Corpus Filmi

JohnAngeleDevo

[Photo: "Impuissance et Gloire" par Dr Devo.]

 

 

 

Chers Focaliens,

 

Il en faudra trouver des excuse pour faire une belle introduction qui fasse passer pour héroïque le fait d'aller voir certains films que le bon goût ou le bons sens réfreinent. L'argument le plus noble, et totalement véridique du reste, consiste à dire, comme nous le faisons depuis plus de 6 ans sur ce site: un film est bon tant qu'on ne l'a pas vu… Entrez ici, Max Pecas, Kusturica, et Ariel Zeitoun, et n'ayez crainte, car paradoxalement vous êtes chez vous et vous ne serez jamais aussi bien traité qu'ici, où vos films seront choyés comme ceux des vrais cinéastes.

 

Ca, c'est Paris. Hier, dans le futur, jamais ou dans pas longtemps. C'est formidable, c'est formidable. Elle est là, resplendissante de mille feux comme un chien au volant d'une Ferrari dans son tailleur Chanel mambo No5 (Le chien? La Ferrari? Elle? Non, les trois...). Elle s'assoit sur un banc cinq minutes, mais pas avec toi. Elle se tient toute seule, car elle a assez de classe pour ça, parait-il. Encore plus fort, seule à la terrasse de ce café du 1er arrondissement ou de la place Vendôme, encore plus fort dis-je, elle lit le journal The World. Bien ouéje!

Mais la vie n'est jamais comme on le présupposait et l'endroit grouille de figurants infects jargonnant "la" franzeusich comme je te cuisine une petite caille, façon faisan, poilé au grand marnier, c'est à dire mal, fallacieusement déguisés en flic à mi-chemin entre l'inspecteur Navarro (entre la poire (hahahaha!) et le fromage) et le super-méga James Bond. De Bayonne, en somme, si j'ose…C'est que la Angelina Jolie n'est pas seulement une lectrice de la rubrique nanotechnologie du journal ci-dessus cité, c'est qu'elle est soupçonnée du pire dans des affaires mettant en jeu des milliers de milliards de dollars U.S, ouais ouais. L'homme qu'elle aime étant un loulou du même acabit, elle ne peut pas le revoir ou le rejoindre, car tout Scotland Yard traque l'infortuné. Elle décide de tromper la maréchaussée en prenant un train SNCF, so pure science-fiction, hypstero-(s)caille-faille, t'imagines toi ?, Angelina Jolie dans le TGV, trop l'aventure fictionnelle impossib', lol lol. Dans la voiture 18 (au bar, quoi), ou alors après le passage du chariot à sandwiches tant qu'à faire, elle choisit un quidam semi-plouquosse comme toi et moi, et, de se ballader avec lui en même temps qu'elle le ballade. Poésie. Ainsi la Police croira que c'est lui son keum, trop la classe, mais les Russes débarquent, et ils sont pas content de s'être fait téje du castingue des PROMESSES DE L'OMBRE, et de se faire traiter de "petit penis" dés qu'ils vont aux thermes. Ca suffit. On va voir qui est le Roi de la Pomme de Terre. Ca va saigner. C'est la naissance d'un quiproquo à base de situations réversibles où le mec comme toi et moi, sauf que c'est Johnny Depp (et il y en a des bien!), et où le doute n'en finit pas de s'insinuer dans les flingues et dans les coeurs. D'ailleurs sans prévenir, c'est l'Italie! Tout ça c'est complots, magouilles et compagnie, ou c'est une autre affaire autrement plus semblable que celle-ci? Ca se corse drôlement, mon salaud!

 

Ha bah, l'histoire ne dit pas si elle a laissé les mongols à Brad ou à Vanessa, mais on devine sans préjuger de rien, que ce sont ces deux-là les plus chanceux dans l'histoire. Hollywood, c'est comme Pôle Emploi, c'est libéralisé de partout, mais pas là où on voudrait, et voilà que pour toucher les allocs, pas pour le salaire, hein, je dis bien les allocs, au bout de trois refus t'es obligé de prendre le CDD brun à 500 kilomètres de chez toi et payé en nature, en Cartier ou en Smalto. Fallait penser à la carrière avant de faire du tourisme chirurgical au Maroc. Mais Depp et Jolie ont négocié avec le patronnat pour bosser pas trop loin de la Côte d'Azur. Saint-Tropez, Denise, ça se fait en deux heures de jet, le soir je suis rentré pépère et je peux regarder sans stresser FAITES ENTRER L'ACCUSE, en buvant une bonne Corona.

 

Là où c'est plus baroque, c'est dans le cas de la Germanie réalisatrice. Et dire, comme disait le poéte, qu'on a failli parler leur langue et que ce sont les Américains qui nous ont sauvés. Le teuton voulait-il venger les siens? Inverser la conquête? Devenir Maîtres chez Eux? Sans doute pas. Depuis longtemps, les réalisateurs ont cessé de rêver à la conquête du monde ou même  à celle du Liechtenstein, et ce qu'ils veulent c'est te consolider le livret A. A, a, a, Aloah! C'est la retraite de la flamme sacrée. Le placement si cave. En, fait on se dira que l'infortuné voulait plutôt profiter de l'occasion qui lui était donnée de monter sur la scène pour faire allégeance et rendre service en bon voisin. Attends, cherche pas, Coco, je vais te le réaliser ton film, t'inquiéte. De rien. J'aime rendre service.

 

Je dis: "Gag!". C'est ça le marché de l'art décomplexé. Notre ami germain du jour au lendemain, il te pète la timballe, il décroche le jackpot. LA VIE DES AUTRES, le goût du peu, tout le monde applaudit. Bravo! Totale domination du box-office partout en Europe, prince des festifs veaux partout sur la planète. C'est la sensation du moment. Le marché est content. Les artistes applaudissent avec leur maman. Et au club des retraités "Vivre Mieux" de la Bourboule, on reprend le goût de sortir au cinéma. Pour résumer, tout le monde  ils sont contents, et Gunther lui découvre que le Monde s'offre à lui.

Il gagne au loto et qu'est-ce qu'il veut faire maintenant qu'il est arrivé en haut de la montagne? Un film où Angelina trimballe son cartier dans le ti-gi-vi! Et? Et? Et, c'est tout! Signs O' The Times!

 

Le résultat est assez hallucinant. Ha bah oui, je te vois venir avec ton maquillage outrancier. Tu essaies de nous aguicher comme un démarcheur de rue de Greenpeace, en nous vendant un film totalement "populaire, mais de qualité art et essai". C'est qu'on ne fait pas du Will Smith, Môôôsieurs, on fait du Capra… Capra, Navarro, Barilla... A trop vouloir écarteler le machin, on nage en toute inconscience dans la lave: ça sent le faisan grillé.

 

Je me souviens des cris hallucinants poussés par la communauté cinéphile lorsque DePalma fit son FEMME FATALE si magnifique, ou encore comment des spectateurs hilares mais enragés voulaient enfermer Dario Argento aux urgences spectatrices après le visionnement de son magnifique GIALLO… A ceux-là, je recommande l'édifiante séance de ce LE TOURISTE. Une épreuve salutaire, difficile, mais qui remettra les pendules à l'heure et éclairera enfin les cinéphiles qui regarde le doigt des deux autres artistes  quand à l'intentionnel chez eux (les deux réalisateurs) et  la connerie lunaire chez le teuton de Californie.

 

Improbable, certes, mais aussi très laid, LE TOURISTE, Hahhhaaaaa (ça c'est fait), se déroule uniquement dans décors faisandés, avec un maximum de plans studios, en essayant de rendre Venise aussi excitante que Ronchin (Nord, France). La catastrophe est de tout les instants: photographie inégale dans le même plan, reconstituions de décors en studio alors qu'il existe déjà en naturel et tout ça pour faire un gros plan où on ne verra pas le décor (!), raccords douteux, cadrage vide, etc… C'est parfait. J'ai beaucoup ri devant le pauvre Depp courant sur les toits en pyjama, toits dont les contrechamps studios me rappelait férocement l'étonnante reconstitution des rues parisiennes des publicités Rue Gama de mon enfance (en moins bien, bien entendu, même ça ils le ratent!). Maquillages affreux, scénario longuissime, costumes ignobles (le dernier de Depp!!!), etc…

 

Mais le top, ce sont les acteurs. Jolie ne ressemble déjà plus à rien depuis sa naissance. On est habitué, même si ce genre de piqure de rappel est toujours louable. Elle partage avec son partenaire malade (j'y viens), de nous faire douter que les deux parlent anglais. Ca baragouine dans une langue inconnue. Est-ce de l'anglais de Bruxelles?

La bombe atomique du film c'est forcément Johnny Depp: visiblement placé sous la double lame de la chirurgie esthétique et de la maladie, le pauvre vieux n'est plus que l'ombre de lui-même. Il fait 20 ans de plus que son âge. Il est complétement paumé, râte tous ses effets (dont certains sont de très mauvaises idées à l'image de la cigarette), ne comprend rien à ce qui est pourtant une bluette pour enfants de 10 ans. Il dévoile un visage fatigué, douloureux, bouffi qui finira par rendre la séance rigoureusement mortis. On est dans les couloirs du service des soins palliatifs. Ou alors il expérimente des drogues dickiennes. En tout cas, il semble cuit, le vieux vautour. Et on quitte la salle en se disant qu'on a bien là, en effet , une photographie à l'instant T du Cinéma: syncrétisme de séries A/B/Z et cinéma d'auteur, affairisme d'artiste non seulement ne sachant pas gérer une carrière mais prêts à faire n'importe quoi si on leur offre deux ans de vie à Los Angeles, des scénarios brainstorming et frankensteinisés qui ne marchent que sur le papier, des acteurs à la ramasse à qui il faut couper les dialogues (si possible pas plus de deux phrases de suite) sans quoi le métrage s'arrête, etc...

 

Pendant ce temps-là, comme on dit à l'école de Ligne Claire, les intéressés forcément nommés à divers prix, font semblant de s'étonner et finissent par qualifier avec "humour" et "dérision" toute hipsteuse que le film c'est de la merdre (après avoir fait la promotion et inciter leur fan à prendre un ticket bien sûr).

Et pendant ce temps-là, rappelons, il n'y a personne pour nous montrer, ne serait-ce que dans une seule copie en france, les nouveaux films de vieux qui bossent: Dante, Argento, Romero et Carpenter!

 

LE TOURISTE à tout point de vue est une bonne expérience documentaire qui étonnera quelques ignorants ou égarés de façon salubre. Pour les autres, chers amis, on soupirera une nouvelle fois, et peut-être ira-t-on jusqu'à se réjouir de voir la navette éclater, pour une fois, en vol… Mais avec ces margoulins, même un échec de leur part,  nous laisse comme un goût amer... One st jamais sûr que ça les empêche de recommencer...

La prochaine fois je vous parle de Sofia Coppola...

 

 

Dr Devo.

 

 

 

 

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Lundi 31 janvier 2011 1 31 /01 /Jan /2011 14:00

Publié dans : Corpus Filmi

Il faut croire que la crise-éclair de 2009 aura finalement galvanisé les auteurs de cinéma, en cette fin 2010, force est admettre que le XXIe siècle sera fantastique ou ne sera pas, car pour le plus grand plaisir des spectateurs, c'est le grand retour  de la 4e dimension, en témoigne le nawak insolent, régressif parfois, toujours pertinent cependant de Quentin Dupieux avec son magnifique RUBBER ,le film que des générations de vidéphiles attendaient tous, mais en témoignent également le huit-clos existentiel BURRIED (de Rodriguo Cortès) et l'insidieux PONTYPOOL (réalisé par Bruce McDonald) qui lui, s'est donné pour but de redonner tout son sens à la Parole. Nous nous excusons enfin très platement de ne pouvoir évoquer en cette heure tardive le MONSTERS de Gareth Edwards, qui avait certainement plus que sa place sous la thématique qui nous intéresse ce soir.

A noter également que dans presque la plupart des cas nous avons affaire ici à de premières réalisations, mis à part pour Bruce McDonald, un des réalisateurs avec lesquels il faut plutôt compter au Canada ("HARDCORE LOGO, et dont nous avions parlé sur d'autres pages à cause de la magnifique adaptation comics d'un autre de ses films, DANCE ME OUTSIDE que je vous recommanderais toujours) mais qui, en quelque sorte, fait sa "première" apparition aux yeux du grand public européen (en fait non, juste du grand public français, parce que "HARDCORE LOGO est assez connu dans le reste du monde, où l'alternatif est sans doute pratiqué de façon plus bilingue...) autant que sa première incursion dans le registre fantastique, ceci expliquant peut-être cela;  à l'exception également de Quentin Dupieux, déjà auteur, lui, de l'inénarrable  STEAK avec Eric et Ramzy (qui restera sans nul doute et à jamais le prototype ultime des soaps à succès de demain)  et qui semble prendre maintenant un envol des plus personnels et des plus prometteurs surtout. Non ,en fait, il n’y a que le film de Rodriguo Cortès qui ne soit une première œuvre. Qu’est-ce que je voulais dire alors ? Sûrement un truc avec les mots "budgets modestes" et "motivations radicalement autres", mais je n’arrive plus à me rappeler…

 

buried-5

[Photo  : sympa...mais pas que con.]

 
BURRIED de Rodrigo Cortes (USA/Espagne, 2010)

 

Avec un rien de mauvaise foi, on se dirait "tiens encore un film qui repose sur du bizaroïde de circonstance, encore un scénar de petit malin, comme dans les 90 après CUBE ou  USUAL SUSPECTS... » avec un arrière-fond politique pour légitimer le tout: l'histoire d'un camionneur en Irak pris en otage par des terroristes qui l'enterrent vivant six pieds sous terre et lui font opérer par lui-même les démarches de sa libération... Aucune raison d'aimer ce film je vous dis, on entend d'ici les critiques spécialisés se gargariser d'avoir mis le doigt sur le nouveau "buzz", tout le monde y va de son "un huit-clos viscéral", de son "interprétation à cran de Ryan Reynolds", de son "incroyable tour de force en terme de réalisation". Même si le film correspond effectivement à tous les critères recquis du  "parfait petit film indépendant du moment" (alors bon, rappel, hein, donc nous, nous sommes un peu des critiques free-lance ici, pas trop diffusés, et donc "non-subventionnés", alors donc on touche rien nous, j'espère c'est bien compris par tout le monde, on est moins tenu d'être diplomate, et bizarrement on perd aussi en faculté d'emerveillement -c'est un autre débat) force est d'admettre après visionnage qu'il se démarque effectivement du côté gadget-anecdotique qu'on pouvait lui supposer – parce que c'est quand-même un peu ce qui se dissimule souvent derrière les buzzs du moment, si j'en crois ceux qui ont vus "Paranormal- quelquechose- vient- de- tomber -/- sur -les- lames -de- ton- plancher- Activity".

Je saluerais ostensiblement les qualités de mise-en-scène et d'interprétation, ça c'est certain : on circule tout à fait bien dans cette caisse en sapin, c'est toujours lisible et agréablement renouvellé, et le comédien temporise très bien tous les chapitres du récit. Non, là où je suis resté véritablement bluffé au-delà de toutes mes espérances, ce sont sur les qualités  d'écriture du scénario : ça regorge d'idées à la seconde et c'est juste un régal. Au lieu des sempiternelles block-busters qui vont assèner leurs propos à grands coups de pyrotechnie, on a un type enfermé dans une boîte pour arriver finalement au même résultat (si le but des blockbusters est bien celui de "conscientiser", histoire d'au moins justifier vaguement le bisou de la fin, ou la scène de uc en au milieu...enfin un peu quoi...), avec cette fois moins de moyens, mais de façon autrement plus convaincante (bizarrement c'est en fait par le biais de moyens tout à fait "classiques" : unité de lieu, de temps, etc..), car en effet tout y passe :  la discussion entre l'otage et les ravisseurs surnage au-dessus de tous les discours bien-pensants du moment en pareille situation (qu'on le veuille ou non c'est la loi du talion qui gouverne ce monde, il n'y a que les super-héros qui tendent l'autre joue) et qui culmine absolument quand Reynolds s'evertue à convaincre ses ravisseurs qu'il  "n'y est pour rien dans tout ce qui arrive" ("c'est pas moi, c'est mon gouvernement") -croyant peut-être bien faire... De plus la demande de rançon filmée depuis un portable renvoie autant à la société du spectacle qu'à celle de l’information, qui l'une comme l'autre font que l'on ne sait plus que croire. Et le spectateur de même n’en vient-il pas à être dupé pour autant par la situation ?  Un espion dans la même cas de figure que notre héros ne tiendrait-il pas le même discours ? Cependant, la teneur des démarches téléphoniques qu’il entame ne tardent pas à lever cette ambiguité possible. Dès lors que nous reste-t-il sinon le comportement en conditions extrêmes d'un Monsieur-Tout-Le-Monde dans toute sa splendeur ? Résolument "moderne" et "contemporain" donc peut-être un peu enfoiré, peut-être un peu volage, un consommateur (toujours indépendamment de la politique de son gouvernement donc) avec plein de bonnes raisons de faire ce job  ET SURTOUT, surtout, un employé.

Sans révéler davantage de l'intrigue c'est à ce moment-là que le film bascule selon moi vers le sublime le plus total, par une progression résolument kafkaïenne, pour aboutir sur un final qui renvoie aux plus beaux moments de la littérature existentialiste - un peu téléphoné très certainement, où d'aucuns ne manqueront pas de vous dire que c'est parce qu'il y a un portable dans l'histoire : rassurez-vous ce n'est pas du tout à cela que je pense, et je suis prêt me fendre à l'occasion d'une petite leçon de scénario pour ceux que ça intéresse -à bon entendeur,....

Merci donc à toute l'équipe donc pour ce  merveilleux film "nonobstantesque", puisque grâce à vous "il ne sera pas dit..."

 

 

Rubber Quentin-Dupieux-1

[photo: ..mais pourquoi est-il si méchant ?]

 

RUBBER de Quentin Dupieux (France-2010)

 

Actualité toujours, et cette fois encore "Al-Pacino-Merci" car il est proprement impossible de ne pas remercier le ciel pour la démarche courageuse et passionnée de Quentin Dupieux, le réalisateur de RUBBER, quand il déclare aux Cahiers du Cinéma (je cite:) "chaques jour, pendant chaque dérushage, je ne pouvais m'empêcher de me marrer en me disant : je les encule tous (...), tous ces Canet (…) qui ont besoin de six cent mille camions de matos, je... "


...comment ne pas applaudir ? A moins que d'avoir vu un tel faire tirlipanpan deux ou trois fois par-ci par-là suffise à vous faire appeler cela un "parcours d'acteur" ? A moins d'appeller ces partouzes organisées qui permettent à tout ce beau monde  de faire gouzi dans un sens, puis gouzi dans l'autre un an après des  "productions" (regardez ce que cette pauvre Mélanie Thierry a du subir à Cannes pour rester avec sa bande de potes), à moins bien sûr d'être finalement dans la même situation qu'un personnage d'une chanson de Jean-Jacques Goldman qui "de moins pire en banal / finit par trouver ça normal "?

Il y a bien d'autres raisons de vénérer absolument l'auteur de cette histoire qui raconte les aventures d'un pneu psychopathe doté de pouvoirs télékinésiques. Certes, Quentin Dupieux est un auteur à référence : on  retrouve à nouveau une citation manifeste au cinéma de David Cronenberg (déjà évoqué dans STEAK) et à son sublime SCANNERS, ainsi qu' à l'humour non-sense des Monty-Python. Deux axes qui semblent définir les pôles de l'univers personnel de Dupieux à l'intérieur duquel il va forger sa dramaturgie et les proppres outils de son langage. Mais n'allez pas croire que ces références ne s'adressent uniquement qu'à des geeks déjà convertis qui n'attendent que de se retrouver en salles pour glousser à la face du monde sur des private-jokes qu'ils sont les seuls à percevoir. D'ailleurs ceux qui gloussaient le plus dans la salle étaient bien plus ceux qui représentaient l'intelligensia branchouille de nos Plus Grandes Ecoles. Mais pourtant, ils se sont arrêtés quand notre héros a eu sa phase lacanienne du miroir (étonnant non ?) ...

Ce qui sépare justement RUBBER de VIDEOGAG c'est bien justement le sérieux de sa démarche, qui pourrait presque effrayer par son jusqu'au-boutisme, dût-il être dans le registre du non-sens (pourtant tout le monde sait que les blagues les plus drôles sont souvent celles racontées avec le plus grand sérieux), non le problème – si on peut vraiment l'appeler comme ça – est que je ne sois pas sûr que Quentin Dupieux aie tellement envie de rire. Ce qui "nous" fait rire ne le fait pas vraiment rire lui, je crois, et dans ce sens RUBBER n'est pas qu'un coup de gueule envers la profession (par des démonstrations de maîtrise technique absolument sublimes et imparables, et  peu onéreuses) mais aussi envers le public à travers ce qu'il fait subir aux spectateurs à l'intérieur de son propre film.  La rasion de leur intégration dans sa narration, etce qu'il leur fait dire et ce qui leur arrive se passe, au final, de toute autre démonstration. En ce sens, et comme le démontre très bien le final, RUBBER est effectivement peut-être l'avenir de l'humanité (celle-là, je serais curieux des réactions au standart…) quand celle-ci aura compris ce qui la sépare vraiment du progrès.

[A noter que LJ Ghost nous avait déjà parlé de RUBBER. L'article est ici...]

 

 

 

pontypool-1

[photo: "...you're talking to me ?"

 

 

PONTYPOOL de Bruce Mc Donald (Canada-2008)


Ah, alors désolé à nouveau, mais je vais me sentir obligé de faire mon geek: pour ceux qui lisent des comics, PONTYPOOL risquerait presque de vous faire figure d’affront. Ceux qui, en effet, sont familliers des auteurs de la Grande Invasion Des Auteurs Britanniques des années 90, et du travail de Grant Morrison en particulier (et sur DOOM PATROL plus préçisément) et de son penchant pour le travail sur le langage  de Williams Burroughs, vous risquez peut-être d’avoir comme une envie de vous faire rembourser la galette. Pas plus tard que la semaine dernière d’ailleurs, je suis encore tombé sur le même genre de twist que celui de PONTYPOOL, à titre anecdotique toutefois, dans les pages du premier tome de IRRECUPERABLE (traduit chez Delcourt) la nouvelle série de super-héros qui marche, scénarisée par le vétéran Mark Waid, comme quoi il y aurait peut-être finalement quelque chose dans euh, l’air du temps. Mais vous l'aurez remarqué : je cite, mais ne me plaint.Je vois ceci comme le retour de l'imagination au pouvoir et c'est très bien, parce que c'est aussi tout ce qu'il nous reste. Le pari était osé, mais par le biais d'un fantastique un peu connoté maintenant, Bruce Mc Donald  prône l’air de rien un retour à la poésie, à la pensée libre face à la désinformation ambiante et la tyrannie des discours de spécialistes, un appel véritablement, au retour du non-sense et de l’absurde, et peut-être pas n’importe lesquels. Un des personnages dit par exemple à un moment le mot "rhinocéros" et moi dans ces cas-là, qu'est-ce que vous voulez, j'entends "Ionesco".

Cette fois encore je pense que nous avons à faire à un petit budget, tout comme dans BURRIED, il s'agit d'un huit-clos, une station radio d'une petite ville en Ontario, tenue par trois animateurs qui se retrouvent confrontés à une émeute locale dont ils ne tardent pas à découvrir qu'elle est le fait d'une épidémie des plus étranges, je ne peux malheureusement vous en dire plus. La mise-en-scène est absolument classieuse, je pense notamment à quelques panoramiques fluides, sobres et somptueux qui maintiennent admirablement la tension du récit, les acteurs sont tous très bien, bref, kakamoulox vaincra, ET SURTOUT BONNE ANNEE.

 

[Un autre avis focalien sur PONTYPOOL? Essayez celui de Norman Bates. Si vous voulez bien me suicre, c'est par ici...]

Nonobstant2000

 

 

 

 

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Samedi 22 janvier 2011 6 22 /01 /Jan /2011 13:28

Publié dans : Corpus Filmi

 

 

 

 

 

 

devotion

[Photo: "How do you blue is animal blue is animal" par Norman Bates d'après la série "Sarah Palin's Alaska".]

 

 

 

 

 




Dans l’épisode précédent ; une voiture lancée à travers la nuit que des chauffeurs inventent, les hurlements glutturaux de camés comme du Chopin pour les chiens, des étranges lumières que le Dr Devo poursuit au nord du Svalbard, une valise égarée dans un motel de Vegas, la recherche vaine d’Oscar Zeta Acosta dans toute l’amérique du sud, l’errance, l’isolement, la mort finalement. En 2011, une révolte mène un bloggeur à devenir ministre, en 2012 qui sait à quelle poste on finira, vu la street cred’ du Docteur ça sera au moins à la Défense, au pire porte parole de la déliquescence culturelle. L’Histoire n’est certes pas écrite, mais à force d’écrire on deviendra peut être historique. Quel est le rapport tu te demandes ? L’idée c’était d’être devant ton écran, relax, une pause entre deux scrollements porno/facebook, pour faire une différence entre les deux, pour rester dans le coup, pour être au courant. C’est en 2011 que les réseaux sociaux sont devenus une source fiable pour comprendre les pays en guerre.


Encore plus proche de la fin.




BLACK SWAN de Darren Aronofsky (USA 2010)


Je sais pas qui c’est ce gars, je m’en fous, sans doute que ses premiers films étaient plutôt inspirés et atypiques, personnellement j’aime pas (ou alors peut être) et puis ce n’est plus le sujet. Dans BLACK SWAN parce que y’a Padmé Amidala (et là je réalise que Laurent Gbagbo aurait été parfait dans un STAR WARS) ,on suit les aventures d’une danseuse qui veut être la meilleure danseuse à la place de la meilleure danseuse, les choses se font, elle devient la reine des cygnes, mais c’est hard-core de se donner corps et âme à l’art donc elle souffre, et puis elle crève sur la scène comme Moliere (le correcteur orthographique me propose molaire). Elle crève oui (j’ai peut être spoilé un truc comme on dit sur les forums) mais au sommet de son art et le public était debout dans la salle, vous savez comme dans le dvd de Bigard au stade de france, c’est sans doute ça le sommet de l’art quand tout le monde applaudit stand-up, c’est l’instant comme culture, c’est nous !


Évidemment vous l’aurez compris, c’est de l'histoire dans l’histoire. Le personnage qui joue le canard dans la pièce est tellement inspiré par le rôle qu’il devient ce même canard dans la vraie vie. Genre je parle mal à ma reum parce que je suis un BLACK SWAN, en gros une ado gothique qui fait chier quand elle découvre qu’elle sera toute sa vie dans le bad parce que la vie c’est ripou, bref de quoi faire passer du Dolto pour de la psychologie. Donc, le film parle de la souffrance de Padmé, avec auto-mutilation, drogue, sexe, alcool et toute la panoplie, sauf qu’ici c’est forcement plus profond parce que c’est de l’opéra et que, instead of Kurt Cobain, on se tape Tchaikovsky. A part ça, le film est un véritable téléfilm sans inspiration, on retrouve même plus le formalisme "touche la nouille" qui était quand même, à un certain moment, la marque de fabrique de Aronofsky, on se tape tout le long du ballet filmé style Frederic Mitterand, entrecoupé de passages mélos avec Padmé et Vincent Cassel qui font péter l'échelle de Richter du mélodramatique poignant à grand renfort de chialements pour l’une (tu la vois presque courir après l’oscar), à grand renfort de hurlement pour l’autre, n’en jetez plus, et ce n’est pas les scènes de cul ultra-vulgosse ou les gros clins d’oeil bien appuyés à Cronenberg qui changeront la donne. Au final, c’est plus proche de la mare au canard que du lac des cygnes, mais je dois sûrement être de mauvaise foi puisque la mostra de Venise (t’a vu !) et les golden globes ont toujours raisons.




HARRY BROWN de Daniel Barber (UK 2009)


Étrange que HARRY BROWN sorte avec deux ans de retard en France, alors qu’il existe en DVD depuis un an et demi et que tout le monde l’a déja downloadé. Ce serait pourtant dommage de ne pas se déplacer en salle pour voir la version réussie du film de papi Eastwood, loin de la morale relax’  et des petits enfants chinois que l’on peut encore sauver.


Là c’est Michael Caine qui pète un cable dans sa banlieue sordide, un jour que le bigdeal s'arrête d’être diffusé à la TV, que plus rien ne s'oppose à la nuit et que des jeunes avec des bonnets brûlent des voitures devant son appart’ sordide, alors que les flics font rien qu’à mettre des PVs aux honnêtes gens, wesh. Tonight I speak of prophecy ! En fait, Michael est un ex-marine rompu aux choses de la guerre, et même si'l a arrêté de porter le treillis pour se consacrer au scrabble au salon de thé, c’est comme le vélo ça ne s’oublie pas. Et puis le marine a de la peine car sa biatch à passée l’arme à gauche, d’un égarement à l’autre on se retrouve 20 ans... Du coup, dans la rue, c’est la guerre, les vieux s’en prennent aux jeunes...


Je disais plus haut que c’est dommage de ne pas aller en salle parce que HARRY BROWN est vraiment un must-see. Si on l’on fait abstraction du sujet un peu polémique et du discours social en background (que je qualifierai de plutôt soft), on a affaire à quelque chose qui se rapproche d’un vrai film, dans les ambitions comme dans la réalisation. Photo superbe qui nous plonge dans une banlieue transfigurée en antichambre de l’enfer grâce à un cadrage iconoclaste-symbolique qui joue sur les clairs obscurs et les transgressions gores, pour dresser dans la plus profonde crasse des portraits de personnages presque archétypaux, scope crado qui verse dans le gothique flamboyant un décor de journal télévisé facon David Pujadas “on air” de l’enfer, y’a de la volonté faire dans le vigilante pur et dur sans se justifier par trop de humanist bullshit. Le film est d’une violence assez incroyable (ça a même réussi à calmer les gamins des rangs de devant qui ont arrêter de textualiser sur leurs iphones) et d’un profond pessimisme quand à la nature humaine. Ce n'est pas ici que vous verrez une happy-end (je ne dis rien). OK. Malheureusement ,si l’image est particulièrement soignée, le film reste d’un classicisme extrême, soit un montage des plus linéaires qui suit  les actions des personnages (même si on a droit à du flippant grâce à un jeu sur les textures des images) ,accompagné d’une ignoble musique style Hans Zimmer  symphonique Ranou (du jambon, on vous dit) qui appuie des deux pieds ce qu’il se passe on stage. Bref, on espère que ce monsieur fera mieux par la suite. On se contentera pour l’instant de ces quelques images infernales de révolte de jeunes voyous dans les bouges sordides d’une Angleterre fauchée face à une catharactique maréchaussée “pour votre sécurité”.






127  HEURES de Danny Boyle (USA 2010)

Là on est vers la fin, c’est là que les plus réticents sont déjà passés à autre chose, on est un peu entre nous, voire même entre moi(s). Vous vous attendez à du dégeulasse ? Rangez vos mains pleines de vos centimètres indécents, on est dans le pervers éclairé.


Mettons que 127 heures soient une vie, une vie comprimée et étranglée au fond d’une artère granitique, aride et hostile que le soleil éclaire cinq minutes par jour. Mettons que vous deviez raconter cette vie en une heure et demie ?


1) Vous prenez la soif d’aventure, l’exaltation de la puissance, la fierté de la survie, vous formez une trinité qui définit l’humain, car plus que ce qu’il a vu, c’est le vécu qui, dans la solitude, prospère : vous êtes au coeur d’un mécanisme global, style Hawking et la théorie de la grande réunification. C’est là que ca devient pervers, et suivez-moi attentivement. On vous montre un mécanisme qui voudrait diviser l’image, ce qui laisse à penser qu’on voudrait élargir le point de vue, à la De Palma, voire tâter de la perspective, logique dans un cerceuil minéral qui abolit tout horizon. 127 HEURES c’est pas ca, c’est BURIED version christique, c’est l’Esprit Sain entouré des apôtres, c’est la kabbale - mathématique de la création - et l’histoire du monde. A l’instant t, d’une situation part toujours trois chemins, dont deux qui mènent dans une situation pire. Dans le désert tu rencontres deux filles, une pour l’amour, deux pour le gang bang, trois elles couchent pas. Tu vois la situation ? Tu comprends l’enjeu ? Les trois ne sont qu’un, comme les trois centres du corps humain (tête, corps, sexe). Le père, le fils et le saint esprit.


2) Faut rajouter une abstraction supplémentaire, cartésienne : nos souvenirs nous mentent. Dans le contexte, tout seul, notre esprit est démesuré, démesuré par la puissance des visions, par l’introspection obligatoire, et de 127 heures dans l’isolat naissent une infinités de chemins. C’est tout ses chemins que Dany Boyle fait mine d’explorer, tranquillou, en faisant dans le clippesque pop-art, dans l’exploration d’une tête d’un jeune du siècle. Là encore, tu te rends compte qu’en douce Boyle cherche toujours sa théorie de l’unification : tout les jeunes du siècle pensent singulierement la même chose ! Mêmes photos sur les blogs, même fuite de la réalité, même envie du festif. On est dans la déconstruction de l’idée comme vecteur de personnalité, seule la dialéctique fait la différence.


3) Et finalement en s’auto -mputant vient la délivrance : transformer consciemment son corps en deux, c’est devenir bancal. De la cassure, on repart sur un rythme linéaire, pour résister au cosmos il faut se faire souffrance car dans toute théologie le divin est atteint après la perte. Le montage est un mensonge, la mise en scène un moyen du divin, toute division au final réunit car l’homme dans sa finalité est limité à sa conscience par son corps. Tout le film on nous a présenté comme triple, et cette trinité on a du la quitter pour muter. Car comme James Franco, sur le chemin qui nous sépare de la mort, trois pôles nous éloignent de la route, nous conduisent dans les failles intersticielles où nos nécroses pullulent. Être vu, reconnu et survivre.  Une fois absorbée, une fois que la réunification a lieu, l'hélicoptère arrive.



Radicale critique du Dalai Lama : c’est pas l’infini qu’on a dans la main, c’est sa bite.



En résumé : un jeune du siècle dans une brèche vaginale, la théologie et le cosmos, le camescope et la Terre entière.






Vous êtes prêts pour la Communion.






Amen.












NoRm@n_02

 

 

 

 

 

 

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Jeudi 20 janvier 2011 4 20 /01 /Jan /2011 21:40

Publié dans : Corpus Filmi

 

 

 

 

 

 

Catfish-devo

[Photo: "Venus 2.0" d'après le film CATFISH]

 

 





 

 

 

 

Le soleil rasant du midi hivernal éclaire une scène de désolation post-festive a travers les persiennes d’un appartement du XVIeme arrondissement, découpant l'atmosphère chargée en strates horizontales fumeuses laissant apercevoir là un sein, là une jambe, là un ami de la veille à demi nu ou des bouteilles de champagnes à demi consommées. Vous venez d’ouvrir les yeux, la moustache encore pleine de cocaïne, vous vous remémorez la soirée passée, vainement, vous vous remémorez l’année passée, vainement. Alors que dans votre délirium corda des images vous reviennent, des sons et des couleurs vous rappellent Blier ou les frères Cohen, Wes Anderson ou Araki, et finalement tout n’a pas été si vain : pas de doute vous êtes un lecteur de Matiere Focale.





Alors sans doute plusieurs heures après, tout est toujours comme avant. Même sensiblement encore plus similaire à l’année passée : vous comprenez que non seulement les années se ressemblent, mais en plus elles se normalisent. Les années 2000 sont un peu plus toutes les mêmes chaque année : toute votre existence semble vouée à trouver ce qui vit, derrière de plus en plus de réseaux ou d’interfaces pour comprendre votre vie. Combien d’amis, combien de “like” combien de statuts, pour dire quoi ? Tout est dans les réseaux, traces de vie à lire pour l’éternité...





CATFISH c’est votre histoire. C’est comment vous avez trouvé la photo d’une meuf copine d’un pote sur facebook qui vous paraissait jolie et intelligente, dont vous avez épié les faits et gestes, méticuleusement compilé les informations croisées sur MySpace, Youtube, Senscritique, g-Talk, MSN, twitter ou overblog, c’est comme ça que vous avez écouté sa musique, lu les articles sur son blog ou elle explique ses attentes et ses déceptions a propos du monde, vu les photos d’elle ou un sourire vous faisait craquer, apprécié sa compilation de musique sur les années 70, et au milieu de tant d’informations digitales vous avez craqué, vous avez voulu franchir le pas et tout fébrile vous avez cliqué sur “ajouter comme ami”. Une histoire a commencé...





Et comme 1000 informations ne résument pas une personne, dans ce wikileaks de passions et de photos de chats mignons, vous avez associé à des sourires des idées, fantasmé des dialogues, imaginé des postures, que sans le savoir vous aurez piqués à des femmes que vous avez aimés, des actrices que vous admirez, des gens que vous connaissez, et de tout ça vous aurez crée une statue, un modèle pour vos fantasmes, une fille que vous pourriez aimer, avec qui vous espérez un jour vous chamailler sous la couette une dimanche matin pluvieux, ceux dont les bruits ambiants monotones brisent tout les élans sauf ceux du coeur...





Dans un an de tergiversations et de fantasmes vous découvrirez finalement un tableau bien différent. De votre montagne de fantasme érigée par votre frustration et votre misère sentimentale vous tomberez d’un seul coup après un “tweet” laconique : elle n’aimait pas vraiment les chocapics, pire encore, sa nouvelle couleur de cheveux est atroce ! Les désillusions s'enchaînent, de murs en murs la statue se fissure, la femme de rêve n’était qu’un miroir de vous et qu’un fantasme d’elle même... La liberté du virtuel, dans sa rapidité et sa simplicité, mais surtout dans son immensité, à fait du fantasme et de la mise en scène une nouvelle cour des miracles ou chacun doit être mieux ou plus que l’autre. Toujours attiré l’attention quand l’esprit est sollicité par milles tentations, dans un maelström publicitaire et consumériste qui compile les informations sans jamais approcher la conscience. Toutes les données ne formeront pas un pays, un homme, une vie. La vérité n’est pas dans les châteaux de sables 2.0 toujours plus beaux qui comblent l’ennui d’une vie banale, ou la vérité est tellement facile à gonfler.




En fin de compte votre romance 2.0 est glaçante et froide. Vous émergez au coeur de la plus glauque des maisons, peuplées d’handicapés sociaux, de mythomanes compulsifs, de paranoïaques aigris, d’égocentriques sans talents que la télé, les portables, internet ou les magazines ont coupés d’une réalité tangible, à fleur de peau, faite de rencontres et d’imprévu, de risque et de chutes. CATFISH est une descente glauque en forme de documentaire au coeur de la folie, de cette folie du XXIeme siècle, sorte de voyage au bout de la nuit réalisé avec trois euros et une connexion internet, montage de sites, d’écrans, de cartes, de coup de fil et de SMS témoignant de la misère des petits. Car comme toujours, dans toute cette merde, c’est la “france d’en bas” qui en prends plein la gueule. Celle qui par manque de moyen s’est tourné vers les paradis artificiels du siècle, les plus cheaps. Facebook est gratuit, mais leurs patrons sont milliardaires, riches de la haine et du mensonge quotidiens des petites gens dont Céline à si bien fait le portrait.




Quand le mensonge devient une raison de vivre, le film bascule dans l’horreur. Véritables visions de démences exacerbées par une mise en scène totalement absente, comme si l’édifice érigé avec soin était trop complexe pour être seulement interrogé, CATFISH présente la vérité. Pas comme une enquête de journalistes TV, comme un récit autobiographique de quelqu’un qui chute, touché en plein coeur. Alors certes on pourrait reprocher une certaine tendance à faire dans les bons sentiments, a s'appesantir longuement sur la fin et a sombrer dans le narcissisme. Mais c’est cela aussi qui rend le projet troublant, humain et terrifiant. La vraie horreur ne vient peut être pas des illusions paumées de rednecks misérables, c’est le paternalisme d’une société Web 2.0 riche et futile qui est capable de tomber amoureuse sur internet qui est glauquissime. CATFISH c’est une sorte de MASSACRE A LA TRONÇONNEUSE filmé comme BLAIR WITCH. L’ultime conclusion viendra d’ailleurs du redneck un peu con résigné mais heureux, seule personne sensé dans cette galerie de fous :




“Les morues sont maintenues en vie par des poissons chats, pour les transporter vivantes avant l’abattoir.” Ou comment la violence nous maintient en vie.







Bonne année à tous.







Norman Bates.









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Dimanche 9 janvier 2011 7 09 /01 /Jan /2011 13:49

Publié dans : Corpus Filmi

 

 

 

 

gonzo devo

[Photo: "Sydney Briar is alive !" par Dr Devo.] 

 

 

 

 

 

 

Quatre crétins décident de se faire sauter à Londres, en bons musulmans, pour la cause.

Banksy, artiste mystérieux et underground fait un film pour montrer que l’art moderne est fait pour rendre les gens cons et sort un faux documentaire dans lequel il fait croire au spectateur qu’il regarde un film sur lui et le street art alors qu’en fait il s’agit peut être, ou pas, de lui et d’art moderne.

 

 

Attaquant de front la notion d’engagement, qu’il soit politique, artistique ou religieux (au fond c’est pareil), deux films chargés d’explosifs en forme de brulôts mal foutus, adoptant un parti pris formel plutôt multimédia que classiquement cinématographique, dirons-nous. A l’esthétisme béat de créateurs trop enclins à faire du beau, on oppose la forme brute de la contestation un peu fauchée, maline et revendicative. Oui, mais pas en critiquant, en mettant en scène, en interprétant et surtout en ne respectant aucune vérité, aucune règle, et en étant par-dessus tout intrinsèquement malhonnête. Bah oui, aucun des deux ne se revendique d’une réalité historique, on est dans la fiction dans les deux cas. Qui est Banksy ? C’est Banksy qui pose la question dans un film réalisé par Banksy. En réponse, il filme l’histoire d’un artiste réalisant un documentaire sur Banksy. Limpide. Limpide jusqu'à ce qu’on se rende compte que Banksy filme un documentaire sur une fiction à propos d’un artiste qui est peut être une arnaque qui est peut être Banksy, qui est en tout cas bankable. Il y avait un éléphant depuis le début mais personne ne l’avait vu !

 

 

Toutes les formes de la réalité sont revendiquées : Banksy est connu notamment pour avoir installé des poupées gonflables Guantanamo à Disneyland pendant l’anniversaire du 11 septembre ou pour diverses installations illégales style graffitis ou découpage de cabines téléphoniques. Il a également réalisé un faux générique pour LES SIMPSONS qu’il a réussi à vendre à la FOX, interpellant ainsi, non pas le capitalisme comme on aurait pu le croire au visionnage du dit générique, mais en affirmant ainsi la surpuissance du capitalisme dans sa capacité à vendre sa propre critique (la FOX diffuse ainsi sur sa propre chaine un message anti FOX qui lui rapportera beaucoup d’argent grâce à la pub et au buzz sur le net). Touche à tout pluri-forme que personne n’a jamais rencontré en vrai, revendiquant ne gagner aucun argent sur son œuvre exposée dans la rue pour le public uniquement, statut trouble de fouteur de merde acquis en collant des pubs américaine sur le mur de Cisjordanie ou en foutant Mickey sur les dents, Banksy joue de son mystère pour parler de pleins de gens qui semblent être ses amis tout en évitant consciencieusement de parler de lui (en apparence ?), en se mettant en scène comme un Jedi en lutte permanente contre le système (le milieu de l’art contemporain prend cher), pour qui l’art sert surtout à se marrer en interpellant avec humour chaque citoyen sur sa place dans l’histoire du monde. Banksy ne conclue rien dans son film, il renvoie la balle habilement à tous ceux qui voudraient qu’il s’explique. On lui commande une œuvre pour expliquer qui il est et pourquoi il crée ? Il signe un film sur un français cinglé qui a réalisé le plus étrange film de l’univers (je vous jure que FAITES LE MUR vaut d’être vu uniquement pour les extraits du film, 30 secondes qui valent plus qu’un billet de cinéma aussi cher soit il, vous n’avez jamais vu ca ni à la TV ni au cinéma, Gaspard Noé est un artisan éclairagiste à coté) avant de se perdre dans sa folie, sorte de PHANTOM OF THE PARADISE version XXIème siècle, œuvre vitale et prophétique sur la crise de l’engagement qui est l’apanage de notre société, celle qui a vu mourir Dieu et la Politique pour ériger Internet comme summum d’une liberté d’expression que personne ne mérite, quand les idoles fantasmées sont descendues au milieu des hommes en portant des noms d’oiseau, chimères monstrueuses et organiques qui hurlaient dans les foules que chacun est un artiste, que tout le monde peut créer, professant de fausses morales, surfant sur les désirs d’égalité entre tous les hommes, revendiquant le droit à tout pour tous, aux blogueurs les critiques d’arts et aux cuisiniers les grandes chaines de TV. Du foot sur toutes les chaines, quelques infos faméliques entre les deux, le monde endormis par la lassitude et dans les ombres la rancœur qui grandit, portrait de gens qui petent plus haut que leurs culs et qu’aujourd’hui on érige. La forme, je sais ce n’est pas une excuse, hérite du propos une forme underground et terroriste, loin des calibrages, proche du garbage-TV et du DIY, il faut avoir les couilles quand on est plasticien. Au final le film brouille les pistes plus qu’il ne clarifie la situation, on pourrait même envisager que Thierry Guetta et Banksy soient la même personne, hypothèse géniale qui placerait l’artiste en porte à faux de sa propre méta critique, qui absorberait l’entité créatrice pour la restituer au monde dans sa pureté originelle et fondamentale, presque christique, c'est-à-dire pleine de symbole et dénuée de sens. La dynamique de la création comme carburant du premier moteur, sans quoi l’homme est dévolu aux limbes et à rester spectre à vie.

 

 

De l’autre coté, Chris Morris depuis longtemps dans l’humour noir outre atlantique (il faut voir ses séries pour la BBC) passe au cinéma sans en emprunter le format. Des téléphones aux caméscopes, là encore multimédia par défaut, l’image est codifiée pour plus de "réalité". Pas toujours à dessein, mais on appréciera le geste, sorte de mise en abime, d’axe de chute dans le maelstrom de la nouvelle information depuis le 11 septembre (envoyez vos images à BFM TV, vous êtes vous aussi journalistes) qui voudrait placer le lambda au cœur de nos préoccupations et de nos peurs. Vous avez peur, Tata Jeannette à peur, les frères Bogdanov ont peur, Claudia Schiffer à peur, le monde est froid et insensible, restez dans vos couettes, linceul de votre intégrité critique le jour ou la télé est entrée dans la chambre à coucher. En forme de pochade débile et absurde, road movie grinçant qui tape toujours juste, jusque dans la fin qui renvoie tout le monde à sa seule responsabilité, celle qui devrait guider nos existences : confronter sa volonté à ses desseins profonds, ne pas cacher la douleur d’être homme et se présenter devant la Fin debout, droit dans ses échecs, confiant dans ses doutes et gigantesque dans sa chute. Il faut rire avant tout, surtout devant la chose la plus sérieuse du monde sous peine de faire passer sa tristesse comme mètre étalon de notre rapport à l’autre et au monde. Il faut crever de honte pour vivre libre  à nouveau. La grandeur se mesure à l’aune de la finalité espérée pour ses engagements. L’humour est une forme de résistance à la peur et il faut avoir peur de la connerie des hommes sérieux. Dans Babylone quatre lions courent, comme quatre cavaliers d’une apocalypse télévisuelle, implorant STAR WARS ou John Wayne dans des fausses chapelles sacralisés par des gens qui s’ennuient, qui ont peur, qui n’ont plus rien à vivre, qui vivent quand même, jusqu’au jour de l’an, jusqu'à l’anniversaire, jusqu'à l’été, jusqu'à Noël, jusqu’au matin, jusqu'à la nuit prochaine, encore attendre, encore se retrouver seul, ils ne croient plus à l’enfer, plus au paradis, ils croient dans la TV, dans la police, dans les étreintes fugaces, dans le crépitement du feu, dans l’arrière des night clubs, au fond des chiottes sordides d’une boite à partouze, et plus ils attendent plus ils ont peur, plus ils sont bêtes, plus ils sont sauvages et plus ils oublient qu’ils sont tristes. Car le fond du problème pointé par Chris Morris, ce n’est pas la foi ou la religion : c’est que Dieu est accessible sur Internet. Le martyr n’est pas mort pour Dieu, il est mort sur Youtube.  On est passé de la cause métaphysique à la communication de masse avec tout ce que ca implique dans la démesure. Dans milles écrans, de milles sources différentes, avec des qualités de sons et d’images différentes dans tous les pays du monde, en direct ou en différé, on ne crève plus pour des idées, on meurt pour exister. Le paradis est sur Youtube, bitches.

 

 

 

 

"On nous avait dit que l’art était mort, mais aujourd’hui je me rends compte qu’il est partout et à portée de tous"

 


Crevez Tous.

 

 

 

 

Norman Bates.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Lundi 20 décembre 2010 1 20 /12 /Déc /2010 21:37

Publié dans : Corpus Filmi

 

 

halbermenschdevo

[Photo : "Je n'en reste pas moins..." par Dr Devo.]

 

Scott Pilgrim sort avec une fille du lycée, joue de la basse dans un groupe de rock indépendant, rencontre une fille aux cheveux bleus, joue dans un tournoi de musique, suit la fille aux cheveux bleus, la fille à des cheveux rouges, sa copine n’est pas vraiment sa copine, les mots bleus ne rendent plus amoureux, Scott Pilgrim est amoureux de la fille aux cheveux rouges, Scott Pilgrim se fait attaquer par un indien, l’indien est un "ex" de la fille aux cheveux mauves, Scott Pilgrim joue à un jeux vidéo, Scott Pilgrim rêve, le colocataire de Scott Pilgrim est gay, Scott Pilgrim à trois colocataires, Scott Pilgrim se réveille, Scott Pilgrim à encore six ex (durs les ex) à battre, la fille asiatique à maintenant les cheveux bleus, bleus les cheveux sa copine asiatique a, Scott Pilgrim est sorti avec la batteuse de son groupe (qui a des cheveux roux) au lycée, Scott Pilgrim pense que la différence d'âge n’est pas un obstacle, Scott Pilgrim danse, la fille aux cheveux verts est dans les rêves de Scott Pilgrim, Scott Pilgrim réussit à se sortir d’un rendez-vous raté par une porte de sortie, un des ex de la nouvelle amoureuse de Scott Pilgrim (celle aux cheveux violets) est Jason Schwartzman, Jason Schwartzman est le producteur de l’ancien groupe de l’ex de Scott Pilgrim, l’ex de Scott Pilgrim veut se venger de Scott Pilgrim, Scott Pilgrim est insignifiant (il joue de la basse), Scott Pilgrim ne boit que du Coca Zero, Scott toujours, Jason Schwartzman est à la tête de la Ligue ou de la Guilde (il ne sait plus), Jason Schwartzman veut reconquérir la fille aux cheveux verts, le groupe de Scott Pilgrim gagne la finale, Scott Pilgrim gagne 7000 points et meurt, il reste une vie à Scott Pilgrim, il reste la confiance en soi à Scott Pilgrim, il reste l’amour à Scott Pilgrim, il reste du monde aux portes de l’amour, mort Schwartzman reste aux portes du mondes, game over, le colocataire de Scott Pilgrim est gay, la fille asiatique renonce à l’Amour, le rock indépendant triomphe, Scott Pilgrim pense que le factuel n’est pas inhérent à l’amour et que seuls les sentiments triomphent, Scott Pilgrim déclare que son score est Zéro.

 

 

Moi j’aime bien le début, la première demi heure qui part un peu dans tout les sens (aide : cette phrase ne veut rien dire), avec ce montage un peu foufou qui passe sans arrêt du coq à l'âne, de manière certes ultr- iconoclaste (ça fait un peu pupub quoi) mais avec des points de montages assez précis et des axes qui se répondent plutôt agréablement (y’a des raccords formels imppecab’). On se dit que bon, l’humour absurde et cette mise en scène qu’on pouvait déjà retrouver dans la série du gars Wright (SPACED) c’est plutôt des bonnes choses, des choses qu’on aime. Pourtant on sent bien que le rythme effréné du film ne va tarder à devenir franchement pénible, les plans de deux secondes se succédant sans interruptions au service d’une narration trépidante et fourmillante qui malheureusement souffre de fait d’un gros problèmes de rythme (puisqu’il n’y en a pas). Et au bout d’une heure, c’est foutu, le film est devenu un maelström de références geeks, voire nerds, assez effrayantes, le film devenant une sorte de compilation de jeux vidéos des années 80 esthétiquement ultra kitsch baignant dans une mare d’images de synthèses-comics frelatée. Le geek nostalgique de l’époque pourra s’écrier à chaque plan “tiens, j’ai joué a ça petit”, car les références au jeu vidéo sont omniprésente dans l’image comme dans le son, si bien qu’un mec qui n’a pas passé les vingt cinq dernières années de sa vie devant une console risque d’être bien vite perdu. Alors oui, on pourrait penser que c’est une sorte de pop art faisandé un peu comme dans SPEED RACER, sauf que contrairement à ce dernier, le propos est lui aussi infesté de culture vidéoludique, sans jamais être exploité autrement que pour le “fun”: pour sortir avec une meuf, le héros doit se fighter ses ex un par un dans une arène différente. Ouais c’est du jeu vidéo appliqué à la vraie vie, sauf qu’à la fin il gagne et se tape la meuf (SPOIL !) : tout ca pour ca ? Le film aurait pu être un jeu vidéo, donc par définition ne peut pas être du cinéma. Il n’y a pas de pont entre les deux médias, ce qui rend le film vain et assez débile si on prend le temps d’y réfléchir. La mise en scène qui pourtant partait d’une excellente base en voulant confronter l’interactif à un format linéaire (la pellicule) se retrouve dans l’illustration pure et simple. Donc pas de recul, pas de distance, et donc pas de poésie ni de cassure. Le truc se déroule jusqu’a la fin sans conséquence. Ce n’est pas un film, c’est un produit dérivé ou un goodies pour fan de jeux vidéo. Et puis il y a cette palette estampillée film indépendant qui devient franchement insupportable dans le ciné américain, Michael Cera, et aussi Jason Schwartzman au casting, mais aussi le rock gentillet de mecs en pull over, les actrices enlaidies pour faire plus vraies, le brossage du spectateur dans le sens du poil, tout ça sent le truc aseptisé qui plaira au spectateur trentenaire de Sundance.

 

Et pourtant on avait envie de l’aimer cette fille qui n’a pas la moindre trace de cynisme dans les sourires, qui sait rester digne malgré ses faiblesses, conserver sa droiture et son mystère. Il y a du charme dans ces amourettes de lycée qu’on a tous vécus, dans ces instants trop mièvres ou trop naïfs, dans nos cheveux victimes des désirs contrariés et contradictoires, dans la successions d’émotions qui font que l’amour est un danger. Pas un jeu vidéo. Et ce qu’il en est pour l’amour il en va de même pour l’art : la musique, c’est pas Guitar Hero ! A vouloir ériger cette sous-culture vidéoludique en art, Wright oublie que l’essentiel d’un jeu est le mécanisme situé entre le canapé et la manette, le cerveau donc, l’imagination et la sensibilité sont le siège du désir. Avachis sur un canapé devant une pute à gros seins ou avec une guitare en plastique, le plaisir reste masturbatoire. Au lieu de faire un grand film en forme de cyber conscience pour une génération qui voit la vie sur écran plat, Wright leur prête sa main pour les branler. On est en droit d’être déçu.

 

 

 

Norman Bates.

 

 

 

 

 

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Samedi 20 novembre 2010 6 20 /11 /Nov /2010 02:36

Publié dans : Corpus Filmi

 

 

 

 

 

 

degaulle-devo

[Photo: "J'ai mal compris" par Norman Bates d'après une couverture de Télérama.]

 

 

 

 

 

 

Est-ce que vous avez déjà observé le ciel d’Italie ? Tout est dans cette pureté cosmique, ce soleil que seule la nuit peut calmer dans la douceur des montagnes. Loin de la mer et des gens, au dessus d’un massif verdoyant même l’été, dans la campagne profonde où les villages dorment dans le silence sous le soleil tapageur et sous la nuit étoilée, dans ces Abruzzes vestigiales ou tant de beauté réduit les hommes au silence… loin de la méditerranée et plus proche de ce putain de ciel, il y a Georges.

 

 

40 ans et pourtant Georges est toujours sur le qui vive. Cette femme nue, ce bourbon délicat et le feu dans la cheminée ne suffisent pas à l’apaiser. Les ennemis d’hier réapparaissent en plein jour, les femmes tombent dans ses bras mortes et la réalité est une menace constante. Toute une vie à tuer, toutes ces vies derrières lui, et aujourd’hui l’Italie. Pas exactement Rimini l’été, pas de transat à son nom dans les clubs méditerranéens, plutôt la discrétion et les loisirs solitaires. Monter des armes, effectuer une dernière mission avant la retraite, se dissimuler….  Il faut imaginer que le ciel est aussi pur que l’Italie à été dépravée, comme si l’Histoire découlait directement du cosmos sur les hommes. Aujourd’hui au milieu du maquis les curés vieillissent dans leurs paroisses séculaires et les tueurs rodent. Georges est las de ce jeu, de ces armes et de tant de pertes : le whisky glace ne passe plus, les femmes italiennes sont autant de mystères que de morale réprouvée. Quand la beauté humaine s’accorde aux cieux, il n’est plus de salut pour l’homme. Loin de tout, le tueur à gages peut mourir ! Sauf si dans un dernier élan la grâce le retrouve enfin, au bout de toutes ces années, terrassé mais serein, à la terrasse d’un café désert que le soleil embrase. Georges, un café, l’Italie : what else ?

 

 

 

Quand Corbijn revisite Sergio Leone il faut s’imaginer un PMU le soir, les écrans plats sont les nouveaux déserts, les lignes limitées par une perspective tronquée. Le soir venu dans les villages il se joue dans les bars déserts des combats silencieux dont on ne parle pas. Georges est l’homme de ces combats, de ceux des PMU, de ceux des pubs TVs, à quarante ans il n’utilise toujours pas de maquillage pour tourner. C’est le seul. Seul. C’est le concept : ne faire confiance à personne, enchainer les femmes, monter des armes, calculer toujours, ne jamais perdre du vue la cible. Alors quand il rencontre une pute et un curé, ce qui aurait pu être une mauvaise blague se transforme en tout autre chose : chacun dans sa fonction et au jour le jour effectue un travail qui transforme Dieu. Vendre du paradis, tuer des âmes, monnayer les échanges : la religion, la prostitution, la mort. L’équation est simple, et comme chez Leone le Bon s’est retrouvé tour à tour Truand ou Brute.

 

 

L’amour n’est pas loin, dans l’expectative. Comme si en Italie on ne pouvait pas tomber amoureux ? Aussi généreuse que les femmes, la culture abonde et les traditions ont la vie longue. Cultes païens ou dévots, la mort prend place dans la trinité. Oui oui, ca sent le dépliant et la pub, Georges en fait des caisses dans le pathos et son jeu d’espion cache des cafetières pour les ménagères, certes. Oui Corbinj fait de l’image un peu gratuite, un peu publicitaire, et la fin perd toutes les idées intéressantes pour les diluer dans un mélo sirupeux. C’est comme si il commençait à faire dans l’ambitieux, à tresser des liens au sein même de sa mise en scène, en jouant avec les symétries et les oppositions, quand deux scènes au bar utilisent des axes absolument similaires à 30 min d’intervalles. Il y a du lien, du sens, du beau parfois, mais au final il vend du jambon à la sauvette aux ménagères pour qui Georges est l’égérie de l’amant monument, inaccessible figure du rêve mûr, l’homme qui fait l’amour le soir et le café la matin, promesses d’une vie rêvée et trépidante dans les Abruzzes de cartes postales. Toute cette esthétique marche pourtant parfois, on se prend à kiffer à mort certains cadrages splendides ou certains éclairages punk (à la Argento voire Bava pour certains intérieurs), mais sous l’audace on gratte et on se retrouve vite avec du rococo plus si frais, dit ?

 

 

Dernier point : le big bang n’a pas eu lieu. Création du monde, orgasme non stop qui chamboule toutes les dimensions, coïts multiples avec des filles qui sentent le chianti et qui font du vélo en robe à fleur l’été… mais c’est une prostituée, et elle une tueuse. Dans la galaxie Clooney, il y a toujours urgence : toujours un suédois ( !) tapi dans l’ombre prêt à tuer, toujours un prêtre avec un fils caché ou une arme à monter. Perte de confiance, perte de repère, montage ample et caméras en mouvement autour du Monde, le suspense innerve le tout, crée une attente, emmène le spectateur jusqu’au bout. Dommage d’avoir du sacrifier encore au conformisme en rangeant bien sagement ses jouets après avoir joué au petit cow boy. C’est le syndrome du manuel d’éducation sexuel : on te parle de différents moyens d’arriver à l’extase tout en mettant en garde contre le sida à chaque page… THE AMERICAN est un film sur l’engin, celui de Georges comme celui des autres, et de la façon dont on l’utilise. Faire mouche à chaque fois, ne jamais rater sa cible ce n’est pas être un cowboy : c’est dans la perspective qu’on définit un axe, et qu’on le respecte. Pour vivre il aurait fallu tout casser, être amoureux, rater un peu, ne pas utiliser les mêmes armes. Si il faut un mot de la fin, c’est que THE AMERICAN aurait pu être suisse, il ferait des tractions et des pompes torse nu quand même : parce que c’est Georges, et parce qu’il peut vendre du jambon comme du café et à la fin ressentir la tristesse de chaque homme face à la beauté pure. Tu peux pas test.

 

 

 

Norman Bates.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Mardi 9 novembre 2010 2 09 /11 /Nov /2010 14:12

Publié dans : Corpus Filmi

 

 

Kind Wurst devo

[Photo: "Quenelles are a boy's best friends" par Dr Devo.]

 

 

 

Dr Devo dit : C’est beau l’amitié. Une main tendue qui devient l’épaule (mon dieu !) sur laquelle on prend soutien. C’est parfois un éclat de rire, un simple regard et l’on sait que l’autre a pigé. On se paye des coups, on va au ciné, on essaie des espadrilles au magasin en rigolant comme des enfants. Plus tard encore, on partage les malheurs, mais aussi les bonheurs, et on se réjouit de la réussite de l’autre. Et même si elle craque aux entournures, même si elle cède parfois, même si l’introduction est trop longue, on ne peut que se réjouir. Heureux celui-là qui a des amis…

 

Norman Bates dit : Mark Book traverse un campus désert, une nappe de violon résonne, un bruit métallique s’amplifie, le violon rejoint le métal, et tout résonne en cœur. Si c’était ca aussi faire du cinéma ? Dans une grande introduction je te présenterais mes amis, on dine chez eux ce soir et demain le golf. On mettrait de la musique relax, on parlerait comme avant et tout d’un coup votre violon unique laisse place à un truc effrayant : la technique. Ici c’est pas Paris, pas l’Amérique, c’est Internet et on découvrirait un jour que son meilleur pote écoute Charles Aznavour en loucedé quand il est triste, ou que cette jolie fille rencontrée au bar à 60 photos d’elle prise avec son portable.

 

Dr Devo dit : Chez nous, en Amérique. Avant-hier. Ce jour-là, M. Jospin reprend deux fois de la viande et Madame Michu hésite sur les motifs de sa nouvelle nappe. Pendant ce temps-là, sur le campus de Harvard.

Mark Book est un étudiant de la prestigieuse grande école. Ses amis ont des franges ou les cheveux trop longs. Lui porte le poil trop long et frisé. Ca plait. Comme tous les gens de son âge, il est un peu arrogant, un peu sûr de lui, un peu la tchatche, même si lui verse plutôt dans la ténébreuse geekitude plus que dans le chipster flamboyant. Un soir de cuite et de rupture, mais pas dans cet ordre, Mark invente un site pour noter les gonzesses au cadran, comme sur le marché de la viande de Loudéac. Trop lol, définitivement mdr, ses confrères étudiants sont trop ptdr et le site fait sauter le système informatique de Harvard. De fil en aiguille, de riches en chameaux, du coq à l’âne, Mark et son pote Ed Book commencent à travailler sur un site dérivé de cette première expérience. "Ce qui fait marcher le monde, Coco, c’est avoir  une "date", voire faire du zizi, être dans un chouette club de mah-jong, ou s’inscrire sur la newsletter de Matière Focale. Et puis poster des photos de sa copse en maillot de bain, et là tout le monde sera trop :-)."

Sans le savoir les deux alcoolytes ont créé le site LivreVisage. Mais c’est quoi créer ? Comme disait Quentin T., sont-ils "artist" ou "artistic" ? Le contenant ou le contenu ? L’architecte ou le concepteur du plan ? Le concept ou la clé à mollette ? Et le youki qui met du blé de maille dedans, hein, c’était qui ?

 

Norman Bates dit : La part de création et de technique, ce qu’il en reste chez l’homme, le Ying comme le Yang, ca aurait pu être la rengaine toujours renouvelée de l’Histoire : je construis une amélioration qui en sont sein engendre exactement son contraire, je crée un réseau pour rapprocher les gens, je donne naissance à une génération encore plus individualiste que la précédente. C’est le principe de la bombe atomique, des radios libres et de la variété française : chaque découverte, chaque nouveauté porte en elle sa propre négation. Dans ce sens comment avancer ? Mark Book à une idée, ce n’est même pas vraiment la sienne, c’est l’idée d’une génération : exposer sa gloire sociale aux yeux des autres dans un monde ou les vrais amis se comptent sur les doigts d’une main. Lorsque tu réponds à un commentaire sur une vidéo d’un chat trop mignon qui fait du piano, à l’autre bout du monde un papillon se pose dans la nouvelle villa d’un actionnaire grabataire. Création d’une tour de babel 2.0 où chaque propos est vidée de son sens, chaque discussion rendue stérile par une nécessaire mise en scène de soi même : passer de l’intime à l’extime, c’était donc ça ce violon diluée dans le métal, ce chant du cygne avant que tout ne soit chirurgical ?

 

Dr Devo dit : Le focalien a tendance à dire, avec la justesse et la rigueur qui le fondent lui et chacun de ses actes, que le succès ou l’insuccès arrivent toujours pour de mauvaises raisons. Fincher incarne sans doute cette méthode du hasard et de la bêtise. Le type n’est pas un mauvais bougre, il a même pas mal de moyens. Le ZODIAC par exemple, avec sa démarche de guingois avait une ou deux bonnes scènes et un structure finale vraiment surprenante, puisqu’il s’agissait de faire patiner le film jusqu’à menacer de ne pas aller à son terme.

BENJAMIN BUTTON, malgré quelques qualités formelles, était déjà fort convenu. Depuis FIGHT CLUB, ça patine et puis c’est tout, se dit-on. On n’est pas fâché, mais on est bien content qu’il ne débarque pas à la maison toutes les semaines.

 

Est-ce justement là le profil de l’ami moyen (médian plutôt) sur LivreVisage. Je ne traiterais pas de cette question dans cet article, mais on a bien senti dans le paragraphe précédent que je faisais des efforts pour mettre en avant une "ligne éditoriale".  Car, voyez-vous, je joue le jeu et je cherche des amis. Ceci étant dit et fait, lâchons les chiens et faisons un peu de journalisme total.

 

 

LE RESEAU SOCIAL, le film, existe déjà en fait. On en a même déjà parlé sur ce site. Il s’agit du film STEVE ANDRE. Allez-y voir c’est maxi-délicioso ! Et la vérité triste, le constat tragique, c’est que ce film aurait du être réalisé par Benoît Forgeard dont toute l'œuvre tourne autour de la communication 2.0. Que sont un homme et un slip modernes ? Quels paradoxes pour quels enjeux citoyens ? C’est le fil rouge des films du bonhomme.

 

Norman Bates dit : Les nappes électroniques, les écrans d’ordinateurs, la profusion des symboles, la difficulté de parler à une fille, la facilité de niquer dans les chiottes : je viens de changer d’avatar, passant d’une photo de moi à la plage à une photo où je suis bien avec ma copine. Le regard, c’était encore au siècle dernier ou ca existe encore ? Peut-on faire du sport sans qu’il soit l’étendard de notre gloire ? Et niquer, est-ce exister ? En faisant croire que la communication entre les êtres est facile, on a en a dénaturé la notion du soi, jusqu'à cliquer sur play pour savoir ce qu’aime l’être aimé. Mais découvrir l’autre, c’est avant tout créer un espace physique, prendre corps dans la dimension réelle, ne jamais faire confiance au fantasme. Internet, l’usine à fantasme, la mécanique des rêves, c’est Justin Timberlake en Lucifer séduisant qui fait mine de découvrir à l’aube que Facebook existe (Facebook à toujours existé, mais avant il était caché). Vous avez vus ces plans ? Tout est trop beau, trop propre, trop parfait. Comme si au milieu des petites gens qui composent Facebook il n’y avait plus aucun grain de sable. Vous qui entrez ici, perdez toute confidentialité : votre vie est aux mains de gens cools et sympas. Photographie high tech, musique électronique, phrasé geek, pas de doute, le film parle de la génération qui engendre des génies du vide, des stars virtuelles et une religion digitale : Dieu est un nombre qu’on ne peut pas atteindre. Du coup il n’est pas étonnant d’avoir 500 amis virtuels et un seul ami réel qui vous lance un procès : la dialectique réelle de l’amitié à été détruite.

 

 

Dr Devo dit : LE RESEAU SOCIAL, le film, est donc un remake. Un Remake de STEVE ANDRE. Mais là où ce dernier se voulait documentaire, jusqu’à suspendre le cours de la fiction normalisée (puisqu’on est censé assister en direct à un événement, et que le film l’est, tourné en direct), Fincher choisit une option tout autre en convoquant ouvertement (non sans courage, même) la fiction. LE RESEAU SOCIAL n’a aucune velléité documentaire directe. Ces personnages, contrairement à ceux de STEVE ANDRE (cf. Stéve André lui-même bien sûr, et surtout l’humoriste Mouquette) sont de pures créations, et c’est tant mieux car, finalement, si les conséquences sont parfois paradoxales, les situations de départ de RESEAU SOCIAL sont simples comme bonjour. Un parti pris chouettosse, donc.

 

C’est la grande force de RESEAU SOCIAL. Faire une bonne fiction, bien cuisinée, une cuisine d’homme en quelque sorte. C’est sûr qu’il est tentant de faire un film sur LivreVisage, et pas seulement pour des raisons commerciales. Mais Fincher n’en a que faire ! Yummy yummy ! C’est là, la bonne trouvaille. Mark Book et Ed Face n’ont jamais réellement existé. Les acteurs, plutôt bon, ne leur ressemblent pas, et pour jouer le personnage de l’inventeur du logiciel musical Munster, Fincher, non sans humour, va jusqu’à convoquer Justin Timberlake qui n’est pas vraiment un artiste underground !

Alors, si LE RESEAU… ne raconte pas ce qu’il est censé raconter, il raconte quoi au juste ? Ce n’est pas pour faire mon chipster justement, ni pour faire ma chochotte que je vous répondrais que le gars David, il fait non pas un truc, mais deux en même temps. Et cela est extrêmement logique car le premier truc dont il nous cause, c’est justement le fait deux choses en même temps ! Funny ! Non ?

 

Et ca démarre même sur les chapeaux de roue avec une première scène totalement réussie. Le film commence sur une conversation, pas sur une action. On comprend très vite, comme si le film attendu se fissurait dans les premières secondes, ce qui est en train de se passer. Cette scène über-fictionnelle n’est pas une scène "réaliste"  dans le cadre d’une fiction de film, c’est carrément autre chose : c’est tout bêtement une scène de tchate qui n’a pas lieu dans un bar, mais sur internet. Plusieurs conversations en même temps, dont certaines se perdent d’ailleurs, on répond à la première question alors que la deuxième est déjà posée (décalage des réponses), une réponse à la question C répond en fait à la question B mais est quand même considéré comme telle (et en plus cette réponse "erronée" puisqu’elle commente la mauvaise question, répond quand même bien à la  mauvaise question!), recentrage de la conversation, raccourcissement des temps d’écoute et de composition, recherche des sous-entendus, volonté d’y mettre un terme qui échoue, et, au final, le clash ! Ca a duré trois minutes et tout est dit ! En plus, Fincher fait le montage de ce dialogue de manière ultime, poussant le jeu des réalisateurs médiocres (c’est à dire presque tout le monde, vu que presque plus personne ne monte les dialogues) jusqu’à l'extrême et la destruction : il finit par faire un champ ou un contrechamp par phrase, ce qui est très marrant car, bien sûr, les phrases sont de plus en plus courtes comme je le disais. C’est en quelque sorte une idée vulgaire, un peu à la Oliver Stone, bien placée, et punk. Donc belle. Faire deux choses à la fois (ici deux conversations en même temps, prétendant quelquefois être la même ou interchangeables), c’est le premier sujet. Fincher me fait alors délicieusement frissonner car je me dis à ce moment là : "C’est plutôt un film sur notre utilisation quotidienne d’internet, et pas sur LivreVisage spécialement, et la réalité qu’on va voir n’est que factice : c’est une représentation, d’où le bon choix de la fiction." Je me demande comme il va incarner en action et en mise en scène les temps de téléchargements, l’utilisation de Gogole le moteur de recherche, la différence mac/pc, les jeux en ligne, le point de Goldwin, les différentes utilisations selon l’âge, la pornographie, etc… Ca va être délicieux !

 

 

En fait, il ne fait pas vraiment ça, mais il tente un autre truc, assez intéressant aussi…

Car en effet, dans les minutes qui suivent cette brillante introduction, un étrange sentiment s'installe. Peut-être à cause de cette musique, une espèce d'electro ambiante qui ne parvient pas du tout à rassurer, et même au contraire (le retour vers la chambre et la traversée du campus, en générique, moment proprement glaçant). Puis, nous mettons le doigt dessus un peu plus précisément. Harvard est une espèce de microcosme, certes, mais valant pour le Monde. [Ce sont les seuls connectés, on dirait!] Et le portrait est effrayant. Ultra-intelligents, über-chipsters, des études grandes comme des corons en bassin minier, des réparties dignes des meilleurs soaps, une langue précise et sur-affutée, et des porte-monnaies plus grands que le PIB du Gabon sur les dix dernières années: ces gens, ce sont des humains normaux, mais dix fois plus puissants en tout que nous, pauvres hères. Voilà qui calme drôlement. Derrière leur courtoisie hallucinante, s'organise quelque chose de plus bestial. Un travelling dans un bus (très beau, mais effroyable) nous fait goûter du bord des lèvres l'ultra-violence de ce monde. Ce régime de jeunes femmes nous terrifient. Les emmène-t-on vers l'abattoir? Sont-ce des pièces de musée? Des actrices pornos? Le film est-il un remake de SOCIETY ? Un étudiant prend la parole et déclare qu'ici, c'est le monde. Mark Book n'a fait qu'une chose: concevoir un outil qui est la réplique exacte de cette société huppée et intelligente.

Ces gens beaux et brillants, et là je suis sincère, sont terrifiants et parfois malgré eux. On à l'impression d'avoir trouver le nid, l'usine de Surhommes ! On découvre alors horrifié que Naziland existe et que c'est nous, le cœur de l'occident, qui l'avons mis en place. L'homme parfait existe, et en des centaines d'exemplaires. La pouponnière existe. Premier constat. Pas étonnant que Fincher ait cherché pendant le générique à installer une ambiance "breakfast at the bodysnatchers"!

 

La troisième lame qui coupe le poil de notre espérance, c'est la taille. La taille, ça compte ! Le sport! Le podium! Plus que le pouvoir, la course mystique à la première marche anime ce monde, de A à Z. Pas étonnant que Fincher ait placé au cœur du film une séquence ostensiblement décalée du reste (mise en scène, photo, etc...), celle de la compétition d'avirons, beau passage d'ailleurs. En Terre Sainte (l'Angleterre), la lutte distingue le plus fort sans aucune ambiguïté et ça, les jumeaux l'ont bien compris. On leur dit "vous avez fait une belle course" et eux ne sont pas d'accord, puisqu'ils n'ont été que deuxièmes. Faire une "belle course", quelle belle affaire! On n'est pas là pour faire des jolis tableaux! On est là pour la gagne. La séquence montre bien que la compétition physique, la force, est un système nettement plus sain que la compétition intellectuelle. On sait qui a gagné et qui est responsable de quoi. La création de LivreVisage change la donne: il n'y a pas vraiment de créateur, les cerveaux sont multiples. Qui a créé LivreVisage? La réplique revient plusieurs fois: si vous étiez l'inventeur de LivreVisage vous l'auriez créé! Lapalisse rencontre Lewis Carrol ! Mais Mark Book, en disant cela, a raison. LivreVisage lisse tout. Les résultats du match sont moins clairs. Le seul objet de compétition sera-t-il avoir le plus d'amis?

 

Norman Bates dit : Dans un loft super sympa, au milieu des jeunes qui vivent et qui s’amusent, il est forcément cool de travailler pour des choses cool. En fait, du point de vue de la mise en scène c’est totalement l’inverse. En faisant mine de disséquer une génération, de pénétrer chez les gens, Fincher rajoute un vernis sur ceux qu’il filme. Décors aériens, plans amples, variétés des supports, LE RESEAU SOCIAL c’est le GERMINAL du XXIème siècle. Comment on traite l’homme, comment le travail à changé, mais comment au fond c’est toujours le petit qui paie. Le LivreVisage est un nouveau socialisme, une exposition de la meilleure face, fait par des jeunes et pour des jeunes et qui "connecte" de fait. C’est une descente dans la mine, et au fond, on découvre non pas l’affreuse réalité, mais une réalité suffisante : alors qu’on s’attendait à un combat des idées, le LivreVisage renvoie à tout le monde la même chose. Il y a l’usine nouvelle, le monde de demain, mais Fincher filme un jeune connard misanthrope qui a envie de niquer. Portrait d’une génération, certes, mais portrait quand même. On fait bien de la musique avec des ordinateurs, alors on peut vous jouer du pipeau deux point zéro, vous pourrez dire sur votre profil que vous trouvez le film « tro cool car il é 1trenzijean et ne fé pa de kdo o kréateur ce vieu geek ka pa dami lol ». C’est ca le crime ! Fincher fait porter la faute sur le créateur ! Quelle blague, c’est peut être lui le moins à plaindre dans l’histoire. Dans un monde où 500 000 000 de connards s’inscrivent sur un site qui sert avant tout à partager des photos d’eux bourrés et où un mec arrive à générer de l’argent par tractopelle entier grâce à eux, il n’est plus de salut ultime. Chacun cherche son reflet, son avatar dans la page de l’autre. Même le créateur n’existe plus, qui le connaît ?

 

 

Dr Devo dit : Bon, Naziland et la compétition, c'est dans le film et c'est assez effrayant, je l'ai dit. Hélas, les choses se gâtent. Le film était une représentation du monde en ligne, et un éloge du Suprême. Dans cet ordre. Fincher pourtant ne rembraye pas sur ces axes et décide de faire... le contraire !

 

Et c'est là, les mais que le film bascule dans le documentaire-fiction! Il devient effectivement le biopic de Mark Book. Le film devient le film du procès. Il perd son effroi mythologique, cette panique sourde qui est la nôtre devant des corps et des esprits si supérieurs. L'horreur de la programmation sociétale s'efface au profit de l'historiette. Jamais Fincher ne parviendra à continuer la description du monde-ligne. La piste est clairement abandonnée. Le film passe en mode" individuel". LE RESEAU SOCIAL devient un film de Monsieur-Madame. Adieu ambiguïté. Entre ici, Benoit Forgeard avec ton cortège de films fantômes (cf. l'épisode de LAÏKAPARK avec l'enregistrement de la musicassette). Fincher trouve son Youki et lui donne du nonosse. Mark Book devient un concept hollywoodien: une quête, des contre-quêtes, trois actes, une motivation (sa petite copine en plus!). Il a créé LivreVisage parce qu'il était malheureux. En fait, il est seul. C'est une blague?

 

Norman Bates dit : En même temps, on écrit où on veut ! Plus les espaces de libertés virtuels fleurissent, moins il est possible de les détourner : en politique comme dans la vie, on nous parle souvent de liberté pour mieux nous la sucrer, c’est le grand truc des gens qui gouvernent. Tant que les petits génies de l’informatique servent les intérêts des plus grands, c’est la connivence des Dieux. En bas, le media est un moyen de plus de détourner la parole. Le procès est entre gens invités, pas de public dans La Décision La Plus Importante Du Monde. Fincher convie tout le monde dans ce Yalta nouveau genre, mais le piège était là. On est au cinéma, les méchants sont identifiés, les gentils sacralisés, et tout le monde peut retourner se coucher. LE RESEAU SOCIAL, ou rien de nouveau sous les étoiles. On a déjà vu ca cent fois : Mark Book est une rock star, un homme politique, un footballeur ou le plus prestigieux tailleur de slips. La traitrise de Fincher c’est de faire rentrer au panthéon des gens qui comptent, les gens qui content. Sous un fond ambigu de dénonciation/admiration, Ficher essaye de se faire des amis des deux cotés. LE RESEAU SOCIAL ca devait être la mailing-list de Schlinder, pas la rafle des oscars façon BENJAMIN BUTTON. Aujourd’hui je le dis, Fincher à serré la main des nazis, il a abdiqué pour ne plus faire qu’une illustration à la Vichy, une pastille facile à avaler à destination des clients du LivreVisage. C’est comme si on s’apercevait à la fin qu’il n’y a aucun juif caché dans le plancher !

 

 

Dr Devo dit : C'est ça le problème de Fincher. Il veut faire des films. De vrais films. Des films qui ressemblent à des films de cinéma. Il aurait pu faire une œuvre punkoïde, un grand-film monde qui dit plusieurs choses à la fois. Mais, il veut faire un vrai film. En quelque sorte, Fincher paye son succès. Il est dans la position inverse de Roger Avary. Loin d'être un film sur LivreVisage ou Book, LE RESEAU SOCIAL est un biopic de Fincher sur... Fincher. Il était malheureux parce qu'il avait perdu sa "copine" (cf. AUSTIN POWERS). Bah ouais.

 

On est loin de l’effroi lovecraftien qu'on devinait en début de partie. C'est assez triste.

 

Norman Bates dit : Je dirais même plus : Fincher ne veut pas changer son statut !

 

DIEU DIT: DR DEVO ET NORMAN BATES SONT SUR FACEBOOK.

 

 

 

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Mardi 26 octobre 2010 2 26 /10 /Oct /2010 20:06

Publié dans : Corpus Filmi

 

 

 

 

 

 

 

goya-devo

[Photo : Saturne dévorant son fils de Goya, d'après le film WALL STREET : L'ARGENT NE DORT JAMAIS.]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mettons qu’il y ait une maison, ca doit être celle là, et que vous y habitiez. Mettons qu’il y ait une femme, que ce soit la vôtre et qu’elle vous aime, rajoutons y les étoiles la nuit et un extérieur pour vos enfants, pour qu’ils grandissent.  Disons que vous auriez du temps, que vous puissiez y vivre sereinement, envisager un avenir sur le long terme et tracer un chemin dans ce monde… Vous y êtes ?


Vous êtes juste un animal à la recherche d’un toit, et on va vous abattre.

 

 

 

 

Je vais voir un Oliver Stone sur sept : le dernier c’était U-TURN, à l’époque là ou commence l’enfer. C’était très beau, après il s’est lancé dans une série de films politiques et de péplums, si bien que l’envie de retourner en salle s’était estompée. Aujourd’hui je ne saurais dire si c’est le fait de ressusciter d’anciennes gloires du passé ou la promesse d’une bande originale composée par David Byrne et Brian Eno (pour Talking Heads évidemment) qui me poussent vers la salle… En tout cas ce n’est pas pour voir un film de gauchiste sur le capitalisme, c’est certain.

 

J’aurais pu être déçu. Du retour de Gekko aux affaires, sorti de prison et cherchant à se refaire, Oliver Stone semble partir sur un film de vengeance classique style Comte de Monte Cristo avec moult jargon boursier, le tout en arrosant cyniquement aussi bien les banquiers que les traders ou le gouvernement. Et ca en prend le chemin malgré tout au début : Shia LaBeouf jeune trader, petit génie de la bourse rencontre le grand Gekko et veulent se venger du tout puissant banquier Josh Brolin qui est plus ou moins à l’origine de leur faillite personnelle. Ca c’est pour la première demi heure, menée tambours battants, à grand coup de mouvements de caméra dans tous les sens, de courses dans les salles d’affaires, de gros chiffres hurlés au téléphone, mais aussi de virée dans New York, dans les clubs là où il y a l’argent, dans les grands lofts et les soirée caritatives.  Heureusement, ce portrait digne d’un reportage TF1 sur le « monde de la finance », même si plutôt bien mené et bien écrit laisse vite place à quelque chose de beaucoup plus intéressant…

 

Toute la presse à parlé du cynisme du film, pour moi ce n’est absolument pas le cas. En fait très vite des éléments secondaires vont venir prendre une place démesurée dans le déroulement de la narration : omniprésence de films d’entreprises, de graphiques, de courbes, d’animations en 3D, de chiffres traversant l’écran, jusqu'à la boulimie. On l’impression de voir un film de Michael Moore, sauf que tout est faux, et volontairement inexpressif. Stone traite ces informations non pas pour appuyer un propos, mais comme un décor. Les chiffres, les courbes et les schémas ne sont jamais expliqués, ils sont balancés sur l’écran comme autant de pistes dans lesquelles les personnages évoluent. Toute cette esthétique corporatiste et boursière est appuyée plus que de mesure, ce qui donne un aspect film d’entreprise, un style très factice et surtout d’une laideur absolue. Et c’est là que ca devient intéressant ! Loin d’enfoncer un système qui est déjà de fait absurde et injuste (quelques puissants s’amusent avec l’argent du monde dans des tours d’ivoires, bref rien de nouveau depuis 2000 ans), Oliver Stone en aligne toutes les figures, convoque leur univers, s’applique à mettre tout ca en place soigneusement, et une fois que les rails sont posés - au bout d’une demi heure environ- il met un slip sur la tête et traverse WALL STREET en chantant les Talking Heads à tue tête ! Et là c’est le festival : une fois parti, il emmène tout le monde avec lui, à la queue-leu-leu et enchaine des morceaux de films sur la fusion nucléaire ou sur les énergies durables, balance une course de moto tout en mêlant le jargon boursier style actifs toxiques et réflexions sur l’influence de la spéculation sur la crise mondiale. Et cette profusion est aussi visible dans la mise en scène, laidissime et grossière, remplie d’inserts du plus mauvais gout (les scènes de téléphones ! a-t-on jamais vu plus laid ?), pleine de schémas et de courbes censée rassurer ou effrayer. Dans toute cette profusion, certaines scènes ont plus d’espaces que d’autres, notamment les séquences émotions, retrouvailles entre père et fille par exemple, ou suicide d’un des derniers chevaliers blancs.

 

Dans ce maelstrom audio-visuel (le cinéma n’existe plus) où les figures archaïques abondent (ici chevalier blanc, là sbire maléfique ou jeune vierge effarouchée), il n’est plus question de pognon, ca fait longtemps que ca n’a plu de sens. La question qui se pose et que le film aborde de manière sensationnelle c’est celle de la fin du tangible. Dans une ville resplendissante comme New York ON NE VOIT PLUS LES ETOILES. Le sujet est aussi simple que ca : la nuit on voit des lumières partout, même dans les cieux, mais elles sont dans les immeubles, dans les bureaux toujours plus hauts, sur les hélicoptères comme sur les avions qui transportent des hommes d’affaires, tout est voué aux affaires, il n’est plus question que de ca, depuis que la ville à remplacé le ciel. Et les dieux et leurs chevaliers de la table ronde, silhouettes en tailleur réunies loin du Reste (seul 75 personnes dans le monde comprennent ce qu’il se passe de A à Z dans l’économie globale de marché) décident elles seules des marches à suivre et des suites à donner. Elles donnent au monde des signes mystérieux, des chiffres à décoder, des graphiques imbitables et faux, que les medias reprennent comme la bonne parole entre deux chats écrasés. L’illusion du contrôle ou la manipulation médiatique ca ne vous rappelle rien ? Quand aujourd’hui même un gouvernement est impuissant face à une banque, il ne nous reste plus qu’a craindre les colères Divines.

 

"41% des profits totaux nets d'impôts aux Etats-Unis sont réalisés dans le secteur bancaire, qui représente 5% des emplois"

 

C’est véritablement ce nouveau royaume des cieux et sa tour de babel que le film illustre à merveille : entre deux monologues sur les actifs pourris Stone balance sur tout le monde, que ce soit les écolos avec leurs économie verte ("en économie seul les dollars sont verts") ou les jeunes de la génération Nintendo qui restent assis comme des cons devant leurs console, car de toute façon ils ne comprennent rien à l’économie, tout le monde en prend pour son grade. Après tout, c’est une faute collective d’avoir laissé les rennes à ces gens, d’avoir accepté tacitement de nouvelles règles du jeu. Oliver Stone ne dénonce plus, on le sent brisé, il propose juste des trajectoires d’hommes sourds ou aux contraires prêtres des nouveaux cultes, même si on sent bien qu’il a envie de croire que la vie peut se relever, malgré tout et de manière presque tragique, car il est quasiment impossible de lutter contre un système qui sait absorber ses propres échecs (grâce au capitalisme les grands banquiers peuvent même gagner de l’argent sur leurs pertes, et même les mouvements anticapitalistes vendent des t-shirts). Le film se termine par un happy end un peu forcé, dont on ne sait pas trop s’il est complètement cynique ou juste raté, en tout cas il laisse un drôle de gout dans la bouche, comme si même le succès ne nous sauverait jamais du moins pire des systèmes…

 

Que la mise en scène soit illisible et laide, que la musique soit délirante, que les hommes d’en bas crèvent des jeux de ceux d’en haut, que la danse se fasse en rythme, sur le dos des artistes et des derniers Vertueux, voici le programme d’Oliver Stone au royaume des cieux : tout faire peter.

 

 

Comment seulement lui en vouloir ?

 

 

 

 

 

 

 

 

Norman Bates.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Vendredi 1 octobre 2010 5 01 /10 /Oct /2010 00:05

Publié dans : Corpus Filmi

 

 

 

 

 

 

 

devodanum.jpg

[Photo : "Mon dernier Chabrol" par Norman Bates.]

 

 

 

 

 

 

 

Le week end à été très chargé à l’étrange : les plus gros films étaient diffusés en guise de bouquet final, et très tôt les séances furent complètes (nous partîmes plus de 5000 !). Il faut dire qu’entre la réputation sulfureuse de A SERBIAN FILM ou la frustration indue par l’attente d’une hypothétique sortie en salles de RUBBER ont fait monter l’audimat en flèche. Et que dire du très attendu MONSTERS qui fait saliver tous les geeks du monde alors que la sortie en salles n’est prévue qu’en décembre... Ce dernier week end sera pourtant le théâtre de bien des rebondissements : entre les films ultra attendus qui déçoivent et les films qu’on attendaient pas qui surprennent, entre les stars croisées dans les couloirs et celles qui ne sont pas là au dernier moment, ce dernier chapitre promet d’être palpitant et haut en couleur.



A SERBIAN FILM de Srdjan Spasojevic (Serbie 2010)

Avant de parler plus avant de ce film, il faut tout de suite préciser une chose : il y a une rumeur, lancée notamment par Les Inrocks (je sais pas !) qui prétends que le film à été coproduit par le gouvernement Serbe. C’est totalement faux, c’est le scénariste en personne, présent pour la projection qui nous l’a assuré. En fait c’est même l’inverse : c’est le film le plus indépendant de Serbie puisque c’est le seul à n’avoir reçu aucune subvention alors que la loi Serbe l’impose (tout film Serbe à droit à une subvention s’il est terminé, chouette pays). Tant mieux pour tout le monde, c’est quand même plus sympa quand la politique ne se mêle pas du cinéma (la politique n’utilise le cinéma que pour de mauvaises raisons, au moins dans 99% des cas). Ceci étant dit, on va quand même parler du film.

Donc oui, je passe sur le buzz absurde, sur l’interdiction de la projection aux femmes enceintes (!) et sur la quantité de connards venus dans la salle pour voir l’objet du scandale afin de dire à leurs potes à la fin de la séance qu’ils ont “même pas eu peur” (c’est du vécu). D’ailleurs c’est sans doute les mêmes qui applaudissent pendant les scènes les plus trash, donnant à la projection un coté super malsain qui doit plus au public qu’au film...

Pour ne pas faire durer inutilement le suspense, A SERBIAN FILM c’est du vent. Le film est totalement raté, incapable d’exister en dehors de la l’ultra violence qui le caractérise. Il n’y a aucun recul, aucune subtilité, le film est totalement politique avec un message énaurme qui passe aussi finement qu’un CRS dans un camp de rom. En fait de politique c’est d’ailleurs aussi réfléchi qu’un discours de Miss France : tout ça pour dire que la guerre c’est mal ! Bah ouais coco, la guerre c’est comme se faire violer un par un par les membres de sa famille, tu la sens ma grosse métaphore ? Ou comment justifier l’injustifiable avec des formules style “plus y’a de violence dans les films, moins y’en a dans la réalité” (sorti par le scénariste du film après la séance). Et ouais c’est pratique de dire ça, mais quand on parle du film personne n’évoque la mise en scène calamiteuse, la photo ultra moche ou les acteurs en dessous de tout. Tout le monde parle de la violence du film, et c’est bien là que le bas blesse. Vous mettez un gamin avec un marteau dans les mains dans une pièce et vous observez le résultat, c’est presque plus artistique que A SERBIAN FILM. Non, ce qui est vraiment malsain dans cette histoire, c’est la réaction ou la fascination du public devant un truc pareil. Je veut bien comprendre que les mecs qui ont fait le film ont subis la guerre de plein fouet, et dieu sait que la guerre de Serbie fut un des conflits les plus horribles du monde, mais si chaque victime de la guerre commence à faire son film de merde dans son coin en le justifiant par la guerre c’est trop moche et regardez moi comme j’ai souffert, on est pas au bout de nos peines. Même Kurt Cobain a écrit une chanson sur les femmes Bosniaques ! Foutez nous la paix, on y est pour rien dans vos souffrances, on va quand même pas au cinéma pour se coltiner la misère du monde, y’a les Journaux Télévisés pour ca....


RUBBER de Quentin Dupieux (France 2009)

L’ami LJ à déjà parlé du film au moment de sa sortie à Cannes, et je suis complètement d’accord avec lui. Le film est un peu décevant, niveau mise en scène même si c’est plus beau que 90% des films français il y a quelques problèmes, notamment de sur-utilisation de focales courtes. Sinon j’aime beaucoup l’idée qu’un réalisateur de film doive empêcher le public d’aller pisser ou de manger pendant un film, voire même qu’il doive tuer les spectateurs si ils ne comprennent rien au film. Je sais j’ai vécu ça dans la séance précédente, j’aurais bien aimé qu’ils crèvent. Bref, je vous invite à vous reporter au texte de LJ.



LA BONZESSE de Francois Jouffa (France 1974)

Tiens on parlait de cinéma politique un peu plus haut : ici c’est un peu ça, en étant quelque chose de tout a fait différent dans le même temps ! Film scandaleux, censuré lors de sa sortie, jamais vu ou presque en France, La BONZESSE fut le seul film de Francois Jouffa qui nous a confié presqu’en larmes au terme de la projection que la presse et même sa famille l’avaient limite répudiés après avoir assisté à une projection. Séance riche en émotion, pour un film surprenant, véritable oeuvre d’art avant d’être un film politique.

Dieu sait que l’idéologie hippie, le bouddhisme et les périples à Katmandou ne sont pas ma tasse de thé, pourtant j’ai trouvé le film d’une justesse et d’une beauté incomparable. Sans doute parce que le film, avant d’être un requiem à la libération sexuelle et à la spiritualité est une oeuvre personnelle et sincère, dont la recherche d’une esthétique occulte tout autre point de vue scénaristique. Francois Jouffa, assistant de Francis Leroi ou de Barbet Schroeder en son temps nous avouera même regretter d’avoir trop écrit son film ! C’est quand même pas tout les jours qu’on entends ça, surtout en France, le pays ou on écrit tout parce qu’on s’imagine qu’on est des descendants des lumières, qu’on est super intellos avec nos BHL de compet’ qu’on envoie dans le monde entier donner des leçons aux gens, qu’on écrit des critiques de 15 pages sur un film qui met en scène un nazis qui fabrique des chenilles avec des vrais gens et des chiens.


Julie est une étudiante en philo qui décide après avoir lu Schopenhauer de devenir prostituée : elle contacte une célebre maquerelle  parisienne qui lui enseigne les bonnes pratiques du métier et les gestes qui sauvent. Très vite la clientèle du bordel s’entiche de cette petite nouvelle au physique de gamine qui déclame du Spinoza au lit. Cependant, le sexe pas plus que la philo ne comblent son angoisse existentielle : elle décide de partir en Inde pour se faire prêtresse, et au contact d’une culture millénaire trouver l’équilibre mystique auquel elle aspire et les réponses aux questions qui la hantent....

La majeure partie du film se déroule dans un bordel parisien, à l’époque bénite où ils étaient encore autorisés, avant que Mme Chirac ne fasse passer une loi pour les interdire (selon le réalisateur la famille Chirac avait ses habitudes dans une maison de ce genre, ceci entraînant cela). La vie de bordel est fabuleusement retranscrite, milieu de femmes expertes au caractère bien trempé qui érigeaient leur travail en artisanat du plaisir, qui entre deux salons plaisantent de demandes d’hommes particulièrement créatifs et qui s’affirment comme premières femmes libres du fait de leur pouvoir dans la cité. Premier film SM Francais, certaines scènes choquent encore aujourd’hui (et on est loin de la Serbie pourtant) de part la tristesse que dégagent certains passages. Tout est ramené au sexe, tout les petits jeux sociaux de dominations ou de pouvoir, dans un théâtre un peu absurde ou la chair est le terrain de jeux d’hommes perdus ou accomplis. Constamment bercés entre l’humour et les larmes, le spectateur s’attache à ses femmes et a leur petite vie bien plus respectable que la plupart de leurs clients. Le film ose tout mais ne se permet rien, il est d’une justesse et d’une modernité qui fait mouche même aujourd’hui. La mise en scène magistrale (rien que le générique est une leçon) et la photo toujours magnifique malgré les années subliment le personnage de la femme intelligente, belle et mystique qui est l'héroïne du film. C’est lorsqu’abusée et délaissée par les hommes avides d’argent (bon là ok c’est clairement hippie) qu’elle part à l’autre bout du monde se recueillir que le film explose dans un bouquet final qui renvoie aux fondement de toute foi : la dispersion de l’égo dans la musique du monde. Cette fin est d’une sobriété écrasante, tout en retenue et en non-dit, et elle hante longtemps après avoir quitté la salle...

En même temps le film est très paradoxal : d’un coté c’est extrêmement vulgaire, le milieu des prostituée étant rempli de personnages emblématiques et variés qui s’expriment très cruement, avec des dialogues bien gras, d’un autre coté c’est le dépouillement sacré, la spiritualité et l’intellect qui prévôt. De ces paradoxes on atteint là un des échecs du mouvement hippie, à savoir l’incapacité à traiter le mal, la perversion et l’excès. Quand la chance tourne, quand les rencontres se passent mal, c’est le tapis qu’on tire sous les pieds des personnages, le tapis qui cache le gouffre. C’est assez beau ce numéro d’équilibriste, car on tombe des deux cotés de la corde avant de faire le malin et de pouvoir dire qu’on a trouvé un sens à sa vie. La plupart des personnages sont tombés d’un coté ou de l’autre et crèvent doucement, dans cette société post soixante huitarde qui s’annonce. Ils ont loupés le train et restent là où ils sont tombés et bientôt ils crèveront sans voir qu’ils ont donnés naissance au siècle le plus individualiste de tous. C’est très émouvant dit comme ca, et en même emps ca fait New Age, oui c’est vrai, mais la très grande sincérité et la conviction emportent l'adhésion.



MONSTERS de Gareth Edwards (UK 2010)

Film évènement au buzz internet comparable au très mauvais DISTRICT 9, réalisé avec trois fois rien par des anglais inconnus et présenté en avant première ce soir, MONSTERS surfe sur la vague de politique/SF en faisant débarquer les aliens cette fois ci au Mexique. Alors oui on a droit au cliché sur les gentils mexicains pauvres exploités et les méchants américains capitalistes belliqueux, mais pas trop quand même. Le contexte politique est en effet rapidement mis de coté et n’est pas du tout utilisé comme faire valoir comme dans son grand frère et ses aliens-crevettes. Même si le scénario ultra prévisible nous déroule une romance dont la fin est connue d’avance, même si rien ne vient entacher cette mécanique ou l’on devine systématiquement le dénouement de chaque scène, MONSTERS prouve qu’il est avant tout un film de mise en scène en se payant le luxe de prendre le spectateur par surprise uniquement grâce à un montage et un rythme rarement vu dans un film de ce genre. Loin de taper dans le style docu-fiction à base de caméra à l’épaule, MONSTERS est un retour aux histoires d’aventures “pulp” des années 50, partageant de nombreuses similitudes avec un film comme LA GUERRE DES MONDES. Il n’est pas ici questions de faire des scènes catastrophes bourrées d’images de synthèses montées avec une suite de scènes de 2s, le film prend le temps d’introduire les personnages, de tisser des liens, d’observer l'environnement et de contempler la nature pour mieux faire ressortir la violence de l’invasion. Dans un scope absolument somptueux (la projection en numérique fut de toute beauté), le réalisateurs privilégie les grands plans panoramiques pour mieux utiliser ses aliens immenses qui écrasent de leur présence les pauvres humains apeurés. Les très beaux effets spéciaux  un peu cheap rappellent l'esthétique des illustrations de comics des années 50 avec ces formes poulpoïdes et tentaculaires qui se meuvent dans les cieux. La grande force et la grande réussite du film vient des ses aliens quasiment toujours hors champs, ou tapis dans l’obscurité, sans doute dû à des contraintes budgétaires fortes qui du coup sont un atout pour le film. De plus le rythme assez lent du métrage et les grands plans larges font ressortir et ressentir l’immensité de l’ennemi et la fragilité de l’homme bien plus que dans n’importe quel blockbuster mettant en scène des aliens. La force tranquille, écrasante, donne un ton désespéré au parcours des deux héros. En bref une assez bonne surprise, à voir sur grand écran uniquement.



[...]




...bon là je commence à saturer, c’est la cérémonie de clôture, on nous passe des courts métrages chiants comme la mort, ils veulent peut être qu’on parte, je sais pas, faites nous un signe, là j’ai vu une version de BUFFY réalisé par le mec qui a fait TARNATION, c’est ignoble, voire même pire que ca, c’est une meuf Chloé Sevigny qui croit que les yeux rouges dans les photos c’est des démons, maintenant on enchaîne sur un court super long ou 5 meufs bourrés se font violer pendant qu’une mère de famille n’a plus de pile dans son sex toys, j’imagine que le message du film c’est qu’un viol c’est comme un sex toys qui marche plus, enfin c’est peut être pire, je sais pas, mais là c’est trop surtout qu’avant de se faire violer le film a bien durer 20 minutes, 20 minutes de rien, d’essayage de fringue, de gens qui dansent et qui boivent, des gonzesses style SEX AND THE CITY, les pires, celles qui parlent que de fringues et de sexe sans qu’on sache vraiment si elles font la distinction entre les deux, je vais partir discrètement, oui c’est ça, je prends mon sac je me faufile, je sors, une lumière, Paris PARIS PAAAAARRRIIIIISSSSS....

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Lundi 13 septembre 2010 1 13 /09 /Sep /2010 22:54

Publié dans : Corpus Filmi

 

 

 

 

 

 

 

hiipie-devo

[Photo : "Une approche du Mystere" par Norman Bates d'après EGGSHELLS.]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est dans un centre commercial parisien grouillant de silhouettes pressées et avides, alors que l’après midi touche doucement à sa fin et que les hommes en costumes et femmes en tailleurs se pressent pour se jeter dans les trains de banlieues, c’est dans cette masse grouillante et toujours renouvelée ou semble passer l’humanité entière avant de rallier la nuit parisienne, bref, dans une fourmilière chaotique ou les alvéoles sont des boutiques qui essaient de happer les hommes, que se déroulent secretement des évènements d’une horreur sans nom, là, à l’abri des regards de la foule, dans une salle qui accueille pour la soirée Tobe Hooper, théatre de massacres en tout genre...



De MASSACRE A LA TRONÇONNEUSE qui inaugure le bal, je renverrai le lecteur vers l’excellent article déjà publié sur le site. Rien à dire de plus si ce n’est que c’est un des films les plus marquants du siècle dernier, hélas projeté en vf à l’étrange festival. Bref, c’est à voir absolument !

 

MASSACRE DANS LE TRAIN FANTOME  (FUNHOUSE 1981)



Après MASSACRE A LA TRONCONNEUSE, il fallait bien vendre les films de Hooper, ce qui explique le titre français un brin opportuniste. Il est en réalité très peu question de massacre dans ce slasher bourré de référence qui renvoie aussi bien à Hitchcock dans un très beau clin d’oeil à PSYCHOSE qu’a Argento ou à HALLOWEEN. On suit les tribulations d’une jeune femme et de son petit frère, parti passer leur samedi soir à la fête foraine du coin. L’une ment à ses parents en disant aller au cinéma alors que l’autre fugue purement et simplement la maison familiale pour investir la foire. Deux trajectoires séparées qui vont se réunir au coeur de l’horreur la plus complète...

Ce qui frappe d’emblée c’est l’excellente qualité de la copie présentée ce soir qui honore le très beau scope du film. Hooper joue dans un registre bien différent de la quasi expérimentation de MASSACRE A LA... : il signe un film bien plus “classique” et balisé, dans une mise en scène très maitrisée et soignée. Loin de l’aspect un peu fauché des premiers films du bonhomme, on sent qu’il y a un peu plus d’argent et Hooper en profite pour sortir des images plutôt inspirée : de très beau cadre viennent étoffer une mise en scène riche qui n’hésite pas à jouer sur le son, le hors- champ, la perspective et le décor enfantin inquiétant. Difficile de ne pas penser à PROFONDO ROSSO et ses poupées inquiétantes ou à HALLOWEEN et son tueur masqué. Dans la conférence qui suivra Tobe Hooper racontera d’ailleurs qu’il s’agissait en fait d’un jeu avec John Carpenter : c’est une sorte de vanne pour son son vieux pote qui après avoir vu les aventures de Leather Face à réalisé HALLOWEEN avec un tueur masqué ; il s’agit pour Hooper de ramener le masque dans ses films. Autre chose que Hooper confessera bien volontiers : l’humour est présent dans tous ses films, et il adorerait réaliser une comédie. Ici la très belle introduction est en forme de blague cruelle et met tout de suite dans l’ambiance, il s’agit de jouer avec tous les symboles de l’enfance en ne gardant que la monstruosité de cette existence innocente. Des rapports père/fils entre le tueur et son père (comme dans MASSACRE A LA TRONCO) aux rapports familiaux entre les membres de la famille de l'héroïne, Hooper joue à faire exploser les rapports entre parents et enfants. Ainsi il sera montré de la plus cruelle des manières aux géniteurs que leur descendance est loin d’être innocente, dans un ballet un peu glauque qui transforme les rêve de gosse en cauchemar éveillé. Malgré une ou deux longueurs, le film est tout a fait recommandable et réjouissant, et à part les costumes et coiffures de l’époque le métrage n’a pas tellement vieilli. Les effets spéciaux mécaniques et autres poupées animées sont suffisamment belles pour plonger au coeur de ce carnaval de freaks ou les enfants perdus sont la proie de monstres et de sorcières en tout genre....

Après le film, discussion avec le très sympathique réalisateur qui ne manque pas d’aplomb ni d’humour quand on évoque les remakes de ses films “la seule chose que j’ai aimé dans le remake de MASSACRE c’est le cul de Jessica Biel” ou sa charge contre l’industrie du cinéma, très semblable à celle de Jodorowski la semaine dernière “il n’y a plus que des films similaires en salles : personne ne veut produire un film qui ne soit pas résumable en une phrase, où l’on ne puisse pas coller un autre nom de film à coté” . Il explique qu’aujourd’hui il a extrêmement de mal à concrétiser des projets mais que son prochain film sera le truc le plus flippant que vous n’aurez jamais vu au cinéma. On lui souhaite d’avoir raison et d’arriver au bout en tout cas !


EGGSHELLS (1969)

La grand messe ! La plus grande salle du festival comble, arrivée triomphale de Tobe Hooper dans la salle, public debout, pour ce qui est présenté comme une séance historique : ce soir nous sommes les premiers spectateurs à découvrir le tout premier film de Tobe Hooper, dans une copie numérique restaurée. Tout le gratin du cinéma fantastique français est là, et en restant énigmatique Hooper introduit le film comme étant une fantaisie dans l’espace et le temps, réalisé par la même équipe que MASSACRE A LA TRONCONNEUSE. Un peu laconique il disparaît dans le brouillard et laisse place au film.

Je vais être honnête, il m’est impossible de résumer le film. Extrêmement expérimental, sans scènario, réalisé avec 100 000 $ dans un squat de hippie, on suit les déambulation d’un groupe d’amis constamment ivres ou camés qui font la connaissance d’une puissance venue d’ailleurs. Le film alterne d’interminables scènes de dialogues débitées par des hippies défoncés et des scènes d’hallucinations épiques. Pas de suspense, pas de serial killer, film contemplatif et lyrique,  on reconnaît difficilement la patte Tobe Hooper, si ce n’est certains plans absolument sublimes qui évoquent déjà son célèbre deuxième film. La photo est magnifique, certaines scènes sont d’une beauté spectrale et on flotte dans une sorte de faux rythme éthéré assez agréable. Il y a énormément d’idées plastiques, malheureusement peut être trop pour un film : en l’état on dirait plus une oeuvre vidéo expérimentale assez indigeste. Et oui car le film dure quand même une longue heure et demie, et en fin de soirée j’avoue avoir eu du mal a garder les yeux ouverts en permanence pour suivre les divagations d’un beatnik a poil au milieu d’un champ. Reste quand même de formidables moments comme cette bataille à l’épée assez incroyable ou la très belle fin mystérieuse et envoûtante.

 

 

 

La fin de soirée fut donc très étrange, et le retour dans la ville fut redoutable. Passer de la contemplation béate de la nature, des massacres en tout genre et des traques vicieuses à la plate monotonie du métro parisien presque désert, ou comment dissoudre les derniers relents de la bestialité humaine dans la cité la plus consensuelle du monde.


 

 

 

A bientôt !

 

 





Norman Bates. 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Vendredi 10 septembre 2010 5 10 /09 /Sep /2010 15:13

Publié dans : Corpus Filmi

 

 

 

 

 

 

pontypool devo 2

[Photo : "My Name" par John Devo d'après le film PONTYPOOL.]

 

 

 

 

 

Rock’n’roll, c’est le mot. Après un lundi entièrement musical, l’étrange festival reprenait ce mardi ses diffusions, malheureusement sans votre serviteur coincé dans les transports de la jungle parisienne. Rock’n’roll jusqu’au bout puisque ce soir les films à l’honneur c’est LEMMY un documentaire sur le chanteur de Motorhead et THE RUNAWAYS, biopic sur le groupe éponyme. Mais rock’n’roll aussi les films qui disparaissent, les remplacements de dernières minutes et les imprévus qui viennent mettre un peu de piquant dans une mécanique par ailleurs fort bien huilée : ainsi ce soir on ne pourra pas voir le très rare BLACK OUT qui s'annonçait pourtant des plus intéressant. Tant pis, we love rock’n’roll après tout !


THE RUNAWAYS c’est le nom du groupe de Joan Jett, soit disant (j’en sais rien) le premier groupe de rock féminin à la charismatique chanteuse qui enflamma le monde dans les 70’s. Le biopic à vu de nez n’a pas grand chose de rock’n’roll : les deux principaux rôles sont dévolus aux deux gonzesses de TWILIGHT, la mignonne Kristen Stewart vue dans le très bon ADVENTURELAND (qui montre qu’elle sait quand même jouer un minimum) et Dakota Fanning qu’on a connus toute petite. De plus le film à été surveillé par Joan Jett elle même pour s’assurer de l'authenticité des faits (ce qui n’est jamais une bonne chose quand on veut faire un film interessant)  et le scénario écrit d'après le bouquin d’une membre du groupe. Bref, on est en droit de craindre le pire...


THE RUNAWAYS à été fondé par un producteur qui voulait proposer une alternative aux gros groupes de rocks quasiment tous masculins de la fin des années hippies : c’est lui qui a composé le groupe en allant chercher les filles dans des nights clubs. Son principale critère de séléection c’est le physique, son ambition principale étant de faire un gros coup en “vendant de la chatte”. C’est ni très rock’n’roll, ni féministe comme démarche, mais ça a eu le mérite de marcher. Le producteur en question est interprété par Michael Shannon, l’excellent Michael Shannon de BUG, un espece de David Bowie hystérique et macho qui va pousser les filles à bout alors qu’elles n’ont que 16 ans... Très vite on tombe dans le combo classique : drogue, sexe et rock’n’roll...


Autant vous dire tout de suite que le scénario n’a strictement aucun intérêt. L’histoire des Runaways est la même dans les grandes lignes que celle de n’importe quel groupe de rock qui a eu son biopic. C’est la construction classique naissance/apogée/chute avec son lot de tubes d’époques, de costumes et de clips certifiés authentiques qui feront verser une larme au fan quadragénaire. On peut donc très rapidement oublier le son (un enchaînement de musiques entendues milles fois) et  le scénario. OK. Bon ben il reste quand même pas grand chose quand on prend uns par uns les leviers de la mise en scène su septième art....


J’imagine que le principal intérêt du film doit être de voir le duo d‘actrice de TWILIGHT sniffer de la coke, se torcher le cul défoncé et pisser sur des guitares en hurlant que c’est trop rock’n’roll. De ce côté là on est tranquille le cahier des charges de la posture type est respectée : manteaux en cuirs, chaînes, doigts tendus pendant les concerts, scènes de bad trips... Ouais sauf que c’est de la posture, le film est tout sauf rock’n’roll : les filles auront beau cracher et se masturber devant la caméra, il manque l’élément essentiel pour faire un film punk et sauvage : la jouissance ! En accumulant des clichés et des détails trop vrais, en suivant une chronologie paisiblement et en adoptant une narration chiante à mourir, toute velléité artistique est anéantie. On est dans l’illustration sage, même en faisant un film pseudo féministe et choc. C’est du toc tout ça ! Il n’y a aucune ellipse, aucun mystère, aucun montage, pas de volonté de tout bousculer dans la texture même de l’image. Le film est aussi punk qu’un t-shirt Che Guevara dans une fac de lettre ! Même la photo de Benoit Debie, pourtant un des meilleurs chef op’ du monde est sage et gentillette. Bon c’est meilleur que la moyenne des films qui sortent en salles tout l’année, il y a quelques somptueuses lumières ici ou là, quelques cadrages qui sortent de l’ordinaire, mais dans l’ensemble le film est d’une pauvreté abyssale qui se fait ressentir douloureusement à partir de la seconde partie interminable. Tout est à l’image de cette scène ridicule du fer à repasser : tu sais exactement ce qu’il va se passer au moment ou elle répond au téléphone, le montage sert complètement le scénario et le fer à repasser brûle tranquillement sur le t-shirt. Tout sera du même acabit, on voit les scènes arriver à des kilomètres...


Que ce soit LEMMY ou THE RUNAWAYS, le rock’n’roll n’est pas dans la retranscription fidèle de l’existence d’une rock star ! Le rock c’est des marginaux, des rats crevés, des mecs qui  haïssent la vie, qui veulent juste baiser mais qui y arrivent difficilement, qui n’ont jamais compris dans quel monde ils vivaient ou qui l’avaient tellement bien compris qu’ils en pourrissaient sur place, dont le seul moyen de rendre la vie un peu plus belle c’était d’envoyer valser tout les codes qui maintiennent un semblant de calme là où il ne devrait y avoir que fureur... Tout ces biopics “people” et ces documentaires de chanteurs milliardaires qui se congratulent les uns les autres c’est juste l’appropriation par l’industrie du cinéma de l’industrie du disque. En économie on appelle ça une concentration verticale, et en cinéma ou en musique on appelle pas ça du rock ! On aimerait que cet esprit ravagé et désespéré ne traverse pas que les personnages de l’oeuvre, mais l’oeuvre elle même. Que ce soit plus Etrange Festival que festival de Cannes quoi...



A bientôt,




Norman Bates. 

 

 

 

 

 

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Jeudi 9 septembre 2010 4 09 /09 /Sep /2010 14:53

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pontypool3

[Photo:"Par mes mots" d'après le film PONTYPOOL.]

 

 

 

 

 

 

C’est la fin de mon premier week end d’ETRANGE FESTIVAL et j’ai déjà vu plus de choses intéressantes que depuis cinq ans en salles ! Je remercie sincèrement les organisateurs de prouver que monter un festival autours de films ambitieux et peu communs trouve un public, nombreux qui plus est : il faut voir la queue devant la salle projetant un obscur film muet norvégien pour s’en convaincre.  Cette année la programmation est une fois de plus alléchante : carte blanche à Jodorowski et Nicolas Winding Refn, avant première de films  à la renommée sulfureuse, projections de vieux classiques introuvables, bref on pourrait vraiment se féliciter que les vacances soient finies. Seul ombre au tableau 90% des films présentés ici ne sortiront jamais en salles en France ! C’est un véritable scandale, on prend vraiment le public pour des cons, le cinéma loin des blockbusters n’est pas réservé à un ramassis de hipsters parisiens venu applaudir des pornos suédois…

 

Sans plus attendre…

 

LE CRYPTO CINEMA D’ALEJANDRO JODOROWSKY

Sous ce titre un peu pompeux le public à droit à une étude du MAGICIEN D’OZ par le Maitre en personne : le but de la conférence est de prouver à quel point la symbolique est importante au cinéma, et ce qu’elle suggère dans les œuvres les plus classiques. Bien sur on a droit au one man show de Jodo à base de lecture de tarot, de concepts psychologiques plus ou moins fumeux et de grandes envolées lyriques avec l’accent espagnol « Yé souis lé passage lumineux qui condouit à mon moi intérieur et yé trouve lé trois concepts alchimiques classiqué qué sont l’énergie créative sexouelle, les pieds et l’intellect  etc… »  C’est plus ou moins intéressant selon que l’on adhère ou pas aux théories du bonhomme, mais c’est en tout cas très drôle de redécouvrir le MAGICIEN D’OZ avec un guide aussi charismatique. Jodorowsky à, il faut bien le reconnaitre, de grands talent d’orateur et un charisme que j’ai pu mesurer au nombre de ses groupies dans les couloirs du festival.

 

LARMES DE CLOWN de Victor Sjöström (USA 1924)

On enchaine aussitôt sur la présentation du premier film sélectionné par Jodorowsky : un film muet mettant en scène le sublimissime Lon Chaney, grand acteur/réalisateur de l’âge d’or du muet. S’il est de prime abord extrêmement déconcertant de se retrouver dans une grande salle de cinéma moderne pour visionner un film entièrement muet (même pas de musique), on s’y fait tout de même rapidement tellement le film est soigné, dans son interprétation comme dans sa mise en scène. En fait, l’absence de son arrive à se faire oublier grâce à la grande qualité du jeu de Chaney et de ses maquillages tristes ou cruels qui ne souffrent pas de la comparaison avec le joker emo-goth-fag de THE DARK KNIGHT, par exemple. Et puis la mise en scène et surtout l’éclairage d’un noir et blanc magnifique donne vie à ce tableau déchirant d’un homme qui au sommet de la gloire se retrouve abandonné et humilié (par un bourgeois évidemment) et trahi (par une femme évidemment), qui au fond du gouffre se découvre artiste et amoureux, oui, exactement comme le sublime dernier film de Blier LE BRUIT DES GLACONS (qui est toujours en salles, courrez y) et trouve dans la plus extrême misère une raison de vivre. Le dernier plan est immense et déchirant, les compositions et les transitions sont à tomber et la narration réduite à son plus simple apparat arrive avec grâce à séduire, notamment grâce à l’utilisation d’une symbolique universelle (le globe, le cœur, l’épée) qui touche encore presque 100 ans plus tard. Comme le dit Jodorowsky on est loin des jeunes américains éjaculateurs précoces qui enchainent les plans de 8 secondes frénétiquement pour essayer de faire réagir un public de geek lourdauds lobotomisés rendus insensibles à force de masturbations répétées sur des pornos sans âmes (bon ok il a peut être pas dit tout ca).

 

 THRILLER de Bo Arne Vibenius  (Suède 1974)

On continue et on avance dans le temps avec ce grand classique du « rape and revenge », choisi et présenté par Nicolas Winding Refn, le réalisateur du très beau LE GUERRIER SILENCIEUX (présenté lui aussi dans la carte blanche à Jodorowsky, il faut suivre…) dans une copie hélas pas très jolie et présentée à tort comme étant la version intégrale alors qu’il manque les scènes pornographiques (et elles sont indispensables !!). Enfin ce n’est pas trop grave, l’essentiel est là : le personnage de la femme borgne qui inspira Tarantino et Ferrara (pour l’ANGE DE LA VENGEANCE) est toujours aussi séduisante malgré les tortures qu’elle subit pendant une heure et demie. D’ailleurs ce ne sera pas la seule à être torturée, le spectateur jeune aura quand même énormément de mal avec les ralentis de 10 minutes sur fond de bruits stridents qui composent la dernière partie du film. Ces scènes ont très mal vieillies, c’est dommage pour un film qui fait montre d’un large eventail de mise en scène qui fait pénétrer dans le cauchemar vécue par l’héroïne. Ellipses partout, caméras portées, sons distordus, compositions magnifiques, la première partie du film est remarquable de courage et de sincérité, alternant scènes de cul, de tortures et de d’entrainement (splendouillettes scènes de karaté !) au combat dans un même mouvement dérisoire et désespéré qui associe l’orgasme à la vengeance, la mort et le sexe dans une danse macabre et sans dénouement heureux possible. Presque expérimental, le film peut faire penser dans ses plus extrêmes parti pris àMASSACRE A LA TRONCONNEUSE.

 

PONTYPOOL de Bruce Macdonald (Canada 2008)

Et on finit par la grosse surprise. Dans une radio, en plein hiver, au fond de l’Ontario un présentateur commence son show matinal quand d’étranges coups de fils arrivent au standard : il y a quelque chose à l’extérieur qui rampe et qui gronde, qui rend malades tout le monde et les trois personnes enfermées dans les studios par la tempête de neige n’ont que les témoignages de leurs auditeurs pour comprendre ce qu’il se passe dehors. Mais bientôt des paroles étranges, des écrivains morts, des nazis et des irakiens déferlent en torrents de paroles, la communication reine déjoue tout les enjeux, s’immisce et se déroule dans le studio entre ceux qui restent pour Voir, ceux qui ont perdu la Foi et qui subissent les tourments du Ciel, le film se déroule dans une seule pièce mais il est le déversoir de tout les maux du siècle, c’est une danse entre les nus et les morts, inspirés par les écrits de Mailer, adapté d’un bouquin de Tony Burgess, incarnés par les peurs de profanes ayant entendus des mots qu’il ne méritaient pas : Babel,  Babel, Pontypool, Pontypool, pourquoi tu ne réponds pas ?

 

Les Haïkus nous on tués. Film hallucinant, désolé mais c'est impossible à expliquer ou à résumer, c’est d’abord des flots de paroles, puis le film devient chaotique à l’extrême, les personnages semblent sortis d’hallucinations, la narration de détruit à mesure qu’elle se concrétise, puis elle explose dans un gigantesque bordel de mots et de cinéma, les caméras filment les restes, le présent est tué par la communications et le réel, les flots de mots et les flux d’infos sont des torrents qui emportent tout ce qu’il reste des choses bâties et établies, le scénario même semble être un surplus d’information  qui fait tomber le film lui-même.

 

 IL FAUT ARRETER DE COMPRENDRE : TUER VEUT DIRE EMBRASSER.

 

 

 

 

A bientôt,

 

 

 

 

 

Norman Bates.

 

 

 

 

 

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Lundi 6 septembre 2010 1 06 /09 /Sep /2010 01:06

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neal devo

[Photo: "Between Me and the Good Thing" par Dr Devo, d'après une photo de l'actrice Patricia Neal.]

 

 

 

Chers Focaliens,

 

Il n’y a pas de secret, c’est dans la cave qu'il fait le meilleur pendant l’été. Ces considérations étant faîtes, passons au Cinéma…

 

Leonardo Di Caprio a un drôle de métier puisqu’il consiste à entrer dans le subconscient des gens, à y implanter des rêves où lui, son équipe et la pauvre victime se baladeront sans que l’infortunée ne s’en rende compte. Ainsi, la fine équipe peut récupérer divers secrets bien gardés. Voilà qui pourrait envoyer valdinguer Sigmund Freud et Karen Young (ha bah, voilà !) dans les greniers de l’histoire. Mais plutôt que de soigner des névroses ou chercher ou le séminole-killeuh à planquer sa dernière victime (cf. THE CELL, beau film !), Léo La Pizz’ vend ses services à des multinationales aux intentions moins nobles et souvent à la gâchette facile tant les enjeux sont colossaux. Et tout se complique lorsqu’un richissime PDG japonnais a l’idée d’inverser les règles du jeu,  non pas en volant des secrets industriels dans la tête d’un de ces adversaires, mais au contraire en implantant une idée de son cru. La victime est le sympathique Cillian Murphy jeune héritier d’une holding surpuissante. La mission est la suivante : entrer dans sa tête, construire un rêve, et y déposer une idée étrangère qu’il prendra pour la sienne : défaire la holding familiale en la vendant à droite et à gauche. Mais si voler des idées de la tête des gens est possible, en déposer contre la volonté de la personne visée est impossible en principe… Di Caprio prétend le contraire : il suffit de faire des rêves enchâssés les uns dans les autres… Mais l’opération n’est pas sans danger…

 

 

Alors, voilà, ça y est, après quelques semaines de sortie et de belles polémiques à droite et à gauche (pourquoi ce gros affrontement pro contre anti-Nolan d'ailleurs? Est-on obligé de prendre partie?), je ne peux plus me soustraire à donner au Monde mon splendouillet avis sur la question...

 

Je m'entendrais assez facilement avec mon autre moi-même pour dire que sur le papier, voilà un film qui paraît assez appétissant. Nolan n'est pas un révolutionnaire, c'est entendu. Il n'empêche que INCEPTION commence sous un beau jour. Après une tiny-weenie-mini introduction pour rassurer Madame Michu, on attaque assez vite dans le gras du sujet. Les situations s'encastrent vite, et on déploie la pelote tranquilou, sans hâte mais sans s'ennuyer. Les personnages sont carrés, profilés façon série B (ce qui est tout à fait classique, mais qui a apparemment posé problème à beaucoup, curieusement), un peu comme dans un jeu: le boss, la petite architecte, le doc', l'expert psy, etc... Le jeu est très compréhensible. La voie du film semble tracée et on voit à peu près comment la chose va se déployer, malgré d'ailleurs la longueur assez importante du métrage. D'un point de vue scénaristique, et je crois que c'est là le problème pour le gotha, on assiste à un paradoxe assez intéressant, preuve que Nolan sait plutôt écrire: plus on avance, plus les choses se simplifient (allez ici, faire ça, etc...), plus on sait très bien où nous en sommes dans l'action, et dans le même mouvement, plus les règles du jeu, et donc les règles du rêve se complexifient à l'extrême. C'est un des points qui marchent dans INCEPTION, très certainement. Vous trouverez une vidéo sur le net, très rigolote, qui veut "démontrer" que plus le film avance et moins les personnages savent comment le système marche, jusqu'à ce qu'on subodore qu'eux-même, les spécialistes ne pigent goutte à tout ceci! Je trouve que non seulement c'est juste, mais qu'en plus c'est une bonne idée. La raison pour laquelle les régles evoluent ainsi est assez charmante: c'est qu'on se place dans une espèce d'expérience ludique, comme dans nos jeunes années. On dirait qu'on irait dans les rêves. Oui, mais on ne peut pas mourir. Oui, mais on dirait qu'on peut souffrir. Oui, sauf si on est dans le deuxième rêve encastré... Oui, sauf si tu fais ceci ou cela... C'est bien joué, car au final, la logique du jeu, c'est la logique narrative, la structure même du récit qui se veut bondissante et malicieuse malgré la "gravité" du sujet, et qui ne l'est que partiellement d'ailleurs, bondissante, on y reviendra. Ici et là, dans des petits détails ou dans le jeu d'acteur (ça tourne souvent autour de Ellen Page d'ailleurs, ici plutôt chouette), à mesure que le sujet dérape (car on change de sujet en court de route), les personnages dans une ou deux attitudes plus distantes semblent s'étonner eux-même de voir certains échafaudages ou certains retournements de tons. Bien.

 

 

Ceci dit, il faut bien que j'avoue que INCEPTION me pose largement problème, malgré mon inclination pour un thriller se passant dans le cadre chahuté et contradictoire du rêve. Cette grosse histoire, un peu plus complexe que la moyenne (mais bon, ce n'est pas du Greenaway non plus!), Nolan se fatigue à en expliquer les règles, les personnages et les enjeux. Ca demande de l'huile de coude. Et au bout d'un certain moment, sans le dire, le sol se dérobe un peu, et on sent bien qu'on est en train de faire complétement autre chose, et grosso modo, sans dévoiler le bidule à ceux qui n'ont pas vu le film, on se retrouve en face d'un jeu de bonneteau. Et le sujet n'est pas là où on le pensait. Quand on voit la chose se mettre en place, même si la mise en scène n'est pas super-renversante, et j'y reviendrais, on se dit: "Ohouiohouiohouiohouiiiiiiii, ça va être délicieux, fais moi l'amour, grand fou!"

 

 

Respirons. Bon.

Bah désolé, c'est exactement là, à ce point précis du basculement, là où le sexy devient érotisme étonnant, promesse de plaisir lourd, bon et puissant, c'est à ce moment là, dis-je, que INCEPTION se montre le plus décevant et montre ses limites! Elle est triste ton histoire , docteur. Bah ouais! Préparez vous kleenex!

 

Non pas que le décor s'écroule (toujours dispenser une métaphore critique empruntée au film, ça fait pro!), non pas que INCEPTION, belle de loin, soit loin d'être belle! Rien de tout cela. La chose est plus triviale: plus le sujet est passionnant, plus les maladresses et les coutures malheureuses sont dans la lumière.

 

Tout d'abord, Di Caprio, ou plutôt son personnage. Quoique que je n'ai absolument rien contre le personnage de Marion Cotillard, élément de trouble dont j'aime assez les pertubations les plus fugaces, et c'est une très belle idée de personnage,  je trouve que l'intrigue  "amoureuse" est très mal gérée. Nolan semble avoir craint de présenter une "situation" (je parle en codé) trop simple, trop proche de la nôtre. Je me suis même dit en court de projection que cette histoire, trèèèèèèès lourdosse, faisait aussi partie du jeu qui s'alourdissait, à l'image du paradoxe que je relevais plus haut. Si c'était l'intention, ça fait pschiit, pour des raisons scéanristiques et notamment, la séquence de l'ascenseur vers le lieu du drame qui arrive trop vite. Devant l'explication des relations Cotillard-Di Caprio, on se trouve un peu pantois: la situation est totalement romantique, mélodramatique dans le sens hollywoodien du terme, et au moment du choix, on ne peut pas dire qu'on sente l'amertume ou le courage du choix Di Capriesque. Ca, c'est pour le papier. Dans la praxis, Nolan se montre bizarrement figé quand on vient à parler de ces deux personnages, pourtant au coeur du film: il marche sur des oeufs, il ne veut pas les maltraiter, et on dirait même qu'il a peur de gaffer avec eux. Au final, les deux personnages semblent un peu baignés dans le formol, et ça coince. Leur situation paraît trop métaphorique, trop immaculée. Pour avoir vider le noeud de son film de tout paradoxe, pour une quête plus hollywoodienne d'identification, Nolan scie fatalement l'arbre sur lequel il compte nous assoir, et ça c'est de la métaphore, les Cocos! C'est très curieux d'ailleurs de voir comment il retient Di Caprio (qui n'est pas un acteur chaud bouillant, certes, mais quand même...), comme il semble lui demander de ne rien faire qui ne soit pas balisé. Cotillard, plutôt chouette, est aussi retenue, presqeu en otage aurait dit Oscar Wilde! Fichtre!

 

 

Alors le mélo et le rose bonbon, c'est chouette. Mais ici, ça donne le goût de trop peu. Et pendant tout le film, on assiste alors au lent processus d'alchimie raté. Car les bonnes idées, et il y en a, on les voit aussi! Mais le ver est déjà dans la pomme. Ce qui va manquer au film, c'est la folie!!!

 

 

 

Christopher Nolan, où sont tes années folles? Où as tu mis tout ton rock 'n' roll?

Le scénario n'est pas trop mal avec quelques bonnes idées ça et là. Il nous fait transporter une valise pour finalement nous dire que c'est pas la bonne (comme les enveloppes, tiens!). Il y a certaines idées visuelles (le vide du décor final, la ville comme une jetée, la ville qui s'écroule, le train qui débarque, etc...). Le principe est très rigolo, et... Pas grand chose! Des rêves enchâssés, quelques basculement (et encore pas violents, hein?) de logique au profit de chose plus "poétique", ici et là quelques touches subjectives comme je disais plus haut (et encore pas énormément, les personnages semblent trop peu souvent influencer la tonalité ou l'action, ou alors pas tous les personnages, ce qui est quand même une sacré limitation, voire de l'autocensure). La réalité devrarit non seulement se dérober, mais aussi disparaître, se flouter, s'éloigner, etc... INCEPTION, ça devrait être un film de Philip K. Dick!!! Bon sang de bonsoir! Ca devrait être un film foufou ! Nolan devrait se ballader dans le couloir du palace 5 étoiles tout nu, le caleçon sur la tête en hurlant des grands « yooouhouuuuuhoooooooooo »! Ca ne devrait pas être un sujet à la place de l'autre, ça devrait être une symphonie wagnérienne de manipulations, parfois contradictoires! Il devrait y avoir trois sujets en même temps, ça devrait être quantique! Toutes les hypothèses, même celles qui s'annulent devraient être absolument véridiques! Il devrait y a voir du plaisir et du sang sur le dance-floor quoi!

 

Et on a quoi à la place: un petit "trois-actes" des familles, à peine plus compliqué que d'habitude, quand bien même le film ne soit pas antipathique!

 

Ménager Mr Seguin et le chou-rave,c'est cool, je suppose, mais ça va cinq minutes. Il y a un moment où on veut embrasser, malaxer et faire l'amour dans mille positions d'étonnement et de malice! INCEPTION, c'est du flirt, certes, mais c'est aussi du coïtus interruptus!

 

 

[Tant pis si on ne peut pas plaire à tout le monde, après tout... A moins de s'appeler Yannick Noah, Bernard Miner ou Nicolas Hulot, on ne peut pas être copains avec tout le monde. Alors, pourquoi se priver?]

 

Et puis, il y a la mise en scène, et au fond c'est là la deuxième lame qui empêche tout poil de repousser! Même si on n'est pas dans le cataschtroumpfisme de BATMAN BEGINS, malheureusement, et paradoxalement même, malgré des effets spéciaux très au-dessus de la moyenne et plutôt réussis dans l'ensemble, le film ne décolle jamais sur le plan plastique. Il y a pourtant énormément de bonnes idées. La ville qui s'effondre à la fin du film, c'est une bonne idée. L'intérieur de la ville par contre, c'est beaucoup moins bien et presque laid même, par endroit. L'entrée dans la ville avec Page et Di Caprio, ca ne rend pas trop mal, mais le champ contrechamp sur la plage quand ils débarquent (évidement quand on fait que du plan rapproché, ca fait studio, on n'y croit pas, surtout qu'nsuite on fait pareil, en ne mettant que des très grand plan d'ensemble!), bah ça marche pas. La première balade dans Paris, avec l'histoire du miroir qui nous met en boîte est caractéristique: voilà une très bonne idée, dans un passage très calme en plus, mais la mise en scène est affreuse. Nolan tient pourtant là une idée visuelle amusante. Et je crois savoir pourquoi! Attention, je vais vous dévoiler la chose!

 

Nolan a toujours eu un peu de mal avec son échelle de plan. Grosso modo, comme 97,43% de ses confrères, dés qu'il aère, c'est à dire rarement, c'est déjà beaucoup moins laid! Mais en général, ce n'est vraiment pas le cas et don ce n'est pas beau. C'est terne. Il n'y a pas de malice. Pas d'axe (ou alors des axes affreux, comme dans les 5 premiers plans du film), pas de rupture d'échelle, pas beaucoup de jeu de photographie, pas assez de cassage du champ/contrechamp, pas assez de rupture (malgré la belle idée des vitesses)! Comme d'hab' quoi! Sauf qu'ici, je me suis demandé si Nolan avait changé d'opérateur, car même dans ces petits plans caviardés et sans ampleur, sont trèèèès laids parfois (cf. la scène des miroirs donc, par exemple). Plus que dans ses autres films. Et évidemment, on peut reprocher aussi beaucoup d'autres choses, comme cette poursuite en ski rigolote (tout le monde est en blanc sur fond blanc!) et bien chorégraphiée, mais bousillée par une enfilade de plans américains !

 

Trop timide, pas assez abstrait, avec un coeur scénaristique mal géré (le couple Di Caprio/Cotillard), pas assez de paradoxe, jamais quantique, INCEPTION est aussi caractéristique des défauts de mise en scène habituel chez Nolan et ses confrères, et elle est ici encore un poil de nez minorée par un cadrage parfois plus laid qu'indigent. Et malgré tout, de bonnes idées ici et là, un bon changement de direction en loucedé et en plein milieu, beaucoup de bonnes idées, un système ludique du rêve, des personnages secondaires plutôt sympathiques, etc... Et c'est bien joué, avec un beau casting (il y a même mon petit chouchou, Lukas Haas, qui traîne dans un coin!).

 

Il n'y a finalement qu'un moment où le film fonctionne complétement: l'arrivée de Cillian Murphy, décidément très très bon acteur, très au-dessus du lot, dans la" chambre". Là bizarrement, malgré l'aspect mélodramatique, ça fonctionne, c'est beau, et on découvre un peu d'abstraction (finalement, on ira au bout de la soi-disant intrigue principale (en la retournant d'ailleurs!), en même temps que la "vraie intrigue principale"). Bref, ça vit! [Notons un peu de jeux de son dans la première demi-heure également...] INCEPTION n'est pas antipathique. Certes, on peut enlever 15 bonnes minutes voire plus rien que retouchant les points de montage. Oui, c'est décevant. Oui, cette histoire d'opérateur n'est pas bon signe pour Nolan, tout comme l'affreuse scène finale d'aéroport qui devrait être hallucinante et nous plonger dans l'effroi et qui, en plus de vouloir faire des bisous à tout les spectateurs (Tata Jeannette, le cousin Kevin, Madame Michu et Mathilda, votre petite soeur en Khâgne) est absolument laide. Oui, il y a quelques bonnes choses. Mais oui aussi, malheureusement, Nolan veut faire des films qui ressemblent à des films.

 

Il fait donc du cinéma qui ressemble à du cinéma. On attendait Elvis,on attendait Stockhausen, et on a Johnny! Tu la sens la déception qui monte?

 

Allez, bisous!

 

 

Dr Devo.

 

 

 

 

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Mercredi 11 août 2010 3 11 /08 /Août /2010 12:51

Publié dans : Corpus Filmi

 

 

 

 

 

 

 

triple-chien

[Photo : "Ci-gît/Mon ennui" par Norman Bates d'après THE HUMAN CENTIPEDE.]

 

 

 

 

 

 

On parle souvent de la faiblesse du corps, de cette chair-vie déroutante qu’on ne comprend jamais bien, des faiblesses qu’elle induit et de l’insuffisance du système digestif. A la TV on nous vend par brouette des yoghourts ou autres boissons censées nous rendre notre pouvoir sur le corps, comme quoi c’est bien un combat de notre époque, ces corps qu’on doit faire bronzer, polir et entretenir pour qu’on puisse enfin les aimer, se sentir bien dedans, comme si on avait le choix ! Nous faire croire qu’on a le choix, c’est bien pour vendre des yoghourts, mais dès qu’on parle de greffer huit bras à un humain ou de faire pousser quatre culs à un singe tout le monde lève les bras en l’air en criant au scandale, comme quoi qu’il n’y aurait pas d’éthique, plus de respect ou je ne sais quoi de bien ronflant. Mais depuis quand le corps est il une propriété ? Je pose la question autrement : qui nous a donné notre corps ? Pourquoi ? Après tout l’homme modifie bien le paysage, alors pourquoi ne pas se modifier lui même ? Avant de faire le ménage chez les autres autant le faire chez nous. Intro.

 


Le Dr Heiter est spécialiste de la question. Ancien chirurgien séparateur de siamois (c’est une vraie spécialité), il vit paisiblement sa retraite dans une villa au milieu de la forêt bavaroise avec laboratoire au sous sol, améliorant gaiement son quotidien à grand coup de bistouri quand quatre pattes à un chien semblent être bien trop peu pour finir sa vie dans la joie. Quand on a passé son existence à séparer des gens, arrivé à un certain point on se dit que l’inverse doit être au moins aussi passionnant, et on s’y essaie, pour braver la mélancolie des jours de pluie. Un peu comme un flic qui passerait hors la loi pour s’amuser un peu. Le film évoque principalement ca, la retraite d’un ex chirurgien qui du feu des projecteurs passe tout d’un coup à la solitude effrayante de la forêt allemande et qui cherche un sens à donner à sa vie pour la finir en beauté.

 


Ca n’a pas l’air très marrant l’Allemagne vu de chez nous : de grandes forêts pluvieuses et des autoroutes de nazis, c’est pas la fiesta à Cancún. J’aime autant vous dire que ce n’est pas le cinéma de Tom Six qui va vous donner envie d’aller chasser le mousseron de l’autre coté du Rhin : THE HUMAN CENTIPEDE n’est absolument pas un hommage à la bande à Basile, des dire même du réalisateur le film est inspirée d'expérience médicales nazies ! Le Dr Heiter a une grande passion, celle de coller des membres en plus à des espèces vivantes pour dans l’optique de créer des milles pattes avec toute sorte d’animaux. C’est ainsi que son triple chien est né, et c’est pourquoi Lindsay et Jenny ne vont sans doute pas sortir en boite comme prévue cette nuit.

 


La première partie du film est très classique : deux jeunes filles américaines venues s’éclater en en Europe se retrouvent piégées par un psychopathe dans un environnement hostile. Certes c’est du classique, mais dès le début la pression va crescendo : grâce à une mise en scène et surtout à un montage somme toute assez lent qui laisse monter doucement l’horreur, ménageant des éléments inquiétants aux limite du hors champs. Dans le mécanisme on pense bien sur aux films HOSTEL, mais c’est un peu plus axé sur le suspens. Un personnage inquiétant va faire son apparition, mêlant une tension sexuelle palpable à l’angoisse sourde indue par les longs plans du début du film. Ca se met doucement en place, et dès le début des éléments étranges se produisent qui vont donner un sentiment de malaise à toute cette première partie.  La mise en scène marque beaucoup de point dès le début, tout est très balisé mais en même temps on ne sait pas trop ou on va déboucher. Dans l’image rien à dire, c’est soigné. Tom Six ne cherches pas forcement à donner dans la grande composition plastique, le dénuement est ici le ton recherché. C’est au milieu de ces décors un peu tristes et de ces intérieurs aseptisés que l’ambiance toute particulière du film trouve sa source : on y reviendra.

 


La seconde partie est très différente. On bascule dans l’horreur la plus complète, les plans se font plus fermés, le montage s’accélère un peu, chaque ellipse vient soulager l’atmosphère très lourde. A cela se rajoute des passages plus amusants, toujours dans le sens du personnage central de ce deuxième acte, le fabuleux Dr Heiter, interprété par un acteur absolument extraordinaire qui peut en un sourire carnassier  vous glacer instantanément le sang. Il porte tout le film sur lui, il est d’une justesse incroyable en passant du comique à l’ignoble constamment, c’est un vrai festival, il est de tout les plans.

 


Pour décrire l’ambiance bien particulière du film, il faudrait vous imaginer un spectacle de chairs suintantes, recousues, des liquides saumâtres dégoulinant sans arrêt, un laboratoire flambant neuf et des scalpels méticuleusement rangés. Il faudrait ne plus réfléchir en termes de morale, de bon gout, il faudrait oublier la cruauté et le vice, tout est ici méticuleusement glauque, malsain mais aussi drôle dans le même temps, salutaire et nihiliste. Que de paradoxes qui forment ici une toile désabusée et grotesque, une sorte de conte d’horreur absurde qui aurait comme principal but de vous faire renier tout espoir dans le projet Humain, de vous enfermer dans une logique circulaire ou tout change toujours sauf l’homme, coincé dans sa chair et condamné à bouffer des excréments devant un dieu imperturbable et cinglé. Nous ne sommes pas faits à l’image de Dieu, nous sommes les images de Dieu, image découpées et recollées comme un patchwork sanglant cloué sur les murs de l’insondable condition humaine. HUMAN CENTIPEDE c’est un serpent de chair suintant tapi dans les bas fonds ignobles d’une mécanique tournant dans le vide, pour des desseins sans lien avec la conception humaine du cosmos. Vision douloureuse car visant la plupart du temps juste, ne se prenant jamais au sérieux mais en l’étant au plus haut point, c’est d’abord un bon film de genre avant d’être une vision désabusée de la nature. Mais c’est marrant !

 

 

Le film est très beau dans son dépouillement, son rythme prenant montant crescendo dans l’horreur et le nihilisme, déployant doucement un implacable étau autour de la chair du pauvre spectateur. Vu l’engouement suscité par le film dans le monde on parle déjà d’une suite, avec un mille patte encore plus grand ! Il sera sans doute intéressant de savoir ce qu’une chaine d’humain encore plus grande va nous apprendre sur la possibilité de partager un seul tube digestif ou des chorégraphies possibles la bouche collée à l’anus de son semblable, mais il faudrait tout de même faire attention de ne pas tomber la course à la plus grosse. Le film se suffit à lui-même et sa fin impitoyable est suffisamment ravageuse pour qu’on s’en souvienne dans longtemps. C’est tout le mal que je souhaite à l’humanité !

 

 

Norman Bates.

 

 

 

 

 

 

 

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Dimanche 8 août 2010 7 08 /08 /Août /2010 22:16

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brody devo

[Photo: "Mon Espoir S'appelle Intégrité" par Dr Devo.]

 

 

 

 

 

 

 

 

Décidément c’est l’été des films de monstres ! (meilleure phrase d’intro de tout les temps : actualité, culture, sentiment général en enfin opinion comme estoquade finale, jeunes journalistes prenez en de la graine) Après l’excellent SPLICE, revoilà les Yannick Noah de l’espace qui s’offrent un retour en fanfare  puisque le film est signé Nimrod Antal, auteur de films plutôt intéressants jusque là (KONTROLL et MOTEL), et produit par Robert ”mariachi” Rodriguez qu’on ne présente plus. Le film PREDATOR c’était quand même quelque chose à l’époque, grosse machinerie bourrinasse comme en fait plus dans nos années 2000, avec des vrais hommes qui sentent sous les bras et des vannes bien senties entre camarades du même sexe partageant les mêmes opinions sur la morale et sur le monde. Une belle bande de penseur en somme, menée par un Schwarzy au top de sa forme physique et dans son poids optimal, des muscles a en faire peter le scope d’un McTiernan ne tapinant pas encore habillé en femme à la sortie des studios universal. Ambiance club de gym pour homme : parfait pour dératiser la jungle entre potes au son des mitrailleuses lourdes, le cigare à la bouche. Deuxième point commun avec SPLICE, c’est encore Brody qui s’y colle, et dans le rôle du yakayo de service en plus, tête brûlée commando parachuté dans un endroit inconnu avec une bande de militaires supra entraînés balancés eux aussi en pleine jungle sans savoir pourquoi.

 

 

 

Ça commence de très jolie manière, par une longue chute se terminant par un atterrissage brutal en pleine jungle. C’est tout. Pas d’autres explications quand aux raisons de ces parachutages : il y a 8 gars, une forêt et une femme ninja, tous sont militaires sauf la forêt et le médecin, personne ne sait pourquoi ils sont là. Les militaires viennent tous d’un pays différent, à l’oeuvre dans des conflits différents. Très vite ils s'aperçoivent qu’ils sont l’objet d’une chasse à l’homme...

 



Loin d’être un remake du premier film (je dis ça mais j’en sais rien, je me souviens plus du premier) PREDATORS ressemble d’avantage aux CHASSES DU COMTE ZAROFF : une course dans la jungle, des humains traqués par des prédateurs dont ils ignorent tout, derechef sur une planète inconnue et qui devront faire avec leurs semblables inconnus pour espérer s’en sortir. Entre deux fusillades dans les bois, les militaires traqués peuvent ainsi découvrir leurs histoires respectives et parler littérature pendant les bivouacs (Hemingway semble être très apprécié). Oui ça fait un peu club de rando, mais très vite les premiers morts vont venir clairsemer les rangs de nos amateurs de belles lettres, et c’est au prix du sang des leurs qu’ils apprendront avec effroi ce qu’il se trame vraiment sur cette planète (et qu’Hemingway n’avait pas totalement tort !).  Aventure humaine, conte philosophique et introspection métaphysique au coeur de la bestiale condition humaine ? Pas vraiment en fait, même si les protagonistes du film se font beaucoup de soucis à propos de l’affaire bête en cours...

 

 

Comme je l’ai dit plus haut, le début du film est très bien, très direct, on est mis tout de suite au parfum. Le montage est plutôt surprenant et la mise en scène y va franc du collier. Pas d’artifices épileptiques comme tout les petits malins qui comblent leurs absence de talent par des images rapides et des flash trépidants, c’est du carré à hauteur d’homme. Pourtant en avançant dans le film quelque chose se met très vite à clocher : le cadre est quasi fermé, il y a énormément de gros plans pas vraiment jolis (visage sur la gauche ou la droite laissant une grande place à un arrière plan flouté), la caméra ne s'élève jamais, ne prend que très rarement du recul et les perspectives de fuites dans la composition des plans sont inexistantes. En fait c’est très simple : le film doit se dérouler dans 3 décors différents pendant presque deux heures ! On bouffe de la jungle tout le temps, ça devient très vite oppressant. Pareil dans les scènes en intérieur, les décors sont tout le temps similaires. Il faut pas être claustrophobe quoi ! Et bizarrement, ça marche plutôt bien : le film est quasiment un huis clos, presque théâtral (beaucoup de dialogue mine de rien, unité de temps et de lieu, trois actes) dont le spectateur connaît dès le début tout les protagonistes (sauf un, mais on s’en fout) ce qui donne au final un étrange sentiment d’absurdité à tout ça. Qu’est que se passe vraiment ? Quel est le vrai enjeux du film ? Qui est chassé ? Le rapport chasseur/chassé change tout le temps pendant le film, chacun se cherche à tour de rôle, comme un jeu. Et la fin enfonce le clou : c’est peut être un jeu, le seul, le plus grand des jeux. Et là on touche à un truc plutôt beau, très nihiliste, très noir. Je met un paragraphe tout neuf pour l’occasion.

 


“Celui qui se fait bête se débarrasse de la douleur d'être homme.” à dit un jour Hunter S Thompson, sûrement après une descente de coke. Ben oui, c’est ca : Brody, même si il fait la gueule un peu au début est super content d’être là, c’est sûrement le plus grand truc de sa vie de devoir endosser la responsabilité de représenter l'espèce humaine dans ce jeu, et il y prend beaucoup de plaisir. En un sens, si on s’attache à la toute fin, on pourrait presque comprendre que tuer fait la grandeur de l’homme. L’homme n’est jamais plus intelligent et doué que pour détruire ou tuer. Il ne s’agit plus de survie : la plupart des personnages préfèrent se suicider ou se sacrifier plutôt que d’échouer. Le japonais par exemple, dans une scène un peu ridicule, mais aussi le russe, la fille, etc... C’est l’honneur qui est en cause, c’est tout a fait différent de la survie. La survie c’est un peu triste, c’est pas ce à quoi on aspire. Une fois que Brody à battu le monstre, il n’y a plus d’amour (la aussi c’est un peu kitsch), l’orgasme était presque pendant le corps à corps avec l’ennemi. Cette planète, c’est ni l’enfer, ni le purgatoire : c’est la vie. On se retrouve parachuté dans un monde qu’on ne comprends pas, et où on doit trouver nous même nos alliés pour subsister. Et là toute cette mise en scène fermée prend un sens : le monde nous étouffe. On se raccroche à des visages familiers pour se rassurer oublier qu’on est de la viande, et que le monstre, l’ennemi, c’est la même viande que nous. La mise en scène se rapproche de ces hommes, parce que c’est la seule chose qui leur soit possible de faire : se rapprocher pour lutter face à un danger immense. La société est une nécessité face à l’adversité. PREDATORS c’est une emission de KOH LANTAH où les perdants sont exécutés, ce qui ne change pas l’enjeu final : faire sortir la bête humaine pour donner un aperçu du coté résolument atavique de l’Homme.

 

 

 

Norman Bates.

 

 

 

 

 

 

 

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Mardi 27 juillet 2010 2 27 /07 /Juil /2010 21:56

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centurion devo 2

[Photo: "Laids Thés" par Dr Devo.]

 

 

C'est l'été, un peu, et c'est la torpeur du platane, qui virtuellement nous écrase, qui caractérise notre état d'esprit cinéphile. On boirait des Ricards en mode tranquilou plutôt que de pratiquer autre chose. La salle de cinéma se révèle espace de frais, sûrement déserté suppose-t-on dans un haussement de sourcil un peu improbable ou surjoué, et donc un espace de détente. Mais dans le même mouvement, nous évaluons l'effort et le programme, et là, d'un coup c'est le découragement mou mais certain, comme le cancer du pancréas ravage l'innocent qui n'a rien demandé. D'où la métaphore du platane, protecteur mais lourd, rafraichissement fugace et moteur de notre anéantissement, fossoyeur de notre volonté, tue-l'amour feignasse, rayez les mentions inutiles et changez-moi ce paragraphe...

 

 

Merci. Il fait 30 degrés, et ce petit athlete's foot (qui n'empêche pas l'amour physique, notons-le) qui défigure votre plante et vos orteils, empêche tout replis sur une plage ombragée et publique. Pour se venger, on va voir le premier film qui se passe en hiver et au pays où il ne fait jamais soleil: l'Angleterre !

 

Le romain, fort et nombreux, a déjà laissé derrière lui les charmes de sa région natale. Il aurait pu siroter du chianti en regardant des reproductions de PdF (Piero Della Francesca), et ça aurait duré un million d'année sans automne ni hiver, comme disait le poète. Mais le Ciccolino est ambitieux, c'est connu, et quelques décades plus tard, il t'a envahi l'Europe avant la fin du compte à rebours, et a passé  la tondeuse sur les tignasses blondes et longues du barbare. Un homme, véritable et civilisé, ça a le cheveux ras et soigneusement coupé. Marcello va-t-il pouvoir siroter tranquilou un picon-bière sur la terrasse de l'hôtel de ville de Tourcoing, en se remémorant le chianti passé? Non. Car il n'est pas tranquille, le Dario. Plus loin encore, en Youké, l'ingliche résiste et refuse l'occupation. Et ça, Bernardo, ça lui gâche la journée, ça sape son moral. Rome réagit: cette fois-ci, on envoie des légionnaires, on les balaye et on revient à la maison. Mais le Saxon, avec ses cheveux long, ses maquillages ridicules et sa grosse guitare, il a compris, ô métaphore ouverte sur la fenêtre de notre monde contemporain, que l'avenir ce n'était pas les mouvements armés avec 10,000 soldats en CGI, mais la bonne vieille guérilla ! Les romains en prennent plein la chetron, et au final, se retrouvent (après une arnaque au Petit Juju quand même!) perdus en plein pays énemis à trois ou quatre, sans argent ni nourriture. En plus, il fait froid, il neige et une espèce de Princesse Mononoké, en moins sympa set à leur trousse, folle de vengeance... Préparez le sapin!

 

 

 

On pourra me reprocher le fait de ne pas avoir précisé que ce film se passé en 300 avant Jean-Claude, mais l'essentiel est là, CENTURION est un film en costumes du genre péploumesque, mais attention pour les hommes, les vrais, pas ceux qui roucoulent de bonheur en buvant du Schweppes Zéro... Je fais 20 bornes pour voir le bouzin, je vais même jusqu'à partir en terre étrangère propulsant mon art critique en mode totalement gonzo. Vie du cinéma et Cinéma de la vie ne font plus qu'un. C'est beau comme du Louis Jouvet. Ca me rappelle presque du Huster. L'intro, le film, le critique dans son plus simple appareil, son storytelling aussi, t'as remarqué mon p'tit gars, tout ça c'est le même sujet, ça parle de la même chose, exactly the same, "lo mismo" comme on le dit rarement dans la langue de Tite Live et pour cause... Allez, monte dans la Testa, on va continuer de rouler...

 

Sans rire, car ce n'est pas le genre de la maison, ça démarre plutôt rigolo, enfin disons que ça se mange tranquilou. Sur un rythme de jogging sympa mais soutenu, on avance sans traîner, et les événements s'enchaînent de manière assez vivace. On n'est pas là pour faire annôner des annuaires de dialogues ampoulés. Les scènes sont assez courtes, ça avance. Voilà qui donne un ton franco au film et aussi à son propos: personnages très marqués, des mecs des vrais, du viril, du militaire.

 

Côté mise en scène, on peut bien dire que c'est pas du Ronsard, c'est gras. Neil Marshall nous avait fait mouiller le boxer avec THE DESCENT, mais ici on est nettement en présence de son double astral maléfique, celui qui a réalisé DOOMSDAY dont je parlais il y a peu ici même. Adieu léchouillage, photographie agissante, petit montage de cocotte familiale mais de bon terroir, efficace et au travail... Comme dans DOOMSDAY, même si le montage perdu un ou deux "bpm" si on l'observe au microscope atomique, c'est un peu le grand n'importe quoi. Si certaines situations ou idées auraient été tout à fait rigolotes en imposant simplement à Marshall de ne pas faire des plans plus serrés que l'Americain, le cadre empêche simplement l'expressivité ou la moindre originalité. Le montage bouillabaisse le reste dans les scènes d'actions, et déroule le bitume en ligne droite, triste comme une route du sud un jour de canicule, pendant les moments de dialogues, heureusement courts dans cette partie. On  sent bien que le Marshall, sans se prendre pour le nouveau Messie, il voudrait revisiter les genres qui lui plaisent et pondre des petits machins nerveux, et tout le monde rentre chez soi en restant bons amis. Mais on est loin du soin qu'on retrouve chez d'autres, et là je pense au premier RESIDENT EVIL par exemple, très chouette, ou même le 3éme déjà plus improbable mais très regardable. C'est ça qu'il veut, le Shérif. Oui, je sais, THE DESCENT visait plus haut mais bon..

 

On résume sur l'aire de cette station Shell: la narration ne perd pas de temps, c'est agréable. On est en dessous de l'intention, et ce n'est pas beau du tout, car la mise en scène est loin, mais alors très loin, d'être rigoureuse ou même rigolarde. Comme ça ne dure qu'un heure et demi, nous nous disions, complices dans le noir, ça va faire un chouette film du dimanche.

 

Et puis patatras, adieu Cythère... Foin de l'exercice viril entre hommes qui aiment le sport dans les plaines de landes pleines de korrigans, quand le crachin fouette la figure comme un brumisateur hardcore !

C'est comme hier soir, souvenez-vous. On arrive sur le dance-floor bien décidé à danser, sans se prendre le chou, et peut-être que le hasard vous invitera à ne pas passer la nuit sur le matelas gonflable, seul ! Mais on dansera quoiqu'il arrive, car la nuit est belle et qu'il fait bon. La passion de la danse, quoi!!! Et puis, sans qu'on puisse vraiment dire pourquoi, en s'apercevant de la chose alors qu'elle est déjà là, dans le fauteuil du salon sirotant à votre place, le bon whiskey hors d'âge que vous ne vous autorisez à sortir qu'à de très rares occasion, sans prévenir dis-je, on s'aperçoit que cette musique n'est pas un SISTER OF MERCY endiablé, mais un vieux slow pourri du Herbert Léonard tardif. Aurait-on trop bu? Avons-nous eu un black-out? Et si c'était ça, les effets de la drogue du viol? Ou ai-je simplement mal digéré ce saucissson de sanglier, tout à l'heure à l'apéritif... Dur à dire. Mais en tout cas, tout a changé. Et tout d'un coup, fini la LOCO ou le QUEEN'S, c'est la bache déguelasse du camping de Plouescat: tu parles d'un dance-floor.

 

La panse de brebis a soudain un goût amer.

La relative sécheresse, cette volonté de foncer et d'enfiler les événements sur un rythme péchu, s'est effacé et CENTURION devient un film normal, à costumes, d'époque et d'action: autant dire, un film de Ridley Scott! Comme le train roule à 5 à l'heure et qu'on ne ressent aucune secousse, on a plus le temps de voir le paysage, et c'est pas joli joli. Dans la tristesse de ce cabinet pharmaceutique qu'est devenu le film, on se dit soudain que la photo n'est pas seulement sans intérêt, mais très laide. Le scénario abandonne son côté carré-poilu pour une mélodramatisation convenue et surtout maladroite avec ce traitre sur commande qui se retourne comme un gant (et là, une ambiguïté aurait été fort bien venue), une histoire d'amour (oui, oui,  de l'amour chez les barbares, et encore, même la note d'adieu sera stupidement contredite par la conclusion du film qui annule le ressort scénaristique du film entier, à savoir le fait "d'être loin de tout") et un écriture trois actes pénibeules. L'action se fait plus rare, les dialogues sont interminables, et le petit film nerveux de 1h30min devient une épreuve d'endurance scandaleuse.... Le p'tit Boud' sexy et drôle se transforme en diva conventionnelle et rêvant de duplexe en Seine Saint-Denis. Triste! Marshall essaie de rattraper le déjà médiocre Scott, avec ces scandaleux effets d'obturation gladiatoriesque que 99, 47% des réalisateurs de films d'actions ont déjà copié sans fin. Les plans en hélicoptères qui firent la gloire des colères souvent justes de notre ami Bertrand, dans le plus fidèle look jacksonnien, sur nos héros parcourant la lande, se succédent sans aucune conséquence. On n'avait pas grand chose, mais on avait envie de boire une bière avec elle, et là, pif paf, on n'a qu'une envie: rentrer chez soi, appelez des amis, boire un Pernod, retrouver l'ombre du platane. Et là, à l'heure tranquille où les li-ons vont boire, comme disait le poète, on se dit qu'on a perdu le Marshall, que c'est cuit et que c'est un peu triste parce qui si un devait surnager, ça aurait pu être lui... Comme si, pour ainsi dire, ce petit surfeur, surpris avec la main dans la jarre à cookies, piquait des euros dans son propre porte-monnaie.

 

En tout cas, nous, on jouillait pas.

 

 

Dr Devo.

 

 

 

 

 

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Dimanche 18 juillet 2010 7 18 /07 /Juil /2010 20:08

Publié dans : Corpus Filmi

 

 

 

 

 

 

 

Psycho 9

[Photo : "En direct de Moscou" par Norman Bates et Alfred Hitchcock.]

 

 

 

 

 

 


Nouvelle avant-première, nouveau combat: cette fois ci un distributeur nous invite, lui, au moins. Ravi par la nouvelle, coup de fil en PCV du Dr Devo, "j’ai une mission à te confier, prend Carxla Brunegeld avec toi et filez tout deux au bout de Paris pour la projection de DOUBLE TAKE, ca commence dans 1h". Aussitôt le téléphone raccroché, on se rue vers les taxis et nous voila en pleine guerre froide, année 1962/80 pour être précis, Hitchcock cherche son double pour le tuer, la piste est encore chaude…

 

 

L’Histoire du monde est un polar dont il difficile de s’extirper : chaque action entraine des multitudes de réactions les plus diverses influant sur les destinées de millions d’hommes  inconnus et redoutables. Ballotés dans l’Histoire, l’individu ne doit sa subsistance que par l’illusion de la compréhension : heureusement il y a la TV qui nous dit quoi acheter, où en est  la guerre et quand il va pleuvoir. La TV c’est l’information partout en 1962, c’est les fusées qui explosent dans des salons cosy aux couleurs marron jaunes (le film est en noir et blanc) et des Nixon pas encore sous verre (gloire au crapaud hypno !). Mais c’est aussi Hitchcok qui à la TV annonce que le cinéma sera mort quand les vessies rétréciront, que les pubs viendront s’immiscer au milieu des films et que les petits écrans seront les cartes postales d’adieu des écrans immenses voués tel des dinosaures à mourir sous leur écrasante faiblesse. Hitchcock se bat contre son double pour le cinéma. Dehors l’Amérique se bat contre l’URSS pour pouvoir faire du cinéma.  Au milieu, des millions de spectateurs applaudissent le premier chien de l’espace à passer à la TV. Il y avait peut être de l’espace avant la télévision, personne n’en est sur, mais dorénavant l’espace s’incarne dans le living-room, entre les 33 tours et les pulls angoras. De même que la lutte contre l’ennemi communiste prend forme et mouvement dans les premières émissions diffusées dans un réseau national : toute l’Amérique est connectée à la même source, l’information de masse peut commencer. Les russes ont perdus la guerre car ils ont préférés l’espace à la TV, oubliant au contraire des américains que l’espace EST à la TV. La guerre froide c’est la première guerre de l’image, et c’est ce que DOUBLE TAKE tend à montrer.

 

 

 Rassurez vous, c’est quand même du cinéma, donc un vrai documentaire, enfin. Le sujet est traité de l’intérieur, c'est-à-dire en racontant tout autre chose, et avec n’importe quoi d’autre. Utilisation d’images d’archives, on est dans le film de montage (russe) essentiellement au service d’un thriller médiatique qui utilise Hitchcock comme prétexte à la justification de l’art face à la guerre médiatique. Quand les hommes sont broyés dans la marche des siècles, heureusement que les mécaniques anonymes gigantesques engendrent des œuvres sensibles qui rappellent l’importance de l’esprit. Au moins le cinéma réchauffe le corps et l’esprit, et si on ne survit pas avec le cinéma mais il nous sauve quand même. Tuer le double : c’est le thème de l’essai de Borges et le fil conducteur du film. Il ne doit rester qu’un seul Hitchcock, qu’un seul bloc, qu’un seul café, même si ce sont les mêmes : il n’y a pas de place pour deux choses similaires dans le monde, vouées qu’elles sont à se haïr. On ne hait jamais mieux les autres que soi-même, comme deux aimants se repoussants l’un l’autre. Il n’y a que la différence qui survit, et cette différence induit la forme, le mouvement et l’art.  Même images, musique différentes. Mêmes images d’époques, messages différents. Vous voyez où on veut en venir ? Le processus de destruction/création est une vue de l’égo, jamais fondamentale.

 

Et par conséquent le message progresse : image + son + mouvement = média, mais pas comme un mensonge. La guerre est décidée au journal télévisé, jamais avant. La télé de masse engendre le double à des quantités commerciales, vouant la spécificité individuelles aux bancs d’une nouvelle façon d’être le monde en le regardant vivre en direct.  C’est le prisme dans lequel  esprits aiguisés et critiques font émerger d’une création un sens unique qui est le seul compréhensible (au sens premier), c'est-à-dire qu’un grille-pain est différent alors d’une télévision ou d’un cinéma. La fonction n’est plus la spécificité du média, c’est Laika dans son Spoutnik en orbite autour  de la terre : un esprit primitif enfermé dans un cercueil en alu qui tourne autour du monde, jusqu'à l’infini, condamné comme dans le film de Kubrick à regarder l’humanité dans une vitre teintée. Enfant des étoiles, star de la TV bientôt enfant de la guerre et demain chef d’état, le XXème siècle en pente douce vers le monde d’aujourd’hui, ses pubs et ses écrans, ses conflits journalistiques et l’ouverture du champ médiatique à n’importe qui. Si aujourd’hui tout le monde participe à un réseau globalisant, c’est parce qu’hier les gagnants et les assassins ont écrit l’histoire et dévoilés les images. Tout le monde veut rentrer dans la danse, car l’existence passe par les médias. Peut-on dire j’existe et je suis différent sans le proclamer sur son blog, à la TV ou dans un journal ? La question du soi et de sa reconnaissance est la conséquence de la dilution des égos dans la représentation du monde  depuis que le monde est devenu un ensemble d’image. La conscience de soi nait dans les yeux des autres, donc sur les écrans des autres. Je suis Hitchcock, je suis connu pour mon physique reconnaissable et mes films, mais aussi parce que j’ai écrit des livres, présenté une émission de TV et donné naissance au cinéma du futur dans un Hollywood aussi violent et subversif qu’un film de Victor Fleming.

 

Prenez chaque écran, chaque émission, chaque spot de pub, chaque film d’Hitchcock diffusé pendant la guerre froide : chacune de ses images est une carte postale d’un événement, chaque carte postale est mélangée est donne lieu à un énorme jeu de pistes en 4 dimensions (historique, sensible, sociologique et fantasmagorique (chaque vision du passé est un fantasme ! pensez y en vous rasant !)) : voila à quoi ressemble le film. Vous êtes un explorateur du futur, vous avez votre fouet et votre chapeau bien en main, et vous vous lancez à la poursuite d’Hitchcock au milieu de fusées en train de décoller, des chefs d’états se serrant la main, de cafés insolubles et de sosies ventripotents cachant bien des secrets inavouables. L’enquête devient ce que vous en faites, le film se crée selon ce que vous voyez et comment vous le ressentez, et bientôt les images toutes mélangées sont à l’origine d’un message limpide : il n’y a pas d’Histoire sans spectateur.

 

 

Tout ca avec de l’humour, mais un peu trop d’Histoire, de belles choses souvent dans le son et dans les images granuleuses qui sorties des temps forment de nouveaux motifs encore jamais vus, de beaux montages d’images de films d’Hitchcock, mais qui malgré tout ne peut s’empêcher de laisser sur la fin un petit gout aigre qu’on dirait sorti d’un autre réalisateur bedonnant et bien vivant celui-ci, a savoir Michael Moore et ses images de chefs d’états marionnettes. C’est un peu le bas qui blesse de ce projet intéressant, à mi-chemin entre la sociologie et l’art plastique, sauvé par le charisme du bedonnant réalisateur. Au fond même si on parle de sujets graves et importants, la forme sait rester volubile et jubilatoire : que faut-il demander d’autre au cinéma ?

 

 

 

 

Norman Bates.

 

 

 

 

 

 

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Dimanche 11 juillet 2010 7 11 /07 /Juil /2010 21:35

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liquiddivadevo

[Photo: "Liquid Days" par Dr Devo et Norman Bates.]

 

 

 

 

Invité par la production à voir le film en avant-première avec mes collègues blogueurs pour une séance spéciale sur les Champs-Elysée avec cocktails-petits fours, j’ai débarqué vaguement habillé, au milieu d’un parterre de jeunes branchés trop classes pianotant sans relâches sur leurs téléphones 3G en attendant que le film commence. C’est la nouvelle tendance : le "community management", comme ils disent. En fait ils ont compris que grâce à internet la parole était libre et ouverte, donc comme chaque espace de liberté découvert par les hommes depuis 2000 ans, il ne reste plus qu’à le coloniser : il vaut mieux inviter 300 blogueurs complètement inexpérimentés et candides, leur payer le champagne et le ciné pour qu’ensuite ils se dépêchent d’écrire une vague note " tro bi1 le nouvo film ya dé alien é dé sénes 2 Q lol" qui vont donner envie à 300 multiplié par l’audience moyenne d’un blog postant tout les jours une note de 10 lignes parlant de trucs branchés, soit 2000 personnes par jour au moins, d’aller voir le film avec leur chérie. Bah oui, eux contrairement à la presse spécialisée ce ne sont pas des vendus, ils ont leur libre arbitre, ils ne sont pas élitistes, c’est des gens comme nous, ils doivent penser comme nous. Banco !

 

Bien sûr tout cela est faux : on ne nous invite pas à de telles soirées (sauf le Dr Devo), en tout cas pas encore, et je suis rentré grâce à un habile stratagème (en me faisant passer pour quelqu’un d’autre), j’ai picolé tout ce qui passait devant moi au cocktail et je me suis écroulé au milieu du tapis rouge en pleurant sur les femmes infidèles, avant de vomir dans le costume chanel d’une blogueuse mode qui affirmait que le mulet serait la coupe de l’été si l’Italie gagnait la coupe du monde. True Story.

 

Passons. Le principal c’est que je suis assis là, au milieu de tout ces gens et que le film commence. La lumière s’étiole et s’éteint, jusque là tout va bien, puis le film commence et la soirée prend un tour tout autre. On dira tout ce qu’on veut sur les séances privées aux champs Elysées, mais bon dieu ces gens savent recevoir ! Les champagnes hors de prix n’ont jamais été mon fort, mais les projections numériques next gen sur écran hyper géant c’est quelque chose ! Jamais vu un film dans des conditions pareilles, c’est comme un Blu Ray qui ferait la taille d’un court de tennis, la netteté en prime. Bluffant, cependant il en faudra d’autre pour m’acheter : je ne suis pas du genre à être ébloui par les feux. Non je déconne, le film est merveilleux.

 

 

Pour ceux qui n’ont pas voué leur vie à la génétique nazie comme moi, SPLICE c’est le petit nom anglophone d’une fusion ADN, une sorte d’accouplement génétique entre deux cellules, ici carrément entre deux créatures, puis plus tard entre une créature et l’homme. Sarah Polley et Adrian Brody forment un couple de gros nerds à la solde d’une grosse corporation pharmaceutique vendant des vaccins contre le sida, le cancer, le diabète, la schizophrénie et des médicaments divers pour enlargir bien des choses. Quasiment toutes les molécules sublimes produites par ces riches philanthropes ont été patiemment élaborée par Polley & Brody, ce qui leur offre une confortable position dans la boite et leur permet des libertés assez conséquentes dans leurs expériences. Ils ont même donné naissances à des créatures phalloïdes en combinant des ADN divers, créatures à mêmes de se reproduire et allant jusqu'à développer une certaine intelligence. Vous vous dites que c’est trop cool, et pourtant Sarah Polley n’arrive pas à se contenter de ces pénis sur pattes et grille les étapes en injectant de l’ADN humain dans leur nouvelle création. Ils donnent alors naissance secrètement à un mélange entre Kate Moss, un kangourou et un pokémon glabre à quatre culs, qu’ils vont s’empresser d’adopter comme un enfant… Je vous laisse imaginer ce que peut donner une crise d’adolescence quand on parle d’un prédateur hybride possédant des gènes humains, animaux, une queue rétractable venimeuse, des branchies et quatre paires de fesses, le tout dirigé par une intelligence incompréhensible et ne pouvant parler le langage humain. Dans ce contexte la découverte de la sexualité et de l’amour est un peu plus délicate que l’ado du même âge qui découvre que youtube peut s’écrire autrement. Le film parle de ca, et puis des problèmes de couples de monsieur et madame, des souvenirs d’enfance et de la difficulté de résister à la tentation d’un siècle qui l’a érigée comme modèle économique.

 

 

Avant d’expliquer pourquoi SPLICE est le plus grand film de cette année, je voudrais tirer un grand coup de chapeau à la pianiste mais surtout au distributeur qui va sortir ça en salles. D’habitude, quand un film fantastique/de genre ne peut pas être résumé avec un pitch de moins de 50 mots il est immédiatement sorti en direct to DVD entre le dernier Seagal et la suite de l’avant dernier Dolph Lungren. Hors là, Natali nous balance un film hybride et ultra glauque, sorte de mixtion entre LE MONSTRE EST VIVANT, LA MOUCHE et X FILES réalisé par Atom Egoyan, dont un des (nombreux) morceaux de bravoure est de faire la scène de sexe la plus flippante du XXIème siècle (au XXème siècle c’était celle de THE ROOM). Cette scène à laissé tout le public des Champs-Elysée pantois, certains se cachaient même le visage, d’autres étaient frappés de mutisme et certains se tournaient enfin vers Dieu, comme moi, quand ils ont enfin compris les revendications du mouvement pro-anorexie. Je fais le guignol là, mais c’est super difficile de parler de SPLICE quand on s’aventure au-delà de la première demi heure : vous vous retrouvez dans un no man’s land terrifiant, sans que vous puissiez avoir la moindre idée de ce qui va vous tomber sur le coin de la figure. Le film est tantôt effrayant (mais vraiment, hein), gore, romantique, monstrueux, déviant et plein de grâce, toujours juste et incroyablement bien fait à tout les niveaux. Apparemment le film est sorti grâce au ventripotent Guillermo Del Toro, qui a tout fait pour que le film puisse se faire dans des conditions décentes de lit, et on peut dire que c’est réussi. Il y a un confortable budget, des images de synthèses, mais rassurez vous, rien de comparable aux galeries de produits dérivés affables que nous sort le grassouillet mexicain depuis quelques années. On retrouve même aux effets spéciaux ces bons vieux Howard et Berger, les papes des effets old school qui ont enchantés les productions fantastiques à partir des années 80, et ils amènent avec eux de stupéfiants maquillages et effets en tout genres.

 

Les 10 premières minutes du film (génétique compris) se déroulent dans un vagin. La sortie est assez scabreuse mais ensuite c’est merveilleux. La photo ! La lumière ! Le cadre ! Quelle claque ! Bon la projection était très belle, à la hauteur de la photo monstrueuse de Tetsuo Nagata, mais même sans ça le travail dans le cadre est prodigieux. Certains plans rappellent même le dernier Gaspar Noé (je dis pas ca parce qu’on voit des immeubles de nuit en vue de haut…), c’est un festival de composition, de jeu sur les oppositions chromatiques (observez comment la photo traduit l’émoi émotionnel de Dren : passage des teintes bleutées (comme la robe au début puis à la fin (la fille puis la mère) ) au teintes rouges (hormis le sang, le sexe par exemple), la décomposition quadri chromiques qui évoque la mitose (quatre couleurs primaires, quatre branches d’ADN, l’univers) et merde j’étais dans une parenthèse, je sors) et tout dans l’image, à n’importe quel instant parle et vibre comme un acteur à part entière. Il y a un petit clin d’œil au SUSPIRIA de Dario Argento à un moment donné, dans la forêt (la lumière de cette forêt !) quand le sang éclate dans une neige bleue que la lumière révèle (là encore quatre couleurs : bleu (nuit), rouge (sang), blanc (neige) et jaune (lumière), la messe est dite). A coté, la forêt Disneyland des connards d’aborigènes écolos d’AVATAR, c’est un décor du Jacky Show. Et je vous parle des couleurs, mais on pourrait s’attarder des années sur le jeu fascinant entre les échelles ou les motifs qui se répètent au long du film, par exemple ces prototypes humanoïdes cachés dans les arrières plans. Le vrai sujet du film, il est là ! Ce n’est pas la science, c’est la naissance. Il s’agit de devenir parent, de vivre toute sa vie avec l’acte non décidé d’une nuit. La nuit qui a  changé nos vies, l’instant où le mélange a eu lieu, le splice, l’ultime jonction, la fusion biologique. C’est le vieux coup du conte juif avec le golem, on prend notre chair pour créer une autre vie, qui risque de se retourner contre nous. Là ou le film est complètement rock’n’roll, c’est dans sa manière d’aborder le thème : avec du suspense, de la peur et de l’émotion, dans une mise en scène sensuelle jusqu'à l’extrême. Ainsi, on vit cette naissance horrible plus qu’on ne l’observe, et à aucun moment le film ne prend parti. Au contraire même il perpétue la souffrance, inlassablement, dans cette figure figée de la mère éternelle. Le fils a beau être un monstre, la naissance à beau être un anti-orgasme (scène géniale là encore), l’humanité est toujours là. Dans tout ce bordel, dans ces sentiments antagonistes entremêlés si soigneusement qu’ils nous rendent fous, nous sommes incapables de réagir à l’extérieur du corps.

 

Nous sommes en prison !

 

Il y aurait encore tellement à dire sur le film, mais j’en ai déjà trop dit. Je pense qu’il ne sortira pas dans beaucoup de salles, et sans doute pas longtemps, donc courrez y vite.

 

 

Norman Bates.

 

 

 

 

 

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Samedi 19 juin 2010 6 19 /06 /Juin /2010 09:13

Publié dans : Corpus Filmi

 

 

 

 

 

 

 

 

atom-nana

[Photo : Résurrection post-téléthon [géniaaaal !] par Norman Bates.]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En 1932 Céline écrivait que l’amour c’est "l’infini mis à la portée des caniches". En 2009, CANINE est projeté à Cannes et fait scandale en représentant la structure la plus sacrée de l’humanité comme une introduction au fascisme dans un style proche du SALO de Pasolini ou de LA GRANDE BOUFFE de Ferreri : du crade, de l’ignoble dans une grosse caricature noire très appuyée des travers de chien de notre espèce. 

 

Dans CANINE une carabine est un bel oiseau blanc ; une foufoune, une grande lampe. Coude-coude.

 

Dans CANINE le père est roi d’une famille élevée dans la croyance d’être des chiens, vivant tous dans une maison hermétiquement fermée au monde extérieur et seul périmètre du film. Les enfants sont éduqués uniquement par leurs parents, sans aucun contact avec le monde. Le père surtout est responsable de leur éducation, et c’est lui qui très tôt à inculqué à sa progéniture la haine des chats. La mère suit aveuglement le père, sans trop l’ouvrir non plus. Le jour ou les chiens/enfants perdront leurs canines, ils seront libres de sortir à l’air libre, et de découvrir le monde. Avant ils doivent parfaire leur éducation, forcément biaisée car il n’y a d’éducation sans remise en cause, aveuglément  assenée par le père sans scrupules. Les enfants ont pour modèle le père, unique référentiel  en contact avec l’extérieur.

 

Enfin pas exactement, puisqu’une vigile de supermarché (sic) (coude-coude) est payée par le père pour assouvir les besoin sexuel du fils. C’est de là que viendra la contamination : en faisant entrer dans la maison des éléments de plus en plus déstabilisants (produits de l’extérieur, cassettes vidéo, perversions sexuelles) toute la mécanique du père se retrouve grippée, et petit à petit, tout l’édifice se fissure, laissant des brèches dans lesquelles l’horreur va surgir, de plus en plus grandes, de plus en plus béantes, jusqu'à tout foutre en l’air, tout détruire dans un gigantesque maelstrom dégeulasse., jusqu'à que le père perde.

 

Le sexe fout la merde. A partir du moment ou le sexe est offert aux enfants, chaque caresse est une souffrance désirée, la frustration nait du désir ou de la contrainte souvent associée dans le même élan.

 

Car (ca n’a rien à voir) dans CANINE rien ne nous sera épargné : massacre de chat à la cisaille, scènes pornographiques, inceste, zoophilie, caresses diverses et variées, maillots de bains une pièce, jeux régressifs et obscènes,  le jeune réalisateur grec charge la mule petit à petit jusqu'à l’overdose dans une construction somme toute assez lente, ou doucement s’accumule un catalogue des pires horreurs de l’humanité, dans une sorte de constance pour le coup bien animalière. Dans les documentaires animaliers, on nous rabâche sans arrêt les mêmes scènes d’animaux effectuant les mêmes besognes ataviques qui semblent devoir constituer leur seule occupation : bouffer, boire, naitre, se reproduire et mourir, pour quelques espèces plus médiatiques  faire sauter quelques ballons dans une piscine, mais à part ca toute cette joyeuse ménagerie s’empresse de faire tout le temps la même chose sous les regards ébahis d’adulateurs du « règne animal » fascinés par la constance qu’a la nature à ne faire constamment qu’une seule chose dans des variations infinies. Et bien ici c’est pareil : des spécimens humanoïdes évoluent dans un dispositif proche de la téléréalité, et on observe des gens ne rien faire constamment jusqu’a pousser de haut cris en geignant de ce que l’humanité à de pire quand on enlève les paréos et qu’on arrête de faire tourner les serviettes, chorégraphie cacochyme de connards surnuméraires se retrouvant soudains tout nus et devant porter le fardeau d’une vie qui n’a jamais eu aucune justification. Si on enlève les scènes chocs destinés sans doute à faire aboyer le bourgeois (j’imagine bien les réactions outrée à Cannes entre deux coupes de champagne) et somme toute bien inoffensives, le film m’a procuré la même fascination que l’observation prolongée d’un aquarium sous xanax.


Dommage parce qu’il y avait quand même un certain potentiel. Formellement  déjà, il y a un parti pris, pas de mon gout mais qui donne quand même une certaine patte au film, à défaut des dents affutées tant espérées : le cadrage et les compostions assez épurées des plans tiennent à la fois d’un catalogue de meuble et de la dernière FIAC, façon petit génies style Martin Parr qui jouent sur les codes des sociétés riches modernes pour composer une espèce de dérivé light du pop art à base de cynisme et de satire très convenue de la société de consommation. Mouais. Tout ce cirque qui se voudrait choquant et subversif donne quand même de violents coups de coudes dans les côtes du rebelle bien pensant du quartier St Germain, qui ira sans doute s’extasier sur la façon super bath de représenter  la nature humaine dans ce qu’elle a de pire. Personnellement, je trouve que c’est plutôt un gros cache misère racoleur essayant de cacher un film d’étudiant rempli d’intentions jamais développée en termes de mise en scène. Pas de son, montage vigneron et formalisme de rigueur, le long déroulement du film manque d’accident et d’aspérités.  A peu de chose près, CANINE était un grand film malade et autiste. Tel quel, CANINE est un petit film cadre dans les assurances qui vous montre des accidents horribles pour vous en vendre une.

 

Plutôt molaire que canine !

 

Hop,

 


Norman Bates.

 

 

 

 

 

 

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Mardi 15 juin 2010 2 15 /06 /Juin /2010 21:49

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