Corpus Filmi


(Photo:"Are we not Women?" par Dr Devo)




Chers Focaliens,

 

Revenons aux choses sérieuses, revenons au cinéma.

 

Il y a toujours un petit programme de reprises affriolantes qui passent à côté du Pathugmont, programme qui, s'il ne brille pas en général par son iconoclasme (on programme du connu, en général), permet quand même de revoir quelques classiques, avec un certain amusement, on le verra.

 

 

C'est par accident que je découvrais le film de Hawks sur grand écran, m'étant trompé d'horaire pour la séance d'un produit industriel plus récent. Comme quoi, le hasard fait quelquefois bien les choses. Ici, on est très loin de détester Marilyn Monroe (regardez le méconnu TROUBLEZ-MOI CE SOIR du grand Roy Ward Baker) et on aime bien Hawks. Alors évidemment dans ces conditions, on se laisse tenter...

 

Marilyn et Jane Russell sont à la fois de grandes amies et des collègues, car elles travaillent toutes deux dans un petit cabaret où elles dansent et chantent tous les soirs. Monroe, fille nunuche mais persuadée de ne pas l'être et surtout arriviste de première, a un admirateur chaque soir dans le public en la personne d'un grand dadais, complètement naïf et sans aucun doute niais dans plein de sens du terme, mais qui a pour lui d'être le fils richissime d'un industriel qui ne l'ait pas moins, riche. Evidemment, papa ne sait pas que le stupide fiston fricote avec une danseuse ! En tout cas, le grand dadais fait sa demande en mariage à Monroe et lui offre une croisière transatlantique, croisière à laquelle il ne pourra assister. En fait, c'est une espèce de piège : un détective privé bellâtre embarque aussi sur le bateau avec pour mission d'enregistrer les preuves de la légèreté de Monroe avec les hommes. Monroe et Russell (qui la chaperonnera pendant le voyage) embarquent donc pour cette croisière de luxe remplie de beaux jeunes gens. Mais Marilyn s'intéresse surtout à trouver une compagnie masculine plus riche que son potentiel futur mari. Et le détective privé ne va pas avoir à chercher beaucoup pour trouver des preuves compromettantes...

 

 

Ha, l'âge d'or des comédies de mœurs hollywoodiennes ! Tourné au format 1.37 dans des couleurs cinémascope très chatoyantes, LES HOMMES... commence d'entrée de jeu par un numéro de cabaret chanté qui sera ici montré dans son entier et qui permet de découvrir tous les charmes et les talents de Jane Russell et Monroe, ici courtes vêtues. On enregistre les premiers indices. Quatre minutes plus tard et la première scène non-chantée arrivant, on comprend bien vite ce qui va arriver. Le numéro d'ouverture n'était pas d'une grande flamboyance : couleurs criardes, partition classique, paroles attendues et un découpage très anonyme dans un décor étriqué, voilà qui calme les ardeurs. Dans un certain sens, ça ne s'améliorera pas. Si les décors, tous de studio, sont nombreux et blindés de figurants, on retrouve les mêmes problème de cadrage ; les acteurs sont souvent de profil ou face caméra, et les seconds rôles ne sont parfois pas cadrés du tout. Dans tous les cas, ça n'est jamais très beau ni spécialement pertinent et l'on a vraiment l'impression d'assister à de la bête transposition théâtrale. La photographie, très monocorde et sans subtilité n'apportera également rien. La musique, omniprésente (la moitié du film relève de la comédie musicale), est, exception faite, et encore, du tube DIAMONDS ARE A GIRL'S BEST FRIENDS, très anonyme. Le film s'inscrit assez clairement sous le joug de la culture de Broadway (il est tiré d'une comédie musicale) et de l'entertainment classique de l'époque. Bref, ça sent le grand tirage et l'industrie, et si le nom de Hawks n'apparaissait pas au générique, on aurait attribué le film à n'importe qui d'autre. Notons quand même que le final et la chanson DIAMONDS... est effectivement mieux mis en scène, de très peu, et que quelques plans sont enfin jolis et s'essaient au surcadrage, au recadrage et au jeu sur l'échelle de plan, aidé en ça, il est vrai, par un décor un peu plus vaste. Mais même là, on est très loin de l'aura mystique et merveilleuse que cette séquence célébrissime a laissée dans l'histoire du cinéma ! Ca n'est quand même pas grand-chose...

 

Côté fond, c'est aussi décevant. Le film est clairement une farce mais ici sans saveur. De la classique distinction entre personnages très premier degré et jouant sur les archétypes, et certains (peu nombreux) seconds rôles jouant tout à fait sérieusement et pas du tout, eux, sur le mode boulevardier, rien ne ressort et rien ne colle. Le timing est épouvantable, les acteurs semblent jouer tous dans leur coin, et de toute manière c'est la farce attendue qui est privilégiée. Pourtant, on sait ici, à Matière Focale que des situations ou des personnages caricaturaux peuvent donner des développements subtils ou troublants (Maryiin articule bien, c'est sûr, mais anônne  et semble absente, et heureusement Jane Russell met un peu de peps dans l'ensemble). Le film de Hawks ne nous donnera jamais cela, et préférera rester à la surface de ces personnages. Allusions sexuelles ou grivoises n'y changeront rien, et même le petit paradoxe entre les héroïnes (une blonde stupide et cupide jouant au nom du Grand Amour, et une brune adulte, plus terre-à-terre, pleine de chien, sans illusion mais vraie amoureuse pragmatique), seule idée du film, ne bougera pas d'un iota pendant 90 minutes. L'humour a vieilli, et est souvent d'un grand pompiérisme, alors même qu'à la même époque, on pouvait trouver des formes d'humour qui elles n'ont pas pris une ride (Lubitsch, les autres films de Hawks, Wilder...). C'est uniforme, mou et sans aucun sens du rythme. Bref, encore un "chef-d'œuvre mondial du cinéma"  d'un grand anonymat et d'une absolue médiocrité qui ne doit sa réputation des années après qu'au fait qu'il fut un succès à l'époque. Dieu merci, Hawks n'a pas fait que ça !

 
Courageusement Vôtre,
Dr Devo. 
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Mercredi 3 septembre 2008 3 03 /09 /Sep /2008 14:49

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[Photo: "Supporting characters waiting in the script lobby" par Dr Devo.]










Chers Focaliens,

 

Même si je n'avais pas vu BOXING HELENA, le premier film de Jennifer Lynch, j'en avais entendu parler largement par l'étrange témoignage  de notre ami le Marquis qui décrivait la chose comme étrange et croquignolette. Et même moyennement abouti. N'ayant pas eu l'occasion de le voir, je n'en fus pas moins attiré, me disant que cette chose-là sentait largement le faisan, et donc était un peu pour les pervers comme moi. Quoi qu'il en soit, SURVEILLANCE et son joli casting (Julia Ormond, Bill Pullman et Michael Ironside) relève un peu le niveau d'un été, pour ne pas dire un trimestre bien tristoune et très peu sexy. Approchons-nous.

 

Les USA, de nos jours, dans les alentours de Ploucville. La région a beau être désertique, il n'empêche qu'il s'en passe, là, des choses. Bill Pullman et Julia Ormond, agents du Hefbihaye débarquent au milieu de ce trou afin d'élucider une bien étrange affaire dont nous ne savons presque rien, d'une part, et qui est bien confuse d'autre part. En tout cas, ça a été très sanglant. Voilà nos donc nos deux héros qui arrivent dans le petit commissariat local dirigé par Michael Ironside. Il va falloir interroger les survivants, à savoir une petite fille de 8 ans, un policier local (et donc sous les ordres de Ironside) qui a perdu dans l'histoire un de ses collègues, et une jeune femme junkie. Pullman décide d'interroger, curieusement, ces trois témoins simultanément. Les flics locaux questionneront le policier et la junkie tandis que Julia Ormond écoutera la petite fille. Pullman de son côté va épier simultanément ces témoignages via un système de surveillance vidéo ! Et très vite, on comprend mieux ce qui s'est passé... Mais tout cela est aussi terriblement confus, car nos témoins ont tendance à ne pas dire exactement la vérité...

 

 

Alors oui, même si Jennifer Lynch ne se bat absolument pas dans la même catégorie que son illustre géniteur (je passe d'ailleurs sur le plan qui nous montre le commissariat et qui singe un peu le célèbre paternel de manière peu élégante), on est plutôt surpris dans le bon sens du terme par l'entame du film. D'abord parce que les acteurs et les événements "mettent la pression" dans le sens où ils surchargent de sensations et d'informations contradictoires des scènes d'ouverture somme toute assez banales théoriquement. Il y a du décalage, des malentendus de langage et des comportements typés (les deux flics quasiment abrutis). Par là-dessus, si j'ose dire, le dispositif installé par le personnage de Bill Pullman est complètement loufoque mais promet de belles choses. Première excentricité, les interrogatoires simultanés qui annoncent une narration à trois point de vue, un peu  à la RASHOMON. Ensuite, le mode de narration qui n'est pas révolutionnaire pour autant, est quand même plutôt ludique. Les témoins de cet horrible fait divers mentent comme des arracheurs de dents. Jennifer Lynch en profite et utilise l'alternance du montage entre les deux niveaux de narrations (voire trois : les témoignages a posteriori dans le commissariat, les images de flash-backs contredites par les commentaires des témoins sur ces images) et ce, avec une certaine nervosité. De son côté, le scénario ira crescendo dans l'absurde et l'enchevêtrement d'événements progressivement de plus en plus absurdes. Ça fonctionne tranquilou.

 

Pour résumer, on peut dire que le premier quart d'heure est tout à fait excellent, bien soutenu par les acteurs et l'écriture qui jouent la référence "hors-champ" pour ainsi dire, c'est-à-dire que leurs réactions, on le sent nettement, sont motivées par des éléments sans doute essentiels, mais dont les tenants et les aboutissements nous échappent totalement. C'est toujours charmant, on prend. Le quart d'heure qui suit nous fait voyager dans le passé et dans l'événement sanglant qui nous occupe. Lynch monte la narration plutôt nerveusement. C'est moins tenu pourtant que l'introduction et les toutes premières 15 minutes où le cadre et le montage sont plutôt précis, mais bon ça fonctionne.

 

 

Un premier indice vient cependant nous mettre la puce à l'oreille. Lors du deuxième flash-back et du  premier changement de point de vue, bizarrement la photographie change. Pourquoi ? Sans doute pour bien souligner que "ce n'est pas le même personnage qui parle". Mouais. C'est un peu court et ça augure de maladresses à suivre. Je m'explique. Lynch base son film et fait des efforts pour mélanger les cartes et nous préparer dans un jeu de bonneteau narratif qu'on est en droit d'imaginer bizarre et surtout contradictoire, et qui devrait troubler une narration que d'autres auraient voulue plus linéaire et plus claire. Ce qui met l'eau largement à la bouche, c'est qu'on sent que le film va tout mélanger, semer le trouble, nous empêcher de comprendre la situation de manière univoque et favoriser sensations et faits subjectifs. Le jeu narratif devait faire le reste puisqu'il y a trois niveaux de lectures : ce qui s'est vraiment passé, ce que racontent les témoins (et qui n'est pas forcément la vérité), les contradictions entre ces témoignages, la relecture d'événements communs à plusieurs témoins mais racontés subjectivement avec des sensations et des raisonnements différents, et aussi ce qu'il se passe d'un point de vue policier et humain dans le commissariat, et ce n'est pas forcément là d'ailleurs que les choses devraient être les moins bordéliques. Bref, il y avait là de quoi construire une joyeuse confusion, bien trouble, et de quoi déjouer les films de la narration classique. Le montage aurait pu largement semer le troub(jele ou déplacer les points significatifs sur des détails a priori peu importants, etc.... Mais, ce premier changement photographique fait peur : Lynch met en place, assez adroitement en plus, un joli et compliqué système narratif, et riche en suspens qui plus est, dans l'espoir délicieux (pour nous spectateurs) de nous plonger dans un certain chaos où on pourrait se perdre avec délice, et dans le même temps, là où elle semble prôner ce chaos, elle recadre les choses par ce changement de photo (pas très beau en plus, tout en couleurs hyper saturées), comme pour mettre de l'ordre et bien baliser la lecture. Le paradoxe est tout de même très étrange, n'est-ce pas ?

 

 

Hélas, trois fois hélas, même si le changement de photo n'est pas grand-chose en soi, la suite nous donne plus que raison, et la déception est tr ès vite à la hauteur du premier quart d'heure très réussi et du quart d'heure suivant plutôt sympathique. De manière très surprenante, Lynch ne fera quasiment rien de son dispositif ! Eeeeeeeeet ouiiiiii ! Très vite, le jeu sur l'opposition entre les images du passé et les commentaires qui y sont apposés est abandonné. Et chose beaucoup plus grave, très rapidement et de plus en plus à mesure que le film avance, les témoignages cessent complètement de se contredire et au lieu de servir le film, ils servent Lynch et le scénario. Adieu la piste RASHOMON. Adieu la contradiction. Le patchwork de narrations et de témoignages se découd à une vitesse hallucinante pour ne devenir presque rien, enfin tellement moins que ce qui était annoncé. Car finalement, que se passe-t-il quand on revient sur les faits ? Pas grand chose. On nous promettait une lecture trouble et difficile à découdre, et les trois témoignages, et c'est hallucinant de recul, n'en deviennent qu'un ; tout le monde mentait, ce qu'on racontait au FBI était cousu de mensonge et contredisait le flash-back lui-même, et les points de vue de chaque protagoniste, semblait-il, allaient se contredire ou tout du moins mettre en lumière des paradoxes et des zones d'ombres abyssales. Mais trèèèès vite, au bout de 40 minutes de film ou un peu plus, les trois témoignages ne consistent plus qu'en un changement de voix-off et les trois témoignages se confondent en un seul. Que reste-t-il alors à nous mettre sous la dent ? Que devient la mise en scène ou tout du moins la narration ? Un jeu simplet, à peine trouble et jamais contradictoire où la vérité n'offre justement aucun paradoxe et où elle est désespérément univoque. Il ne reste plus à Jennifer Lynch qu'à nous dévoiler le contrechamp des événements, c'est-à-dire à révéler les deux ou trois éléments simplissimes qui nous ont été tout bêtement cachés en début de partie. On attendait un état des lieux foufou et impressionniste et on se retrouve dans un bête film de scénario, utilisant les plus classiques ressorts du thriller tordu. Quelle déception : SURVEILLANCE  n'est qu'un scénario de petit malin de plus. La complexité disparaît bien vite, et le dispositif ludique abandonné au profit d'un film narrativement attendu et clair comme de l'eau de roche.

  

 

Côté mise en scène, comme par hasard, si j'ose dire, les choses s'appauvrissent vite aussi. Les jolis cadres, le montage plutôt marrant des dialogues et même gobalement bien rythmé du fameux premier quart d'heure avec lequel je vous bassine depuis le début devient plus lâche, plus imprécis, et plus poseur.  Parallèlement, les personnages changent aussi, ce n'est pas illogique, et s'appauvrissent. Puisque Lynch se repose sur son scénario, il est normal que tout cela soit globalement moins vivant, même en ce qui concerne le jeu. Malgré les twists (comme par hasard !), toute cette population devient moins surprenante et affiche des visages très très lisibles, de moins en moins ambigus au fur et à mesure de l'avancée du film. On peut même dire que les twists, jamais une belle option d'ailleurs, loin de nous surprendre, rendent au contraire les personnages nettement plus prévisibles et sans surprise. Bon, déjà ça calme comme dirait l'ami Bill Yeleuze. Lynch, elle, ne chôme pas en quelque sorte et prépare son coup : elle pousse les acteurs dans une ambiance plus loufoque en leur demandant d'en faire des caisses. Alors, le jeu hystérique, vous le savez, chères lectrices, je n'ai absolument rien contre bien au contraire, moi qui suis fan des films de Zulawski ou qui me réjouissais récemment des acteurs du dernier long-métrage de Carole Laure. Ici, c'est plus gênant. Bon, je viens de le dire, et c'est un paradoxe, les personnages sont déjà bien anémiés, mais en plus, Lynch essaie en fait de donner à son film une tonalité folle et décalée... qui ne fonctionne pas du tout ! Car, du coup, tout cela paraît prévisible d'une part, et arrive comme un cheveu sur la soupe : elle lâche les chiens dans la direction d'acteurs en leur demandant de patater de manière hénaurme au moment même où les personnages n'ont jamais aussi peu de mystère. Au moment même où ils sont les plus classiques du monde. De plus, la dose de sentiments "sulfureux" qu'aimerait nous injecter la réalisatrice devient un simple gimmick et même plus, un facteur aggravant. Est-on choqué ou excité par tant de perversité ? Absolument pas. Le film est tellement sage quand cette dernière partie s'enclenche que finalement ces poussées loufoques et "provocatrices" paraissent très naïves et présentent la cinéaste comme une adolescente toute fière de braver les interdits là où elle est en train, au contraire, de faire la chose la plus attendue et la plus classique du monde. Elle a détricoté très vite son film. Les acteurs en jouant au tractopelle dans un dispositif devenu simplissime et prévisible tendent à nous faire penser que Lynch a peut-être voulu, là, pour le coup, singer l'aspect "décalé" des films de son père. Il manque plus que Dennis Hopper et le tableau est complet, en quelque sorte, dirions-nous si nous étions méchants ! Mais, le père David, lui, ne fait pas dans le décorum, et quand il fait de la narration, si c'est obscur, ça le reste... Faire jouer les acteurs en mode loufoque et décaler n'est pas une volonté de direction artistique, c'est au contraire une résultante, la conclusion d'une construction atypique et disnarrative. Ici, Jennifer plante complètement le projet original et donne la désagréable sensation d'avoir voulu faire un coup. Si la mise en scène était restée rigoureuse on aurait eu dans SURVEILLANCE un film sans doute faisandé mais étrange. Là, on a une carte de visite branché, enfin surtout classique et l'impression de s'être coltiné un petit malin. La mousse, c'est bien, mais la bière, c'est quand même mieux. Lynch voulait faire un film original, trouble, fou et qui nous perde. SURVEILLANCE est un film sage, classique, prévisible et qui manque, paradoxalement, complètement d'ambiguïté. Un film de plus, quoi...



Décidément Vôtre,


Dr Devo. 

 

 

 

 

 

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Lundi 11 août 2008 1 11 /08 /Août /2008 11:11

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[Photo: "Christ Off" par Dr Devo, d'après des photos issues de la série SPECTREMAN.]






5... 4... 3...

 

Alors qu'une voix grave et imposante termine le décompte, le morceau The Final Countdown du groupe EUROPE démarre...

 

C'est parti pour cinq minutes de folies, le public allant de 7 à 77 ans se met à danser jusqu'à atteindre la transe. Le morceau s'arrête net. Sur la scène le rideau à pois multicolores s'ouvre et laisse entrer L'Ultime Saut Quantique.

 

-Salut les Kiiiiiids !

 

Les applaudissements pleuvent.

 

-Bonjour L'Ultime Saut Quantique !

 

Après une longue salve d'applaudissements, tout le monde s'arrête net.

 

-Est-ce que quelqu'un peut me dire ce qu'il entend par "développement durable" TM ?

 

-C'est ta mère !

 

Plusieurs personnes se mettent à rire dans la salle, de même que L'Ultime Saut Quantique...

 

-Ah ah ah, non ce n'est pas ma mère, mais c'était plutôt bien tenté ;-) !

Peut-être Jimbo pourra nous répondre.

 

Un jeune garçon de 6 ans, plutôt potelet, binoclard monte sur scène et saisi le micro que lui tend L'Ultime Saut Quantique.

Après une grande inspiration :

-Le développement durable c'est le respect des générations futurs  Mais c'est aussi ce qu'on inventé les grandes firmes pour mieux nous aider à consommer

 

-Whoa comme tu y vas Jimbo ! Et ton Papa qui est là bas m'a dit que tu étais atteint d'une leucémie.

 

-Oui, et quand je serai mort je veux être enterré dans un cercueil en bois recyclé. On l'a déjà commandé sur Internet avec Maman.

 

-Bon et aujourd'hui tu veux nous parler de Wall-E je crois ?

 

-Oui, comme c'est très à la mode et que Pixar et toujours à la pointe de la technologie et des combats d'avant garde, Wall-E surfe aussi sur cette vague de développement durableTM. Pour ce qui est de l'histoire, la Terre étant trop polluée, les humains l'on désertée et Wall-E, un gentil petit robot, est chargé de la débarrasser de ses innombrables déchets. Esseulé, mais oeuvrant de bon cœur et s'improvisant une collection d'objets plus ou moins futiles pour s'occuper (Vous sentez la poésie ?), il finit par recevoir la visite d'une "robote" venue de l'espace, chargée d'une mission spéciale... (Vous la sentez venir la belle fable écologique ?)

 

On peut entendre des sifflets et quelques applaudissements dans le public.

 

-Ah ah ah! Vas-y, continue Jimbo...

 

-Suivant la grande tradition Disneyenne d'anthropomorphis-ation des choses et des animaux nous avons droit ici aux robots. Et donc nous suivrons les pérégrinations de ces deux robots et/ou enfants (?!). Ou plutôt de ces deux autistes, ce n'est pas tant cynique ni méchant que ça, Wall-E et sa "copine" ont vraiment des attitudes d'attardés, il répètent quinze fois la même chose, se cognent partout etc. 

 

-Ah ah ah!

 


Générique de Fin

 

-Ce dernier est ainsi fait : il prolonge la trame scénaristique en mettant en place divers tableaux qui nous montrent les évènements qui suivront la fin du film. Tel qu'ils sont faits, ces quelques tableaux retracent en fait brièvement "L'histoire de l'art" depuis nos origines. On commence avec des dessins façon grottes de Lascaux (si tant est que l'on puisse considérer ces dessins comme une démarche artistique...). On passe ensuite par des gravures du type Grèce antique, des hiéroglyphes, l'Expressionnisme, l'Impressionnisme etc. Est-ce à dire que Wall-E, et de manière général l'image de synthèse dont sont aujourd'hui faits la quasi totalité des dessins animés, forment, pour le moment, la dernière avancée en terme d'art. C'est du moins ce qui est sous-entendu par ce générique (à moins que ce ne soit moi qui cherche la petite bête...). On peut, malgré tout, toujours se poser la question... Et laisser d'autres y répondre (je vous renvoie aux articles de B. de Multa Paucis qui a largement creuser la chose et dont je partage l'avis). Donc l'image de synthèse... Bah oui c'est très beau, très propre (même les amoncellements de déchets qui recouvrent la Terre sont "propres", dans le sens où ça ne respire pas vraiment la crasse, la pollution, c'est très lisse - et là vous me direz : "Mais c'est normal, c'est avant tout pour vous les enfants etc". Et là je vous répondrai... "Et alors!" Je ne dis pas qu'il faille faire quelque-chose de bien cracra à tout prix, mais là on est vraiment dans une logique Disneyenne énervante du tout lissage (en somme, rien de nouveau sous le soleil me direz vous !). Et donc, on est au final plus en face d'une prouesse technologique pour nous en mettre plein la vue (ah ça, ils se sont fait chier les pixariens pour faire des beaux reflets et de la bonne rouille au rendu bien réaliste !), plutôt que dans une démarche vraiment artistique.

 

Une idée m'a tout de même semblé assez intéressante car venant casser un peu cette synthèse classieuse et sans défaut. L'intrigue se passant dans un futur fort lointain, il nous sera donné à voir via des archives vidéo (mais ce sera tout de même trrrrèèèèès court !) quelques images d'humains dans une période beaucoup plus proche de la notre. Des humains filmés en "live" sont ainsi incrustés dans des décors en synthèse. L'incrustation est tout à fait sommaire ce qui m'a paru du plus bel effet parce qu'en fait assez laid par rapport au reste (Cet effet est assumé par les pixariens puisque cette courte séquence vient critiquer notre mode de vie consumériste) C'était plutôt bien senti.

 

Bon mais à part ça, et quelques gags plus ou moins amusants c'est pas le pied. Et oui, c'est pas le tout de faire de la belle image au rendu bien réaliste, encore faut-il faire preuve de mise en scène puisque nous sommes au cinéma. Et là, on se fatigue tout de suite beaucoup moins (alors qu'on préfèrerai le contraire). Nous avons droit à du bon gros déroulement de story-board avec défilement de vignettes sans trop de liaisons et une réalisation pépère avec du plan rapproché encore et encore. Bah oui, pas évident de faire ressentir les émotions du robot anthropomorphisé si c'est pas en plan rapproché... Encore que je suis mauvaise langue puisque les sons sont également pas mal utilisés dans ce sens, mais bon on est quand même loin des petites folies visuelles comme on avait pu en avoir dans MONSTRES ET CIE avec la sympathique séquence de poursuite à travers de multiples portes... Bon au final c'est peut-être pas si infamant que ça, mais un peu insipide tout de même !

 

Alors j'en entend dire : "Ouais, mais c'est quand même fort original ce début de métrage, où on ne parle presque pas, seuls certains bruits se font entendre..." Pffffiou, mais il y'a aussi la musique qui vient bien cadrer tout ça et qui nous empêche de faire un peu marcher nos sens et notre tête ! Aie aie aie...

 

Bon et puis le beau message humaniste pour revenir au scénario, rassurez vous, nous, vos chères têtes blondes à qui ce film est avant tout destiné, ne faillirons pas à la tache, nous resterons comme tout à chacun des consommateurs et pollueurs avertis. Ce n'est pas Pixar qui changera ça (Au contraire même, puisque pendant que je vous parle les petites figurines, albums Panini et que sais-je encore, estampillées Wall-E s'arrachent comme des petits pains). Et ouais, on sent bien un léger paradoxe n'est ce pas ? Cela dit, je suis peut-être mauvaise langue, les jouets Pixar sont sûrement fait avec du plastique issu de pétrole bio ;-).

 

Applaudissements.

 

En conclusion je me demanderai si Pixar, qui semblait avoir un peu dégraisser le mammouth Disneyien, ne serai pas en train de retomber dedans, perdant un peu de son originalité. Ou alors c'est moi qui ai tout simplement grandi... Un peu de deux je suppose.

 

Le public et ému, Jimbo redonne le micro à L'Ultime Saut Quantique et le show continue...

 

 

 

 

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Lundi 4 août 2008 1 04 /08 /Août /2008 17:17

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[Photo: "ERTUEM!, ERTUEM!, and vegetables" par Dr Devo.]

Chers Focaliens,


Il aura fallu que l'ami Bill Yeleuze me fasse la leçon pour que j'aille en salles malgré un emploi du temps surchargé ne me laissant que peu de place ne serait-ce que pour exécuter les tâches basiques (manger, dormir...). Il aura aussi fallu une grande dose de courage pour enfiler un vêtement et affronter les condensations collantes du vêtement contre le bonbon, phénomène inévitable en ces temps de grandes chaleurs lourdingues comme celles-ci...



On avait déjà parlé ici de Louis Letterier à propos de son DANNY THE DOG, film pas formidable mais légèrement au-dessus de la moyenne des films que je vis cette semaine-là, jadis, ce qui ne veut pas dire grand chose, je vous l'accorde ! Breeeeeef.


Ça ne va pas bien du tout pour Banner, mais alors vraiment pas. Depuis qu'il a été exposé aux rayons gamma, suite à une expérimentation scientifique sur laquelle il travaillait, les choses vont de mal en pis. Pourchassé par le Général William Hurt, il se fait oublier dans une favela du Brésil tandis qu'il essaie de trouver un moyen de guérir de la terrible mutation qui le frappe : quand il s'énerve, il devient Hulk, créature monstrueuse et verte qui détruit tout sur son passage. Banner apprend donc à rester cool en toute circonstance et se cache parmi la population la plus pauvre qui soit.

Mais les meilleures planques ont une fin. Suite à un accident stupide, William Hurt retrouve la trace de Banner et envoie à ses trousses un commando sur-épuipé de l'armée mené par Tim Roth, soldat d'élite, spécialisé dans les missions ultra-difficiles et supra-confidentielles. Voilà la légion qui débarque dans la favela et il s'en faut de peu pour que Banner se fasse capturer. Cela dit, c'est fini la bonne planque et les pinas colladas à volonté. Banner doit rentrer aux USA pour retrouver des données qui pourront peut-être le sauver. Pour cela, il doit revenir chez lui et éviter de crois Liv Tyler, son amoureuse, afin qu'elle ne court aucun danger... Évidemment ça rate : Banner recroise Liv et en plus, le général Hurt lui a préparé un sacré comité d'accueil.



Par où commencer ? Tiens, si on essayait par ce qui fonctionne le mieux. Ça tombe bien, c'est le générique. A l'aide de nombreuses petites ellipses, pas extraordinaires mais assez rigolotes qui fonctionnent comme un vignettage, Leterrier fait un bon résumé de l'histoire, sans parole et en laissant place à la musique banalement pompière de Craig Armstrong. Rien d'extraordinaire, mais plutôt agréable.



Maintenant, le reste. BaaaaH... On sait assez vite à quelle sauce on va être mangé. HULK commence donc au Brésil, et encore plus à Closeupland, le pays du gros plans. Vous avez l'impression qu'on répète souvent les mêmes choses sur Matière Focale ? Vous avez raison ! Pour autant ne tuez pas le messager et attaquez vous directement à la source, à savoir les "réalisateurs" (le mot pose problème, on le verra plus bas). Comme la majorité des productions et la quasi-totalité des blockbusters, HULK à ce défaut fatiguant de ne faire quasiment que du gros plan. Bien sûr, on aura le droit à des plans de demi-ensemble "géographiques" pour présenter tel ou tel décor. Mais dans l'ensemble et particulièrement dans les dialogues, ici omniprésents, les tunnels de plans rapprochés n'en finissent plus. Et du coup que se passe-t-il ? (Allez, tous en chœur !) "Bah, y'a pas d'échelle de plans !" Bingo, vous avez gagné un yoyo en bois précieux du Japon avec une ficelle du même métal, comme disaient les poètes.  Pas d'échelle de plans, ou alors sans cohérence ni point de vue, et un montage en conséquence, généralement très mal goupillé, transformant notamment les scènes d'action (la première poursuite par exemple) en chapelet de plans individuels et indépendants dont je vous mets au défi de dire quelles sont les raisons de leur place et de leur agencement. Cette poursuite haletante donne clairement l'impression, par exemple, que Banner-Norton (ha oui, je vous ne l'avais pas dit, c'est Edward Norton, le gentil Hulk) et les militaires qui sont à ses trousses comme deux groupes faisant partie de deux films différents et qui ne se rencontrent jamais. Bref, dans ce contexte, c'est déjà cuit, adieu cinéma rêvé, il n'y a pas de mise en scène mais seulement de la mise en image. Rajoutez par là-dessus une photo désastreuse, vraiment très laide, tentant sûrement de cacher la misère du tournage en studio, et vous obtenez les bases du cocktail indigeste. Le paroxysme est atteint, dans un ensemble déjà médiocre et sans aucune personnalité, par les scènes d'actions à effets spéciaux, et là accrochez-vous, car ça ne rigole pas du tout.



Que se passe-t-il dans la tête des producteurs et du personnel réalisant dans ce type de production ? Comment peut-on se vautrer à ce point dans l'erreur sans que personne ne fasse de remarques quant à la médiocrité des effets ? Entraînement de groupe ? Atomisation du travail des effets entre trop de mains qui ne voient pas ce que leurs collègues font ? Inconscience pure ? Bon, on le sait, les effets spéciaux numériques ne sont pas vraiment ma tasse de thé. Je râle même devant les effets du KING KONG de Peter Jackson par exemple, dont la direction artistique me paraît douteuse. Ceci dit, ici, on est très loin, mais alors très très loin, de la qualité des effets dans le film que je viens de citer ! Bon, déjà, et ça n'aide pas, comme je l'ai dit, le découpage est absolument affreux, et bien sûr, par voie de conséquence, n'induit aucun rythme ni aucun point de vue original. On se demande même ce qui préside à la volonté de filmer telle scène d'action de cette manière plutôt qu'un autre, tant la mise en scène globale est hasardeuse. Évidemment, ça pue le story-board à plein nez ! On sent que ce sont les équipes d'effets spéciaux et le story-boarder, donc, qui président à la destinée de la réalisation. C'est vraiment une très mauvaise option tant ces gens ne connaissent absolument rien au cinéma. Ce sont en fait des graphistes, des relookers. Et là, on est gâté, car presque tout est complètement raté. Pas un peu, mais vraiment beaucoup. Et ...HULK finit par concentrer tous les modus operandi, et donc les défauts des grandes productions, ici réunis dans un grand cocktail de choses à ne pas faire.


Très embêtées par le cahier des charges concernant le monstre, les équipes d'effets spéciaux se trouvent devant un gros problème : comment rendre moins synthétique cette créature qui n'a pas de poils (le grand soucis de ces gens-là, en matière d'animation numérique) et qui n'est pas fait non plus de métal, ni en bois précieux du Japon ?   Bah, c'est très dur ! Alors la solution c'est le rendu-image. Rires. L'option choisie est de créer dans tous les plans spéciaux un effet de tremblé ! C'est tout. En fait c'était simple, la solution était sous nos yeux! Le résultat est édifiant. Les personnages ou les objets numériques n'apparaissent jamais nets et bien sûr, quand on couple ce fait aux options de mise en scène et de montage hasardeux où le plan s'atomise lui-même sans aucune conséquence sur ses petits camarades (les autres plans, quoi !), on obtient un mélange des plus drôles :  c'est au mieux très laid, c'est souvent cheap, et puis dans beaucoup de plans, et même de plus en plus à mesure que l'on avance dans le film, on comprend de moins en moins se qui se passe à l'écran. Ha bah oui, dans la séquence finale, on voit un truc vert qui se bat (ou qui fait l'amour... Dur de distinguer quoi que ce soit dans ces circonstances) contre une masse beige. On entend du bruit dans la bande-son. Une explosion par exemple. Alors on se dit : "tiens, quelque chose a du explosé" et effectivement on distingue une tache jaune dans le fond du plan suivant. Au bout de trente secondes de ce régime, l'ennui profond s'installe. Ça devient de la radio. On pourrait passer des extraits du dernier clip de Britney Spears que ça n'en serait pas moins absurde. C'est laid, c'est illisible et surtout on ne sait pas du tout ce que ces gens font. Si ça trouve ils font des roulades ou jouent à pierre-feuille-ciseau. Comment savoir ?

Il y a même une très rigolote série de plans, très courte (une dizaine de secondes), absolument hilarante. Tim Roth vient de se transformer en monstre mutant. Il détruit un building et saute dans la rue. Deux soldats le suivent. Et là, j'ai cru que j'allais pleurer de rire en voyant le plan en caméra subjective qui suit. Et il résume tellement bien le problème de ce film (on peut donc apprendre en s'amusant ! Merci docteur !). Dans ce plan, on voit une ruelle qui débouche sur une autre rue perpendiculaire. Quand il commence, Roth le Monstre s'échappe. Premier effet pourri, comme d'habitude, le plan tremblote sa mère, comme votre mamie Jeannette avec son parkinson ! Premiers rires. Le monstre s'engouffre dans la rue perpendiculaire et disparaît du champ : immédiatement le plan cesse de trembler et devient net ! Gag ! Puis on entend des bruits de pas du monstre, des pneus qui crissent et là on voit au bout de la ruelle deux pauvres voitures (pas numériques, elles) s'encastrer mollement l'une dans l'autre, dont une avec le capot enflammé comme dans un bon vieil épisode de L'AGENCE TOUS RISQUE. La messe est dite. Incapable de faire cohabiter deux actions conséquentes et consécutives, HULK se vautre dans une surenchère numérique, mouais, mais surtout d'une laideur incommensurable, et dés qu'un effet "réel" arrivent dans le champ, on voit comme le nez au milieu de la figure qu'ils ne savent plus du tout quoi faire, ni comment, ces pauvres gens. On peut se moquer des incrustations et des fonds bleus des époques passées, mais il est très clair que le cinéma d'effets spéciaux d'aujourd'hui a vraiment perdu en qualité, paradoxalement, à l'heure ou débarquent tous les outils informatiques  les plus puissants et qui devraient, sur le papier, aboutir aux effets les plus soufflants du monde. L'avancée technologique, encore une fois, est placée aux mains de gens qui n‘ont aucune sensibilité artistique, et la complexité des systèmes de productions (trop de commanditaires, trop de producteurs, trop d'équipes avec beaucoup trop de gens, et manque global de coordination, manque de temps, puis manque d'un capitaine qui dirige l'aspect artistique du navire) fait que, d'un strict point de vue d'efficacité, en utilisant les dernières inventions technologiques, on obtient des résultat très en dessous de n'importe quelles productions à gros budget ! Quelle horreur !



Bon, il y a quand même des passages de bravoure ! Certaines scènes sont encore plus croquignolettes que d'autres. La première bataille sur le campus est hilarante. (À un moment, Hulk balance un truc. On se demande bien ce que c'est. Puis, on voit un autre machin rouler sur la pelouse du campus. Puis, on voit un truc exploser ! La classe!). Dans cette séquence, la photo est particulièrement immonde, je vous la conseille ! Le passage avec Liv Tyler et Hulk sous la pluie est très drôle aussi. Après un premier plan assez joli (sans rire... quand on les voit remonter la rivière), c'est un festival en deux minutes : situation très très mal écrite, jeux désastreux de Tyler (mais que pouvait-elle faire d'autre, la pauvre), photos immondissimes, gros problèmes de proportions (qu'on retrouve pendant tout le film... Évidemment quand on se débarrasse de l'échelle de plans, ça complique les choses ; sur le campus, on s'aperçoit que Hulk ou William Hurt ont exactement la même taille !), hommage maladroitissime et opportuniste à FRANKENSTEIN, incrustations immondes (bien loin de la qualité des effets de productions bien plus modestes des années 80, cqfd), et situation débile ! Un must ! Voyant que le rendu est désastreux, nos faiseurs ont donné à l'image un aspect volontairement artificiel, sans doute pour cacher la synthèse sous un hommage à la bande dessinée qui anéantit la cohabitation de l‘actrice et du monstre de synthèse dans le même plan. Dans cette scène, on est assez proche de la direction artistique de VAN HELSING ! Il fallait oser relever le défi ! LA séquence finale, assez inconséquente, très attendue, est pas mal non plus et ose tout, mais malheureusement on en voit rien de compréhensible... Quel dommage ! Les mateurs de faisan au caviar vont être ravi.



Apparemment, la post-production a été une sacrée paire de manches. Leterrier et Norton se sont bien opposés. Ça arrive souvent, ce n'est pas extraordinaire. Dans l'affrontement entre l'acteur et le réalisateur, on apprend quelque chose, de la bouche même de Leterrier qui dit, grosso modo, que le premier montage du film qu'on lui a proposé durait trois heures et était super-lourd. Bon. On aimerait bien voir ça, nous, pervers focaliens! Mais dans cette anecdote, l'intéressant est ailleurs. Letterier avoue par cette phrase qu'il n'a pas participé au montage ! En fait, dans ce genre de productions, le réalisateur n'est qu'un yes-man ou une sorte de consultant qui va se contenter de dire "là c'est trop long, là ça manque de rythme, ça on peut couper », etc... Question : Leterrier est-il encore le réalisateur du film dans ces conditions ? c'est pourquoi dans cet article, je mets dans son titre que HULK est réalisé (contractuellement) par Letterier, ET par ses monteurs ! Restons juste et précis. Je ferme la parenthèse.



Côté scénario, si on sent effectivement la coupe brute, que dire ? L'ensemble est fadasse, gnangnantissime et absolument dénué d'enjeu dramatique de quelque sorte. Les acteurs sont complètement enfermés. L'intrigue est allégée au maximum et ne contient aucun paradoxe. Comme dans beaucoup de films du genre (chose très conteporaine que j'avais remarquée dans le premier SPIDERMAN d'ailleurs), le moindre enjeu dramatique est désamorcé et lissé. Aucune noirceur n'apparaît, et la narration finit par ressembler à celle d'un roman Harlequin (je ne parle pas du contenu évidemment, mais du découpage narratif). C'est là aussi, d'une pauvreté affligeante, et d'un romantisme insupportable. Tout est utilitariste au possible, avec même une mention spéciale aux seconds rôles, totalement mongoliens et qui réapparaissent dans l'action dans une grande vague splendouillette (le méchant ouvrier, la voisine-collègue...). Le film finit même par  endroits à ratiboiser large, en incluant des scènes débilistiques de haut vol, comme ce passage en taxi, destiné à séduire le jeune spectateur par l'humour et qui arrive comme un cheveu sur la soupe (au faisan !) tant le film est d'un absolu premier degré. Un paradoxe pour un film dont la cible effective est les enfants de 6 ou 7 ans. Contrairement à leurs réputations, ces gros blockbusters coûteux ne s'adresse pas à la masse ou aux teenagers mais bien aux jeunes enfants. À huit euros la place, HULK est très clairement une escroquerie, et très largement un des très mauvais film que j'ai pu voir cette année, pourtant riche en choses ratées ou insupportables. Allez, ho, dehors les clowns !



Sympathiquement Vôtre,



Dr Devo.   



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Jeudi 31 juillet 2008 4 31 /07 /Juil /2008 11:10

Publié dans : Corpus Filmi


[Photo: "Qui c'est le Babru..?" par Dr Devo d'après des dessins tirès de la bande-dessinée GHOST WORLD de Daniel Clowes.]



Pour ce nouvel article, acceuillons sans plus tarder un nouveau rédacteur dans l'équipe de Matière Focale... Bienvenue à l'intéressé, et bonne lecture à vous, chers focaliens...

Dr Devo.







L'an 2067. Une banlieue chic du comté de Jackson and Son's. Un Beau pavillon à trois étages.
Ding Dong (La sonnette). Tac tac tac tac tac (Des talons sur le parquet). Kikac'  ( Ouverture de la porte). Une blondasse (Fausse) bien apprêtée (Quoique ça dépend), le regard éberlué, s'écrie juste après un petit gémissement ; « Oh ! L'Ultime Saut Quantique ! ». Après quoi s'évanouie t-elle. Et oui, tu ne t'attendais pas à ma visite maintenant ma petite.



Résumé d'un précédent épisode :



C'est l'été 2008, les jeunes filles sont en fleurs, et comme je suis célibataire et aux abois, cela ne peut me laisser indifférent. C'est pour ça que je t'avais donné rendez-vous ce mercredi 25 Juin 2008. Je t'avais appelé en te disant "tu voudrais pas ..." et tu m'avais répondu "bah ouais carrément, ça kiffe ...". Je t'ai attendu une vingtaine de minutes en face du Balto où nous nous étions donné rendez-vous, le temps de refuser à deux reprises un enrôlement forcé à Tistou et la Paix Verte et Amour-Action-Générations-Futur. (C'est d'ailleurs la même petite brunette qui m'interpella les deux fois, avec un tee-shirt différent of course, peut-être avais-je un ticket to ride avec elle, auquel cas si j'avais su que tu ne pointerai pas ton petit minois, j'aurai tenté ma chance, une jolie jeune fille qui défend autant de nobles causes, ça ne se refuse pas !) "Hein Gwendo !". Et finalement tu n'es pas venue et tu ne m'as même pas rappelé, chienne. Sous un beau soleil d'été (Vous sentez cette bonne odeur de vécue! Bah en fait non, mais c'est pour habiller), après dix minutes d'attente supplémentaires, je me suis dit qu'il était grand temps d'agir, ni une, ni deux je me rend au cinéma le plus proche pour aller voir les sorties de la semaine. SEULS TWO d'Eric et Ramzy, très bien, leur dernier film, STEAK, réalisé par Quentin Dupieux (Mr Oizo pour les intimes) avait été une bonne surprise. Il faisait partie de ces films français, trop rare, qui tentent de nous proposer autre chose. Maintenant je me demande, pourquoi tu n'ai jamais venue à ce rendez-vous et pourquoi n'as tu jamais répondu à mes appels ? Quelle est ton problème Gwendo, mise à part ton prénom de merde, (mais pour ça, on peut pas t'en vouloir). J'ai évidemment une réponse à proposer, et là le lecteur, amateur de blog intimiste où l'on en dit long sur soi même, et que ça intéresse tout le monde, se demande bien laquelle est-ce, il bave même sur son clavier le cochon, à moins qu'il n'ait en même temps ouvert une page PornHub en même... Mais, le blog ayant bien voulu m'héberger, à savoir Matière Focale, étant un blog de cinémA (Avec un grand A comme Anu...) torchicolons vite cet article sur le film d'Eric et Ramzy pour en revenir à des choses beaucoup plus sérieuses ensuite. En fait, on dirait bien que les deux compères (Je veux dire Eric et Ramzy qui sont à la réalisation cette fois) hésitent à lâcher les chiens complètement pour nous offrir quelque-chose de complètement absurde et de délicieux. Ce qui nous donne une comédie bien fade, pas vraiment drôle et bigrement mal mise en scène. Pourtant la trame scénaristi-queue - fermer la parenthèse - était plutôt alléchante ! Cela doit être d'ailleurs très plaisant d'aller voir le film sans en avoir rien entendu... Ce qui me paraît néanmoins difficile. Enfin si ce n'est pas le cas...


Vous pouvez fermer les yeux.


Eric est un policier minable qui n'arrive à rien. Ce dernier à pour objectif de mettre la main sur Ramzy un gangster beau gosse mais pas très futé qui arrive cependant à berner systématiquement le policier. Un jour, les deux bonhommes sont amené à errer, pour une raison que je vous laisse découvrir, et jouer au chat et à la souris dans les rues désertifiées de Paris. La raison du pourquoi est au demeurant assez belle dans le fond et cela aurait pu donner quelque-chose de très touchant si le film n'avait pas retenu les rênes de l'absurde et de la poésie siouplé ! (Et si la mise en scène avait était soigné et un peu ambitieuse, mais on peut pas trop en demander non plus!). Grâce à cette « aubaine » ils vont tenter de sortir Ramzy d'une mauvaise passe avec des gangsters plus fort que lui et à qui il doit de l'argent... 


Vous pouvez rouvrir les yeux.


Donc une trame plutôt sympathique, malheureusement entachée par une sous intrigue toute pourrie et bien peu originale, histoire de donner un peu de "sens" au film qui aurait pu s'en passer, comme ce fut le cas pour STEAK. Justement, une chose qui m'avait particulièrement intéressé dans STEAK, que je vous invite vraiment à voir, c'était l'utilisation des comiques Eric et Ramzy tels qu'ils peuvent être dans leur spectacles ou à la télévision, mais là dans un contexte totalement décalé, où leurs petites frasques comiques n'étaient plus si drôle que ça. Elles étaient parfois même dérangeantes (Notamment cette séquence en début de film où Eric se débat comme un autiste parce qu'il ne veut pas qu'on lui fasse de piqûre... A partir de là un sentiment très étrange t'avait alors parcouru Gwendo, et qui c'était poursuivi tout au long du métrage, et même encore après... ce n'était pas moi) Ainsi dans STEAK, on ne peut pas dire que Mr Oizo ai fait joué E & R à contre-emploi, c'est en fait l'environnement dans lequel il les a plongé qui rendait le film si étrange et absurde. Aussi dans SEULS TWO retrouve t-on, un tantinet, ce jeu assez particulier des deux acteurs, qui jouent sur plusieurs niveaux, parfois à la limite du grotesque et du ridicule (comme si ils faisaient exprès de mal jouer) et d'autres moments plus "justes". Malheureusement l'habillage étant tout à fait insipide cette fois, cela ne marche pas, ou plutôt, cela marche comme une petite comédie bien franchouille et bien ratée comme il se doit. A noter que nous nous serions tout à fait passés des caméos d'acteurs tendances tel que les Omar et Fred Burger, Benoît Magie-Magimel et vos idées ont du bon goût - (bien à côté de la plaque ici !) ou encore Edouard Baer. C'est cool de faire jouer les potes, mais à part le fait que ce soit "cool", je vois pas trop l'intérêt dans le cas présent. K.Scott Thomas, elle, pue. A la limite seule Elodie Bouchez m'a paru sympathique dans le lot des acteurs secondaires, d'autant plus plaisant que je ne l'avais pas reconnu au début! Retour en l'an 2067, Paf (petite tape amical sur les fesses liftée de Gwendo) . "T'es pas d'accord avec moi Gwendo ?". Gwendo : "Si si, bien sûr". "Bon, bah voilà, je passais juste te dire bonjour. A plus Gwendo !"



Salutations
 


L'Ultime Saut Quantique.







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Mardi 22 juillet 2008 2 22 /07 /Juil /2008 15:34

Publié dans : Corpus Filmi


[Photo: "Bring Out Your Living" par Dr Devo.]






Chers Focaliens,


Y-a-t-il une alternative à ce soleil venant cancériser notre peau forcément douce, et aux soldes de la société occidentale consumériste ? Je dis oui, et ça s'appelle la fête du cinéma. Malheureusement, les films ne sont pas vraiment sexy, du moins en apparence, si on excepte le DIARY OF THE DEAD de George Romero dont on parlera sûrement dans ces pages un de ces quatre matins. En attendant, rattrapons avec le nouveau Shyamalan, qu'ici nous avons toujours appelé Chien Malade, avec un ton taquin mais affectueux, et je ne vois pas pourquoi ça changerait...



Mark Whalberg ne chante toujours pas (plus) mais le voilà prof de science dans un lycée de New-York. Et ce matin-là, il y a comme un étrange ver dans la grande pomme. (Cette image vous était offerte par le Centre National de la Métaphore). Tout commence à Central Park quand les joggers et autres passants s'arrêtent soudain en pleine action, semblent avoir le regard vide, puis se mettent à répéter en boucle des phrases banales et incohérentes. Vous me diriez, jusque-là rien de très anormal. Certes. Le soucis c'est que dans la minute qui suit, tous ces ébahis se mettent à se suicider derechef et sans prévenir, en utilisant tous les objets qui se trouvent à leur portée. Là, c'est anormal, vous en conviendrez. Les cours sont interrompus, bien entendu, et les New-Yorkais fuient en masse. C'est ce que propose John Leguizamo, cette vieille ganache, ici prof de mathématique et collègue de Whalberg qui propose à ce dernier et à sa femme, Zooey Deschanel d'aller faire un tour dans leur famille à Philadelphie où les choses ne semblent pas avoir pris le tour macabre qu'elles ont pris à N.Y.C. Whalberg appelle sa femme Zooey, plus jeune et qui semble un peu planer à cent mille, et voilà tout ce petit monde (plus la fille de Leguizamo) qui part en train vers Philadelphie. Malheureusement les nouvelles sont très mauvaises : l'épidémie mystérieuse de suicides se répand sur toute la côte est. Les autorités avancent la piste grandiloquente de l'attaque terroriste et chimique qui débloquerait les molécules présentes dans le cerveau qui nous empêchent de nous faire du mal (sauf si vous êtes maso, mais dans ce cas-là, ça ne sert à rien de vous raisonner, je ne vous cause même pas !) et de nous autodétruire. Mouais. En tout cas, les choses vont de mal en pis puisque le train est arrêté en pleine cambrousse et que l'épidémie gagne encore du terrain. Leguizamo très inquiet de ne pas avoir de nouvelles de sa femme, part à sa recherche, tandis qu'il confie au couple pourtant mal au point Whalberg-Deschanel, la petite Kévina, sa fille. Voilà nos héros bloqués en pleine cambrousse américaine dans la zone exacte où l'épidémie progresse. Ce n'est pas gagné...



Ha, quel drôle de bonhomme que ce Chien Malade... Comme disait Soderbergh en recevant sa palme d'or dés son premier long-métrage, bah, c'est pas facile et c'est même impossible à résoudre que d'avoir du succès immédiatement tout de suite. C'est également le syndrome qui touche Chien Malade, le pauvre, quicartonna jadis dés son SIXIEME SENS, et n'arrêta pas par la suite d'ailleurs. Le monsieur affectionne les sujets relativement originaux et ménageant à la fois pas mal de suspens et des intrigues à mystère un peu tordues qui bien souvent se résolvent dans des twists improbables et quelquefois séduisants. Bien. L'année dernière ou 'année avant, le petit gars avait donné déjà un peu dans le faisan en nous livrant LA JEUNE FILLE DE L'EAU, assez poussif mais tellement à côté de la plaque transitionnelle que la chose boursouflée pouvait avoir son charme malgré un casting pas toujours séduisant (dont l'ignoble machin bidule dont j'ai oublié le nom qui jouait déjà dans cet horrible film sur le vin dont j'ai oublié le nom...).


Alors, avant toute chose, il va falloir que je précise un détail de la plus haute importance, et qui brouilla considérablement la lecture du film : j'ai vu PHENOMENES en v.f. Et là, les amis, permettez-moi de m'insurger, et ensuite d'émettre une remarque nuancée. Primo, ayant la chance d'être dans une métropole où il y a beaucoup de films en V.O, je fus absolument terrifié de me retrouver devant un doublage aussi promptement dégueulasse ! Voix nulloses (les gamins qui parlent avec un accent banlieue ce que, et je parie ma chemise et mon boxer,n'est très certainement pas le cas en V.O), Whalberg doublé comme Shia LaBeouf, c'est à dire comme s'il avait 22 ans, aucune nuance, patatage totale et constant pendant tout le film, traductions hallucinantes de médiocrité (avec des lignes entières incompréhensibles pour le français normal, dont un directeur d'école qui dit aux profs que les cours sont interrompus et rajoute : "Bon pensez à faire vos agendas, et à vous de vous en occupez pour quand les cours reprendront "), alors même que le moindre fan-sub est en général de bien meilleure qualité et pas avare en formules percutantes, absence de rythme totale, mixage médiocre de la V.I (version internationale : c'est la bande son du film débarrassée des dialogues quels qu'ils soient afin de fournir aux distributeurs locaux un background sonore fidèle à l'originale et permettant en principe d'y apposer la VF sans casser le mixage global), et un doublage globalement fait en trois minutes, sans aucune direction artistique, et, là aussi je parie mon boxer, fait en un temps ridiculement court par des comédiens qui découvrent le texte et ont bien décidé de s'en foutre ! On retrouve ces traits dans les films de genre en général : de moins en moins pour le cinéma fantastique, mais très souvent par exemple dans les films de collège ou les comédies du même acabit, où il est évident que la direction du doublage se fait dans la perspective suivante : "C'est de la merdre de cinéma industriel, c'est mal joué, pas la peine de se fouler". hélas, même si ces films sont des films de consommation de masse, en général ils sont très bien joués, avec des comédiens tout en débrayages et en nuances, n'hésitant pas à jouer dans des nuances fortes ou, au contraire, tout en understatement. Bref, si dans AMERICAN PIE, par exemple, ou dans VAN WILDER PARTY LIAISON, autre délicieux exemple, il s'agit d'avoir un rapport sexuel avec un gâteau, ou de remplir de semence des viennoiseries, et même si les acteurs forcent le body acting, et bien il s'agit toujours d'un équilibre et d'un  gros travail et en général, les voix ne sont ni outrancières ni surjouée, bien au contraire. Pour voir ça, il faut avoir de la bouteille, voire des films, apprécier les comédiens nuancés et chirurgicaux que sont les Américains, et aimer les paradoxes. Et encore plus considérer tous les films et je dis bien tous, même un Vin Diesel ou un Nanni Moretti comme une œuvre à part entière. Les doubleurs et surtout les gens qui produisent et dirigent les VF (car les doubleurs travaillent dans des conditions pénibles, les pauvres) devraient garder ça à l'esprit, déjà au nom de l'Art dont ils se gargarisent, et aussi au nom du respect du spectateur qui rappelons-le paye sa place entre 7 et 10 euros. Vous le savez grâce à ma fabuleuse CHARTE POUR AMELIORER LE CINEMA MONDIAL que si j'étais ministre de la Culture, j'interdirais tout de suite la VF (hihi !) non seulement pour améliorer le niveau scolaire des jeunes français, mais aussi et surtout parce regarder un film en V.F c'est comme embrasser sa copine ou son copain au téléphone ou visiter un pays étranger sans descendre du car : c'est absurde ! Malgré tout, je trouve scandaleux qu'on traite le grand public populaire avec autant de négligence et de je-m'en-foutisme. Le spectateur du Pathugmont comme celui du cinéma art et essai indépendant (ou non) à le droit à une projection nickelle (une belle copie, par exemple, ce qui ne fut pas le cas non plus ici) et à un travail irréprochable quant à la restitution du travail artistique que représente le film. Après, que ce soit un navet ou un Derek Jarman ne change rien à l'affaire. C'est une question de respect du pauvre type qui paye une fortune sa place (et qui bien souvent est privé du choix de pouvoir voir le film en V.O), et une question de respect du cinéma. Pour PHENOMENES, film sans doute difficile à doubler (j'y reviens), le travail est ouvertement médiocre et fait entre deux apéro chez Mimi, le bar du coin. Le résultat est catastrophique. Une vraie honte. Et donc cette critique devra être affinée, peut-être dans quelques temps, lors de la sortie dvd, car il a fallu toute mon expérience en matière de connaissance d'acteurs, de connaissance du cinéma américain, et en matière de connaissance des (piètres) habitudes des comédiens français, et même ma connaissance du cinéma en général (chercher des indices dans la mise en scène) pour essayer de deviner quelles pouvaient être les nuances originelles du film du Chien Malade qui justement joue sur les ruptures de tons et parfois sur l'apposition d'éléments apparemment antinomiques. Bref, cher Chien Malade, si tu lis ces lignes, fais un procès à ton distributeur !


Donc, une fois ceci posé, revenons au film, ou à ce qu'il en reste après que les petits sagouins locaux l'aient souillé de toute part (c'est du viol en fait !). Et bien, c'est là le problème. Car comme je viens de le dire, il en a fallu du talent pour ne pas tourner en bourrique et pour déchiffrer la partition. Chien Malade continue son bonhomme de chemin, et en même temps commence à emprunter sans avoir l‘air d'y toucher une autre voie bien plus étrange. PHENOMENES est effectivement assez proche de ce qu'on en dit ses détracteurs. Le suspens est très étrange. Là où le réalisateur américain avait tendance à nous prendre la main pour mieux nous mener en bateau dans des scénarios twisté à Saint-Tropez, il fait désormais quasiment le contraire. Il y a un mystère bien sûr, mais très vite on est mis sur la piste, et la bonne en plus. Ou plutôt, très vite, au bout d'un gros quart d'heure ou vingt minutes, on émet une hypothèse possible. Maintenant, quant à savoir pourquoi le phénomène en lui-même se déclenche, on n'en sera rien. D'ailleurs je note que la fable écologique dénoncée ça et là n'existe pas vraiment. N'ayant aucun élément scientifique en main, Whalberg utilise une métaphore : "on dérange la nature" qui explique les symptômes sans vraiment expliquer quoi que ce soit, bien au contraire même. La conclusion (assez maladroite et qui sent bon la décision de studio), ramène le film dans une queue-de-poisson répétitive comme l'affectionne le cinéma fantastique populaire plutôt que de marteler un quelconque message. On peut penser à un sous-message ou à une sous-métaphore écologique, mais c'est vraiment annexe. La métaphore du couple provoquant des catastrophes, naturelles ou non, est forcément beaucoup plus forte.

Ce qui est très étonnant dans le film de Chien Malade, c'est le traitement, et l'étrange ton qui se dégage de toute l‘affaire. Côté mise en scène, il semble adopter une posture assez bizarre. Le cadrage n'a rien de mirifique, le découpage est assez plan-plan mais sait ménager quelques coupes bienvenues qui, notamment, mettent en avant avec habileté d'ignobles gros plans, nombreux et très mal cadrés, beaucoup trop proches qui font penser à ce fameux gag des ZAZ où les acteurs finissent par se cogner à l'objectif tellement ils sont proches de la caméra ! C'est d'ailleurs dans les premières bobines du film que la mise en scène est la plus médiocre ou la plus banale. Ensuite petit à petit, les séquences s'organisent mieux (première balade en petit groupe, la maison à la balançoire, scène chez la vieille puis enclenchement de l'hénaurme dernière scène avant la conclusion) et que la mise en scène se déploie avec plus d'assurance. Mais dans l'ensemble, on est assez proche d'un niveau "série B de base", avec ici et là quelques morceaux de bravoure assez réussis.


Du côté des autres leviers de narration, que c'est étrange également! Évidemment, on voit tout de suite ce qui a pu énerver tout le monde : il ne se passe, à strictement parler, rien ou presque. Si les suicides individuels à échelle collective semblent une base alléchante, ils sont aussi splendouillets et hésitent entre détails macabres voire un poil gore dans le champ, à l'ellipse totale. La séquence la plus dans cet entre-deux est sans doute celle du chantier avec sa contre-plongée splendouillette (volontairement je pense) où Chien Malade utilise un effet numérique très gauche mais du coup assez inquiétant et grotesque, et où le reste (la réaction du chef de chantier) est monté de manière efficace. Sinon que se passe-t-il ? Rien ! Du vent dans les feuilles des arbres, des héros qui traversent des champs et encore de champs, et c'est à peu près tout car très vite on sait ce qui se passe et ce qui déclenche les fameux suicides. Le modousse operandaille de l'élément fantastique est le moins spectaculaire du monde : pas d'invasion extraterrestre, pas de cyclone ruant sur nos héros à toute berzingue, pas d'effets spéciaux impressionnants, pas de monstres, ni rien. Ici, la menace est vague, pas spectaculaire pour un sou et même comme disait la Môme Néant : A' existe pas ! Ce qui tue les gens c'est l'air, donc le vide, le rien ! Alors évidemment tout le monde est déçu. Faire un film apocalyptique avec un cataclysme qui s'appelle le rien ! Rendez-vous compte ! C'est un scandale. D'autant plus qu'au fur et à mesure, la mort spectaculaire sera hors champs ou alors montré de manière frontale mais assez sobrement (la vieille dame). Ça provoque d'ailleurs un paradoxe intéressant que la scène de la maison à la balançoire nous révèle : alors que les morts physiques sont très présentes mais très à la woualliguène en début de film, elles semblent vouloir de plus en plus se cacher, comme dans la belle idée de la séquence du revolver baladeur.Et puis, plus la mort semble avoir d'enjeu et devient insupportable en ne s'attaquant plus à la masse mais aux individus, plus elle semble se montrer frontalement et sobrement. Une thématique reliée à celle de la petite fille à qui tout le monde essaie de cacher la réalité physique de la catastrophe et qui brutalement assistera à la Mort en marche sous la forme bien plus cruelle qu'est celle du meurtre (très très bonne idée). Bref, plus on avance et qu'on se concentre sur le registre de l'intime et plus les morts ont du poids.


Quel dommage que nous vivions en France, pays des doubleurs malotrus ! Car il est évident que Chien Malade, notamment dans sa direction d'acteurs mais pas seulement, joue sur la rupture de ton voire sur le mélange des genres. Les comédiens sont assez précis mais semblent régulièrement jouer du décalage ou de la bêtise outrée, passant de l'ébahissement mongolien à une plus grande sobriété. Bref, Chien Malade change tout le temps de nuance, du grotesque au juste décalé, du sérieux et sobre au décrochage presque drôle (tant que le sujet le permet) et il mêle ainsi les enjeux les plus sérieux aux séquences les plus incongrus. Les acteurs, Deschanel en tête, font tour à tour les gros yeux (presque comme dans une bd manga) ou sont simplement sobres. Et c'est là que PHENOMENES marque des points. Un sujet étrange qui opère sur le Rien. Un décalage incessant. Et plus encore une histoire dont il est particulièrement difficile de dire de quoi il parle véritablement. C'est un peu comme dans BOULEVARD DE LA MORT. Bon, ok, c'est un type qui tue les filles en voiture mais en même temps ce n'est pas ça. Ici, c'est pareil. Ok, ici il s'agit d'une catastrophe apocalyptique et en même temps non, pas du tout. Chien Malade visiblement s'amuse bien. Plus que de passer un autre sujet en contrebande, il s'amuse même à mettre directement le doigt sur les coutures et à bien mettre sous les feux des projecteurs tous les partis-pris les plus artificiels. Le train doit s'arrêter en pleine campagne (deus ex machina), et Chien Malade fournit une très belle anti-explication ! Les deux gamins débarquent dans la ballade sans prévenir et même sans qu'on les ait vus venir ! Et puis cette fabuleuse explication finale lors de a séquence finale où l'héroïne explique en voix-off (déjà c'est fort) et pendant le fondu au noir conclusif (encore mieux!), à l'extrême clôture du plan que finalement, "ça a dû s'arrêter juste avant" ! Que c'est malpoli ! Comme les corps qui se suicident sur le chantier, Chien Malade semble intéressé uniquement par la rupture, l'échafaudage et la couture visible. C'est vraiment charmant.


Le film raconte quoi alors ? Je ne sais pas, mais c'est abstrait en tout cas. Et bien soutenu par une écriture très réussie : scène du revolver donc, scène du carrefour qui est aussi celle de l'immobilisation du film (très robbe-grilletien et même tarantinien ça!), très belle scène de la maison à la balançoire, magnifique idée (sans doute la plus belle) où toute la société engueule le héros et lui reproche de ne rien faire pour sauver les suicidaires, là où lui essaie, au contraire, de réfléchir pour en venir à la conclusion qu'il ne faut rien faire (ça c'est vraiment sublime!), joli mouvement dans la séquence finale chez la vieille (de sa ballade dans le jardin au dévoilement pourtant annoncé de la deuxième maison), etc.... Il y a quand même énormément de chose à manger dans PHENOMENES. Quand tout déraille, que le collectif devient absurde, est-on condamné à rester seul, seul et seul ? Peut-on construire quelque chose à plusieurs ? La vie est-elle logique ou complètement absurde et faisandée ? Peut-on devenir adulte ? Que se passe-t-il quand on est un pauvre mec et une pauvre fille et qu'on se voit confier la responsabilité du Monde ? On en fait quoi ?

Difficile de mettre le doigt dessus. (Je pencherai pour ma part pour l'histoire d'un couple, le Dernier Couple ,dans tous les sens du terme, à qui l'on confie la mission de garder le Monde intact, ou encore à une hypothèse plus "film de collège" à savoir un couple qui, devant l'absurdité ambiante se demande si ça vaut le jus de continuer et à quel prix, et qui du fait entre dans l'âge adulte). En tout cas, Chien Malade n'a jamais autant prôné la rupture, et creuse encore le sillon qu'il avait tracé dans la voie de INCASSABLE. Tout le film joue sur l‘auto-persuasion et le jeu enfantin. Et si ceci se passait, ou, on dirait que tu étais un super-héros, ou, on dirait que tu avais la maladie des os de verre. Pas étonnant que tout se passe dans le vide et que tout vienne du vide. Le jeu a valeur de révélateur et de réalité. Si on dit que les choses sont comme ceci, alors c'est qu'elles sont comme ça. Quoi qu'il en soit, avec ce film étrange et faisandé, Chien Malade semble organiser lui-même son propre suicide grand public, et pousse ses envies vers le cassage du jouet qu'on lui a confié. Qu'il continue dans cette voie absurde, il finira bien par nous pondre quelque chose qui lui ressemble totalement et qui soit enfin complètement iconoclaste. La suite logique voudrait qu'il fasse un film totalement atypique, et qu'après avoir fâché tout le monde en devenant très malpoli, il soit enfin totalement libre et foufou. À suivre !
 

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Jeudi 3 juillet 2008 4 03 /07 /Juil /2008 09:55

Publié dans : Corpus Filmi

(Photo: "Besoin de tout, envie de rien" par Dr Devo)






On l'a déjà dit ici moult fois, dans ma bouche et dans d'autres, le stenson vissé sur la tête, mais le "delta du Mississippi brillait comme une guitare nationale" ce jour-là, comme disait le poète. Une bonne journée pour faire une balade à cheval, me disais-je in petto, expression également déjà utilisée ici, mais pas dans ma bouche cette fois.


Ohlalala, il se régale, c'est la fête au cinéma. J'avançais dans une file papotante aux mille rumeurs, mais j'entendais que le discret cliquetis de mes éperons. C'est beau, sans me vanter, me dis-je à voix basse, comme si le fait de parler tout seul pouvait m'aider à conjurer les mauvais sorts à venir.



Allez, hop, direction le far middle-east, et comme souvent on le dit dans ces cas-là : Yiiiiiiihaaaaaaa ! Le cinéma israélien n'a aucun rapport avec le gourou Rael, et c'est bien dommage, me disais-je tandis que moi et mon cheval urinions de concert dans les toilettes du premier étage de notre cinéma art et essai local. Si aller trimbaler ma monture et ma selle en Israël est certainement un de mes rêves, le cinéma israélien, lui, ne m'a jamais rien évoqué sinon l'ennui mortel ressenti par la vache qui voit passer un tumbleweed en rêvant de train à grande vitesse. Je me souvenais même, me rappelais-je en remettant d'un geste discret la mèche de mes cheveux vers l‘arrière alors que je commandais un sachet de Treets au distributeur automatique, je me souvenais même me disais-je du souvenir flou (paradoxe!) et de la vague odeur d'ennui putréfié qui étaient miens lors d'une séance de courts-métrages israéliens dans un festival. Une horreur... C'est simple, ça ressemble à du cinéma art et essai européen. C'est dire.

Nous sommes en pleine première guerre du Golfe et en Israël (zeugma!), dans une famille qui célèbre le Shiva, tradition religieuse qui consiste à s'enfermer 7 jours dans la maison d'un défunt et de se recueillir autour de ses proches. Voilà donc les frères, les sœurs, et les proches du défunt, mort d'un arrêt cardiaque impromptu, qui se retrouvent autour du souvenir du cher disparu. On mange, on prie, on boit, et aussi on parle bizenesse. L'usine que tient l'un des frères et qui fait vivre grassement les autres est en train de péricliter. C'est la panique. De leur côté, les femmes préparent les repas. Et bien sûr, au fur et à mesure, les rancoeurs qui traînassent déjà depuis longtemps, refont surface. La vieille grand-mère, matriarche de la famille, épuisée de chagrin n'y pourra rien : ça sent le grand déballage...



Ben ouais... Voilà... Bon... Le film s'ouvre sur un plan très long quelquefois interrompu et bougrement composé, autour du cercueil. Ensuite huis-clos, entre tradition religieuse et histoire de sous. On pleure pas mal, on complote, on dragouille parfois... La vie, quoi ! Alors oui, c'est en scope et en vidéo mais pour autant, même si on a vu plus laid, pas grand chose ne se passe. La photo, contaminé de blanc, est très tranquille et diffuse sans éclat ni jeu. Les dialogues omniprésents, conséquence du parti-pris théâtral du film, s'enchaînent et ne finissent plus. C'est le bon plan pour les acteurs dont la co-réalisatrice Ronit Elkabetz, ici femme cherchant une émancipation sociale. Mouais. Ils doivent s'éclater me dis-je. Montage tranquilou, peu ou pas de jeu d'axes, son minimum (à l'exclusion d'une belle guitare grasse dans un dernier plan attendu). Et un sujet d'une banalité à crever où l'on observe les déchirures d'une famille qui a tout misé sur le matériel. Traditions, matérialisme, temps modernes... La photo d'une époque comme ils disent dans les dossiers de presse. Mouais. Ça joue plus ou moins, sans hystérie, sans souffle, pépère avec une petite mention pour Hana Azoulay Hasfari, la seule à insuffler un peu de fraîcheur et de secousses dans le jeu bien balisé du projet. Petit-bourgeoisisme insoluble, deuil plus ou moins sincère, famille au bord de l'explosion... Et une mise en scène anti-baroque et surtout peu malicieuse qui renvoie la comparaison avec Bergman (présente dans le dossier de presse cette fois) à l'aimable plaisanterie de fin de banquet.



Une heure se passe, puis la chose s'accélère dans le pathos qui n'est plus dégoulinant mais au contraire sobre en quelque sorte. Il n'empêche, les portes s'enfoncent une à une, les acteurs et le scénario sont roi, tandis que la mise en scène n'est jamais bondissante et peine à imposer un rythme, avec ses débrayages et ses ruptures. Le cow-boy de passage ne reprochera pas au film sa langueur mais sa cruelle absence de rythme. Famille détruite, mais famille quand même, enjeux tous évités, il faut continuer, la vie est dure, etc. Ouarf...



C'est étrange mes chers petits amis, mais c'est vrai, au sortir de la longue projection où les derniers trois quarts d'heure furent effarants de lutte contre le vide sidéral que représente la solitude du spectateur qui a soif face à ce film (comme tant d'autres), outre la sensation que rien d'inattendu nous a rencontré et séduit, on se surprend à penser à quoi sert toute cette énergie dépensée: se lever tôt, prendre sa place, la payer cher, perdre deux heures, etc... La rencontre entre les deux réalisateurs et nous n'a jamais lieu. Aucune proposition esthétique nouvelle ou au moins personnelle ne voit le jour ni n s'incarne, on se regarde, lui le film, et moi le bel inconnu, mais rien ne se passe. On mange vite le dessert, on ne prend pas de café et on rentre chacun chez soi, avec ce sentiment désagréable d'une rencontre non pas ratée mais impossible. Une fois mon CV et ceux des réalisateurs posés sur la table, rien ne se passe. Une heure après, quand le corps a enfin récupéré, il ne reste plus rien, ou alors aussi peu que CLEANER dont nous parlions l'autre jour. LES SEPT JOURS n'est pire ni meilleur que le reste de la production art et essai européenne à capitaux français : c'est du cinéma d'acteurs et d'intentions, un film de créateurs d'histoires, pas très folles ou personnelles malheureusement. Un machin neutre autant cinéma que théâtre, qu'architecture, qu'opéra. Le support n'a aucune importance artistique, aucune incidence esthétique. Et au mieux, on récrit ce qui a déjà été fait. Mais qui sont l'homme et la femme derrière cette histoire, quels sont leurs points de vue de créateurs, leurs envies, leurs besoins et quelle gueule, comme dirait Johnny, a ce film.. ? C'est impossible à dire. LES SEPT JOURS est tout à fait moderne dans le sens où il colle parfaitement à la norme du film d'auteur international. Il a simplement le goût du carton. On a l'impression d'embrasser la vitre du bus.



Je me rappelais en allant chercher mon cheval dans le parking souterrain après la séance de la phrase de mon vieux maître de lasso, cette plaisanterie vieille comme Hérode qui m'avait toujours fait rire : « Si ton slip te gratte, mets-le sur la tête ! »




Bill Yeleuze.



 


 
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Dimanche 29 juin 2008 7 29 /06 /Juin /2008 21:49

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[Photo: "The Words Get Stuck" par Dr Devo d'après une photo de Brenda Anne Spencer]




Le docteur Devo ayant reposé provisoirement le stéthoscope, je selle deux chevaux, un pour vous et un pour moi, et vous proposes une petite ballade là-bas dans le canyon. Il y a du thé dans le thermos, et dans la sacoche j'ai mis deux twix, en cas de fringale. Il fait beau. La chevauchée sera tranquille mais belle dans l'air du soir...


Tandis que nous avançons à petites foulées dans le désert, je me souviens et vous raconte l'enthousiasme qui fut celui du docteur lorsqu'il découvrit ULTRANOVA le premier film de Bouli Lanners, comédien et donc réalisateur belge. Ayant vu moi-même la chose à sa suite, je m'étais fait la réflexion que oui, oui, il y en avait de la mise en scène, plutôt belle en plus, même si je me rangeais ensuite derrière l'avis du Marquis qui émettait une poignée de bémols quand à la fin qui sentait un peu trop la résolution de l'accord majeur conclusif, avec moins de mystère que le reste. Il n'empêchait que c'était un beau mouvement, globalement, ce film. Je me rappelais notamment d'un superbe travelling avant dans des rayonnages où sont stockés des boîtes, tandis que l'une des héroïnes décrivait les lignes de sa main. Le garçon voulait qu'on l'embrasse mais c'était dur. Beau film.


Ici pour le deuxième set, Bouli filmait la rencontre improbable entre un voleur, clochard céleste et jeune, et son volé, un revendeur de belles américaines lui-même en marge. Des ploucs sympas, décrit en mode absurde et poétique. Absurde c'est bien. Poétique, pourquoi pas, mais dés les premières scènes de ELDORADO, ça sentait le trop ouvert, trop large, trop généreux d'un coup, sans qu'on s'installe. ULTRANOVA de ce point de vue était peut-être plus rêche, dans le sens où il montrait la solitude d'abord, avant la générosité possible qui pouvait s'en décoller. Bah, pourquoi pas faire comme ça, me disais-je, ce n'est pas le même sujet ici, c'est son film, il fait ce qu'il veut. C'est moins mon kiff, comme me disait la petite Kevina mais en parlant de tout à fait autre chose.


Plus direct, moins de mystère, mais quand même de belles choses. Côté mise en scène notamment. Quelques plans très cadrés, un soin général évident qui relaie bien la volonté de s'éloigner du modèle naturaliste dardennien ou autre, volonté ici largement ostentatoire, le jeu étant de vouloir filmer une Belgique des à-côtés sur le mode américain, western même. Ca marchotte sans problème et au moins pendant ce temps-là, ça cadre, ça fait du bon repérage. Bien. Le découpage est sans doute moins vivifiant que ULTRANOVA, plus suiviste dans le dialogue, et ainsi va le montage également. C'est ça me dis-je à l'instant en écrivant ces lignes au coin du feu, tandis que vous dormez en utilisant la selle comme oreiller, la mise en scène est plus illustrative, plus naïve tout bêtement. On perd l'impression de vide et de vertige de l'opus précédent peut-être pour quelque chose de plus terre à terre. Les dialogues sont montés plus tranquilou. Lanners, ceci dit, sait monter ses coups, élargir l'échelle de plans et ainsi de suite. On regrettera peut-être une scène pas mal pourtant avec Philippe Nahon, très bon choix, le type étant encore une fois absolument impeccable, saisissant comme un steak sur la plaque incandescente du poêle, scène où les travellings latéraux se font plus ostentatoires et gratosses. La photo suit et dénaturalise l'ensemble parfois joliment, notamment dans certains plans de nuit, très beaux.


Ainsi, le film se déroule sans problème. Largement au-dessus de la moyenne, ELDORADO et son réalisateur se posent vraiment des questions de mise en scène. Mais le compte n'y est pas tout à fait. On sen aperçoit dés qu'il y a une gourmandise moins ostentatoire ou plus structurelle, comme par exemple ces musiques qui peuvent retarder le passage au plan suivant et donc influent sur le montage. Le propos, très simple, essaie de développer une poésie absurde que beaucoup trouveront touchante. Le buddy movie avance avec tendresse, mais la solitude et les mouvements rêches semblent avoir commencé avant le départ du film. On est mis devant le fait accompli. Cette solitude est moins jaillissante (un peu plus théorique) que dans ULTRANOVA où elle nous éclatait de manière moins évidente mais avec plus de force. ELDORADO semble donc plus entendu, plus balisé aussi, plus ouvertement symbolique. La scène explicative (le frère du personnage de Laners est évoqué) touche la chose du doigt: il faut nourrir la situation par le dialogue, expliquer, justifier. Et encore, là aussi d'autres auraient chargé la scène de manière plus ostentatoire. C'est plus pudique que ça ici, même si dans le fond c'est la même maladresse. On effleure là, disais-je, la totale sincérité de Laners le réalisateur, mais aussi la limite balisée de son film qui ouvre finalement peu de mystère... même si dans sa séquence finale, bien découpée, dans de très beaux décors, il retire, enfin, le tapis sous les pieds des spectateurs, et donne plus de relief à l'ensemble. La flamme rêche était là. Pas mal.

Le film sort ce 18 juin. ELDORADO représente très bien ce que devrait être le cinéma européen dit "art et essai" s'il n'avait pas cessé de bosser pour se vautrer dans le tout scénario et la thèse. On s'amuserait plus, quoiqu'il en soit, si le niveau général de la production avait cette qualité. Hélas, ils sont rares les réalisateurs qui se posent des questions de mise en scène. Sans problème, donc, on attendra le prochain Laners avec un sourire plutôt bienveillant. Allez, tiens, je vais remettre quelques branches dans le feu.

 




L'Europe toujours, mais chez nos amis anglais. Chez nous en Angleterre serions nous tenter de dire pour parodier le Docteur. Pour des raisons de distribution locale stupide, j'avais loupé ces FILS DE L'HOMME du mexicain Alfonso Cuaron, réalisateur précédemment d'un épisode de HARRY POTTER, ce qui donne jamais très envie d'avoir faim. Une petite rétro SF dans le cinéma art et essai du coin permet de découvrir en retard la chose.


Ho mon dieu, ça ne va pas du tout. Nous sommes en Angleterre à la fin des années 2020. Le monde a bien changé, et en même temps pas du tout. Une épidémie d'infertilité condamne la race humaine! Les derniers enfants, les plus jeunes habitants de la planète sont nés il y a dix-huit ans. Le monde attend sa fin tranquillement. Les gouvernements ont mal résisté à la crise. Les émeutes sont légions et le chaos est partout. Un peu moins en Angleterre ceci dit; où le pouvoir militaire et policier est extrêmement fort. Du coup l'immigration clandestine est énorme, et les autorités cherchent violemment ces clandestins qu'elle parque dans des camps de déportation. Le chaos est aussi social. Le pays vit divisé entre ceux qui ont du travail, ceux qui végètent dans la zone, et ceux qui sont nés avec une cuillère en or dans la bouche. Les mouvements religieux et terroristes contestataires sont légions. Les attentats sont nombreux dans Londres même. Le reste de la population attend la mort qui avance doucement mais sûrement. C'est dans ce contexte que Clive Owen est contacté par son ex-femme, Julianne Moore (chanceux, va!) activiste politique au sein du groupe des Poissons, une entité aux méthodes terroristes et organisée comme une armée clandestine. Moore veut que Owen l'aide à trouver des faux laissez-passer pour Kee une jeune réfugiée qui doit se rendre dans le nord de l'Angleterre. Un voyage dangereux, les gangs sont partout, aussi sur le plan administratif, les barrages policiers étant omniprésents, chasse aux clandestins oblige. Owen réussit à satisfaire cette demande et accompagne la mystérieuse Kee, son ex-femme et deux autres Poissons dans un voyage dangereux en voiture à travers l'Angleterre dévastée. Mais dés le départ, les choses tournent très mal. Owen apprend alors le terrible secret de la jeune Kee... Le voyage au pays de l'Horreur commence...


Un résumé à la Docteur Devo s'imposait! Et bien les amis, ça ne rigole pas, mais alors pas du tout. Cuaron place ses jalons très vite, dès les premières minutes, en imposant dans uns une très belle idée de scénario (le bouleversement un peu absurde de la population qui apprend la meurtre du plus jeune humain sur Terre) une violence triste et lente. Très belle ouverture donc, qui mêle la tristesse de la nouvelle à la réalité violente et quotidienne des attentats terroristes. Le ton est donné, notamment au niveau de la mise en scène, comme on le verra. On est d'abord frappé par la force d'une direction artistique très mesurée, sachant en deux coups de cuillères à pot placer des sentiments forts et une ambiance claire comme de l'eau de roche mais très impressionnante. On est à la fois, et ce n'était pas facile de le montrer sans être très démonstratif, le climat du pays divisé entre tristesse létale en attendant la mort inéluctable (l'ultime dépression de la population en quelque sorte) et le chaos palpable et violentissime d'un monde où la pression sociale n'a jamais été aussi forte et sanglante. Tristesse, langueur et violence en quelque sorte. Les décors sont très beaux, les repérages exquis, et tout ce contexte est très bien mis en valeur par une mise en scène qui sans être sublimissime de beauté, sait construire et se montrer riche en détails et en attentions.



La figure principale et même incessante de cette mise en scène, c'est le plan séquence. Il y en a de nombreux, dont certains très longs, et en général, c'est du bon. C'est à dire que Cuaron ne se contente pas d'un exploit technique, mais en profite pour imposer une logique prenante et incessante de recadrage, de modification de l'échelle des plans (par exemple de très beaux plans rapprochés qui viennent couper, mine de rien, l'effet de mouvement et les plans plus larges de la séquence finale dans le camps) et d'établissement par la force de champs et de contrechamps. Le rythme de ces scènes est vraiment impressionnant, riche en décrochages et en rebonds inattendus, et le découpage de l'espace vraiment beau. Comme je le disais, les décors aident beaucoup, souvent les moins impressionnants d'ailleurs. On peut donner ici deux exemples: la baraque d'interrogatoire elle-même placée dans l'espèce de grenier où se réfugient les Poissons, ou encore l'incroyable séquence (très bien composée, tout en ellipse) où on découvre le parc en forme de paradis artificiel où les Nantis se réfugient. Bref, ça pullule de très bonnes idées, quasiment tout le temps.


Le son suit élégamment et le film lui doit énormément. C'est très soigné, et c'est sans doute le point fort du film. Le mixage est signifiant et exquis et joue sur deux leviers: d'une part un vrai travail sur les volumes entre dialogues, sons signifiants et ambiance sonore (très bel exemple dans la maison de Michael Caine) souvent mixés dans des ordres de priorités étonnants, et sur la texture des sons d'ambiance eux-mêmes. Ces textures sont riches et variées. Le montage de ces sons suit, souvent fait d'achoppements discrets, notamment par un jeu assez judicieux de montage et même de découpage marqué de la musique qui fonctionne en saillies discrètes mais primordiales, souvent au service du découpage image. C'est très beau et la réussite de l'entame du film provient sûrement de là.

La photo de son côté est très correcte et arrive à donner une impression assez naturaliste qui sert bien l'ensemble. Le cadrage enfin, même si ce n'est pas du Ken Russel ou du Friedkin, loin de là, est plutôt malin, sait construire le champ/contrechamp, sait jouer en synchro ou en opposition avec les axes et les échelles de plans. Beaucoup d'idées ou de sentiments passent par la mise en scène, globalement très construite, ne cherchant jamais l'illustration ou le remplissage par le mouvement inutile. Un bon exemple est celui de la scène ou Owen et les deux femmes attendent Syd le militaire dans une école désaffectée, scènes riches en recadrage et surcadrages très élégants. Le tout (son, image et découpage) donne une grande force à l'ensemble du film, mais aussi un drôle de rythme le film donnant l'impression étrange, notamment dans sa résolution, pourtant le passage le plus grandiloquent et puissant, de mélanger violence et langueur, comme si l'incroyable choc émotionnel de la situation et des accidents était aussi bouleversant et ignoble de violence, que nous plongeant dans une espèce d'éther inconfortable. C'est vraiment étonnant.


Comme si cela ne suffisait pas, les film est truffé d'idées et de nuances discrètes qui souvent n'affleurent pas dans le dialogue (le fait que très tôt Owen ait la puce à l'oreille dés la première réunion avec les Poissons dans la ferme) ou alors innervent le film de précisions judicieuses et touchantes (notamment la dernière scène de Michael Caine qui me rappela un beau détail d'un autre film très surprenant et totalement inconnu de tous THE BUNKER qu'on trouve facilement en dvd). Enfin, la gestion de la mort dans le film est sublime. Souvent on passe devant. C'est à dire qu'en se baladant dans le film, on voit la mort faire tranquillement son travail, comme par exemple dans la scène de la sortie de l'immeuble, où deux nuances se mélangent de manière iconoclaste: le miracle et la mort qui tue tranquillement les figurants dans le même plan! C'est impressionnant.


LES FILS DE L'HOMME est vraiment un film très étonnant, toujours au travail, et une surprise de taille. La cerise sur le gâteau étant sans doute le casting très fort également. Très beau film, très émouvant.

 





Bill Yeleuze.

 

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Lundi 16 juin 2008 1 16 /06 /Juin /2008 10:41

Publié dans : Corpus Filmi

[Photo: "Et c'est tant mieux parce que..." par Dr Devo.]




Le docteur Devo étant en séminaire à l‘autre bout de la planète pour le bien de tous, raccrochons la blouse au portemanteau, et sellons le cheval pour se balader dans les grandes étendues sauvages du cinéma. Prenez vous chapeaux de cow-boy, on y va....

"Ben quoi, c'est marrant parfois, Renny Harling", me défendais-je tant bien que mal à la terrasse d'un café huppé lorsqu'il fallut se justifier de mon départ soudain pour une salle de cinéma proche. De fait, la communauté me mit au défi de citer des bons films de Renny. Je ne trouvais que le sympatoche AU REVOIR A JAMAIS... Et c'est tout. Quelques jours plus tard, j'omis de vérifier sur IMDB si un autre métrage avait eu aussi mes faveurs dans le passé, peut-être par crainte d'être déçu par le fait que mes compagnons d'abreuvoir eussent raison. Je remis mon chapeau sur la tête et le vissai, comme disent les mauvais écrivains, pour se diriger vers le Pathugmont a proxima. Le vent soufflait doucement sur mes cheveux blondis par le soleil furtif, et les parfums sucrès-vanillés des jeunes filles donnaient aux hommes des airs de petits chiots en rut. Une place pour CLEANER, dis-je à la caissière qui me rendit le ticket, me regardant droit dans les yeux en se pinçant la lèvre inférieure. Ça démarre bien.

 

Maintenant que les jours ont passé que reste-t-il ? Pas grand chose. Le temps s'est couvert, c'est déjà l'automne, et la caissière a un rhume. Plus grave, il faut faire des efforts surhumains pour se rappeler, et encore vaguement, de ce dont ce CLEANER était fait. Un yoyo en bois rare du japon avec une ficelle du même métal, comme disaient jadis les poètes ou un machin de plus ? Un petit machin bien sûr, hélas, trois fois, hélas.

Un ancien flic reconvertit en femme de ménage de luxe (il nettoie les scènes de crime) et pris dans une machination diaaaaaabolique. Ouais. Samuel Jackson en Papa à fifille, veuf of course, et explosion faciale des indices et des charactérisations de rien qui préparent un trois-actes diaboliquement écrit, c'est-à-dire une usine à fabriquer du sens, fut-ce au détriment de toute crédibilité, même littéraire. CLEANER est un film du genre "Thriller-Papa"; le thriller, et le papa. Dis, elle étais comment Maman, d'une part, et théorie du complot de l'autre. Comme une poule qui prendrait un peigne pour une guitare électrique. Ça passe moyen. Donc, sujet chiraquien completely. Ce n'est pas le paradis mais ce n'est pas l'enfer, semble se dire le réalisant (réalisateur-artisan). Méfiance me dis-je pour moi-même, tu te trompes l'ami, bien au contraire, "there is no hell like an old hell", comme disait un autre poète. Et quand ça sent le faisan en plus, genre A HISTORY OF VIOLENCE rencontre JAMAIS SANS MA FILLE, on se dit que décidément, il y a une drôle d'odeur dans la cuisine, et que cette histoire de schéma aristotélicien de la poétique, ici respectée, est-ce bien sérieux ? Bah oui, peut-être après tout. Le pire c'est que ça marche ou plutôt qu'on peut le faire, au détriment de tout espèce d'intérêt même pervers, car moi, après tout, après une bonne journée de cheval, j'aime ça, chasser le faisan. "Un bon film ne ressemble à rien" disait J.R, et il avait raison. CLEANER ressemble à tout, c'est bien le problème. À ARNOLD SANS WILLY, et à LES EXPERTS: VILNIUS.

Photo construite mais rassie de f(a)im de banquet, cadre anonyme, découpage à la petite semaine, scénario chiraquien donc, et pour finir des acteurs en veux-tu, non merci, en voilà quand même. Et encore dans l'absolue nécessité du Monde, on aurait pu plus mal tomber. Samuel Jackson sans sa casquette Kangoorou, père de Kevina oblige, essaie, tant bien que mal, telle une Juliette Binoche black. Ma fille, sa bataille, absolument absolumente, enfulte à elle-même, en quête des gamettes oubliées/perdues, patate gentiment et sans saveur. Les directeurs de casting, eux, bossent. Ils ont regardé A HISTORY OF VIOLENCE ou le récent (et pas si moche) GONE BABY GONE de Casey Affleck en dividi, et hop, ils te balancent Ed Harris comme un chien affamé dans la nurserie. Au moment où le forfait est commis, on se demande bien qui a fait le coup, tiens ! Un bébé en couveuse ou le loup-garou Harris ? Rires. Miscasting comme dirait Alain Delon (ça serait comme un hommage). Bref, il ne se passait rien. Les kangoorous jump-jumpent, la balaine crache de l'eau par tous les (h)orrifices, le koala mange des feuilles, le renard récupère le camembert. La routine, quoi.
 

Le temps passe. La caissière en regarde un autre et c'est de bonne guerre. On allume une clope dans la sortie de secours en se disant que malheureusement CLEANER, spectacle familial finalement, ne parlait pas autant de ménage que ça. Le but ultime et légitime aurait été de faire un film sur un type qui nettoie des canapés avec en sous-intrigue des histoires de manipulations. Ici, une fois l'intro passée, finis le nettoyage au profit du thriller. Sous le thriller, pas de shampouineuse pour la moquette, hélas, mais le vague complexe de Je Castre d'une petite fille trop sage, sans doute pas trop porté sur le sexe, ni assez sur l'Art pour se divertir, se condamnant par là-même a regretté une maman qui a eu le mauvais goût de mourir. Mouais. Le vent souffle sur le pan érotiquement dévoilé de ma chemise par un subtil décrochage de bouton dans la partie haute de la dite pièce, sur mon torse à peine velu et doux comme de la soie pour qui ose. J'entends des lèvres qui m'appellent, mais moi je suis déjà loin.
 

Ici, le short de Renny Harling ne gonfle pas avec le vent. Difficile quand on marche en déambulateur. On se souviendra à peine et même furtivement ensuite, une fois dehors, des gros plans sur les pièces de l'échiquier qu'on trempe dans la javelle. Le sang qui se détache. Et on se gratte la fesse gauche en se disant qu'ils vont être bien contents, les gens, ce dimanche-là, dans trois ans, à regarder la télé. La nuit tombera sur Hollywood. Mais moi, je suis déjà loin...







Bill Yeleuze.


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Samedi 14 juin 2008 6 14 /06 /Juin /2008 20:24

Publié dans : Corpus Filmi

[Photo: "...But not for me!" par Dr Devo.]




Chers Focaliens,


Matière Focale, c'est comme la discothèque LE MACUMBA de Mouscron, tu peux passer brutalement d'une ambiance à un autre simplement en changeant de salle. Au détour d'une rétrospective Sean Penn dans le cinéma art et essai local, présidence du jury cannois oblige, je pus donc hier aller me rattraper en salle en allant voir LA DERNIER MARCHE de l'acteur-réalisateur Tim Robbins, homme très chanceux dans la vie car il est terriblement grand, c'est déjà formidable (1m94 !), et en plus il est marié avec Susan Sarandon, une des plus belles et des plus lumineuses créatures que la Terre ait portée, sinon la plus belle. Mr Gâté qui vit avec Miss Univers! Je sais, il y en a qui cumule, et c'est un peu dégoûtant mais passons; Maintenant que j'ai fini mon introduction rigolote et branchée, passons dans la deuxième salle et aux choses sérieuses, dans un beau zeugma.


Susan Sarandon est ici non pas la femme la plus belle du monde, mais une Soeur qui s'occupe d'une école pour enfants défavorisés de son quartier, un ghetto noir. Respectée de tous, Susan reçoit via le directeur de l'établissement, une bien étrange demande. Sean Penn, un jeune homme d'à peine 30 ans (licence poétique) lui écrit afin de la rencontrer. Le pauvre est dans le couloir de la Mort et attend son exécution depuis déjà 6 ans, et il n'a personne envers qui se tourner. Les proches de Susan la prévienne: le criminel a sûrement quelque chose à lui demander! Mais Susan accepte de rentrer en contact avec lui, sans réfléchir. Et Penn lui demande en effet de s'occuper de sa demande de révision du procès puis des diverses demandes de grâce. Susan lui trouve un avocat, et surtout commence à s'entretenir avec Penn dont elle apprend l'horrible forfait: il aurait, avec un autre homme, tabassé un jeune couple d'amoureux, puis aurait violer la fille et enfin poignarder puis abattu d'une balle dans la nuque le jeune homme. Quand les recours sont presque tous épuisés, Penn demande à Sarandon de devenir son conseiller spirituel !

 

Je vous l'avais promis, les marmottes en images de synthèse, c'est terminé. En adaptant cette histoire vraie (oui oui je sais, ça commence mal), Tim Robbins semble signer une oeuvre engagée sur un sujet polémique, la peine de mort, comme au bon vieux temps des dossiers de l'écran et comme les 97,53% de ses collègues réalisateurs art et essai européens. Voilà qui étonne peu de la part du couple Robbins-Sarandon notoirement connu (et Sean Penn aussi de manière plus grossière) pour leur prise de position politique alternative et gauchiste, si j'ose dire. LA DERNIERE MARCHE fait partie de ces films impossibles à faire. Quand on traite un sujet grave et particulièrement pathétique comme celui-là, on croit souvent avoir affaire à une histoire extraordinaire et merveilleuse, et en général, c'est le contraire. Quand le sujet est uniforme et pathétique,on accouche, en général, de films ignobles, enfonçant tous les poncifs, et usant de la corde émotionnelle jusqu'à laminer tout ce qu'il reste d'humain chez le spectateur qui lui-même adore se vautrer comme un porc dans l'auge boueuse du Gros Pathos. Comme en général ces sujets sont inattaquables (qui est pour la guerre ou le cancer? personne), autant dire qu'à chaque fois, on se retrouve avec des films vraiment dégueux du point du vue humain (j'y reviens) et qui accouche de scoops intergalactiques tels que: la pluie ça mouille, la guerre ça tue, la maladie ça fait souffrir, le deuil c'est triste, etc... Et bien, je dis solennellement que ces sujets sont, malgré les apparences et la pensée commune, de très mauvais sujet, les pires de tous mêmes. Et LA DERNIERE MARCHE fait incontestablement parti de ces projets édifiants qui sont déjà délicat à manier sur d'autres supports et qui sont, au cinéma, toujours sources d'erreurs et d'horreurs.



LA DERNIERE MARCHE s'inscrit donc  carrément dans la lignée de ces films impossibles à faire, même avec la meilleure volonté du monde. La mort insupportable et institutionnel est au bout du couloir. Le crime est absolument immonde. Les familles de victimes ne peuvent que pleurer toutes les larmes de leur corps. Et le couple Sarandon/Penn provoque des contrastes, de facto, absolument violents. L'issue est quasi-certaine, le sujet épouvantable, et logiquement les larmes devraient en cascades.

Tim Robbins utilise pour traiter son sujet une mise en scène assez classique. Les champs et les contrechamps s'enchaînent tranquilou, mais avec un certains sens de la variation parfois : jeux de reflets, changements de point ou de photo, variations sur les axes, décalage dans le montage. On a vu largement plus beau, mais voilà qui est fait avec rigueur, et beaucoup de plans plus larges viennent aérer la réalisation de scènes dont le tempo et la longueur est plutôt gérée avec intelligence par le scénario puis par le montage. On regrettera quelques gros plans vraiment serrés, ce foutu fameux gros plan psychologique, un des mythes les plus tenaces en matière de cinéma (quelle plaie), mais pour le reste il y a assez de travail pour que les choses passent agréablement, et que notamment certaines scènes puissent se développer en longueur. Le mélange scènes courtes/ scène longues se fait effectivement bien et donne du rythme à un sujet assez monomaniaque et claustrophobe. La photo est juste soignée, avec ici et là de belles ambiances, enfin je le suppose au vu de la copie que le distributeur ose mettre sur le marché (on dirait que le film a 40 ans : son ronflant très détérioré, flingué même... Mais que se passent-ils avec la gestion des copies en France, qu'on tire de plus en plus mal et qu'on conserve de manière catastrophique ? LA DERNIERE MARCHE est un film qui est sorti assez largement, et ce n'est pas un inédit de Derek Jarman des années 70 ! On serait en droit d'attendre une copie raisonnable). La narration use d'une technique de montage classique, décidée au scénario sans doute, à savoir une espèce de montage alterné qui se déclenche de manière impressionniste, un peu librement. Ca fait syncoper un film bavard. Ce n'est donc pas une mauvaise stratégie. On voit donc des images "d'archives" ou plutôt des espèces de flash-backs : le meurtre bien sûr, sur lequel on revient sans cesse, mais aussi des images super huit (vraiment belles pour une fois) concernant tels ou tels personnages. Les autres "flash-backs" sont assurés de manière discrète via la télévision, effet dont Robbins n'abuse pas d'ailleurs. Il y a donc un rythme assez certain.


La première chose qui sauve le film, ce sont les acteurs. Si le casting est très marqué en "tronches", le jeu est plutôt sobre, plus ouvert pour les personnages secondaires liés au meurtre (les familles), et sobre pour les protagoniste principaux (l'avocat notamment). Sarandon est absolument impeccable comme d'habitude. C'est une de nos meilleures actrices ! (Rires) C'est très sobre, tout en nuance avec un rôle pourtant assez carré dont elle sait bien mettre en exergue, et sans écraser quoique ce soit, les moments les plus paradoxaux. Ca sent l'épure et l'expérience. Nickel. On sait que Sean Penn n'est pas mauvais mais qu'il peut aussi être épouvantable. Souvenez-vous de l'ignoblissime SHE'S SO LOVELY, vrai parcours du combattant pour le spectateur qui se retrouve là dans un zoo d'acteurs tous à côté de la plaque et sans aucune nuance autre que celle de la tractopelle (même Harry Dean Stanton est épouvantable !). Penn, même lui, heureusement, il n'atteint pas souvent de telles extrémités, a un peu tendance à charger la barque. Ce n'est pas du tout la méthode Sarandon. Souvenons-nous de l'intéressant 21 GRAMMES. Là par contre, rien à dire. Il a un rôle épouvantable à tenir, car reposant sur le syndrome du monstre de foire, un truc épouvantable qui d'habitude donne droit à de très beaux oscars, ce qui est souvent mauvais signe. Ici, il sait garder une certaine hollywoodanité (yeah !) au rôle parfois et retenir beaucoup à d'autres moments. Il sait notamment se caler sur Sarandon, c'est évident. Robbins assure le back-up en sachant couper là où il faut, et réduire la sauce où d'autres se seraient vautrés.



Voilà pour le moteur qui n'évite pas certaines maladresses d'ailleurs, ou deux ou trois traits plus naïfs ici et là. Une fois la chose posée, Robbins accomplit par contre quelque chose de bien plus étonnant. Et pour vous expliquer ça, il faut que je revienne un peu sur ce que je disais plus tôt. Une autre raison pour lesquels ce genre de film sont quasiment impossibles à faire, est strictement cinématographique. Le cinéma est un art manipulatoire. L'Histoire du siècle dernier à bien démontré, et avec quelle funeste puissance, qu'on pouvait tout faire dire à une image, notamment une chose et son contraire, et que dans le cinéma, il y avait une impression "de sur-vérité écrasante". Un type hideux est assis sur un banc. C'est un clochard louche et dégoûtant. Vous allez forcément pensez que ce type cache quelque chose. Un sublime fille, belle et rayonnante d'intelligence passe. Vous allez voir peur pour elle. Si elle sort une batte de base ball et éclate en mille fragments la tête du sdf, vous allez prendre ce dernier en pitié, vous allez détestez la jolie fille, vous allez réclamer vengeance tout de suite en demandant à ce qu'elle soit punie cruellement. Si en plus vous faîtes un peu de mise en scène, c'est encore pire. Dans cet exemple vous êtes passé d'un extrême à l'autre en mois de dix secondes de manière complètement absurde. Tout le monde marche, moi aussi, le cinéma est basé là-dessus. Autre exemple. Une dispute dans un couple. Ca gueule pas mal, c'est une grosse dispute stressante... mais rien à voir avec l'impact que peut avoir la même scène si on fait un insert sur le fils du couple, ce charmant bébé qui pleure à tue-tête ! Vous voyez, faire pleurer Margot et manipuler les gens, c'est chose plus que facile au cinéma. Dans l'exemple de la dispute, l'échange entre le mari et la femme peut-être très mal écrit ou complètement incohérent, ça va marcher ! Rires.



Voilà qui est dit. Là où Robbins fait très très fort, c'est qu'il imprime un point de vue hallucinant sur son histoire, dans la dernière partie, et que son scénario est construite sur une très belle idée. En fait, le film raconte une chose assez étonnante. Une femme, Sarandon, se retrouve dans une situation intenable. Elle doit accompagner les probables derniers instants d'un homme, et un des pires. Plus encore, elle essaie de comprendre la situation globalement. Sa position privilégiée lui permet de presque tout voir. En femme sensible et fine, il lui arrive un sacré truc. Cette histoire est tellement hors-norme, univoque et sordide qu'elle se retrouve assaillie d'émotions TOUTES contradictoires ou presque. Et sa position un peu à l'écart (elle n'est pas impliqué dans le drame original, ce qui la dédouane autant que faire se peut, des réactions épidermiques ou ultra-émotionnelles) est intenable. Sarandon est assaillie d'émotions épouvantablement violentes (et nous avec, soit ce que je déteste le plus dans ce genre de film comme je le disais) dont presque aucune n'est conciliable avec une autre ! Cette position de voyeur éclairé est stupéfiante : Sarandon n'est pas assaillie d'informations, elle est, excuse-moi le terme, violée par des images. Extérieure aux faits et ayant très peu d'influence sur les événements présents, elle subit forcément tout, et plus important encore, ne peut pas appréhender les choses que sous la forme de figurations concrètes ou abstraites des témoignages qui lui sont proposés. TOUS les personnages, et j'insiste, tous, envoient des informations à vous briser l'âme et baignant dans la plus insupportables violence : familles des victimes, bien sûr, famille de Penn, Penn lui-même, et même le personnel pénitentiaire ! Déjà, ça, c'est atroce. Mais l'intelligence et l'opinion humaine viennent se mêler à ça. Dans un même groupe où les gens ont des attitudes similaires, les analyses sont radicalement opposées ! La confusion, ici dans le sens de "chaos", est donc double voire triple alors que la situation de départ est déjà quasiment insupportable. Pour nous, spectateurs focaliens, cette confusion est quadruple ! Car en cinéphile éclairé, nous savons l'aspect manipulatoire des images à fortes potentialités émotionnelles.

Et c'est là que Robbins fait très fort, comme je le disais en entame de paragraphe. Il place son film sur la perspective suivante: à force de surcharge, ce ne sont plus des émotions ultra-violentes qui assaillent la pauvre Sarandon, mais bien des images ! Sarandon essaie de faire marcher son cerveau autant que son cœur, et la tâche est quasiment impossible ! Tout est recevable ou presque (l'essentiel du moins) et tout est contradictoire ! Impossible d'avoir un point de vue équilibré, impossible d'essayer d'atteindre une forme de Justesse. Voilà, le premier et le plus important des sujets du film, bien plus que la réflexion sur la peine de mort (qui sera présente bien sûr, et plutôt de belle manière, quelque soit notre avis sur la question d'ailleurs, chose rare). Etre Juste (je mets la majuscule volontairement) au cœur du plus sombre enfer sur Terre. Et bien, voilà qui ne fait pas peur à Robbins qui se retrousse les manches et a l'intelligence de jouer à fond sur ce trait : les images violentes en émotions. C'est la première sublime idée. Du coup, la confusion règne en maîtresse diabolique, parfois insupportable, sur le film. Nous sommes (nous spectateurs) seuls, et nous vivons la solitude extrême, et le chaos qui habitent la pauvre Sarandon. Ce qui sauve le film du désastre, c'est le fait que Sarandon soit un être juste, et Robbins avec elle. Le réalisateur essaie de se frayer un chemin dans ces images hautement émotionnelles, et il le fait en essayant de préserver l'intelligence. La préserver de l'émotion. Pour se faire, paradoxalement, ils ouvrent la porte de son film aux pires émotions possibles. Très beau.



Et puis, il y a la séquence finale, et là on touche vraiment à quelque chose d'extraordinaire. Si vous n'avez pas vu le film, par pitié arrêtez-là la lecture de l'article ! Vous en savez déjà assez, et si vous saviez le contenu de cette dernière partie, vous rateriez une sublime expérience cinématographique. Allez, partez faire un café et allez lire un autre article du site. C'est bon, vous êtes partis ? Alors j'y vais.




Robbins ne se contente pas de nous submerger de violence, fut-ce de manière très intelligente. Il sait in fine redonner la parole à ses personnages et à son sujet. Dans cette fameuse dernière partie, le sujet stricto sensu reprend sa place au premier plan. Penn va mourir, c'est ignoblissime sans doute, enfin d'une violence insupportable. La question spirituelle reprend le dessus. Sarandon devra vaincre le suspens dérisoire de l'horloge qui continue de tourner, et accomplir sa mission : trouver un reste humain dans cette affaire, dans toute l'affaire si j'ose dire, pas seulement dans Sean Penn. Pour se faire, Robbins a donc utilisé, vous le savez si vous lisez ces lignes et que vous êtes sages, la technique du montage alterné pour nous montrer, sur le même plan, et j'insiste, le meurtre enfin dans sa véracité (mais de manière fabriqué : ça reste une image, comme tout le reste) qui au passage arrive encore à rajouter une louche dans la violence, fallait oser ! [Je pense notamment au viol tellement central mais éludé du reste du film.],et l'execution elle-même. C'est l'enjeu sublime et d'un courage remarquable du film de Robbins. Vous voulez sauver ce gars ? Alors il faut le faire non pas parce que le montage vous indique quoi penser (genre : un petit montage bien pathos sur le pauvre petit gars qui avait certes des défauts, coincé dans la machine judiciaire et face à face avec une mort insupportable et scandaleuse, ce qu'aurait fait TOUS les réalisateurs hollywoodiens !), mais pour les idées, pour le principe. Si on veut être juste et décider quoique que ce soit à propos du personnage de Penn, il faut résoudre l'insupportable violence, la contradiction ignoble, et voir, et s'imprégner jusqu'à la moelle (du film) de l'épouvante de la situation. Le crime est hallucinant de violence, il faut le voir, le comprendre, le vivre de manière figuré ET en même temps sauver, par choix, par intelligence, et non plus par émotion, le personnage de Penn... ou pas ! Robbins fait là preuve d'un courage absolue et d'une honnêteté rare et sans faille. Il a dit ce qu'il pensait de la peine de mort en loucedé auparavant. C'est son avis, et ce n'est pas l'essentiel. Par contre, il démontre que c'est dans le chaos ultime, dans la juxtaposition de l'inopposable (paradoxe) que se cache une intelligence possible. Je dois bien dire que j'étais totalement scotché par la classe et l'honnêteté du procédé. Le fond était impossible à décider, et Robbins propose alors la forme, une forme extrême, émouvante pour le spectateur bien sûr, mais qui oblige à faire s'incarner en chair et en os (cinématographiques, si j'ose dire) notre penchant théorique à vouloir sauver cet homme. Robbins ne propose pas un pardon de principe, mais bien une expérience incarnée. Ca n'empêche pas l'émotion, et là aussi Robbins reste honnête en ne contredisant pas la tonalité principale du reste du film. C'est l'intelligence et la forme qui font ce "pardon" est possible ou pas ! Intellectuellement et artistiquement, c'est absolument sublime !



Evidement, le film est rempli de petites maladresses ici et là. Mais dans son ensemble, il faut bien reconnaître le courage de ce projet qui envoie balader, et pas qu'un peu, tout le reste de la production. Le film n'est pas plastiquement parfait ni iconoclaste, mais en s'appuyant sur le système hollywoodien qui l'a produit Tim Robbins réussit à proposer un film qui ne lâche quasiment rien, et oblige son spectateur à un effort d'honnêteté stricte. LA DERNIERE MARCHE est donc un film peu aimable qui, une fois n'est pas coutume si on pense au sujet, a réussi à garder intact l'intelligence du spectateur en le baignant dans le pire flot, le plus violent même, d'images contradictoires. C'est de fait un belle réflexion sur l'utilisation du cinéma qui envoie balader nombre voire tous les films "engagés" qui envahissent notre écran de cinéma art et essai. Chapeau bas !

 


Fraternellement Vôtre,



Dr Devo.



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Jeudi 29 mai 2008 4 29 /05 /Mai /2008 14:52

Publié dans : Corpus Filmi

[Photo: "We Were So THURSTY!"
de gauche à droite: "...l'expectative inexorable du moment où ils se rejoindraient, au moins au figuré se dit-elle. Le paradoxe serait alors de faire le deuil des impasses, de savoir exploiter la gourmandise du moment de suspension qui précède les révolutions les plus belles, car les plus indispensables."
Photographie par Mek-Ouyes.]








Chers Focaliens,

 

Bon, comme d’habitude, mon grand retour annoncé se fait en pointillé, une fois de plus, repetita, et ce à cause de mes nouvelles activités de DJ (rires, du pousse-disque en fait), chose qui m’a pris un temps hallucinant, chronophagie due sans aucun doute au fait que c’était la première fois que je passais des disques en public. Ce fut très agréable, merci. Mais les affaires sont les affaires, et palmarès de Cannes ou pas (« …un film qui mêle de manière original fiction et documentaire », « un film documenté », a-t-on entendu, c’est-à-dire comme 97,53% des films art et essai, comme c’est original), on retourne en salle besogner de la critique avec notre « ami » Steven Spielberg, relativement en forme ces dernières années.

 

 

Curieusement, le quatrième volet des aventures sérielles de Indiana Jones ne commencent pas dans le service "léguminés" de la maison de retraite Les Acacias à Charleroi, Belgique, mais dans le Nevada et dans une base militaire où l’on retrouve notre Indiana Jones national en bien fâcheuse posture. Et pas qu’un peu ! En effet, M. Chapeau est entre les mains des Russes qui viennent de prendre le contrôle des entrepôts secrets de l’armée américaine, là précisément ou se terminait le premier épisode de la série. Nous sommes en 1957, et à l’époque les Russes étaient des gens vraiment méchants comme Le Gall, et on était encore loin de se demander si eux aussi aimaient leurs enfants. Cette charmante escouade staliniennes n’est pas là pour le tourisme, comme on s’en doute, mais pour mettre la main sur un sarcophage bizarre renfermant une espèce de momie encore plus étrange. Et il se trouve que Jones pourrait les aider à mettre la main dessus. Une série d’aventures étonnantes et trépidantes commencent où le vieux Indy sera aidé par un petit loulou, Shia LaBeouf (record à battre!). Il sera notamment question de retrouver la trace d’un grand ami, John Hurt, ici collègue de Jones, et un mystérieux crâne en cristal de l’époque Geigger. Mais, la Russie ne voit pas la chose de cet œil, et ce n’est pas gagné pour nos héros, d’autant plus que c’est Cate Blanchett qui dirige d’une verge de fer dans un gant de fonte, les opérations !

 

 

Je ne sais pas si Harrison Ford a monté les marches de Cannes avec un fauteuil de rampe Jean Lefèvre, mais en tout cas, c’est reparti comme en 40 ou presque. Alors pas de soucis, on retrouve tout l’attirail de la série qui fut d’ailleurs très joliment analysé par notre ami le Marquis dans ces pages. Vous pouvez jeter un œil dessus, c’est tout bon, et je pense la même chose.

 

La chose démarre plutôt bien et plutôt mal avec un immonde petit plan en synthèse sur une marmotte qui sera le fil déconducteur de la première et longue séquence d’introduction. Je passe sur ces marmottes, c’est complètement débile et surtout d’une laideur intergalactique indiscutable (l’effondrement du terrier par contre était très joli, soyons juste). Par contre, Spielberg nous prend gentiment à contre-pied en nous proposant une ambiance "college" (prononcez à l’anglaise) tout à fait incongrue, avec une jolie fin en forme de virage narratif. Ça m’a fait rire et c’est plutôt bien joué, car cela permet de faire diversion avec la séquence suivante assez longue et plus bavarde que l’habituelle ouverture de la série (quoique je n’aie pas revu INDIANA JONES ET LE TEMPLE MAUDIT depuis des lustres, et je ne me souviens absolument pas de son entame !). La séquence elle-même est plutôt bien fichue, avec quelques plans très ouverts du point de vue du cadre qui font bien passer le numérique ici très propre (exception faite des effets de nuage, toujours aussi  mal fichu au cinéma !). Bref, c’est plutôt bien troussé, et même assez marrant. Une belle idée surnage, vraiment très réussie : alors que les extérieurs de cette séquence sont en décors naturels, Cate Blanchett déboule dans un contrechamps totalement studio et ouvertement artificiel qui petit à petit va contaminer le champ. Très joli moment et bonne idée. Ici et là quelques gourmandises, notamment dans les plans assez compliqués parfois de la poursuite teenageuse en voiture. Great.

 

 

Is that all there is ? Non, pas vraiment. Nous suivons ensuite notre héros dans une panoplie de scènes reprenant plus ou moins les scènes des films précédents, sous forme de passages obligés : salle de cours, divagation sur les énigmes à résoudre à voix haute, poursuites en véhicule, etc… Le Marquis avait raison, Indiana Jones c’est une affaire de serial dés le départ.Voilà qui se suit sans effort mais aussi sans éclat. On suit tout ça d’un œil pépère. Les effets spéciaux et cascades se divisent en deux. Une partie old school avec des effets sans doute numériques, mais qui essaient de se faire passer pour des effets "en dur", puis une utilisation plus ouverte et plus moderne du numérique. Le meilleur se situe entre ces deux zones, notamment en ce qui concerne les déplacements de Harrison Ford. On note un montage intelligent de ces effets, notamment dans les transitions numériques dans le plan (entre le cascadeur, l’acteur et l’effet) comme dans la séquence d’ouverture (la première suspension avec le fouet). La deuxième cascade live en voiture et moto estégalement assez joliment chorégraphiée. Bon. Ensuite, ça se gâte un peu plus. Au fur et à mesure, c’est les effets spéciaux plus contemporains qui envahissent l’espace, et bon sang de bois, on voit la différence ! Même les décors naturels sont mis au diapason de ces effets numériques et n’ont plus grand chose, justement, de naturel. La photo devient plus systématique et l’aspect "en toc" reprend le dessus. Oui mais là, tu exagères docteur, vous dîtes vous, car après tout,  c’était déjà un peu le cas dans le deuxième épisode de la série. Oui, oui… Je vous l’accorde. Mais ici, c’est… assez laid, car les effets spéciaux ont changé et que la norme numérique est ce qu’elle est, malheureusement. On retrouve des poncifs notamment dans la scène de poursuite en voiture dans la jungle au bord d’un précipice qui fonctionne un peu en mode jeu vidéo du point de la direction artistique : on a l’impression de retrouver la tonalité de la poursuite avec les dinosaures du KING KONG de Peter Jackson.  Comme s’il il fallait réexploiter un moteur informatique ou un travail logiciel précédent. Rires. Et puis, les effets sont aussi liés à la tonalité du film. La mise en place des personnages secondaires prend plus de place et replace le film comme un renouvellement et un retour aux sources, avec les rôles de Shia LaBeouf, qui représente sans doute la relève et renouvelle l’intérêt des teenagers je suppose, et Karen Allen pour les gars de mon genre, un peu plus âgés. Comme Spielberg aime replacer tout ça dans un contexte familiale et généalogique (très très simplet et largement redondant, mon dieu !), ça insiste drôlement. Le film dans sa mise en scène reflète donc aussi ce choix. D’un côté, on retrouve (un peu) les qualités des deux premiers épisodes, et de l’autre on se noie dans la surenchère et la farce de l’épisode trois. Le personnage de LaBeouf prend peu à peu sa place et avec lui débarquent les effets spéciaux de "djeunz" : effets de tremblé et surtout numérisation à tout va, cascades grotesques (la première chute dans l’eau, via un arbre, du véhicule amphibie), et séquence ouvertement spidermanesque comme cette ridicule et surtout absolument laide tarzanisation de la poursuite de liane en liane avec un LaBeouf affreusement numérisé. Et voilà où le bât blesse : Spielberg ne peut pas s’empêcher d’en rajouter et de lorgner du côté de la farce. Les enchaînements des morceaux de bravoure sont incessants et segmentés au possible dans une progression de plus en plus laborieuse, t une gestion rythmique sans intuition et sans fulgurance. Parallèlement, bien sûr, la mise en place des effets spéciaux prend le pas sur la mise en scène. L’échelle de plan se réduit (bon c’est quand même plus large que la moyenne, cela dit…), Et petit à petit on perd la rigueur et l’efficacité de la séquence introductive. On se retrouve avec un film classique contemporain, esthétiquement pauvre, voire laid, et une mise en scène bien moins gourmande ou inventive que ce à quoi Spielberg nous avait habitué dans ces derniers films notamment dans la GUERRE DES MONDES.

 

Comme la trame dramatique est énormément attendue et balisée, on a donc tendance  largement s’ennuyer. Le film est sans gourmandise et sans surprise. Les relations entre personnages sont largement invariables, et explorent des territoires connus. L’exploitation des rapports de comédie entre Ford et Karen Allen essaie de copier et de coller ce qu’ils étaient dans le premier épisode, de manière là aussi attendue et donc laborieuse. Ça sautille peu, les gourmandises sont rares et la progression vers la salle finale, d’une kitscherie hallucinante, est d’une longueur effroyable, débarrassée de véritable enjeu dramatique, un peu à la manière de Sam Raimi dans SPIDERMAN qui lui aussi avait réussi à se débarrasser du potentiel de noirceur que lui offrait son histoire. Le résultat est donc lisse, prévisible et surtout manque de malice et de profondeur. INDIAN JONES 4 est donc un blockbuster de plus, citant largement l’œuvre de son réalisateur, mais sans en reprendre la fantaisie et le savoir-faire. Malgré un beau casting (Allen, mais aussi John Hurt et Jim Broadbent qui assurent la marque d’une volonté d’hommage à la tradition du cinéma d’aventures et fantastique anglaise, bien factice), rien en fait vraiment saillie, rien n’implique ni immerge. À force de vouloir ménager la chèvre traditionnelle et le chou du cahier des charges du film ado des années 2000, Spielberg accouche seulement d’un produit, très hybride, dont le potentiel esthétique et artistique est très laid. Pas grand-chose finalement ne nous fera vibrer, malgré cette très bonne première bobine. On est clairement dans une perspective de surenchère et de clins d’œil entendus qui placent, c’est une douloureuse surprise, ce quatrième opus dans la lignée du troisième. Comme dirait le personnage de Cte Blanchett : "Ach ! Why" ou plutôt "Art ! Faille !".

 

 

 

Nerveusement Vôtre,

 

 

Dr Devo.




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Mardi 27 mai 2008 2 27 /05 /Mai /2008 09:24

Publié dans : Corpus Filmi

[Photo: "I've already paid for this... (autoportrait)" par Mek-Ouyes]


Chers Focaliens,

C'est pour moi la rentrée des classes, et on profite des brefs moments de répit pour retourner en salles.

On passe vite sur ENFANCES, concept dirigé par le réalisateur Yann Le Gall qui a proposé à 6 cinéastes dont lui-même de réaliser un court-métrage sur l'enfance d'un grand réalisateur classique. Le tout forme bien sûr un long-métrage à sketches, comme au bon temps de nos amis italiens. Globalement, le projet est plutôt amusant, car il baigne dans l'absurde, mais aussi casse-gueule, la chose pouvant vite virer à l'exercice de style. Et pourquoi pas d'ailleurs, se dit-on en fin de projection. Globalement, le projet a des qualités, minces, mais quand même. Notamment la photo, relativement soignée, voire même assez léchée dans le segment consacré à Hitchcock tout en délire gothique d'assez bon aloi. Ceci dit, le risque est aussi de faire un film édifiant et terriblement symbolique. Yann Le Gall a écrit tous les scénarios et malheureusement, ça se voit un peu. Le premier court, réalisé par Le Gall lui-même est proprement insupportable. Consacré à Fritz Lang, il montre la découverte par le petit gamin surdoué de sa judaïté. Mouais, c'est bien sûr totalement édifiant et naïf. Côté mise en scène il ne se passe pas grand chose, notamment dans le son, insupportable de vide dés les premières secondes. Ca aussi, c'est la qualité française, messieurs dames. Le reste relève de l'anecdote totale.


Isild Le Besco réalise le segment Orson Welles, un peu plus tenu, avec un essai de mouvements de caméra et de léger mouvement dans le montage. Le petit acteur jouant Welles est plutôt improbable et utilisé comme tel. C'est une bonne idée. Quelques plans sont cadrés de manière un peu amusante, et il y a même un joli plan douche, qu'on dirait bizarrement à l'épaule, tout à la fin. C'est déjà ça, même si le reste est légèrement attendu.


Ha, cette vieille jeune ganache de Renoir. Là aussi, on replonge dans le symbolique, avec bien sûr, quelle surprise, la découverte des disparités sociales chez le futur réalisateur. Et de la campagne en veux tu en voilà. Pas grand chose à manger la non plus, c'est relativement anonyme.


Tout comme le Bergman qui se construit autour d'une anecdote assez rigolote et mortifère, mais qui finira par sombrer dans le trop peu, notamment au niveau de l'échelle de plans bien trop sage pour permettre de mettre quelque chose de signifiant en place. Peu de sons là aussi. Par contre, quelques plans sont relativement cadrés, mais on n'est pas dans des extravagances à la Friedkin, c'est tréééééés sage... et vite oublié.


Le Hitchcock de Corinne Garfin est le plus rock ‘n' roll. Tourné en scope et en noir et blanc, il lorgne délibérément du côté d'un fantastique gothique, baigné dans une lumière très réussie dans son genre, et très maniériste, ce qui vu le contexte marche plutôt bien. C'est le court le plus foufou de la série avec le Tati. Le film atteint une relative indépendance, ce qui n'est pas forcément le cas des autres, et c'est un paradoxe car ici l'exercice de style, pas forcément hitchcockien en plus, est annoncé clairement. Malheureusement, si c'est assez basique (avec un joli point de montage près d'une fenêtre), la fin me déçoit notamment avec une déferlante de citation hitchcockienne là par contre, en forme de clins d'œil, assez mal venues justement car l'indépendance du film fonctionnait pas mal. Alors, vas-y que je te balance des escaliers et des lumières de la chambre au premier étage allumée. Mouais... Même là, une bonne idée mais mal mise en exergue : l'escalier de PSYCHOSE qui se transforme en l'escalier des 39 MARCHES. Malheureusement, ces détails en forme d'hommage ne sont que de l'illustration. Dommage, d'autant en plus qu'en faisant durer la scène de paroxysme gothique, le film aurait sûrement gagné en étrangeté quant à son rythme. Ceci dit, ça se regarde, et c'est le film le plus tenu...


... avec le suivant consacré à Tati. Là aussi on nage en pleine anecdote, presque caricaturale à mon avis, et de toute manière pas intéressante du tout si elle est symbolique. Ceci dit, il y a un peu plus de délicatesse, et surtout la mise en scène est là ouvertement, comme dans le Hitchcock, plus graphique avec des jeux de décalage qui valent ce qu'ils valent mais qui ont au moins, contrairement aux sections Renoir ou Lang, l'avantage d'exister. Le rythme est un peu mou, mais la mise en scène beaucoup plus réfléchie.


Ben alors, vous dîtes-vous, on se foule plus tellement Docteur Devo ? Oui oui, oui peut-être ou alors peut-être non justement. ENFANCES a beaucoup de défaut, surnage légèrement au dessus de la moyenne, mais ne laisse au final que peu de souvenirs. Un plan ça et là chez Le Besco (et une vraie tentative de travail sur le rythme de certaines scènes), un petit poil de jeu chez Tati, et basta. Tout cela n'est pas très rock ‘n' roll, et surtout nous rappelle que le cinéma dit "art et essai" français pêche souvent par manque d'expression et de point de vue. Au cinéma, il vaut mieux charger la barque que de viser l'épure. Et comme pour tous les autres arts, pour viser l'épure il faut un plan de travail baroque, ce que semble vraiment ignorer les européens.

 


Tiens, changeons de rive en allant voir TEETH de l'américain Mitchell Lichtenstein, fils de l'artiste pop art paraît-il. Le sujet est beaucoup plus édifiant puisque l'on suit Dawn une jeune fille américaine d'environ 17 ans qui, bien qu'issue d'une famille pas particulièrement conservatrice (très bonne idée d'ailleurs, ce qui donne une connotation étrange au personnage du frère), fait partie de ces jeunes gens américains, férus de religion et qui se sont promis de garder leur virginité jusqu'au mariage, et qui le revendique. Malheureusement, la pauvre fille est affublée d'un terrible handicap, forcément double. D'une part, elle finit par rencontrer un p'tit gars qui est vertueux comme elle mais la trouble sur les plans affectif et sensuel, ce qui forcément va poser problème. Plus grave Dawn est persuadée, et mieux, elle sait qu'une terrible infirmité physique la touche : elle a un vagin avec des dents !
Elle décide néanmoins de sortir avec ce garçon, beau et vierge comme elle... Un long parcours initiatique s'engage, et croyez-moi, c'est très loin d'être gagné...



TEETH est accompagné d'une rumeur très favorable, suite sans doute à son passage eu Festival de Deauville, et malgré un film annonce un peu pêchu (peu représentatif), c'est vrai que les choses sont bien faites et que le film a été extrêmement bien vendu. Tant et si bien que le cinéma art et essai de la ville passait le film en V.O, et que l'affiche plutôt belle attirait pas mal de gens. Ce n'est pas le destin de tous les films d'horreur ou fantastique contemporain. Et puis, une petite comédie horrifique, ça ne se refuse pas !



Mitchell Lichtenstein dont c'est, semble-t-il, le premier film, propose ici une drôle de fiction, et ce à plus d'un titre. Dés la première bobine, les règles du jeu sont assez bien fixées. Il s'agit, comme son sujet pouvait le laisser prévoir (mais la chose est assez étonnante à voir, car le réalisateur le fait avec une certaine application) de créer une esthétique et un ton qui rappellent très largement la série B d'horreur des années 80: introduction symbolique, cadre de vie middle class, présentation classique des personnages, des seconds rôles et de l'idylle amoureuse, photographie directe et plutôt brute de décoffrage, etc... Les premières sensations sont plutôt agréables, forcément, quoique l'inquiétude d'un récit balisé se fait sentir, notamment dans le dispositif symbolique des seconds rôles justement et de certains détails (le chien par exemple, sur lequel on insiste trop pour qu'il n'est pas une utilité quelque part plus loin !). L'actrice principale, Jess Wexler, joue plutôt bien, sait forcer le trait ou nous prendre au contraire un peu de biais. Tout cela est donc plutôt sympathique, se dit-on.



Et puis, petit, à petit, Lichtenstein, qu'on appellera désormais Mitchell pour des raisons de commodités évidentes, commence à faire dériver son film, ou plutôt, disons que nous nous apercevons que les choses ne sont pas si marquées. Si le jeu symbolique continue de manière ostentatoire (un plan dans la forêt commençant sur un tronc d'arbre à la forme vulvoïde), on peut-être assez surpris par le ton. Si le principe de base, c'est-à-dire l'infirmité du personnage principal est "loufoque", et qu'on nous a annoncé une comédie d'horreur, le ton du film semble plus inattendu. Pas de beaucoup, mais quand même. On rit jaune et assez peu, et très vite, c'est une atmosphère plus lourde qui prend le dessus. Deux ou trois choses classiques, comme l'arrivée de Dawn au lycée (scène qui est très bien placée : pas dés le début de la présentation du personnage, mais après son premier speech pro-virginité), semblent un peu trop longues ou trop brut de décoffrage. Lors de cette arrivée au lycée, les informations, très simples je vous l'accorde, arrivent toute en même temps, et le travelling arrière, très faisandé, dure une ou deux secondes de trop, et cela suffit pour qu'on sorte du plan beau et classique pour commencer déjà à regarder cette scène vue mille fois un peu de biais. Et ça va continuer comme ça. Ca n'empêche pas les maladresses trop ostentatoires (la rencontre entre Dawn et son premier prétendant), mais voilà qui donne un petit ton triste ou froid assez bienvenue, et quand les choses sérieuses vont commencer on comprend qu'elle était la tactique de Mitchell : brouiller les cartes, dissocier les tonalités. Le gros du film viendra confirmer cette impression. Le film ressemble plus à un film de collège qu'autre chose. L'horreur n'est pas flagrante (j'y reviens). La comédie n'est pas forcément au rendez-vous. On se retrouve avec un film de collège assez dur, juste teinté de fantastique, les deux étant moins mêlés que prévu. C'est assez charmant, cette dichotomie trouble. Mitchell joue le décalage, joue sur le fait que les choses ne se passent pas comme prévues. On a les fesses clairement entre deux chaises, et pendant longtemps, notez-le bien, les codes de la série B horrifique se déplacent sur des scènes plus anodines, c'est-à-dire là où on en devrait pas les trouver : la recherche sur Internet par exemple est un moment de suspens (où l'héroïne explore sa difformité et semble presque être menacée d'être découverte par l'arrivée de ses parents; passage classique), mais se déroule dans un contexte anodin (Internet, devant un ordinateur quoi) se substituant ainsi à la même scène qui aurait pu avoir lieu dans la salle de bain (avec le même déroulé narratif: arrivée des parents et peur d'être surprise). La scène de salle de bain et d'exploration manuelle du corps aura lieu plus loin, mais sans effet horrifique, juste de manière intime et solitaire, et elle durera beaucoup trop longtemps pour un cadre horrifique classique. [Et il y aura un beau montage introductif, sous la douche, totalement sobre, avec un décalage de sons bienvenu : c'est la première grosse fissure du film. Très bien joué.] Ce décalage des effets propres au fantastique sur des choses assez quotidiennes, et au contraire la relative sobriété et intimité se dégageant des scènes à plus fort potentiel fantastique met la puce à l'oreille.



Et c'et quand les choses sérieuses, c'est-à-dire quand le sexe "pratique", commencent à entrer en jeu, que les choses se gâtent pour prendre un tour beaucoup plus étonnant. Ces basculements se fondent bien sûr, mais pas uniquement, sur la confrontation avec l'horreur de la licence poétique. Quand les corps vont se dévoiler, il est difficile de faire l'impasse, évidement, sur la particularité anatomique de Dawn. Et là, Mitchell fait quelque chose de très très curieux. Dés la première scène de sexe, on constate que la mise en scène est en effet assez "naturaliste". Bon, c'est un peu exagéré. Mais, elle débute sur un vrai moment d'intimité, et surtout elle dure, dure, dure. Une fois l'agression masculine en place, là aussi sur un mode non-fantastique, non seulement la scène dure encore plus, mais elle se déroule en deux temps, ce qui est très troublant. Avant que la violence n'éclate chez Dawn, il se passe de longues minutes, assez interminable vu les circonstances catastrophiques (c'est un viol, au final). Mitchell délivre clairement les clés. Il y aura décalage, le fantastique n'interviendra qu'au final par un effet gore ostentatoire, mais ce sera bien la seule concession et c'est bien joué. Pas de musique dramatique ou de suspens, composition du son à partir d'éléments naturels, et très peu, vraiment très peu de dialogues. [La relative rareté des dialogues s'appliquera dans de très nombreuses scènes et contribuera à l'aspect intimiste du film pendant tout le métrage.] Pour dire les choses clairement, aussi surprenant que cela puisse paraître, ces scènes sont intimistes, en quelque sorte.


Quels sont les avantages d'un tel modousse opérandaille ? C'est simple. Loin d'être une charge ou une critique de la société américaine, le film sera au contraire très proche du personnage principale, c'est-à-dire, et notez le bien, qu'on va non pas assister au parcours de Dawn mais belle et bien vivre son récit sous forme totalement subjective. Le monde présenté ici n'est pas un portrait fidèle, mais un portrait sensuel (en sensations, physiques ou intellectuelles). C'est le parcours émotif de Dawn qu'on suit, tout simplement. Le fantastique ne viendra que souligner l'horreur total de ce qui lui arrive, et l'épouvantable sentiment de dérive, de perte, et de solitude de Dawn.



Mitchell enchaîne alors les superbes idées. Le sexe est représenté non pas comme un carcan figé, non pas comme un réaction durable, mais au contraire comme un ensemble de sensations pointillistes et mouvantes, et bien sûr, ce qui est assez peu montré au cinéma quand on parle de sexe, ces sensations sont souvent contradictoires, ou pour être plus précis, paradoxales. Et pas seulement pour le personnage de Dawn mais aussi pour les personnages secondaires, presque tous des hommes. Le frère présenté comme perdu, peut se révéler une personne assez sensible, mais au final c'est sa monstruosité qui prendra le dessus, et sa violence bien sûr (d'où la belle idée de placer une scène totalement inutile : celle où le frère cogne un des prétendants de Dawn, scène qui nous rappelle que cette violence du sexe, est de toute manière une conséquence de la violence socialeou sociétale). Le personnage du deuxième prétendant est aussi impressionnant sans en avoir l'air. C'est une espèce d'abruti adolescent, mais dont on sera témoin de la solitude (quand il se fait cogner justement), de la maladresse et finalement de la tendresse qu'il peut apporter à Dawn (sublimissime idée de leur premier rapport en totale contradiction avec nos attentes). Après cette scène tendre de vrai sexe, pourtant commencé dans des circonstances absolument épouvantables (et encore là ambiguës : Dawn accepte-t-elle le tranquillisant en toute connaissance de cause ?), c'est le contraire : le prétendant révèle l'horreur de son dessein, la séduction (dans laquelle il s'est retrouvé) n'étant prétexte qu'à un jeu de possession sociale ! Ignoblissime ! Et peut-être inadmissible pour beaucoup d'entre-nous. Il n'empêche, en une séquence, Mitchell fait le portrait de tous les possibles en matière de début de vie sexuelle active : le rapprochement des solitudes, la séduction maladroite, la manipulation, malgré tout la tendresse, le plaisir et la jouissance, et en fin de compte la possession la plus ignoble, la possession sociale bien sûr. En une séquence, tout le parcours de la découverte du sexe est là ! Et tout en sensation en plus, comme un sous-texte, comme un courant sous-marin qui innerve le film sous le film d'horreur.



Mais, cela est possible pour une seule raison, et c'est là le plus beau dans ce film : l'incroyable réussite et l'originalité du découpage narratif à partir de la première scène de sexe (au lac) dont je parlais plus haut. C'est très dur à décrire car cela se joue à peu. A partir de ce point, paradoxalement, l'enchaînement et le choix des scènes sont assez classiques et logiques dans la perspective de la série B fantastique. C'est par la mise en scène, in vivo et aussi dans le scénario, que Mitchell transforme ce déroulé narratif normal en quelque chose de beaucoup plus ahurissant. Choquée au plus profond, et c'est bien normal, Dawn commence une errance. Mitchell met alors en place une belle idée de mise en scène : couvrir le déroulé narratif de trous, d'ellipses, mais très courtes. Les scène durent alors trop longtemps, ou pas assez, les transitions prennent autant d'importance que le corps dur des scènes elles-mêmes, ou alors les scènes ne commencent pas sur l'essentiel mais sur des détails (le trsè beau retour au lac, par exemple). Tout apparaît alors comme sensations, et Dawn, et nous avec (je vous assure, c'est impressionnant), glissons sur le événements, faisons du dérapage contrôlé. On subit. On ne sait pas s'il se passe une seule nuit ou trois jours. C'est la chute. Le parcours narratif n'est plus en conséquences logique mais en forme de morcelage plus disnarratif (de très peu en plus, ce qui rend l'impact du film infiniment impressionnant), fait d'achoppements discontinus. On se rend compte qu'on est passé à un autre moment et à une autre scène quand la deuxième scène est déjà enclenchée. Plus que de dérouler le fil logique de l'intrigue, Mitchell, comme dans un rêve grotesque (naunce bien trop souvent confondue avec l'ironie et le cynisme), colle ensemble, de manière artificielle et cubiste, les différents moments entre eux. C'est un paradoxe : le listing des scènes est classique, mais le collage des scènes entre elle parait complètement illogique ou plutôt il brise la chaîne des conséquences. On ne retient dés lors que des sensations. Que des sentiments subjectifs. C'est magnifique. Des pans entiers de dix minutes nous entraînent dans une dérive totale. Cette brusquerie narrative, emplie de tristesse, c'est le nœud du film, sa grande force. Et même si dans la dernière partie, la chose est plus banale, moins marquée, c'est trop tard. Le mal est fait en quelque sorte. La fêlure au cœur et au corps est faite. Trop tard. Trop tard, oui, ça résume bien l'affaire. Cette sensation, par couloirs entiers de scèness et de séquences, d'être à la dérive, perdu et effroyablement triste est vraiment impressionnante et c'est un brise-cœur total. On est perdu, ivre, déboussolé. Cette impression est possible, plus que par la scène du lac, grâce à l'enchaînement avec la scène qui suit et qui éclaire drôlement bien le film : la deuxième conférence de Dawn. C'est un moment magnifique et c'est le moteur de cette ivresse narrative qui va suivre. De membre d'une communauté soudée que Mitchell a pris soin non pas de dénoncer mais au contraire de suivre comme étant "normal" (ces ligues de vertus sont simplement prises au premier degré), Dawn se retrouve dépeinte comme individu de solitude dans la masse. C'est le sentiment qui dominera lors de la résolution qui va suivre, quand on quitte le milieu et la dialectique de la vertu. Au fond, lors de la séquence avec le deuxième prétendant et lors de toutes les scènes qui constituent la dernière bobine du film (sa résolution), c'est la même chose qui se passe que dans cette fabuleuse deuxième conférence. Dawn voit le tapis brusquement retiré de sous ses pieds. Il n'y aura plus jamais de retour en arrière, la virginité, pas seulement au sens sexuel du terme, est complètement perdue et souillée, et j'insiste, elle est souillée socialement ! Dawn devient un individu et se prend la violence du groupe en pleine poire, comme on dit. C'est le KO (jeu de mot !). C'est pour cela que le gros du film fonctionne de manière si brillamment subjective et que nous sommes happés par le film : Dawn est sonné, comme un boxeur. Et ça fait très mal. Dés ces deux scène (du lac et de la conférence), par ce collage brusque, Mitch peut alors développer par la suite, toujours sur le mode sensuel, le gros de son film en forme de parcours initiatique douloureux. Dans la scène de la conférence (clin d'oeil à la thématique des Bodysnatchers) et par le procédé même, le réalisateur, loin de plonger dans l'ironie et le cynisme, bien au contraire, fait preuve d'une tendresse rare vis-à-vis de son héroïne : il l'accompagne, lui rend hommage presque. Le contexte religieux et virginal du film n'est pas une caricature comme il semblait, mais bien cet accompagnement. On se retrouve, mais à l'envers, dans une logique troublante pas si éloignée du fameux EMPRISE de Bill Paxton. Ce n'est pas tout à fait ça, mais il y a une cousinerie éloignée, en quelque sorte. Une thématique fort bien soutenue par Mitchell qui a glissé la thématique du Mythe dans son film. Et le mouvement qu'il fait faire à cette thématique est le deuxième point remarquable de TEETH. C'est le mythe qui est païen et castrateur (oui castrateur, notamment pour Dawn). Elle se considère comme incarnation du Mythe, puis s'en détache avec douleur (apparition de son individualité, construction de sa personnalité à partir de la scène de la conférence) et ce jusqu'au premier orgasme. Ensuite, retour au Mythe ou plutôt réappropriation avec une certaine tristesse, ou plutôt énormément d'amertume. [C'est un choix, même si ce n'est pas celui que j'aurais fait, qui s'incarne dans la conclusion, un peu plus faible mais ambiguë quand même : le départ en vélo est une idée sublime, et très adulte en plus. Mais en revenant au Mythe,on n'est plus dans la position de départ, et ça c'est vraiment intéressant. Finalement que va faire Dawn ? Réutiliser et contrôler le Mythe ? Oui, sur le moment, mais après. Que va-t-il se passait hors-champ, après le générique ? Mitchell suggère quand même que Dawn se sera transformée, et utilisera son pouvoir, comme les autres profitaient de sa détresse. C'est d'une noirceur absolue. La tendresse est partie pour de bon.] Cette utilisation du Mythe et la corrélation entre Sacré/Païen (c'est-à-dire sentiment pur de Dawn notamment quand elle est dans la ligue de vertu, fait qui n'est pas regardé avec condescendance) et Tendresse/Pouvoir, cette analogie entre ces deux double mouvement prouve l'extrême intuition et la belle habileté de Mitchell, qui signe aussi le scénario de son film. Ce mouvement deux fois double permet aussi de mettre en perspective la naissance de l'individu et son "choix" de réaction face à un monde forcément hostile. C'est vraiment touchant, et cela permet de placer la sexualité dans une perspective quotidienne et ambivalente vraiment remarquable. C'est pour cela que je disais que ce film aborde le sexe comme rarement au cinéma, et de manière, paradoxalement, totalement adulte. Quant à l'apparition de l'individualité, dans ce mouvement là, elle replace TEETH dans sa vraie perspective : un film (assez abstrait) de collège.



[Un petit mot sur la scène du gynécologue qui me semble également très belle, et qui contient, ce qui est loin d'être le cas dans le reste du film, un très beau changement d'axe et une belle "chorégraphie" notamment lorsque Dawn est retournée par son sexe, si j'ose dire, sur la table d'osculation, nouveau cadrage dans le même plan qui transpire l'effroi. Où est la frontière entre l'agression et la normalité ? Cette auscultation est sans doute totalement normale. Le gynécologue n'est sans doute pas un obsédé ou un pervers. Mais Dawn, dans la foulée, va ressentir un geste médical comme une agression sexuelle. C'est très intéressant et ça éclaire de belle manière la suite du film et ce que je disais plus haut. La sexualité est vécue dans ce film de manière vraiment impressionniste. Un mot aussi pour dire que l'ivresse de Dawn, son KO, est particulièrement soutenu par le montage lors de son retour à la maison, scène effroyable où le symbolique et le réel se mêlent avec une force monstrueuse.
Notons également que Mitchell fait une très belle impasse : on ne sait pas pourquoi Dawn est devenue une mére-la-vertue. Elle a fait un choix semble-t-il. Mais l'apparition de l'individualité est venue plus tard, dans le corps du film. Très beau choix de la part du réamisateur/scénariste.]


Le gros bémol du film, c'est le cadrage souvent, mais pas tout le temps, très moche, farci de gros plan. Il s'en est fallu de peu pour que le film respire plus (comprendre "+"). L'échelle de plans est souvent réduite, et encore pas tout le temps. Héritage du film d'horreur de série des années 80 ? Possible, mais en tout cas c'est un mauvais choix qui minimise drôlement l'impact du film, d'autant plus que Mitch sait faire sans doute des choses plus acceptables dans le cadrage, les axes, et le montage. On mettra ça sur le compte du premier film. [Ce qui n'est aucunement une excuse, notez-le !] Quoiqu'il en soit, TEETH surprend. Plus qu'un film de contexte, qu'une critique de la société américaine ou occidentale, le long-métrage de Lichtenstein est un portrait universel de la découverte de la sexualité, sous ses aspects anodins et terribles. Il y a de l'humour, mais ce n'est pas une comédie, et comble de surprise, l'ironie ne fait qu'effleurer, constamment, dans un mouvement d'accompagnement et de tendresse envers le personnage de la part du réalisateur (et de notre part donc), le cynisme n'est jamais présent. Bien plus, c'est la tristesse profonde du film qui marque. La portée subjective du film est impressionnante, le sentiment d'immersion est là (après tout Dawn a-t-elle vraiment un vagin denté ? C'est loin d'être sûr...) soutenu et construit par/sur une déconstruction légère mais explosive de la narration. Dommage donc que le cadrage soit souvent hideux. Malgré tout, ne gâchons pas notre plaisir, TEETH a énormément de personnalité et offre une vision originale et personnelle, triste, à la compassion rugueuse pourrait-on dire, de la découverte puis de gestion de la sexualité. En filigrane, c'est une société violente et castratrice qui est montrée, un monde vide de tout, où la possession prend le pas sur le reste. Comment en est-on arrivé là ? Mystère. Mais en tout cas, TEETH sait être proche d'un sentiment qu'il n'est pas facile, loin de là, d'approcher : l‘effroi adolescent et l'incroyable violence qui se joue dans la ratification de l'âge adulte. Ce n'est quand même pas rien.



Quant à réunir dans un article déjà très long des films aussi différent que ENFANCES et TEETH, je vous laisse deviner la raison de ce choix paradoxal. Peut-être est-ce dans le collage incongru d'éléments disparates que se découvrent les perspectives ?

 


Solitairement Vôtre,


Dr Devo

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Lundi 19 mai 2008 1 19 /05 /Mai /2008 13:58

Publié dans : Corpus Filmi

[Photo: "On ne se reverra pas à moins que le hasard nous mettent sur notre chemin" par Dr Devo et Bertrand, d'après une photo du film HITLER UN FILM D'ALLEMAGNE de HJ SYBERBERG]







Alors, évidemment c'est toujours comme ça, le Docteur, notre hôte, annonce son grand retour mais les choses sont un peu plus compliquées que ça, et le voilà retenu encore nous laissant orphelin pendant deux semaines. J'exécute donc une nouvelle fois l'intérim avec un certain plaisir, et pourquoi pas en commençant de la manière la plus aristocratique et pédante possible, à savoir choisir un film visible en projection de presse pour vous le chroniquer ici, avant tout le monde, comme un petit frimeur, que, vous le savez, je suis.



Nous sommes donc au Liban, à la pire période puisqu'il s'agit de l'été 2006. Notre héroïne qu'on appellera sobrement "elle" car je suis foutrement incapable de me rappeler son prénom et parce que ça va plus vite, est une femme dans la trentaine. Elle vit à Dubaï avec son mari architecte mais la revoilà d'urgence au pays natal au moment même où le cessez-le-feu a été décrété par les Nations Unis. Elle est là pour essayer de retrouver son jeune fils de 10 ans, resté au pays avec sa sœur dont elle est sans nouvelle depuis le début des bombardements israéliens. Pour se faire, elle doit rejoindre le sud du pays et demande à un taxi de l'amener là-bas. D'indices en indices, elle traverse le pays. Les rapports d'abord tendus avec le chauffeur de taxi, grassement payé pour l'occasion se font progressivement plus intimes. Et pour cause, car celui-ci connaît le pays comme sa poche, et s'investit de plus en plus dans la quête désespérée pour le fils perdu de Elle... Et comme dit le Docteur D : c'est pas gagné !


Bon. SOUS LES BOMBES film libanais largement produit par la France tient son originalité, nous dit-on, dans le fait qu'il fut tourné en partie pendant les bombardements, puis peu après, ce qui lui confère une aura magnificente de film tourné à chaud. Tourné en équipe légère avec l'équipement idoine (éclairage naturel, caméra vidéo à l'épaule, utilisation de figurants du cru dans leur propre rôle, etc), le film de Philippe Aractingi se veut donc témoignage, sans doute pour ne pas "sombre dans la haine et la colère", je cite et je quote.



Muy Bien. Ça, c'est pour les bonnes intentions (les meilleures aurait dit Billie August !). Et bien les amis, on n'a pas été volé sur la marchandise ! Ca fleurait bon le film art et essai super-clasiquosse, et c'est ce qu'on a eu. Approchons-nous, mais mettez des gants. Si on a vu plus laid, disons d'abord que la mise en scène est bien sûr sans aucune espèce d'intérêt. Petits plans à l'épaule sans beaucoup de composition lors des scènes "d'action" et au contraire plans ultra-stylisés lorsqu'il s'agira de faire des plans d'ensemble du terroir. Le seul mérite du procédé est une légère tendance à faire des plans moins serrés que la moyenne de ces confrères. Ça nous vaudra quand même énormément de plans rapprochés, bien entendu, mais, si on réfléchit bien, ça évite trop d'énervement ou de maux de tête dés le départ. Bref, en conclusion : composition du plan, RAS. C'est utilitariste et sans vraiment de personnalité. Je passe. Côté montage c'est également du tranquilou. On suit le scénario de manière pépère. Le rythme se fonde plutôt sur des petites vignettes assez rapides et sur le même modousse opérandaille tout le temps : action rythmée sur le terrain, petits arrêts didactiques de "témoignage" où l'autochtone racontera son édifiante expérience, road movie intimiste en voiture et découverte de lui et de elle, puis un plan ou plusieurs très esthétisants, je suppose sur le Liban éternel et ses paysages dont on avait vraiment envie de faire la Connaissance (du Monde, aurait dit le Docteur). Et quand la boucle est finie, on repart au début. Qu'a-t-on appris entre temps ? Des anecdotes. On a relevé les informations sur la vie en temps de guerre pour celui qui veut savoir ("quoi au juste", me dis-je in petto) sans se lever de son fauteuil, ou sans bouger de quartier ou sans ouvrir un document imprimé? Devinez? Non? J'en aprle plus bas, ce n'est pas grave. Voilàààààà ! C'est du tranquilou, la chose. Pas de quoi s'alarmer, pas d'extase, la routine du cinéma art et essai classique contemporain. Que le film soit tourné dans un studio chez Universal, ou sous les bombes ou juste après n'a pas vraiment d'importance. Les vrais gens de là-bas dit, Aractingui est d'ailleurs libanais lui-même, apportent la part de véracité nécessaire, disent-ils.



(Tiens la nouvelle vient de tomber : personne ne distribuera SOUTHLAND TALES de Richard Kelly, le prometteur réalisateur de DONNIE DARKO. C'est du direct to dvd pour la fin de l'année. On s'y attendait mais quand même. Les Anglais et les Néerlandais le sortent, eux... Gardons ça dans un coin de notre esprit, pour la suite... Même pas une ou deux copies... Rien...)



Passons. Alors, bien sûr, il y a le sujet. Le fond, quoi ! Et du fond, si t'en veux, et même si t'en veux pas diraient les esprits chagrins, ben t'en auras quand même et pas qu'un peu. C'est mon fils, ma bataille, fallait pas que je m'en aille, hohoho. La mère possiblement veuve, les routes déchirées par les bombes, les mines, les pénuries, les cercueils qu'on est obligé d'enterrer en fosse commune, les immeubles pas en construction (héhé ! spécial casse-dédi au Docteur) mais détruits, la FINUL qui avance et recule probablement, et tout le reste. La guerre, ça détruit, ça tue tout sur son passage même les petits nenfants. C'est la misère, Madame Boulic. Et là Aractingi n'y va pas avec le dos du tractopelle industriel, il charge, et pas qu'un petit peu, et avec la passion du gars motivé par sa propre expérience. Tu le sens le sentiment d'insupportable qui monte ? Ben oui ! Le petit nenfant écrasé par la guerre, ça c'est de la bonne came, ou plutôt disons, ça nous rappelle les vraies valeurs : un enfant vaut un certain nombre (disons X ou N) d'adultes. Bien entendu, étant profondément humaniste, je ne suis absolument pas d'accord. Notons déjà qu'on ne nage pas dans les accidents et les paradoxes, et c'est bien dommage. Aractingi n'épargne rien, tout occupé à dénicher sa trouvaille (le premier film libanais tourné sur le terrain au moment des événements), et il balance des choses insupportables de naïveté comme les monologues de la mère avec son fils et sa sœur (qui ne sont pas là, rappelons-le), les "et toi, c'est quoi ton histoire?" balancés au taxi-driver et dont on attend cette troublante confession, qui sera forcément pudique, au bout de 7 minutes et 25 secondes de films, etc... La palme du super-splendouillet ne va pas d'ailleurs pas qu'au réalisateur mais aussi à son actrice, sûrement pétrie de théâtre et/ou de sitcom, toutes intentions dehors, pédalant dans les descentes en faisant en sorte bien sûr de cacher toute cette douleur sous un voile de pudeur entendue. Une horreur... Elle a d'ailleurs eu un prix d'interprétation dans un festival. Actrices, retenez la leçon : aux oscars, un rôle grimé, si possible dans un biopic, et pour les festivals, un portrait de mère courage dans un film politique. Laissez cuire au four 90 minutes, servez, c'est prêt...



Tout est dit. On est bien sûr dans l'insupportable total. SOUS LES BOMBES, vous l'avez déjà vu mille fois, il y en a même sans doute trois comme ça qui passent en ce moment dans vos cinémas art et essai, et dans quinze jours, il y en aura trois de plus. Gros contenu, pas un point de montage digne de ce nom ou au moins ayant un peu de personnalité, pathos du vécu "réel" si le mot veut dire encore quelque chose... C'est le schéma classique du couteau sous la gorge. Si ce film était un livre, ce serait quelque chose entre Guy D'écart (je sais plus comment ça s'écrit) et la collection Harlequin, c'est-à-dire presque rien. Mais vous comprenez, Madame Boulic, c'est du cinéma alors ça compte. Cinéma du réel et Réel du cinéma. Le monstre n'arrête pas de se regarder dans la glace, avec ses boucles d'oreille en forme de boîtes de Vache Qui Rit qui se reflètent à l'infini.



Pendant ce temps, dans une galaxie très très lointaine... Quoi ? Greenaway (4 films non-distribués en 4 ans) ? Trop expérimental, surfait, arrogant. Nicholas Roeg ? Je ne connais pas cette personne. Ken Russel ? Vous plaisantez... Hal Hartley ? "Il a eu son quart d'heure" (anecdote véridique entendue par Docteur Devo dans la bouche d'un distributeur à la réputation d'excentrique et de chercheur iconcoclaste!). Argento ? Les fans se contenteront du direct-to-dvd, ça fait quand même 25 ans qu'il fait de la merdre. Jean-Marie Straub ? Une petite projo en pleine après-midi à la Cinémathèque, ça ira très bien. Et dans ce qui sort... Ce n'est guère mieux : Von Trier, Zulawski, Blier, Noe, Hadzihallilovic, et les autres ? Des cyniques faisant des films malsains. (Comme on disait à l'époque de Cronenberg... Rires). Et les jeunes ? Enfin entre guillemets... Les Bernard Rose, les Philip Ridley, les Richard Stanley (qui, même sur Matière Focale, se souvient de Richard Stanley?), les Rolf De Heer, les Axel Van Vamerdam ? Connaît pas, comme dirait Blier justement. Non pas que ces gens ne soient montrés que dans des circuits ultra confidentiels. Non. Ils n'existent plus. La plupart tournent encore mais il est impossible de voir leurs films. Un film produit, ce sont dix autres films de non produits. Un film qui sort, c'est dix qui ne sortent pas. Si encore on pouvait comme dans les années 50 (rires), faire 300 kilomètres pour voir le travail de ces gens dans un salel d'une grande ville éloignée. Mais, non. Ils ne sont plus là.




Ce qui est profondément dégoûtant ici, c'est que ce sont toujours les mêmes qui ramassent la thune, toujours les mêmes qui en vivent, toujours les mêmes qui raflent tout,, argent privé, public et suffrage critique sinon des spectateurs. C'est insupportable. Comme disait Marguerite D., pas droguée (enfin autant que je sache) et surtout pas prostituée : "Que le monde aille à sa perte, c'est la seule politique possible... " Il ne reste plus qu'une chose à faire peut-être : souhaiter qu‘on sorte enfin de la politique d'Exception Culturelle. Ne regardez pas le bûcher, regardez votre cité : c'est votre ville qui brûle.



Bonjour chez vous.


Mr Mort.

 

 

 

 

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Mercredi 14 mai 2008 3 14 /05 /Mai /2008 09:22

Publié dans : Corpus Filmi

[Photo: "In the garden, 'til the cake is cut" par Dr Devo]









Chers Focaliens,

Ca y est, je suis de retour de Mollywood où j'ai officié quelques temps, "pour le bien du cinéma mondial" comme disait Mr Mort qui a, entre-deux, assuré l'intérim. Qu'il en soit remercié! Moins de temps passé pour le cinéma, c'est plus de temps pour voir des films et faire des articles, paradoxalement. Dés le premier jour de sortie, on retourne donc goulûment en salle!


Balaguero, réalisateur espagnol de films fantastiques, est un petit gars très sympathique qui a bien profité du plan de son gouvernement, et par conséquent il a été un des réalisateurs intéressants qui ont permis ces dernières années de relancer la production de films fantastiques espagnols, et de qualité en plus. Accompagné par le réalisateur-producteur américain en exil volontaire Brian Yuzna (réalisateur du très beau SOCIETY, rappelons-le), Balaguero et ses collègues ont signé des films assez ambitieux et surtout d'un grand soin technique. Un souci de mise en scène rigoureuse qui fait plutôt plaisir à voir. Si LA SECTE SANS NOM m'avait paru bien mou à l'époque, je fus étonné dans le très bon sens du terme par le tenu DARKNESS, film assez abstrait et de très belle ambition et qui pourtant démarré sur une base très conventionnelle. Un très beau film. Vint ensuite FRAGILE plus balisé, moins surprenant mais pas infamant, même si on était assez loin de la personnalité étrange de DARKNESS justement. Malheureusement, FRAGILE dut se contenter en France d'une sortie directe en dvd, très bizarrement.


Ici, avec son nouveau film REC qui est coréalisé avec le jeune metteur en scène Paco Plaza que je ne connais pas, Balaguero revient sur le devant de la scène et dans les salles avec un joli principe qui était déjà celui de la grosse production récente CLOVERFIELD que j'ai loupé en salles et dont vous, chère jeunesse focalienne, m'avez dit par mails interposés et divers témoignages que c'était pas mal du tout. Alors, c'est quoi cette histoire d'enregistrement? Bah justement, j'y viens... Changement de paragraphe et résumé, hop hop.

 




Nous sommes en Espagne de nous jours. Une jeune présentatrice télé tourne cette nuit-là un reportage sur la vie des pompiers de la ville, avec son collègue caméraman. Malheureusement pour elle, il ne se passe pas grand chose. Pas d'appel d'urgence, pas d'incendie spectaculaire, rien. Notre héroïne filme donc la vie dans la caserne, gentiment ennuyeuse, lorsque tout d'un coup, enfin, une équipe est envoyée en intervention. Il s'agit de délivrer une vieille dame qui s'est enfermée par erreur dans son appartement et qui panique, dérangeant au passage les voisins. Bon, ce n'est pas la panacée quand on veut faire du ENVOYE SPECIAL mais c'et déjà ça, et notre équipe télé embarque en même temps que les pompiers dans le gros camion rouge. Arrivés sur place, c'est assez rock'n'roll! Les pompiers ouvrent l'appartement de la vieille et la découvre en nuisette et en petite culotte, complètement hagarde et couverte de sang. Alors qu'il s'apprête à l'amener vers l'ambulance qui attend dehors, un policier présent se fait attaqué par la vieille (méfiez-vous des vieux, on vous le répétera jamais assez) qui lui boulotte le visage en cinq set! Le policier est très amoché, perd beaucoup de sang dans la violence de l'attaque, et c'est parti pour une deuxième ambulance. Quelques minutes plus tard, c'est un des deux pompiers qui fait une chute de plusieurs mètres dans le vide de la cage d'escalier. Là aussi, le pauvre petit gars perd énormément de sang. Lorsque tout ce petit monde tente de sortir de l'immeuble, la situation vire au surréaliste: le bâtiment est encerclé par les forces de l'ordre, et personne n'a le droit de sortir! Voilà donc notre équipe télé, un policier un pompier et les autres habitants de l'immeuble, assignés à résidence alors que deux d'entre eux sont ostensiblement en train de mourir! Pourquoi les autorités ont bloqué le bâtiment? Pourquoi cette visite de routine tourne au carnage? Qu'est-il arrivé à la petite vieille? Autant de questions que nos pauvres hères devront se poser à mesure que les événements étranges et violents s'accumulent. Ce n'est pas gagné...

 

Un petit immeuble, des voisins, une équipe télé et hop, c'est parti pour ce film fantastique et confiné qui, disais-je plus haut, reprend le principe de CLOVERFIELD: faire du fantastique non pas dans le cadre d'une narration conventionnelle, mais à travers le témoignage de la vidéo. En effet, REC le film est en fait non pas le reportage tourné par l'équipe de télévision, mais les rushes de la soirée, consciencieusement filmé par le caméraman. On assiste donc au défilement en caméra reportage des événements sanglants de la soirée. La narration est en quelque sorte à la première personne. Un monstre attaque la ville, je le filme sur mon caméscope disait CLOVERFIELD. Une vieille dame se met à boulotter ses contemporains, je fais pareil, dit REC. Un joli principe, très séduisant en effet, le cinéma d'horreur et fantastique étant celui de l'artificiel par excellence (enfin sur le papier, hihi! regardez un Guediguian pour voir!) et donc de la mise en scène la moins naturaliste possible, et ne regardez pas de Guediguian, c'est une blague!


Un bien beau principe super chouettosse, mes petits loulous, me disais-je alors que le film démarre. Pendant 20 minutes, et le film est assez court (80 minutes générique compris), REC prend ses aises et se paye le luxe plutôt agréable qu'il ne se passe rien. Les pompiers jouent aux cartes, au basket et dorment, attendant que la sirène retentisse. La jeune présentatrice, elle, multiplie les points de vue gentiment stupides des reportages télés. Oki. Par contre dés qu'on rentre dans l'immeuble, la chose devient plus palpitante. Alors, évidement, le principe même de la chose implique un filmage un peu à l'arrache et brut de décoffrage. C'est le premier écueil, à peu près évité par Balaguero et Plaza que de ne pas faire que des plans tremblés à tout bout de champ, même s'il y en aura beaucoup. REC est quand même bien composé. Pas mal de plan sont regardable ou même assez jolis. Les plans qui s'approchent des fenêtres (le bâtiment est baché), nous donne quelques jolies choses dans l'éclairage trash et composé, définition vidéo oblige, et surtout ils mettent bien en avant l'élément qui est bizarrement le plus loufoque du film (dans sa logique): le bâtiment est encerclé de militaires et autres force de l'ordre qui apparaissent très menaçant dés que nos personnages tentent de sortir. Bon point.


Evidemment, vous l'aurez compris, tout ça tourne autour d'une histoire de zombies. Faire un film de zombies dans un univers confiné et surtout banal, c'est une bonne idée. L'impossibilité de sortir sonne comme une double menace et non pas un artifice scénaristique. Bon point là aussi. Les premiers événements sont en plus pas mal amenés (le premier pompier qui a un accident, un des trucs les plus immersifs du film) et les sorties dans les appartements, faites à tâtons sont assez anxiogènes. Bon, dans un article qui ne veut pas tout vous dévoiler ça ne fait que quelques phrases, mais à l'écran ça nous fait pas mal de moments bien troussés, même si le tout, hormis les plans prés des fenêtres comme je le disais, n'est pas d'une beauté transcendantale, ce qui aurait été d'ailleurs un beau défi si on considère le principe "à l'arrache" qui est le ferment du projet.

 



Car REC est un beau projet, essayant de marcher sur les plate-bande du PROJET BLAIR WITCH et en faisant quelque chose qui n'a rien à voir: montrer certes, mais aussi se placer entre deux chaises, à savoir le film d'horreur à la narration classique, plongé dans un univers fantastique de bon aloi, et la banalité de la violence des faits, ici envisagé au premier degré. Très bon parti, très bon projet. Le bât, ceci dit, blesse quand même pas mal, car, et ça en est presque fascinant, REC se plantouille gentiment ou gravement selon les moments, à peu prés autant qu'il est séduisant. Le film est très bancal. Et je vais, mes amis, vous dire pourquoi, en toute condescendance mais aussi en toute générosité! Fin du paragraphe de transition. Je saute deux lignes.



Ce ne sont pas de petites choses qui trahissent la fragilité de l'ensemble. Certaines scènes horrifiques marchent très bien, on l'a dit, et je vous laisse les découvrir. Par contre beaucoup de défauts s'accumulent aussi dans un mouvement paradoxal. Et ouvrez le bureau des pleurs...
Enfin de compte et malgré le principe beau et loufoque du film, on est assez peu dépaysé. La faute principalement est à incomber à notre vieil ennemi de toujours, le Vieux Satan des cinémas de tout genre: Scénario! Là encore tout n'est pas raté mais quand même certains parti pris font froid dans le dos. Tout d'abord, la populace de l'immeuble est très très "charactérisés". Les personnages sont très écrits et extrêmement typés: la mère de famille du type "c'est ma fille, ma bataille", la petite fille donc (devinez, devinez, devinez qui je suis, comme disaient les poètes), le vieux gay très folle et précieux, l'infirmier sérieux et avec la tête sur les épaules, la famille asiatique (dont seule la mère existe d'ailleurs, ça sentirait presque les scènes coupées tant le reste de sa famille est complètement ignoré par le film; on ne sait même pas ce qui leur arrive; ma théorie est qu'ils ont réussi à s'échapper!) et un couple de retraité qui ne savent plus où ils ont mis leurs lunettes et leurs dentiers, n'en jetez plus. Alors là par contre, on est pas dépaysé du tout. Si les pompiers et les policiers fonctionnent bien et sobrement (le pompier est bien joué d'ailleurs), pour le reste c'est vraiment too much. Les asiatiques font du textile. Le vieux gay dragouille le caméraman, etc... Le film distille un vrai sentiment de panique, et ça marche, mais malgré tout, cet échantillonnage Ifop d'un immeuble représentatif est un peu balourd et surtout, plus grave, nuit au sentiment de gratuité et donc d'angoisse insupportable et banale du film. Là, j'avais la puce à l'oreille. Les parties plus "sociales" comme dans tout film de zombies post-romerien, avec ses enjeux classiques (chercher le papy alité là haut, les personnages mordus qui s'isolent pour pas être un danger pour les autres, etc...) s'enclenchent dans des bruits de grincements, du coup, et passent assez artificiellement, sans qu'on soit dans l'urgence et le désespoir absolue des bons films du genre. Le scénario très construit finalement est énormément sur rails. Du coup, Balaguero et Plaza commettent des erreurs stratégiques qui n'ont l'air de rien, mais vont tranquillement éroder la puissance potentielle du film. Comme cette séquence où, pendant une pause (très destructrice pour le film du coup), l'héroïne interviewe les gens de l'immeuble! Que c'est artificiel! Tous les personnages ou presque (sauf l'infirmier qui a, à ce moment là, une fonction scénaristique d'information bien amenée d'ailleurs) sont mis en avant dans toute leur artificialité et là, pour le coup, il ne se passe rien, sauf de l'enfilade hollywoodienne classique: interview neuneu de la petite fille, interruption de la maman, comportement très balisé de la journaliste, pause détente avec le vieux gay, etc... Pour le rythme du film, une pause aurait pu être une idée déroutante et de bon aloi. Ici, bourrée de messages à caractères informatifs, pas passionnants en plus, la séquence parait simplement balourde et plombe malgré sa relative brièveté. Le film semble s'arrêter sans que ce soit justifié (enfin si c'est complètement ça, et c'est ça le problème en fait) ou sans que ce soit fulgurant. Premier indice: cette pause est bougrement contre-productive et coupe complètement le beau sentiment d'immersion jusque là présent. Quand le film redémarre sur les chapeaux de roue, nous ne sommes plus coincés avec eux, nous regardons un film, et ce malgré certaines bonnes idées dans la partie suivante. Cette séquence est donc un déséquilibre narratif et surtout rythmique qui va minimiser les efforts de mise en scène à suivre. [Une petite note: que le film s'arrête et qu'il ne se passe rien était une très bonne idée par contre. Se payer le luxe du vide aurait été très gonflé et surtout anxiogène. Ici, Scénario m'a tuer, donc.]


Deuxième défaut que cette séquence révèle sans en avoir l'air, c'est le problème de l'héroïne. Non seulement, le show must go on pour elle, ce qui est quand même un peu étonnant au vu de l'extraordinaire violence et l'angoisse extrême ambiante, mais en plus la donzelle ne surprend pas du tout. Je m'explique. Pourquoi le film doit encore à ce stade ressembler à un reportage? Les événements sont assez énormes pour que ça devienne autre chose, mais en fait non, journaliste un jour, journaliste toujours! Déjà le personnage de l'héroïne devient un personnage classique hollywoodien. En fait, le filmage va muter, et là pour une fois on peut dire "grâce" au scénario lorsque la caméra deviendra un élément de survie et un outil, très belle idée d'ailleurs. Et puis surtout... La journaliste, c'est l'élément de référence dans le film. On la suit, on est proche d'elle. Même si le personnage est maladroitement écrit, si on plonge, c'est avec elle. Or, elle se comporte comme... un personnage de film d'horreur! C'est très étonnant, mais si vous allez voir le film, observez bien, les cris, les attitudes, les réactions... Ce personnage est terriblement classique. Il ne fait jamais corps, et c'est un énorme paradoxe, le plus grand du métrage, avec le film lui-même. C'est un élément importé des autres films d'horreur. Cris, engueulade, panique, écroulement, c'est un personnage féminin d'un grand classicisme. Elle se comporte comme dans un film d'horreur normal. Bon, je crois que sans être infamante, l'actrice n'est pas excellente, mais il n'empêche pour des raisons d'écriture, elle rompt complètement le pacte romantique du film, si j'ose dire. Elle aussi, et même principalement, fait chavirer le bel exercice d'immersion en film classique. Le film, entre deux chaises pour le coup en pâtit énormément. Là aussi, gros défaut d'écriture qui prend une importance stratégique létale.


Et c'est peut-être ça qui rend REC bien en deçà de sa puissance de feu supposé ou possible. Il veut être dépaysant, sombre et inattendu, et se révèle être terriblement écrit, dans un style classique. Ce défaut est patent et dramatique dans la partie la plus désastreuse du film, le final, ou même là, il y a de bonnes choses! Bon sang de bois, mais que leur est-il passé par la tête? Le pêché majeur de REC c'est cette scène finale où toute la gratuité et donc la puissance du film s'écroule. Pourquoi Plaza et Balaguero, co-scénaristes d'ailleurs, ont voulu justifier leur film? Mais quel est donc cette piteuse et très attendue justification? Le film était bon parce qu'il nous plongeait un peu hors du cadre fantastique ou hollywoodien, et voilà que débarque une longue explication, très rébarbative et d'une banalité absolue, renforcée de manière destructrice par une direction artistique épouvantable à ce moment précis: l'appartement où a lieu la séquence, avec ses coupures de journaux et son ambiance à la SEVEN (on y est presque, même si je force le trait) font plonger le film dans un "gothique" (abus de langage) de mauvais aloi, complètement en contradiction avec l'ensemble. C'est le plus mauvais choix du film même si, je le répète, il y a une ou deux bonnes choses à cet endroit.

 


Et oui, REC est un film classique curieusement, et un peu maladroit. Grosse déception. Je finirais en disant qu'il y aussi des élégances belles (on ne verra jamais le caméraman, très belle idée), une sublime licence poétique absurde mais très mal placée (la journaliste demande à revoir une scène: on voit la cassette se rembobiner ce qui détruit le principe narratif mais était assez gouleyant sur le papier: malheureusement... 1. Ca arrive trop tôt, il aurait fallu garder cet épisode à la place de celui des boites aux lettres; imaginez la panique en plein couloir de prendre le temps de faire ça, ce qui s'articulerait bien avec mon... 2.une bonne idée aurait été que le caméraman remontre trop loin ou pas assez sur la bande, obligeant le spectateur à la répétition, et 3. la scène remontrée n'est pas assez longue: il aurait été gonflé et angoissant, car cela n'arrive jamais dans un film normal, de revoir tout de suite après la même scène deux fois! Très malpoli, ça aurait été! Deux fois quatre minutes! Mmmmmmm, je m'en léche les babines rien qu'à l'idée...), une grosse maladresse de son pourtant parent pauvre du film (quand le scientifique débarque, le zoom fait partir de la musique alors que le film est dépourvu: ce sont des nappes de bruit mais quand même; l'idée est bonne, mais le zoom est presque en trop et d'ailleurs, quand ça dézoome, il n'y a plus de musique), etc... Bref des petits machins très bons (le plan en plongée sur la cage d'escalier, très artificiel, mais qui fonctionne bien par rupture de ton), et pleins de petits machins plombant, sans doute du à une volonté de trop charactérisé le scénario. Malgré l'attachement au film, difficile de ne pas être déçu. Le sentiment de panique et d'immersion iconoclaste étant largement balayé par le sentiment de voir un film classique. Il manque à REC sans doute de la rigueur, mais il déçoit encore plus dans sa volonté de rentrer dans le rang, de faire un film qui ressemble à un film, et de minimiser les accidents. Il manque aussi le risque de vouloir pousser le film vers quelque chose de plus expérimental. En voulant éviter à tout pris le risque d'être austère ou REChe (hahahaha), dommage, REC prend encore le spectateur par la main et l'emmène dans des territoires pas si inconnus. En voulant assurer leurs arrières et garder un film séduisant, Balaguero et Plaza ont signé un film de plus. On a vu pire, certes, mais on est passé à côté de quelque chose de bien plus grand. REC est un film de plus, c'est décevant!

 

 

Calmement Vôtre,


Dr Devo.

 

 

 

 

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Mercredi 30 avril 2008 3 30 /04 /Avr /2008 12:11

Publié dans : Corpus Filmi

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[Photo: "My face against the window pane" par Dr Devo, d'après une photo du comédien Roy Scheider]

 

 

 

 

Chers Focaliens,
 
Le camion du projectionniste arrive au village immédiatement suivi par une horde d'enfants espagnols des années 40. Cette fois, nous y sommes, mon cher Milou. Ce soir, on passe un très beau film: le FRANKENSTEIN de James Whale.
Monsieur a presque une cinquantaine d'année, et il est apiculteur. C'est un bourgeois aisé même si le village de campagne est modeste et paumé. Grande maison, un peu dégarnie, énorme jardin. Et Madame, plus jeune, la trentaine, amoureuse en secret, sans doute, d'un soldat quelque part sur le théâtre des opérations, à qui elle écrit régulièrement des lettres acheminées par train, quelque part en Europe donc. Le couple vit l'un à côté de l'autre, sans consommer quoique que ce soit et sans effusion d'aucune sorte. Ils cohabitent autour des enfants, deux petites filles autour des 6 ans, Isabel (la grande) et Ana (Ana Torrent). Cette dernière est très intriguée par le film de Whale et ne comprend pas deux choses: pourquoi le monstre tue la petite fille, et pourquoi on tue le monstre à la fin? Posant la question à sa soeur, celle-ci lui répond très vaguement, sans doute ne sait-elle pas, mais lui assure que de toute façon, tout ça c'est du cinéma et des trucages, et que le monstre et la petite fille sont toujours vivants. D’ailleurs elle a déjà vu le Monstre, c'est un esprit (spiritu), il vit pas loin, il ne sort que la nuit. Le lendemain, elle montre à sa soeur Ana la maison du monstre, une vieille bicoque abandonnée dans la morne plaine campagnarde à côté de laquelle se trouve un puit. Ana décide plus tard d'y retourner seule...
 
 

La vie de campagne, tranquille et un peu tristounette à nos yeux. Un couple qui n'en est plus un. Des fillettes à l'école. Et c'est tout. Ca commence naturaliste, me dis-je. Petits plans simples, pas mal cadrés, montage gentiment elliptique pour gagner du temps, scènes terre à terre, plans répétés pour exprimer le quotidien. C'est pépère. On remarque cependant des axes précis et un joli découpage. Souvent la caméra tente de répéter des plans, mais le fait en fait en variation en changeant un élément, comme la lumière, où en biaisant l'axe, ou en changeant l'échelle du plan ni vu ni connu, voire, dans les cas les plus extrêmes, choses qui sera plus présente à mesure que le film avance et acquiert son lyrisme étrange, en substituant le champs et le contrechamp. C'est pas trop mal, me disais-je donc, ça ressemble à la matrice des films art et essai actuels, avec plus de goût, moins de dialogue, sans le pathos ouvert du mélodrame qui baigne 95,23% d la production. Il se dit dans le même temps qu'il n'était pas sûr que tout cela, ce film je veux dire, soit complètement indispensable. C'était plutôt comme une chose langoureuse qui se suit. Des éléments un peu plus lyriques ou graphiques (dans un ensemble soigné quand même donc) viennent relever la chose ça et là et lui donner un aspect moins naturaliste, bien que cette expression soit un peu forte (moins vériste disons), comme s'il fallait de temps en temps pour Erice donner un peu de mou côté émotion, pour que le spectateur tire un peu la corde vers lui. Oh, ce n’est pas grand chose. Un train qui arrive en gare, des visages, de la fumée, tout cela reste calme et même un peu froid, tant mieux. C'est la pesanteur. Ce lyrisme froid et par touches microscopiques recadrent donc un peu le film vers la possibilité d'une fiction où "il se passe des trucs" comme dirait Kevin, originaire de Clermont-Ferrand, 13 ans. Voilà qui sauve de justesse le visionnage et ne le fait pas tomber dans le "descriptivisme" simple et soigné seulement. Pourquoi pas. Bon. Je note.

 

Et puis arrive la fameuse "maison du monstre", une bicoque de plus dans la campagne, mais cette fois au milieu de nulle part. Un joli plan d'ensemble très composé avec rien, mais un plan choisi, un axe et un emplacement de caméra un peu étrange et surtout les deux petites filles arrivant dans le plan et marchant sur les sillons (tracés dans le sens de la perspective) au sol. Les petites filles vont vers le puit, en traçant une ligne opposée, vers la droite du plan, ligne parfaitement droite et changeant la couleur et la géographie du plan, pourtant fixe. Tu la sens la montgolfière qui monte? Les deux petites actrices, toutes deux excellentes, bien loin des rois du casting en culottes courtes, bien loin des bambins actor's studio actuels qu'on nous propose ici ou ailleurs, s'en vont tranquilou vers ce puit, créent ce nouveau vecteur de direction dans le plan, c'est beau, simplement. Coupe pour reprendre le même plan et Ana arrive seule fait le même geste, se rapprocher du puit. C'est donc un ellipse temporelle (Ana revient seul visiter la maison), mais aussi une image presque fantastique (intuition largement confirmée plus tard par d'autres plans sur la maison, notamment, mais pas seulement) en ce sens où d'un coup, on met le doigt dessus, on se dit que, bah ouais, les cocos, c'est ça qui travaillait (en même temps on s'en doutait, on n'est pas idiot, mais dés lors, à ce moment, ça s'incarne, comme dirait l'autre, par un point de montage donc: la forme c'est la vie, le fond c'est la taxidermie), c'est ça qui était là: il va falloir s'approcher de ces personnages quand ils sont seuls.
A suivre: la même maison, la même Ana qui joue autour du puit et surtout un plan inédit dans une perspective qu'on retrouvera jamais dans le film (et donc extrêmement remarquable), celui sur Isabel, la grande soeur, cachée derrière le mur, dans l'angle, et qui observe Ana. Déjà, cette rupture, c'est sublime. Ca crie pas, il n'y a pas de musique, Isabel ne dit rien, mais ce point de montage là, ce renversement d'axe fait saillie bien entendu, et là, mon coco, là, ma chère lectrice, tu le sens passer le lyrisme. Il t'étreint avec force. Et pourtant que te dis cette image sinon: "Isabel observe sa soeur sans se faire voir d'elle"? Rien ou presque. C’est la saillie, la contrariété de ce plan dans la construction des autres qui fait sens. Approche-toi que je te murmure un truc à l'oreille. C'est ça le cinéma. Le reste, c'est du bla-bla. Contrechamp en caméra subjective peut-être (et donc axe et plan encore inédits) sur Ana autour du puit: elle parle toute seule, s'adresse à un personnage invisible. Les deux petites frangines dans deux plans différents, elles qu'on a vu ensembles dans le même plan presque tout le temps, ça parle plus qu'un dialogue. Evidement, on a le droit à l'émotion, c'est pas interdit, et la puissance phénoménale de la petite Torrent Ana, sa précision, son professionnalisme font le reste, et en deux coup de cuillère à pot (remarque valable pour tout le film d'ailleurs), elle t'incarne ça avec force, elle te donne du grain et de l'émotion et de la réflexion à moudre, sans rien forcer, sans même user de son visage étrange et pénétrant (et donc sublimissime). C’est du sobre mais c'est du puissant. Au fond du montage, tu la sens la solitude qui monte?
 
 
A partir de ce plan (Isabel observe sa soeur sans se faire voir d'elle), c'est terminé du film pépère en mode observatoire, c'est lancé, la rupture est dans l'oeuf qui regardait Caïn, attachez vos ceintures. Le reste, jouant portant sur le même mode, est complètement fou et sublime de bout en bout. Pas grand chose ne change pourtant, le modousse opérandaille est le même, mais la mise en scène s'accélère serait-on tenter de te dire, chère lectrice, si cela ne t'induirait pas en erreur. Le rythme reste posé et lent, mais chaque changement de plan, chaque collure, chaque son posé, et dieu sait s'il y en a, chaque choix d'emplacement pour la caméra est bougrement senti, essentiel même. Le montage joint des plans plus disparates, et donc jouera plus sur la rupture, quelquefois ostentatoire (des plans montés en montage parallèle qui associe une scène de jour et une scène de nuit, en faisant mine de ne rien faire de particulier! c'est beau!) ou quelque fois discrète comme un écho. L'ellipse, pas forcément de montage d'ailleurs puisque ici et là le champ sert aussi de cache (superbe idée de montrer/cacher, brutale comme la mort lors de la fusillade brève, à l'opposé de tout le champ de la cinématographie mondiale, art et essai ou commerciale), l'ellipse, dis-je, s'impose, déconstruit et reconstruit le film dans un ensemble de plus en plus précis, qui touche des sentiments de plus en plus clairs (dans le sens de lisibles), de plus en plus obscurs (dans le sens de ténébreux). Ana quitte les plans collectifs et se retrouve seule dans le champ quasiment tout le temps, comme la mère et le père au début, l'atmosphère et le sens du film vont une abstraction et une clarté (disais-je) subjuguantes, troublantes même, et on se retrouve en deux coups de cuillères à pot, sur les fesses! Comme chez Medem Julio, un des quatre ou cinq plus grands réalisateurs européens vivants, les éléments les plus symboliques changent parfois de sens ou change de sens selon les personnages. Quelle merveille. Comme rien n'est dit, c'est délicieux. [Exemple: la mère qui brule sa correspondance après la mort du fugitif.]
On se sera dit au début, dans la première partie calme du film, "ben mon coco, toi, t'es en train de placer des jalons, t'es en train de placer des symboles un peu lourdauds qui vont se révéler riches de sens dans la dernière partie", t'es en train de didactiser en sorte. Il n'en sera rien. Pas d'utilitarisme scénaristique, pas de métaphores tractopelliques riches en sens, mais bien le contraire: de la complexification du sentiment, toujours plus de fantastique (au sens noble, presque dans le sens de subjectif), toujours plus de sentiments précis et déchirants, te découpant au scalpel. Et aucune explication directe. Aucune justification. Le sens de tout ça se trouve entre les lattes du plancher, dans l'assemblage des lattes elle-même, dans un ensemble disparate, en patchwork presque. Prenez le détail ou la scène pour lui faire chanter du sens, et c'est l'échec. L'émotion grimpe à haute échelle. Et la puissance du film apparaît. Ana est en train de se perdre, se plonge dans l'océan du Monde, suit son intuition sublime, joue le jeu quitte à perdre, affronte le monstre, le vrai: la solitude. Et la Mort. Cette mort qui est un scandale auquel on ne se saurait et on ne saura (ahahaha!) jamais se résoudre. La douleur extrême de l'impossibilité de la rencontre ou plutôt sa brièveté, vite broyée (la rencontre) par le contexte du monde, c'est à dire peut-être par la société (plutôt absente du film qui là aussi fonctionne comme un cache cronenbergien) et surtout par la violence multiple: celle de la mort, de la solitude, de la souffrance insupportable. Ana est en train de partir sur les chemins de l'existence en toute conscience. Et ce sera le chemin, quasi-mythique (biblique allais-je dire) de la créature qui souffre. L’expérience de sidération, comme disait l'autre, elle se fait là, dans cette corde tendue entre Ana et moi (vous), dans cette rencontre entre elle et moi, entre sa souffrance et la mienne. Pas de pathos pourtant, pas de morale ni de conclusion, sinon que vivre c'est mourir, non pas un peu mais beaucoup. Le sentiment fraternel, cette soif de l'Autre que le film nous tend à la figure sont proprement bouleversants, et je pèse mes mots. Ana devient Esprit (grand E) dans tous les sens du terme, et après avoir observer la nuit sur le balcon du Monde, elle se retourne. Qui croyez-vous qu'elle regarde? Dans cette absence de dialogue, dans ce refus sublime de Erice de plaquer du discours, là, à ce moment précis où Ana se tient devant vous, ouvrez les mains, et prenez un kleenex: vous avez trouvé une soeur. Il est où le monstre maintenant? Vous la sentez la petite fille qui monte? ...en vous!
 
 
L'ESPRIT DE LA RUCHE est un film tout à fait important qui ressort en ce moment dans les salles. Sans équivalent mais avec un lien de parenté évident avec un chef-d'oeuvre oublié et désormais introuvable:  THE REFLECTING SKIN (USA/UK, 1990) réalisé par Philip Ridley qui très certaienement vu le film de Erice. Les deux films sont sublissimes. Le film de Ridley est sorti en salles en France sous le titre L'ENFANT MIRROIR, et on le trouvait autrefois en vhs sous le titre L'ENFANT CAUCHEMARD, déjà moins glamour! C'est (c'était, car à mon avis, on ne le reverra jamais) un film hallucinant. Quant à L'ESPRIT DE LA RUCHE, je l'ai vu dans une copie abjecte avec son grésillant, étalonnage pourrissime et absurde, des noirs qui sont verts notamment, mais malgré tout, le plaisir est là. Ceci dit, quel dommage et quel scandale de la part du distributeur, forcément malhonnête qui nous vend des rééditions là où il faudrait dire copie neuve, tant le master qui a servi à ce nouveau tirage est absolument abjecte! Dois-je rappeler que nous payons entre 7 euros et 9 euros la place. C’est infect! Honte sur vous, Carlotta! Malgré toute l'affection, réelle et non feinte, que je vous porte, je ne peux pas me résoudre à justifier un tel travail qui déshonore et réduit en cendres vos efforts, réels eux aussi, effectués lors de ces dernières années.
[Dernière minute: notre ami IronLeg qui a vu le film il y a quelques mois en festival, me dit, soyons honnêtes et transmettons l'information, que la copie qu'il a vue n'était pas si catastrophique.]
 
 
Fraternellement Vôtre,
 
 
Dr Devo.
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Mercredi 13 février 2008 3 13 /02 /Fév /2008 12:43

Publié dans : Corpus Filmi

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[Photo: "My face is a book, but it's not what it seems" par Dr Devo.]

 

 

 

Chers Focaliens,
 
Ha tiens, Mike Nichols! Capable du meilleur (et quel meilleur: CATCH 22, un des plus beaux films du monde, oh là j'en fais à peine trop comme disait l'autre malfaisant poète), capable du sympathique et bien goupillé (BILOXI BLUES) ou capable du brinquebalant (CLOSER). Allez hop, on y va, malgré Tom Hanks et Julia Roberts, élue Miss Romantico-Teenageuse 1996.
 
 
Il s'aperçut, en même temps que son acuité auditive particulièrement remarquable, pour une fois, face à cette langue étrangère, que c'était encore visuellement qu'il fut le plus surpris par l'arrivée inattendue de cette femme étrange et familière dont la tenue vestimentaire semblait sortir tout droit, mais toujours avec chic, même aujourd'hui, de l'année 1987. Il se demanda alors si les tissus en jean étaient conducteurs d'ondes sonores...
 
(extrait imposé par le Syndicat de la Critique Absurde)
 
 
Drôle de bonhomme que ce Charlie Wilson (Tom Hanks)! Depuis longtemps déjà, il est député au congrès américain. Homme assez malin et assez ordinaire, c'est aussi un célibataire endurci, grand amateur et consommateur de femmes (et très apprécié par elles, malgré ce physique hanksien!), et tout bonnement un bon vivant, aimant boire et faire la fête. Avec son air niaiseux et sa vue basse, il cache un gros malin. Il a en effet bâti sa carrière politique au congrès sur un système très simple. Contrairement à ses collègues qui n'arrêtent pas de demander au congrès et à ses diverses commissions des aides financières et des projets de réformes qui permettront de ramener de l'argent dans leur état, Wilson, lui, ne demande rien! Il ne quémande jamais d'argent ni de dérogations favorable à son électorat! Par contre, il vote "oui" à toutes les lois et n'est jamais absent du Congrès. Ses collègues députés de tout bord viennent le voir quand ils ont besoin d'un service pour faire avancer un projet devant telle commission, ou quand ils sont un peu court en voix quand ils proposent une loi. Ca n'a l'air de rien mais, du coup, Wilson a des "amis" partout dans le congrès, et surtout il a plein d'ascenseurs à se faire renvoyer, ce qui lui donne les coudées très franches quand il doit mener à bien un projet! Vu que tout le monde lui doit un service, c'est un homme important et courtisé malgré, encore une fois, sa grande discrétion professionnelle.
Parmi ses amis (et maîtresses), il y a la texane richissime Julia Roberts, femme entre deux âges, de droite traditionnelle, et lobbyiste affûtée. Cette dernière est inquiète de la guerre entre russes et afghans. Elle pense que les russes sont en train de la gagner à plat de coutures et que, de là, ils pourraient étendre leur influence dans la région de manière dramatiquement efficace. Et Roberts n'aime pas les russes! Le mur de Berlin n'est pas encore tombé, après tout, et il fait encore un peu froid! Hors, la commission du congrès qui finance les opérations de la CIA en Afghanistan, région jugée sans importance par les USA, dote ces célèbres services secrets d'un budget ridicule (quelques millions de dollars). Résultat: le soutien pro-afghan et anti-russe n'a quasiment aucune influence, et les méchants bolcheviks gagnent la guerre les doigts dans le nez!
Exaspérée, Roberts piège Hanks! Elle lui obtient, alors que Hanks n'a rien demandé, un rendez-vous avec le président pakistanais! Hanks y va, se fait remonter les bretelles par le président devant sa connaissance vague de la situation sur place et surtout accepte son invitation très calculée: visiter un camps de réfugiés afghans sur le territoire pakistanais. Hanks va voir les malheureux et revient aux USA très motivé pour renverser la vapeur.
Et c'est ce qu'il va faire: il va user de son influence pour réorganiser le soutien américain dans la région, en toute discrétion, avec la CIA, réarmer la piètre résistance afghane et bouter les russes! Et comme tout le congrès lui doit des services, les résultats sont impressionnants: le budget de la CIA pour les opérations dans la région est multiplié par 40!
 
 
Euh… Oui…. Ha ! Le cinéma engagé ! Afganhistan… Irak…. See what I mean ? See what I mean ?
 
 
Bon, ben pour ceux qui veulent du CATCH 22, ou même du BILOXI BLUES, bah…. C’est raté. Commençons par les questions qui fâchent : la mise en scène. Et là, c’est assez comique. J’ai vu le film il y a une semaine ou un peu plus et je serais bien incapable de vous en parler ! Je ne me souviens de rien. Ou presque. Et je sais pourquoi ! En fait, de mise en scène, il n’y en avait quasiment pas. Comme ça, c’est réglé. Je crois que le film est en scope, mais je n’en suis même plus sûr, c’est peut-être du 1.85 ! [vérification faite, il s'agirait du 1.85!] C’est vous dire. Donc, tu l’auras deviné, chère lectrice, le cadrage, ce n’est pas folichon ! Personnages cadrés anonymement, utilisation des décors strictement illustrative, etc… Pas grand-chose, si ce n’est des personnages en amorce dans les contrechamps lors des dialogues qui prennent énormément de place dans le champ. Un de mes amis me faisait remarqué (mais lequel ? C’est la maladie de Hans Zimmer ! Déjà !) que c’était la mode en ce moment chez les réalisateurs-artisans que de mettre des personnages en amorce qui prennent énormément de place. Une tendance à vérifier sur le long terme, mais qui confirmerai, après l’atomisation du plan et du champ/contrechamp ou le montage mutant en mode "biohazard" (juste pour le plaisir, j'adore ce mot), que le cinéma est en train de se réduire en l’expression la plus simple qui soit : l’enregistrement visuelle et sonore de performances théâtrales brutes, c'est-à-dire la forme de grammaire cinématographique la plus dévêtue, la plus archaïque : enregistrer les actions et le dialogue, sans que le langage de la mise en scène viennent perturbé la lecture. Le style neutre, ou plutôt blanc, quoi ! Fermons la parenthèse.
Montage ? Connais pas. Longs tunnels de dialogues en champ/contrechamp avec le personnage qui parle à l’écran, et c’est tout.
 
Ceci dit, ce n’est pas plus infamant que la concurrence, mais Nichols qui a déjà fait mieux, voire qui a déjà fait du magnifique (euh… CATCH 22 !), surprend quand même un peu avec ce bidule anonymissime. Comme la photo signé Machin Bidule n’est pas du tout extraordinaire, bah, on peut le dire, la mise en scène de ce film est injugeable et elle était déjà entièrement dans le scénario. C’est bien du cinéma-artisan de la petite épicerie d’en face. Les amateurs d’Art, eux, vont soupirer à raison.
 
Curieusement, bah, le film se suit ! Rires ! Bon, je sais vous vous dîtes que le Dr Devo, il a perdu la main, il vieillit, etc… En fait, oui, je vieillis, comme vous, chère lectrice, mais en même temps, je suis dans le moment de très bonne humeur [je viens notamment d’apprendre par notre ami Bernard RAPP que le concert du siècle avait lieu en France dans quelques mois, ce qui va être un des grands moments de mon existence ! Mais pour l’instant, l’info est confidentielle et top secrète ! J’y reviendrais et vous tiendrais au courant !], et donc, la patate aidant, l’indulgence et/ou l’amusement sont un peu de la partie. Ceci dit, soyons clair : si vous n’avez pas de carte Pathugmont illimitée, passez votre chemin et attendez que Tata Jeannette vous offre par erreur le dvd à Noël (vous aviez demandé l’intégrale Greenaway !!!) ou que le film passe à la télé !
En fait, là où le film m’a surpris, c’est dans le parti-pris. On la sentait grosse comme une maison la métaphore sur l’Irak et sur les Républicains, surtout en ces temps de cinéma engagé (du bon côté du manche, c’est plus sûr !) ou plutôt de cinéma Dossier de l’Ecran lobbyiste, comme nous l’avons vu encore très récemment avec l’affreux DETENTION SECRETE. Ici, non ! Rires !
Pas de parti-pris partisan, ou plutôt le parti-pris de soulever des ambiguïtés. Charlie Wilson st un personnage malin et intelligent, et qui a conquis le pouvoir et l’influence de la manière la plus dévolutionniste qui soit : en votant oui à toutes les propositions de lois. Du coup sont réseau au sénat est immense, et il passe pour un chouette gars un peu simplet auprès de ces collègues. Il n’empêche, le bonhomme a du coup des tas de cartouches de côté, ce qui va lui permettre de changer tout seul, la destinée de toute une région du globe, en pensant bien faire. Si son émoi et sa foi dans la nécessité d’intervenir en Afghanistan est sincère mais basée sur la plus stupide et la plus humaine émotion (visite d’un camps de réfugiés, enfants qui pleurent…), le bonhomme effectuera un travail précis et compliqué en totale adéquation avec une équipe de professionnels en déstabilisation militaire et géopolitique ! Le personnage de Seymour-Hoffman fait le bon contrepoids : véritable bête de connaissances, fin limier, redoutable analyste politique, c’est le tandem parfait avec Hanks-Wilson. Et c’est là l’intérêt du film. Au lieu de dire que cette guerre financée par les USA était une horreur, ou alors le contraire, une bénédiction, Nichols nous montre, avec pas mal d’humour d’ailleurs, l’immense influence des pays occidentaux dans des pays pauvres et laminés par les conflits, la puissance de précision de la géopolitique et du lobbying, et surtout la difficulté qu’engendre l’interventionnisme, c'est-à-dire la difficulté à prévoir le moyen ou le long terme. De ce point de vue, le film est plutôt rigolo, d’autant plus qu’il renvoie tout le monde dos à dos, attitude toujours honnête et adulte. Si le personnage principale est sincère (ce qui ne pardonne rien), il est assez nuancé, et démontre bien son habileté à concentrer ensemble des forces antagoniste au nom de l’intérêt supérieure de la Nation. On voit par exemple les extraordinaires tractations (assez drôles) pour amener Israël a fournir les afghans (des arabes donc, dans un période délicate en plus) en armes (!!). C’est rigolo, et effarant. On voit que toutes les combinaisons et tous les efforts sont possibles, ce qui est à la fois drôle cynique et rageant : car si ces énergies allaient dans le sens d’efforts diplomatiques ou d’aide au développement, au lieu de ces immenses plans interventionnistes, on aurait sans doute des résultats assez extraordinaires, car tous ces gens, quoiqu'on en pense par ailleurs, sont des professionnels hallucinants. Marrant, non ?
 
Anonyme au possible dans sa mise en scène, mais assez rigolo et intéressant dans le propos, bien que le scénario soit de guingois (ils manquent énormément de scènes, notamment à la toute fin du film qui peine à enfoncer le clou du cynisme ou de la dévolution à mon goût et reste bizarrement en terrain trop neutre), LA GUERRE SELON CHARLIE WILSON est un téléfilm qui se suit en sirotant une bière, en caressant le chat, et en faisant quelques blagounettes pour faire rire Madame votre Promise, en lui rappelant le gars spirituel, drôle et fin que vous êtes, en tant que focalien accompli. Elle sera ravie de partager ce petit moment de complicité avec vous, sa soirée sera toute illuminée de tendresse, et vous vous coucherez dans l’allégresse d’un bonheur simple ! C’est bien, je trouve, mais attention à condition que vous fassiez des efforts.
 
 
Je vous fais des bisous à tous ! Bonne nuit !
 
 
 
Heureusement Vôtre,
 

Dr Devo.

 

 

 

 
 
 
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Lundi 11 février 2008 1 11 /02 /Fév /2008 07:58

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[Photo: "J'ai passsé une très bonne soirée..." par Dr Devo et Bertrand d'après une photo du film THE DOOM GENERATION de Gregg Arakki (USA-1985).]

 

 

 

 

Chers Focaliens,
 
En attendant la grande surprise de demain Mardi, enfin pour moi, puisque pour vous et pour lire l'article, et croyez-moi que mon emploi du temps ne permet pas de faire autrement, il faudra attendre mercredi ou jeudi, en attendant, dis-je, cette belle surprise inopinée que j'ai très hâte de partager avec vous, et avant les mastodontes que j'annonçais en post-scriptum de mon article sur SWEENEY TODD ("le sosie diabolique de Christopher Walken", m'a soufflé l'ami Denver), le cinéma, et la vie accessoirement continuent bon gré mal gré.
 
[Tiens puisque j'y suis... J'annonçais notamment le nouveau Peter Greenaway, dont les quatre derniers films ont été jugé indignes de nous être montrer, à nous le public, si j'en juge les efforts surhumains des distributeurs français pour ne pas les distribuer, soutenus en cela par des critiques reconnaissant unanimement la nullité de ces films. (Libération avait écrit: "on a offert un Mac à Greenaway mais on ne lui a pas expliqué où était l'icône corbeille". Et c'est tout. Critique en une phrase! Très classe. Je rappelle que j'ai vu le premier THE TULSE LUPPER SUITCASES, PART 1 : THE MOAB STORY et que c'est un des plus beaux films de Greenaway et/ou que j'ai vu!). Mais là, ce nouveau film du Maître, tu comprends Coco, ça parle de Rembrandt, alors ça oui je distribue, c'est tellement formidaaaaaable! Bref... Soupirons, mais passons... En tout cas, j'annonçais Morgan Freeman au générique! Et bien non! Il s'agit en fait de Martin Freeman qu'on avait déjà vu dans SHAUN OF THE DEAD et HOT FUZZ, entre autres. Rires! Merci à au lecteur vigilant Nucleus (qui nous vient du Canada, pays que je salue et qui me vaut tout un tas de mails, enfin un ou deux toujours sympathiques!) et à l'ami Denver d'avoir rectifié mon erreur!]
 
André Dussolier est un ancien flic, désormais à le retraite, et le pauvre garçon, hélas, est atteint de la maladie de... Comment c'est déjà... La maladie de Faulkner! Comme vous le savez c'est tout un problème, et son fils, très attentionné (Julien Boisselier..., soupira-t-il), le place avec son accord dans une grande clinique privée, installée dans une espèce de manoir à la campagne, et qui est spécialisé dans la maladie de Oppenheimer, justement. Ce n'est pas la joie mais faudra faire avec. Dussollier s'installe rapidement. Comme son alka-setzer n'est pas encore totalement développé, l'ancien commissaire remarque des choses bien étranges... Il y a notamment beaucoup de morts dans cette clinique. Toujours pareil d'ailleurs: morts dans leur sommeil d'un arrêt cardiaque! Et le personnel médical, ou le médecin-chef (Pascal Elbé) refusent le plus souvent de communiquer là-dessus. L'esprit de Dussollier commence à s'échauffer comme un vieux réflexe, et voilà notre vieux bonhomme qui se met à farfouiller partout. Et la maladie gagne du terrain, bien sûr. Plus Dussollier avance dans l'enquête, plus sa mémoire le trahit! Et la morgue de la clinique n'arrête pas de se remplir...
 
Nicolas Boukhrief est déjà à son quatrième film, et pourtant je n’en avais pas vu jusqu’à CORTEX aucun, et ce malgré l’aura de sympathie du bonhomme, très subjective, car figurez-vous que le Monsieur faisait partie de l’équipe de la défunte mais magnifique revue Starfix à qui nous devons tant.
(C’était un communiqué de la Transition Line Association.)
 
Et bien, CORTEX démarre plutôt bien. On rentre très vite dans le lard, sans explication particulière, et l’histoire a (presque) déjà commencé quand on s’installe dans notre fauteuil, et très vite, après une brève scène introductive, on est déjà à la clinique. Pas d’effusion majeure dans la mise en scène. Un petit 1.85 des familles, on est en France, ça se voit tout de suite. L’idée de base de CORTEX est très sympathique. Un huis-clos en zone fermée, l’inquiéte famille du corps médical, la campagne la plus banale, voilà pour le décor. Pas grand-chose de grandiose. Et dans ce contexte, une seule bonne idée, et c’est très bien, un peu plus loufoque : l’enquête policière très difficile à faire avancer à cause des trous ou des imprécisions que la maladie de Bruckenheimer laisse dans la tête du pauvre Dussollier. Voilà qui rappelle me disait l’ami Denver, encore lui, le film LA MEMOIRE DU TUEUR de Erick Van Looy (bonjour Monsieur !), sorti en 2004 et de nationalité belge, écrivit-il en se gardant bien de taper l’expression "une fois" en gloussant. Mais qu’importe, après tout.
Du gros quotidien qui tâche, c'est-à-dire la maladie la plus tristement banale, hélas, mêlé à une licence poétique extraordinaire (l’ancien flic qui débarque pilepoil dans la clinique de la forêt noire), voilà une tactique qui marche toujours et qui promet des films dynamiques et un peu originaux, c’est tant mieux. Boukhrief ne s’y trompe pas, comme on dit chez les professionnels rémunérés de la critique cinématographique, et sait, non sans une certaine habileté, ou plutôt avec un charme certain, ne pas gaspiller ses cartouches et entretenir par petites touches l’ambivalence du climat banal-policier, sans effet ostentatoire. C’est très charmant, ça fonctionne. L’aspect campagnard français et le casting made in chez nous (j’y reviens) fonctionne très bien dans les grandes lignes, bien loin d’une mise en scène spectaculaire ou du cocktail french-americano insupportable des productions du type RIVIERES POURPRES ou EMPIRE DES LOUPS (j’ai vu ça ! Clap clap clap !) qui bien souvent montent en épingle plouc sur le mode américain des intrigues qui tiennent du timbre-poste, et ce sur son lit de casting à la crème de faisan. CORTEX, Dieu merci, ce n'est pas ça. Ca repose, c’est bien plus prenant comme ça. Certes, il y a la petite dose d’histoire familiale (les rapports de Dussollier avec son fils, les problèmes de celui-ci), un peu plus appuyé, mais là, ce n’est pas non plus la plus mauvaise des tactiques dans le sens où, du coup, ce petit pas de côté permet de renforcer l’aspect quotidien de la chose, et de servir de référent décalé en quelque sorte (cette expression veut-elle vraiment dire quelque chose, douta-t-il en allumant une cigarette), c'est-à-dire permettant curieusement et de manière assez délicieusement artificielle (de manière un peu trop écrite presque) de renforcer l’aspect de huis clos et de rendre plus étanche les mondes de la vie normale d’une part (le nôtre) et celui microcosmique de la maladie de Schopenhauer. Du coup, même si on est très loin de l’atmosphère d’un giallo italien par exemple (pour les plus jeunes de nos lectrices: le giallo est un sous-genre fantastique italien des années 60-70 et suivantes, qui mélange allégrement sans qu’on puisse le plus souvent le définir avec certitude les intrigues de type thriller et le fantastique. Cf. Mario Bava, le sublissime, et Argento, le magnificent, entre autres…), même si on est assez éloigné, dis-je, on y pense, car finalement là aussi on est entre deux eaux icic aussi: le banal-social et l’extravaguant-policier. Le tout étant teinté de mystère, et puisque nous suivons quasiment pas à pas le défaillant Dussollier, on y pense encore plus. D’ailleurs, c’est là aussi une bonne idée immersive : on apprend autant que Dussollier, puis on (le spectateur) finit par maîtriser la situation plus que lui (à cause de la maladie, on finit par avoir une longueur et une intuition d’avance) pour finir par nous faire gentiment rattraper et même dépasser par Dussollier de manière brusque, puisque dans la dernière partie du film, lui en sait plus que nous (ou il en a su plus), sa maladie faisant, par la magie du hors-champ, que nous soyons pour la première fois en panne d’information, comme si nous étions victime par rebond de cette dite maladie, ce qui est un joli retournement de situation, assez délicieux même, avouons-le.
[D’ailleurs, à ce propos, évitez comme la peste le film-annonce beaucoup trop narratif !]
 
Ca démarre donc très sympathiquement. On ne sait pas trop à quelle sauce on va être mangé. Va-t-on garder cette ambiance en demi-teinte largement baignée de banal, ou sombrer dans le policier plus brut ? Va-t-on peut-être basculer dans un univers plus oppressant presque fantastique ? Et quel part de fantasme contient cette histoire ?
Boukhrief, petit malin, et il a bien raison du reste, a plutôt soigné la chose, notamment grâce à un chouette casting. Dussollier assure très bien, tantôt mutique, tantôt ouvert, et dieu sait que son rôle forcément un peu répétitif n’est pas si facile à rendre lyrique ou nuancé. C’est la grande force du film. Pas de doute. On note aussi des petites idées très sympathiques et/ou formidables pour le casting des seconds rôles : Marthe Keller est vraiment très bien, la délicieuse Stéphane Audran en impose alors même qu’elle est judicieusement et stratégiquement (bravo !) placé en mode sotto voce dans l‘arrière plan. Bien. Il y a même là  Gilles Gaston-Dreyfus dans un rôle plus attendu, mais ce n’est pas une mauvaise idée non plus. [Une de ses scènes principales me parait bancale cependant, peut-être une mauvaise prise…] Côté infirmier ça fonctionne également sur un mode plus attendu qui offre un joli contrepoids. Elles sont toutes pas mal du tout et "charactérisées" juste un peu trop, comme il faut. Là aussi, ça fonctionne plutôt. J’ai par contre beaucoup plus de mal avec le fils de Dussollier, Julien Boisselier, acteur dont je ne comprends pas du tout la fascination qu’il exerce, mais bon… Pascal Elbé par contre, qui lui aussi a le vent en poupe, est très impersonnel comme d’habitude. Ces acteurs font, pour moi, très téléfilms franco-français et me semblent jouer sur des nuances monotones, alors que curieusement, ils n’ont peut-être pas les rôles les plus marqués (certaines infirmières le sont plus, je pense). Si donc le casting est soigné et bien vu, j’avoue que ces deux-là me paraissent des choix bizarres, même si pour être honnêtes, les deux comédiens patatent un peu moins qu’à leur habitude, c’est déjà ça.
 
Côté mise en scène, même si on n’est pas dans la flamboyance extrême, il y a vraiment des petites choses très jolies, et plutôt simples que j’ai trouvées très sympathiques. Certes, on n’échappe pas aux alternances classiques du champ/contrechamp dialogué, un peu présent, et encore une fois avec pas mal de plans rapprochés ou de gros plans. Mais malgré tout, Boukhrief ne se contente pas de ça, et joue gentiment mais sûrement, avec une certaine discrétion qui est plutôt une élégance (un poil timide mais appréciable et qui ne nuit pas à l’atmosphère banale du scénario), notamment avec le cadre (le plan sur le rétroviseur et le les reflets dans la scène d’arrivée à la clinique par exemple), ou la photo, légèrement biseautée. Une fois arrivée à la clinique, c’est plutôt sympathique, avec pas mal de plans moyens, pour une fois. Ca découpe gentiment dans le montage, quelquefois, quand il faut de manière ostentatoire (je pense aux premiers plans où il place la malade peintre, un peu marqués, mais bien fait), et par exemple les premières scènes de dialogues dans le réfectoire ne sont pas indigentes du tout. Bien. Et puis, il y a une très bonne série de scènes, vraiment au-dessus du lot à mon avis, dans cette première partie. C’est le passage où Dussollier un peu à l’aveugle, délimite le périmètre de la clinique en suivant son grillage extérieur, scène assez forte et astucieuse (et hop ni vu ni connu, je te sers le personnage en émotion, et je te présente le décor), assez émouvante aussi puisqu’elle présente bien le personnage et permet d’exclure par la suite, la campagne où se trouve la clinique, du champ du film. En plus, c’est plutôt bien photographié, ou plutôt suffisamment ré-étalonné (ou les deux!) pour que ça fonctionne. Le cadre de cette scène est joli en plus, et la situation brute doucement étrange. Beau passage. Il est précédé d’une belle idée de scénario puisque très vite le personnage de Marthe Keller jette son dévolu "amoureux" sur Dussollier sans explication. Ca marche bien aussi. C’est suivi de la scène du briquet, très bien fichue avec un superbe point de montage (son et image) lorsque qu’un malade se fait poursuivre dans le flou du contrechamp par deux infirmiers. Une péripétie qui arrive en double-talk dans une scène déjà chargée et qui donc s’articule sur deux "informations" ou événements en même temps. L’espace de cette scène, on voit très bien ce que le film peut avoir de passionnant. S’il continue les actions doubles, la dichotomie du cadre, et le jeu sur le son comme ça, le film va devenir étrange, voire absurde et bizarre, et cela va être très beau, me suis-je dit.
 

[Tiens je sais pas où le mettre alors je vais le mettre là: j'ai bien aimé la gestion des disparitions et réapparitions forcément absurdes du revolver dans le film. Belle idée de scènario!]
En fait, ce n’est pas vraiment le cas. Si on conserve les pré-requis de départ (banalité contre policier) et que Boukhrief n’en démord pas, le gros du film, peut-être les deux tiers seront moins flamboyants que les deux exemples précédents. Au fur et à mesure de l’évolution du film, malgré le charme de l’intrigue et notre bonne disposition à son égard, la mise en scène sera moins expressive. L’échelle de plan se réduit, assez bizarrement. L’exploration du laboratoire, judicieusement fermée par une grille codée, est visuellement plus pauvre que les scènes de clinique proprement dites. Boukhrief semble embêté pour cadrer. Ceci dit, soyons juste : on a vu largement plus infamant que ça, très largement, surtout dans le cinéma français, de genre ou pas. Mais, du coup, on reste quand même largement sur notre faim côté mis en scène, non pas parce que c’est absolument et expressément inexpressif, comme c’est généralement le cas au cinéma, mais parce qu’au contraire, dans les parties que j’ai décrites plus haut, Boukhrief nous a largement mis l’eau à la bouche. Du coup, logiquement, quand le reste de la mise en scène est plus calme, on a l’impression, assez juste, que ce gros du film a quand même beaucoup moins de saveur. Ach ! En tout cas les pérégrinations nocturnes de Dussollier sont assez calmes, semblent se répéter et surtout ont bien du mal à trouver un rythme. La première bobine du film était bien plus alerte avec pas tellement plus d’éléments. Conscient de la chose ou pas, l’ami Nicolas délocalise provisoirement le film sur le mode de la fugue. C’est un peu étrange. [Ca permet ceci dit à Dussollier le personnage d’accepter d’y retourner, dans la clinque de l’enfer, et par choix encore!] Moins de mise en scène, ou plutôt moins expressive et donc plus de scénario. Les astres malheureusement s’alignent. Le scénario dans sa dernière partie est plus maladroits, plus ouvert et a un peu de mal à faire fonctionner les ambiguïtés et le mélange des styles ou des nuances (film policier mais lent, presque rendu fantastique, et aussi banal et triste…). L’intrigue semble avancer au fur et à mesure plus maladroitement et sur le papier, et ce malgré quelques éléments sympathiques (la fête de départ, et dans cette séquence l’arrivée de points de vue extérieurs à Dussollier). Peut-être l’hypothèse du tableau volé, si j’ose, est un peu maladroite à l’écriture et le dénouement très simple là où on attendait u climax plus perturbé. Ou plus abstrait. Possible. Dur à dire en tout cas. Ce qui est sûr c’est que la mise en scène est largement trop calme et trop timide, trop suiviste du scénario aussi, et de toute manière largement éloignée des jolies petites audaces promises et même montrées. Le sentiment que c’est l’écriture qui domine dans ces deux derniers tiers de CORTEX, rend un peu "cartonneux" (si je veux !) le goût du film. Ca coince un peu dans les rouages, et on perd la gentille poésie de départ pour quelque chose de plus ouvert, moins mystérieux et surtout moins lyrique.
 
Voilà qui donne à l’ensemble un goût, malgré ma bonne volonté et celle de Nicolas Boukhrief, de rendez-vous raté, bien loin du flirt promis par certaines scènes et par un projet globalement intéressant. Le film ne trouvera pas complétement son souffle, et trimbalera son rythme et sa narration de guingois. C’est vraiment dommage. Malgré tout, cet excès de timidité ou cette petite perdition entre amis est vraiment encourageante, je trouve, et donne envie de voir un peu plus de Boukhrief ! On ira certainement voir le prochain, en espérant, et ça me parait complètement possible, de retrouver la belle facture de la séquence que je vous ai décrite plus haut et qui, espérons-le donc, appartient déjà, comme une preview étrange, à un des prochains films du réalisateur.
 

 

 

Gentiment Vôtre,
 
 
Dr Devo.
 
 

 

PS : j’apprends à l’instant, hélas, trois fois hélas, que le nouveau film d’Harmony Korine que je vous annonçais l’autre jour,  est reporté. On devrait le voir mais plus tard ! Pas de chance ! On se tient au courant quand on en sait plus !

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Lundi 4 février 2008 1 04 /02 /Fév /2008 14:51

Publié dans : Corpus Filmi

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[Photo: "C'est de circonstance" par Dr Devo, d'après une photo du film MISTER LONELY]

 

 

Chers Focaliens,
 

Bonjour chez vous!

 

Quelques jours après les frères Coen, au tour de Tim Burton de nous rendre visite (pour la modique somme de 8 euros; le cinéma n'est pas un sport de pauvres!). Et, si comme avec les deux frangins, on a été récemment un peu fâché avec le Monsieur pour raisons de répétitions, je m'étais enthousiasmé comme de juste en ce qui concerne CHARLIE ET LA CHOCOLATERIE, qui me semblait un très bon cassage de jouet, drôle et un peu vulgaire, et surtout malicieux et différent des derniers opus. Et puis, il y a eu cet article sur LES DESASTREUSES AVENTURES DES ORPHELINS BAUDELAIRE par le Marquis où le talentueux (le Marquis, pas Baudelaire!) a mis le doigt sur un bien beau paradoxe et comme il dit "une sacrée question". Allez lire ça, ça prend trois minutes, c'est délicieux et ça résume bien le problème, je trouve. Mais bon avec CHARLIE..., ça sentait bon le retour aux affaires.
Le hasard fait que, pendant les vacances, le Marquis, encore lui, me fait découvrir BIG FISH que je n'avais pas vu, ce qui arrive assez souvent qu'on on découvre un film, soupira-t-il en fermant la porte, et figurez-vous que je trouvais le film plutôt honnête, même si beaucoup de choses me posent problème (certaines sections de la photographie notamment). Il y a par exemple des séquences entières qui fonctionnent superbement, comme la rencontre Helena Bonham Carter / Ewan McGregor, ou la mission en Chine Populaire, très beau passage. Il est assez amusant de voir comment le public a réagit à ce film pas mal, tout à fait honorable même s'il y a des maladresses. Les tronçonneuses étaient de sortie. C'est assez étonnant. BIG FISH est sûrement un petit machin, mais c'est un film qui fait son boulot assez correctement, et on a vu largement plus antipathique. Quand soudain...
 
"Il s'aperçut avec délice, comme si cela ne suffisait pas, qu'elle jurait à voix basse, quasiment en chuchotant, avec une belle régularité, quoiqu'un peu arythmique. Il conclua, avec une sagesse où pointait l'onde d'un certaine sérénité (ça faisait du bien), que, à ses yeux à lui, et il brûlait d'envie de lui soumettre l'idée, c'était par ces jurons une façon pour elle de porter son slip sur sa tête. Cette pensée l'enchanta au plus haut: la journée décidément serait bonne."
[Communiqué du Syndicat du Slip et de la Critique]
 
Rien ne va plus, dans ce Londres du début du XIXéme ! Après des années d’exil, Benjamin Barker (Johnny Depp) revient dans la capitale anglaise, et il n’est pas content du tout. Il y a de quoi ! Quand il était jeune homme, la vie s’annonçait paradisiaque : une femme sublime, des revenus conséquents et un bébé ! [Une grande mazison avec une pelouse? Une safrane?] Mais c’était sans compter l’ignoble juge Alan Rickman, homme puissant et amateur de femmes qui fit longuement la cour à Madame Barker sans succès bien sûr. L’omnipotent notable changea vite son fusil d’épaule, et fit accuser puis arrêter et condamner l’innocent Depp à une vie de travaux forcés. Et Madame Barker, très bientôt, paiera son refus à Monsieur Le Juge du prix le plus fort et le plus ignoble qui soit.
Barker/Depp redébarque dans un Londres crasseux et misérables, où la misère sociale a explosé et où les pénuries s’accumulent, mais il n’est pas là pour faire des sentiments. Sa femme est morte, et sa fille devenue grande (prête à marier) vit sous la tutelle du juge Rickman qui l’a prise sous son aile ! Depp se tourne alors vers Helena Bonham Carter qui tient un magasin de tourtes et de tartes absolument misérable. Elle lui une pièce au-dessus de son affreux magasin afin que Depp puisse de nouveau exercer son métier d’origine : barbier. Bonham Carter reconnaît très vite Barker, et va l’aider dans ses nouveaux projets. Barker, lui, se présente désormais sous une nouvelle identité : Sweeney Todd. Et si le magasin a rouvert, et si les rasoirs sont de nouveaux de sortie, ce n’est pas que le cours du poil va remonter à la bourse de Londres, mais au contraire parce que Todd/Barker et son amie ont bien l’intention de repeindre la ville en rouge !
 

SWEENEY TODD commence plutôt très bien dans ses premières secondes avec un superbe solo d’orgue dés le logo Warner, ample et puissant, gage d’une copie bien tirée sans doute mais surtout bien mixée, ce qui est toujours agréable (les voix notamment sont vraiment traités avec soin). Si on omet un horrible générique, tout en caricature burtonnienne et qui reflète l’évidence et l’opportunisme (il est clair que Burton n’a pas conçu ni travaillé sans doute, du moins je l’espère, sur ce générique en images de synthèse qui caricature, une fois de plus, les mises en place des films de Burton sous leurs aspects les plus attendus ; une vraie parodie, fiérotte en plus), la première bobine du nouveau film de Burton commence pas trop mal. Certes ce premier plan d’ensemble sur Londres est également computerisé et pas très beau, mais le reste, computerisé (encore!) aussi, fonctionne gentiment. On est tout de suite envahi par la musique et d’ailleurs un vrai critique aurait commencé par là : SWEENEY TODD est l’adaptation d’une comédie musicale broadwayienne.

 

Gentils jeux de champs et contrechamps, lumières sombrissimes, tonalités crépusculaires, c’est plutôt amusant, d’autant plus (et ce sera valable pendant trois ou quatre chansons) que le livret utilise et détourne petit à petit les codes de la comédie musicale, mais sans sombrer dans la parodie, plutôt en décalant les thématiques pour recentrer le sujet, sombrissime. Ainsi la première chanson est sur la ville (Londres, New-New York-York, Paris… C’est une convention), une autre dépeint la situation de départ en flash-back, là aussi un classique, qui est passé au prisme de la critique ironique (chanson POOR THING, la meilleure je crois, qui décrit ouvertement le couple Mr/Mme Barker comme des idiots finis !), et enfin une autre présente le magasin de Bonham Carter où on fait les pires tourtes du monde, c’est marrant. Tout cela fonctionne plutôt et biaise gentiment l’insupportable jeu de dramatisation à la mode Broadway que personnellement je n’aime pas du tout. On découvre parallèlement au processus, une histoire terrible donc, et un contexte qui ne l’est pas moins, où aucune violence ne nous est épargné : enfants-esclaves, imposteurs, pouvoir inique, absence de la politique, misère noire, mendiants crasseux et malades, abus sexuels, travail qui en vaut plus rien, pénuries alimentaires, imbécillité de la foule toujours crédule, etc… C’est plutôt charmant et ça fonctionne bien. Il y a là quelques bonnes idées, notamment à la photographie. Même si je ne suis pas fan de cette photo en général, c’est bien exécuté. Je note particulièrement la sortie du bateau en introduction (avant que Depp et son jeune ami en se quitte), où les visages blafards sont baignés d’une lumière irrégulière, avec un effet de scintillement comme diraient les projectionnistes, ce qui en fait du à un éclairage à la lanterne ou à la bougie mais qui est en tout cas laissé hors-cadre, ce qui fait qu’on a l’impression que ce sont les visages eux-mêmes qui ont du mal à réfléchir la lumière. Bonne idée. L’alliance maquillage/lumière marche bien en général dans cette première partie. Burton construit aussi la photo sur un autre principe qui courra tout le long du film : l’action commence la nuit, les flash-backs ont lieu juste avant le lever du soleil, les premières action de Sweeney Todd ont lieu entre chien et loup, et l’action commence véritablement dans la matinée jusqu’au soir. Photographiquement, le film est donc une immense journée. Pas mal.
Le tout est gentiment découpé, avec, c’est rare, pas mal de gros plans dont certains sont assez jolis d’ailleurs, pour une fois. A signaler quelques beaux jeux de miroir, des surcadrages, etc, notamment lors de la chanson POOR THING. Bref, tout cela commence très bien avec une violence contextuelle tout à fait bien décrite et incarnée. C’est chouette.
 
Et puis… Et puis, ensuite, c’est beaucoup moins intéressant. La déviation des codes de Broadway devient un simple inversement. Le noir a pris la place du blanc ; mais les conventions de narration sont absolument conformes à toute pièce célèbre de la scène new-yorkaise ou londonienne. Certes, ici le compositeur tente plutôt de lorgner du coté de Richard Rogers et Oscar Hammerstein (parolier et compositeur de LA MELODIE DU BONHEUR, et qui sont assez doués, et c’est moi qui déteste le genre qui vous dit ça !) que du côté de l’ignoblissime Andrew Lloyd Webber, le célébrissime compositeur des choses ignobles suivantes : CATS, EVITA, SUNSET BOULEVARD (que j’ai vu à Londres, une horreur !), JESUS CHRIT SUPERTSAR et LE FANTÔME DE L’OPERA. C’est un bon choix. Sans atteindre les alchimies savantes de Rogers/Hammersmith, le score est plutôt écoutable, et c’est déjà pas mal, dans ces premiers morceaux. Mais après les conventions reprennent le dessus, avec quelques charmes (condensation des événements et ellipses quelquefois brutales) et pas mal de défauts (expositions trop longues de certaines situations, exacerbations romantiques incessantes, mécanique lourdingue de résolutions des métaphores, construction en sous-parties, alourdissement du rythme, accélération des événements de l’histoire et narration de plus en plus laborieuse). SWEENEY TODD souffre du modèle broadwayien, notamment dans sa dernière partie donc, où malgré l’abondance d’événements hautement dramatiques, malgré les accidents dans les exécutions programmées, et malgré la charge dramatique en général, Burton qui essaie de construire un ensemble très haut en couleurs (rouges !) est bien embêté par un score et une narration qui l’empêchent clairement de mener la danse et de trouver le rythme adéquat. Burton suit le livret et l’illustre, mais sans trouver la faille qui pourrait être l’endroit où placer son bâton de dynamite et faire exploser la chose dans un superbe chaos. Et il s’en passe portant des choses dans cette dernière partie. Ne serait-ce que le personnage du petit garçon par exemple. Si Burton conserve et essaie de pousser l’horreur du scénario dans ses extrêmes, et il y a de quoi faire, la mécanique narrative est tellement lourdasse qu’elle empêche, à mon sens, toute fulgurance et tout lyrisme iconoclaste (ou surprenant).
La partition se classicise aussi, les mélodies sont moins ambiguës, moins riches. De son côté, Burton appauvrie sa mise en scène, je trouve. La première partie me semble plus riche. Dans le tronc du film (et dans sa fin même si, je viens de le dire, ce n’est pas complètement le principal problème), le film devient un empilement de champs/contrechamps bien réalisés mais répétitifs où pas grand-chose ne surprend. Pas de décrochage, pas d’accident, ça roule laborieusement. Du coup, on se retrouve devant l’omnipotence du score et de la direction artistique, c’est logique. Comme le livret se concentre de plus en plus sur les protagonistes même, on perd aussi la violence larvée et/ou exprimée du contexte social qui fonctionnait très bien dans la première partie. Bizarrement l’accumulation gore de la dernière partie, pas exempte d’idées un peu graphiques d’ailleurs ce qui est paradoxal, semble très lourde et curieusement répétitive (effet de répétition qui, par contre, marchait assez bien et de manière délicieusement industrielle dans la première séquence d’exécution !). Bref, on attend que le train arrive tranquillement en gare, de La Ciotat sans doute (héhé !), sans que cela ne déclenche vraiment d’émotion, curieusement.
 
Même si une partie de mon ennui découle évidement du classicisme de la forme et de la partition musicale inhérente, hélas, au genre, SWEENEY TODD me semble donc une assez mauvaise nouvelle pour Burton qui livre là, hormis la première bobine et quelques bonnes idées ici et là, une copie bien pallote et lourdingue. On sent l’homme enchaîné à un projet trop rigide, malgré les évidentes complicités des deux univers, celui du cinéaste et celui de la comédie musicale. Même si le film n’est pas infamant, bien sûr, on s’étonnera de ce choix, et d’une mise en scène peu sûre, voire assez maigrichonne à certains postes, notamment le montage, très illustratif. Côté acteurs, ça va. Depp et Rickman (excellentissime acteur : revoyez TRULY MADLY DEEPLY, beau film un peu oublié de Anthony Minghella) sont bons, quoique ce dernier ne fasse pas d’étincelle dans un rôle très carré. Helena Bonham Carter insuffle pas mal de vie au film et est impeccable, comme d'habitude. Les deux points faibles me semblent être Jamie Campbell Bower, très fade, attendu et qui n’est pas du tout un chanteur passionnant, ainsi qui l’acteur Timothy Spall, acteur que j’aime beaucoup, mais qui, une fois de plus est utilisé de manière complètement prévisible, qui fait sombrer son personnage dans le cliché ou dans le marrionnetisme le plus mécanique.
 
 
C’est un peu triste tout ça….
 

 

 

 

Timidement Vôtre,
 
 
Dr Devo.

 

 

PS : un ami me faisait remarquer l’incroyable planning des sorties prochaines. Accrochez-vous les amis ! Ca commence le 20 février ou même le 13, et ça dure cinq ou six semaines où nous verrons, tenez vous bien, et même tenez-vous mieux : le premier film (enfin non le deuxième) du bédéiste talentueux Charles Burns, les nouveau Brian DePalma (qui a l’air complètement dingo !), Peter Greenaway (Merci mon Dieu !!! Avec Morgan Freeman !!?!!). [Et pour ceux qui sont dans les grandes villes, reprise de L’ESPRIT DE LA RUCHE de Victor Erice !]  La semaine d’après : le Michel Gondry, et encore c’est la semaine plus cool. Semaine suivante : on remerciera encore son dieu, ou Bouddha, ou Satan, car grande grande nouvelle à laquelle je ne croyais plus, le nouveau film de Harmony Korine débarque (voir photo). Et le casting est complétement dingo : Samantha Morton (cool !), Leos carax ( !?), Denis Lavant ( ??!!), Jean-Pierre Léaud ( ???!!!) et Werner Herzog. Ca parle d’un sosie de Mickael Jackson persecuté par d’autres sosies dans un village d’Ecosse ! J’ai presque envie de pleurer, mais la semaine suivante, ça continue. Et là, vous penserez à moi, car ce sera le tour de Wes Anderson de nous montrer son nouveau film, co-écrit par Jason Schwarztman. [Si je ne suis pas heureux et aux anges cette semaine-là, je ne comprends pas!] Semaine suivante : le nouveau Alex De La Iglesia avec John Hurt (merci petit jésus), et un Mika Kaurismaki pour ceux que ça intéresse. Après ça, vous pouvez prendre des vacances, ça se calme. Donc du 13 février au 26 mars, ça devrait l’orgie ! [Et encore, ils ont reculé la sortie du nouveau Jaime Balaguero et du De Oliveira !] C’est le moment d’investir dans des cartes d’abonnements !

 
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Mercredi 30 janvier 2008 3 30 /01 /Jan /2008 11:53

Publié dans : Corpus Filmi

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[Photo: "Into The Blue Again" par Dr Devo, d'après une photo du comédien Christopher Walken]

 

 

Chers Focaliens,
 
Ca y est les gros mastodontes débarquent, entre les divers festival téléramesque censer diffuser la fine fleur de l'establishment. Quand soudain...
 
"Il s'aperçut alors, presque dans un sourire, qu'il avait manqué d'humour ou de malice, et la honte d'avoir déroger à ces deux principes fut vite remplacée par la ferme intention, l'insoutenable évidence qu'il fallait de suite inverser la tendance. Il retira, alors même que l'établissement était plein, son slip avec discrétion, et le mis sur sa tête. Il se sentait quand même drôlement mieux. La jeune femme au fond rigola même franchement. Il se lança alors dans une imitation de Charles De Gaulle..."
 
[Communiqué du Syndicat du Slip et de la Critique]
 
 
Oui, alors, bien sûr, même sans vérifier, je pense qu’on peut reprendre l’introduction de ma critique de CHARLIE ET LA CHOCOLATERIE et l’appliquer aussi aux frères Coen. S’il y a des réalisateurs qu’on a abandonné depuis longtemps, après des années à essayer de chercher des terrains d’entente, ou devant leur incapacité à se renouveler, il y en a quelques-uns avec lesquels c’est plus compliqué, dont Tim Burton et les frères Coen. Chez eux aussi, la machine semble tourner à vide, et les modes de mise en scène se répéter à l’infini. Et quand nous regardions un de leurs récents films, on ne trouvait pas un dixième de la malice sautillante et de la richesse d’expression de leurs premiers longs. CHARLIE ET LA CHOCOLATERIE était une bonne nouvelle. Burton cassait le jouet, en mettant les mains dans une sauce assez vulgaire, voire d’apparence ridicule avec un entrain et une kamikazerie tout à fait remarquables, la chose étant, on le sait, toujours bon signe, a priori, pour un artiste. Comme quoi, tout est possible ! Pour les Coen, on était bien plus gênés encore. Leurs films devenaient de vraies caricatures de leur "ton Coen" (comme on disait le ton Barton Fink dans BARTON FINK), sans qu’aucun producteur ne soit réellement venu les menacer d’ailleurs ! Et puis, il y a avait cette sensation, cette impression frustrante que le film démarre quelques minutes avant la fin. Rires. Ca aussi, c’est énervant. Dans THE BARBER, le film devrait démarrer, grosso modo à l’accident, et dans O BROTHER à l’inondation… Bref, mêmes les fidèles acteurs semblaient ressasser (John Goodman, pourtant souvent excellent, dans Ô BROTHER par exemple), et les narrations sombraient dans la prévisibilité la plus complète ! L’ennui…
 
La fin des années 70 ou le début des années 80, chez Nous, en Amérique, dans le sud même, beau mais désertique. Josh Brolin, gentil plouc bourru mais assez drôle sans en avoir l’air une seule seconde (enfin c’est mon avis !) fait une découverte un peu surréaliste alors qu’il chasse dans le désert. Plusieurs pick-ups arrêtés au milieu de nulle part, et sept ou huit cadavres. A l’arrière d’un des véhicules : un palette de cocaïne ! Apparemment, tout ce beau monde, des mexicains, s’est entretué copieusement. Il n’y a qu’un seul survivant en train de mourir de soif dans une voiture et donc incapable d’expliquer quoi que ce soit. Josh trouve un peu plus loin une valise pleine de billets. Un bon gros million de dollars et demi, quand même. Sans trop réfléchir, il s’empare du magot. La nuit tombée, il revient sur le lieu de la fusillade, mais se fait surprendre par des mexicains très en colère et échappe de peu à l’exécution. Après avoir mis sa femme au vert (Kelly MacDonald, pas mal du tout d’ailleurs), il décide de prendre le large !
Evidemment, ce massacre n’arrange personne. Les mexicains veulent récupérer l’argent de la transaction ratée, et les commanditaires de la livraison veulent récupérer également les brouzouffes. Ces derniers engagent donc un tueur ultra-précis et efficace, l’impressionnant Javier Bardem ! Et là les choses vont sérieusement se gâter. Car le bonhomme est tenace et malin comme le diable. Il retrouve en deux coups de cuillères à pot la trace de Josh Brolin, se lance à sa poursuite, et espère bien récupérer l’argent pour lui tout seul en éliminant tout ce qui pourrait être témoin des événements ! Et comme le garçon est un psychopathe de la pire espèce, quoique intelligent et malin, il risque d’y avoir du sang sur le dance-floor.
C’est le pauvre Tommy Lee Jones, vieux shérif du coin, très droit dans ses bottes et lui aussi très perspicace qui doit essayer de comprendre ce qui s’est passé dans le désert. Très vite, il se rend compte la situation et voit dans quel pétrin s’est mis le pauvre Josh Brolin. Mais plus il avance dans ses investigations, plus l’affaire l’attriste jusqu’à être complètement dépité et se demander si cette sordide histoire ne cache pas quelque chose de plus profond…
 
Et bien les loulous, malgré l’immense coéinité de cette intrigue et de ce traitement coénissime, il faut bien le dire, ça ne démarre pas trop mal cette affaire ! C’est même pas mal du tout, sans casser de brique de prime abord, mais bon… NO COUNTRY FOR OLD MEN est tourné en scope, plutôt pas mal cadré, et surtout aéré, construit avec des plans d’échelle variée. Pas de petits zigouigouis en plan rapproché ou gros plan. Et en général, c'est une bonne surprise, quand ces plans apparaissent ils ne font pas que cadrer bêtement le visage de l’acteur en obstruant le reste mais restent composés, ce qui se perd énormément au cinéma depuis quelques années. Et en général, je le disais, c’est plutôt aéré, on joue sur les axes, sur les plongées et les contre-plongées. Bon, ce n’est pas précis et expressif comme du Mario Bava, mais au moins ça construit un peu, et la mise en scène peut se développer de manière plutôt élégante. Bien. Ajoutez par là-dessus une photo, de loin (car la copie visionnée n’était pas complètement convenable, même si j’ai vu pire, avec des jaunes un peu verdâtres notamment, et un tirage qui manquait de contrastes), qui à l’air correcte et qui est signée Roger Deakins qui avait signé celle de BIG LEBOWSKI et L’ASSASSINAT DE JESSE JAMES… Déjà, donc, un bon point, et pas des moindres : le film semble construit.
 
Mais la grande surprise est ailleurs. Ca y est ! Ils l’ont fait ! Les frangins Coen ont enfin arrêtés de faire mumuse et de se répéter sur au moins un point. Et, ça tombe bien, c’est celui qui m’énervait le plus dans les derniers films des deux lascars. Depuis quelques films, les Coen, en effet, avaient la désagréable habitude de ce citer eux-mêmes dans le son. Ce que j’appelais "le décalage coenien". Il s’agissait de faire se disjoindre une image et un son (ce qui est toujours délicieux), puis de les remettre en place, plus loin et un peu trop tard. Comme un effet d’annonce. Exemple (fictif) : un homme attend sur le quai d’une gare déserte, on entend le crissement d’une vielle girouette métallique au loin. Il tourne la tête vers les rails au loin. Coen et Coen resserrent le plan sur le héros. Et on entend non pas le bruit d’une locomotive mais une espèce de roulement. On coupe : plan sur les rails, pas de train en vue. Le roulement continue, lui, et même s’approche. Que cela peut-il bien être ? Le héros regarde les rails dans l’autre sens (nouveau plan), rien non plus de ce côté-là. Le roulement est très prés maintenant. On fait le contrechamp dans l’autre sens des rails et on voit la locomotive mais elle est trop loin pour qu’on l’entende. Là plan de demi-ensemble de face sur le quai de la gare, et on voit un petit vieux rabougri, employé de la sncf qui fait rouler un chariot avec des bagages dessus (c’était ça le roulement !) et qui arrive derrière le héros ! Pendant ce temps-là, la girouette n’a pas cessé de grincer en sourdine, et si possible à la fin de la séquence, on s’apercevra qu’il y a un tueur à gage sur le toit en dessous de cette girouette. Bon, c’est rigolo, c’est même très bien, mais le problème c’est que les Coen ne faisait plus QUE ça ! C’est à dire ce jeu de décalage de sons concomitants, cachés par un contrechamps qui ne vient pas ou alors beaucoup trop tard et dévoilant quelque chose d’absurde et/ou d’inattendu. O BROTHER, c’est ça constamment. Le reste peut être ennuyeux, ils s’en foutent les Coen, ils font mumuse sur le même principe dix fois de suite !
Et bien les amis, même si le rythme lent de NO COUNTRY… sembler propice à la chose, ici rien de tout cela, même pas une fois ! C’est du son plutôt simple, qu’on lit immédiatement dans la narration, sans effet de décalage surréaliste, avec en plus deux ou trois élégances que j’adore : des coupes (du son) au plan, toujours une bonne idée, et à trois endroits du film (plutôt silencieux) une superbe utilisation de la musique. Je m’explique : il n’y a pas de musique dans le film, sauf à ces trois endroits-là, (un peu plus en fait, je crois) et elle est sous-mixée en quelque sorte, à un volume ultra-discret, comme si elle effleurait le film dans une caresse délicate. C’est très beau parce que quand cette musique arrive (des sortes de petites nappes tranquilles), on peut ne pas le remarquer tout de suite et on s’aperçoit d’abord que quelque chose diffère des autres scènes sans tout à fait mettre le doigt dessus. C’est juste là pour renforcer les sensations et l'émotion mais sans qu’on ait l’impression que quelque chose se passe. Ca marche très bien quand Javier Bardem passe le pont en voiture (ça donne un aspect fantastique au plan ; Bardem fait d’ailleurs taire la musique en tirant un coup de feu  et en descendant un corbeau annonciateur de mort! Il n'aime pas les fioritures et le romantisme, le Bardem, et c’est assez drôle…) et aussi sur un beau plan avec Kelly MacDonald que je vous laisse découvrir. Mais bon, cette bande-originale quasiment absente, c’est quand même très très élégant. Et donc, pour résumer, voilà une mise en scène débarrassée de ces tics les plus aliénants, plus proche du film et de son contenu, plus créative. Ce n’est sans doute pas d’un éblouissement éternel et absolu (c’est moins riche que BARTON FINK peut-être), mais bon dieu, ça fait du bien. Bon maintenant, si on parlait de moi ?
 
Voir un film, c’est comme manger une femme que vous trouvez belle, ou embrasser un apple-pie, c’est un plaisir non seulement intellectuel ou affectif, c’est aussi sensuel. NO COUNTRY FOR THE OLD MEN amène bien sûr un certain suspens qui doit être, j’imagine, très agréable et ce d’autant plus (accrochez-vous) qu’ici ce suspens est lié au rythme très lent du film ce qui lui donne un une forte dominante de "slowburn" (ça y est, ça, c’est fait…). Dans le même temps, et même si on se demande comment cela va tourner, essentiellement à cause du personnage plus grand que nature qu’est Javier Bardem,et voilà qui crée quand même l’envie d’en savoir plus, malgré cela donc, l’histoire est assez simple dans ses bases et ses enjeux. De fait, le film donne l’impression d’être assez franc du collier, avec une route assez tracée. Ce n’est pas du hors-piste, a priori, donc.
Ceci étant… Comment dire ? Voilà ce qui s’est passé pour moi. Le début se mange ou s’embrasse très bien, sans effort. La mise en place est plutôt agréable et ce d’autant plus que la première séquence (enfin, pas tout à fait ; je veux parler de la découverte de la scène du crime par Brolin) dure très longtemps, très très longtemps, avec un certain sens du rythme et de la narration, petit paradoxe charmant. Bon. Donc, la mise en place du film se passe très bien. Les premières tribulations de Brolin sont sympathiques également. Et puis, sans que je m’en rende compte, je me suis dit que cette histoire de poursuite, c'est-à-dire le corps central du film (son tronc !) commençait vraiment à s’étirer, à se rallonger à mesure qu’on progressait, sans qu’il y ait de changements majeurs dans l’intrigue. "Ca pourrait durer 4 heures, ce segment", me dis-je, et sans doute ajoutais-je "in peto" (ça aussi c’est fait !) que cela ne serait même pas désagréable et qu’on suivrait ce long étirement, interminable même, dans une agréable torpeur, teintée de violence et de mélancolie. En fait, je commence à m’ennuyais, ajoutais-je pour moi-même, sans que cela me révolte d’ailleurs lorsque, enfin, la dernière partie s’enclenche, et là c’est très bon !
Au final, que s’est-il passé dans ce trop long segment central ? Pas grand-chose, je pense mais c’est un très beau processus. Voilà comment j’ai ressenti les choses : ce long couloir presque morne, presque répétitif est une jubilation en fait. [J’insiste : ce plaisir, extrêmement sensuel n’engage que moi, et je comprendrais tout à fait que cela déplaise.] Le film, du coup semble s’étirer véritablement, et s’il fait 2h00 et des bananes, il faut bien que admettre que j’ai eu l’impression fabuleuse qu'il en faisait une bonne heure et demi de plus. Et j’ai adoré ça. Le cinéma c’est quand même du rythme, et c’est là l’excellente nouvelle du métrage, que ce soit plus ou moins volontaire de la part des frangins n’a au fond que peu d’importance. NO COUNTRY FOR THE OLD MEN n’est pas qu’un déroulé narratif plus ou moins habilement mis en scène, ça a été aussi pour moi une expérience participative, une espèce d’invitation, de voyage, dans un no man’s land (hihi !) où il ne se passe pas assez de choses. Prendre son temps, et même le perdre, n’y-a-t-il pas de façon plus judicieuse et malicieuse de le gérer ? C’est ce rythme, basé sur une cadence trop longue, et donc d’une anormalité goûtue qui m’a fait rentrer, sans que je m’en aperçoive sans doute, dans le film et dans son histoire. Cette longueur loin d’être un jeu ou une astuce de chronomètre, m’a permis de pouvoir décanter le propos, et de dépasser de manière surprenante la base pourtant simple, presque attendue, de ce thriller mélancolique, pour arriver dans des zones beaucoup plus sombres. Et là un changement de paragraphe s’impose.
 
Oui, oui, oui, ok, d’accord, le vieux pays au cuir tanné et patati et patata… C’est dans le film, pas de problème, mais je n’ai pas été sensible à cette thématique. Par contre, de part l’enchevêtrement assez gratuit des différents lieux d’action (Brolin/Bardem, Tommy Lee Jones), et de part ce rythme dont je viens de parler, on entre petit à petit dans quelque chose de plus sombre et de plus cruellement chaleureux (dans le sens de calorifère !). Plus que par les mots, c’est par la structure rythmique que le film a fini par m’émouvoir, en plus d’être sensuellement agréable. C’est par cette structure que le sens finit par s’incarner. La très belle idée de la rencontre entre Bardem et le petit vieux de la station service est clairement annoncée comme le modus operandi du film. On va parler de choses, dit Bardem, le dialogue veut dire quelque chose, les mots désignent des objets et des concepts, certes, ok,ok, oui oui… Mais c’est ailleurs que cela se joue. Ce sens apparent n’est qu’une surface. There is water underground, comme disaient les poètes. On s’aperçoit alors que le film n’est pas un thriller perturbé (dé-conventionnalisé) par un contexte banal et quotidien avec des personnages qui vont avec, mais c’est le contraire. Peut-être le film n’aurait pas du être un thriller… [Cette scène est très bien dialoguée d’ailleurs et fait retrouver la finesse coenienne d’antant. C’est touchant.]
 
En tout cas, si Bardem est le diable (en fait, non, ce n’est pas le diable, c’est le Mal, nuance !) avec son look too much, tout en "charactérisation" perruquée, si la souffrance innerve le film, c’est parce qu’il nous montre que la violence la plus absolue, la plus intrinsèque à la condition humaine est celle qui élimine les alternatives, celle qui impose des choix qui n’en sont pas. On a toujours le choix. Ceux qui prétendent le contraire mentent. Là où Bardem et le monde tuent et font mal, c’est dans cette habileté à détruire les choix possibles. En contrepoint, le désarroi de l’élève Lee Jones n’est qu’une étape vers le constat toujours jeune, même en fin de parcours, que la Mort est un scandale, comme le Mal et que la souffrance inouïe qui en découle, souffrance banale d’ailleurs (the clutch of life, comme disait le poète), et à lquelle on ne peut se résoudre. Ce Mal, pratique et métaphysique nous renvoie à la plus grande des solitudes. Comment cela est-il possible au final ? Il n’y a aucun deuil à accepter, ni aucune pilule avalable. Cette souffrance est absolument et proprement insupportable, à chaque fois. Si NO COUNTRY… doit avoir une aura quelconque ou un sujet quelconque c’est ça, cette aura mystique. Le cri de la créature qui souffre envers son créateur. On ne peut s’y résoudre. Alors que faire ? Chacun s’en dépatouille comme il peut, mais le personnage de Kelly MacDonald donne une piste dans une des plus belles scènes, très belle idée de scénario. C’est sa scène finale bien sûr, que je ne peux vous révéler ici. On remarque que les Coen coupe d’ailleurs la séquence. C’est une magnifique idée : la résolution de cette séquence n’a pas d’importance, ce qui est dit est dit, et c’est la pensée de MacDonald qui offre au film, et à nous les hommes (dans le sens "les humains" bien sûr) le seul espace de liberté possible. Je constate d’ailleurs que la dernière partie du film, celle qui suit, s’ouvre sur une manifestation du hasard (l’accident de voiture, pas volontaire celui-là), beau point d’écriture là aussi qui en ouvre quelques suivants pas piqués du hanneton non plus et que je vous laisse découvrir en salle. La bonté, ou plutôt la Justesse (faire ce qui est juste) est toujours battue par le Mal. Oui, mais… Voilà le sujet du film, et franchement mettre le doigt là-dessus, ce n’est quand même pas rien. Le film se finit sur un trou noir (très belle coupe), thème très judaïque en quelque sorte. La classe !
 
 
Bon, on arrête là. Un mot sur les acteurs. Tomme Lee Jones ressemble presque à un être humain et pas à une bûche. Ca fait du bien. Kelly MacDonald est très chouette et ne patate pas trop au final, dans un rôle qui le permettait. Brolin fonctionne très bien, encore une fois après PLANETE TERREUR, toujours direct et franc du collier. Bardem semble presque absent du film, et c’est un excellent calcul. Le film est de toute manière un film froid qui s’ouvre in fine sur des abysses, à force d’accumulation de souffrance. Donc, ce personnage fonctionne. Dans les gourmandises, signalons l’acteur anglais Jim Broadbent, enfin utilisé dans un rôle un peu différent, et qui malgré la brièveté de son passage est vraiment à tomber par terre.  (erratum du 15 juillet 2008: D&D, fidèle et attentif lecteur me signale ici une erreur grossière. il ne s'agit absolument pas de Jim Broadbent, mais de Stephen Root, ce qui n'enlève rien d'ailleurs à la chouette performance... Merci à toi D&D!) Voilà… La messe est dite.
 
NO CONTRY FOR OLD MEN n’est peut-être pas le meilleur des Coen (ils ont été plus malicieux quand même) mais c’est certainement le film du retour aux affaires. Ils ont réussi a accouché d’un film surprenant, malgré le sujet, d’un opus pas toujours aimable, et surtout froid (au ¾) et abstrait. Clap clap !

 

 

 

 
Sensuellement Vôtre,
 
Dr Devo

 

 

 

 

 

 
 
 
 
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Samedi 26 janvier 2008 6 26 /01 /Jan /2008 14:06

Publié dans : Corpus Filmi

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[Photo: "The Soaring Days in our Lives II" par Dr Devo, d'après une photo du comédien Eric Idle dans l'émission MONTY PYTHON'S FLYING CIRCUS, épisode 29, saison 3.]

 

 

Chers Focaliens,
 
Alors qu'elle sentait sur elle-même le poids de la fatalité et des responsabilités nouvelles et ludiques qui s'ouvraient à elle en même temps que cette nouvelle inattendue, elle décida, presque, à moins qu'elle ne fut simplement heureuse de cet état, d’être submergée par un bête mais généreux sentiment de malice et de bien-être qui la fit pouffer comme on rit à un trait d'humour inattendu. C'est le moment qu'il choisit pour entrer en scène...
 
(C'était un message de la Poetic League for Introductions.)
 
Bonjour.
 
Anna Farris. Quand même... De nos jours, chez nous, en Amérique, deep in the heart of the darkest america (comme ça c'est fait, c'est moins tentant pour la suite), Anna Farris. La journée commence bizarrement pour Anna Farris. A moins que ce ne soit le contraire. La journée commence banalement. Anna Farris, Anna Farris, Anna Farris, apprentie comédienne dans la vingtaine bien entamée, commence sa journée par jouer à une sorte de SECOND LIFE sur son PC portable quand elle décide de manière anodine à faire ce qu'elle fait très souvent: fumer de l'herbe. Effets immédiats. Ca va mieux.
Quelques minutes plus tard, elle s'aperçoit que la journée va être chargée. Son colocataire, un garçon étrange, geek et taciturne, lui a laissé de l'argent pour payer l'électricité de l'appartement, ce qui doit être fait impérativement sous peine de coupure de la ligne. Elle doit ensuite aller à une audition. Mais tout cela, Anna Farris ne le sait pas encore, ou alors, elle n'y pense pas. Elle a faim. Dans le frigo, elle trouve un plat de gâteaux, préparé par son colocataire justement qui reçoit des amis le soir. Près des gâteaux un mot: ne surtout pas les manger, Anna, ne surtout pas les manger, j'ai des amis qui arrivent ce soir.
Anna mange les gâteaux, bien sûr, et doit se rendre à l'évidence: ce sont des space cakes! [Note pour nos jeunes lecteurs: ce sont des gâteaux à l'herbe!] Alors qu'elle sent commence à sentir les effets de ce petit déjeuner de championne dopé à la Marie-Jeanne, Anna se rend compte qu'elle a plein de choses à faire, à savoir, comme je le disais: aller payer la note d'électricité, et aller passer une audition.
Elle décide d'appeler d'abord son dealer pour lui acheter de l'herbe, qu'elle paie en partie avec l'argent pour EDF. Elle devra rembourser le fournisseur dans l'après-midi à 15 heures! Encore un truc à faire! Avec cette herbe, elle commence à cuisiner un space cake de remplacement pour son coloc. Mais l'opération échoue (pas facile de cuisiner quand on très stone). Le temps presse et Anna décide de se mettre en route pour l'audition (très importante) et de profiter pour passer à un distributeur de billets pour tirer de l'argent (pour la note EDF et pour rembourser le dealer). Malheureusement il reste un dollar sur son compte! Et elle a déjà un quart d'heure de retard pour le casting!
La journée commence donc assez mal... Et ce n'est pas fini...
 
 
Quel sympathique personnage que ce Gregg Arraki, réalisateur sans importance aux yeux de tous ou presque, et qui a signé de bien beaux films dans lesquels je ne compterais pas, par contre son premier film sorti en France, DOOM GENERATION, vu à l'époque avec le Marquis et bien moins intéressant que le suivant et magnifique NOWHERE qu'on trouve en bac et en dvd (zeugma!) neuf à trois ou quatre euros, et qui peut faire partie de votre dévéthéque sublimissime de cinéphiles fauchés, à côté du sublime SOCIETY, par exemple, au hasard, dont on parlait l'autre jour! Après, il y eut SPLENDOR, resté une semaine à l'affiche lors d'une éprouvante sortie technique (et que j'ai vu en salle, au hasard d'un séjour à Paris avec mon ami Bernard RAPP), et qui est une comédie moins iconoclaste mais sympathique, avec, si ma mémoire est bonne, une très jolie photo et sans doute Mink Stole (en directrice de casting), l'actrice superbe de chez John Waters, entre autres. Et puis, après un pilote pour MTV d'une série qui ne se fit jamais, il y eut le beau MYSTERIOUS SKIN qui fut, surprise, défendu par la critique (sur Matière Focale notamment), et donc marcha (oui c'est moi!) un peu, peut-être parce que les gens aiment bien sans doute les histoires d'enfants abusés, ce qui fait toujours plus sérieux que des trucs à la NOWHERE! Rires!
 
Ici, on serait dans le registre plus léger du réalisateur, et donc plus proche de SPLENDOR que de NOWHERE. Qu'importe... On ouvre avec une très belle introduction complètement statique ou presque (Anna, Anna, Anna Farris mettra presque 15 minutes de film à lever ses fesses de son sofa!), mais vraiment ludique, et qui acquiert bizarrement de la force grâce à la toute première scène, très écrite et dont le texte est tout bonnement sublime, version anodine et banale du lyrique morceau de Talking Heads ONCE IN A LIFETIME. Beau statut d'ailleurs que celui de cette introduction en forme donc, de "how did I get there?" et qui fonctionne avec un double fond. Le film est il un flash-back? Pas vraiment. Il est plus séduisant de considérer cette introduction comme le départ d'un cercle ambigu. Elle provoque les événements et sert en même temps de conclusion. C'est une belle perspective du coup. Les événements qui vont suivre, le déclenchement de cette catastrophique journée et surtout les motivations de Anna semblent en quelque sorte découler de ce constat introductif. Si on est là en quelque sorte, il est logique qu les choses puissent se passer ainsi ensuite, et il est compréhensible que Anna agisse de la sorte! Pour reprendre la terminologie utilisée dans le film, cette scène d'intro serait le point A et pas le point Z. Où même les deux en même temps! Rigolo, non?
 
En tout cas, on assiste à une espèce de AFTER HOURS diurne et juvénile, une journée de catastrophes variées et presque interchangeables. Les dés sont pipés d'avance, ce que semble suggérer le départ du film au point A/Z. Une part de responsabilité de la part de Anna, et un accident, voilàa la raison de tout ça. La fille restera perchée plus ou moins. Et une heure et demi (un peu moins en fait) avec une fille stone, vous pouvez me croire c'est très long. Si le film aurait pu être plus dynamique sans doute, sur toute sa longueur, il faut reconnaître que sa qualité principale ou presque est cette volonté de ne rien laisser passer, de ne parler de rien sinon q'une seule et unique chose: Anna est stone! Il y a là un beau passage du temps, complètement contradictoire: on est à la fois dans la journée ultra-catastrophique et accidentelle au possible (un enchaînement d'événements catastrophiques) et en même temps, de manière plus primordiale, dans une journée au contraire bloquée, qu'un seul événement (le cadeau/gâteau empoisonné) a verrouillé. Une journée comme une ligne droite et morne que rien ne peut faire dévier de sa trajectoire rectiligne et indéfectible. Tous les accidents de la terre, et Dieu sait qu'il y en a, ne changent finalement rien. La pauvre Anna, prisonnière de ce temps (mais pas seulement, j'y reviens) ne peut que subir.
C’est un superbe paradoxe: plus il se passe d'événements, moins il y en a!
 
Alors, comme souvent chez Arraki, on s'amuse énormément, le tout est d'une extraordinaire drôlerie. Les circonstances catastrophiques sont d'autant plus délicieuses qu'elles sont logiques et presque prévisibles (le portefeuille déclaré volé par le réalisateur, dix minutes avant son vol effectif!). Il y a peu, au final, d'événements extraordinaires au sens strict. On peut en compter deux principaux: le précieux manuscrit (je parle en codé pour ne rien vous dévoiler) qui arrive dans les mains de Anna, et la présence miraculeuse (deus ex-machina de l'enfer) du camion de viandes. Le reste, vous en conviendrez est simplement logique. Tout est verrouillé, je vous le dis! Dans le même temps, et c'est la deuxième couche du paradoxe, le film se déroule presque de lui-même sans effort de manière presque fainéante. Là aussi, voilà qui nourrit de manière assez sensuel pour le spectateur focalien et sensible, cette impression de temps bloqué ou en boucle, sorte de slowburn (Ouiiiiii! Ca faisait longtemps!) interminable et usant! Premier (bon) point.
 
Côté mise en scène, ça assure tranquillement; Si le film est très loin de la richesse esthétique de NOWHERE (c'était déjà un des défauts du beau MYSTERIOUS SKIN: une esthétique et un montage plus calmes), il y a quand même de très belles choses et de superbes idées. C'est dans la première demi-heure que se trouvent le plus de gourmandises. C’est presque un festival, soutenu par un montage simple mais pas bête. Beaucoup de belles choses, dis-je, dans ce segment, donc: superbes inserts sur le jeu vidéo (avec ce bouleversant retour du contrechamp sur l'écran du PC, avec les animaux morts! Bonjour le symbole!), enchâssement de digressions explicatives (le coloc, l'agent et finalement tous les personnages "humains" presque mis hors-champs et qui n'interviennent dans la narration que dans les limbes douteuses du flash-back; le monde est à la porte du film), et beaucoup de plans très beaux (sur le clavier de l'ordinateur, suivi du doigt de Anna sur le touchpad, ou encore la splendide photographie de ce merveilleux contrechamp où Anna voit en caméra subjective son appartement avec un changement du grain de l'image et de la photo absolument superbe). Bref, beaucoup de choses, très drôles ou belles dans cette première demi-heure.
Ensuite, ça se calme un peu et laisse plus de place à un scénario qui de toute manière emmène son personnage vers une fin absolument inéluctable et tragiquement logique. La mise en scène sera plus suiviste et plus calme dés lors. La photo (dans la copie que j'ai vue, c'est à dire un tirage assez médiocre) est très simple, voire simplette, mais sans fioriture. Voilà qui rendra le film moins riche esthétiquement que NOWHERE, je le disais, et ce peut-être pour des raisons de moyens financiers tout bêtement. Le bémol concernant SMILEY FACE est celui-là: une deuxième grosse partie plus calme, moins belle et plus suiviste de la narration. Ceci dit, le sujet a tellement bien été lancé dans la première demi-heure, que le mal est fait, si j'ose dire, et que rester l'heure suivante à compter les points et voir la catastrophe se déployer tranquilou est quand même assez touchant et assez douloureux. Notez que le montage de cette deuxième partie est moins riche également. Malgré tout, l'effet de sape joue très bien.
 
Où sont passés les êtres humains? Où est la société? SMILEY FACE nous présente un monde banal et froid, quasiment vidé de quoique ce soit de présence. Il y a peu de personnages et aucun ne semble surgir du décor. A un certain moment, ils sont et apparaissent dans le champ sans qu'on sache vraiment pourquoi. Derrière ces rues et ces décors, on a l'impression nette qu’il n’y a personne. [C'est d'ailleurs assez troublant dans le dernier plan de voir la ville au loin!] Et on ne peut pas dire que les quelques contacts entre humains dans le film soient vraiment réjouissants. La présence des uns en face des autres est uniquement utilitariste. Les gens ne se rencontrent jamais par plaisir, quelquefois par accident au mieux, et chacun se tient bien droit dans ses bottes sociales et tient son rôle! Aucune malice, et peu de chaleur habite les interactions humaines. Les personnages vivent les uns à côté des autres, se demandent des services, point à la ligne. Anna feint d'y croire, et personne ne fait rien de gratuit, si on excepte et ce n'est pas rien, le petit gars asiatique de l'usine de cochonnaille. Et là encore, Arraki nuance (la fausse pulsion sexuelle de Anna, très très drôle et cruelle). Finalement, ces deux là (Anna et l'asiatique) n'aboutissent, même eux, à rien! Brrrr...
Autre chose frappante que permet ce système désincarné de gens qui n'ont de désirs qu'utilitaristes. La Société a un drôle de statut. Un des sujets qui me touchent le plus au cinéma, vous le savez, c'est l'écrasement de l'Individu par la Société justement! Hors ici, curieusement, et ça fait assez mal, on a l'impression d'arriver nettement (et c'est vraiment palpable) après la guerre, en quelque sorte. Comme je le disais plus haut, quand le film commence, le mal est déjà fait, c'est déjà foutu, il n'y a déjà plus de luttes d'aucune sorte. La Société a gagné, et très largement! Pas de combat ici, uniquement des choses à subir. Les jeux sont faits en quelque sorte.
 
Tout serait verrouillé, donc ? Oui, quasiment. SMILEY FACE, comédie ouvertement construite sur un mode potache (et drôle !) laisse bien plus perplexe que ça, dans le même mouvement. Au fur et à mesure que l’affreux destin de Anna se précise, on est plongé dans le doute : mais bon sang, de quoi ça parle, au final ? C’est un sentiment assez délicieux, d’ailleurs, qui augmente pas mal le plaisir potentiel du film. On est ici en mode BOULEVARD DE LA MORT (chose qu’on trouvait aussi récemment dans LES PROMESSES DE L’OMBRE), et je vous en avais parlé à l’époque. SMILEY FACE, lui aussi, met constamment l’impression de mettre le doigt dessus, sentiment subtil, et garde une part indéfinissable. Bon, ceci dit, ce sentiment est moins développé et beaucoup moins troublant que chez Tarantino, bien sûr. L’apparition de Marx dans la dernière mais primordiale partie, sème le trouble. Comme disait Duras, la révolution est impossible, et après tout, que le monde aille à sa perte, c’est la seule politique possible. L’effeuillage de la pensée de Marx n’a quasiment aucune conséquence et n’est pas remarqué, à deux exceptions notables : un bébé (plusieurs enfants voient le texte de Marx, mais aucun ne le remarque) sans doute attiré par le jeu des feuilles dans le vent (comme le spectateur lambda ? Le plan est drôle et beau en tout cas !) et le fameux coloc’ dans un scène d’insert qui a quasiment une valeur fantastique donc détachée du réel (un fantasme hypothétique). Pour le reste, rien, le texte est perdu ! Marx a été jeté de la voiture, par la fenêtre, tout en roulant sur l’autoroute, sur le chemin de la ville (les derniers plans) et rejoint les détritus qui jonchent le talus, entre autres emballages de menus MacDonald et les bouteilles de cocas vides ! Il ne restera pas grand-chose au final sur le plan social. La pensée d’Anna est tellement enfouie et elle est tellement stone (comprendre perdue) qu’elle ne s’exprimera jamais. Pour la jeune génération, c’est donc foutu. Le monde ouvrier classique s’est détaché de la société, et Anna est incapable de lui dire quoi que ce soit. Pas de révolution, ou de changements simples (ne serait-ce que ça !) en vue donc… Le monde et la Société ne tendent qu dans une seule direction, et c’est sans doute là que SMILEY FACE enfonce le clou et marque des points : l’existence se résume à trouver de l’argent pour survivre, postuler pour du travail quasiment impossible à avoir (des dizaines d’appelés pour un seul élu), et le monde est livré au marchand de toute sorte, du dealer, ici incarnation d’un capitalisme raisonné et logique ( et donc personnage qui réussit le mieux ! La réplique qui fait référence aux Sopranos n’est pas anodine : le système ne punit pas en te frappant ou en te molestant, mais en saisissant comme un huissier, ton mobilier ! Pas de violence dans cette société, juste la perte des biens matériels communs et indispensables, tout simplement !), le patron (ici, la directrice de casting, non pas joué par Mink Stole mais par l’excellentissime Jane Lynch, qui jouait la patronne du Darty dans 40 ANS TOUJOURS PUCEAU, et actrice magnifique !), les cadres de ressources humaines (le vilain mot!) à travers le personnage de l’agent, le docteur (enfin ici un dentiste), le policier etc... SMILEY FACE raconte peut-être finalement la course nue pour trouver quelques malheureux dollars. Et c’est tout. Et ce n’est pas possible. Anna est finalement au bas de l’échelle sociale. Son existence sera faite de bruits, un brouhaha immense et insupportable, et de la quête pour quelques pièces. Pas étonnant dés lors que son seul but soit de trouver un peu de silence, et deux secondes de paix, loin du chaos du monde.  Quand Anna décrit sa journée comme ayant été formidable, c’est d’abord l’ironie qui vient à notre esprit. Mais si cette phrase était au premier degré ? Après tout elles est restée sur la grande roue au moins trois minutes ! Il y a là une forme de suicide social : une déchéance échangée contre trois minutes de paix et de silence. L’image de la roue est assez bonne : elle tourne vers l’arrière et revient toujours au point de départ, c'est-à-dire sur le plancher des vaches ! SMILEY FACE se construit donc sur un spleen a-romantique, douloureux et banal. Il représente sans doute l’enfermement sans violence, sans pouvoir autoritaire, sans contre-pouvoir ni quoi que ce soit d’une société qui ne laisse aucun choix mais qui prône la liberté d’action ! C’était cuit, le début était la fin. C’était complètement dévolutionniste.

[Et si, comme les films de Benoit Forgeard, SMILEY FACE n'était rien d'autre qu'un film sur le monde du travail. Secondo, je note et je ne m'étonne pas que le seul objet que désire Anna soit son lit!]
 
Bonjour tristesse !
 
Bien sûr, on en serait se quitter sans dire un mot sur l’omniprésente Anna Farris, excellente comédienne, très précise et qui, ici, trouve quelque chose à sa mesure. Loin d’être répétitif, son jeu est quasiment phénoménal, toujours en travail, toujours à chercher la nuance. C’est merveilleux, et à elle seule, elle vaut largement le déplacement. Ca devrait être le rôle de sa vie, mais au vu de l’impact du film, on ne peut que craindre qu’elle reste dans la catégorie des actrices excellentissimes et largement sous-exploitées, à l’instar des ses collègue Clea DuVall, Fairuza Balk ou Selma Blair (dans une moindre mesure). On a là des comédiennes fabuleuses, sans doute le haut du panier, et qui ont vraiment du mal à trouver des premiers rôles et surtout des rôles de leur envergure. Soupir.
 
SMILEY FACE est donc le premier film de l’année original et intéressant. Et triste. Et bougrement drôle !
 

 

 

 

Tendrement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
  

 

 

 

 

 
 
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Mardi 22 janvier 2008 2 22 /01 /Jan /2008 11:28

Publié dans : Corpus Filmi

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et pose!

 

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