... au fur et à mesure du métrage, une impression jouissive de flottement agréable se dégage, de contemplation, une transe semblable à l'abrutissement que provoque un éclairage stroboscospique, mais provoquée par un sur-régime des trois grosses machines du cinéma français ordinaire : le scénario, le castigne, et le dialogue, toutes en surchauffe, en même temps que s'opère une modification scène par scène de la réalisation et des enjeux du film.

 

 

BANCS PUBLICS, LE PUBLIC AU BAN ?

Point commun à tous les persos qui nous seront donnés à croiser : la banalité. Le gratin du cinéma français se prête au jeu, incarnant chacun son tour un monsieur-tout-le-monde, une madame no-one, mais quasi tous ces comédiens sont finalement réduits à une facette, la leur : Catherine Deneuve est la bourgeoise dépressive, Didier Bourdon le français moyen ronchon, Mathieu Amalric le borderline, Elie Semoun le petit malin, Poelvoorde le casse-couilles, Nicole Garcia l'intello chiante, Lhermitte le vieux beau, Balasko la grosse moche... Podalydès prend les 40 acteurs français les mieux payés, et leur fait à quasi-tous jouer leur fonds de commerce ! Puis au bout d'une minute ou deux, il les expulse du film ! Next ! Si le cinéma français est mort, alors on voit défiler toutes ses générations en accéléré.

 

Bruno Podalydès joue lui-même dans BANCS PUBLICS (il est d'ailleurs formidable), c'est le seul personnage qui n'est pas banal, au sens où il est ambigü. Il joue le patron d'un petit magasin type M.Bricolage, appelé "Brico-Dream", en fait une extension de sa condition de réalisateur de BANCS PUBLICS : il en appelle sans arrêt au sureffectif mais n'est pas méchant avec ses troupes, constate d'ailleurs que les gars sont en roue libre, tente de remonter le chiffre en multipliant les astuces marketigne, puis semble complètement se désintéresser de conclure la vente, et part faire du gringue à Opportune, la fille de l'accueil.

Ainsi aussi, dans son propre film, le réalisateur émaille son film de scènes grand public, pleurnichardes, humanistes, pour rattraper le spectateur lambda, avant de s'en désintéresser complètement et de partir s'occuper du cas d'un autre client/personnage.

C'est dans le segment "Brico-Dream" que sa mise en scène se fait la plus précise, c'est elle qui l'intéresse avant tout. Une fois que tout le gratin s'est cristallisé comme une bouteille de Contrex oubliée au frigo par temps de cagnard, et que le cinéma français ressemble à un gnocchi congelé, mais les spectateurs toujours dans la salle, c'est parti pour le show.

 

Si la lumière ne connaît malheureusement pas d'amélioration (le film a pour objet la banalité, ce qui peut justifier son aspect très morne mais cela me semble tout de même le gros point noir, qui rebutera d'ailleurs certainement pas mal de focaliens ; dans la partie Brico-Dream, le film aurait pu être encore plus jouissif), en revanche ailleurs c'est festival, à commencer par le mixage. En particulier l'utilisation très fine des musiques de superette, parfois même il en superpose plusieurs, tout en travaillant également les sons d'ambiance, amenant une tension par le silence ou une nappe sous-mixée, avant de repartir sur un gag absurde, ce qui contribue à rendre aussi toute cette partie très chaleureuse, on est chez quelqu'un.

Les mouvements de caméra sont alors très précis, et variés, les coupes rendent le film très fluide, les cadrages sur la corde, les durées des plans sont sensiblement différentes, tout respire, et les gags s'enchaînent dans une ambiance de fin du monde bricolée à la maison, alors que cependant la banalité reigns (j'écris que tout respire, mais plein de tentatives se ramassent, qu'importe il retente des trucs juste après).

Deux types de personnages sont alors utilisés, d'un côté les quatre vendeurs, des types fondamentalement inadaptés au monde (donc charmants), la vendeuse inopportune + le démiurge Bruno Podalydès, et d'un autre côté les clients (donc le monde, les clients qui savent ce qu'ils veulent et à qui il s'agit de refourguer la came, coûte que coûte, pour que les films et en particulier celui-ci continue à se faire... Chiara Mastroianni se retrouve donc éblouie par une lunette de chiottes). Comment réussir à fourguer des choses inutiles, libres et drôles aux psychorigides, afin de ne pas fermer boutique ? Comment pactiser avec ces vrais malades que sont les gens normaux ? Voilà le vrai sujet du film, et qui est passionnant (d'où mon intro sur l'état des lieux). Comment être aimé, et ainsi moins souffrir tout en continuant à vivre ?

 


BANCS PUBLICS CONTRE CALICOBA

"C'est n'importe quoi !" Et oui, ma brave dame. Vous vouliez du people, vous allez en avoir, semblait déjà prévenir le début du film dont le premier gag est un générique interminable, comme si déjà le nombre empêchait les choses de commencer. Un plan au début, l'entrée dans la gare, montre ce que pourrait être le film, où le son est travaillé façon appel d'air, mais ce qui fonctionne pour le grand public c'est la ritournelle, la rengaine, aussi filme-t-il non loin toute une rame de métro reprenant la chanson de Brassens, Bancs publics, dans une communion grotesque, en sussurant bien sûr, qu'aucune tête ne dépasse.


Mais ce plan de gare appartient à un autre film, dans un autre monde. Le nôtre est constitué d'employés de la GIFAREP, de jeunes parents, de psychopathes en mode repeat qui collectionnent les Smiles. La masse est infernale, et toujours ridicule (l'apparition du bureau gavé dans le contrechamp depuis l'appartement de l'homme seul, Arditi tentant de se mettre au diapason du groupe en minidansant sur un Lou Bega en formol, les mous du parc, les humanistes défoncés en trois répliques et une gueule de con par le personnage de Campan, l'insupportable "alors ?" commun aux employés de la GIFAREP).


Si la masse est stupide, et le monde, il faut bâtir sa joie seul, et créer des petites autorités autonomes, c'est ce que vont faire les personnages les mieux servis au final du film (joués par des seconds rôles du cinéma français) qui sont finalement les seuls à agir vraiment, tandis que la masse est partie dans le soliloque, la transparence, la répétition du même, l'obsession de la sécurité. Ce sont aussi les seuls qui vont gagner quelque chose... au moins existent-ils tandis que la plupart des gens que nous voyons autour de nous se figent dans leurs patterns, et ce jusqu'à la folie (Amalric).

 

Embrassant son sujet, la banalité, avec la bouche grande ouverte, le film s'attache à démontrer le beau par l'absurde. Ainsi, le segment Candelier/Girardot se voit-il traiter dans un champ/contre-champ fondamentalement ennuyeux, ce qui rendra d'autant plus cruelle la résolution de la scène (quand un couple ne peut plus changer de focale, il meurt, en gros). Aumont et Rich apparaissent d'abord comme des mafieux sur fond de sirène hurlante, mais finalement ils vont paresser au parc, alors ils sont réduits en un plan à une miette de chips, avant d'être agressés par un clochard d'opérette. La scène Lonsdale se conclut sur l'expulsion du personnage chic et amusant mais à l'ambition grotesque.


Tout ceci entrecoupé de scènes parfois ratées (notamment toutes celles avec des enfants, était-ce une ambition de l'auteur ? Les deux adolescents représentés semblent payer, dans leur traitement à l'image, pour tous les adolescents geignards de la planète, tandis que tous les enfants sont montrés comme des caricatures d'enfant, comme s'ils étaient incapables d'apporter une liberté, et surpassaient en banalité les adultes, ce qui n'est ptet' pas faux, remarquez...), scènes ratées qui le sont en raison de leur mise en scène (ce n'est pas un film de scénario, il y a une sensation physique de montage, de tempo), mais qui, au fond, devaient être ratées pour que le film soit réussi. Par exemple, le personnage de la jeune mère au jouet pédagogique ne mérite pas mieux que son traitement, celui d'Emmanuelle Devos non plus, la collègue qui participe aux repas de quartier surjoue. "Je cherche un homme !" semble crier Bruno Podalydès jusqu'au moment où il kidnappe son film.

 

Périodiquement, Podalydès torpille la banalité avec des gags juste hénaurmes (la machine à café, le Powerpoint emballé, la virgule sonore sitcomesque de la banderole utilisée jusqu'à la déraison, la séquence Urgences, le slowburn du client paillasson, la perceuse Bazooka, la plongée large sur 'coupez l'hélium !", les spots ineptes...), avant que la normalité ne revienne aussitôt à la charge pour quémander de quoi améliorer son quotidien. Mais aussitôt, Poda revient alors avec sa perceuse burlesque, soutenu maintenant par une musique à sa propre gloire qui paraît chantonner "Poda, poda, poda..." et envoie illico une bouffonnerie (les arrière-plans, des slogans ou un homme-cerf, des jeux de mots pourris et donc délicieux), développant ce qu'il avait initié dans la partie GIFAREP (fond d'écran de Vuillermoz, machine à café), tout en restant à hauteur d'homme banal. La composition des plans ne bouleverse pas (mais on est à mille lieues de la platitude grammaticale de FAIS-MOI PLAISIR ou des BEAUX GOSSES, ...) le cadre est soigné, il suit sa ligne, le Banal +), le montage n'est pas outrancier, néanmoins une impression fabuleuse, sensuelle, de tempo, est donnée à ressentir.

 

Le film embrasse son sujet, disais-je, caressant son spectateur puis l'étriquant dans la minute qui suit, dans un mouvement très étrange, qui ne ressemble pas à grand-chose, soit la plus grande des qualités, dans un univers en miniature.


Allumez les lumières, vous n'êtes plus seul.



Invisible, juillet 2009.








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Vendredi 10 juillet 2009 5 10 /07 /Juil /2009 10:33

Publié dans : Corpus Filmi





[Photo: "Conférence du Dr Devo à la Cinémathèque de New-York (Septembre 2001)" par John Mek-Ouyes.]






"Ha ! Enfin, ça bouge un peu en salle !", se dit-il en enfilant sans effort son plus beau costume. C'est ce qui est bien avec les mercredis comme ça, on peut même hésiter entre deux films qu'on a vraiment envie de voir, et dans une période de disette comme la nôtre, bah, ça se prend. Et il mit une bouteille de champagne au frais, ne voulant pas se poser ces questions de premières parties typiques, celles du genre "Où aller boire un verre après le film ?".

 

C'est à la caisse du cinéma qu'il dénoua son nœud de cravate en soupirant, à la manière de ces baleines qui s'échouent sur les côtes bretonnes. Le caissier, courtois, et lui aussi fort  bien habillé (le cinéma était-il devenu un sport de luxe ?), répéta la sentence: "Nous sommes mardi, Monsieur". Ce à quoi il fut répondu : "Par la persienne, donnez-moi un ticket pour Woody Allen alors !". Où aller aux toilettes avant le film ?

 



Larry David, bonjour Monsieur, vit à New-York dans un espèce de loft tout pourri (enfin à la sauce hollywoodienne, c'est-à-dire bien mieux que l'habitat de 98,57% de nos lecteurs), et surtout, seul. Entre deux bavardages avec ses amis, plus ou moins dans la soixantaine eux aussi, Larry gagne sa vie en enseignant les échecs à des petits mômes sans doute issus des milieux bobos. C'est une existence bien réglée, et surtout ponctuée par les remarques incessantes de Larry sur la vie, son absence de sens, et sur la cruauté non-sensique du Cosmos. Larry est un pessimiste ou un lucide, cochez la bonne case, et il ne se fait aucune illusion sur le monde qui l'entoure, un univers construit sur deux certitudes : 1) tous des crétins. 2) la mort est au bout du couloir, et c'est un scandale. 3) Tant qu'on arrive à vivoter peinard, autant en profiter et rester dans son petit jardin. Trois certitudes !

En rentrant chez lui, un soir, il tombe sur Evan Rachel Wood, une jeune plouc fraîchement débarquée de sa cambrousse natale et qui est en train de tranquillement mourir de faim, là, en bas de ses escaliers. Plus par fatigue (il a envie de se coucher) que par altruisme, Larry propose à la petite de l'héberger pour une nuit. Elle aura bien du mal à partir. Les semaines passent, et Evan apprend à découvrir le vieux shnock, un peu incrédule. C'est qu'elle est attentive, l'idiote... Un soir, la situation bascule : elle avoue à Larry qu'elle a le béguin, malgré les différences d'âge et de points de vue ! Larry refuse ses avances et trouve la situation bien stupide. Et comme il ne s'intéresse pas du tout au sexe, voilà qui devrait en rester là.  Mais les gens changent, et même des petits esprits étriqués comme Evan peuvent évoluer. Et la gentille imbécile semble se redresser de la position courbée à celle, plus enviable, de la station debout....

 

 

Bah, il en fallu du courage pour se traîner dans la salle et affronter la chaleur et la foule ! Car le dernier Woody Allen, les enfants, ce n'était pas jojo-jojo. VICKY CRISTINA BARCELONA, malgré sa courte durée, était quand même une sacrée purge, un objet d'une banalité affligeante joué par des acteurs tellement fiérots de leur position qu'ils en rajoutaient des masses dans l'allenitude de la woodynéité. Côté mise en scène, c'était quasiment de la roue libre : pas beau, aucune tentative de quoi que ce soit, l'acteur qui parle à l'écran et une vague  tentation de cochonou pur porc (deux filles et un garçon qui couchent ensemble, ohlalala !), le tout baigné dans un petit-bourgeoisisme artistique trèèèèèèès ennuyeux et trèèèès prévisible qui ne faisait, au final, rien qu'à filer deux ou trois champs sémantiques, et oops, un disque de Mariah Carrey et au lit. Du scénario filmé, et surtout mal écrit, sans aucune fantaisie. Prévisib', comme disait le poète de Suresnes.

 


Alors, on ne va pas faire durer le suspens éternellement, ce n'est pas bon pour l'audience. WHATEVER WORKS, bah, ça ressemble quand même un peu plus à du cinéma ! Bon, ce n'est peut-être pas ANYTHING ELSE (le dernier Allen vraiment enthousiasmant, je pense), mais c'est quand même (presque) une bonne nouvelle.

 

Grosso modo, on est dans un dispositif allenien assez classique. On retrouve ici la photographie que le vieux réalisateur aime depuis quelques années : de l'orange partout ! C'est Harris Savides le responsable (il a bossé avec Van Sant sur HARVEY MILK et GERRY). Z'y va les filtres, surtout en extérieur, et à fond la randonnée, même. Ceci dit, en studio, c'est quand même beaucoup plus riche, cette photo, que les horribles plans de VICKY... Et ici, signalons le progrès, il n'y a pas un seul plan flou ! La classe, non ? [Enfin, c'est faux, dans la scène finale, le plan sur Rachel Wood et machin chose est panouillé, et c'est tellement râté qu'on pourrait presque se demander s'il ne le fait pas un peu exprès, l'animal ! Dans le REVE DE CASSANDRE, il y avait aussi ce plan ignoble sur le bateau, pas cadré, tremblant, on aurait dit un début de prise ratée...]. Du point de vue de la lumière, même s'il ne se passe pas forcément grand'chose de bouleversant ni de punk, c'est quand même soigné. A condition d'aimer l'orange, bien sûr !

 



Pour tout dire, ce WHATEVER WORKS, pendant dix bonnes minutes ou un peu plus, j'y ai vraiment cru. Ca commence en terrain connu, sans geste suicidaire (hahaha !), mais ça marchotte. D'emblée, une grand tirade place le personnage facilement, avec un jeu de champ/contrechamp sans fantaisie mais regardable. Puis, Larry David finit par prendre le spectateur à témoin (après un mouvement de caméra, bien artificiel d'ailleurs, yummy yummy !). Ça, moi, j'aime bien, même si Allen a déjà usé cette corde. Et là, c'est bien joué, car le procédé arrête bien le peu du film qu'on vient de voir. D'ailleurs, Woody fait une chose très bizarre : il place deux contrechamps dans un axe complètement faux ! Et bing ! Deux faux-raccords que j'ai trouvés assez amusants, surtout le premier, une femme noire (rires, la seule personne non caucasienne !) avec son gamin, qui n'est là qu'en insert, pour sortir une phrase qui ne sert à rien ! L'autre faux contrechamp, très laid, c'est avec les amis de Larry qui le regardent discuter avec les spectateurs du film. Ça, ce petit morceau de faisan d'entrée de jeu, avec en plus, pendant ce temps, un monologue, que dis-je, une tartine trop longue (et assez intéressante), bah c'est plutôt agréable. Ca se finit complètement à brûle-pourpoint par une coupe à la sauvage sur un plan très composé, lui, avec une grosse pêche de classique concernant la musique, et un cri en son-off que j'ai trouvé très rigolo (et qui dynamisera bien la scène qui suit, celle de la terreur nocturne). Là, ça découpe pas mal, avec des effets de répétition (l'escalier), une actrice qui joue bien en face, et une absence de contrechamps dans ce qui aurait dû être le dernier plan pour revenir, là encore à la sauvage, sur Larry David, toujours en train de nous parler sur son bout de trottoir ! Plutôt marrant. Lui, le personnage je veux dire, nous expose sa vision des choses : les gens sont des imbéciles finis, la mort se rapproche, donc tout est bon à prendre... David nous dit aussi que ceux qui veulent du bon sentiment hollywoodien vont en prendre pour leur grade.

Par la suite, il y a une autre scène fort bien découpée (la rencontre), puis enfin un dispositif plutôt classique, pas forcément laid, mais plus banal pour le reste du film.

Quand on commence à mieux découvrir le personnage principal, et le dispositif de l'intrigue, on se dit que c'est Larry David lui-même qui ne voit pas la vie comme un film hollywoodien, car c'est un vieux shnock ! Parce que le film, c'est le contraire : c'est vraiment ultra-classiquosse, et même de plus en plus rôdé à mesure que le film avance. Notez ça dans un coin de votre tête. Pendant ce temps-là, je continue. Mais laissez cette assiette tournoyer au dessus de sa tige (voire photo), pendant je mets en place les autres assiettes et les autres tiges !

 

Et hop, voilà la deuxième. Loin de l'aspect redondant, théorique et rachitique de VICKY..., WHATEVER... est donc, et ça, ce n'est pas toujours le cas chez l'Allen récent, plutôt sautillant, du côté du scénario. Mine de rien, Allen lance pas mal de choses en l'air et jongle tranquilou, parfois même en nous donnant quelques fausses pistes à ronger, en guise de nonosses. La scène un peu stylisée (et donc compliquée à tourner) de la rencontre avec les chiens, par exemple, ne servira à rien au final. Le personnage de la mère débarque et complique un peu la chose. Dans la scène du restaurant, plusieurs évènements nous sont servis (la liaison avec le pote de David, le petit jeunôt qui louche sur Rachel Wood). Voilà quelques exemples qui montrent le côté sautillant de la chose. On note même quelques petites ellipses sympas. Même si l'arrivée de la maman est très artificielle et même vaudevillesque, je place déjà un bémol sur Patricia Clarkson que je trouve en-dessous et qui s'écoute un peu pavaner. [Rachel Wood, avec un rôle assez outré aussi par moment s'en sort beaucoup mieux et trace les contours d'un personnage plus surprenant.] Deuxième assiette : le scénario frétille plus que d'habitude. Nouvelle assiette et troisième tige, attention...

 

Et hop ! Ca tourne ! Ceci dit, il y a quelque chose qui m'a un peu froissé, et bizarrement, ce sont les dialogues. Même si c'est plutôt pas mal écrit, je trouve qu'il y a un problème. Les tirades anti-humanistes de Larry David sont plutôt rigolotes, enfin souvent, mais je trouve que 1) elles reviennent toujours sur le même timing, de manière monotone [toujours les mêmes effets de rupture] et 2) c'est bien dommage, car quand elles sont interrompues, ces tirades, on a de jolies ruptures ou de beaux silences. Et ça, ça m'a sorti du film, enfin un peu, enfin suffisamment pour me gâcher le plaisir. Il y a là un systématisme un peu feignasse, me disais-je. La répétition, je suis toujours pour, mais là, j'ai trouvé que ça relevait plus du procédé, ou pire, du tic d'écriture. Le film continue et je lance en même temps que cette troisième assiette, une quatrième.




Quatrième assiette : le scénario est en train de se standardiser, et ce sera ma deuxième déception. Après avoir lancé pas mal d'idées, en choisissant de suivre certaines pistes et d'en laisser mourir d'autres (d'où l'aspect sautillant du film !), Allen pousse son film vers des situations plus attendues, plus prévisibles et plus illustratives. Et comme ma première assiette (les ruptures et une mise en scène très correcte) menace de ne plus tourner à la bonne vitesse, en clair comme Allen, qui après cette bonne première bobine, se la joue beaucoup moins punk et laisse le train rouler tranquilou, bah, je m'ennuie un peu. Il ne reste que le dialogue et les acteurs. Et ce scénario qui se standardise ! Ca commence drôlement à coincer. Les stéréotypes se renforcent, jusqu'à ce que je me dise finalement, le Woody, il ne sait pas trop quoi faire. Donc, la mise en scène n'est plus assez gourmande, les dialogues patinent un peu, la situation devient plus lisible et moins imprévisible ! Bah zut alors ! Et tout cela continuera jusqu'à la fin, trèèès exagérée et totalement ultra-hollywoodienne ! La dernière séquence notamment, cet espèce de happy-end dégoulinant, ne me plaît pas. Elle paraît justifier encore le propos du héros, mais en fait le contredit aussi. La métaphore du réalisateur en train de vivre son film retombe trop bien sur ses pattes. Voilà qui confirme ce que je pensais : ça ne fait pas que s'assagir, ça se perd ! Et comme il faut finir le film je te balance cette fin prévisible et racoleuse (la scène dans le bar gay, la scène d'expo, et l'ignoble dernière scène où tout le monde se fait des bisous). Et comme j'ai trouvé la séquence de la terrasse du bar (l'explication finale et décisive entre David et Rachel Wood) complètement ratée, voire antipathique (enfin faussement, comme si cela préparait la mécanique finale du film de manière un peu voyante), bah que voulez-vous, j'étais triste...

 



Je sors de la salle. Basta. Oui, mais non. Il y a quelque chose qui cloche. Et quelques temps plus tard, alors que je laisse mon malaise se diffuser, je crois piger le truc.

 

 

Cinquième assiette. On l'appelle l'Assiette de la Mort.

[Avant de commencer, je me dis que c'est là qu'on voit que le niveau nullissime des films de cette année, brouille quand même bien les yeux, et les fatiguent même. Confronté à ces navetons naïfs dignes de la collection Harlequin qui font le pain quotidien du cinéphile, on en finirait presque par tout oublier de ce qu'on sait : oublier que le cinéma peut avoir plusieurs degrés de narration, oublier qu'un projet ou qu'un personnage, ce n'est pas forcément une profession de foi du réalisateur, et oublier qu'au cinéma on peut faire plusieurs choses à la fois.]

 

Allen, en fait, il n'est pas du tout en train de se perdre à mesure que son film avance. Le projet est plus précis que ça. Allen, y joue au bonneteau ! Un coup, je te la montre ! Un coup, je disparais !


Voilà un personnage qui a une philospohie marquée. "La mort est un scandaaaaaale et l'humanité est stupide", c'est quand même pas rien. Dans le même temps, il introduit  un sacré paradoxe (et vraiment, on peut pas dire qu'on est pris en traître : c'est le fameux monologue du début !!!!) : c'est justement parce que la vie est courte, atroce et injuste que, baaaah, quand il y a quelque chose à prendre, même si c'est modeste comme plaisir, bah faut prendre. Voilà qui fait du personnage de Larry David peut-être un casse-nouille, mais sûrement pas un cynique ! Gros, gros paradoxe !


Et puis ensuite, alors que la mise en scène s'affadit, le scénario suit des rails plus marqués, finie la ballade sauvage ! Tout rentre dans l'ordre ! A chacun sa chacune ! Tout le monde rentre content chez soi et le spectateur aussi ! Dans toutes ces scènes, j'en loupe une : celle de l'explication cruciale des deux personnages principaux à la terrasse du café, évoquée plus haut. Pour moi, c'était vraiment une des plus ratées, bien que moins insupportable que la dernière. Je me suis dit qu'il était en train de charger le personnage pour rendre le héros antipathique pour finir ensuite par le balancer dans un gros bol de guimauve, ce qui n'a pas manqué d'arriver d'ailleurs. Et puis, ça mettait le personnage féminin en valeur. Finalement, elle en comprenait plus, du haut de sa naîveté, que le gros vieux bougon dégoûtant. Et je concluais, in petto, que le Allen devenait un peu gaga et prout-prout avec l'âge !

 

Bah, j'avais rien pigé, et je pense, a posteriori que c'est vraiment le moment-clé du film !

Comme quoi, il faut se méfier de soi et des "intentions" supposées du réalisateur ! Ce qui est en train de se passer dans cette scène, c'est le contraire. Larry David a sans doute le cœur brisé, et c'est un vrai coup dur. Mais là où je croyais que Allen descendait son personnage de manière cynique en le faisant passer pour un sombre connard (en gros : au début il faisait mine de le trouver génial, et à la fin, il lui mettrait le nez dans ses déjections pour lui faire la leçon et le sauver plus tard in extremis, en faisant claquer au passage une morale de catéchisme !), c'est absolument le contraire qui se passe. S'il y a un con, dans cette scène, c'est définitivement Evan Rachel Wood. Notre gagnant est une gagnante ! Les phrases ignobles que David lui balance sont complètement justifiées : cette fille, présentée comme une gentille plouc inculte, est en fait une vraie imbécile, une belle petite conne. Du coup, la scène fonctionne drôlement: il est sincèrement triste, mais pas seulement. Dans un mouvement anglo-saxon impossible à faire passer en France (où c'est : une idée par scène, et encore plus, une seule nuance), Allen déploie plusieurs nuances paradoxales simultanément. Larry est triste. Larry est furieux. Larry aimait sincèrement cette fille. Mais, il sait parfaitement qu'elle est stupide, et donc dangereuse. C'est peut-être un des rares moment du film où on soulève la tasse et où on trouve en-dessous un vrai billet de banque, et là je dis : "Métaphore dans le filet !", pour Woody Allen et Dr Devo.

 

Le film n'est pas du tout un documentaire social. Mais par contre, c'est un charge contre la Société, enfin ce qu'elle est devenue. La bigote folle de Dieu qui devient folle de la fesse, la petite bimbo qui ne comprend rien, le personnage du gay de la fin qu'on voit venir trois heures à l'avance, etc. Tout ça, ce sont des archétypes de boulevard. Le personnage principal a horreur des clichés qui sont, pour lui, des raccourcis sans nuances qui empêchent la pensée. D'ailleurs, il en use aussi par endroits, on est humain ! Que fait Allen ? Il n'utilise que des clichés ! Cent pour cent de clichetons à deux balles. Et plus le film avance, plus il pousse !

Comme disait Coppola, il prend un gros feutre, bien épais, pour nous dessiner des Mickey. Pas pour refaire le plafond de la Chapelle Sixtine. Là-dedans, il balance son héros, un type qui croit aux paradoxes, contrairement aux autres. Un type cultivé, quoi ! Et tous les autres sont des grands singes. Ce qu'on voit dans le film, c'est une grosse bande de ploucs, qui marchent sur leurs avant-bras, le dos courbé et qui applaudissent en poussant de grands cris, comme les singes devant le Monolithe, parce que "La vie est belle" ! Et ils évoluent. Ils se redressent. Untel deviendra un grand artiste. Untel trouvera l'Amour de sa vie ! Tout le monde deviendra bourgeois-bohème. Ils ont tous gagné! Bidule-Truc deviendra célèbre. Et Machin-Chose deviendra un exemple du beau monde ouvert et généreux qu'est devenue notre société moderne. Ils deviendront des humains debout, mais attention, pas n'importe lesquels: ils sont tout en haut, au dernier étage de la pyramide. Une vieille maman plus libérée sexuellement que n'importe quelle djeunz, une jeune fille qui devient mère, un gay qui s'affiche et connaît le bonheur parfait, une femme qui devient artiste internationale, etc. Notons d'ailleurs que cette représentation n'est pas complètement sociale : elle joue avec les archétypes d'aboutissement qui ont cours dans nos belles années 2000 ! Tout tombe sous les doigts du pianiste, et c'est un bel accord parfait à la fin du morceau. La situation finale est inversée par rapport au début du film. Les tétards amphibiens sont devenus le top des Homo Erectus ! Clap clap clap !

 

 

Bah non ! C'est le contraire. Ces gens sont toujours des ploucs et grosso modo, aussi haut soient-ils dans l'échelle sociale, ils restent de gros êtres incultes guidés par Mère Nature ! Evan Wood a vraiment été une grosse conne. Clarkson appuie n'importe comment sur un appareil photo, et bing, c'est la nouvelle Sophie Calle. Et que font tous ces gens de la Culture ? Rien ! Ils continuent d'écouter de la dance... [cf. cette très vulgaire mais assez jolie opposition Beethoven/Dancemusic !].  Dans ce film, la culture, c'est acheter des mouchoirs anciens sur le marché aux puces ! C'est de la brocante, quoi. Et ils veulent quoi tous ces gens?  Je te le donne en mille, Emille: se faire des bisous entre gens formidables le soir du 31 décembre ! [Très drôles mimiques outrées du couple gay, pendant le compte à rebours !]. Ou si vous préférez, ils veulent communier ensemble, dans un bel esprit de communauté, en regardant la cérémonie commémorative en hommage à Michael Jackson !

 

Le héros est sauvé ? Il est sauvé, ce vieux con ? Bah apparemment oui ! Allen a balancé une ogive à la Lars Von Trier (la chute finale). Et hop, Mrs Right débarque de son contrechamp de pacotille, comme par un coup de baguette magique, et tout rentre dans l'ordre. Dormez tranquilles, Citoyens! Tout le monde est content. Les spectateurs dans la salle poussent des grands cris ! Ouhouh Hahahaha ! Ils sont contents, ils ont un monolithe à vénérer !

Mais le coup de la baguette magique ne nous rend pas dupes, nous les petits Focaliens ! Il y a eu la scène du restaurant. Cette chute finale, ça rappelle Tom Cruise qui ramène les enfants à Maman à la fin de LA GUERRE DES MONDES, et pile-poil à l'heure du goûter! A la fin, Larry revient nous voir pour un dernier aparté. Que dit-il alors ? Exactement la même chose qu'au début. On se dit qu'il pousse le Woody ! Il reprend son début pour le mettre à la sauce gnangan : "Bah les petits gars, prenez tout ce qui est bon dans la vie !"

En fait non. Le personnage, là, sort du scénario établi. Il ne parle pas de la situation où il est magiquement arrivé (il ne parle pas de cette formidable communauté d'amis qui se réunit le 31 décembre), il parle avec nous, car après tout il nous a pris à témoin en début du film. Il parle de lui et de nous. Et pour nous redire la même chose. Maintenant, les p'tits gars, vous qui avez payé votre place neuf euros, vous savez. Et là, avec un cri d'horreur, on se retrouve comme Charlton Heston à la fin de la PLANETE DES SINGES, seul humain sur cette grande plage déserte, prisonnier à jamais dans cette prison à ciel ouvert. On comprend alors, juste avant que Larry David ne retourne jouer la comédie au fond du plan, que tout ce qu'il avait dit dans les premières minutes du film s'est confirmé, de A à Z même. IL AVAIT RAISON SUR TOUTE LA LIGNE ! Les gens sont bêtes ! La mort approche !

 

 

Alors, il a une drôle de trombine, le happy-ending ! Et voilà, un propos plutôt punk ! Vous m'imaginez trépignant de plaisir dans mon salon cossu, en train de taper cet article. Aucune assiette n'est tombée. Vous devez vous dire que le docteur, il est en train de frétiller du popotin en écoutant du Spice Girls.

Euh, en fait, un peu honteusement, non. Mon plaisir est loin d'être complet. Et pour résumer ce que je disais plus haut, je noterai qu'il y a trois problèmes dans ce film. Patricia Clarkson normalise drôlement le film. Pourquoi n'avoir pas pris quelqu'un de la décision supérieure, comme Judy Davis par exemple ?
Deuxio, je persiste et signe, le dialogue me semble redondant après un tiers ou une moitié du film. Mais bon, ça, il faudrait le vérifier avec une seconde vision.
Tertio, j'ai complètement loupé la scène du restaurant, quand j'étais en salle, donc je n'ai pas connu l'orgasme, c'était impossible dans ces conditions, bien sûr.
Quatrio, si je veux, et là par contre je suis assez formel, si grosso modo, sans être génialissime, la mise en scène est vraiment drôle et gentiment gourmande dans la première bobine, après ça se standardise déjà beaucoup plus, et donc le projet du film me parait bien minoré. C'est joli les belles constructions scénaristiques, mais s'il peut rendre son film assez beau pendant vingt minutes, il peut le faire tout le temps, et je reste évidemment sur ma faim pendant le reste du métrage. Tout cela a un petit goût de coïtus interruptus.

Ca fait quatre points.



On est très loin du marivaudage poussif de VICKY CRISTINA BARCELONA et de sa mise en scène vraiment laide et sans intérêt, mais il manque quand même à ce WHATEVER WORKS un peu de cette fulgurance esthétique qui aurait pu le faire basculer dans le sublime, et surtout développer sensuellement les belles idées qui étaient couchées sur le papier. C'est sympa, mais on devrait être ébloui !

 

 

Bah, par les temps qui courent, c'est déjà pas mal ! Ici, Dr Devo, en direct du Cirque Bouglione : à vous les studios !

 

 

Dr Devo.






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Mercredi 8 juillet 2009 3 08 /07 /Juil /2009 13:57

Publié dans : Corpus Filmi






[Photo: "There was a formula!" par Dr Devo.]




Coraline Jones est une petite fille tout à fait normale, à part pour son prénom, que personne n'arrive à prononcer correctement. Les parents de Coraline, qui semblent être tous deux écrivains (en tout cas, ils travaillent sur un livre ayant pour sujet la botanique), sont overbookés et n'ont pas vraiment le temps de s'occuper d'elle. Il décident de déménager, de passer de la ville à la campagne, histoire d'être au plus près des plantes qu'ils étudient, même s'ils ne sont pas franchement des fans de la terre. Ils emmènent Coraline dans leurs bagages, et vont vivre dans une immense maison qui s'avère avoir déjà deux locataires, deux soeurs ex-vedettes de music-hall un peu vieilles filles et un grand russe qui apprivoise des souris pour produire un spectacle de cirque. Mais Coraline s'ennuie quand même pas mal, et ses parents occupés, la pluie tombant du ciel ne l'aident pas. Elle part en exploration et découvre alors une petite porte cachée, qu'elle franchit une nuit. Derrière se trouve une réplique parfaite de sa maison, mais joliment meublée, claire et chaleureuse. Autre changement : ses parents sont bien là, mais ils ont des boutons à la place des yeux ! Ils la traitent comme une reine, la nourrissant, la cajolant, mais l'étrange affection que lui portent ses "autres parents" rend Coraline un peu méfiante...

 

 

Henry Selick est peut-être l'inconnu le plus célèbre du cinéma contemporain : combien des admirateurs du magnifique ETRANGE NOEL DE MR. JACK savent que c'est lui qui l'a réalisé, et pas Tim Burton ? Qu'il a également mis en scène JAMES ET LA PECHE GEANTE et fait les incrustations des animaux marins dans LA VIE AQUATIQUE de Wes Anderson (on me signale dans mon oreillette qu'il a également fait le storyboard d'OZ, UN MONDE EXTRAORDINAIRE de Walter Murch !) ? Bref, tout cela pour dire que le garçon est loin d'être manchot, bien au contraire. Quand on ajoute à cela qu'il adapte un livre horrifique pour enfants signé de l'anglais Neil Gaiman, célébrissime auteur de romans et de comic-books, l'espoir est immense et la bave vient aux lèvres à la simple évocation du projet.

 

L'attente anxieuse est bien souvent source de désillusion. Coraline démarre gentiment, avec une assez longue présentation des personnages et des enjeux. L'ennui vécu par Coraline est également vécu par le spectateur. Enfin, ce n'est pas tant qu'on s'ennuie, c'est que le rythme est assez lent, un rythme de découverte en somme, qui est nécessaire dans la mesure où il faut tout de même quelque peu s'habituer au fait que ce que l'on voit, ce sont des marionnettes (pour l'identification, tout ça), ça va beaucoup mieux ensuite, et le film s'avère rythmé et plaisant, avec une sympathique graduation dans la tension dramatique des séquences, qui culmine à la fin dans un pseudo-happy end, en tout cas dans quelque chose qui paraît mignon mais qui est en fait d'une tristesse et d'une mélancolie immenses. En gros, ce que nous dit Selick, c'est qu'on n'est bien nulle part, ni dans nos rêves, ni dans la réalité ! Nous n'avons notre place nulle part, mais il faut faire un choix, et ce choix sera celui du "moins pire", en quelque sorte. Ce message est plutôt étonnant, surtout venant d'un film ciblé pour les enfants. D'ailleurs, en parlant de cela, le film fait une bifurcation assez étonnante à l'intérieur même de son déroulement, et même de sa mise en scène. Au départ, tout est assez mignon, presque policé, avec un character design commun, des décors splendides mais paradoxalement assez vides et épurés (la maison "normale" de Coraline) et un rythme assez lent mais jamais ennuyeux. Puis, quand les choses s'accélèrent, c'est-à-dire quand la fillette découvre la porte, le procédé déployé par Selick explose littéralement : le film devient plutôt flippant (si si, deux ou trois séquences font froid dans le dos), et l'idée assez géniale que la seule chose qui cloche, physiquement, matériellement, ce sont les boutons à la place des yeux qui sont sensés être une caractéristique horrifique (et ils le sont !), mais sont traités quasiment de manière normale. Au début, Coraline n'en fait que peu de cas, et se contente de vivre avec cette "autre" famille parfaite ! On sait que quelque chose cloche, mais uniquement à cause des boutons, le reste est rassurant, chaleureux, totalement digne de confiance ! On voudrait presque être à la place de Coraline, boutons sur les yeux ou pas. En fait, on tombe dans l'horreur par la petite porte, de manière subtile, sans véritablement avoir été préparé, et quand cette horreur prend toute sa dimension, nous nous trouvons à vivre l'aventure avec Coraline, à avoir peur quand elle a peur ! Selick emmène son scénario dans cette direction, mais n'oublie pas la mise en scène : lors des séquences avec l' "autre" famille, il intègre carrément des effets numériques à ses marionnettes et à son image par image ! C'est un peu le même geste que dans le dernier film de Terry Gilliam, THE IMAGINARIUM OF DOCTOR PARNASSUS (que je vous conseille vivement). L'horreur, la terreur, l'imposture et le mensonge viennent de là-bas, du monde imaginaire, du monde numérique. Oui on est libre, oui on est tout-puissants, oui on peut avoir tout ce que l'on veut et se créer des visages ou une famille, mais c'est un monde dangereux, hostile ! Pas que le monde dit réel soit meilleur, loin de là, il a quant à lui d'autres inconvénients si je puis dire, mais le numérique, on en profite cinq minutes, puis il essaie de nous bouffer (et de bouffer le cinéma !), alors on essaie de s'en sortir !

 

La reste de la mise en scène est plutôt à l'avenant, avec un joli (mais forcément limité) jeu sur l'échelle de plans, une photographie vraiment très précise et jolie (même si peut-être un peu contrastée, bien que cela sert quelque peu le côté "maison de poupée de l'horreur", ça reste un peu trop Mon Petit Poney parfois - même si c'est plutôt beau, attention). Le montage est ce qu'il est, c'est à dire rythmé, mais sans vraiment plus de jeu de cela. Il faut dire qu'à l'instar de l'échelle de plans (et encore, il n'y a pas vraiment d'excuses pour l'échelle de plans), quand on met quinze jours à tourner une minute de film, il faut savoir très précisément à quel endroit on va couper puis coller les deux bouts de pelloche pour que le tout soit compréhensible ; le montage manque donc un peu de spontanéité, et on sent, forcément, le storyboard qui pousse derrière. Du côté du son, c'est joli, sans plus. Les marionnettes sont vraiment belles (notamment l' "autre mère"), et on peut toujours s'extasier de la beauté et de la poésie de ce genre de films, même si on a quand même beaucoup, beaucoup perdu depuis Jan Svankmajer, Jiri Barta, les frères Quay ou même L'ETRANGE NOEL...

LJ Ghost.






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Mardi 7 juillet 2009 2 07 /07 /Juil /2009 10:35

Publié dans : Corpus Filmi






[Photo: "Jean Courage"  par Invisible.]




D'Emmanuel Mouret, je n'avais vu que VENUS ET FLEUR dont je garde un plutôt bon souvenir, la lâcheté de l'ensemble était assez sympathique, en raison notamment du jeu des actrices. Il y avait quelque chose de rafraîchissant dans ce film peu préoccupé par le réalisme et par le cinémaaa, qui partait en freestyle, tenu par les personnalités des filles (il y avait là une sauvagerie estimable), sorte de road-movie en déambulateur jusqu'au bout du jardin, mais en patins.



Mouret a suivi depuis son chemin de slacker à la française (donc avec le Jean D'Ormesson qui dépasse de la poche pour draguer la belette lettrée sur les bancs de Paris 8), et la lâcheté (pas au sens de couardise, mais façon T-Shirt détendu) semble être son créneau. Pourquoi pas, mais au moins dans V&F y allait-il à fond. Ici, dans FAIS-MOI PLAISIR !, quelque chose m'a vraiment dérangé, l'absolue monotonie du cadrage, qui manque là, vraiment, de laisser-aller. Pourquoi faut-il que dans 40% du film, sans exagérer, le personnage qui parle se trouve au milieu du plan, et le haut de sa tête coupé, ou bien non aéré, et ceci quelque soit la taille du plan ?


Faites l'expérience. Lancez la bande-annonce et regardez attentivement en haut, au centre de l'image, puis lisez la phrase suivante. N'y-a-t-il pas d'autres façons de faire un clin d'œil à Tati que de laisser cadrer son oncle?



La musique bouche également l'espace, puisque c'est du stabilotage permanent (en particulier dans tout le segment Bel. C'est plus réussi dans la partie Godrèche). En ôtant le balai du cul de son cadreur, Mouret pourrait au moins prendre parti, mais avec un procédé si systématique, la sauce ne prend jamais, ou alors le temps d'un plan. Dès que ça ouvre, ça pourrait devenir intéressant (même en ouvrant un peu au-dessus des têtes, ça suffirait...) mais là, désolé, ce n'est pas possible. En décadrant un peu, on pourrait encore s'intéresser à un personnage déphasé, mais en les traitant tous au même niveau, en les faisant parler comme un seul, il n'y a pas de décalage... L'air ne passe que par l'interprétation (chose assez rare, les comédiens semblent s'amuser, donc jouent, mais dans le bon sens, s'engouffrant dans les quelques bouffonneries du scénario).



Ce qui sauve le film de l'ennui le plus total, c'est finalement le projet, et là tout se recoupe.



Si on produit de l'art, il faut avoir un projet, ou bien se taire.

Et le projet, est très clair, en sous-texte: il s'agit d'en croquer. D'en être. Ma biche.



Avant d'attaquer le piche, passons par le sous-bois et rendons-nous à la première séquence du film, près de la rivière où coule le moulin qui fait tourner les saucisses. C'est le matin. Un couple est au pieu. Lui a envie, pas elle. Lui, c'est Jean-Jacques, joué par Mouret lui-même. Elle, c'est Ariane, enfin Frédérique Bel (très bien). Mouret porte un pyjama ridicule et joue aussi bien qu'un candidat de QUESTIONS POUR CHAMPION. Frédérique ne porte rien (quel corps, mazette... pas de doute, voilà une comédienne qui incarne) qu'un peu de Chanel n°5. Les deux sont en train d'envoyer leur personnalité dans le perso pour qu'il se passe quelque chose (d'ailleurs, je me demande si, au moment de musicaliser la scène, Mouret n'a pas trop chargé la mule parce qu'il se trouvait faible). Frédérique Bel invente une femme, tandis que Mouret tente de faire le beau pour se la taper, mais il est mièvre. C'est un couple installé. C'est du désir de routine. Et puis voilà, il n'y a qu'à regarder. Le projet, c'est ça. Mouret en pyjama. La fille à oilp' contre lui. "Cinoche".



Passons au piche. Rejeté par sa compagne Ariane, alors qu'il constate un matin que son centre de gravité se situe bien au bas-ventre, Jean-Jacques lui raconte qu'il a pris connaissance la veille de l'existence d'un philtre d'amour imparab' (ça marche même pour les moches .) (. en fait, c'est un poème, mais c'est kif-kif, un élément fantastique), un poème ensorcelant qu'il a voulu tester le matin sur une jolie femme (Godrèche) croisée dans un bar et qui le harcèle depuis au téléphone. Ariane lui propose de la tromper immédiatement avec cette rencontre, afin qu'il ne conserve aucune frustration. Jean-Jacques revoit alors la femme subitement enamourée mais rien ne se passe comme prévu. C'est la fille du président de la République, et elle sort déjà avec un boxeur, Dany Brillant. Finalement, notre homme sans qualités séduira la bonne.



Donc, oui, "Cinoche". Il aura la femme parce qu'il a la voiture. Le poème qui éveille le désir des femmes n'existe pas, chacun le sait, mais avec la carte de cinéasque, sait-on jamais. C'est en tout cas cette fiction que Mouret met en scène, et c'est à ça que les gens qui aiment Mouret (donc, déjà toute la presse et leurs lecteurs) veulent croire. Un monde avec Romy Schneider ou Adjani en une des magazines, pour les siècles des siècles. Un monde où les magazines seraient éternels. Pas étonnant que la presse s'amourache de Mouret !

Et finalement, ce fameux poème (jamais matérialisé bien sûr) pourrait être un film, après tout... voilà le projet de Mouret. S'acheter l'étiquette « auteur » sans matérialiser de films vraiment préhensibles... donc en réalisant des films fuyants, des dialogues qui n'accrochent pas mais ne dérangent pas non plus, en refusant de composer ou de signifier par le montage, en coupant toutes les séquences bien avant qu'elles puissent devenir immortelles, donc devenir artiste sans art, mais en produisant quand même, v'là l'projet.


Et avec ceci ?



A la fin du scénario, l'essence du philtre d'amour est dévoilée par Frédérique Bel, après qu'un inconnu lui ait fait le coup du poème ensorcelant, elle annonce au soupirant que ce texte c'est du mou, de l'interchangeable, du clinquant.


Mais une fois qu'elle a révélé le pot-aux-roses, le sortilège marche quand même.



De même, pour moi, même en ayant écrit noir et blanc tout ce qui n'allait pas, je ne peux m'empêcher de ne pas complètement détester ce film (le segment Godrèche se laisse voir, dans un au-delà du bon goût), peut-être apitoyé par la volonté de Mouret d'en être, et donc par son projet de ne pas faire de cinéma mais d'en avoir les avantages !



Le métier de Mouret dans le film est absurde, il a inventé une encre qui s'efface avec un tissu particulier (les moustaches, une scène assez drôle parce que le vide culmine, si je puis dire), et à nouveau, dans l'inutilité de ce métier, son improductivité, je vois dans cette bouffonnerie l'aveu du projet secret, et aussi un point contemporain, donc une nécessité. Il s'agit de n'être rien, pour réussir, car tous envieront le possesseur de ce rien. Rien ne saurait résister à l'empire de rien. Surtout pas maintenant.


La jolie femme au beau maintien et portant une robe avec léger décolleté, sur laquelle vous allez lorgner dans la rue tout à l'heure, vous plaira car elle est l'avenir normal. Le désir se porte sur rien. Mouret sera donc l'avenir normal, le comique qui ne fait pas rire, et le styliste sans style à la fois.


Je ne suis rien,


Je ne serai jamais rien,


Je ne puis vouloir être rien,


Ceci dit, je porte en moi tous les rêves du monde.

(Pessoa, in LE TOP DES 150 CITATIONS POUR EMBALLER, Ed.Robert Laffont)



Le cinéma de Mouret c'est l'avenir normal, le gars qui présente bien, l'art d'accomoder les soldes restant dû, donc le philtre d'amour, donc le cinéma tel qu'il est devenu : un objet inoffensif, consommable avec votre avenir normal devenu Bobonne.

Je crois me souvenir avoir lu que dans son premier film, Mouret faisait dire à la mère du personnage qu'il incarnait: "Tu pourrais pas trouver un job normal, style artiste ?". Amusante à l'époque, la réplique était furieusement prophétique. Nous vivons à présent dans un monde où les gens payent pour voir de l'art réalisé par des gens normaux, par des candidats à QUESTIONS POUR UN CHAMPION (cf. aussi l'absence de démesure des peoples lors de la fête à Judith, en réduisant le PDG du groupe Accor à une cravate, ou le sosie de Polnareff et Christophe à une maxi-coupe mulet, Mouret marque des points car il produit un cinéma du réel (au sens où ces gens ne sont eux aussi, rien). Evidemment cela aurait été plus jouissif qu'il ne filme que cette cravate, mais ça l'obligerait à avoir un avis, alors qu'avec des plans moyens, le moyen, donc le rien, est à son apogée. Pour progresser sur l'échelle sociale, il faut être mou, beau - donc sans passé -, ou mieux, beau mou).



Sur ce, je vous laisse, il faut que j'aille aider la bombasse qui partage ma vie à faire la nettoyage, elle a renversé le cendard sur la carte du tendre, c'est dur à ravoir.

Invisible.

 





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Jeudi 2 juillet 2009 4 02 /07 /Juil /2009 10:36

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[Photo: "La Vie, Une Fois!" par Dr Devo.]



 

Elèves dans un collège breton, Vincent Lacoste et Anthony Sonigo, qui ne sont pas franchement dans les canons de la beauté, n'ont qu'une seule idée en tête. Non, ce ne sont pas les cours de maths, mais bien de se trouver une petite copine pour pouvoir faire plein de bisous mouillés derrière le terrain de sport, et éventuellement aller plus loin. Mais le parcours est semé d'embûches, et il est difficile pour les physiques particuliers de trouver qui que ce soit dans cette jungle inhumaine qu'est le collège...



Un film de collège, encore ! Et au sens propre cette fois, puisque l'action se passe dans un collège ! Les Américains nous ont habitués aux teen-movies racés et plus profonds qu'ils n'y paraissent, offrant une véritable justesse sociale sous le vernis des blagues de potaches et/ou scatologiques. Ici, la tentative est française. Très bien. Et puis pourquoi pas après tout, dans nos collèges, nos lycées, nos universités, il se passe également des choses intéressantes, ou plutôt des choses intéressantes peuvent s'y passer. Il y a tellement peu de films de "college" français qu'on pourrait y faire à peu près n'importe quoi, ce qui est d'ores et déjà prometteur. Riad Sattouf, quant à lui, fait un choix étrange (mais qui, en fait, ne l'est pas vraiment, j'y reviens plus bas) : son film se situe dans une espèce de faille temporelle, disons plutôt dans un mélange générationnel. En gros, pendant un bon moment, on ne sait pas quand le film se déroule. On se pose des questions, on cherche des indices. Il y en a bien, mais ils sont plutôt sources de confusion, tant les éléments quelque peu anachroniques s'enchaînent (enfin, pas tant que ça non plus, mais j'y reviens également plus bas). On pourrait être entre les années 70 et 2009, voire même en 2430. On ne sait pas trop où se placer, on est perdus, et le look général du film n'est pas fait pour baliser cette recherche : le métrage a un espèce de grain, quelque chose d'un peu vintage, marronné, comme si la pelloche avait été gardée pendant trente ou quarante ans et qu'on venait juste de la retrouver (je voudrais dire quelque chose de plus personnel concernant le contexte de la projection : c'était désastreux, l'image scintillait, et ce depuis les pubs et les bandes-annonces ; les sous-titres et les blancs bavaient allègrement, s'étalant sur quelques centimètres autour des lettres. Au départ je pensais que c'était volontaire, pour les bandes-annonces en tout cas. Mais je me suis rapidement rendu à l'évidence, dès que le film a commencé, c'était un souci de projection, qui dura tout le long de la séance. Et s'il y avait ce problème, quelles autres dégradations le film a-t-il pu subir ? Je ne sais pas mais en tout cas, vous verrez peut-être, je l'espère, le film dans de meilleures conditions, donc il y a des chances que je dise des choses qui ne soient pas tout à fait exactes. Veuillez donc m'en excuser). S'ajoutent à cela les looks dantesques des deux personnages principaux. Anthony Sonigo, notamment, avec son joli petit mulet, semble effectivement sortir d'une faille temporelle. Mais ! Il y a un téléphone portable, un ordinateur portable, de bien jolis bus, bref, tout est fait pour tenter de perdre le spectateur. Et ça marche, un moment. Ca marche jusqu'à ce que l'on comprenne ce que M. Sattouf essaie de faire, et qu'il déploie ostensiblement tout au long du film : il veut toucher à l'universalité. Il veut que les jeunes de l'an 1970 jusqu'à 2009 se reconnaissent dans ce portrait, que les uns disent à leurs copains "Oah c tro toa sa !" et que les autres se disent "Ah, oui, on était quand même bien ridicules à l'époque...". Et c'est tout. C'est la seule ambition de Riad Sattouf. Et pour que ce processus d'identification passe, le metteur en scène n'y va pas avec le dos de la cuillère, et convoque absolument TOUS (oui, en majuscules) les clichés de la vie des ados et pré-ados : les boutons, les vêtements pourris, les appareils dentaires, les branlettes dans les chaussettes en feuilletant un catalogue de La Redoute, la maman qui accompagne son fiston à sa première boum, les cours chiants, les professeurs nuls, et j'en passe. Tout est là, catalogué (Tiens, comme dans La Redoute ! Hihi !), dans un amoncellement de saynètes qui n'ont d'autre but que de provoquer soit le souvenir (ou la nostalgie. D'ailleurs, dans le film, la mère de Vincent Lacoste - Noémie Lvovsky, assez précise - dit que la nostalgie est un symptôme de la dépression ! Que faut-il donc en conclure ?), soit l'identification immédiate. Alors, évidemment, ça fonctionne un peu, mais c'est quand même très léger pour rendre le film beau et attachant. C'est trop peu, et il n'y malheureusement rien d'autre à se mettre sous la dent. Il n'y a qu'à voir la façon dont M. Sattouf développe ses personnages : ce sont des caricatures. C'est finalement une galerie de personnages, mais qui ne jouent que sur un mode : les geeks sont des geeks, les brutes sont des brutes, les filles belles et inaccessibles sont belles et inaccessibles (sauf une, certes, mais elle l'est finalement !). Regardez également le professeur de français, qui est lui au-delà la caricature, au-delà des mots mêmes, et c'est le cas de tous les professeurs. Il n'y a aucune véritable recherche sur les personnages, aucune volonté de faire quelque chose de beau et d'original, avec des caractères particuliers et un peu plus fouillés. C'est mieux d'aller dans le générique, pour plaire à tout le monde ! Disons qu'en voulant toucher à l'Universel, il touche la cible, mais pas au milieu. Il manque de précision, et peut-être qu'un point de vue plus subjectif aurait mieux servi ses intentions. Ici, il se contente de recracher toutes les histoires qui lui sont arrivées, ou qu'on lui a racontées, ou qu'il a entendues ici et là ! Vous ne trouverez aucune action révolutionnaire dans le comportement de ces jeunes personnages, aucune chose personnelle, disons. Tout est calibré pour toucher le plus de gens possible, et donc ne va pas dans des idées particulières. LES BEAUX GOSSES peut être vu comme le film générique sur l'adolescence. C'est très bien, peut-être, je ne sais pas, mais ce n'est pas assez ! Ah, c'est sûr, ça fonctionne au box-office, mais ce n'est pas assez marqué pour être marquant, finalement.

 

Mais attention, il y a quelques bonnes idées, dont certaines vues subjectives plutôt amusantes (qui ne sont pas renversantes et qui manquent, elles aussi, de personnalité. Elles sont plutôt utilisées comme un procédé que comme une vraie volonté de mise en scène - je pense à cette caméra subjective pénienne, qui oui, fait sourire, mais sans plus, et n'apporte rien du tout à part montrer que l'action qui se déroule est ridicule, tout en gardant le côté mignon pour que les spectateurs puissent sourire et faire "Ooooh..."). Je crois qu'il est inutile de mentionner que ce film est en réalité un tunnel de plans rapprochés, et les aérations sont rares et plutôt inconséquentes. Oui, il y a un travelling dans la cour de récré, c'est cool les travellings, surtout quand on ne filme pas un personnage qui marche de profil en plan taille. J'ai dit que j'y revenais donc j'y reviens, les éléments anachroniques s'enchaînent, mais pas véritablement : le metteur en scène donne finalement assez peu d'importance aux décors, qui auraient pu être, eux, vecteurs de la perte de repères temporels du spectateur. Au lieu de ça, il filme d'un côté un ordinateur et de l'autre les coupes de cheveux improbables de la bande de héros, ce qui ne suffit pas. La photo me semble paresseuse, elle est le plus souvent diffuse, rarement ponctuelle, et uniquement illustrative (c'est très parlant dans la séquence du jeu de rôle, forcément fantastique et qui a une lumière un poil fantastique - et encore, c'est orange avec de la fumée ; tout ce qu'on attend de ce genre de scènes, donc). Même chose pour le montage, qui se contente de mettre bout à bout le scénario sans autre forme d'étude ou de sensualité.

 

En fait, LES BEAUX GOSSES, c'est une chronique tendre et drôle (parce que oui, le film fait rire, mais encore une fois ça fonctionne sur le mode de la nostalgie et du souvenir) de l'adolescence. "Tendre" est le mot à retenir dans cette phrase, parce que le problème vient de là. En essayant de faire le film le plus gentil possible (il aurait pu être très méchant et malpoli, s'il n'y avait pas cette séquence finale "humaniste", ou encore ces conclusions provisoires aux séquences de l'annonce de la mort ou de l'accident dans la salle de gym, qui elles aussi sont traitées sur le mode du "feel good". Dommage.), en essayant d'être universel, il devient générique et rapidement oublié. Ce n'est encore pas cette fois que l'on aura, en France, le film de college ultime.



LJ Ghost.






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Mardi 23 juin 2009 2 23 /06 /Juin /2009 13:40

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[Photo: "Le Syndrôme Zatapatik" par Dr Devo, d'après une photo de la comédienne Mary Lynn Rajskub.]




Chères Bonniches, Chers Smicards,

 

Les dividis, c'est bien joli, mais de temps en temps, histoire de garder la main, il faut s'en retourner vers l'Ecran d'Argent et bouger ses petites fesses musclées par le travail, pour se mélanger au public.

 

[Cette introduction vous est offerte par le Syndicat des Critiques Faux-Modestes Condescendants Du Michigan, dont je suis membre honorifique...]

  

Amy Adams, récemment aperçue dans DOUTE, un machin avec Meryl Streep qui n'était pas du tout transcendant, mais assez bien écrit (et qui à quelques secondes près, enfin de trop, nous offrait le meilleur plan de fin de l'année) est femme de ménage. La vie n'est pas marrante-marrante... Elle élève seule un enfant de la race des Petits-Kévinous (au moins, ils sont propres !), doit payer les traites de la maison, et s'occuper de temps en temps de sa sœur, Emily Blunt dont je vous parlais il y a peu à propos du formidable WIND CHILL, qui, elle, vivote en travaillant dans un fast-food ! La petite banlieue ouvrière, quoi ! Au fond du tableau, on trouve Alan Arkin qui a pris un sacré coup de vieux en une paire d'années (et dont on ne voit pas le visage pendant la première demi-heure du film, curieusement) et qui est le papa des deux. D'ailleurs, comme dirait Mr Zatapatik "Où sont les bagages ? Où sont les voyageurs ?", ce à quoi j'ajoute : "Où elle est la maman ?". Suspense, teasing, je passe comme si de rien n'était...

Amy en a ras-la-casquette : le job est dur et ne paie pas d'une part, et la vie semble tourner en rond d'autre part. Pour couronner le tout, Emily, sa sœur, vient de se faire virer de son fast-food ! La poisse. Le seul moment de plaisir d'Amy est quand elle voit son amant, un flic déjà marié. C'est quand même pas grand'chose. Mais c'est ce dernier qui lui met le pied à l'étrier. Plutôt que de nettoyer de grandes maisons bourgeoises, pourquoi ne pas nettoyer des scènes de crime ? Car laver du sang et de la tripaille, bah ça paie sa mère ! Amy et Emily montent leur boîte et, comme dirait la poète, "Et c'est parti !".

 

 

Christine Jeffs, réalisatrice néo-zélandaise apparemment exilée aux US de A est une habituée semble-t-il - car moi je n'en savais rien - au Baille-oh-des-chocaPICS et aux films à costioumz comme on dit par chez eux. Ici, c'est donc un changement de fusil d'épaule assez net, Margaret. Ce à quoi je réponds oui, tout à fait, car il s'agit d'une chronique douce-amère familiale, avec des rires, des sourires, des joies simples, et des peines en forme de slow de l'été. Là, vous vous dîtes...

 

 

SUNDANCE !

 

 

Et je dis oui, mon petit poussin, c'est du Sundance. Grand Prix du Jury même ! En même temps, c'est un peu injuste de reprocher ça à SUNSHINE CLEANING, et je vous dirai pourquoi, mais pas maintenant. D'ailleurs, si je perds du temps en divagations, je ne le finirai jamais, ce bleeding artikeul, et comme la rédaction de Matière Focale est désormais organisée comme un camp militaire, je risque de recevoir de sérieux coups de torchon-savon, et je vous assure, ça fait mal. Alors, plutôt que de faire des plaisanteries à deux balles sur une page qui, de toute manière, ne nous sortira pas de la Crise (Oh, un cerf sur la colline !) et ne redressera pas la France, je dis : "Au travail !".

 

 

Il paraît que SUNSHINE CLEANING a été produit par l'équipe de LITTLE MISS SUNSHINE, et ça tombe bien, car cela va me permettre de faire un parallèle qui pourrait me faire embaucher dans une revue de cinéma normale, telle que Télérama ou StudioCinéPositif. Je dirai donc, profitant de cet opportunité que SUNSHINE... a à peu près les mêmes défauts que LITTLE MISS SUSHI, avec lequel j'avais été assez généreux à l'époque, mais que voulez-vous, être critique c'est être spectateur, et c'est être un être (oh, joli, ça !) humain comme les autres, et pour moi aussi, la vie c'est, comme l'a dit ce grand critique de cinéma qui est pour moi quasiment un Dieu, je cite, "des rires, des sourires, des joies simples, et des peines en forme de slow de l'été », fin de citation.

 

Plus sérieusement, SUNSHINE CLEANING démarre tranquilou, avec une intro et un générique un peu convenus, mais se suit gentiment, et ce sera la marque de la première partie du film d'ailleurs. Alors, on reste en éveil. En plus le film est tourné au format Scope (2.35), et Jeffs ne fait pas que des gros plans, c'est toujours ça de gagné. Il y a quelques petits effets de stylisation (des ralentis à la Wes Anderson, mais en plans rapprochés) ici et là, mais rien de renversant. Mais, comme je le disais, on garde l'œil ouvert. Les ricains qui nous ont quand même délivré de l'emprise nazie, sont assez fortiches pour faire des comédies tristes ou un peu noires, ou encore pour les chroniques des gens banals... Un bel exemple de film bien troussé et pertinent : THE GOOD GIRL, par exemple. Et ces histoires, ça se joue à peu quelquefois. Donc, cette première partie, on la suit, on la suit, on la suit, et hop hop hop. Bon, Blunt (qui, paraît-il, est la sœur de l'horrible James Blunt !) ne joue pas trop mal, et même si le rôle est un peu convenu,  elle se débrouille assez bien et offre un jeu relativement sobre, toujours aussi précis que possible. Amy Davis Jr, elle, pousse un peu plus, mais ça reste convenable. John-John Rockfeller dans le rôle de Kevinou est moins crispant que beaucoup d'enfants-acteurs, mais rend la vision du film un tout petit peu plus difficile. Faisons donc comme s'il n'existait pas. Ca continue comme ça, sur un rythme de jogging du dimanche (après mon squash, le même jour, à 6h30, car pour être critique de cinéma, faut être dans une forme physique irréprochable), pendant un bon quarante minutes. Bon, ça tire un peu dans les coins, ça et là, où on trouve de choses plus écrites, plus maladroites, comme Alan Arkin en commis-voyageur à la petite semaine, ces horribles petits inserts d'un flashback que l'on attend de pied ferme. Quelques scènes sont même un poil en-dessous, et sentent un peu l'huile de coude et l'effort, comme celle avec l'ex-copine de lycée, et encore moins bien, celle de l'engueulade avec la femme enceinte dans la station service, moins bien découpée que le reste d'ailleurs.

 

 


On devine que tout ça, ça sent le célèbre best-seller "How To Write An Fake-Independant Blockbuster" d'Aristote, et que les trois actes se mettent en place en essayant de marcher sur la pointe des pieds. Bon, moi je m'en fous, c'est mon boulot de voir des films, ça paye bien en plus, et donc contrairement à vous, chers lecteurs, qui devez payer votre place neuf euros, je suis plutôt à la bonne place. En plus, je suis d'excellente humeur... Et puis, assez rapidement, débarque en second rôle, une petite chouchou à moi  Mary Lynn Rajskub, que vous avez pu voir dans des films tels que MYSTERIOUS SKIN où elle était formidable d'ailleurs. Ici, encoooooooore une fois (ne faites pas ça si vous postulez aux Cahiers du Cinéma), elle est tout à fait excellente, et très souvent ses scènes marchent d'autant plus qu'elle se trimballe tout le temps avec Emily Blunt. La scène de la prise de sang est très chouette. La scène de la découverte du poteau rose (si je veux !) est casse-gueule mais reste étonnamment sobre, et même une scène trop évidente comme celle du collier passe, sauvée in extremis par Blunt d'ailleurs. Rajskub, c'est du précis. C'est une bonne actrice. Elle fait partie des gens que je préfère à Hollywood. Elle appartient à cette famille d'actrices que j'adore et dont l'expérience du jeu est remarquable : Jennifer Jason Leigh, Martha Plympton, Clea DuVall, Fairuza Balk, etc. Rajskub, même si elle a connu le succès, en quelque sorte, puisqu'elle fut un des piliers de la série 24 HEURES CHRONO, n'a malheureusement jamais eu un rôle décisif et majeur, et trop souvent, hélaaaaaas, on lui donne du menu fretin pour faire mousser la galerie cinéphile, et moi, je dis : "Ca, c'est bien dommage !".

 

Mais revenons à nos moutons. Ces petites gaucheries d'écriture ici et là, ou ces moments qui sentent un peu fort l'effort de la plume Mont-Blanc sur le papier nervuré sont malheureusement un peu plus que de l'innocence maladroite (N'importe quoi ! Ne faites jamais ça, si vous voulez un jour ouvrir un blog sur le cinéma !). C'est la deuxième partie qui approche, avec la division Panzer qui va avec ! Et c'est là qu'arrive mon analogie avec LITTLE MISS SHOE-SHINE. Et c'est là qu'on voit qu'une critique, ça se construit, et rien que ça demande du savoir-faire. On est exactement dans le même syndrôme : ça part gentiment et relativement soigné, et ça se vautre dans l'écriture mal maîtrisée et même plus, quand il s'agit de faire quelque chose avec le background développé scolairement. Plus on va avancer dans la deuxième partie, plus on va manger des choses ultra-convenues. Et plus les ficelles vont avoir un goût amer, si vous permettez la subtile métaphore. Et là, elle se lâche la kiwi de Los angeles. A fond la randonnée même !

 


D'abord la scène du climax dramatique ; c'est sans doute le pire. La séquence s'enclenche à peine qu'on voit arriver à douze mille kilomètres l'incident. Bon moi, je croyais que Blunt allait se faire écraser par sa propre camionnette, et finalement, ce n'est pas ça qui arrive, mais bon, le principe est là. De toute manière, dès qu'Amy Adams veut aller à sa fête, on sent trèèèès bien ce qui va se passer. On est quand même pas né de la dernière pluie. D'ailleurs, dans cette séquence, la scène de la Fête à Bébé est un des passages les plus désagréables du film. Le casting des seconds rôles est affreux. Ca surjoue, ça n'est pas bien écrit, et le physique des comédiennes est tellement stéréotypé qu'on a l'impression de se retrouver dans la scène du bar du premier STAR WARS. Devant ces grosses dondons, on sent bien la volonté de critiquer une bourgeoisie aisée devenue gaga et puantissime, mais ce que révèle la scène c'est plutôt le bourgeoisisme méprisant de Jeffs ! Elle en dit plus sur elle que sur son film. Dans son échec à écrire et mettre en scène ce passage s'exprime un décalage social bien plus grand. A ce moment-là, elle ne sait pas de quoi elle parle. Jeffs dévoile alors sa propre bourgeoisie aisée qui est d'un autre type, sans doute, que celle des grosses dondons de cette scène. Alors, je n'ai pas vérifié sur Wikipédia les origines sociales de la réalisatrice, et d'ailleurs je m'en contrebalance, mais je parie mon slip que c'est le cas. En tout cas, c'est très mal calculé en plus de ne pas marcher. Ben voui ! Pour faire ce qu'elle veut faire, il fallait au contraire remplir la pièce de mannequins et de filles ultra-jolies ! Héhéhéhé ! Je sais ce que je dis quand même, lisez mes lèvres, JE-SUIS-DOC-TEUR !

 


Alors, comme toute la dernière partie se passe autour de cet incident, ça la fout mal. Et une fois que c'est fait, on lâche complètement la rampe, et on commence à penser à la liste de courses qu'on a oublié sur la table basse du salon. La triste destinée de la maman, au ralenti, avec gros plan sur l'enfant qui pleure. Mouais. Et annoncée comme une métaphore dans le filet, par la petite vieille dont curieusement le mari s'est suicidé en plus ! La scène du train, comme caution esthétique, et dont on sent qu'elle sert aussi à se débarrasser du personnage de Mary Lynn Rajskub (ce qui sera fait plus tard), c'est bof bof aussi. Le rôle sympa de Clifton Collins Jr (qui joue bien d'ailleurs), Jeffs n'en fait rien, mais alors rien du tout. Il est là pour le décor. La scène pré-finale, le passage avec la cibi (quand elle sort les poubelles, je me suis dit : "Non ??? Elle va pas oser quand même ?"). Les jumelles. La réconciliation dans les toilettes. Les dialogues d'Alan Arkin quand il est énervé. C'est bon, la coupe est pleine ! Stop, okay, understood, reçu 6/5, arrête, oki, c'est bon.

 

 

Que cela est laborieux ! Amy Adams elle-même se perd en chemin, et logiquement, mais je ne lui jetterai pas la pierrepalmade : que faire pendant la prise avec des situations pareilles ? Blunt s'en sort mieux (même si elle est trahie par l'affreux maquillage dans la scène de la série télé). Et parlons-en de cette scène de série télé ! Elle est bien emblématique. D'ailleurs, n'en parlons pas, et délivrons tout de suite les conclusions du rapport interuptus. Tout cela sent l'écriture, l'écriture et l'écriture. Comme un musicien qui composerait pendant la moitié de son morceau des petites mélodies qui s'entremêlent, on sent que Jeffs ne vise que les accords finaux. Tout est utra-symbolique, très appuyé, sans aucun gramme de mystère. Les rouages énormes grincent encore plus. Tout est décortiqué, tout s'emboîte de la manière la plus classique qui soit. Et quand on sort de salle, on n'a pas vraiment l'impression d'avoir rencontré une personnalité.

Le paradoxe, c'est qu'on ne se mettra même pas en colère. J'ai peu parlé de mise en scène. Bon, il y a un peu de photo (correcte, avec un petit plus pour la scène du collier, et un gros moins pour celle du train qui est pourtant la caution esthétique de l'ensemble, comme je le disais), les décors sont soignés je suppose, et dans la première partie ça cadre plus aéré... SUNSHINE CLEANING n'est pas le pire film du siècle. Par contre, c'est très médiocre, au sens étymologique du terme. Et ça faisait longtemps que je n'avais pas vu un film dont l'écriture - car il est évident que Scénario m'a tuer, une fois de plus - est si bureaucratique et visible. C'est du travail de gratte-papier. Et peut-être, s'il n'y avait pas quelques acteurs là-dedans qui ont notre sympathie, bah on aurait été d'une humeur plus massacrante à la sortie. Toujours est-il que le film fonctionne du point de vue du box-office, et c'est ça le plus triste. Pourquoi la banalité paie ? Comment les spectateurs font pour ne pas voir les ficelles ? Et pourquoi ce film les touche plus qu'un autre ? Il y a là un mystère de la Dame Blanche plutôt étrange... En tout cas, je remarque deux choses qui concernent le cinéma art-et-essai ou cross-over (qui peut passer dans les deux circuits). Les gens adorent les films rassurants sur les relations familiales. Si vous enlevez les films de chronique familiale et les films "à thèse", façon Dossiers de l'Ecran, bah 94,28% des films disparaîtraient des salles, et certaines d'entre elles seraient vides. Une bonne distribution bien fichue (ici comme GOOD MORNING ENGLAND) et le film passe comme une lettre à la poste. Les gens sont contents. Ils ont mangé du carton, ils n'ont pas été surpris, et ils ont payé neuf euros. La vie est belle.

 

Pour moins cher, et beaucoup plus marquant, ce qu'on pouvait faire : acheter WIND CHILL avec Emily Blunt (entre trois et quatre euros dans les trocantes), aller à la pêche (gratuit), acheter et manger du saucisson avec des copains (c'est eux qui amènent le jaja !), faire du squash, fumer deux paquets de cigarettes, attendre la Fête du Cinéma pour ne payer ce film que trois euros et quand même acheter un saucisson, dormir deux heures de plus, attendre que ce film passe gratosse à la télé, acheter des fleurs à Madame, payer une bonne bière à Monsieur ou faire un don à l'Association des Bonnes Œuvres du Syndicat de la Critique !

Quant on y pense, dans la vie, il y a plein de trucs à faire...

Dr Devo.





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Vendredi 19 juin 2009 5 19 /06 /Juin /2009 12:56

Publié dans : Corpus Filmi






[Photo: "Les Choses En Ordre" par Bertrand.]





Oui, oui... Alors en fait, pour le Merlot je prendrai plutôt l'année suivante, il vieillira mieux. Et par là-dessus, un petit bœuf à la grecque, façon bourguignon, et hop l'affaire est dans le sac. Bon, je te laisse, les lecteurs sont là...


Chers Focaliens,

Puisqu'il me fut impossible de voir le Raoul Ruiz dont L'Ultime Saut Quantique nous a parlé hier, je devais me résoudre, non sans déplaisir d'ailleurs, à aller voir TERMINATOR RENAISSANCE, plus accessible au niveau des horaires, puisque la MAISON NUCINGEN de l'ami Raoul qui passait la semaine dernière (je vis dans une grande ville et c'était une sortie nationale !) à 14h et 19h, était projeté pour cette deuxième semaine d'exploitation à 11h15 seulement...
...le samedi et le dimanche !

 

Après avoir planté quelques aiguilles dans des poupées vaudous de distributeurs et aussi de spectateurs (c'est sûr, pour aller voir le dernier Almodovar,  la communauté cinéphile est plus réactive !), je mettais ma chemise préférée, une chemisette blanc-beige, mélange coton et polyamide texturé, un peu près du corps, et merveilleusement taillée dans le dos, une vrai affaire car je l'avais payée à l'époque 15,99 euros, ce qui, vu la qualité de la confection, est une affaire incontestable. Avec ce jean un peu slim, mais pas moulant, et en déboutonnant les deux premiers boutons de mon haut chic, le tout relevé par la tenue impeccable de mes deux Doc Marten's, indiscutablement, j'étais paré, j'étais au top quand je m'avançais vers la borne automatique de distribution de tickets.


Malgré la configuration relativement modeste du Pathugmont (14 salles), ledit cinéma diffusait le film dans deux salles. Je dus choisir entre la séance de 16h et celle de 16h30, et c'est sur la deuxième que je jetais mon dévolu, faisant ainsi le pari d'une séance plus calme, moins peuplée, moins popcornée. Ce fut le cas, et quand je rentrais dans la salle No1, nous étions une douzaine dans l'immense espace du lieu.


Je m'assieds sur le fauteuil "club", taille L, revêtement anti-feu de classe 2, de couleur bleu nuit, et immédiatement, je sens le confort monter en moi, tandis que je feuillette le magazine Pathugmont où Pierre Arditi donne sa recette de la potée albanaise, et commente la défaite du Parti Socialiste au dernier scrutin. Je décide de ne pas entrer dans la polémique, et je refuse le whisky-coca que me propose l'hôtesse. D'un geste élégant, je passe la main dans mes cheveux, vers l'arrière de mon crâne, et je pose ma tête sur la partie supérieure du fauteuil, pour mieux visualiser mentalement le conducteur orchestre du Deuxième Mouvement de la Cinquième de Malher, ce qui m'apaise immédiatement.


Je suis prêt.

 

Enfin, le futur. Les machines, comme prévu, ont détruit l'humanité en envoyant des bombes un peu partout, transformant la terre en un très convénient désert apocalyptique de circonstance. Les machines sont maîtresses de l'Univers connu. Mais, ce n'est pas tout. Les humains survivants, très organisés, sont entrés en résistance, menés par John Connor/Christian Bale. Bon.

Sam Worthington a été exécuté par injections létales avant l'Apocalypse et a légué son corps à la Science. Il se réveille alors que les machines ont pris le contrôle et ne comprend rien à ce qui lui arrive.

Pendant ce temps, Christian Bale sait qu'il est sur la liste noire des Machines qui doivent l'exécuter d'ici quatre jours, lui ainsi qu'un civil inconnu qui pourrait être son père...
...son père qui est encore un adolescent (sic) et qui n'est au courant de rien. Dans l'immensité du champs de ruines qu'est devenue la Terre, le teenager fait la connaissance de Sam Worthington, ce qui avouons-le, tombe très bien pour une foultitude de raisons intra et extra-diégétiques. Les carottes sont-elles cuites ?



Bon, si vous n'avez pas suivi la saga TERMINATOR, ou tout du moins, pas vu le très sympathique premier opus, tout cela ne vous dit rien. Si vous n'avez pas vu TERMINATOR 2, ce n'est pas grave, c'est très mauvais et pompier. Passez directement au N°3, plus sec, bien écrit, bien joué et plutôt malin, et tellement plus dans l'esprit de la série B d'origine.


A Desertines, près de Montluçon, les fans sont contents : enfin on va voir ce qu'on va voir, c'est-à-dire le fameux Règne des Machines, qui les faisait fantasmer jadis quand il s'agissait de s'endormir sous le lit une place de la chambrette de notre enfance, au-dessous du poster de Robocop. McG, réalisateur qu'on apprécie à Matière Focale pour l'unique raison qu'il a le nom le plus court de l'histoire du cinéma, ce qui est parfaitement adéquat quand on boucle son article à la limite de la deadline, réalisa déjà les deux CHARLIE ET SES DRÔLES DE DAMES, pas fantastiques mais un peu rigolos, surtout le deuxième où Crispin Glover, sans doute le meilleur acteur du Monde, jouait, curieusement son propre rôle. Bon, l'informatif, c'est fait.


Vu en VF, TERMINATOR VS MARIE-ANTOINETTE déçoit nettement et sans traîner. Accrochez vos ceintures, car rien ne va. Parlons tout d'abord de la direction artistique, vraiment médiocre, à base de photo brûlée et de faux gros grains, propres à l'intégration des omniprésents effets spéciaux. Non seulement ce n'est pas très beau, et d'une, mais en plus, au final, le design du film étant ce qu'il est (les personnages, les objets et les décors du film, quasiment tous en synthèse, étant kitschissimes), bah photo brûlée ou pas, ça sent l'artifice à cinquante lieues à la ronde et ça fait tout pourri. Loin de l'atmosphère parano et d'intimité désespérée du N°1 et du N°3 (pourtant déjà gorgé de fric, pour ce dernier), la production cherche ici à lancer du grand spectacle pour les teenagers habitués aux récents blockbusters. On assiste ainsi à un déferlement technoloïde (mot-valise !) avec avions de chasse ultra-modernes, vaisseaux de plusieurs kilomètres de long, et surtout, détail significatif, des robots multifonctions géants. Adieu le bis, bonjour TRANSFORMATOR ! Le montage étant relativement suiviste et foutraque, le découpage n'offrant aucun effet de style ou de construction (si on excepte un champ/contrechamp mais si maladroitement amené, et surtout dont il ne ressort rien), il ne reste pas grand'chose à se mettre sous la dent. Le cadrage est complètement quelconque, et voilà qui conclut la mise en bière. Bref, la mise en scène, c'est poussif et sans aucune fantaisie. Tout est raté ou emprunté à gauche et à droite (MAD MAX 2 et 3, TERMINATOR 2, LA GRANDE EVASION, TRANSFORMERS 58, LA GUERRE DES MONDES, etc...). La palme étant attribuée à ce superbe plan sur la cité des machines directement pompé à, tenez-vous bien, BLADE RUNNER (film déjà pompé cent vingt mille fois), comme de bien entendu ! La classe.


Heureusement il y  le scénario, encore pire, longuissime, et là aussi en contradiction complète avec la logique du premier opus. La concentration des événements sent l'huile de coude, et elle est tellement utilitariste qu'elle coupe tout souffle épique. Sam Machin et Christian Bale mettent 28 ans à se rencontrer. Les bifurcations du scénario grincent comme les potes d'un manoir hanté, à l'image de cette scène stupidissime et soporifiquement classique où la petite zessgon aviatrice (toute droit sortie de Berverly Hills) doit se rapprocher du héros. Bah alors, bah tiens, si on faisait un bivouac. Oh oui, je vais aller chercher du bois. Mon dieu des sauvages ! Ils vont me violer, et hop je te sauve la vie, comment te remercier, viens dans mes bras. Voilà, ça c'est fait, cinq minutes perdues là où un changement d'échelle de plan dans un champ/contrechamp aurait suffit. Mais bon, comme ça, on sait que ces liens d'amour vont être bien utiles dans l'acte suivant. Et hop, c'est le cas, bingo, gagné, la voiture ou le rideau, c'est mon dernier mot Jean-Pierre. Tout est comme ça. Le déroulé narratif se lit bien en amont de l'action.

Les maladresses scénaristiques continuent. Les personnages secondaires sont affreux : le grand black second couteau et lieutenant (qu'il est mauvais en plus, et servi par des dialogues totalement avant-gardes : « Ca, c'est pour mon frère » dit-il en tirant une bastosse sur le méchant robot !), la petite fille de sept ans (mon dieu !), black (bien sûr) et muette (euh... séropositive aussi, non ?), ou encore l'Ordinateur Super-Puissant qui, en plus de contrôler le Monde, fournit des résumés de scénarios sublimes pour les personnages qui ont hiberné à un certain moment et aussi à ceux qui ont été chercher des pop-corns, ou qui sont allés couler un T800 aux toilettes. Le jeu de métaphores pourrissimes données en pâture au spectateur au bout de deux secondes (le baiser, le cœur qui bat, le manteau...) viendra faire le reste.

On s'adresse clairement aux 9/12 ans, certes, encore eux (de la même manière que le cinéma art et essai a été accaparé par les retraités), mais attention, pas à la manière d'un Joe Dante. Grosso modo, on est content d'apprendre que le héros de notre enfance, John Connor a un I-Phone, ou encore d'entendre cette phrase que tout le monde a relevé : « Oh mon Dieu ! Des Motos-Terminator ! » et autres splendouilletteries.

En un mot, c'est très mauvais. McG nous doit neuf euros !


Si vous n'avez pas d'autres questions, vous me permettrez de me retirer dans mes appartements pour me faire un jus de goyave, ou encore aller m'occuper de la pelouse avec ma Terminator-Tondeuse...

Dr Devo.

 

 

 

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Vendredi 12 juin 2009 5 12 /06 /Juin /2009 14:58

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[Photo: "OperaPatrie" par Dr Devo.]




Prenons deux spécimens humains. Le premier se nomme Pedro le Bolivar, il est critique professionnel, et donc rémunéré pour son travail dans le domaine du cinéma. A son grand dam, c'est lui qui a été tiré au sort au sein de la rédaction du magazine « Eat my Sh..! » pour aller voir LA MAISON NUCINGEN. Pedro le Bolivar, il aurait franchement préféré aller dégueuler sur le dernier film de Lars Von Trier, ANTIKIST, tellement c'est misogyne, tellement ça pue de la gueule, tellement c'est n'imp', tellement L.V.Trier c'est un escroc. Mais comme Pedro est encore un petit jeunot, c'est à lui de se carrer le sale boulot. Alors vous vous doutez bien que, pas motivé pour un écu, le Pedro ne va pas faire d'effort ni se fouler l'oignon et voilà en gros ce qu'il dira dans son papier sur le dernier opus de Raoul Ruiz: "(...) Le film accumule les erreurs et les fautes de goût avec un mixage sonore exécrable, des faux-raccords en pagaille, des éclairages indigents, un scénario qui tourne rapidement à vide (...) Autant d'éléments fâcheux qui rendent le film scabreux et désagréable". (Toute ressemblance avec la réalité et une vraie critique serait totalement fortuite !). Le deuxième spécimen de notre enquête n'est autre que Raoul Ruiz. Nous sommes le 3 Juin 2009, Raoul fête ses 12 ans dans une favela au Chili où il a grandi et pour son anniversaire il aimerait bien voir LA MAISON NUCIGEN, mais dans son cinéma de quartier on ne passe que TERMINATOR CORNED-BEEF et LOOKING FO KENNY AND BILLY AND SAMMY AND WILLY AND KENNY  et ça, ça le saoûle grave, Raoûl. Heureusement depuis dix ans, il a réuni suffisamment d'argent en vendant des "Push-A-Push-Pop" pour s'offrir un billet aller-retour pour la France dans le but de rencontrer le staff de Matière Focale qu'il admire et qui le lui rendra bien et, tant qu'a faire, aller visionner LA MAISON NUCINGEN en salle. Le problème, c'est que son avion part dans deux semaines et que LA MAISON NUCINGEN n'est sorti que dans quatorze salles en France en première semaine et à des horaires peu recommandab' ! Arrivera-t-il à temps, avant que le film ne soit plus à l'affiche ? Malheureusement, rien n'est moins sûr pour Raoul Ruiz (Rien à voir avec le cinéaste)...

 

Here comes The Pitch...

 

Jean-Marc Barr dîne tranquillos avec une femme (probablement son épouse) au restaurant lorsqu'il s'aperçoit qu'un groupe de personnes installé à une table voisine est en train de parler de lui (note personnelle: Mais qu'est-ce que c'est que cette table de restaurant qui bouge, c'est bizarre quand même, z'oraient pu faire attention les décorateurs, mettre une petite cale, c'est pas très pro tout ça... passons.). Entendant les divers commentaires plus ou moins fondés de ses voisins, Barr se remémore ces évènements tels qu'il les as vécus et qui se sont déroulés bien des années plus tôt à la "Maison Nucingen". Quelques années auparavant donc, on retrouve Barr avec Elza Zylberstein, ils vivent dans un petit appartement miteux de Paris, mais une main chanceuse de Barr au poker vient de leur faire gagner une luxueuse demeure somewhere so far away from L.A. Sans trop tarder nous nous retrouvons avec le couple aux abords de la vaste demeure perdue au milieu d'une végétation pour le moins exotique (nous sommes peut-être en Amérique du Sud). Là, une bonne à l'accent germanophone les accueille, et un écriteau à l'entrée de la maison indique que seul l'usage du français est autorisé dans la maison (la bonne précisant que les langues étrangères peuvent être pratiquées à l'extérieur de la maison ou dans les toilettes !). Dès lors, il est difficile de dire où l'on se trouve géographiquement et à qui nous avons affaire, Ruiz brouille les pistes d'entrée de jeu et nous sommes déjà totalement et délicieusement perdus. Cela tombe plutôt bien car il faudra aimer se perdre dans LA MAISON NUCINGEN. Enfin, une précision de taille avant d'en passer aux choses sérieuses, la "Maison Nucingen" est encore habitée par ses (ex)propriétaires qui sont pour le moins lunatiques... Allez savoir pourquoi.

 

Nous pouvons maintenant revenir sur les déclarations de Pedro le Bolivar et, d'emblée, je peux dire que le loustic a vu tout à fait juste ! Oui, les faux raccords sont légion. Oui, le mixage sonore est étrangement assez aléatoire et certains sons semblent sortir d'un magnétophone. D'autres semblent avoir été pris en direct de façon un peu archaïque et d'autres enregistrés en studio de façon plus professionnelle. La matière sonore est donc pour le moins instable et des différences de "qualité" se font nettement sentir. La photo est elle aussi très instable et parfois très agressive. Le film a été tourné en vidéo numérique et beaucoup de séquences en extérieur (mais pas seulement) sont totalement surexposées ce qui donne des blancs beaucoup trop éclatants et une perte de détails dans l'image. Dans une même séquence, la photo peut varier selon des changements d'axe ou de valeurs de plans. Bref, on zapperait quelques morceaux de séquences deci delà qu'on prendrait ce film de Ruiz pour un complet travail d'amateur et ainsi rejoindre l'avis de Pedro le Bolivaro sans trop de complexes. Sauf que là où Pedro a vu des défauts j'y ai vu des partis-pris de mise en scène réfléchis et quelque chose de très punk... Et de très beau au final. Raoul Ruiz sait très bien ce qu'il fait et cela se sent. Aussi loin d'être des erreurs ou des fautes de goût, tous ces partis pris de mise en scène, parfois choquants, assurément déroutants, ont une logique bien précise et rudement efficace, je m'explique.

 

Sans vous en révéler trop sur l'intrigue, je peux au moins vous dire qu'il se passe dans cette "Maison Nucingen" des évènements tout à fait étranges et que les nouveaux arrivants, à savoir Barr et Zylberstein, ne sont pas forcément les bienvenus. Reste à savoir qui est hostile à leur arrivée: les habitants actuels, proches de se faire bouter hors de la maison, ce qui serait assez logique, ou la Maison elle-même. Il faut dire que dès que l'on pénètre dans la Maison, on peut oublier l'espace et le temps tels qu'on les conçoit habituellement. Dans la Maison Nucingen, le temps s'écoule différemment (toutes les horloges et montres sont arrêtées) et l'espace de la maison est sinueux et paraît infini. La probabilité de se perdre dans cet espace/temps est immense. Bien.

 

Nous sommes habitués à ce que le cinéma épouse un certain nombre de règles très précises et rassurantes pour le spectateur que nous sommes. Ici, Raoul Ruiz fait une fois de plus éclater les règles du "cinéma classique" en adoptant les partis-pris de mises en scène étonnants que je citais plus haut. Ainsi Ruiz va créer un espace/temps alambiqué et non conventionnel propre à la Maison et à ses habitants, pour mieux les perdre, et pour mieux nous perdre aussi. Par ces procédés, nous devenons nous aussi peu à peu habitants de la "Maison Nucingen" et sommes ainsi tributaires de ses caprices, car vous l'aurez compris, je pense que la vraie star du film est bien cette maison (le titre du film nous l'indique on ne peut plus clairement). Par le biais des nombreux panneaux et travellings qui inondent le film, la maison - comme si elle avait des yeux - devient vite une présence vivante, en mouvement, qui scrute et oppresse ses habitants. Mais elle se joue aussi de nous, spectateurs, en nous délivrant certains éléments, signifiants ou pas, quand bon lui semble dans les fins de travelling ou dans les arrières et/ou avant-plans. L'objet délivré par Ruiz est d'autant plus déroutant que les règles instaurées par LA MAISON NUCINGEN sont capricieuses et ne semblent pas fonctionner de la même manière pour tout le monde. C'est comme si cette maison avait une âme espiègle et qu'elle la mettait en œuvre par la mise en scène et ses partis-pris étranges (les faux raccords, les différences de son, etc.) pour mieux perdre ses personnages et nous avec. Tout cela nous plonge dans une ambiance fantastique peu habituelle, tantôt dérangeante, tantôt hypnotique ou surréaliste. En tout cas, tout ce petit manège fonctionne très bien.

 

Enfin, je peux tout à fait concevoir que le film ne reçoive pas une adhésion complète tant l'objet est curieux. Ce que je reprocherai tout de même au troufion Pedro le Bolivar, c'est de ne pas avoir été plus loin que le bout de son petit naseau en n'acceptant pas que ce qu'il envisage comme de graves erreurs et des "fautes de goût" forment en fait des partis-pris réfléchis et une véritable vision de réalisateur ! Le critique Pedro est si engoncé dans sa vision monolithique des choses qu'il refuse les bouleversements draconiens que l'art cinématographique se doit de nous offrir. Et tout cela est fort dommageable car Pedro nous trompe et nous ment ! Je dirai aussi que par ses abords quelque peu froids, le film de Ruiz ne l'est pas tant que ça et il ne faut pas se méprendre, Ruiz est un petit garçon qui veut nous faire jouer. Reste à nous spectateurs de nous laisser aller au jeu.

 

Allez-y tant qu'il est encore temps !

 
L'Ultime Saut Quantique. 

 

 

 

 

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Jeudi 11 juin 2009 4 11 /06 /Juin /2009 11:16

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[Photo: "Looking for Mercy" par Dr Devo.]





 

 

Hé bé, hé bé, hé bé... C'est qu'elle est toute mimi la petite Christine Brown interprétée par la toute fraîche actrice Alison Lohman (Que l'on a déjà pu voir dans BIG FISH et LA VERITE NUE entres autres). Mais sous ses beaux atours, la jeune femme a des dents bien longues et est prête à la moindre crasse pour arriver à ses fins, en l'occurrence, devenir directrice adjointe d'une banque. Aussi le jour où débarque Mme Ganush, une affreuse bonne femme il faut bien le dire, la petite Christine, après avoir quelque peu hésité (pour se donner bonne conscience j'en ai peur) décide de ne pas accorder de crédit supplémentaire à la vieille pour sa maison, espérant ainsi s'attirer les bonnes grâces de son patron et atteindre le poste tant convoité. Hummm que c'est bon le nouveau Millenium! Vous me direz: "Les temps sont durs mon petit Saut Quantique, c'est la crise faut bien gagner de quoi payer son petit quignon de pain !" Reste que Mme Ganush, bof heureuse de se retrouver à la rue, est bien décidée à pourrir la life de la petite Christine... Et là, le moins qu'on puisse dire, c'est que ça va ièch pour son matricule!

 

D'emblée je dois quand même reconnaitre que JUSQU'EN ENFER est selon moi nettement moins écœurant que LE PETIT BONHOMME EN MOUSSE 1, 2 et 3, suivez mon regard, dont le dernier opus était proprement inbouffab'. SPIDERMAN c'était du bon gros film de studios qui ne valait guère plus que SANTA BARBARA (Ti lou ti la) pour ses tunnels de dialogues particulièrement niais et ennuyeux - oui mé tu conpren keud L'ultim sot kantiq, c'est des djeun's, c normal ki parl niais... mutter fucké - Ce sur quoi je vous conseillerai le visionnage, dans un genre certes différent, de n'importe quel film de John Hugues (16 BOUGIES POUR SAM, LA FOLLE JOURNEE DE FERRIS BUELLER, BREAKFAST CLUB) en terme de romance adolescente c'était quand même autre chose! Pour ce qui est de la mise en scène de SPIDERMAN, c'était franchement pas bath! (Man). C'était en gros, aussi insipide et impersonnel que n'importe quel gros machin hollywoodien de peu d'intérêt. Alors certes il a joui d'une certaine aura, apprécié du public et des critiques etc. Mais je trouve très honnêtement que nous étions à des années lumière d'un EVIL DEAD 2 par exemple. Beaucoup plus fou dans tous les sens.

 

Avec JUSQU'EN ENFER, c'est un peu back to the primitive. A y regarder de plus près, sans même trop s'approcher d'ailleurs, on voit que la trame scénaristique reprend les grandes lignes d'un EVIL DEAD, seule change la condition du" héros", dans le cas présent "l'héroïne" sans foi ni loi, là ou notre bon Bruce Campbell était plutôt cool, Yeah! (Certes fallait pas le faire ièch non plus, mais il avait bon fond). A ce propos, même si Raimi tente quelque peu de justifier les actes proprement dégueulasses de Christine, il met forcement le spectateur dans une position assez perverse et délicate. On est partagé entre: un peu la plaindre quand même - ou - se dire, "bah c'est quand même bien fait pour ton *** ma ***". C'est un peu déstabilisant. Enfin je vous laisse juge.

 

La question est, avec ce retour aux amours d'antan, est-ce que la mise en scène a elle aussi regagné en personnalité? Et bien je suis heureux de vous dire que oui... et pas tout à fait. Le temps a passé, Raimi a grandi et on ressent quand même un certain académisme dans la chose. C'est assez « classieux » au final, moins franc, moins spontané et moins fou qu'un EVIL DEAD par exemple. Vous me direz, où est le problème, mais comme Raimi fait un peu le même film, on est quand même tenté de comparer. Aussi Sammy est-il aussi moins inventif et se recycle quand même pas mal. Néanmoins on sent qu'il s'amuse à nouveau à l'opposé de sa trilogie SPIDER MAN, ce qui est plutôt réjouissant. Il joue davantage sur les échelles de plans, le montage est plutôt dynamique et laisse s'échapper quelques très belles choses, rarement mais quand même. Aussi la mise en scène est, elle, relativement au service de la peur. Alors on pourra trouver ça assez facile, le réalisateur jouant énormément sur des effets de surprise, genre...bouh ! Le son aura très souvent cette fonction dans une bonne partie du film sans qu'il y est en plus, une apparition horrifique, c'est plutôt bien pensé à ce niveau. Ce qui est assez "amusant" c'est que ce sont quasiment tout le temps les même "effets" et "motifs" de peur, très basiques et simplets en fait, qui interviennent. Il y a une sorte d'écœurement dans ces répétitions mais on ne peut s'empêcher de sursauter à chaque fois. Raimi renoue également avec de petites idées effrayantes et une certaine folie (l'épisode de la mouche, la séquence du repas), ce qui est toujours plaisant.  Un mot sur la durée, mine de rien ça compte aussi! Là où les SPIDER MAN duraient leurs 2 laborieuses heures et demie chacun, ce qui se ressentait terriblement, c'était ennuyeux, Raimi adopte là un format plus standard d'une heure trente, et ça se ressent aussi! Même si la durée d'un film n'est en aucun cas garant de sa qualité, on voit quand même qu'il s'en sort bien mieux comme ça. Le rythme est assez vif  et l'on passe d'une séquence à l'autre sans trop buter sur la marche. A mon sens cet opus représente un bel ouvrage, plutôt efficace dans son genre. Rien de bouleversant au final, mais plutôt appréciable en période de disette.

 

 

 L'Ultime Saut Quantique.





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Jeudi 4 juin 2009 4 04 /06 /Juin /2009 00:24

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(Photo: "Des Milliards de Copains" du Dr Devo, d'après une photo de l'artiste Paul Hyu.)







Chers Focaliens,


Il y a les petits chanceux comme LJ Ghost, qui se rincent l'œil sur place, au Festival de Cannes et il nous régale en témoignant de ce qu'il a vu... En attendant ANTICHRIST de Lars Von Trier, le 3 juin, et aussi pour honorer le principe du Palmarès Tanaka (qui m'oblige à regarder tous les films en compétition lorsqu'ils sortent ; les résultats du Palmarès, c'est d'ailleurs pour demain), c'est à quinze minutes de chez moi et avec quelques jours de retard que je découvre VENGEANCE, le nouveau Johnnie To qui s'est payé une jolie conduite très officielle grâce à notre Johnny Hallyday malheureusement très national...



Nous sommes à Macao et Sylvie Testud aussi, car elle vit là-bas entre ses deux enfants et son mari du cru. Un beau soir de pluie, alors qu'elle prépare des nouilles sautées pour sa tribu, voilà que débarque un trio d'hommes mystérieux, et visiblement ils ne veulent pas du menu vapeur à 10,50 euros ou du canard B27, car ils commencent à massacrer tout le monde avec un entrain certain. Toute la maisonnée, y compris les deux pioupious, se  font copieusement génocider jusqu'à ce que mort s'en suive, à l'exception notable de Testud, laissée pour morte mais qui échappe à son triste sort par miracle. Son père, Johnny Presley, restaurateur, débarque immédiatement en Asie, et promet une chose à sa fille : il vengera tout le monde !
Ca tombe bien, il croise, dans le hall de l'hôtel où il est descendu, un trio de tueurs à gages qui vient justement de buter quelques personnes. Ni une ni deux , Mojo Jojo les engage...  Mais quel secret se cache derrière l'hideux des jeunes ? Est-il vraiment le restaurateur qu'il prétend être ? N'y aurait-il pas de la rouille dans le pâté impérial ?




Je n'ai jamais été un fan hardcore de Johnnie To dont je n'ai pas vu le fameux THE MISSION qui lui a valu auprès de toutes les critiques des différentes églises, un respect immédiat. BREAKING NEWS me paraissait sympathique mais en-deçà de son dispositif pourtant gourmand. SPARROW, le dernier sorti en France, m'a donné l'impression de quelque chose d'assez poussif. Par contre, sa participation au film en forme de cadavre exquis, TRIANGLE était assez rigolote, et MAD DETECTIVE me semble encore plus abouti, avec des séquences entières vraiment jolies et un parti-pris très sympathique. Il faut dire que le bonhomme tourne comme il change de chaussettes, c'est-à-dire à la vitesse de la lumière. To est en quelque sorte un artisan prolifique et besogneux. On est en droit d'attendre de lui, une petite série B bien troussée. Le voir sélectionné en compétition officielle me paraît un peu exagéré sur le papier, et on se doute bien que si des capitaux français n'étaient pas engagés, sans parler de Johnny Hallyday, bien sûr, To n'aurait sans doute pas joué dans la Cour des Grands....




Ceci dit, on est toujours plus content de se taper un bon petit polar un peu loufoque que la dernière resucée de pathooooosse de Almodovar, ou l'énième constat doux-amer d'un Loach. Voilà bien, depuis vingt ou trente films vus en salle, que je n'ai ressenti le moindre plaisir, notable du moins, et donc, au vu de la nette médiocrité de la distribution française en 2009, je l'avoue sans détour : To, ça m'aille, et j'y vais avec le sourire.



Ca commence gentiment kitschouille et balisé mais de manière fort sympathique, avec une scène de massacre sans préambule et relativement sèche, non pas au niveau de la mise en scène (gros ralentis, photo pas ultra-réaliste) mais plutôt narrativement. En trois minutes, tout le monde est au tapis, la famille bien massacrée comme il faut et zou, le film peut commencer. Bon, on sait ce que vaut Johnny H. au ciné, c'est plutôt du kitschouille, et le voir débarquer dans un film de To, c'est un peu comme d'imaginer Denise Fabre dans le prochain Jörg Buttgereit, c'est très improbable. Mais vous le savez, l'improbable, je ne suis pas contre, bien au contraire. Dès la deuxième séquence, Jojo débarque hiératique, et spique son ingliche aqueux. C'est splendouillet. Le récit qui va suivre en choquera quelques-uns, à ces heures où le scénario "logique" est la doctrine dominante. L'amateur de genre asiatique, lui, ne sera pas dépaysé, et appréciera sans doute la surpopulation de coïncidences au mètre carré. Jojo rente à l'hôtel et il croise des tueurs qui, justement, connaissent l'armurier qui a vendu une arme aux tueurs de maman, qui eux-mêmes connaissent bien le parrain du trio héroïque, et ainsi de suite jusqu'à plus soif. On est dans le balisage asiatique de base. L'amateur a déjà vu ça plusieurs fois. Rien de choquant...



Malheureusement, hélas, mille fois hélas, fatalitas maledictas, suis-je maudit, VENGEANCE n'est satisfaisant sur quasiment aucun point. Mais d'abord, une anecdote...


Il y a un plus d'un an, je devais voir le film PARANOID PARK en avant-première, quelques semaines avant la sortie, et surtout quelques semaines après sa présentation au Festival de Cannes. La copie était d'une beauté hallucinante !!!!! Je grimpe en cabine pour voir le projectionniste, et là je tombe sur l'évidence : c'était la copie de secours (35mm) du Festival. Le tirage du même film utilisé dans le même cinéma quelques semaines plus tard était tout-à-fait beau, mais rien à voir avec la magnificence de la copie de secours cannoise. Je le dis souvent, et ça m'a valu des railleries de pas mal de gens, mais le tirage des copies en France est un gros problème et bien souvent, trois fois sur quatre, elles sont très mal produites.

Ici, la copie était immonde. Il me sera dur de faire la part entre problème de tirage et photo originale. Mais en l'état la photographie m'a paru sans aucune espèce d'intérêt la plupart du temps : teintes verdâtres ou légèrement glacées presque omniprésentes, virage rougeâtre sur certaines scènes (la plage par exemple), absence de grain, contours hésitants, c'est un sans faute. A tel point que certaines scènes m'ont paru carrément médiocres, comme la fusillade au clair de lune, illisible. Déjà la scène, tout-à-fait caractéristique du film, n'est pas un exemple du genre. Le cadrage est assez laid, et le découpage très brouillon. Les jeux d'axes et d'échelle ne vont nulle part ou sont illisibles. La bonne idée, c'était que la lune se dévoile et aveugle notre Jojo. L'effet n'est pas assez poussé, déjà, et To ne joue qu'une fois avec ça, là même où il avait sans doute la pierre d'achoppement nécessaire à construire la scène avec un point de vue, et de toute façon la photo, dans cette copie - encore une fois - est si laide que l'idée tombe à plat. Triste époque.   




Ce que je peux dire avec certitude, par contre, c'est que rarement un film de Johnnie To ne m'avait autant ennuyé et paru confus. Comme je le disais plus haut, le scénario ne nous prend pas en traître et est largement balisé. Il tirerait vers une certaine sécheresse, une épure toute propre au genre polar. Les acteurs asiatiques formant le trio exécutant est plutôt sympathique et précis, même s'ils n'ont rien de révolutionnaire à faire. Et malgré tout, c'est une impression de confusion et encore plus d'absence de rythme qui frappe. Alors, c'est sûr, To a voulu se la jouer langoureuse, on comprend bien le projet. Il n'empêche, le cocktail épure d'une part (je réduis les éléments narratifs à la stricte ossature du genre, donc à ses éléments les plus balisés)  et de retenue dans le jeu d'acteurs ou de mise en scène (qui cherche à suggérer sans le dialogue l'intensité des rapports humains, tout dans le non-dit en quelque sorte), ce cocktail, dis-je, ne fonctionne jamais, et ce pour une bonne raison : la mise en scène est beaucoup trop simplette et/ou brouillonne pour que cette ambiance en demi-teinte prenne véritablement vie, et s'incarne au-delà de la note d'intention. Bon, soyons honnête, To n'est pas le nouveau Greenaway, et sa cadence de tournage est tellement élevée qu'on ressent bien dans tous ses films qu'il tourne plutôt dans l'urgence. Mais, dans MAD DETECTIVE par exemple, il y avait quand même de belles petites gourmandises, des idées plutôt rigolotes ici et là, et globalement, la mise en scène en dehors de ces moments de bravoure, sans être fulgurante, était tout à fait honnête. Ici, ce n'est pas le cas. Dans les parties dialoguées ou mettant en avant les comédiens, c'est du bête champ-contrechamp, ni beau ni laid. On est dans le simple narratif. Outre la sur-stylisation de la photo, assez classique dans le genre asiatique et donc un peu décevante quand même, c'est dans les scènes plus scénographiées que l'on voit que la réalisation est trop faiblarde. L'échelle de plan, sans être complètement claustrophobe à l'européenne, est assez réduite. Les découpages se ressemblent bien souvent d'une scène à l'autre. Les jeux d'axe m'ont semblé trèèèès brouillons (la fusillade dans les bois, la tuerie finale sur la place, l'attaque des ballots). Dans ce dernier exemple, on a même un contrechamp très laid sur Simon Yam qui fonctionne comme un insert interrompant le programme en plan rapproché ! Mais, globalement, aucune géographie de l'action ne se dégage. Je pense que c'est dû à tous ces facteurs et pas à un en particulier. Dans la fusillade/échappée à travers les escaliers d'un immeuble et sous la pluie, par exemple, To élargit un peu le cadre et arrive à placer quelques plans généraux plutôt agréables. Je pense qu'il les a tournés ainsi pour profiter des mouvements, assez rigolos, des cascadeurs. Il n'empêche, ces quelques plans (noyés dans une série de plans beaucoup plus rapprochés et un montage confus du reste de la séquence) aèrent tout de suite le film. On le voit dans cet exemple : un seul poste est plus maîtrisé, ou plus original, et on respire un peu. Car To ne nous gâte pas des masses, et outre ces cadres, ces échelles et ce découpage pas très lisibles, comme au coup par coup, le montage n'offre pas de solution de secours. Bref, tout cela est illustratif, bien souvent, mal fagoté et assez peu original.



Le montage n'offre rien, disais-je, et surtout pas de quoi nourrir notre gourmandise. Et là, je vais embrayer sur les personnages et les acteurs. Si To relâche la pression sur la mise en scène, c'est que pour lui, VENGEANCE est un film d'ambiance. Pour faire ce film, il se repose plus sur les attitudes des comédiens, et la "charactérisation" des personnages, un peu comme le ferait un western anonyme. Et le modèle de To, c'est sans doute le polar à la française des années 70. Allez, je crache le morceau, To voudrait faire ce film avec Delon. Ca se ressent dans la direction : dialogues réduits, regards fixes et intenses, froideur extérieure contre bouillonnements intérieurs, saga de justice froide et absurde. Je dis : pourquoi pas ? Mais pour arriver à cette épure et à ces non-dits intenses, bah, faut drôlement construire. Ici, par les faiblesses évoquées plus haut, la Delon's touch désirée n'est jamais atteinte. Le spectateur reste avec une série d'intentions mais qui ne s'incarne à l'écran que de manière rachitique. Johnny H. (toujours splendouillet, j'y reviens) et ses collègues asiatiques se figent en attitude, se regardent en plissant les yeux, adoptent des poses de cow-boys. Certes. Mais c'est tout. Comme la mise en scène est trop imprécise ou faible pour soutenir cette volonté de schématisation, VENGEANCE devient un parcours éprouvant. Le film n'a aucun rythme, flotte dans une sorte d'éther temporel, et s'étire en langueur. Les plans se succèdent sans conséquence ni vraiment de logique. Comme les comédiens jouent l'attitude, c'est fort gênant !!!! On a l'impression de regarder un bocal avec des poissons morts ! Pour être honnête, on a même le sentiment que ça dure des heures et des heures. On observe les merlans qui s'observent. On voit le projet  mais on ne participe jamais. On ne peut pas se reposer sur l'intrigue, très simple. On soupire à la vue de situations poético-symboliques que l'on croit déjà avoir aperçues cent fois dans le cinéma asiatique (la plage aux enfants), on soupire quand un plan plus expressif arrive mais n'est pas bien amené (la lune et ses revenants). Et dans l'ensemble, en plus de l'absence de rythme très pénible, on a l'impression, face à ce squelette de film, de voir une histoire bien simplette. C'est une épreuve.



Hallyday a toujours le même niveau. Ca me rappelle TERMINUS, film kitschouille des années 80 (vu en salle les amis !). Plus sérieusement, Jojo aurait pu fonctionner dans le film. Ce côté hiératique et décalé fonctionnait dans le DETECTIVE de Godard. Mais le temps a passé. Certes, ici, le film est globalement très faiblard, mais de plus Johnny a vieilli et a changé. C'est au final un drôle de choix. Au-delà de la splendouilleterie qui se dégage de la star française, son visage et son physique actuels sont tellement éteints et tellement vides que rien ne peut se passer. Le visage de cet homme n'exprime plus rien, n'est presque plus humain. C'est un masque. Le thriller asiatique aime jouer avec le charisme froid et stylé de ses personnages. Dans l'état actuel des choses, Hallyday, complètement ailleurs, dans une galaxie très très lointaine, ne semble pas alors un bon choix, et plus encore apparaît comme une faute, une espèce de non-sens. "Miscasting" comme dirait Alain Delon ! Hallyday est donc le dernier clou sur le cercueil de ce film, et le rend encore un peu plus éprouvant. On est donc, globalement, très en dessous du niveau habituel de Johnnie To, et le film déjà épouvantablement long et sans rythme, donne une impression de tristesse et de désolation. VENGEANCE semble être une sorte de film mort-né.




Dr Devo.



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Mardi 26 mai 2009 2 26 /05 /Mai /2009 19:14

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(Photo: Les Copains d'Abord" par Lj Ghost, d'après une photo du cinéaste Jacques Audiard.)




Pour lire la précédent chronique cannoise et focalienne de LJ Ghost consacrée à INGLORIOUS BASTERDS de Quentin Tarantino: cliquez ici.




Nathaniel Brown et sa soeur Paz De La Huerta, deux orphelins qui se sont promis d'être ensemble pour toujours, vivent à Tokyo. Elle est stripteaseuse, il vit de menus deals de drogue ; il meurt à l'occasion d'une descente de police. Tandis qu'il agonise, sa conscience vogue et revit son passé, le présent et le futur.


Ce film ne ressemble à rien. Ce film n'est même pas un film. Il ne se rapproche d'aucune sorte du cinéma (ou alors l'est complètement et entièrement). C'est un voyage hypnotique et transcendantal en forme de mille-feuille. Mais c'est aussi une pastèque, une chaise, ou un ranch. SOUDAIN LE VIDE est tout à la fois, et même plus, et même rien du tout. Gaspar Noé, ici, dans un geste infiniment personnel, parle finalement à l'univers tout entier, dans un maelstrom de sensations qui touchent à un point sensible de l'être. Cette histoire de frère mort qui surveille sa soeur au-delà de la mort et du temps, idée naïve et plutôt casse-gueule au départ, s'avère finalement secondaire ; Noé se fout de son scénario, ou plutôt l'utilise à une autre fin : la sensualité. Tout son dispositif technique, le déroulement même de son scénario (quasiment du linéaire d'ailleurs ! On fait parfois des sauts temporels, mais nous sommes fort loin du récit à l'envers d'IRREVERSIBLE) ne cherchent qu'à évoquer quelque chose d'enfoui chez le spectateur. Et ce n'est pas une nouveauté, mais Noé est complètement jusqu'au-boutiste ; tout son film se déroule en point de vue subjectif, c'est à dire que nous sommes soit les yeux de Nathaniel Brown, soit sa conscience, soit nous sommes derrière lui. Ce parti-pris de mise en scène peut sembler ridicule mais est ici complètement payant : en voyant exactement la même chose que le personnage principal (c'est à dire en étant non seulement ses yeux mais en épousant également son point de vue totalement subjectif des choses), nous vivons sa vie intérieure de manière aussi réaliste que nous vivons la notre dans notre vie de tous les jours, et ce malgré la proposition complètement fantastique et mystique de l'oeuvre. Ce (oserais-je ?) modus operandi s'avère au final d'une richesse démesurée, parce que Noé ne s'arrête pas à cette idée de petit malin, mais l'enveloppe dans un écrin hallucinatoire qui finit de nous éblouir et de nous hypnotiser.




Encore une fois, c'est un film de ressenti, d'émotion ; pas de sens caché, pas d'explications à tiroirs, et même s'il justifie son "trip" au début du film en lui donnant une explication religieuse, non seulement on devine la fin au bout de quinze minutes, mais en plus ça n'a strictement aucun intérêt. L'intérêt, c'est le voyage (et il n'est même pas initiatique, c'est un voyage, posé là, sans raison, sans but, il ne sert finalement à rien, c'est peut-être ce qui est le plus beau). Notre oeil vole au-dessus des immeubles, au-dessus des avions, passe à travers les murs et les corps, virevolte et hallucine, voit des formes géométriques étranges, prend de la drogue, meurt, vit, voyage dans le temps, se souvient et regrette, baise, espionne, compatit, et regarde le monde avec précision et subjectivité. Le sentiment d'immersion est total, et la réussite de cette entreprise passe par les effets spéciaux et le montage. Ce dernier est complètement en adéquation avec le principe de mise en scène, et c'est très visible dès le départ (je n'en dis pas trop, mais je suis resté bouche bée une bonne minute devant la poésie et l'efficacité de cette idée de montage, qui vous sautera aux yeux dès le début) ; ensuite, une fois que Nathaniel Brown meurt, le montage se fait de manière plus heurtée, mais pas seulement : il privilégie énormément la répétition, dans un geste un peu à la Greenaway (j'exagère complètement, mais c'est pour vous donner une idée) avec, pendant une assez longue période, les mêmes coupes, les mêmes enchaînements, les mêmes mouvements. C'est assez beau, parce qu'encore une fois, le principe d'hypnose fonctionne, c'est comme un immense cercle qui se répète, qui se répète, qui se répète, tout en continuant de donner des informations, dans un mouvement de vague étrangement relaxant (malgré la dureté et la noirceur de ce qui est raconté ! On n'est jamais vraiment choqué, parce que tout se passe en douce, nous sommes presqu'endormis, mais pas vraiment ; presque morts, même !). Les effets spéciaux sont d'une importance capitale, et ici, toujours au service de la mise en scène et du modus operandi du film de Noé ; ce sont des hallucinations dues à la drogue, des voyages dans la lumière qui permettent de faire des bonds dans le temps et l'espace ; ils interviennent à chaque fois qu'un espèce de point de non-retour est atteint, disons plutôt à un moment où Nathaniel Brown apprend quelque chose de nouveau. Encore une fois, ici c'est la volonté d'hypnose qui prime, et avec ces formes, ces éclats de lumière, Noé parvient complètement à son but (attention tout de même aux épileptiques, parce que le metteur en scène n'y va pas de main morte !).


Gaspar Noé a parfaitement su s'entourer pour que tout dans son film puisse concourir à ce principe d'immersion ; visez un peu le casting : Benoît Debie à la lumière, Marc Caro aux décors, Thomas Bangalter aux effets sonores. La communion de ces quatre personnalités est évidente ; on dirait que Debie a fait louer la ville entière de Tokyo, tellement toutes ces lumières, tous ces néons sont source d'une sensualité extrême. C'est peu dire que la photographie change toutes les cinq secondes, et c'est assez beau pour les scènes en extérieur : comme ce sont particulièrement des enseignes de magasins, elles s'allument puis s'éteignent, pas toutes en même temps, mais on les reconnaît facilement ; le voilà, là aussi, l'immense cercle qui se répète ! Les décors de Caro sont hallucinants, en particulier celui de l'appartement de l'ami de Nathaniel Brown, avec son Tokyo miniature et complètement fantasmé, reconstitué ! Un dernier mot de technique : le son va vous faire pleurer toutes les larmes de votre corps. Le mixage est absolument parfait (notamment quand nous sommes dans la tête de Brown), et les sonorités industrielles qui parsèment le film entier sont un vecteur d'émotion assez hallucinant.


S'il fallait vous donner une idée cinématographique de ce qu'est SOUDAIN LE VIDE, il faudrait que je parle du MIROIR d'Andreï Tarkovski (cité à plusieurs reprises, notamment à travers le choix de la musique classique - 2001 L'ODYSSEE DE L'ESPACE est également cité, mais c'est plus évident connaissant Noé), parce que ces deux films ne ressemblent à rien de connu sur Terre. Bien que les deux oeuvres soient aux antipodes, c'est pratiquement le même geste qui les réunit. SOUDAIN LE VIDE n'est pas beau, n'est pas sublime, n'est pas une arnaque, n'est même pas une protubérance prétentieuse. Il vous fera revivre des choses que vous vouliez garder enfouies. Cette oeuvre n'a pas de nom.

LJ Ghost.



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Lundi 25 mai 2009 1 25 /05 /Mai /2009 19:16

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[Photo: "La Critique emportant au loin le cadavre du Cinéma, tombé sous Ses balles." par LJ Ghost.]






Pour lire la précédente chronique focalienne et cannoise de LJ Ghost, consacrée à ANTICHRIST de Lars Von Trier, cliquez  ci-après: Jour 7.



Nous sommes en 1941, la France est occupée par les armées nazies. Christoph Waltz est un colonel de la SS particulièrement efficace, on l'appelle d'ailleurs le "Chasseur de juifs". Il se rend dans la maison d'un paysan, soupçonné d'abriter une famille de fermiers juifs. Une jeune fille s'échappera, Mélanie Laurent, qui, en 1944, tiendra un cinéma de quartier dans lequel se déroulera une projection d'un film de propagande nazie, avec la présence du Führer et d'autres hauts gradés de l'armée allemande. Parallèlement, une unité d'élite américaine (qui ont la particularité d'être tous d'anciens condamnés à mort, et d'être juifs), les Inglorious Basterds, commandée par Brad Pitt, est chargée de casser du nazi de toutes les manières que ce soit, en les scalpant ou en leur défonçant le crâne avec une batte de baseball. Hitler craint les Basterds, les Basterds veulent la peau d'Hitler, quelle autre occasion que cette projection pour arrêter la guerre ?



A partir de ce postulat, Tarantino avait un choix évident à faire : le bon gros délire bis à base de "saccageage" (si je veux) de nazis, de l'humour, des dialogues à côté de la plaque, des références Z à n'en plus pouvoir, bref, exactement ce que l'on attendait de lui. Par bonheur, ce n'est absolument pas ce qui se passe, et Tarantino déroule son film totalement à contre-courant des attentes (et de la bande-annonce) : il ne se passe rien, l'humour est très peu présent, les dialogues sont secs et rapides et les références font partie de l'histoire du cinéma classique ! C'est absolument délicieux et complètement déroutant de prime abord, et on se demande régulièrement ce qu'il essaie de faire.



Mais sinon, tout est là. Tarantino s'amuse visiblement en triturant et en parasitant les principes de mise en scène de ses confrères, qui ne l'intéressent de toute façon pas. Il se débarrasse régulièrement du banal champ / contre-champ en le remplaçant par un élégant et amusant panoramique (notamment lors de la séquence d'interrogatoire par les Basterds). Encore une fois, et comme dans quasiment tous ses films, il a une attention particulière pour le second plan ; il semblerait parfois, comme c'était déjà le cas pour BOULEVARD DE LA MORT, que s'il pose sa caméra à cet endroit et s'il décide de cette scène-là, ce n'est que pour pouvoir filmer le second plan (comment résister à l'humour complètement nucléaire et dévastateur des séquences dans le bureau d'Hitler, où dans l'arrière plan, il y a... mais je n'en dis pas plus)



Il semble tout de même qu'avec INGLORIOUS BASTERDS, Tarantino essaie plus ou moins de s'affranchir de ses films précédents, ou en tout cas de nettement différencier celui-ci. Ne serait-ce qu'au niveau du découpage : ici, il est complètement linéaire (même si encore découpé en chapitres, ils se suivent dans l'ordre chronologique) et la perte du spectateur, du point de vue sensoriel, ne se fait jamais sur ce plan-là. Ni sur le plan du dialogue, ce qui est probablement la plus grosse surprise de ce film ; ils sont devenus quasiment entièrement à caractère informatif, ils ne sont plus vecteurs de la perte du spectateur et bien que le film soit relativement bavard, ce n'est jamais à contre-courant, on ne recule jamais, on avance toujours, et beaucoup de choses sont expliqués à travers les dialogues. Non, la perte se fait ailleurs : au niveau du rythme. Il est ici sublimement maîtrisé, c'est du travail d'horloger, d'orfèvre ; il fait durer ses scènes trop longtemps, beaucoup trop longtemps, pour leur donner une conclusion provisoire, mais bien trop rapide par rapport à la mise en place de la séquence ! C'est très parlant dans l'introduction, magnifique, qui dure extrêmement longtemps sans que jamais ce ne soit rébarbatif, à la tension palpable mais où il est absolument impossible de savoir comment elle va se terminer. C'est le cas de toutes les séquences du film, qui sont exactement sur le même mode de fonctionnement. Au final, il y a très très peu de séquences (le film se résume à cinq ou six lieux, à peine plus, et fait deux heures trente !), nous sommes quasiment dans un huis clos où Tarantino s'amuse à faire monter la sauce, pour ne relâcher la pression que dans les trente dernières secondes de ses scènes. A cause de cela, j'ai un peu peur de vous parler du film, pour ne pas vous gâcher tout le plaisir de la découvertes de ces mini-conclusions. En tout cas, le montage est parfaitement maîtrisé, complètement en "slowburn", donne toute sa teneur au film, et est la raison même de son existence.




Il y a bien quelques gourmandises au niveau technique, mais elles sont relativement discrètes. Notons tout de même un joli changement de lumière sur Mélanie Laurent dans la salle de projection, ou la formation du visage sur la fumée (je code, bien sûr). Tout cela est plutôt bien vu et très beau, mais finalement ce n'est pas le point central du métrage ; tout le dispositif technique, le scénario, les acteurs sont entièrement dévoués à ce faux rythme qui nervure tout le film, c'est assez beau à voir. La violence est elle aussi réduite à la portion congrue ; elle est parfois complètement intégrée au film, traitée comme quelque chose de normal et d'autres fois (une en particulier, je ne vous dit pas où) qui est très mise en avant, surdécoupée et où les sensations sont décuplées. Cela n'intervient vraiment qu'une fois, et c'est très suffoquant et surprenant. Mentionnons également la superbe dernière séquence, où la tension est à son maximum et où on ne voit jamais rien venir, où tout n'est que surprise (en écrivant, je me rend compte que le film entier est une vaste surprise, dans laquelle on ne sait jamais où on va ni où on nous entraîne, et je dois avouer que c'est déroutant mais vraiment très agréable ; Tarantino semble avoir tout compris au cinéma, finalement), uchronie en forme d'explosion nucléaire ; il s'affranchit de tout et acquiert ici une véritable liberté, peut-être la plus grande liberté de sa carrière. C'est assez splendide.




Un petit mot sur l'acteur principal du film : Christoph Waltz, en colonel SS, vole la vedette à absolument tout le monde ; il est d'une précision magnifique, c'est la star du film et la révélation d'un immense talent.



Note du festival : quatre sur cinq, parce que c'est Tarantino, et qu'il jouit d'une réputation quasi-parfaite, même si tout le monde a été déçu par INGLORIOUS BASTERDS (en même temps, tout le monde a détesté ANTICHRIST aussi, alors bon).




LJ Ghost.




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Vendredi 22 mai 2009 5 22 /05 /Mai /2009 22:59

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