BON CHIC MAUVAIS GENRE #64: Feel Bad Movies (spécial Antisocial & Underground)

Publié le par Dr Devo

[L'affiche est provisoire, bien entendue. L'officielle sera là très bientôt !]

[L'affiche est provisoire, bien entendue. L'officielle sera là très bientôt !]

Bon Chic Mauvais Genre, votre soirée double programme préférée - consacrée à un cinéma entier, transgressif, délirant, flamboyant, et programmée par les projectionnistes du cinéma Le Majestic de Lille (en collaboration avec le magazine Distorsion), revient ce vendredi 11  mars avec une thématique hors du commun et, somme toute à contre-courant, car il s'agira de (re-)découvrir deux films magnifiques mais sans concession, dépeignant la lutte désespéré des individus contre une société violente et injuste !

Alors oui, ça va être iconoclaste et rock 'n' roll dans l'âme ! Mais qu'on ne s'y trompe pas: sous la lutte la plus dure et les destins les plus tragiquement agités, il y a une lumière sublime et vénéneuse qui nous invite à imaginer nos existences autrement. Un humanisme punk ? Nous verrons...

Nous commencerons avec l'insolent et sublimissime SEUL CONTRE TOUS de Gaspar Noé, voyage au coeur de la France la plus underground. Et ensuite, ce sera Asia Argento -ici réalisatrice et comédienne- qui explorera la face B de l'Amérique dans son LIVRE DE JEREMIE, adaptation iconoclaste et hardcore du livre culte de JT  Leroy !  

Bon Chic Mauvais Genre, votre soirée double programme préférée - consacrée à un cinéma entier, transgressif, délirant, flamboyant, et programmée par les projectionnistes du cinéma Le Majestic de Lille (en collaboration avec le magazine Distorsion), revient ce vendredi 11  mars avec une thématique hors du commun et, somme toute à contre-courant, car il s'agira de (re-)découvrir deux films magnifiques mais sans concession, dépeignant la lutte désespéré des individus contre une société violente et injuste !

Alors oui, ça va être iconoclaste et rock 'n' roll dans l'âme ! Mais qu'on ne s'y trompe pas: sous la lutte la plus dure et les destins les plus tragiquement agités, il y a une lumière sublime et vénéneuse qui nous invite à imaginer nos existences autrement. Un humanisme punk ? Nous verrons...

Nous commencerons avec l'insolent et sublimissime SEUL CONTRE TOUS de Gaspar Noé, voyage au coeur de la France la plus underground. Et ensuite, ce sera Asia Argento -ici réalisatrice et comédienne- qui explorera la face B de l'Amérique dans son LIVRE DE JEREMIE, adaptation iconoclaste et hardcore du livre culte de JT  Leroy !  

[Bon, on voit pas grand chose, mais d'autres bandes-annonces en montre beaucoup trop !]

19H30 : SEUL CONTRE TOUS de Gaspar Noé – France – 1998 – 93 min – Copie 35mm.

Avec : Phillipe Nahon, Blandine Lenoir, Frankie Payne, Martine Audrain, Zaven, Jean-François Rauger, Guillaume Nicloux…

"Mon Histoire est très simple: c'est celle d'un pauvre type". Ainsi se décrit notre héros ! Boucher chevalin dans la banlieue de Lille, au bas de l'échelle sociale, invisible parmi tous, il ne peut s'empêcher de nourrir haine et frustration envers une société qu'il déteste et qui le lui rend bien, balloté dans une vie familiale terne où sa femme, enceinte jusqu'aux dents, l'humilie volontiers...

Et un jour, c'est l'incident. Il faut partir. Ce sera à Paris, avec seulement 300 francs et un revolver  en poche, et surtout l'espoir fou de pouvoir "recommencer à zéro."  

Suite de son court-métrage étonnant CARNE, réalisé 8 ans plus tôt, SEUL CONTRE TOUS fut, lors de sa préparation, rejeté par toutes les institutions de financement et de production. C'est donc seul que son réalisateur Gaspar Noé a auto-financé son film.

Et c'est sans doute dans cette genèse atypique qu'il faut voir les racines d'un film qui ne l'est pas moins ! SEUL CONTRE TOUS est sans doute un ovni cinématographique, et c'est sa liberté de ton et sa phénoménale énergie qui lui donne un place importantissime  et fondamentale dans le cinéma français contemporain.

Noé a choisi un antihéros remarquable. Son boucher, anonyme, au parcours chahuté, est à la fois mutique, plongé dans une société dure et vide, mais aussi une âme tourmentée et en ébullition, nourrie de frustration, d'humilitation et souvent de haine. Car sous le crâne du laissé-pour-compte, c'est une tempête permanente, magnifiquement sublimée par une voix-off sublime et entêtante qui nous plonge en quelques secondes seulement, dans un univers à la fois totalement nôtre et totalement autre (si j'ose dire !). Si le film est parfois provocateur et cherche malicieusement à choquer le bourgeois  (ce n'est d'ailleurs pas une de ses moindres qualités, contrairement à ce qu'on entend ici ou là), Noé manie aussi avec doigté une narration et un parti-pris remarquables: car  le voyage avec ce boucher au bord de la rupture totale, n'est jamais un prétexte pour l'accabler ni le plaindre. Et le jeune réalisateur d'alors sait aussi éviter l'écueil principal: faire de son film un brûlot politique ou social, sentencieux et moralisateur. 

SEUL CONTRE TOUS est d'abord un choc cinématographique. Tourné en super-scope (sur pellicule 16mm, au format scope), le film subjugue tout d'abord par son cadrage sublime et sa photo impeccable et surprenante dûe au chef-opérateur Dominique Colin. Le travail sur le son (ambiance, musique et cette voix-off belle à tomber) est également très étonnant. Noé sait aussi jouer avec malice avec la narration dont il brise parfois les codes pour mieux dialoguer avec le spectateur, souvent convoqué par le réalisateur.

En bref, et malgré la dureté de son sujet, SEUL CONTRE TOUS est un film magnifique et extrêmement étonnant qui se lit comme une déclaration d'amour au cinéma. Mais, cet écrin est encore sublimé par la rencontre entre le réalisateur et son interprète principal, Philippe Nahon, comédien excellent qui, ici, trouve sans doute le rôle de sa vie. Son interprétation intense et précise fait se soulever du sol un film déjà magnifique. C'est grâce à lui que Noé arrive au terme de son projet, tant il incarne la dureté de ce personnage célinien au fond duquel, malgré la violence, se loge une humanité étrange où subsiste encore l'espoir.

Et c'est peut-être ce qu'il faut retenir de SEUL CONTRE TOUS: au delà de l'insolente beauté du film, il y a peut être là la matrice inédite d'un cinéma français punk et bizarrement humaniste !

 

 

 

[Ouh, les gros pixels !]

21H30 : LE LIVRE DE JEREMIE (The Heart Is Deceitful Above All Things) de Asia Argento – USA/France/Japon/italie – 1984 – 97 min – copie 35 mm – V.O.s.t.f.

Avec : Asia Argento, Jimmy Bennett, Dylan & Scott Sprouse, Kip Pardue, Jeremy Renner, Ornella Muti, Peter Fonda, Jeremy Sisto, Michael Pitt, Winona Ryder, Marilyn Manson, Lydia Lunch…

USA, années 90. Jérémie a 7 ans. Il vit une existence paisible dans sa famille adoptive qu'il considère, à juste titre comme ses parents, chez qui il a été placé à sa naissance. C'est une existence tranquille et bourgeoise qui va être ravagée par un événement plus qu'improbable : sa mère naturelle, Sarah réussit à retrouver son "autorité parentale" aux yeux des institutions sociales. Elle a donc pour la première fois la garde tant désirée de son fils.

Pour Jérémie, c'est le déchirement face à une mère qu'il n'a jamais vu et qui vit dans des conditions plus que modestes ! Un parcours hallucinant commence pour l'enfant qui va découvrir une existence totalement underground, dure et déjantée, à l'image de sa mère qui, de petit ami en petit ami, de vile en ville, semble s'enfoncer toujours plus dans la précarité et la drogue...

Mais les grands-parents de Jérémie (famille riche et ultra-bourgeoise) ne l'entendent pas de cette oreille. Ils vont essayer d'arracher l'enfant à cet enfer...

Après un premier film très personnel, surprenant et très réussi - SCARLET DIVA -, l'actrice Asia Argento, fille de l'immense Dario, choisit d'adapter ici le roman culte de JT Leroy. Et la chose la plus évidente que l'on puisse dire, c'est que la jeune réalisatrice n'a pas froid aux yeux ! En effet, LE LIVRE DE JEREMIE semble, à bien des égards, totalement inadaptable.

Car oui, qui voudrait/pourrait adapter cette histoire résolument sombrissime d'enfance déchirée et meurtrie, dans un contexte cinématographique très bien-pensant  et moraliste où il n'y a qu'une loi qui s'impose, même en matière d'art-et-essai, celle du happy-end et de la fin ouverte ? Et bien plus encore, qui, sur le papier du moins, aurait envie de voir ça ?

C'est là toute la beauté de l'expérience menée ici par Asia Argento. Elle reste fidèle au contexte très noir du livre et conte les aventures tragiques de Jérémie. Mais elle ne se contente pas de réaliser une version trash et hardcore de REMY, SANS FAMILLE (célèbre dessin animé trèèèèèès triiiiiiste des années 80 qui plomba le moral  de toute une génération d'enfants !).

Asia Argento surprend avec aplomb et insouciance. Tout d'abord, elle applique (puis contredit) un type de récit typiquement américain, le hardboiled, là où on l'attend pas. Ce genre, en principe, est plutôt réservé à l'univers du thriller, comme l'illustre le presque récent KILLER JOE de William Friedkin, et son principe est simple: le début de l'histoire est bien sombre et les choses ne vont faire qu'empirer, qu'empirer et qu'empirer !

Avec une mise en scène dynamique qui mélange les plans superbes et les matériaux moins nobles, Asia Argento, plutôt que "moraliser" ce conte sombre,  se lance à corps perdu dans le rythme de cette histoire folle. Il ne s'agit pas vraiment de s'apitoyer  sur ce pauvre garçon qui subit tout ce que peut contenir une enfance brisé en 1000 morceaux en une seule vie, mais plutôt de retranscrire l'étrange énergie et les pulsions de vie bizzaroïdes de ces personnages. Pour Argento la réalisatrice, le maître mot, c'est l'énergie !

Le pari est réussi et le parti-pris est payant. Cet hallucinant modus operandi, d'une grande liberté, où le magnifique côtoie parfois presque le mauvais goût, permet au film de se trouver et de se construire.  LE LIVRE DE JEREMIE se révèle être un univers complètement impressionniste, volontiers antinaturaliste, qui ne prend sa véritable dimension qu'au travers des yeux de l'enfant. Reste à savoir lequel, si j'ose dire ! Argento pose là une question bien malmenée dans le cinéma contemporain: celle du réalisme. Et cette question, elle se la pose par l'absurde.

Il en ressort un film très étonnant et  très très très inconoclaste, dans lequel Asia Argento, dans une belle inconscience, se plonge avec une folie et un entrain extraordinaire. Et mine de rien, elle signe là un long-métrage particulièrement atypique.

Signalons un très joli casting, où on croise notamment une Ornella Muti et un Peter Fonda impeccables, et aussi une kyrielle de seconds rôles talentueux: le sous-estimé Jeremy Sisto, Winona Ryder (qui n'y va pas avec le dos du tractopelle) et même une apparition de la grande chanteuse punk Lydia Lunch !

[Si vous voulez voir le film au cinéma, c'est votre dernière chance : dans quelques jours, il n'aura plus de distributeur et tombera dans l'oubli, hélas !]

 

Dr Devo.

 

Dress-code de la soirée (1 DVD à gagner pour le meilleur déguisement !): Boucher, cheval, barman, junkie,punk, prêtre/pasteur, infirmier(e), soldat, psychologue, biker, routier, Jésus, rocker/hard-rocker, policier, pére sévère, maman fouettarde, star du rock, frite, clochard, président de la république, Phil Collins ou spectateur du Majestic.

Réservations fortement conseillées : possibles dés le lundi 7 mars à la caisse du Cinéma Le Majestic. Soirée proposée par le site Matière Focale.com, le magazine Distorsion et les projectionnistes du cinéma Majestic. Tarifs: 13 euros les deux films / 1 film aux tarifs habituels. Cartes illimitées ugc acceptées pour les deux films.

Invitez vos amis via la page-évenement facebook de la soirée: cliquez ici !

Prochaine soirée BON CHIC MAUVAIS GENRE : vendredi 22 avril 2016.

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