BON CHIC MAUVAIS GENRE #71: spécial "Thriller du Bizarre"

Publié le par Dr Devo

[Affiche réalisée par Lammakian Sansenesena.]

[Affiche réalisée par Lammakian Sansenesena.]

BON CHIC MAUVAIS GENRE, votre soirée double programme consacré au cinéma transgressif, délirant, rare et précieux – programmée par les projectionnistes du cinéma Le Majestic de Lille en partenariat avec les sites Matière-Focale.com et la revue Distorsionvous propose, ce vendredi 6 janvier, de commencer 2017 avec bien mieux que du champagne, des souhaits de bonne santé et des bonnes résolutions, mais avec deux films sublimes et étonnants qui revisitent de manière étrange et originale le théme du thriller. Mais attention : du thriller BCMGi-en, du thriller qui n’en font qu’à leur tête et explore des régions rarement exploré du cinéma. Et ces deux films ont aussi en commun une réflexion sur la ville (moderne ou inconnue) et la solitude moderne !

 

Nous commencerons par BUNNY LAKE A DISPARU, superbe film de Otto Preminger à la modernité absolument sidérante et d’une beauté plastique remarquable. BUFFET FROID est, dans un tout autre genre, un film très beau également aux frontières du film policier, de l’absurd et de la comédie. Certainement un des plus beaux films de Bertrand Blier qui pourtant en a réalisé un paquet, de beaux films !

 

Bref, on a mis les petits plats dans les grands ! On vous a traité comme des rois !

BON CHIC MAUVAIS GENRE #71: spécial "Thriller du Bizarre"

19H15 : BUNNY LAKE A DISPARU (Bunny Lake Is Missing) de Otto Preminger – Angleterre – 1965 – 107min – VOSTFR- copie numérique restaurée (dcp).

Avec : Keir Dullea, Carol Lynley, Laurence Olivier, Martita hunt, Anna Massey, Clive Revill…

 

Ann Lake, une jeune mère célibataire américaine (ce qui n’est pas simple dans les années 60) quitte son pays pour s’installer à Londres et rejoindre son frère Steven qui vit dans la capitale anglaise où il travaille à l’ambassade américaine. Steven a tout prévu : une belle maison en plein centre de Londres pour les accueillir et une très chic école privée pour Bunny la fille de Ann.

Le jour même de son arrivée Ann dépose Bunny à l’école. Mais à la fin de la journée, impossible de retrouver la fillette ! La police est prévenue mais se heurte à une difficulté imprévue : personne dans l‘école, des enfants aux professeurs en passant par le personnel n’a jamais vu la petite fille qui a pourtant passer sa journée là ! L’inspecteur Newhouse se charge de cette enquête absurde et inquiétante.. Et il n’est pas au bout de ses surprises !

 

 

Otto Preminger est un grand réalisateur qui a réalisé beaucoup des très beaux films mais ce BUNNY LAKE A DISPARU n’est pas forcément celui que les cinéphiles citent le plus souvent. C’est d’autant plus regrettable que ce film est absolument sidérant.

Adapté d’un livre de Ira Levin (à qui ont doit aussi LES FEMMES DE STEPFORD et l’immense ROSEMARY’S BABY), le scénario est un bijou de sensibilité et de construction, même si Preminger et son équipe n’ont pas hésité à prendre des libertés par rapport au livre. Et c’est peut-être le mot « liberté « qui colle le mieux a ce thriller vraiment atypique, certes très bien écrit, aux dialogues ciselés et à l’intrigue haletante, mais qui frappe d’abord par une mise en scène d’une beauté à couper le souffle et d’une ambition remarquable : une photo sublime et expressive, un découpage précis et malicieux, un bande son parfois oppressante, un repérage et une direction artistique excellentissimes. Mais le plus étonnant est sans doute la réunion de tous ces facteurs qui font de BUNNY LAKE un film d’une modernité insolente et intense. Si le film sortait aujourd’hui, tout le monde serait bouche bée et Preminger n’aurait aucune concurence ! C’est d’une beauté à couper le souffle, un film très marquant qui, de plus, est servi par un casting tout à fait soigné et remarquable, des rôles principaux aux moindres figurants. On retrouve d’ailleurs le grand Laurence Olivier, remarquable en inspecteur psychologue et têtu, et aussi l’impressionnant Keir Dullea dont on ne retient pas forcément le nom mais qui est très connu puisqu’il a joué le rôle principale de 2001 L’ODYSSEE DE L’ESPACE ! C’est une très belle expérience touchante, folle et sensuelle que de voir BUNNY LAKE A DISPARU sur grand écran ! C’est moi qui vous le dis !

 

 

 

 

21H30 : BUFFET FROID de Bertrand Blier – France – 1979 – 89min – copie numérique restaurée (dcp).

Avec : Gérard Depardieu, Bernard Blier, Jean Carmet, Carole Bouquet, Michel Serrault, Jean Benguigui, Jean Rougery, Nicole Desailly…

 

Alphonse Tram, un jeune trentenaire au chômage, fait la connaissance d’un homme en attendant le métro. Plus tard dans la soirée, Alphonse retrouve cet homme allongé sur le bitume (M. Serrault), en train d’agoniser et pour cause : il a son propre couteau planté dans le ventre !

Le jeune chômeur rentre alors à son appartement (le seul habité dans une tour ultra-moderne de plusieurs dizaines d’étages!) et y rejoint sa femme.

Mais la nuit réserve des surprises. Alphonse fait la connaissance de Morvandiau (B. Blier) un très étrange inspecteur de police et d’un vieil assassin paranoïaque (J.Carmet). Il vont vivre ensemble des heures étranges faîtes de rencontres rocambolesques et de meurtres absurdes.

 

Quel film beau et étrange que ce BUFFET FROID. Blier est sans doute un des quelques cinéastes français dont les films sont les plus remplis de liberté et de folie créatrice. Et il est un des très rares à avoir su proposer au public des longs métrages à la fois avant-gardistes et populaires. Ici, il pousse le bouchon encore plus loin, en dépeignant la société des futurs années 80 (et suivantes !) de manière non-naturaliste mais terriblement pertinente. Les ensembles urbains vides, déshumanisés, froids et modernes deviennent le théâtre de toutes les errances et dévoilent toutes les solitudes.

Malgré tout, le film à cheval sur la comédie, le drame et le policier, est innervé d’un humour noir, mordant et grinçant qui fascine encorele spectateur plus qu’il ne le déconcerte. Le ton est forcément surréaliste et le film ne ressemble qu’à son auteur. Il n’empêche qu’on entrevoit ici quelques fantômes d’artistes (on pense à Inoesco, Robbe-Grillet…) et surtout Luis Bunuel.

Les motivations des protagonistes échappent à l’entendement commun et souvent les personnages agissent de la manière contraire à ce qu’on attend d’eux. Une aubaine pour Blier qui en profite pour installer un ton hétérogène qui prend toutes les libertés avec la narration qui devient encore plus surréaliste et installe un climat poétique intense. La mise en scène est taillé au cordeau, le montage sublime. Et finalement, BUFFET FROID emporte son spectateur dans un maelstrom de sentiments beaux, douloureux et nonsensiques qui va droit à l’âme. Et pour ne rien gâcher, c’est aussi drôle que touchant !

Nous aurons la chance,donc , de redécouvrir ce film sur grand écran (en copie restaurée) et de constater qu’il n’a rien perdu en pertinence. Le cinéma français a rarement été aussi fou et inventif. Quant au casting, c’est du trois étoiles pour les fins gourmets : un Depardieu superbe , entouré de Bouquet, Serrault, Blier père, Carmet. De quoi rendre au la puissance phénoménale de ses subtils dialogues !

 

Dr Devo

 

 

 

 

Dress-code de la soirée (1 dvd  à gagner pour le meilleur déguisement !): chômeur, inspecteur, tueur à gage, policier, musicien, invités de l'Ambassadeur, maman, fillette, professeur, poupée, tout ce qui touche au Royaume-Uni, Giscard ou spectateur du Majestic. Les prix pour le concours de déguisement sont donnés au début de la deuxième séance !

Réservations possibles dés le lundi 2 janvier à la caisse du Cinéma Le Majestic. Soirée proposée par le site Matière Focale.com, le magazine Distorsion et les projectionnistes du cinéma Majestic. Tarifs: 13 euros les deux films / 1 film aux tarifs habituels. Cartes illimitées ugc acceptées pour les deux films.

Invitez vos amis via la page-évenement facebook de la soirée: cliquez ici !

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