BON CHIC MAUVAIS GENRE #63: "Rien N'est Vrai, Tout Est Permis" (spécial documentaires)

Publié le par Dr Devo

[Affiche réalisée par Lammakian Samsenesena.]

[Affiche réalisée par Lammakian Samsenesena.]

 

Bon Chic Mauvais Genre, votre soirée double programme préférée - consacrée à un cinéma entier, transgressif, délirant, flamboyant, et programmée par les projectionnistes du cinéma  Majestic de Lille en collaboration avec la revue DISTORSION – vous ouvre, vendredi 26 février, pour cette 63ème édition, une fenêtre sur le Passé, le Vrai et Le Faux. Car il s'agit d'une soirée consacrée au documentaire.   Et pas le documentaire à la Papa, tranquille dans ses pantoufles. Bien au contraire !

Nous passerons la soirée en compagnie de Guy Maddin, le génial réalisateur canadien qui nous montrera que son documentaire autobiographique, quoique rigoureusement mis en scène  et aussi fabriqué qu'une fiction, est rigoureusement précis et véridique ! Et ensuite, nous marcherons sur les traces du Cinéma Invisible en retraçant l'épopée hallucinante du plus grand film jamais tourné (dans le sens où le film ne s'est jamais fait !): l'adaptation du DUNE de Frank Herbert par Jodorowsky.

En bref, le faux, c'est le vrai ! Le monde se construit sur l'Invisible ! Venez avec nous dans cette virée folle aux côtés de deux cinéastes vivants parmi les  les plus rock'n'roll, fous et visionnaires !

 

19H30 : WINNIPEG MON AMOUR (MY WINNIPEG) de Guy Maddin – Canada – 2007 – 80 min – Copie 35mm – vostfr.

Avec : Ann Savage, Louis Negin, Darcy Fehr, Brendan Cane, Wesley Cade, Lou Profeta…

Pressé par de difficiles conditions matérielles, le cinéaste culte Guy Maddin accepte de tourner un film sur sa ville natale Winnipeg pour une chaîne documentaire. Tout revient vite en mémoire pour Maddin. Notamment le jour où il a quitté cette ville où il a vécu son enfance, en prenant le train pour démarrer sa vie d'adulte. Mais le train ne s'arrête jamais, n'avance jamais beaucoup et ne cesse de repartir de Winnipeg et vers Winnipeg. Maddin se replonge alors dans l'histoire de la ville et aussi dans la sienne. Un voyage somnambule et impressionniste commence... 

Ceux qui ont la chance de connaitre le cinéma de Guy Maddin savent que nous sommes ici en présence d'un des plus grands réalisateurs actuels, mais aussi un des plus iconoclastes. Tous ses films sont totalement uniques et esthétiquement ahurissants. Il en va de même ici mais d'une manière très étrange... En acceptant pour la première fois de faire un film de commande, Maddin sabote totalement le documentaire qu'aimeraient sans doute voir ses producteurs et les instutionnels du  cinéma canadien qui l'ont financé. Il engage des acteurs (dont Darcy Fehr qui jouera le rôle du réalisateur!), organise un tournage et filme son documentaire comme une fiction. WINNIPEG MON AMOUR est un film où rien n'est vrai, où les époques se mélangent, où la réalité des statistiques et des faits est discutable, où l'Histoire tangible et les souvenirs diffus ne sont séparés que par une frontière poreuse. Tout sera remis en question. Maddin a-t-il seulement quitté la ville pour y revenir ? Ce train qui n'arrête pas de partir et ne cesse de s'immobiliser, voyage-t-il vraiment dans l'espace ? Et si oui lequel ?

Comme dans tous les films de Maddin, une seule minute de WINNIPEG MON AMOUR est plus magnifique qu'une année entière de cinéma art-et-essai. Décors magnifiques, changement de supports, cadrages merveilleux, superpositions gourmandes, un traitement du son hallucinant et une photographie à tomber par terre, etc. Le film est sublime et totalement quantique. L'infiniment petit se mêle au cosmique et Maddin, comme à son habitude, signe un film surréaliste, drôlissime et très poignant qui finit par nous interroger, nous spectateur n'ayant jamais mis les pieds à Winnipeg, dans le blanc des yeux. On douterait presque de notre propre histoire ! En détruisant et recontruisant le réel, Maddin parvient à cet exploit: faire un film complètement fabriqué, ne respectant rien et surtout pas la réalité, et en même temps  réaliser un documentaire totalement juste et pertinent. Et si c'était toujours comme ça qu'il fallait les faire, les documentaires ? Ce film est un chef-d'oeuvre total  qui  prouve une chose incoryable: le génial Guy Maddin, dans cette dernière décennie, évolue encore, et tenez-vous bien, ces films sont encore meilleurs !

 

21H15 : JODOROWSKY'S DUNE  de Frank Pavich – France/USA – 2013 – 88 min – copie numérique HD (dcp)– V.O.s.t.f.

Avec : Alejandro Jodorowsky, Amanda Lear, Brontis Jodorowsky, Gary Kurtz, Michel Seydoux, H.R Giger, Dan O'Bannon, Nicolas Winding Refn, Richard Stanley…

 

En 1975, alors qu'il a déjà réalisé deux films superbes et cultes, le cinéaste mexicain Alejandro Jodorosky découvre le mythique roman de Frank Herbert: DUNE. Il veut aussitôt l'adapter à sa manière. Et comme le cinéma de Jodorowsky lui-même, le projet est totalement fou et foisonnant. Le réalisateur s'allie au producteur français Michel Seydoux et commence à travailler d'arrache-pied sur le projet. "Jodo" commence à s'entourer dune "armée d'artistes-guerriers": le dessinateur de BD Moebius, H.R Giger (qui n'a pas encore conçu la créature de ALIEN qui le rendra célébrissime), le spécialiste des effets spéciaux Dan O'Bannon (qui n'a pas encore travaillé sur Star Wars !). Mais Jodorowski ne s'arrête pas là : il veut Pink Floyd pour la musique et en ce qui concerne les acteurs, c'est la folie la plus totale: David Carradine, Charlotte Rampling, Mick Jagger, Amanda Lear (!??!), Orson Welles dans le rôle du Baron Harkonen et Salvador Dali dans celui de l'Empereur !

Au fil des années de travail, le projet se développe et s'épaissit, mais tout ne va pas se passer comme prévu !

Même si JODOROWSKI'S DUNE est un documentaire formellement plus conventionnel que celui complètement dingue  de Guy Maddin présenté ci-avant, il n'en demeure pas moins qu'il souffle sur  ce film un vent de folie furieuse, voire de totale démence. Son réalisateur, Frank Pavich, a pris son temps pour mener une enquête minutieuse sur un film invisible, sans doute aujourd'hui aussi culte que s'il avait été vraiment réalisé ! En rencontrant énormément de personnes impliquées dans le projet, en commençant par Jodorowsky lui-même, toujours aussi délicieux et passionnant à écouter, le documentaire finit par sidérer en deux endroits.

Tout d'abord par son ton, très révélateur de l'expérience de Jodorowsky lui-même sur ce projet. Ce film est fou, donne le vertige, mêle les sentiments d'exaltation et de désespoir. Mais comme disait un critique bien avisé, JODORWSKY'S DUNE est peut-être la comédie de l'année ! Derrière la complexité dramatique de ce projet avorté, l'énergie et la gourmandise de Jodorowsky et de son équipe est aussi totalement jubilatoire. Et derrière tout ça, peut-être découvrons nous un groupe d'artiste sans doute un peu dingues, mais aussi complètement libres et qui avaient choisi de n'avoir aucune limite ! On pense souvent aux héros fous et exaltés des grands films de Werner Herzog....

Mais le plus troublant est peut-être de voir comment Hollywood s'est servi du travail du génial réalisateur mexicain, même si elle a fait en sorte que ce DUNE ne se fasse pas... Une attitude qui ouvre un abîme vertigineux de questions sur la "liberté" de l'artiste" et sa récupération...

Qu'on connaisse le livre de Herbert ou pas, qu'on connaisse les films de Jodorwsky ou pas, ce documentaire est totalement passionnant et pose des questions essentiels sur le cinéma, son industrie et sur le statut d'artiste.

DrDevo.

Dress-code de la soirée (2 DVD à gagner pour le meilleur déguisement !): Canadien, bûcheron, élan, maman acariâtre, chien, tenues années 60, personnage de Star Wars, créature de science-fiction, Sting, producteur véreux, musicien psychédélique,bacon, tout ce qui a rapport à la science-fction, mexicain, catcheur, hockeyeur, agent SNCF, artiste mégalomane, empereur, baron, religieuse,  ou spectateur du Majestic.

Réservations fortement conseillées : possibles dés le lundi 22 février à la caisse du Cinéma Le Majestic. Soirée proposée par le site Matière Focale.com, le magazine Distorsion et les projectionnistes du cinéma Majestic. Tarifs: 13 euros les deux films / 1 film aux tarifs habituels. Cartes illimitées ugc acceptées pour les deux films.

Invitez vos amis via la page-évenment facebook de la soirée: cliquez ici !

Prochaine soirée BON CHIC MAUVAIS GENRE : vendredi 11 mars 2016.

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