Corpus Filmi

(Photo: la muse du Cinéma soufflant à l'oreille gourmande du grand réalisateur italien Mario Bava. Photo retrouvée par Le Marquis) 

 

 

Chers Gens,
Ce n'est pas souvent qu'on a des nouvelles du Danemark, terre supposée pourrie où quand même jaillit une des plus belles fleurs du cinéma, en la personne de Lars von Trier. C'est, encore une fois, cette fleur qui cache la forêt, si tant est qu'il y ait une forêt de films au Danemark, à qui on doit LE FIL DE LA VIE de Anders Ronnow-Klarlund, qu'on appellera affectueusement et pour les raisons que l'on sait Anders. En effet, c'est von Trier et sa société Zentropa qui co-produisent ce film assez curieux, sorti mercredi dernier dans les gros circuits de cinéma, et donc dans le mien (cf. ma carte illimitée). On notera d'ailleurs que cette sortie s'est faite dans la plus grande discrétion. Pas une fois, malgré la vingtaine de films vus dans ce cinéma en un mois, je n'ai vu la bande-annonce de ce FIL DE LA VIE. La raison en est, sûrement, que le film 1) étant danois, et 2) étant sans doute classé art et essai, les gros multiplexes se contentent de le sortir sans pub, ce qui permet 1) de toucher les subventions art et essai (au prorata des entrées bien sûr. Et oui, les amis, UGC, Gaumont ou Pathé peuvent toucher des subventions art et essai parce que le seul critère de ces films, c'est leur classement administratif. Voir à ce sujet mon article sur le cinéma populaire) et 2) ce qui permet de ne pas parasiter les ignobles aventures de Pollux qui, malgré ce qu'il raconte est bien un chien cabot et un chien de luxe. Ohohoho....
LE FIL DE LA VIE est un film d'animation atypique, et ce à plusieurs titres. D'abord, c'est un film réalisé avec des marionnettes, ce qui assez rare dans le monde de l'animation, surtout de nos jours, même si cette année on verra aussi le film des créateurs de South Park et sans doute l'adaptation de la série Thunderbirds.  Et d'un. De plus, le film, par son affiche, semble s'adresser aux enfants, mais on verra que ce n'est pas si simple. Par conséquent, voilà un produit atypique dans sa conception mai aussi dans le ton employé, et de trois. Le monde du cinéma animé ne brille pas, à quelques exceptions (Miyazaki par exemple) par son originalité. Tout y est affreusement calibré. Les histoires sont absolument toujours les mêmes, et  ne parlons pas des mises en scènes, par décence. On paye évidemment très cher notre tribu à Disney, dont chaque bouse, il y a encore quelques années, avant que Pixar ne change la donne, était célébrée comme géniale par les spectateurs enfants et adultes, là où même moi, qui ait toujours trouvé les films Walt Disney d'une laideur abyssale (mais peut-être moins laids dans l'esthétique que dans les scénarios insupportables),  moi-même, dis-je, dois reconnaître que la qualité des films Disney a considérablement baissé, atteignant le seuil du simple foutage de gueule esthétique et technique ces dix dernières années. Je n'ai pas vu LES INDESTRUCTIBLES, réalisé par Brad Bird, le respecté réalisateur du beau GEANT DE FER, mais gageons qu'une fois que Pixar règnera en maître sur le marché du film pour enfants, la qualité de leurs films baissera en proportion. On verra bien. Passons.
Atypique donc ce FIL DE LA VIE. Et avec quelques bonnes surprises. Le réalisateur, Anders donc, réalise en principe des films bien loin de l'univers des films pour enfant. Je me souviens notamment avoir vu en DVD POSSESSED, film fantastique et satanique, gentiment regardable dans sa première demi-heure et assez loupé par la suite, malgré la présence du toujours impeccable Udo Kier. Rien de très réjouissant, donc, chez Anders. Mais le film repose sur une belle idée. C'est un film interprété par des marionnettes, et de fort belle facture pour la plupart. Les fils qui les animent sont donc visibles, et mieux que ça, certains d'entre eux semblent même grossis (le fil est volontairement plus épais) pour des raisons esthétiques. Encore mieux, ces fils qui animent nos bouts de bois sont intégrés et dans l'histoire et dans la mise en scène. Les personnages sont très conscients de leurs fils. D'ailleurs, ils savent que si on coupe le fil principal, on meurt. Et, en plus, les décors intègrent cette étrange anatomie. Ainsi, les toits des maisons sont ouverts pour pouvoir faire passer les fils. Et quand il pleut, il pleut partout même dans le château du Prince pour cette même raison. Très bonne idée que de sur-montrer, puis de jouer de l'artifice, et enfin de l'intégrer à l'histoire. Très bien. D’autant plus que, du coup, le maillage incessant des fils à l'écran est très beau et très graphique, donnant de la texture à tout le métrage. Ce n'est pas tous les jours qu'un film a ce genre de parti pris fort, beau et risqué. Rien que pour ça, chapeau bas.
Il s'agit donc, pour résumer, d'un film fantastique en forme de conte, où les acteurs sont des marionnettes. Ce qui frappe d'entrée, c'est le soin dans la direction artistique. La lumière est travaillée (même si ces gris bleus, virant au vert de gris, ne sont pas ce que je préfère). Les décors sont beaux et assez originaux, au début au moins. Et quelques petites astuces font plaisir à voir. C'est donc la première bobine qui est plutôt impressionnante. Le cadrage, sans être sublimissime, est également bien travaillé. Et du point de vue de l'animation elle-même, rien à dire.
On remarque vite que l'histoire sera tragique. Je suis assez scié, d'entrée de jeu, que le film s'ouvre sur le suicide du vieux roi! Ce n'est pas le monde de Nemo! Le vieux roi se tue, se jugeant responsable d'une lutte sans fin et sanglante avec un autre peuple, guerre qui dure depuis des générations. Il laisse à son fils une lettre lui enjoignant de faire la paix au plus vite et de se méfier de son oncle et son sbire. Ces deux derniers interceptent le courrier, maquille le suicide en crime et le fils part à la guerre de plus belle. S'ensuit un parcours initiatique émaillé de trahisons, de chantage et d'emprisonnement des femmes et des enfants. Bref, ça ne rigole pas beaucoup. Ce qui a fait dire à certains critiques que le film était shakespearien! C'est complètement faux évidemment, mais nos chers professionnels du film, faut les comprendre, d'habitude ils tressent des louanges à Némo ou Aladin ("le rêveuh bleuuuuu"), et là ils sont tout déboussolés. Passons. Il n'empêche qu'on est surpris, et qu'une question évidente se pose. Certes, l'intrigue est plus noire et plus adulte que d'habitude, mais dans le même temps, le récit et la narration sont extrêmement classiques, et semblent posés sur des rails que rien ne fait dévier. C'est là que le bât blesse. L'histoire est très prévisible. Une fois le décor dressé, on attend tranquillement que tout se dénoue, et pas un événement dans le cours du film ne viendra nous surprendre. Au bout de 10 minutes, on comprend très bien à quelle sauce on va être mangé... et c'est ce qui arrive. Pas de surprise et surtout plus d'inventivité après ces dix premières minutes, que ce soit sur le plan esthétique, sur le plan narratif, ou sur le plan de la mise en scène. C'est la roue libre. Le manque d'originalité, caché par le dispositif, se fait sentir. On s'ennuie gentiment, et on comprend le problème du film. Les tout-petits sont hors-jeu. Le film n'est pas vraiment pour eux. À partir de 6 ou 7 ans, par contre, pas de problème. Mais on sent bien que cette histoire est un peu trop alambiquée, un peu trop alourdie par des dialogues essayant de tendre vers le théâtre (un des défauts les plus évidents du film), et surtout nos chères petites têtes blondes seront imperméables au rythme. Quant aux adultes, pour les raisons évoquées plus haut, ça risque d'être fort ennuyeux. Un film entre deux eaux donc. Ça me rappelle un autre film... Un peu de suspense, j'y reviendrai en fin d'article.
Et puis il y a un autre gros défaut. Au fur et à mesure, le film perd son originalité esthétique. Le cadrage se systématise et surtout la photographie devient moins convaincante. Et surtout, l'emploi assez judicieux des matte-paintings en début de film devient, au fil des bobines, de plus en plus kitsch et désastreux. Peu à peu, le film devient donc plus laid (ou moins beau!), jusqu'à atteindre des sommets de niaiserie. Et la dernière image du film est un sommet immonde de bons sentiments débiles et de guimauve graphique qui laisse vraiment un mauvais goût dans la bouche. Le pétard est décidément mouillé, et les choix artistiques ne font plus illusion. On sort alors de la salle en se disant que le film n'a jamais su soumettre les marionnettes à un rythme de mise en scène, par le montage par exemple. La monotonie est rythmique donc. Déplacements, caractères des différents personnages, tout cela sent bon l'uniformité. On sort de la salle en se disant que, finalement, on pas si bien dormi que ça!
Je repense, avec nostalgie à une des rares expériences filmiques pour enfants et pour les autres qui fut vraiment originale. Il s'agit de DARK CRYSTAL. Voilà un film qui touchait complètement et enfants et parents, par son originalité esthétique, par un scénario riche et ambigu, et par inventivité incessante dans la mise en scène. L'univers développé avait ses règles certes, mais était soumis à une mise en scène qui avait un sacré caractère. Et la comparaison avec LE FIL DE LA VIE fait, évidemment, très mal. Votre bon docteur se dit, à l'heure des comptes, que ce n'est pas encore aujourd'hui que ce magnifique accident qu'est le film de Jim Henson et Frank Oz se répètera et que, malheureusement, la recherche des plus grands dénominateurs communs en matière de films pour la jeunesse, a encore de bons jours devant elle. Au détriment de l'aboutissement artistique bien sûr. Et finalement, si j'avais été de mauvaise humeur, j'aurais peut-être vu dans LE FIL DE LA VIE un film jouant sur deux tableaux, peu courageux et très opportuniste.
 
Splendouillettement Vôtre,
Dr Devo.
 
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Lundi 21 février 2005 1 21 /02 /Fév /2005 00:00

Publié dans : Corpus Filmi

(Photo:"Atterrissage" par Dr Devo)

Chers Confrères,
C'est le week-end, et pour certains peut-être, c'est les vacances. C'est samedi soir. Qu'allez-vous faire? Pas envie de regarder la télé, surtout un samedi soir, plus de livre dans la bibliothèque, lecteur DVD en panne, connexion Internet kaput et pas assez fatigué(e) pour aller se coucher à 20h30 ? Dr Devo a la solution. Une solution à la petite semaine, c'est vrai, mais si c'est ça ou faire des réussites toute la soirée...
Allez hop, salle No1 de MON cinéma, celui dont je suis devenu co-propriétaire en achetant ma carte illimitée. Ha, la salle No1, découverte il y a peu et déjà étrennée deux fois, avec les sanglants IZNOGOOD et ESPACE DETENTE. Tout un poème. La salle No1 est au troisième étage, et voir un film là-haut, plus près du ciel, mais en apparence seulement, c'est un défi lancé à moi-même et à mon vertige. Car il y a deux vertigineux escalators à affronter. Mais que ne ferais-je pour vous ? Rien n'est trop beau et j'accepte tous les sacrifices, même les plus médiocres.
C'est quand même bizarre et significatif. Parmi les quelques films sortis mercredi dernier, ben le plus sexy, c'est peut-être encore MON BEAU-PERE, MES PARENTS ET MOI... C'est pas grand-chose, mais c'est celui-là qu'on a plus envie de voir. Je n'aurais pas misé cinq centimes sur CONSTANTINE a priori, et c'est quand même plus attirant que le film sur Mitterrand (quoique, ça doit valoir son pesant de cigarillos cubains, car ce film ne parle jamais de politique, parait-il!!! Il faut oser quand même, non ? Un jour, un type exploitera mon idée très vieille de faire une comédie musicale sans musique!). Film-annonce sympa, la bouille de Ben Stiller... Allez, on s'y colle. Si c'est nul, on prétextera, avec un peu de mauvaise foi, qu’une apparition de Ben Stiller est toujours bonne à prendre, même dans le médiocre STARSKY ET HUTCH qui ne comptait que trois bonnes scènes. La pub passe vite. Il faut supporter la pourtant très courte bande-annonce du FILS DU MASK (mon dieu...), et attendre pour la dixième fois que le public rigole à la réplique "Ta mère!", gage de bon fonctionnement au box-office. C'est le film-annonce le plus laid et le plus mal fichu au monde, mais cette seule réplique finale assure le succès du film. Passons. Les lumières tombent et au bout de cinq minutes, c'est l'effroi. Ça y est, je me souviens maintenant. Je me souviens exactement dans les moindres détails, comme une madeleine de Proust au goût de ver de terre, pourquoi le premier film MON BEAU-PERE ET MOI était mauvais! Je me souviens avoir pensé que le sujet était pas mal, mais que tout cela était d'une antipathie et d'une bêtise crasses. Je me souviens de cette mise en scène aussi laide qu'un Derrick, la classe en moins, et sans Horst Tappert... et avec De Niro! Au secours! Débarquez-moi, comme disait le poète... En quittant la salle au bout de dix minutes, je sais pertinemment que je perdrais mon titre de Docteur, mon seul honneur, ma seule fierté... Et comment abandonner ce film, fût-il mauvais, alors que j'ai vu IZNOGOOD, THE AVIATOR, CAMERA CAFE, LES SŒURS FACHEES et ALEXANDRE en entier? Je reste, Julien, je reste!
Dès que cette vieille baderne de De Niro entre dans le cadre, une immense vague de désespoir m'envahit. Gros, vieux cynique, et surtout en roue libre, libéré de toute contingence ou exigence parce que son passé absout tout (à juste titre ou non), De Niro paye ses impôts. Son dernier bon film, c'est quand même la pub pour American Express. Le reste, c'est quand même caca... Et sans aucun doute, je me rappelle avec exactitude, disais-je,  que le maillon faible du premier volet, c'était lui. Je m'apprête à sortir les menottes, le coffrer et l'envoyer à la Brigade du Bon Goût croupir quelques siècles, mais quelque chose d'imprévu arrive. Ben oui, mon petit Monsieur, t'as vu l'affiche pourtant. God bless, pour une fois, les épisodes No2 et leur surenchère. Pour cet opus deux, il ne sont pas 4 mais 6! Dustin Hoffman et Barbara Streisand débarquent! Ouf! Et là, le film se débloque. De Niro joue en touche, et va se placer au fond de la photo... et ça fonctionne exactement au même endroit où le premier épisode était grippé. Un antagonisme naît, premier point, et le film devient enfin chorale, et non plus un affrontement Stiller-DeNiro rendu stérile par 1) l’absence abyssale et le je-m'en-foutisme  de De Niro, visiblement en train de se demander s'il a fermé le gaz avant de partir, et 2) par l'absence totale de caractère et d'utilité des personnages de la fiancée et de la belle-mère. Le miracle a donc lieu. La fiancée est toujours aussi cruche, là-dessus on est d'accord. [Pourquoi ne participe-t-elle jamais à l'action comique ? Pourquoi est-elle si fadasse, encore plus fadasse que son clone originel Helen Hunt ?] La belle-doche revit enfin un peu. Elle a dû remettre son sonotone et participe enfin, même si c'est discrètement. Elle incarne par là même pleinement son personnage qui redécouvre les joies charnelles et incarnées de la vie. Dustin Hoffman, dont le dernier bon film est... Ha oui, tiens! C'était quoi ?  Deux secondes je regarde sur imdb.com... Bon, il faisait la voix de la conscience dans le JEANNE D'ARC de Besson (le seul film de cinéma de Besson), mais je ne l'ai vu  qu'en VF donc je ne m'en suis pas rendu compte. Sinon, il y a... DICK TRACY en 1990... Pas mal... Non, son dernier grand rôle c'est LENNY en 1972! (à mettre au conditionnel, car ça fait bien 10-15 ans que je l'ai vu!) Disons LENNY... Ok, disons DICK TRACY... Hoffman n'a donc pas fait un bon film depuis au moins 15 ans... Ça vous rappelle quelqu'un non ? Ben oui, De Niro... Allez encore un petit coup d'IMDB... Ha oui, c'est vrai : JACKY BROWN en 1997. MAD DOG AND GLORY en 1993 et LES NERFS A VIF en 1991. C'est mieux que Hoffman. Pour être exact, il faudrait faire pour chacun un calcul de proportion entre bons films et mauvais films.
Reprenons. Donc, Hoffman, qui "serait" encore pire que De Niro, débarque. De toute façon, il a l'air un peu plus sympathique Hoffman. Je ne lui confierais pas la garde de mes enfants mais quand même. En tout cas, lorsqu'il débarque avec Barbara Streisand, tout se met à fonctionner, des points de vue s'enclenchent. Les oppositions ne sont plus tout à fait dichotomiques et, enfin, halleluyah, une dynamique comique peut se mettre en place.  On rit, et on rit même de bon cœur plusieurs fois. Et on finit même par rire régulièrement de bon cœur.
Alors, au final, ça donne quoi? Ben, c'est plutôt agréable. Hoffman a l'air de bien s'amuser. Barbara Streisand a enfin abandonner son balai, a diaboliquement grossi, ne chante pas, et elle aussi s'amuse beaucoup, en se baignant avec jubilation, comme c'est curieux, dans des gags très drôles et de très mauvais goût (il fallait oser pour une "star" comme elle, la scène de la crème chantilly quand même!). La fiancée est invisible, comme je l'ai déjà dit, et la belle-mère se déride comme je l'ai déjà dit aussi. Les seconds rôles sont très drôles. Et De Niro, cette vieille baleine échouée sur des comptes bancaires en Suisse, a quelques bons moments surtout quand il est en retrait ou qu'il singe un politesse feinte qui cache un profond dégoût. Le scénario me parait mieux écrit, enfonce le clou fascisant de la famille De Niro, et l'opposition avec le couple Hoffman-Streisand marche bien. On est ici dans un humour plutôt trash qui essaie toujours de nous plonger dans l'horreur des comportements familiaux, mais avec, enfin, plus d'énergie et plus de mordant, ce qui rend la chose effrayante et acceptable, dichotomie qui fonctionne à merveille. On rit en même temps qu'on a des frissons dans le dos. Bien vu. Pour la mise en scène, c'est autre chose. Jay Roach est un habile artisan dans la série des Austin Powers. Ici, c'est tout le contraire. La mise en scène est plate comme un téléfilm d'arrière-garde. Le découpage n'a strictement aucun intérêt. Curieusement toutes les scènes qui jouent sur l'action physique (le football américain, le coup de pieds dans le nez) sont ratées. Et surtout, la lumière est HIDEUSE, dégueulasse et même pas étalonnée. Encore plus mauvaise que celle de SIDEWAYS. La copie que j'ai vue est, en plus, très mal tirée avec au moins quatre plans complètement flous, ce qui est un vrai scandale quand on voit le prix de la place. Mais ne boudons pas notre plaisir, le scénario est plutôt malin, et on passe avec ce téléfilm un bon moment. Le film tend vers ceux des frères Farrelly, sans jamais atteindre ce niveau, certes, mais il y a assez d'idées de scénario et autres choses débiles et effrayantes dans MON BEAU-PERE, MES PARENTS ET MOI pour aller y faire un petit tour, faute de mieux.
 
Sympathiquement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Samedi 19 février 2005 6 19 /02 /Fév /2005 00:00

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(photo : "Sing-Sing" par Dr Devo)

 

 

 

 

Chers Eclectiques,
Nous parlions hier de la dure notion de film populaire. Essayons la théorie. Le cinéma, disais-je hier, surtout s'il se veut populaire ou s'il est considéré comme tel, montre que le principe d'étanchéité aux concepts ne lui est que difficilement applicable. Le cinéma est un art perméable? Sans doute. En tous cas, les frontières s'estompent facilement, et surtout pour le spectateur. Et la frontière ultime en la matière, c'est celle entre un film réussi/beau/abouti et un film un peu/à moitié/complètement raté. Mon ami l'Ambassadeur du Néant définirait sans doute son fameux principe du "Juge de Paix", comme ultime critère. Ce Juge de Paix, expression magnifique et même sublime qui vaudra à son auteur quelques éternités en moins au Purgatoire, c'est, en dernier ressort... le goût. Et cette notion est sans doute, comme on le verra plus bas, encore plus scandaleuse qu'il n'y paraît. Car derrière le mot "goût", ne mettons pas la notion horriblement dichotomique "j'aime/j'aime pas". Voyons plus loin. S'il est vrai que certains cinéastes ont fait avancer leur art en le détruisant (Marguerite Duras, par exemple, en incluant 30 minutes de noir complet – avec du son! – dans un de ses films), il faut admettre l'hypothèse selon laquelle un film raté ou médiocre contient des morceaux de pur cinéma, objectivement décelables, même dans un séquence pourrie jusqu'à la moelle. Du vrai cinéma dans des interstices de mise en scène discutables... Qui la décèle? Le goût certainement, en toute indépendance. Et pour ma part, avant de passer à la pratique, je me citerai moi-même. L'interstice riche en cinéma dans un film mal-foutu, j'appelle ça "le faisandage". Notion dont l'Ambassadeur du Néant, superbe théoricien du cinéma, dit que je suis un expert. Derrière l'humour, le compliment, très juste et que j'accepte. Qui pouvait mieux comprendre ça qu'un ambassadeur qui ne représente que... le Néant! [Un autre homme que vous connaissez bien, et qui participe à ce site : Le Marquis, le pape de toutes les cinéphilies.] Passons. À la pratique, bien sûr.
Mon premier problème concerne l'origine du film CONSTANTINE de l'inconnu Francis Lawrence (qui n'avait réalisé que des clips, notamment, parait-il, pour Britney Spears et Aerosmith! Excusez du peu!). Il s'agit d'une adaptation d'un comic américain que je ne connaissais ni d'Eve ni d'Adam. Moins populaire que Hulk et Spiderman, sans doute. Je sais, par exemple, que se prépare une adaptation du comic SIN CITY, et même si je ne l'ai pas lu, je vois ce que c'est. La BD CONSTANTINE est donc peut-être moins populaire. Ce qui pourrait expliquer deux ou trois choses quant au film. Le problème, à mon sens, des comics américains portés à l'écran, c'est l'adaptation. Bien sûr. Pour être plus précis, il faut savoir jongler, entre deux notions : pourvoir reconnaître sans difficulté le comic originel dans le film (c'est à dire être reconnaissable, reconnaissant, et fidèle), et adapter la BD de manière acceptable dans les codes du cinéma populaire. Double exigence quasi-impossible à tenir. Les fans hardcore du support originel constituent une pression extraordinaire, et le spectateur moyen, lui, ne saurait être trop décontenancé. Au final, presque à chaque fois, ça rate. Je passe sur les médiocres SPIDERMAN, vidés de toute puissance lyrique, et cherchant, en essayant de trouver le plus grand dénominateur commun, à gommer tout ce qui aurait pu constituer, a priori, des accroches dramatiques. Venant de la part de Sam Raimi, en plus, c'est un scandale. Comment l'homme des deux premiers EVIL DEAD, deux films aux changements de registre très subtils, a-t-il pu ainsi se trahir ? Passons. HULK était un peu mieux, malgré un métrage trop long, et nombre de séquences très mal écrites. X-MEN se regarde assez bien, pour un film de ce genre, et semble avoir trouvé un meilleur compromis au final. CONSTANTINE ne semble, avec ses défauts et ses qualités, pas le plus mauvais de tous, curieusement, même s'il n'est pas forcément le plus abouti. Il y a sans doute deux raisons à cela. Peut-être parce que le comic est moins "populaire" que les autres... Un de vous, lecteurs attentionnés, pourra peut-être confirmer ou infirmer cette hypothèse. Deuxième piste : il y aurait quelques interstices dans ce film...
L'histoire de CONSTANTINE. Le héros éponyme est un humain, revenu, au sens littéral, de l'enfer, puisqu'il a été mort brièvement, avant d'être rendu à la vie. C'est une sorte de mercenaire et exorciste traquant les petits démons qui traînent ça et là sur notre belle planète. Il faut bien dire que c'est un peu le bazar ici-bas. Dieu et Diable ont conclu une espèce de pari à la Job. Qui aura le plus d'influence sur les pauvres humains que nous sommes ? Il y a une règle cependant, dans ce stupide pari céleste : pas d'intervention directe des démons. On influence l'homme, mais on n'agit pas soi-même. L'histoire s'enclenche quand Constantine (Keanu Reeves) constate qu'il y a eu fraude dans ce système très surveillé et très réglementé, et que des démons interdits de séjour ici-bas commencent à prendre des aises, prélude, sans doute, à quelque catastrophe plus terrible encore. Parallèlement, il croise une jeune flic, croyante et déboussolée, qui vient de perdre sa sœur dans un suicide très influencé... Voilà.
On est donc en territoire assez connu avec une logique assez simple. L’esthétique se veut très sombre, basée sur la réutilisation des symboles cathos de toutes sortes, qu'on remaniera de manière souvent kitsch, et à toutes les sauces. Je suis assez sensible à cette grande moulinette des symboles catholiques, plus ou moins absurdes, comme on en retrouve aussi par exemple dans L'EXORCISTE III, de William Peter Blatty. Ça peut donner des choses très exagérées, mais ce type d'imagerie marche assez bien au cinéma. Donc, en ce qui me concerne, ce n'est pas un problème. D'où vient donc ma sympathie pour ce film mineur ? D'abord, par un soin général qu'on en retrouve sans doute pas dans les grosses machines de guerre hollywoodiennes. Je m'en plains souvent ici, comme vous avez pu le constater dans mes articles sur THE AVIATOR et ALEXANDRE. Souvent, ces gros films boursouflés sont truffés de très laides et très débiles images, notamment de synthèse, l'étalonnage et la photographie sont minables. La direction artistique est douteuse, et les effets spéciaux bouffent tout, en plus d'être très laids comme c'est souvent le cas (on va rire dans quelques années en revoyant les HARRY POTTER et autre SPIDERMAN!). Car les vraies stars de ces films, ce sont les effets spéciaux, tous numériques malheureusement. Ils arrêtent le film, définissent sa narration et sa chronologie, avec la subtilité d'un contremaître d’une chaîne de fabrication chez Renault. Pas étonnant que ces films soient des catastrophes artistiques. Et je ne parle même pas de mise en scène tout court...
Donc ici, dans CONSTANTINE, on note un joli soin pour la mise en scène. D'abord, et c'est une surprise, Francis Lawrence utilise son échelle de plans. Que c'est agréable!  On n'a donc plus cette impression d'être noyé dans un océan de gros plans et de plans rapprochés. Rien que pour ça, moi je lui donne un Oscar! Du coup, il y a un montage gentiment efficace, relativement tendu, avec, tenez-vous bien, quelques absences de champs / contrechamps, et, tenez-vous mieux, au moins une très belle scène... du point de vue du montage, je veux dire. La scène du suicide de la sœurette me paraît carrément iconoclaste (pour un gros films américain je veux dire! On se calme!). Enfin, enfin, enfin, une scène avec une idée de mise en scène et de montage originale!!!!!! Vous n'imaginez pas le bien que ça m'a fait. Pendant deux trois minutes, un peu de mystère. C'est si rare. On notera aussi quelque chose de courageux, même si ce n'est pas complètement réussi, loin de là : le film est construit sur une faux rythme, assez lent! Il y a au final que peu de scènes d'action et, en plus, elles sont souvent contrariées par des parties dialoguées qui laissent les personnages, assez carrés bien sûr, respirer un peu. On a donc, et c'est une surprise, un film plus calme, et pas du tout hystérique. Lawrence peine à maintenir un rythme, mais bon, la tentative est présente et on peut la remarquer. Autre fait remarquable, la photographie, loin du boubliboulga habituel, est quelquefois très belle. Les plans en extérieurs, de nuit, lors de la scène du suicide (encore!), et quelques plans quasiment noirs (malgré la très mauvaise qualité du tirage des copies en France) sont assez beaux. Sans les crucifix à toutes les sauces et les Vierge Marie qui traînent dans tous les coins, on aurait presque quelque chose de sobre (et ce calme apparent marche notamment très bien dans la scène de la baignoire, tout en silence). Les décors sont assez beaux, et assez bien spatialisés, encore une surprise. Et sur un ou deux détails microscopiques dans la direction artistique, on sent un soin qui fait plaisir à voir (par exemple, et il y en a au moins trois : la lumière du disque dur du portable lors de la séance de "spiritisme " avec le chat). Enfin, les séquences à effets spéciaux sont assez sèches et courtes! Il y a un seul combat un peu plus long (dans l'hôpital), mais qui part d'une idée sympathique.  Bref, on résume : un joli soin, malgré d'évidentes faiblesses de rythme (et de scénario aussi sans doute : on sent que ça pourrait creuser un peu plus), et une imagerie catho-bidulée naïve mais complètement assumée (notamment dans cette très belle idée du doigt levé... D'ailleurs, le personnage de Gabriel, à "elle" aussi le doigt levé tout le temps, comme vous pourrez le remarquer, ce qui est plutôt une bonne idée : entre "je te désigne au nom de Dieu" et "Je t'emmerde").
Les ombres au tableau, hormis le rythme, sont une ou deux répliques "drôles" pour les 12-15 ans et donc qui n'ont rien à faire là (mais là aussi, on en est pas inondé, donc on pardonne), et une petite faiblesse sur certains personnages secondaires. L’idée d'effacer le jeune apprenti (joué par Shia LaBeouf!!!! Pauvre garçon!) Pour lui donner plus de poids au final ne marche qu'à moitié. Et, au vu de la VF (malheur, ô malheur!), il est difficile de jauger le personnage du prêtre qui, de ce côté de l'Atlantique semble bien superficiel. Et les autres, alors? Haaaaaaa! Là, on entre en plein faisandage! Keanu Reeves, mon vieux complice! Je savais qu'on se croiserait ici un jour ou l'autre, mon petit gars! Je n’aime pas Keanu Reeves. C'est un peu le David Hemmings de sa génération. Comme disaient les Monty Python, on est plus proche de la bûche que de l'acteur. Il rate certaines scènes assez splendouillettement, notamment à cause d'un Hand-Acting et d'un Pelvis-Acting trop prononcés et maladroits. La peur d'être fadasse sans doute. Mais, bon, même s'il n'a pas fait de miracle, on peut le supporter, en regardant ailleurs de temps en temps! Bien sûr on imagine quelle superbe puissance cela aurait donné avec Jake Gyllenhaal (DONNIE DARKO et THE GOOD GIRL, voir mon article sur ce dernier film) ou avec Christian Bale (THE MACHINIST, même remarque). Là, on serait passé à la puissance dix mille. Ce n’est pas encore pour cette fois Keanu! Rachel Weisz fait là où on lui dit de faire, ce qui est déjà pas mal, très handicapée par un doublage morne. Et, je vous ai gardé le meilleur pour la fin... Il y a TILDA SWINTON, dans le rôle de Gabriel, et là, les petits gars, la production a eu bon goût, certes, mais aussi un sacré flair. Malgré sa courte présence, elle justifie presque pleinement le prix du ticket! Tilda Swinton est la meilleure actrice de l'univers, sans conteste. Elle illumine ce film, le creuse, et se glisse dans le peu de marge qu'on lui a donnée avec une grâce, un humour et une classe cosmogoniques! Elle est sublime, et rayonne de mille feux au firmament des galaxies. Elle est très loin devant tout le monde et fait partie de ces très rares acteurs à part, qui s'empare de tout avec le même délice. Allez voir ORLANDO  de Sally Potter où elle a le rôle-titre, si vous n'avez pas encore eu le bonheur de voir ce grand film. Allez voir les films de Derek Jarman dont elle fut l'égérie (LAST OF ENGLAND, EDWARD II, des chefs-d’œuvre absolus!). Revoyez ces courtes apparitions dans LA PLAGE de Danny Boyle (où elle jouait la chef du camp), ou dans ADAPTATION. Il faut la redécouvrir d'urgence. C'est une femme hors norme, à la puissance de jeu dévastatrice, sans avoir l'air d'y toucher, et qui a l'intelligence de jouer dans des films les plus underground, les plus abstraits, et aussi dans les films commerciaux. Il est vraiment temps de lui donner un grand premier rôle populaire. Je ne veux pas vous en dire plus, mais elle fissure le film de toute part, rendant insupportable de suspense le retour de sa prochaine séquence. Elle est le filigrane de ce CONSTANTINE. Et, le générique fini, on ne se dit qu'une chose : vivement CONSTANTINE II, si jamais cela a lieu, qu'on la revoit en Gabriel, et peut-être en co-équipier de Constantine, avec énormément plus de scènes...
CONSTANTINE est donc, un film relativement sympathique, loin d'être abouti, mais dont l'aura de l'actrice anglaise illumine joliment les quelques efforts notables dans la mise en scène.
Rayonnement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
Retrouvez d'autres articles sur d'autres films, en accédant à l'Indes des Films Abordés: cliquez ici!

 

 

 

 

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Vendredi 18 février 2005 5 18 /02 /Fév /2005 00:00

Publié dans : Corpus Filmi

(Photo: "Avant le passage du Prisonnier" de Dr Devo. tous droits réservés)

 

Chers Camarades,

Enfin un film d'auteur! Patrick Braoudé, ça n'est pas rien. GENIAL, MES PARENTS DIVORCENT, et NEUF MOIS quand même. Excusez du peu. Ici, il signe de manière assez surprenante une nouvelle grosse comédie, certes, mais surtout un film à énorme budget, enfin on peut le supposer. Il a écrit lui-même le scénario. Il joue dedans (le marchand d'esclaves, le second rôle le plus long du film, ou presque). Bref, il s'est investi à donf'. C'est un auteur accompli. Reste à savoir maintenant s'il a fait pire que d'habitude.

Il faut bien avouer qu'en matière (focale!) de comédie populaire, le niveau ne vole pas très haut. Quasiment aucune comédie à gros budget de ces dix derniers années (restons calme) n'est réussie. On parlait il y a peu de l'antipathique ESPACE DETENTE de Le Bolloc'h et Solo, mais la liste est longue. Ceux qui ont vu LA TOUR MONTPARNASSE INFERNALE, L'AME SOEUR de Bigard, LE PLACARD, NARCO, LA VERITE SI JE MENS (encore que là, c'est presque mieux), et autres VISITEURS (de Jean-Marie Poiret avec Christian Clavier, plaie nationale, et non pas le film de Elia Kazan avec James Wood, qu'il serait assez rigolo de regarder une fois en se disant que c'est une comédie!), ceux qui ont vu ces films, dis-je, ont de quoi pleurer en principe. Pour un DINER DE CONS regardable, à la rigueur, combien de série z mal fichues et sur-budgettées? Je vous épargne l'ultime comparaison classique. Vous savez... "Les anglo-saxons ont Benny Hill, Les Monty Python, Peter Sellers et Billy Wilder, et nous on a Louis De Funès, Christian Clavier et Richard Anconina". Ça a beau être vrai, pour le meilleur et pour le pire, j'abandonne cette sentence. La France n'y arrivera jamais. Parce que son humour n'est pas baigné de non-sens, on ne produira sans doute jamais de Monty Python hexagonaux. Dans leur émission du samedi sur Canal +, il y a quelques années, des gens comme Edouard Baer et Ariel Wizman ont tenté des choses très drôles et très originales, mais ça fait longtemps, et depuis, le show-biz les a rattrapés. Quand on voit ce qu'il reste de ces deux personnes cultivées en 2005, on a envie de pleurer. Passons.

Je me plaignais dans de récents articles du piètre niveau des SOEURS FACHEES ou de L'EX-FEMME DE MA VIE. Avec mon article sur ESPACE DETENTE, je me suis aperçu bien sûr qu'il y avait un niveau en dessous de ces deux téléfilms laborieux. Il y a en France une série Z très active. Une série Z ou plutôt ZZ, tant les budgets de ces gros films populaires en font des productions de luxe. Avec ces films ZZ, on descend en dessous du degré zéro, dans un territoire qui n'appartient quasiment plus au cinéma, mais plutôt aux happenings de l'Art conceptuel contemporain. IZNOGOOD fait partie de cette lignée insultante. [Tu le sens le jeu de mots?] Ici ce qui compte, c'est la vente, le marketing, l'habillage-produit. On est plus proche du paquet de nouille que de la réalisation. Est-ce le problème de votre bon Docteur? Non. Qu'importe. Mais, cela ne veut pas dire qu'il faut s'abstenir de porter un regard juste sur ces oeuvres industrielles. Bistouri! Scalpel! Action!

Dès les premières secondes, on sent la qualité plastique de la chose. Les noms des responsables défilent sur l'écran dans une police de caractères arabisante. L'oeil averti du Dr Devo, remarque que ces lettres ne sont pas nettes. Effectivement, c'est un peu flou. Faut-il blâmer le projectionniste? Non, bien sûr. Le reste sera à l'avenant. Le tirage de la copie (combien d'ailleurs? 800? 900?) est dégueulasse. L’étalonnage des couleurs n’arrête pas de varier, beaucoup de plans sont granuleux, comme sous-exposés ou à moitié flous. Ça commence bien. Où était le réalisateur lors du tirage de ces immondes copies? Passons.

IZNOGGOD, n'est pas vraiment une comédie. C'est une comédie musicale. Et ça, ce n'était pas dans la bande-annonce, bien sûr. Assis au milieu d'un rang, je comprends dès le générique que j'ai été piégé. Trop tard. Ces scènes musicales, massacrées comme il se doit par les performances vocales des interprètes, Mickael Youn en tête, s'inspirent dans la mise en scène des comédies musicales indiennes. Sauf que... Dites-moi les gars, avant de vous dire "ça serait cool de faire comme dans une comédie musicale indienne", avez-vous seulement regardé la  bande-annonce de DEVDAS? Braoudé a privilégié la sobriété : huit danseuses se battent en duel, et bien sûr, comme dans le reste du film, aucun plan d'ensemble ou de plans larges. Rien que du gros plan ou du plan rapproché. Et ne faire de la comédie musicale indienne qu'avec des gros plans, bien sûr, c'est très dur, et évidement Braoudé se plante. Deuxièmement, attardons nous sur la direction artistique. Le plan s'ouvre sur un hideux effet spécial, du genre "Bagdad La Nuit en Haut du Minaret". Effets aux Normes Françaises. On est habitué. Le reste des décors, sent le studio et la Deluxe Valentine, même pas satinée. Un moment, je me dis, à la faveur d'un contre-champ: "tiens, le calife a fait peindre une vue de la ville dans sa chambre-salle de réception (parce que tout le palais est fait dans un seul décor, comme du temps des Brigades du Tigre, ou des vieux Maigret). Et bien non les amis, la peinture de la ville derrière Jacques Villeret, c'est pas une peinture, c'est VRAIMENT la ville! Même pas en synthèse, non. C'est une peinture! Et le studio fait bien 90 mètres carrés. La production n'a pas lésiné. Costumes, maquillages et accessoires sont à l'avenant : incroyablement cheap, sans goût et sûrement acheté dans un magasin "Tout à 1 Euros" de Seine Saint-Denis. C'est hideux, ça agresse les yeux, ça donne mal à la tête. Ignoble. Plus laid que les VISITEURS. Bien plus. Chapeau l'Artiste! Il fallait le faire. Pour le reste de la partie technique, c'est faux raccords, caméra qui tremble, photo ratée, pas de cadrage bien sûr, et pas de montage, donc aucun rythme. Passons.

Et sur le fond? Mmmmm... Ben, ma foi, ça se mange ces Youglis, comme disaient les Poètes. Ça se mange ces yaourts à la viande! On ne rit quasiment jamais, bien sûr. Le pire c'est que Braoudé n'a rien fait d'autres que de piller tout ce qui se trouvait, comme la misère qui s'abat sur le pauvre monde. Voici les influences : LA MENACE FANTÔME (ou L'ATTAQUE DES CLOWNS, je sais plus), LE SEIGNEUR DES ANNEAUX (si, si, je vous jure!), TAXI, LE DINER DE CONS, CRIS ET CHUCHOTEMENTS (non! Je déconne!!!!), la comédie musicale indienne donc, comme on l'a déjà vu, etc... Ça n'arrête pas. Mais l'emprunt le plus constant (80 % du film, je pense) et le plus visible c'est... ASTERIX ET CLEOPATRE de Alain Chabat! Et ça c'est quand même gonflé de piller un des films les plus populaires de ces dernières années! Tout le monde l'a vu! HEY BRAOUDE!!!! TOUT LE MONDE T'A VU! Ça ne va pas la tête! Le principal ressort comique ce sont... Tenez-vous bien... Tenez-vous mieux! Ce sont les noms des personnages arabisés et avec jeux de mots. Comme dans le film de Chabat! Là où il y a de la gêne... Alors, ça y va : Dilath Lharrat, Prethy-Ouhman (et là bien sûr, on passe la chanson en entier), Plaz Hassiz, etc... C'est drôle, hein? Arrête, arrête... j'en peux plus de rire! Y'a pas d'arrêtes dans le Bifteck!! Les cahiers au feu! La maîtresse au milieu. Comme tu peux t'en douter, cher lecteur, je me marre trop bien. Chabat devrait faire un procès, c'est simple.

Bref, on ne va pas s'attarder non plus. C'est un film dégueulasse à tous les points de vue, et d'un arrivisme hideux. Les acteurs sont horribles. Villeret, récemment canonisé faute de combattants, rappelle ici qu'il a joué dans beaucoup de  films nuls. Il bat le record ici. Son personnage de calife puceau et trisomique est ignoble. On le voit très peu heureusement. Youn est lamentable, très mal à l'aise. Kad et Olivier sont grimés de façon ridicule et font flamber le crédit qu'on pouvait leur porter. D’ailleurs regardez bien, pendant la projection. Comme ils jouent le rôle de deux génies, ils sont barbouillés en vert et en bleu, comme dans un épisode du VILLAGE DANS LES NUAGES. Et bien regardez bien, au niveau de leur cou... On voit, dès qu'ils bougent, que leur cou n'est même pas maquillé en bleu et en vert! C'est à dire qu'on voit leur peau sous le costume! Ça vous donne une idée du soin apporté au film!!! Allez, dans ma grande bonté, je passe sur les noms des collaborateurs... [Il y a quand même Baffie et Ariel Wizman!] Tout le monde il est mauvais, tout le monde il est laid.

En fait, en inventant rien, en pillant ses collègues, en détruisant le cinéma, en se foutant de la direction artistique, Patrick Braoudé réussit le challenge de réaliser son pire film (Bravo, tu as gagné!) et surtout a oublié une chose. Il aurait mieux fait d'aller chercher son inspiration ailleurs. Car, en effet, ce que cherche, inconsciemment peut-être, à faire Braoudé, existe déjà. Et si vous voulez faire l'expérience de ce film s'il avait été réussi, revoyez la pub très réussie de Richard Gotainer (concepteur de la pub et chanteur) sur le Couscous Saupiquet. Bien, foutu, bien filmé, original et drôle en trente secondes. Voilà ce qu'aurait du être Iznogood. Voilà ce qu'essaie de piller Braoudé sans y arriver. Et on est loin d'être dans une ambiance de "fête qui se mange entre amis". Car, évidemment, le plus triste dans l'affaire, c'est qu'énormément de gens vont aller mettre 7 ou 8 euros là-dedans. A ce prix-là ou à un autre, c'est du vol. Comme dirait Michel Bouquet, rendez-nous l'argent Monsieur Braoudé!

 

Effondrement Vôtre,

 

Dr Devo.

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Mardi 15 février 2005 2 15 /02 /Fév /2005 00:00

Publié dans : Corpus Filmi

(«Une qui n'assassinera plus Mozart": photo de Dr Devo. tous droits réservés)

 

Chers Amis Focaliens,

C'est bon d'être de nouveau chez soi. Après une escapade belge, où nous vîmes, l’ambassadeur du Néant et moi-même, un sublime et triple concert de Mirror, Mimir, et Edward Ka-Spel, concert qui fera l'objet d'un prochain article, il est bon de revenir au foyer. L’intérim a été brillamment assuré par notre ami Le Marquis, et avec un talent remarquable. Vous étiez (et vous serez encore!) entre de bonnes mains avec Le Marquis, le Pape de Toutes les Cinéphilies. Saluons-le respectueusement...

Alexander Payne, auquel nous aurons la gentillesse d'épargner de douloureux jeux de mots faciles et anglophones, avait déjà signé un MONSIEUR SCHMIDT avec Jack Nicholson, dont on peut se souvenir? au prix de gros efforts de mémoire, comme d'un film assez morne, malgré la presse plutôt bonne qu'il avait reçue. SIDEWAYS, son nouveau film, raconte l'histoire d'un écrivain peut-être raté (il est prof dans un collège et spécialiste en œnologie!) qui part en escapade, pendant une semaine avec son meilleur ou seul ami, un acteur sur le retour, commençant sans doute une carrière de vieux beau, acteur qui à la fin de la dite semaine doit se marier, avec une femme superbe. C'est un pélerinage de dernière fois, un enterrement de vie de garçon à deux, qui sera prétexte à visiter les vignobles californiens, entre autre. Tandis que l'acteur attend une réponse qui pourrait changer sa vie (va-t-il, enfin, être publié ?), le pote acteur et futur mari n'a qu'un objectif : rencontrer une femme et faire l'amour sauvagement pendant une semaine, malgré les protestations de son ami qui, en plus d'être romancier, est passablement dépressif, se remettant plutôt mal que bien de sa rupture, deux ans plutôt, avec celle qui avait été sa femme. Voilà pour le contexte. C'est du précis, "et quand c'est précis, j'apprécie" comme disait la poétesse...

Buddha movida indépendant, SIDEWAYS est un film sur l'heure des comptes, sur le moment où les vies vont s'engager de manière définitive, et aussi sur les choix de chacun, assombris par la peur du mauvais choix justement. Ai-je bien agi, ne suis-je qu'une âme perdue, que ce serait-il passé si j'avais rencontré une telle à tel moment et non pas maintenant, suis-je lâche, suis-je un pov' type ou un mec bien. Nos deux héros vont rencontrer deux femmes. Vraie rencontre pour l'écrivain qui croise la rayonnante Virginia Madsen en amatrice supra-cultivée en tout ce qui concerne les vins, âme soeur qui crève les yeux. L'acteur, quant à lui, mentira tout ce qu'il peut pour pouvoir sauter une femme seule avec enfant qui pense avoir trouvé la perle rare en ce comédien dont le physique ressemble au croisement absurde entre Arnold Schwarzeneger et Willem Dafoe. Engueulades, leçons de morale entre amis, petits mensonges, grosse manipulation, adultère prénuptial et regret de l'adultère, scène où l'écrivain craque, scène où l'acteur craque, scène magique des rencontres, scène désastreuse des femmes trahies, réconciliations entre copains, "finalement t'es un chic type", scène de lecture du manuscrit, et métaphore affichée "le vin c'est comme la vie" ou encore "tu bois ce que tu es", etc... Ne vous en faites pas, tout est prévu et tout ce que vous attendez va arriver... Comme dans un film populaire, quoi! Ça s'en va et ça revient, n'en déplaise aux directeurs de cinéma art et essai. Passons.

Et donc, dis-je, tout se déroule comme prévu. Le fil rouge tracé par le vin fonctionne comme une métaphore de théâtre au cinéma : "Le Cinéma/Le Vin, c'est la vie, c'est la Scène/La cave de notre vie". Tu la sens la Métaphore? Ben oui, bien sûr, mais la question est de savoir si tu les entends les synthétiseurs. Et là, ce n'est pas gagné. Côté scénario donc, aucune surprise. La puce est à l'oreille, et cette métaphore incessante et vinicole, nous met la puce à l'oreille. Ça sent la flambe. Et c'est vrai, c'est un peu ça. Mettons la charrue avant les bœufs (j'aurais dû conclure par ce paragraphe), le pompon est atteint lorsque l'écrivain, enfin seul avec Virginia Madsen, filmée en spécial concept "No Make Up" qui nous laisse entrevoir le délicieux et mélancolique travail du temps sur cette grande actrice oubliée de tous, essaie d'expliquer le contenu de son livre à sa peut-être sans doute pas future dulcinée. Son roman, c'est l'histoire de son père, pardon, d'un père qui, après une attaque cardiaque, hésite à choisir entre la vie et la mort. "Quelque chose d'assez proche de Robbe-Grillet", ajoute sans rire l'écrivain. Et là, je me lève de mon siège et dis : "Stop, au nom de l'Amour (des belles choses)!". Payne, mon petit coco, t'es mal tombé! Il se trouve que moi, j'ai lu Robbe-Grillet que je considère comme le plus grand de tous, ou presque. Récit autobiographique à la 1ère personne, la maladie, l'observation des choix et des sentiments face à la mort, récit psychologique, etc.., s’il y a bien quelque chose qui n'est pas Robbe-Grillet c'est bien ça! Robbe-Grillet, c'est le concept baroque et froid, la description anti-naturaliste et neutralisante jusqu'à l'absurde, et surtout une littérature dépourvue de tout ego ou tout psychologisme. Sans parler de la part autobiographique, qui est sûrement le point le plus discutable de cette réplique. Pour ceux, parmi vous, mes chers amis focaliens, qui n'ont pas eu la chance de lire Robbe-Grillet, sachez que ça ressemble, si on fait une analogie avec le cinéma, aux films de Peter Greenaway ou aux films de Marguerite Duras, et pas du tout, comme essaie de nous le faire croire Alexander Payne, à du Mike Leigh ou à du Woody Allen. Il y a donc ici tromperie sur la marchandise et malhonnêteté intellectuelle. Et sans doute ultra-snobisme! Payne, ton film n'a rien de Robbe-Grilletien, ni de près ni de loin, et ce malgré cette profession de foi par personnage interposé. Deuxio, Payne tu n'as jamais, mais alors jamais ouvert un livre de Robbe-Grillet. Si tu avais cité à la place Enid Blyton, ça n'aurait pas été plus ridicule. Et ce n'est pas de chance pour toi, et ce sera mon tertio, car je vais terminer mon article par ta mise en scène. Et là mon petit frimeur, tu vas souffrir, parce que le tableau n'est pas bon. Faut pas péter plus haut que son "ass", mon petit Payne! [Ça y est, je l'ai casé!] Et comme je suis Docteur, tout cela sera fait avec une extrême objectivité.

On peut pardonner des écarts aux gens modestes, aux petits artisans du cinéma. Pourquoi pas? Mais là, je serais sans colère mais sans pitié. Pour la mise en scène, c'est très clair. La lumière est froide et baveuse dans les blancs. Une vraie horreur. Je vous mets au défi de dire en quelle saison est censé se passer le film. Le port de la chemisette et de du T-shirt et les scènes de piscine en plein air semblent indiquer un temps d'été, mais c'est le seul indice. Donc lumière dégueulasse, une fois de plus, aux normes françaises, pourrait-on dire. Le cadrage est également mauvais, à peine moins bien que celui d'un téléfilm filmé à la va-vite, avec quelques mentions spéciales à certains gros plans dans les scènes de restaurant. Pas d'échelle de plans, bien sûr. Quasiment que du plan rapproché et du gros plan. Et un petit plan de demi ensemble de temps en temps. La musique n’est pas géniale. Je n’ai pas vérifié qui a composé, mais ça ressemble  à du Carter Burwell en roue libre, et ça débite au kilomètre. En plus, on en abuse et re-abuse, notamment dans cette détestable habitude de faire des  pauses musicales de transition, habitude très partagée des deux côtés de l'Atlantique. Et puis, il y a cette séquence (musicalisée justement) où Payne utilise la technique de split-screen (plan divisé en plusieurs images). Ben ouais, ça fait classe le split-screen. J’adore ça. Dès que j'en vois, je souris comme un imbécile, dans l'obscurité du cinéma. Les focaliens les plus consciencieux, iront voir SISTERS de Brian de Palma (voir mon article sur le film) ou LES LOIS DE L'ATTRACTION. Ça, c'est du split-screen. C'est-à-dire pas seulement un effet mais une façon de mettre en scène, et de jouer avec espièglerie avec l'image et le son. Je crois que le split-screen de SIDEWAYS est le plus laid et le plus inutile que j'aie jamais vu : aucun jeu de mise en scène, cadrage pourri une fois de plus, aucun jeu sur le son, bref aucune idée. Comme pour Robbe-Grillet, on a la désagréable sensation d'être assis en face d'un poseur qui n'est pas capable d'aligner trois plans, et qui essaie de frimer par tous les moyens. Double faute, donc.  Enfin, le montage est complètement anonyme. J'arrête les frais.

Au final, si on laisse de coté l'incroyable prétention de la chose, et qu'on évite de penser à la dégueulasserie des deux fautes graves sus-citées (Robbe-Grillet et split-screen), on peut considérer SIDEWAYS comme un téléfilm poussif et gentiment médiocre, légèrement en dessous de la moyenne et complètement anonyme. Mieux que ESPACE DETENTE, mais pas mieux que le très terne L'EX-FEMME DE MA VIE de Josiane Balasko. Un petit soleil illumine le film : Virginia Madsen dont on est trop longtemps sans nouvelle, la formidable actrice de CANDYMAN de Bernard Rose, et qui, décidément n'a pas la carrière qu'elle mérite. Sans elle, on s'endormirait devant ce film. Et la voir ici ne peut que nous rendre triste et mélancolique... Passons.

Si on veut voir des films indépendants, dans l’esprit ou dans la production on ira chercher du côté de THE GOOD GIRL de Miguel Aterta avec Jennifer Aniston et Jack Gylllehall le surdoué, le récent THE MACHINIST de Brad Anderson (voir mon article) ou on attendra LA VIE AQUATIQUE de Wes Anderson.

 

Soupirement Vôtre,

Dr Devo.

 

 

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Dimanche 13 février 2005 7 13 /02 /Fév /2005 00:00

Publié dans : Corpus Filmi

Le succès et l’omniprésence du film Matrix à sa sortie en salles m’en a détourné, par snobisme peut-être, mais aussi parce que le peu qu’il m’avait été donné d’apercevoir m’avait paru assez insipide. C’est donc avec trois trains en retard que je lui ai offert une séance de rattrapage. En gros pour constater au générique de fin que ma première impression était la bonne. Tout arrive très tôt dans ce film. Une séquence avec effet « bullet time » à 3 minutes du début, la révélation de la nature virtuelle de notre réalité à 8 minutes (« ça t’es déjà arrivé de confondre rêve et réalité ? »); mais aussi la confirmation des rumeurs de plagiats divers et variés. Générique à la Mamoru Oshii, emprunts assumés au western, au film d’arts martiaux, au fantastique, à la science-fiction. La bouche de Keanu Reeves (complètement transparent et inexpressif) disparaît comme dans un des sketches de LA QUATRIEME DIMENSION (le film) par exemple. Curieusement, le film le plus copieusement pompé, DARK CITY d’Alex Proyas, était lui-même déjà une espèce de compilation de références (METROPOLIS, HELLRAISER, AKIRA…), c’était aussi un film qui marchait sur des béquilles malgré avec une plus grande inventivité que ces aventures de Neo au pays de l’intelligence artificielle. Car les frères Wachowski citent par là-dessus l’Alice de Lewis Carroll, et même le Magicien d’Oz, tant qu’à faire…

Le film peine du coup à trouver son identité, et va chercher son inspiration (en s’y enlisant) dans le film d’action bourrin, mâtiné de prétentions intellectuelles à deux balles. Les frères Vache-au-ski ne respirent pas franchement la modestie quand ils sombrent dans l’autosatisfaction sur la pseudo-originalité de leur script, ce qui ne contribue décidément pas à rendre le film sympathique. Des éléments dans la première partie sont pourtant parfois intéressants, mais, passé la première demi-heure, l’orientation du récit vers des séquences lourdement explicatives, ou pire, vers les ridicules séquences d’entraînement (STREETFIGHTER !!! où est Christophe Lambert ?), réduit trop vite le récit à une accumulation de morceaux de bravoure dissimulant mal un propos à la fois simpliste et confus. Problème : n’est pas Tarantino qui veut (d’ailleurs, Tarantino cite toujours les cinéastes qu’il pille, c’est un garçon bien élevé, lui), et les morceaux de bravoure en question se distinguent surtout par leur laideur visuelle. Le « bullet time », pas du tout créé pour MATRIX contrairement à ce qu’affirment les cinéastes (demandez donc ce qu’il en pense à Michel Gondry), est aussi laid qu’involontairement comique - il faut dire qu’avec toutes les parodies qu’il y a eu depuis, le film a déjà pris un vilain coup de vieux. Et comme Keanu Reeves est l’Elu - en gros une espèce de Superman cyber - je suppose qu’on a pas fini d’en bouffer dans les suites. En gros, MATRIX, c’est un film ambitieux, pas foncièrement déplaisant, pas très modeste non plus, plombé par des effets épate-con toutes les deux minutes, par une esthétique bien grasse (de la techno dès qu’on lève les poings, comme dans BEOWULF), par une narration inégale (très faible dans les dernières vingt minutes), un film totalement dénué d’originalité, poseur et visuellement pas du meilleur goût. On nage plus dans les eaux de SPIDERMAN que dans l’univers de Philip K.Dick. Je suis personnellement très, très modérément curieux de voir la suite de la carrière des deux frères – fâchés ?

 

Le Marquis

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Jeudi 10 février 2005 4 10 /02 /Fév /2005 00:00

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Chers Amis,

 

 

Matière Focale est une terre de contrastes. Hier, nous parlions de Jean-Marie Straub et Danièle Huillet, les deux avant-gardistes têtes brûlées du cinéma français, qui en compte peu, et aujourd'hui on parle de Bob L'Eponge, le dessin animé humoristico-débilosse, adapté au cinéma et qui sort aujourd'hui. C'est bien, les mélanges, non?

 

 

Sans être un fan hardcore de Bob l'éponge, je dois avouer avoir déjà regardé quatre ou cinq épisodes dont je garde un assez bon souvenir. Il y a une dizaine de jours, si ma mémoire est bonne, je vous avais touché un mot de la superbe bande-annonce de ce film. Un souffle d'air frais soufflait gentiment dans la salle. On peut constater, en général, que les productions grand public qui s'adressent à nos gentils bambins, ne brillent pas en général par leur originalité et leur pertinence. Walt Picsou a renoncé depuis longtemps à tout effort de création, recyclant ad libitum les deux ou trois idées qu'il ait jamais eues (une sorte de remake permanent) et moi-même ayant beaucoup de mal à supporter l'esthétique des films en animation 3D, le paysage des films pour enfants et de l'animation me semble bien triste. Heureusement, de temps en temps, il y a un Hayao Miyazaki pour nous sortir de la grisaille et nous présenter des univers vraiment étonnants. Donc, si vous en avez marre des petits bébés égarés (qu'ils soient petits lions ou petits humains ou petits poissons) qui essaient de revenir à la maison et à leurs parents, essayez Bob l'Eponge!

 

 

L'action se déroule sous l'eau dans la ville de Bikini Bottoms. Bob l'éponge, notre héros, est un drôle de gugusse. Son humour, ses hobbies et sa façon de penser sont salutairement débiles. Il a deux occupations: travailler au fast-food de Mr Krabs et passer du temps avec son pote Patrick (bonjour le prénom pour un héros!), une très sympathique étoile de mer, encore plus débile. Les deux font la paire, et c'est très tant mieux. Au début de l'histoire, Bob s'apprête à prendre du galon. En effet, le patron du fast-food où il travaille ouvre un deuxième restaurant juste à côté du premier (??!), et il va nommer un de ses employés manager de ce second fast-food. [Quand la télévision locale lui demande pourquoi avoir ouvert, bizarrement, le deuxième fast-food juste à côté du premier, Mr Krabs déclare débilement et timidement "parce que j'aime l'argent". Quand on lui pose une autre question, même réponse!] Pour Bob, pas de doute, la promotion c'est lui qui va l'avoir. Il est employé du mois depuis 370 mois (mon dieu!), et ça ne peut pas lui échapper. Evidemment, ça foire, son patron arguant qu'il n'est pas assez mature. Dans le même temps, un méchant plancton (marié à une femme-écran sarcastique, très bonne idée) met au point une machination diabolique. Faire accuser Mr Krabs du vol de la couronne du roi Neptune (souverain colérique et totalitaire) et ainsi se débarrasser  de ce concurrent embêtant. Car le plancton a aussi un fast-food où personne ne va. La couronne est volée, Mr Krabs accusé, le plancton vole une recette secrète de hamburger au crabe, et, sans concurrence, se fait des amibes en or massif! De son côté, Bob part à la recherche de la couronne. Il a 6 jours pour la remettre à Neptune, sans quoi son patron sera exécuté!

 

 

Alors, évidemment, c'est encore une histoire de quête qui est ici montrée. Et ça commence plutôt bien, avec une intro, non pas en animation, mais en film "live" avec des pirates qui repèrent un naufragé avec une malle au trésor. Ils récupèrent la malle et dans la malle, miracle, des places pour aller voir "Bob l'Eponge le Film"! Très bien, même si les pirates se mettent à chanter une chanson pendant le générique, ce qui est toujours un peu problématique quand on voit le film en VF. Une fois que les pirates se sont assis dans la salle de cinéma le film peut commencer. Alors, évidemment, dans ce genre d'entreprises, la difficulté consiste à passe du format télé (à vue de nez, les épisodes TV de Bob l'éponge font 15 minutes à peu près) au long-métrage de 1h30. Les auteurs ne s'en sont pas mal sortis, mais pas tout à fait. Le film a quelques baisses de régime dans des passages pas forcément mal troussés d'ailleurs. Par exemple, lors de la transformation de Bob, piégé sous une lampe trop calorique, en vrai éponge carrée (et redevenant ainsi une éponge pour faire la vaisselle). Dans ce passage qui caricature extrêmement bien les passages tire-larmes des productions populaires, malgré cette très bonne idée, ça traîne beaucoup. Et ici et là, on a souvent cette impression de flottement. C’est sans doute dû à un montage qui, dans ces moments-là, traînasse sans doute pour bien faire comprendre à nos chers petites têtes blondes ce qui se passe. Ça se joue donc à très peu. Quelques petites secondes en moins sur tel ou tel plan, et le tout aurait acquis un vrai dynamisme, quitte à faire plus court au final. Un peu dommage donc, mais il reste de très bonne chose comme la monstrueuse cuite de Bob et Patrick (trop de glaces, officiellement) qui précède une monstrueuse gueule de bois, le bar de Fish Angels mal famé, l'apparition d'images 3D (un passage obligatoire dans les films d'animations, ici bien détourné) avec l'arrivée du Cyclope, et le plancton qui transforme tout le monde en robot! Et puis, il y a l'apparition d'un acteur connu (et décidément de plus en plus sympathique dans ses rôles de cameo), passage qui est très long, même trop, ce qui donne un certain charme à cette idée.

 

 

Bref, on peut conseiller ce film à nos bambins sans problème, abreuvés qu'ils sont des mièvreries pour enfant habituelles. Bob L'Eponge, Le Film est une très bonne introduction à un humour non-sensique, vaguement camp, qui fera de nos têtes blondes, la comparaison est un peu exagérée mais pas complètement à côté de la plaque, de petits Monty Python en culottes courtes... et carrées!  Ne boudons pas notre plaisir: c'est déjà beaucoup!

 

 

Sympathiquement Vôtre,

 

 

Dr Devo.

 

 

 

PS: On remarquera l'intelligence des créateurs de la série pendant le générique. À la fin de l'aventure, Bob, ayant réussi sa mission, a effectivement été nommé manager du second fast-food. On le voit alors dans ces nouvelles attributions: laver les toilettes, faire les vitres, réparer le toit, etc... c'est-à-dire rien de plus que le travail qu'il faisait au début de l'aventure. Tandis que son patron continue à encaisser les dollars! Ils ne sont pas dupes ces gens là!

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Mercredi 9 février 2005 3 09 /02 /Fév /2005 00:00

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Chers Amis Cinéphiles,

Enfin, nous allons pouvoir parler de Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Et par la petite bande, c'est-à-dire sans parler d'un de leurs films, mais à travers "Où Gît votre sourire enfoui ?" (superbe titre, n'est-il pas?), c'est-à-dire à travers le documentaire que leur a consacré le réalisateur portugais Pedro Costa. Et comme ça, par la même occasion, ce sera aussi le premier article de Matière Focale sur un documentaire, genre un peu triste qui n'a cessé sans doute de s'uniformiser au fil des années et de se faire contaminer par sa version télévisuelle: le reportage (sur cette question, si vous n'êtes pas d'accord, signalez-le dans les commentaires, car c'est une question qui m'intéresse).

Danièle Huillet et Jean-Marie Straub sont de sacrés loulous, si vous me passez l'expression qui les ferait bondir à coup sûr. Agés de plus de 70 ans (Danièle est un peu plus jeune et aura 70 ans l'année prochaine), ils n'ont jamais cessé de tourner et ont 22 films au compteur, rien que ça. C'est d'autant plus étonnant que ces deux-là, mari et femme depuis longtemps, occupent une place particulière dans le cinéma français. Ils font partie de cette caste d'inclassables du 7ème Art, au même titre que Godard (qui est suisse, je vous l'accorde), Marguerite Duras ou Alain Robbe-Grillet. Au niveau internationnal, la liste pourrait s'allonger de Werner Shroeter (auteur de "Malina" avec Isabelle Huppert ou encore le très ignoré "Roi des Roses") ou Syberberg ("Hitler,un film d'Allemagne"), nos deux Allemands préférés qui, eux aussi, font des films aussi originaux qu'étranges. Ce qui caractérise ces cinéastes, c'est le fait de faire des films qui ne ressemblent qu'à eux, des ovnis dans le paysage cinématographique. Et tous ont aussi en commun de repousser les limites du montage et de la narration, essayant là de faire entrer le cinéma dans une ère plus adulte ou plus mature. Voir un film d'eux (peut-être à l'exception de Godard qui est "passé dans les moeurs", bien que ses films les plus populaires soient encore ceux de l'époque de la Nouvelle Vague), c'est recevoir un choc... quelle que soit la nature de ce choc d'ailleurs, car, soyons honnêtes, à chaque projection de ces films un nombre plus ou moins important de spectateurs quitte la salle! Passons. Toujours est-il qu'on peut souligner la longévité de la carrière des Straub. Leurs films ne rapportent qu'extrêmement peu d'argent, et faire du cinéma est un sport de luxe. Il est évident que cette longévité doit beaucoup à leur apport financier personnel, sans quoi, comme d'autres dans la liste, ils ne pourraient pas faire autant de films. Là aussi, passons.

Pedro Costa dans ce "Où gît votre Sourire Enfoui ?" propose une expérience assez inédite (ou trop inédite plutôt): voir les Straub au travail, et pas n'importe où, voir les Straub dans le processus décisif de la fabrication d'un film: au montage. Commençons par dire que la version que j'ai vue de ce documentaire est la version courte de 72 minutes réalisée pour l'émission "Cinéastes de notre Temps" de André Labarthe. Il en existe une version de 104 minutes qui était sortie au cinéma. Mais il nous a été précisé, avant la projection de ce documentaire, que les époux Straub préféraient la version courte. Dans un sens, ça tombe plutôt bien, et dans un autre, je suis quand même un peu frustré, dans la mesure où le documentaire est si passionnant, qu'une louche supplémentaire n'aurait pas été pour me déplaire. Mais ne boudons pas notre plaisir, c'est déjà une chance inouïe de pouvoir voir le film de Pedro Costa en salle! (Je pense notamment à tous ceux qui ne vivent pas dans une des trois ou quatre grandes villes de France et qui n'auront sans doute jamais la chance de voir le moindre film des Straub! La distribution, en matière de cinéma, est bien le nerf de la guerre.)

Le montage chez les Straub est une tâche qui répond à un système d'organisation-désorganisation très subtil. D'abord, même si Danièle et Jean-Marie écrivent et réalisent ensemble, c'est, dans la salle de montage, Madame qui monte et qui coupe, et Monsieur regarde. Le travail se fait à deux. Ils cherchent ensemble les meilleures solutions de montage, discutent sans fin, examinent à la loupe le moindre détail, la moindre nuance que tel ou tel point de montage induit. Deux plans ne sont jamais collés ensemble, sans que l'un et l'autre soient également satisfaits. Mais, c'est Madame qui manie le ciseau et le scotch. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il y a de l'ambiance, et que ce n'est pas triste. Il faut savoir que ces deux-là se vouvoient, même en privé. Mais pas tout à fait dans un style Vieille France. On s'engueule beaucoup, et très régulièrement un "Merde" fuse! Jean-Marie commente incessamment sa vision du cinéma et justifie chaque détail d'un collage, ce qui est déjà passionant, quitte à user de multiples disgressions. Il sait qu'il est filmé par Costa, et derrière l'expérience de voir les deux époux au travail, il y a aussi, dans ce documentaire une part importante de confessions. C'est très drôle de voir Jean-Marie dans la pénombre du couloir attenant à la salle de montage, parler de son cinéma et de celui des autres, ou parler des acteurs, sa silhouette se découpant en ombre chinoise, et découvrant une attitude nerveuse, et aussi charmeuse malgré lui. On a l'impression quelques fois de voir et d'entendre une espèce de vieux crooner nous livrant les secrets du métier. De temps à autre, fatiguée par une de ces digressions pendant qu'elle en train de coller deux plans, ou n'arrivant pas à se concentrer en regardant pour la dixième fois un départ de plan à cause des propositions et des justifications de son mari, Danièle l'engueule copieusement ou l'envoie faire un tour dans le couloir! Ce n'est pas triste.

Mais derrière tout ça, c'est un document exceptionnel que nous livre Pedro Costa. C'est même un document indispensable aussi bien pour les réalisateurs en devenir que pour les cinéphiles ou tout simplement pour les spectateurs qui ne comprennent  pas très bien les enjeux du montage dans le processus créatif d'un film. [D'ailleurs, j'invite même ceux qui ne connaissent pas ou n'aiment pas les films des Straub à voir ce documentaire qu'ils trouveront quand même, j'en suis sûr, passionnant.] Et, Costa, mine de rien, nous livre là une sacrée leçon de cinéma. On s'aperçoit que chaque plan, chaque raccord est minutieusement choisi et commenté. Laisser durer un plan dans un champ/contrechamp des plus simples peut en changer complètement le sens. Si on passe trop tôt sur le personnage qui répond et installe un silence de deux secondes, ce personnage aura l'air de ne pas suivre la conversation ou de réfléchir, induisant par la-même un soupçon de manipulation. Si on coupe au début de la réponse, on perd cette lueur de jeu et d'étonnement qu'a eu l'acteur au tournage (un accident) et qui peut être intéressante pour amener un zeste de malice dans la conversation. Si le plan qui précède, sur le personnage qui a posé une question, dure trop longtemps ou est trop court, c'est toute la perception de la conversation qui va changer. Et les possibilités sont multiples. Il faut rester collé aux nuances du texte mais induire par les raccords et leur timing toutes les nuances nécessaires. Ce faisant, les deux réalisateurs malaxent, pétrissent, et finalement se heurtent à leur propre matériau et peut-être à leur propre film. Ce n'est pas grand chose en l'écrivant, mais c'est une sacrée leçon en le voyant, vous pouvez me croire. Costa choisit plusieurs instants de montage et aborde tous les points essentiels de la construction: dilatation ou rétrécissemment du temps, nuances des parties dialoguées, utilisation (comme dans cette fabuleuse idée de faire démarrer la musique après un claquement inopportun d'une portière sur le lieu de tournage, idée sublissime) ou non des accidents de tournages, jeu avec les échelles de plans (encore une brillante démonstration avec une très iconoclaste série de rapprochements en plan fixe sur un personnage, dans le même axe, du plan d'ensemble au gros plan), ou coupure technique ou de rythme, le montage comme faisant partie du scénario (ou le contraire)... Tous les cas de figure sont abordés avec précision et simplicité. Et il est clair comme de l'eau de roche que le processus le plus important d'un film est quand même le montage. Costa nous permet d'approcher au coeur des ténèbres de la fabrication de ce film (SICILIA en l'occurence), et c'est une incroyable leçon!

L'extraordinaire vient du fait que ce documentaire montre qu'un film se fait dans les interstices, dans un travail du matériau qui semble sans cesse échapper et être reconquis par ses auteurs. Il montre aussi que faire du montage, et même faire des films hiératiques ou abstraits comme ceux des Straub, c'est aussi insuffler de l'humain, insuffler des émotions et de la psychologie (...et il faut voir le short que Jean-Marie taille, à ce sujet à Woody Allen et John Cassavettes!). À travers le processus technique, c'est bien la vie qui est insufflée au film. Rien que pour ça, ce documentaire n'a pas de prix.

Amicalement,

Dr Devo.

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Mardi 8 février 2005 2 08 /02 /Fév /2005 00:00

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Chers Gens,

Bah oui... Tant qu'à faire, "L'Ex-Femme de ma Vie". Ça fera une jolie série sur la comédie française, n'est-ce pas? Beaucoup s'inquiètent de ma santé psychique, comme en témoignent les commentaires que vous avez laissés hier à propos de mon article sur "Espace Détente". Rassurez-vous, je suis docteur et je vais bien. Il faut considérer le cinéphile exhaustif comme une sorte de pervers, certes, tenté par un masochisme toujours plus grandissant. Ou alors, on peut le voir comme un homme courageux, bravant le danger dès que l'occasion s'en fait sentir. Va savoir, comme dirait le poète. En tout cas, et encore une fois, la métaphore établie dans mon article sur "Danny The Dog" tient toujours. Et mon dévouement pour la cause collective aussi. Telle Emily Watson dans "Breaking the Waves", je vais sur le trottoir par amour pour vous. Déviance, certes, mais quelle noblesse du geste, quelle pureté de sentiments... Envoyez les fleurs!

Donc, retour à la comédie populaire française, et ce malgré le sentiment de salissure laissé par "Espace Détente", flèche qui perce et salit mon flanc sébastien. Le martyre n'en était que plus beau. La perspective de retourner dans le tombeau obscur de "mon" multiplexe pour aller voir un Balasko n'est pas alléchante. Le souvenir que j'ai de "Ma Vie est un Enfer" est des plus périssables. Mais bon. C'est au sens du devoir qu'on reconnaît les grands hommes. Et les grandes femmes aussi d'ailleurs, j'y reviendrai...

"L'Ex-Femme de ma Vie" raconte donc l'histoire de Thierry Lhermitte, écrivain à pseudo, écrivain raté peut-être. Il signe sous avatars multiples (dont le fameux pseudonyme de Tenebrix! Marrant!) des livres d'horreur et de gare, collection  à travers laquelle je reconnais bien la défunte série "Gore", sublime projet éditorial, souvent drôle et très social, dont vous me permettrez de vous conseiller (un peu de littérature en passant ne fait pas de mal) "Les Horreurs de Sophie", pastiche instruit et iconoclaste de Eric Verteuil, dont on peut, par ce seul ouvrage subodorer qu'il n'est pas la moitié d'un imbécile. Mes hommages, Mr Verteuil. Lhermitte, donc, est un écrivain, genre série gore, ce qui est plutôt sympathique à mes yeux, et qui nous vaut une des meilleures répliques du film (le mystère du meurtre à 20 doigts) dont je garde le secret, faut pas gâcher (voir plus bas!).

Bref, la vie semble pépère pour Lhermitte, ni dégoûté ni enthousiaste envers son travail. Il va d'ailleurs se marier avec Nadia Farès, pourquoi pas si ça lui fait plaisir. Un soir débarque dans son appartement Karin Viard, enceinte jusqu'aux yeux, semi-sdf, sans argent ni toit pour la nuit. Péripéties, avalage de carte bleue, contractions, etc... Viard, prise d'un malaise, doit appeler son amie Josiane Balasko, docteur, enfin plutôt psychologue, personnage haut en couleur. L'incruste dure, les sentiments, plutôt négatifs, ressurgissent malgré une volonté évidente de certaines parties de les éviter. Et devinez quoi, les sentiments aussi ressurgissent...

Rien de bien neuf, certes. Après tout, le film et la pièce dont il est adapté (pièce de Balasko elle-même), se placent dans la lignée d'une comédie de boulevard moderne, ce qui n'est pas infamant et qui est totalement assumé. Le temps amplifie les sentiments, c'est le cas de le dire, et mon souvenir de "Ma Vie est un Enfer" est assez noir, assez désagréable. A tort ou à raison. Toujours est-il que cette Ex-Femme de ma Vie, paraît moins catastrophique que prévu, avec l'avantage, il faut l'admettre, de passer après le détestable "Espace Détente", ce qui est bien pratique. Donc, ici, ça ressemble déjà plus à du cinéma. De peu, mais quand même. Le film de Balasko fait moins pitié, donne moins cette impression agressive et merdouillante que "Espace Détente" dont l'esthétique crapouilleuse sur toute la ligne est une agression pour les yeux. Ici, c'est plus classique et moins laid, et c'est tout ce qui compte. On voit le métrage défiler gentiment, même si on est très loin d'être conquis ou passionné, sans avoir ce sentiment maladif du film de solo et Le Bolloc'h. C'est déjà ça. Pas de souffrance donc. Gentille impression de formol quand même.

Question mise en scène, on est en pleine "qualité française" déjà évoquée ici. Lumière granulo-grisouille en intérieur, et hideuse une fois en extérieur, comme dans la plupart des films français. Montage minimum guidé par le dialogue uniquement ou presque. Décors laborieux. Cadrage anonyme. Dans ces conditions, on sent la pièce de théâtre. Et comme le ton du film mélange les sentiments comiques, sentimentaux et (un peu) dramatiques, on n'a pas (et ce n'est pas un reproche) une impression de choses qui fusent, comme dans le "Dîner de Cons", par exemple. Les seuls vrais effets de mise en scène sont sans doute les scènes "oniriques", tendance "Le Magnifique" (dont je m'étonne qu'aucun producteur bleu-blanc-rouge n'ait essayé de faire un remake ; signe des temps, sans doute, le prochain Jugnot est un remake de "Boudu" avec Depardieu, tu parles d'une surprise... Comprend qui peut!). Ces scènes, où on se retrouve dans l'univers des livres de Lhermitte, ne sont pas très réussies (affreuse lumière notamment, comme dans les peu crédibles scènes de flashbacks d'ailleurs), mais elles permettent dans la première partie du film d'incorporer des séquences qui effleurent  le gore et font un peu peur aux personnes d'âge mûr venues voir le film, ce qui est déjà ça. Une sympathie d'intention à défaut d'un éblouissement dans la réalisation. D'ailleurs, puisqu'on en parle, aurais-je été si gentil si Lhermitte n'écrivait pas des romans gore? Je ne sais pas. En tout cas, malheureusement, ces scènes "gores" disparaissent assez vite et c'est bien dommage, car curieusement j'ai le sentiment qu'elles auraient pu soutenir, par la petite bande, l'aspect dramatique du film. Plus on avance dans le film, moins on se sent concerné. Le basculement vers la partie sentimentale est assez laborieux. D'abord, parce que le film perd un peu son enjeu et sa vivacité burlesque, certes,  et aussi parce que le drame ou le mélo est bien plus faible. Donc, on s'ennuie un peu plus. Cette partie est introduite par une espèce de fausse fin (quand Lhermitte s'agenouille devant le couffin), très longue et très peu convaincante. D'ailleurs, on ne s'y trompe pas, Viard et Lhermitte sont moins bons dans cette séquence. Quand le film redémarre après cette scène, votre bon docteur s'est senti fatigué et usé et la suite ne devait pas lui donner tort. Les dix dernières minutes sont bien plus ternes que le reste, et on ressortira de la salle avec une impression de gâchis, petit gâchis certes, mais gâchis quand même.

Coté acteurs, c'est plutôt soigné. Et, excusez-moi d'insister, surtout après l'épouvantable gâchis de comédien de "Espace Détente". Ici, au moins, ça joue avec sérieux. Bel effort de Karin Viard. Balasko est bien (on aimerait la voir dans un Blier, tiens!). J'ai plus de mal avec Lhermitte, mais on a vu pire. Par contre, Balasko a eu le nez creux avec un très sympathique second rôle confié à Micheline Dax qui joue l'éditrice de Lhermitte. Dax est impeccable. On aimerait la voir plus dans le film, et surtout dans d'autres films. Mes hommages, Madame Dax. Au total, ses scènes et deux autres (les 20 doigts et la scène du sauna) sont vraiment sympathiques. Le reste ronronne doucement. A mes yeux, L'Ex-Femme de ma vie est un film moyen, sans être antipathique, pas réellement passionnant certes mais qui reste un téléfilm tranquille. On cherche encore une grande comédie française au cinéma, et vu ce qui arrive (Iznogood, Boudu, Je Préfère Qu'on reste Amis), c'est pas gagné. La production française est décidement faite de soupirs.

 

 

Gentiment Vôtre,

Dr Devo

(chanson de la semaine: "Dance On The Vaseline" par David Byrne)

 

 

 

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Samedi 5 février 2005 6 05 /02 /Fév /2005 00:00

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Chers Vous,

Jusqu'où irais-je? Jusqu'où irais-je pour vous? Jusqu'où irais-je pour moi? Devo The Dog, maître et esclave en même temps, a décidé d'enlever son collier lui-même, avec une volonté qui confine au masochisme, et a pénétré telle une machine à voir impitoyable dans la salle qui projette "Espace Détente"  dans "son" cinéma, le cinéma auquel la carte illimitée l'attache comme une laisse.

Autant le dire tout de go, attaque Devo attaque, je ne suis pas fan de Caméra Café dont j'ai vu trop peu d'épisodes (un ou deux tout au plus) pour m'en faire une idée. Loin d'être dans la position du tireur couché, car ici tout le monde est traité à la même et dur enseigne, de Josiane Balasko à Marguerite Duras, je suis dans la meilleur position : la position "neutral" cher à notre ami Jean-Claude, que je salue au passage, la mort dans l'âme ayant loupé son dernier métrage-météorite déjà disparu... Le temps du monde du cinéma est impitoyable. Passons.

Le cinéma français, si fier de se vanter de ses résultats croissants, repose en fait sur un principe. Quelques réalisateurs-stars, attirant mécaniquement les foules en jouant sur le nombre de copies disponibles pour un film (voir à ce sujet mon article "Si j'étais président de la république"), quelle que soit la qualité des dits films, de Jeunet à Jugnot, pour le meilleur et pour le pire. Quelques uns donc, et la liste ne s'allonge pas. Cette espèce disparaîtra doucement. Pour le reste, depuis quelques années, le cinéma français repose uniquement sur les projets de gens issus de la télé. Point et barre. C'est le cas ici avec ce concept, dont même les deux réalisateurs (eux ont osé réaliser leur film, exception rare ; les autres se contentent de jouer) eux-mêmes se distancient arguant que c'est "quand même différent", c'est le cas ici avec ce concept, dis-je, de "Caméra Café Le Film". Ainsi soit-il et Dieu reconnaîtra les siens, je suppose. De toute façon, là n'est pas la question (celle de Dieu), et ne vous inquiétez pas, je suis Docteur bien que Devo (le critique au collier), et c'est là "mon unique prérogative", comme dirait la poète.

Il manque, c'est vrai, une bonne comédie sur le monde du travail et le monde en entreprise. Ce n'est pas avec l'horrible "Placard" de Francis Veber (dont la photo était signée, c'est étonnant, du chef-op' de Dario Argento ; Les voies des Saigneurs sont impénétrables, si vous me permettez...), que nous avons été rassasiés. Une comédie sur l'entreprise, ça manque, et c'est dommage car aborder le plus grand espace de violences sociales et de violences tout court par la petite bande, via la comédie et donc dégagée de toute interprétation idéologique [sans le "gauchisme" pluriel (c'est à dire dans tous les sens du terme d'un Tavernier ou d'un Costa-gravas... mais ça vient, ça vient...)], aborder cet espace, dis-je, serait assez instructif pour tous. Bah, on passe.

Je ne sais dire, je ne sais mettre des mots sur ce que j'ai vu. Ce film est-il plus indigent que les diverses séries Z, ou plutôt sous-Z (je reviendrai sur cette idée qu'il y a un niveau en dessous du film de catégorie Z dans un article prochain) que j'ai vues ces derniers jours. Non. Soyons honnêtes. Ce n'est pas plus mauvais qu'un "Lila Dit Ça", pourtant plus respectable et que beaucoup classeront dans les bonnes fréquentations, privilège art et essai oblige, ce n'est pas plus mauvais que "Les Soeurs Fâchées". Et c'est à peine plus mauvais que "The Aviator" ou "Alexandre", qui eux, je l'accorde, ressemblent plus à du cinéma. Mais à l'heure des comptes, le peloton de queue de ceux qui vont la course à l'envers est serré.

[Sois dit en passant, je ne regrette pas, du coup, l'indulgence que j'ai portée à "Danny The Dog". Souci de mieux faire. C'est bien. Voilà un film, très loin d'être génial, mais qui a la franchise d'essayer, au moins, de faire du cinéma, fut-ce d'exploitation. Je ne comprends pas les gens qui critiquent Besson à tout bout de champs, bien que le barbu me semble complètement antipathique. Il est normal qu'il raffle la mise dans ces productions les plus soignées. Il essaie de faire du cinéma. Pas toujours, mais certaines fois il essaie.]

Revenons à "Espace Détente". C'est l'indigence complète. Pas de cadrage. Pas de mise en scène, excepté un très moche travelling compensé qui flaire bon la retouche numérique. Pas de direction artistique, et là c'est plus grave. Parce que le look du film s'affiche, à travers ses décors, ses costumes et ses accessoires, comme une kitscherie hors-temps (on ne sait pas, au niveau visuel, si on est dans les années 80 ou 90 ou de nos jours), la comédie perd déjà tout son potentiel. La sphère du film est intouchable. Ce n'est pas notre monde, même caricaturé, qui défile  sous nos yeux, mais un "univers" artificiel, ce qui contredit complètement la volonté des auteurs. Il aurait mieux valu la carte de la sobriété au niveau du visuel. Le film aurait pu être alors plus troublant. Cela est, de plus, accentué par une lumière hideuse. Disons le franchement: un téléfilm est bien mieux réalisé et plus "joli", aussi triste que cela puisse paraître. Rien que pour ça, on peut légitimement poser la question: "Pourquoi faire ce film?". J'y reviendrai.

Donc, impossibilité complète de parler de cinéma. Tout juste peut-on voir la "chose", vrai symbole du film, comme du théâtre filmé... Et encore. Parlons du fond, puisque le monde des professionnels du cinéma semble croire que faire des films c'est raconter des histoires! Les personnages sont assumés comme étant laids, vulgaires et méchants. Soit. Pas de gentils et pas de méchants. Soit. Mais certains plus que d'autres quand même. La secrétaire ringarde est mal dialoguée. Le patron joue au golf pendant la journée. Le responsable de la sécurité est  un manipulateur violent. Et la pédale de service est une folle dans la plus grande tradition des années 70. Le SDF est un maniaque. Les thèmes pourraient être intéressants: trahison, hypocrisie, lâcheté, pression infâme sur les employés, manipulations psychologiques, drogues, corruption des élus locaux, utilisation des réseaux, promotion canapé, etc... Mais rien n'est fait, malheureusement. Vaguement tous pourris, vaguement tous attachants, le film ne tranche jamais, et c'est bien pratique ce méchant  capitaliste échappé de l'asile, qui fait sortir les deux seuls personnages intéressants du film: les deux femmes qui seront successivement bras droit du patron, deux parcours d'executive women qui étaient plutôt intéressants. La palme revient quand même au Diable de l'Histoire : le personnage du syndicaliste psychopathe (lui aussi, ce qui est un sérieux indice sur la pensée des deux réalisateurs), tueur, mafieux... C'est lui le mal, c'est lui le manipulateur suprême et c'est sans doute lui la cause de tout. Car c'est le monde du syndicalisme qui est le plus mal loti. Dans cette sphère, il n'y a pas d'échappatoire. On ne se rattrape pas. Aucune empathie. [Bizarrement, la caricature porte non pas sur la CGT mais sur la CFDT... Comprend qui peut!]

C'est dégueulasse? Oui!

Qu'ajouter d'autres? Rien. Les acteurs sont épouvantables, en dépit de la sympathie éventuelle qu'on peut avoir pour Solo et Le Bolloc'h, et Thierry Frémont est insupportable, grossier et incontrôlable. Sinon, effectivement, rien à ajouter.

Si, quand même. Une chose de plus est à vomir. Quand les producteurs et les investisseurs  arrêteront-ils de faire des ponts d'or aux gens de la télé, alors que depuis des années cela mène à la catastrophe? Mon fantasme cauchemardesque de voir "Moumou et Chelou, le Film" se rapproche à grands pas. Pendant ce temps, des dizaines de films restent dans les limbes (c'est à dire qu'ils ont été tournés mais que personne ne les distribue en salles). Des dizaines de personnes qui, elles, veulent faire du cinéma, c'est à dire de la mise en scène, voient les portes de leurs vocations à jamais fermées, en dépit de leur talent (ou de leur manque de talent d'ailleurs!). Car finalement, Solo, Le Bolloc'h, Eric et Ramzy, Les Nuls, Chouchou sans loulou et le reste, ET PAS SEULEMENT EUX, mais aussi les "réalisateurs" qui répétent ad vitam des projets de comédie bankable, eux tous verrouillent tous les accès. Personne n'y trouve rien à redire, sur toute la chaîne de production, du producteur au spectateur, en passant par le journaliste. Personne.  Et sur la cinquantaine de comédie populaire, squatté par les stars, qui sont sorties ces dernières années, pas une ou presque ne remplit son rôle : être un film de cinéma. Et ce sont ces films qui occupent des centaines d'écrans en France empêchant des films plus modestes de sortir. Pendant ce temps-là, sur le trottoir des réalisateurs de talents! Bien qu'ayant peu de contact dans le monde du cinéma, j'en connais deux. Tous les deux ont fait un film. Et les deux films ne sortiront jamais. Et pourtant pour l'un d'eux, il s'agit d'un des plus beaux films qu'il m'ait été donné de voir. Dégueulasse! Il est là le scandale.

Furieusement Vôtre,

Dr Devo.   

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Vendredi 4 février 2005 5 04 /02 /Fév /2005 00:00

Publié dans : Corpus Filmi

Chers Focaliens,

Ma petite entreprise ne connaît pas la crise, comme disait le poète, et il faut la rentabiliser ta carte illimitée, pauvre petit critique pas riche. Tu le sens le cinéma populaire? Coco, enchaîne, Coco...

Belle métaphore que celle de Danny The Dog. Un film de Louis Leterrier. Dommage que le film ne soit pas distribué par la Fox, j'aurais eu un joli titre pour cet article et on aurait bien rigolé. Mais non, ça ne rigole pas. Belle métaphore donc. Un homme asiatique, c'est à dire étranger dans son monde, l'action se déroule à Glasgow bien qu'on ne voit pas un kilt, hélas, de tout le film, étranger chez lui donc, le Danny. Plus vraiment très jeune (j'y ferai allusion), pas encore tout à fait vieux, Danny vit cloîtré chez son Maître, aussi bien séquestré qu'élevé à coups de tatanne bien sûr. Nourriture en boîte et haillons au programme. Notre héros aux yeux si doux et si bridés, dans tous les sens du terme (et là tu le sens le jeu de mot?), porte un étrange bijou au cou, un collier de chien high-tech, symbole de son esclavage. Quand son maître, Bob Hoskins d'ailleurs, lui enlève le collier, c'est pour lui permettre l'attaque. Pas un collier qui envoie des décharges à la Battle Royale. Non, un collier symbolique et palpable, symbole simple mais efficace d'asservissement, et symbole temporel pour notre héros Jet Li dont le cerveau semble fonctionner si mal : quand on l'enlève, c'est qu'il faut aller casser la gueule aux récalcitrants. Et d'une manière fort vigoureuse.  Li, lâché dans la jungle des assaillants (re-jeu de mot, mais à tiroir), déploie une force phénoménale et supra-efficace. Collier, asservissement, force phénoménale, maître abusif et paternel... Tu la sens la métaphore? Ça ne te fait penser à personne? Non? Alors, enlève le collier et remplace le par une carte illimitée... Ça y est, tu piges. Danny The Dog, c'est moi.

Bien que produit par Besson, Danny The Dog se positionne clairement, malgré le décorum made in UK, sûrement dû, et de bonne guerre, à une volonté d'aide à la création ou à une quelconque avance sur recettes, Danny The Dog, dis-je, est très clairement un film américain. Malgré Besson, oui. Devo The Dog n'a pas eu cette désagréable impression comme il avait eu devant le désastreux "5ème Elément", film franchouille au design douteux et inexpérimenté, dont il était évident qu'il venait du pays de Leguman et de Super-Dupont. Non, pas de ça ici, ça se tient mieux, on est en terre américaine, en terre de série B, et ça passe bien. Pas de Wasabi déguisé donc, ouf, et c'est assez rare chez Besson Production pour être signalé. Bien. On met au placard les vieilles rancunes envers  le Coppola français (question de barbe, sans nul doute) et on attaque. Vas-y Devo, tue le!

Danny le wouaf-wouaf s'échappe donc, et le film avec, et se réfugie chez Morgan Freeman en aveugle (sans doute recalé pour la biographie filmée de Ray Charles, dieu merci pour lui), et sa belle fille charmant petit bout avec appareil dentaire (rassurez-vous, elle ira chez le dentiste pendant le film! Véridique!), sorte de sous Samantha Morton (qui a joué dans le dernier film de Woody Allen avant sa mise en maison de retraite), mais bah, plutôt sympathique la môme. Ne jetons pas la pierre. C'est plutôt bien tombé. Le kung-fu s'invite dans le mélodrame musical, car la musique est le fil rouge du film, la porte de sortie. D'ailleurs, dieu merci pour moi, on évite le pire : la transformation de Jet Li en petit Mozart surdoué! C'est déjà ça, c'est déjà ça...

On ne perd pas de temps et on rentre dans le vif du sujet assez vite. Baston à fond de train, puis une autre, puis une autre, entrecoupée de très anglo-saxonnes thrilleriques conversations en voiture, avec lumière grisouille de circonstance. On revient sur le parcours de Danny. Et là aussi, ça ne traîne pas. Bah, je dis bien, c'est bien. Pour un film pour le peuple, c'est pas mal. On ne passe pas 50 minutes à exposer. Plutôt sec. Bon, ok, les combats sont très stylisés dans l'air du temps, chorégraphiés par le nabab des fights hollywwodiens Wou Peng Truc (je ne retiens jamais son nom) qui doit être riche à millions à force de cachetonner de la sorte. Alors, y en a du ralenti et des plans douches, bien sûr... Mais, quand même, une légère fissure se fait sentir. Les plans sont un peu plus longs que ne le veut le canon des films de baston ou d'action actuels. Les plans font plus de deux secondes, et même, assez régulièrement, on en fait un encore plus long en pleine scène de combat, permettant ainsi de profiter, enfin, de la rage athlétique superbe de notre ami Jet Li. Enfin dis-je, car les films occidentaux du Mr ont toujours, jusque-là, été passés à la moulinette frénétique du montage parkinsonien. Quand on tourne avec Vincent Cassel, je peux comprendre, mais quand on a un vrai danseur-fighter comme Li, c'est absurde. On entraîne des cascadeurs pendant des mois à prix d'or pour être à la hauteur, on engage le chorégraphe hors de prix du moment, et... on charcute au montage, avec un résultat anonyme. Beaucoup de fric pour rien. Là, ça respire un peu. Brèche minuscule, mais je salue l'effort. Côté mélo, rien à dire, ça se déballe tranquillement. Morgan Freeman est un type bizarre je trouve. Il a une aura sympathique même dans les pires bouses, et pourtant quand on le voit en photo, donc en fixe, on se dit qu'il a une gueule de conservateur un peu réac'. Mais rien ne ternit son image de mec sympa et supportable. Un cas d'école. Kerry Condon, avec son râtelier de fer, s'en tire bien, malgré le fait qu'elle n'y aille pas de main morte. Bah... Au moins, ça assume. La généalogie des personnages et des événements est absurde : deux pères, des accidents de voiture qui n'arrêtent pas de se répéter, deux orphelins, deux mères absentes, deux cous maltraités (respectivement par collier et par langue), etc... Tout se répète ou plutôt se reflète à l'infini, aussi irréaliste ou ridicule que cela puisse paraître, plongeant l'histoire dans ses propres racines débiles, ce qui n'est pas, selon moi sans charme.

Des bémols? (Tu la sens la métaphore dans le filet? J'ai des restes, je vous les mets?) Oui, bien sûr. Les seconds rôles sont tout pourris, vus 1000 fois, et du coup, côté gangsters Kung-fu, ça rogne le travail de Bob Hoskins, bien mal doublé encore une fois, il faut bien le dire. Le Boss de Fin de Niveau, Monsieur Propre à bure (tiens, mais suis-je bête, il est là mon kilt! Un kilt asiatique bien sûr! Bien joué), complètement ridiculos. Il y a encore un problème psycho à régler avec la mère (d'ailleurs, c'est marrant, sur les navets vus en 7 jours, 8 films sur dix sont basés sur des psychanalyses des relations mère-enfant : The Aviator, Alexandre, Les Soeurs Fâchées, Lila dit ça... Il n'y a guère que Closer et Le Château Ambulant qui ne se plient pas à la règle! Très très étonnant). Les flash-backs sont nullissimes, comme d'habitude. La lumière n’est pas belle. Et l'obturation pour les scènes de combat, vue 100 fois, ne donne pas plus de dynamisme que ça, et c'est très laid. Leterrier n'est pas non plus un super-cadreur, et c'est dommage pour le rythme des scènes de combat. Et puis reste bien sûr, pour le meilleur et pour le pire, acadabrantesque, le parti pris du Kung Fu Mélo. D'ailleurs, moi j'aurais fait le contraire... J'aurais pris un réalisateur de mélo pur faire ce film de kung-fu. Tiens, pendant la séance, je pensais à George Miller. Ça aurait pu être marrant de voir le résultat.  Peut-être que ça aurait été différent de ce relativement peu antipathique Hollywood Night. Ça pète moins haut que son cul sur l'échelle des productions bessoniennes habituelles, ça sent un peu plus le respect pour l'exploitation, mais ça reste ce que c'est... Gentiment... Mouais! Dans l'océan de films nullosses vus en une semaine (Attaque Devo! tue le!), c'est quasiment, et d'assez loin, le plus honnête.

Bah, ça ne va pas super loin, mais... Il y a ces deux plans sur le visage en médaillon de Jet Li, ce visage rond et usé, fatigué encore et encore. Leterrier répète le plan deux fois, et ça s'est assez beau de voir le super street fighter réellement fatigué, de le voir vraiment son visage de vieux, son visage de mec de quarante ans... quitte à enlaidir le Li... Tout d'un coup, une émotion diffuse passe. On rêve enfin, un peu. Deux plans sur un film entier, ce n'est pas le Pérou, mais au moins, avec ce Danny là, on a pas complètement l'impression que le cabot responsable du film vient, plein de mépris, nous pisser sur les chaussures. Rêver, c'est déjà ça, c'est déjà ça...

Servilement Vôtre,

Dr Devo.

 

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Jeudi 3 février 2005 4 03 /02 /Fév /2005 00:00

Publié dans : Corpus Filmi

Chers Amis,

Mon périple dans le cinéma industriel (voir article d'hier) continue. Curieux Ziad Doueiri... Curieux personnage et en même temps pas tant que ça... Mais on verra ça plus tard. Dans ces affaires-là, il faut savoir ne pas faire les choses n'importe comment.

"Lila Dit Ça" raconte l'étrange rencontre entre Chimo, un jeune, avec Lila, jeune aussi mais déroutante, car moins jeune que Chimo, plus "mûre" sur les choses de la vie. Ils se rencontrent comme ça, sans rien, simplement, et très vite le verbe fourchu de Lila prend le dessus, quasi-immédiatement en fait. Ils parlent encore et encore. Et de quoi ils parlent? Ils parlent de sexe. Enfin, surtout Lila, Lolita pulpeuse, ange ou démon, es-tu ange... ou démon, candide ou provocante. Sans doute les deux. Une passion naît, et malgré le Verbe très en chair de Lila, et les réponses sincères de Chimo, peu d'effleurement et de caresse, si on excepte une sulfureuse et très digitale ballade en solex, qui sera le point de départ de tout, une sorte de "postambule" (le début est ce qu'aurait pu être la fin). Mais après, place à la passion et au Verbe. Chimo apprend à analyser ses sentiments, chavire pas mal, et se déchire d'avec sa bande copain, dont un furax de ne pouvoir lever la minette, ni même lui parler, ni rien. Trahison en filigrane. Passion sur le devant. Et corps pulpeux en avant-scène. Nous sommes à Marseille.

Hopopopop! Je te vois venir le Marquis, Pape de Toutes les Cinéphilies, et néanmoins ami (et bientôt collaborateur de ce site ?), je te vois venir. Marseille oui, mais Pagnol, fort heureusement non. Nous ne sommes pas dans le théâtre filmé (quoique). Précision technique.

Que dire? Permettez-moi de vous raconter un peu le pré-générique. Le film sera commenté de tout son long en voix-off par Chimo lui-même. Il couche au moins ses mémoires sur le papier, dans le but, lui qui n'a jamais lu un seul livre jusqu'au bout (dixit), d'en écrire un, justement, de livre. Premier plan avec ce fil vocal sur les toits de Phocée, petite cabane au-dessus de l'immeuble où il fait bon s'enfermer pour réfléchir et créer. MMMmmmm... Déjà vu ça, sans doute... La thébaïde au-dessus du monde. On ne va pas se fâcher pour si peu. Deuxième plan en caméra panotante, intérieur cabane, exposition décor. Joliment foutraque la cabane à l'intérieur, la caméra glissée et passe nonchalamment sur le volume de chez Folio, négligemment posé sur un tabouret ou une table, je sais plus: "L'Avalée des Avalées" de Réjean Ducharme. Mr Ziad Doueiri, là, vous m'avez scié!!! A peine une minute d'écoulée, et voilà Réjean Ducharme, l'Oublié des Oubliés, poète maudit, Gérard Manset du roman, qui débarque. Je suis sur le cul, non pas emporté par un lyrisme flamboyant, c'est un peu court, mais par la remontée inattendue de ce nom qui a toute ma sympathie et ma tendresse. A quel sauce, vais-je être mangé, se dit le bon Docteur? On apprend plus tard que le volume a été piqué dans le cambriolage d'un cash converter local. Détail réaliste, car je vois bien la plupart des lecteurs jeter le livre de la sorte contre dix centimes d'euros. Et complètement surréaliste car qui achète Réjean Ducharme. Personne.

La plupart d'entre-vous, et c'est bien normal, ne connaissent pas Ducharme. C'est un romancier fabuleux. Robbe-Grillet, Céline et Ducharme. Si jamais on ne doit que trois choses, ça peut-être ça. Abe Kobo aussi, sûrement et Arno Schmidt, bien sûr. Non, sans rire, cet écrivain québécois est immense. Ces Livres sont chez Folio. Vous allez être renversés. Ce n’est pas le plus dur à lire de la liste, et c'est un des plus lyriques. Si on avait bien rêvé à une adaptation de Abe Kobo par Cronenberg; de Arno Schmidt par un Greenaway ou par Margaret Tanaka, on rêve encore à la générosité d'un Blier pour nous adapter Ducharme... ou pourquoi pas sa compatriote Carole Laure, la réalisatrice sublime de "Plus Près du Sol"? (Carole, si vous me le permettez, vous avez toute mon admiration. Vous êtes une réalisatrice admirable. Spéciale dédicace.) J'exagère mais, sans blaguer, il est indispensable de relire Réjean Ducharme. Le Marquis, grand spécialiste de cet auteur, devrait nous faire un article sur lui. Je passe. Et me souviens avec nostalgie et émotion, de cette VHS assez pourrie où nous découvrions, le film "Léolo" du très décédé Jean-Claude Lauzon (quelle fabuleuse terre le Canada!), film qui est à la fois adaptation et non-adaptation de "L'Avalée des Avalées". Film sublissime, marquant dans un parcours de cinéphile et, encore une fois, oublié de tous. Mr Doueiri, merci pour la réminiscence.

C'est peu de choses mais ça fait plaisir. Retour dans la cabane. Chimo écrit sur un cahier clairefontaine volé à Prisunic, précise-t-il. Tu le sens? L'histoire peut commencer.

Malheureusement en ce qui me concerne, l'enthousiasme s'arrête la. Je suppose que l'adaptation du livre de Chimo, grand classique de la littérature érotique m'a-t-on dit (il se trouve que je ne connais pas ce livre, si j'ose dire), est assez fidèle. Dans ce cas, si l'hypothèse est juste, je crains que ce ne soit fort peu intéressant. L'érotisme supposé se révèle plutôt être une compilation touche-pipi (c'est un peu dur, je grossis le trait, mais c'est quand même ça à mes yeux) sans grand intérêt, trop lisible et énormément prévisible. Pas beaucoup de poésie là-dedans. Ça sent le Prisunic, justement, et peut-être même le vol de Prisunic de sentiments à trois balles. Non pas que le thème n'aurait pas pu être intéressant, non. Mais on peut légitimement s'attendre à ce que les sillons dessinés se creusent un peu, et révèlent autre chose que le trop simple "dépouillement" d'un "Je T'aime" trop tardif. [Je ne sais pas ce que j'ai, mais je pète la forme ce matin!]  En s'arrêtant en ce supposé (tout cela reste à prouver) bon chemin, on tombe dans le simplicisme, pas si éloigné de Pagnol, du coup.

Coté scénario, transposition et mise en scène, c'est la même chose. On emprunte des chemins connus, là encore, en dépit du fait qu’on n’a jamais mis les pieds, malheureusement, à Marseille. Le film s'embarrasse trop du contexte de ce quartier arabe, fausse contradiction, en terme de cinéma bien sûr, à la passion des deux héros. La "banlieue" (lieu fantasmé par tous les spectateurs) c'est morose, la banlieue c'est pas rose, et basta! Ça vise trop court, ou plutôt trop long, et ça infirme le reste. Un dépaysement de l'auteur lui aurait été sûrement profitable. Là aussi, la lecture du film devient naïve. Les dialogues, très écrits, ce qui est loin d'être un défaut à mes yeux, tombe à plat. Relire à ce sujet le deuxième paragraphe de mon article sur "The Grudge" où j'évoquais le dialogue dit de "la ferrari" qui ouvre la bande-annonce de "Lila Dit Ça".  Le reste est à l'avenant. Dialogues entre copains, dialogues avec les flics, dialogues avec le vieux dans le centre de transfusion... Ça ne va pas loin et ça ne révèle rien. Comme une impression de clichés déroulés au kilomètre. On est loin de Blier, par exemple, dont les dialogues de "Merci La Vie" ou de "Un, Deux, Trois, Soleil" faussement naïfs, ou vraiment d'ailleurs, ouvraient des abîmes de douleurs et de nuances. Je n'aime pas non plus les situations : cambriolage, les copains qui vont chez la pute (et encore un périphrasé "rouleau de printemps" pour désigner la prostituée asiatique... Que c'est court, même dans la bouche d'un personnage... On n'est pas dans "Taxi 2", quoi! Et comment oser enchaîner tout de suite après sur le cliché que vous dénoncez, Mr Doueiri, à savoir "Tous les arabes s'appellent Mohammed" pour paraphraser Fassbinder?), la tata incestueuse obsédée par le minou de l'ange (là aussi, sans relief, et c'est le moment qui m'a le plus dérangé... J'ai eu l'impression que l'on me forçait à regarder dans le trou de la serrure, comme un vieux dégueulasse, ce qui je suis sûr n'était pas le but en plus), la maman qui prend plus soin d'elle mais si finalement, la tata folle du sexe de l'ange, folle tout court et folle de Jésus, le prêtre débile, le coup de la Mercedes (expliqué malheureusement), la référence au 11 septembre, la maman femme de ménage... à la mairie, etc... La coupe est pleine. Ça, en plus des dialogues en forme de "Ferrari tombée dans la décharge", c'est beaucoup trop, et au final c'est n'importe quoi.

En ce qui concerne la mise en scène, pas de quoi remplir mon estomac bien vide non plus. Bon, soyons quand même justes, il y a une certaine volonté de faire quelque chose. Mais là aussi, ce n'est pas renversant, même si c'est, heureusement, un peu moins indigent que le scénario ou les dialogues. C'est quand même bien mieux que la non mise en scène des "Soeurs Fâchées", où là c'est le grand n'importe quoi. Mais, il n'y a pas grand-chose à manger encore une fois. Arrêtons, messieurs les réalisateurs de coller des transitions musicales partout (ici la scène initiatrice qu'est celle du scooter). Musique electronicaca anonyme et affreuse pour cette relecture de "Jules et Jim"(un peu incompatible, je crois avec Réjean Ducharme, d'ailleurs). Encore une fois que des gros plans, flottants ceci dit, dans les dialogues entre les deux héros. Et ce plan hommage, à la fois anti et pro DePalmesque, avec la mobylette qui tourne. Ce n'est pas beau, tout comme les axes et cadres de la séquence en scooter. Le reste est anonyme je crois. Ziad Doueiri est le "first assistant camera" de Reservoir Dogs, Jackie Brown, et Pulp Fiction. J'ai lu quelque part que ce terme de premier assistant caméra, avait été traduit dans un article par cadreur. De deux choses l'une. Soit Ziad Doueiri était vraiment le cadreur de ces trois films, et dans ce cas, si c'est lui qui a cadré son propre film, c'est vraiment lamentable, et si c'est un de ses assistants, ce n’est vraiment pas bon. Soit, deuxième hypothèse, "First assistant camera" ne désigne pas le cadreur, ce que je comprendrais mieux. Dans tous les cas, on aurait aimé une mise en scène plus élaborée, plus stricte et plus "baroque" (moins sage) pour filmer un métrage qui se veut dans la lignée de "Léolo". Chose impossible à approcher, sans parler d'égaler, tant "Lila dit Ça" n'allie pas l'audace, la simplicité, l'épure et le baroque, cocktail paradoxal certes, mais fondateur qui donnait à "Léolo" de Jean-Claude Lauzon tout son charme. Comme dirait le poète : "On est loin des amours de loin. On est loin des amours, de loin. On est loin..." Et dans les intentions et dans la forme.

Radicalement Votre,

Dr Devo

PS: la "Chanson de la Semaine" arrive cette fin d'après-midi...  

 

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Mercredi 2 février 2005 3 02 /02 /Fév /2005 00:00

Publié dans : Corpus Filmi

photo: "(ceci n'est pas une chanteuse de droite)" par Dr Devo 

 

Chères Focaliennes, Chers Focaliens,

C'est ton choix! Il y a quelques jours, dans mon article consacré au film "Closer" de Mike Nichols, je vous proposais, comme dirait le poète, "un petit jeu sans conséquence". Avec rien à gagner. Chers lecteurs, vous avez participé en masse (à l'échelle de ce blog au moins), et je vous remercie. Comme je le rabache depuis une semaine, vous savez que moi, Dr Devo, je suis passé au stade industriel de la critique, en acquérant un coûteuse carte illimitée dans un des grands cinémas de la ville. Il faut rentabiliser l'investissement. Depuis que je suis propriétaire de cette carte, je n'ai pas rechigné à la tâche, il faut bien le dire, et malgré la faiblesse de la programmation hebdomadaire, je suis allé m'enfermer dans des tombeaux obscurs quasi-quotidiennement depuis presque une semaine. Ayant épuisé les films qui avaient un semblant d'intérêt, même faible et même par esprit de contradiction, je me suis trouvé fort marri au bout de trois ou quatre jours de visionnage. Le bas du panier s'offrait à moi. Impossible de choisir. J'ai donc eu recours à vos services et vous ai demandé de voter, de sorte que c'est vous qui m'avez envoyé au cinéma. Dr Devo au rapport, donc.

Ce n'est pas passé loin... J'ai loupé, de peu, "La Marche de l'Empereur", le film à pingouins! Je déteste les films animaliers, même documentaires, et j'avoue que cette banquise au kilomètre me faisait un peu peur. Finalement, le choix s'est porté sur le "Château Ambulant" de Miyazaki. Ouf!! Je ne suis peut-être pas grand fan de cinéma d'animation, loin de là même, mais j'aime assez Miyazaki dont le "Princesse Mononoké" était de fort belle facture. Bon choix, les petits gars. Sans vous, je ne serais sans doute pas allé le voir, le film étant projeté en VF, et de bien piètre qualité une fois plus. Mais bon, du coup, et malgré les sévères remontrances de mon ami Le Marquis, copieusement scandalisé, j'ai vu un film, un vrai, ce qui m'a bien changé de mon horrible parcours de crucifixion de cette semaine.

Tiens, ça commence bien. Avant le film, j'ai vu les films annonces des prochains films d'animation qui vont débarquer. Des horreurs galactiques. "Le Manège enchanté", version bouillabaisse sous-pixarisée. J’en frissonne encore. Ecoutez les paroles de la chanson, en fond musical, c'est véritablement à se flinguer. Puis, un autre film en images de synthèse (j'aime utiliser cette expression obsolète), "Pinocchio Le Petit Robot" qui a l'air de valoir son pesant de cigarillos cubains également. Là aussi, chanson débile, mais pas de quoi faire se suicider quelqu'un de dépressif, contrairement à l'horrible chien pro(c)to-anglais sus-cité (d'ailleurs, ironie du sort, c'est cette vieille ganache d'Henri Salvador qui double la Bête, effort totalement vain et purement marketing, car sa voix, après être passée à la moulinette du mixage ("Les amis s'est sakwé!") est absolument méconnaissable. Un super-vieux matou pour doubler un super-jeune chien, c'est plutôt n'importe quoi). J'ai prié Dieu pour arrêter le supplice de cette infernale première partie et je fus exaucé. Nouveau film-annonce pour la version long-métrage de "Bob L'Eponge". Là, j'ai beaucoup ri. Cette série, pas révolutionnaire, mais très sympathique, est plutôt nonsensique et absurde. En fait, le film avait l'air beaucoup plus drôle que le prochain film de Gérard Depardieu et Jean-Paul Rouve.  J'irai voir mon ami Bob à sa sortie. On va bien rire. Et je vous tiens au courant.

A priori, si j'en crois mes souvenirs, du point de la stricte animation, "Le Château Ambulant" me paraît un peu en dessous, techniquement parlant, de l'étonnant "Princesse Mononoké". Ceci dit, ne chipotons pas. "Le Château Ambulant" s'adresse quand même aux plus jeunes. L'univers est beaucoup moins sombre bien sûr (même s'il reste beaucoup de zones d'ombres), et le style graphique, qui joue sur une espèce d'Angleterre fin XIXème rétro-futuriste, est bien différent. Peut-être est-ce seulement la différence de tonalité au niveau des couleurs qui donne cette légère impression. Je laisse cette question aux spécialistes de l'animation. Et n'ayant pas encore vu le sublime coffret dvd de Mononoké que m'a offert mon pote Porzay, je ne peux pas vérifier mon hypothèse. De toutes façons, ce n'est pas un reproche.

On suit donc les traces d'une jeune chapelière (18 ans environ) qu'une sorcière (très réussie, un sorte de grosse super-bourgeoise à la tête démesurée et à la chair dégoulinante qui se transformera en vieille sénile, ce n'est pas triste) transforme en petite vieille de 80 ans. Fuyant sa ville, notre héroïne trouve refuge dans une espèce d'immense château sur pattes, fruit de la bricole d'un magicien beau gosse qu'elle avait croisé avant qu'elle ne soit transformée en petite vieille. La guerre éclate dans la région, et les ennuis commencent... Voilà, laissons les surprises vous étonner si vous allez voir le film.

Il y a de bonnes surprises dans ce film, à la naïveté assumée, mais dont l'apparente simplicité cache une narration assez complexe et plutôt abstraite. Le château est une jolie machine à déconstruire. On peut, en ouvrant la porte d'entrée, sortir dans différents endroits, et même dans la dernière partie du film, à différents moments du temps. Pas mal du tout. Mais le plus impressionnant reste la gestion assez  surprenante que Miyazaki fait de l'âge de son héroïne. Elle a beau être victime d'un sortilège qui la vieillit, au fur et à mesure qu'elle prend conscience de son rôle de vieillarde et de ses sentiments, son âge ne cesse de se modifier. De la grand-mère grabataire à la jeune retraité dynamique, en passant par la femme d'âge mûr et la jeune fille qu'elle a été. Et ça, ça marche drôlement bien. Surtout si on considère comment les changements d'âge sont introduits dans le film. Ça démarre sur l'idée que lorsque l'héroïne dort, elle retrouve inconsciemment ses 18 ans (ouais, idée classique, mais sympathique). Et ça continue de manière achronologique, et là c'est un festival. L'âge ne cesse de varier, d'un plan à l'autre, voir d'un champ à un contre-champ. C'est une idée qui est formidable et qui fissure l'apparente naïveté et simplicité du sujet. Du coup, toutes les abstractions thématiques ou narratives sont permises dans la dernière partie. Bien joué. Ces modifications d'âge sont peut-être moins subtiles que dans la sublimissime série animée japonaise "Lain", série superbe et complètement expérimentale qu'il faut, je pense, avoir vu. Mais, l'apparition des différents âges défie ici la continuité narrative et ce n'est pas rien. Ce n'est peut-être pas du Bunuel, mais ça marche très bien. On rêverait, en France ou tout simplement en Europe d'avoir de telles inventions dans les films pour enfants. Chapeau l'artiste. Enfin, on peu aussi noter, même si cela est moins impressionnant, derrière la naïveté du discours sur la guerre, quelques petites notes sociales assez sombres et là aussi très bienvenues. Clochardisation de la population, fascination du peuple pour les horreurs du conflit, propagande, manipulation et chantage sur le personnage de la mère, disparition de la soeur (simplement enlevée du récit), etc... Un récit en chausse-trappe donc, ouvrant la porte sur plusieurs lectures, qui donne enfin aux spectateurs l'impression de ne pas voir un film pour les enfants, mais un film tout court. Et là, je reprendrai ce que je disais sur Bob l'Eponge : on aimerait qu'il y ait autant de subtilités dans les films pour adultes, notamment ceux que j'ai vu cette semaine, qui bien souvent se construisent sur une seule et maigre idée (ex: le savonnage incestueux à trois balles de "The Aviator). Merci, chers lecteurs de m'avoir envoyé vers ce film.

Avant de partir, une petite note humoristique et désespérante sur ce film. Note que je rapprocherais de mon article "Si j'étais président de la République" où je conseillais aux cinéphiles aventureux de faire le test de ne pas lire les critiques pendant un an. Quand Le Château dans le Ciel" a été montré au dernier Festival de Venise, Didier Peron, journaliste à Libération écrivait ceci: "[...] Ce n'est évidemment que le début d'un film inouï, quelque chose qui s'approche pour Miyazaki en termes de dislocation des paramètres de la continuité narrative, de la cohérence des époques, des lieux, à un équivalent du Twin Peaks-Fire walk with me de David Lynch. Un maelström qui sidère en même temps qu'il terrifie. Le feu est d'ailleurs l'un des éléments clés du film..."

Je veux bien être gentil avec les critiques professionnels mais il y a quand même des limites. Etant plutôt content du "Château dans le Ciel", étant très fan de "Princesse Monoké", et considérant que "Twin Peaks - Fire Walk with Me" est des plus beaux films jamais réalisés, je trouve absolument scandaleux qu'on puisse dire des choses pareilles. Cette analyse est stupide et ne reflète qu'une chose: la crasse inculture de Didier Peron qui 1) compare ces deux films de manière erroné 2) ose mettre le film de Miyazaki au même niveau que celui de Lynch. C'est absurde. "Twin Peaks", le film, est un phénoménal travail de déconstruction, qui n'a quasiment pas d'équivalent et qui, de toute façon va beaucoup plus loin, à des années-lumière d'avance sur tout le monde, que "Le Château ambulant" (ce qui, comprenons-nous bien n'enlève aucun mérite à Miyazaki). Dire que ce film est la continuité d'une narration à la Twin Peaks est un mensonge absolu, et promettre un nouveau "Twin Peaks" dans le "Château Ambulant" est d'une bêtise et d'une inculture effarantes. Mr Perron, revoyez Twin Peaks et faites vos excuses.

Merci à vous encore une fois.

Sympathiquement vôtre,

Dr Devo.

PS: deux petites notes techniques. Dans mon article sur les "Soeurs Fâchées", hier, je donnais un lien Internet vers le très beau site de L'institut Drahomira. Une faute s'est glissée. Toutes mes excuses (le vrai lien est www.institutdrahomira.com ). J'ai modifié l'article en conséquence.

Retour dès demain de la rubrique musicale "Chanson de la Semaine". C'est promis.

 

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Mardi 1 février 2005 2 01 /02 /Fév /2005 00:00

Publié dans : Corpus Filmi

Chers Amis,

 

 

Avant de commencer cet article, voici quelques nouvelles du petit concours sans prix que je lançais à votre attention avant-hier, à la fin de mon article sur "Closer". N'ayant pas pu aller au cinéma hier, les votes ne sont pas clos. Ils le seront ce lundi vers 13h30. Voilà. Si certains d'entre-vous veulent participer c'est le moment. Je publierai l'article correspondant au film que vous me ferez voir demain matin.

 

 

Mon chemin de croix continue. Mon passeport masochiste pour le cinéma s'appelle "carte illimitée". Je la teste, je la re-teste et je la rentabilise au mépris de toute activité raisonnable. Jusqu'ici le tableau de chasse fait peur : "The Aviator", l'immonde boursouflure de Scorsese, "Alexandre" de Oliver Stone avec ses jupettes au kilomètre et ses semi-remorques de eye-liner, "Closer" de Mike Nichols quand même plus respectable. Et aujourd'hui quatrième station: "Les Soeurs Fâchées" de Alexandra Leclère...

 

 

Une parenthèse avant de revenir sur le territoire français. Mon ami l'Ambassadeur du Néant, qui vous prépare un sublimissime article et une toute nouvelle rubrique, "Vulgaire!", bientôt ici, l'Ambassadeur, dis-je, m'apprenait hier que Rabane, un de nos amis communs, qui travaille dans une boîte d'effets spéciaux pour le cinéma, avait travaillé sur "Alexandre" de Oliver Stone. Chose que j'ignorais. Rabane est un homme de bon goût (cf. www.institutdrahomira.com) et, selon lui, la première version finalisée du scénario de "Alexandre" était très belle. Selon lui toujours, le premier montage du film par Stone lui-même était une splendeur. Ça sent le travail de sape du côté de la production, donc. Bien fait pour eux, le film s'est semi-planté. Difficile cependant de deviner le bon film qui se cache sous le remontage contre-productif final. Quelle tristesse. En tout cas, Oliver Stone, si tu nous lis, envoie moi un mail (drdevo@matierefocale.com ) qu'on puisse en discuter tous les deux. Ça m'intéresse...

 

 

Revenons en France, notre beau pays, et revenons à nos "Soeurs fâchées". Le chemin de croix continue-t-il? Ben oui. Certes, un film français avec la "sobriété" de moyen qui existe ici, ça repose malgré soit des méga-productions charcutées ou non susnommées, mais bon... Est-ce une raison?

 

 

Comment dire cela, sans qu'on en vienne aux mains, et sans conférer au métrage de Alexandra Leclère (2461 mètres selon mes calculs estimatoires) une importance démesurée en mal comme en bien? D'abord, en rappelant qu'ici, entre nous et en toute franchise, on juge sur pièce, le plus subjectivement possible et le plus honnêtement possible. Donc, si bouse il y a, si travail d'acteurs médiocre il y a, nous ne ferons pas comme les autres "articleurs" professionnels, et nous ne laisserons pas passer, fût-ce Isabelle Huppert, Jeanne Moreau ou Gandhi... Rien! Cette habitude indigne de pardonner aux actrices "cashables", fussent-elles arty, ne passera pas par moi. Gardons notre sang froid. (Les plus sceptiques d'entre-nous iront sur allocine.fr lire la critique concernant ce film, et jugeront sur pièce de l'incroyable indulgence qui parfois sévit dans ce genre de films où "une grande dame" ou un "grand monsieur" du cinéma français se compromet...).

 

 

Pour une fois commençons avec les acteurs, puisque que c'est de ça qu'il s'agit. Mettre des acteurs dans le film. Les faire jouer, LA motivation, déjà traître, de ce genre de projet. Catherine Frot, j'ai vraiment du mal avec vous. Vous êtes quelqu'un de sympathique mais je n'aime pas les films que vous faîtes. Bah... Je n'aime pas ce personnage de Bécassine. Je ne dirais pas non plus que ça s'affine au fil des bobines, mais cet aspect du personnage s'estompe naïvement car la réalisatrice, trop timide, veut nous faire comprendre qu'au fur et à mesure, on rentre dans le drame (mais pas trop non plus...). Le plan de loufoqueries gestuelles dans la salle d'attente de l'éditeur est en trop. Le film s'arrête et Alexandra Leclère vous capte. Ça ne se fait pas, je trouve. Mais votre personnage me semble construit sur une certaine condescendance scénaristique que je n'aime pas, et contre laquelle, bien sûr, vous ne pouvez rien. On sent, derrière votre métier, une honnête volonté affleurer, mais Dieu que votre personnage est peu intéressant. Ce n'est pas parce qu'on vous fait dialoguer bien, avec des phrases construites, qu'on affine et évite la caricature. Ça se noue sur un autre plan. Il convient, je pense, de mettre votre personnage entre parenthèse, et de ne pas vous juger à travers lui, ce qui du coup, serait à mes yeux injuste. Isabelle Huppert a un rôle plus radical et ça passe mieux. Mme Huppert, je ne vous comprends pas, malgré l'admiration que je vous porte. En interview, vous dîtes de belles choses sur la manière de se glisser dans un film, avec l'inévitable abandon que cela suppose, le tournage terminé. De belles choses aussi sur les mises en scène, et une façon honnête de défendre les rôles les plus iconoclastes.  D'un côté : "Orlando" (au théâtre d'accord, mais quand même, quelle superbe lutte d'appropriation), les films du génial Werner Schroeter, Haneke bien sûr, Hal Hartley Le Maudit, Christophe Honoré même, votre soutien lucide, modeste et critique à Michael Cimino et au sublime "Heaven's Gate", vrai film maudit (à voir seulement dans sa version de 5558 mètres, et non pas justement, confère ci-dessus, dans son charcutage grotesque imposé par la production). De l'autre côté : ces "Soeurs fâchées", Ozon, et Chabrol (que je mets quand même au-dessus des deux autres). Je ne comprends pas, mais ce n'est qu’à moitié le sujet. Correcte ballade. Quand ça éclate, ça fait mal, bien sûr, et avec une grande force encore. Mais bon. Voyez le paragraphe suivant pour comprendre que, si je ne comprends pas l'intérêt, je ne puis juger votre travail. Comme Catherine Frot.

 

 

Bizarrement, François Berléand, qui lui aussi se retrouve souvent dans des chemins indignes de lui, est très bien, alors qu'en ce moment, (j'ai vu "Narco"!), son omniprésence "productionnelle" aurait tendance à vraiment m'énerver bien rouge. Belle surprise, merci Monsieur. Allez voir chez Ruiz ou Greenaway (chez qui ça serait intéressant), où vous êtes sûrement.

 

 

Le problème, c'est évidement le scénario et, mondieumondieumondieu, la mise en scène, enfin si j'ose... Un développement vu mille fois, sans se perdre hors du chemin balisé. Pour améliorer cela, je prescris 10 films de collège américain, puis une rédaction sur le thème "je fais des films de genre archi-rebattus, mais je m'éclate dans la mise en scène". Et pas plus de trois copies doubles s'il vous plaît. Donc, le scénario, je passe, car il sera plus instructif de découvrir certaines joies seul. Mais, mondieumondiuemondieu, la mise en scène bon sang. Qu'est-ce qui vous motive? L'histoire? Les acteurs? Les acteurs et l'histoire? Quelle catastrophe! Photographie injugeable, aucune utilisation de l'échelle de plan, aucune utilisation du son, recours à un des maux du cinéma français, mettre une ou deux chansons populaires et "sympas" pour rendre le film "sympa" (procédé vraiment dégueulasse, je trouve, que 80% des faiseurs en scène hexagonaux utilisent! Infect!). Mouvement de caméra vraiment inutile (évidemment sans découpage...), et par moments d'une laideur monstrueuse (notamment les plans de la visite de Paris en bus, les plans en extérieur en général, et les affreux gros plans de la dernière séquence, introduite là comme un cheveu au milieu de la soupe, évidemment car il n'y pas rupture d'échelle de plans), souvent portés à l'épaule sans trembler certes (il manquerait plus que ça), mais dans un "flottisme" qui n'est pas sans rappeler la vidéocassette des vacances de Tonton Maurice à Phuket (avant le tsunami, bien sûr, un peu de pudeur). C'est mauvais. A peine moins soigné qu'un téléfilm. D'ailleurs un téléfilm, pourquoi pas? Non? Si vous tenez, non pas à faire des films, mais à devenir cinéaste, laissez-moi vous donner un petit conseil. Revoyez "La Garçonnière" de Billy Wilder. Je suis sûr que, comme moi, vous adorez. Regardez l'échelle des plans, la photo, le soin porté au décor, le montage. Ensuite, mais seulement ensuite, sans mettre a charrue avant les boeufs, interrogez-vous sur les nuances de genre dans le film. Où se place la comédie? Où est le drame? Comment sont-ils séparés et/ou mêlés?  Si vous voulez vraiment faire du cinéma, vous allez comprendre, logiquement, beaucoup de choses, et ça va vous aider énormément. Vous serez d'accord avec moi, évidemment. Envoyez-moi vos conclusions, ça m'intéresse. Vous me remercierez dans le générique de votre prochain film. J'en suis sûr. Par contre, si la simple idée de cette suggestion vous met en colère, alors je crains que vous ne vouliez pas mettre en scène des films, sans quoi votre position intellectuelle et morale me parait très douteuse, voire insupportable, dans le contexte actuelle de la production française.

 

 

Sincèrement,

 

 

Dr Devo.

 

 

 

 

 

 

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Lundi 31 janvier 2005 1 31 /01 /Jan /2005 00:00

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Focaliens, Focaliennes,

 

 

 

Pour commencer une bonne nouvelle. On a retrouvé les objectifs manquants dont je parlais dans mes deux derniers articles ("The Aviator" et "Alexandre"). J'étais inquiet. Mais, en fait, ils étaient en Angleterre. Tout s'explique.

 

Mon parcours de cinéphile illimité se poursuit. Comme je l'avouais hier, j'ai acheté une carte illimitée. Très cher, bien sûr, sauf si on va énormément au cinéma. Troisième film en classe affaire avec le "Closer" de Mike Nichols. Une règle de trois plus tard, et voilà qui amène cet investissement au prix de 80 euros la place. Ça baisse. Encore??? Non en fait le prix baisse, mais le niveau des films augmente provisoirement. Après Scorsese et Stone, on pouvait se douter que la marge de progression qualitative était énorme. Ça se confirme ci-dessous. Ne sachant pas quoi aller voir et manquant de courage, je me suis donc rabattu sur "Closer". [A ce propos, ne manquez pas le dernier paragraphe de cet article. J'y organise un grand jeu dont vous êtes le Héros!]

 

Mike Nichols n'est pas un mauvais bougre. Ce n'est vraiment pas le réalisateur du siècle, mais bon. Quelques mauvais films ou de très mauvais films au compteur. On peut citer "Primary Colors" avec le souvent ignoble John Travolta et une Emma Thompson complètement à côté de la plaque, "A Propos de Henry", film dont le simple souvenir me fait encore froid dans le dos avec papy Harrison Ford. Et puis, deux films très célèbres que je n'ai pas vus : "Qui a peur de Virginia Woolf?" et "Le Lauréat". Et puis, des films plutôt sympathiques comme "Le mystère Silkwood" (à ma décharge, je l'ai vu il y a très longtemps), "Wolf" et mon petit préféré "Biloxi Blues", qu'on trouve en dvd à très peu cher et qui est excellent, film chouchou car ayant la très bonne idée de réunir Christopher Walken (dans un de ses meilleurs rôles) et Matthew Broderick. Et puis, il y a un magnifique film, un classique sublime, il est vrai adapté d'un bouquin extraordinaire: "Catch 22" que tout le monde devrait avoir vu une fois. Film désespérant, très drôle et très riche sur la nature humaine, c'est, dans ce que j'ai vu de Nichols, et de très loin, sa meilleure mise en scène. Un classique vraiment très beau.

 

Pour une fois le terme n'est pas galvaudé, nous sommes en présence d'un cinéaste terriblement inégal! On retrouve dans "Closer" le grand Jude Law, rayonnant de tout son éclat, comme d'habitude, Julia Roberts (beaucoup mieux que dans "Ocean's 12"), Clive Owen que je découvre avec ce film, et Natalie Portman. Tiens, un mot sur elle. Dans un des deux derniers Star Wars, films catastrophiques à tout les points de vue, elle a un scène formidable. Comme quoi tout arrive. Elle s'adresse à un groupe de sénateurs. Empruntez le dvd à votre petit cousin et regardez bien. Elle est formidable. On la sent complètement fatiguée, ruinée par ce tournage, et tout d'un coup, dans cet océan de mauvais goût et de mauvais choix qu'est ce film, le personnage disparaît et c'est la vraie Natalie Portman qui se dévoile, en pleine conscience du naufrage. C’est très impressionnant. Et c'est assez unique : un pur moment de cinéma involontaire dans un film en forme de bouse (et très arrogant en plus!). Etonnant.

 

Revenons à nos moutons. Natalie Portman croise Jude Law dans les rues grisâtres de Londres, au milieu d'une foule qui se dépêche d'aller au boulot. Coup de foudre instantané. Elle se fait renverser par une voiture. Il se précipite. Rien de grave. Ils vont à l'hôpital. Début de la vie couple et de l'histoire d'amour.

 

Plus tard (deux ou trois ans je crois), Jude Law, normalement journaliste obscur de la rubrique nécrologie d'un grand journal, sort enfin un roman, lui qui se prenait pour un écrivain raté. Son éditeur l'envoie faire des photos pour la quatrième de couverture.  La photographe c'est Julia Roberts. Conversation sur le bouquin, baiser semi-volé. Jude tombe amoureux, croit-il, de Julia. Coup de foudre. Julia est effrayée et chiffonnée car elle sait qu'il a déjà une compagne (c'est le sujet de son livre). Il veut la revoir, elle refuse. Mais Natalie Portman découvre tout de suite que c'est un coup de foudre. Elle ne dit rien. Par un concours de circonstances assez drôles, que je vous laisse découvrir en allant voir le film, Jude Law, sans le vouloir, fait se rencontrer Julia et Clive Owen. Lui est dermatologue dans un hôpital. Conversation très triviale, mais rencontre. Plus tard, Julia réussit à monter une exposition de ses photos. Tout ce petit monde se revoit. Jude est toujours amoureux de Julia. Clive et Natalie le sentent très bien. Nouvelle ellipse, on se retrouve des mois plus tard, etc...

 

On l'aura compris c'est un chassé-croisé amoureux, ou du moins sentimental assez alambiqué et donc relativement riche. Le ton est assez grave. Et sans doute assez drôle, ou plutôt ironique. Je dis sans doute car malheureusement, j'ai vu le film en VF. Doublage à la truelle, nuances à la trappe. On ressent un peu l'émotion, mais tous les dialogues charmeurs ou "drôles" deviennent théoriques. C'est vraiment dommage, notamment en ce qui concerne Clive Owen. Son personnage est plus rustre en apparence (ou plutôt son personnage est plus franc du collier), et il difficile de faire la part entre son côté lourdaud et la dérive de ses sentiments. Mais bon, c'est le destin de cinéphile illimité, et il faut bien faire avec la VF. On se laisse, en tout cas, doucement porter par cette histoire compliquée (sur le papier), où les sentiments se mêlent douloureusement, et où en toile de fond se joue la question de la lâcheté, et celle de la frustration devant l'incapacité des humains à gérer leurs émotions, des plus nobles aux plus triviales. Difficile de se sentir complètement impliqué toutefois. On essaie de faire la part, comme les personnages, entre la sincérité du sujet et sa roublardise. entre le côté Woody Allen en forme (ceci dit je n'ai pas pensé à Allen pendant le film, "Closer" étant, et ce n'est pas un mal, plus terre à terre) et le côté Ally McBeal. Lard ou cochon? Dur de tout démêler et on a un sentiment flou en sortant de la salle. Ce qui est intéressant, c'est le côté un peu crasseux ou un peu médiocre de ces personnages, et la profondeur réelle de ce qu'ils ressentent. C'est un beau sujet de film effectivement. Alors, Docteur, chronique savamment tissée ou mailles larges pour ne pas froisser le public ? Dur à dire. Je vous laisse juge. Mon impression est que Mike Nichols s'en fout légèrement, et qu'il passe un peu à côté de son sujet. Mailles trop larges donc. Mais, encore une fois, la VF est vraiment ratée ou plutôt suffisamment imprécise pour semer le doute. Vu le parti pris du film (mélanger les choses nobles et médiocres), je dois dire que je sèche un peu. Je compte sur vous, qui avez la chance d'aller voir la VO d'éventuellement jeter un oeil et de venir ici faire part de vos commentaires. Ça serait très intéressant.

 

Un exemple de ce que je viens de dire. Pendant le film, j'étais en train de me dire qu'il y avait là un contexte social sous-jacent mais crucial, très intéressant a priori. Natalie Portman stagne au bas de l'échelle sociale (avec une légère tendance à s'enfoncer un peu plus). Julia Roberts stagne en haut de l'échelle de la réussite (avec une légère tendance à grimper un peu plus haut. Clive Owen lui connaît une réussite très nette. Et Jude Law s'enfonce. Tout cela est très nuancé, mais on ne fait qu'y penser en regardant le film, sans vraiment le sentir. Foutu VF!

 

En tout cas, ce qu'on peut dire c'est qu'il y a enfin des plans moyens et des plans américains! Ouf! après avoir passé 5h30 en deux jours dans deux films où il n'y avait quasiment que des gros plans et aucun découpage, ça fait du bien à son homme (comme on dit par ici) de voir une échelle de plans plus complète, et des champs/contrechamps à peu près structurés. Ceci dit, la mise en scène n'est pas formidable, loin de là. La photo est plutôt médiocre, le cadre idem. C'est quand même peu un téléfilm. C'est plutôt dommage. Et il y a la musique (un peu) qui, pour ma part, me semble un peu insupportable et assez vulgaire. Le film est basé sur les ellipses temporelles, très tranquilles, très linéaires, sans vraiment en profiter pour donner quelque chose d'iconoclaste. Pas vraiment le fil à couper le beurre narratif! Par contre, il est vraiment agréable, surtout dans un film grand public, de voir que Nichols n'hésite pas à faire des scènes très longues. Ça, c'est vraiment bien, surtout dans le cinéma américain où prendre son temps est souvent synonyme de perdre son temps! Et puis il y a quand cette très belle fin. La "découverte" de Jude Law dans le square est une idée très naïve mais très touchante. J'aime aussi l'enchaînement avec le dernier plan "en rouge", complètement symbolique mais qui marche curieusement bien, renversant un peu la vapeur, tirant gentiment, au ralenti, le tapis sous les pieds du spectateur un peu endormi. C'est déjà ça. En tout cas, encore une fois, si vous voyez le film en VO, donnez-moi votre avis par l'intermédiaire de l'interface "commentaires"!

 

Allez. Avant de se quitter un petit jeu. Ça s'appelle le Jeu de la Crucifixion! Je vais aller au cinéma ce week-end, histoire de continuer l'amortissement masochiste de ma carte illimitée. Alors, voilà, on va faire une espèce de test. C’est vous qui allez choisir le film. Vous trouverez ci-dessous la liste des films que je peux encore voir. Vous votez pour un des films dans l'interface "commentaires" à la fin de cet article. Choisissez le film qui vous semble le meilleur ou le pire. C’est vous qui voyez. Lundi, vers 13h, je viendrai relever vos votes, et j'irai voir le film que vous aurez choisi. Et mardi matin, je ferai un article. Ok?

 

Voici la liste des films:

 

"LA MARCHE DE L'EMPEREUR" (France) de Luc Jacquet, avec les voix de Romane Bohringer et Charles Berlin.

 

"LILA DIT CA" (France) de Zia Douelle avec Mohammed jouas et Vanina Giovanni

 

"LE CHATEAU AMBULANT" (japon - VF) de Hayao Miyazaki (dessin animé).

 

"LE DERNIER TRAPPEUR" (France) de Nicolas Vannier avec Norman Winter et May Loo.

 

"L'UN RESTE, L'AUTRE PART" (France) de Claude Berri avec Daniel Auteuil et Pierre Arditi.

 

"MON ANGE" (France) de Serge Friedman avec Vanessa Paradis et Vicente Rottiers.

 

"LA CHUTE" (Allemagne - VO) de Olivier Hirschbiegel avec Bruno Ganz et Julianne Kohler.

 

Ben, ça promet. Y a que du bon, ou presque! A vous de choisir! Votez nombreux. Les plus rigoureux d'entre-vous pourront aller se renseigner sur allocine.fr pour avoir les résumés de films, etc...

 

Masochistement Vôtre,

 

Dr Devo.

 

 

 

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Samedi 29 janvier 2005 6 29 /01 /Jan /2005 00:00

Publié dans : Corpus Filmi

Chers Amis Focaliens, Chers Amis Devoïstes,

 

 

Hier, je me clouais la main droite en avouant mes sentiments envers THE AVIATOR de Martin Scorsese (une faute de frappe ayant rebaptisé le pauvre réalisateur en Martine, héhé... Martine à la Plage, Martine à la Piscine, Martine Cinéaste, Martine Bouddhiste, Martine Aviatrice, Martine Retraitée, etc...). Aujourd'hui, je me cloue l'autre main, grâce au film ALEXANDRE d'Oliver Stone. Jusqu'où n'irais-je pas pour vous !

 

 

Je ne suis pas spécialement en sympathie avec Mr Stone. En général, je n'aime pas trop ses films. Je trouve, par exemple, son très salué PLATOON extrêmement caricatural, JFK, c'est n'importe quoi, et NE UN 4 JUILLET est une horreur galactique. Soit. Par contre, il y en a deux, plus iconoclastes que j'aime bien. U-TURN d'abord, qui ne fait pas dans la dentelle, mais dont la mise en scène est plutôt expressive. Et TUEURS-NES, très belle machine lyrique, qui pédale dans la choucroute par-ci par-là, mais dont on peut saluer l'originalité. Et l'humour et la lucidité du propos. J'adore notamment ce plan dans le restaurant, où Woody Harrelson lance une hachette. La caméra la suit (comme dans LES VISITEURS, la classe, mais au ralenti et superbement réalisé) sur fond de musique classique. La hachette traverse et brise une vitre et là, la musique change pour une musique technoïde ! Sublime !

 

 

ALEXANDRE, c'est autre chose. Belle série en tout cas pour vote serviteur. Un jour THE AVIATOR, le lendemain ALEXANDRE. Non pas que je choisisse mes séances de cinéma en suivant l'ordre alphabétique ("cette semaine je vais voir les films en A...", après tout ce serait une méthode !). J'ai choisi au poids, si j'ose dire. THE AVIATOR faisait 165 minutes, et ALEXANDRE en fait 170 ! C'est donc bien mieux. Surtout que le ticket pour chacun de ses films m'a coûté 120 € ! J'y reviendrai... Deuxième point commun entre les deux très longs métrages : il s'agit encore d'un biopic et d'un film à costumes et d'un film à énorme budget ! Pas  de doute, il s'agit d'un cycle que je me suis imposé. Alors, y a t il des points communs qualitatifs entre les deux films, et faut-il, comme je le suggère dans mon article "Si j'étais président de la république : 10 mesures pour améliorer la qualité du cinéma mondial", faut-il, donc, interdire pendant deux ou trois ans les films à costumes ?

 

 

Oui, bien sûr. J'avoue que la Martine m'avait épuisé physiquement et moralement avec son histoire de gros navions psychanalitique (en gros, Howard Hughes a fait des avions gigantesques toute sa vie, parce que sa maman le savonnait dans son bain jusqu'à un âge avancé, seule idée, maigre, du film, déclinée 500 fois en 165 minutes). Epuisé aussi, à cause de l'horrible musique braillarde du film de Scorsese, véritable circonstance aggravante à mes yeux. Quand le générique d'ALEXANDRE commence, on entend les nappes synthétiques (toiles cirées en fait) de l'horrible Vangelis, et... contre toute attente, ça m'a reposé de l'orchestre walkyrie de Martine. "Enfin, un truc laid, mais reposant et un peu kitsch, moins prétentieux, je respire", me dis-je instantanément, surpris moi-même d'être soulagé pour la première fois d'entendre du Vangelis. Comme quoi, tout arrive ! Un péplum sera toujours moins prétentieux qu'un autre film à costumes, parce que ce sera toujours un peu kitsch. Evidemment, donc, ALEXANDRE est quand même plus sympathique que THE AVIATOR. Comme pour Martine, je passe sur le scénario par bonté d'âme. C'est à peu près n'importe quoi de A à Z, et à grands renforts de psychanalyse de cuisine. Le problème vient encore de la maman (Angelina Jolie, j'y reviendrai), associée aux serpents, venimeuse et perfide, et surtout bien trop proche de son fils qu'elle manipule, aime et étouffe. Alexandre, semi-rejeté par son père et castré par sa mère, décide donc de mettre les voiles et de conquérir la totalité de l'univers connu. Et surtout, enfin de le soumettre. C'est bête comme chou. A quoi ça tient, l'Histoire ?! Donc, niveau scénario, c'est n'importe quoi. Ok. Pas de problème.

 

 

Et le reste ? C'est le même syndrome que "Martine se Lave Les Mains". Plutôt que d'aider les victimes du Tsunami, je propose que nous nous cotisions pour permettre à Hollywood de se racheter un jeu d'objectifs complet. Parce que visiblement (c'est une des blagues favorites entre moi et Le Marquis, mon ami le Pape de toutes les Cinéphilies), ils n'ont que deux focales à Hollywood. Celles pour faire les gros plans et celle pour les plans rapprochés. Impossible de faire un plan moyen. Et quand on veut faire un plan d'ensemble, on est obligé de recourir aux images de synthèses. C'est très gênant, surtout quand on fait des films d'action très chers, qu'on loue des centaines de figurants, qu'on achète des centaines de chevaux, qu'on fait 300 000 costumes, et 500 000 décors et qu'on essaie de faire un film lyrique époustouflant. Beaucoup de moyens déployés, mais pas d'objectifs adéquats. Le résultat est très drôle. Voir la conquête d'Alexandre à travers la paroi de l'aquarium de son poisson rouge, c'est hilarant. Les dialogues ne cessent de nous vanter la sublimissime majesté des pays conquis, la richesse des contrées orientales, mais force est de constater que toute cette "magnificence" ressemble assez à une version luxueuse de "Au Théâtre Ce Soir". Ça fait un peu pitié. Et c'est beaucoup d'argent gâché. Et encore je ne parle pas des scènes d'actions, qui pourrait être aussi bien tournées à Dunkerque : on est tellement près des personnages, c'est tellement atomisé en micro-plans... On voit des mecs qui s'agitent sans pouvoir dire ce qu'ils font. Heureusement que la bande-son pleine de "Arrrrgh !" et de cliquetis de glaive nous renseigne sur la nature des ébats de ces valeureux guerriers. Par conséquent, pas de cadrage, pas de pertinence dans les champs/contrechamps, pas de spatialisation du décor, rythme linéaire, montage absurde et sans signification, etc. Absolument comme "Martine a des tocs".

 

 

Mais alors, lequel des deux est le meilleur ? Ben, ALEXANDRE, mais d'une courte tête. La raison en est simple. D'abord, parce qu'un péplum c'est toujours plus kitsch. Ensuite, parce que Oliver Stone, lui, filme les scènes d'actions avec de temps en temps des plans hideux, certes, mais caméra à l'épaule, ce qui lui confère une esthétique low-fi bien plus sympathique que les mouvements d'appareil prétentieux de "Martine va vous en mettre la plein la vue". Stone, au moins, ne cherche pas à faire passer sa 2cv pour une Ferrari. C'est aussi laid d'un côté comme de l'autre, mais plus sympathique chez Stone. Deuxio, les personnages dans ALEXANDRE. Tout le monde en jupette, certes, mais aussi un contexte homosexuel désopilant, fleur bleu comme du James Ivory. Alexandre et son pote s'aiment, se caressent les cheveux, se déclarent plein de belles choses, mais attention, on ne s'embrasse pas. C'est complètement absurde et assez drôle, d'avoir d'un côté des gros guerriers vaniteux, dominateurs, ambitieux, retors et sanglants, qui le soir venu, dans la tente, déclinent des sentiments amoureux bien plus chastes que n'importe quel roman Harlequin. Alexandre embrassera un gars pour rigoler, mais c'est un figurant, et c'est plus par autodérision que par sentiment. Vous comprenez bien que voir les deux héros se rouler des pelles, c'est un peu too much. Donc, c'est une princesse à forte poitrine qui se chargera de la scène d'amour. C'est très bizarre, parce que l'homosexualité des deux personnages principaux est un des points centraux du film. On en parle sans problème pendant des heures, mais attention on ne montre pas le moindre baiser. Très drôle et complètement hypocrite. Et n'allez pas croire qu'Alexandre est un grand gars viril qui aime les hommes virils. Pas du tout. Lui et son ami sont très cocos, bien au contraire. Et c'est l'un des points fort drôles du film. Colin Farrell est complètement à côté de la plaque. Ridicule de A à Z. Je l'avais vu dans MINORITY REPORT, et il était plutôt bon. Mais là... D'abord, on l'a transformé en blonde peroxydée. Horrible. Je soupçonne, à l'instar du critique de cinéma Bayon, que le coiffeur responsable de cette hideuse mise en plis, est l'homme qui a déjà teinté Tom Cruise dans ENTRETIEN AVEC UN VAMPIRE (quel film ridicule !) ou dans le récent COLLATERAL (déjà plus fréquentable). Allons tous vérifier sur le site imdb.com, et si c'est encore lui le responsable, nous lancerons une pétition ! Mais ce n’est pas tout ! Le nec plus ultra, c'est le... léger strabisme de Farrell ! Et là encore, ça ne m'avait pas sauté aux yeux, si j'ose dire, dans le Spielberg. CE TYPE LOUCHE !! Personnellement, je n'ai rien contre, mais du coup, pendant tout le film on se demande qui est ce mec tout droit sorti d'une fausse pub des Nuls. Peut-être est-ce un conseiller historique à 12,000 dollars par heure, qui a signalé à Stone que le vrai Alexandre, lui, il louchait... Allez savoir... Ce strabisme et cette splendouillette perruque blonde font de ce film un machin assez poilant...

 

 

D'autant plus que... Ben... Y a quand même Angelina Jolie. Je l'ai toujours considérée comme un monstre assoiffé de sang et une piètre actrice. Je la trouve d'une vulgarité totale. Mais pour la première fois, j'ai trouvé qu'elle avait ici sa place. Elle en fait des tonnes, et délice des délices, elle a 1 an de plus que Colin Farrell, son fils dans le film. [Ces deux-là sont moins vieux que moi! Je n’en reviens pas !] Comme Jolie a dû exiger par contrat de ne pas être trop vieillie par maquillage, c'est complètement surréaliste. En fait, j'ai eu la nette impression que Stone essayait de se dépatouiller comme il pouvait, c'est-à-dire assez mal. [Le narrateur historien avoue en fin de film, en dictant à ses scribes la biographie qu'on vient de se voir infliger : "Ils nous emmerdent ces Grands Hommes. Toujours à combattre. Qu'ils meurent avant nous et on aura la paix !"] De son coté, la production tire le film vers un remake perse de SACRE GRAAL !  C'est assez charmant.

 

 

Comme quoi, après avoir pillé la série "B", les films de série "A" commence à lorgner du côté de la série "Z". C’est une bonne nouvelle. Au fait vous vous demandez pourquoi j'ai vu ces deux films... En fait, j'ai pris une carte illimitée dans un cinéma de la ville. Pour l'instant, je n'ai vu que ces deux films... Prix de revient de la carte : un peu plus de 100 euros la séance ! Pour l'instant. Je trouve que ça valait bien le titre de cet article !

 

 

Bonjour chez Vous,

 

 

Dr Devo.

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Vendredi 28 janvier 2005 5 28 /01 /Jan /2005 00:00

Publié dans : Corpus Filmi

Chers Camarades Focaliens, Cher Martin Scorsese,

Il y a quelques jours dans mon article sur Emir Kusturica, j'évoquais le souvenir de Francis Ford Coppola, cinéaste que je qualifiais de retraité. D'autres dans mon entourage, L'ambassadeur du Néant ou Le Marquis par exemple, deux habitués de ces pages (voir leurs commentaires de mes articles, toujours pertinents), auraient dit: "J'aimais beaucoup Coppola du temps de son vivant." Interrogeons-nous un instant sur les autres occupants de la maison de retraite artistique. Coppola donc, même s'il tourne très peu. Bien. Les frères Coen, Pedro Amoldovar (retraité depuis longtemps!), Sam Raimi (moins talentueux que les autres peut-être, je vous laisse juge, mais bel exemple de "retraitariat"), Tim Burton (que je considère en retraite pour l'instant, en attendant de voir "Big Fish" pour confirmer ou infirmer mon jugement), Woody Allen... La liste est sans doute plus longue, mais voilà quelques exemples de cinéastes autrefois créatifs et iconoclastes, et qui maintenant nous servent des films en demi-teintes, sans invention, recyclant ad vitam leur fond de commerce, ou pour certains, faisant d'extraordinaires mauvais films.

 

 

Hier, je m'aventurais donc à voir le dernier Scorsese. Et le brave Martin, c'est bizarre mais c'est comme ça, je ne pense pas à lui lorsque je fais la liste des cinéastes en retraite. Bon, par pudeur, mettons de côté l'effroyable "Kundun" qui pour des raisons "politiques" me paraît assez scandaleux. Non pas dans le fond, mais dans la forme bien sûr. C'est un affreux film de propagande, la cause fut-elle bonne, et pas de ça chez moi. On n'est plus là dans le domaine du cinéma. C'est largement son pire métrage. Passons. Restons pudiques. Et, il y a eu "Gangs of New-York", pas franchement affriolant, mais dont on pouvait soupçonner que le rythme fut bien amputé par les problèmes rencontrés par Scorsese avec son producteur Miramax. Bon, admettons que ce soit ça. Il restait quand même une scène séduisante dans le film, celle où, à la faveur d'un montage alterné, Cameron Diaz essayait de fuir la ville, à mesure que les morts entravaient son chemin. Pas mal, mais un peu léger pour un film aussi long, et pour un film tout court.

 

 

Avec "The Aviator", le doute n'est plus permis. J'avais un peu peur de ce film et de son terrible film-annonce, mais, je ne m'attendais pas à ça. Quelle mouche t'a piqué, Martin? C'est simple je ne sais pas par où commencer! Je passe sur le scénario de John Logan, à qui on devait déjà le scénario de "Gladiator", mon dieu, mais aussi celui du sympathique et carré "Bats", un film de chauve-souris mutantes, si si, plutôt sympathique sans être renversant, film dans lequel on retrouve un acteur qui me paraît, pour des raisons énigmatiques, très sympa : Lou Diamond Philips (enfin sympa tant qu'on a pas revu l'horrible film qu'est "La Bamba"! Mais, ça ne fait rien je lui pardonne... Quant à justifier la raison de ce micro-éloge, je n'en sais rien. L’acteur n’est pas mauvais, certes, mais je crois que je ne peux pas m'empêcher de le considérer comme un gars super sympa! Tout cela n'est pas très rationnel, je vous l'accorde). John Logan, donc, n'est certes pas un grand faiseur, mais je passe sur le scénario. Les "biopics" ne sont vraiment pas ma tasse de thé, et il y en a très peu qui soient réussis, à part peut-être les films sublimes de Ken Russell. On passe.

 

 

Commençons par les bases, Martin. Qu'est-ce qui se passe avec ta femme et monteuse? Mme Scorsese et  toi avez des problèmes? "The Aviator", ce n’est pas bien monté du tout. Ça commence assez mal, dans la partie sur le tournage de "Hell's Angel" où il y a une affreuse coupe dans le plan, sur un travelling en plus. Et puis ça continue encore et encore pendant 165 minutes. Un simple champs/contrechamps semble te poser les pires difficultés du monde. Les dialogues sont affreusement mal découpés, d'une manière tellement naïve... J'en suis sans voix. Certes, dans 85% des films, le montage des dialogues ne va pas plus loin que le concept préhistorique :"Celui qui parle, c'est celui qui est à l'écran". Mais venant de ta part, c'est très étonnant. Et ce problème influe et est influencé, comme de bien entendu, par le problème du cadrage. Bon dieu où sont les cadrages gourmands d'antan? Ce n’est pas bien du tout, Martin. Comment est-ce possible que tu nous fasses des plans comme celui où on voit de dos Leonardo DiCaprio, avec en arrière-plan la boîte de nuit surchargée de figurants, avec les lumières qui s'allument dans la salle, avant qu'il ne s'avance. On a déjà vu ça mille fois! N'importe qui fait ça. En plus, ce plan est mal cadré, en plan rapproché, là où un petit plan moyen, en pieds tout connement, aurait été peut-être un peu plus lyrique. Certes dans la dernière partie, il y a une ou deux demi-gourmandises (le très gros plan sur l'eau par exemple) mais deux plans sur 1500 c'est pas énorme et c'est trop tard. De toute façon, ces plans ne sont tellement pas intégrés à ton projet de mise en scène que ça n'a aucun sens. Enfin, le nombre de gros plans est hallucinant. Et suivis de près par le nombre de plans rapprochés. Pas d'utilisation d'échelle de plans, donc pas de découpage "spatial", donc pas de possibilité de faire de la mise en scène ni de nuance. Comment veux-tu faire un film dans ces conditions, Martin? Mon article pourrait s'arrêter là... Mais il y a encore deux ou trois choses qui me paraissent énormes.

 

 

Je passe sur la direction artistique pour tout ce qui concerne les costumes et les décors. Ces derniers je ne les aime pas, même si je suis sûr que tu as mis un point d'honneur à tout reconstituer naïvement à l'identique (c'est toujours une très mauvaise idée), et de toute façon pour les raisons décrites dans le paragraphe précédent, on ne pouvait pas en profiter. Là où je suis encore plus surpris, c'est la photographie et l'étalonnage. Mon dieu! Je crois que c'est la pire faute de mauvais goût du film ou presque (j'y reviendrai). La copie dans laquelle j'ai vu le film n'était sûrement pas génialement tirée, certes, comme la légère teinte imperceptiblement verdâtre et trop grise le laisse supposer (mon passé de projectionniste, que veux tu!!!).  L'idée d'étalonner certaines scènes dans des teintes colorisées de l'époque (à supposer qu'alors c'était si moche que ça) est d'une laideur extrême! Et puis des fois, tu re-étalonnes de cette manière, des fois non. C'est incompréhensible. De toute façon, l'étalonnage est catégoriquement hideux. C’est même choquant dans la première demi-heure où on a l'impression que les acteurs sont maquillés au pistolet aérosol. Comme s’ils étaient en cire. Mais, c'est immonde. Vraiment pas beau. Il n'y a que très peu de plans où on retrouve une photo normale ou à peu près, et ils sont disséminés sans logique apparente. No Comprendo. Et bien sûr, tu as bourré ton film d'images de synthèse, euh pardon, de trucages numériques. Et là, mon petit pote, c'est risible! Non seulement ces scènes sont horriblement mal découpées, avec des mouvements de caméra encore plus injustifiables que dans le reste du film, mais ça me rappelle un autre film! (Avant de te dire lequel, je me demande comment tu as pu louper le plan tout simple où les avions viennent de décoller!). Ça me rappelle, très furieusement, et je dis ça sans haine, les scènes de balais volants dans le premier Harry Potter! Ou encore, mais dans une moindre mesure, l'horrible rendu des derniers Star Wars, seconde génération. Là, à ce moment précis du "dogfight", franchement Martin, j'ai ri. Le lien de parenté entre ton film et celui de Chris Columbus est évident. Un autre trucage numérique m'a frappé. Le passage ou Alec Baldwin (qui ne s’en sort pas trop mal d'ailleurs) parle avec Leonardo, à travers une porte close. Baldwin, pour énerver son concurrent, souffle à travers le trou de la serrure la fumée de sa pipe. Contrechamp, et là que vois-je? Une image de synthèse!!!!!!!!!!! J'ai rien contre le numérique (quoique...), mais là je suis abasourdi! A Hollywood, on ne sait plus filmer en photographie directe, sur le plateau, de la fumée qui sort d'un trou de serrure! Ça, c'est dur à faire?? Ce trou de serrure, Martin, est un détail noyé dans le reste. Mais je t'assure qu'il n'y a pas de meilleure image pour résumer ton film. 

 

 

Assez d'exemples. Cessez le feu. Je finirais par les acteurs. Il y en a un bon paquet, et pas mal de gens sympathique. Alan Alda, pote de ton pote de maison de retraite, Woody Allen, un  très bon acteur, et il s'en sort bien malgré son rôle. Même chose pour Alec Baldwin. John C. Reilly aussi. Et Matt Ross (l'ami ingénieur de Hughes) est vraiment très bien lui. Le seul qui surnage, je pense. Leonardo DiCaprio, n'est ni bon ni mauvais, malgré la sympathie que j'ai pour lui. Il ne joue que sur un seul mode. Quelle que soit la tension de la scène, il est identique de A à Z. Direction d'acteur? Scénario? Dur à dire. Il fait ce qu'il peut, je crois. Par contre, tous les autres, c'est n'importe quoi. J'adore Cate Blanchett, mais elle est ridicule. On se croirait à un spectacle de Laurent Gerra. Le seul plan où elle est très bien, c'est le premier (quand on la maquille sur une plage). Mais 95% de ces autres scènes sont... Comment dire? On se croirait au Saturday Night Live! Attention, roulements de tambour, Cate Blanchett va imiter Katharine Hepburn! Par exemple, moi, je n'aurais pas fait ça. Si je devais faire un film sur la vie de George Marchais, je ne demanderais pas à l'acteur principal (qui d'ailleurs? réfléchissons...),  d'imiter le vrai George Marchais. C'est complètement naïf. On n’est pas au Bébéte Show! Enfin, Martin!!! T'as réussi à faire faire... Je n'y crois pas en l'écrivant!!! Tu as transformé Cate Blanchett en Jean Roucas! Là, c'est toi le fautif, ça se voit dans la mise en scène. Tu fais prendre la pose à Blanchett, pour avoir un "effet silhouette" de la vraie Hepburn (comme par hasard, là tu retrouves la focale pour faire des plans moyens ou de demi-ensemble! Comme quoi tu ne les avais pas perdus, petit cachottier! ). Là, on met le doigt sur le vrai problème du film : l'imitation naturaliste. Au moins, la Blanchett, elle y va à fond. Ridicule et tuant à certains moments, mais elle y va à fond. Quant à Kate Beckinsale dans le rôle d'Ava Gardner... les mots me manquent, Martin. C'est l'actrice la plus fade de sa génération ou presque. Elle doit avoir un lien de parenté avec David Hemmings, comme disaient les Monty Python. Quel choix étrange... Je passe.

 

 

Bon, Martin, on va arrêter là. Salut les autres à la maison de retraite. Ne vois aucune haine dans ces lignes. Plutôt un sourire amusé, teinté de tristesse. Plus on a aimé quelqu'un, plus ce genre de déception est un peu comique. Et puis, c'est ça aussi un ami. Il fallait bien que quelqu'un te le dise. Ton film n’est vraiment pas bon, et je crois que dans quelques années, il sera peut-être culte, malheureusement, pour cette raison. Je te nomme aux Boursouflures D'or 2005, ce qui est très étonnant, car tu avais dans le passé fait des films vraiment outrés et très bons, notamment "les Nerfs à Vif" où tu n'y allais pas avec le dos du tractopelle... Mais, c'était tellement bien... Ici, il y a bien quelques éléments sympas (la musique en qualité low-fi de l'époque par exemple), vaguement, mais c'est trop peu. Et très surprenant de ta part, même si on se doutait que tu allais bientôt rejoindre les couloirs du Long Séjour.

 

 

Sans Rancune,

 

 

Dr Devo

 

 

PS: Ça n'a rien à voir mais certains d'entre vous m'ont réclamé le retour de la chanson de la semaine. Elle sera de retour lundi!

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Jeudi 27 janvier 2005 4 27 /01 /Jan /2005 00:00

Publié dans : Corpus Filmi

Chers Gens,

 

 

Grâces soient rendues à Christian Bale et à ses descendants pour 7 générations! Voilà, c'est tout!

 

 

Le héros du film "The Machinist" de Brad Anderson, dont je n'avais jamais vu un seul film, malgré la présence de "Happy Accidents" dans la dévédéthéque, est déjà largement connu de nos services. C'est un acteur rigoureux, polymorphe, original, et le croiser dans un film, même moyen, c'est toujours un plaisir. Pour ceux qui ne le connaissent pas, allez jeter un oeil sur le très beau "American Psycho". C'est un grand parmi les grands, sans conteste.

 

 

Polymorphe, certes. Mais là, Christian Bale nous tire une sacrée épine du pied, et grâce à lui, un certain type de discours sur les films et les acteurs va prendre fin de manière définitive. Halleluyah! S'il y a bien un truc que je déteste, c'est l'utilisation de performances chiffrées pour vendre un film. Brad Pacino a pris des cours de kung-fu pendant deux ans pour le rôle, Al Pitt a pris vingt-cinq kilos pour incarner le légendaire boxer, et Jean-Claude DeNiro (ça fait rêver, hein? après tout lequel est meilleur acteur : Jean-Claude ou DeNiro?) a passé six mois dans un commissariat du Bronx pour tenir son revolver dans "Le Flic de Berverly Hills 12", etc... Tout ça, on s'en fout. Encore une façon de ne pas parler de cinéma quand on parle des films, et de faire pression sur le petit cerveau de ce bête spectateur en l'obligeant à voir tel film. De la promo et rien de plus. Bob Hoskins est sublime en kidnappeur de jeunes filles pervers dans le "Voyage de Felicia", rien qu'en enfilant un imper, et Christopher Walken est encore plus terrifiant que d'habitude dans "Batman Returns" avec seulement un peu de poudre blanche sur le visage. Même Marion Cotillard est très bien dans "Innocence", ce magnifique film qui est en train de rejoindre les oubliettes de l'histoire du cinéma (et sur lequel j'ai consacré un article il y a quelques jours), après seulement deux semaines d'exploitation! Courez le voir! Marion Cotillard, l'affreuse greluche de la trilogie "Taxi"! Rendez-vous compte! Et bien, elle est très bien et en plus je suis sûr qu'elle n'a pas passé un an chez les danseurs de l'Opéra de Paris pour jouer ce rôle de prof de danse! Heureusement, tout ça, c'est fini, grâce à Christian Bale qui pulvérise tous les records et tous les compteurs. On pourra pas faire mieux, ni pousser son corps plus loin. Messieurs les distributeurs, trouvez d'autres arguments que celui de la "performance". A bon entendeur, salut!

 

 

Bien. Parlons de cinéma maintenant. "The Machinist" est un film qui... Au passage, Messieurs les Distributeurs, vous auriez pu faire un effort pour traduire le titre, non? Faîtes-nous un peu confiance, on serait allé voir le film même s'il s'était appelé "Le Machiniste". Si vous aviez appelé le film "L'ouvrier Spécialisé", j'aurais râlé, mais là quand même... "The Machinist" donc. Ça commence magnifiquement. D’ailleurs, je remarque que, parmi les films vus au cinéma ces derniers mois, il y a beaucoup de sublimes démarrages : "L'Autre Rive" (mais ça s'arrête après le générique! Voir l'article sur ce film), "Innocence" encore une fois, et ici "The Machinist". De très beaux efforts pour un résultat qui souvent vous happe dans le film de manière spectaculaire. Passons. Ça commence bien, dis-je. D'abord par écran noir, un tout petit peu trop long (7 ou 8 secondes), très anxiogène. Puis un son qui démarre avec le premier carton. Brrr... Les images qui suivent sont très belles. Christian Bale enroule un cadavre dans un tapis, puis s'approche de la fenêtre. Beau reflet et visage terrifiant. C'est qui le gars dans le plan? Ben, ça doit être Christian Bale... VOUS N'AVEZ JAMAIS VU ÇA! Le visage creusé, anémié et tuméfié, en reflet donc, et avec une chemise grise et bleue rayée. Une image concentrationnaire en pleine cité urbaine. On a très peur. Le reste de la séquence est à l'avenant, taillée au cordeau, notamment dans l'utilisation de champs et contrechamps subtils, et c'est rien de le dire, et un joli rythme. Chapeau Bas, et pour l'oeil du vrai cinéphile, le Frisson et l'Angoisse sont plus que jamais au rendez-vous.

 

 

Le personnage de Christian Bale, donc, a tué sans doute quelqu'un, l'a enroulé dans un tapis et, prés d'une zone en friche, va le jeter dans la mer. Générique et flash-back. Bale fabrique des petites pièces en fer. Il est tourneur et épouvantablement maigre. 54 kilos pour une taille très respectable. Il flotte dans ses vêtements. L'atelier dans lequel il travaille est une usine remplie de bruit, de fer et d'éclair. On reconnaît parmi ses collègues une silhouette massive alliée à une voix familière. Impressionnant collègue. J'y reviendrai. La première bobine nous présente le corps de Bale, c'est à dire une vague pellicule de peau sur beaucoup d'os. Impressionnant. On ne fera jamais mieux. Je crois que Bale est très bien soutenu par un maquillage astucieux (et peut-être par un peu de retouche numérique), mais bon, il enfonce tout le monde et de très loin. A moins de faire du snuff-movie à Hollywood, jamais acteur n'ira plus loin. Fin de la polémique. On découvre également sa vie d'insomniaque et de maniaque de la propreté, et ses deux seules liens sociaux avec le reste de l'humanité : une pute qu'il fréquente régulièrement et une serveuse de snack dans un aéroport, où il a l'habitude de boire un café et de faire semblant de manger un bout de gâteau. On oscille donc entre le visage et le corps cadavérique du héros (il note sa baisse constante de poids sur des post-it), et les scènes de travail, rythmées uniquement par l'insomnie chronique du personnage qui nous assure qu'il n'a pas dormi depuis un an! Bale semble quand même chaleureux ou plutôt sympathique avec les quelques personnages qu'il fréquente. Mais, il y a eu l'introduction, et quand un collègue énigmatique débarque dans le film, une armoire à glace chauve en santiags et qui boite, et qui joue ses scènes comme un tractopelle dans un magasin de faïences, quand ce gus débarque, le film dérive, et ce n'est que petit à petit qu'on va basculer sans raison objective dans une ambiance fantastique un peu injustifiable... Bizarre et, comme dirait l'autre, ça a quand même de la gueule.

 

 

Je n'ai pas de chance avec mes articles en ce moment. Le hasard fait que les films récemment vus ont tous une énorme part de suspense, faux-semblants et énigmes qui sont autant  de difficultés pour argumenter mon article. Ne voulant rien dévoiler, je me soumets. C'est un étrange film toutefois. On sent à trois mille kilomètres que le film sera une sorte de "machin à la Sixième sens" avec relecture et retournement du sujet. C'est annoncé très tôt dans le film. Et pourtant. L'atmosphère est très lente et surtout on ne sait pas vraiment sur quel pied danser. Ca fait déjà quelques jours que j'ai vu le film, et quand je sortais de la salle, je me disais qu'après une brillante demi-heure, le film était une sorte de ventre mou (sans et avec jeu de mots). La partie centrale me paraissait plus anonyme, plus prévisible, et plus anonymement découpée (beaucoup de gros plans et de plans rapprochés quand même). Voilà qui refroidissait un poil mon enthousiasme, surtout que la scène du train fantôme, qui fait partie de cette partie centrale molle, est un très beau morceau de bravoure. Bref, j'avais l'impression que, du point de vue de la mise en scène, ça patinait un peu dans la choucroute... et que quelques indices étaient trop vite ou trop grossièrement lâchés. Par voie de conséquence, la fin ne semblait s'enclencher que trop tardivement.

 

 

Mais, après tout, pourquoi pas. La partie centrale semble s'enliser, le film semble se bloquer. Est-ce si illogique? Pas du tout, en fait. Les Pistes sont trop rapidement lâchées? C'était annoncé. La maille devient grossière, là où elle démarrait finement? Bien sûr. Après tout, et si c'était ça le rythme du film. Laissons le respirer, et laissons son personnage tourner en rond. Exemple: l'énigmatique plan du carrefour avec le château d'eau. Gâchis? Mauvaise utilisation? Plan trivialement utilisé? Oui, sans doute. Et c'est pour moi, la force du film que de jouer avec la banalité par endroits et par la "grossièreté" des artifices de l'autre. Tout cela rend le film bancal, un peu de guingois, loin d'une machine scénaristique "parfaite", comme se veulent "Le Sixième Sens" et consorts. Le film reste un film de mise en scène, les amis, incluant dans son dispositif narratif, le désamorçage global de l'entreprise. Tout ainsi peu se mélanger et se doser, y compris certaines nuances sociales, affectives et tout bêtement psychologiques. Et puis, finalement, il y a cette fin très longue et très touchante. Si le film avait été une machine à broyer scénaristique, on serait passé à côté de l'objectif, à coté du ce sujet simple et banal. Et manichéen, comme peut l'être un dilemme enfantin. La fin, donc, malgré son aspect trop symbolique, par exemple, reflète une logique de coeur inattendue et fondée. Ça ne se joue pas à grand chose avec un certain pompiérisme, mais justement le risque est pris, et le pari gagné de belle manière.

 

 

Un petit mot sur les acteurs avant de partir! Christian Bale est sublime bien entendu. A ses côtés Jennifer Jason Leigh (quelle belle idée de coupler ces deux-là, c'est bien vu) est encore une fois épatante. Il serait temps de la faire tourner sans cesse et que les metteurs en scène pensent enfin à elle. Elle fait partie, avec Susan Sarandon et Tilda Swinton, par exemple, de ces actrices hors-catégorie, loin, très loin, devant tout le monde et pouvant absolument tout jouer. Quelle intelligence! Ici, Jennifer a un rôle assez cool, mais lors de la scène un peu plus tendue concernant son personnage, elle nous fait sauter à la figure, en quelques mots et en quelques secondes une émotion et une énergie incroyables! C'est très impressionnant. Dans le rôle du collègue handicapé (pour la deuxième fois de la même façon! Cf. "Starship Troopers"), on retrouve avec plaisir Michael Ironside. Ce type en écrase aussi de manière phénoménale. Simple, physique, sans effet, et tout en nuance. Je l'avais vu récemment dans le surprenant "Crime + Punishment" (qu'on trouve partout pour trois francs six sous en dvd), et encore une fois je suis sur les fesses! Même remarque que pour les autres: ce type est hors-catégorie et il est absolument honteux qu'on ne se serve de lui que dans des seconds rôles "arty". Cela n'est pas juste. Belle performance aussi de l'espagnole Aitana Sanchez-Gijon que je ne connaissais pas et qui est très bien (le film est un film espagnol autant qu'américain).

 

 

"The Machinist" reflète un vrai esprit de mise en scène, ou en tout cas, une vraie volonté de bien faire. On sent l'esprit d'un réalisateur impliqué et attentif dont l'intention n'est pas de nous écraser de rebondissements en rebondissements, comme le faisait par exemple le film "Old Boy". La mise en scène peut paraître plus modeste, mais elle laisse vraiment le film respirer, là où "Old Boy" justement ne proposait pas un univers particuliers, trop occupé à s'enfermer dans un story-board déjà très verrouillé. "The Machinist", c’est quand même du cinéma!

 

 

Respectueusement Vôtre,

 

 

Dr Devo.

 

 

 

 

 

 

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Lundi 24 janvier 2005 1 24 /01 /Jan /2005 00:00

Publié dans : Corpus Filmi

 

AVANT-PROPOS
Voici plus de un an et demi que j'ai écrit cet article. le Marquis est revenu sur le film, et devant l'incroyable force et pertinence de son article, je me permets de le signaler ici d'entrée de jeu. Mon article et le sien se complétent mutuellement. Pour lire l'article du Marquis:
cliquez ici!

Avec « Innocence », Dr Devo votre humble serviteur va opérer à cœur ouvert, et encore, avec des pincettes. L’article le plus dur à écrire de toute la maigre histoire de ce site, sans doute.La tâche n’est pas aisée, en effet. J’essaie à travers ces articles, et à travers de ce site, de m’adresser aussi bien aux cinéphiles hardcores qu’aux cinéphiles amateurs, et même aux cinéphiles du dimanche. Comprend qui peut et advienne que pourra. J’essaie de livrer sur chaque film quelques détails permettant de donner une idée précise sur l’ensemble, et ce sans gâcher le plaisir éventuel d’un visionnage. Et là, pour ne rien déflorer, il va falloir faire preuve d’un doigté exceptionnel. Opération à haut risque, donc pour le Dr Devo.

Lucille Hadzihallilovic donc, qu’on appellera ici Lucille pour des raisons qu’on peut comprendre aisément. Lucille est la compagne de Gaspar Noé, le réalisateur de « Carne » et « Seul Contre Tous », deux beaux chef-d’œuvres et de « Irréversible », un peu en dessous, mais très beau également, que l’on pourra voir ou revoir, maintenant que la polémique, enfin, est passée, ne serait-ce que pour vérifier la belle théorie de mon ami Le Marquis, souvent ici évoqué et qui est le pape de toutes les cinéphilies, théorie selon laquelle « Irréversible » ne se déroule pas à rebours, mais dans l’ordre. Sublime théorie. Le Marquis est un visionnaire. Lucille, elle nous avait déjà fait un premier long-métrage « La Bouche de Jean-Pierre » dont je garde un excellent souvenir. Et elle monta quand même les films de son homme, ce qui n’est pas rien.

Enfermons-nous.  Nous sommes happés très vite par un générique sublime, que je tairais ici, à l’artificialité affichée et maligne, entrecoupé de deux ou trois images. C’est très beau, l’enfouissement est immédiat. Lucille réclame une parenté avec Dario Argento et son chef-d’œuvre « Suspiria » (encore un film auquel il faut se frotter absolument, quitte à ne pas l’aimer d’ailleurs), et le film espagnol de  Victor Erice « L’Esprit de la Ruche » que je n’ai pas vu, mais donc Le Marquis assure que c’est un film éblouissant. On comprend ce désir de famille et pourtant, « Innocence » ce n’est qu’un cousin éloigné, voir très éloigné de ses deux modèles.

Marchons à pas feutrés. Une sorte d’internat pour jeunes filles, dans un parc, dans la forêt. Dans le parc, 5 maisons. Dans chaque maison, cinq petites filles, âgées de 7 à 11 ans environ. Chaque fille prend sous son aile celle qui est immédiatement moins âgée. La plus vieille veille à l’intendance de la maison et au respect des règles strictes et sévèrement punies, dit-on, en cas d’infraction, règles dont l’apprentissage se fait toujours par initiation progressive et pratique, de manière descendante, toujours de la plus âgée vers la plus jeune. Enfin, un sixième bâtiment où les petites filles ont classe. Deux professeurs, deux femmes, âgées de 30 ans ou un peu moins. Avec au programme zoologie et danse. C’est tout. Interdiction formelle de sortir du parc. Les filles ne voient donc personne, exceptées leurs deux maîtresses et une vieille servante par maison qui leur fait à manger.

Lucille utilise un procédé cher à son compagnon : le cinémascope (format 2.35), tourné en 16mm, puis gonflé en 35mm. Mais, la photographie diffère assez nettement de « Seul Contre Tous », et ça granule joliment. Bravo.  Les plans sont très cadrés, léchouillés même. Certains sont à couper le souffle. On retiendra notamment : le bûcher, le premier plan de Hoola-Hoop (avec cette petite fille un peu ronde qui arrive à sourire de manière effarante en même temps). Et le superbe jeu de lumière dans la scène du wagon. C’est décidément très beau. On croit voir une sorte de Jeunet et Caro à la sauce expérimentale ou underground, ou, justement, un décalque austère de Argento. Et pourtant. C’est carrément autre chose.

Léchouillé, léchouillé, c’est vite dit. Quelque chose flotte dans ce film. La logique implacable de la composition semble nous décevoir. En fait, le film n’a de cesse que de nous prendre à contre-pieds,  en loucedé. En sous-marin. Le jeu des petites actrices, par exemple. Impressionnant à certains moments et lecture pénible du texte, et de mémoire, à d’autres. Que se passe-t-il ? Ça tangue. Voilà ce qui se passe. Les scènes avec les adultes justement. Ça cloche aussi. Les fillettes sont complètement déconcentrées, certaines semblent même regarder les techniciens derrière la caméra. Et il y a ce choix des actrices adultes. Je ne suis pas grand fan de Marion Cotillard. Quant à Hélène de Fougerolles, le moindre que l’on puisse dire c’est qu’elle n’a pas eu de rôle digne de ce nom à se mettre sous la dent. D’ailleurs leurs premières scènes respectives font largement craindre le pire, avec mention spéciale pour De Fougerolles, en complète récitation, molle et mal assurée, à l’image des petites. Mais le même processus  semble à l’œuvre comme je l’ai dit avec les fillettes. Le doute s’installe donc. L’avenir ne me donne pas tort. Patience. Si ça fait bizarre, c’est que ça tangue.

Rien ne semble complètement marcher. La machine verrouillée de la première bobine était-elle vraiment ce qu’on croyait. Ce cadrage surcomposé est-il vraiment la règle ? Peut-être faut-il chercher ailleurs. Le film se dévoilera-t-il ? Le mystère sera-t-il éclairci ? La révélation est-elle proche ? Non, non, non et non. Et Oui. Dans le même temps. Au fil de la projection,  il est clair que nous n’aurons pas un film à costume.   Drame psychologique ? Conte ? Métaphore sociale ?  Film fantastique ? Film baroque ? Film d’horreur ? Giallo ? Thriller ? Non. Rien de tout cela. Lucille utiliserait peut-être les accidents du film. Et si le choix des prises n’était pas forcément celui des bonnes prises ? La piste est bonne.  La tentation, un peu indigne, que nous avions de lier parenté avec Jeunet-Caro est définitivement détruite. « Innocence » n’est pas verrouillé. Il respire. Suivons les indices qui, pour une fois, nous viennent non pas de la mise en scène mais du jeu d’acteur. Tentons même une comparaison ou plutôt lançons une analogie.  Et si le film nous rappelait la froideur des constructions de Greenaway dont les points de fuite hors-cadre nous font bouillonner. [On se calme, là ! Je ne compare pas…  Une analogie, j’ai dit.]  C’est cela. C’est mieux. L’accord que nous cherchons se résout en deux notes. Primo, l’absence de pathos. Pas d’identification possible, et sans doute pas de cris, pas de joie, pas larmes. Rien que l’enfer-me-ment (s’ils ne m’embauchent pas à Télérama, je ne comprends pas. Je fais des efforts.) froid d’un système omnipotent et à peine absurde. Pas d’effet « Choristes » en sorte. Et Ciao, les belle gueules émouvantes. Deuxio, la distance entre nous et l’objet, jadis narrée par le philosophe, et ici reprise par la poète. A chaque pas, la distance qui nous sépare de l’objet est réduite de moitié, mais c’est insuffisant, et le film fatalement nous échappe. Toutes les attentes ne seront qu’à moitié satisfaites, et donc au final toutes déçues, que ce soit, comme nous l’avions présagé, au niveau des thèmes, du genre, du jeu d’acteur, de la mise en scène… Aucune justification ne tient. Juste la froideur du tapis qui s'échappe sous nos pieds (ça, c’est pour être pris aux Cahiers… Ou à Positif à la rigueur). Un exemple ? Bien sûr. La scène de la barque. T’as pleuré ? Non. T’as eu peur ? Non. T’as été scotché ? Non. T’as été bouleversé ? Non. T’as vu la Mort ? Non. T’as été triste ... ? Hein, t’as été triste ?  T’as été laminé ? Hein ? Tu la sens la mise en scène qui remonte… Sans synthétiseur, en plus. Les extrêmes se rejoignent. Merci Lucille, et bien sûr, merci Bernard.

Le film est un Précieux, comme dirait l’autre, qui dénature tout et tout le monde. Il n’est pas seulement inclassable. Il se dérobe surtout constamment. Se grippe et avance en même temps, et nous impose ses arythmies. Que se passe-t-il ? Le film nous donne une leçon : il respire ! Et derrière cette volonté froide, mais pas sans émotion, on ressent, au final une belle volonté de détruire le cinéma. En prenant le risque de devenir un non-objet, ou plutôt un objet non identifiable, Lucille détruit ses propres règles, mais qu’à moitié,  de la même manière que [spéciale dédicace à L’institut Drahomira : www.institutdrahomira.com ] Robbe-Grillet ou Duras construisent des machines sérielles et rigoureuses, en prenant soin, dans le même mouvement, de laisser apparaître l’échafaudage derrière ces monuments en trompe l’œil, en prenant soin de laisser apparent le détail absurde qui contredit et compromet toute l’œuvre. Ce détail qui compromet et fonde la personnalité du tout. C’est cela, je pense que n’avait pas compris, le récent film « Tropical Malady », dont un autre de mes amis, Le Professeur S.G, disait fort joliment qu’on y retrouvait la tentation de l’écran noir de Duras.  Mais dans la deuxième partie de ce film asiatique et bizarrement tarantinien, point de contradiction fondatrice, point d’échafaudage, et au final, il ne se passait rien. Le film était mort avant d’avoir existé. CQFD. [C’est très bizarre d’ailleurs, car dans la première partie de « Tropical Malady », le film parvenait à montrer son « échafaudage » absurde, à travers ces fabuleux petits travellings interrompus. Passons.] Il faut saluer, bien sûr, ce pari de mise en scène, cette volonté de mener le film à son « terme ». Position courageuse au possible. Lucille sait sans doute que son film ne pourra satisfaire personne. Les spectateurs des salles art et essai n’y trouveront pas leur compte, c’est sûr. Le grand public, qui aime bien Jeunet et sa jolie facture non plus, bien sûr. Le film, dès sa deuxième semaine, n’aura plus que deux séances par jour (14h et 22h, sauf le samedi). Mais ne boudons pas le miracle. « Innocence » porte bien son titre, il va au casse-pipe, comme d’autre vont faire un tour en barque, mais il existe. Et un film avec autant de travail sur le sens, la construction, l’image et le son (que j’omets dans cet article mais c’est un festival discret : coupes au plans, liaisons absurdes (son de l’horloge), timbres sourds, etc…) est déjà un miracle dans la production française. Il faut le saluer comme tel.

Et ceux qui tenteront l’expérience, transporteront pendant de longs jours, bien après la séance, le rythme de ces danses enfantines, à la fois très chorégraphié et complètement déglingué.

Absolument Vôtre,

Dr Devo.

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Mercredi 19 janvier 2005 3 19 /01 /Jan /2005 00:00

Publié dans : Corpus Filmi

 (photo originale tirée du dernier album du groupe Der Plan: "Die Verschwörung". Remixé par Dr Devo)

 

 

Chers Etres Humains, Chères Etres Humaines,

 

 

 

Deuxième incursion sur les terres de Fassbinder. Terres brûlées pourrait-on dire, tant le cinéma de Fassbinder, même s'il est respecté à juste titre, n'a laissé et ne laisse aucune influence dans le cinéma européen. Utilisation des moyens (souvent du bord), économie du rythme et du montage, et même direction d'acteurs, aucune de ses leçons, dont je parlais dans mon article sur "Maman Küsters s'en va au ciel", ne semble avoir été suivie d'effets, et l'esthétique actuelle des films dits "art et essai" européens semble pour le moins démissionnaire. Mais, cessons de pleurnicher. Passons.

 

Maria Braun (Hanna Shygulla) est une jeune femme au destin banal et tourmenté. Mariée à Hermann, on ne peut pas dire qu'elle ait véritablement pu en profiter. Deux jours après, Hermann part à la guerre. Très court dimanche de fiançailles. Le film démarre à la fin de la guerre. L'Allemagne est dévastée et miséreuse. Les hommes sont tous encore au front. Comme plusieurs autres épouses sans nouvelles de leur mari, Maria se ballade dans la gare à chaque arrivée de train avec une pancarte sur le dos, pancarte où figurent le nom et la photo de Hermann. Espoir improbable qu'un compagnon de guerre de son mari reconnaisse la photo et donne enfin des nouvelles du disparu virtuel. Quand elle n'est pas à la gare, Maria fait comme tout le monde. Elle troque quelques objets contre de la nourriture, deux cigarettes ou quelques patates. La misère, je vous dis. Les GIs américain sont déjà là, et Maria, fidèle à son mari dans l'épreuve de son absence, finit, non pas par se résigner, mais par réfléchir à sa situation embourbée. Puisque la société est minée par la pauvreté et la destruction, profitons de la situation pour améliorer un chouïa le quotidien. Elle sera hôtesse dans un bar à GIs. "Et tâche au moins de te faire offrir une paire de nouveaux bas", lui lance sa mère. Maria rencontre Bill. Ils ont une liaison. Elle tombe même enceinte. Un ami de la famille revient du front et annonce à Maria la mort de son mari Hermann. Mais, un beau jour si on peut dire, Hermann revient et surprend le soldat américain et noir au lit avec Maria. Une vague tentative de bagarre a lieu entre les deux hommes. Sans succès. Mais Maria assomme Bill avec une bouteille et le tue. Hermann endosse le crime et va en prison. Maria s'attachera alors, dans une sorte de fidélité absurde à son mari, à user de son physique et de son sens de la psychologie, si on peut dire, pour séduire. Ce qu'elle ne tarde pas à faire, dans les bras d'un grand patron d'une usine textile, dont elle devient immédiatement la maîtresse et la conseillère...

 

Dure et étrange destinée que celle de Maria. C'est d'abord une femme forte, utilisant complètement le délabrement d'une Allemagne qui commence juste à se reconstruire, mais sur un tas de cendre tellement énorme que tout parait absurde et miséreux. Maria monte dans l'échelle sociale à mesure que l'Allemagne renaît. Il reste beaucoup de femmes sur le carreau et peu d'hommes, après cette guerre. Etre femme est donc une opportunité en même temps qu'une faiblesse. Il faut savoir l'utiliser. Le coeur y est souvent, mais le but à atteindre est un peu flou et inéluctable, étrange paradoxe. Que ce soit dans la rue en troquant quelques morceaux de bois délabrés qui serviront à se chauffer contre un demi-paquet de cigarettes, ou que ce soit à la direction d'une grande usine de textile, Maria fait finalement la même chose. Elle se troque elle-même contre un peu de bien matériel. C'est ça ou la misère. Il n'y pas le choix, et on ne peut blâmer personne. La débrouillardise des temps de guerre continue pendant la reconstruction. Le troc continue et devient une fin en soi sans qu'on puisse s'en apercevoir. La lutte pour survivre est inscrite à tout jamais dans le destin de la femme allemande qui doit bien se débrouiller pendant que les maris se font faucher au champ de bataille, évidement lointain et hors champ. Quand on a manqué de tout, on accumule jusqu'à la fin de sa vie, trop heureux d'avoir quelque chose à se mettre sous la dent. Maria transporte la guerre avec elle. La société allemande (elle aussi complètement hors champ, quelle finesse!) renaîtra, mais pour Maria il est sans doute déjà trop tard. C'est une survivante, avec toute la cruauté que cela impose.

 

Fassbinder est vraiment un type hors norme. Son sujet est complètement ambigu. Peu de justifications et pas d'analyse sociale ou psychologique, malgré ce que pourrait laisser penser le début du film qui démarre comme un mélo étrange. Fassbinder, comme tous les Grands, a compris que son film est d'abord de la mise en scène. Et là, ça ne rigole pas et ça n'arrête pas. La guerre et les hommes sont absents de l'image. La vie et les décors sont complètement claustrophobiques et desespérés. Les rares scènes de foule (à la gare quand Maria cherche son mari) sont extrêmement chaotiques et bouleversent toute tentative de montage  ou d'exploitation de l'échelle de plans. Puis, c'est un montage un peu absurde, où le champ et le contrechamp ne semble plus se répondrent et où les axes de prise de vue semblent faussés (superbe scène de l'achat de la robe). Tout cela finit par se stabiliser bien sûr, mais sans qu'on puisse en profiter, car le montage, même si le rythme des images n'est pas hystérique, semble complètement fou et syncopé. Une sorte d'arythmie, pourrait-on dire, qui nous empêche de reprendre notre souffle ou nos esprits. Et le plus étonnant est sans doute l'utilisation de l'ellipse, constante et à tous les niveaux, que ce soit sur le plan narratif ou dans la mise en scène. On ne s'aperçoit pas de l'évolution sociale de Maria. Où plutôt on ne s'en aperçoit que lorsque que tel ou tel changement  a déjà eu lieu, lorsque Maria est déjà au stade suivant de son évolution. De la même manière, on ne peut que subir et deviner le changement des sentiments de Maria. Et de la même manière, on ne peut pas se rendre compte de la reconstruction en marche de l'Allemagne. Arythmie et ellipse nous plongent dans un monde fulgurant et figé à la fois, dans un chaos permanent mais banal, dans une hystérie froide et quotidienne. Le spectateur assiste à cet envol ou à cette chute (dur à dire), sans pouvoir l'expliquer ou la détailler, parce qu'il est happé dans cette mise en scène "concrète". Cette Allemagne de la survie nous paraît lointaine, et ses signaux sont comme la lumière provenant des étoiles éloignées : incomplète et en différé.

 

La fable est cruelle. Cette Maria qui semblait proche s'éloigne à chaque scène. Rien n'est vraiment justifiable ou non. Rien n'est analysable. On ne peut juger rien. La mise en scène nous a proprement atomisés, en nous plongeant dans une narration qu'on pourrait presque qualifier de fantastique. L'impact est foudroyant et on reste au final abasourdi en se disant que le film qui vient se dérouler était peut-être bien un film d'horreur.

 

Le casting est à l'avenant: formidable. Mention spéciale pour Hark Bohm dans le rôle du comptable.

 

Drastiquement Vôtre,

 

Dr Devo

 

 

 

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Lundi 17 janvier 2005 1 17 /01 /Jan /2005 00:00

Publié dans : Corpus Filmi

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