Bon Chic Mauvais Genre #70: LE CINEMA FRANCAIS C'EST (pas) DE LA MERDE !

Publié le par Dr Devo et Rurik Sallé

[affiche réalisée par Lammakian Sansenesena.]

[affiche réalisée par Lammakian Sansenesena.]

Ce vendredi 2 décembre 2016, BON CHIC MAUVAIS GENRE, votre soirée consacrée au cinéma beau, rare, déviant, culte, oublié, surprenant revient au cinéma Majestic de Lille avec un double-programme savoureux, choisis avec soin par les projectionnistes du Majestic, en collaboration avec la revue DISTORSION et le site matierefocale.com.

Et cette double-séance sera exceptionnelle car nous aurons deux invités: Rurik Sallé et Aude Boutillon, créateurs de la revue DISTORSION, notre partenaire depuis plusieurs année. A l’occasion de leur nouveau numéro intitulée sobrement « Le Cinéma français, C’est de la Merde », magnifique ouvrage qui prouve qu’en France on a fait par le passé de très beaux films, très originaux dans des genres tout à fait variés, nous vous proposons deux films choisis par nos soins et qu’on retrouve dans la dîte revue.

 

On commencera avec L’ALPAGUEUR, polar sombre et rugueux dans lequel on retrouve un Belmondo sobre et étonnant. Et nous verrons ensuite STEAK de Quentin Dupieux, comédie hallucinée et dérangeante qui est peut-être un des films les plus absurdes et hors normes de ces dernières années...

 

 

 

 

[NoteDuDocteur: un film-annonce bien trop long...]

19H15 : L’ALPAGUEUR de Philippe Labro – France – 1976 – 110 min – Copie 35mm.

 

Avec : Jean-Paul Belmondo, Bruno Cremer, Jean Négroni, Patrick Fierry, Jean-Pierre Jorris, Victor Garrivier...

 

Roger Pilard, dit l’Alpagueur est une sorte de chasseur de prime de luxe qui traque, officieusement, les trafiquants, les proxénètes, et les grands criminels pour le compte de l’état français. Cette fois-ci, le gouvernement le charge de traquer l’ennemi public No1 : l’Epervier, un redoutable et implacable gangster qui utilisent des petites frappes pour commettre ses crimes, avant de les abattre ensuite sans aucune pitié.

Pour se faire, l’Alpagueur va devoir gagner la confiance de Costa Valdés, ancien complice de l’Epervier, qui depuis son arrestation se tait avec obstination...

 

Réalisé par l'un des meilleurs artisans du polar français, Philippe Labro, bien plus connu pour ses bouquins et ses trucs à la radio, L'Alpagueur est un incroyable thriller froid aux influences italiennes, avec un Belmondo taciturne et méthodique, à mille lieues de son "Bebel" habituel. L'Alpagueur, c'est aussi l'un des pires méchants de l'histoire du cinéma français, interprété par un Bruno Crémer vénéneux, assassin torturé et glacial... Hommage moderne au "Bon, la brute et le truand" de Leone, L'Alpagueur est également hanté par l'extraordinaire musique de Michel Colombier, superbement mis en scène, habité, fantômatique, nihiliste... Une poésie de mort et de vengeance. Le cinoche français dans ce qu'il sait faire de mieux, et une rareté sur grand écran !

Rurik Sallé.

 

 

 

[NdDr: un film-annonce qui a l'avantage d'être court, de ne pas trop en dire, mais qui ne ressemble paaaaaas duuuuu touuuuuut au film !]

21H30 : STEAK de Quentin Dupieux –France – 2007 – 82 min – Copie 35mm.

 

Avec : Eric Judor, Ramzy Bedia, Jonathan lambert, Vincent Belorgey, Sebastien Akchoté, Laurent Nicolas, Sébastien Tellier, Marie-Claude Michaud…

 

Chez nous, aux Etats-Unis. Georges (Ramzy Bédia) est le souffre-douleur de ses camarades de lycée qui lui infligent humiliation sur humiliation. Un jour, il craque et sombre dans la violence, provoquant un véritable massacre. Mais, c’est Blaise (Eric Judor), le seul ami de Georges qui est accusé de cette violence et condamné à passer 7 ans en internement

psychiatrique.

Quand il ressort, en 2017, le monde a bien changé. Les jeunes sont obsédés par la chirurgie esthétique qui est devenu la norme chez les adolescents. Blaise veut retrouver son meilleur ami (Georges ! Suivez un peu!) mais celui-ci l’ignore, ne veut plus entendre parler de lui, et est bien trop occupé à essayer d’intégrer un gang de jeunes (intolérants) appelés « Chivers » qui sont passionnés par les 4x4, le sport, les bottines, les bouteilles de lait et le calcul mental. Pour y arriver, il devra, comme les autres, se faire refaire le visage et surtout cacher son tabagisme, absolument non toléré chez les Chivers…

 

Sorti en 2007, lancé comme la nouvelle grosse comédie française avec des Eric et Ramzy alors formidablement populaires, STEAK a été un échec critique total, mais aussi -c’est assez rare pour être noté- un échec public plus violentissime encore.

 

Aucun film ne ressemble à STEAK ! Drame comique pour certains, comédie dramatique pour d’autres, ce film très étonnant subjugue par sa liberté artistique totale et son courage kamikaze. On pense à une réappropriation du film de collège américain, genre dont STEAK ne respecterait alors aucun code, ou plutôt les briserait tous. Décors les plus banals possibles, direction artistique pointilleuse mais complètement déroutante (au point de na pas savoir si le film se déroule durant les années 60, 80 ou 2000!), lycéens joués uniquement par des acteurs approchant les 35/40 ans, décorum de film américain mais tournage dans les plus grises banlieues canadiennes et, qui plus est, en français : tout dans le film est totalement ovniesque, inattendu et loufoque.

 

STEAK est une comédie absurde et non-sensique, utilisant un comique non-référencé (chose très rare dans un grosse comédie française) dont on ne sait jamais où il va nous mener. Un gag peut finalement s’avérer pathétique, ou totalement absurde ou bouleversant jusqu’aux larmes: tout est possible. Le tragique côtoie sans cesse le loufoque au point de brouiller toutes les pistes et finir par enivrer le spectateur, le bousculer parfois, jusqu’à ce qu’il soit plonger dans un maelstrom sensuel et poétique.

 

STEAK joue donc sur son artificialité, parfois avec folie, parfois avec froideur et souvent les deux en même temps, et devient un film qui, sous ses aspects de cinéma-kamoulox, est avant tout très maîtrisé : cadrages/décadrages punkoïdes, faux plans séquences, faux contrechamps, points de montage décidés par les personnages, boucles narratives, fausses répétitons, jeu sur le mixage du son, sur le camouflage de la bandes-son, etc.. C’est un festival d’expérimentations et d’audace sur lequel planent les ombres de Bunuel, Kubrick, Blier et Forgeard.

 

On ne peut que rendre hommage à Quentin Dupieux (même si on n’aime pas ses autres films d’ailleurs) pour cette prise de risque maximum. Mais, c’est l’implication et l’audace HAL-LU-CI-NAN-TES de Eric et Ramzy qu’il faut aussi saluer : ils ont fait preuve d’un courage sublimissime en envoyant ballader leur fond de commerce, en imposant à leur public la comédie la plus punk, la plus expérimentale, la plus libre et la plus folle du cinéma français moderne. STEAK est un film unique et généreux. Et croyez-moi, le voir en salle est un expérience hors du commun.

 

Dr Devo.

 

 

Dress-code de la soirée (1 dvd  à gagner pour le meilleur déguisement !): policier, homme politique, proxénète, chauffeur routier, ministre/president/membre du gouvernement, chasseur de prime, lycéens, chirurgien, look "Grease", look "Orange Mecanique",look "Parker Lewis", infirmier(e), professeur, Michael Jackson, sdf, Alain Duhamel ou spectateur du Majestic. Les prix pour le concours de déguisement sont donnés au début de la deuxième séance !

Réservations possibles dés le lundi 28 novembre à la caisse du Cinéma Le Majestic. Soirée proposée par le site Matière Focale.com, le magazine Distorsion et les projectionnistes du cinéma Majestic. Tarifs: 13 euros les deux films / 1 film aux tarifs habituels. Cartes illimitées ugc acceptées pour les deux films.

Invitez vos amis via la page-évenement facebook de la soirée: cliquez ici !

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