BON CHIC MAUVAIS GENRE #68: SPARE PARTS (Frankenstein Revisited)

Publié le par Pete Pendulum

(Affiche réalisée par Lammakian Samsenesena.)

(Affiche réalisée par Lammakian Samsenesena.)

BON CHIC MAUVAIS GENRE, votre soirée double programme consacré au cinéma transgressif, délirant, rare et précieux – programmée par les projectionnistes du cinéma Le Majestic de Lille en partenariat avec les sites Matière-Focale.com et Scopophilia.fr – revient ce 7 octobre 2016 au cinéma Majestic de Lille et, pour se faire, entame sa septième saison avec une bien étrange association cinématographique. Ce sont deux morceaux de cinéma a priori totalement étrangers qui ont été cousus l’un à l’autre dans notre laboratoire secret : Le premier est un poème visuel de Victor Erice qui lutte avec les démons de la guerre civile espagnole, le second est une ode au mauvais goût de Frank Henenlotter. Si la greffe a pris, c’est parce qu’ils partagent en commun l’influence d’un savant fou et de sa créature, échappée des pages d’un roman de Mary Shelley.

 

[NduDR:tiens pour une fois un extrait de une minute. Beauté du cadre, lyrisme, jeux d'axes aux petits oignons, montage précis... Sans discours, cette scène superbe du film n'est qu'un avant-goût de ce qui vous attend dans ce chef-d'oeuvre !]

 

19H30 : L’ESPRIT DE LA RUCHE (EL ESPIRITU DE LA COLMENA) de Victor Erice – Espagne – 1973 – 97min – VOSTFR - copie numérique restaurée.

Avec : Ana Torrent, Fernando Fernan Gomez, Teresa Gimpera, Jose Villasante, Juan Margallo…

Dans les années 1940, la projection du FRANKENSTEIN de James Whale dans un village perdu du plateau castillan va impressionner deux petites sœurs. Si pour Isabel l’intégralité du film relève de la fantaisie et n’est pas crédible une seconde, pour Ana, âgée de 6 ans, au contraire, tout semble bien réel, et particulièrement le monstre pour lequel elle conçoit une forte sympathie et dont elle est persuadée qu'il se cache dans le village. Elle décide de partir à sa recherche…

 

En 1973, cela fait plus de 30 ans que l’Espagne est étranglée par les cordes réactionnaires et conservatrices qui ont jugulé son développement culturel et l’ont maintenu dans une chape de plomb hors du temps. En 1973, Victor Erice décide de situer l’action de son film en 1940, à une époque où le franquisme vient à peine de renverser la république, et pourtant, c’est déjà l’Espagne viciée, asséchée, courbée, en constant deuil d’elle-même, qu’il dépeint. Dans un environnement qui ne semble habité que par la mort, les figures fantasmagoriques du cinéma apparaissent plus vivantes. Elles vont exercer leur fascination sur Ana (merveilleuse Ana Torrent que Carlos Saura ravira à la ruche trois ans plus tard pour CRIA CUERVOS), graine en laquelle germe la fleur d’un avenir lumineux, tenant du fantasme dans le sinistre présent. La destinée du Monstre incarné par Boris Karloff interroge la petite fille, son absence de recul, propre à l’innocence, devant les images mouvantes lui laisse croire à la réalité de l’injustice (le monstre n’a pas fait exprès de tuer la petite fille, pourquoi les villageois se vengent-ils sur lui si férocement ?). Lorsque pour l’effrayer, sa sœur lui raconte que l’âme tourmentée du monstre hante une ferme voisine, depuis longtemps abandonnée, Ana accorde foi à la plaisanterie et se donne pour mission d’aller réconforter celui dont le seul crime est sa différence. Mais la seule âme que les ruines de la ferme ont accueillie est celle d’un fuyard républicain. L’ami d’Ana n’est pas un monstre, il ne sort pas du laboratoire d’un savant fou, et pourtant il est tout aussi seul, tout aussi différent. Dans une atmosphère lourde où le silence épais étouffe les rares dialogues réduits à des chuchotements, Erice ne raconte pas seulement un récit fantastique d’une intrigante poésie, mais amorce sans nul doute possible l’étincelle du renouveau cinématographique espagnol. L’ESPRIT DE LA RUCHE, film absolument poignant dont la mise en scène se base sur des plan cadrés magnifiquement des jeux d'axe sublimes et subtils, démarrant de manière (faussement) naturaliste finit par devenir, subtilement, touche par touche, un film précis et fou, qui nous emmène toujours plus loin dans les ténèbres de l'âme humaine. L'ESPRIT DE LA RUCHE demeure l’une des œuvres les plus importantes de l’histoire du cinéma, belle, cruelle et ô combien révolutionnaire. 

 

[Pour plus de détails (sans rien dévoiler, avec tact !), on peut relire la belle critique que Dr Devo avait écrite avec amour et passion sur Matière Focale. pour se faire: cliquer ici !

 

 

 

[NduDr: une bande-anonce tout en bon goût (le film va bien plus loin bien sûr). Il faut noter l'incroyable Patty Mullen dans le rôle principale qui est hallucinante !]

21H30 : FRANKENHOOKER de Frank Henenlotter – USA – 1990 – 83min – VOSTFR.

Avec : James Lorinz, Joanne Ritchie, Patty Mullen, J.J. Clark, Carissa Channing, Louise Lasser…

Jeffrey Franken, jeune électricien de génie, mène de nombreuses expériences sur le cerveau durant ses temps libres. Un jour sa petite amie est découpée en mille morceaux par une tondeuse automatique qu'il avait fabriquée pour l'anniversaire de son beau-père. Se sentant coupable, Jeffrey décide de reconstituer son amour perdu. Pour cela il récupère les membres nécessaires sur des prostituées avant de les assembler et d'y greffer le cerveau de sa fiancée qu'il avait soigneusement conservé.

Henenlotter (réalisateur de ELMER LE REMUE MENINGE, présenté il y a quelques années à BCMG) le revendique, il fait du cinéma d’exploitation, « un peu plus rude, un peu plus brut » qui n’a pas peur de se frotter à des sujets sensibles, qu’il s’agisse de drogue, de sexe, ou de mort, tous trois au programme de FRANKENHOOKER. Réalisé en 1990, le film doit indirectement son existence à celle de BASKET CASE 2 réalisé la même année. Son producteur, James Glickenhaus aurait en effet posé pour condition à la mise en chantier de FRANKENHOOKER, celle, auparavant, d’une suite au film le plus réputé de son auteur. BASKET CASE 2 est source de beaucoup de contraintes pour Henenlotter qui une fois libéré de cette commande (qu’il honore cependant de bonne grâce) espère bien pouvoir donner libre cours à ses délires. Sur une idée pourtant similaire, l’histoire de Jeffrey et de sa fiancée reconstituée n’a rien à envier au RE-ANIMATOR de Stuart Gordon et LA FIANCÉE DE RE-ANIMATOR de Brian Yuzna, que ce soit en terme d’audace ou d’humour et surtout en terme de trucages. Il est vrai que, selon les mots du réalisateur lui-même, l’on trouve dans ce film « la plus formidable scène d’explosion de putes sous crack » de l’histoire du cinéma… probablement la seule aussi. C’est sûrement cette scène particulière qu’incriminera le MPAA (comité de censure américain) lorsqu’il délivrera son classement « unique » pour le film : S. « S for Sex ? » interroge légitimement le réalisateur, « No, S for Shit ! » Qui peut rêver meilleure promo ?

Pete Pendulum.

Dress-code de la soirée (un ou plusieurs dvds -je ne sais plus en fait-  à gagner pour le meilleur déguisement !): Enfant, insituteur/trice, soldat, paysan, costumes années 40, policier, abeille, incas/mayas, prostitué(e), savant (fou ou pas), médecin, dictateur, tout ce qui a rapport avec l'Espagne ou spectateur du Majestic. Les prix pour le concours de déguisement sont donnés au début de la deuxième séance !

Réservations fortement conseillées : possibles dés le 19 septembre 2017 à la caisse du Cinéma Le Majestic. Soirée proposée par le site Matière Focale.com, le magazine Distorsion et les projectionnistes du cinéma Majestic. Tarifs: 13 euros les deux films / 1 film aux tarifs habituels. Cartes illimitées ugc acceptées pour les deux films.

Invitez vos amis via la page-évenement facebook de la soirée: cliquez ici !

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