Corpus Analogia

Senoras y senores,

 

On fait une pause avec Vendredi 13...provisoire bien sûr. Mes vacances au pays natif de mon enfance se terminent et bientôt il faudra retourner dans le Nord du territoire où il fera bon s'enfermer chez soi, au chaud, tandis qu'il neige dehors.

 

Le bilan de mes visites à mon ami le Marquis est positif. La plongée dans la saga Vendredi 13 est délicieuse et fertile en nouvelles idées sur le cinéma. Un cerveau bien entraîné doit pouvoir s'amuser et se passionner de tout. Certains lecteurs seront sans doute désappointés de constater que cette fin d'année n'est composée, dans ce blog, que de films américains, et majoritairement fantastiques, mais qu'ils patientent! Dans quelques jours, j'embêterai les fans de Vendredi 13 avec une série d'articles sur Fassbinder! Y'en aura pour tout le monde.

 

L'autre jour, après notre Vendredi 13 quotidien ("Donne-nous aujourd'hui notre Jason de ce jour" ; à l'instar des DVDs de "The Avengers", cette série Vendredi 13 semble être un puit sans fond! On n’en voit jamais le bout.), Marquis déposa nonchalamment, à portée de mains, un dvd qui jurait quelques peu avec le reste de sa pourtant fort éclectique collection. Il s'agissait du film "Goblins", un film pour enfin inconnu sorti par un petit éditeur inconnu, dans la collection non moins anonyme "Kids Collection". Sur l'affiche des petits extra-terrestres, ayant un très vague air de ressemblances avec les formidables Gremlins de Joe Dante, débarquent sur terre dans un minuscule vaisseau spatial. Bien. Ça sent la production de série B de fond de tiroir, ça sent le direct-to-video supra-anonyme. Ça sent le petit machin plus ou moins mal ficelé.

 

Je me tourne vers Marquis : "qu'est-ce qui t'a motivé dans l'achat de ce film?". La réponse fuse : "Le prix!!". Une flamme malicieuse et perverse s'allume dans son regard. L'étiquette sur le boîtier confirme mes soupçons. 1.90€ au cash-converter local! Allez hop ! Sans plus attendre, la galette est glissée dans le lecteur.

 

Rien ne pouvait, dans mes plus beaux cauchemars, me préparer à ce qu'il faut appeler un choc. J'en ai vu des films. Expérimentaux, art et essai, commerciaux... J'en ai vu de toutes les couleurs dans cette putain de guerre. Ayant travaillé huit ans dans différents cinémas de toutes sortes, j'ai avalé du film au kilomètre, encore et encore. Et en vidéo n'en parlons pas... J'ai vu des acteurs se glisser maladroitement dans des costumes de monstres à fermeture éclair, genre Spectroman ou Godzilla. J'ai vu des maquettes tellement poussives qu'on voyait encore les traces de colle UHU... J'ai vu des Macistes de seconde zone, dans d'improbables péplums, soulever des rochers de dix tonnes qui, sans aucun doute, étaient en polystyrène... J'ai vu des personnages tomber de falaises avec la souplesse d'un mannequin en mousse... J'ai vu un acteur déguisé en singe de l'espace et du futur, dans San Ku Kai (excellente série expérimentale dont il faudra que je parle un jour), qui a oublié son paquet de Malboro dans la poche  de son costume (pendant le générique en plus!)...

 

Tout cela n'était rien. "Goblins" dépasse tout ça de très loin. Il enfonce la concurrence et repousse toutes les limites. Il y a tellement  de choses extraordinaires (au sens propre) dans ce film que ça en devient une expérience hallucinante.

 

Première surprise: la jaquette du dvd annonçait le film "Gobelins" mais le générique nous apprend que le titre exact est "Hobgoblins, les lutins maléfiques". Nuance. Mais bon, ayant été élevé dans le monde impitoyable des cassettes VHS à 10 francs, voilà qui ne m'effraie ni ne me surprend. Puis le film commence avec une première surprise. Le son est extrêmement sourd, sûrement le duplicata exact de la cassette VHS justement d'où la copie de ce dvd est extraite. Sourd, sourd, sourd, et encore plus. Marquis monte le volume jusqu'à qu'on puisse entendre quelque chose au bruit d'un souffle épouvantable, du genre tempête de 1989 en basse Bretagne. Plus délicat et plus incompréhensible: par-dessus ce souffle, de temps en temps (tous les 10 secondes en moyenne, une sorte de craquement ou de saute vient très clairement se faire entendre. C'est le bruit exact d'une rayure sur un disque vinyle! Le Marquis et moi sommes pliés de rire. Nous nous mettons à imaginer que peut-être à l'époque, dans la première moitié des années 80, lorsque le film était projeté au cinéma, le son était lu à partir d'un vinyle!!! Nous éclatons de rire en évoquant ce qui aurait été le grand-père préhistorique du son DTS. Il n'en est rien, bien entendu, mais, n'empêche, la provenance de ce craquement est assez inexplicable. Ce qui pour la plupart aurait été un défaut rédhibitoire conduisant à jeter le dvd dans la poubelle, devient pour le Marquis et moi une petite gourmandise délicieuse qui ne s'arrêtera qu'avec le film. Utiliser la haute technologie pour faire des sons et des images le plus terriblement low-fi est, pour nous, quelque chose de sublime. Avançons.

 

Bon. L'histoire. "Hobglobins..." de Rick Sloane. Mouais. C'est dur. Le scénario fut évidemment une catastrophe malgré la relative simplicité du sujet. Tout cela fut confus. Ça commence par dix minutes assez éprouvantes, une sorte de cap à passer. Un vieux monsieur est gardien de nuit dans un vieux studio de cinéma (en fait, un acteur pauvre et mourrant, le dos courbé par une polyarthrite réelle, de la vie réelle!, marche sans fin dans les couloirs d'un immeuble quelconque). Il forme son jeune assistant à ce formidable métier. Ils marchent avec difficulté et en temps réel dans ces couloirs... jusqu'à passer devant une porte (de coffre-fort géant, bizarrement!). Le vieux fait promettre au jeune gardien de ne jamais jamais aller dans cette pièce qui contient, soi-disant, des vieilles machines, "tu pourrais te blesser"... Dès que le vieux a le dos tourné, bien sûr, notre apprenti gardien s'empresse d'ouvrir le machin coffre-fort géant, et là, stupeur, se fait agresser par de lointains cousins mongoloïdes des gremlins.

 

Fast forward, fast forward, fast forward...  Un nouvel employé... Fast forward, fast forward, fast forward...  Fast forward, fast forward, fast forward...  Les E.T. s'échappent en ville...Fast forward, fast forward, fast forward...  Fast forward, fast forward, fast forward...  Fast forward, fast forward, fast forward...  Les E.T. débarquent dans la maison... Fast forward, fast forward, fast forward...  Les E.T. prennent possession du cerveau de la prude copine du héros qui perd le contrôle de son esprit et  décide  de devenir strip-teaseuse dans le pire club de la ville ("le scum-club"!)... Fast forward, fast forward, fast forward...  "Il faut éliminer ces créatures..."Fast forward, fast forward, fast forward...  "... tiens, prends cette grenade et allons dans cette boîte de nuit..." Fast forward, fast forward, fast forward... "Mon général, que faites-vous dans ce night-club?" Fast forward, fast forward, fast forward...  élimination des extra-terrestres... Fast forward, fast forward, fast forward...  Une bière et au lit, demain je commence mon intégrale Bergman.

 

Débile, débile, débile. Mais, c'est le cas de beaucoup de séries Z. Ici, l'incroyable avancée se situe dans l'animation des créatures. Elles ne sont pas mal animées. Mais alors pas du tout, bien au contraire: elles ne sont pas animées du tout!!!!!!! Jamais vu ça! Un extra-terrestre est une sorte de peluche tenue par un assistant, ET C'EST TOUT. Ces monstres sont complètement fixes! Je vous assure sur la tête de ma pauvre mère que c'est un spectacle hallucinant et que, grâce à ce parti pris technique (faire un film d'extra-terrestre en REFUSANT de faire des effets spéciaux aussi modestes qu'ils soient!) propulse le film dans une dimension proprement nietzschéenne. Vous qui lisez ces lignes n'avez qu'une toute petite idée de ce que cela représente. Vous êtes, je vous assure, encore loin de la réalité de ce film. C'est comme une comédie musicale qui serait tournée en muet, sans le moindre son (une partie de moi trouve d'ailleurs que c'est une très bonne idée!).

 

Toute la réalisation est à l'avenant. Les acteurs sont laids et incompétents. Le montage est calamiteux: on voit souvent un personnage parler à quelqu'un en tournant le regard vers la gauche, dire "allons-y" et voir son interlocuteur débarquer derrière son dos. Et les lumières, Doux Jésus! Un malheureux projecteur avec une gélatine à peine orange secouée par le réalisateur suffit  à faire un bâtiment en feu! Etc... Etc...

 

On a souvent dit à tort que les films les plus calamiteux du monde était ceux de Ed Wood ce qui est absolument faux (J’ai vu cet été "Glen or Glenda" qui est un film très expérimental, fauché certes, mais qui rappelle, comme le dit judicieusement le Marquis, les films expérimentaux de Kenneth Anger, le réalisateur ami de Andy Warhol). Ici, il n'est même plus question de Bien ou de Mal. On est largement au-delà. C'est une catastrophe tellement énorme que cet article ne vous donnera qu'une idée infime du métrage. Et pourtant, j'en ai vu un paquet de séries Z fauchées, réalisées par des gens qui avaient autant de talent pour mettre en scène un film que moi pour construire la cathédrale de Notre-dame, tout seul, avec une seule main. Ce film dépasse les frontières du connu, et par la même devient un film très important dans l'histoire du cinéma mondial.

 

 Allez pour finir, quelques extraits de dialogue.

 

"Faire de la moto, c'est comme s'asseoir sur un gigantesque vibromasseur" ("Hobglobins, les lutins maléfiques" est un film de la collection "Kids Collection" je vous le rappelle!).

 

"Mais qu'est-ce que je fous habillée comme une pétasse de vidéo-rock ?" (ma réplique préférée ; comme vous pouvez le voir, la Vf est à l'avenant).

 

Rick Sloane, réalisateur de ce film, qui est son deuxième long-métrage, a quand même réussi à convaincre des producteurs de financer une dizaine de films après celui-là! Il y a du génie chez ce cinéaste qu'il faut absolument découvrir de toute urgence.

 

 

 

Dr Devo

 

 

 

 

 

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Lundi 3 janvier 2005 1 03 /01 /Jan /2005 00:00

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Herr und Frau,

 

Au fur et à mesure que nous nous enfonçons le Marquis et moi dans la jungle de la saga Vendredi 13 (déjà 5 articles sur le sujet), l'ivresse nous prend quand nous nous retournons et regardons le chemin parcouru. Et les frontières entre les films deviennent poreuses. Retrouver un détail dans la meule de films devient un périlleux exercice de mémoire.

 

Techniquement, j'ai, pour ces articles sur Vendredi 13, un film de retard... C'est à  dire que quand j'écris l'article sur le No5, j'ai déjà vu le No6... Jusque là, tout s'est bien passé, mais là... J'ai comme un trou.

 

Dans le No4, de fort belle facture (voire article précédent), les massacres s'étaient terminés grâce à l'intervention du jeune acteur Corey Feldman qui, grimé fort astucieusement en "Jason enfant", trouble notre gentil tueur, enfin assez en tout cas pour qu'on puisse le contonder définitivement. La psychanalyse est un thème récurent dans la série.  Dans le No1, syndrome de Jocaste mal digéré, c'est Mme Voorhees, jouée par la génialissime actrice-catcheuse Betsy Palmer (voir à son sujet les articles sur le No1 et le No2) qui tue les gens en souvenir de son fils. Dans le deuxième, la survivante finale, coincée dans la petite cabane où vit Jason, découvre un macabre autel dans la chambrette: bougies, et tête coupée de la mère. L'héroïne, étudiante en psychologie, décide de mettre le vieux pull de Betsy Palmer, prend la tête de la défunte entre les mains (elle la tient bizarrement juste au niveau des hanches, à hauteur de braguette là où on aurait pu penser que l'héroïne, qui veut se faire passer pour la mère de Jason et semer le trouble dans l'esprit de ce dernier, tiendrait la tête momifiée de Maman Voorhees devant son visage, pour le cacher; le sexe est décidément une question cérébrale autant que physique dans cette  série). Et donc dans le No4, Le jeune Corey Feldman se déguisait en "Jason baby". Jason arrête de tout massacrer pendant quelques secondes, regarde son double anachronique, ce qui laisse le temps à la survivante de service de l'occire de manière définitive. Juste avant que le film ne se termine, on s'aperçoit que le jeune Corey ne peut plus enlever son déguisement de Jason, et il reste donc Jason, encore et toujours.

 

"Une Nouvelle Terreur" s'ouvre sur une jolie séquence, où l'on voit le jeune Corey, encore lui,  justement, marcher dans la forêt, en pleine nuit et sous une pluie battante. Très vite, ses pas sont rejoints par d'autres. JASON!!!!!! Non, en fait deux jeunes mecs. Corey trouve la pierre tombale de notre tueur. Entendant les pas des deux gars derrière lui, il se cache dans un buisson. Les deux gars arrivent et exhument le cercueil de Jason, par jeu semble-t-il. Il ouvre  la bière, et là, il découvre qu'il a été enterré avec son masque et sa machette. Ce n’est vraiment pas de chance. Jason se réveille, et tue les deux gars. Il se relève, sort de son cercueil  et aperçoit Corey caché dans les buissons, s'avance et le tue... mais ce n'était qu'un rêve et on se retrouve 10 ans plus tard. Le petit garçon a grandi, et, jeune adulte, il vit dans un hôpital psy. Le souvenir de Jason et de la nuit où il a vu sa famille exécutée l'ont rendu quasi-autiste. L'équipe médicale fait l'étrange pari (ce sont des lacaniens sûrement!) que pour aider le garçon à s'en sortir, il faut aller lui faire prendre quelques vacances dans un camp... PRES DE CRYSTAL LAKE!!!!!!

 

C'est une très bonne idée. Pas dangereuse du tout. Allez hop ! Retour à Crystal Lake, et à son camp qui, cette fois donc, sera rempli de jeunes teen-agers socialement ou mentalement inadaptés. Quoi de notable dans le film? Pas grand chose, sinon le premier meurtre où l'un des teenagers en tue un autre à la hache, pour une histoire de barre en chocolat! Donc, Jason Voorhees n'est pas le premier à tuer dans le film. Et d'ailleurs, est-il vraiment là le Jason?

 

Je baille en écrivant l'article et peine à retrouver le film des souvenirs de ce film vu il y a pourtant deux jours! Rien de remarquable et pas de gros "copycat" à fouetter dans cet épisode de Jason sans Jason qui se terminera par l'empalement de l'imitateur psychopathe sur une grille où il faudra le faire tomber deux fois (assez beau passage). Sinon, rien à signaler devant le cinquième qui, pour l'heure, est le plus faible de la série.

 

Passons.

 

 

 

Dr Devo

 

(chanson de la semaine: "Example #22"  de Laurie Anderson)

 

 

 

 

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Dimanche 2 janvier 2005 7 02 /01 /Jan /2005 00:00

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Boys and Girls,

 

 

 

 

 

Le Marquis a la forme, merci. Les galettes improbables sont envoyées direct dans la bouche du vorace mange-dvd. Supra-technologie? C'est à discuter! Les étalonnages des bandes vues (ou supposées vus en salle) dérangent. Ça dégouline de Ripolin. Et le grain ou l'approximation des couleurs originelles le plus souvent se perd. Dans les coffrets "Deluxe Valentine" et autres boîtes collector, il faut bien le dire, il faut que ça brille. C'est la guerre vidéo sur écrans interposés. Le soldat cinéphile perdu dans la jungle sait bien que, sur le terrain, c'est une autre paire de manches. Il faut se frotter à la texture, repérer la moindre nuance, le moindre détail. Sur l’écran de contrôle pour salon qu’est la télé, point de nuances étalonnées... Brillance et contraste uniquement. Ce n’est pas juste... Encore une fois, putain de gradés!

 

 

Vendredi.

 

 

Vendredi 13.

 

 

Vendredi 13 No4.

 

 

Vendredi 13 No4, Chapitre Final. Elle s'allonge la guerre et se décline en mille nuances. 4 soirs à tenir, à courir et à essayer d'échapper à l'abominable Jason Voorhees. Le film commence et on n'en veut plus en même temps qu'on en veut. C'est Joseph Zito qui s'y colle. Zito... la Stowe de Proust un peu pourrie.. J'ai vu Zito déjà, et en salle Monsieur! S’il vous plaît! En culottes courtes, voir "Portés Disparus 2" dans la deuxième salle d'un cinéma de province dans lequel 10 ans après, je devais travailler. Zito c'est aussi la série "Delta Force"... "Invasion Usa" aussi, avec Chuck Norris, l'acteur qu'il faut bien qualifier de fétiche. Un mot sur ce dernier: brut, couillu, prêt au sacrifice, antipathique comme ils pouvaient être ces héros-là dans les années 80 (qui rappelons-le sont à jamais perdues qu'on le veuille ou non). Mais aussi, droit dans ses bottes le Chuck : il n’oublie pas les copains, dut-il en mourir. A cette époque là, rien à voir avec Van Damme et les autres. Zito, c'est ça. L'alter ego de Norris. Ça donne envie, pas vrai?

 

 

Donc, on repart à Crystal Lake. 10 secondes après la disparition du patronyme du réalisateur sur l'écran, on se sent chez soi, pas de problème. On est content d'être revenu. On irait bien se baigner nu dans le lac, et attendre la sanction. On ne regrette rien. MMmmmmm... Le pire c'est que l'impression se confirme. Le chapitre final, ou supposé tel, des aventures du rejeton de Betsy Palmer (voir articles Vendredi 13 No1 et 2), de son sacerdoce plutôt, est plus carré. Oh, il ne faut pas s'emballer. Pas beaucoup plus carré que les autres. Mais bon, quelque chose de sec... C'est sûr. On dirait que ça a le goût de sec... On ne met pas immédiatement le doigt dessus. Si, ça vient, je sais... Pas de plans vraiment fous-fous... Pas de bizarreries de cadrages maladroits... Pas mieux cadré non plus d'ailleurs. Mais plus... Ça  y est je sais: pas de caméras subjectives. Jason a fini de regarder à travers les branchages! Ça choque c'est sûr. Mais n'allons pas trop vite. Allons chercher du bois près du lac. Ou bien allons nous balader en forêt. Après tout, on a le temps.

 

 

Et puis, il y avait cette  introduction qui commence, pour une fois là où tout s'est terminé la dernière fois dans le No3. Jason gît mort dans la grange, machetté en pleine tête... On reprend là où on a commencé? Bizarre? Non, Jason prouve là qu'il est un héros  "dévoïque". Voir mon premier article sur ce site. Le début était la fin. Bien, bien et même très bien. Zito, tu poses les choses clairement.

 

 

Ensuite tout va de variations en trahisons. Jason à la morgue. Un brancardier libidineux et loufoque, et une infirmière certes farouche mais qui n'en demande pas moins. Sur l'écran allumé dans la salle des cadavres, une assez hallucinante danseuse aérobique aux mouvements inédits. "J'aimerais bien voir cette émission, dit le Marquis. Je ne suis pas sûr que ce soit de l'aérobic finalement." Encore une fois, il a raison. Sur l'écran télé de la morgue (le film dans le film en quelque sorte, ou plutôt la télé dans le film), la danseuse s'étire dos à un miroir double, multipliant ses occurrences en autant de sœurs jumelles, fesses à fesses dans le stretching. C'est la définition du film. Bravo Zito. L'infirmière zappe, le brancardier râle. Elle veut voir les infos qui annoncent la mort du tueur (les infos et le FBI sont assez absents et incompétents dans cette série des Vendredi 13!). Il râle. Tout cela est étonnant : Jason va en ville! Le film s'est transporté pour la première fois hors de Crystal Lake. Jason est mort et bien mort. Pas fantasmé mort, pas supposé décédé. Mort une bonne fois pour toutes. Petit moment volé comme je t'ai attendu, aurait pu dire le brancardier, mais il rezappe sur l'(a)érobiqueuse avant de s'occuper de Mlle. La pseudo musique disco du poste monophonique 1.0 envahit la pièce et place à l'amour physique. Ha non! Jason, sur son brancard et au-delà, a un mouvement réflexe : il étend le bras, mais pas bien loin. Il est mort. C'est un réflexe, certes, mais assez pour refroidir (déjà) l'infirmière. Elle ne veut plus. On n'est pas des cadavres. Pas de ça ici, tout près de ce mort fameux. Elle part.

 

 

On n'est pas des cadavres? En es-tu si sûre? Jason se réveille massacre l'infirmier. Il lui coupe la tête avec une scie. Comme un poulet, mais l'infirmier n'a pas de réflexe. Il est froid, enfin. Plus loin, dans l'espace pharmacie de l'hôpital, l'infirmière fait tomber une fiole de médicament, se relève et se fait trancher également. Jason reprend du service. Retour à Crystal Lake. Le film peut commencer.

 

 

 Et donc, le père Zito ne fait plus de caméra subjective. Son cinéma se déploie sec, sans fioriture. Il ne fait pas beau sur Crystal Lake. Finie cette ambiance de pré-été des épisodes précédents. Il pleut et ça tonne lourd. On fuit dans la bouillasse. Pas de caméra subjective. Pas de musique que même les personnages entendent (voir article sur Vendredi 13 No3). Et les meurtres curieusement sont secs, sans pause, rapides. On ne s'attarde pas. Jason revient pas content, et il a du temps à rattraper. Des choses à remettre en place. Ça demande de la rigueur.

 

 

Quoi d'autres de notable? Le petit garçon. Le premier enfant de la série (à part Jason qui tire sa nature des épisodes traumatiques de son enfance). C'est Corey Feldman, enfant-acteur et plutôt bon d'ailleurs - cf. "Gremlins" de Joe Dante. Il vit avec sa sœur et sa mère qui s'adonnent avec lui à d'étranges étreintes un peu incestueuses qui bien sûr ont fait rire le Marquis. Le gamin fabrique des masques de monstres de cinéma dans sa chambre, seul. Il compense bien sûr. C'est bien vu. Un peu plus tard, dans une maison voisine, la fête des teen-agers bat son plein. On retrouve un vieux projecteur et un vieux moyen métrage érotique du début du siècle en 16mm. On le passe. La sœur de Corey, qui hésitait à franchir le Rubicon avec son compagnon-minet de service, se décide. Ce sera le grand soir. "Mais donne-moi cinq minutes". Pas de problème. Elle monte dans la salle de bain, lieu funeste et récurent de la série qui nous glace déjà. L'aube sera sûrement rouge. On sait en revenant voir l'action dans le salon où ronronne le projecteur que les festivités vont commencer pour Jason. Massacre dans la salle de bain. Bien. Sec. Puis, retour dans le salon, où le petit dévergondé qui avait trouvé le film coquin (ce qui le faisait ricaner, curieusement) a entendu un bruit suspect, Jason bien sûr. Il se lève et épie. Mais trop tard, le projecteur arrive en fin de bobine et ne diffuse plus que de la lumière blanche dans laquelle le jeune se perd. Blanche comme la mort. Il fixe la source de lumière et attend Jason... qui est déjà là, dans son dos, derrière l'écran qu'il crève de sa machette en même temps que le jeune stupide qui aura le temps de regarder lui en caméra subjective à l'arrière du projecteur où il n'y a personne. Où est le projectionniste? Ce regard subjectif est le plus beau plan du film délicieusement texturé. Massacre des jumelles érotiques ensuite (les deux jumelles qui jouaient d'ailleurs dans "Le Jumeau", le film de Pierre Richard des années 80). Massacre de tout le monde sauf la sœur et le petit Corey. Il se maquille en jeune Jason avec un de ces masques horrifiques. Jason regarde son double. Corey est Jason. Jason est Corey. Putain de guerre. Le trouble ne dure pas longtemps mais assez quand même. Jason se fait massacrer. Corey a été Jason et rien ne sera comme avant. Chapitre final? C'est ça oui! Nouveau Premier Chapitre, plutôt! Jason a remis lui-même son film, ses films, sur les rails. Il a montré qui était le maître, qui était sur le terrain tout le temps. Il a montré qui décidait de l'unité de la série. Générique.

 

 

[la figure du Jason qui se rebelle, du soldat Jason qui se rebiffe contre la société qui veut l'oublier ou le dénaturer rappelle furieusement le sujet du Rambo No1 (First Blood). Rambo No1 que Zito a toujours suivi dans sa décadence et qu'il a dépassé: Jason, lui ne s'est pas rendu aux autorités.]

 

 

C'était très bien. Vivement le No5.

 

 

 

 

 

Fidèlement Vôtre,

 

 

 

 

 

Dr Devo

 

 

(chanson de la semaine: "Example #22" de Laurie Anderson)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Samedi 1 janvier 2005 6 01 /01 /Jan /2005 00:00

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Liseuse, Liseur,

Qu'as-tu fait de tes vingt ans?

Le film de collège américain (collège au sens anglo-saxon et large du terme: collège, lycée, université, premier âge adulte), est sans doute perçu sur nos terres comme un sous-genre mineur, mais il n'en est rien. Il est temps de lui reconnaître son statut essentiel et créatif, au même titre que le thriller, la comédie (genre auquel, sur le papier, il appartient) ou le cinéma fantastique. En vérité je vous le dis, il ne faut jamais refuser de voir un film de collège. Point barre. Commençons l'entreprise de restauration et de défense de ce genre tout de suite. [Je m'aperçois en notant ces mots que, dans mon article  sur 10 mesures pour améliorer le cinéma mondial, j'aurais pu glisser l'obligation pour les réalisateurs européens de mettre en scène tous les quatre films, un film de collège]

 "American College" est une splendeur sans aucun doute. Il ne faut d'ailleurs jamais rater l'occasion de voir un John Landis, même si je ne suis pas très fan de son sympathique "Blues Brothers", un peu indigent aux encornures. Allez voir un de ses films, c'est toujours un peu d'intelligence pratique de gagnée. "American College", du Landis 1ère période, est dur à décrire.

Il s'agit, grosso modo, d'un étudiant dans une fac américaine dans les années 60 qui cherche une confrérie étudiante sans en trouver et qui finira par être accepté dans l'une d'elles, la maison Delta, parce que son frère y appartenait jadis et que le règlement intérieur de la confrérie exige dans ce cas qu'il soit automatiquement pris. La maison Delta est la pire de toutes les confréries. Mal entretenue, c'est un ramassis de joyeux drilles pas mal alcooliques et fainéants, mais dans un pur esprit rock n' roll. Ça fait des bêtises, c'est associal et rebelle. C'est l'esprit fraternel, sous une grossièreté apparente qui ne cache qu'à peine une générosité réelle. Une autre confrérie, plus aisée, plus impliquée dans la vie politique de la fac et donc proche du pouvoir, sont leurs grands ennemis. La guerre est déclarée lorsque le doyen décide qu'il faudra mettre les Deltas à la porte quoiqu'il en coûte...

Il est assez dur de rendre compte de ce film. C'est rempli de performances d'acteurs, tous très bons (avec mention spéciale à Donald Sutherland et Karen Allen, la copine d'Indiana Jones, grande actrice oubliée). Les gags sont impertinents, grossiers et drôles, frôlant toujours un non-sens de bon aloi. Quel portrait des USA de l'époque! Droits civiques proclamés dans les défilés mais noirs toujours en apartheid, gardes républicains  qui deviendront les futurs victime de la guerre du Vietnam, liberté sexuelle florissante, etc... Ici toute la contre-culture et l'esprit "camp" des années 60  sont décrits de la manière la plus précise et la plus exhaustive, sans qu'aucune fois une parole sociale soit prononcée tout le long du film (le mot Vietnam par exemple n'est prononcé qu'une minute avant le générique de fin). On boit de la bière, on fume des pétosses, on rote, on fait l'amour, on vole dans les magasins, et on reboit. On monte sur des échelles pour aller espionner la chambre des filles, le soir quand elles se déshabillent, comme si on avait 12 ans. Et jamais on ne se laisse briser par le conservatisme des institutions et des esprits.

France. Années 2000. Quoi de neuf à l'horizon? Rien. Les réalisateurs mettent en scène des films dit "sociaux" qui ne valent guère plus que ces téléfilms américains à thème (genre "dossiers de l'écran") que diffusait jadis M6 en après-midi: sans-papiers, port de la boukha en Afghanistan, adoption, misère du prolétariat, alcoolisme, confusion des sentiments et j'en passe... Le cinéma français se veut social et proche de la réalité du terrain. Privés d'audace narrative, nos réalisateurs pondent les films à thèse au kilomètre, arrivant à des conclusions édifiantes à la fin de leurs films: "C'est Con la Guerre", "C'est con la maladie", "C'est con la misère", "c'est con l'intolérance", "les histoires d'amour qui finissent mal, c'est triste", et "c'est con le racisme". Les scénarios ressemblent plus a des lettres d'enfants de 5 ans au Pére-Noel qu'à quoi que ce soit d'autre. La France est contre le cancer. C'est son seul programme et son seul vœu. Elle fait donc des films à l'avenant. Logique. Misérabiliste.

John Landis avec "American College" faisait dans les années 70 un film exclusivement sur des étudiants feignasses qui rotent et flatulent, en regardant sous la jupe des filles.  En cela, il réalisait un grand film social où TOUS les problèmes de cette période trouble sont abordés avec précision. Une photographie exacte et subjective de la société conservatrice de l'époque et de la lutte de la contre-culture ( cette lutte dont nous disons être issus). Le film de Landis est politique, social et humaniste, et va au plus profond de ces problèmes... sans jamais en parler ouvertement une seule seconde.

Lecteur, choisis ton camp. Tavernier, Ken Loach, Téchiné, Almodovar, Kusturica,Moretti et Josée Dayan d'un côté. John Landis, Todd Solondz, Axel Cox et le  John Waters de "Hairpsray" et "Cecil B Demented" de l'autre. Un de ces deux groupes fait des films sociaux. Un de ces deux groupes fait des films sur la vie des "vraies gens". Un de ces deux groupes fait des films hilarants. Un de ces deux groupes fait du Cinéma. Sauras-tu reconnaître lequel?   

"American College" est vendu en ce moment neuf pour la moitié du prix d'un dvd de "Harry Potter".

Véridiquement vôtre,

Dr Devo

(chanson de la semaine: "Example #22" de Laurie Anderson)

 

 

 

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Vendredi 31 décembre 2004 5 31 /12 /Déc /2004 00:00

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Filles et Garçons,

 

 

La sublime descente aux enfers se poursuit, dans le salon du Marquis (voir articles précédents sur la série Vendredi 13, et les très justes commentaires du-dit Marquis). Les épisodes des multiples vies de Jason Voorhees se suivent, se ressemblent ou ne ressemblent pas. De plus en plus, le voyage documentaire, cinéphilique et journalistique dans les eaux sanglantes de Crystal Lake se transforme en voyage au cœur des ténèbres. Le marquis et moi regardons les plans qui se sont pris dans les filets de notre frêle embarcation. Au fur et à mesure de la pêche, nous observons en contre-bas les filets qui remontent, avec une anxiété grandissante. Voyage au cœur des ténèbres dans des eaux familières qu'à l'évidence il faut considérer chez nous. Chez Jason, c'est chez nous, de fait. Nous sommes des intrus autour du lac. Le vrai propriétaire masqué du lieu nous observe peut-être déjà à travers quelque branchage. Nous serons chassés? Possible, mais pas sûr. L'histoire de Crystal Lake est l'histoire réelle des USA (celle des indiens massacrés par le colon et qui reviennent se venger), l'histoire de la vie d'homme, homme chassé de l'enfance, l'histoire du Cinéma avec grand C, Puis l'histoire de notre cinéphilie et enfin Notre Histoire, que nul Alain Delon ou autres stars ne viendra polluer. Ici, dans le cœur de la plus noire Amérique (Amérique s'entend ici dans le sens de la chanson éponyme de Joe Dassin, c'est à dire dans le sens de "chez nous, en Amérique"; Amérique représente aussi ici le vrai territoire américain d'aujourd'hui et d'hier. Après tout Dassin Joe connaissait les USA, il sait de quoi il parle; on parle donc d'une Amérique réelle et intérieure dont, personnellement je place l'endroit réel dans le grand studio-piscine qui sert pour les scènes de natation nocturne dans le lac, véritable havre de repos, lieu de l'intimité et de l'acceptation de la mort. On se perd en forêt et on tombe dans les pièges de Jason. Le jour on se baigne pour rire dans le lac, sans arrières pensées (sauf le slip de Kevin Bacon) avec ses amis. Mais la nuit c'est différent. On ne s'y perd pas, on vient de son plein gré, seul, accepter la Mort et se recueillir. On se sacrifie.) Crystal Lake est un territoire sacré. Prévenus ou pas, ceux qui le foulent se soumettent ou meurent. Ici, c'est un chez nous mental où tout le monde est accepté, mais sous réserve d'anonymat social. Notre Histoire, oui. Sans un alain-delon, oui. Sans une nathalie-baye, oui. "Juste" des hommes et des femmes. Entrons ici, Jason Voorhees, avec notre cortège de fantômes. "Tu viens quand tu veux. Tu es ici chez toi". Parce qu'on a choisi de venir, nous sommes libres, et le cinéma, le vrai (et la vie la vraie), avec sa grammaire est ici. Il faut se débarrasser de tout pour comprendre le cinéma et nager dans l'onde camusienne de Crystal Lake. Crystal Lake, quel nom. Pas innocent une minute.

 Donc. "Vendredi 13 No3 (Meurtres en 3D). Drôle de film en vérité. Superbe expérience. Avec ce film, on constate une dégradation du scénario légère mais palpable, une diminution des qualités plastiques des jeunes acteurs. Et pourtant, on est en plein âge adulte de la saga.

 Le film a la bonne idée d'avoir été tourné en 3 dimensions. Chausse tes lunettes et tu verras Jason bondir sur toi, dans la salle de cinéma. Ça c'était les années 80. Le film a d'ailleurs  la réputation, sans doute  pas usurpée, d'être un des plus efficace dans ce procédé, et d'assez loin.

 La chose devient extraordinaire lorsqu'on découvre le film en dvd qui est édité en version plate, c'est à dire classiquement en 2D et sans lunettes à carreaux plastiques vert et rouge. Et c'est extraordinaire. Le film est en même temps, du coup, l'alcaténe de la série B et un film des plus expérimental. Grand public et expérience technique fondamentale su la grammaire du plan (son cadre et sa composition).

 Imaginez, si vous n'avez pas vu le film. Un film classique se passe en deux dimensions: la gauche et la droite. Ou plutôt en trois dimensions: gauche, droite et la profondeur de champs. Cette dernière est d'ailleurs très peu utilisée dans la majorité des films. Une honte. Mais ici, même en version plate, le film est en quatre dimensions : gauche, droite, profondeur de champs (fond de l'image) et... devant. L'image est faîte pour surgir vers le spectateur. Un personnage tend le bras ou vous avez l'impression qu'il essaie de vous attraper. Ça, c'est en salle. En dvd, c'est surréaliste. Privés de cette quatrième dimension, les personnages dans le plan font des choses que vous n'avez jamais vues au cinéma: ils s'avancent vers la caméra. Un nombre incalculable d'objets et de personnages dans ce film se penchent vers vous et se tournent vers la caméra, chose qui n'arrive  jamais dans les autres films. Du coup, tout est permis: une perche pour étendre le linge est tendue vers nous, un yo-yo en contre-plongée verticale nous arrive à la figure, un autre plan en plan douche sur du pop-corn en train d'éclore, etc... Et 1000 objets qui pendent au plafond dans la grange et la maison, et qui ont pour fonction de servir de repère, de référent entre la partie du décor en profondeur (fond du plan) et celle en avant du plan. C'est jouissif même si c'est très difficile à expliquer ici. Et complètement inattendu, car cela ne se fait jamais au cinéma. Ce procédé (filmer en 3d et éditer le film en plat en dvd) est unique et fait de ce film un chef-d’œuvre incontournable pour tout cinéphile qui se respecte.

 Un seul regret: on ne verra jamais la version 3D, la vraie, en relief. Il ne reste, parait-il, qu'une seule copie 35mm du film en version 3D, perdu quelque part à Toronto. What a shame.

 Dans le contenu, c'est du classique, de l'éprouvé, sauf qu'il n'y a pas de scène de plongeoir et qu'on voit très peu le lac. Jason commence à porter le masque de hockey qui l'a rendu célèbre. On compte quand même des Bikers (dont un noir, pour la première fois dans la série) et une jolie fin. L'héroïne survivante "tue" Jason qui s'écroule dans la grange (elle le tue après l'avoir pendu mais Jason a réussi à remonter la corde au-dessus de son cou!). Elle se dirige vers le lac où, comme dans le premier épisode, elle se glisse dans un canoë qu'elle laisse dériver et où elle s'endort (tu la sens la nuit du chasseur? Les victimes de Jason, ces grands ados, ne sont décidément pas complétement entrés dans l'âge adulte). Au petit jour, elle croit voir Jason à la fenêtre de la maison sur la rive. C'est bien lui. Il défonce la porte de la baraque. L'héroïne crie à qui mieux mieux. Quand, TOUT d'UN COUP, une femme extrêmement défigurée surgit de l'eau derrière le canoë et agresse la jeune fille. Reprise de la conclusion de Vendredi 13 No1. Oui, mais... On la reconnaît cette femme fantomatique c'est la mère de Jason (jouée par la "jextraoridinaire" Betsy Palmer, dois-je le rappeler?). Or pendant le film on a vu  bien que celle-ci ne peut pas être vivante: elle a été décapitée... Alors maladresse énorme? Rêve? réalité? Fondu au blanc, on ne le saura jamais sans doute.. Dernier plan, sur Crystal Lake. En plein midi. il n'y a personne. Il n'y a pas un bruit. Le spectateur attentif remarque une goutte d'eau qui tombe dans le lac, provoquant ainsi une onde. Générique. C'est sublime.

 

 

Expérimentalement Vôtre,

 Dr Devo

 

 

(chanson de la semaine : "Example #22" de Laurie Anderson.)

 

 

 

 

 

 

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Jeudi 30 décembre 2004 4 30 /12 /Déc /2004 00:00

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Ladies and Gentlemen,

 

Il est difficile de résister à la tentation encyclopédiste d'ouvrir le coffret de la presque-intégrale "Vendredi 13", dont j'évoquais hier le numéro 1 (presque-intégrale car le premier n'est pas produit par Universal mais par Warner, et par voie de conséquence il est absent du coffret. Quant aux deux ou trois derniers de la série, ils sont publiés séparément). Appliquant le conseil que je vous donnais dans mon précédent article sur le sujet, et aidé par mon ami le Marquis qui avait disposé son intégrale complète bien en vu (car sa rigueur janséniste l'a évidemment poussé à acheter les dvds absents du coffret pour les raisons sus-nommées), je me suis donc vautré encore dans les eaux troubles de Crystal Lake en compagnie de Jason, notre touchant psychopathe, en regardant ce "Vendredi 13.2, le Tueur du Vendredi".

 

Le film démarre cinq ans après le premier épisode, toujours à Crystal Lake. Ça commence plutôt bien avec une séquence qui se focalise sur la seule survivante du No1. Allongée sur son lit, la jeune fille, encore hantée par le souvenir tenace de Jason Voorhees, fait un cauchemar, et c'est rien de le dire, qui la ramène aux sanglants événements qu'elle a connus. La séquence est doublement astucieuse. Tout d'abord à Steve Miner, qui avait réalisé le premier et rempile ici, de citer l'opus 1, larges extraits à l'appui, extraits qui résument presque dans son intégralité la fin de l'opus 1, dont je vous parlais avec délectation hier. Double-plus-bon donc, car c'était de loin la plus belle séquence avec superpositions d'images dans le même plan, avec ces superbes dialogues d'une emphase aussi embrouillée que surréaliste par Betsy Palmer (qui joue la mère complètement folle de Jason), le tout baignant dans un agréable sens du baroque. En plus, revoir cette Betsy Palmer est un délice dont on savoure chaque seconde. Petite star à l'époque (fin des années 70 pour le premier épisode), l'actrice avait accepté ce petit rôle dans ce film à budget modeste pour se payer une nouvelle bagnole. Des années après, le succès et la longévité de la série feront qu'elle aura acquis un statut culte UNIQUEMENT grâce à ces films qui ont éclipsé ses succès de jadis, de fort modeste facture, il faut bien le dire. En voilà une, donc, qui était star et qui a été sauvé de l'oubli par un cacheton! Jolie anecdote. Passons. Autre intérêt de cette séquence d'introduction, disais-je avant de grossièrement m'interrompre moi-même, le flash-back est superposé au sommeil de la pauvre survivante. N'importe quel tâcheron aurait fait s'endormir le personnage puis balancé le flash-back, avant de la faire se réveiller. Ou alors flash-back direct puis réveil. Là que nenni. L'artisan Steve Miner superpose et le sommeil du personnage et son cauchemar. Déjà, c'est très malin et très original du point de vue de la narration (le procédé est assez rare quand même). De plus, cette superposition est elle-même doublement étonnante car l'image de la fille en train de dormir et les images du flash-back se superposent dans le même plan. Vous suivez? Non bien sûr alors je résume: jusqu'ici double superposition narrative et visuelle. Mais ce n'est pas fini. Ce système de superposition double atteint la puissance 3 (au cube) car si vous vous souvenez du début de ce paragraphe, on revoit des images du Vendredi 13 No1 qui utilisaient déjà elle-mêmes des superpositions visuelles (d'images dans le même plan). C'est vraiment très gourmand et ça illustre parfaitement la spirale de la hantise: le souvenir de Jason hante l'héroïne à plusieurs niveaux plastiques et narratifs comme un jeu de miroir sans fin. C'est, par-dessus le marché un sans faute accompli avec brio sur le plan sémantique et je dis chapeau bas!

 

Ces délicieuses mignardises ne durent pas et dès la deuxième séquence (après quatre minutes de film donc!), retour à la normale. Nous suivons donc un groupe de jeunes monos qui s'apprêtent à organiser un camp de vacances non pas sur le site même de Crystal Lake, mais 20 ou 30 mètres plus loin. Ces monos sont tout à fait dans le style de l'épisode 1: beaux gosse (dont l'obligatoire mignonnet, blond bien sûr, et le beau brun ténébreux), belles jeunes filles dont la blonde héroïne (qui sort d'ailleurs avec le blond sus-mentionné, ça ne s'invente pas, c'est un métier!) qui a d'ailleurs un minois assez particulier mais que j'ai trouvé curieusement assez antipathique, sans que j'arrive vraiment à mettre le doigt dessus. En fait, je crois, de mon strict point de vue, que cette actrice est méchante. C'est comme ça. On trouve également, et c'est assez amusant, un handicapé en chaise roulante (beau gosse dont on apprend qu'il est d'ailleurs sexuellement actif, mais qui n'aura pas vraiment le temps de le prouver ; je signale d'ailleurs en passant que je parlerai de la sexualité dans la série Vendredi 13 dans un prochain article sur ce même site), dont on ne présume guère des chances qu'il a d'échapper à Jason. Déjà les victimes de ce dernier ont du mal à échapper, en courant partout comme des dératés, à son omniprésence, vous pensez bien que quand on voit le pauvre gars débarquer dans sa chaise, on esquisse un sourire un peu sadique je vous l'accorde. Il y a aussi un couple cool, formé par deux clones de Matt et Jenny qui auraient grandi. Et enfin le freaks-ringard-marginal-mais-sympa de service dans la personne d'un garçon qui, outre son comportement un peu navrant à base de blagues nulles comme l'oblige le scénario, a le bon goût de se balader du haut (près de 1.90 mètre je pense) de ses 30 kilos tout mouillés (là où les autres mecs sont tous des athlètes, of course) habillé en polo rayé ou chemise jaune à gros carreaux vichy, pataugas, chaussettes de montagne et tignasse (je vous le donne dans le mille) rousse! Bref, une belle brochette de victimes dans tous les sens du terme, tous très "charactérisés". Rien d'anormal bien au contraire (je crois que j'ai battu dans ces dernières phrases mon record de parenthèses, c'est cool).

 

Notons une chose. Les canons sont mis en place et c'est important pour voir la pertinence des variations qui seront apportées dans les épisodes suivant de la série. Ces canons sont: la caractérisation des personnages (on vient de le voir, tiens encore une parenthèse), le camp de vacances avec monos, le lac avec une scène de plongeoir dans les deux épisodes, le flash-back introductif reprenant le climax final de l'épisode précédent. Et Betsy Palmer, l'omniprésente mère de Jason dont on espère bien, même si on ne sait comment les scénaristes seraient capables de cet exploit, qu'elle apparaisse dans le flash-back introductif du troisième épisode. Le petit vieux, cinglé du village, qui avertit les jeunes imprudents de ne pas aller à Crystal Lake et leur conseille de rebrousser chemin. Là, nos héros doivent rigoler devant ce freak et, le vieillard doit prononcer la formule incantatoire (et génialement délicieuse car cette réplique est débile et l'acteur n'a rien à envier à la modestie du jeu de Betsy Palmer): "you're dooomed! You're dooooooooomed". Enfin, la dernière scène doit absolument montrer la survivante "tuer" Jason, puis  montrer que celle-ci rêve qu'il est encore vivant.

 

Quant au reste du film, c'est la gentille routine. Parmi les jeunes les couples se forment. Un d'eux essayera de faire l'amour avant d'être grossièrement interrompu par Jason (ou alors Jason exerce son art pendant le fumage de la post-cigarette!). J'entends un bruit de branche dans la forêt, j’ai très peur mais ouf, ce n'était rien. J'entends un bruit dans la forêt mais ouf, c'était juste la musique du film. J'entends un bruit dans la forêt, mais ouf, c'était machin qui me fait une blague avec un couteau en plastique. Tiens, je vais sortir faire un tour dans la forêt. Tiens, je vais aller me baigner au bord du lac (et bien sûr enlever mon maillot de bain). Tiens, je vais aller voir si la voiture démarre. Tiens, je vais aller changer les plombs qui ont sauté. Tiens, je vais aller couper du bois. Etc, etc.. Pendant ce temps, Jason les observe, les observe et les observe encore à travers les branchages. La routine, tranquille et assez agréable. Le charme de la série. Avec de temps en temps une bizarrerie de mise en scènes ou un léger bâillement. Dans les eux cas, ce n'est pas désagréable, bien au contraire. "C'est ça qu'on veut".

 

On note quand même, dans ce deuxième épisode, que le slip de bain très suspect de Kevin Bacon (voire précédent article) a disparu. Remplacé quand même, mais ouvertement contrairement à cet épisode du "slip", par une scène de parfumage où une actrice révèle, et par deux fois en plus, la plus improbable des façons de répandre son No5 (Chanel No5 hein, pas Vendredi 13 No5!!!). Le meurtre très étonnant du vieux cinglé (comment vont-ils faire dans l'épisode suivant pour avertir ces jeunes du danger qu'ils ignorent?). Et aussi, l'incroyable ouverture de porte par la dernière survivante, fourche à la main, bien décidée à embrocher Jason... La porte s'ouvre et on retrouve le petit chien Muffin qui s'était perdu dans la forêt au début du film, allusion bien involontaire au magicien d'Oz sans doute.

 

Vous en savez assez pour vous précipiter avec gourmandise sur ce joli dvd.

 

Ne me remerciez pas, c'est bien normal, je vous en prie.

 

 

 

Obligatoirement Vôtre,

 

Dr Devo

 

(chanson de la semaine : "Example #22" de Laurie Anderson)

 

 

 

 

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Mercredi 29 décembre 2004 3 29 /12 /Déc /2004 00:00

Publié dans : Corpus Analogia

Jeunes filles, jeunes garçons,

 

Comme je vous le disais dans mon article de ce matin sur le film "Long Time Dead", le petit voyage familial de Noël sur les terres de mon enfance s'accompagne toujours de visites chez mon ami le Marquis, homme discret qui n'en possède pas moins une impressionnante collections de DVDs, de tout genre, toutes époques et tout pays. Le meilleur du cinéma mondial est ainsi archivé avec un éclectisme qui impose le respect, de Alain Resnais à Sandra Bullock, en passant par des continents inconnus des plus cinéphiles d'entre nous (je pense à ce très beau coffret sur le grand réalisateur brésilien José Majica Marins). Une étape dans cet antre du film vous comble de choix à chaque passage. S'ensuivent souvent de vives discussions de haute volée qui ne font que rehausser l'intérêt des films.

 

Sur ce site, je vous livre pensées et réflexions sur les films que je vois. L'actualité de ces pages est donc dictée par flâneries de cinéphile. Pourtant, avec cet article, je vais faire une exception. Exception qui, comme chaque élément de ce blog, est extrêmement justifiée et complètement pertinente. (A ce sujet, le lecteur attentif remarquera que les premiers paragraphes de mon article sur "Long Time Dead" qui pourtant n'évoquent pas le film, parle déjà de l'impression que m'a faite le film, peut-être bien plus que la critique elle-même d'ailleurs... Chapeau l'artiste!) Il me faut donc revenir sur un film que j'ai découvert pour la première fois cette année, mais bien avant la naissance de ce blog. Il s'agit de "Vendredi 13", premier du nom. J'en vois déjà qui applaudissent, et d'autres qui s'arrachent les cheveux. Même si ce film a plus fait pour la calvitie que pour l'Art brut, n'allez pas trop vite en besogne. Fermez les yeux. Il était une fois...

 

 

 

Une colonie de vacances située près d’un lac ré-ouvre ses portes après quelques années d’inactivité. Les monos arrivent sur place et mettent la main aux derniers petits travaux avant que le camp n’ouvre de nouveau ses portes. Très vite, les événements qui ensanglantèrent l’endroit refont surface et les monos disparaissent les un après les autres. L'ombre de Jason, l'enfant-martyr,tué accidentellement quelques années auparavant par des monos en charge d'enfants sur les bords du même lac de Crytal Lake, plane, et la nuit n'a pas révélé tous ses mystères...

 

Voici les mythiques débuts d’une série qui reste l'une des plus longues de l’histoire récente du cinéma. Tout cela est bien carré et paraît quelque peu suranné. Le film surfe complètement sur le succès de « Halloween », le premier chef-d’œuvre de John Carpenter, réalisé l’année précédente. Mais là où ce dernier se servait d’un scénario mince pour explorer une mise en scène riche et un montage superbe, Vendredi 13 se contente  d’être un  petit film de série sans fantaisie ni trait de génie. Les acteurs qui, à force de sur-jeu et de drôlerie involontaire, rendent l’ensemble sympathique, s’escrimant à rendre palpitante une narration forcément réchauffée (voir plus haut) ; tâche à laquelle ils échouent bien sûr. Reste quand même la « performance » de Betsy Palmer qui semble, dans ce film, avoir franchi le Mur du çon depuis longtemps. Elle est carrément hystérique, se lâche complètement, sans qu’on puisse dire que ce soit pour le meilleur ou pour le pire. Elle est complètement « improbable » aussi bien dans son jeu que dans son physique, phénomène dur à décrire mais qui mérite à lui seul le détour. Disons qu’elle est artistiquement au-delà du Bien et du Mal ! Rien que pour elle, il faut jeter un œil sur ce film. Sinon, quelques plans sympathiques (sans plus) dans quelques meurtres, et une dernière bobine un peu plus inspirée où on trouvera même quelques images en fondu plutôt réussies et baroques. Un film qui n’arrive pas à la cheville de son inspirateur, très très loin de là, et qui ne vaut ni tellement plus, ni tellement moins que les nombreux succédanés qu’il a inspirés. 

 

Il est quand même notable de voir l'attachement coupable que ce film provoque chez votre serviteur. Le Marquis, chez qui le phénomène d'attirance/culpabilité est encore plus marqué que chez moi (mais c'est un sanguin, et de sang bleu, qui plus est! Là où je suis et reste un scientifique), ne peut, au final, que sombrer dans un plaisir sans fin. Du caleçon de bain bien étrangement rempli et à l'affût de Kevin Bacon (scène du plongeoir... Mesdemoiselles à vos cassettes!) aux bizarreries sans fin de la séquence finale, il faut admettre qu'il est difficile de ne pas prendre de plaisir. Ces bizarreries multiples, ces errements gauches jusqu'à l'incompréhensible ne font-ils pas, après tout, ce que le cinéma a de plus précieux, ce qui rend son utilisation et sa grammaire le plus spécifique? N'est-ce pas là, dans les interstices de ce qui doit ou non se faire dans une oeuvre cinématographique, que réside ce qui fait le Cinéma dans ce qu'il a de plus profond ? Bizarre paradoxe, ma chère, mais paradoxe véridique.

 

L'adage focalien et "devoiste" principal est ici pour la première fois, et pas pour la dernière fois, croyez-moi, exprimé : une oeuvre cinématographique digne de ce nom n'existe que si  elle détruit le cinéma. Robbe-Grillet, Duras, Straub ou Jarman l'avaient déjà bien compris en leur temps. "Vendredi 13" en apporte la preuve.

 

Vautrons-nous.

 

Sincèrement,

 

Dr Devo

 

(chanson de la semaine : "Example #22" de Laurie Anderson)

 

 

 

 

 

 

 

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Mardi 28 décembre 2004 2 28 /12 /Déc /2004 00:00

Publié dans : Corpus Analogia

Garçons et Filles,

 

 

 

La période de Noël, c'est le repas trop lourd chez Mamie, après lequel on rentre chez soi, en voiture, en regardant tout barbouillé, la tête contre la vitre, les paysages qui défilent au dehors. Et sans neige en plus.

 

Mais, ce n'est pas que ça. En vacances pendant quelques jours dans les territoires les plus occidentaux de notre pays, c'est aussi pour moi l'occasion d'aller voir mon collègue Le Marquis, un homme d'un goût sûr et raffiné, qui à l'occasion de mes visites n'hésite pas à sortir les dernières trouvailles (ou expériences) de sa cave à films.

 

C'est par un de ces films que j'inaugure cette rubrique "Corpus Analogia" dans laquelle, je m'efforcerai de parler des films vus ou revus en dvd ou en cassette VHS. C'est à dire tout sauf les films vus en salle. Le programme va être chargé de bonnes et mauvaises choses, et je vous assure que le menu que nous a concocté le Marquis pour Noël est des plus copieux (avec quelques films que seul ce site peut perdre du temps à évoquer).

 

"Long Time Dead" est un film anglais très récent qui a la malchance de sortir de ce côté-ci de la Manche directement en vidéo. L'introduction démarre en 1979 au Maroc où un groupe de hippies fait une partie de ouija (des lettres sur une table avec un verre. On met tous le doigt sur le verre, celui-ci bouge et les esprits nous parlent. Du spiritisme en quelque sorte, comme dirait le Marquis). Ouija sanglant qui se terminera comme une sorte de match retour de la virée de Charles Manson à la villa Polanski. Mais tout ça, c'est bien loin, et on est jeune et on fait la fête. On picole un peu, on fait tourner les tables, et le ouija libère un affreux démon (un djinn, ce qui nous donnera une très belle scène de dictionnaire d'ailleurs, à la recherche d'une définition. Grande spécialité du cinéma américano-anglais qui donne souvent des scènes hilarantes, comme la version latine de Bruce Willis dans le "Sixième sens", très grande scène rendue culte aussi parce qu'on y voit Willis avec un dictionnaire). 

 

C'est pas malin les jeunes, ne font rien que prendre de l'ecstasy et libérer les Djinns. Notre petite bande n'a plus qu'à se tenir, car ils vont mourir un par un, victimes de la terrible vengeance du démon hippie. 

 

Je n'ai jamais rien eu contre les scénarios en forme de timbre-poste, bien sûr, car comme tout gentleman-cinématographeur qui se respecte, je sais que le cinéma, c'est pas des histoires, c'est de la mise en scène. Même si j'ai l’air de m'amuser avec l'histoire minimaliste de Long Time Dead. Reste que, à l'arrivée, on se trouve avec ce film, devant un objet techniquement sérieux (cadres et décors gentiment soignés, effort sur la photographie) qui marque toute la volonté de bien faire de son auteur. Les 20 premières minutes ressemblent à un remake de ce très bon petit thriller avec Sarah Polley, "Go". C'est la partie la plus mauvaise du film, et ensuite le rythme de croisière est rapidement atteint. Les affaires peuvent commencer. Les portes grincent, les bruits suspects envahissent la maison, les héroïnes entendent les murs prononcer leur nom. Le petit truc en plus consistant à ne rien voir, mais alors rien de la chose qui tue tous ces jeunes. Pas un mec avec un couteau, pas un monstre digital à l'horizon. Une position plutôt courageuse de la part du réalisateur. Mais à part cela, pas grand chose à se mettre sous la dent. Les acteurs essaient de se dépêtrer de l'histoire avec tout le sérieux possible. Ça fronce pas mal des sourcils, en toute bonne volonté. On retrouve d'ailleurs quelqu'un que j'adore : Lukas Haas. C'était le petit garçon du Witness de Peter Weir. Il a grandi depuis et c'est devenu un très bon acteur, bien trop rare, souvent employé en second rôle, et que je ne saurais trop vous conseiller en fils de Barbara Hershey et Bruce Willis (encore lui) dans le film "Breakfast of Champions" de Alan Rudolph. Un grand film d'ailleurs, complètement bouleversant.

 

Bref, Lukas Haas est là, avec sa drôle de caboche et c'est déjà ça. Le film déroule sa pelote sur un rythme régulier. Le film continue. Le film s'arrête. Je m'endors et j'y pense plus.

 

Le Marquis défendit la chose avec acharnement devant mes maigres critiques. Certes, c'est un ouvrage soigné mais absolument commun, et pas original, dont je reconnais volontiers que c'est mieux réalisé que la plupart des slashers, mieux tenu, plus sobre. C'est sans doute un exploit en soi. Il n'en reste pas moins que, sorti de ce contexte, le film est juste moyen et  nous laisse sur notre fin. Surtout à la vue d'une scène très réussie et découpée de manière plutôt originale: la scène ou la fille fume une clope dans les toilettes. On a déjà vu cette situation cent fois, et pourtant on est vraiment surpris par un joli rythme et un drôle de cadrage qui du coup font plutôt peur... et pester un peu aussi: pourquoi ne pas avoir fait tout le film de cette manière?

 

Vous reprendrez bien un loukoum, non?

 

 

 

Dr Devo

 

(Chanson de la semaine : "Example #22" de Laurie Anderson.) 

 

 

 

 

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Mardi 28 décembre 2004 2 28 /12 /Déc /2004 00:00

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