Corpus Analogia








[Photo: "Le Cake de l'Espece" par Mek-Ouyes, d'après une image tirée du film CLERKS 2.]






Joanne Woodward ne va pas très bien. Elle est une mère très autoritaire, un peu folle et abusive, qui n'hésite pas à humilier ses deux filles, Roberta Wallach et Nell Potts. Il faut dire qu'elle est seule à élever ses enfants, son mari étant parti quelques années plus tôt, et retrouvé mort il y a peu de temps. Woodward se démène donc comme elle peut pour faire vivre sa famille dans sa maison sale et mal rangée, faisant du télémarketing ou accueillant des personnes très âgées afin de faire rentrer un peu d'argent dans la famille. Mais son caractère ne s'améliore pas, même si Roberta Wallach est un peu épargnée par les sautes d'humeur de sa mère, qui la couve un peu (à son niveau en tout cas) car elle est pom-pom girl et a des crises d'épilepsie. Là où Woodward se déchaîne. C'est en particulier envers la petite Nell Potts, fillette introvertie dont l'intérêt pour la science lui permet de souffler un peu de cette situation difficile : pour le festival de science de son école, son professeur lui propose d'étudier l'effet des rayons gamma sur le comportement des marguerites (ahah !), dont elle s'occupe consciencieusement. 

 

 

L'EFFET... est un film de famille. Pas seulement dans son scénario, mais également dans la distribution : Joanne Woodward est la femme de Paul Newman, Nell Potts (de son vrai nom Eleanor Newman) est sa fille, et Roberta Wallach est la fille d'Eli Wallach. La petite partie people passée, nous allons pouvoir parler du film, enfin. Il était temps.

 

 

Dès le début du métrage, Newman met en marche sa mise en scène, et s'en sert pour parfaitement et très rapidement (cinq minutes à tout casser) caractériser ses personnages (c'est clairement ce qui l'intéresse le plus ici) et nous donner les clés pour les comprendre. En témoigne cette vraiment belle séquence introductive de la mère, dans un magasin de perruques. La caméra avance tranquillement entre les têtes des mannequins coiffées de toupets pour s'arrêter sur celle de Woodward, emperruquée, aussi stoïque et sans vie que les poupées de plastique qui l'entourent. C'est très étrange, car elle bouge très peu dans cette séquence, très peu longtemps en tout cas, elle s'agite quelques instants pour immédiatement redevenir aussi fixe qu'un mannequin. Mais ce n'est pas fini, car si elle essaie une perruque (et même plusieurs, et n'importe lesquelles, même une violette !), elle a toujours des cheveux ! Mais restons dans le magasin de perruques, parce qu'il se passe autre chose de très intéressant, et qui sera répété au moins trois fois dans le film (trois fois très signifiantes en tout cas). C'est la première coupe de la séquence. Au début, il y a ce mouvement de découverte vers Woodward, qui reste ensuite droite comme un i, sans bouger (ou très peu). Newman coupe alors vers un espèce de demi-ensemble qui s'avère être encore plus anxiogène que le plan rapproché de Woodward, mais également d'une absurdité et d'une tristesse totale. C'est une plongée assez forte, où on voit la mère entourée, écrasée par les perruques et les déguisements alentour. Il le fait une deuxième fois, quasiment la même chose, plus tard dans le film. Woodward a une idée : elle va ouvrir un salon de thé, et ce sera la fin de tous leurs ennuis. Elle en parle à ses filles, sur le porche de leur maison. Les plans sont serrés, il y a du champ / contre-champ, et Woodward s'emballe à la pensée qu'elle pourrait ouvrir ce salon. Là, Newman coupe encore vers un demi-ensemble en plongée du fronton de la maison, qui est absolument miteux, délabré, insalubre, en morceaux, alors que dans le même temps, en contrepoint, Woodward évoque ses projets de luxe et d'avenir et combien son salon sera éblouissant de classe. Coupe absurde encore, triste encore, qui remet la mère de famille dans sa réalité où tout n'est pas vraiment rose. Et je vous assure qu'à voir, c'est beaucoup plus émouvant que ce que je peux écrire. La troisième fois se trouve dans le magasin d'antiquités, et là même cause même effet, Woodward pourra faire ce qu'elle voudra, elle est condamnée à ne rester qu'une femme médiocre, abusive et insatisfaite. C'est assez troublant à la vision, mais malheureusement ce sont les seules véritables utilisations sensuelles de la mise en scène du film, qui se contente après d'enchaîner les plans rapprochés et les champ / contre-champ. La photo est soignée, le montage didactique. Quelques cadres sont vraiment réussis (sur la grand-mère, notamment, quand elle "déambule"), mais ils sont tout de même assez rares. Au niveau du son, il se passe quelque chose d'assez beau. En vérité je n'en suis pas sûr, la copie que j'ai vu était assez calamiteuse (son qui crépite, recadrage horrible en 1.33 lors d'un passage du film à la télévision alors qu'il est originellement en 1.85), mais certains indices me font penser que j'ai raison. Le mixage son est assez particulier, et me semble tendre vers une dichotomie assez claire entre d'un côté Nell Potts, et de l'autre Woodward et Wallach. Je vous explique. Pendant tout le film, Potts marmonne, alors que Woodward parle très fort, crie, éructe. Malgré le fait qu'elle parle dans sa barbe, Potts est tout à fait compréhensible, mais il me semble que le mixage de sa voix est encore plus faible que ce qu'elle aurait donné au naturel. J'ai l'impression que Newman a volontairement baissé la voix de la petite fille. Au contraire, Woodward, qui est un caractère très fort, me semble mixée trop haut, sa voix heurtant mes oreilles à plusieurs reprises. Même chose pour Wallach, dont le personnage suit clairement les pas de sa mère (et c'est ce qui la bouffe). En fait, l'ascendant pris par la mère sur sa cadette à l'intérieur même du scénario est aussi traduit dans le mixage du son. Ca ne pourrait être qu'une erreur de mixage, mais et la musique et les objets, les environnements, l'ambiance sont mixés tout à fait correctement, sans rien qui dépasse d'aucun côté. Je ne suis donc pas sûr que ce choix soit innocent, et si ce n'est pas foutrement original, c'est plutôt bien vu.

 

 

Véritable portrait de femmes, le film se veut tout scénario, et le fond l'emporte finalement sur la forme. C'est l'adaptation de la pièce de théâtre du même nom (dont l'auteur a remporté le prix Pullitzer), et ça se voit quand même pas mal, la psychologie des personnages étant mis à l'honneur. Ces trois femmes sont donc très fouillées, bien aidée par des actrices qui dégagent chacune un grand nombre de nuances. Joanne Woodward a gagné le prix d'interprétation à Cannes avec ce film, je ne sais pas si c'était mérité à l'époque, mais elle est en tout cas très bonne. Roberta Wallach n'est pas mal non plus, en jeune fille perdue dans les affres de l'adolescence et qui est persuadée qu'elle va devenir comme sa mère. La petite Nell Potts est vraiment excellente, elle me semble être de la même famille artistique qu'Ana Torrent (que vous avez pu voir dans le merveilleux L'ESPRIT DE LA RUCHE), en moins bien, mais elle envoûte l'image et dans un rôle assez casse-gueule donne une prestation nuancée, offrant toute sa sensibilité à ce final d'une espérance désespérée (si si). L'EFFET... est un portrait de femmes, mais c'est aussi un film sur le destin, et sur l'espoir. Je ne peux pas franchement vous en dire plus, sinon je dévoilerai tout le film, tant tout se joue dans ces affrontements psychologiques qui ne sont pas franchement mis en valeur par la mise en scène, sauf pour ce dont j'ai parlé dans le paragraphe précédant. Il y a aussi la métaphore évidente de la poussée des marguerites et de l'évolution de Miss Potts.. L'EFFET... s'avère bien trop didactique pour émouvoir. Ce n'est pas un film impérissable.


LJ Ghost.







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Samedi 29 août 2009 6 29 /08 /Août /2009 23:15

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[Photo: "Un Enfant, une Poésie" par Dr Devo.]





Tiens, c’est rigolo ça, notre collègue Invisible nous parlait hier d’animation avec le récent NUMERO 9, et aujourd’hui je remets le couvert. Mais ce n’est qu’un hasard, car nous sommes en "Semaine 4K", comme on dit dans le jargon de la rédaction de Matière Focale. Ce qui veut dire que, cette semaine, un seul d’entre nous, en l’occurrence LJ Ghost qui nous a bien gâtés puisque nous ouvrions les hostilités lundi avec THE REFLECTING SKIN (L’ENFANT-MIROIR), le sublime film oublié de Philip Ridley.

 

 

Chez nous, au Japon, après la guerre. Et bien, c’est pas l’éclate. Le pays est à genou, la situation économique est désastreuse, c’est un peu le chaos politique, et les paysages des villes sont complètement défigurés. Dans ce contexte, les Japonais ont beaucoup de mal à se nourrir, et la rue devient le lieu de tous les marchés noirs. On revient à un micro-commerce de bonimenteurs et autres vendeurs à la sauvette. On se débrouille comme on peut. Ça gargouille dans les ventres, et c’est dans ce paysage que se développent quantités de petites échoppes où on peut se nourrir pour pas très cher (ce qui dans le contexte est déjà très cher), avec un bon bol de nouilles avec un œuf ou des croquettes !

L’époque étant ce qu’elle est, ces fameuses échoppes à nouilles sont victimes d’un nouveau phénomène : les Ecumeurs de Gargotes ! Ces gens, qui ne sont pas un groupe organisé mais plusieurs individus qui ne se connaissent pas entre eux  et qui sont très minoritaires dans la population, ont développé une série de techniques consistant à commander des nouilles et autres mets dans ces fameuses échoppes, puis à partir sans payer ! Et pour eux, ce style de vie a tellement d’importance qu’au fil du temps le phénomène va non seulement se développer mais aussi révéler des véritables héros de cette discipline étrange qu’est, si j’ose, le Nouille-Basket !

 

 

 

Mamoru Oshii est un drôle de gars qui hante l’animation japonaise depuis déjà pas mal d’années et qui a énormément de films au compteur. Après avoir casser la baraque avec GHOST IN THE SHELL (très beau film), sa suite INNOCENCE, puis son étrange projet très intriguant qu’était AVALON (mélangeant synthèse et acteurs réels de manière plus que troublante, et entièrement tourné en Pologne), voilà que nous découvrons avec trois ans de retard ce TACHIGUISHI  RETSUDEN qui est sorti il y a peu de temps en dividi, chez M6 d’ailleurs. Et l’ami Oshii va bien, c'est-à-dire qu’il continue son bonhomme de chemin complètement dingo, sans en avoir l’air. Quoi que, dans le cas qui nous occupe aujourd’hui, il pousse sans doute le bouchon encore plus loin que d’habitude. Alors modestement, je vais essayer de vous donner un début de commencement d’embryon d’idée de ce à quoi ressemble le film. Et je ne sais pas si ça va vous éclairer ! Gag !

 

Il faut dire que, rien que sur le papier, ça démarre déjà assez fort avec une histoire complètement improbable. A la lecture du résumé, vous vous doutez déjà qu’il y a un nouille dans le saké. Vous avez raison. Maintenant, fermez les yeux, détendez-vous, et essayez de conceptualiser un film cent fois plus fou et cent fois plus improbable que ce simple résumé….

 

 

Première chose à relever, TACHIGUSHI RESTUDEN est étrange dans sa conception même. Ne serait-ce qu’avec AVALON, Oshii a déjà prouvé qu’il ne se contentait pas de travailler sur l’animation classique et ses variantes synthétiques mais qu’il aimait repousser, et même faire éclater en mille morceaux de jade, le concept de film d’animation. AVALON se posait déjà là, prenant tout le monde, que ce soit sur le sujet ou dans la technique, à rebrousse-poil. Dans TACHIGUISHI RESTUDEN, il envoie carrément Pépé dans les orties, et pour donner une bonne idée du film, il faut d’abord préciser que la direction artistique et la technique de ce film ne ressemble à rien, mais alors à rien du tout. Bien sûr, ceux parmi vous qui aiment les bananes à réaction et les vaches à vapeur vont être ravis. Oshii propose ici de mélanger l’animation traditionnelle, c'est-à-dire le film en image de synthèse avec des acteurs live.

 

Attends, docteur ! Qu’est-ce que tu me racontes là ? Où est le problème ?

 

Bah ça, c’est le principe sur le papier, puisqu’à l’écran on retrouve effectivement des acteurs "live" et de l’animation par ordinateur, mais le résultat est complètement, comment dire… Si vous voulez, appelez tout de suite les urgences psychiatriques… On ne sait jamais… 

 

Bon. Pour être clair, Oshii développe des décors et des lumières et de objets en animation synthétiques. Bien. Il colle des acteurs là-dessus, mais pas en le faisant évoluer dans ses décors comme on les mettrait devant un blue screen. Déjà ça, c’est bizarre. En fait la présence des acteurs se matérialise par une utilisation "simplette" (façon de parler), puisque les personnages apparaissent à l’écran sous forme de marionnettes (on voit même le manche qui servirait à les animer quand ils se déplacent dans le champs) toute plates, presque en 2D ! Le visage et les bras de ces "marionnettes de synthèse", et bah, ce sont les acteurs live ou réels, comme vous voulez… C’est plus clair ? Bon, et pour compliquer ou archaïser le système, Oshii utilise pour ces visages non pas des captations "en live" de la tête de ces acteurs mais plutôt des poses sur des expressions du visage. Exemple : un personnage arrive dans une gargote et on voit son visage, donc la tête de l’acteur qui l’incarne, qui sourit, figé comme sur une photo. S’il a peur la seconde suivante, on change de tête-photo, qui cette fois montre un visage apeuré. On est donc à la fois entre le film live, l’animation plus commune et la photographie (presque) fixe. Le modousse opérandaille a une conséquence : comme les personnages sont "marionettisés", la facture globale du film ressemble plutôt à un univers 2D.  Et comme Oshii est un gourmand et encore plus un iconoclaste, il mélange le tout et peaufine le système en entremêlant toutes les techniques. Un visage d’acteur peut donc se modifier en un coup de synthèse ou un coup de crayon ! Un décor peut être constitué d’une photo photoshopisée sur laquelle vient se greffer de la synthèse. Ou inversement. Je ne suis pas un spécialiste de l’animation mais en tout cas, je n’avais jamais vu ça. Le fait de mélanger savamment les différentes techniques rend le film précis bien sûr, mais dans un style assez foufou, car puisant largement dans la 2d plutôt que la 3d. Et les personnages bien souvent, ont des attitudes tenant autant du film d’animation, du jeu d’acteur normal, et même de la BD ! Comme vous l’avez compris, Oshii est complètement cinglé.

 

 

 

Bon, là, on va se fumer une petite cigarette et on ne va pas s’affoler tout de suite. NE CEDONS PAS A LA PANIQUE !!! On sort le Pulco du frigo, on boit frais, et on tire sur la tige de huit. Calmos, les enfants. Je m’énerve pas, j’explique. On est bien là. On est bien.

 

 

 

Maintenant que vous avez une idée totalement pas claire de l’animation, permettez-moi de vous embrouiller encore plus. Tout ce que je viens de décrire, pour Oshii, c’est la routine. Lui, ce qu’il l’intéresse, c’est toute la palette de l’arc-en-ciel. Alors, il ne se contente pas de ça, il ne se dit pas "le vrai-faux pantomime 2D, avec ça, j’en ai assez", et il se dit plutôt que si c’est comme ça, dans TACHIGUISHI RETSUDEN (que M6 sort kamikazement sous ce titre en France !) il va mettre aussi de la vidéo, du film et de la bande dessinée. Et des bandes dessinées, même, tant il en exploite de nombreuses facettes. Pendant toute la durée du film, on se ballade donc dans cette énorme choucroute garnie, passant d’un support à l’autre de manière complètement gratuite, et en faisant en sorte de les mélanger dès que possible. Voilà qui lui donne une jeu de leviers très étendu et qui permet de faire plusieurs choses. Tout d’abord des inserts ou des décrochages stylistiques pouvant permettre des débrayages propres à  mettre certaines séquences ou certains plans en valeur, et ainsi donner du sens à des éléments importants de son film. Ça lui permet aussi, bien sûr, de construire une mise en scène qui dit énormément de choses dans un film déjà ultra-bavard ! Voire de dire plusieurs choses à la fois ! D’autre part, comme c’est très bien montré dans la première scène de gargote en début de film, ça lui permet de faire exploser le système classique  champ/contrechamp ! Dans cette première scène, il présente le système, découpe, spatialise, et grâce à un bon petit mouvement de caméra très très vulgosse (mais beau !) il détruit cette spatialisation et atomise les plans. Et après, c’est parti pour cent minutes ! plus de champ/conterchamp. Rien que pour ça, TACHIGUISHI RETSUDEN vaut le coup d’œil.

 

 

Avant d’interner Oshii, ça serait aussi intéressant de lui faire faire une séance de thérapie de groupe avec Peter Greenaway. Bon, soyons clairs, ces sont deux styles complétement différents, et je ne suis pas sûr que l’un apprécie l’autre, même si je soupçonne un peu Oshii d’avoir regardé en douce la série des TULSE LUPPER (Vous savez, ces films sublimissimes, et peut-être même les meilleurs de son réalisateur, et qui ne sont jamais sortis en France, même en dividis !). L’anglais et le japonais doivent avoir du sang un peu cousin dans les veines. Et là, on va entrer dans le sujet du film. Les deux font exploser leur propre support. Les deux chargent la barque. Ici aussi, Oshii interrompt son film avec du texte, ou alors commence une scène dialoguée qui sera recouverte par la voix-off pendant que du texte traverse l’écran et que tous les personnages s’agitent. Les deux interrogent donc le medium !

 

TASHIGUISHI RETSUDEN, c’est un peu la pizza du chef : tous les ingrédients du restaurant sont dedans. C’est évidemment très déboussolant. La narration aussi est complétement éclatée et disnarrative. En nous retraçant le portrait de quelques figures légendaires parmi ces fameux Ecumeurs de Gargotes, Oshi semble placer son film comme une espèce de documentaire, d'autant plus réaliste que le sujet son film est complètement fantaisiste. Une voix-off omniprésente, soûlante, débitant des textes informatifs qui n’en finissent plus, mais aussi d’une magnificence rare par endroits (judicieusement placés d’ailleurs), innervent tout le métrage. Loin d’être un repère, cette voix-off, rapportent les dialogues très souvent, et constitue la colonne vertébrale d’une narration admirable qui va à la fois surcharger en informations le film (il y en a beaucoup trop) mais aussi l’organiser sur une base chaotique, certes, mais complètement poétique. Ainsi TACHIHUISHI RETSUDEN est un gros bouillon baroque, mais c’est aussi un film qui raconte plusieurs choses à la fois dont certaines vraiment obscures. C’est une fiction loufoque avec un sujet qui est sans doute absolument pas historique (ou alors complètement), c’est aussi un documentaire, et même plusieurs documentaires en même temps, et c’est également une espèce d’autoportrait. Et un essai sur l’Art. Car dans ce film complètement fou est racontée l’Histoire du Japon par le petit bout de la lorgnette. En noyant le spectateur sous les informations politiques, trop denses, Oshii arrive curieusement à épurer son analyse, en n'en retenant que les éléments les plus importants qui sont aussi les plus anodins. Le Japon apparaît comme un pays ravagé, paumé à l’extrême où le peuple et le pouvoir se baignent comme des petits cochons dans la moindre occasion de cohésion nationale, ce qu’ils font en choisissant les symboles les plus vides, les plus stupides, comme l’Expo Universelle ou les Jeux Olympiques. En investissant systématiquement son essence dans les actes les plus creux, le Japon file d’acte manqué en acte manqué, ne révélant au final que l’incroyable vide, le trou noir d’un pays devenu mort-vivant. Se faisant, le film nous touche. Avec le temps, on assiste à la composition d’un portrait de ce qui va devenir un pays moderne. Nous finissons donc curieusement par retrouver des traits de caractère qui compose aussi un pays moderne et développé comme la France. C’est très curieux.

 

Dans la geste héroïque de l’odyssée de Ecumeurs de Gargotes, se joue aussi un geste poétique, une définition de la poésie (la définition initiale de Paysage qui est magnifique et même dalinienne). Même là, Oshii ne s’en contente pas et montre la propre dégénérescence du mouvement. En mutant, le phénomène Ecumeur va changer de sens ou plutôt va exploser  et, quelque part, perdre ses lettres de noblesse. Là, Oshii parle plus directement de lui dans un mouvement bizarrement autoportraitiste (ou pas du tout, car le statut du narrateur est lui aussi en mutation permanente). C’est peut-être là que le film est touchant de la manière la plus étrange. En rétrécissant le point de vue jusqu’à murmurer à l’oreille du Poète, Oshii montre que l’Histoire ne veut rien dire, qu’elle est une construction souvent stupide, mais tire aussi une conclusion belle et  courageuse : l’artiste ne peut que retranscrire les chaos (et non pas décrire la cohérence du monde qui l'entoure, car une telle chose n'existe pas) et se doit, sans aucun doute, de faire exploser, et osons le mot, détruire son art pour le faire vivre. Pour l’empêcher d’être vampirisé par la Mort qui plane sur le reste de la société. Ce qu’Oshii fait ici avec générosité, bien sûr. C’est dans ce mouvement de continuelle auto-déconstruction qu’on peut éventuellement sortir du schéma pervers et creux d’une société qui n’en finit plus, au contraire, de consacrer des valeurs qui n’existent pas, et qui se "spectacularise", si je veux, de plus en plus. [Qui créé sa propre fiction, si vous préférez...]

 

 

 

Alors TACHIGUISHI RETSUDEN est un film dense, pas toujours facile, et baroquissime. Il se passe tout le temps quelque chose à l’écran, les informations justes ou loufoques nous submergent à chaque seconde, la narration invente des sauts du coq à l’âne tout le temps, la voix-off nous embrouille, passant de l’analyse politique ou poétique précise, jusqu’à se noyer en une prose surréaliste ou automatique sans même, parfois, que nous nous en apercevions. Il faut avoir l’estomac solide. Mais en même temps, le film est drôle, inventif et touchant, et s'il déroute c’est pour ouvrir des pistes souvent nouvelles. TASHIGUISHI RETSUDEN  est donc une œuvre baroque, souvent très très drôle, d’une poésie textuelle et graphique déroutante, et ne ressemble à vraiment rien. On est souvent complètement paumé, à de très nombreux moments, et plus on progresse même et moins le film est clair. Mais, Oshii arrive paradoxalement à faire plusieurs films en un et à ne jamais trahir son ambition artistique dans ce qui reste un long-métrage terriblement abstrait et populaire. C’est donc un grand film, tout à fait important.

 

 

Messieurs, vous pouvez lui mettre la camisole…

Dr Devo.

 

 

 


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Jeudi 27 août 2009 4 27 /08 /Août /2009 12:19

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[Photo: "Maybe you're thinking about me" par LJ Ghost.]







Kevin Smith est un mec sympa. Pas mauvais réalisateur en plus, dans mon souvenir DOGMA et les deux CLERKS étaient plutôt réussis, et je n'ai pas vu les autres. Je dois avouer que si je vous parle d'un film de Smith, ce n'est pas par hasard. Il y a peu, je suis tombé sur les captations des soirées de questions/réponses qu'il donne régulièrement et depuis des années dans les universités américaines et canadiennes (et même au Carnegie Hall de New York si je ne me trompe pas), qui sont des espèces de grand-messes geeks (mais pas seulement) hilarantes et parfois assez touchantes, le garçon s'avérant un showman doué aux réparties vraiment assassines. Il est rempli de petites histoires, de petites anecdotes assez dingues (comme cette longue digression sur le scénario qu'il a écrit pour SUPERMAN mais n'a jamais été tourné, son altercation avec Tim Burton ou encore le récit de ses hémorroïdes avec Sidney Poitier !), et si le plus souvent ça ne semble pas voler très haut, il parvient plusieurs fois à toucher du doigt des choses plus profondes, plus intéressantes, et une vraie vision du cinéma et de la mise en scène. Le tout avec le sourire, un vocabulaire fleuri et un humour ravageur, ce n'est vraiment que du bonheur. Si vous cherchez le bousin, ça s'appelle AN EVENING WITH KEVIN SMITH (pour la première captation en tout cas, il en existe trois en DVD zone 1), et ça vaut le coup d'oeil. Donc ! Suite à cela, et parce qu'il en parle beaucoup dans ses shows, je décidais de voir MEPRISE MULTIPLE (CHASING AMY en V.O., qui s'avère être un titre que je trouve sublime, qui se fond parfaitement dans le scénario et qui est même délicieusement absurde, puisque personne dans le film ne s'appelle Amy ! J'ai donc beaucoup d'affection pour ce titre, que les distributeurs français ont massacré en quelque chose qui n'a strictement aucun sens quand on regarde le film, mais passons).

 

 

Ben Affleck et Jason Lee sont deux dessinateurs de comic books. Ils ont signé dans une grande maison d'édition et commencent à avoir du succès avec leurs histoires inspirées des personnages de Jay et Silent Bob (créés par Kevin Smith et qui apparaissent dans chacun de ses films). Alors qu'ils assistent à une convention de bande dessinée, ils rencontrent Joey Lauren Adams (que vous avez pu voir dans le très beau HARVARD STORY). Boum, Affleck tombe immédiatement sous le charme d'Adams, qui est il faut dire tout à fait charmante, et la drague doucement. On sent la jeune femme intéressée aussi, mais lors d'une soirée dans un bar quelques jours plus tard, Affleck apprend (de manière très visuelle) qu'Adams est lesbienne ! Ca lui fait un choc au garçon, mais il continue de la voir, la fréquente même de plus en plus, jusqu'à ce que son amour pour elle, qu'il sait impossible, ne le pousse à lui avouer ses sentiments. Elle explose, lui crie dessus, mais finit par l'embrasser et ils couchent ensemble. Mais cette relation n'est pas bien vu par les amis du couple, en particulier par Jason Lee qui va essayer de trouver des choses sur le passé d'Adams qui feraient qu'Affleck rompe avec elle.

 

 

A l'instar de CLERKS 2 dont le Docteur Devo a parlé dans un autre article, la mise en scène de Smith est plutôt classique, et rien n'y est vraiment transcendant. La photo est soignée mais de facture plutôt classique, les cadres sont souvent anonymes, ce n'est que du plan rapproché et les dialogues sont un tunnel sans fin de champ / contre-champ, à part à un moment dans le film, le moment crucial, mais j'y reviendrai probablement un peu plus bas. Le film n'est pas visuellement dégueulasse, je vais répéter le mot une troisième fois en quelques lignes mais c'est le seul qui me vient, il est classique et rien ne dépasse. La beauté de la chose se trouve dans le scénario, où Smith jongle avec un nombre de nuances assez effarant, et les idées pleuvent dans tous les sens. A la sortie du film, beaucoup ont trouvé le film peut-être pas homophobe à proprement parler, mais insultant envers les lesbiennes et ont pensé que ce que Smith voulait dire, c'était qu'une lesbienne avait juste "besoin d'un bon coup de bite", ce qui, effectivement, est tout à fait crédible si on n'a lu que le synopsis et qu'on n'a pas vu le film. C'est évidemment une erreur monumentale, et le réalisateur déploie son scénario de manière complètement antagoniste à cette idée. Il désamorce cette attaque de plusieurs façons, très claires. Premièrement, la chose est dite clairement par le personnage joué par Jason Lee, qui est un peu le gros naze du film, il ne fait que raconter n'importe quoi, est insultant tout le long et vraiment antipathique. Le fait de faire dire cette phrase par ce personnage qui, selon les dires mêmes de Smith, a "toujours tort", désamorce complètement le fait que l'idée ait pu être épousée par le metteur en scène. Deuxièmement, la relation entre Adams et Affleck n'a absolument rien à voir avec le sexe (dans le sens de genre), et c'est encore une fois verbalisé, cette fois par Adams elle-même, dans la séquence sous la pluie. En gros, elle dit que ce qu'Affleck lui demande est impossible, non pas parce qu'elle ne l'aime pas et n'a pas envie de lui, mais parce que ce schéma ne rentre pas dans son modèle social ! Elle apprécie le garçon, on le voit très clairement, elle l'aime peut-être mais se refuse à lui parce qu'il est un homme et qu'elle a choisi les femmes il y a quelques années ! Ce que Smith essaie de dire ici, c'est que finalement le sexe ne compte pas, ne prévaut que l'amour. Que ce soit pour un homme ou une femme, ce qu'il nous dit de manière bien plus délicate et subtile que je vais le faire moi-même, c'est que seul l'amour importe. Si on trouve son âme soeur, qu'il soit homme ou qu'elle soit femme, ça n'a pas d'importance et il faut aller la chercher quand même. Ce faisant, il place directement hétéro et homosexualité sur le même plan, le traite de la même manière et en quelque sorte "valide" ("accepte" plutôt) les deux choix, mais dit qu'au-dessus de ça, il y a l'amour. A côté de ça, en revanche, ça se gâte un peu et le choix du couple "monstrueux" est désapprouvé par la société, comme s'en inquiétait Adams dans la fameuse séquence sous la pluie. Ses amies lesbiennes se retournent contre elles quand elle leur annonce qu'elle a une relation avec un homme, et Jason Lee, qui a clairement des sentiments tendancieux pour Affleck (poussant le genre de la "bromedy", la comédie de "bros", de potes, pensez aux films de Judd Apatow, très loin, le faisant exploser), essaie à tout prix de faire chavirer le couple. Le paragraphe est long, je vais donc sauter une ligne.

 

 

En utilisant le personnage de Jason Lee de la manière dont il le fait, Smith touche du doigt quelque chose de très beau, de très vrai et il me semble, de très peu traité au cinéma. Je ne vais pas tout vous dévoiler, mais en gros Lee dévoile à Affleck des comportements étranges dans la sexualité passée d'Adams, et Affleck s'en retrouve plus affligé qu'il ne devrait l'être, ou qu'il ne voudrait l'être. Il n'accepte pas ce qu'elle a fait de longues années auparavant. Smith parle alors de ce phénomène très humain, qui consiste à croire que la personne que l'on aime n'a connu que nous, alors qu'évidemment ce n'est jamais le cas. Il en fait le point névralgique de son film, l'élément perturbateur si vous voulez (alors que celui-ci aurait pu être l'attirance d'Adams pour une femme, mais non !). Alors je ne peux pas tout vous raconter, vraiment, j'en ai déjà pas mal dit, mais ce qui bloque Affleck vis-à-vis du passé d'Adams est plutôt surprenant et d'un autre côté complètement réaliste d'un point de vue masculin. Mais Smith fait encore autre chose par-dessus ça, et fait entrer directement le spectateur à l'intérieur de son film, le personnifie littéralement en faisant débarquer les personnages de Jay et Silent Bob. Ils représentent les deux facettes du choix qu'Affleck doit faire, et l'une d'elles est forcément celle du spectateur, ainsi c'est le spectateur qui aide Affleck a faire son choix, idée encore renforcée par le fait que Silent Bob parle et donne son avis (son histoire est très jolie d'ailleurs) ! La fin du film est vraiment belle, d'une vulgarité, d'une violence et d'une tristesse inouïes, et tout ça toujours de manière subtile et délicate, et Affleck devient vraiment, intrinsèquement si je puis dire mais sans vraiment le savoir, de manière naïve, quasiment enfantine, une ordure, qui fait exploser toute sa vie en mille morceaux.

 

 

MEPRISE MULTIPLE est un film dur, difficile, intelligent et drôle (je n'en ai pas parlé avant mais certains passages sont vraiment amusants, Smith étant un excellent dialoguiste qui utilise ses dialogues un peu à la manière de Tarantino, comme un outil pour perdre le spectateur, mais fait en plus passer une dimension quasiment fantastique à son film, personne ne parle comme ça, personne ne parle autant, ce qui rajoute un peu d'absurde vivifiant dans cet environnement très réaliste), qui n'a pas peur de prendre ses spectateurs pour des adultes et leur parle d'égal à égal. Monsieur Smith, votre film est très beau. Merci.


LJ Ghost.





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Mardi 25 août 2009 2 25 /08 /Août /2009 20:04

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[Photo: "Guernico" par John Mek-Ouyes.]






Années 50, USA. Seth Dove et ses copains passent leurs après midi à faire exploser des crapauds et à courir dans les blés : il faut dire qu'a la campagne il n'y a pas grand chose à faire d'autre, et ce n'est pas les quatre ou cinq habitants du village qui vont vous dire le contraire. De grandes maisons en bois isolées plutôt qu'un village, en fait. Seth vit avec ses parents, ils forment une brave famille dont l'ainé est parti à la guerre. Dans ce climat lumineux, ou il fait toujours beau et chaud, les journées passent doucement, entre sadisme infantile et rouste des parents quand ca va trop loin. Seth est un gamin assez pénible, qui prend rapidement en grippe Lindsay Ducan, une veuve éplorée qui vit dans le souvenir de son mari. Il faut dire qu'elle n'est pas super fun et qu'elle a tendance à s'apitoyer sur son sort et à ne pas aimer les moqueries quand elle en est l'objet. Quand Seth découvre l'existence des vampires, ca fait tilt: pour lui, elle fait partie du peuple de la nuit. A partir de là il décide prendre le parti des anges, et va tout faire pour empêcher son frère revenu du front de sortir avec cette engeance diabolique. Manque de bol son frère, c'est Viggo Mortensen, d'une, et de deux il est vachement amoureux. La situation se complique quand ses copains disparaissent mystérieusement et que son père se retrouve accusé !



Les histoires des adultes ne sont jamais marrantes, l'enfance au moins permet de calquer l'imaginaire par dessus, ce qui rend les choses plus supportables. C'est le parti pris de Ridley que de montrer des événements graves via le regard de Seth. En cela il se place dans la droite lignée de films comme ALICE dont j'ai déjà parlé, ou plus récemment du magnifique TIDELAND (qui ressemble étrangement au film de Ridley d'ailleurs) ou encore d'autres films sans doute (mais ce n'est pas sur). Et niveau événements graves il y a ce qu'il faut ! Entre le spectre de la guerre qui flotte sur la campane, les disparitions d'enfants, les soupçons sur le père qui finira par se suicider, la veuve a moitié cinglée, le frère traumatisée par la guerre, on s'imagine que les partis de cluedo le soir en famille devaient pas être de franches rigolades. Pourtant ce qui inquiète le plus Seth, ce sont les anges et les vampires. Car pour lui il n'y a aucun doute: ses copains disparus se sont transformés en anges, et la vampire du village essaye de lui prendre son frère pour l'emmener du coté de la nuit, et ça, c'est un combat dont il est le seul combattant. Ses parents, il en a un peu marre : ce ne sont pas la reine Gunhilda et le roi Erik le Rouge, à son plus grand malheur. Son père est complètement hors jeu et de vieilles histoires vont remonter à la surface des champs de blés qui vont l'enfoncer un peu plus jusqu'au suicide, dont ni le fils ni la femme ne feront rien pour l'en empêcher. Au contraire Seth souffle quasiment sur les braises ! De la même façon, Seth sait très vite qui est responsable des enlèvements d'enfant mais il ne le dira jamais à personne. Comme si d'une certaine façon l'enfance n'avait pas à gérer ce genre de problèmes, et c'est la un des thèmes du film, la construction de l'adulte, le récit initiatique quoi. C'est un sujet maintes fois traité mais qui ici est absolument sublime et d'une puissance rare, de par le scénario d'une part, très très beau qui conte une sorte de lent abandon de la carapace de l'enfance, tout en crescendo et qui se termine sur un final atroce et bouleversant et d'autre part par la réalisation, presque Hitchcockienne.

En effet, c'est ce à quoi cela m'a le plus fait penser. Peut être que c'est la rigueur quasi géométrique du cadrage, ou le suspense permanent, voire peut être le montage ludique qui joue en permanence sur les axes ? La musique aussi n'y est surement pas pour rien, avec ses envolées et des respirations en forme de grand huit. Bon je m'explique. Le cadrage est géométrique car chaque personnage est défini par une place dans le plan : de manière quasi systématique les personnages sont situées aux mêmes endroits. Seth le héros est toujours au centre, du début à la fin, et par extension ses copains aussi. Dans les derniers plans il est même dans une position quasi solaire, il va jusqu'à occulter l'Astre. Les autres personnages ne vont quasiment jamais au centre. ils sont relégués sur les cotés, voire même pour certains dans des petits espaces (comme ce rétroviseur pour le jeune conducteur). Les seuls à pouvoir traverser dans tous les sens le cadre se sont le frère et la veuve, comme si ils allaient de part et d'autre de l'enfant et/ou du soleil. Ce qui m'amène à parler du soleil, qui est assez fondamental dans le procédé. La lumière est partout, et au maximum. Le ciel est toujours bleu, et le blé toujours miroitant, et il y a du ciel et du blé partout, a ne plus savoir si le blé est ciel et inversement. En fait, en rupture total avec le cinéma classique (ce qu'on pourrait reprocher au film a première vue, vu sa grande rigidité et sa musique plutôt classique), l'environnement n'est pas du tout un levier de dramatisation : il n'y a pas d'orage qui se déclenche pour inquiéter le spectateur. Les seuls coups de tonnerre sont dans la musique, qui éclate littéralement à des endroits précis. C'est sublime !  Toute cette construction est un vaste terrain de jeu, l'inquiétude nait de la grande uniformité du cadre, du placement géographique des sentiments. Le suspense nait de la, il tête aux mamelles même du montage, à l'extrême horizontalité des perspectives. Le décor est presque un montage à lui tout seul, des champs traversé par des routes. Sur la route, le danger (la voiture noire), et dans les champs, la sécurité (les enfants se cachent systématiquement dans les champs). Là, Ridley fait de la mise en abime au niveau du montage : sur les saillies le danger, dans les longues séquences une sécurité, qui peut à tout moment s'arrêter. Le spectateur court dans les champs à l'aveuglette ! C'est horrible. Il y a une scène éminemment Hitchcockienne, qui rappelle la fameuse scène de l'avion de LA MORT AUX TROUSSES, c'est lorsque la voiture noire avance du fond du plan pour arriver progressivement au niveau de l'enfant, et l'emporte. C'est très beau. Mais c'est loin d'être tout, il y a aussi la peau, et les os.

Ben oui, ces champs de blés à perte de vue, cette ondulation douce sous le vent, ces squelettes de maison, c'est la matrice de Seth.  Il est beaucoup question de sensualité dans l'approche de l'enfance. Du toucher, du ressenti. Ici la peau qu'on touche, les parfums qui rappellent l'amour, l'essence qui brûle ou l'eau qui punit sont une dénaturation au sens premier, c'est à dire un détournement de la nature, une abstraction complète de l'état de nature. Le blé et les champs ne sont pas naturels, c'est la trace de l'homme. L'eau que la mère de Seth donne en punition à l'enfant est à la base la source de la vie. La peau, elle, est naturelle, et son contact est rare et recherché. Que ce soit le toucher entre l'enfant et le conducteur de la voiture, ou entre la veuve et Mortensen, il y a un respect, une importance folle donné au touché, sans doute a cause de la grande pudeur des habitants de la campagne, et de leur solitude affective. La fameuse "peau miroir" du titre c'est celle de l'enfant sans nom trouvé au Japon, mais aussi celle de tous les hommes et c'est aussi le blé qui fait miroiter le soleil. Un peu comme si la peau de chaque homme était le reflet de soi même, la projection de notre vison de l'autre. Dans ce cas, hypothèse sublime : Lindsay Ducan est bien un vampire, et casser le miroir provoque bien le malheur ! Pour Seth ce qui était important c'était de connaitre le nom de l'enfant, de nommer les anges et les vampires. Quand il découvre trop tard ce qu'il a engendré, c'est l'horreur absolue ! Il se retrouve seul, coupable, et les choix qu'il n'a jamais voulu faire se retournent contre lui. En gros, il devient brusquement adulte, avec le poids et la responsabilité que ca apporte. Le plan final est d'une composition sublime : non seulement la source de lumière du film, le soleil, est occulté par l'enfant, mais pour la première fois il se dresse dans le ciel (contre plongée), le clash de la condition humaine et sa verticalité versus le monde et son horizontalité dans ta face.

Porté par un excellent casting (le jeune Seth Dove est vraiment excellent) et une photo magnifique (il parait que Ridley à peint lui-même sur les champs de blé pour les rendre plus chatoyants encore), je ne peux que trop vous conseiller de regarder ce grand film oublié. Malheureusement  il est excessivement difficile à trouver à l’heure actuelle, vous pouvez trouver des VHS française sous les noms de L’ENFANT MIROIR (son nom lors da la sortie cinéma en France)ou encore L’ENFANT CAUCHEMAR. Il n’y a malheureusement aucun DVD français.


Norman Bates.






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Lundi 24 août 2009 1 24 /08 /Août /2009 20:37

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[Photo: "Doctor Titi et Mister Minet" par John Mek-Ouyes.]





Alors que la température inciterait plus à boire un petit rosé de Provence bien frappé en mangeant des Mentos, il est toujours bon d’aller flâner dans les trocantes désertes à la recherche de la petite perlouze exquise ou d’un autre film en dividi, à trois francs six sous, que ceux qui passent toute l’année devant nos yeux et qu’on n'a jamais achetés, histoire de vérifier in situ ce que ça vaut. Après une nuit dans l’enfer dense des jongles les plus birmanes, où quasi nu et ruisselant sur une peau de bête, mon corps entier se transforma en aéroport à bestioles, c’est assez fringant et pas mal feintant pour cacher les démangeaisons du napalm insectoïde que je me dirigeais donc vers le revendeur d’occasion. Et je vous propose, in fine, 2h45 de film, un bon compromis pour passer chez soi, à ne rien faire, le paroxysme caniculaire, pour la somme modique de 3.50 euros, score imbattable.

 

 

PLUS FORT QUE LE DIABLE de John Huston (USA-1953)

Nous sommes dans les années cinquante, en Italie sur un bateau malheureusement à quai suite à une avarie technique. Le fâcheux incident oblige Jennifer Jones, une jolie blonde, aimable et bourgeoise, et son aristocrate anglais de mari à stationner malgré eux et malgré l’ennui dans ce petit village italien perdu au milieu de nulle part.

Parmi les autres passagers, il y a des gens nettement moins fréquentables. Notamment Humphrey Bogart, homme d’affaires malin et bourru, Américain qui voyage avec son Italienne de femme, Gina Lollobridgida, et aussi avec un groupe d’associés bien plus patibulaires dans lesquels on trouve notamment Peter Lorre, c’est dire ! En fait, cette avarie de bateau n’arrange pas Bogart et ses acolytes. Ils ont rendez-vous dans dix jours en Afrique, où ils s’apprêtent à acheter pour une bouchée de pain des terrains immenses dont eux seuls savent qu’ils contiennent des gisements énormes d’uranium. Bref, ils vont s’en mettre plein les poches pour pas un rond !

L’Italie c’est beau, mais c’est long, surtout quand on a rien à y faire et qu’on est coincé à Ploucville. Du coup, Jennifer Jones, toujours naïve et peu farouche, tente d’aborder Bogart, et très vite l’affaire tourne au flirt pas très discret…

Mais Bogart apprend qu’à Londres un parlementaire enquêtant sur les ventes étranges de ces terrains africains est assassiné. C’est évident : l’assassin est sûrement parmi le groupe de loulous  investisseurs ! A partir de ce moment, tous les associés tentent de se surveiller les uns les autres, situation qui vire tout de suite à l’absurde et se complique même quand Jennifer Jones, échevelée et gentiment idiote, toute sous le charme de Bogie, commence à entrer, sans le vouloir, dans la partie. Ente flirt à quatre sous et manigances semi-mafieuses, les choses se compliquent très vite…

 

 

Ecrit en 1953 par Huston et Truman Capote,  BEAT THE DEVIL (PLUS FORT QUE LE DIABLE en v.f), se démarque un peu dans le ton insufflé à son histoire, puisqu’il s’agit de mêler la comédie semi-romantique, et apparemment de quiproquos, à des processus de machinations tordues mais souvent stériles qui tendent, eux, plutôt vers le policier. Un thriller en tongs dans un village où il n’y a rien à faire qui s’oppose à une romance frelatée ou de guingois en quelque sorte. Le parti-pris est assez inhabituel, et une fois que la machine absurde est lancée, on se prend assez vite au jeu, et ce d’autant plus qu’on est dans une nuance plus légère et moins versée dans l’humour noir  (quoique…) que chez un Mackendrick, pour prendre un exemple contemporain. Avec l’air de ne pas y toucher et les mains dans les poches, Huston et Capote se posent là en vieux grigous et tissent une intrigue tout en cascades imprévues, assez rigolotes, qui feront la part belle à des dialogues plutôt vifs et adultes qui contredisent pas mal les canons hollywoodiens de l’époque. Le jeu de dupes avance donc sans déplaisir, emmené par un casting plutôt alerte et bien troussé. Bogart en impose, avec un jeu très moderne, plutôt sobre et qui se révèle plutôt solide dans les parties plus ouvertement "comédie". Lorre assure à la place qu’on lui impose logiquement, et Jennifer Jones (l’héroïne de LA RENARDE de Michael Powell), chienne dans le jeu de quille et donc personnage-clé, remplit aisément son contrat.  Bref, ça bosse.

 

Au fur et à mesure, les personnalités se dévoilent, et le scénario sait assez efficacement faire muer constamment la situation, et donc les rapports de force dans ce groupe bizarre d’individus ambigus. Comme tous les enjeux sont constamment en mouvement, le film embarque son monde gentiment. Le découpage en trois partis fonctionne pour une fois très bien, et est même bien agencée, avec une malice certaine. Chaque palier dans l’histoire va resserrer les mailles souvent cachées de l’histoire et fait varier irrémédiablement les nombreux faux semblants présents dans le contexte de départ, et ça va même plus loin, car chacun de ces chapitres repousse progressivement tous les personnages dans les cordes, en un joyeux foutoir, plutôt organisé qui révèle progressivement un jeu de dupes de plus en plus intenable. Et quand les orages explosent, là encore, les situations et les personnages sont écrits avec un net savoir-faire, assez agréable.

 

Côté mise en scène, c’est plutôt sobre. A part deux mouvements de grue assez compliqués, mais tellement ostentatoires qu’on se demande ce qu’ils viennent faire là, chose bizarre, le découpage et le cadre, s’ils sont plutôt suivistes et guidés par le scénario assez souvent, n’oublient pas les acteurs et les décors, et sont sans faute de goût. Et sans éblouissement galactique non plus. C’est soigné, quoi. Plutôt direct, et fichu correctement. Les scènes sont assez courtes, les plans s’éternisent le moins possible, ce qui est plutôt sympathique. De son côté, la photo, difficile à juger dans bien des endroits de la copie, fort abîmée, semble plus soignée ici et là (notamment les scènes dans la chambre entre Lollobridgida et Bogart en début de film), mais sans étincelles.

Tout cela se suit, donc, sur un rythme de sergent malin mais pépère. Malgré le rythme de montage, plutôt vif pour l’époque, le film a quand même du mal à dépasser le stade de divertissement bien fichu et à s’envoler de manière un peu plus lyrique. Et il faut voir là, l’empreinte d’un montage un peu sage quoique agile, qui ne se comporte pas comme une lavette face au scénario mais qui n’a pas une personnalité forte. Il reste alors un petit film cocasse bien défendu par les acteurs, bien écrit, une espèce de petite série B, très sympatoche pour l’été, mais dont on sort étonné qu’il ne décollât pas plus.

Le film étant vendu dans les solderies et les magasins de fin de stock à 1 euro neuf et sous blister, comme ils disent, bah ça s’achète sans hésiter.

 

 

 

 

ALBINO ALLIGATOR de Kevin Spacey (USA-1996)

Pour deux euros, voire deux euros cinquante de plus, on peut acquérir ALBINO ALLIGATOR, le premier film mis en scène par l’acteur Kevin Spacey et qui jouit à l’époque d’une petite réputation chez les critiques et les autres.

 

Les USA. Surpris en plein cambriolage par l’alarme du bâtiment qu’ils tentaient de pénétrer, Gary Sinise (oulah, ça faisait longtemps qu’on n’avait pas vu sa tronche, à lui !) Matt Dillon et William Fichtner (acteur recommandable, vu dans PRISON BREAK saison 2, et aussi dans la belle série avortée INVASION) prennent la poudre d’escampette à bord d’une voiture volée. En déboulant ainsi en pleine berzingue et en pleine nuit dans les rues désertes, ils écrasent par erreur un inspecteur en civil de manière assez absurde et sans vraiment sans rendre compte. L’inspecteur était en couverture, prêt avec ses collègues à mettre la main sur un dangereux trafiquant qu’ils traquaient depuis des mois. Quand lesdits collègues du pauvre policier découvre son cadavre écrasé, ils se méprennent, et en poursuivant Sinise, Dillon et Fichtner, ils croient tenir le fameux trafiquant qui lui prend tranquillement la poudre d’escampette. Un quiproquo qui pourrait coûter cher  au trio de gangsters à la petite semaine, puisqu’ils sont obligés, après la course poursuite, de se réfugier dans un bar et de prendre, par la force des choses, les quelques personnes qui se trouvaient là en otages. La police encercle l’estaminet, et une longue nuit sans issue commence….

 

 

Et c’est parti pour une heure trente et des bananes de tensions, de désespoir et de parlotte entre nos pauvres loulous et les client du bar, qui est très bien fréquenté. Le patron, c’est M. Emmet Walsh  (l’affreux de SANG POUR SANG, vétéran apprécié), la serveuse c’est Faye Dunaway, et les clients sont le roi de la pomme de terre Viggo Mortensen et Skeet Ulrich, tout jeune. Et un dénommé John Spencer qui ne me disait rien, à première vue.

Un grooooos casting donc, avec plein de gens sympas dedans. Avec un faux montage assez astucieux en entame de match reprenant la célèbre ellipse dite des moutons calmes (jeu de mot), ALBINO ALLIGATOR (dont je soupçonnais, en achetant le film, que le titre était métaphorique et ferait l’objet d’un bon dialogue et d’une bonne conclusion, ce qui arriva ! La classe !) part sous de bons auspices, l’astuce en question étant toujours rigolote et payante pour le spectateur que je suis, et ce d’autant plus que le dialogue joue un rôle de confusion plutôt bienvenue, qui fait qu’on y pige goutte pendant quatre bonnes minutes, alors même qu’un semi-remorque d’informations nous sont délivrées. Comme la photo est soignée (ce qui sera le cas pendant tout le film du reste), et je dirais même plus signée Mark Plummer (bonjour Monsieur !), et qu’en plus les cadres de ces premières minutes sont plutôt beaux, bah, on prend facilement. Le film étant un huis clos, évidemment, tout se démêle rapidement et personne n’est perdu bien longtemps. Il n’empêche, avec un style appuyé, pas sobre mais pas laid, cette jolie introduction (qui se conclue par un bel accident de voiture) est efficace.

 

Dans le bistrot, c’est plus classique. Une première remarque s’impose, et Spacey ne s’en cache pas, ça bosse plutôt en territoire connu. Effectivement, le réalisateur annonce clairement que ses personnages sont marqués et se basent sur des archétypes : le leader un peu dépassé, le loulou à moitié psychopathe, le frère gangster plus mûr, le vieux patron de bar, le petit mignon, et la barmaid mûre. Les dés sont vite jetés. Le choix du casting appuie cette option. Les discussions et les choix cornéliens qui vont suivre seront plus de l’ordre de la morale que du processus de prise d’otages et de négociation, ici plutôt épuré au minimum. L’enjeu fait peu de doute. Bon, tout cela est correctement développé, et on sent que Spacey chouchoute son scénario, soigne ses acteurs.

 

Côté mise en scène, si le reste est globalement moins gourmand, la photo reste assez luxueuse et fait des efforts. Le cadre, s’il est moins inattendu que dans l’introduction, est par la suite soigné également : il y a de l’air, on évite les gros plans, ça spatialise sans gourmandise mais correctement, et il y a même quelques jeux de miroir, de profondeur de champ et de surcadrage ici et là, ce qui est toujours acceptable. Bon, moi, je n’aurais pas mis de la musique, ou alors pas celle-là, mais rassurons-nous, il y en a peu, même si du coup, elle se "voit" plus, et tend à surligner un peu lourdement parfois les passages les plus dramatiques. Enfin, au moins, ça bosse gentiment, Spacey prenant soin notamment de bien placer ses acteurs dans le cadre. Le montage, pas révolutionnaire pour un sou, est relativement alerte quand il s’agit de faire évoluer les frontières mentales entre les personnages. Au moins, la base est assurée. On est plutôt au-dessus de la moyenne des films indépendants actuels, il faut bien le reconnaître.

 

Ca, c’est fait. Malgré tout, on est dans la galaxie classiquosse. Comme je le disais, les personnages sont très marqués, et on sent nettement que Spacey a fait sa distribution en stratège, en confiant chaque rôle à des acteurs ou à des physiques attendus. M. Emmet Walsh, en vieux patron de bar bourru, ce n’est pas l’idée la plus originale du siècle, vu la tronche du bonhomme, mais en même temps (et la remarque vaut pour Dunaway, Dillon et Fichtner) c’est un acteur très très solide, et du coup, il y a matière, sur le papier, à nuances et au travail en profondeur. Une grosse base, un peu grasse même, mais des personnalités pour les travailler, c’est bien vu et voilà qui promet des affinages gouleyants. Enfin c’est ce qu’on se dit. Malheureusement, la mayonnaise de Tonton Spacey a du mal à prendre, et cela est dû à une alchimie simple, basée sur deux facteurs qui se nourrissent et se pourrissent l’un l’autre : le scénario et les acteurs. Sur ces deux niveaux, disons d’abord qu’on a vu, mille fois par le passé, bien pire que ce qui se passe dans cet ALBINO ALLIGATOR. Certes. Malgré tout, le décollage et même le dépassement du mur du son, n’ont pas lieu. Primo, le scénario est bien classique. S’il évite une énième variation naïve sur la fitzgeralité scottifiante fondatrice du héros américain et son fameux assistant le Second Acte, qu’on nous balance cent fois par an au cinéma depuis cinquante ans, Spacey se place quand même dans cette lignée qu’il explore de manière moins gnangnan peut-être, mais avec les mêmes effets : un récit édifiant et lourdement symbolique. Les personnages ne sortent jamais complètement, même sur le papier, de leur archétype de départ pour s’individualiser un peu plus. En mot, c’est balisé, du début à la fin. Vous allez me dire, "Mais c’est le jeu, ma petite Lucette". Oui, oui, je suis d’accord. D’ailleurs, Spacey demande à ses acteurs ce qu’il demande à son scénario : une grosse base bien voyante et des nuances au-dessus. Et ils y arrivent, un tout petit peu ici et là… Et encore, ce n’est pas de l’éblouissant. Les acteurs jouent très "au dehors", de manière trés marquée. C’est le choix de Kevin, il annonce, bon. Par contre, on a du mal à distinguer l’autre face de la pièce d’or promise. Et c’est là que le scénario et les acteurs se cannibalisent  en se faisant des bisous. Comme le scénario a du mal à décoller, et a même quelques faiblesses, il bride les acteurs qui ont du mal à larguer l’archétype. Et comme les acteurs y vont à fond le tractopelle (parfois ça passe d’ailleurs ! Gag !), bah ils ont tendance à alourdir le scénario. Et réciproquement, lycée de Versailles. Du coup, tout saute aux yeux, on sent bien qu’on ne va pas faire exploser les coutures. Le personnage de Sinise perd rapidement son intérêt, Dunaway et Dillon, pourtant capables bien entendu, s’enfoncent lentement et s’éloignent au fur et à mesure pour finir par une nuance de jeu pas nullasse, bien sûr, mais grossière. Ils essaient de nous peindre du Van Gogh avec un stabilo, ce n’est pas facile ! Rires. Le scénario, quelquefois aidé par la mise en scène, est maladroit dans les virages : le demi-twist de mi-parcours est presque annoncé par erreur (c’est marrant d’ailleurs, mais je peux pas en dire plus sans dévoiler quoique que ce soit), le destin de Sinise est vraiment pas clair et stérilise nettement Matt Dillon deux secondes avant l’hyper-climax, ce qui est quand même fâcheux, et le cornélisme imposé à Dunaway au final est pas franchement évident, même s’il se justifie sur le papier (et encore, dans ce cas, pourquoi un épilogue si appuyé : ça aurait mérité quelque chose de plus silencieux ou de plus ambigu). Là-dessus, les aléas extérieurs (police et surtout les médias) sont franchement dispensables.

 

ALBINO ALLIGATOR ne décolle donc pas, et laisse un goût d’inachevé. Dommage car la mise en scène avait son petit soin gentil. Mais en voulant trop chouchouter un schéma classique, en se refusant une bonne rupture ou quelque chose de plus froid, Spacey et son scénario laissent un goût plus amer, notamment concernant Dillon et Dunaway dont les jeux respectifs ne fonctionnent plus du tout dans la dernière bobine. On attend que ça se déroule. Ca se déroule. Et on allume une cigarette. Une tisane, on va se coucher. Et on regrette franchement que Spacey en voulant prouver son sérieux (pas volé du reste) n’ait pas un peu plus lâché les chiens.

 

Dr Devo.






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Jeudi 20 août 2009 4 20 /08 /Août /2009 11:44

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[Photo: "Robert Redford m'a Tuer." de LJ Ghost.]







Lou Pucci est un adolescent dans toute sa splendeur : il a des problèmes psychologiques. Le plus visible d'entre eux est le fait qu'à 17 ans, il suce toujours son pouce. Ce qui ennuie quand même pas mal son père, Vincent d'Onofrio, espèce de gros boeuf un peu beauf, ancien champion de football américain dont la carrière universitaire s'est rapidement arrêtée à la suite d'une blessure au genou. D'Onofrio, donc, veut à tout prix que son fils arrête cette manie régressive, et sous la pression Justin va à peu près tout essayer pour arrêter. Mais cette expression infantile cache peut-être des problèmes plus profonds.

 

 

Vous l'aurez deviné, nous sommes en plein dans le teen-movie, mais versant sérieux, un peu arty, et complètement Sundance (Lou Pucci a gagné le prix du meilleur acteur). Et même sans le savoir, on aurait pu le deviner, au vu des thèmes abordés et de la mise en scène de l'ensemble du métrage. Ca commence de manière étrange par quelques séquences fantasmagoriques et montrées comme telles, emphasées par les filtres roses qui parsèment ces scènes. On trouve alors tout de suite la volonté de montrer ce monde "idéal" selon Pucci, assez artificielle et finalement plutôt inutile tant l'ensemble est téléphoné. Rien de très beau ni de très loufoque ne s'y passe, et cette volonté de faire respirer le métrage avec des images remplies d'espoir (mais un espoir assez flippant et oppressant, on aurait peur de vivre dans ce monde de bisounours), des espoirs de Pucci plus particulièrement, s'avère être un coup d'épée dans l'eau, tant ce qui s'y passe, au final, manque d'intérêt. Alors oui, on voit ça, et on se dit que si c'est clairement un rêve, la réalité doit être toute autre. Elle l'est. Mais je trouve cette volonté un peu trop appuyée pour être honnête.

 

 

Le film se déroule ensuite de manière plutôt pépère, sans vraiment d'achoppement, sans surprise non plus, disons que le film est plutôt froid et modère un peu l'empathie, marque une distanciation entre le spectateur et les personnages (dont le principal). Pourquoi pas, mais ici l'effet escompté est plutôt de l'ordre du placebo, tant cette tranche de vie adolescente particulière n'est pas vraiment mise en valeur. Certes, il y a bien quelques piques à la société de-ci de là, mais elles me semblent vraiment trop prévisibles pour y trouver un quelconque intérêt. Oui, l'école (américaine) sur-médicamentalise les enfants, croyant trouver toutes les réponses dans la prise de cachets. Oui, la philosophie orientale, c'est bien mignon, mais on en revient, tant la société est cynique et n'accepte pas cette forme de pensée. Le libéralisme avant tout, et son animal sauvage intérieur, on n'y pense plus quand on grandit. Non, la drogue n'est pas une réponse et détruit tout sur son passage, même les souvenirs. On en est là. Je veux bien, mais les choses me semblent un poil trop surlignées. Lou Pucci vivra son voyage initiatique intérieur, pour finir par une morale un poil neuneu (tout le monde il est beau tout le monde il gentil, en gros) mais bizarrement distillée, un peu en loucedé (enfin non, elle est dite clairement par Keanu Reeves), qui vient se coller de manière plutôt absurde au récit. En fait, tout ça pour ça. Le parcours est vain parce que les réponses étaient là depuis le début. Quelques choses plutôt intéressantes surnagent en revanche : le personnage de la mère, jouée (magnifiée) par Tilda Swinton, qui veut simplement s'amuser dans sa vie très engoncée. Je n'en dis pas trop, pour vous laisser découvrir la chose, mais même si encore une fois c'est relativement du déjà-vu, Tilda y apporte un doute, une aspérité, une fébrilité qui rend son personnage juste et passionnant. En fait, on se passionne plus facilement pour elle que pour Lou Pucci, qui est beaucoup plus quelconque. Le personnage joué par Kelli Garner aussi, que je ne connaissais pas (ou en tout cas qui ne m'avait pas bouleversée auparavant) et qui se révèle une actrice tout à fait bonne. Elle représente en fait tout le film, toutes les idées thématiques que Mike Mills développe dans son film. Tout passe par elle, elle est comme le point d'encrage autour duquel évolue Pucci, donc tous les personnages, finalement. C'est par elle que tout commence, c'est par elle que tout finit, non sans avoir réussi à être émouvante à plusieurs reprises (dans les ruines, notamment).

 

 

Du côté de la mise en scène c'est joli mais inconséquent. Le montage n'offre aucun air, aucune porte de sortie, Mills monte clairement son film comme on lit un scénario. Le cadrage est par endroit plutôt joli, plutôt bien composé (j'ai en tête ce plan taille de Keanu Reeves vers la fin, qui pour une fois utilise le scope de belle manière) mais par moments, carrément plus quelconques, et surtout, surtout, le film est un tunnel sans fin de champ / contre-champ, ce qui annihile bien sûr toute velléité de jeu sur l'échelle de plans et surtout toute respiration, ou toute émotion. La photographie est grisâtre, soignée mais moyenne (et elle n'est pas mieux lors des séquences fantasmées, où tout est rose, c'est peut-être même pire que tout, ça ressemble au générique des FEUX DE L'AMOUR). Le son n'est pas franchement utilisé, et la bande originale remplies de choeurs (The Polyphonic Spree) ne sert qu'à encore alourdir un film qui l'était déjà pas mal sans ça (mais mention spéciale tout de même à l'utilisation de la reprise de "Thirteen" du groupe Big Star par Elliott Smith, qui est très jolie mais fait s'abattre un trente-trois tonnes sur le métrage, la subtilité n'était apparemment pas le fort de Mike Mills). Les acteurs sont précis sans être transcendants (j'ai déjà parlé de Garner et de Swinton, qui sont très bien) : Pucci traîne son visage fermé pendant une heure trente, ce qui peut être très long quand on ne sait pas sourire, peut-être a-t-il pris exemple sur Keanu Reeves, qui semble ici plus à l'aise que dans MATRIX mais qui semble tout de même avoir du mal à rigoler un coup. Il faudrait lui expliquer où sont les zygomatiques. Vince Vaughn cachetonne avec plaisir, dans un rôle plutôt étouffant mais qu'il arrive malgré tout à faire vivre.

 

 

Au final, le film se trouve être un parfait petit résumé du cinéma indé américain, sans être feel-good à la LITTLE MISS SUNSHINE mais pas loin, plutôt vers l'autre versant, un peu sombre, mais pas trop. Au final toute la famille ira danser sur la scène (ou presque), laissant le spectateur sur le bas-côté.

LJ Ghost.





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Mardi 18 août 2009 2 18 /08 /Août /2009 21:07

Publié dans : Corpus Analogia








[Photo: " Don't you forget about me" par LJ Ghost.]


Sarah Polley est belle. Elle est aussi sourde (enfin, pas complètement, elle a un appareil auditif) et a un accent bizarre, qui semble venir d'un pays de l'est, ce qui fait beaucoup pour une seul personne. Elle travaille dans une usine d'emballage, apparemment, et ça semble lui convenir. A vrai dire, on ne sait pas vraiment, parce qu'elle ne parle à personne et est toujours d'humeur brumeuse. Un jour, le patron de l'usine la convoque pour lui dire qu'elle fait bien son travail, mais le fait qu'elle n'ait jamais pris de vacances, n'ait jamais été malade et n'ait même jamais été en retard irrite ses collègues et les syndicats, il la somme donc de partir trois semaines ! Elle s'exécute et se retrouve dans une petite ville perdue où elle s'ennuie beaucoup. Elle veut s'occuper. Elle rencontre un homme par hasard, qui cherche une infirmière pour soigner un blessé sur une base pétrolière perchée au milieu de l'océan. Ce blessé est Tim Robbins, il est brûlé un peu partout sur le corps suite à un accident dans la base et surtout, il est temporairement aveugle. Si leur premier contact est froid, au fur et à mesure du temps Sarah va se détendre auprès de cet homme.

 

 

Film de maladie (Robbins brûlé et aveugle) + film social (l'usine, le handicap, l'accent) + mélodrame (on devine le lourd passé de Sarah Polley) = un truc qu'on n'a pas forcément envie de voir, là, comme ça. Sauf que ce serait peut-être une erreur.

 

 

Pourtant quelque chose se passe dans ce film. Ce n'est pas une orgie extatique de choses sublimes (John Hughes, reviens), disons que la beauté arrive par à-coups, par intermittences, entre des choses beaucoup plus banales. Le film commence de manière surprenante : des plans très courts, entrecoupés de fondus au noir, montrent l'accident sur la base, qui blessera Tim Robbins. C'est au niveau de la bande-son que les choses sont intéressantes : Coixet utilise une musique jazzy un peu wong kar-waienne plutôt prévisible mais qui fait son petit effet, et surtout une voix off, très étrange, très malmenée, un peu comme le nain dans TWIN PEAKS (en moins extrême et sublime, bien sûr). Quelque chose cloche avec cette voix, ce n'est pas Sarah Polley qui parle, pourtant elle semble la connaître et deviner son for intérieur, mais pas seulement, elle dit aussi que Sarah lui parle, la coiffe, l'habille, lui donne à manger, alors que dans la présentation de l'actrice, il est tout à fait clair qu'elle vit seule et, plus important, qu'elle ne veut vivre avec personne. Qui est donc cette mystérieuse voix ? Surtout que sa présence apporte au spectateur le sentiment du doute ; on se demande si Sarah n'est pas folle, si elle n'a pas une poupée bizarre installée quelque part, qu'elle dorlote encore comme une enfant, ou si c'est une amie imaginaire, ou si c'est sa conscience, en tout cas quelque chose qui tranche complètement avec le ton très réaliste du film. Ca n'est pas mal vu. Le reste n'a véritablement rien à envier au drame traditionnel et au film hollywoodien. Il y a du pathos, des larmes, la mort, des amoureux malheureux, un passé trop lourd à porter, un happy end, bref, tout se passe selon le plan. Mais ça ne se passe pas si mal finalement, et on se retrouve à suivre le film sans vraiment se crisper à la moindre petite chose pas très belle (chansons pop branchouilles non-stop, cadres serrés, photo sans relief) grâce à Sarah Polley, qui est formidable, comme d'habitude, et qui sauve le film du naufrage.

 

 

En fait, le souci principal, autre que ce dont j'ai brièvement parlé un peu au-dessus, c'est que Coixet n'arrive pas à finir son film correctement. Elle l'étire, l'étire, l'étire, un peu à la façon du SEIGNEUR DES ANNEAUX (la comparaison s'arrête là), comme si elle cherchait à tout prix le moyen de finir son film sur une note positive. Le drame n'est pas loin, enfin, pas tant le drame que la tristesse, et on sent que la réalisatrice hésite à s'arrêter là, ce qui aurait été selon moi une bonne idée qui aurait en plus donné au film tout son sens (tout ça aurait été inutile finalement, un épisode et rien de plus, ce qui aurait été beau). Mais elle continue la bougresse, et on n'est pas loin du beau garçon et de la belle jeune fille, sur une plage de sable au soleil couchant et courent l'un vers l'autre pour se serrer dans les bras. Bon, là la plage est remplacée par une usine au fin fond de l'Irlande, mais c'est la même idée. Dommage, donc.

 

 

Il y a pourtant deux-trois jolies choses, très émouvantes, comme certains plans de demi-ensemble plutôt bien composés et ces quelques (trois ou quatre, pas plus) faux-raccords dans l'axe, qui nous font décrocher de la bluette dramatique pour atteindre une espèce de vraie mélancolie. Autre bonne idée, ne pas avoir illustré le passé de Sarah, ce qui aurait été encore plus lourd mais n'aurait pas vraiment dépareillé dans ce film si prévisible.

 

 

Au final, THE SECRET LIFE OF WORDS n'est pas particulièrement réussi, c'est même plutôt le contraire. Mais si on aime Sarah Polley, et j'espère que vous aimez Sarah Polley, on se risquera à se frotter à la bête espagnole, pas infamante mais pas transcendante non plus.


LJ Ghost.






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Dimanche 9 août 2009 7 09 /08 /Août /2009 19:32

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[Photo: "Discours du Dr Devo à la Pologne" par Norman bates.]





Le public béat retient son souffle, les projecteurs s'affolent, la musique redouble d'intensité. Chaque morceau de roue segmente un peu plus l'infini, je vois des choses étranges aux frontières de mon champ de vision. Tout s'arrête. La roue à choisi, ce sera KURT COBAIN : ABOUT A SON qui est sélectionné. La foule se lève à l'unisson et applaudit à tout rompre, des confettis tombent du ciel, ma vision se brouille, je disparais. 3 h plus tard je reprends connaissance dans une piscine ou nage un nouveau né nu. Nous sommes en septembre 1991, j'ai tout juste 16 ans, Nirvana est le groupe que les jeunes désœuvrés un peu loosers écoutent toute la journée en se demandant quel est l'alcool le moins cher pour pouvoir aborder une fille ce soir. Je suis assis avec mon jean troué, je regarde le rock et son apogée, je bois une bière. Maintenant il fait nuit, je me retrouve dans le complexe thalasso du building Matière Focale. Un fantôme me regarde, comme écho a mes pensée. En reprenant une bière il me demande si nous sommes toujours ce que nous avons été. Doucement je me coule dans l'eau, les bulles entourent mon visage...

La vie de Kurt Cobain a déjà été adaptée au cinéma par Gus Van Sant dans une comédie romantique qui parlait en fin de compte plus de William Blake que de Cobain.  Il n'y a eu à ce jour encore aucun biopic classique consacré au clochard le plus célèbre du monde, et ce n'est pas AJ SCHNACK qui va me contredire. Il signe en effet un documentaire au sens cinématographique du terme, c'est à dire qu'il est mis en scène du début à la fin ! Je m'explique, toute les images du documentaire ont été réalisées pour le doc, il n'y a aucune image d'archives. On ne voit pas Kurt Cobain pendant tout le film ! On ne voit personne de Nirvana, ni même de l'époque du grunge. Enfin il y a juste les toutes dernières images du film qui révèlent le visage du blondinet pendant quelques secondes. Ca c'est du docu comme je les aime ! Je vais vous expliquer rapidement le procédé, ça ressemble un peu à une critique de Matière Focale TV, en beaucoup moins sublime évidemment : la bande son est une interview d'1h30 de Kurt Cobain, entrecoupée d'illustrations sonores (mais là encore jamais de Nirvana) point barre. Cobain raconte sa vie, un peu tout et n'importe quoi, et pendant ce temps AJ SCHNACK fait du montage, balance des images ayant plus ou moins de rapport avec ce que raconte la rock star. Et voilà à quelle sauce le mythe est mangé. Rien que pour cela je me lève, et j'applaudis.

Plastiquement, c'est très soigné. Il y a du cadrage, de l'éclairage, même des idées ! On est bien loin des documentaires laids et soi disant pédagogiques qu'on nous balance à toute les sauces, à la TV comme au cinéma. Ici les images sont parfois sublimes, cadrées et montées. Le début est extrêmement drôle, on dirait du Yann Arthus Bertrand en inversé : de longues vues d'avion ou d'hélicoptère dans des paysages urbains, ou il n'y a que de la pollution. Il filme des péniches, des cheminées, des embouteillages, une sorte d'environnement industriel en friche ou la nature est réduite à la part congrue. C'est dans un bateau, alors que la nuit tombe doucement, que Cobain commence à parler. Il annonce qu'il n'a aucune envie de raconter sa vie privée, qu'il a eu une vie inintéressante et pourrie, et que de toute façon personne ne mérite de connaitre sa vie. Petit à petit il va se confier quand même, sans jamais trop s'attarder sur des faits précis, mais va plutôt dépeindre des impressions, des anecdotes futiles qui n'ont aucun intérêt. Ce n'est pas dans ce film que vous aurez des scoops sur des coucheries éventuelles avec d'autres stars du show business, en gros. Pendant ce temps on traine dans les endroits qui ont peut être vu grandir la star, mais à notre époque. Le film est découpé en trois : Aberdeen, Olympia et Seattle, comme la naissance, la vie et la mort. A chaque fois ce qui marque c'est la ressemblance des lieux, les mêmes fumées, les mêmes friches un peu glauques. Parfois les images s'attardent sur des gens lambdas, parfois sur une scierie qui rappelle TWIN PEAKS, ou sur des hommes nus nageant dans des piscines. Ce que la mise en scène exprime via ces images de lieux supposés de vie, c'est que l'artiste est avant tout le fruit d'un espace et des personnes qui le peuple. La musique est ici le fruit d'une rencontre entre une réalité tangible (géographique) et une réalité fantasmé (celle de Cobain). Cobain explique au début que c'est justement ce décalage qui va se creuser, il croit enfant qu'il est un extra terrestre, et va tout faire toute sa vie pour s'extraire des lieux, se retrancher du vrai monde. Il passe par exemple des jours enfermés dans un appartement, ou a se droguer pour pouvoir survivre. Cette latence, ce différentiel est bien mis en valeur par la mise en scène, grâce au procédé, et grâce à cela uniquement. La combinaison des paroles, du son et de l'image forment quelque chose de différents de ces trois parties prises séparément. La tristesse émanant du personnage est donc rendue sensuellement, et même sans comprendre le sens de ce que dit le chanteur, on a cette impression d'intense vide de ces citées américaines. Les gens à l'écran ne parlent jamais, l'interview et la musique occupent tout le champ, comme si elles empêchaient à la réalité de s'incarner. Tout parait vide et triste, on a l'impression d'être dans la peau d'un sourd muet. Tout les gens que l'on croise sont juste des portraits sans vie, des sourires esquissés, des pantins amorphes. En fait ils sont un paysage, une ambiance, et non des personnalités différentes. La seule personnalité c'est celle du sujet, ce qui donne vraiment la sensation d'un film de tête, d'une déambulation dans des pensées, d'un puzzle de sensations que la vision incarne à certains moments et à d'autre non. Des passages animés montrent que l'imagination seule met de l'originalité et de l'extra-ordinaire au sens premier dans le paysage : la création comme seule échappatoire à ces mornes espaces.

Si le procédé est plutôt soigné et intéressant sur le papier, en pratique c'est pas toujours ça. Autant certaines parties sont très belles et réussie, par exemple ces méduses utilisées comme chez Resnais, symbole de la solitude, ces images de gens qui nagent ou le montage qui s'accélère sur la fin, passant de plus en plus vite sur les hommes pour s'attarder sur des décors vides ou des villes désertes, autant les passages animés ainsi que certaines séquences uniquement illustratives comme cette scierie alors que Cobain évoque le travail de son père sont assez vides de sens et ennuyeuses. Sur 1h30 le procédé ne tiens pas la longueur en fait, c'est parfois assez vain et creux. Ca n'empêche pas que c'est bien plus intéressant que la plupart des documentaires actuels, qu'il y a un vrai point de vue et une vraie émotion qui passe dans ces images. C'est assez rare pour être signalé. Pas besoin d'être fan de Cobain pour aimer, j'ai moi même arrêté il y a bien longtemps, et j'ai juste découvert un portrait intéressant d'un homme hors du commun, sans que sa musique ne soit cité à aucun moment. KURT COBAIN : ABOUT A SON pourrait être au fond une fiction complète...

Norman Bates.







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Jeudi 6 août 2009 4 06 /08 /Août /2009 23:01

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[Photo: "Exigez l'exigence !" par Dr Devo, d'aprés une photo de Renée Vivien.]





Nous sommes au Japon, et il se passe des choses bizarres. Des gens se suicident par dizaines, de manière spectaculaire, et sans aucune explication. Les détectives Kuroda et Shibusawa enquêtent, mais leur investigation piétine alors que les morts s'accumulent. Bientôt, un groupe de lycéens, sur le point de se jeter du toit de leur école, se réclame d'un groupe appelé le Suicide Club. La police mène l'enquête.

 

 

Le film commence de fort belle manière : un troupeau (il n'y pas d'autres mots, elles doivent être une cinquantaine) de lycéennes arrivent sur le quai d'une gare, et d'un geste commun et partagé, se jettent sous un train. Cette séquence pourrait être anecdotique si la mise en scène n'était pas aussi maîtrisée. C'est un festival de sensations, qu'il va être difficile d'expliciter, mais je vais quand même essayer, pour vous donner une idée de la beauté de la chose. Lorsque les lycéennes arrivent, toujours plus nombreuses, et envahissent littéralement l'écran et la station de métro, le mixage du son, très emphatique, donne l'impression physique de l'asphyxie, c'est un brouhaha indescriptible qui communique une sensation très proche de la claustrophobie. On est très mal à l'aise, on a vraiment envie que ça s'arrête. En plus, le cadre est très serré sur les visages, et bouge sans cesse, coupe sans cesse, virevolte en caméra épaule entre toutes ces jeunes filles, séparées en petits groupes, qui parlent entre elles, rient, sourient, bref, sont tout à fait normales. Un insert survient parfois, un très beau plan nocturne de train qui arrive, qui pourrait permettre de relâcher cette tension mais qui, au contraire, dit le futur avec force, on sait ce qui va se passer et ce qui devait aérer asphyxie encore plus. Elles se mettent alors en ligne, et avancent sur le quai de la gare. Le son d'ambiance disparaît et laisse place à une musique bizarrement joyeuse, un genre de musette. La tension est complètement relâchée, et pour tout vous avouer je me suis pris à rire de ce changement de ton. Les lycéennes se tiennent la main. Quelques travellings latéraux présentent la ligne de jeunes filles, le visage ferme, décidé. Le train se rapproche. Elles se mettent alors à toutes crier "Et un, et deux, et trois", en entraînant chacune leurs bras, puis sautent sur les rails. Le train arrive et les écrasent dans un geyser sanguinolent. Si j'ai décris la scène de manière aussi précise, c'est pour essayer d'illustrer à quel point la mise en scène du début de ce film (on en est à peine à cinq minutes !) est vectrice de sensations contradictoires mais pourtant éclairantes sur ce que sera le film dans son ensemble, et en donne pratiquement les clés. L'intérêt de cette séquence (outre le ressenti physique) est d'installer immédiatement cette idée que la société est irrespirable, insupportable, et que la mort pourrait être la solution à tous ces problèmes. Sauf que finalement, et Sono Sion le développe très bien dans le film, ce n'est pas si simple.

 

 

Ce que Sion essaie de nous dire, c'est que la Société (japonaise, et même au-delà de l'archipel, chez nous aussi) se meurt. En fait, les parties les plus anxiogènes ne sont pas tellement celles de suicide et de mort, mais sont plutôt celles de la vie de tous les jours, la vie banale, le métro-boulot-dodo, et en particulier l'interaction entre les personnages. Son traitement des personnages, justement, est intéressant : ils sont vus de manière froide, extérieure, pas antipathique mais clinique (d'ailleurs, c'est amusant mais la séquence qui vient après celle que j'ai décrite se déroule dans un hôpital, et je pense sincèrement que ce n'est pas innocent). En fait, on les suit un peu, puis on les perd, puis on les retrouve, mais sans que ça n'ait vraiment importance sur le scénario. Enfin, ce n'est pas tout à fait vrai puisque le film apporte son lot de révélations, mais qui n'ont au final aucun impact, tout tourne à vide, et l'avancement de l'enquête n'a aucune importance parce que la Société est déjà battue et ne peut absolument rien contre cette nouvelle mode, j'ai envie de dire (le choix de ce mot n'est pas innocent, j'y reviens). Elle n'a pas de réponse parce qu'elle est renfermée sur elle-même, plus personne ne communique vraiment et malgré les nouvelles technologies, qui nous font penser que l'on est tous reliés les uns aux autres, on ne connaît personne, même pas nous-même (c'est très parlant dans la dernière scène dans la maison de Kuroda, c'est même clairement dit par son interlocuteur). Elle est donc impuissante face à cette vague de suicide, et même la police ne sait pas quoi faire (imaginez, des suicides, il n'y a pas de meurtrier, que reste-t-il à chercher ?). Que fait donc la Société ? Elle ingère ce phénomène, et le recrache sous la forme de pop-culture : des comiques font des sketches, des girls-band font des chansons, les gens rient et achètent des disques parce qu'il ne savent pas quoi faire d'autre. A ce titre, je veux souligner l'idée sublime de l'existence du personnage de Genesis, espèce de Charles Manson punk et queer (je ne peux pas trop en dévoiler, malheureusement), qui reprend à son compte ce que je viens dire pour en faire, quasiment, une oeuvre d'art, mais complètement opportuniste et mensongère.

 

 

En fait, les séquences de suicides sont de véritables bouffées d'oxygène dans ce monde embourbé, les seuls moments libérateurs en quelque sorte. La seconde séquence de suicide collectif, sur le toit du lycée, scène vraiment terrifiante et dérangeante qui vous laissera un goût amer dans la bouche, se déroule dans les rires les plus francs, sous un ciel bleu et avec un peu de vent qui souffle, alors que tout le reste de l'action se déroule dans des endroits exigus et anxiogènes. Mais ces gosses ne sont pas heureux de mourir, ils n'ont pas envie de mourir, il ont juste envie de ressentir quelque chose, de bouger, de faire quelque chose. Ils poussent simplement cette envie simple, humaine finalement, dans ses derniers retranchements, dans l'extrémisme. Le suicide est la seule chose qu'ils ont trouvé pour pouvoir s'exprimer, exister, et paradoxalement vivre dans cette société. Mais loin d'être un pamphlet, ou une oeuvre autiste et donneuse de leçon, Sono Sion pense aussi à s'amuser et n'oublie pas une certaine ironie mordante et désespérément drôle, comme ce garçon, heureux et amoureux de sa petite amie, qui en se suicidant du haut d'un immeuble tombe littéralement sur sa petite amie. Le réalisateur n'engonce pas son film dans l'austérité, il lui donne de l'air et joue avec la mise en scène, avec la forme pour faire passer le fond.

 

 

Ca cadre plutôt joliment, sans être transcendant, c'est une certaine épure qui prime dans la composition (sauf dans les séquences avec Genesis, ou dans celle dite de la "menuiserie" vers la fin, où Sion lâche un peu les chiens) malgré un cadre très mouvant. Il se permet même des petites gourmandises, comme ce champ / contre-champ (le seul, me semble-t-il, ou un des rares) dans l'hôpital au début, volontairement vulgaire et comique (cette impression est accentuée par le jeu des actrices), très soap-like en fait, et qu'on ne peut décemment pas prendre au sérieux. La richesse vient du montage, dynamique et très bien rythmé même dans les séquences les plus calmes (il y en a peu, les plans sont en général assez courts et Sion coupe souvent, même si c'est pour faire des raccords dans l'axe). La photographie est souvent simple et naturelle, je n'ai pas l'impression qu'il ait beaucoup utilisé de projecteurs (pas mal de plans tournent sur 360°) mais fonctionne très bien, tout en n'oubliant pas d'être parfois plus riche et plus baroque (ce sont quasiment les mêmes scènes que pour les cadrages). J'ai trouvé le son très beau, fluctuant, mixé de manière sensorielle en n'hésitant pas à mettre en avant une porte qui claque, un objet qui tombe, bref, qui ne se focalise pas sur les dialogues. Les chansons sont en général très réussies et ne sont pas qu'illustratives, elles font avancer le film et s'intègrent parfois de manière assez iconoclaste au déroulement du film (chez Genesis, encore lui, vous verrez, c'est beau à pleurer).

 

 

Une chose que je n'ai pas mentionné avant et qui est d'une importance capitale : SUICIDE CLUB est un melting-pot complètement punkoïde de film policier, de gore, de drame, de comédie musicale. La structure même du film est mouvante, changeante, tout le temps surprenante, et ce mélange, qui donne finalement un film social tout à fait émouvant et juste (et qui se finit d'une manière sublime et très confuse, mais je vous laisse le découvrir), permet de ne pas être écrasé sous le poids social du film. Vraiment très beau.

LJ Ghost.





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Mardi 4 août 2009 2 04 /08 /Août /2009 17:25

Publié dans : Corpus Analogia






[Photo: "Wasington" par Dr Devo.]





Studio d’enregistrement de Matière Focale – 12h67 (QH)

A peine ai-je le temps de repoudrer mon vortex qu’un gentil technicien me fait signe. "Prêt Mr Quantique, dans 5, 4, 3, 2, 1… Antenne". La musique du générique crache ses dernières notes et c’est à moi.

USQ : "Salut les Kid’s, heureux de vous retrouvez pour un nouveau numéro la Focale Académie. Démarrons sans plus attendre cette nouvelle semaine de folie en accueillant notre nouveau candidat ! Un tonnerre d’applaudissements pour Hans!"

(Le technicien vous tend un panneau APPLAUDISSEMENT, cependant vous n’êtes pas obligé de vous y soumettre).

Hans entre en scène sans me serrer la main ni me saluer puisque nous nous étions déjà présenté vers 11h42 (QH).

USQ : (Au public) "C’est l’été, Koh Lantha c’est déjà terminé mais vous êtes tous encore bien chaud, le film de Hans devrait en toute logique vous intéresser". (Je me tourne vers Hans qui été en train de se sniffer le caramel du Flamby qu’une de nos délicate hôtesse lui avait apporté) 

USQ : "Avant de commencer Hans, souhaiteriez-vous répondre à cette question ?"

HANS : "Ja ja ja, mein freund."

(Chez vous un indice s’affiche peu avant 12h67(QH))

USQ : "Je suis un Cap situé à l’extrémité de …"

HANS : "...Horn!"

USQ : "Le Cap Horn bien entendu, magnifique, et j’en déduis que vous aimez la mer, l’océan, l’eau…"

HANS : "C’est peu dire ! En effet j’adore ça et c’est justement l’une des pierres angulaire de mon film".

(Mr Quantique se délecte d’un bon Emburgé… mais non, "Hamburger" s’exclame une foule joyeuse d’enfants, mais il faut bien dire que tout cela le laisse bouche bée.)

USQ : "Angulaire dites-vous ?"

HANS : "C’est cela."

USQ : "Et bien nous verrons cela, mais dans un premier temps, rappelons aux lecteurs le principe de la Focale Académie : Un grand nombre de candidats se présente avec le pitch de leur film, après quoi Kinobot 3000, notre robot Critic, réalise une sélection dans la plus pur tradition totalitaire car son choix est arbitraire. Les films sont ensuite tournés et montés et si la chose est à la hauteur du Pitch, Matière Focale décerne au film et à son équipe le Flamby d’Or à déguster immédiatement".

Gilles la voix off : "Avec DERIVE MORTELLE, les membres du Jury ne pouvaient être qu’alléchés par le Pitch. Une bande de trentenaire partent festoyer à bord d’un Yacht loin, loin, loin dans l’océan. Sans crier gare, les voilà pris de quelques menues bouffées de chaleurs. Ni une, ni deux, plouf, plouf, pince-mi, pince-moi et les autres aussi, plongent en cœur, ou presque. Oui mais voilà, au moment de remonter, les trentenaires s’aperçoivent qu’il n’y a aucune échelle de déplié et le Yacht est suffisamment imposant pour empêcher quelconque abordage via l’eau!  "Z’ont pas l’air cons maintenant !", comme dirai l’autre. Evidement tout ça est très intéressant. Des personnages livrés à un état critique, avec juste à quelques centimètres leur issue de secours. Imaginez un peu le potentiel de la chose! Nous avons donc à faire avec un huit-clos marin et ça, ça fait zizir".

DERIVE MORTELLE démarre plutôt sympathiquement. On a droit à un tout petit écran au centre du Big Black Screen qui nous délivre un film de vacances tourné en vidéo toute crado. Quatre jeun’s se la donnent grave quelque part en Amérique du Sud, tout est beau, l’avenir est devant eux jusqu’a ce que le cameraman fasse une chute. Le gars semble un peu amoché mais il se relève, nous n’entendons plus ce que les autres disent, la bande s’enraye… Un carton affiche "Based On True Events" et ensuite e5 ans plus tarde, on suit alors, au format Scope, une caisse qui file à "140 sur les trottoirs (art-art-art)" avec de la musique wok und wall.

Ça se poursuit gentiment On retrouve nos 4 jeun’s qui ont maintenant 30 ans et qui se retrouvent justement pour fêter l’anniversaire de l’un d’eux, oui sauf qu’ils ne sont plus quatre, mais 7. Il y a eu séparation, la vie à fait son chemin et une des filles s’est maqué avec un gars qui lui a fait un enfant (une petit Juju encore au berceau) et un autre se tape une fille fraichement ramassé. Bon donc ça fait longtemps que ce petit monde ne s’est pas revu et l’ambiance est gentiment décontracté et poli sans trop forcer non plus. On est loin de la fofolitude de la séquence d’avant. Alors tu sens cette tension qui monte, ce scénario qui pousse, la psychologie des personnages qui s’installe.


Après ça se gâte un petit peu et encore une fois c’est le sacro-saint scénario qui vient jouer des noises à Mlle Mise-en-scène. Et oui, si le pitch est très bon, le scénario écrase beaucoup de choses. L’image vous paraitra fort simplette mais traduit bien ce que l’on peut ressentir face à un tel objet… Horn, comme si il s’agrippait à une bouée de sauvetage, va sans cesse se raccrocher au scénario pour faire avancer son film en axant son travail sur les personnages et les dialogues. Le résultat n’est pas désastreux loin de là, d’autant que les acteurs sont plutôt bons, mais le hic c’est que le stress que nous devrions ressentir face à une telle situation ne passe pas ou difficilement. On reste dans l’intention : "Je vais vous faire peur en mettant des gens dans une position délicate" sauf qu’ils sont les seuls à ressentir la chose et nous, nous sommes mis un peu à l’écart. Tout cela est manifeste dans la mise en scène qui multiplie les séquences de dialogues en gros plan, et au final le huit clos pourrait se produire n’importe où ailleurs, cela aurait le même effet. Ce que je veux dire c’est que Horn ne joue pas suffisamment avec la singularité de son espace, et là où les choses pourraient être terrifiantes, elles laissent juste passer un petit suspens convenu (certes efficace par moment, mais pas très singulier dans le genre). Ne soyons pas chien et admettons tout de même que Horn tente d’aérer les choses par moments en offrant des séquences plus inspirés, moins plan/plan… mais c’est toujours dans le cas de séquences-clés ultra stabilotées, du coup les choses s’articule assez mal dans la globalité, ce qui est assez dommage.

Reste tout de même un divertissement relativement consommable pour vos nuits d’été, l’ensemble se laisse regarder et recèle tout de même de quelques petites gourmandises, notamment ce début qui laisse planer une atmosphère incertaine bien venue. Aussi Horn s’entiche de tous les passages obligé du genre (comme les téléphones portables, si si !) mais les détourne de façon plutôt intéressante et inattendue sans tomber dans les clichés habituels ce qui est plutôt appréciable. A ce titre l’utilisation de la petite Juju est assez judicieuse, car elle est pour le coup présente comme un élément de mise en scène venant faire monter la tension et le suspens, et non comme un élément de pathos écœurant comme c’est trop souvent le cas avec les enfants.

Avis aux amateurs, le Flamby d’Or restera au frais pour le moment !


L'Ultime Saut Quantique.





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Lundi 3 août 2009 1 03 /08 /Août /2009 11:40

Publié dans : Corpus Analogia







[Photo: "Cut Me I'm Famous" par Dr Devo.]




Jennifer a sept clitoris. Batz à un énorme sexe accro à la drogue. Elle a un féroce appétit sexuel qu’elle nourrit en couchant avec des hommes régulièrement. Lui a honte de sa difformité et comble l’appétit sexuel de son appendice en s’injectant de la drogue directement dans l’organe en question. Lorsque ces deux êtres mutants vont se rencontrer l’univers va prendre une nouvelle tournure, le monde va basculer dans une nouvelle dimension, une nouvelle religion va naître et le cosmos en sera bouleversé à jamais.



Ca faisait seize ans que l’on n’avait pas eu de nouvelles de ce vieux briscard de Frank Henenlotter. Réalisateur hors norme, dégouté par la tournure prise par l’industrie du cinéma ces dernières années, il avait abandonné le cinéma alors que les producteurs le poussaient à réaliser un énième BASKET CASE. Il aura fallu seize années et la confiance d’un de ses potes rappeur pour qu’il reprenne sa caméra et nous fasse à nouveau profiter de son talent. Et ca fait vraiment plaisir de voir qu’a 60 ans il n’a rien perdu de la rage punk de ses débuts. Véritable leçon pour les jeunes réalisateurs, il tourne ce BAD BIOLOGY pour 1000$ de budget (!), quasiment en cachette, et uniquement avec des acteurs novices. Chapeau l’artiste !



BAD BIOLOGY est un torrent qui nous emporte à la suite de Jennifer. Sa passion torride pour le sexe jamais insatisfaite bouscule tout son univers à chaque seconde. Il n’y a pas un homme de son entourage qui ne soit jugé, évalué, et séduit le cas échéant. Dans la vie, elle est photographe, ce qui l’aide bien à rencontrer de futures victimes, car c’est de cela dont il s’agit, son appétit farouche développant en elle une folie quasi animale qui la pousse à tuer chacune de ses conquêtes après les avoir photographiés durant l’orgasme. Son tableau de chasse est une véritable collection de photographies sublimes d’hommes en pleine jouissance, comme si la puissance d’un orgasme pouvait être figée pour l’éternité. Chacune de ses relations la féconde et fait naître deux heures plus tard un rejeton déformé qu’elle abandonne aussitôt. Elle accomplit donc un cycle complet de pénétration et d’expulsion, des hommes entrant et sortant de son corps quasiment chaque jour. Ce rapport quasi permanent au sexe dévoile petit à petit une souffrance causée par son premier mec, dégouté par sa malformation. Elle souffre de ne pouvoir garder ce qu’elle convoite, de ne pas pouvoir fixer ces orgasmes, de n’être jamais que la catharsis de la fin de l’homme, à tout points de vue. Cette souffrance rejaillit plus ou moins consciemment sur son œuvre, de plus en plus organique, voire pornographique. Bientôt des femmes à tête de vagins vont peupler ses photos, créatures symbiotiques symbole de l’attirance physique du corps.



Bratz souffre autant sinon plus de ce sexe qu’il ne maitrise pas, qui n’en fait qu’a sa tête. Gavé toute la journée de drogues plus ou moins forte pour calmer son gigantesque zizi  il s’enferme dans le porno et conçois des machines sexuelles capable d’accueillir son puissant organe. Mais quand il dort il rêve d’amour. Complètement par hasard il va faire la connaissance de Jennifer, tout de suite attirée et fascinée. Elle le surprend avec une prostituée avec qui il va pour la première fois avoir un rapport. L’histoire ne dit pas si la professionnelle du sexe s’en remettra, mais ce rapport va lui procurer un orgasme ininterrompu pendant des heures, voire même des jours.  Au moment fatidique de la rencontre, le sexe de Batz va prendre la fuite, échaudé par ce rapport enfin consommé…



Henenlotter est un auteur. Un vrai. Son film est un film d’auteur incontestablement, mais au bon sens du terme. C'est-à-dire que c’est une construction fascinante n’ayant pas d’autres limites que celle de l’esprit d’un homme, un accomplissement total d’une vision en utilisant tout les moyens à sa disposition. Le film est bourré de gourmandises sublimes, d’aberrations magnifiques, de colère ou d’humour, de ressenti et d’audace. Quel pied phénoménal de voir qu’a chaque seconde il se passe quelque chose dans son lecteur DVD ! Que rien que pour ouvrir une porte de salle de bain il faille un procédé unique qui découle d’un besoin vital de s’exprimer. Qu’un mouvement de caméra ait autant de conséquences dans le plan que dans la narration. Qu’une déclaration d’amour passe par une chanson quand un acteur est incapable de la prononcer ! Animé d’une volonté punk intacte, le film est une immense éjaculation à la face d’un cinéma formaté et normé. Les acteurs, même inexpérimentés sont tellement portés par l’élan insufflé dans la mise en scène qu’ils n’ont pas à rougir de leur prestation, parfois même sublime. Le réalisateur se fait plaisir, et cela se sent. Lorsqu’il suit sagement son héroïne, qui se retourne et commence à dire au spectateur qu’il ne faut pas aller dans la salle de bain, il prend simplement sa caméra, se retourne et va filmer dans la salle de bain. Lorsque la bite va se balader dans le quartier il n’hésite pas une seconde à enchaîner les scènes de cul style porno soft pendant dix minutes, avec une malice qui fait plaisir à voir. Juste comme ca, l’air de rien, en nous amusant un peu et en nous brossant dans le sens du poil, il nous montre qu’un homme n’est pas défini par sa bite puisqu’elle appartient déjà à un carcan physique, qu’elle à une nécessité naturelle qui ne se réfléchit pas. Le sexe baise, c’est tout ! Il enchaine la baise, il est éternel insatisfait, il n’a pas de limites autre que la nature. Il va de maison en maison et fait ce qu’il doit faire. L’homme lui s’extrait du cycle, casse la nature. C’est notre problème de lutter contre la nature, ca n’appartient qu’à nous pauvres esprits métaphysiques. Si on ne veut pas lutter on peut juste forniquer, on revient à notre fonction. Or le sens n’est pas une fonction, c’est une parole. C’est la parole de Dieu, de Jennifer, de Bratz, d’un rappeur et même d’une actrice porno ! C’est l’ADN, c’est l’évangile de l’univers, ce sont nos chairs, c’est du foutre, c’est le futur. L’orgasme ultime, l’entrée dans l’infini, les portes de la perception, l’univers, tout ca ne donne naissance qu’a un homme-bite. Nous sommes esclaves de notre fonction, la souffrance émane de cette difficile soumission à la nature. Peut être même que Jennifer est morte à la fin ! Je n’ose imaginer un évangile ou une déesse crève après avoir donné naissance à un homme-sexe, et à ses répercussions sur la société et l’univers. Nous ne sommes humains que grâce à cette souffrance, nous jouissons car nous souffrons, c’est le moteur de la création, de notre création. Dieu n’est pas mort, Nietzsche avait tort ! Il était tout simplement sorti pour draguer.

Visuellement, le manque de moyen ne se ressens presque pas. La photo est assez réussie, très soignée et colorée elle exprime vraiment beaucoup plus qu'une série Z lambda, met en valeur une certaine décrépitude du milieu. Le film se déroule essentiellement dans des endroits glauques : une vieille casse (clin d'oeil à CRASH ?), une maison abandonnée, une rue miteuse ou un appartement de dealer particulièrement crade. La photo justement sublime ces lieux, et au final l'endroit le plus glauque est sans doute l'agence de pub pour laquelle Jennifer bosse !  De même que l'univers dans lequel évolue les personnages, essentiellement des junkies/clodos/dealers, est une sorte de berceau industriel, matrice grouillante où n'importe qui peut baiser puis disparaitre sans que personne ne s'affole. Ce décor est vraiment important dans le film, c'est en quelque sorte le vrai sujet : la narration s'attarde assez longuement sur des scènes cocasses entre junkies par exemple, mais toujours en gardant le sexe à l'esprit, tout tourne plus au moins autour d'une érotisation constante. C'est donc ce décor qui va servir de terrain de jeu sexuel pour Jennifer, qui au fond est d'un autre milieu, c'est une artiste qui a réussie, mais qui va se plonger dans ce décor qui lui permet d'accomplir sa quête. Je le disait, la photo arrive à bien masquer ce grain assez laid de la vidéo, mais néanmoins quelques effets font un peu cheap, il s'agit surtout d'un ou deux filtres ici ou là, rien de grave. Non vraiment le film n'obéit qu'a ses propres règles, surprend sans cesse le spectateur, et le rythme est soutenu malgré une narration assez lente (ce n'est pas un paradoxe, l'essentiel n'étant pas dans la narration). Tout cela est au final très réjouissant, et vraiment drôle qui plus est !

Vous pouvez trouver le DVD dans le MAD MOVIE sorti il ya quelques jours....


Norman Bates.



PS du Dr Devo: Je me permets d'empiéter sur l'article de Norman pour vous préciser une chose technique. Le dernier nuémro de Mad Movie est donc sorti. Vous pouvez l'acheter avec ou sans dvd. si vous vous voulez vous procurez BAD BIOLOGY (SEX ADDICT étant le titre v.f), faîtes attention. Ce numéro d'été du magazine est livré soit avec le dvd BAD BIOLOGY, soit avec un film de loup-garou de Terence Fischer avec Oliver Reed (miam miam, je le goûterais bien aussi ce vieux classique!). Donc, demandez à votre marchand de journeaux le film que vous souhaitez ou choisissez attentivement votre exemplaire!  







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Jeudi 30 juillet 2009 4 30 /07 /Juil /2009 19:52

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(Photo: "Le syndrome Babacar" par Dr Devo.)




 

D'étranges évènements cosmiques ont eu lieu ces derniers temps. Les scientifiques sont perplexes, regardent avec anxiété et curiosité leurs rapports, leurs projections, leurs données. Les mystiques prévoient la fin du monde. Oui, quelque chose a changé sur Terre, mais personne ne s'en est rendu compte, et pour cause, ce chamboulement a eu lieu sur les fourmis. Leur intelligence, leur force, leur adaptabilité évoluent exponentiellement, jusqu'à être une menace pour l'humanité. Mais elles ne sont concentrées que dans des lieux reculés, et personne ne s'est rendu compte de rien, sauf Nigel Davenport qui veut à tout prix les étudier. Avec son collègue Michael Murphy, il s'enferme dans un dôme planté au milieu du désert et proche d'immenses fourmilières à la forme géométrique parfaite. Le boulot de Davenport et de Murphy va être d'entrer en communication avec les fourmis, de comprendre leur langage et de leur parler, pour peut-être, enfin, savoir ce qu'elles veulent. Mais les fourmis sont de plus en plus menaçantes...



PHASE IV est le seul et unique film entièrement réalisé par Saul Bass. Pour situer le personnage, on peut dire qu'il a créé les génériques de SUEURS FROIDES, PSYCHOSE, SPARTACUS, LES AFFRANCHIS, CASINO, WEST SIDE STORY. Ca pose le bonhomme.



Pour sa seule mise en scène, on peut dire que le garçon donne tout ce qu'il a. Ce qui frappe le plus, je crois, c'est que Bass ne s'intéresse pas vraiment au sort de ses personnages humains, mais qu'il offre la part du lion aux fourmis. Ce ne sont plus des inserts animaliers, c'est toute une narration, toute une vie qu'il nous donne à voir, et ce qui se passe sous terre est aussi, voire plus, intéressant que ce qui se passe au-dessus. C'est dans ces séquences que Bass fait les plus belles choses. La photographie, ponctuelle, très contrastée, parfois filtrée, est phénoménale et source d'une extrême sensualité, encore accrue par le très beau grain de la pellicule. L'échelle des plans est étonnante quand on sait qu'il filmait de toutes petites créatures, et il n'hésite pas à faire des plans très très serrés comme des plans plus généraux, embrassant alors une terreur somme toute commune : qu'est-ce que ça vous ferait de recevoir des milliers de fourmis vénéneuses sur la tronche ? Il se permet des travellings très élégants et ses cadres sont toujours magnifiquement composés, il se permet même des champs / contre-champs, ce qui est plutôt amusant. La plus grande surprise du film, et ce qui cloue vraiment au siège, c'est qu'il aurait très bien pu choisir des stock-shots de documentaires animaliers, mais il décide de diriger les fourmis, et de leur faire faire des choses inhabituelles pour elles. Leur évolution est donc flagrante et nervure tout le film, on les voit mourir et s'adapter, communiquer, attaquer, poussés par la terrifiante reine (qui s'avère être une abeille habillée de prothèses) et leur société altruiste parfaite, où le sacrifice de l'autre pour le bien-être de tous est une seconde nature.



Mais Saul Bass ne s'arrête pas à un bel habillage et à la prouesse d'avoir filmé ces fourmis. Il fait quelque chose de magnifique, au coeur du film : il le retourne complètement. Pour situer un peu, les deux scientifiques vont dans les maisons aux alentours de leur laboratoire pour prévenir les habitants de la menace des fourmis. Les gens en sont conscients, mais décident de rester chez eux malgré tout. La nuit suivante, les fourmis attaquent simultanément la maison en question et le dôme des scientifiques. Les riverains s'enfuient pour trouver refuge vers le labo, mais au même moment, lors de l'attaque, Davenport et Murphy lancent une espèce de neige jaune toxique pour tuer les assaillants. Ce qui fonctionne, les fourmis, piégées, meurent dans d'atroces souffrances, mais c'est la même chose pour le couple de paysans qui cherchaient à se protéger chez les héros ! A ce moment-là, Bass, sans un mot (le film est très peu bavard) et uniquement avec du montage alterné met hommes et fourmis sur un pied d'égalité devant la mort. Mais les fourmis s'adaptent, et peu de temps après deviennent immunisées contre cette neige toxique. Elles deviennent donc les prédatrices, et les hommes les proies. J'en ai déjà beaucoup dit et je ne vais pas tout vous raconter, mais il faut voir comment les fourmis piègent les hommes, c'est terrifiant. Le film aurait pu être un banal film catastrophe, avec de gros monstres extra-terrestres qui bouffent et écrasent tout sur le passage, mais c'est l'inverse qui se produit : les fourmis restent désespérément petites et terriennes (encore que parfois la photographie, grâce aux filtres, émet un doute là-dessus), c'est leur intelligence qui grandit. Le film est asphyxiant, alors qu'il pu être défoulant, et tout le génie de Bass est là.



S'il est asphyxiant, c'est grâce au montage. J'ai déjà parlé du merveilleux montage alterné, mais il faut vous dire aussi que le film est un double huis clos : dans le dôme, et dans la fourmilière. Et dans les deux lieux, Bass découpe parfaitement l'espace, mais laisse également cette double impression qu'il n'y a pas d'issue, que les deux espèces sont bloquées, acculées devant un mur et qu'elles n'ont d'autre choix que de se livrer à cette bataille, qui est plus psychologique que vraiment physique. L'action est minime (non, pas minime, inexistante) et les démonstrations de force se font par la parole : les scientifiques communiquent avec les fourmis (grâce à des figures géométriques !), qui ont le culot de désigner leur cible ! Je commençais à parler de montage un peu plus haut, j'y reviens. Saul Bass sait l'importance du rythme au cinéma, et il en fait une démonstration hallucinante : son film dure une heure vingt minutes mais semble en durer quarante de plus ! Le film est très lent, mais d'une part jamais ennuyeux (au contraire) et d'autre part, cela permet d'installer cet espèce d'effroi insidieux que provoquent les fourmis, et de prouver leur intelligence. On sent alors qu'elles calculent leurs coups, qu'elles attendent le moment propice, celui où ça fera le plus mal et surtout, on sent qu'elles observent. Elles sont là, elles regardent, elles attendent. Je pourrais parler du son, très bien mixé, avec ces sonorités industrielles et ces bruissements d'insectes, vraiment effrayants. Le final, onirique et noir, et magnifique.



Pour vous donner une idée de PHASE IV, pensez à Tarkovski, surtout à SOLARIS. Voire même STALKER. Mâtinez ça de 2001 L'ODYSSEE DE L'ESPACE et de GERRY de Gus van Sant (je ne sais pas trop pourquoi, c'est plus un ressenti qu'autre chose). Une dernière chose : PHASE IV n'a jamais été édité en DVD en Europe. C'est sûr, IRON MAN 72 a quatorze éditions différentes, mais rien pour ce chef-d'oeuvre du cinéma. Scandale ? Scandale !

LJ Ghost.




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Mardi 28 juillet 2009 2 28 /07 /Juil /2009 20:49

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(Photo:"A;gruhm" par Dr Devo.)



 

 

 

 

Alors que je flânais dans l'étage dévédéthèque du bâtiment de Matière Focale (563 026 films au dernier décompte) en quête d'une oeuvre dont je pourrais vous parler, je fus soudainement pris d'une hésitation. Que choisir ? C'est à ce moment que le Dr Devo apparaît à côté de moi, me faisant sursauter. Il vient replacer le DVD de SUPERSTAR : THE KAREN CARPENTER STORY et voit le désarroi sur mon visage. Il sourit. "Pourquoi ne pas laisser faire la Roulette Focalienne?" La quoi ?, je réponds. "Je vais te révéler le secret le mieux gardé de toute la focalie. Tu vois ce synthétiseur là-bas ? Si tu joues les notes du thème de TWIN PEAKS, une plateforme va s'élever au milieu de la salle. Une roue va apparaître, et tu n'auras qu'à la faire tourner pour qu'elle choisisse pour toi le film que tu vas voir. Après tout, le hasard est la meilleure façon de tomber sur des choses sublimes !". Il sourit toujours et je prends congé pour me diriger vers le synthé. Je joue les notes merveilleuses. La roue, terrible, immense, luxuriante et lumineuse apparaît, et la peur au ventre, la lance. Elle tourne, elle tourne, elle tourne, ne semblant jamais vouloir s'arrêter. Finalement elle stoppe, délivrant un boîtier noir, et retourne dans les profondeurs du bâtiment. Je ne sais pas ce qu'il y a à l'intérieur, mais me dirige vers une des salles de projection. Générique.



Ann Danville, la veuve de l'ancien gouverneur de Californie (non, pas Schwartzy) se porte plutôt bien, merci pour elle. Son fils Nathan est bien beau, a une mâchoire carrée, une petite amie, Heather, et il est un excellent avocat commis d'office. Elle vit dans un immense ranch avec chevaux et domestiques, et s'est remariée avec un type quand même pas mal riche. Cet homme a une fille, Hayley, qui se trouve internée dans un hôpital psychiatrique. Tout se passe formidablement bien jusqu'à cette nuit fatidique où quelqu'un tire un coup (de feu !) dans le lit nuptial de la veuve, la blessant et tuant son nouveau mari. Choc dans la famille, le fiston vient à la rescousse et en profite pour présenter sa fiancée à sa mère, qui semble surprise et surtout ne pas très bien prendre la chose. Il faut dire qu'elle est étrange cette Ann, son mari meurt atrocement et elle a une cicatrice sur le cou, mais elle ne semble pas très triste, c'est même plutôt le contraire. Non seulement ça, mais en plus elle commence à outrageusement mentir et à tenter de manipuler tout le monde, à commencer par le directeur de l'hôpital psychiatrique où est internée sa belle-fille...



Le moins que l'on puisse dire, c'est que ça commence très fort. Après un petit travelling droite-gauche sur des verres de champagne avec une mise au point approximative (ce qui n'aura absolument aucune importance pour la suite, donc d'une gratuité totale, donc sublime), quelques plans s'enchaînent mollement, censés présenter le meurtre du mari d'Ann Danville : un revolver qui tire, Ann en sang, une jeune blonde qui pleure et qui court dans les bois, et Nathan qui vient au secours de sa mère. Je préfère le dire tout de suite, comme ça c'est fait, et en plus ça aura une importance capitale pour la suite : il y a quelques ralentis dans le film (le générique, une mini scène d'action, quelques plans de la fin) et il est tout à fait évident qu'ils n'ont pas été filmés au ralenti lors de la prise de vue, mais rajoutés au montage. Et c'est vraiment, mais alors vraiment très moche, parce que l'image devient complètement floue et saccadée, on ne comprend rien à ce qui se passe, et puis l'action est tellement anémique qu'au final le ralenti est vraiment inutile. C'est un luxe, une idée de mise en scène, on dirait du Lars von Trier, c'est sublime.



Autre chose. Très souvent, facilement une dizaine de fois, revient un plan de coupe tout à fait surprenant et agaçant : on peut le qualifier de plan d'identification géographique. En fait, la majorité de l'action se passe dans la maison d'Ann Danville et de son (ses ?) défunt(s) mari(s), mais il arrive également que la caméra nous entraîne ailleurs, par exemple dans une écurie. Bien. Et quasiment à chaque fois que l'on revient dans la maison, juste avant d'y revenir donc, vient le plan de coupe de l'entrée de la maison, histoire qu'on sache bien où on est. Plan de coupe répétitif, absurde, aliénant, gratuit : on dirait du Greenaway, c'est sublime. Sur deux plans au début du film (un plan rapproché d'une journaliste, je ne me souviens plus de l'autre), il y a du flare que j'imagine involontaire sur l'image. C'est gratuit, baroque, sensuel : c'est sublime. Le métrage est composé uniquement de plans à hauteur d'homme (j'exagère, il y a au moins un changement d'axe, au début, dans la maison, la caméra est en haut des escaliers et les personnages en bas. C'est très signifiant, mais je ne sais pas de quoi, et le réalisateur non plus, d'ailleurs), on dirait du Ford, c'est sublime. Les cadres sont hideux, la valeur de plan la plus large est le plan rapproché taille, on dirait INLAND EMPIRE, c'est sublime. La photographie est naturaliste et l'image est toujours parfaitement exposée, sans contraste, c'est du bon vieil éclairage en trois points avec ombre unique et floue, mais on peut quand même deviner où est la key-light, et des fois il y a plus de trois projecteurs, mais le surplus est accroché au plafond, comme dans tout bon vieux soap qui se respecte mais qui cache un monstre sous son masque de cire : on dirait SOCIETY, c'est sublime.



Le scénario est complètement abscons, il n'est même pas incohérent, il n'a littéralement aucun sens, et les explications que l'on nous donne sont d'une vulgarité assez exemplaire. Cette histoire de mère complètement sur-protectrice, castratrice, qui veut garder son fifils rien que pour elle, on dirait PSYCHOSE et TWISTED NERVE, c'est sublime. Les acteurs patatent à qui mieux mieux, ils sont mauvais comme des cochons, et la VF obligatoire du DVD proposé par la Roulette Focalienne ne les arrange vraiment pas. On dirait du Raoul Ruiz, c'est sublime.



Je crois que vous l'aurez compris, LA SPIRALE DU MENSONGE est sublime, c'est un chef-d'oeuvre. Ou pas.



La Roulette Focalienne est joueuse, mais elle a trouvé à qui parler ! I'll be back !

 
LJ Ghost.
 
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Jeudi 23 juillet 2009 4 23 /07 /Juil /2009 12:52

Publié dans : Corpus Analogia






[Photo: "The Winner Takes It All" par Dr Devo, d'après une photo du comédien Eric Blanc.]






QG de Matière Focale, 9h36 AM.
Je suis en train de siroter un café dans le bureau qui porte mon nom et qui jouxte celui de Norman Bates quand j'entends des bruits étranges venant du bureau de mon collègue: du verre brisé, des pleurs, des cris, des remises en question de l'existence de Dieu. J'apprendrai plus tard qu'il venait de voir un film de François Truffaut, et qu'il n'a pas supporté. Mais je sais ce qui vient, je sens le démon qui approche, je vois le danger courir vers moi à en perdre haleine. J'essaie alors de me calfeutrer dans mon bureau de 35 mètres carrés avec baie vitrée et fontaine de whisky, mais j'entends déjà qu'on frappe à ma porte. Prenant mon courage à deux mains et la situation à bras-le-corps (zeugma !), je lance courageusement : "Entrez, qui que vous soyez, je suis prêt à embrasser ma destinée !". L'Ultime Saut Quantique se tient devant la porte, majestueux et terrifiant, capé tel le Volcor de SAN KU KAI, un sourire terrible et carnassier sur le visage à peine masqué par la bonté (bien) cachée au fond de ses yeux d'opale. Il tient un objet rectangulaire et noir dans les mains, qu'il me tend. Fébrile, je me saisis dudit objet, et l'ouvre. Il s'agit d'un DVD de LA REGLE DU JEU de Jean Renoir. A peine ai-je le temps de lever la tête en direction du Diable incarné que déjà il disparaît, un rire retentissant dans la fumée qui s'élève doucement jusqu'à mon ventilateur de plafond (pour la fumée de cigare). Je suis seul, désemparé, et je n'ai plus qu'à rejoindre les immenses salles de projection du bâtiment focalien, marchant la tête baissée et rasant les murs. Je m'installe sur le fauteuil du centre de la salle, pile pour que si l'écran était la base d'un triangle je me trouve à son sommet. Les lumières s'éteignent. Le premier carton du film apparaît. Renoir dédie son film, ou plutôt le dernier montage de son film, à André Bazin. La machine infernale est lancée. Priez pour moi.


 

Nous sommes en France, en 1939, et la guerre approche à grand pas. Roland Toutain semble s'en foutre pas mal, pensez vous, il vient juste de traverser l'Atlantique en avion en 23 heures, pulvérisant ainsi quelques records. Il devient alors un espèce de héros national. A son arrivée, son bon ami Jean Renoir l'attend, mais Toutain s'émeut et s'attriste de l'absence de Nora Gregor, la femme dont il est amoureux et pour laquelle il a tenté la traversée. Il faut dire que Nora, grande bourgeoise, est mariée à Marcel Dialo, marquis de son état, ce qui n'a pas empêché celle-ci d'allumer quelque peu Toutain, qui a mépris l'amitié très affectueuse de la jeune femme pour de l'amour. L'aviateur souffre beaucoup et demande à Renoir, qui connaît très bien la marquise, s'il peut l'aider à la revoir. Ca tombe bien, Dialo organise  un séjour dans son château de campagne, à laquelle sont conviés tout plein de personnalités de la bourgeoisie française, dont la maîtresse du marquis, ainsi que leurs servants. Renoir arrive à convaincre Dialo d'inviter Toutain chez lui. Au programme de ce petit séjour : chasse, théâtre et querelles amoureuses.

 


La vénération que suscite LA REGLE DU JEU, considéré par beaucoup comme un des plus beaux films de l'histoire du cinéma, si elle peut rendre humble sur le papier et en théorie, in vivo c'est une autre paire de manche. La chose qui frappe à la vision du film, c'est le soin maniaque qu'apporte Renoir dans la non-utilisation du montage comme source d'émotion et de poésie au sein de son processus créatif. En effet, il est flagrant qu'il ne cherche aucunement à découper l'espace avec les coupes, mais plutôt grâce aux mouvements d'appareil (c'est visible à l'arrivée des invités dans le château où la caméra préfère panoter légèrement pour faire découvrir l'entrée en scène de Toutain). Renoir cherche par là-même à rendre compte d'une réalité quasiment naturaliste, et de faire du spectateur un des personnages de l'histoire, sans apposer de distanciation ou de subjectivité de quelque sorte que ce soit. Nous voyons les évènements tels qu'ils se passent, et le déroulement du film, qui manque donc cruellement de rythme, s'embourbe dans une monotonie mortifère qui nuit forcément à l'ensemble. Disons que le mode opératoire fait largement prévaloir le scénario, qui est ce qu'il est, mais ça ne suffit pas mes cocos ! Ici, Renoir critique la bourgeoisie faste et outrageusement hors de la société. Elle n'est plus reliée à rien d'autre qu'à elle-même, en autarcie, tellement que l'approche de la guerre ne les concerne pas. Ils n'en parlent jamais même si elle point, peut-être même que le ballet tragique qui se joue dans cette demeure n'est qu'à propos de la guerre (en cela représentée par la pièce de théâtre squelettique et assez effrayante, peut-être la meilleure séquence en tout cas au niveau de la lumière, mais Renoir s'entête à ne pas couper, jamais, sauf quand son scénario l'y oblige, ce qui réduit considérablement la portée émotionnelle de cette scène et son intérêt artistique, même si, comme je l'ai déjà dit, c'est la partie la moins moche du film). Peut-être aussi que le marivaudage vaudevillesque qui se joue, avec cet espèce de "bal des amants", vécu par les personnages avec une étrange distance et un flegme peu commun, est une sorte de résignation face à l'imminence de l'horreur armée qui s'avance sur leurs terres. La terrible séquence de chasse n'est qu'à propos de la guerre. Au moins, Renoir est constant.

 


Le souci vient bien sûr, vous l'aurez probablement compris, de la mise en scène. André Bazin détestait l'outrance plastique et prônait le réalisme, voire le naturalisme à tout crin, et il pensait que l'utilisation du montage revenait à s'éloigner de cette réalité, et préférait donc utiliser les mouvements de caméra et la profondeur de champ. Renoir suit ces préceptes avec vingt ans d'avance. On ne peut cependant pas lui enlever le fait qu'il utilise effectivement la profondeur de champ, mais pour un but non pas poétique mais observatoire. Il ne s'en sert que pour "regarder" ce qui se passe à l'arrière-plan, et il ne se passe pas grand-chose : le général serre une main et va se coucher, la maîtresse passe d'une chambre à l'autre, etc. Autant dire que s'il ne l'utilisait pas, ce serait pareil. Renoir varie régulièrement ses valeurs de plan, mais dans le seul but de se permettre d'utiliser la profondeur de champ. C'est donc comme s'il ne faisait rien, mais en tout cas nous n'avons pas affaire à une succession de plans rapprochés, ce qui est déjà ça de pris. La lumière est assez hideuse, sauf pendant trois minutes, durant la séquence de la pièce de théâtre dont j'ai déjà parlé, avec ses projecteurs mouvants. Du côté du son, c'est une catastrophe : il n'utilise (quasiment) que des sons directs, et ça s'entend outrageusement parce que vu que ses plans sont souvent assez larges et ne sont pas coupés, le seul micro du tournage est derrière la caméra. Je vous laisse imaginer ce que ça donne lorsque les personnages vont au fond de la pièce et que, dans le même temps, une musique crispante (et il y en aura beaucoup, de la musique crispante, Dialo collectionne les poupées musicales stridentes) s'élève alors que les protagonistes parlent. On n'entend souvent rien, on ne comprend souvent rien, mais ce n'est pas très grave et j'explique pourquoi après ce saut de ligne, là, comme ça, gratuitement, pour le plaisir.

 


Les acteurs sont catastrophiques. C'est une hécatombe, c'est horrible du début à la fin, c'est pire que la lumière et le montage. Tous les acteurs déclament comme s'ils étaient au théâtre, c'est à dire qu'ils parlent très fort tout en faisant de grands gestes. Jean Renoir, qui s'est octroyé le rôle principal du film, est peut-être le pire de tous. Je vous assure, c'en est presque fascinant d'outrance, et ils n'y vont pas avec le dos de la cuillère les sagouins, pédalant dans la semoule de la descente vertigineuse dans laquelle ils s'embourbent dans la mélasse de leur inhérente médiocrité. Rien ne passe jamais, et vu que la mise en scène ne les met jamais, mais alors jamais en valeur, on en vient à trouver l'expérience de la vision assez insupportable, et la douleur se lit sur les visages des spectateurs déconfits et éprouvés par tant non-volonté artistique.

 


Un des points de la Charte Devo de la Critique stipule qu'il faut prendre les Grands Classiques avec circonspection. Je confirme. LA REGLE DU JEU est, oserais-je, un calvaire, qui semble durer deux fois plus longtemps que ce qui s'inscrit sur le lecteur DVD lorsque le carton de fin apparaît.

LJ Ghost.





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Mardi 14 juillet 2009 2 14 /07 /Juil /2009 00:22

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[Photo: "Fanny Ardant, Gérard Depardieu, Henri Garcin" par Dr Devo.]








Lundi matin, réunion hebdomadaire à la rédac' de Matière Focale. Tout le monde arrive plus ou moins vers neuf heures, certains ont eu une nuit difficile, d'autres ne se sont pas encore couchés. Il faut décider du contenu éditorial de la semaine, quels films aborder, par qui, etc... Aujourd'hui, c'est un peu spécial, il s'agit de préparer la semaine KKKK, et pour cela toute la rédaction est venue en costume blanc à chapeau pointu. Nous attendons avec une impatience teintée d'angoisse que l'Ultime Saut Quantique distribue les films que nous devrons voir (car c'est là, le principe de la semaine KKKK: un seul décide de tous ceux que les autres voient et critiquent pendant la semaine: NdDR). Après quelques réglages pour accéder aux satellites nous permettant d'entrer en contact avec cette entité cosmique, les résultats tombent, effrayants. Le Dr Devo s'étouffe avec son pain au lait, LJ Ghost recrache son café, Invisible devient transparent et votre serviteur tente de se défenestrer via la baie vitrée de la Salle de Réunion située au vingtième étage de la Tour "Matiere Focale Imperium Societas In Victus Ad Eternam" du Quartier de la Défense. L'ambiance est à la panique, cette semaine promet de longues séances difficiles dans les salles de projection privées et malgré la climatisation parfaitement réglée, certains regardent le monde extérieur avec envie. Que diable, la mission focalienne passe avant tout, chaque film a droit de cité.


François Truffaut est un des rares cinéastes dont je déteste tous les films sans exception. J'ai commencé par voir les 400 COUPS, puis FAHRENHEIT 451 et puis ce fut tout, je décidai d'arrêter de me battre et d'accepter le Destin : ces films n'étaient pas pour moi. Malheureusement, le Sort nous rattrape toujours, et voilà qu'un engrenage diabolique enclenché par le Dr Devo, avec sans doute la complicité malveillante de l'Ultime Saut Quantique, me condamne à ressusciter mes vieux démons et à faire face de nouveau à mes craintes profondes.



Années 80. Une vieille dans un camping (chatons émasculés) nous raconte face caméra l'histoire très triste d'une passion amoureuse. Gérard Depardieu (pandémie de grippe porcine) dans un complet grisâtre s'installe avec sa meuf à Grenoble. Un fondu au noir plus tard, les voisins emménagent : Phillipe Beauchard et sa meuf Fanny Ardant (crash aérien) ont l'air d'avoir à foise de thunes, mais pourtant ils choisissent la maison d'à côté, en vis-à-vis. La meuf de Depardieu invite Philipe et Fanny à venir boire l'apéro. Champ: Gérard croise le regard de contrechamp Fanny Ardant (grenade dans jardin d'enfant) et les violons partent explorer des cimes vertigineuses dans la bande-son. Le spectateur, loin d'être con, se dit que quelque chose de pas net se trame entre les deux. En effet, Gérard et Fanny se sont déjà connus de manière intime (pédophile dans cour de récréation) et Gérard en a chié pour oublier Fanny en tweed, Fanny en short et Fanny à Capri. Il ne veut plus la voir et préfère conduire des chalutiers (à Grenoble !). Gros problème, quand Gérard ouvre ses volets le matin en pyjama, ça donne direct sur la chambre à coucher de Fanny qui n'en met pas ! Fondu au noir et Fanny en pull Lacoste, ils s'embrassent comme des ados et la passion renaît comme en Quarante (hiver nucléaire). Ils louent une chambre d'hôtel où ils se retrouvent souvent pour s'encanailler (famine africaine) et jouer au scrabbleubleu. Fondu au noir et Fanny en robe de soirée se met à chialer, elle déteste vivre dans le mensonge ! Elle décide de tout arrêter avec Gérard mais Gérard en short n'en peut plus et Gérard chemise en lin non plus. La vieille du camping se barre en Australie à cause d'un amant qui lui a cassé la jambe et Gérard craque pendant un barbecue et tente de violer en soie Fanny qui partait en lune de miel avec un mec, son mari en Yves Saint Laurent (goulag en Laponie). Fanny au tennis porte un bandana (inondations à Saint Louis) et raconte tout à tailleur bleu marine. Fanny Ardant dit que plus les chansons sont bêtes, plus elles disent la vérité (sic !). De son côté, Gérard promet qu'il arrête définitivement et se consacre aux chalutiers. Fondu au noir et musique lancinante. Fanny s'ennuie et va voir un psy : la dépression s'installe, elle est vraiment trop amoureuse de Gérard qui n'en a plus rien à foutre. Fondu au noir, "Et si on déménageait ?", premier dialogue sensé du film, tout le monde plie les gaules et Gérard, sa femme, ses péniches, et son costard vivent des jours heureux, fondu au noir. Un soir tard, la porte des chiottes claque dans la nuit lugubre grenobloise. Cette porte tue le silence, pense Gérard, il faut y remédier : il sort en pyjama dans la nuit, la nuit qui le bouffe et l'excite. Il est seul, en pyjama, mais des bruits et des lumières l'amènent chez les anciens voisins : coup de théâtre Fanny Ardant lui roule une pelle et Gérard pense "Je suis Gérard Depardieu et j'aime cette fille.".



Dans la nuit, dans le silence, dans vingt ans, dans une péniche : Fanny aime Gérard.


Dans la rue, dans un hôtel, dans vingt ans, dans une soirée mondaine : Gérard aime Fanny.


Dans son camping la vieille pleure son amant brésilien qui lui a cassé la jambe.


Des rondes d'enfants lépreux dansent sur les rythmes infinis de tambours bon marché qu'ils ont eux-même fabriqués. L'Humanité contient sa propre fin.


Suicide. Peste. Choléra. SIDA.



A tout point de vue, le film est un calvaire. La photo horrible peine à masquer le manque flagrant d'idées de mise en scène. On baigne dans le téléfilm jusqu'au cou. Le couple Depardieu/Ardant relève du sabotage pur et simple. Le scénario à base de je t'aime moi non plus, qui a fait les beaux jours d'AB productions, se conclut par la fin la plus lâche du monde. Chez moi, mais c'est peut-être une question d'éducation, quand des gens renoncent à se battre parce que le monde ne correspond plus à leurs principes, on trouve cela pathétique. C'est ce qui nous conduit à poursuivre les Gothiques avec des barres de fer.


Par la fenêtre du vingtième étage de la tour Matière Focale, je regarde les lumières de la ville qui s'éteignent une à une. Le ciel s'emplit alors de marabouts et de flamands venus d'Afrique. D'Amérique vient le petit colibri, la colombe fraternise avec les aigles et les hiboux. Je marche dans la rue, les femmes sont ensanglantées. Vive la fête.


Norman Bates.







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Lundi 13 juillet 2009 1 13 /07 /Juil /2009 10:37

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[Photo: "Kein Mitleid für die Mehrheit" par Dr Devo, d'après une photo du chanteur Falco.]




Salut les Keufs et les Meufs dans le RER, aujourd'hui c'est la RAPT qui rince ! Alors qu'est-ce qu'il boit le Jean-Louis ? Une chartroussse... Et qu'est-ce qu'il écoute ? Toute première fois, tout-toute première fois, huuuummmm. C'est bien venu puisque nous allons parler du premier film de Nimrod Antal qui avait signé en 2007 le très recommandable MOTEL, un petit thriller (iiiiouh) horrifique plutôt angoissant et efficace dans son genre et dans sa mise en scène, le tout avec un Luke Wilson toujours impec' et une Kate Beckinsale qui était pour le coup tout à fait acceptable... Bref, à voir. Alors, les premiers films c'est souvent quitte ou doub', comme dirait l'autre. Avec le Nimrod disons que nous sommes un peu dans l'interzone.



Jean-Louis se dirige vers le Juke-Box et change de scud. "Quand t'es dans le métro, depuis trop longtemps, tu te demandes à qui ça sert toutes les règles un peu truquées du jeu qu'on veut te faire jouer les yeux bandés" (J.-P. Capedevielle représente, ouais-ouuuuuuuuais). C'est en tout cas ce que doit se demander Bulcsu - "Rigolez pas, bande de nazes", s'exclame Jean-Louis, "C'est hongrois" - Bulscu, disais-je, est un contrôleur du service métropolitain, un peu beau gosse, un peu rebelle, un peu tourmenté, un peu tout ça quoi, mais pas trop en même temps, c'est subtayle (mouais). Il est entouré d'une bande de seconds rôles pas franchement mauvais, mais pas franchement bons non plus, puisque caractérisés par deux ou trois détails, un point c'est tout. Ce ne sont en fait plus vraiment des acteurs mais des corps mouvants avec quelques excroissances représentant chacune une caractéristique comportementale bien définie. C'est toujours un peu limité et ça manque quand même pas mal de relief à ce niveau-là ! (Je suis peut-être un peu sévère, là... Oh, et puis tant pis). Nos compères, Bulcsu en particulier, auront à faire dans l'enfer du métro avec une équipe de contrôleurs rivale, une mignonette déguisée en ourson rose, une sorte de personnage fantomatique-mortifère, et, bien sûr, les gens qui passent et trépassent, pour certains, dans cet univers souterrain dont on ne sortira (peut-être) jamais. D'ors et déjà, tu sens la symbolique qui monte. Bah ouais, c'est un peu la société dans son presque-ensemble qui est représenté dans ce qui pourrait s'apparenter à un conte des temps modernes. D'ailleurs, nous ne sommes pas blousés sur la marchandise puisque c'est le représentant du réseau métropolitain qui présente le film annonçant la couleur ! (Je n'avais jamais vu pareille chose... Amusant, et étrange !)



En terme de mise en scène, on ne peut certes pas dire que la chose soit bâclée, c'est même plutôt soigné, bien éclairé (l'ambiance glauquasse du métro dans lequel se déroule l'ensemble du métrage y est pour beaucoup), les plans sont aérés et variés en terme d'échelle, et donc on respire en même temps qu'on étouffe (et oui, on reste tout le temps dans le métro vous disais-je !). Là où le bât blesse, ce serait plutôt du côté du montage, fort peu inspiré, dans lequel on alterne entre des séquences plutôt tranquilosses et d'autre plus énervées et branchouilles, où ça court dans tous les sens un peu à la TRAINSPOTTING. You ouh, tu la sens cette liberté, cette fougue, cette jeunesse qui monte ?... Bah non, pas trop mon loulou parce que ça commence un peu à être vu et ratavu tout ça ! Du coup, l'espèce de tension que cherche à faire monter Nimrod à certains moments sombre rapidement dans le manque d'originalité de la situation mais aussi dans le montage. Les phases de ce montage les plus pénibles étant cependant les moments de contrôle où l'on alterne entre les différents contrôleurs peinant à effectuer leur devoirs, c'est laborieux et ennuyeux et ça revient plusieurs fois, toujours dans ce même procédé de narration alternée. Il y a tentatives d'humour dans ces moments-là, mais c'est aussi peu original et un peu rance.



Bilan, pour ce premier film Nimrod se cherche et puise souvent ailleurs que chez lui, c'est mal. Cependant, il s'applique dans sa mise en scène quand même (enfin ce n'est pas non plus l'extase), et ça, c'est bien... Mais sur ce point, aussi, ça cloche un peu. En effet, les jolis cadrages où les beaux moments de mise en scène sont toujours là, à des moments très précis, lors de scènes déterminantes ou alors, bien plus souvent, dans des moments de transition et de flottement. Du coup, ça fait un peu "pièces rapportées" et c'est souvent très attendu et pas très surprenant. Au final, on s'ennuie quand même gentiment parce qu'en fait ce qui se passe, c'est qu'on assiste - comme trop souvent - au déroulé d'un scénario qui cadenasse la mise en scène et nous prive de pas mal d'émotions, notamment celle de "l'enfermement", qui semble être le sujet du film, justement de part cette structure classique et renfermée sur elle-même. Pour son premier film, Nimrod a ainsi privilégié le tout-contrôle plutôt que de laisser quelque peu la chose filer entre ses doigts. Ce n'est pas désastreux, mais dommage quand même...


L'Ultime Saut Quantique.





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Dimanche 12 juillet 2009 7 12 /07 /Juil /2009 14:32

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(Photo: "Le groupe péruvien LOS HUARACHES donnant sa célèbre conférence sur les nouveaux espoirs de la Mécanique Quantique" par Dr Devo.)




 

 

 

Michael Douglas est le leader du monde libre. Nous sommes 72 jours avant le discours crucial de l'état de l'Union (discours que chaque président américain doit donner une fois par an à la Chambre des Représentants), et Douglas et son staff veulent faire passer deux lois : une contre la criminalité, et une pour l'écologie, afin de combattre le phénomène de l'effet de serre (non, pas Yann-Arthus Bertrand ! Au secours !). Dans la loi d'origine, le président veut diminuer l'utilisation des combustibles fossiles de 10%, pensant que seul ce pourcentage passera auprès des députés ; cependant, un lobby écologiste (mais dont aucun des membres ne portent de moustache) veut augmenter à 20%. Le lobby est organisé par Annette Benning, qui se rend à la Maison Blanche pour entamer les négociations. Lors de la réunion, elle insulte le président, qui entre dans la salle au même moment. Embarras de Benning, et bons gros violons bien gras pour Douglas, qui regarde la jeune femme avec ses yeux de biche. Il est sous le charme, et va tout faire pour la revoir et vivre une histoire avec elle. Il faut dire que le bougre est veuf et élève une petite fille tout seul, et cette petite aventure ne plait pas tellement au candidat républicain à la présidence, qui attaque Douglas sur les valeurs familiales et sur sa relation avec Benning...



Dit comme ça, c'est sûr, ça fait un peu peur. Ou rire, c'est selon. Il n'empêche que oui, ça existe, et même que ça dure 1h45, et même que plein de gens ont été payés pour faire ça. Aaron Sorkin, le scénariste, a touché des droits d'auteur, Rob Reiner a perçu son salaire de réalisateur, et Michael Douglas a eu son probablement mirobolant cachet. Le film est sorti en salles, grâce à l'inconditionnel appui des distributeurs et des maisons de production, surtout lorsqu'il s'agit de faire des films hollywoodiens à l'eau de rose. Et des gens fringants, élancés, beaux peut-être, sont allés le voir. Matière Focale aussi.



Que dire, alors ? C'est bien ce que je craignais, et ce que vous craigniez aussi, depuis deux paragraphes : LE PRESIDENT ET MISS WADE est un film tout à fait gluant, qui pédale dans la mélasse de la romance tirée directement de la collection Harlequin, le tout doublé d'un espèce de culte du chef et de sincère révérence devant la fonction de président des US of A, en témoigne le générique de début qui, tout en fondus enchaînés, nous montre tour à tour le drapeau national, le bureau ovale, et les portraits des anciens présidents, le tout emphasé par une ribambelle de pianos, de violons, de lyrisme à deux balles pour bien montrer l'importance et l'influence de ces quelques hommes qui ont vécu dans un grand bâtiment blanc ; également, le chef du cabinet *insérer une blague scatologique*, Martin Sheen, qui semble connaître Douglas depuis très longtemps, refuse de l'appeler par son prénom en dehors des heures de bureau. La seule qui bouscule les conventions, c'est bien sûr cette chère Annette Benning, qui n'hésite pas à rentrer dans le lard et à mettre un peu de rock 'n roll dans cette administration, et qui finalement aura les faveurs du président. Ce n'est pas que ce respect me dérange particulièrement, ils font ce qu'ils veulent après tout, simplement tout cela me semble quelque peu exacerbé (Douglas est un président juste, bon, gentil, beau, intelligent, cultivé, il a les dents blanches et des yeux comme un lagon dans le Pacifique, et tout le monde l'aime), surtout qu'ici le charisme du patron ne saute pas forcément aux yeux, au contraire même ! Le manichéisme est aussi de rigueur : démocrates bien, républicains pas bien (ils sont moches, cons, conservateurs, insultants, lâches, veulent distribuer des armes à tous les coins de rue, bref, tout l'inverse du sémillant Michael Douglas). C'est un peu dégueulasse, voire puant, et en plus, cerise sur le gâteau, le président français ne parle même pas français !



Ca ne commençait pourtant pas trop mal, à part ce générique de début, avec dix premières minutes très denses et un peu hypnotiques, et qui seront la marque de fabrique d'Aaron Sorkin plus tard (j'en parle un peu plus bas) : dialogues politiques très précis et compliqués, récités rapidement, le tout en marchant. C'est assez violent, parce qu'on ne comprend pas grand-chose tant tout s'enchaîne sans même qu'on s'en aperçoive, et la perte est plutôt agréable, jusqu'à ce que Hollywood ne reprenne ses droits et embourbe le film les deux pieds dans la confiture dont je parlais plus haut. A partir de là, donc assez rapidement, le film n'a plus franchement d'intérêt, surtout que du côté de la mise en scène Rob Reiner ne rattrape absolument rien : cadres hideux, lumière itou, tunnels, avalanches, torrents, pluie de météorites, déflagration nucléaire de plans rapprochés, montés n'importe comment, ou plutôt de la façon la plus conventionnelle qui soit, c'est bien simple, celui qui parle est à l'écran, et comme ça parle tout le temps, je ne vous raconte pas le carnage. Un truc amusant et en même temps complètement désespérant à propos du son : outre le fait que Reiner ne joue jamais, mais alors jamais avec (rendez-vous compte : des sons d'ambiance de criquets pour les extérieurs nuit, des bruits d'assiettes et de discussions à voix basse pendant les dîners officiels, et j'en passe), il arrive que parfois, entre deux plans, pendant une coupe (que ce soit pendant un des bons demi-milliards de champ / contre-champ ou entre deux séquences), le son s'arrête complètement pendant une demi-seconde. Reiner a à ce point négligé son film qu'il n'a même pas daigné coller ses deux prises de son ensemble, pour qu'elles s'enchaînent : il y a clairement des silences non-intentionnels dans son film ! S'ils étaient intentionnels, pas de problème, mais là, au vu du machin, c'est impossible que ça le soit. Ce n'est pas un parti-pris, c'est un oubli, une négligence, c'est du je-m'en-foutisme le plus total ! En plus de cela, les acteurs sont tous calamiteux (à part peut-être Michael J. Fox, qui est bien plus impliqué et qui s'en sort bien mieux que ses petits copains).



Depuis LE PRESIDENT ET MISS WADE et avant Barack Obama, le bureau ovale a eu un nouvel occupant, Josiah Bartlet, alias Martin Sheen, dans la série télé créée par Aaron Sorkin (qui a bien balisé le terrain avec ce film, comme s'il s'en était servi comme d'un galop d'essai), A LA MAISON BLANCHE, oeuvre mieux écrite, plus intelligente, un poil mieux mise en scène (et encore - la photo est plus belle et les acteurs sont meilleurs), mais qui se sert aussi du mélodrame avec les gros sabots que porterait un trente-trois tonnes sur l'autoroute avec les freins coupés. Bref, tout cela pour dire que LE PRESIDENT ET MISS WADE n'est pas un très bon film. Et encore, je pèse mes mots.
LJ Ghost 
 




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Samedi 11 juillet 2009 6 11 /07 /Juil /2009 14:50

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[Photo: "Youngsta Wrap" par Dr Devo.]




Chien-Malade, Danny Boyle, Tarsem Singh, Wes Anderson et la pub Schweppes sont autant de tentatives de nous faire croire que l'Inde n'est plus le pays des bisous chastes dans des champs de fleurs où quelques abeilles innocentes se complaisent le dard à l'air dans de pulpeux végétaux. Il semble qu'au final l'apesanteur ait eu raison des emphases poétiques sirupeuses et autres pas de danse compliqués symbolisant la fin de la pureté et l'heure du poulet Tandoori. Pardonnez mon extase mais fesse-bouc vient de m'apprendre, au grand dam de mes parents, que je suis d'origine indienne, ce qui explique certaines choses mais d'autres moins. Les Tigres Tamouls se refusent à tout commentaire. Ca tombe bien, le film qui nous intéresse aujourd'hui est réalisé par un Indien, mais fortement occidentalisé puisque produit par Fincher et Jonze. Il met en scène une Inde fantasmagorique, rêvée, pleine de poéééésie comme dirait Fréderic Mitterrand.




En attendant, à Los Angeles, il se passait des choses en 1920 : la petite Alexandria flâne dans un hôpital en attendant la cicatrisation complète de son bras, et tombe par hasard sur un patient paraplégique qui lui raconte des histoires merveilleuses. Alexandre le Grand et Charles Darwin deviennent les héros d'histoires rocambolesques à l'autre bout du monde, au pays des éléphants sacrés et des enfants acteurs en vente libre. Ces histoires de Princesses à sauver, de méchants Seigneurs et de papillons merveilleux enchantent au plus haut point la petite Alexandria qui n'a pas du tout envie de retourner dans la rue avec sa mère pour mendier de quoi s'acheter un cheeseburger chez McDo. Alexandria, les papillons et la jeunesse, on ne pouvait rêver mieux pour un hommage à Claude Francois : peine perdue, il n'en sera rien !



Difficile de placer ce film dans une case : il tient autant de Jodorowski que du LABYRINTHE DE PAN de Del Toro, ou encore de PRINCESS BRIDE. C'est un mélange entre l'imagination, l'Histoire, la réalité et le cinéma, le tout sous morphine dans un hôpital catholique. D'emblée, ce qui frappe c'est la beauté plastique du film, le très grand luxe de la mise en scène, enfin bref on voit qu'il y a du pognon dans les bobines.  Ce qui marque, aussi, c'est que le film commence comme ANTICHRIST de Lars Von Trier, c'est-à-dire par des plans lave-vaisselle en noir et blanc au ralenti, à la différence qu'il est question d'un cheval qui se noie et que les cinq premières minutes sont absolument muettes, sans aucune musique ni aucun son. C'est très très beau et on est complètement pris au dépourvu. De l'audace, encore !



Vous allez être ravi, ça continue. La photo, comme je le disais, est de toute beauté, les couleurs sont éclatantes, Tarsem joue sur les contrastes chromatiques de manière fort jolie, bien qu'il ne soit pas le premier à montrer l'Inde de cette façon, c'est même tout le temps le cas en fait (quelle phrase bizarre). Et les belles idées continuent, le plan  du cheval qui se reflète à l'envers sur le mur par l'intermédiaire de la serrure est génial, c'est un clin d'œil au cinéma, qui est en fait le thème du film, mais on ne le sait pas encore. C'est un bel indice en tout cas qui va mettre très rapidement la puce à l'oreille du spectateur attentif. Et le film continue dans la splendeur de décors naturels (le film a été entièrement tourné dans des décors naturels, dans plus de dix-huit pays au total !) avec des plans de fort jolie composition.  L'alternance histoire/réalité est assez bien faite, on se rend doucement compte du procédé qu'emploie Tarsem. Et Deus Ex Machina, c'est là que le bât blesse !



[Suspense, je me ressers un gaspacho.]




Désillusion ! Au fur et à mesure que l'on avance dans le film, une fois que l'on a compris le procédé, paf, il n'y a plus rien. Ben oui, on a de belles images, mais à force on a plutôt l'impression de se retrouver dans un film carte postale, dans une pub pour du parfum, dans le dernier Yann Arthus-Bertrand : on sent que cette mécanique magnifique roule complètement à vide. D'autant plus que c'est excessivement louche : certains plans de LA MONTAGNE SACREE de Jodorowski ont été repris tels quels ! Alors je sais pas si c'est un hommage, mais toujours est-il que je n'ai vu nulle part mention de son travail dans le générique. On se rend compte en plus que le film n'est plus aussi original que ça, que finalement cette narration qui imbrique le réel et l'imaginaire est complètement bancale à cause de la mise en scène : tout ce qui se passe dans l'hôpital est d'un classicisme ennuyeux, avec plein de gros plans et de champs/contre-champs, en opposition totale avec les scènes du conte, qui sont très riches. Mais le plus grave n'est pas là, ces quelques défauts auraient pu passer aisément vu l'ampleur du projet. Non, après enquête approfondie, il s'avère que le gros défaut du film porte sur un des piliers les plus importants du cinéma : le rythme. Ehhhhh oui mes petits amis, il faut bien le reconnaître parfois, qu'est-ce qu'on s'emmerde ! Pour reprendre l'expression très juste de Bertrand, pour faire un film de plus d'une heure et demie, il faut une bonne raison ! Or, ici, le film dure deux heures, mais entre le début et la fin, il y aurait pu en avoir quatre que ce serait passé pareil. Le montage est complètement monotone, il n'y a aucune saillie, on se retrouve avec un enchaînement de scènes d'hôpital/scène de compte/scène d'hopital, etc. Il y a un énorme ventre mou au milieu du film, on sent bien qu'en fait le patient raconte une histoire qu'il imagine en même temps qu'on nous la montre, et qui par-dessus le marché n'a ni queue ni tête. Et on assiste impuissant au basculement du film vers la monotonie la plus complète, tendance film de maladie, avec un prêche pour l'imaginaire comme échappatoire à la souffrance. Qu'est-ce que c'est banal ! On s'attendait à dix fois mieux avec le début mystérieux du métrage : au bout d'une heure, que dalle. Si, il y a un moment un peu plus intéressant, c'est l'accident de la gamine, avec un rythme qui, là, est vraiment plus dynamique et avec des idées intéressantes (l'animation). Enfin, on se rendort au bout de cinq minutes. Ouais, parce que la fin ne fait qu'appuyer le pathos déroulé depuis une heure quarante, et se met à expliquer consciencieusement ce qui était juste suggéré dans la mise en scène au début : le parallèle avec le cinéma façon CINE PARADISIO, du style bien appuyé et très naïvement. Dans l'interprétation, ça coince un peu aussi, les acteurs ne sont vraiment pas terribles, c'est le moins que l'on puisse dire ! La petite Indienne (qui est jouée par une gamine roumaine !) est plutôt juste mais alors les autres, c'est assez gratiné. Le fameux paraplégique n'a aucun charisme et on a vraiment l'impression qu'il fait du pédalo dans les rapides. La galerie de personnages est quand même très convenue, ce sont des archétypes, mythologiques certes, mais ils n'arrivent pas tellement à s'exprimer dans ce montage si peu intéressant.

Tout ça pour ça, j'ai envie de dire ! C'est bien dommage, il y a quand même de beaux cadres qui valent le coup, mais au niveau de la mer c'est le calme plat. En fait je me disais in petto que le film aurait très bien pu être réalisé par un ingénieur en cinéma, tellement chaque élément du film semble remplir le cahier des charges du film exotique dépaysant et "pouétique".  


Norman Bates.







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Lundi 6 juillet 2009 1 06 /07 /Juil /2009 10:55

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[Photo: "I'm QT and I approve zis message" par LJ Ghost.]





Près de Londres, en Angleterre, dans les années 60. Martin (Hywel Bennett) joue au ballon avec Georgie, son petit frère, dans l'institution qui l'accueille. Et pour cause, Georgie a des problèmes mentaux, il est un peu retardé. Martin retourne chez lui, ou plutôt chez son beau-père, un nouveau riche qui ne le porte pas très haut dans son coeur. Il faut dire que le jeune homme a un comportement étrange, il est rude, dilettante, troublé, il se fait renvoyer de tous les jobs qu'il a pu avoir, il est parfois proche de la délinquance, bref, le garçon n'est pas très aimable, ce qui ne semble pas déranger sa mère, sur-protectrice, qui le traite encore comme s'il était un enfant, le cajolant, lui pardonnant tous ses comportements, le cocoonant, alors que Martin a 22 ans et visiblement toutes ses dents. Un jour qu'il est dans un magasin de jouets londonien, Martin croise le chemin de Susan (Hayley Mills), et un éclair traverse ses yeux. Il tombe immédiatement sous le charme de la jeune femme. Mais cela ne l'empêche pas de voler un petit canard en plastique. Il sort en même temps que Susan, et les deux se font rattraper par la sécurité du magasin. Dans le bureau du directeur, Susan nie connaître Martin. Celui-ci, ne voyant pas d'autre issue et dans un réflexe de défense prend la personnalité (et le nom) de son frère Georgie ! Il agit comme s'il était un enfant de 6 ans "mongolien" ! Susan prend pitié du pauvre garçon et paie pour l'objet volé. Mais Martin/Georgie est obsédé par la jeune femme, qu'il va essayer de revoir par n'importe quel moyen...

 

 

Drôle de film que celui-ci, drôle et fascinant, même. Je dois avouer que je ne connaissais pas du tout le film, ni son auteur d'ailleurs (malgré le petit scandale qui suivit sa diffusion, j'y reviens), et c'est totalement par hasard que j'ai entendu ce bon vieux Quentin Tarantino parler de TWISTED NERVE comme étant un de ses films préférés (ce qui ne veut rien dire puisque le garçon a environ 44000 films préférés, mais ce n'est pas le propos - même si celui-ci doit vraiment avoir une place spéciale dans son coeur, vu qu'il a fait reprendre par Daryl Hannah la petite mélodie sifflée par Hywel Bennett dans KILL BILL; B.O composé par Bernard Hermann d'ailleurs). Ma curiosité piquée m'enjoint alors à me procurer ce film (qui n'est pas disponible en France ! Que fait la police des éditeurs de DVD ? Elle réclame Matière Focale Edition !), trouvé à peu de frais à l'étranger (la Crise a parfois du bon). La jaquette du DVD est assez classique, avec un immense ciseau tenu par une main ferme, dans un mouvement qui indique très clairement que l'objet contondant servira à poignarder quelque quidam. Peut-être trop naïf, je m'attendais à un slasher low cost, amusant, malin, un peu dégueulasse, à un plaisir un peu pervers en somme, enfin, quelque chose qui se rapproche plus ou moins des goûts fantasques du sieur Quentin. D'un geste svelte, gracile, angélique même, n'ayons pas peur des mots, j'enfourne le DVD dans le monolithe noir qui me sert de lecteur de disque versatile numérique. Et là...

 

Le film commence de manière étrange. Pendant que les cartons présentant les différents producteurs du film s'enchaînent, une voix-off qui semble sortir de nulle part, totalement étrangère au film, retentit, et délivre un message destiné au spectateur, qui est, en gros, le suivant : le film ne met aucunement en relation le mongolisme (puisque c'est ainsi que cette maladie est appelée dans le film) et la psychose meurtrière ! J'imagine donc qu'il y a eu scandale après la diffusion du film, ce qui n'est pas très étonnant mais n'a aucunement, mais alors aucunement lieu d'être (j'y reviens plus bas). Passons. Le démarrage du film est plutôt lent, enfin disons qu'il prend son temps. Les personnages sont présentés dans le détail, et Boulting n'y va pas de main morte, si j'ose dire, et étire volontairement l'exposition de son film. Il en ressort une impression de flottement, et même si on devine assez facilement ce qui va se passer (il n'y a qu'à regarder la jaquette !), le metteur en scène, dirait-on, prend un malin plaisir à faire durer indéfiniment cette phase d'introduction. Mais ce n'est pas qu'une gourmandise, ou un procédé, c'est également un moyen d'encrer son histoire dans une espèce de profondeur psychologique. On comprend alors totalement les enjeux, les tenants, et surtout on voit apparaître assez clairement les rouages de la machinerie, implacable, qui se mettent en place au fur et à mesure et desquels vont découler de tragiques évènements. Et c'est terrifiant, parce qu'on sent que ce qui va se dérouler est inarrêtable. Personne ne peut rien faire, personne ne se rend compte de rien. Et le plus effrayant, c'est que tout cela est d'une gratuité totale, pensez donc, tout s'est joué sur le hasard d'une rencontre ! Cela aurait pu être évité, mais ça aurait été reculer pour mieux sauter, et cette violence gratuite, inhérente à Martin, se serait de toute façon déversée sur n'importe qui. S'il avait croisé une autre jeune fille à ce moment-là, elle aurait été la victime. Tout se joue simplement parce qu'il a été attiré par Susan, ce qui peut arriver tous les jours, à n'importe quel moment. Et c'est cette attirance, animale, qui déclenche le processus destructeur dans la tête de Martin, et pas du tout le mongolisme. Sautons une ligne.

 


Quand on voit le film, il apparaît évident que le sujet n'est pas le mongolisme, qu'on est même loin de cela. Cette maladie n'est qu'un prétexte, une excuse. Martin a un frère trisomique et sait donc que la seule chose que ces gens inspirent, pour la société, c'est la pitié. Il s'en sert donc comme d'un échappatoire, d'un mécanisme de défense, d'un alibi ! En cela, TWISTED NERVE m'a beaucoup fait penser aux IDIOTS de Lars von Trier, qui utilise ce point de départ précis. Martin ne fait qu'exécuter, avec trente ans d'avance, la même chose que le facétieux danois fait faire à ses acteurs dans son film dogmatique ! Il n'y a qu'à voir la façon dont Susan le traite avant et après la découverte de sa pseudo-trisomie : au début, elle lui hurle dessus, puis une fois que le mensonge est enclenché, adopte un regard bienveillant et protecteur, supérieur si on peut dire, et la seule chose qu'elle trouve à faire c'est payer le jouet que Martin a volé, comme s'il avait automatiquement besoin d'assistance ! Et ensuite, quand Martin s'invite chez les parents de la jeune fille, elle lui ouvre grand sa porte parce qu'elle ne voit aucun danger dans ce grand benêt un peu trop lent (même si sa mère hésite, elle accepte finalement, prenant encore une fois Martin en pitié). Dernier exemple (il y en a plus que ça dans le film), lorsque Susan et Martin se baignent ensemble dans la rivière, elle est très proche de lui et on pourrait presque dire qu'elle flirte avec lui. Mais en fait non, vu qu'il est handicapé. Alors, quand il essaie de l'embrasser, et de redevenir "normal", disons, elle s'énerve et le frappe, puis se rappelle qu'il est sensé être retardé, donc lui sourit et lui pardonne ! C'est vraiment très beau.

 

Roy Boulting développe quelque chose d'autre, qui sera cette fois le coeur du film. Je vais encore faire une comparaison avec un très grand film, mais je n'y peux pas grand-chose, j'avais dit dès le départ que c'était un drôle de film. Juste après sa rencontre avec Susan, Martin va dans sa chambre, se déshabille, s'assoit dans son rockin'chair et se balance fiévreusement. Plus tard, quand il est installé dans la maison de la jeune fille, dans sa chambre d'hôte se trouve un immense cheval à bascule, qu'il chevauche violemment une nuit, faisant un bruit de grincement infernal qui dérange quelque peu le locataire du dessous. Martin se trouve plus souvent qu'à son tour nu devant des miroirs, qu'il brise dès qu'il le peut. Mais il ne les brise pas n'importe où, seulement à des endroit où, dans le reflet et par rapport à la position de la caméra, ses zones érogènes sont cachées, et même plus que cela, détruites. Ce dont Boulting parle finalement, c'est de frustration sexuelle. Elle est la raison du comportement de Martin, et pas le mongolisme. C'est sa frustration, sa recherche de sexualité (qui ne va pas sans questionnements et tâtonnements, le jeune garçon possède d'étranges magazines) qui le fait retourner à l'état presqu'animal, en tout cas d'une violence sans merci. On peut imputer son comportement à sa relation avec sa mère qui, comme je l'ai déjà dit, le cocoone et le protège plus que de raison (pour une raison étrange, je vous laisse la découvrir), relation quasi-oedipienne, mais plutôt du côté de la femme. En cela, le personnage de la mère de Susan est peut-être le plus fouillé et le plus beau, mais j'en ai déjà beaucoup, beaucoup trop dit, et je préfère vous laisser la surprise, je vous assure que c'est absolument sublime et d'une intelligence folle dans l'écriture. Tout cela pour dire que finalement le scandale occasionné par le film n'avait pas franchement de raison d'être, mais pour cela il faut bien sûr regarder le film, les deux yeux ouverts, et essayer de voir un peu plus loin que ce l'on nous montre. Je n'ai pas cité le très grand film que je vous promettais en début de paragraphe, mais vous l'avez peut-être déjà deviné, il est anglais aussi, et fort bien connu de Matière Focale vu qu'un de ses protagonistes y écrit de fort beaux articles. TWISTED NERVE se rapproche selon moi beaucoup de PSYCHOSE. Alors, évidemment, les deux sont différents, mais il me semble que le film de Boulting est un bon complément au chef-d'oeuvre du Hitch, notamment parce qu'au delà du sujet assez similaire, tous deux semblent se moquer de la psychanalyse et de la rationalisation médicale de ces maladies mentales. Elles sont présentes dans les deux films, mais, je pense, tournées en dérision. C'est plus, là aussi, une justification plutôt qu'une véritable volonté d'expliquer scientifiquement le comportement de leurs personnages qu'ils semblent préférer laisser dans une bulle mi-fantastique, mi-inexpliquée (ce qui est très bien vu). La séquence finale de TWISTED NERVE est bouleversante, mais je n'en dis pas plus, je voulais simplement le mentionner.

 

Du côté de la mise en scène, ça suit plutôt bien le mouvement. La lumière est parfois très belle, d'autres fois plus quelconque. J'ai personnellement un peu de mal avec ce qui semble être un gros projecteur qui est bien souvent directement derrière la caméra, pour éclairer les acteurs de face (même s'il y a tout de même des lumières d'appoint). Disons que ce choix de Boulting va dans la direction de son propos. La photographie est ouvertement artificielle pendant une grande partie du film, dans les moments où Martin ment et se fait passer pour son frère. Quand il redevient lui-même, la lumière devient plus précise, plus ponctuelle, pour sensuelle, plus troublante (dans le garage, ou même à la fin). C'est donc assez beau, même si esthétiquement j'ai un peu de mal avec les grosses lumière en pleine face, mais si c'est fait comme ici, je prends, pas de problème ! Ca cadre joliment aussi, et Boulting renverse ses angles et joue assez joliment sur l'échelle de plans, surtout dans les séquences dans la maison de Susan. Il y a des moments qui me semblent un peu plus faibles (les parents de Martin), mais, allez, on pardonne. Côté montage, il joue beaucoup sur l'attente (la très longue première partie, où il ne se passe pas grand-chose, mais toujours dans une espèce d'atmosphère, d'ambiance pesante, malsaine même ; les plans sont assez longs mais parfois tranchés par des champs/contre-champs plus rapides, et les séquences s'étendent plutôt, laissant l'étrangeté s'incarner et les personnages exister) et la suggestion. Chaque coupe est signifiante et ce n'est pas toujours l'acteur qui parle qui est à l'image (j'ai encore en tête cette incroyable séquence finale, où Boulting coupe pile là où il faut, et où le montage alterné est asphyxiant et vraiment terrifiant ! Encore cette volonté de maintenir le spectateur dans l'attente et l'angoisse) (et encore, je n'ai pas parlé des rapprochements que je vois entre le montage de ce film et celui d'INGLORIOUS BASTERDS. Ici aussi, on fait traîner l'exposition, pour finalement conclure abruptement, laissant, pendant toute la séquence - ou tout le film ! le spectateur angoissé et en attente).

 

Roy Boulting est, il est vrai, également bien aidé par un casting fabuleux. Hywel Bennett (qui a, je trouve, un étrange air de Malcolm McDowell dans ORANGE MECANIQUE. Tarantino, Von Trier, Hitchcock, Kubrick, décidément je n'y vais pas de main morte ! Mais rassurez-vous, je ne comparerai pas TWISTED NERVE à du Dreyer... Encore que... Non je plaisante) est incroyable, et ce personnage ultra casse gueule de Rain Man/Norman Bates (pas le notre!) est au final superbement interprété, avec un grand nombre de nuances et une belle implication. Il n'est jamais ridicule et on n'a, spectateurs, jamais pitié de lui. Il semble toujours jouer sur le fil, en équilibriste, mais sans jamais ô grand jamais tomber dans le canyon. Hayley Mills est, en plus d'être sublime, une actrice tout à fait précise, retenue mais qui sait lâcher les chiens quand il faut. Billie Whitelaw, qui joue la mère d'Hayley Mills, est faramineuse, splenditastique, fantastordinaire, hfgshlgfu, je n'ai plus d'adjectifs, ce qui est assez rare pour être signalé. Le reste du casting tient très bien la route, et aucune faute de goût n'est à signaler de ce côté-là.

 

Grand film. Tarantino ne s'y est pas trompé, et je comprends maintenant pourquoi il en parle avec autant d'emphase. Je vous encourage donc à jeter un oeil à cette petite série B. Pour ma part, je pense que je vais assez rapidement remettre la galette dans le lecteur. C'est si beau ! Ca fait du bien !

Vive le cinéma !

LJ Ghost.





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Dimanche 5 juillet 2009 7 05 /07 /Juil /2009 11:05

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[Photo: "Les Derniers Forfaits Que Nous Commettrons" par Invisble.]



- Est-ce que Alain Resnais est né à Rennes ? Et Alain Cavalier, monte-t-il à cheval ?

- Tu en as, des questions, dit-il.

- Oui, mais quand même, moi ça me travaille. Pourquoi Philippe Grandrieux fait-il des films pas drôles ? Crois-tu que Gaspar Noë collectionne les animaux ?, continuait de demander Sophie Question, tout en vernissant ses ongles de pied.


Et puis un jour, Sophie ne posa plus de questions, et le Répondeur regretta qu'il y ait tant de mystères, et aussi que la Question soit partie avant l'épuisement.

 


J'ai découvert ce film un dimanche matin, tôt, vers 7 heures du matin (à demi-ivre de la veille), et l'ai regardé sur un moniteur 15 pouces. Je n'ai jamais vu un truc pareil et je n'ai pas envie de le décrire. Sur la jaquette, il est écrit "film autobiographique d'Alain Cavalier" mais bon. J'étais seul (midi sonne), il y a quelques heures, dans mon lit, sous la couette malgré le solstice d'été (on est un 21 juin). J'habite un appartement de 52 mètres carrés dans l'Ouest de la France (la ville où je suis né), j'y vis, seul, depuis cinq jours (j'y ai vécu les deux mois précédents, mais il était vide sauf un lit et quelques accessoires de toilette, à la spartiate). J'ai quitté Paris. Il m'est également arrivé l'aventure suivante : xxxx xxxxxxx xxx xx xxxxxx xxxxxx xxxxx xxxx xx xxxx xx xxxxx xxx xx x xxxxxxxx..

Ce sont des conditions idéales pour voir ce film, somme toutes.

 


Ah oui, aussi, je l'ai vu en trois fois. Je considère tout film sur support DVD, comme un livre. Je le prends, je le regarde, et je m'arrête quand je suis rassasié, le temps d'incuber. Ce qui fait que ce film de 65 minutes, je l'ai vu en 4 heures. D'abord, ça commence par un ballet de claquement de portes et de fenêtres, de façon boulevardière donc, mais sans acteurs, sans informations sonores non plus. Très peu d'indices. Une approche sans dramaturgie pour expliquer qu'il n'y a plus de dramaturgie possible. Puis on saisit le sujet du film, le narrateur (Cavalier, le visage recouvert d'une bande Velpeau façon Ramzy dans STEAK) a perdu sa compagne, il va mettre un film pour se reconstruire. Le film sera sa catharsis.

 

J'aime bien les quartiers anciens car ils sont pleins de fantômes. Les banlieues me semblent des univers propices à la violence car sans passé, donc sans pesanteur, sans péché.

Quand j'étais dans l'appartement vide au mois de mai, je pensais à mes prédécesseurs, dans chacune de mes deux pièces on trouve des miroirs segmentés par une ligne horizontale, cette particularité me laisse à penser que des gens vivaient chez moi il y a deux siècles. Ou bien que je vis chez eux. Qu'ont-ils vécu ?

J'ai aussi déménagé la semaine dernière, j'ai mis ma vie en cartons. En 92 boîtes. Hier je me suis promené dans mon vieux pays natal, où je reviens, avec nostalgie, notamment en passant devant des restaurants, des bars, des appartements où j'ai vécu des moments avec des personnes qui ont disparues, qui ne sont plus les mêmes en tout cas. Moi-même, j'ai changé. Je sais à présent que dans cinq ans, je ne serai plus le même qu'aujourd'hui. En revenant dans ma ville natale, après plus de trois ans passés à Paris, j'ai d'abord retrouvé un fantôme, le mien. Une personne que je ne suis plus. Je suis bien meilleur.

 

La première pause, j'ai dû l'effectuer après une vingtaine de minutes de film. Quand j'ai commencé à comprendre le sujet, donc, et que j'ai eu besoin de prendre l'air, je veux dire arrêter le film. Le film commençait à me regarder. Comme un livre, je le posais pour avoir le plaisir de reprendre sa lecture plus tard, vous savez... Quand la vie n'a programmé aucun plaisir dans les heures qui viennent, alors pour chasser l'ennui, vous vous nourrissez de souvenirs. Vous vous laissez aller au daydreamigne. Ce qui est très beau, c'est que le film a trente ans, Cavalier s'en est sorti, il est toujours parmi nous. Ce qu'on voit est insensé, mais il nous reste toujours cette connaissance pour apprécier le film, ce delay. La femme dont il parle, elle a disparu, et la mort est un scandale. Quand la mort d'un proche arrive (ou la séparation), le tapis se dérobe, l'univers se rétrécit. Ce film n'a donc aucun visage représenté animé, est constitué d'une enfilade de plans serrés, claustros. Il s'agit de faire le tour du propriétaire (par exemple, Cavalier filme ses toilettes, et explique les anecdotes liées à ce lieu). Photos jaunies. Chromos. Souvenirs communs. Lettres de Mamour. Main courante de l'accident automobile. Se cogner contre le mur. Sortir de son axe. Dérailler. Mais jamais de pathos (la voix-off dit "il" et non "je", ce qui permet de respirer, cette mise à distance est salvatrice). Le dernier plan du film, c'est un type coincé dans une pièce qui se cogne la tête contre le mur jusqu'à le défoncer, ou tout comme. Et comme la mise en scène (le dispositif, disons) est d'une absolue justesse (encore une fois, il faut en dire le moins), ça fracasse.

 

La douleur que Cavalier met en scène, n'est jamais - mais vraiment jamais - universelle (la femme manquante est aussi floutée, ce peut être plusieurs femmes, une fille ou une mère... dont Cavalier mêle les témoignages, comme si la personne manquante ne pourrait se résumer à sa simple existence, mais dans tous les liens qu'elle tissait). Et ne se réduit pas non plus à une douleur, c'est aussi une joie, celle du compagnonnage, donc de l'échange, donc de l'imprévisible (le fabuleux plan-séquence empruntant l'escalier, vers la fin de ce film, participe de cet imprévisible).

 

Les trois autres personnes créditées au générique ont sans doute permis à Cavalier de ne pas se vautrer dans l'autofiction, ou le ridicule, ainsi dans ce film tourné-monté, on va et vient de la mise en scène à l'intuition. Les plans serrés pourraient être suffocants, de même que l'absence de contrechamp, mais il n'y a plus personne, d'où cérémonie funèbre et vivante itou. Juste le passé, et la nécessité de faire repartir la machine vivante dans un mouvement d'action et réaction que le spectateur comme l'auteur sont contraints d'impulser pour ne pas se suicider cru.

 

Autant l'art est ordinairement spatial, puisqu'il s'agit pour l'artiste de créer par la production de son art, une frontière entre les autres et sa singularité, autant ici l'art est temporel, il s'agit de créer une frontière entre celui qu'on a été et celui vers lequel on va.

Pour le spectateur, il en va aussi de même, l'art spatial c'est le besoin de choisir sa famille, ses amis. L'art temporel, au contraire, engage davantage, puisqu'il ne peut être compris par le spectateur que s'il y a changement de paradigme à l'intérieur du spectateur même. On peut ainsi manquer de grands films, ou s'amouracher de petits, suivant le moment de sa vie.

 

Voilà, on en arrive au moment où comme dans CE REPONDEUR...  (j'aime bien que les articles saisissent ce que la vision du film modifie, une possibilité est d'emprunter le rythme de l'objet à décrire, pour ma part, j'ai écrit cet article en tourné-monté, comme le film, sans humour aussi, sans guère d'effets... (j'ai juste, au moment où je l'écris, l'idée de le donner à lire s'il me paraît satisfaisant, et d'abord au Dr.Devo, ou de le laisser dans mes cartons s'il ne s'avère qu'une pollution de plus, ce dont je ne sais encore rien) avant le climax (et quel climax) il y a un plan de sortie, pour la première fois on quitte l'appartement, l'homme à la caméra descend dans la rue (à moins que ce ne soit un subjectif, on s'en fout), on entend les oiseaux, on voit des gens se mouvoir, un plan large, par définition, ça fait du bien)), je dois donc moi aussi aller dans la rue avant d'en finir. De toute façon je n'ai pas le choix, là où j'habite, je suis au milieu de la rivière en crue, on est le 21 juin, je ne sais plus si je l'ai dit (je me suis imposé de ne pas relire mes rushes), la fête de la musique gronde, il est à présent seize heures et en bas de chez moi trois gogols reprennent Placebobo à fond les ballons, avec des lunettes à la Harry Popoteur.

 

(...)

 

Ca y est, je suis de retour. Dix jours et dix nuits se succèderent depuis que j'ai couché ce que vous venez de lire, je reviens maintenant de l'expérience traumatisante produite par la double détonation quasi-simultanée (à l'échelle d'une vie, disons) de la solitude la plus déchirante (et du cinéma qui ne parvient plus en salles), et de la collectivité la plus déchirée (la fête qui oublie ce qu'elle fêtait). The Cranberries. Téléphone. Bob Sinclar. Thunderdome Vol.8. Thunderdome Vol.9. Thunderdome Vol.10. Thunderdome Vol.11. Thunderdome Vol.12. Cali. Thunderdome Vol.13. J'ai 18 ans et je chante déjà des chansons de merde. Thunderdome Vol.14. J'ai 18 ans et vous allez savoir comme

Vous allez savoir vous allez savoir comme

Comme j'ai 18 ans et vous allez savoir comme je suis important avec mon mascara. Thunderdome Vol.8. Neuf. Dix. Onze. Thundertouze Vol.13. Percussions. Déambulations. Picolades. Je bois je vomis je ris je brois dit-elle. Thunderdome Vol.14. Percussions. Percussions. Percussions. Percussions. Kebab. T'as vu des trucs bien ? La queue au kebab. La queue dans les kebabs. Kebab-Jazz, kebab-mayo, kebab-tech. La fête de l'art-kebab. L'impossibilité de faire acte de musique car il faut sans cesse jouer fort pour couvrir le bruit du voisin. Vont-ils se taire, ces xxxx xx xxx ? Leurs bouches s'ouvrent mais aucun son ne sort, ils engloutissent et déglûtissent. S'il y avait la fête du kebab, les gens en boufferaient pendant des heures c'est pas possib'. Percussions. Percussions. Percusspercusspercuss. Sirènes de poulet-mobiles. Volets de fer des kebabs. Percuss. Djembés. Djembés. Et aussi xx xx xx xy. L'humanité en shorts, suicidez-vous le peuple est mort, suicidez-vous la mort est populaire.


Mourrons-nous en pantacourt ou bien en bermulon ?

Puis revenez.

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Vendredi 3 juillet 2009 5 03 /07 /Juil /2009 11:37

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