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[Photo: "My Condition ["Roll Over Stockhausen" par Dr Devo.]






Mes amis, je viens de voir la bande-annonce du film COCO, réalisé par Gad Elmaleh et distribué dans 694 salles dans notre beau pays. La critique cinéma de Elle a parlé de ce film d'une manière qui m'a remué de fond en comble: "(...) cher Gad, avec tous ces jeux de mots idiots, n'avez-vous pas honte de nous faire rire autant ? ".

 



Dépité, décimé, je décidais de me maquiller le visage en noir et de me rendre séance tenante voire TWILIGHT en V.F, pour tenter de confronter mes souffrances à l'universalité, au cosmos voire à l'absolu.

 



[Difficile de passer après les vidéos de l'Ultime Saut Quantique.]

 





Ma compagne de souffrance ce sera Isabella, 16 ans. Elle doit quitter la Floride pour aller vivre dans le Nord-Pas-De-Calais, chez son père. Ce dernier est un agent de police taciturne dans un petit bled. Il aime bien regarder le baseball sur son écran plat avec ses potes apaches le vendredi soir, muni d'un pack de bière, élément très important dans l'histoire. Isabella se retrouve dans cette ville inconnue, où il pleut tout le temps et où ses petits camarades de lycée semblent étrangement dénués de la moindre parcelle d'intelligence. Heureusement, il y a Edouard, un espèce de bellâtre avec du talc (NdDr: voir photo) sur le visage et des yeux qui changent de couleur quand il y a du soleil. Lui, il est vraiment très mystérieux, et quand ils se retrouvent tous les deux côte à côte en cours de chimie, il refuse de lui adresser la parole. Il va même jusqu'à disparaître pendant une semaine sans raison. Il réapparaît pour sauver Isabella d'un accident de voiture, faisant preuve d'une force et d'une vitesse peu communes qu'il est incapable d'expliquer au comité olympique local. Intriguée, Isabella essaye d'en savoir plus sur ses goûts musicaux. Il lui confesse écouter Debussy le soir, au lieu d'aller en boîte : pas de doute, après recherche sur Google, Isabella est sûre que c'est un vampire. S'ensuit une partie de baseball parmi la belle-famille où elle se retrouve arbitre, ce qui lui vaudra la haine d'un hooligan aux dents longues qui va la poursuivre dans tout le pays.

 



[Hop.]

 




TWILIGHT commence de manière très sympathique, comme un film de collège classique. Présentation de l'héroïne assez rapide: elle est plutôt solitaire et semble avoir des actions chez Apple. L'arrivée au bahut, scène traditionnelle dans le teen movie est expédiée fissa. On retrouve la galerie de personnage habituels, la pouffiasse, l'intello, le sportif, le futur journaliste, le petit malin, et, au fond de la classe, le focalien en culotte courte qui lit du K Dick. Arrivent là-dessus les fameux vampires, mêmes personnalités mais version noir et blanc, et by the way le fameux Edouard. Catherine H. sort son stradivarius, fait péter le ralenti, les regards se croisent, Isabella a du vent dans les cheveux et n'a plus d'yeux que pour ce gars. Ce n'est absolument pas subtil pour un sou, mais il y a un peu de cadrage, des petites idées de mise en scène (la chouette) et une photo luxueuse. En gros la première partie du film  fait honnêtement son boulot, même si l'actrice est vraiment relou avec ses mimiques d'ado éprise digne de HARTLEY COEUR A VIF et qu'Edouard a vraiment un visage splendouillet (il ressemble à un lego).

 



Bon après c'est complètement nul, en gros à partir du moment où ils sortent ensemble. La mise en scène perd complètement les pédales : zooms caméra dignes d'un film de kung fu, travellings dans tous les sens, effets 3d un peu partout pour montrer que le personnage va très vite (il court comme Speedy Gonzales dans le dessin animé (!)) et on s'ennuie beaucoup. La photo devient vraiment moche en forêt, il n'y a plus que des gros plans sur des visages qui expriment l'amour (enfin, c'est ce qu'on a du leur dire au court Florent) et beaucoup de bruit pour rien. Par contre, il y a un truc amusant, certains plans sur les arbres étant un petit peu trop longs alors même qu'ils sont inutiles au procédé narratif. Catherine H. veut vraiment ancrer son film dans les bois, Lady Chatterley n'est pas loin... Mais enfin bon, sortir des sentiers battus, surtout en forêt, c'est toujours agréable. On a l'impression de quitter cette histoire de merde, et de se perdre dans les à-cotés, soit la coulisse du théâtre des opérations.

 



Non vraiment, ceci  n'a que très peu d'intérêt, et frise parfois le totalement ridicule (la partie de baseball en forêt est un monument de mauvais goût cinématographique). En fait, il y a énormément de choses mieux à faire que d'aller voir un truc pareil. Par exemple, ne pas aller voir COCO, ou y aller avec des chiens apprivoisés pour observer scientifiquement leurs réactions aux couleurs et aux sons.

 




[Par contre, il y avait plein de jeunes gens qui voulaient savoir ou était parti Edouard quand il n'était pas là. Moi, j'aimerais bien savoir pourquoi les apaches sont les ennemis jurés des vampires, chose qui est expliquée de la plus grossière des manières pendant le film, un conte incompréhensible avec des loups.]

 




Ce qui aurait pu être intéressant, comme l'intégration des vampires dans la société américaine ou l'impact du nucléaire dans la domotique pour tipis apaches, n'est absolument pas traité et même carrément évité. Les rednecks du coin ne les aiment pas, mais ils n'aiment pas non plus les indiens, ni le Festival de Sundance. On saura à la fin qu'ils aiment la bière. Les vampires ne sucent pas vraiment du sang, c'est juste des mecs comme tout le monde qui vivent dans un loft Ikéa dans une forêt, en prenant bien soin de faire un bilan carbone régulier.

 

Je veux revoir John Hughes.





Norman Bates.



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Jeudi 26 mars 2009

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[Photo: "A la Suite de l'Arrêt de Travail d'une Partie de notre Personnel..." par Dr Devo.]






Chers Focaliens,

 

Réveillé à 7H32 par un coup de fil venant de Los Angeles, c'est chic, c'est un peu dans la vase que je dus répondre à mon interlocuteur que, non, décidément, je n'étais pas prêt à vendre les droits d'adaptation au cinéma de ce site, surtout "si c'est Guy Pearce" qui joue mon rôle, ajoutais-je toujours avec courtoisie, mais plus fermement. C'est en me dirigeant derechef vers la cuisine que je butais sur un dividi au sol, sans doute laissé là par Toutou, mon labrador fidèle mais joueur concernant les choses de l'amour et du cinéma. Il avait abandonné là, nonchalamment, la précieuse galette, à savoir une édition blou-raie du film 300. Prenant cela comme un présage, je décidais de prendre des mesures anticipatoires en avalant sur le champ un cachet d'Efferalgan, et me posais, sans un rire, dans la paille d'une chaise de la cuisine pour avaler, sans rire aussi et en silence, trois crêpes froment recouvertes de beurre demi-sel, puis de cacao en poudre, opération qui devait maculer de manière provisoire mais certaine, la table de la dite cuisine, constellée alors d'émanations poulinesques comme autant de tâches de Rorschach que j'eus peine à décrypter, à moins qu'il ne fallût voir là qu'une espèce de déclaration de guerre cryptée en provenance du pays qui donna le jour au clan Van Houten. L'air n'était animé que par la légère brise émanant  imperceptiblement du speaker du poste radio et sentant encore un peu le caoutchouc de la membrane, car j'ai le nez creux et fin, et sans la voix lointaine d'un Michel Drucker revenant sur le parcours hors-norme de Louis Blériot, je serais sans doute encore, à l'heure qu'il est, attablé de la même sorte dans la pièce que jadis je considérais bénie, mes journées d'enfant commençant invariablement là, dans la poudreuse de ces collines de blé noir et dans la promesse d'une journée encore plus belle...

 

 


Vincent Lindon est en fait un prof de natation, ce qui expliquerait bien des choses quand on y repense, et dans le Pas-De-Calais en plus, pour ne rien arranger. Il rencontre, près du grand bassin, un jeune Kurde qui lui demande de lui apprendre à nager. Ce dernier aimerait en fait rejoindre l'Angleterre pour manger des chips au vinaigre et hurler des refrains des Smiths, le samedi soir, au pub, dans les oreilles de touristes français. Lindon, fraîchement divorcé de Madame qui, elle, est justement bénévole auprès des sans-papier Q, comme on dit à Groland, va aider le jeune homme et même l'héberger ce qui lui vaudra de sacrées remontrances de la police, alertée par son voisin homophobe et vichyste. Que faire ? Laisser le jeune homme se noyer dans la Manche où il a peu de chance de survivre aux non-compressibles cinq heures de nage, ou le laisser pourrir avec ses rêves ? Devant la belle obstination de la maréchaussée à lui pourrir l'existence, Vincent décide d'en afficher une (d'obstination, suivez un peu), non moins convaincue et dit à voix basse une fois que le commissaire a tourné le dos, comme à lui-même "toi le keuf, je te nique" et faisant un geste ostensible de l'index dans la poche de son K-Way. Mais un malheur n'arrive jamais seul...

 

 

Philippe L., qui n'a pas 13 ans, ne se drogue pas et n'est pas prostitué, nous propose là son nouvel opus après JE VAIS NE T'EN FAIS PAS, son poussif téléfilm, avec beaucoup de Kad Mérad dedans, ainsi que du rock indé de Kriss qui sent bon la marde, comme dirait mon ami (que je ne connais absolument pas, du reste) rédacteur du site JOUR DE VIDANGE dont je ne saurais que vous conseiller, plutôt que de lire mes âneries, de découvrir les merveilleux articles (aujourd'hui, une critique de HIROSHIMA MON AMOUR 2 et un article sur Nietzche et le savon). De JE VAIS BIEN..., votre serviteur n'avait rien retenu, si ce n'est ce sentiment d'ennui et de guimauve, et aussi de photo de téléfilm France 3.

 



Ici,  changement de cap, c'est merveilleux. On poucera deux fois le réalisateur en faisant des grands LOLs, tant son film respire l'amélioration sur les plans cinématographique et humain. Comment rester humain dans un pays qui a oublié de se laver les dents le matin, mais où on ne peut pas accueillir toute la misère du monde ? Tel est l'enjeu de WELCOME, film profondément lemoniste puisque qu'il nous rappelle que l'onanisme c'est mal, hors des liens sacrés du mariage ou alors, à la rigueur dans le vestiaire du sporting-club de Manchester, après une bonne matinée à courir en liberté dans les champs du Seigneur.




Côté mise en scène, c'est aussi beaucoup mieux, notamment par la photo, moins bleue, moins France Bleu même, dirais-je, beaucoup plus précise qu'une retransmission de LCI du Tour d'Italie. Le son aussi, c'est mieux. Lioret exploite à fond sa mère en ce qui concerne l'utilisation du Dolby Surround Digital 5.1, et franchement je sens la différence avec Michel Drucker de quand je l'écoute sur mon autoradio. Le format Scope, superbement utilisé dans une farandole de gros plans ("Euh oui, en même temps, un moment il fait un plan d'ensemble, c'est faux ce que tu dis...", m'a-t-on dit récemment à propos de ENTRE LES MURS à propos duquel je faisais la même remarque, "Tu peux pas dire qu'il fait que des gros plans, dans la scène du conseil de classe, il fait un plan moyen, c'est faux ce que tu dis..."), donne un souffle giscardien à cette épopée de l'amour et des droits de Lomme (kassdédi au 5-9). Les scènes se succèdent avec une rigueur étonnante, allant de la simple introduction à l'enchaînement bien plus complexe de séquences plongeant le spectateur dans l'effroi sans nom, presque lovecraftienne, d'une situation vue à la télé qui ne l'est pas moins. Bien que les rivets de mon jean rentrèrent fréquemment dans la face externe de mon os pelvien durant la séance, je dus admettre une certaine surprise quant à l'incroyable force du dispositif consistant le plus souvent à enregistrer de l'image et du son sur support argentique, chose dont on ne saisit pas la grande complexité lorsqu'on paye les huit euros de son ticket. D'un point de vue musical, aussi, il y en a. Les dialogues s'entendent, c'est merveilleux, à l'image de la bande-annonce, plus que fidèle, conforme dirais-je, qui redonne espoir dans les objets de conception européenne, créés par des artisans qualifiés professionnels.

 




WELCOME a été voulu et construit comme une fenêtre ouverte sur soi et le monde, et replace la pertinence du cinéma du réel (ce qui n'empêche pas le lyrisme, comme dans cette scène où le jeune kurde, en pleine traversée du Channel, pète dans sa combinaison de plongée et dans la Manche, ce que mon voisin commentera d'un "vachement souple !") dans un contexte d'actualité des plus contemporains. Ni prêchi-prêcha, ni autoritaire, le film retrace avec un style fordien les luttes nécessaires de notre humanité d'individus ressentant, bien loin des films-jetables (et souvent rasoirs ! hihihi !) qui envahissent trop souvent nos multiplexes. WELCOME rappelle que le cinéma est là pour changer le monde et le faire évoluer au prix d'idées plus juste et gorgées de pertinence, comme en plein Gers. Changer le monde et le faire évoluer, voilà bien aussi ce que pense faire cette humble critique.

 

Kiss. Bsx. Ptdr.

 

Woké Michel. Pour ça, on accueille Petite-Critique. Bonsoir. Bonsoir Gérard. Ta fréquence ? Ta Fréqueeeeeence, merde ! Bon, c'est bon, celui-là, il retourne au standard.

 

 

Dr Devo.





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Mardi 24 mars 2009

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[Photo: "Vive réunion éditoriale à la rédaction des Cahiers !" par Dr Devo.]





Chers Focaliens,

 

Sans aucun doute, le chiffre du jour, c'est 14 !

 

[Introduction offerte par le Syndicat des Instituts de Sondage.]

 

 

 

Arriaga, scénariste en vogue puisqu'il signa les scripts de 21 GRAMMES, des AMOURS CHIENNES ou de BABEL, passe ici à la réalisation à travers l'histoire d'une jeune fille apprenant la mort de sa mère (Kim Basinger : je t'aime ma maman !) dans un caravane en plein milieu du désert et dans les bras de son amant, mexicain qui plus est, et un bon zeugma, moi, je dis que ça ne se refuse pas. Cette jeune fille, dis-je, se rapproche du fils de ce Mexicain aimé qui, de fait, c'est bien foutu, a perdu son père alors qu'il faisait un câlin avec la mère de l'autre, Kim Basinger, suivez un peu. Des années plus tard, la jeune fille est devenue grande et belle (Charlize Theron). Elle n'est pas heureuse et se perd dans des aventures sexuelles sans lendemain. Oooooh ! Il n'empêche que la voilà rattrapée par son passé d'une étrange manière. Petit à petit, nous découvrons, non pas les raisons cachées du drame mamanticide, mais surtout les implications oubliées autour de ce drame, implications qu'il va bien falloir affronter en pleine lumière...

 



Comme à son habitude, Arriaga imprime sur le récit son dada narratif, à savoir ne pas raconter l'histoire de manière linéaire, mais au contraire en faisant des allers-retours entre le présent et le(s) passé(s). La première chose à noter est que ce mélange s'effectue sur un mode moins chaotique, ou plutôt moins chahuté, que dans les films cités plus haut. Quand on attaque une partie (le présent ou le passé), les séquences sont plus longues et presque jamais interrompues par l'autre sphère temporelle. Et globalement, dans les deux camps, on reste sur un étalage linéaire de la narration qui ressemble du coup à une espèce de montage alterné. Bon. On le voit, on est moins dans le chaos émotif de 21 GRAMMES par exemple, dont j'avais aimé les "méprises" de la première partie. Je vous renvoie à mon article de l'époque.

 



Côté mise en scène j'ai déjà vendu la mèche dans mon commentaire récent sur le film WATCHMEN. La photo, cosignée Robert Elswit (THE WILL BE BLOOD, SYRIANA..., suis pas fana moi !) et John Toll (LA LIGNE ROUGE, je préfère !) est très soignée, et pour une fois, la copie dans laquelle j'ai vu le film était particulièrement bien tirée ! Bravo ! Ca cadre de manière plutôt élégante quoique classique, et même très bien dans le premier quart d'heure, de loin la partie la plus réussie, où quelques mouvements de caméra et un montage plus alerte et expressif rendent le visionnage assez agréable. Par la suite, cette photo soignée, mais sans grande gourmandise ni fofollerie, se fait plus discrète laissant largement la place à la narration et au scénario, et donc aux acteurs ! Le montage aussi se fera globalement illustratif. Pas grand'chose de plus à dire sur la mise en scène, si ce n'est la musique (Hans Zimmer me semble-t-il, mouais...) très illustrative elle aussi et pas passionnante, mais rien d'exceptionnel là-dedans, c'est la norme.

 

 


Comme je l'ai dit, la narration est plus calme que dans les précédents opus de l'auteur. Whaille note ? Ceci dit, c'est aussi là la faiblesse, plutôt marquée, du film. Même si le pathos et le tout-acting (Pas mal ça ! Je la garde !) de la deuxième partie de 21 GRAMMES m'avait bien refroidi, au moins la première mi-temps diffusait un délicieux parfum de subjectivité et de chaos. Ici, rien de cela, et de ce point de vue, c'est vraiment un changement de fusil d'épaule. Et c'est le problème : que c'est lisible ! Peu d'aspérités, une histoire très vite donnée, peu de paradoxes mis en valeur et de choses mises en valeur tout court. LOIN DE LA TERRE BRULEE distille peu de tension et peu de suspens, et court sur un rythme de footing plutôt pépère, très en vogue en ce moment, puisqu'il concerne plus d'un film sur deux. Pas de décrochage rythmique, pas d'achoppement. La seule, maigre, trace d'hétérogénéité se trouve dans la photo bicéphale, froide et grise dans le présent, et chaude et moite dans le passé. Côté acteurs, ici chouchoutés, on note une bonne Charlize Theron, une assez fade et surtout prévisible Kim Basinger, et d'autres rôles sans beaucoup de saveur, même si il n'y a rien d'infâmant. A part la petite fille mexicaine, d'ailleurs, qui sans atteindre le patatage d'une Dakota Fanning, paraît bien peu naturelle. Par contre,  je note une surprise excellente dans les seconds rôles, grâce à Robin Tunney, peu connue (elle a quand même tourné deux fois avec Alan Rudolph apparement), mais que les habitués de PRISON BREAK reconnaîtront. Elle est d'ailleurs bien mieux ici, et comme toutes ses scènes sont avec la Theron, on assiste, mine de rien, à quelques secondes de jeu sobre et investi qui fonctionne comme des respirations curieusement plus lyriques que le jeu trèèèèèèèèès sage des autres.

 



Que reprocher au film alors ? Bah, ce n'est ni passionnant, ni vraiment émouvant. La mise en scène est bien trop homogène et sage, sans vraiment prendre de risque, pour que quelque chose fasse saillie dans cet ensemble, il faut bien le dire, monotone. Le film glisse sur nous comme l'eau tiède d'une douche. On sort, on n'a rien appris, on n'a pas été ému, on n'a rien vu qui esthétiquement puisse marquer un peu ou fasse preuve de personnalité. Le film, plus sobre, est aussi bien plus supportable que BABEL par exemple, mais on est loin, très loin encore, de se nourrir l'âme et les tripes. LOIN DE LA TERRE BRULEE est quasiment un cas d'école. Le film est soigné mais neutrasse (yeah !), et Arriaga, bien trop discret n'arrive jamais à décoller le nez de son scénario. Tout cela a gentiment le goût du carton.

 

 

Dr Devo.




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Jeudi 19 mars 2009

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[Photo: "Le Temps Détruit Tout" par Dr Devo.]




Les Watchmen c'est vachement culte, tous les idiots savants qui traînent dans les Comics Shops après quarante ans vous le diront. Je n'en doute pas une seconde, et j'éprouve la plus fervente admiration pour Alan Moore. Sur le papier, le film a donc tout de la catastrophe, entre l'exploitation de la licence juteuse et le jeune cinéaste à la mode chez la génération "Star Wars/Blog" (à laquelle j'appartiens malgré tout) aux commandes. Je précise à tous les fans du comic que je n'ai jamais lu ce dernier, et que je ne parlerai pas du travail d'adaptation de l'œuvre ni des éventuelles trahisons scandaleuses de cette dernière. Les  avertissements étant faits, on peut commencer.




1985, USA. Depuis vingt-cinq ans, le Docteur Manhattan, sorte de Dieu vivant fluorescent qui se promène le sexe à l'air, protège l'Amérique de tous ses ennemis. C'est plutôt facile quand on est bleu comme un schtroumpf, plus radioactif que le soleil, et que l'on cumule les super-pouvoirs des Quatre Fantastiques réunis. Il a balayé le Viêtnam en un tour de bras, créé une source d'énergie alternative au pétrole, étouffé le Watergate et remis une palme d'or à un vrai film. Aujourd'hui Nixon est toujours président (c'est son troisième mandat) et ce qui reste des Gardiens (une bande de mecs déguisés avec une haute opinion de la Justice) est en train de se faire assassiner dans l'indifférence générale. Il faut dire que la fin du monde est imminente, car l'URSS a emmagasiné suffisamment d'ogives nucléaires pour faire disparaître la Terre du Système Solaire. C'est dans ce contexte que Rorschach (interprété par le pédophile dans LITTLE CHILDREN !) mène l'enquête, le dernier Watchmen à avoir encore la foi en la Justice. Il réussit tant bien que mal à convaincre son vieux pote Le Hibou (le pédophile dans HARD CANDY !) et sa meuf Le Spectre Soyeux à réenfiler la combi pour aller maraver quelques fâcheux.




Zack Snyder, bonjour, je ne vous connais pas personnellement, mais j'ai vu tous vos films. D'ailleurs vous me devez huit euros pour m'avoir infligé deux heures de bodybuilding technoïde en bullet-time, expérience éprouvante, voire choquante pour ceux qui voyaient, dans l'Antiquité, la supériorité de l'Idée sur l'Instant. Maintenant, je voudrais vous poser la question suivante : l'Art est-il une procédure de la Vérité ou bien une activité calomnieuse en ces temps de crise ?



[Alain Badiou traverse l'écran et sort de la pièce. On me frappe violemment au visage et Michel Denisot fait son apparition avec un casque d'équitation sur la tête.]



[Je reprends mes esprits. Attention, lecteur susceptible, je "spoil" dans la suite du texte.]




Les Watchmen, ce ne sont pas les Quatre Fantastiques, ce serait plutôt à rapprocher du dernier Batman (DARK KNIGHT) dans la thématique. Et s'il faut bien reconnaître une qualité au film de Snyder, c'est son scénario, à mon avis bien plus réussi que chez son homologue la chauve-souris.  En fait WATCHMEN, ce sont des avatars de Batman poussés à l'extrême, des sortes de fascistes persuadés d'être les seuls garants de la Justice dans un monde en ruines, et donc d'avoir carte blanche pour la faire respecter. Mais qui surveille les Watchmen ? "Who watch the Watchmen ?".  Plus que des super-héros, c'est de la relation de l'Homme à l'Univers dont il est question et les possibilités de survie dans une situation métacritique de fin de l'Homme (une fin non pas biologique, mais spirituelle). En somme, les héros s'attachent à trouver l'Ultime Salut Cosmique. La fin du métrage renvoie étrangement à The Dark Knight puisque le gentil sauveur devient un ennemi aux yeux du peuple afin de maintenir la cohésion sociale du monde. Le tout est émaillé de réflexions sur la place de l'Homme et sur sa condition, sur sa capacité à réagir à l'Histoire et surtout sur une possible correction de la dévolution béate dans laquelle s'engouffre joyeusement (cf. le Smiley) l'espèce humaine. Non, vraiment, le scénario est complètement adulte et ne nous prend pas pour des gros débiles, et dans une optique de cinéma populaire, ça fait quand même du bien.




[Un renard mort nous rappelle que nous vivons au Siècle de l'Ephémère. Les ballerines arrivent et insultent le public en faisant des gestes obscènes.]




Si, dans le fond, les thématiques abordées sont superbes, premièrement elles sont dûes à l'ouvrage original, et secundo, un scénario ne fait jamais un film. Au contraire, il me semble qu'un trop bon scénario pousse le réalisateur à se taire et à laisser filer, quitte à ne pas trop se mouiller dans l'aspect purement artistique. Rassurez-vous, ce n'est pas du tout le cas ici, le film va bien au-delà de la simple illustration de scénario, il le massacre proprement : Snyder reste un tâcheron encrassé dans les même problèmes stylistiques que dans 300, ce qui va causer un problème certain que nous verrons plus bas. Néanmoins, et pour commencer par les points positifs, il arrive à faire jaillir quelques éclats dans son film, et à réveiller l'étincelle du spectateur à de rares moments. Il y a notamment une scène dans la prison dans laquelle le montage est la conséquence d'un élément du décor (la porte qui se ferme et s'ouvre) ou encore deux scènes de sexe en opposition où, en substance, on se rend compte que Patrick Wilson n'arrive pas à avoir une érection sans costume (classe !), ou encore le générique trèèèès long et assez beau.



[Dernier acte : un enfant fou hurle, on lui met du scotch sur la bouche. Le critique essaie de parler mais aucun son ne sort de sa bouche. Les images deviennent floues, des videurs demandent aux cadreurs d'enlever leurs objectifs.]




Le problème majeur du film, c'est justement que ça n'en soit pas un. Parce que toute la direction artistique, tout ce qui fait l'intérêt et l'essence d'une adaptation sur un nouveau support, toute l'âme de l'œuvre est calamiteuse. Le film est aussi laid que 300 : on se coltine des images de synthèse d'une incommensurable laideur (les scènes sur Mars sont à dégoûter Hubert Reeves de l'astrophysique), un cadrage banal vu mille fois à la TV, des plans de caméra inexpressifs, une échelle de plan inexistante et une bande-son désastreuse... Je ne vais pas faire la liste du gâchis que représente ce film en terme de vision artistique, je n'aurais pas le temps d'exprimer ma profonde frustration de ne pas voir un si beau matériau de départ sublimé par une vision autonome externe, de ne pas observer les idées du réalisateur entrer en collision avec le texte original dans le but de créer une supernova gigantesque, matrice d'un message du cosmos à destination d'une Humanité courbée et matérialiste qui ne demande qu'à lever la tête et apercevoir ne serait-ce qu'un fragment élémentaire de la Vérité.



Peut-être que la solution à une impossible équation se trouve dans une brèche de la carapace que chaque être humain se construit pour s'acheter une bagnole en écrasant un stagiaire, brèche causée par le choc du Sublime sur l'Ego ? Si les WATCHMEN sont l'illustration que l'Art peut transformer le Monde, alors ce film est une imposture. Ni plus, ni moins.




A la fin, Dieu croit en ses enfants parce qu'ils sont la résultante sublime d'un milliard de possibilités moléculaires hasardeuses. La science accouchant de l'imprévisible, ou comment un schéma connu aboutit sur l'inconnu. Chapeau à Snyder d'avoir réussi à faire l'inverse.




[Le public monte sur scène et se dévêt. Bientôt des cris s'élèvent pour réclamer de la tisane. Le dernier acte était un leurre, le spectacle commence.]

 




Norman Bates.

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Mercredi 11 mars 2009

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[Photo: "Réunion du Syndicat de la Critique" par Dr Devo.]





Chers Focaliens,

 

J'aime bien aller au marché le dimanche matin, non pas pour acheter des légumes frais et entendre le camelot rugissant, mais au contraire, pour trouver des films tout pourris ou improbables qu'on acquérir dans les bacs discounts. Dans la semaine, on se retrouve donc autour d'un improbable métrage bien caché au fond de la filmographie de Harvey Keitel ou de Dennis Hopper, ou encore devant ce GUINEVERE, UNE HISTOIRE D'INITIATION (Etats-Unis, 1999) avec Sarah Polley et Stephen Rea (mince comme un jeune homme !), film qui répond à la douloureuse question "Pourquoi les belles filles de 22 ans sortent avec des vieux cons qui en ont 44 ? ". J'essaierai de vous en parler dans quelques temps. En tout cas, on défriche, on cherche et de temps en temps, on trouve le film superbe qui justifie toutes ces micro-dépenses !

 

 

Au cinéma, c'est une autre paire de manches, et les chemins de la distribution sont plus balisés et beaucoup moins improbables...

 

 

Au début des années 70, Harvey Milk s'installe avec son amant James Franco (heureux acteur de la série sublime FREAKS AND GEEKS) dans le quartier de Castro à San Francisco. Là, ils ouvrent une boutique de photographie. Le quartier, traditionnellement irlandais et catholique, est en train de changer et la communauté gay s'y installe petit à petit.

La période n'est pas spécialement favorable, et ce n'est rien de le dire. Les tensions sont nombreuses, l'homosexualité est encore assez taboue, et les rapports entre forces de l'ordre et gays sont plus que tendues. C'est dans ce contexte que Milk développe un réseau  de sympathisants et essaie d'organiser la communauté, qu'il essaie d'intéresser à la vie du quartier. Ils commencent par unifier les commerces gays, ou ceux qui sont gay-friendly. Et puis, à la suite d'un meurtre homophobe, Milk décide de tenter d'entrer au conseil municipal. Il faudra plusieurs années et plusieurs scrutins avant qu'il ne soit élu. Mais Milk est malin, et il sait utiliser la machine médiatique et politique... Quand il devient enfin conseiller municipal, il doit se heurter à la fameuse Proposition N°6, proposition lancée par les lobbies traditionalistes et/ou religieux, qui vise à écarter des métiers de l'éducation les homosexuels...

 

 


Alors... Par où commencer ? Disons que trouver une forme assez fidèle pour retranscrire l'expérience de HARVEY MILK (le film) n'est pas chose aisée, curieusement. Gus Van Sant, plutôt en forme récemment, puisque son dernier film était PARANOID PARK, film d'une grande beauté formelle, monté avec beaucoup d'instinct. Van Sant a toujours alterné films de studio et films plus confidentiels. Ici, bien sûr, on est dans la première catégorie, puisque HARVEY MILK est un film assez richement doté et un biopic d'une figure connue outre-atlantique. Bien.

 

 

Le problème majeur, au fond, avec HARVEY MILK, c'est tout d'abord le scénario. La narration est introduite par le personnage de Milk lui-même, ce qui permet à Van Sant de désamorcer (ou le contraire) le suspens lié au meurtre de cette célèbre figure américaine. Le film est donc une succession de souvenirs (plus le meurtre, bien sûr !). Et justement, comme souvent dans les biopics, c'est là que le bât blesse. Passé le premier quart d'heure, on est habitué à une cadence de défilement des scènes ou plutôt des scénettes collées les unes aux autres comme un guirlande de vignettes. Les scènes sont courtes, mélangent vie privée (amis, vie affective) et vie publique (lutte politique). HARVEY MILK est de ce fait un vrai film de notre époque dans le sens où, après les années 90 où le cinéma mainstream cherchait l'homogénéisation du film (et sa supposée cohérence) à travers une photographie uniforme, dans les années 2000, il semble que la marque de fabrique de beaucoup de films soit l'homogénéisation du rythme, au profit de scènes plus courtes, toutes à peu près de même longueur et interrompues à intervalles réguliers par des scènes plus "importantes" ou significatives dans le scénario et donc un peu plus longues. Ici, c'est le cas : des petits bouts, des "tranches de vie", interrompues par des passages importants (rencontre avec Franco, manifestations, débats, etc.). Encore une fois, je suis très étonné par cette mode pour le rythme nerveux sur le papier (avec ces scènes qui ne s'éternisent pas), mais au final égal dans le sens où le film coule tout seul, de manière, à mes yeux, bien monotone.

 

 



Ici, j'en ai fait l'expérience de manière assez significative, car pour tout dire, je n'ai pas aimé du tout la mise en scène de la première bobine et demie. Elle est composée par des petits plans de rien, ni beaux ni moches, souvent rapprochés, et même avec pas mal de gros plans. La photo, légèrement jaune velouté, ne m'a pas emballé non plus. En tout cas, je fus surpris de voir une facture aussi anonyme chez Van Sant, ce qui n'était pas le cas de ses précédents "gros films". Le réalisateur multiplie aussi les supports ; notamment à travers un grain plus granuleux imitant le 16mm et lui permettant de mélanger reconstitution et images d'époque, et un 35mm tendant à se rapprocher de ce 16mm, comme un niveau intermédiaire, ce qui permet là aussi d'adoucir les mélanges et de jouer avec. Bon, rien de tout cela ne m'a paru spécialement beau, et plus qu'une intégration malicieuse et troublante, ces variations de la photographie qui se veulent gourmandes m'ont semblé plus relever de la direction artistique que du jeu de mise en scène, donnant au film un côté "sympa" ou "branché" qui d'ailleurs va dans le sens du rythme coulant et uniforme que je notais plus haut. Première remarque.

 

 



Deuxièmement, pour rester un peu sur la mise en scène de cette première grosse bobine (et qui dure pendant tout le film par la suite, mais interrompue par des plans plus construits, j'y reviens), en plus de cette photo polymorphe qui refuse de jouer sur des ruptures de mise en scène, je fus scotché, mais alors "sur les fesses", par l'incroyable banalité du dispositif : introduction du récit par le héros lui-même sur le ton de la confidence, annonce de la fin de son existence dans l'introduction, 35 mm classique, 35 mm intermédiaire, 16mm réel, 16mm fabriqué pour l'occasion, mélange de tous ces supports, filmage à l'épaule (pas très beau d'ailleurs, plutôt mal cadré  ou alors anonyme selon les moments), reconstitution des évènements mélangés avec des images d'archive, choix minutieux de musiques d'époque, documentaire en fiction et fiction nourrie du documentaire... Que cela est prévisible, que cela  est attendu, que cela est absolument conforme au film "à thèse" ou aux biopics. Que se passe-t-il à Hollywood d'ailleurs ? On a  déjà vu ça, et récemment en plus, plusieurs dizaines de fois ! Tenez, par exemple, pour mélanger les remarques de mon premier paragraphe sur le rythme et le scénario avec ces toutes dernières remarques, rappelez-vous, c'était il y a quelques semaines, CHE 1... c'est à peu près le même modus operandi, c'est le même mélange de supports, les mêmes reconstitutions ! Quelle déception ! Ces dispositifs à la mode, je ne les aime pas. Je trouve ça naïf, et en général, pour ne pas dire à chaque fois (et ici avec MILK, c'est le cas), le mélange des supports n'est jamais source de ruptures, de jeux de mise en scène, de perdition et de paradoxes, mais au contraire constitue une soumission à ces nouveaux canons et un motif (dans tous les sens du terme) d'homogénéisation de la réalisation. Ça, déjà, c'est quand même triste. Et encore plus de la part de Van Sant. Mais ce n'est pas tout, et là je vais rejoindre des choses, des petites remarques faites sur ce site au fil de ses quatre années  d'existence (et ça s'est accéléré ces deux dernières années). Dans ce modousse opérandaille attendu se retrouve une tendance qui traverse tout le cinéma, et qui est même le pilier du cinéma contemporain populaire (et art et essai, ai-je envie d'ajouter) : la volonté de nourrir le cinéma de documentaire, et le documentaire de fiction. Sur le papier, je suis pour. [J'ai défendu tout ça ici et je le répète, j'aimerais voir des documentaires entièrement mis en scène, avec des travellings, des photos extraordinairement travaillées, avec des jeux de sons...] Ici, et dans quasiment 72,58% des films, on mélange les deux naïvement, croyant que l'un justifie l'autre, fondant les différents supports dans la même mélasse. Demain sort en salle WELCOME, film sur les réfugiés de Sangatte. Il y a deux ou trois ans, BLED NUMBER ONE nous proposait une scène documentaire dans un hôpital qui accueillait les femmes malmenées par la vie et/ou leur conjoint, et où les "actrices" jouaient leur propre rôle. Laurent Cantet, critique et réalisateur, disait le soir où il a reçu la Palme d'Or que son film était original car il mélangeait la réalité et la fiction ! Et sans rire, en plus, parce que les collégiens étaient joués par de vrais collégiens ! Evidemment, HARVEY MILK, film de studio plutôt à l'aise, et surtout biopic, ne joue pas sur ce plan précis. Mais dans la reconstitution mélangeant et brouillant scènes reconstituées et images d'époque, on trouve à mon sens, le même projet, banal désormais en 2009 (!), de saupoudrer une fiction ultra-classique d'éléments "véridiques" ! Je m'étonne de cette mode. Et je constate qu'elle est le facteur d'une uniformisation des mises en scène. De plus, elle rejoint un fantasme cinématographique (ou artistique) qui me dérange beaucoup et sur lequel je reviendrai plus tard. Néanmoins, ici, Van Sant ne brouille jamais les pistes (quelques fausses transitions en 16mm reconstitué, mais seulement deux ou trois !), n'utilise ces différents supports mais n'en fait rien, sinon pour donner à son film le rythme monotone d'un jogging au petit trot. Paradoxalement, et là aussi c'est un effet de mode devenu passage obligé et donc c'est devenu la norme, le film fait 2h08, et c'est long, long, long, je vous assure, c'est éprouvant pour un film d'une cadence aussi monotone.

 

 



Je disais plus haut que l'expérience en salle de HARVEY MILK a été symboliquement frappante. Je m'explique. Dans la première partie du film, la mise en scène n'est pas très belle, ni très moche, les plans à l'épaule plus ou moins indigents se succèdent. Mouais. Pour être honnête, il faut dire que la suite, si elle utilise aussi une mise en scène semblable (qui donc ne s'arrêtera pas) est interrompue par des plans plus esthétisants et à la photographie plus léchée, ici et là. Petit à petit les choses se mélangent. Van Sant demande à son photographe de travailler avec des lumières jouant avec l'obscur (plan sur la loge à l'opéra, par exemple). Ces plans nettement plus beaux sont relativement nombreux. Ils ne renversent rien à l'exception d'un par-ci par-là, mais c'est déjà ça. De temps en temps aussi, on trouve de beaux cadres, jouant souvent sur des espaces vides dans le plan ou dans des jeux de perspectives privilégiant les axes en coupe (à la mairie, quelques beaux plans d'escalier par exemple). Il y a même une scène, celle ou Josh Brolin aborde Sean Penn pendant son anniversaire dans les couloirs de la Mairie, où tout est découpé selon ces principes. Pour quelques instants, un peu fugaces quand même, on est dans un film beaucoup plus beau, pas uniquement composé de plans frontaux et cadrés de manière anonyme. Dans cette scène, tout à coup, le montage a un poil plus de rythme, et on le sent passer ! Et puis, retour à la norme ! On saupoudrera, ici et là, de quelques plans léchés dans un océan de choses au goût de carton. [A l'Opéra, par exemple, ça se voit comme le nez au milieu de la figure : le plan sur Penn n'est pas cadré de manière sublime, mais est d'un beau clair-obscur, là où le contrechamp sur la scène est complètement anonyme, comme le reste). Et la voilà mon expérience éprouvante! Endormi par le rythme mou et anonyme du film, de temps en temps, je me réveillais en me disant "Tiens, c'est cadré out d'un coup, tiens, c'est découpé et monté, j'ai dû m'endormir". Mais il est largement trop tard. Avec la meilleure volonté du monde (et parce que les choses plus belles ne durent pas), impossible de rentrer dans le film, de rattraper le train en marche...

 

 



[Le critique est avant tout un spectateur ! Hihi !]

 

 

Bon.

 

 



Ceci dit, HARVEY MILK est avant tout, et à mon grand regret un film de scénario. Au fond, c'est ça qui se passe. Le montage propose peu de fulgurance, et suit le script grosso modo, sans créer de collision poétique (et plastique !) entre deux plans. Ok.

 



C'est, à mes yeux, à cause de ce scénario (constitué de vignettes qu'on enfile comme des perlouzes uniformes, sans se poser de questions), que HARVEY MILK n'est pas seulement un film décevant, mais une expérience absolument insupportable. Enfin... Pas vraiment. Car toutes ces choses-là sont liées sans aucun doute. En allégeant sa mise en scène, en la rendant bougrement prévisible, Van Sant fait un choix et veut, ce qui n'est pas illégitime bien sûr, exprimer un point de vue. Enfin, en quelque sorte...

 

 



Dans le fond et le discours, HARVEY MILK est un film tout à fait imbuvable. Evidemment, je ne parlerai pas du fond de combat de Milk, la figure historique, sur lequel il n'y a rien à dire (dans le cadre d'une critique du film HARVEY MILK de Gus Van Sant) et qui a agi selon son époque. On ne peut, évidemment, pas être contre un combat politique et social qui s'oppose au piétinement pur et simple d'une liberté démocratique.




Ceci dit, la façon de faire est à mes yeux largement insupportable. HARVEY MILK ne sera jamais un portrait en nuance, et Van Sant va faire tout ce qu'il peut pour vider son film de tout paradoxe, de toute aspérité ou noirceur, de tout point de vue. On est clairement dans l'hagiographie. C'est horrible. Van Sant a survolé TOUS les points intéressants abordés dans le film qui auraient dû poser de sacrées questions. Milk utilise, sincèrement en plus (cela aurait pu être passionnant à voir), la politique de la pire manière : comme un outil de lobbying ! Les coulisses de la politique dans le film auraient pu être passionnantes. On s'aperçoit en effet que les joutes politiques ne sont que des échanges de service ou d'influences (rappelons-nous récemment la figure de ...CHARLIE WILSON), où les hommes politiques défendent leur "magasin", c'est-à-dire leur électorat, et marchandent sans cesse non pas pour défendre l'intérêt du peuple, mais plutôt de ceux de leur quartier et de leurs semblables. Milk est comme les autres et cherche à vendre son appui politique au plus offrant. Le combat politique pour les droits de l'homme est aussi, en double fond, un clash entre différents lobbies. La politique comme combat entre les lobbies, c'est peut-être une vision dure et noire des  choses, mais c'est  passionnant. Or Van Sant passe vite sur ces paradoxes, jamais exploités, et préfère (et la fin ignoblissime du film le prouve) le portrait lisse d'un homme "forcément remarquable". Dans cette perspective, et aussi parce que le film se veut aussi un film-somme, il n'y pas de place pour autre chose qu'un portrait de Milk en saint vertueux ! C'est l'Abbé Pierre. La structure même du film va dans ce sens. La contradiction n'a pas de place. Van Sant aborde, bien sûr, ici et là, des questions passionnantes, mais les choses sont survolées au profit du message le plus simple, le plus pauvre, "designé" pour la masse. Exemple : la scène du coming-out forcé ! Ça, c'était quelque chose de passionnant ! C'était une question épineuse, une réflexion passionnante ; mais Van Sant la balaye, se contente de citer le fait, sans rien en faire et en une minute, c'est balancé à la poubelle.

 



Parallèlement, plus le film avance, plus il se vautre dans la construction la plus hollywoodienne possible. Les morceaux de bravoure les plus éculés se succèdent et on finit noyé sous une avalanche de scènes honteuses qui, si elles étaient dans un film réalisé par un yes-man et non pas par un chouchou de l'art et essai, seraient dénoncées à juste titre. Une fois lâché, Van Sant ne se refuse rien, dans cette dernière partie, pour brosser le spectateur dans le sens du nerf optique : séquence musicalisée (présente dès le début du film d'ailleurs), utilisation de symboles grossiers qu'on voit arriver 4000 kilomètres à l'avance (l'Opéra, dont on sait une demi-heure à l'avance qu'il fera parti du final !), mouvements de foules utilisation du suicide comme un téléfilm américain sur M6, eau de rose, et ignoblissime fin synthétisant le tout : LA RETRAITE AUX FLAMBEAUX !!!!! Bon sang !!!! La retraite aux flambeaux ! Même dans les années 60, Bobby Lapointe se moquait de la retraite  au flambeau ! Allez, tous derrière Milk, tous à la messe ! Avec son contrechamp sur les yeux embués de deux personnages survivants ! Et ce n'est pas fini ! Après cela, ce qui est déjà largement insupportable, Van Sant nous balance ses fameux cartons "que sont-ils devenus?" où il mélange images de ses acteurs et images d'archives des protagonistes réels, histoire de montrer non seulement le caractère édifiant de l'H(h?)istoire, mais aussi la grande qualité du travail de maquillage, certifié 100% réel (tous les acteurs sont grimés ou presque ! Mon Dieu !), 100% véridique, 100% juste et donc sans contestation possible 100% beau.

 

 


Mon Dieu ! Van Sant se vautrant dans le cinéma total ! Quelle tristesse... Il n'est pas étonnant que le réalisateur recule devant la moindre réflexion ou le moindre évènement qui nous interroge. Il n'y pas de place dans l'hagiographie pour le trouble et le paradoxe. Le but est clairement affiché : faire un cinéma total, incontestable, fermé sur lui-même et sur le devoir d'Histoire (qu'on reconstitue et démembre sans vergogne pour qu'elle colle aux canons hollywoodiens, faut pas déconner), un film qui ait un (1) sens.  Sans nuances, en utilisant les ficelles les plus honteuses du cinéma pour emporter dans un torrent d'images le plus grand dénominateur commun, Van Sant met sa pratique artistique sous le bras, il s'assied dessus, au nom de la cause, au nom de l'Histoire, discipline de plus en plus maquillée et même frankensteinisée par le cinéma. Puisque la cause est belle, Van Sant sacrifie tout, et, pêché suprême, trahit son art. La cause est décidément plus importante que les moyens. C'est un point de vue et ce n'est pas le mien. Je laisse Van Sant à sa messe païenne et à son film banalement dégoûtant. Comme quoi, pour rebondir sur les polémiques récentes (et récurrentes !) sur ce site, le fond et la forme sont bougrement liés. Le pêché est de renoncer à ses exigences artistiques. Je te fais PARANOID PARK et le coup d'après HARVEY MILK sans que ça gêne personne. Van Sant n'a peur de rien sans doute, kidnappe le cinéma au profit de la politique, pour le transformer en tract et n'hésite pas une seconde à faire le trottoir. C'est quand même bougrement insupportable. Je ressors de HARVEY MILK en ayant l'impression d'avoir été traité en enfant trisomique et d'avoir été souillé. Et même d'avoir été pris pour un imbécile.

 

 

 

Dr Devo.



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Mardi 10 mars 2009

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi




[Photo: "Polémique des Hauteurs" par Dr Devo, d'après une photo de la pièce BLEKTRE de Nathalie Quintane.]




Chers Focaliens,

 

Tandis que la polémique fait rage dans les commentaires sur les articles de GRAN TORINO et THE WRESTLER, je me mets à penser que, finalement, l'essentiel a été dit. Il y a effectivement une grande école critique largement majoritaire, celle que j'appelle "critique dialectique". Je la trouve affreuse et c'est à cause d'elle que je ne lis plus la critique que je trouve globalement lamentable et sans intérêt. Ce type de critique me parait mettre largement le film de côté, c'est-à-dire de ce qui fait de l'objet "film" une œuvre de cinéma et pas du théâtre filmé sur pellicule, ni de la continuité dialoguée filmée, ni de l'opéra, ni de la télé. En général, je la trouve presque uniquement axée sur deux axes : le scénario, le scénario et le scénario d'une part, et les acteurs d'autre part. La mise en scène est largement mise de côté. Faîtes cette expérience si vous êtes fortunés : achetez cinq magazines cinéma, de Studio-Cinelive à Positif, en passant par Mad Movies, et arrachez les pages où les critiques ne parlent pas de mise en scène. Au mieux, sur la centaine d'articles présents, vous allez vous retrouver avec un article, peut-être deux, et cela me semble poser problème. Evidement, la critique qui parle de mise en scène, dont la critique focalienne fait j'espère partie, est souvent accusée d'être techniciste. En fait, ce n'est pas le cas. Elle peut-être dialectique, mais ne se borne pas à cela. On nous reprochera de ne s'occuper que de la forme. C'est injuste je trouve, surtout venant de la part de la critique qui n'utilise qu'un levier de l'analyse. Nous ne nous occupons pas ici que de la forme, comme on nous le reproche aussi beaucoup. Les personnes qui ne n'utilise que le fond (et encore en général, ils s'occupent peu de narration, de niveaux de lecture et se contente de commenter le scénario et les dialogues)  me semblent pêcher beaucoup plus en restant univoque. Au-delà de cette polémique sur le fond et la forme, je crois que faire de la critique c'est de se préparer à rapporter son expérience de sidération lors de la projection, et d'essayer de retranscrire la joute poétique entre le film et le spectateur. Ce n'est donc  pas un rapport de médecin légiste que nous proposons, mais un texte expérimentant l'émotion ressentie, le trouble parfois, c'est-à-dire un texte impressionniste. Plus que de dire si le film est valable ou pas à nos yeux, nous essayons de décrire la portée poétique des films. Notre sujet, c'est la poésie et son expression par le support cinématographique, avec les leviers propres au cinéma. Voilà.

 

 


C'est dans ce contexte, ou plutôt dans l'ignorance de ce contexte car j'ai du, avant dimanche, m'éloigner de ce site, et je suis arrivé tard dans la polémique, que je découvrais le dernier film de Claude Chabrol, BELLAMY.

 



Gérard Depardieu, commissaire en vacances dans sa résidence secondaire prés de Nice, se fait aborder de manière étrange par Jacques Gamblin qui avoue avoir tué un homme. De ce point de départ bizarre, une toile d'araignée se tisse, faite de jeux de miroirs incessants et souvent abstraits dans lesquels personnages et situations ont toujours un pendant, un double. Chabrol tente alors de tresser, aussi par les dialogues, de construire un univers en chausse-trappe et en faux semblants. BELLAMY s'inscrit donc dans une logique qui, sur le papier, contient un peu de folie narrative et même quelques non-sens toujours bienvenus.

 

 


Hélas, quasiment rien ne fonctionne. Je passe vite sur les acteurs souvent complètement à côté de la plaque et ayant bien du mal à mettre quoi que ce soit en exergue, chose qui se révèle particulièrement lorsque Chabrol essaie péniblement de se moquer des conventions de récit ou de mettre en évidence les coutures de son costume baroque. Depardieu est éteint, une fois de plus, sans aucune nuance et ânonnant, loin, très loin, de la précision et la légèreté retrouvée de COMBIEN TU M'AIMES de Blier. Cornillac est comme d'habitude, tout en mono-nuance, défaut qu'on retrouve globalement dans tout le casting et qui est de toute façon un des grands maux français. Car nos acteurs, bien souvent, n'arrivent pas, ou on ne leur demande pas, d'exprimer plus d'un sentiment en même temps, ou de jouer sur des situations ambivalentes.  Vahina Giocante... Pfff... Je ne comprends pas. C'est un très mauvais travail qu'elle exécute une nouvelle fois, et en cela elle complètement au diapason de Cornillac ou de ses collègues "jeunes espoirs".

 



Mais tout cela n'est pas très grave. Juste ennuyeux. Là ou BELLAMY devient une épreuve de force, c'est encore et encore à cause de la mise en scène et donc du côté de l'univers esthétique. Et là, c'est atroce. Même si je ne suis pas un grand fan de Chabrol, on est très loin de BETTY, des INSPECTEUR LAVARDIN, et à des millions d'années-lumière de ALICE OU LA DERNIERE FUGUE, chef d'œuvre absolu du réalisateur. Ici, rien ne fonctionne. Globalement, le film est d'une très grande laideur, en partie due à la photo de Eduardo Serra (déjà responsable du récent LES INSURGES), grisâtre, changeante dans le même plan, et globalement sans expression. Son cadre est hideux quasiment tout le temps (un ou deux décadrage ici et là, mais pas de quoi nourrir son homme). Dans la même optique, les décors sont proprement hideux, n'ayant rien d'expressif. On est dans une logique totalement téléfilmesque en ce qui concerne la direction artistique. Tout est gris, aucun décor n'organise le plan ou ne vient soutenir les personnages. C'est d'une pauvreté affligeante, et il ne fait aucun doute que si le réalisateur ne s'appelait pas Chabrol, tout le monde aurait trouvé ça lamentable.

 

 


Le cadre, composé à 79,58% de plans rapprochés et de gros plans, est ignoble et sans intérêt, mais plus grave, il est soutenu ou nourrit par un montage paresseux, n'exprimant aucune idée, et d'une, et incapable d'insuffler un quelconque rythme au film. Pas de cadre, pas d'échelle de plan, quasiment pas de jeux sur le son (encore une fois, parent pauvre de la mise en scène), un montage lent sans aucune rupture ou velléité rythmique qui ne fait que suivre péniblement le dialogue, dialogue qui généralement après une trentaine de secondes, dans chaque scène, ne fait que construire des tunnels de champs/contrechamps (rendus d'ailleurs totalement hermétiques les uns par rapports aux autres par la pauvreté esthétique de la direction artistique), absolument prévisibles (la personne à l'écran quand elle parle, point barre). BELLAMY n'a aucun rythme. Les 110 minutes paraissent trois heures.

 




Bref, à aucun des poste, mais vraiment aucun, il y a quelque chose qui fonctionne. Voilà donc un film qui fait écho, par l'absurde, à la polémique qui nous a tenu éveillés ce week-end. Sur le papier, il y avait un petit quelque chose, un tout petit peu de faux-semblants et de non-sens. Malheureusement, rien ne fonctionne plastiquement, et plus grave, aucun levier de mise en scène n'est actionné ! Chabrol ne parait pas paresseux ici, comme on le dit souvent de lui, il semble carrément s'en ficher. Tout est laid, il n'y a aucune texture ni épaisseur, et BELLAMY n'est qu'un bout-à-bout. Le texte sombre dans l'inexpressivité ce qui est quand même un comble là où Chabrol le voulait décalé. On ressort du film lessivé, cuit, éreinté et encore plus, triste. Triste de voir qu'un film qui n'a rien de cinématographique (ou alors il suffit d'impressionner de la pellicule pour faire du cinéma) ne déclenche aucune révolte ou indignation, et est au contraire si bien accueilli. Va-t-on à l'opéra pour écouter seulement un texte (le livret), et encore chanté faux ou inaudible, sur une musique laide et simpliste ? Non, bien sûr. Par contre, au cinéma, c'est possible. Mieux, on dit que c'est du bon. Je ne sais pas, et je m'interroge franchement, sur ce qui plait aux amateurs de Chabrol dans ce film. Un étalage des thématiques récurrentes de l'auteur ?

 

 


Une place de cinéma coûte entre 8 et 10 euros. On est en droit d'attendre d'un film, qu'il soit simplement divertissant ou qu'il vise plus haut, qu'il utilise les moyens d'expression qui lui sont propres, et surtout qu'il soit beau. C'est un art, non ? Allez, rendez-nous Raul Ruiz...

 

 

 

Dr Devo.


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Lundi 2 mars 2009

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi




[Photo: "...ce que la Mort nous Sépare..." par John Mek-Ouyes.]




 

Suivant la foule pour sortir du Movie Theater me voilà interceptant une conversation téléphonique.

 

-"Ouais allô m'man... C'était juste pour te dire que le film était fini."

 

(Et ouais, fort heureusement tout a une fin, après 2h45 de film, bande-annonce et pub non comprise, il était temps !)

 

 -"... non c'était complet, finalement on est allé voir l'incroyable destin de ... "

 

(Tu m'étonnes, ce n'est pas vraiment le titre mais ça aurait pu l'être!)

 

C'est alors qu'un flux soudain de gens m'emporte, m'empêchant à jamais d'entendre la suite de cette conversation.

 

Alors L'ETRANGE HISTOIRE DE BENJAMIN BOUTON c'est l'histoire trop "space", d'un gars qui s'appelle Benjamin Bouton qui naît dans un corps de 80 ans et qui ne cesse de rajeunir (truc de 'ouf malade) . Il tombe amoureux d'une conne et... Ça sent déjà le gros déchirement émotionnel... Et nous serons allègrement servis croyez-moi.

 


Cela dit, c'est vrai que la chose n'est pas aisée à traiter, c'est plutôt le "bad", cette histoire, quand on y pense. Et ce petit scénario aurait pu donner quelque chose de fort intéressant, si cela n'avait pas été traité de la manière la plus convenue qui soit, c'est-à-dire dans un Hollywoodisme bien gland. [Notez que Hollywood peut faire de grandes choses, ça arrive, mais pas ici.]

 


Bon qu'on se le dise, t'as direc' envie de te barrer de la salle quand tu audiovisualises la première séquence. Tu vois une chambre d'hôpital, une vieille alitée et une brunette à son chevet. Tu comprends vite que la vieille est la mère de la brune et tu reconnais au son de sa voix que c'est Kate Blanchette, toute fardée, en train de "jouer" la vieille mourante... Ce qui est une bonne et une mauvaise nouvelle à la fois,  je dois dire. La bonne, c'est que David Finger in the Noze a donné du boulot à une équipe de maquilleurs intermittents qui pourront acheter une console Ui-Ui à leurs rejetons pour Noël prochain (En ces temps de crise c'est quand même trop sympa, même si ça aurait été plus simple de prendre une vieille lambda. Mais bon...). La mauvaise nouvelle: c'est tellement laid et mal joué que t'as bien pas envie d'entendre son histoire à la Blankette. T'aurais plutôt envie qu'elle crève de suite.



 

Enfin, pas de problème, je prends sur moi, je serre les dents et je reste vissé sur mon siège pour assister aux 2h40 restantes du film. 



 

Quand vous enlevez ces cinq premières minutes de film que reste t-il ?

 



Un "bébé-vieux" en synthèse de merde (putain, tu pouvais pas faire ça en Animatronic!),  deux ou trois petites blaguounettes "uh uh uh la main devant la bouche". Par exemple Brad jeune, et donc "vieux" en train de jouer avec des petits soldats de plombs, j'en passe et des meilleures ... "Top-top-top-top délire mega-groove", comme disait Boris. Il y a aussi une histoire d'amour pas émouvante, de beaux costumes, Brad "PaillTe" qui fait tourner les serviettes et qui les fait mouiller accessoirement (je sais, c'est rude mais bon, c'est bien là sa fonction, me semble-t-il), des petits effets de style histoire de faire "origuinal" (cf. l'image un peu "crado" pour les flashs "bien back" ou le petit effet vieux cinéma pour de courtes saynètes burlesques... Que du neuf quoi). Une petite photo bien léchouillée bien proprette, des images de synthèses bien laides, des acteurs photoshopés pour faire plus jeunes, le tout resucé des AMELIE POULAINGU', BIG FISH et consorts... N'en jetez plus !

 



Quand vous enlevez tout ça, donc, il ne vous reste plus grand-chose de ce qui faisait l'intérêt de David Fincher jadis. Seulement du bien convenu et pas excitant pour un sou. Reste tout de même la "p'tite" Tilda Swinton pour un petit rôle, toujours charmante, mais c'est un peu maigre n'est-ce pas ?

 

 

 

L'Ultime Saut Quantique.

 






Tu avais une critique et maintenant tu en as deux... 

 

 

 

 

Chers Focaliens, Monsieur le Président, Chers Membres du Jury,

 

 

La parole est à la défonce.

 

Si je rejoins mon collègue le Quantique sur certains points, je voudrais quant à moi souligner quelques points qui devraient éviter, je pense, grâce à votre clairvoyance, quelques années de prison à David Fincher.

 



La première partie du film s'articule autour d'une narration qui ne me paraissait pas ridicule, et dont je dirais même que le principe est assez intéressant. Le film est narré par le personnage de la mère (Cate Blanchett vieille). Fincher insiste bien sur le caractère assez subjectif de cette narration, et reprend le principe d'histoire non pas une, mais multiple qui s'organise en une espèce de jeu de poupées russes. "Je vais vous raconter l'histoire de Button, mais avant ça, il faut que je vous explique celle de l'horloger." Une histoire racontée en cache une autre. Bon. Au fur et à mesure, on s'aperçoit que les récits (légèrement) enchâssés ne révèlent non pas de l'anecdote vécue mais du récit merveilleux, au sens littéraire du texte. La narration tient du Conte, avec son exagération fantastique. Dans cette logique, souvent, dans l'histoire même qu'on est en train de raconter, ou dans une sous-partie de l'histoire, on croise un personnage qui lui-même raconte une histoire extraordinaire. C'est plutôt un bon système, même si je le trouve largement minoré par l'introduction (très longue et beaucoup plus hollywoodienne), et également par une deuxième partie tristement linéaire où cet aspect merveilleux disparaît (on aurait préféré la voir "mûrir", cette étrangeté narrative,  et changer de statut avec le personnage principal), comme le prouve l'histoire de l'accident de voiture qui ne fait que dérouler une chaîne de conséquences logiques, là où on attendait quelque chose de plus touffu, de plus absurde, et de plus fantastique, un peu à la Greenaway, ou encore, autre exemple, comme dans l'introduction (bien trop courte) du film médiocre, au sens strict, qu'était MAGNOLIA.  Premier point.

 



Dans la logique que je viens de décrire, je dirais que Fincher pousse la direction artistique de son film dans le même sens. Au fur et à mesure, une imagerie se met en place qui affiche ostensiblement des décors ou des photographies largement artificiels, et des effets spéciaux jouant aussi sur la reconstitution "merveilleuse". Cette imagerie donne, je pense, les meilleurs moments du films : les scènes de bateau, et le passage en Russie, largement artificiels et qui me semblent fonctionner. L'aspect photoshopé tant décrié par l'accusation me paraît donc être un point à nuancer, même si dans la deuxième partie du film, on est effectivement plus proche de la chromo classique qu'autre chose, hélas. C'est dans cette partie qu'on croise le personnage de Tilda Swinton, vraiment très bien dans un rôle un peu différent que ceux qu'elle incarne dans le cinéma mainstream de ces dernières années, et qui est un des personnages qui incarne le mieux la tristesse et le détachement qui constituent le fardeau du protagoniste. On permettra alors à la Cour, de m'autoriser à changer de paragraphe et d'embrayer sur mon troisio...

 

 



...BENJAMIN BUTTON raconte l'histoire d'un homme dont le déroulé biographique est une succession sans fin de deuils. Permettez-moi de demander à la greffière de passer la pièce à conviction 269-B.

 

[La greffière enclenche un magnéto à bande...]

 

 

VOIX DE MICHEL MOISAN : "C'est fou, quand même, dans le film de Fincher, il y a plus de morts que dans le dernier Romero !"

 

 

[La greffière arrête le magnétophone.]

 

Vous aurez reconnu la voix du critique québécois Michel Moisan dont la sagesse n'est plus à démontrer. [Clin d'œil à la Cour.] Les deuils fous qui s'enchaînent comme dans un film d'horreur, voilà un des sujets  les plus touchants, pour ne pas dire le plus touchant de ce film. Bizarrement, sans doute à cause du casting (on ressent beaucoup plus ce sentiment, paradoxalement, dans les scènes avec Tilda Swinton...), cette avalanche de morts, ce deuil incessant est traité assez froidement, avec détachement, presque, dans le film. On observe donc l'objet en restant extérieur et en se disant que Fincher livre une copie potentiellement intéressante mais lourdement handicapée par ses prothèses hollywoodiennes, sur le plan narratif. Le vague sentiment d'une folie, ou du moins d'un emportement du cœur et des sens ne se ressent que dans l'imagerie merveilleuse (au sens littéraire) de certaines séquences de la première partie et encore sur un mode un peu trop "sotto vocce" à mon goût. Mais, même là, et aussi dans le reste du film, bien plus banal et insipide (le tour du monde de Brad Pitt !), l'achoppement, la singularité (pourtant sujets du film), n'achoppent jamais, et laissent ce goût de bien-trop-peu qui nous amène, malgré nos cœurs ouverts et notre affection potentielle, à préférer l'échographie du film plus que le bébé en tant que tel.

 


[Le public de l'audience rugit en silence, et change de fesse pour s'appuyer contre les durs bancs de bois...]

 



Je demande donc ni la condamnation à [Mr] mort, ni la relaxe mais un sursis pour l'accusé.

 


I raised my case.


 

Ha oui, sinon j'aime beaucoup aussi l'animatronique à l'instar de Maître Quantique...

 

 



Dr Devo.





 

 

 

 

 

 

 

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Dimanche 1 mars 2009

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(Photo: "Homard, Homard, Homard" par Dr Devo, d'après une photo tirée du Benny Hill Show)






Chers Focaliens,


Après avoir laissé les clés du site à nos amis Norman Bates et l'Ultime Saut Quantique, me voici revenu en très grande forme. Un petit jogging dans les rues sombres et les dernières heures de la nuit (ZEUGMA!), un squash pour le plaisir à suivre et enfin un solide petit-déjeuner de champion, voilà de quoi remettre en selle en deux temps et trois mouvements. Car disons-le tout net, un critique sain doit avoir un corps sain...


(...ou alors un corset, à la limite.)



Chez nous, aux USA. Mickey Rourke, ancienne gloire du catch professionnel dans les années 80, passe une vie pas facile facile, mais tranquille et sans rien demander à personne, entre un job de manutentionnaire, la semaine, dans un petit supermarché, et des petits matchs régionnaux de catch le week-end, toujours payés au black, où ils affrontent des petits jeunes qui essaient de se faire une place. Un existence modeste pour ce pro reconnu de jadis dont le corps porte les stigmates de sa carrière passée. Appareillé de l'oreille (jolie expression ça !), massif mais gueule cassé, Rourke est un solitaire essayant de joindre les deux bouts, c'est-à-dire de quoi payer le loyer de sa caravane et d'aller boire de temps en temps une petite bière dans le club de strip-tease local où il peut aussi voir Marisa Tomei qui exerce là en tant que danseuse, et qu'il apprécie beaucoup du reste. C'est lors d'une fin de mois difficile que Rourke accepte un combat plus important dans une ligue de catch hardcore (mélange de catch donc, et de JACKASS, très violent). Effectivement, le combat est très dur, et à l'issue du match, Rourke défaille. Il subit un pontage, et les autorités médicales sont formelles : le catch, il va falloir arrêter. Rourke est malheureux comme un pou, et décide de se rapprocher de Marisa Tomei et de sa fille qu'il a perdue de vue depuis longtemps...



Darren Aronofsky a suivi les conseils que lui donnait Matière Focale : tourner plus, plus vite, et essayer de casser le moule en explorant des histoires éclectiques, sans se prendre le chou avec son statut "d'auteur culte". Après le trip bouddhisto-richardgerien de THE FOUTAIN, à la mise en scène, déjà au moins, très décevante, et au propos, en plus, bien limité, Aronofsky change complètement d'ambiance. On n'est pas pris au dépourvu, et comme souvent dans le cinoche américain, le "la" est vite donné : photo granuleuse (signée Maryse Alberti, longtemps photographe de Todd Sollondz), scope, présentation du héros de dos en le suivant caméra à l'épaule pendant de longues minutes, montage cut (souvent) dans un style "plutôt" réaliste. Le sujet est lui aussi vite délimité, et on sait qu'on va se baigner dans les eaux du doux mélo réaliste. Ok. Un héros âgé, devenu has-been total, mais pas con et au grand cœur, des souvenirs du passé qu'on essaie d'arranger, la recherche du fameux "troisième acte dans la vie d'un Américain", etc... On est en territoire connu.


Ce n'est d'ailleurs pas un problème. Mickey Rourke, le mutant, en impose, ici comme dans SIN CITY, et sur un registre différent par contre, il impose, les doigts dans le nez, un jeu assez précis, net, avec une aisance certaine et un acquis de son expérience passée tout à fait palpable. Malgré un rôle plus que casse-gueule, on le verra plus tard, il surnage. Et quand ça coince, il s'agit de scènes de ginguois, ça aussi nous le verrons, qui ont bien d'autres problèmes et pour lesquels on ne peut pas vraiment le tenir responsable. Soit.



Côté mise en scène, il n'y a rien de transcendant. On regarde le film tranquillement en suivant son héros avec un éventuel plaisir, mais c'est tout. Le montage est correct, mais plutôt classique, et il essaie de se faire discret pour laisser la place au scénario. Rien d'affamant, mais rien de révolutionnaire. Les premières scènes de combat sont plutôt réussies, et arrive à montrer l'aspect populaire de ce sport, entre hallucinantes prouesses sportives et roublardises d'entertainer, le tout en prenant en compte le suspens "tongue-in-cheek" très vite prenant de ses performances athlétiques dramatisées et aussi son aspect simplement drôle et défoulatoire. Ok.


Aronofsky essaie un premier break avec le combat de "catch hardcore", nettement moins sympathique pour le coup, où il essaie une espèce de montage alterné en retard (qui ne démarre pas en début de séquence), et en forme de micro-flashbacks. Ça marchote doucement (les séquences de soins dans les vestiaires sont un peu longues et anecdotiques), et ce sera la seule audace narrative du film. C'est ensuite que les choses se gâtent nettement, et que Aronofsky non seulement paye l'adition de son modousse operandaille, si j'ose dire, mais surtout nous met dans une position bien moins avouable. Ouvrons le capot...



Comme on l'a dit plus haut, la mise en scène est tranquilou, mon petit Gilou... Si on se glisse facilement dedans, c'est sans doute pour le plaisir, devenu rare, de trouver une photo avec du grain ! Le frère Darr(d)en, je le disais, ne nous a pas pris en traître. THE WRESTLER est un chronique tendre et amère de la loose, de l'Amérique en face B, avec le décorum qui va avec. Ça se la joue relativement sobre, non spectaculaire et non glorieux en quelque sorte. Les scènes avec Marisa Tomei, pas passionnantes, marchotent doucement aussi. Puis, le temps passe, et passe encore un peu, et l'on sent qu'il va nous en falloir plus, qu'il va bien falloir que quelque chose s'enclenche pour qu'on sorte  du cercle de l'anecdote.



Malheureusement, Aronofsky choisit quasiment la plus mauvaise option. Si on omet la dernière séquence, sur laquelle je reviendrais, on peut dire que les choses prennent un tour, au mieux, maladroit. L'entrée en scène du personnage de la fille de Rourke, jouée par Evan Rachel Wood, constitue un net virage. Si Aronofsky choisit, et c'est tant mieux, de ne pas expliquer les erreurs du passée, sur lesquelles il passera brièvement, et donc semble adopter une relative et bienheureuse sécheresse des causes du drame, il est bien difficile de se rallier à cette première séquence en commun entre le père et la fille. Les dialogues sont plats et miévrissimes (remplies de phrases qui semblent usées jusqu'à la corde), la situation est attendue et sans aucun paradoxe. Cerise avariée sur le gâteau périmé, Evan Wood est extrêmement mauvaise, et là (ce qui est vrai aussi mais dans une moindre mesure pour les premières scènes avec Marisa Tomei), on la voit, la différence, entre le jeu plutôt net et direct de Rourke et le monstrueux patatage en règle de la jeune comédienne, il est vrai, je le disais, peu aidée par le scénario. Cette première scène scandaleusement attendue et dont il semble qu'elle soit tout droit sortie d'un roman Harlequin est une catastrophe galactique, et l'on se demande bien pourquoi, même avec un dialogue pareil, Aronofsky n'a pas choisi d'autres prises. Brrrrrr...



A partir de là, les choses se révèlent plus franchement. Le rythme pépère, et pas désagréable de l'introduction (enfin, pour ceux d'entre-nous qui sont de bonne humeur !) se mue progressivement en plat au goût de trop peu. Bon, semblons-nous dire, tu fais quoi, maintenant mon petit Darren ?
Bah c'est ça le problème ! Dans le même mouvement, notre petit doigt nous dit, que tout cela n'est pas dû, peut-être, à une inspiration un peu légère, mais s'inscrit au contraire dans un projet assez certain de lui-même. On la joue bon père de famille dans la première demi-heure, genre cinéma indépendant et libre (soupirs...), et puis, une fois les règles du jeu posées, on balance en facial une tout autre purée. Et là, ça pourrit franchement sur pattes, cette affaire. Que se passe-t-il, en fin de compte ? Un pauvre parallèle (déjà largement pressenti dès les premières minutes du film) entre les carriéres de Tomei et Rourke, un drame familial largement balisé dont on pourrait écrire les dialogues et les situations pendant la projection même, la loose et le drame final qu'on sent approcher comme une colonne de soldats allemands approchant la frontière alsacienne : ça sent le strudel ! La deuxième séquence avec la fille renforce l'impression, et là on sait que la sauce à laquelle on va être dévoré est beaucoup moins digne que l'apparente modestie annoncée du projet global. Un coup, je vais souffler le froid, un coup le chaud. Une fois touchant, une fois honteusement dramatique. Et pour se faire, le direktor n'y va pas par le dos du tractopelle. Le récit et le film (qui se confondent, faute à une mise en scène trop attendue et sans véritable point de vue ou achoppement) sombre dans le soap et encore plus dans le syndrome du pot-de-fleur dont on a déjà largement parler ici, et dont Norman Bates nous a parlé il y a quelques jours à propos du GRAN TORINO de Eastwood.  Tout va très bien, donc, je suis heureux, et bing tout va mal, je reçois le pot de fleur et je deviens tétraplégique. Ici, Aronofsky nous montre une ambiance père-fille dramatiquement tendue, puis nous balance du "bah, finalement on va peut-être y arriver", pour enfin inventer une pauvre succession d'événements gratuits (la soirée avec la grosse blonde) pour qu'Evan Wood coupe définitivement les ponts. C'est vraiment cousu de fils blancs ! Il aurait pu gagner au loto et pari s'installer à Las Vegas avec sa fille dans la séquence suivante, le pauvre Rourke, que ça n'en aurait pas été plus étonnant. Dans cet enchaînement de la scène glauque avec la blonde et du drame avec la fille qui suit, on sent des attentions bien moins justififables comme je le disais : ici, on fait pleurer Margot, on écrase le personnage qu'on disait respecter tant dans l'étau d'un scénario techniciste où plus rien ne se justifie. La scène de combat final vient nous mettre K.O définitivement.


Ce combat est clairement, scénaristiquement, du niveau lamentable d'un ROCKY 3 ! Le personnage, plutôt vertueux finalement, devient un robot aux mains du scénariste. La présence ou absence de Marisa Tomei comme enjeu de salut est d'une mièvrerie totale et contredit le propos, notamment du discours final de Rourke (l'amour du sport et du spectacle). Si Rourke est abandonné dans cette dernière séquence, c'est surtout par le réalisateur. Aronofsky, gratuitement décide alors de sacrifier son héros, pas antipathique pourtant, dans un geste de pur twist. Dès que le combat s'enclenche, on sent la pression du kleenex qui approche avec son suspens de polichinelle. Plus grave, on est certain dés le début de la séquence du dernier plan du film... Et bien sûr, c'est ce qui arrive. Dans cette espèce de fausse ellipse ménageant la chèvre et le chou de Bruxelles, Rourke est broyé dans la machine hollywoodienne. Aronofsky semblait jouer de la noble carte des sentiments mais, in fine, balance en facial son romantisme purement technique.  THE WRESTLER, ainsi mis à nu par cette dernière partie vicieuse et simplette, révèle un visage structurellement cynique, d'où aucun paradoxe ne surgit. En réservant une vieille soupe industrielle, Aronofsky, au mieux, loupe sa cible. Le vrai défi aurait été d'adhérer ou de rejeter ce héros (pourquoi pas après tout), plutôt que de feindre de l'adorer, et de faire un film aux enjeux lourds et dramatiques et qui soit dans le même temps, paradoxe (bien absent ici), un film sur le quotidien et la simplicité de ces existences modestes. Mettre un enjeu dramatique et douloureux dans les relations de Mickey Rourke avec ces deux femmes (sa fille et Tomei) alors même qu'elles ne disparaissent pas du film, faire de Rourke un personnage simple mais aussi bouffé par les aléas du quotidien simplement sordide, donner de l'enjeu à ce que l'existence a de banal et commun, tout en dramatisant la chose, pourquoi pas.. Voilà qui aurait été une autre paire de manche. Ici, c'est effectivement le spectacle qui prime, c'est-à-dire le spectacle hollywoodien, gratuit, sans nuance, la très nette prise en otage du spectateur par un projet visant non pas le particulier et l'inattendu mais (encore une fois, hélas, trois fois hélas), bien au contraire, le plus grand dénominateur commun. On est clairement dans une optique de téléfilm de luxe du type de ceux que passe  M6. Sous son plan de guerre totale (d'où l'absence logique et complète de second degré ou d'un degré second), THE WRESTLER, faux hommage aux petits est un brouillon soapesque, pas habile en plus,  est un film dont il est très clair (et je ne parle pas ici d'aspect "social" dans le sens politique du terme) qu'il ait été écrit dans une belle villa de Beverly Hills. S'il n'y avait pas eu Rourke, effectivement plutôt bon, et Aronofksy, ce film aurait-il reçu autant de louange ? Sans doute pas. Mais THE WRESTLER, avec son petit suspens de pacotille, n'est ni scandaleux, ni pire que le reste de la production "indépendante" américaine ou européenne. c'est un film intégré qui ne met personne, et cela inclut votre Serviteur, en colère. Mais, il synthétise, je pense (et en ce sens Aronofsky est peut-être sincère, en plus (!)) cette soif qu'a le public et les "auteurs" de refaire toujours le même film, de combler une attente conventionnelle. Sous ce douloureux problème s'en cache peut-être un autre: celui du nouveaux profils cinéphiles qui, entre le cinéphile du dimanche lisant la presse spécialisée au geeek, en passant par l'Encyclopédiste, sont typiques ou d'un manque d'engoument, ou d'une envie de catalogage et de délimitation du territoire cinématographique. Sans s'en rendre compte, les cinéphiles se vautrent dans l'excés qu'ils dénonçaient jadis, et abordent les films comme la visite d'un musée ou la consultation d'un catalogue. On crie à la manipulation pour un Lars Von Trier considéré comme malsain. on tire sur des films comme HOSTEL, désigné comme bêtement efficace. On accepte le film de genre s'il a une plus-value historique (ex: SAW comme figure emblématique des années 2000, comme SCREAM (on soulignera que tout ça fait partie du même sac à leurs yeux...). Bref, on délimite un espace qui configure le moralement acceptable en terme d'art, ici le cinéma. Et ce qui est acceptable intellectuellement. On se retrouve au final avec des films qui ressemblent, dans l'habillage et la direction artistique, à des films convenables, c'est à dire reconnaissables. Des films qui ressemblent à de vrais films. (Cf. les récentes articles de Norman Bates sur les courts-métrages à Clermont-Ferrand) C'est un parti, un choix, et après tout pourquoi pas. ce qu'il y a de plus triste et révoltant ici, c'est que cette même commnauté de cinéphiles ne permettrait jamais qu'on fasse entrer dans le corpus le soap-opera AMOUR GLOIRE ET BEAUTE, et je dis ça sans l'once d'une plaisanterie ! Pourtant, fondamentalement, sinon esthétiquement, THE WRESTLER s'inscrit clairement dans le même cercle créatif et narratif. C'est triste ou marrant selon le cas. Mais, en tout cas, il va falloir très vite que le plubic averti populaire, et a critique bien sûr, retrouve le sens de la curiosité et accepte enfin de voir les films qui ne rentrerait pas dans leur catalogue. Parce que le temps passe, et que la culture populaire, pendant ces temps d'errance et d'auto-congratulation , s'appauvrit. 




(Tiens, par exemple, hier je revoyais en dividi AMERICAN GOTHIC de John Hough (Uk-Canada, 1987).  Voilà un film très important: des idées dans chaque plan, une interprétation au scalpel, des centaines d'idées... Il est clair que ce film s'il sortait aujourd'hui serait directement No1 dans notre top 10. Ce simple film dépasse largement en terme de richesse esthétique ou narrative, une chose aussi petite que THE WRESTLER... Comment en est-on arrivé à faire d'un film aussi bal que celui d'Aranofsky un parangon du cinéma moderne?)





Dr Devo. 



 
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Dimanche 22 février 2009

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[Photo: "Return of the Living Dance" par John Mek-Ouyes.]





Les avant-premières, c'est la classe. Mon smoking parfaitement repassé et mes chaussures brillantes me font entrer dans une salle comblée, entièrement acquise à Eastwood, le seul cowboy qui respire encore. Bon, pour être honnête moi j'ai abandonné depuis un petit moment (avec le navrant MILLION DOLLAR BABY), mais il se trouve, tenez-vous bien c'est cocasse, que je suis allé à cette avant première sans savoir que c'était un Eastwood. En fait, je croyait assister à une une sorte de spin-off (un mot anglais, classe !) de FAST AND FURIOUS, mon film préféré avec LE SCE¨PTIEME SCEAU. (Cette phrase signe la fin de la crédibilité de Matière Focale). Allez, installez vous.

 



En fait, Gran Torino ne parle pas de voiture ! Ni de jeux vidéos ! Bien qu'une telle hérésie soit difficilement pardonnable, je décidais quand même de ne pas sortir de la salle après le quart d'heure de politesse. Je jure de ne dire que la vérité, rien que la vérité : ce film raconte en couleur l'histoire de Clint après l'enterrement de sa femme. Il est vieux, raciste et habite maintenant tout seul dans un quartier rempli d'asiatiques. Heureusement il a un fusil et a fait la guerre en Corée : il connait donc toutes les stratégies offensives de ces petits fourbes aux yeux bridés qui caractérisent son cadre de vie (ils ne tondent même pas leurs pelouses !), et lui vivant personne ne l'empêchera de passer ses après midi devant sa porte à boire des bières en maugréant. Mais un jour, au bout de 30 minutes, il découvre que les vietnamiens ont une âme !Stupeur et tremblement, certains sont même moins stupides que ses crétins de gosses ! Il se prend d'affection pour cette communauté, tout en n'oubliant pas de leur rappeler qu'ils ne sont quand même pas chez eux.  Il va jusqu'à laisser le jeune Tao conduire sa Gran Torino (enfin on y arrive)...

 

Inutile de vous dire que si j'avais lu le scénario avant, je serais resté chez moi à compter les chômeurs sur BFM TV plutôt que d'assister pendant deux heures au festival de vannes sur la Thaïlande... Tant pis. Après tout j'ai payé le bus, je vais faire un effort. Mon voisin me disait que c'était le grand retour de Clint devant la caméra, sans doute à cause de la crise! Oui, mes voisins ont de l'humour. Rien de bien nouveau derrière la caméra par contre, c'est toujours la photographie pâlichonne et agonisante qu'il nous sert depuis MYSTIC RIVER, avec en prime un cadrage  vraiment laid qui permet au réalisateur quelque chose de formidable: rendre une Gran Torino restaurée à merveille, aussi rutilante que ma vielle kangoo.  En plus de ça, on ne peut pas dire qu'il y ait du rythme : les deux heures sont affreusement longues et monotones, enlisés que nous sommes dans ce montage apathique. Champs-contre champs, galeries de gros plans, c'est la même rengaine que 90% des films actuels qui ne misent rien sur la forme. Je serais bien incapable de me souvenir d'une scène en particulier tant elles se ressemblent toutes, à l'exception d'une ou deux scènes de bagarres filmées caméra à l'épaule (on se demande bien pourquoi). D'un point de vue technique, c'est quand même le film d'Eastwood le plus désolant que j'aie vu, avec toutefois un bémol dû aux conditions de projection ici en province (pas toujours au niveau). Le gros soucis, et ce qui me gêne le plus avec ce brave Clint, c'est la façon dont il fait passer la pilule, avec un scénario un peu dans le même ton que MILLION DOLLAR... et surtout en utilisant le bon vieux truc que mon courageux collègue John Devo avait mis en lumière déjà à l'époque : le coup du pot de fleur. En gros, on a un personnage gentil, charmant, avec tout pour réussir, et un beau jour un pot de fleur lui tombe dessus et le rend handicapé à vie. Il est facile de faire pleurer dans les chaumières avec de tels procédés, c'est d'ailleurs le principe de bon nombre de sitcom diffusées le matin en semaine. Rajoutez à cela un message d'amour et de tolérance envers une quelconque minorité ethnique, et vous aurez une véritable soupe de bons sentiment des plus repoussante. Le film enchaine les clichés à un rythme effarant, allant du gentil chinois autiste à qui il ne faut pas taper sur la tête, au "shaman" habillé comme dans TINTIN AU TIBET qui lit l'avenir dans le canard laqué... Et bien sur, à la fin, l'homme blanc ex-raciste et ex-méchant se sacrifie pour sauver toute la smala, en ayant en l'espace d'une heure quarante de film successivement abandonné la violence, la condescendance, la xénophobie, le racisme, l'intolérance, la méchanceté, la méfiance au profit de l'amour et du don de soi pour une seule raison : montrer à des voyous que la violence ne résous rien.

 


Il y a 20 ans on appelait ça de la propagande. Aujourd'hui, alors que l'Amérique à érigé la symbolique ethnique comme choix politique, peut on décemment qualifier ce genre de chose comme ayant ne serait-ce qu'une once de rapport à l'art ? Le politiquement correct, s'il ne s'agissait que de ça : bienvenue au XXIe me siècle et au médiatiquement correct. Quel est l'intérêt de ce film ? Nous raconter une belle histoire pour nous raconter une belle histoire? Je ne parle  pas de critiquer la société, juste de bousculer toutes ces conventions classiques dans l'espoir de donner naissance à une perspective entièrement nouvelle, un pont entre le réel et l'inconnu...

 


Les gens sortent, heureux, dans le froid nocturne. Ils se dépêchent de rentrer dans leurs voitures, heureux que les voisins thaïlandais de Clint Eastwood soient heureux en famille et que les méchants gangs soient emprisonnés. Moi j'attends le bus...







Norman Bates.



 

 

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Jeudi 19 février 2009

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[Photo: "Au Moment de la Conception" par Dr Devo.]







En Suède, un pays du nord de l'Europe où il fait relativement froid, un petit blondinet nommé Oskar se fait malmener à l'école par une bande de petites teignes (cela dit, vu la bonne tête à baffer que se tape Oskar, ça pourrait se comprendre !). Une chose est certaine, il aimerait bien leur foutre quelques bonnes torgnoles à ces connards de merde, mais comme elle a pas de cou-couilles la p'tite blondinette, il va se contenter d'en rêver... Jusqu'au jour où de nouveaux voisins un peu "trop zarbe, t'as vu ?" débarquent, soit un homme d'une quarantaine d'année accompagné d'une petite brunette du même âge que "Blondie Boy". La petite, qui se révélera être un vampire, va se lier d'amitié avec Blondinette et tenter de lui donner plus d'assurance pour qu'il affronte ses ennemis...

 

Alors... ouais la mise en scène est plutôt soignée, quelques beaux cadres, un peu d'échelle de plans (beaucoup de gros plans malgré tout, mais utilisés par moment de façons peu courante, encore que...) et quelques beaux effets sonores de-ci de-là. On sent bien l'intention d'Alfredson de nous offrir quelque-chose d'un peu différent et de cinématographique. De beaux moments de montage également, notamment lors d'une séquence fatidique pour Blondinette (quand il affronte ses vilains) qui est désamorcé d'une belle façon... Je vous laisse découvrir la chose. Un bon point aussi pour les deux gosses qui ne sont totalement horribles comme la plupart des enfants de cinéma. Nous sommes là plus dans un registre de jeu à L'ESPRIT DE LA RUCHE de Victor Erice (que je vous conseille) ou LA COMEDIE DE L'INNOCENCE de Raoul Ruiz (égalementconseillé), et quelques autres. 

 

 

Entr'act... Les sosies commencent à entrer sur scène, forment une pyramide humaine (était-ce avant ou après être entrer sur scène ?) et se mettent à chantonner:

 

« See that girl,watch that scene,dig in the dancing queen ».

 




La Suède c'est évidement ABBA, et si le film ne compte pas dans sa B.O une des chanson de ce fameux groupe (dommage), il y règne tout de même une certaine saveur suédoise. Le petit blondinet bien blond, la neige bien blanche, l'ambiance un peu "space-nordique, t'as vu?". Autant de petites touches "exotiques" qui nous font comprendre que c'est bien un film made in Suède. Ce n'est peut-être pas fait exprès, il n'empêche qu'il en ressort un petit effet carte-postale ( un peu "glauque", certes) un tantinet énervant... Un peu comme si l'auteur affirmait son exception culturelle Suédoise quoi, un truc dans le genre... Pourquoi pas, me direz-vous... 

 


Sinon, Alfredson ne sait pas trop où se mettre, flirtant un tant soi peu avec le film fantastique, voire un peu gore (vampire oblige), le teen movie (mais alors vraiment teen puisque les protagonistes ont 12 ans !). Alors vas-y que je te mette un peu de romance enfantine, un peu de tourments, et puis du vampire en parallèle pour "métaphoriser" sur la "non-coolitude" de la préadolescence... Le tout manque un peu d'humour... Oh et puis non finalement, je te fais un vrai film de "genre" vampire (à l'instar des séquences avec la vieille devenant un vampire, par exemple). Bien, très bien, on ne sait pas toujours sur quel pied danser, une sensation qui, sommes toutes, pourrait être tout à fait agréable si le film n'était pas, malheureusement, nimbé d'un côté "poseur" et "D'arty" (Aïe, certaines séquences bien nunuches, pas bien originales qui rendent les enfants assez peu touchants au final... Plutôt dommage. Aie la musique qui tue !) Tout ça mériterait de se toucher un peu moins le kiki et d'y aller plus franco (de porc). Bref, encore un truc plus ou moinsse chiant, qu'on aurai envie d'aimer parce qu'il n'y a rien d'autre à se mettre sous la dent dans les movie-theater et que c'est... hum, pas mal. Mais il faut résister et exiger le meilleur! Whoaou, Comment il y va fort sur la fin, c'est degueulasse. Mettre ses doigts dans le nez aussi c'est degueu, mais quand même, des fois c'est fort agréable, non ? (C'était le mot de la fin)

 

 

 

 

 


L'Ultime Saut Quantique. 

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Jeudi 12 février 2009

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Dernier jour de festival. Le monde entier attend avec impatience la remise des prix, la cérémonie finale et le grande fête qui va s'ensuivre. Il n'y a guère que votre serviteur et quelques marginaux bien loin des préoccupations festivalières et qui n'assisteront pas à toutes ces cérémonies, quand bien même nous pourrions rater un discours de Brice Hortefeux sur les vertus du court métrage ou la projection en avant première du biopic sur Giscard D'Estaing « Les années Maunes ». Et oui, c'est aussi ça, la rébellion. D'autant plus qu'aujourd'hui c'est fête nous avons assisté à la projection d'un film complètement focalien, réalisé par Michel Moisan himself. Tout commence alors que nous sommes serrés dans une petite salle Clermontoise, ancien cabaret dans lequel toute personne de plus d'1m80 est contraint d'assister à la projection avec les genoux dans les oreilles. Mais trêve de présentation, la lumière s'atténue...

 




LE GRAND MANTEAU de Michel Moisan (France / 2008)

 



Difficile de parler du scénario. LE GRAND MANTEAU est une histoire d'amour tragique entre un homme et une femme de 30 ans de moins, mais c'est également une comédie, un requiem textile, un hommage à Colombo, une fille sympa, une étude stylistique sur le Nord-Pas de Calais sans accent et sans régionalisme exacerbé, le fétichisme et pleins d'autres thèmes abordés en 11 minutes. C'est l'obsession d'un homme imaginatif qui n'hésite pas à améliorer son quotidien avec un imperméable démesuré, mais c'est aussi l'histoire d'un enfermement, d'une dérive causée par une histoire amoureuse fusionnelle qui mène droit à la prison.  Et puis, c'est l'imperméable le plus classe que j'aie jamais vu !

 

La forme est originale, image au format 4/3, images fixes la plupart du temps. Je ne porterais pas d'avis sur la photo, les conditions de projection n'étant pas formidables. En tout cas, la mise en scène est très forte et a un impact extrêmement important sur la narration et le propos. Parler d'un manteau aux manches hyperlarges en 4/3, il fallait oser ! Si on passe l'analyse métaphorique du manteau un poil convenue, le film est bien plus beau au premier degré, avec ses images arrêtées qui figent systématiquement la vie de couple, comme une suite de photos "du temps où on était heureux avec nos grandes poches". La seule chose en mouvement : le paysage qui défile, propice aux souvenirs nostalgiques. On pourrait croire le film triste et déprimant mais absolument pas. La voix-off se fait enjouée, drôle, comme si le plus important n'était pas dans cette déchéance sociale navrante, mais plutôt dans ce personnage sublime qui arpente les souvenirs avec un GRAND MANTEAU. Je suis jaloux, j'aimerais écrire moi aussi une ode à ce vêtement qui lie le futile à la survie, le beau et le Bien.

 






ADA de Elsa Diringer (France / 2008)

 

Ivan passe ses vacances d'été dans une caravane avec sa mère. Assez pauvre, il rêve de grands manteaux et de voyages, coincé dans ce camping de l'Aveyron. Un jour il se promène vers la rivière et aperçoit une jeune fille nue qui se lave en plein après midi, au lieu de ramasser des prunes dans le verger d'à coté. Il faut dire à sa décharge que son patron exploite le fait qu'elle ne parle pas la langue et qu'elle est sans doute en situation irrégulière pour lui faire des choses bien plus horribles que ramasser des prunes. Ivan est témoin d'une scène qui va le choquer, et pour essayer de comprendre il va à son tour ramasser des prunes. Au final les autres employés roumains ne l'apprécient pas et lui jettent des cailloux. Fin.

 

Ça dure 24 minutes, c'est pas totalement moche mais c'est absolument sans intérêt et verse dans le pathétique de manière affligeante. C'est dans la grande tradition du cinéma français d'auteur pénible à l'apparence quelconque et à la forme inexpressive qu'on a toujours eu en France.

 






PARTITION OUBLIEE de Teona Grenade (Géorgie, France /2008)

 

Le court se déroule à Tbilissi, en 1993. Datuna est un jeune pianiste de 11 ans qui est né dans une famille pauvre d'un quartier populaire. Bref ils ne se ruinent pas dans l'impôt sur la fortune. Il vit avec son grand frère, un petit caïd qui essaye de percer dans le grand banditisme. Datuna est triste, ce n'est pas le mode de vie qu'il voudrait épouser: lui, son truc, c'est le piano. Il aimerait bien que son frère vienne le voir et s'intéresse un peu à sa passion.

 

Là encore, la forme n'a vraiment rien d'intéressant. La photo est honnête, mais le film ne sort pas vraiment du lot, c'est bien trop anonyme, le réalisateur filme son scénario (au demeurant bien écrit), les acteurs sont plutôt bons, mais au bout de la demi heure on baille un peu.

 






SEANCE FAMILIALE de Cheng-Chui Kuo (Taiwan, France / 2008)

 

Une émission française de télé réalité débarque dans une famille Taiwanaise pour les filmer pendant tout un week end, dans le moindre de leurs mouvements. Ils ne font pas grand chose, la seule sortie étant la dialyse hebdomadaire du père de famille....

 

Plutôt astucieux et affichant un casting efficace, le court pêche par le maux du siècle : le twist final. Et oui en fait ce n'était pas vraiment une dialyse, c'est bien pire que cela, vous l'avez cru, on vous a bien eu. C'est plutôt dommage, le film était agréable et amusant, toute la salle riait, jusqu'à ce qu'une vieille fin tire-larme viennent tout gâcher.

 




SKHIZEIN de Jérémy Clapin (France / 2008)

 

Et on finit ce festival 2009 avec un petit film d'animation en images de synthèse qui propose de s'intéresser au cas de Henri, forcé de vivre à 90 cm de lui même depuis qu'il est entré en collision avec une météorite.

 

Je suis vraiment pas clients des films d'animation en images de synthèse. Je voue une haine sans borne pour Pixar et autres montreurs de pixels "next-gen" qui sont réduits, la plupart du temps, à animer des peluches stupides mais ayant nécessité une centaine d'infographistes à temps plein pour masquer, par des prouesses graphiques, une mise en scène et un propos vide de tout sens. Bref, j'aime pas, et cette histoire de météorite non plus. On sent venir le truc dès les premières secondes, et puis, ce n'est pas vraiment drôle. C'est mignon, c'est gentillet, mais quel intérêt ?

 





Voilà, mon périple auvergnat finit ici. A2u final j'aurais pu voir quelques rares instants de cinéma, mais en guise de bilan je peux vous dire que ce n'est pas l'originalité qui domine, surtout dans les sélections Françaises et Internationales. Je recommande plus volontiers les sélections expérimentales, plus propices aux explorations artistiques en tout genres.

 




C'était Norman Bates, à vous les studios.






 

 

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Lundi 9 février 2009

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[Photo: "Au Fond de ton Coeur, un Trésor !" par Dr Devo.]


Chers Focaliens,

Voici la suite des aventures de notre envoyé Norman Bates au festival du court métrage de Clermont Ferrand. Pour lire le premier épisode:
cliquez ici.

Dr Devo.


Entre Koh Lanta et le Superbowl, le temps est cher pour courir après de ridiculement courtes œuvres qui défilent sans interruption depuis maintenant trois jours sur les festivaliers. A Clermont Ferrand, la neige rejoint la fête et le soleil a maintenant complètement disparu. Entre les couloirs du palais des festivals (la Maison de la Culture) des noms sont déjà sur toutes les lèvres, sans plus tarder mêlons nous à la foule...






EXPERIENCE 135 de Bertrand Mandico (France / 2007)

Première projection, premiers morts. Le sublime est souvent la ou on ne l'attend pas. En l'occurrence, cette expérience scientifiquement intitulée ouvre des portes qu'il va être difficile d'ignorer. En l'espace de quatre minutes, la raison est balayée. Nous sommes en territoire hostile de la conscience, là où l'humanité sinistrée tente de faire parler les fougères. Le principe est scandaleux, le résultat ahurissant. Nous avons été, peut être sans le savoir, une part de la révélation. Le public se retrouve soudain en pleine lumière, hébété et hagard. Certains critiques oublient même de prendre des notes.

On me signale que vous pouvez voir le film: cliquez ici.




LE DERNIER VOYAGE DE MARYSE LUCAS de Artus de Lavilléon et David Ledoux (France / 2008)

Deux jeunes artistes, deux vélos. Un road movie comico-tragique sur la mort et la marginalité. Le dernier voyage d'une mère "qui montrait ses seins". Les gens ne comprennent pas.

Quasiment la demi-heure pour finir en tire larme éhonté. Si encore il y avait eu de la mise en scène, mais filmer une promenade en VTT avec son caméscope... Je n'ai pas besoin de faire la queue vingt minute pour çà, sincèrement désolé. C'est du cinéma réalité, ça plait aux gens, ils rigolent et ils pleurent, alors que la forme est aussi pauvre que le propos est original. Nous ne sommes plus au siècle des idées, j'ai entendu quelqu'un me le dire.





ALTER EGO de Cedric Prevost (France / 2008)

Aïe, j'avais vite pressenti le truc : un jeune de banlieue en survet' monstrueux, une histoire de fracture sociale à la française, tu m'aimes pas parce que j'habite dans le 9-3. Entre deux clichés, on remarque quand même que la forme est loin d'être ignoble (belle photographie). Dommage que le film ne présente que cinq plans plus larges que la distance d'une oreille à une autre. Sur presque 30 minutes de gros plans et de blabla, la France est belle pour sa diversité mais c'est dur quand même pour les banlieusards... On trouve le temps long.





REGARDER OANA de Sébastien Laudenbach (France-Belgique / 2008)

Ignoble. Expérience de solitude infinie, de dégout, se transformant petit à petit en haine. Sur une espèce d'animation à base de nourriture on nous balance un monologue interminable, "de la poésie" prononcée par un dépressif neurasthénique nous lisant le texte écrit avec des aliments écrasées sur une table de cuisine, défilant devant nous. Et ce pendant 15 minutes. Regards horrifiés de mes collègues.  J'espère ne jamais subir une expérience pareille à nouveau.





ROCHES ROUGES de Rodolphe Bonnet (France / 2008)

Et on finit en beauté avec ce fameux ROCHES ROUGES à la réputation élogieuse dans le monde du cinéma bis. Un survival gore en plein festival de Clermont Ferrand, messieurs dames ! Des jeunes ahuris envahissent la salle pour ne voir que ce film. Une femme se lève avec un bébé dans les bras, des gens lui demandent de sortir.  C'est le dernier film de la série, mais il y en a pour 35 minutes...

...de torture. Le film est un véritable navet. Parler d'interprétation à propos des acteurs serait déjà un mensonge plus lourd à porter que le Watergate. La photographie est inexistante: j'ai l'impression qu'on nous projette une VHS après un programme intensif de chez Electrolux. Les cameramen ayant officié sur ce film ne sont pas des gens responsables, je peux vous l'affirmer de façon sûre. Je ne sais pas quoi penser du scénario qui laisserait perplexe le "fan club de Jess Franco Et des Fins Laborieuses".  Heureusement que parfois le film offre un coté nanard amusant,  sinon je serais sorti de la salle avant la fin.






Dehors c'est la tempête, comme si le ciel essayait de nous purifier des atrocités qui nous ont été infligés cet après midi. Peut-on vivre dans un monde qui a exclu Moundir de l'aventure Koh Lanta ? Certains se posent déjà la question, et les autres y songent. Le futur s'annonce difficile. A suivre...
Je rends l'antenne, à vous les studios.


Norman Bates.




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Jeudi 5 février 2009

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[Photo: "Tendance Haussière sur le Marché des Nano-Technologies" par Dr Devo.]






Chers Focaliens,


Ce n'est pas tous les jours que nous avons un envoyé spécial quelque part. Norman Bates a décidé d'arpenter les coulors du Festival des Courts-Mètrages de Clermont-Ferrand 2009 et d'affronter courageusement le monde impitoyable des films de durée courte... Ici les studios, à vous Norman....


Dr Devo.








Samedi 31 janvier, il fait froid et le soleil est rare, le temps parfait pour courir les projections. Nous commençons cette première séance par la série L1, autrement dit Labo 1. Les séries labos sont consacrées au cinéma expérimental. C'est souvent là qu'on trouve les plus belle choses, affranchies des sacro-saints scénarios, expérimentant vaillamment, et parfois au péril du spectateur, les limites du 7eme art.  Pendant quelques jours j'ai enchainé les projections, et vu le nombre de films vus, il m'est difficile d'être honnête et de me rappeler parfaitement de chaque œuvre. C'est donc un compte rendu éminemment subjectif, vous l'aurez deviné. On commence sans plus tarder.




THE CONTROL  MASTER de Run Wrake (UK-2008)

On commence par de l'animation. Années 50, Le Mal court après la belle, celle qui possède le Control Master. Au prix d'un subterfuge audacieux, il dérobe à la malheureuse l'objet convoité et entreprend de plier le monde à sa botte. C'est sans compter sur un chien roux à tête humaine et un super héros prestigieux.


Réalisé entièrement avec des images libres de droit des années 50, collées puis animées dans un patchwork très pop art, le film est plaisant et les sept minutes passent très vite. Beaucoup d'idées visuelles, mais le film n'échappe pas au syndrome de l'infographiste, soit une apparence très soignée mais un fond un peu creux. Reste de belles images et de l'humour un brin attendu. Dommage.





AH, LIBERTY ! de Ben Rivers (UK-2008)

Enfance joyeuse dans une ferme campagnarde. Les enfants jouent déguisés en animaux dans des monticules épars constitués de vieux laves vaisselles. La voix off s'interroge sur la liberté, et la nécessité du cinéma. Conserver un souvenir, une émotion, mais pas des idées. Les émotions sont uniques, les idées peuvent être partagées. On rigolait bien quand on avait 12 ans...



Intéressant dans la forme, image noir et blanc plutôt crasseuse, fond sonore fait de bruits industriels mêlés à des chants d'oiseaux, le tout complètement désynchronisé face à l'image. Impression d'être hors du temps, on pourrait se courir après pendant des heures. La nature comme théâtre des émotions, terrain de l'imaginaire.  Ca pourrait être un film de vacance de Charles Manson ou d'Edith Piaf, au choix. Le sublime n'est pas loin...





ORGESTICULANISMUS de Mathieu Labaye (Belgique-2008)

Un handicapé nous explique en voix off comment le mouvement est primordial pour assurer la vie. Le mouvement imaginaire bien sur, et sa représentation spirituelle. Scénettes de la vie quotidienne ou les hommes se vautrent dans le canapé et les femmes font la vaisselle. Et oui on nage en pleine expérimentation ! Peu à peu le mouvement devient plus abstrait, et au final on assiste impuissant à une sorte de danse des sushis.



Les films sur le handicap sont très souvent casse gueules,  le pathos n'est jamais loin. Ici, on nage en plein dedans, et le commentaire de l'handicapé n'y est pas étranger. Tout est beaucoup trop appuyé, poésie de circonstance, je ne peux pas bouger, mais regardez j'arrive à danser dans ma tête... Mouais.





TIERRA Y PAN de Carlos Armella (Mexique-2008)

Travelling arrière très lent de 8 minutes. Le cadre s'élargissant révèle de nouveaux éléments de l'intrigue au fur et à mesure. Des indices apparaissent peu à peu dans le plan, c'est bien trouvé. Malheureusement le propos est un peu simpliste : le malheur des uns fait le bonheur des mexicains. La forme audacieuse et poussée jusqu'au paroxysme reste néanmoins une excellente idée. Un dispositif propice à bien plus à mon avis.





LYDSKYGGER de Julie Engaas (Norvége-2008)

Encore un nom compliqué, encore un film d'handicapé. Cette fois ci une aveugle nous explique comment elle "voit" le monde.

Aucun intérêt, un texte très nombriliste sur des espèces d'animations reprenant mot à mot le propos.  Suivant.





SALTOS de Gregorio Graziosi (Brésil-2008)

Encore un film sur le handicap... cette fois-ci complètement réussi. Le film de 8 minutes est sublimissime, strictement aucune paroles, juste de la mise en scène et du son, du son, du son. Sans que personne ne nous le dise on comprend rapidement le handicap de ce jeune plongeur, via les sensations magnifiquement transcrite par la mise en scène. Une pure expérience sentimentale, et sensuelle. Sublime. Voila un moyen intelligent et artistique d'évoquer la perte d'un sens. Tragique et bouleversant.





HEROES NO LONGER de Sun Xun (Chine-2008)

Film d'animation sur la vie en Chine soviétique. Aucun intérêt, aucun souvenir non plus.  Dans la lignée de Persepolis d'après mes maigres souvenirs.





4 de Edouard Salier (France-2008)

4 lettres, 400 000 possibilités. Ce film en est une.

Gros buzz et grosse campagne marketing sur ce court. Une sorte de blockbuster expérimental en 3D de la mort, 18 infographistes à temps plein pour au final une sorte d'économiseur d'écran bruyant et dont on ne garde aucun souvenir. Tape à l'œil et creux.





Et hop, mes collègues ont a peine le temps de griffonner quelques notes pour leurs critiques et ainsi espérer élire objectivement le meilleur court, qu'il faut déjà sortir et enchainer sur une nouvelle séance... Dehors le soleil sort un peu, le débriefing se fera sur une terrasse ensoleillée : nous ne savons pas ce qui nous attend dans la prochaine salle donc nous levons nos verres aux futurs chefs d'œuvres qui nous attendent sans doute d'ici peu... Il est beau le temps de l'espérance...



A suivre...




Norman Bates.




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Mardi 3 février 2009

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[Photo: "La Liste de Chandeleur" par Dr Devo.]





Tiens, c'est marrant, après Danny Boyle il y a quelques jours, on retrouve un autre réalisateur "populaire" et pas totalement manchot, en principe au moins: Bryan Singer. Sans être spécialiste du bonhomme, j'avais été relativement charmé par un X-MEN 2 plutôt noir (pour un blockbuster), et si je ne suis pas fan du tout de USUAL SUSPECT, j'avais beaucoup aimé UN ELEVE DOUE, adapté de Stephen King, dans lequel un lycéen fait chanter et abuse d'un vieux bonhomme de voisin qui pourrait être un ancien général SS ! Sympa! Alors, malgré mon amitié coupable pour Maiwenn, je choisis d'aller voir WALKYRIE.



 

C'est la guerre, la grande, la deuxième. L'armée allemande subit de gros revers en Afrique. Tom Cruise, haut gradé malgré son jeune âge, est dégoûté. Patriote, il considère néanmoins Hitler comme un danger autant pour le Monde que pour l'Allemagne elle-même. Suite à un assaut sanglant des forces alliés, il perd une mains, quelques doigts et un oeil, ce qui lui vaut d'être rapatrié, plutôt en héros, en Allemagne. Là, on lui fait rencontrer Terence Stamp, ancien militaire, qui dirige un groupe clandestin de militaires allemands, tous dégoûtés par ce que qu'est devenue le pays, et qui cherche à déstabiliser le pouvoir. Cruise a l'idée géniale: non seulement tuer Hitler, mais aussi renverser le pouvoir SS en utilisant l'armée de réserve personnelle de Hitler, la fameuse division Walkyrie ! Lui (Cruise, pas Hitler, suivez un peu) et les autres renégats font alors faire en sorte d'utiliser la chaîne de commandement nazie et la détourner en ce sens.

 

 

 

Et bien les amis, WALKYRIE n'est peut-être pas le nouveau chef-d'oeuvre du cinéma contemporain, mais j'avoue avoir pris un plaisir, pas coupable du tout, et ce pour plusieurs raisons que je m'en vais exposer ici! Changement de paragraphe.

 



Tout d'abord, Bryan Singer, il faut bien le dire n'est pas un tâcheron. Ce n'est pas beau comme du Guy Maddin, mais quand même, ça cadre pas mal (beaucoup moins de gros plans que la moyenne, et un 1.85, chose rare pour ce genre de film, utilisé tout à fait honnêtement). La photo a l'air correcte, mais elle fut dure à juger, et donc je passerais, car le projecteur, lors de ma séance, commençait à donner des signes de fatigue (sous-titres quasiment gris, pompage: il était temps de changer la lampe !). Donc, une mise en scène vraiment soignée, sans effusion mais quand même bien balancée, avec échelle et tout ce qui faut...  Singer pousse la chose vers le divertissement, ce qu'on lui reprochera sans aucun doute, mais n'empêche, il ne fait pas un film d'action, non Madame, mais quelque chose de plus sec, de plus moderato cantabile aussi. Une petite scène de guerre, et encore bien elliptique, au début, et ensuite c'est quasiment fini pour le film de guerre à spectacle. Au son, on trouve dans les 30 premières minutes (ou un peu plus) de belles choses : silence remplaçant les dialogues (Cruise dit très peu de phrase dans la première partie, du son ambiant qui devient ON ou qui cache la B.O puis la fait disparaître...). C'est pas mal.

 

Côté fond, c'est bien aussi : pas de portrait de Cruise en nazi qui découvre l'horreur du système et cherche sa rédemption. Il est déjà convaincu quand ça commence et on ne perd pas de temps. Pas de longs hommages aux victimes de la guerre, en une scène c'est fait. Pas de longue dithyrambe sur la déportation : on le sait, pas la peine d'insister, un dialogue vite fait, et c'est bon. Pas de petits gamins qui pleurent. Bien. Les acteurs vont dans ce sens : les rôles importants sont hiératiques et secs, comme raremement à Hollywood, à l'image de Cruise (pas mal) et Stamp dans le rôle du menhir. C'est un bon choix qui rationalise et explique très bien la démarche de ces hommes. Singer l'a compris : pas biopic, pas film hommage, pas film-thèse, mais divertissement un peu cérébral en quelque sorte, WALKYRIE décide que le suspens remplacera l'action et que le suspens sera intellectuel, puisqu'il reposera sur une seule chose : utiliser la Technique du pouvoir nazi pour le renverser, c'est-à-dire utiliser l'incroyable réactivité de la chaîne de décision nazie pour la pervertir ! Bien joué. Loin du pathos habituel, on peut alors se concentrer sur la mission, loufoque mais maline. On se laisse prendre d'autant plus que les décors et les costumes ne sentent ni la naphtaline, ni le spectaculaire. Il y a de beaux décors (la cour où se rassemble la division Walkyrie), mais on est plutôt dans une esthétique passée et fanée, assez naturelle. Pas de choses spectaculaires, pas de retraites au flambeau avec 12,000 figurants, pas de panoplie SS exagérée. Voilà un choix qui donne aussi une ambiance relativement réaliste et derrickienne, disons avec suffisamment de caractère pour que la direction artistique globale paraisse quotidienne et naturelle, et non pas extraordinaire dans la reconstitution, option généralement choisie par Hollywood. Le suspens prend aussi parce que le scénario est plutôt bien écrit. C'est sec, Cruise observe et n'a rien à prouver (ainsi que ses collègues conspirationnistes). On a l'impression, fausse, que le film peut s'achever très vite. Il y a un point (vers 1h10 de film) où on se dit : "Bah, ça y est on y est, ça va s'arrêter là". C'est toujours bon signe, ça veut dire que le rythme est  honnête, et que la narration peut nous surprendre.

 

 

 

Dans cette première partie, il y a une superbe séquence, largement la plus belle du film : celle du disque. Là, Singer marque des points, contredit ses collègues et montre sa méthode. Outre l'effet sur le gramophone qui est une sublime image (et très significative), Singer explique sa démarche. On attend le petit discours bien pensant sur Wagner et le nazisme, et finalement il se passe le contraire : à ce moment Cruise a une idée géniale, issue d'une collision gratuite d'éléments hétérogènes, issue d'une décontextualisation en quelque sorte. En mot, la motivation de Cruise pour cette mission est un collage cérébral artificiel, un court-circuit, et non une vocation romantique. C'est beau. D'autant plus que Singer annonce la couleur : l'intelligence d'abord (ces hommes sont des cerveaux et des pontes), de la rationalisation, et du cinéma (l'effet, la belle construction de la séquence, sa conclusion spectaculaire). Un autre aurait fait une scène tire-l'arme du genre, "je le fais pour les générations futures", et autres bêtises. C'est un beau moment qui fait oublier une ou deux faiblesses ici et là, notamment le choix de Carice Van Houten qui arrive malgré son petit rôle à faire le contraire des autres, notamment dans ce plan "pathétique" où elle se pince la lèvre en faisant des moulinets avec la tête, en soupirant, les larmes dans les yeux, c'est-à-dire exactement ce que ne font pas les autres acteurs dans le film ! [Quelques plans de concessions sont présents aussi à la fin. Moi, je t'en aurait viré trois ou quatre dont le dernier bien sûr!] Je passe. D'ailleurs, on note qu'il n'y a pas de nazis sur-sadiques, ni de violence sommaire uniquement là pour le mélodrame et Margot ! Tous ces gens sont des techniciens, et c'est ça précisément le sujet du film.

 

 

 

La deuxième partie du film, ou peut-être la troisième, est un peu moins intéressante : il faut que l'histoire se conclue ! On est sur rail. Et là, même dans cette partie qui m'intéresse moins, il se passe quelque chose de vraiment pas ordinaire... Si vous n'avez pas vu le film et que vous lisez le paragraphe suivant, tant pis pour vous, vous allez vous priver d'un des grands plaisirs du film, peut-être de la chose la plus étonnante même. Ca y est ? Vous êtes partis ? Alors, on y va...

 

 

Alors que le film est sur rail, disais-je, et que, en quelque sorte, le jeux sont faits et qu'on attend que les accords se déploient et concluent la partition, j'étais en train de me dire : «"Mais nom d'une petit bonhomme,ques't-ce qu'il fait?" En effet, Singer pousse son film dans le sens opposé de l'endroit où on l'attend. Quand l'attentat est commis, il y a un doute, bien sûr. Mais, en bon homme juste, Cruise pousse la logique de son plan jusqu'au bout : il faut y aller et il faut le faire ! Jusqu'au dernier moment, enfin pendant très longtemps, je n'en croyais pas mes yeux, je trépignais sur mon fauteuil en disant qu'il était en train de le faire, ce petit vicieux de Singer, il était en train de pousser tout le film jusque là : et si Hitler était vraiment mort ? Quelle belle idée ! Une vraie idée de cinéma, et de suspens, du coup ! WALKYRIE dans cette dernière partie, longue en plus, va uniquement dans ce sens, dans le sens de la mort du tyran. Ca a marché, c'est très possible. Ou en tout cas, c'est une possibilité que l'on sent aussi palpable et vraisemblable que l'hypothèse inverse (Hitler est vivant). Et Singer pousse le bouchon, notamment au travers des scènes de standard téléphonique (belle idée : montrer la technique), le point de climax, enfin le premier puisqu'il y en a deux, est la fameuse collision des deux télégrammes contradictoires. En poussant le film vers l'Uchronie, Singer semble, et là pas seulement dans le sens mais aussi en tant qu'artiste, nous parler et nous dire qu'il veut, il veut, il meurt d'envie de faire l'autre film d'envoyer tout balader, et de quitter le sol de l'histoire (n'oublions pas qu'il place d'abord son film sous le signe du divertissement et pas de la somme historique). Cette tension artistique, ce combat chez le réalisateur et sa pulsion est d'un suspens phénoménale (preque plus que la mort possible de Hitler), et voilà qui relève incroyablement le niveau de cette deuxième partie pas infamante, mais plus tranquille.  Mais, le cinéma et Hollywood, et le public aussi sont ce qu'ils sont, et on ne brisera pas la règle absolue, celle de "l'histoire vraie". [Histoire avec un petit H, paradoxalement... Notez-le !] Il y a une pression, et Singer s'y plie comme Cruise échoue. Le système ne sera pas détruit ce soir. Mais, il y avait là un beau courage, et une bonne idée de scénario et de cinéma, que de vouloir pousser le film dans une démarche accidentelle et inverse de la logique attendue ! Pendant de longues minutes Singer semble vouloir retourner la machine et joue le rôle du grain de sable. Et ce suspens, après la belle description technique de l'état nazie, est assez jubilatoire.

 

 

 

Il y a donc dans WALKYRIE une séquence très réussie, et un soin général indéniable qui, en restant ce qu'il est, un film de genre quasiment, un divertissement, arrive à être plutôt personnel, et un peu inattendu. Singer signe là un bon film, pas renversant, mais très bon, à l'intelligence très au-dessus de la moyenne, et vraiment populaire. On est loin, très loin, de la machine autantenemporteleventesque et mélo d'une LISTE DE SCHINDLER, ou de tout autre pleurnicherie de la sorte, qui est encore la norme édifiante quand il s'agit de faire un film avec un sujet si sérieux. Avec son divertissement, Singer fait un film autrement plus intéressant que la concurrence. Bien joué. Et honnête !

 

 

 

Dr Devo.  

 

 

 

 

 

 

 

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Samedi 31 janvier 2009

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[Photo: "Les Etudes Montrent Chez les Françaises un Taux de Fécondité de 2,1 U2 par Femme" par Dr Devo, d'après une photo de la mannequin Jenny Chu.]





 

Alors attention "c'est du lourd" comme dirait une personne "engagée" qui S-L-A-M (tendance de peu d'intérêt de notre nouveau millenium) pour montrer à quelle point elle est engagé. Oui indeed, car le film dont nous allons parler ce soir a été gratifié de la Caméra d'Or à Cannes 2008 (dont le jury n'était autrement présidé que par Bruno Dumont). J'y vais plus ou moins à reculons, puisque l'on sait bien que le festival de Cannes s'intéresse d'avantage au CinémA puant qu'au noble art de l'audio-vision. Malgré tout on se dit que si Dumont (artiste de l'audio-visuel français) a pris son rôle au sérieux et a su s'imposer parmi le jury,  peut-être cela vaut-il le coup... Peut-être...

 



En 1981, des membres de l'IRA emprisonnés par le gouvernement british réclament le statut de prisonnier politique ne voulant pas être juger comme n'importe quel criminel, mais en vain. Pour arriver à leur fin, ils entament la "Blanket and No-Wash Protest" qui consiste en gros à ne pas se laver, faire du "Shit Art" sur les murs de leurs cellule (toujours sympa pour le nouveau compagnon de cellule) et autres petites grivoiseries. Comme cela n'émeut toujours pas le gouvernement british (ça doit même bien les faire marrer, les cochons!) Bobby Sands, la tête pensante du groupe de prisonniers, décide d'entamer une radicale grève de la faim invitant ses compagnons à le suivre, et ce jusqu'à ce que mort s'en suive!

 



Disons le franchement, cela faisait longtemps que ça n'était pas arrivé en salle, voilà bien une vrai proposition de cinéma. Je m'explique. Plus que de rapporter ce fait réel ayant existé pour de vrai (si, si, je vous assure) McQueen décide de s'intéresser au corps. Ce qui en sort, ce qui éventuellement y entre ou pas et plus particulièrement sa destruction ou plutôt son pourrissement si je puis dire. Ce qui est infligé au corps, ce que nous lui infligeons et pourquoi (et pourquoi pas, de toute façons le film ne cherche pas à donner de réponses). Aussi parait-il clair que ce qui intéresse McQueen chez ces prisonniers n'est pas tant leur lutte que les moyens qu'ils mettent en place pour le l'emporter à travers la destruction de leur propre corps.

 



Et pour s'exprimer autour de la chose, force est de constater que Mc Queen y met les formes. Il en va tout d'abord de la narration qui ne suit pas un parcours franchement habituel. Elle se déroule sur plusieurs parties et suit les parcours de différents protagonistes, le tout structuré autour de cette idée de la dégradation du corps. Le film commence avec l'arrivée d'un nouveau prisonnier et se termine dans la mort. Ainsi chaque parties témoignent d'une étape de dégradation du corps. La mise en scène, également, prend souvent de bien belle tournures. Le cadre est travaillé et Mc Queen n'hésite pas a utiliser quelques effets de bonnes alois, comme le flou (très bel instant ou un gardien allume sa cigarette...) et autres petites gourmandise. Autre point important le son, très soigné et qui prend une grande place dans le métrage...

 



Quand je disais que McQueen s'intéressait d'avantage au corps qu'à son histoire, on remarquera aussi le point de vue relativement ambigu du film sur l'action des prisonniers. En effet, il ne semble pas prendre vraiment parti pour un bord (les prisonniers) comme pour l'autre (le gouvernement britannique), et même si on ne voit qu'une seule tranchée de ce conflit (le gouvernement britannique n'intervient que par de courtes allocutions sonore de Thatcher disant qu'elle leur refuse le statut de prisonnier politique), la longue diatribe de Bobby Sands au milieu du métrage tend à discréditer quelque peu son action... Bref on ne sait pas ou se mettre, voilà qui est assez judicieux de la part de McQueen.

 



Et pourtant malgré toutes ces bonnes intentions et cette bonne volonté (celle de faire vraiment du cinéma en faisant jouer tous ses paramètres), ce film m'a ennuyé. Notons que Mc Queen est issu de l'art contemporain, qu'il a exposé diverses œuvres dans des musées, et que HUNGER est son premier film. Cela n'a peut être rien à voir, ou peut-être tout à voir, il n'empêche qu'il ressort du film la sensation de quelque-chose de très léché et très structuré, presque théorique, comme si McQueen avait appliqué son schéma de travail à la lettre, sans laisser le film lui échapper. C'est vraiment dommage car cela lui aurait sûrement réussi. En somme nous (moi) ressentons de "l'intelligence" dans le visionnage de HUNGER alors que nous (moi) aurions aimé plus de fulgurance et de spontanéité (enfin je suppose). 

 



L'Ultime Saut Quantique.

 

 



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Dimanche 25 janvier 2009

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi




[Photo: "Mensonge" par Dr Devo.]






Piiiiiire Expreeeeesss, c'est la chronique des cadres dynamiques qui n'ont pas le temps, c'est la critique 2.0, c'est du précis et du syntéthique. C'est pour vous. De rien.

 



 

CHE - 1ére partie: L'ARGENTIN de Steven Soderbergh (USA/Espagne-2008)

 

Revoilà l'ami Soderbergh avec cette fresque biopicesque du révolutionnaire à t-shirt, icone des fans de Manu Chao. Le Che, argentin d'origine, embarque pour Cuba, avec Fidel Castro et une poignée d'hommes pour aller renverser le pouvoir en place. C'est un chemin de longue haleine qui commence dans la jungle dense de l'île. Peu à peu, la guerilla s'organise et les rangs des révolutionnaires grossit. La troupe conquiert au fur et à mesure plusieurs petites villes...

 

Bon. L'ami Soderbergh arrive toujours avec des croissants et du café bien chaud, certes, et c'est très agréable. Ici, il utilise une structure vaguement éclatée où la progression révolutionnaire est commenté par le Che lui-même qui, à l'occasion d'un voyage aux USA (et à l'ONU), répond à une interview, mais plus tard dans le temps, bien sûr. Grosso modo, donc, c'est du montage vaguement alterné avec une grosse base linéaire. Voilààààà. CHE 1 est un film très difficile, un peu comme la peinture à l'huile. Filmé en scope, le film bénéficie d'une photo correcte  et plutôt variée, mais jamais éblouissante. L'impression première est celle d'un classicisme relativement alerte, où le cadre et le découpage sont lisibles et relativement équilibrés. Un film de bonne facture, donc, du bon travail d'artisan. Il y a peu de gourmandises mais quelques unes quand même (trois ou quatre, pas plus), notamment l'interruption du son d'une scène de bataille par une voix-off expliquant les fondements idéologiques de la révolution, ou encore un contrechamp différé de deux heures! Semi-rigolo. Côté fond, le travail de la brigade de scénarisation consiste à mélanger base théorique et problème du quotidien (sur le terrain), soit de mélanger le macro et le micro. Ouais! Au final, c'est l'ennui profond qui domine. Soderbergh est confis, ose peu, ne joue jamais ni avec la mise en scène ni avec son personnage, assez lisse, sans aspérité ni émotion. Il y a trop peu de choses iconoclastes dans la structure, l'esthétique ou le propos du film pour que quoi ce soit émerge. L'expérience de Soderbergh lui permet de faire un film techniquement propre, au-dessus de la moyenne comme dirait l'autre, mais qui, en terme d'aboutissement, est aussi intéressant que la moyenne, c'est à dire fort peu. Que c'est ennuyeux... Le montage coule, certes, mais semble sans conséquence. Voilà qui pourrait durer trois heures ou 20 minutes, sans que ça ne change grand chose. C'est là, la plus grande déception de ce film, même si Soderbergh a déjà réalisé des films très peu intéressants, ce manque de rythme et ce manque de point de vue ou d'émotion. CHE 1 est un film anonyme, ennuyeux et sans conséquence. Voilà, c'est dit.

 

 

 


 

SLUMDOG MILLIONAIRE de Danny Boyle (UK/Inde, 2008)

 

 

Ha bah, on retrouve avec plus d'appétit l'ami Danny Boyle, réalisateur dont je n'aimais pas du tout les débuts (TRAINSPOTTING, LA PLAGE), mais que je trouve particulièrement en forme ces dernières années avec ses magnifiques 28 JOURS PLUS TARD ou encore le très adulte et magnifique SUNSHINE dont on avait déjà parlé ici.

 

SLUMDOG... a un sujet loufoque. Nous sommes en Inde dans les années 90. Jamal, un jeune indien issu d'un milieu plus que modeste puisqu'il vit dans un bidonville, se présente à l'émission (version locale, bien sûr) QUI VEUT GAGNER DES MILLIONS? Et très curieusement, le gamin des bas fonds va très loin puisqu'il gagne la question à 20 millions de roupies, somme colossale. Comment un gamin du ruisseau a-t-il pu répondre à autant de questions, là où même les lettrés échouent? C'est ce que cherche à savoir la Police, qui force le jeune homme à un interrogatoire musclé et qui le soupçonne tout bonnement d'avoir triché ! Jamal va devoir se justifier...

 

 

Alors, euh, comment dire, c'est-à-dire que... Oui en fait... Non, ce n'est pas ça, mais...


Procédons par ordre. Dés la première bobine de SLUMDOG..., on se dit que le petit Boyle, peut-être contrairement à Soderbergh, sans doute plus talentueux mais un peu fouine dans la façon de gérer le Capital en se mettant d'office (et de plus en plus souvent, car ses films iconoclastes, il en fait de moins en moins...) en préretraite, on se dit, disais-je, que l'avantage superbe avec lui, c'est que c'est du franc. Il essaie, il met tout dans la course, et c'est du généreux. Voilà. Alors oui, après 30 minutes, le doute n'est plus permis. SLUMDOG... est moins beau, moins précis, moins maniaque que SUNSHINE ou même 28 JOURS PLUS TARD, franchement taillés au cordeau, eux. Ici, c'est plus fouilli, il y a plus d'effet, des filtres à gogo, etc... En même temps, on peut pas lui reprocher d'essayer, et surtout d'essayer de construire chaque plan, de développer des idées dans le montage des séquences ou des scènes. Bref, Boyle, c'est un styliste. Et même si le style est plus extraverti ici, même si SLUMDOG... a une esthétique un peu plus outrancière, Danny Boyle se lance à corps perdu dans une recherche du plan qui ne soit pas anodin ou plutôt qui lui ressemble. Alors, c'est parfois un peu clinquant, brouillon, sur-stylisé, mais au moins, et là aussi contrairement au CHE..., ce n'est pas anonyme, pour le meilleur, et cela même si ici pas mal de choses  correspondent moins à mon goût raffiné (héhé !). Donc, globalement, je trouve le film, dans sa mise en scène, plus tape à l'œil, je trouve le montage et le cadrage moins précis. Ceci dit, c'est expressif, et c'est tellement franc du collier, tellement généreux, et ça se lance tant à corps perdu que tout cela nous fait respirer dans un univers cinématographique largement sclérosé par les idées de carrière des cinéastes et par leurs velléités de faire des films qui ressemblent à de "vrais films", c'est-à-dire toujours aux mêmes schémas scénaristiques et esthétiques pour aboutir, in fine, à des œuvres tellement neutres et vides qu'elles feraient pleurer le focalien le plus endurci...

 


Ça, c'est fait. Ceci dit, le rythme est assez alerte. Boyle exploite une idée plutôt sympathique de débrayage rythmique, pas tout à fait aboutie mais visible, qui consiste à peindre son épopée comme une gigantesque fuite en avant. Son héros est un fugitif que la foule veut lyncher dés l'âge de cinq ans jusqu'aux événements qui nous intéressent. Le ton, par contre, est celui d'un mélodrame ouvert, mais pas forcément gnangan (j'y reviens parce que là, il va falloir minorer cette idée), un mélodrame dur en quelque sorte. Et en effet, cette histoire est superbe, mais d'une violence exacerbée. Que raconte SLUMDOG... ? Bah, c'est simple, très chers cocos, c'est simple, mais c'est désespérant. Primo, ça raconte l'histoire d'un pays en train de s'industrialiser et qui ressemble déjà, de plus en plus, à la France, au Lichtenstein ou à l'Angleterre. Elément plus important: les aventures de Jamal sont simples et directes. C'est un homme qu'on veut lyncher, comme je le disais ! Il vit dans une société pourrie jusqu'à l'os où personne, mais alors j'insiste, personne n'est un être humain digne de ce nom. Tous les personnages du film (à l'exception peut-être du Commissaire) sont prêt à trahir sans vergogne son prochain, à arnaquer son voisin, et à vendre leur mère contre quelques roupies. Jamal qui est une sorte de Boucle D'Or larsvontrierienne, laborieuse certes, mais quand même, est un gars qui a bien compris que la seule façon de survivre c'était de courir et de fuir ses compatriotes pourris qui le pourchassent. Dans le même temps, il fait confiance à chaque fois que la situation lui permet d'espérer, vraiment à chaque fois, et il est tout le temps trahi! Dans le film entier, il n'y a finalement que deux moments pas plus où les choses tiennent leur promesse : quand on comprend que le commissaire, certes fasciné comme tous les autres par le storytelling de Jamal (piste effleurée : peut-être invente-t-il tout !), sait qu'il y a une vérité sur son propre travail et sur son pays derrière tout ça. Sans le dire, Le commissaire rencontre, furtivement, l'homme derrière la figure de Jamal. La deuxième partie des scènes dans le commissariat sont assez douces. Deuxième moment pur, le sacrifice de jamal pour la jeune fille (fadasse, jouée par une espèce de mannequin sans intérêt d'ailleurs), sacrifice uniquement pour la Forme et pas pour le Fond. [La scène finale dansée est d'ailleurs une espèce de leurre.] Le reste, c'est que trahison, traite d'esclaves, corruption et... petit-bourgeoisisme ! Qu'est-ce qui intéresse les indiens, ou les français ou les anglais ? Le story-telling ! Ils veulent une belle histoire, un spectacle avec un mendiant qui devient prince, la seule histoire qui puisse valider le concept fondateur qui fait le ciment de la Société : qui veut peut, ou encore si vous préférez, "une place pour chacun" qui souvent se traduit dans les fait par "chacun à sa place". C'est ça que les gens veulent : une histoire qui leur dise que la Société reconnaît les mérites de chacun ! Tout le monde, dans les faits et la réalité, fait le contraire, c'est-à-dire tuer son voisin pour avancer dans l'ordre social et exploiter le système. Bien sûr. Mais cette histoire, proche de ce qu'est devenu un art comme le Cinéma (les édifiants mélos semi-réalistes qui constituent 95,28% des films qui sortent) ou proche des fictions télévisuelles, télé-réalité comprise. Les scènes qui entourent la réponse de Jamal à la dernière question du jeu sont terriblement ambiguës, et sans doute les mieux écrites. [Boyle sait faire des fins, ça, c'est certain !] En apparence, pour le spectateur et tout le peuple indien, c'est un moment de partage formidable. Tout le monde derrière Jamal. Mais si on reste dans le ton de l'heure et demi précédente, que voit-on dans cette séquence finale ? On voit un pays de fourmis, vaincues par le Spectacle, qui aime se sentir unis alors qu'au quotidien, tout le monde se tue les uns les autres ! Dans ces images de "toute l'Inde derrière Jamal" (et  donc "tous les spectateurs derrière Jamal"), on devine l'extase aveugle qui remplit les yeux d'une foule pendant une réunion de futurs nazis à Nuremberg, ou après une victoire en finale à la Coupe du Monde de foot : une société totalement petite-bourgeoise, sans aucune conscience, uniquement guidée par le Spectacle et le divertissement, et qui au fond ne veut qu'une chose : regarder la télé. Ce peuple qui est à fond derrière Jamal (et toutes les couches de la société, car même dans le bidonville, ils on trouvé le moyen de branché  une télé, ces imbéciles !) est le même qui l'a toujours, absolument toujours, sans jamais faillir, avec précision même, qui l'a toujours, disais-je trahi ! Ces gens ont envoyer Jamal en enfer, ont essayé de le mettre à mort, et une fois qu'il est arrivé miraculeusement en haut de la pyramide, ils l'acclament et le traitent en héros, alors que cet événement (Jamal va gagner 20 millions de roupies) est un scandale, et que c'est ce peuple qui l'a conduit dans cette position. C'est le peuple qui envoie Jamal à QUI VEUT GAGNER DES MILLIONS. Le scénario, malin, ouvre une porte à son héros en introduisant un élément gratuit, injustifiable, mais vecteur (dérisoire) de liberté : le hasard ! [Il s'agit de la dernière question.] Ce hasard absurde est la seule porte de sortie (le jeu est verrouillé, c'est une machine à perdre, structurellement et humainement comme le rappelle la scène des toilettes). C'est une maigre consolation. Boyle a raison de raconter la première histoire en début de film (si j'ose dire) : le gens sont prêts à se rouler dans la merde pour avoir l'autographe de Brad Pitt. Après cela, ils sont d'accord pour se laisser assassiner !

 

 

Le gros défaut du film, c'est sa fin, à mon sens. Elle contient exactement tout ce que je viens de dire, mais dans le même temps, elle essaie de faire passer cette histoire pour un formidable happy-end. A moins que Boyle soit plus malin que ça,et justement fasse subir au spectateur le même piège que la Société tend au peuple. Si le peuple ne voit pas le double fond de l'histoire, alors tant pis pour lui et qu'il aille à sa perte. En tout cas, ambiguë à outrance ou un peu moins, l'écrasante masse de détails tire-larmes dans la toute fin du film gâche quand même un peu la portée de ce film, et cache sous cette politesse, une image qui restait à inventer et qui soit un gros doigt tendu à la masse crétine du Peuple aveuglée par la lumière du projecteur. Dommage...

SLUMDOG..., oeuvre très repesctable, avec ses défauts et ses qualités certes, est quand même le premier film visible, et de cinéma si j'osais, de ce début d'année ! Ouf !

 

 

 

 

Dr Devo et Bill Yeleuze.




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Vendredi 23 janvier 2009

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi


[Photo: "Watchmen (il avait du flair, ce Claude Berry)" par Dr Devo et Mr Mort]





Oh, bah les p'tits gars, c'est qu'on aurait presque du retard avec tout ça, mais rassurez-vous, ce n'est pas parce qu'il n'y avait personne à la réception que l'équipe focalienne s'est tournée les pouces, bien au contraire. C'est qu'ils sont allés en salle, les cocos, pour voir, par exemple...

 

 

 

THE SPIRIT de Frank Miller (USA-2008)


Des supers-héros et des comiques (oh, mon dieu, ça commence bien...), c'est vraiment chouettosse, mais ici, c'est encore autre chose car, ils ne portent pas collants. Le Spirit préfèrent le masque à la Mandrake et l'imper à la Christophe Lambert pour aller débarrasser la ville des méchants, ce qu'il fait fort bien, merci. C'est, cependant, sans compter l'affreux Octopus (Samuel Jackson), étrange docteur et pas critique de cinéma comme on peut sans douter (idée de scénario !), et grand gangster sanglant qui, une nouvelle fois, convoite ce qu'il n'a pas, c'est-à-dire un objet fabuleux qui pourrait le rendre définitivement surpuissant et faire basculer le Monde dans le chaos le plus total. Evidement, voilà qui n'est pas facile à empêcher pour notre Spirit, et ce d'autant plus que la mystérieuse Eva Mendes rôde aussi dans les parages, ce qui va semer le trouble, dans tous les sens du terme. Bref, le Spirit, il a du pain sur la planche...

 

 

Frank Miller, célèbre dessinateur bédé, passe ici derrière la caméra, comme dirait n'importe quel critique normal, en commençant à commenter le métrage, et ce après avoir été lui-même pas mal adapté ces dernières années, notamment à travers 300, la grosse choucroute, et SIN CITY déjà bien mieux, dont il reprend ici, un peu, le modousse opérandaille en mélangeant effets spéciaux et graphiques tendant vers l'influence bédé revendiquée, justement.



De fait, THE SPIRIT comme son "aîné" est plus beau que la moyenne des adaptations comiques, et part sur une base totalement revendiquée comme adulte et mature. Pourtant, les premières minutes glacent un peu le sang, notamment la première scène avec Scarlett Johansson très fausse alors, et quelques situations qui semblent ne pas marcher dés le départ, notamment à cause du ton employé. En fait, c'est une période d'adaptation. Contrairement à ces homologues, Miller traite la bédé de Will Eisner (qui était peut-être déjà ainsi, je ne sais...) sur un mode assez particulier puisqu'il s'agira de développer un univers comics, lui rendre hommage et donc faire les choses sérieusement, mais aussi utiliser un ton exagéré, voire souvent grotesque qui parfois appuie, très volontairement, sur les conventions et les passages obligés du genre. Et ce ton grotesque, et bien, on n'y est pas si habitué que ça. Le temps de comprendre le décalage, et tout rendre dans l'ordre. On comprend alors le projet, pas forcément si abstrait que ça (comme me le laisser supposer l'utilisation multiple et interchangeable des molosses Pathos et Logos), mais bien mélangeant les tons les plus hétérogènes. L'hypothèse se vérifie avec deux scènes donnant le "la", celle de la première bataille dans les eaux boueuses (pour ne pas dire plus!) de la ville entre le Spirit et Octopus, dans laquelle le méchant paralyse le héros avec un joli toilette Jacob Delafond, et plus encore avec la meilleure scène du film, la scène nazie, très réussie.

 

 

Un ton ambigu, un adaptation mature, un univers graphique inspiré de SIN CITY, bref un film un peu adulte et différen. Mais c'est une divine surprise, me diriez-vous... Malheureusement, même si THE SPIRIT est plutôt au-dessus de la moyenne des grosses machineries du genre, il me pose plusieurs problèmes. Premièrement, et croyez-moi bien que ça m'arrache la bouche de dire ça, le casting me semble très largement inégal, voire faible. Samuel Jackson fait ce qu'on attend de lui, en tant que spectateurs et réalisateur, et en rajoute, de manière plutôt efficace, si du moins on n'est pas allergique au jeu outré. Ca fonctionne et prouve qu'il a très bien compris le  sujet. Mawam' Scarlett, très à côté donc dans sa première séquence, relève le niveau par la suite, et arrive à trouver un équilibre de plus en plus solide. Cette actrice qui n'a pas fait que du mauvais, ne m'a jamais bouleversé véritablement, mais elle assure, sans étincelle aucune, et se rattrape tranquillement dans le reste du métrage sans rien faire de bien passionnant, mais aussi sans rien bousiller comme elle le laissait supposé au premier rendez-vous. Pour le reste, c'est plus problématique. Gabriel Macht, le Spirit donc, est incroyablement fade, et même s'il essaie d'introduire un peu de distance ou d'ironie, son jeu est sans rythme et très fade, sans aucun charisme. La scène avec l'équipe de télé (bien écrite d'ailleurs) montre très largement ses limites. Ce bonhomme est charismatique comme une cagette d'endives. Ooops... Les seconds rôles sont tout juste passables, sans saveur également, et les deux p'tits pioupious qui jouent Macht et Mendes jeunes sont épouvantables et ruinent complètement les fameux flash-backs qui deviennent une vraie épreuve de torture. Bref, côté acteur, c'est froid, lisse et sans saveur, ce qui est quand même le comble.

 


La mise en scène pose deux problèmes et un cas d'école. Il y a quelques bonnes idées dans la mise en scène de Miller, par-ci par-là, et plus intéressant encore, il y a quelques plans très composés, voire exagérément, qui du coup sont assez iconoclastes. Je pense à cet alignement de visages lorsque le Spirit frôle la mort par exemple, image très hénaurme et dont on se dit que ce n'était pas du tout une mauvaise idée, fut-elle très artificielle. Il y avait là du potentiel. Parfois, on a même un plan plus abstrait et très beau. Je pense à ce plan totalement blanc (en scope en plus) maculé de petits ronds rouges et dans lequel arrive par le bas du plan une paire de main ! C'est très étrange (même si on sait ce que ça représente dans le flot du récit), et c'est une chouette idée de plan, parfaitement réalisé. Et pourtant, voilà qui ne marque pas et qui me permet de faire ma critique principal au film. Des petits plans comme ça, il y en a, pas de problème. Ils sont beaucoup plus intéressants d'ailleurs que les gimmicks sincitiens récurrents qui souvent, et aussi à cause de la chose que je m'apprête à vous expliquer, fonctionnent uniquement comme éléments de direction artistique sans qu'ils aient de réelles fonctions de mise en scène. Le problème, en fait, c'est le montage. Si on excepte la scène "nazie" que j'évoquais plus haut, le montage plombe littéralement le film. Non pas qu'il soit infamant d'ailleurs... Au contraire, le rythme est plutôt soutenu. Un bon rythme d'un énergique footing bien sérieux. Mais un rythme qui manque cruellement, et c'est vraiment avec le casting, le défaut principal du film, défaut plus grave même, de débrayages ou d'accélérations ! C'est assez rapide, mais monotone ! A la vision, il n'y a rien d'infamant dans ce rythme, si on excepte que ça pourrait durer une demi-heure ou cinq heures sans que ça fasse de différence! Tous ces petits plans sympas, ces quelques bonnes idées graphiques se noient, du coup, dans la fluidité de ce montage d'où rien ne fait saillie. Ca coule comme une musique new-age de relaxation, ça n'irrite pas, ça ne fâche pas, mais ce montage aplatit tout et vide le film de son caractère inhabituel. Et là, la différence avec SIN CITY se fait cruellement ressentir. Le sentiment qui me frappe à la projection est celle d'un long fleuve tranquille. Rien n'émerge, et je soupçonne Miller, dans cette volonté d'homogénéiser le montage, d'avoir, alors qu'il avait un matériau relativement iconoclaste, voulu faire un film qui est l'air d'un film ! Un film "normal" en quelque sorte. C'est un mauvais calcul, tant le film se noie lui-même dans cette uniformisation du rythme qui tue tous les effets. Ce manque de caractère et de personnalité de l'objet final fait du coup ressortir le troisième défaut du film : le nombre infini de gros plans et de plan rapprochés à l'approche du moindre dialogue. Voilà qui tue aussi la dynamique cinématographique, et fait ressembler THE SPIRIT en une bande étale, sans beaucoup de saveur. Malgré les bases du projet, et deux trois choses qui marchotent ça et là, THE SPIRIT semble configuré de manière beaucoup plus banale que prévu, et pour ces raisons de mise en scène pure (montage, échelle de plan), on se retrouve face à un long-métrage non pas totalement ennuyeux, mais très fade et curieusement assez anontme (paradoxe!), bien loin de l'addition iconoclaste qu'on attendait.

 


Dr Devo.






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Samedi 17 janvier 2009

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi

[photo: "Papon, Brutus et Pinochet" par Dr Devo et Mr Mort.]






Comment commencer avec brio un article sur le cinéma en cette nouvelle année ? Facile, en citant une critique des Inrocks  : "Kim Jee-woon réussit avec bonheur la greffe entre codes occidentaux et psyché orientale." Voila une phrase tirée de l'article dithyrambique des Inrocks, mais qui pourrait aussi bien l'être de TELE 7 JOURS ou de JEUNE ET JOLIE (si si, il y  a une rubrique cinéma).




Maintenant j'aimerais vous parler dans mon modeste article de psyché orientale. Oui, je pourrais vous en parler toute la nuit s'il le faut. Plus important encore j'aimerais parler de ma passion inconditionnelle de la greffe de psyché mais malheureusement le temps m'est compté, et Matiere Focale n'a pas les épaules suffisantes pour de telles révolutions conceptuelles dans la façon d'aborder le cinéma. Je vois bien que vous êtes déçus, mais il faudra vous y faire, bonne année.




Loin de la psyché et des affres de la transplantation stylistique, il y a le fait que c'est le deuxième western asiatique que je m'enquille en trois semaines [j'ai subi la vision de l'incompréhensible SUKIJAKI WESTERN DJANGO de Takashi Miike (Japon-2007), greffe de psyché sans doute ratée], et voilà qui me fait me poser de drôles de questions  sur la psyché des producteurs orientaux que je vous épargnerais volontiers.




Kim Jee-Won est parait il très apprécié ici bas à la rédaction de Matiere Focale, toutefois je ne vous raconterais pas de salades, je n'ai vu aucun de ses films.  LE BON, LA BRUTE ET LE CINGLE est une variation sur le thème du western spaghetti de Leone, sans toutefois en être un remake. Trois personnages avec autant de personnalité que dans le titre se disputent un bout de carte dans le désert de Mandchourie, 500 ans avant le paris dakar. Le Cinglé est un peu là par hasard, La Brute cherche à rembourser sa garde robe prada mise à mal par la dure vie de cow boy, et le Bon cherche à s'enrichir par tout les moyens (ce qui en dit long sur la psyché orientale, hum). Voila voila, le scénario n'impressionne pas particulièrement par sa profondeur abyssale, il n'est qu'un prétexte à une débauche de psyché et de scènes mettant en avant des chapeaux et des chevaux.



Et soudain je me trouve mal, car j'ai vraiment passé un moment éprouvant dont j'aurai bien du mal à parler avec déconvenue et flegme. Je n'ai vraiment pas du tout aimé pour parler simplement, ou alors, la greffe n'a pas prise, pour parler d'un point de vue médical.  Quand on n'a pas de scénario captivant ou spécialement bien écrit, la moindre des choses c'est d'assurer un peu derrière avec un point de vue original, voire artistique dans le meilleur des cas. C'est même une prérogative importante pour tout lecteur assidu de Matière Focale. Autant vous dire que ce n'est pas du tout le cas : scènes d'actions illisibles, cadrage en dessous de tout, photo inexpressive, images de synthèse rajoutées par-dessus la jambe, et boum le focalien moyen se retrouve bien vite sans défense et submergé par un flot incessant d'image et de sons qui surenchérissent tour à tour dans la médiocrité et le mauvais gout. Je ne ferais aucun parallèle avec l'œuvre de Leone, même ses films de vacances à Rimini doivent être plus agréables.  Passe encore les acteurs et leurs postures tape à l'œil, je m'y étais plus ou moins habitué. Mais de là à convoquer le plus mauvais goût occidental et le coller à ce que l'Asie a de plus cliché, c'est plus de la greffe : c'est le retour de Frankenstein dans une version où le savant fou serait interprété par Lech Walesa: c'est tout bonnement une abomination croulante. C'est vraiment très difficile pour les nerfs, d'autant plus que c'est en coréen donc, si vous commettez l'erreur de fermer les yeux, vous aurez instantanément des visions plus horribles encore.  J'espère pour Kim Jee-Won que c'était une erreur de parcours ou une grosse dette à payer, parce que ca ne donne pas envie de voir ses autres films. Honnêtement j'aimerais bien faire une critique constructive et argumentée, mais les bras m'en tombent. Il n'y a absolument rien de cinématographique dans ce film. Même pas du respect pour le vieux Sergio, c'est dire où la légendaire perfidie asiatique nous entraine pendant deux longues heures. Comme quoi, la psyché, c'est pas bien compliqué...





Norman Bates.








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Vendredi 16 janvier 2009

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi

[Photo: "Oh Blimey !" par Dr Devo]




Chers Focaliens,

 

Aujourd'hui, Pardi 13 Janvier, c'est la Saint-Dividi, alors bonne fête à tous les dividis, à l'instar de...

 

 

 

 

WAITER de Alex Van Warmerdam (Pays-bas, 2006)

 


Alex Van Wamerdam, acteur et réalisateur ici, joue le rôle d'un garçon dans un restaurant un peu étrange, quelque part dans une ville des Pays-Bas. Et le pauvre Alex n'a pas la vie facile. L'établissement marche sur trois pattes, les journées sont longues et harassantes, les clients sont souvent stupides et/ou méchants. Et quand il rentre chez lui, c'est pire: sa maîtresse ne le passionne pas, sa femme, très malade et tout le temps alitée, est un quasi-légume, et ses voisins sont des nuisibles de la pire espèce, qui même la nuit, ne lui laisse aucun instant de silence ou de répit. Une vie morne, dure, sans issue. Mais, cette vie parait surtout mal écrite, et Alex s'apprête à en changer le cours de la manière la plus absurde qui soit. Va-t-il gagner au change? Et nous, spectateurs, allons-nous gagner au change?

 

 


Et bien, c'est toujours un plaisir de retrouver les vieux amis. Van Warmerdam, réalisateur issu du pays du Gouda, avait la côte dans les années 90. On a vu beaucoup de ses films en salle, les critiques lui faisaient les yeux doux, et comme d'habitude, les critiques agissant comme des critiques de mode à MARIE-CLAIRE, la robe est repassé en-dessous du genou et bien évidement, d'un coup, tout le monde (critiques, spectateurs, distributeurs, directeurs de salle...) s'en fout de Warmerdam. Il n'empêche qu'à l'instar d'un Hal Hartley, d'un Roeg, le hollandais continue de tourner, et en juillet 2007, ouf, WAITER sort en salle, avec un nombre de copies ridicule, bien entendu, et très peu soutenu par qui que ce soit. Résultat: un joli four. Le dividi est facilement trouvable, profitons-en.




Sur un sujet plus ouvert et plus balisé que LES HABITANTS ou ABEL, notre Alex parvient néanmoins à nous en mettre plein les mirettes. Si le sujet ressemble à celui d'un film art et essai convenable (ou normal), le reste l'est un peu moins. WAITER explore de manière bêtement frontale les rapports entre réalité et fiction, mais surtout, ce qui frappe, c'est la relative linéarité du traitement. Pas de chichi, Alex semble sans naïveté mais aussi sans fioriture, et avec simplicité même, ne prendre qu'une idée et la pousser jusqu'à ce qu'elle se détruise. Et c'est ça, la force de WAITER. En poussant la narration dans un peu tous les sens, et en privilégiant la réécriture de l'histoire pendant le déroulement même de la projection, Van Warmerdam transforme son film en un film normal, c'est à dire en un film qui pourrait sortir dans votre cinéma art et essai préféré dans les années 2000. Au fur et à mesure, parce que les artistes sont faibles, qu'ils ne savent pas trop quoi faire, WAITER ou plutôt l'histoire de Alex devient de plus en plus symbolique, se gorge de péripéties romanesques de plus en plus énormes, de raccourcis métaphoriques souvent de plus en plus dégoûtants (rires), jusqu'à ce que, sans qu'on s'en rende compte, on ait franchi les limites de la décence artistique. Si WAITER parait être le dialogue entre la réalité et la fiction d'une manière un peu simple, il pose des questions passionnantes: celle de l'écriture, celle du filage des métaphores et celle des réseaux symboliques. WAITER est peut-être un des rares films qui parle du scénario, en quelque sorte. Si Alex et son créateur dialoguent, c'est plaisant. Mais en arrière plan, la partie qui se joue est plus fine et c'est souvent entre les lignes, ou plutôt mine de rien, sans appuyer, que les choses les plus belles et les plus subtiles se jouent. WAITER raconte la dégénérescence d'un film! Ni plus, ni moins. Warmerdam joue de la chose avec précision et concision, anticipant nos remarques. Une scène démarre, très souvent, et on se dit: "Oulah, c'est pas bien écrit ça!". Et pour cause! C'est le sujet du film, cette vulgarisation de l'écriture, et derrière la quête du héros pour une vie meilleure, il y a la question "à quoi ça sert?", et la demande inconsciente d'une narration qui soit originale et surtout pas anonyme. Les jeux de faux-semblants, dans ce contexte marche d'autant mieux quand ils traitent des rapports entre singularité des péripéties (par exemple, un yakuza débarque dans cette histoire, ce qui est quand même extraordinaire au sens strict) et vulgarité de ces péripéties (plus, il y en a, plus elles sont caractérisées, et plus le film devient vulgosse et mal troussé jusqu'à perdre le sens de la "réalité"). Un film avec un réseau symbolique développé est-il un bon film? [Question qui, soit dit en passant, s'adresse surtout aux critiques de cinéma, car un des cancers de ces gens-là est de confondre réseau sémantique et aboutissement d'une film!] Pour Warmerdam, non, pas du tout. Et c'est exactement ce que raconte WAITER, en poussant la logique jusqu'à la fin la plus insupportable: la symbole dit du "pot de fleur".

 



Question mise en scène, c'est d'une beauté subjuguante. Warmerdam, loin de nos yeux, n'a rien perdu de sa compétence. Le cadre est sublissime, les axes et les jeux d'échelle sont coupés au cordeau, et les repérages sont époustouflants. Formellement, le film est à mille coudées au-dessus de la production européenne art et essai. C'est toujours sublime. La photographie est variée et tout simplement superbe, et ce n'est pas tous les jours dimanche, ne se contente pas d'être bêtement illustrative. Le montage suit, souvent aidé par le son d'ailleurs, et la mécanique se déroule de manière précise. Les bonnes idées et les idées vulgaires se jouent sur le fil du rasoir ce qui rend WAITER très jubilatoire et troublant pour le spectateur: la mise  en scène de Warmerdam, la dégradation du tissu scénaristique, la soumission de la mise en scène de Warmerdam aux mauvais traitement du scénariste sont autant de niveau de lecture et de niveaux de sensation esthétique qu'on décode  et apprécie avec subtilité et auxquelles il faut se frotter. On se retrouve alors un peu dans la position du héros: on doit des fois mettre les mains dans le caca  narratif pour savoir si c'est de l'ard ou du cochon de batterie... Que c'est étonnant!

 

 

Un seul plan (toutes les premières séquences dans le restaurant par exemple) de WAITER nous fait comprendre l'excellence du travail de Warmerdam qui est, de très loin un de nos meilleurs réalisateurs vivants. C'est d'une précision et d'une intuition exquise, et le néerlandais fou semble appartenir à un territoire oscillant entre deux autres repères, quoique son style soit vraiment encore différent. Je m'explique. Ces repères, ce sont Bertrand Blier et Julio Medem, autre oublié des cinéphiles. On retrouve ici non pas des logiques soeurs, mais des styles et des modousses opérandailles communs, dans cette volonté de faire d'un film un espace non-figé et sans cesse mouvant, sans cesse travaillé (y compris pendant la projection) et mêlant les frontières du "réalisme" et du fantastique. D'autre part, on retrouve aussi ce goût pour les lectures et les visionnages mouvants, paradoxaux, incertains, mais très émouvants qui font que, sans cesse, les symboles muent, changent de signification et tracent une toile d'araignée spectaculaire, presque infinie, de sensations. Jamais un symbole ou une intention n'est utilisé pour rassembler spectateurs et réalisateur dans le sens du plus grand dénominateur commun, mais bien au contraire, chaque élément narratif ou de mise en scène travaille dans le sens d'une singularité nouvelle et surprenante. WAITER est un grand film, et il est temps de réhabiliter Van Warmerdam, et de montrer tous les films qu'on a loupé depuis que sa gloire éphémère des années 90 s'est fanée. AVW est un très grand réalisateur.

 

 

Vôtrement Vôtre,

 

 

Dr Devo.

 







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Mardi 13 janvier 2009

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi

(Photo: "Pendant ce temps-là, à l'appartement..." par Dr Devo)




Ce sera-t'y pire, ce sera-t'y meilleur ? Je reprends mon sac U.S, j'y glisse une mandarine, et zou, je file voir...



AUSTRALIA de Baz Luhrman (AUSTRALIE-2008)

 

Nicole Kidman, riche aristocrate anglaise n'a jamais eu peur des slips, qu'on se le dise. Alors quand les finances sont au plus mal, elle décide de retrouver son mari qui, croit-elle, mange des œufs à la coque avec toutes les femmes qui ont du beurre, tout là-bas en Australie. Pas de chance au grattage, car la têtue longiligne arrive 5 minutes après le décès de feu son époux qui, contrairement à ce qu'elle pensait, la sotte, ne courrait pas la gourgandine et les retrousseuses, mais essayait de s'occuper de son immense ranch et de ses nombreuses boules, ou plutôt, soyons précis, de ses nombreux "bulls". Voilà donc, la Kidman, et c'est bien paradoxal, sans homme ni enfant (jeu de mot !) au milieu de la brousse aborigène. Elle doit alors laisser tomber son ladyshave et se retrousser les manches, et se faisant elle découvre  Hugh Jackman, cow-boy bourru mais pro, et un petit garçon aborigène, très mowglie-boogie qui ne narre pas à tort, mais voit les choses de travers, culture aborigène oblige... Il faut conduire le troupeau, dévaster le monopole vilain, mais vite-vite, sinon on sera en retard pour la guerre. En chemin, Jackman prend une douche, et David Gulpilil remet son walkman pour écouter du Midnight Oil. Là, c'est le drame : on lui a volé sa musicassette pour la remplacer par un alboume d'Elton John...



Ha, les délices du film à costumes, deuxième plus mauvais genre du monde (après et/ou à égalité avec le film de maladie, bien sûr) ! AUSTRALIA, j'ai été grassement payé pour aller le voir, comme cela arrive une fois par mois. Sinon, et malgré la sympathie que je porte au premier film de Luhrmann, BALLROOM DANCING, je ne crois pas que je serais aller voir la chose, bien éprouvé que je fus, déjà, par la vision de MOULIN ROUGE, film quasiment insupportable pour votre serviteur pour des raisons musicales. Ceci dit, bah, je sais pas si c'est l'esprit de Noël ou la grippe intestinale du Nouvel An qui dégoulinait sur (sous) moi, mais en tout cas, bah, la première partie du grand machin de Luhrman, sans me passionner un seul instant, fut quand même moins insupportable que je le craignais. Bon, le Luhrman, fan de kitch malheureusement,n'est pas prince du bon goût, on le savait, et depuis qu'il a, hélas serais-je tenté de dire, du succès, il n'a plus de limite dans ce kitsch. Ici, il y avait quelques touchettes second degré (la douche de Jackman qui, d'ailleurs, est passé du stade de baraqué à celui d'ultra-musculeux über alles), ça et là, assez rigolotes, et dont la plus simple et la plus efficace est la scène des kangourous. Bon, non pas que ce second degré innerve toute cette première partie et joue au tennis avec les choses plus "sérieuses"... Ca reste illustratif, mais voilà un mélange de ton, c'est déjà ça de pris. Même si la réalisation ne trouait jamais rien chez nous, en terme de beauté, le bonhomme faisait tous les trois ou quatre plans des jeux de surcadrage, ou s'abandonnait dans des plans artificiels. Ça, le Luhrmann, il cherche l'expressif, et pas le fadasse. Tous ces éléments, sans recueillir mes suffrages, firent passer le temps. L'angliche et l'aborigène se métaphorisent l'un l'autre sous la forme du conte que storytelle en voix-off le petit garçon, quelquefois avec des redondances agréables. Rien de bien passionnant ni de renversant, certes, mais au moins c'est un peu plus relevé que la masse des gros engins que dégainent les studios. Si Jackman est toujours parfait dans le rôle de la bûche aphasique, la Kidman se trouvait relativement à l'aise dans un rôle engoncé mais rendu ainsi un peu dynamique. Là.


Et puis, l'amour propre ne l'étant jamais très longtemps, ce furent les adieux à Cythère, et le démarrage de la seconde partie, fabuleusement longue en ressenti, et ignoblement classique et mal fichue. Adieu second degré, et bonjour les métaphores lourdasses. Quand la première partie s'achève bien (avec) les chevaux, si j'ose, on se disait que le film était super-court et c'est très bien comme ça. Mais la guerre, c'est bien connu, bousille tout ce qu'elle touche et emporte avec elle le rire des enfants.  Adieu le petit machin laid mais un peu différent à 3000 milliards de dollars, et bonjour le remake de AUTANT EN EMPORTE LES PROUTS. Mawame Scarlette, sur son fauteuil de spectatrice pathugmont, trèèèèès fâchée. De là, plus rien ne tient, malgré une première scène très acceptable et plutôt bien écrite, celle du bal, où l'ambivalence et les changements de sujet étaient de rigueur. Après cela, les oies sottes se contentent de cracher pour mourir, et le ralphdebricassardisme est tout proche. Méchant stupide et mal écrit, horribles effets spéciaux kitschissimes (déjà présent en première partie) jouant le rôle du capo du camps, et fin de quoi que ce soit dans la mise en scène, au profit d'un PROUT-PROUT OF AFRICA, la belle affaire, qu'il s'agira de subir sans que rien ne soit épargné. Les petits nenfants norphelins en râteau de sauvetage, tu es morte, o dieu merci, tu es vivante, en fait, je t'aime, et, bien sûr, justice aborigène ridiculissime tout droit importée des Studios Seznec, acteurs nazes, même Nicoletta. Bonjour, le  Kaki Blues. C'est l'arnaque totale. On regarde le chrono, et on se demande où ont pu se mettre, ces trois heures de deuxième partie. En fait, ce n'était pas si long, mais c'était si stupide et insupportablement mièvre (et sans lyrisme) que la facture semblait plus lourde.


On jura qu'on ne nous y reprendrait plus, et l'on souhaitait que le Luhrmann fût condamné à réaliser un film d'horreur avec un budget de 27,99 euros. Beurk, beurk, beurk. David Gulpilil, là, derrière, vague, se fait sexploité et boomerangisé la nue, dans un rôle mille fois vu et qui n'a rien à envier à la gwosse mama blackosse de AUTANT EN EMPORTE MON RANG. Voir notre ami en captain' Igloo australien, mais sans les bâtonnets, est une bien triste expérience, et contredit avec un humour noir la tolérance affichée du sujet. Bah, ce n'est pas fait exprès, mais c'est marrant quand même. On imagine que le sous-titre des paroles aborigènes coûte cher. Les grands-mères apprécieront et peut-être aussi les lectrices d'ELLE. À noter que souvent, AUSTRALIA passe dans des salles chauffées, et permet d'économiser le douloureux achat d'une gaine Damart. 






Certainement Vôtre,




Dr Devo.





 

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Dimanche 11 janvier 2009

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