STAR WARS, EPISODE VII: L'EVEIL DE LA FORCE de J.J Abrams (USA-2015): Rimbaud Sapin !

Publié le par Dr Devo

[Photo: "John Meurt à la Fin" par Dr Devo]

[Photo: "John Meurt à la Fin" par Dr Devo]

Une vieux trench coat lessivé, une douche rapide apportant un minimum d'hygiène après laquelle on enchaînera fissa un café-clope redoutable, voilà la recette du succés pour les critique de cinéma 3.0. L'épuisement n'est pas une faiblesse mais au contraire un atout pour qui pratique le journalisme total. La politique des auteurs, mes gros loulous, appliquez la aussi à votre quotidien et à votre présent et j'ai même envie dire, ne l'appliquez que là. C'est la Méthode appliquée aux choses non pas du muscle mais de la moindre importance. Il fait gris sombre, le crachin est poisseux, votre médecin vous a recommandé 9 heures de sommeil, et justement faîte le contraire. Mettez la même surchemise qu'hier, celle qui évoquera avec subtilité le souvenir d'un sdf de jadis, dirigez-vous vers le cinéma en 403 en faisant bien attention d'insulter tous les autres automobilistes, mais surtout gardez à l'esprit d'arriver au cinéma en ayant déjà vidé la moitié de votre paquet de clope. Là, devant l'aimable caissière (pour une fois on n'ira pas à la borne), vous sentirez alors le fruit de ce travail préparatoire: vous êtes détendu et calme, prêt à voir un film uniquement dans un but de loisir, ce qui n'était pas arrivé depuis longtemps.

J'oublie de passer aux toilettes avant de m'installer...

 

Chez nous, dans la galaxie. Tout va au plus mal. Certes, le maléfique empire est tombé précédemment, mais à peine fini notre brochette d'ourson offert par la production pour la fête de fin de tournage, un autre prend sa place, le Nouvel Ordre (ou quelque chose dans le style). Et ce dernier n'est pas là pour poser du parquet et danser dessus. Il est là pour continuer le sale boulot en faisant mine que rien n'avait changé. Pauvres fous ! Autant dire que ça tombe comme des mouches côté civil !

La rebellion a changé le nom du parti, la Résistance, plus chic sans doute, et ça ne va pas fort. On s'organise, on déménage mais un seul être vous manque et c'est le seum. Luke s'étant retiré, il faut le retrouver, mais je ne me rappelle plus pourquoi. Ce qui était sur le point de se réaliser d'ailleurs ! Ils ont essayé, mais n'ont récolté que des problèmes. Bref, la carte permettant de retrouver le Maître jedi, grosso modo, tombe dans les mains d'un robot con comme un bite (comme disent les jeunes) qui lui-même échoue à la gare abandonnée de Pau, soit aux mains d'une jeune fille issue du loupem-prolétariat. Le Nouvel Ordre et son terrible chef décident de remettre une pièce dans le manège et de retrouver le dit robot. C'est le début des emmerdes et du drame...

 

Il n'y aucune raison de tergiverser pour parler de ce genre de film. Alors soyons honnêtes, tomber dans le giron de l'horrible empire Disney (firme la plus maléfique à égalité avec les industries pharmaceutiques et militaires), était ce qui pouvait arriver de mieux à la franchise (ce mot !) Star Wars. On ne reviendra pas sur la trilogie précédente, ignoble de fond en comble, dont on s'étonnait qu'elle trouve des défenseurs, d'une part, mais dont le cristal noir et décrié était justement l'élément qui fonctionnait non pas le mieux mais était le plus logique (une véritable synthèse de l'ensemble): Jar Jar Binks, moitié petit-négre de service, moitié singe de lessive, mais ici malheureusement absent ! Le gros, l'énorme porcinet ayant été viré de sa propre usine, on pouvait alors soupçonner que oui, on était en droit d'envisager du regardable.

Hélas  pour moi, comme dirait l'autre, victime de la politique totalitaire de Dix-nez (qui rappelons le, à interdit à bon nombre de salles de passer le film aux profits de Pathugmont), je dus voir le film en troidé ce qui est une véritable plaie. Le cinéma de l'ère numérique est très mauvais pour tout ce qui concerne les lignes diagonales et les mouvements horizontaux (pano, travelling), là où ca ne posait aucun problème au 35mm, mais en 3D, comme on dit aux bonnes tables du XVIéme: "c'est la cata!". Relégué à la position d'un spectateur de match de foot, on sera indulgent avec le critique qui n'a donc pas vu le film dans des conditions de cinéma au final.

 

Cela dit, comme disait le Poéte, entrons dans le York. Assez bavassé.

Ce n'est pas une mais deux choses, deux, qui s'imposent à l'évidence dans ce film. Primo Levi, en remettant le vieux porc à l'hospice et en lui interdisant d'intervenir, la production a décidé de remuer le couteau dans la plaie suitante en clamant haut et fort que le film devait être tourné en 35mm justement ce qui est une vaste blague (car de la synthése, il y en a les cocos; et tant et plus), mais reconnaissons un effort de direction artistique: il y là un effort certain et partiellement réussi de remettre du dur dans la saga. Je ne me fais aucune illusion: ils auraient aussi bien pu faire une éniéme avatar de la trilogie jackso-tolkenienne. Et je suis sur qu'un jour ou l'autre ça reviendra. Mais puisqu'il faut tuer le père obèse, pour cette fois, on arpente les coursives dans de "vrais décors". Je le répète, pas un plan n'est pas retouché. Et pour un couloir de réussi, dans la minute, on découvre un plan gigantique (le film jouant souvent dans la brisure de l'échelle de plan) où là, on se recoltine pour la millième fois du décor titanesque et laid à la mode héroïque-fantaisie (maladie du cinéma de blockbuster de ces 15 dernières années, hélas). Une dichotomie particulièrement à l'oeuvre dans la dernière partie (la planéte-base) où cette synthèse ne crée jamais l'abîme mais divise le film en deux: d'une part une premier long-métrage fait de plans rapprochés, et de l'autre, un film de plan d'ensemble en synthèse moche (mais soyons clair: beaucoup moins moche que ceux de la prelogie précèdente). Les deux ne cohabitent pas du tout ensemble. La synthèse est souvent mochasse ou impersonnelle, et quoiqu'il arrive convenue (déjà vue, quoi). Le spectateur a donc l'impression de regarder deux films en zappant avec sa télécommande. ce qui donne un moment très cocasse dans le moment le plus dramatique (la scène du pont) où on sent la volonté d'établir un décor au lyrisme violent alors que le dispositif dichotomique expliqué ci-dessus réduit le processus à peau de chagrin: 1) la volonté de décors durs est anhiliée par la super-puissante synthèse (et accessoirement ruine une heure et demi d'efforts en ce sens), et 2) Jean-Jacques Abrams ne sait donc plus comment filmer sa scène de dialogue et est contraint de nous faire un très, mais alors laidissime champ/contre-champ en gros plan ou presque (quelle misère!). Ha ben ça valait le coup de se casser la binette et de nous casser les oreilles avec vous allez voir ce que vous allez voir, promis c'est fini, plus jamais ça...

Le fan pleure au fond de la salle: la scène la plus mythique du film est filmé comme un dialogue des EXPERTS.

Premier point donc: une dichotomie.

 

Jean-Paul Deuzio, le scénario bien sûr, mais aussi l'Envie, comme disait le Poéte. Le peuple a soif. Comment la production va s'en sortir ?

Baaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah....

 

Euh, comment dire..?

C'est à dire que.... Et non, pas vraiment...

Ce n'est pas que....

Mais faudrait pas dire non plus que...

 

C'est le deuxième point faible du film: c'est blanc bonnet et bonnet blanc.

Fan d'exotisme, n'enlève pas tes charentaises pour les remplacer par des souliers vernis de gala, et laisse la tuxedo au placard. Viens en jogging. Pas la peine de froisser de belles frusques pour rien.

Dans reboot, il y a "re". L'EVEIL DE LA FORCE est très "re". Et pas seulement dans la reprise des personnages. Robot seul dans le désert, scène du bar-cabaret, Darth Vader 2.0, robot-contenant-message-indispensable-pour-la-resistance-perdu-chez-les-ploucs, scène d'intiation onirique à la force, échappée du faucon millegnieume, et surtout surtout surtout: encore encore encore encore de l'Etoile Noire, de l'Etoile Noire, de l'Etoile Noire et donc 1000éme attaque d'étoile noire de la saga!

La zermi du dimanche soir comme disent les jeunes, le blues du lundi matin. Drama: le Sofitel de Bamako ressemble en tout point au Plazza de Saïgon !

En bref, le schéma dramatique est exactement le même. Et ce ne sont que quelques exemples. Tous les trois plans, toutes les trois lignes de scénario, on ne fait pas de clin d'oeil à la trilogie d'origine, on réemprunte, au contraire, EXACTEMENT le même chemin.

Et ça, c'est quand même un sacré problème qui interroge non seulement la production mais aussi le spectateur-fan.

 

On passerait sur les quelques punchlines "marrantes" très maladroites  (franchement, est-il nécessaire de nous faire rire en pleine nuit de cristal?), sur les monstres en synthèse immondissimes qui parfois surgissent ça et là (ça aussi ca renforce mon premier point). On excuserait le casting parfois très très maladroits (le nouveau héros est mauvais, même si moins que prévu, Darth Vader 2 -si on peut louer l'effort d'avoir choisi un acteur au physique inattendu- est lisse  comme un monolythe). On ferait le gros dos en face de la dichotomie dur-synthétique évoquée plus haut.

 

Mais là.... On nous promet une nuit d'amour, des étoiles dans les yeux, des feux d'artifice au moment intense du plus grand plaisir, on nous promet le Grand Soir bon sang !!!

Comme devant cette belle femme, divinement attirante qui a flirté toute la soirée avec nous et qui, au moment d'entamer vraiment la nuit, fait des mots-croisés en chuchotant "vas-y grand fou", on se rhabillerait presque sans attendre le petit déjeuner, un peu pantois, en se disant qu'on se rappellera peut-être, mais sans même se faire un petit calinou avant de prendre congés.

 

Si parfois un éclairage joli affleure (de manière toujours fugace d'ailleurs, juste une seconde ou deux; je me rappelle un stromtrooper qui monte dans un escalier en colimaçon, passe devant un projecteur qui révèle une double-lumière), un petit cadrage sympa sans plus, une idée de décor gentiment agréable, si on se dit que l'actrice principale, par contre, est un très bon choix, pour le reste, la tisane est bien tiédasse. On passera sur les deux-trois bizzarerie de scénario (qui sentent un peu, sinon carrément, les problèmes  de production ou au moins le repentir, comme la mise à l'écart de Chewbacca). Ou sur le fait que le combat au sabre finale soit bizarrement très très mal cadrée quand elle démarre, et ensuite très bien cadrée quand on y revient (ha oui, c'est la fête au montage alterné, bien souvent, et le montage ce n'est pas son fort à Juanito Julio Abrams, les plans étant souvent trop courts ou trop longs d'une secondes ou deux).

 

Bref, la volonté de mettre Lucas au placard, voilà la bonne et logique idée de ce long métrage ! Le retour au source de la première trilogie, sur le plan thématique ou dans la direction artistique "en dur" (mais contrariée donc) sont aussi un effort louable. Et si l'ensemble est regardable de fait, ce que n'était pas du toooooout le cas de la trilogie précédente, Jeanne Jocelyne Abrams, quoique très lucide sur l'impératif de se réapproprier le matériau d'origine, ne fait qu'assurer le fan service, enfermant ainsi le spectateur dans son confort régressif,  et plus grave, refuse carrément d'emmener le public où il souhaiterait, même inconsciement aller: AILLEURS !

 

Malgré les enjeux dramatiques du film, le nombre hallucinant de morts et de batailles, on regarde tout cela d'un regard détaché, en sirotant tranquilou son earl grey, comme chez soi, sans qu'aucune (mais alors aucune) émotion, sans qu'aucun bouleversement n'ait lieu. L'émotion est absente. Et encore, dieu merci, il ya l'actrice principale qui se démène ! Le scénario lui-même ne semble du coup, outre l'effet de remake incessant, ne faire aucun mystère de rien: les twists se sentent deux kilomètres à l'avance, les twists hors-film et qui seront dévoilés plus tard apparaissent clairs comme de l'eau de roche. Voilà qui augure, j'en ai bien peur, du pire, ou du moins du bis repetita. Vu le succés de la chose et le plaisir évident que les gens prennent en salle, je vous pari ma petite pièce que le prochain épisode sera, sans doute la copie carbone de L'EMPIRE CONTRE-ATTAQUE. Faute de renaissance, la saga semble bien en rémission, c'est certain mais laisse un goût amer. Sous le sourire, sous la rutilence (si je veux), cet univers semble continuer à mourir à petit feu. L'EVEIL DE LA FORCE ne sent pas assez la clope, le café et le vieux trench coat trempé !

 

En l'état, à défaut d'un bon concert, on assiste au show friqué d'un cover-band.

 

Et il ya onze, tiens, jour pour jour, Matière Focale voyait le jour !

 

Merci à celui qui lira!

 

Des Bisous.

 

Dr Devo.

 

PS: Ha, il ya quand même quelque chose qui m'a paru bien, même si c'est là aussi une resucée: le personnage de la tenanciére de la taverne, très bien doublée qui plus est (c'est un yoda mix bien sûr). Hélas, même ce petit moment de grâce a été CGI-isé. Le geste punk aurait été de revenir à l'animatronic ! Ils n'ont pas encore tué le Pére !

 

 

Découvrez d'autres articles sur d'autres films en consultant l'Index des Films Abordés.

 

Retrouvez Matière Focale sur Facebook ainsi que sur Twitter.

 

 

Publié dans Corpus Filmi

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Dave 21/12/2015 22:02

S'il y a redire sur l'histoire (effectivement, très "inspirée" d'un nouvel espoir), je trouve que cette critique charrie le même type de clichés que l'on se tape depuis maintenant presque 20 ans, tous tournant autour de Lucas et de la prélogie.

Désolé donc de ne pas être d'accord avec vous, mais avec les épisodes I,II,III, Lucas a le mérite de ne pas vouloir refaire ses films, mais au contraire de leur donner un départ, une explication et de montrer ce qu'il avait en tête en 1973. Ce n'est sans doute pas ce qu'attendait les "fans" (qui eux auraient préféré un truc bourrin où Vador aurait dégommé à tout va), mais c'est ce qui, à mon avis, était le mieux pour la saga.
;
Maintenant, je n'ai pas vraiment vu d'influence Disney. K.Kennedy produit, Kasdan écrit, Abrams dirige . Pour moi, c'est plutôt Amblin à la manoeuvre.