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[Photo : "Un prophète" par Norman Bates.]









C’est l’Amérique, c’est aujourd’hui : spider man est soldat en Afghanistan, marié à Nathalie Portman et père de deux filles aux USA. Il mène sa vie tranquillement entre le front et la cuisine, jusqu'à ce qu’il meure dans un accident d’hélicoptère. A la maison tout le monde est sous le choc, sauf son père militaire, fier que son fils soit mort pour la patrie, un vrai héros, pas comme son autre fils Ghylenhaal (aucune idée de l’orthographe) ex taulard et glandeur. C’est pourtant bien lui qui va s’immiscer dans la vie de padmé, pardon, Nathalie Portman, pour l’aider à surmonter le choc et s’occuper des enfants. Petit à petit, les relations entre Ghylenhaal et Portman se transforment en mini romance sur le mode « refaire sa vie et sa cuisine de A à Z ». La cuisine refaite à neuf, spider man revient sur un coup de théâtre, oui mais la guerre l’a transformé et son frère est mieux gaulé, que va donc faire padmé, pardon Nathalie, pour concilier vie de famille épanouie et patriotisme effréné ?


Remake d’un film danois que personne n’a vu, BROTHERS déroule son scope dans les plaines de l’Afghanistan et dans les cuisines américaines pour acter une fois pour toute que la cuisine américaine régit le monde. A double tranchant cette constatation est valable en sens inverse : les échos des combats et des tortures au moyen orient viennent bousculer le train train de l’Amérique bien profonde, et ce jusqu'à l’agencement de ces mêmes cuisines. Le mobilier domestique et l’électroménager se changent au gré des turpitudes dans les tunnels poussiéreux de pays en guerre, les histoires d’amour sont marquées du sceaux des razzias en hélico au soleil couchant. Rien de bien nouveau sous le soleil, c’était déjà le cas du temps de Racine et de Betrand Cantat, les grandes tragédies grecques ou les amoureux se déclaraient leurs flammes en alexandrins avant de succomber face à la cruauté du monde. Ici trêve d’Alexandrins, place à U2 et a la pop musique larmoyante quand plus personne n’est la pour amener les gosses bouffer des glaces au McDo à cause de la politique martiale de la droite américaine et où l’on oublie un mari mort grâce à un nouveau lave vaisselle (plus silencieux).  Les thèmes restent les mêmes depuis le crépuscule de l’humanité, l’amour et la guerre comme enjeux de la tragédie intime, avec les sempiternelles variations sur la capacité de l’homme à survivre à l’horreur, avec toutefois en extra ce que jadis Racine évoquait tout bas : les problèmes d’érections et les snuffs movie afghans.


Ou mène la folie des hommes ? Alors que spider man aurait pu trouver un boulot tranquille dans l’informatique et combler le manque de piment de la vie moderne en allant à la chasse le week end et en regardant du porno en cachette sur le net, il préfère les combats acharnés et la torture sur les champs de batailles en laissant sa meuf et sa cuisine dans les mains de son frangin. Même ses propres  gosses  préfèrent « l’oncle Tommy » à spider man, papa à temps partiel dont les blagues de militaires ne trouvent pas écho chez les civils de la middle class. Partant du principe établis chez les marines que les psychologues sont des charlatans, les problèmes se règlent au combat comme à la maison avec des armes à feu et des barres en fer, quelqu’en soit la cause. Ce principe appliqué à padmé amidala et à son électroménager va provoquer un éloignement entre les jeunes amoureux, et la fin du film verra la cuisine démolie comme monde pour demain.


Le scope est ma foi fort joli, y’a des moyens derrière on n’est pas à la FEMIS. Techniquement c’est plutôt réussi, malheureusement cette belle facture n’est jamais propice à une ambition esthétique autre que de foutre du U2 pendant que quelqu’un pleure à l’écran, soit environ la moitié du film. L’autre moitié est composée d’hélicoptères et de figurants très dociles qui courent en rythme dans le désert en gueulant qu’ils vont tuer des barbus. Le tout bien sûr dans un montage bien linéaire et alterné, avec autant de subtilité et de nuances qu’un char d’assaut dans les rues de Téhéran. Il n’y a pas de rythme, tout semble se dérouler sur les mêmes tonalités un peu faciles, que du déjà vu compilé sans talent ni grâce. Ultra prévisible dans la mise en scène comme dans le propos, pas grand-chose ne frappe ni n’ébahit : il y a peut être juste une scène ou plane le malaise lorsque spider man s’énerve un peu en rangeant la vaisselle, mais Maguire en fait des caisses (comme tout le monde dans le casting d’ailleurs) et ca tourne à la farce, avec hurlements, roulements de yeux et tout le tralala, là-dessus insert sur le visage de padmé en pleurs puis sur les enfants, n’en jetez plus la coupe et pleine.


La fin ! Mon dieu ! On s’attendrait presque à ce que padmé laisse tomber le pauvre spider man devenu une sorte de Eastwood dans LE MAITRE DE GUERRE (rien à voir), mais c’était sans compter sur U2 et les phrases à l’emporte pièce « on s’aime depuis qu’on a 16 ans, on ne va pas se quitter comme ca » ben tiens pauvre cruche, dans le monde réel il me semble que c’est pourtant le cas quand on épouse une pompom girl à 18 ans et que l’on découvre que son mari tient plus de Richard Nixon que de Justin Timberlake. Non là totale incompréhension, Ghylenhaal le gentil bad guy sexy se la colle derrière l’oreille  pendant que padmé embrasse Chuck Norris sur le parking du commissariat, en avant la musique, tout et bien qui finit bien.


Surement qu’en rentrant chez eux, padmé ira border les enfants qui se réveilleront vingt ans plus tard dans la même chambre avec un père mort au combat, une mère alcoolique et qu’ils verront par la fenêtre de la cuisine refaite une énième fois que les perspectives de l’homme s’étendent jusqu'à l’infini.  



 

 

Norman Bates.

 

 

 

 

 

 


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Dimanche 7 février 2010 7 07 /02 /Fév /2010 20:42

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[Photo : "Vivement la coupe du monde" par Norman Bates d'après Wooder Glove de The Bitters.]










Au début du film, George Clooney dans un avion déclare que la vie est plus belle quand on est à deux, ensuite George Clooney boit un café dans le ciel avec John Malkovitch, What Else ?,  une mère de famille dit qu'en ville on ne voit plus les étoiles, le public retient son souffle puis, Georges Clooney interroge une chèvre sur ses agissements en Irak. Heureusement le crédit agricole pense aux jeunes, tout le monde est rassuré et la lumière se rallume. On a eu chaud.

 

 



Amérique du Nord. Au milieu de paysages post-apocalyptiques grisâtres rode une silhouette déterminée qui fait inlassablement route vers l'ouest. Il marche seul, chassant de quoi se nourrir, dormant dans des ruines, toujours aux aguets. Il faut dire que les rares survivants se sont organisés en bandes ultra violentes qui violent et pillent sans répit les plus faibles. Cette mystérieuse silhouette pourtant semble étrangère à tout cela, ne cherchant que de quoi continuer sa route, inexorablement vers l'ouest. Dans ce monde sans merci, personne ne semble en mesure de l'arrêter : la route est jonchée de nombreux cadavres qui attestent de sa maitrise du combat rapproché. La route aurait pu continuer comme cela longtemps si Denzel Washington n'avait pas rencontré sur son chemin Gary Oldman, chef de la plus puissante bande du pays et bien déterminer à remuer ciel et terre pour mettre la main sur un livre auquel la légende prête bien des pouvoirs. Persuadé que Denzel Washington à le livre en sa possession, Gary Oldman (pourquoi je pense à Sardou ?) va tout faire pour le stopper et récupérer le livre d'Eli. C'est sans compter sur sa fille, la belle Mila Kunis, qui en pleine crise d'adolescente décide de suivre Denzel dans son mystérieux voyage....

 

 


Dans un premier verset, dédié à la poussière et à la solitude, sur LA ROUTE encore, bis repetitae, photo quasi identique d'une Amérique plongée dans la grisouille et la soupe aux cailloux à tout les repas, errance au milieu de l'ultra violence et de la loi du plus fort, avec cette fois ci la reconquête de la spiritualité et du pouvoir comme but, avec à la clé la perpétuation du savoir. Denzel Washington est un super guerrier mystique qui récite l'ancien testament dans le texte avant d'éviscérer en deux mouvements cinquante motards barbus sur une musique électro-industrielle, avec lunettes de soleil Rayban et regard vitreux. Le soleil à brulé la terre, donc chaque personnage fait étalage d'une panoplie optique à faire pâlir Ray Charles qui fait passer le film pour un défilé de mode qui aurait eu pour thème MAD MAX. Positions ultra clinquantes, direction artistique iconoclaste qui cadre l'enfer comme une pub Hugo Boss, bande-son allant du contemplatif mystique à la rave partie bavaroise, dialogues mêlant la Bible et Bruce Willis, LE LIVRE D'ELI est un film assez déroutant oscillant entre le pur "actionner" et le film d'intello à thèse. La première partie est pourtant plutôt réussie, dans son dépouillement salvateur comme dans l'impression constante de ne pas savoir ou le film nous emmène, en oscillant doucement entre la contemplation des dernières limbes d'humanité et le cheminement bien assuré d'un héros solitaire et charismatique style vieux cowboy à qui on ne la fait pas. Le cadre et la photo sont plutôt jolis, l'échelle de plan joue avec les vides immenses et les petites cachettes dérisoires, manière de minimiser l'empreinte de l'homme dans un film qui travaille la métaphysique autant que le physique. C'est la rencontre avec Tom Waits, puis Gary Oldman (ca doit être à cause de Goldman) qui transforme peu à peu le film en road movie dégénéré comme pouvait l'être MAD MAX, sans toutefois jamais parvenir à trouver ses deux pieds, un peu en manque de rythme et dans une mise en scène qui petit à petit perd de son charme. Il y a toujours de belles choses et Mila Kunis a toujours de beaux yeux, comme cette scène dans la lumière d'une centrale nucléaire bien trop biblique pour être honnête, symbolique à l'outrance et du coup assez touchante. Petit à petit, les scènes de bastons deviennent plus anecdotiques, on regrette un peu la concision du début et ce combat dans l'ombre assez surprenant. Surtout, et plus grave, on retourne en terrain connu : il y a un grand méchant identifié, on connait le but d'Eli, on devine celui de Kunis, bref on voit arriver la fin à grand pas. Sauf que...


Dans un deuxième verset, dédié aux hommes et à leurs quêtes, la fin trèès longue révèle une succession de retournements scénaristiques rédhibitoires, voire carrément ridicules quand il s'agit de l'entrée en scène de Malcolm McDowell (!) ou du coming out de Mila Kunis. La parole se joint au verbe, et les dialogues prennent tout l'espace sonore. Les récits religieux, les mythes séculaires, l'art et la culture réapparaissent par petites touches, alors que le prophète se meurt. Toute l'envergure du récit trouve sa justification : l'arrivée du nouveau prophète, la souffrance christique, la vue du vieux sage, la valeur du texte et le nouveau monde. Dans un récit construit de cercle en cercle, sorte d'adaptation de l'enfer de Dante mais en version biblique, en commençant par la solitude et la souffrance, en montant progressivement parmi les hommes puis en allant jusqu'à l'amour, le tout relié par l'ipod et son casque (symbole circulaire aussi) comme témoin pour continuer le job (sans livre, huhu!). Puisqu’on en parle, le passage du témoin (dans une scène splendouillette) se voudrait être une issue positive : dans un monde reconstruit il faudrait garder les mêmes croyances, mais en les vivants différemment, dans le partage et la communion, comme guide pour avancer plutôt que comme asservissement pour les faibles. Certes. Le fait que le flambeau soit repris par une femme se veut aussi vecteur d'une modernité, ou plutôt une promesse de reconnaissance pour les temps qui viennent. C’est sympa de leur part de penser à nous comme ca, mais je pense plutôt que ce ne soit juste le prélude à un nouveau film...

 


Dans un dernier verset, le cercle final de l'enfer coïncide avec le premier cercle du paradis : las de tourner en rond, les hommes réinventent la roue et reprennent la route, seuls car les choses les plus importantes se font seules. C'est justement à ce point de convergence unique qu'il fallait arriver : l'enfer devient le paradis car Georges Clooney devient Eli, un prophète qui a renoncé a tout et en particulier aux hommes, car les basses inclinaisons voudraient qu'on vive ensemble alors que le sacré appelle au célibat, à s'élever de sa condition non pas pour dominer les larves mais pour se faire l'égal de Dieu, un chemin de puissance avec un but surhumain. En cela LE LIVRE D'ELI se trouve au confluent de tous les mythes et toutes les religions, soit s'interroger sur les buts et les aspirations du monde pour en faire un lieu enfin vivable, dénué d'obstacles matériels et de pulsions physiques, où il ne s'agit plus de vivre en paix avec les autres, il s'agit de vivre en paix sans les autres. Aveugle sur la terre, mais omniscient dans les idées. Rater sa vie serait refaire la route à l'envers, et nul besoin d'être Georges Clooney pour savoir qu'il y a urgence (huhu!) à déblayer le chemin. Vous voyez qu’on gravite en cercle : on revient à Clooney. CQFD.





 

Norman Bates.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Jeudi 28 janvier 2010 4 28 /01 /Jan /2010 20:48

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Michael Cera s’est fait larguer et vit prostré dans la chambre qu’il occupe chez ses parents, dans une banlieue minable de New York. Ce soir, ses deux potes homos veulent qu’il reprenne sa place dans le petit groupe de rock pourri qu’ils forment pour faire un concert dans un bar branchouille de New York, ce afin qu’il reprenne goût à la vie et qu’il oublie une bonne fois pour toute son ex-petite amie débile mais canon, à qui il continue d’envoyer régulièrement des superbes cd-audios qu’il a gravé lui-même, compilant et résumant ses découvertes musicales pop rock dégoulinantes et insipides du moment, le tout entrecoupé de messages d’amour pleurnichards à une ex qui en a manifestement rien a foutre, puisqu’elle sort avec le capitaine de l’équipe de base ball et tient justement ils sont là ce soir au concert, quelle coïncidence, New York est si petit ! Après nous avoir infligé quelques minutes de concert live de son groupe de chie, visiblement fatigué par l’exercice et décontenancé par la présence de son ex, ce pauvre Michael Cera qui ne boit pas d’alcool se réfugie dans le coca cola, et c’est à ce moment là que lui tombe dessus une copine de son ex, vous savez la grosse moche qui traine avec des jolies filles en  jalousant secrètement leurs petits amis trop mignooooonnns et qui en l’occurrence écoutait secrètement et avec amour les compils préparés pour l’autre (celle qui est bonne),  donc je disais cette fille moche lui tombe dessus, ses potes homos l’encourage et la coache pour qu’elle finisse la soirée avec lui, en lui conseillant par exemple un nouveau soutien gorge (c’est bien connu les homos sont des spécialistes de la mode) qui lui donnera l’impression, je cite, "d’avoir deux seins" (sic !). A ce moment du métrage, il me parait fort opportun de faire un point sur la mise en scène. Voilà, ce point étant fait, nous pouvons continuer en nous intéressant maintenant à ce qu’il se passe non pas à l’arrière des berlines, mais à l’avant de la voiture de la fille plus si moche depuis que des gays lui ont refait sa garde robe, et qui en plus s’avère être une fille de, héritière d’une famille juive (donc riche) impliquée dans la construction d’un tunnel secret New York-Téhéran et d’un studio de musique produisant la même merde que celle présente  dans les playlist de l’ipod de tout les connards comme Michael Cera, et aussi de la fille en question car, deux ex machina, ils ont la même playlist !! Nous voila donc à la scène de la révélation de l’amour : nous avons la même chose dans nos ipod, nous sommes compatibles musicalement, donc faisons des gosses et marions nous, fusionnons nos ipod et soyons fous synchronisons nos iphone ! C’est tellement rare de trouver deux personnes ayant les mêmes goûts musicaux, alors quand elles sont toutes les deux célibataires, let’s make a deal ! Dis moi ce que tu as dans ton ipod, je te dirais qui tu es (un critique de Télérama à utilisé le mot "émouvant" pour qualifier ce film). Nous voila au cœur de tout les problèmes, de ce qui cristallise les intérêts du monde occidental : trouver un boulot et une femme ayant les mêmes gout, qui sont en fait ceux de tout le monde libre, de toute personne en mesure d’écouter a longueur de temps de la merde préformatée servant dans la foulée à illustrer la pub pour sa future voiture ou son mac de chie, abreuvant nombre de myspace et autres réseaux de partages culturels accessibles par smartphone. Dans un monde où les sentiments doivent naître comme les nouveaux talents de la musique, c'est-à-dire le plus rapidement possible, établis puis oubliés pour laisser place à de la simili-merde coiffée différemment qui plait tout de suite et lasse dix minutes après, comme des postures éphémères qu’il faut consommer tant que c’est chaud, puis bruler ensuite. L’amour par texto ou comment désacraliser le désir et la séduction en conjuguant pauvreté formelle et rapidité d’exécution, entre deux clips vidéos trouver le temps d’un "je t’aime", ou entre deux jambes le plaisir d’une ou deux minutes, non surtaxées. Michael Cera est bien évidemment le petit con de service, celui que l’on déteste dès la première minute avec ses gimmicks de premier de la classe tout le temps à se plaindre, alors même qu’il a la chance et la possibilité de mettre en action des mécanismes à même de l’extirper du marasme ambiant dans lequel il évolue (une des personnage du film est définie par le fait qu’elle vomit toujours au même endroit lorsqu’elle est bourrée, parcourant s’il le faut des kilomètres a pieds, comme un oiseau migrateur, style oie sauvage : honnêtement je crois que c’est le personnage le moins prévisible du film) mais dont il ne s’extirpe jamais, il tombe dans les bras de l’autre fausse moche sur maquillée et riche, et sans doute qu’une fois grands ils auront  JUNO comme fille, une sorte d’incrémentation de leurs échecs à envisager la vie sur le long terme si des paramètres restent indéfinis. J’extrapole un peu : le film se déroule juste sur une nuit, une nuit à écouter du rock merdique dans des bars branchés, une nuit pour découvrir qui l’ont est, une nuit à errer à la recherche d’amis ivres dispersés dans la ville électrique, où la pub ne s’arrête jamais, ou l’ennui est un statut facebook vite mis à jour car vive le temps réel, vive les fêtes où l’on s’habille bien mais où personne ne remarque qui l’on est vraiment, vive  Michael Cera et sa playlist composée avec amour. Au petit matin, les gays comme les hétéros sont amoureux, tristes et fatigués, les filles se sont retrouvées, Michael Cera à enfin tourné la page, il a trouvé une fille bien, enfin une fille qui l’admire pour ce qu’il écoute et non pas parce que c’est un futur ingénieur ou un futur médecin. Au matin donc, tout ces jeunes gens ont l’impression d’être libre, d’avoir le monde devant eux et toutes ces conneries, alors que bon ils écoutent ce que d’autres veulent qu’ils écoutent, ils aiment ce que d’autres veulent qu’ils aiment, et ils font ce que d’autres veulent qu’ils fassent : la fête dans des bars pour jeunes, avec de la musique de jeune et des boissons pour jeunes, et ainsi ils s’agitent et ils s’animent dans un milieu qui adopte une stratégie à leur place, passant à coté des plus belles choses, les choses puissantes et en devenir, et qui peu à peu oublient que ce qui est beau en l’homme c’est lorsqu’il ne se contente plus d’être (un ipod, une musique, des vêtements, des films, des amis, des téléphones, un nom, une origine, une sexualité, une paire de chaussure, un sac à main, un ordinateur, etc…), mais qu’il devient quelque chose qu’il a choisi lui-même en tout indépendance, si tant est que cela soit encore possible, et qu’il faut réinventer chaque jour.  Si on mesure la sagesse d’un homme au poids de ses pensées Cera est un gros con, mais en même temps il n’est que le fruit de son format, agonisant au milieu de ses aspirations. Le film est à l’image tout ca, une sorte de produit décongelé contenant son lot de scènes d’amour toutes faites, de musique de supermarché, d’acteurs mièvres et désincarnés, que des choses ressassées 1000 fois qui, loin de stigmatiser une certaine tendance à baisser les bras, conforte le consommateur de bons sentiments et de pop musique insipide dans sa petite existence monotone, sans jamais prendre le risque ni par la mise en scène ni par les sujets abordés de sortir du lot.

 

 

 

carla

[Photo tirée du Tampographe Sardon.]

 

 




Norman Bates.

 

 

 

 

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Dimanche 17 janvier 2010 7 17 /01 /Jan /2010 20:39

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vishnu-lapaix
[Photo : "Réunion de travail à Matiere Focale" par Norman Bates, d'après Stanislaw Szukalski.]









Ok. Je précise directement que je suis partie prenante du film, j’ai participé à la production, très modestement, mais j’ai un intéressement sur le nombre d’entrée que le film fera, et donc en cela je ne suis pas le mieux placé pour en parler "objectivement". En fait je ne parle jamais objectivement d’un film, mais toujours honnêtement (même avec mauvaise foi) et je ne vais pas déroger à la règle pour quelques euros ou parce que l’on m’a invité à l’avant première sur les champs Elysée, accueilli avec des escort girl et offert du champagne et des petits fours. Non messieurs, je suis peut être un connard élitiste mais un vendu, jamais ! Maintenant que j’ai mis les choses au clair, détendons nous, il ne s’agit que de cinéma, et même pas en 3D !

 

Estampillé premier film de zombie Français, ce qui est faux d’ailleurs, LA HORDE adopte une construction similaire à UNE NUIT EN ENFER, soit un film qui commence comme un Revenge movie et qui finit comme un film d’action bourrin avec des zombies. Rassurez vous la comparaison avec le film de Rodriguez s’arrête là, LA HORDE est un film très premier degré, absolument pas parodique ni ironique. Pour les connaisseurs, ce qui pourrait ressembler le plus à LA HORDE c’est la série de jeux vidéos Left 4 Dead qui propose de jouer quatre survivants dont le but est d’aller d’un point A à un point B, avec entre les deux des millions de zombies et tout un tas d’armes différentes. Le jeu est très bien, en film ca se corse un peu.

 

Une famille de flic décide de venger la mort d’un des leurs en descendant les voyous qui l’ont buté. Ils descendent surarmés dans un immeuble de banlieue parisienne avec l’intention d’en finir, mais le plan tourne mal, et flics et voyous se retrouvent pris au piège dans l’immeuble, entourés par des centaines de zombies. Les deux camps vont devoir coopérer pour s’en sortir…

 

En premier lieu, ce qui saute aux yeux, la plus grande réussite du film, c’est d’avoir avec très peu de moyens (et je suis bien placé pour le savoir) réussi à faire un beau film : tourné intégralement en scope, avec une photo très "comics" du plus bel effet qui joue sur les nuances d’ombres, d’aplats et les effusions de sang. Au niveau du rendu on est proche d’un film comme 30 JOURS DE NUITS par exemple : c’est bien simple je n’ai jamais vu la banlieue parisienne comme ca, on est loin du FRONTIERE(S) de Xavier Gens et son esthétique "Luc Besson" genre TAXI. Les effets spéciaux de maquillages sont très réussis, même si je déplore personnellement un recours un peu systématique à des effets numériques assez voyants, notamment dans la grosse scène finale (par ailleurs très joliment filmée) ou l’on voit des éclaboussures de sang en images de synthèses assez laides, ou pour la scène du Paris en flamme, très hollywoodienne et convenue (je suis foutu). Le montage, le découpage et la spatialisation sont plutôt corrects, même si j’aurais aimé plus de fantaisie de ce coté là. Il y a bien une légère surdose de gros plans, comme dans la plupart des films actuels, mais ce n’est pas le plus gênant.  Au final la mise en scène est plutôt agréable  et soignée, même si elle reste très basique, c’est plutôt une bonne surprise. C’est après que les choses se corsent…

 

LA HORDE à en effet de gros problèmes d’écriture, d’interprétation et surtout de rythme ! Voulant aborder plusieurs genres, du thriller badass à la INSPECTEUR HARRY à l’actionner style McTiernan tout en faisant du gore et de la comédie, le film ne trouve jamais son ambiance, ne développe jamais ses idées jusqu’au bout, et on a le sentiment de voir un peu de ca, un peu d’autre chose, mais il n’y a pas vraiment de liant. Le mélange des genres est vraiment une chose très délicate, et pour un premier film l’écriture se révèle trop ambitieuse, trop référentielle pour vraiment marcher. Par exemple les passages humoristiques ou des jeunes de banlieues se retrouvent confrontés à un vieux style Noiret, joué par un acteur de la comédie française en plus, font sortir complètement du trip survie : on a l’impression que le film s’arrête le temps de faire quelques scènes drôles, puis repart frénétiquement par la suite. Il y a de gros problèmes de rythmes à cause de l’écriture, de son découpage. Autre gros problème, les acteurs : si l’on retrouve avec joie quelques grandes gueules comme Jo Prestia (vu dans les Gaspards Noé) ou Jean Pierre Martins, leurs dialogues sont souvent très pauvres et maladroits, si bien qu’ils n’arrivent jamais à trouver une singularité. Claude Perron se débrouille bien, mais c’est à peu près la seule, les autres sont assez clichés (le rappeur qui s’exprime… comme un rappeur, le vieux comme un vieux, etc…), de plus le film insiste lourdement sur la psychologie des personnages et sur les relations entre ces derniers : qui a couché avec qui, qui trompe qui, etc… mais on s’en fout ! En plein milieu d’une scène d’action on apprend que untel a trompé unetelle, mais on ne connait même pas les personnages dont il est question tellement le scénario est trop écrit !  Le film est plombé par ce genre de maladresses scénaristiques. L’ambition du film c’est surement de faire un truc viscéral, que l’on ressente l’oppression de milles personnes sur quatre personnes, or on nous bassine avec des problèmes psychologiques extérieurs à l’action. Dommage !  C’est quelque chose qu’en France un mec comme Siri à réussi à éviter, en faisant du vrai film de genre, en se focalisant sur son propos sans vouloir trop en faire (dans HOSTAGE ou NID DE GUEPE).

 

Au final, LA HORDE s’avère être un pas de plus vers une production française de genre qui pourrait devenir au moins aussi intéressante que de l’autre coté de la manche. Les talents et les moyens sont là, même limités, par contre il faut sortir de l’ancestral modèle du film français populaire : j’ai eu vraiment l’impression que le film n’assumait pas son originalité en collant au milieu de scènes gores réussie du cinéma de papa ou des considérations sur la banlieue… En résumé : allez voir ce film, même s’il est imparfait, payez vos places, invitez vos amis, vos parents, votre famille et faites les payer aussi, demandez le plein tarif, retournez-y plusieurs fois et n’oubliez pas d’acheter le DVD avec les bonus et la boite en carton quand il sortira, et offrez le à tout le monde ! Merci !

 




 

Norman Bates.

 







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Dimanche 10 janvier 2010 7 10 /01 /Jan /2010 19:49

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blue guy devo
[Photo: "Délice, Domination, Détermination" par Dr Devo.]




 

 

La Terre est dans un piteux état, genre comme dans WALL-E mais en pire (de ce qu'on nous a dit, parce qu'on n'en sait rien, en fait), donc les humains font le tour des planètes environnantes pour trouver de la matière première histoire de pouvoir continuer à boire du Coca Zero. Ils atterrissent donc sur Pandora, qui est complètement fertile et luxuriante ; malheureusement, les indigènes qui vivent sur cette planète n'entendent pas donner leur maison au premier venu, et organisent une espèce de rébellion, les fous. Ces autochtones sont des Na'vis, de grands machins tout bleus et super minces, et ils sont coriaces les bougres. C'est pour cela que Sigourney Weaver décide de créer des "avatars": des être vivants de synthèse, mi-humains mi-Na'vis, qui serviront à aller espionner cette peuplade primitive aux idées un peu trop écologiques pour Giovanni Ribisi et Stephen Lang, qui vont essayer de les écraser de la manière la plus militaire et la plus expéditive possible. L'idée, c'est que les avatars sont des copies Na'vis d'humains, ils ont le même visage. C'est là qu'entre en scène Sam Worthington, alias Jake Sully, un Marine de l'année 2154 qui a perdu l'usage de ses jambes. Son frère était un über-scientifique, qui a aidé à créer les avatars et qui était supposé en piloter un. Sauf qu'il est mort, et donc, c'est qui qui va prendre sa place ? Pas Bruce Willis, non non, bien tenté, mais le petit Sammy. Il s'exécute donc le bougrinet, et il est tout content de retrouver l'usage de (ses) jambes. Il va rapidement tomber nez-à-nez avec Neyriti, jeune et jolie gigue bleue, qui s'avère être la fille du chef, et qui va rapidement accepter Sammy dans son clan parce qu'il semble avoir reçu un signe des dieux (des perce-neiges se sont posés sur les épaules de Sammy, ce qui est exceptionnel). Sammy va donc de plus en plus se plaire avec ses nouveaux copains, ce qui n'est pas vraiment du goût de Stephen Lang, qui lui préfèrerait leur péter la gueule avec une ogive nucléaire. Donc, ça se frite un peu entre les deux gros durs, et les Na'vis et Pandora sont au milieu...

 

 

Bon et bien voilà, il est enfin là le parpaing de James Cameron, l'homme de tous les records (enfin, de budget en tout cas). Je n'ai strictement aucun souvenir de ALIENS ni des TERMINATOR, mais ABYSS n'était pas trop mal il me semble, donc j'ai tendance à généralement ne pas mettre Jimbo dans la case des incompétents (même si, effectivement, vous avez raison, jeune fille en rouge au deuxième rang, il y a eu TITANIC...). Là, le garçon s'est dit "Bon, le gros bateau qui coule pendant quatre heures, c'est fait, qu'est-ce que je peux faire maintenant ? Si je créais de toute pièce une planète, ah oui, ce serait sympa. Et puis maintenant il me faut un défi technique à la hauteur de mes ambitions et de mon génie. Si je ressortais une technique des années 50 qui n'a jamais fonctionné, et que j'en faisais l'avancée technologique la plus rentable de l'histoire du cinéma ? Là, c'est sûr, je serai dans les livres ! Allez, c'est parti, je fais du cinéma en relief !". S'en est suivi une déferlante de louanges pré-visionnage et de rêves mouillés des cinéphiles de tout bord qui se caressaient la prostate à l'idée de la réapparition de la 3D ailleurs qu'au Futuroscope, ce dont on se fout quand même pas mal mais qui a fait dire quelque chose de très amusant à un focalien (dont l'identité m'échappe mais j'espère qu'il ou elle me pardonnera) lors de la grande réunion de la cérémonie de clôture du dernier festival de Cannes : "Ils n'ont qu'à ressortir SALO de Pasolini en 3D, comme ça on aurait vraiment l'impression de manger du caca". Mais parlons plutôt cinéma, maintenant.

 

 

Je ne vais pas faire durer le suspense plus longtemps, parce qu'à ce niveau-là de mon article je pense que c'est inutile, mais AVATAR n'est pas une révolution. C'est même tout l'inverse. AVATAR est la resucée exacte et précise d'absolument tout ce qui se fait dans le cinéma mainstream hollywoodien depuis, allez, vingt ou trente ans. Il y a les mêmes tics de mise en scène, la même structure narrative, les mêmes caractérisations de personnages que dans la majorité de ces films à grand spectacle. On est exactement au même niveau, pas tellement plus haut qu'un TITANIC par exemple, c'est la même chose. Donc, déjà, ça calme. Pour finir sur la 3D, comme ça c'est fait, puisque comme prédit c'est probablement la chose la moins intéressante du film (et il y a de la concurrence à ce niveau), elle n'est jamais utilisée de manière plus intelligente qu'en tant que gadget de luxe, qui n'apporte rien d'autre au film que l'impression de voir un joujou désincarné, vidé de sa substance pour au final n'avoir qu'un squelette vide de toute velléité de mise en scène. Dire que l'utilisation du relief tient de l'inutilité la plus totale serait trop faible, à tel point que je me disais fréquemment durant la projection que le film serait probablement meilleur en 2D. La faute à quoi ?, me demanderez-vous, et je vous répondrai aussi sec. En fait, ce sentiment d'immersion que l'on veut nous vendre à longueur de matraquage marketing ne fonctionne jamais. Il y a pourtant pas mal de tentatives pour faire aller le spectateur dans ce sens (comme cette très étrange caméra subjective lorsque les troupes descendent de l'hélico au début du film, qui se métamorphose rapidement en on ne sait pas trop quoi, probablement un personnage extérieur, le spectateur ?), mais, et je vous le demande le plus sérieusement du monde, comment voulez-vous vous immerger et vous identifier à des créatures bleues de deux mètres ? C'est là que je me dis qu'à la limite, la 3D serait bien plus intéressante pour les films de Ken Loach ! Bref, vouloir nous vendre une expérience de cinéma en expérience de vie à travers des personnages non seulement bleus de deux mètres, mais entièrement pixelisés, c'est un peu comme vouloir vendre du roquefort à un parfumeur. J'avoue ne jamais être tombé dans le panneau et avoir vécu tout le film "à l'extérieur", ce qui n'est pas une place si inconfortable que cela. Mais ce n'est pas tout, parce que cette 3D a aussi le pouvoir de rendre les scènes d'actions (encore plus) illisibles. Enfin, pas exactement, c'est même pire que cela. En fait, si vous voulez, dès qu'il y a un mouvement de caméra, tout ce sur quoi la mise au point n'est pas faite devient à peu près deux fois plus flou que lors d'un mouvement normal. En clair, dès que la caméra bouge, ça brouillonne de partout, et on ne comprend rapidement plus rien. Je vous laisse imaginer le résultat sur les scènes d'action endiablées à une image toutes les trois secondes. Niveau immersion, ce n'est pas vraiment ça, et esthétiquement ce n'est pas très beau. Rajoutons à cela une utilisation outrancière de la profondeur de champ (qui est, effectivement, impressionnante, mais hé, ce n'est que du pixel, ce n'est pas très compliqué non plus), qui ne sert pas à faire rejaillir quoique ce soit ou à mieux composer l'image, mais simplement à faire dire au spectateur "wouah, on voit super loin". Et puis bon, la profondeur de champ monstrueuse, ça existe depuis CITIZEN KANE, et Welles l'utilisait à des fins précises de mise en scène. Bref, ce sont quelques exemples qui me font dire que non, la 3D n'était pas indispensable à ce projet, bien au contraire. Et que l'intérêt du film ne vient absolument pas de cet aspect bien trop léger.

 

 

Il y a quelques petites intentions de mise en scène, mais rien de renversant. En fait, on voit la patte du réalisateur, sa contribution, si je puis dire, au film (en tout cas autre que le projet storyboardé et exécuté par des types derrière leur ordinateur), dans l'utilisation que fait Cameron des focales. Il aurait pu utiliser son immense et monstrueuse profondeur de champ tout le film, et ainsi en mettre plein les yeux constamment, mais il décide parfois de se reposer et de revenir à des formes plus « classiques » d'images en intégrant ici et là une longue focale, à la zone de netteté assez faible, qui n'a donc rien à voir avec la mise au point (qui est source d'un peu de jeu mais rien de plus que dans d'autres films) mais avec la perception du spectateur. On sent tout de suite cette longue focale, et il ne l'utilise bien évidemment (pas uniquement, mais le plus souvent) que lorsqu'il a affaire à de vrais acteurs. Le résultat n'est pas très beau, mais a le mérite de remettre le film sur des traces moins gargantuesques, et replace un peu de point de vue à l'intérieur de cette démonstration technologique.

 

 

A part ça, comme il a été écrit un peu partout, le scénario est d'une stupidité assez déconcertante, entre le message écolo-new age et la bluette de rigueur, genre de Pocahontas chez les Masaï bleus, avec le gentil colon qui va découvrir la condition des indigènes et prendre leur défense contre les méchants envahisseurs, qui étaient ses copains quinze minutes avant. Il n'y a pas franchement d'aspérités ni de saillies, on a déjà vu ce scénario cent fois auparavant, et même si détruire une forêt pour la sauver me semble un peu idiot, je peux avoir tort et auquel cas je ferai mon mea culpa. Non seulement au niveau thématique ça ne vole pas très haut, mais en plus l'exécution de cette structure simple est assez foirée, il n'y a qu'à voir l'ignoble exposition avec cette voix-off didactique au possible et les enjeux du film tellement bien expliqués par les différents personnages que tout ce qu'il manque, c'est un regard caméra. Petite chose amusante : lorsque Sammy et Neyritia marchent dans la forêt de Pandora, le sol s'allume à chacun de leur pas, comme dans le clip de Billie Jean de Michael Jackson. Il fallait quand même le préciser. Ca me paraissait important. Sinon, RAS mon général, les acteurs font ce qu'ils peuvent mais sont complètement desservis par des personnages traités à l'emporte-pièce et écrits à la truelle (Ribisi et Stephen Lang en tête), et même si la petite Zoe Saldana (que vous avez pu voir dans le STAR TREK de J.J. Abrams, apparemment) semble très charmante en bleu, on a surtout envie de voir à quoi elle ressemble en vrai. Je n'ose pas parler de photographie parce qu'il n'y en a pas, ou peu, ni de montage, qui s'évertue le plus possible à suivre les traces du scénario sans chercher à le contrebalancer ni à l'ouvrir de quelle sorte que ce soit, je préfère donc me taire et parler de la majesté de la réalisation et de la profondeur thématique d'AVATAR. Ah non, c'est pas ça.

 

 

Au final, la révolution n'a pas eu lieu. Nous sommes au même endroit, avec les mêmes gens, à voir la même chose que nos grands parents. Mais attention, le résultat n'est pas infamant, ni scandaleux. Il pourrait se rapprocher de l'indifférence la plus polie et la plus respectueuse. C'est un film pop-corn, et ce n'est pas particulièrement négatif, pas du tout même, ça a le mérite d'exister. Peut-être suis-je blasé et devrais-je m'insurger contre AVATAR, mais non, même pas, je choisis de dire moui, bon. Si vous voulez. Ce n'est pas franchement pour moi, mais si vous voulez. Ca ou autre chose, de toute façon, quelle différence. Tout cela est interchangeable.


Si la notion de "film Téfal" a été portée à mon attention par un ami critique, j'ose à présent, et pour parler d'un film aussi "novateur" qu'AVATAR, voyez l'ironie, créer la notion de "film Werther's Original". Comme celui que mon grand-père me donnait quand j'étais petit.

 


LJ Ghost.







Et bien moi, je serai plus sévère. AVATAR n'est pas un bon gros block-buster malin, comme pouvait l'être celui d'un réalisateur de la même trempe comme John McTiernan, qui a fait aussi des bons et des mauvais films, à savoir LAST ACTION HERO!

 

AVATAR vise le fan d'heroic-fantasy (cf. le design général) âgé, au mieux, de 12 ans. Personnages secondaires stupidissimes, personnages principaux fadasses, enjeux éculés et prévisibles utilisés sans aucune volonté de variation, et des tonnes de pillages/clin d'œil grossiers. Grosso modo, AVATAR est du cinéma bariolé, technologiquement monstrueux (mais LJ  a raison de dire que les mouvements qui vont dans le même sens que les déplacements latéraux sont ratés). Tournés quasiment qu'en fond vert, le défi de faire cohabiter prises de vues réelles  et effets spéciaux entièrement artificiels est largement raté, pusique Cameron évite la plupart du temps la question (cf. la scène de l'éveil). Au final, si une dizaine de plans donnent l'idée de ce qu'aurait pu être ce film, la réalisation est tellement plate, sent tellement le brain-storming d'une équipe qui a l'air, de loin, vue de chez moi, déjà contaminée par des travaux précédents en films d'animation, l'utilisation du montage est si médiocre et sans personnalité, les axes sont tellement inutilisés, que cette immense bande-démo pour les professionnels de l'animation est fade comme un jour sans pain.

 

Sur le fond, c'est la catastrophe, bien sûr. Qu'on utilise des personnages carrés, voire obtus, ne me pose aucun problème, et ça TERMINATOR par exemple le faisait très bien. Mais, les 352,873 personnes ayant travaillé sur ce film ont-elles déjà vu un bon slasher par exemple. BLACK CHRISTMAS, tiens, puisque c'est Noël ! Ou un survival ? DETOUR MORTEL, par exemple, est, sur le papier, la chose la moins originale possible. Les personnages sont archi-connus. Et pourtant, on finit par s'écarter du chemin initial pour faire advenir quelque chose d'un peu personnel. Ici, rien. Quand Michael Bay ou Roland Emmerich se lanceront à la suite de Cameron, ils se feront descendre au nom de la lutte contre le cinéma surgelé. Mais, dans le fond c'est la même chose. Ici, il s'agit de post-post-colonnialisme moralisateur, où on nous explique que "les Bleus sont des humains comme les autres" (j'adooooooore la stupidissime charactérisation africaine des extra-terrestres, c'est très splendouillet), que faire la guerre c'est mal. Et j'oubliais le pompon : le moralisme écologiste qui, en fait, est de la poudre aux yeux pour faire passer ds choses encore plus contestables. Le cyberespace 3.0, ce sont les plantes et la nature (on se branche dessus en USB, un peu sur le mode EXISTENZ !). Les peuples sont élus ! La hiérachie est religieuse et héréditaire. Le nouveau-né doit prouver qu'il fait parti du clan. Le destin nous contrôle. Et Dieu est dans la biologie.  En nous donnant la main, nous ne formons plus qu'un ! L'individu n'existe pas. Vite, sortons nos flambeaux et allons célébrer Gaïa ! Et évidement, la femme sauvera l'homme. N'en jetez plus!

 

AVATAR est stupide, et qu'on puisse exalter des valeurs comme celles-ci me laisse largement perplexe.

 

Enfin, un mot sur les acteurs, vraiment pas bons, complètement paumés, souvent supplantés par la gimmickasition typiques des longs-métrages d'animation. Parmi eux, l'affreuse héroïne, insupportable personnage, très desservi, et c'est un exploit, par une actrice ignoblissime comme je n'en avais pas vu depuis longtemps.

 

Cameron n'a pas fait le service minimum. N'a jamais essayé de faire des ruptures ou de développer les énormes moyens mis à sa disposition (si, une fois, un décrochage chromatique dans la scène de la pluie de cendres). Encore plus, il n'a jamais essayé, ne serait-ce qu'essayer, de livrer un truc un peu personnel. Ce type est perdu, en fait. Et AVATAR représente absolument tout ce qui est détestable dans le pire cinéma industriel hollywoodien.

 

Gardez vos sous, et arrêtez de nourrir le cochon. Joyeux Noël.

 

 

Dr Devo









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Si la notion de « film Téfal » a été portée à mon attention par un ami critique, j'ose à présent, et pour parler d'un film aussi « novateur » qu'AVATAR, voyez l'ironie, créer la notion de « film Werther's Original ». Comme celui que mon grand-père me donnait quand j'étais petit.

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Jeudi 24 décembre 2009 4 24 /12 /Déc /2009 18:24

Publié dans : Corpus Filmi







moon-poster
[Photo: "Solitude" par Norman Bates d'après le film MOON.]












Attention ! Le prochain paragraphe révèle des éléments importants du film et peut vous gâcher la surprise ! Si vous n’avez pas vu le film, rendez vous au paragraphe suivant.



Sam Rockwell est seul sur la lune depuis 3 ans, dans trois semaines il retourne sur Terre. Sa femme l’a quittée, et la solitude sur la lune devient un labyrinthe peuplé de figures familières. 

Sam Rockwell extrait de l’hélium 3 disponible à profusion sur la lune afin de l’envoyer sur la Terre, sans énergie depuis le choc pétrolier.

Sam Rockwell est mort dans un accident il y a trois ans sur la Lune, et depuis il cherche à savoir ce qui est arrivé à l’autre Sam Rockwell. Il découvre une femme, une fille, et érige un temple solitaire vouée à une vie qu’il a abandonné.

Gerty est le seul compagnon des Sam Rockwell qui peuplent la Lune, c’est un robot intelligent qui est capable de ressentir et d’exprimer des émotions via des smileys. Gerty à la voix de Kevin Spacey, et Gerty est loin d’être honnête avec les Sam Rockwell qui errent sur la Lune.

Sam Rockwell erre dans une base spatiale aseptisée, entre télévision terrestre et jardins secrets, cultivant l’amour pour sa fille, sa femme et diverses autres plantes. Seul avec un putain de robot qui égrène les taches tout les jours, sans arrêt et qui veille sur tous les Sam Rockwell.

 


Duncan Jones, de son vrai nom Duncan Zowie Haywood Jones, fils de David et Angela Bowie, filme la Lune comme un astre mort, cercueil des échecs de la vie d’un homme, condamné à effectuer des taches ad eternam dans une nuit permanente. Entre projections mentales abyssales et jeux géométriques sur l’infini, la mise en scène aligne des perspectives trompeuses qui enferment l’homme dans une cage dont les parois s’éloigneraient sans arrêt, comme si sur Lune on était condamné à s’enfermer et se replier sur une existence entièrement vécue par écrans interposés, une fois nos sanctuaires intimes violés. A l’intérieur d’un cercle nous sommes condamnés à tourner, comme une Lune autour d’une Terre, comme le fait la Terre autour du Soleil afin de prolonger la vie. Nous sommes assujettis à des formes elliptiques infinies qui se répètent sans fin. Nous propageons la vie et avec elle les mêmes échecs, les mêmes incapacités mais aussi les mêmes bonheurs et les mêmes amours, même de loin. Des mosquées de Cordoue aux villages Lunaires, les mêmes motifs répétés, enchainement de forme toutes reliées entre elles, dont les débuts sont aussi des fins. Même un clone né sur la Lune n’ayant pas connu la terre est attachée à son espèce et à son devenir comme à son passé. La solitude c’est les machines, même sensibles.

 

 


Et sa voix lui revient : des échos de disputes, des routes arpentées à deux, des corps qu’il a l’habitude de sentir et des combats menés de front. Et vivre avec seulement des souvenirs, avec les ombres dans la caverne, c’est quand même pas rien ! Car la Lune contrairement à la Terre ne tourne pas, car le soleil ne l’éclaire pas, ne la réchauffe pas. Car sur la Lune on ne peut que contempler la Terre inaccessible : des grandes étendues bleues, des paysages lumineux et des vents changeants, des lumières pendant la nuit et des bruits incessants, un horizon toujours fuyants. Mais plus que des équations scientifiques, des milieux favorables, c’est les perspectives qui encouragent la vie. Courir après un horizon toujours fuyant, toujours changeant, chaque fois renouvelé est promesse de changements. On peut trouver une autre femme, d’autres amis, d’autres lieux ou trainer, on peut changer de vie, il ne tient qu’a nous de tout refaire et de réparer ses erreurs. Pas sur la Lune, pas devant des écrans à rester passifs, pas devant des ordinateurs qui s’assurent de notre état de santé. Notre liberté, c’est d’arpenter des lignes dans n’importe quel sens, d’imaginer des perspectives qui n’existent pas.

 

 


MOON est le récit d’un retour à la Terre, l’histoire d’un homme qui arrive à se reconnecter au monde, à faire abstraction des choses qu’il a ratées. C’est un long combat pour échapper à la noyade, aussi bien physique que psychologique. Car s’il fallait définir une figure géométrie qui tend à représenter un être humain, ce serait une croix bien difficile à porter. MOON est un film sobre dépouillé, triste, mais porteur d’un espoir formidable, rempli d’instances d’un seul homme qui cherchent à se reconnecter, à se synchroniser pour rétablir les liens. Parce qu’on a toute la vie pour être seul, il faut chercher à l’être le moins possible.

 


Il faut rétablir le lien avec la Terre.

 

 

 


Norman Bates.

 

 

 

 

 

 

 

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Dimanche 20 décembre 2009 7 20 /12 /Déc /2009 13:52

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http://idata.over-blog.com/0/00/82/91/2009/decembre09/yonnie--devo.jpg
[Photo: "Mister President" par Dr Devo.]





Chers Focaliens,

Nous fêtons aujourdhui les cinq ans de Matière Focale. Lecteurs occasionniels ou récents ou de longues dates, du fond du coeur, merci!

Pour fêter ça, un article de Norman Bates sur le dernier Bruno Dumont !

Dr Devo.











Alors que dans les rares rayons du soleil automnal, votre serviteur arpentait les rues doucement éclairées de Montmartre, sur les sonorités d’un accordéon suintant de nostalgie Vieille France allant jusqu'à rendre les pavés glissants, alors que dans les premières tirades de l’hiver un relent nauséabond vient titiller les racines de la morale assaillies par des hordes toujours plus nombreuses de clochards quasi-agonisants, alors que yonnie agonise à l’autre bout du monde, il existe un monde où les gens s’aiment et sont heureux, un endroit ou l’on diffuse encore chaque semaine le ROCKY HORROR PICTURE SHOW, et dans ce monde microcosmique il passe ce dimanche matin un film au nom imprononçable qui place le critique dans une situation étrange puisque se déroulant en grande partie à l’endroit géographique où il est projeté. Comme si il fallait entrer dans un cinéma pour découvrir ce qu’il y a autour et téléramaaaaaaaaa (je ne savais pas comment finir cette phrase, désolé).


En effet le film se passe beaucoup à Paris, et j’en vois qui se lèvent déjà, un film français se passant à Paris il y a de quoi prendre ses jambes à son coup, surtout si en plus c’est réalisé par un ch'ti, n’en jetez plus la coupe est pleine. Pourtant il s’agit quand même de Bruno Dumont, grand réalisateur qui a eu le courage de réaliser des films dans des régions sinistrées comme le Nord-Pas-de-Calais ou les Flandres (je ne sais même pas où c’est), films qui en plus se payaient le luxe d’être magnifiques et à mille lieux du cinéma français universitaire bobo style Moiret ou Klapisch. Paris donc où vit Céline, jeune héroïne pieuse amoureuse du Christ (c’est elle qui le dit), du moins quand elle ne squatte pas dans un couvent des Flandres (décidemment), chez des sœurs. Entre la fac et le couvent, entre les salons d’un appartement de ministre de l’île Saint-Louis et la "téci", entre l’Islam et le Catholicisme, Céline est bousculée entre Foi véritable et branle-crucifix mais surtout se prend des gros murs dans la gueule quand elle se frotte à la réalité.



En préambule, il faut quand même reconnaitre que Dumont à le courage de faire un film pareil en 2009, scénario un peu improbable plus ou moins inspiré d’une illuminée du XIIIe comme la religion catholique en propose à la pelle depuis 2000 ans, illuminée dis-je qui voyait Le Christ dans le moindre coup de vent et écrivait des textes aussi poétiques que chastes à la gloire du créateur et de son fiston hippie. Chez Dumont le traitement est un poil plus hardcore : il filme le choc entre Céline et le monde d’aujourd’hui, et Dieu sait si déterminer comment l’amour du Christ véritable et la chasteté peut tenir le coup chez la génération qui a connue le 11 septembre et la fin de la carrière de Clara Morgane n’est pas une partie de plaisir tout le temps (même si TWILIGHT à été écrit par une mormone). Céline est complètement dans le trip bonne sœur, c'est-à-dire qu’elle veut rester vierge toute sa vie même si les grands barbus chevelus avec des piercings cloutés ne la laissent pas indifférent quand même, surtout hors du couvent. C’est cette confrontation avec l’invisible qui est le thème porteur du film, et en bon prof de philo Dumont en fait parfois un peu trop sur les concepts théologiques, mais malgré tout cette idée scénaristique est plutôt intéressante. Malheureusement le traitement scénaristique, s’il est plutôt beau au début, tombe beaucoup trop dans la pleurnicherie existentialiste à mon gout, et les passages larmoyants sur la difficulté d’aimer Jésus m’ont rapidement ennuyé. Le fait aussi que l’Islam soit représenté par des jeunes de banlieue roulant en scooter volé m’ennuie aussi beaucoup, même si on est loin des gros clichés jeanclaudenarcique sur la religion dans les cités et tutti quanti. Quel besoin d’associer la lutte religieuse armée avec l’islam, je n’ai pas trop compris, c’est certes un exemple comme un autre mais il m’a semblé être bien plus anecdotique que le combat métaphysique mené par des femmes à la recherche de Dieu. Peut être un symbolisme masculin (les musulmans sont tous des hommes), mais la encore c’est un peu balourd. De toute manière je ne suis pas sur qu’il faille s’attarder sur ces points exclusivement scénaristiques, Dumont a surtout été un excellent chantre de la sensualité au cinéma, et dire que la religion est le thème du film est bien trop réducteur, ce serait comme dire que le thème de FLANDRES est la guerre en Irak.

Oui donc l’important c’est la mise en scène. Le voyage émotionnel de Céline dans 2000 ans de culpabilité cosmique porté par la sensibilité exacerbée de l’humanité face aux étoiles n’est pas tellement retranscriptible dans un scénario ou dans des dialogues, aussi documentés ou théologique qu’ils fussent. Le vrai enjeu à mon avis est de replacer les souffrances engendrées par le carcan métaphysique, et donc inapprochable par l’homme, dans un contexte commun, compréhensible par le spectateur. Il s’agit donc comme dans toute création artistique de ramener nos craintes inexprimables à un niveau plus bas, ici d’en produire les sensations sur pellicule. Est-ce réussi ? Je ne crois pas, en tout cas pas tout le temps. Filmer la foi est un exercice bien difficile, surtout quand on utilise comme Dumont un procédé un peu "naturaliste" dans le sens ou le fantastique est totalement absent et l’ensemble des procédés de mise en scène ne permet pas d’échappatoire divin : il faut donc supporter nous aussi de croire à l’invisible pour que le film tourne à peu prés. Or, à très peu de moment j’ai vu dans les moments de transports de Céline une extase sacrée, j’ai très peu vu d’espaces dans le montage qui laisse présager que le plus beau ne soit pas dans le champ. A mon avis ,les durées des plans sont très mal maitrisées, et souvent c’est l’ennui profond qui surgit de la contemplation béate d’humains prêt à s’élever. C’est que je disais plus haut, l’impression qui m’a le plus envahi c’est de voir des pleurnicheries un peu vaines sur le fait de porter sa croix tout au long de sa vie. Il y a des passages réussis, c’est indéniable, par exemple une des premières scènes du film avec la grue, très très belle idée que cette ascension de plusieurs tonnes de planche vers la chambre où on prie, puis plus haut encore lorsque les yeux s’ouvrent à nouveau, mais dans la suite du métrage on ne retrouve plus cette malice et ces idées dans l’image. Il y a bien ça et là des séquences assez marrantes reprenant des images saintes, comme la renaissance dans l’eau ou la descente au tombeau (qui revient deux fois d’ailleurs, et là c’est assez malin car on ne sait plus si c’est un flash back ou juste un jeu sur la résurrection), mais j’ai eu l’impression qu’à mesure le film se rattachait plus à son scénario qu’a une véritable exploration des sens, la faute sans doute à des cadrages trop monotones (Dumont a laissé tomber le scope, c’est peut être ca qui m’a gêné) et à ces longueurs qui n’évoquent pas grand-chose. J’ai aussi trouvé l’interprétation pas terrible du tout, l’héroïne est quand même assez tarte et les acteurs musulmans pas vraiment convaincants. Certes c’est le style de Dumont que de prendre des acteurs non professionnels et de faire trainer les plans plus que de rigueur, mais là ou ca fonctionnait pleinement dans FLANDRES, ici ca me semble trainer plus que de rigueur et surtout pour pas grand-chose. Alors, il y a bien dès fois quelques jeux de lumières, quelques saillies intéressantes utilisant ce rythme un peu lancinant, mais malheureusement dans l’ensemble je suis resté assez étranger à ce qu’il se passait devant moi. C’est bien dommage, car Dieu sait que j’aurais aimé voir cet ange immaculé qui semble avoir atterri par erreur dans le XXIe siècle se débattre avec le coran en latin et la bible en verlan ou entre langages SMS et société de consommation, voir un choix philosophique profond dans le fait de rester vierge toute sa vie dans une société qui place la consommation sexuelle comme enjeux de réussite sociale et surtout placer dans la main virginale d’une fille de ministre le bâton du terrorisme de masse. HADEWIJCH est une bonne idée, mais pas encore très aboutie à mon humble avis…

 

Norman Bates.

 

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Dimanche 13 décembre 2009 7 13 /12 /Déc /2009 22:05

Publié dans : Corpus Filmi
deeer devo 2

[Photo: "Kiss me" par Dr Devo.]







Chers Messieurs-Dames focalien,

 

Récemment évoqué pour son splendide CE REPONDEUR NE PREND PAS DE MESSAGE, nous retrouvons l’ami Cavalier, toujours bon pied bon œil, et surtout toujours flanqué de sa petite caméra vidéo de rien du tout qu’il utilise comme un fou depuis bientôt 15 ans.

Les habitués de ses derniers films ne seront pas surpris pas le modousse opérandaille de l’ami Cavalier. Fuyant les petits-déjeuners dégoulinants de bonheur à la table des familles modernes et de leurs petits croissants pathétiques, Cavalier préfère encore une fois les grandes explorations solitaires dans les petits endroits de rien mais qui font vagabonder son drôle d’esprit.

 

Dans les faits, donc rien de nouveau. Le principe de mise en scène est le même que comme d’hab’, à savoir filmer le quotidien autour de lui, mais attention, car ce quotidien est vraiment de rien du tout. Une fenêtre, une photo sur un mur, un bureau, son appartement, des draps dans sa chambre d’hôtel, les longs couloirs ennuyeux et déserts du château d’un vieil ami… Des décors vides, sinon de Cavalier lui-même qu’on aperçoit d’ailleurs brièvement, en général quand son corps l’exige (ce qui est assez délicieux). Quelques mouvements exécutés au poing, ces décors déserts, et c’est à peu prés tout. Par dessus ça, ajoutez une voix-off très présente dont le statut erre entre plusieurs pôles : redondante de l’image (ou incarnatrice, diront certains), ou alors donnant plus de précisions, ou au contraire divagante, hésitante, un peu opaque. Ce son-off est en fait un son-on car la prise de son semble correspondre à chaque fois au plan tourné. Le père Cavalier commente donc ses plans en les filmant, le petit chenapan !

 

A la suite du décès de sa mère, Alain explore trois carnets de notes qu’il écrivait au début des années 70, espérant retrouver dans ces journaux de bord du quotidien, des traces de cette maman. C’est presque un échec, dans le sens où les remarques sur Madame Cavalier sont peu nombreuses tout au long de ces pages. Par contre, on y parle beaucoup d'Irène. Et Irène, c’est l’amie de Cavalier de l’époque. Au fur et à mesure qu’il relit les carnets, Cavalier sent l’angoisse monter, car il sait qu’il se rapproche de cette année 1971 (je crois), et que par là même, il se rapproche du fantôme d’Irène. On comprend alors assez vite qu’elle est morte dans un accident. Mais que faire avec cette exploration qui a dérivé vers une autre ? Que faire d’Irène, et comment rendre compte, et encore plus faire un film sur une absence, comment rester précis et juste en re-présentant ce qui fut cette relation très forte avec cette femme énigmatique ?

 

Oulalah, vous dîtes-vous, voilà qui ne va pas être une partie plaisir, Monsieur Devo ! Un sujet pathos maximousse où l’on se baigne avec délectation dans les petits sentiments communs égocentrés, avec en plus une réalisation minimaliste où le son n’est même pas monté, mais directe, avec une image qu’on imagine déjà fort pourrie. Qu’est-ce que vous êtes en train de nous vendre là ?

Mmmmm… Oui, je vois ce que vous voulez dire, et je dois bien admettre que si je ne connaissais pas Cavalier du tout, il aurait fallu me trainer pour aller voir un truc pareil.

Mais si les contradictions ne vous gênent (Kelly) pas, vous devriez quand même faire l’expérience de ce film. De manière surprenante, en vieux baroudeur, Cavalier sait qu’en se privant de certains leviers d’expression (ici, c’est le son, non pas absent mais limité par le temps du plan, ce qui est déjà beaucoup mais aussi par sa réalisation), cela ne va l’empêcher de faire un film tout à fait personnel et donc anormal. Et quand je dis personnel je ne parle, bien sûr, pas que du sujet, très grave, mais aussi, voire surtout, de la mise en scène.

Tout d’abord, la vidéo légère fonctionne, et place le film dans une esthétique particulière. De l’aveu de Cavalier même, le processus est plutôt punk puisqu’il ne règle pas le diaphragme et laisse même l’appareil faire le point tout seul ! Bref, le camescope reste sur son réglage automatique de base, et l’étalonnage de la pellicule 35mm que l’on peut voir en salle est le transfert brut  et sans retouche de la vidéo vers l’argentique, sans aucun rééquilbrage ! Sympa ! Donc, nous voilà en présence d’une image imparfaite, certes, non dominée par la dictature du pixel (Cf. l’affreux film-annonce du AVATAR de Cameron), mais qui ravira les amateurs d’esthétiques plus chahutées. Car, se priver de ces leviers là, ne veut pas dire qu’on soit en face d’un film de cinéma-vérité-stylo-caméra-machin-chose, ou encore en face d’un document brut de décoffrage et donc tout en justesse absolue et bazinienne. Baaaaaaah non ! D’abord, l’ami Cavalier est loiiiiiin, mais alors très loin d’être une petit salopiaud ou un manchot qui fait de la patouille sous prétexte de légèreté de tournage ou de "respect du documentaire", ce bon vieux mythe bien pourri de partout. Non. Alain, il n’en est pas. Lui, il cadre, et je vous assure, ça cadre très bien. Tous les plans sont astucieux ou font preuve d’intérêt ou d’étonnement. Premier point. Et en plus, beaucoup d’entre eux nous proposent quelques mignardises, discrètes peut-être mais présentes, et encore plus étonnantes. De temps à autre, même, une fulgurance, ou un accident de tournage comme ce plan dans l’escalator qui, s’il se termine par un vrai accident, était quand même de l’ordre des hasards imprévisibles. Primo finito.

 

Deuxio, même avec un son synchro et direct, bah, il reste le montage, Madame Michu ! Et là aussi, c’est du domaine du savoir-faire magnifique (de l’attention à l’accident) ou du sens artistique. Si le film reflète, dimension work-in-progress oblige, un tournage chronologique, tout cela n’est pas collé n’importe comment. Et c’est là qu’on commence à deviner, avec une limpidité étonnante (ce qui n’empêche pas d’ailleurs les zones obscures ou un peu plus abstraites), comment le film va fonctionner, s’épanouir et trouver sa liberté. Cavalier monte sûrement pendant le tournage, mais en tout cas, il sait aussi décider de collures qui relève de la réalisation et pas du récit stricto sensu. Et il compose, le vieux gredin ! Il n’arrête pas même. Il y a des retours plans, quelques jeux d’échelle, et beaucoup de belles utilisations des ruptures sonores, même s’il est synchro avec le plan et toc ! Tu la sens la gourmandise qui monte ? Tout cela a de la texture tout bêtement. Au fur et à mesure que le film avance, et pour des raisons que je vais évoquer ci-après, le film va d’ailleurs prendre de l’ampleur. S’il use d’une certaine simplicité au départ, les choses vont se développer, se complexifier, devenir plus opaques parfois, mais aussi plus précises jusqu’à trouver son espèce d’âge adulte. C’est très surprenant. Pour toutes ces raisons, rien que le papier, IRENE vaut le déplacement. Mais, il se passe, à cause de tout cela mais pas seulement, quelque chose d’étrangissime dans IRENE… Et je m’en vais vous l’expliquer. Quand tu entendras la cloche, tourne la page.

 

Ding Ding !

 

Car, ce n’est pas seulement sur le plan de la mise en scène que ces choses curieuses se passent. C’est sur le projet tout entier, et sur le processus qui permet son accouchement, que les faits les plus étranges ont lieu. C’est que le film ne fonctionne pas ! Cavalier part dans une aventure, ces fameux carnets, et au fur et à mesure se heurte à l'image, je pèse mes mots, de cette Irène. Bon, pas d’affolement, se dit Cavalier, c’est ça mon boulot d’expérimentation et je sais gérer ça. Le film, en heurtant accidentellement l’épaule d’Irène, dévie une première fois de sa course. Les dispositifs assez gourmands de mise en scène, ceux que je viens de décrire, se mettent tranquilou en place puis s’encrent avec plus de force dans le film. Bien. Cavalier, sans doute ému, mais aussi bien embêté, patine, lui, un peu dans la mélasse. Et nous avec. C’est qu’un sérieux problème se pose : comment parler de Iréne dont Cavalier a bien conscience qu’elle a un statut plus fantomatique qu’autre chose.  Il y a eu Irène dans le passé, certes, mais là, il y a le souvenir d’Irène et ça ce n’est pas tout à fait la même chose, ma petite Jeannette ! Et là, ce n’est pas l’épaule de la vraie Irène que le film bouscule. Cavalier prend de plein fouet le mur du souvenir de la dite dame. Et ça coince, ça coince, ça coince. Il essaie une première fois en montrant un extrait d’un de ses films, avec Deneuve, passage qui avait été écrit, fort bien d’ailleurs, par Irène. Mouais… Ca ne va toujours pas mieux. Et il faudra qu’une étrange tentation passe devant les yeux et les mains de Cavalier pour que les choses changent. Notre ami Alain croise effectivement une jeune fille, et sans le dire tout de suite, il la verrait bien en Irène, la petite. Cette séquence n’est pas extrêmement longue, bien au contraire. Mais quand elle se termine, Cavalier résout la quadrature du cercle en cassant tout, le carré et le cercle ! Le film patinait, dans cette séquence il s’arrête au risque d’imploser. Mais c’est en voyant une dernière fois la jeune fille, que Cavalier sait. Il sait que la représentation d’Irène sous une forme ou une autre, c’est impossible, d’une part, et que, d’autre part, mieux vaut lutter avec le souvenir et le fantôme de son ex-compagne, fut-ce un sentiment imparfait, que de se coltiner une représentation factice. Et là, il semble comprendre que son modousse opérandaille de réalisation sera une arme. Le film vient de s’arrêter sous nos yeux, puis naître véritablement. A partir de ce moment c’est parti. Le dispositif se déploie avec nettement plus de force et de précision, et plus abstraitement, de manière plus ténébreuse aussi ! Et, enfin,enfin, Cavalier peut mettre les mains dans le moteur, disséquer sa propre bête sur le champ des opérations, reconstruire une pensée en se réappropriant et en composant un chant artificiel. Irène a eu trois statut dans le film : un morceau de film, un accident à travers un objet hasardeux apparaissant sans prévenir (la couette), d’autres objets mais composés volontairement cette fois (de manière assez rigolote en plus, je vous laisse découvrir ça), puis en devenant la mort et l’arrêt du film. Ca fait quatre statuts, pas trois, mais personne ne s’attend à l’inquisition espagnole ! En tout cas, dans cet étrange crescendo formés par ces 4 formes disparates, le film explose puis se reconstruit et décolle. Le pari est gagné. On verra même Irène en "vrai", en s’approchant vraiment près, comme un cadeau bonus. Entre temps, le dispositif n’a jamais été aussi drôle et poétique, et Cavalier a encore marqué des points. Un bel exemple de récit, sauvé par son processus de mise en scène, et magnifié par un artiste qui sait que l’or se cache dans les fragments de roches brutes, et que pour les trouver, il n’y a qu’une seule issue : l’accident !

 

Chapeau, l’artiste ! Très bon film.

 

 

 

Dr Devo.

 

 

 

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Mercredi 9 décembre 2009 3 09 /12 /Déc /2009 20:00

Publié dans : Corpus Filmi







[Photo : "A l'abonne heure" par Dr Devo.]








Puisqu'à la rédaction tout le monde est un peu débordé par l'actualité focalienne de premier plan, soit la première séance de BON CHIC MAUVAIS GENRE à Lille qui a d'ailleurs été un succès retentissant, merci à vous d'avoir répondu présents, il nous reste malheureusement que peu de temps pour aborder les sorties récentes, par ailleurs nombreuses et intéressante en cette fin d'année. C'est pourquoi nous vous emmenons dans un voyage rapide et néanmoins spectaculaire à bord de la Ligne PIRE EXPRESS, au milieu de décors fascinants et d'une nature pas toujours si hostile. Attention à l'embarquement, fermeture des portes.

 

 


La compagnie et moi sommes ravis de vous recevoir à bord, notre première étape sera ZOMBIELAND de Ruben Fleischer (USA 2009), 5 minutes d'arrêt, merci de ne pas rire bruyamment pendant les silences pesants.

Cette espèce d'endive de Eisenberg, en bon nerd asocial se retrouve être un des rares survivants d'une épidémie zombiesque, dû au fait qu'il ne sorte jamais de chez lui et qu'il connait tout les films de zombie par cœur, et connais donc les pièges à éviter. A la recherche de ses parents, il rencontre Woody -TUEURS NES- Harrelson et deux ados à franges assez bonasses. Ensemble, ils vont tenter de rallier une zone non infectée et de mettre la main sur des twix avant leur date de péremption.

Ressassant toute la mythologie zombie post=moderne style Zombie Survival Guide, Left 4 Dead, World War Z, L’ARMEE DES MORTS, DEADSET et j'en passe, ZOMBIELAND tente de faire une comédie gore indépendante, donc forcement plus intelligente qu'une comédie normale ou qu'un film de zombie standard. Pas franchement surprenant, assez anonyme dans sa réalisation (mais pas laid non plus) le film lasse par l'utilisation permanente du second degré, des citations-clin d'œil pour geek, et des acteurs peu convaincants (Eisenberg joue le même personnage que dans le très sympathique ADVENTURELAND, mais bon, une fois ça suffit, et en plus dans ADVENTURELAND il donnait la réplique à la bella de TWILIGHT ce qui excuse beaucoup de choses a mes yeux). L'intrigue n'offre pas vraiment de surprise, la traditionnelle histoire d'amour est inconsistante (comment peut on tomber amoureux de cette tête à claque), et le film souffre de problème de rythme. Niveau mise en scène on a l'impression d'être devant une série TV, c'est à dire très fonctionnel et soignée, mais sans vraiment de choses originales. L'impression qui domine c'est le déjà vu, et j'ai eu bien du mal à atteindre la fin du film (qui ne dure qu'1h20). Le plus pénible étant cette recherche permanente de la connivence du geek, à base de citations et de placements de jeux vidéos/marques/musiques/références ciné qui donne au final l'impression qu'un département marketing est responsable du film. Nous vous prions maintenant de bien vouloir regagner vos places, le train va repartir dès que les derniers cadavres auront été enlevés de la voie.



 

On enchaine les kilomètres et nous nous dirigeons droit sur New York, attention ca n'a rien à voir c'est  WAZ de Tom Shankland (USA - UK 2007), nous vous prions de nous excuser pour le retard, les sandwichs sont lâchés dans les compartiments non fumeurs.

New York, dans le bronx, un serial killer laisse des équations mathématiques gravée dans le corps de ses victimes, toutes issues de gangs divers. La jeune Melissa George (vue dans 30 JOURS DE NUIT) fait équipe avec le vieux détective Stellan Skarsgard (un acteur de Von Trier !) et tout deux ne vont pas tarder à démêler le vrai du faux dans un New York croupissant, entre guerre des gangs, flics corrompus et équations métaphysiques comme leitmotiv d'un tueur étrange cherchant à rationaliser l'amour. Dans cette atmosphère glauque se trament des souffrances horribles, et alors que plus rien ne semble faire face à la nuit, un schizophrène découvre que la condition humaine est un problème impossible à résoudre, l'homme n'étant qu'un compromis foireux entre l'espèce et l'individu. En fait si, l'amour peut être la solution, mais ca, c'est à la fin.

C'est le premier film de Tom Shankland, mais vous allez me dire qui est Tom Shankland, ce a quoi je vous répondrai que c'est le réalisateur du récent mais invisible THE CHILDREN, sorti assez clandestinement dans quelques salles, à guetter en DVD donc. WAZ à les qualités et les défauts de beaucoup de premiers films, soit une certaine maladresse et une propension à chercher l'inspiration un peu partout au risque de donner un film assez bancal. C'est le cas ici, mais on sent quand même que le réalisateur a voulu faire quelque chose d'un peu original, par une photo très belle et des cadrages très chouettes, de nuit notamment. L'écriture aussi est assez intéressante, puisqu'on saura dès la première demi heure qui est le coupable, ce qui donne un ton plutôt giallo au film sans chercher à déployer une mécanique narrative trop bien pensée pour être honnête à base d’enquête compliquée, style les experts. Bon, la trame est archi classique, la jeune flic idéaliste associée au vieux flic alcoolique pourri, mais le traitement assez gore et premier degré est plutôt plaisant. Shankland évite de tomber dans le torture-porn à la SAW, et c'est déjà louab'. Maladresses enfin, parce que la mise en scène est quand même très brouillonne, et les scènes d'actions sont vraiment très mal foutues, avec trop de caméra portée et d'images saccadées. Les acteurs ne sont vraiment pas terribles : hormis les deux personnages principaux le casting pourtant composé d'acteurs connus est vraiment en demi teinte, voire franchement à coté de la plaque. En résumé, puisque les portes se ferment déjà, c'est une série B honnête et parfois très agréable, en plus ça ne coûte que deux ou trois euros dans vos supermarchés...

 



Messages à tous les passagers : en raison d'un mouvement social, nous vous prions de bien vouloir détacher vos ceintures et de vous mettre en position d’accepter votre sort. Pendant l’arrêt temporaire du rêve américain nous vous invitons à vous pencher par la fenêtre et à observer l’étrange activité qui règne (PARANORMAL ACTIVITY d’Oren Peli USA 2009) : un couple américain moyen plutôt aisé se retrouve confronté à des phénomènes étranges survenant surtout chez Madame pendant la nuit. Pour remédier au problème Monsieur filme la vie du couple 24h sur 24, à l’exception des parties de jambes en l’air car Madame est pudique, "et puis on n’est pas chez Dorcel". Devant nous, pendant 1h30, la vacuité totale de la vie minable d’un trader free lance et d’une étudiante ratée comblant leur manque flagrant de culture et d’intérêt dans les choses de l’esprit par un matérialisme exacerbée. Attention le film est terrifiant.

Sur un modus operandi exactement semblable à BLAIR WITCH ou CANNIBAL HOLOCAUST, soit un film totalement premier degré basé sur une reproduction de la réalité avec une grande rigueur, c'est-à-dire de faire des images laides et sans intérêt autre que d’attester que Tata Jeannette a réalisé le film promis-juré, ce PARANORMAL ACTIVITY ressemble à un porno amateur : même volonté de placer le spectateur en voyeur dans une vie de couple simulée, sauf qu’ici le but n’est pas l’excitation mais la peur de voir un élément incontrôlable débouler chez Mr et Mme tout le monde.

A mon sens c’est totalement râté puisque je me suis ennuyé comme rarement au cinéma. Les scènes "terrifiantes" à bases de couettes qui se soulèvent n’ont pas eu j’imagine l’effet escompté sur moi, la seule chose assez belle est finalement l’espèce d’improbable médium et son Ouija magique, je vous assure que ca vaut le détour. Les mécanismes de la peur sont ceux du traditionnel film de fantôme chinois, de la télé qui s’allume toute seul aux bruits de pas dans les couloirs (wahou !), passée la puberté vous devriez sans peine supporter "la terreur" promise sur l’affiche du film. C’est incroyablement laid dans la forme, les personnages sont d’une débilité tragique, et il y a une scène complètement pompée sur [REC]. Encore un grand cou d’épée dans l’eau en somme. Par contre chez les jeunes adolescentes le film a son petit effet, il y a presque autant de cris féminins suraigus que lors des plus belles heures d’un récital de Marc Lavoine. L’adolescence chez les femmes restera décidément un des grands mystères de la vie.

 

 


Mesdames et messieurs, nous arrivons en vue du terminus, il s'agit de LA ROUTE de John Hillcoat (USA 2009), nous invitons les personnes qui imitent le chef de l'Etat à remettre en question leur sens de l'humour avant de refaire appel à nos services.

Après le Cataclysme. La terre dévastée abrite encore quelques hordes de survivants luttant pour s'approprier les dernières ressources disponibles, dans les cendres et le froid, dans la solitude et la peur. Viggo et son fils marchent le long d'un chemin qui va de la mort de la Femme jusqu'a l'aube de l'Homme, entre traque sans merci et souvenirs heureux de quand on vivait tous les trois. Sur un air de fin des temps, instants à deux dans la lumière d'un feu de camp ou rencontres sinistres avec les sous-humains, sur fond de questionnements existentiels. Arrêtez de jouer avec la sonnette d’alarme.

Il y a de belles choses dans LA ROUTE, à commencer par une direction artistique vraiment jolie, des décors de toute beauté, sans fioritures inutiles ou effets spéciaux appuyés que les cadrages plutôt inspirés transforment en tableaux clairs obscurs, une photo pas trop grisâtre contrairement à ce que je craignais et quelques jolies fioritures ici ou là. Malheureusement ca ne suffit pas pour tenir la route (ho ho ho !) jusqu'au bout, et de nombreux défauts m'ont empêché de rentrer dans le film. Il y a notamment dans LA ROUTE une propension hollywoodienne à forcer sur le pathos qui m'ennuie profondément, qui passe ici par la musique de Nick Cave complètement mélodramatique, par le scenario et les dialogues franchement pénibles sur fond de piano (le rôle du gamin notamment, complètement insupportable avec ses leçons de morales) mais aussi par les scènes de blabla sur fond de piano cadrées toutes exactement pareilles, soit en plan américain en champ / contre champ sur fond de piano, et les moments de nostalgie avec Charlize Théron sur fond de piano utilisés d'une manière très peu intelligente à mon sens. C'est bien dommage car le sujet se prêtait bien à une adaptation cinématographique et il y a de très belles choses ici ou là, parfois assez poétiques même. On préféra le très beau NO COUNTRY FOR OLD MEN des frères Couennes, basé sur un bouquin du même auteur.


Mesdames et messieurs nous vous remercions d'avoir empruntés nos lignes, attention au retour au sol, laissez vos illusions se répandre sur le sol et faites attention aux journaux gratuits qui vous seront distribués en gare. Le chef du bord vous salue.




 


Norman Bates.





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Dimanche 6 décembre 2009 7 06 /12 /Déc /2009 21:27

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[Photo: "Les Rampeurs de Moquette" par Dr Devo.]





Dans un futur hypothétique, l’humanité aura suffisamment évolué  et appris de ses erreurs de  ne pas confier d’argent à un banquier ou à un trader quelconque usant d’un vocabulaire abscons à dessein de pouvoir s’en mettre toujours plus dans les poches. Mais j’ose espérer aussi que l’humanité aura suffisamment d’expérience pour ne pas croire tout ce qu’elle voit, pour ne pas tomber dans les pièges grossier d’une stratégie marketing toute puissante à la solde d’idéaux politiques ou pire encore, philosophiques. Le capitalisme aura muté en un nouveau système  ultra-libéral prenant en compte les aspirations individualistes d’humanoïdes bourrés de technologies les plus diverses pour éviter d’entrer en contact avec un semblable qui n’ait pas duement rempli son profil facebook en précisant sa position sexuelle préférée et son inclinaison politique. Heu, je m’égare un peu là. En 2009, en tout cas j’espère que l’humanité ne tombera pas dans un piège qui consiste à mélanger emballage marketing séduisant, discours politique de comptoir et cours d’histoires trafiqués dans le but d’établir une démonstration aussi bien économique que politique et surtout, plus que tout, n’appellera pas ça du cinéma.

 

En 2h00, Michael Moore parle de Mme Michu et de ses problèmes d’argent, de Mr Michu et de ses tendances guerrières quand on s’attaque à son pré carré, des révolutions industrielles depuis l’empire romain et dresse un portrait de l’occident capitaliste à grand coup de scandales financiers, de lois économiques, d’images chocs et de slogans racoleurs surfant sur la misère du bon peuple frappé par la crise, filme des corps inclinés sous le poids des dettes accumulées et invoque la Foi comme remède au Mal. 2h00 de film pour aboutir à la conclusion que "le capitalisme c’est le mal", même en terminale c’est limite, alors en ajoutant dans la démonstration une bonne dose de mauvaise foi, en utilisant l’émotion comme preuve et en comblant le tout par des séquences de micro trottoir dignes des plus beaux jours des émissions de Mireille Dumas, la moyenne s’éloigne dangereusement.

 

Plus encore que le propos, en cinéma le langage est déterminant. Que Michael Moore fasse un film pour montrer à quel point le capitalisme est mauvais pour la société humaine, aucun problème, grand bien lui en fasse. Par contre qu’il utilise le documentaire, la caution économique, politique et même religieuse pour démontrer de manière quasi propagandiste que le capitalisme est responsable des inondations, des problèmes de varices de Mme Michu et de la pluie les dimanches de pâques, c’est franchement dégueulasse, je pèse mes mots Mme Chazal, c’est proprement dégueulasse. D’autant qu’il s’en prend à des gens, toujours en les piégeant, et qu’il met en valeur la bonne vieille figure populiste de l’américain moyen, spolié et humilié par les grands. Mais ce n’est pas tout, il prouve par la même occasion, dans un grand moment de "défense Chewbaca" (voir la série SOUTH PARK) que Obama est le messie (sic) quasiment au sens religieux du terme. Et pour cela, il va faire pleurer de  chaudes larmes à l’américain expulsé par la multinationale tentaculaire dans des séquences absolument gerbantes et obscènes qu’il va associer aux photos de ton banquier dans son yacht des Seychelles. Et c’est constamment le cas ! Les explications économiques à grands coups de graphiques illisibles sur une musique dramatique sans que jamais on ne sache vraiment d’où viennent les infos, des raccourcis aberrants dans ses explications des rouages de la bourse et les traditionnelles séquences d’égo-trip d’un Michael Moore en one man show permanent qui s’en prend systématiquement à toute forme d’autorité comme un ado rebelle de 14 ans (s’attaquer au vigile d’une grande société en lui reprochant les agissements de son patron ! on croit rêver !). A la rigueur, au second degré, le film peut être marrant si l’on prend Moore pour une sorte d’Ignatius Reilly (personnage du livre LA CONJURATION DES IMBECILES) vagissant dans un monde de grandes personnes. Mais sinon qu’est ce qu’on s’ennuie ! Le film est d’une laideur inouïe,  et fonctionne comme un clip politique à base de dénigrements du parti adverse sur fond de musiques censées évoquer la tristesse le courage et la détermination face au mal absolu. Le montage est complètement utilitariste (si) et va beaucoup trop vite pour laisser le temps d’assimiler ce que l’on voit et que l’on entend, ce qui en dit long sur la démarche du personnage. Chaque idée en entraine une autre, mais au final c’est les pleurs ou les gags que l’on retient le mieux, et ceux qui sont de toutes façon d’accord avec Moore le resteront, et les autres le détesteront plus encore, à juste titre malheureusement. C’est un peu comme la fameuse séquence de BOWLING FOR COLOMBINE avec Charlton Heston, piégé par un procédé complètement immonde qui, au fond, aurait plutôt tendance à nous placer du coté de la victime plutôt que de son triste bourreau, incapable d’aligner un argument qui ne soit pas emprunt de mépris, de cynisme et de mégalomanie.

 

Il faudrait vraiment que Moore arrête de prendre le cinéma comme support pour ses pamphlets, et reviennent à ses anciennes amours, style ROGER ET MOI.

 

 

Norman Bates.

 




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Dimanche 29 novembre 2009 7 29 /11 /Nov /2009 22:44

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[Photo: non, non ce n'est pas, mais alors pas du tout Mireille Darc, mais Ilsa et un très plantureux prisonnier fermement tenus par deux exquises aides de camps...]







Comme on vous l’a dit il y a quelques jours, Matiere Focale s’associe avec quelques partenaires pour sortir du monde virtuel et s’incarner dans une jolie soirée "double feature" comme diraient nos amis américains (comme dirait Tavernier !), pendant laquelle vous pourrez voir trois films parmi lesquels L’ANGE DE LA VENGEANCE de Abel Ferrara, et MAISON D’EN FACE, le beau court de Jean-Christophe Sanchez avec Jean-Claude Bourret. Et puis, il y aura ILSA LA LOUVE DES S.S de Don Edmonds. Je sais, ça fait plutôt "triple feature", c'est-à-dire triple programme, mais n’oubliez pas, personne ne s’attend à l’Inquisition Espagnole !

 

Si Abel Ferrara avec L’ANGE DE LA VENGEANCE s’approprie le film d’autodéfense, pour le tordre, le broyer, et finalement le sublimer et le transformer en quelque chose de toute à fait personnel et original, ILSA LA LOUVE… est, au contraire, un film 100% exploitation, c'est-à-dire un exemple pur jus de ce cinéma bis des années 70/80. Mais ici, le sujet et le traitement du film sont tellement "henaurmes" que, ô doux paradoxe, toi l’ami des poétes, tu seras également totalement dépaysé ! Et ce n’est rien de le dire…



Allemagne, à la fin de la seconde guerre mondiale. Ilsa n’est pas une femme comme les autres. Docteur dévoué à la science, c’est aussi un officier S.S dont le sens de l’idéologie et de la rigueur est impressionnant. Elle a convaincu sa hiérarchie de lui confier un petit camp de travail, perdu dans la campagne allemande. Là, elle mène de terribles recherches  médicales sur les prisonniers et le prisonnières de guerre (car le camps est mixte !). Elle mène son petit monde à la baguette et à la cravache. Ce jour-là, un nouveau paquet de prisonnière arrive au camps. Commence alors une selection terrible : celles qui travailleront jusqu’à épuisement et, celle qui serviront de cobayes à d’hallucinantes expériences médicales.

Mais Ilsa n’est pas seulement cet officier soumis à la cause nazi et à l’Allemagne hitlérienne, c’est aussi une sublime femme dont les pulsions sexuels sont terribles et même insatiables!

C’est quand arrive un groupe de prisonniers mâles que la donne va changer. Car parmi eux, il y a Wolf, un américain dont une partie du sang est allemand. Et le beau prisonnier va attirer tout de suite le regard d’Ilsa bien décidé à le mater et à profiter de ses charmes. Mais, Ilsa ne sait  pas que Wolf n’est pas un homme comme les autres et que son terrible secret en fait un homme très au-dessus de la mêlée.  Et le bellâtre américain ne va pas hésiter à créer une forme tout nouvelle de subversion et de révolte qui va mettre le corps et l’esprit d’Ilsa à une terrible épreuve.

 


Faire un film ouvertement commercial et d’exploitation qui se passe dans un camps nazi dédié aux expériences médicales, voilà l’idée de très mauvais goût, ou issue d’une inconscience totale, à laquelle Don Edmonds se soumet volontairement, exploitant un sous-genre des films de sexploitation (action et érotisme marqués) qu’est le film de "naziplotation", puisque le terme existe. Un genre qui connut un peu de succès dans les années 70 et qui accoucha de pas mal de films très mauvais aux USA et en Europe, mais aussi la série des ILSA… qui fut d’ailleurs détourné et pillé jusqu’en France (avec le film ELSA FRAULEIN S.S dont nous avons déjà parler ici). C’est que ce ILSA LA LOUVE… a fait son beurre et donna des idées à beaucoup. La série originale se déclina même en trois épisodes dont le fameux ILSA, TIGRESSE DE SIBERIE, dont je vous avais déjà parlé aussi.

 

 

Ha oui, c’est sûr, ça fait drôlement bizarre, des années après, de retomber sur un tel film.  C’est que le cinéma d’exploitation, de la blackplotation aux films de femmes en prison (W.I.P) s’encombrait peu de délicatesse : héros dealers ou proxénètes, femmes battues, soumises et dévêtues croupissant dans des geôles dirigées par des sadiques, voilà un programme musclé et d’un mauvais goût très certains qui a quand même donné des choses drôlissimes ou tout à fait improbables.

 

 

Avec la seconde guerre mondiale et le nazisme, ça fait encore plus bizarre par où ça passe, et sur le papier, certains d’entre-vous hésiteront peut-être à regarder ISA LA LOUVE…

 

Crachons le morceau tout de suite, et versons-nous une tasse de Earl Grey dans la foulée en nous asseyant dans les fauteuils en velours molletonnés des bureaux de Matière Focale : vous allez, en refusant de voir le film, louper une bonne tranche de cinéma, très rigolote, et surtout, pas du tout sinistre et perverse. Enfin si, ce sera pervers, mais sous la férule d’un érotisme assez bon enfant quoique frontal.

 

 

Reposons un moment nos livres d’histoire, et entrons dans ce film très étrange par l’autre porte, celle de derrière étais-je tenté de dire. Je ne sais pas si vous prenez un sucre ou deux dans votre thé, mais moi, j’aime à y rajouter juste une goutte de citron, ce qui est fort coûteux, mais me semble indispensable. Alors, avant de goûter ce délicieux cheese-cake dont je tiens larecette de ma grand-mère (et remarquez que Winston, mon cuisinier, me l’apporte avec de la crème), je vous le dis tout de go, et même j’ajouterais, sans détour : ILSA LE LOUVE DES S.S a une portée historique quasiment inexistante. Ceux qui veulent du Dossier de l’Ecran vont en être pour leur frais. ILSA LA LOUVE… parle à peu près aussi bien de la seconde guerre mondiale que la série L’ANE TROTRO parlait du conflit américano-coréen. Même si les nazis ont fait des expériences médicales, et pas qu’un peu, la portée documentaire ou philosophique de ILSA LA LOUVE est, disons-le, complètement nulle !

 

 

Mmmmmmm, ce petit scone m’a l’ait tout à fait délicieux…

 

 

Ilsa, incarnée par l’énergique et plutôt précise Dyanne Thorne, est une femme tout à fait gouleyante. Grande, plantureuse, on est d’abord frappé par son regard clair et attentif, et ensuite par une plastique mammaire, d’abord, et fessière, ensuite, tout à fait remarquable. Et élégante aussi, car elle sait mettre en valeur, et je vous assure, ce n’est rien de le dire, ce physique confortable en supprimant un bouton, pas douze, rien qu’un, ici mais pas là, ou encore en troquant l’uniforme nazi classique pour des chemisiers blancs et cintrés que ne renierait pas un Lagarfeld Karl, je vous assure.

Puisqu’on parle de mode, permettez-moi aussi de décrire les aides de camps de Ilsa, des sous-officiers de sexe féminin exclusivement (les hommes gardent la porte du camps ou se font suer dans les miradors pendant ce temps-là), des femmes qui respirent plus la Teutonie d’opérette qu'autre chose, mais dont les charmes "dominas" sont à noter. Elles ont hérité de leur patronne un sens du devoir très poussé, et on voit sur leur visage que ce travail les passionne. Elles n’hésitent jamais à faire des heures supplémentaires et à aller mater un prisonnier un peu insolent dans  de longues séances de fouet nocturnes, et ce malgré la chaleur qui règne dans la salle de torture, ce qui les poussent à accomplir leur devoir seins nus. (Et pas avec du martinet du samedi soir pour couple en mal de coquinerie : c’est du fouet de compétition, vous pouvez me croire).

 

Côté prisonniers, Don Edmonds sait aussi créer l’élégance. Chez les hommes,on est loin du costume rayé historique, et on préférera des ensembles de style pyjama, assez prés du corps, accompagné de veste en matériau noble et souverain (toile de jute) dont le nombre hallucinant de boutons permet de très appropriés déboutonnages (oops! répétition!), à la ville comme au travail. Chez Wolf, le héros américain dont on soulignera l’incroyable volonté à ne pas laisser la guerre mettre en péril son charme capillaire (la bête est blonde, bien sûr, Mesdames!), le bas-pyjama permet de souligner assez pudiquement la courbe de la chute de rein et l’impeccable composition de ce fessier mi-américain mi-européen. Les boutons supérieurs sont bien sûr systématiquement défaits pour plus de style, de charme et de productivité, au travail comme dans l’intimité.

 

Chez les femmes, puisque le film commence par la question physique et vestimentaire avec le tri, précis mais subjectif, des jeunes filles jugées sur leur apparence, puis sur le physique originel, selon des critères que l’on devine assez vite comme étant judicieux (je vous laisse la surprise), chez les femmes, disais-je, c’est la blouse qui déclenche l’unanimité. Ample, mais pas ouverte, elle permet aisance mais aussi, quand le labeur est plus dur, d’aérer le corps et le dévoiler avec pas mal de classe, et ce d’autant plus que la blouse se porte quasiment en robe, forcément courte, dispositif facile diront les puristes, mais qui dans la pratique se révèle judicieux là aussi, puisqu’elles permettent par les jambes ou les hanches de mettre en valeur des physiques très différents. Un dispositif qui permet de profiter des charmes de chacune, grande ou petite, fine ou gironde, avec un égal appétit.

 

Le casting, chez Don Edmonds ne suit pas non plus la reconstitution mortifère à la James Ivory et se base sur un jeu d’opinions subjectives. Nos prisonnières, même malades, mêmes torturées, même affamées sont toujours charnues, et les prisonniers ne sont pas gringalet et dévoilent des corps qu’on croirait issus des corps d’élite des sociétés sportives. C’est de l’homme, du vrai, attentif et doux certes, mais aussi fermes et décidés, à l’image des poils du torse, toujours présents mais pas envahissants, ou de la barbe de trois jours toujours appréciés quand il s’agit de séduction.

Donc, on l’aura compris, pas de corps squelettiques et décharnés, mais au contraire, des créatures de caractère. Dehors, Actor’s Studio! sors d’ici Méthode! Un trou dans le vêtement ou un tremblement tout simple de la mâchoire exprimera bien mieux la servitude, la pauvreté et la famine qu’un maquillage luxueux ou qu’un régime robertdeniroesque (oh non!). Edmonds préfère la synecdoque, et si jamais il ne sait pas ce qu’il veut dire, alors il dira qu’il préfère un corps beau pour ensuite se reposer sur le jeu d’acteurs.

 

Sur ce dernier point d’ailleurs, c’est délicieux. Si Dyanne Thorne fait beaucoup pour le charme vénéneux du film, car elle est délicieuse de A à Z, et investiecomme rarement dans son rôle, sortant de tout champ du probable avec un sérieux et un malice froide à toute épreuve, ici et là ça papate volontiers, même si ce n’est pas systématique. Bien entendu, tout cela n’est pas du Shakespeare. Mais nous voilà devant une belle cohabitation de jeux différents, allant du très bien à l’improbable, et souvent nageant dans les eaux du hors-piste, si vous me permettez la dangereuse expression (qui pourtant illustre bien le film : faire du ski sous l’eau !). Les petits rôles sont absolument croquignolets et ravira les fines gueules : général obèse et pervers (scène d’anthologie au sujet rarement abordé dans le cinéma conventionnel commercial, mais je ne peux vous dévoiler cette surprise, très bien amenée d’ailleurs par un travelling verticale saisissant en contrechamp… Mais, chut…), son aide de camp blondissime, rappelant un David Bennett en plus âgé, soumis à la hiérarchie mais ayan un coup d’avance et qui se révélera plus sadique et technicien que tous les autres, gardes abrutis se faisant assassinés par des prisonniers handicapés par le manque de tout pourtant, petite nazie de rien complètement pervertie par le sexe et aussi vulgaire qu’un troupeau de vieilles dames pyhtonesques, beau prisonnier italien et ténébreux… C’est un sans faute. ajoutez pa là=dessus des accents germanico-teutons totalement iimprobable et de bon aloi, bien sûr

 

 

 Oui, vous êtes bien gentil docteur me diriez-vous, et je dirais merci, si vous n’ajoutiez derechef : est-ce que ça se tient ?

Plutôt bien, oui.

 

Le grand truc de ILSA LA LOUVE, on l’aura  compris, c’est quand même l’exploitation et donc le genre. On a beau être dans le sous-genre, voire dans le sous-sous-genre, les objectifs, quoique mixtes, sont très clairs. Et c’est précisément sur ce point, que le film dégage un charme certes vénéneux (oh, répétition!), mais irresistible et troublant. Il y a deux versants chez Ilsa, il y a deux versants dans ce film, et il y a deux versants dans notre soif spectatoriale, mot que je me dois d’inventer. ILSA LA LOUVE navigue entre deux pôles opposés : le travail et l’amour physique, c’est à dire entre le plaisir et le devoir, entre l’objectif bureaucratique et la recherche expérimentale personnelle, entre la carrière et la pulsion. En terme de cinéma d’exploitation, la chose est vite traduite et ce sera par les deux termes: "gore" et "érotisme". Edmonds découpe une narration classique, plutôt rigolotte et efficace qui joue énormément sur la découverte, un peu factice du spectateur. Une scène d’amour, puis sa conclusion hallucinante, une scène de torture (et pas n’importe laquelle). Puis déshabillage en règle des prisonniéres en un long, très long casting en tenue d’Eve ou d’Adam, puis expérience médicale, etc…

 

Comme je le disais, tout repose sur le personnage d’Ilsa. Son charme vient de l’incroyable rigueur de son action, la passion même qu’elle met dans ses deux vocations : la torture et le sexe. L’un ne nourrit pas tout à fait l’autre, mais par contre, il y a dans le travail de l’amour physique, une espèce de prolongation du travail salarié, si j’ose dire, d’Ilsa. Ce qu’Ilsa essaie de démontrer, et elle y arrive les doigts dans le nez, d’ailleurs, c’est qu’elle ne doit pas son statut social à un quelconque jeu de placement administratif ou à un qeulconque sens des mondanités. Elle semble même rejouer sa carrière au jour le jour. Il n’y pas de petites expériences, il n’y a pas de coïts mineurs, c’est chaque jour, avec rigueur, qu’on construit son œuvre. La puissance magnétique d’Ilsa, c’est cet acharnement du travail bien fait. Elle fait ce qu’elle est, car dans cette application passionnée, elle domine nettement. C’est la maîtresse du jeu, et dans le huis-clos administratif et historique qui sert de contexte au film, dans ce microcosme, elle gagne à chaque fois, mais attention, pas par une espèce de puissance ex-machina, mais parce que c’est elle qui excelle. Il y a donc quelque chose de fondamentalement iconoclaste chez cette femme. Réussite sans tâche au départ, puis prise de position phénoménale vis à vis de ses recherches personnelles (là aussi, je ne peux rien vous dévoiler, mais le but des tortures et des expériences médicales est une alliance entre le débile et l’improbable qui vous fera extrêmement rire), les modousses opérandailles de Ilsa la mette, de facto, en porte à faux avec sa hiérarchie (qui admire son travail, paradoxalement). Son protocole expérimentale vise bien au-delà de la machinerie et la mythologie nazies. Ilsa est une artiste, baroque et précise. Elle a un but qui tend à prouver que son parcours est le bon. Le chemin est la destination. En étant, elle travaille. En travaillant, elle est un personnage unique en temps d’uniformes par milliers.

 

Le film déploie donc une litanie incessante, enivrante même (ce qui en fait un plaisir de cinéma hors-norme) de jeux, d’imageries qui bien sûr repose sur l’érotisme SM. La dialectique du film, c’est la domination. The masters and the servants. La dialectique de l’esclave. Ilsa domine le jeu, domine les sexes, fait "aboutir" (professionnellement et sexuellement) ses partenaires, parce qu’elle est la plus forte, la plus virtuose. Et le personnage de Wolf est délicieux, car son "pouvoir" idéal, va retourner la situation, si j’ose dire. Le divin s’introduit, sous la forme d’un sexe de demi-dieu qui pipe le jeu, bien sûr. Ilsa, maîtresse de tous les systèmes, est battue par la poésie, c’est à dire l’impensable et l’impossible incarnés. Elle a perdu d’avance, mais ne le sait pas. Comme dans la doctrine philosophique évoquée plus haut, les jeux de pouvoir vont s’inverser, le riche devient le pauvre et vices et versa. D’aucun trouveront le procédé complètement stupide, et ce n’est pas totalement faux. Mai, punaise ça fonctionne. Car ILSA LA LOUVE DES S.S et ses avalanches gores, et ces corps dénudés et appétissants, c’est le triomphe du film improbable, sérieux comme un pape, voué au fantastique, où les détails absurdes que je ne peux dévoiler ici dans le cadre d’une critique qui respecte la notion de découverte chez le spectateur, abondent dans tous les sens. Les rires fuseront certes, mais l’esprit vagabondera aux fils des fantasmes que l’ont voit arriver au petit trot, tranquillement, à l’horizon, et qui, une fois qu’on les a sous le nez, nous étonne quand même. L’érotisme est une façon de prédire, de promettre, et au moment de l’accomplissement, de surprendre, de devenir imprévisible. Christopher Walken le disait très bien : "le sexy, c’est de ne pas pouvoir prévoir ce qui va se passer dans la seconde suivante". Don Edmonds, pas manchot d’ailleurs (le film est correctement cadré et très très bien éclairé par endroit, et ne fait pas du tout mal aux yeux), livre un film qui dépasse la norme, va au-delà du bon et du mauvais goût avec assez de tact et assez d’inconscience. Dans ILSA…, il y a toujours une scène érotique prête pour vous, toujours une scène horrifique pour vous glacer d’effroi comme tout bon film d’horreur, il y a toujours un truc improbable qui débarque, toujours un rire qui se prépare. Il y a donc une promesse satisfaite dans ce film : celle du plaisir pur du cinéma de genre. Même si le film de Don Edmonds ne ressemble à rien d’autre au final. Quentin Tarantino lui-même ne s'y est pas trompé en rendant hommage, via la réalisation de Roberto Rodriguez, à ce film, via un pastiche délicieux. 

 

Notons que lorsque nous projetteront ce film, le 4 décembre, lors de la soirée BON CHIC MAUVAIS GENRE, ce sera sans doute votre unique occasion de voir le film en salle. Ne laissons pas le temps détruire la copie du film sans que nous l’ayons vu. Et nous pourront, sourire aux lèvres, plaisir resplendissant dans notre regard fier, être les témoins que ce film a existé.

 

 

Je n’aurais qu’un mot, celui du poète : "pour le plaisir".

 

 

Dr Devo.

 

 

 

 

 

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Mercredi 25 novembre 2009 3 25 /11 /Nov /2009 19:56

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[Photo: "Mot et Lumière" par Lj Ghost.]





Alors que l'actualité focalienne est toute tournée vers la magnifique soirée cinéma Bon Chic Mauvais Genre, qui a demandé des mois, que dis-je, des années de préparation pour peaufiner aux petits oignons la programmation de cet événement qui en appelle d'autres et vous proposer des films tous plus beaux les uns que les autres, le reste du cinéma n'est pas en reste et nous n'oublions pas les à-côté, nous n'arrêtons jamais la fouille précise et heurtée à la recherche des plus beaux moments du cinématographe, parfois passés sous silence, d'autres sous les feux des spotlights, mais toujours à la vue de tous, encore faut-il savoir où regarder ! C'est dans le confort d'une salle de cinéma feutrée que je vous emmène. Mais en fait pas tout. Où sommes-nous ? Et si cela n'avait pas d'importance ?

 

 

Jean-Daniel Pollet, petit cousin des réalisateurs de la Nouvelle Vague, plus proche de Jacques Rozier et Luc Moullet que de Godard et Truffaut, semble trimballer son ombre sur le cinéma français depuis la fin des années 50. Peu de films, tout juste un petit succès avec L'ACROBATE en 1976. Pollet rencontre le Nouveau Roman, lit Francis Ponge, décide de l'adapter au cinéma. Il s'adjoint les services de Michael Lonsdale pour la voix-off, et filme dans son mât en Provence, semble-t-il. Filme quoi ? Ce n'est pas la bonne question.

 

 

Ou plutôt si. Le héros de DIEU SAIT QUOI est la Nature, ou alors c'est une lampe à huile, la télévision, des galets, un verre d'eau. C'est peut-être l'homme, qui brille des mille feux de son absence, dont l'ombre s'écarte et s'évapore comme du savon dans de l'eau chaude, et qui se cogne sans cesse aux barrières de pierre, aux piliers et à la lèpre. Qui se cogne sans cesse à l'expression même de son coeur, de son âme, de sa spiritualité. Qui se cogne à sa condition d'escargot, traînant lentement sa cohorte de destruction, les yeux révulsés et fuyants, en quête du mot qui pourrait le sauver. Le mot. Mot.

 

 

 

 

Il n'y a plus rien, il n'y a plus de structure. Il y a la pluie qui tombe et qui bruine et qui pleure sur les vases regroupés, et il y a l'homme qui crie son existence, il n'est pas qu'une goutte de rosée sur le pétale d'une fleur, il existe et veut exister, ne jamais mourir et pouvoir parler, parler, parler, pour ne rien dire parfois, parler pour ne pas ressentir, parler pour arrêter les larmes. Et se taire, et écouter le vent, et contempler la beauté du monde, en se tenant à sa fenêtre jour et nuit, qu'il neige ou que soleil luise, en observant l'oiseau qui passe et le nuage qui s'amuse. En observant sa vie aussi, en regardant en arrière pour pouvoir aller de l'avant, ou alors pour s'arrêter, mais non, on bouge, tout le temps, l'appareil, la caméra, l'oeil, la conscience, elle est vivante, en mouvement, et serpente et recule, et jette un regard d'une précision terrifiante sur ce que nous avons été, sur ce que nous avons fait, sur ce que nous avons manqué, parfois réussi, peut-être, au détour d'une image sur la télévision, au détour de l'expression d'un visage abîmé ou des mots de Charles Baudelaire. Le temps n'existe pas, mais on tente de le sceller quand même, pour garder quelque chose, un bruit, un citron ou un violon. D'accord, il y a eu Picasso et il y a eu Chaplin, mais moi ? N'ai-je pas réussi, aussi ? Il y a mon visage quelque part dans cette maison, ou dans ce verre. Est-ce que mon visage dit qui je suis ? Est-ce qu'en me regardant je regarde le monde aussi, n'est-ce pas à ce moment que je suis le plus précis et universel ?

 

 

On rate le départ de la vague. On rate notre départ parce qu'on ne regarde que la vague, on n'a pas vu que l'on partait en biais, à une vitesse exponentielle, ou est-ce qu'on revient ? Où est-ce qu'on revient ? On n'a pas vu le mouvement d'appareil dans la roue qui borde la rivière. Mais y en avait-il seulement un ? On est immobile alors que l'on a l'impression de bouger. On tente de fuir, de passer au-dessus des murets de pierre, mais l'obstacle est trop haut. Seule semble compter l'illusion. La lumière est l'illusion que l'on voit, ce que l'on regarde. On a vu toutes ces lumières, toutes en une seule, si bien écartées, si bien délimitées : la lampe, le projecteur, le soleil, la télévision, la bougie. Réunies par le mouvement. Ample et lent, répétitif, aliénant. On vit grâce à la lumière, on se souvient grâce à la lumière. Photosynthèse, photographie. On tourne autour de la table et on regarde deux lumières se battre. Se battre ou faire l'amour ? Même les lépreux ont droit à l'amour. Et ces temples que l'on construit, ce n'est pas pour l'amour de Dieu ? Où est-il, Dieu ? Il est dans les galets et dans la caméra qui tangue, qui bouge immobile. On est immobile et elle bouge. On ne regarde pas avec ses yeux, on pourrait presque les fermer. On pourrait presque ne pas parler. L'expression n'a pas besoin de mots, elle vient du fond, elle vient de nous, elle vient de on. L'image cinématographique est un mot. Ici, elle est poésie.

 

 

DIEU SAIT QUOI est un film éblouissant.


LJ Ghost.





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Lundi 23 novembre 2009 1 23 /11 /Nov /2009 19:22

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[Photo : "Le téléphone-peur" par Norman Bates, d'après une photo du film L'ANGE DE LA VENGEANCE de Abel Ferrara.]










A chacun sa vision de la fin du monde : désastre écologique, capitalisme outrancier, explosion nucléaires, de l’écolo naïf au rebelle gauchiste, on surfe sur le sujet anxiogène du moment pour faire des films alarmistes et donneurs de leçons à grand renfort d’images choquantes et racoleuses. La démarche d’Emmerich est un peu différente puisqu’il ressort ces bons vieux mayas qui avaient soi-disant prévu la fin du monde pour 2012, le 21 décembre exactement. Moi ca me gêne pas plus que ca, s'il y a des crétins pour croire qu’une civilisation est prestigieuse pour avoir inventé le maïs et les  sacrifices humains pendant à peine 600 ans avant de disparaitre dans un fiasco total, faisant de cette soi-disant société idéale une des plus courte de l’Humanité, c’est leur problème. Surtout qu’en fait cette théorie est basée sur une erreur de calcul grotesque. Bref, Emmerich semble prendre un parti complètement idiot et absurde, et en fait c’est plutôt marrant face aux ténors du culpabilisme, car l’homme dans 2012 n’y est pour rien, enfin presque.


 

En 2009, Norman Bates se rend dans un cinéma parisien sans se douter qu’il va être à l’origine d’événements grandioses et improbables qui seront un prélude à deux heures et demie de désastres en effets numériques high tech. En 2012, John Cusack se réveille a la bourre alors qu’il doit emmener ses gosses faire du camping dans le Yellowstone. Evidemment c’est du Emmerich : le héros est un tout petit looser qui a perdu sa femme –mais ils s’aiment encore sans le savoir- qui s’est barrée pour un épouser un mec riche –mais qui semble être un vrai connard- et lui ,en tant qu’écrivain raté, est obligé de faire des boulots humiliants pour vivre seul dans un appartement minable entre deux gardes de ses enfants. Tout aurait pu continuer ainsi s’il n’avait pas rencontré en chemin La Fin Absolue Du Monde provoquée par les Mayas, Norman Bates et un alignement de planètes quelconques qui aura fait chauffer la température du soleil à grands coups de neutrinos (ca fait peur les neutrinos) et ainsi provoqué des réactions chimiques en chaîne, qui iront jusqu'à faire chauffer le cœur de la terre, bouillir les océans et faire s’entrechoquer les plaques tectoniques causant ainsi des tsunamis, tremblements de terre, failles et éruptions de volcans tout autour du monde. Evidemment, Cusack va fuir avec ses sales gosses et son ex-femme prouvant ainsi qu’il vaut mieux que son nouveau mari, et ensemble ils vont traverser une compilation de tout les films catastrophes sortis jusqu'à présent, ce qui du coup fait de 2012 une sorte d’apogée du cinéma catastrophe, méta-film portant tous les tourments du monde, du capitaliste russe au président noir, de l’écologie à l’astrophysique, des mythes aux technologies de pointe, tout y passe. Dans ce grand cirque de La Fin Absolue Du Monde il ne manquera pas d’assister aux numéros traditionnels du Gentil Asiatique, du Méchant Russe, du Noir Sympa Humaniste, du Méchant Blanc Capitaliste, du Scientifique Indien, de la Pute Blonde Superficielle Avec Faux Seins et du Religieux Tibétain.  Tout le monde enchaîne les numéros devant un monsieur Cusack Loyal qui, en bon américain-looser-moyen-qui-ne-fume-pas, comprend toujours 10 minutes à l’ avance ce qu’il faut faire, et qui va reconquérir l’amour de ses gosses et de sa femme au final.


 

Le vrai héros du film pourtant c’est cette Fin Du Monde, ces 2h30 de déluge grandiose qui s’abat sur tout les pays du monde, impeccablement modélisés en 3D et filmés dans un scope éclatant entouré d’un dolby surround digital poussé jusqu’aux limites du supportable. Cette mécanique est entrecoupé des traditionnels moments violons à base de "Le monde tel que nous le connaissons est sur le point de disparaitre", "Papa, quand est ce qu’un rentre chez nous ? Il n’y a plus de chez nous, fiston",   ou les "Que vaut l’humanité si nous sacrifions nos propres frères" prononcé par Noir Sympa Humaniste au bord des larmes, dans un accès de violons à rendre sourd n’importe quel Robert Redford. Pour autant, toute cette mécanique bien huilée et traditionnelle du Emmerich-movie est tellement poussée qu’elle devient fascinante. Et tout à fait sérieusement, je pense que on a là une de ses meilleurs œuvres, un surpassement total de toute sa carrière. En fait je pense que, peut être sans s’en rendre compte, Emmerich à réalisé un des films les plus nihilistes de ces dix dernières années, un film d’une noirceur absolument insondable, un film qui, au fond, traite de la condition humaine d’un point de vue quasiment métaphysique. Si si ! La trame biblique du film oppose l’homme en tant que figure face à Dieu, c'est-à-dire qu’il n’y a pas de méchants coté humain,  il y a juste des hommes à la fois enclins à faire le mal et le bien, comme par exemple Méchant Russe qui agit de manière a sauver ses enfants, quitte à enfoncer les autres, mais Cusack aussi tenez vous bien : sous ses bons airs sympas, il s’en sort en marchant sur les pieds de tout le monde pour sauver sa famille et draguer son ex. La véritable question c’est: qui peut donner à l’homme une chance de faire le bien dans un contexte ou la seule cellule à laquelle il est a même de rendre des comptes est la famille qu’il doit justement sauver ? En gros, il n’y a pas de justice possible dans l’action immédiate qui consiste à choisir entre ses gosses et ceux du voisin. Du coup, chaque cellule familiale est productrice de sa propre violence qui contamine les autres ! Seul Lama Lapidaire, sorte de Dalaï Lama jeanclaudebrialiste, est prêt a faire un effort pour les enfants du héros, mais c’est parce qu’il est dans son rôle de Gentil Asiatique et qu’il veut donner une bonne image de sa religion. Mais sinon, le film se termine de la pire des manières, par la survie de quelques humains choisis uniquement de par leur utilité dans l’optique d’un nouveau monde, c’est du nazisme quasiment, les hommes sont définis par leur métier, par leur gênes, par leur valeur sociale, valeur sociale qui est d'ailleurs décidée par le plus fort des camps, c'est-à-dire le plus riche ! Les dernières images du film font froid dans le dos: on y voit une humanité remplie de scientifiques, d’économistes ou de politiques mais sans aucun artiste par exemple, qui ont tous crevés dans l’indifférence générale. En gros, il reste Cusack -écrivain minable-, sa femme qui l’a trompée et leurs gamins complètements cons entourés de mecs style Obama/iphone. Il n’y a pas d’échappatoires pour une humanité qui se sauverait d’elle-même, à cause justement de la famille et des valeurs traditionnelles sociétales, indispensables peut-être pour vivre en société, mais qui favorise au fond toujours une sorte de caste de gens bien nés. Quel désespoir accablant nous assaille ! Et le film se termine par U2 ! Si quelqu’un m’avait donné une arme à la sortie du cinéma je me serais flingué sur le champ.


 

Il est évident qu’il faut voir 2012 dans une salle de cinéma. L’aspect "grandiose" des scènes de destruction ne passe que par l’utilisation d’effets, aussi bien visuels que sonores. C’est une sorte de manège de foire décadent : on imagine sans peine des hordes de graphistes  s’évertuer à modéliser dans les moindres détails des monuments, pour les détruire ensuite, comme si toute cette course aux meilleurs effets spéciaux, aux plus belles images de synthèse contenait en soi sa propre Fin, comme l’Humanité ! Chacun cherche à construire quelque chose de mieux mais pour cela il faut détruire quelque chose qui n’aurait pas un état de finitude accompli. Emmerich à du lire Nietzche avant de faire le film, tellement sa philosophie inonde chaque plan, du procédé à l’accomplissement. Dans cette perspective, les scènes classiques sentimentales dont je me moquais plus haut, ont une toute autre portée, une sorte schématisation des mœurs, de carcan solide qui voudrait que les choses dites le plus simplement et les plus spontanément sont hypocrites, comme si dans les "je t’aime" on disait en fait "je déteste tout les autres", comme si nous portions tous en nous Notre Propre Fin Du Monde, comme si ce que nous ne serons jamais aurait été beaucoup plus beau que ce que nous sommes malgré nous. Le pire des cas alors serait que l’on puisse survivre à Dieu, et dépasser en horreur ce que cette limite nous empêchait d’atteindre jusqu'à présent. Dans un style codifié à l’extrême, rempli a ras bord d’effets spéciaux lourdingues et assez laids, de saillies patriotiques et/ou  pathétiques, de symboles caricaturaux (il faut voir la représentation des pays : l’italien par exemple se met à prier dès qu’il se passe quelque chose de bizarre), de surcharge sonore et d’empathie pour les animaux mignons, Emmerich dépeint un monde  coincé entre la peinture de Bosch et le calendrier des pompiers, entre Dante et Céline Dion, bref entre notre attirance pour le désastre et notre volonté de nous surpasser à l’éviter.



 

Norman Bates.

 

 

 

 

 

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Dimanche 22 novembre 2009 7 22 /11 /Nov /2009 14:00

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[La superbe actrice Zoe Lund dans le film L'ANGE DE LA VENGEANCE.]






AVANT PROPOS

Comme vous le savez, Matiere Focale co-organise une superbe soirée cinéma intitulée BON CHIC MAUVAIS GENRE, le 4 décembre prochain au cinéma majestic, à Lille. Il y aura deux films diffusés (en plus d'un court-métrage), à savoir ILSA LA LOUVE DES S.S, et L'ANGE DE LA VEANGEANCE dont Norman Bates vous fait la critique détaillée ci-dessous.
Pour avoir plus de renseigenement sur cette soirée:
cliquez ici !

Dr Devo.





Quand le Dr Devo m’a demandé d’écrire un article sur L’ANGE DE LA VENGEANCE grâce, ou a cause, de la diffusion du film en salles sous l’égide de Matière Focale, j’ai très vite été confronté à deux problèmes : comment écrire un article avec une énorme gueule de bois, et surtout comment ne pas transformer le dit article en lettre d’amour à feu Zoë Lund (ex Zoe Taverlis), femme immense, morte trop tôt : activiste politique, top model, écrivain, poète, scénariste, actrice et enfin réalisatrice, en 40 ans de carrière elle aura touché a tout ces domaines artistiques avec talent et grâce. Elle a notamment eu un rôle extrêmement important dans BAD LIEUTNANT, dans le film comme dans sa genèse et a dit que les choses en devenir sont plus belles que les choses qui se contentent d’être, puis elle est morte. Vous voyez je n’arrive pas m’arrêter. Regardez son court-métrage HOT TICKET. Je m’arrête. Promis.

 

Le titre français n’est pas terrible du tout, je préfère nettement appeler le film MS 45, parce que c’est plus court et plus beau. Zoë Tamerlis-Lund se fait violer en rentrant du boulot, et ce à deux reprises, en conséquence de quoi elle décide en accord unanime avec elle-même et la Conscience de prendre les armes et de se faire la vengeresse de toutes les femmes battues et humiliées. Moi je trouve ca classe, la plupart des gens à sa place seraient devenus politicien, ou pire encore rappeur. Femmes humiliées, femmes torturées, femme violées, la litanie est sans fin dans les rues de New-York. Porte parole muette de toutes les sans-paroles, elle distribue de la bonne nouvelle en calibre 45 à tous les machos virils profiteurs non inquiétés de la grâce et de la tendresse, rappelle en silence que la femme originelle et matricielle est le devenir incarné de toute forme d’Amour contrairement à ce que la religion à fait d’elle. MS 45 empreinte une thématique forte et pleine de symbolisme un peu outrancier à la BAD LIEUTNANT: même New York pourrissant, même héros aux inspirations rédemptrices et vengeresses, même symbolique chrétienne orchestrée aux rythmes des balles d’une réalité où les bonnes sœurs seraient plus Marie Madeleine que Vierge Marie, et enfin, et surtout même, femme frêle qu’on dirait prête a céder, même litanie du désespoir assénée à grands coups de revolver, et mêmes tentations mystiques auxquels l’humain se retrouve confronté en dernier recours. MS 45 comme BAD LIEUTENANT sont des glissements progressif vers le sauvage, la folie, et ce qu’elle entraine comme sensations : à l’image la retranscription passe par une altération, une superposition ou une association d’idée par exemple. Il y a un travail très beau sur les sensations et la manière dont elles sont perçues par Zoë, notamment lorsqu’elle effectue son premier meurtre : l’œil de la voisine qui apparait en surimpression pour symboliser la paranoïa, ou l’apparition un peu dans le style  fantôme chinois, du violeur. La paranoïa apparait aussi via le fer à repasser, outil de travail utilisé comme arme, et vice versa, jusqu'à ne plus faire la différence. Ca joue sur les images, leur signification, jusque là je dis banco.

 

Même si les années 80 sont loin, il faut bien reconnaitre que leur passage n’aura pas été discret sur le monde du cinéma : le film a un peu vieilli et le charme un peu kitsch qui se dégage par moment du film n’est sans doute pas celui recherché par Ferrara, de même que des costumes et coupe de cheveux émane une légère impression de ridicule. Il serait pourtant dommage de tomber dans le jeunisme et de passer à coté des formidables qualités de mise en scène, notamment dans des plans fixes d’une composition à tomber, dans la sexualité presque morbide qui nait de corps découpés, de balles de pistolet, de chorégraphies cycliques, en forme de mantra, d’une violence ritualisée ou encore dans les jeux de caméras hallucinants qui fourmillent d’idées multiples à chaque instant. Chaque plan semble réfléchi et plein de sens, la connotation des associations temps / idée fonctionne à merveille, et puis, et surtout, on en revient toujours à la prestation sans faille de Zoë Lund. Chaque scène est remplie de gourmandises, c’est vraiment un régal. Il ne faudrait pas pour autant penser que le film est sérieux ou morbide : non il y a pas mal d’humour, une bonne dose de dérision et une sexualité débridée qui fait plaisir à voir. Et puis, la fin du film est un modèle de jeu sur la durée et sa perception au cinéma, avec la fameuse scène finale très connue de la fusillade d’halloween, éprouvante et sublime, qui distille en très peu de temps tout les thèmes du film, alors même qu’il ne semble pas se passer grand-chose : le masque social, son éclatement, la reconnaissance des pairs, l’amour éternel, la mascarade religieuse, l’abdication de l’Homme, la femme souveraine et la mort libératrice. Tout ca dans une orchestration infernale, où le jeu se fait en même temps sur le son, le temps et le cadrage, dans une fusion totale et complètement sensuelle qui vaut bien n’importe quel grand discours.

 

Alors messieurs mesdames, il va sans dire que l’on vous attend de pied ferme à la soirée Bon chic Mauvais Genre, le 4 décembre, où l’équipe de Matière Focale sera présente.

 

Norman Bates.

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Mercredi 18 novembre 2009 3 18 /11 /Nov /2009 20:17

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[Photo: "Love is the drug" par Dr Devo.]







La théorie la plus admise concernant la naissance du système solaire, et par conséquent de l’humanité, est à l’heure actuelle celle du Big Bang : en gros avant il n’y avait rien à l’infini, et puis soudain est apparu quelque chose. Comment est ce apparu ? Pourquoi ? La base de cette théorie à été écrite par un prêtre il y a déjà quelques temps, et donc il y aurait au moins "quelque chose" de plus ou moins intentionné qui est la Cause de tout, chose qu’on nomme différemment d’un bout à l’autre du monde et suivant sa confession religieuse, ou son état d’ébriété. Mais cette chose existe, dans les mythes comme dans la science, et elle est, de par sa nature, une interrogation permanente mais inaccessible de la part de nous autres, bactéries savantes. Et comme toute chose inaccessible, l’humanité n’a de cesse de vouloir l’atteindre, car sinon cela voudrait dire que nous vivons en vain, pauvres organismes agités le temps d’une vie et qui s’éteignent dans l’indifférence universelle. Cela voudrait dire que notre vie n’a aucun but, et que nous avons passé notre existence à appuyer sur des boutons qui n’ont pas de conséquences sur la marche du cosmos.



Cameron Diaz, elle, a la chance d’avoir appuyé sur un bouton d’importance, un de ceux qui régissent l’existence de notre monde, même si les mauvaises langues diront qu’elle a surtout appuyé sur le botox, ce qui est un peu vrai aussi. Une responsabilité de cette importance, cela va de soi que c’est difficile à porter dans la vie de tout les jours, celle où l’on appuie sur des boutons qui n’ont pas d’importances et où l’on fait des choix qui s’appliquent sur notre minable existence et éventuellement qui font chier quelques voisins mal placés. Certaines élites des sociétés, ceux qui ont du pouvoir comme à la NASA ou à Matière Focale, on des boutons à leurs dispositions qui sont susceptibles d’emmerder un bon paquet de monde, mais à l’échelle de l’Univers ca reste très anecdotique, heureusement pour eux d’ailleurs. Tout ca c’est bien joli, mais certaines personnes, qu’on appellera des artistes ou des marginaux pour rester poli, sont en complet désaccord avec cette vision des choses, et s’imaginent que les choix qui nous sont imposés sont une manière de nous rapprocher de la grande entité dont je parlais dans le premier paragraphe. Manifestement, Richard Kelly en fait partie, puisque pour lui nous sommes, en quelque sorte, les dindons de la farce cosmique, et que les choix qui nous sont imposés ont tout le temps une influence sur l’univers, puisqu’ "on" se soucie de nous tester, de nous juger en permanence afin de déterminer si nous avons le droit de rester à notre place ou au contraire de nous en trouver une nouvelle : et c’est vraiment con, car ces choix sur lesquels nous sommes testés nous n’en connaissons jamais les tenant ni les aboutissants ! En gros on ne peut pas être jugés équitablement car la portée de nos actes nous échappe totalement, et que par conséquent seule notre volonté à faire une action et les prétextes qui nous y poussent ont une importance, a conditions que nous soyons maître de notre volonté, ce qui est encore un autre problème. Et la j’appuie sur le bouton nouveau paragraphe.


On aurait pourtant bien tort de réduire THE BOX à un scénario digne d’un cours de philo de terminale, vaguement teinté de soupirs existentialistes ne cherchant qu’a donner un aspect intello à un film qui en est pourtant dépourvu dans ses grandes lignes, car messieurs-dames, le cinéma est avant tout un vecteur sensuel plutôt qu’intellectuel, et c’est ce que fait Kelly ici. Tout cet aspect thématique et ou scénaristique n’a pour seul but que de confronter la trajectoire humaine du couple, test de l’année selon le panel Ipsos/Le Monde, à quelque chose qui le dépasse, et à essayer d’atteindre ce dépassement, dans un second temps, par la confrontation entre des images et des sons et un spectateur lambda sortant d’une journée de boulot pénible. En clair, le but n’est pas tellement de savoir ce que vous auriez fait dans une telle situation mais plutôt de s’imaginer dans le lit de Cameron Diaz, pleurant sur les aléas de notre condition précaire et explorant les sentiments induits par la culpabilité. S'il fallait décrire THE BOX, je dirai qu’il s’agit de ce à quoi pourrait ressembler un épisode de X FILES de deux heures, réalisé par Kubrick après sa mort, sous l’influence d’un Lars Von Trier pour le coté misogyne (ce sont les femmes qui appuient sur le bouton). Bon, ok, c’est totalement idiot et incomplet puisqu’on lorgne aussi du coté de Cronenberg dans cette mise en scène au premier abord classique, mais qui utilise de manière très belle le montage, comme par exemple l’alternance entre le parcours de l’homme et de la femme qui s’enchevêtre pour finir dans un lit avec de l’eau, ce qui est une manière de montrer la Conception comme événement fondateur du Choix uniquement par le montage, et c’est ça, c’est classe. Et des exemples comme ca il y en a un certain nombre, le montage étant très utilisé comme vecteur de sens, dans une narration plutôt foisonnante, mais toujours dirigée par ce qu’il se passe à l’écran (établissant des liens de causalités entre les actions de personnages différents, ce qui est magnifique). Je parlais tout à l’heure de Kubrick, car les similitudes sont nombreuses avec EYES WIDE SHUT, notamment dans la dramatisation du sentiment de culpabilité style tragédie grecque, ou des lieux du quotidien se retrouvant utilisés comme des tribunaux ou l’on juge l’Homme. Pour autant les deux films, s'ils sont similaires dans la manière d’aborder le problèmes, sont très différents de par leur rythme et surtout, dans le cas de THE BOX, on est loin du nihilisme pessimiste de Kubrick, puisque ici le fait d’être seul et par conséquent de ne jamais avoir de point du vue omniscient sur une problématique permet de transformer celle-ci en acte d’amour : la mort peut être salvatrice et utilisée comme telle, ce qui est nettement plus enviable que les partouzes de Papi Lubrick qui renvoient l’homme à son sexe et son animalité.



THE BOX est un film effrayant, qui m’a littéralement démoralisé de par son exposition froide des limitations de l’humain et de la vacuité de l’existence terrienne. La mise en scène est assez froide notamment à cause de la photo assez grise alliée à une musique qu’on pourrait presque qualifier de funéraire. Il y a très peu d’humour et le ton du film devient très vite inquiétant, en utilisant très peu d’effets spéciaux, en jouant surtout sur les situations bizarres tout en restant sobre (ce qui est plutôt rare chez Kelly). Le rythme est proprement hallucinant, les intrigues se multipliant à outrance sans trop savoir où elles vont mener jusqu'à la conclusion finale le spectateur ne sait jamais bien ce qui est en train de se passer. Et puis surtout, le scénario n’est pas tellement propice à la déconne. Même avec une bonne meuf et un chouette boulot on peut finir complètement laminé pour un acte minuscule effectué en situation de faiblesse, parce que la vie ne propose pas d’autres alternatives que d’appuyer sans fin sur des boutons dérisoires qui orientent notre existence au gré de nos erreurs. Pire encore, ces erreurs se répètent inlassablement, sont amplifiés sur la surface du globe par 6 milliards d’occurrences du modèle humain, tous identiques et tous prêts à plonger pour un million d’euros. Je retiens de THE BOX un grand drame en forme de carte des aspirations de l’homme inaccessibles, un train fantôme de la culpabilité et de la frustration engendrée par notre impossibilité profonde de nous accepter, même au sein de l’amour. Ca fait tellement mal que je ne sais même pas si je pourrais appuyer sur le bouton publier.

 

Norman Bates.







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Jeudi 12 novembre 2009 4 12 /11 /Nov /2009 19:07

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[Photo : "This is a love song" par Dr Devo, d'après une photo du film PANIQUE A FLORIDA BEACH de Joe Dante.]










Salut les gothiques et salut les trasheurs, aujourd’hui on en a dans le pantalon et on va parler d’un film pointu et exigeant, à la mesure du cinéphile que vous êtes. En tout cas ça parle de cinéma, c’est écrit dans le titre et dans le synopsis, mais ca parle aussi d’amour fou et de suicide, de vies gâchées et de plaisirs solitaires, de mythes fondateurs et de sociétés en dévolution. Et oui les kids ! Même pour un comique populaire la vie est dure, il faut manger et entretenir la fanbase.


Donc on se motive et on se lance, Frank Dubosc n’a plus de succès comique, il se retrouve prof de maths dans un lycée sérieux et prépare ses gamins à polytechnique, rien que ca. Il se contente tout à fait de sa vie, même si il vit seul et qu’il n’arrive pas à choper sur meetic, même si la mort et même si le temps, même si on construit des prisons cérébrales issues de l’Histoire et de l’Humain, même si en se retournant en pleine course il se rend compte qu’il est seul. Du succès à la déchéance, de portes de la gloire à ceux du Super U, d’un loft en plein paris à un  taudis à fleury mérogis, Frank Dubosc à vu des gens brisés, des drogués et des junkies, des prisonniers de l’inertie de l’époque, des êtres livides et blêmes trainant des gamines a moitié nues, des mineures prostitués, des flics véreux et des films de Ken Loach. Dubosc a vu et Dubosc a choisi : il va aider ces jeunes, les aider à aller toucher leurs rêves, car il sait que la grandeur attire l’homme. Vient donc le jour des 12 tributs, des 144 000, l’ouverture de la mer rouge, Moise et ses prêtres en slips, les cornes d’abondances et les soldes toute l’année : Dubosc est dans le jardin du cinéma Français, et il cherche les Outils. Prophète d’un monde qui se moque de sa culture il contacte Pierre Richard pour aller sauver la princesse Sissi dans le cinéma (si si !). Parce que Sissi à été kidnappée par un figurant sans envergure qui rêve d’avoir le premier rôle dans un film de l’Ultime Saut Quantique, et parce que tout est possible quand on y croit, et parce que les étoiles sont l’apanage des cœurs purs il voyage dans les films, armé de la broche et de l’amour pour la plus grande femme Autrichienne. De Truffaut à Kubrick, et de Leone à Scorsese, les films forment une carte de l’amour et de la folie, de l’abyme et des sommets, et chaque millimètre de pellicule parcouru se fait au dépend d’une santé mentale qu’il faut conserver, d’une culture qu’il faut assimiler et surmonter pour exister et être soi même. Rester soi même quand on doit jouer un rôle, le combat de la Vertu contre le Vice, la Justice face au Cinéma, que de combats à assumer pour un ex comique prof de maths qui a vu Hiroshima, Nagasaki et la nouvelle tournée des Rolling Stones, qui a vu les matins nucléaires et les hivers soviétique, héritier d’un XXe siècle qui ne fait rire personne, et du coup obliger de se complaire dans la vulgarité et s’en voir récompensé, puis tricard aux portes du paradis. Clown triste dans un Buster Keaton, Cowboy ravagé dans un Leone, Dubosc joue tout, de Eastwood à McDowell, de DeNiro à Chaplin, avec la tristesse et la mélancolie d’un enfant du Viêt Nam, d’une femme violée de Yougoslavie ou d’un juif à Varsovie. Dans cette mosaïque de films du XXème siècle qu’est ce qui surgit ?


En fait Yann Moix ne s’intéresse pas tellement à cette question bizarrement. Non, il s’intéresse surtout à reproduire une gigantesque fresque pop art constituée des plus grands films de l’histoire, mais en ne gardant que des scènes emblématiques, des musiques ou des costumes, des personnages et des sentiments. Quel est le meilleur guide pour cette visite du cimetière mondial de la culture ? La France à donné naissance au cinéma, ce sera donc à elle d’exploiter ses cendres, et qui de mieux qu’un comique TV has been et vulgaire en monsieur loyal croque mort du cirque qui voit Tarzan dresser des singes et Kevin Costner dompter des loups ? Personne donc, et là Moix frappe juste, il faut sauter à pieds joints dans ce bordel, donner une inflexion à cette mosaïque et prouver que le procédé est de loin la chose la plus importante quand on fait du cinéma. Ah ! Vous avez dit procédé ! C’est parti : le vecteur entre le réel et le cinéma c’est le jardin de Pierre Richard (je vous laisse méditer sur la portée de cette idée), le grand architecte n’est donc pas un artiste, un cinéaste ou un intellectuel, c’est un jardinier au sens Voltairien, un homme libre et affranchi de la reconnaissance de l’Homme, qui a vécu une bonne vie. Chaque film visité par Dubosc à comme lien un élément présent dans les deux films : par exemple le taxi de Scorsese conduit à ORANGE MECANIQUE (logique donc) et les Droogies mènent aux Wookie de STAR WARS. Ok, voila pour le système narratif.


Tout cette mécanique se déroule dans un mode formel des plus étranges, et c’est là que ca devient sublime. On se rend compte très vite de la direction que va prendre Moix, quelque chose de très très punk et que tout le monde lui aura reproché : refaire tous les dialogues en post prod, mais en ne respectant pas les phrases déclamées par les acteurs dans le film. IDEE SUBLIME ! Du coup aucun acteur ne joue le bon jeu, mais c’est là le sens même du film ! Il n’y a pas de jeu possible dans le cimetière de la vie. C’est un grand film de fossoyage, et tout le monde ramone à 200 % dans la fosse commune de la culture populaire. Explication : nous ne sommes jamais prisonniers d’un film, nous sommes acteurs tout le temps, et même réalisateur et monteur ! Nous ne voyons pas un film d’aventure sur Cinéman qui se débat au milieu des films, mais un spectateur exigeant qui exploite les films pour construire un univers intérieur sur cette base. C’est comme ca qu’on se sauve, qu’on accède à l’art, qu’on se connecte aux fils invisibles qui lient chaque humain, qu’on partage la souffrance d’un NUIT ET BROUILLARD, la tristesse d’un SISSI IMPERATRICE, la peur d’un SHINING et l’amour d’un ANNIE HALL. Je ne sais plus quel connard disait que « l’art ne nous protège de rien mais il nous sauve ». Parce que tout est universel, parce qu’il n’est pas possible de mentir à un vétéran de la réalité, parce que la déliquescence d’une culture conduit à des errances sur une planète hostile, à courber l’échine devant la Bête et à oublier ses rêves en se contentant d’une virtualité reposante et illusoire. Le montage du film est une mécanique calquée sur une construction atomique élémentaire : l’un est partie du tout, chaque film est une facette qui mise bout à bout construit un visage différent de chacune des parties. Le tout est conduit dans une hystérie frénétique qui met les pieds partout, et surtout dans la gueule (pour citer Chuck Norris).


Pour finir je voudrais souligner que la portée du film rend sa vision difficile et douloureuse. Comme tout les visionnaires, Moix a peut être sorti son film trop tôt. Beaucoup de gens ne comprennent pas, mais la machine est lancée, il est déjà trop tard, les premières victimes sont malheureusement déjà déclarées : l’actrice principale du film s’est suicidée peu de temps après le tournage (véridique !), et qui sait peut être que cinéman, cinégirl et cinédog ne peuvent trouver la paix qu’une fois morts, peut être qu’ils errent maintenant entre les spectres des films passés et l’ombre des films à venir, entre l’âge d’or et l’âge des ténèbres, et peut être qu’ils sont heureux comme ca… Allez, salut les gothiques !

 

 

 

 

Norman Bates.

 

 

 

 

 

 

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Lundi 9 novembre 2009 1 09 /11 /Nov /2009 23:23

Publié dans : Corpus Filmi









[Photo: "Zone d'impact" par Norman Bates d'après une photo du groupe Gogol Bordello.]







A chacun ses vacances : quand d’autres vont entretenir leur cancer de la peau sur les plages de méditerrané, certains choisissent l’aventure et la prise de risque dans les massifs verdoyant de Croatie, au milieu des loups et au dessus du sol de préférence. Evidemment c’est le cas de la bande à Fanny Valette et en plus de ça ils s’aventurent dans une via fermée, en plein après midi et sans équipement. Vous imaginez aisément la suite : sous le soleil croate les jeunes adultes vont découvrir les raffinements infinis dont font preuves les peuplades étrangères à l’égard des européens/américains (c’est les mêmes) venus dépenser l’argent de leur parents chef d’entreprises ou critiques de cinéma.

 


Film d’horreur français, je pense que tout est dit, on peut passer aux desserts et vous reprendrez bien un peu de ce délicieux Dom Pérignon, allez y puisqu’on vous le propose. Non rassurez vous on ne crachera pas dans la soupe, on n’est pas comme ca, on laisse sa chance au produit. Ce serait dommage effectivement car le début laisse présager de bonnes choses pour la suite : plans très soignés en avion dans les montagnes à la SHINING, jolie photo et caractérisation rapide des personnages, il y a même quelques cadres sympas a droite ou a gauche. La balade en Croatie se passe plutôt bien, étudions le comportement de ces jeunes : 5 personnes composées de deux couples plus une pièce rapportée qui a eu en fait une relation avec Fanny Valette il y a longtemps mais il ne peut pas l’oublier, etc. Détrompez-vous tout ca à une importance : devant l’adversité seuls les vrais sentiments transparaissent. C’est un peu ce que tente de nous dire Abel Ferry, de manière hélas trop scolaire, de sorte que les relations entre les personnages paraissent vraiment peu crédibles et les acteurs ont du coup beaucoup de mal à assurer là dessus. Du coup ils patatent comme rarement et ce n’est pas joli a voir, ca parait bien trop artificiel pour être honnête. Rajoutez là-dessus la trame archi classique du survival, ou on attend de voir qui va crever, dans quel ordre et je ramasse les paris. L’écriture ne réserve rien de foufou au premier abord.

 


Pourtant il serait dommage de s’arrêter là. La construction du film si elle parait classique, est en fait un retour à l’essence, au « mythème ». Il n’y a pas une version unique d’un film de survival, toutes les versions sont en fait des manifestations d’un même langage, c’est la relation entre une fonction et un sujet dont il est question. Or le langage ici c’est le cinéma, ce qui logiquement pousse à dire que chaque film au scénario identique est complètement différent, ne serait ce que parce qu’ils ont un postulat identique. Le simple fait de dire la même chose les singularisent et font naitre le langage, qui est le moyen de l’expression. Le mythe est un mensonge qui oppose l’homme et son désir enfoui de briser la société, la nécessité de la famille et la fondation d’une civilisation. A quoi s’opposent nos cinq protagonistes ? A un sérial killer timbré qui vit dans une maison dans la forêt en pourchassant les touristes ? Ou a leur propre envie de se mettre en danger en allant de fait là ou ils prennent le plus de risques ? La réponse n’est pas si évidente, et le but n’est pas d’y répondre, mais de mettre en scène le mensonge, d’où l’origine du cinéma (et de l’art) nous dit Abel Ferry.

 


Ok donc Fanny Valette flippe face à la figure du mal(e) étranger. Mais elle flippe aussi pour son couple et pour l’enfant qui est mort. Son couple qui se casse lorsqu’il est exposé aux pires sévices, alors que dans le même temps un rapprochement dans la souffrance s’opère avec son ex amant. Est-ce la nature qui décide comme tout porte à le croire ? Est-ce que l’amour est une fonction vitale qui cherche la survie, reflexe atavique face à la violence du monde ? Peut être ou peut être pas, mais plus important la réponse semble être dans la question, et en cela l’art qui interroge est en fait une sorte de résolution. Ce qui nous est dit c’est que le mécanisme du langage transforme l’inconciliable en conciliable, qu’il permet d’analyser les faits, leur relations et leurs achèvements mais qu’au final c’est une ILLUSION. La même illusion qui consiste à voir dans une caméra le réel, ou dans une marionnette la réalité. Le couple qui est l’enjeu du film est une structure complexe qui est un miroir de la société. Société = couple = illusion puisque la rupture est possible et même inévitable, comme lorsqu’un pauvre hère célibataire, pauvre et sans famille qui encule des chèvres dans la montagne croate  décide de s’attaquer de manière complètement irréfléchie à cette société. C’est l’opposition binaire entre le hors du monde et le monde, entre les extra terrestres et les hommes, entre les créatures de la nuit et celles du jour, entre le ciment et les étoiles. Cette opposition se retrouve partout : films, livres, peintures, etc… car c’est un langage qui exprime quelque chose qui ne nous est pas familier, et que des concepts gigantesques nous permettent à peine d’approcher.

 


Attention c’est là que ca devient triste : nous n’avons que l’illusion ! Parce que sans illusion Fanny Valette se retrouve avec un bras cassée, toute seule, face à un mec super cheum et costaud qui veut lui faire la peau. Parce que sans illusions on a objectivement beaucoup de chance de crever rapidement, qu’on ne vit que pour gagner du temps et qu’il n’y a sans doute pas d’amour ou d’admiration dans le regard de la caissière du supermarché à notre égard. La dernière corde de la tyrolienne utilisée par Fanny est elle solide ? Peut-elle survivre alors que la société et le couple ont perdus ? Est-ce que le film est bien ?

 


La tyrolienne existe, la société existe, le film existe, la caissière existe, mais honnêtement il y a très peu de chances pour qu’elle soit amoureuse de vous secrètement, que Fanny Survive, qu’un film Français d’horreur soit bon ou que la société disparaisse. Ce qui est sûr en revanche c’est qu’à Matière Focale on vous prépare secrètement un événement cinématographique sans commune mesure ayant pour thème les seins, les hommes effeminés et les nazis, et qu’il sera beaucoup question d’approfondir les relations entre l’art et l’illusion.

 


Spécial dédicace à Levi Strauss !

 

 

 

Norman Bates.

 

 

 


 

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Mercredi 4 novembre 2009 3 04 /11 /Nov /2009 23:24

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[Photo : "Débat autour de Clint Eastwood" par Norman Bates.]









George C. Scott

is

the General George S. Patton Jr. !

Beware !

 

 

Grande figure de l'armée américaine lors de la Seconde Guerre Mondiale, à laquelle il a activement participé et grâce à qui (notamment) elle a été gagnée, le garçon avait aussi une grande gueule. Un peu à la R. Lee Ermey dans FULL METAL JACKET, l'empathie en plus, le militaire vocifère (c'était juste pour la rime finale, je l'avoue). Belligérant érudit, il s'inspirait des grandes batailles qu'a connu l'humanité pour fomenter ses brillantes stratégies, citant autant Jules César qu'Alexandre le Grand en passant par notre petit Napoléon national. Il est en état de grâce au moment où les US of A entrent dans le conflit contre l'opposant nazi, étant à la tête d'une grande division de l'armée, et ses méthodes fermes mais justes sont adulées par l'état-major. Mais le caractère de mister Patton ne plaît pas à tout le monde, et entre le sommet de la montagne et les rochers pointus en contre-bas, il n'y a qu'un pas...

 

 

Attention, parpaing ! Film de guerre fleuve de deux heures et quarante-cinq minutes, bardé de récompenses (huit Oscars dont celui du meilleur film et du meilleur acteur), metteur en scène adulé qui sortait tout juste de LA PLANETE DES SINGES version huilée avec Ben-Hur à l'intérieur, scénario du jeunot Francis Ford Coppola entre PARIS BRULE-T-IL et LE PARRAIN qui adaptait un livre parlant de la vraie vie du général Patton, acteur venant de chez Kubrick dans DR FOLAMOUR,  je n'irai pas jusqu'à dire que ça ne sent pas très bon, mais presque ! Mais faisant fi des obstacles et n'écoutant que mon indicible courage (forcé toutefois), la galette fraîchement acquise pénètre langoureusement dans le monolithe noir placé sous la télévision. Bande de cochons.

 

 

Et ça démarre fort, ou pas ! Plan moyen sur le drapeau américain, resplendissant et qui trône majestueusement, terrible et effrayant. Une silhouette se place devant, et elle est minuscule ! Ce plan moyen est en fait un bon vieux demi-ensemble des familles, qui nous indique d'entrée de jeu à quelle sauce on va être mangé ! Ce ne sera bien sûr pas aussi simple, et le cheveu sur la soupe va à son rythme, prend son temps, mais arrive finalement, peut-être, on ne sait pas trop. Le métrage se déploie dans une structure tout à fait classique, sans à-coups, sans saillies, sans jamais véritablement surprendre, ça ellipse un peu de-ci de-là mais au final on a droit au Maxi Best Of de la vie de Patton, avec de très longues séquences explicatives sur sa personnalité, et le moins que l'on puisse dire c'est que tout cela est absolument rébarbatif. Pensez donc, Patton nous raconte tout par le menu, rien n'est omis, c'est en fait un catalogue, non, c'est une caractérisation de personnage pendant pratiquement trois heures. Le film est complètement dirigé par son scénario, très écrit, probablement trop écrit, qui manque non seulement de relief mais aussi de distance sur ce sujet très américano-américain, et on a l'impression d'assister plus ou moins à un film de propagande, tant les travers de la personnalité du personnage sont balayées d'un revers de la main et n'ont droit qu'à la portion congrue du film, et quand il « faute » (les guillemets ont totalement leur place ici) il est complètement avalisé par sa hiérarchie, dans un espèce d'élan patriotique de préservation de la nation. C'est peu dire que c'est un peu puant, mais attendez la suite. Dans l'avant-dernière ou la dernière bobine, je ne sais plus, je vais essayer de coder au maximum, Patton veut tenter une manoeuvre militaire particulière et complètement casse-gueule, mais la météo n'est pas de son côté, alors il demande à l'aumônier de prier Dieu pour que le temps soit plus clément. Le lendemain, bien sûr, le climat s'était arrangé et un soleil jaune et rond trônait dans les cieux azur. J'ai vu le film en excellente compagnie, et à ce moment-là ma réaction instantanée à l'intention de mes camarades fut « Dieu est américain ! ».

 

 

Mais il y a peut-être autre chose, finalement. Le rapprochement que je vais faire est absolument sans filet, vous n'avez jamais vu cela mesdames et messieurs c'est extraordinaire, attention, il saute ! En fait, plus le film se déroule, plus une notion assez inattendue saute aux yeux : PATTON serait-il un film sur le sacré ? Oui, ça peut surprendre, mais attendez un peu. Ce que Schaffner nous montre, c'est un type qui a une qualité (enfin, « qualité »...), qui ne sait faire qu'une seule chose, qui ne peut absolument rien faire d'autre. Sans la guerre, il s'étiole, comme disait le poète, et finit par ne devenir qu'un vieux biscornu qui s'aide d'une canne. La guerre le fait vivre paradoxalement, mais ce n'est pas vraiment ça non plus, en fait c'est faire la guerre qui le fait vivre. C'est une grosse différence. L'action elle-même est le moteur de l'homme, mais l'action unique et unilatérale. Le garçon a une destinée, peut-être divine (relire la séquence de prière à la fin du paragraphe précédent), en tout cas il est guidé par quelque chose. Il a foi en ce qu'il fait. Même si tout le monde est contre lui, il continue, se relève. Il n'y a pas d'embruns pour le général. C'est même plutôt flagrant dans le dîner dansant à la fin, où il insulte sciemment ce dignitaire d'un pays allié dans le but que celui-ci finisse par déclarer la guerre, et ainsi remplir la destinée de Patton ! En fait, j'ai presqu'envie de dire que le fait qu'il soit américain passe peut-être au second plan, la nationalité importe peu finalement, le garçon aurait été ouzbek qu'il aurait agi de la même manière. C'est la foi dans ce qu'il fait qui le pousse à agir. Alors certes, sa destinée est de tuer des gens, mais ce n'est pas ce qui compte non plus. C'est étrange, en deux paragraphes je me contredis, mais le film m'a semblé ambivalent, jonglant avec ces deux idées mais penchant souvent vers la première. Je n'ai donc pas cité le rapprochement, mais ça c'était pour le suspense, je pensais à l'indispensablissime LA VIE AQUATIQUE, et à la foi de Bill Murray dans la recherche du requin et dans son métier. Il ne sait faire que cela, Patton aussi.

 

 

Il y a quelques sursauts dans la mise en scène, mais ce sont majoritairement des bonnes idées avortées, même si parfois ça ne compose pas mal du tout, surtout dans la deuxième moitié du film. Au début du métrage, Patton décide d'envahir la Sicile. L'image coupe, et nous avons droit à une séquence en noir et blanc, probablement tournée en 16mm, d'un film militaire où le général et ses hommes posent au moment de débarquer sur l'île, complètement pas naturels, on sent qu'ils posent, bref, ça sent la rupture, la joliesse, la loufoquerie, le sursaut, enfin ! Mais la caméra recule et offre à voir l'état-major nazi qui regarde la bande et commente ce que l'on voit à l'écran, gâchant par là-même tout le potentiel émotionnel de la scène ! C'était très beau avant ce recul ! Après qu'ils aient récupéré la Sicile, Patton et ses hommes vont voir, triomphants, l'archevêque de l'île, devant une foule en liesse. Il embrasse la bague de l'homme d'église, puis nous voyons trois femmes extatiques, presque hystériques, qui s'agitent dans tous les sens. Cut brutal, et plan sur une fontaine dont les jets d'eau ascendants ne permettent aucun doute quant à l'idée qui a voulu être exprimée (oui, là c'est sexuel). Et c'est à peu près tout, le film s'avérant bien trop didactique pour émouvoir : il suffit de remarquer les multiples incursions de statues représentant César, ou les colonnes romaines placées un peu partout, Patton qui tourne en rond sur son cheval à la fin de la guerre ou les moulins bien trop ostensibles pour ne pas appuyer la référence à Don Quichotte, bref, ce n'est pas du subtil, c'est du panzer !

 

 

Si vous avez trois heures à perdre, vous pouvez vous jeter sur PATTON. Sinon regardez, je ne sais pas, DE BEAUX LENDEMAINS d'Atom Egoyan, ERASERHEAD de David Lynch ou RUSHMORE de Wes Anderson. Oui, c'est arbitraire. Mais c'est militaire.

 

 

Ne rompez pas tout de suite !

 

 

Vous n'aimez pas les films trop longs. Je vous comprends. C'est d'un court métrage dont je vais dire un mot maintenant, et il n'est pas signé de n'importe qui mais de Raymond Depardon, vénéré parmi les vénérés, pas forcément pour les bonnes raisons. Dans LA VIE MODERNE, les gens sont émouvants, le film l'est beaucoup moins, la faute en particulier à un montage que je ne trouve pas très bien mené et bien trop paresseux, mais dont la mise au point est très très étrange, pensez donc, à un moment il filme un couple attablé, de face, et tout est flou sauf eux ! Devant eux, derrière eux, tout est flou, sauf les corps de ces deux vieux paysans. C'est très bizarre et plutôt joli, mais c'est à peu près tout. Bref.

 

 

Non, ici le format est court, dix minutes, et la forme est minimaliste : trois plans tournés. Mais quels plans ! C'est de toute beauté, c'est à couper le souffle. D'entrée de jeu, Depardon expose en voix off ce qui fut son problème : il a essayé de montrer New York, mais la ville se dérobait sous ses pieds, elle était trop grande et trop magique pour lui, et il a décidé de ranger sa caméra et de rentrer chez lui au bout de quelques jours à peine ! Ce sera la seule voix du film, elle dure, allez quarante secondes, et c'est tout. Ca commence avec un très long travelling gauche-droite en téléférique au-dessus de New York, avec sa trajectoire non pas rectiligne mais tournante, serpentaire, avec des virages et des montées et des descentes. Il clôture son film par le même travelling, cette fois-ci dans l'autre sens, mais n'arrête pas sa caméra là où la majorité des réalisateurs l'aurait arrêté, c'est-à-dire dès que le gros de la ville a disparu, lui il nous montre le terminal du téléférique, avec sa tôle blanche, il montre l'architecture, il montre l'échafaudage du film ! L'étalonnage est absolument bouleversant, très sombre et désaturé, on ne voit rien du tout, on distingue à peine la ville, seulement grâce à ses lumières, c'est sombre et bleuté, un peu flou, un peu sale, ça ressemble un peu aux films de l'Institut Drahomira, en tout cas c'est à ça que j'ai pensé en premier. Le plan du milieu du film est un plan fixe sur une rue newyorkaise, où les gens passent sans s'arrêter, cadré très haut pour que les passants soient le plus petit possible. La sensation est merveilleuse et d'une très grande tristesse, on sent la résignation en son for intérieur, on sent la douleur et on ressent notre condition de fourmi à l'échelle de l'univers ! Depardon y a mis sa vision et sa subjectivité, et j'ai presqu'envie de dire que c'était la seule façon possible de filmer New York. J'ai aussi pensé à NOSTALGHIA, et à la façon dont Andreï Tarkovski a dépeint l'Italie, brumeuse et mélancolique, d'une tristesse insondable. Ici, c'est à peu près le même geste.

 

 

Il n'y a pas de surprise, pas de rebondissement. Pas un témoignage. Juste de l'émotion brute, comme ça, qui avait besoin d'un écrin pour se cristalliser. Je pourrais vous parler du son, simplement magnifique, mais j'en ai déjà beaucoup trop dit. Essayez de voir ce film.

 

 

 

 

LJ Ghost.

 

 

 

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Vendredi 30 octobre 2009 5 30 /10 /Oct /2009 23:49

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[Photo : "La foire aux atrocités" par Norman Bates.]




SIN NOMBRE de Cary Fukunaga (Mexique-USA 2009):


 

SIN NOMBRE c’est l’histoire d’une famille de chomeurs bretons qui sont contraints d’immigrer dans la région parisienne pour trouver un emploi. Ils vont donc s’embarquer à leurs risques et périls dans un train rempli de clandestins à destination de la gare Montparnasse. Comme c’est du cinéma et par la grâce du montage parallèle on va suivre dans le même temps les déboires de deux jeunes membres d’un gang de Fleury Mérogis, qui vont se séparer à cause d’une femme et se retrouver ennemis par la force des choses. Les destins de tout ce beau monde vont se mêler sur le réseau ferroviaire, entre nuits d’angoisses et règlements de comptes dans les wagons restaurants.

 

 

C’est apparemment le premier long métrage de Fukanaga, et le moins que l’on puisse dire c’est que pour un film breton il y a des moyens ! Gros scope et photo luxueuse, ce road movie est formellement pas désagréable, se permettant même une ou deux très belles scènes de nuit sous la pluie. Le problème c’est que l’histoire est vue et revue, on voit le scénario se dérouler 10 ans à l’avance, et que le réalisateur se contente de suivre les personnages sans sourciller, dans une mise en scène vraiment pas très inspirée et un montage certes alterné mais on ne peut plus linéaire. Certes c’est un voyage dépaysant en Bretagne, on est bien assis et on constate que les bretons galèrent toujours autant à passer la frontière vers le monde civilisé, il se passe pleins de choses et les acteurs amateurs de ce tiers monde misérable sont particulièrement crédibles mais on est en droit d’attendre un peu plus qu’un dossier de l’écran avec des moyens. Malgré tout il faut reconnaitre que c’est plutôt bien écrit, d’une concision agréable et ça se suit comme un bon péplum (n’importe quoi) avec une tisane. De là à valoir le prix d’une place plein tarif, il ne faut pas s’affoler : je pense que ça sera plus joli en Blu Ray sur votre 82cm full hachedé avec le chien a vos pieds. Enfin si vous qui voyez.

 

 

 

 

CLONES de Jonathan Mostow (USA 2009):

 

Bruce Willis a un cœur ! Et des cheveux si on en croit ce récit SF directement inspiré d’Asimov qui dépeint un avenir dans lequel les relations humaines auraient disparues laissant place à un théâtre de poupées contrôlées par des humains couchés dans leur chambre toute la journée. Et oui comme ca plus d’épidémies, plus d’insécurité et de criminalité, un avatar bionique vit à votre place. En plus chacun choisit s’il préfère se balader sous les traits d’une jolie femme, d’un jeune bellâtre ou d’un Bruce Willis chevelu. Comme d’habitude des putains de hippies/rasta/communistes résistent contre cet état de fait et vivent retranchés dans des ghettos ou les « clones » et les fans de Sardou sont strictement prohibés. A leur tête un Ving Rhames tout en dread met la main sur une arme qui pourrait être fatale aux robots, et ainsi rendre la terre à une humanité qui pourrait polluer tranquille tout en chopant le sida joyeusement. Comme d’hab Bruce Willis a perdu son gosse dans un accident, il tient son gant de foot américain en pleurant dans sa chambre qu’il a gardé intact et va sauver l’humanité, parce notre existence lui importe, main sur l’épaule, et parce que l’américain se relève toujours.

 

 

Bon en gros c’est nul et sans intérêt, laidissime et boursouflé, pleins d’effets spéciaux en troidé tout cheums et de scène d’actions illisibles. Et puis faut arrêter de faire jouer des scènes d’émotions à Bruce Willis, le pauvre se tape la honte a chaque fois qu’il fait son regard triste de ¾ face. Sinon comme on est en pleine crise écologique y’a un message super mignon qui dit en gros qu’il faut arrêter de faire n’importe quoi avec la technologie, et que la chirurgie esthétique c’est mal, il faut accepter la vieillesse comme le dalaï lama. Ah oui et puis le film ne parle pas du tout de clonage, il faudra qu’on m’explique le titre français, c’est une histoire de robots qui ne ressemblent même pas à leur maitre.

 

 

 

Mouais, ca ne fait pas grand-chose à se mettre sous la dent tout ca…

 

 

 

 

Norman Bates.








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Jeudi 29 octobre 2009 4 29 /10 /Oct /2009 23:11

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[Photo tirée de WINNIPEG MON AMOUR.]







Ok, je pourrais vous parler du fait que ce film est sorti il y a de cela deux ans, mais qu’il ne sort qu’aujourd’hui en France alors qu’il a eu le plus grand prix du Canada en terme de cinéma, quand je dis en France je parle en fait de 6 (six !) cinéma dont les deux tiers à Paris, je pourrais m’insurger, me révolter contre cet état de fait, je pourrais dire que le meilleur nous est systématiquement caché, que les trains du canada font des escales non linéaires dans plusieurs pans de l’espace simultanément, je pourrais aussi dire que la salle était remplie de vieux exclusivement, faire du journalisme gonzo en parlant de ma soirée après la projection, parler des nuits à Paris, râler contre le mauvais temps, évoquer la critique de télérama ou de libération, vous parler d’amour ou des conséquences de la file d’attente à l’entrée de la projection sur l’équation du désir et de la découverte, mais restons sérieux, soyons honnêtes et de bonne foi : parlons plutôt du film.


Et il faut ! Winnipeg est une ville du Canada presque comme toutes les autres, sauf que c’est la ville de Guy Maddin, qu’il l’a vu grandir, et qu’aujourd’hui des soucis monétaires (la pauvreté sans langue de bois) le pousse à réaliser un documentaire sur sa ville, poussé par son producteur. Après d’intenses réflexions et une phase d’écriture d’un scénario de plusieurs mois dans la douleur, Maddin balance tout par la fenêtre et fait un film.


Un film ? Peut être pas. On est dans un train, on quitte Winnipeg. Enfin le narrateur espère quitter Winnipeg, mais le train ne semble pas pouvoir s’arracher au pouvoir de la mémoire et des rêves du passager endormi à son bord, sorte de Guy Maddin romancé. Dans une longue somnolence bercée par la neige et les images que le voyage et les adieux font naitre, il se rappelle de son enfance, de sa vie, imagine que sa ville n’est pas morte, qu’elle peut encore être sauvée par une pin up échappée du journal local ou par une équipe de hockey constituée d’anciennes gloires retraitées. Ce n’est pas un simple voyage en train, c’est une exploration non pas géographique du territoire, mais plutôt un voyage dans une ville concept, matrice et théâtre pour les fantasmes d’un amoureux éconduit.


Bon je fais le malin mais c’est super difficile de parler de ce film, c’est aussi difficile que d’expliquer pourquoi on tombe amoureux ou pourquoi on n’aime pas le whisky. Donc oui il y a un train, mais qui se déplace non pas sur une ligne de chemin de fer, mais plutôt sur une ligne de vie, sur une table de montage ou dans un parc d’attraction en ruine laissé à l’abandon. Par la fenêtre de la neige, des instants de vie vécus ou imaginés, reconstruits ou abandonnés, et devant nous des rails menant à  une hypothétique sortie.


A Winnipeg il neige tout le temps. Même à l’intérieur du train, comme pour enrober les souvenirs d’un éclat virginal (n’importe quoi), pour signifier le passage du temps et  la solitude. Il neige tout le temps, c’est fou, et d’autant que je me souvienne ca a toujours été le cas.  Et puis bercé par la neige, le bruit du train, du vent, et des gens qui passent dans les grandes rues enneigées on se rappelle l’enfance, l’adolescence, les bruits et les émotions, les émois et les drames. On se rappelle de choses curieuses, étranges, belles, horribles, effrayantes, et de tous ces sentiments on fait un voyage, une trajectoire qui aboutit forcement à soi, même si tout est faux (peut être !!). Tous les souvenirs ne subsistent que par des bruits, des images, une musique, des odeurs, un sentiment de sécurité qui nous rappelle quand on était dans sa chambre d’enfant, emmitouflé dans sa couette, au chaud pendant qu’il neige, et qu’on écoutait tous les bruits : le repas qui chauffe, maman qui s’affaire, les gens dans la rue qui courent, tombent, les autres enfants qui jouent, les odeurs de bouffe, les voisins qui écoutent de la musique, les histoires qu’on surprend mais qu’on ne comprends pas toujours, comme ce maire qui est le seul juge d’un concours de beauté pour homme, ou ces chevaux prisonniers de la neige. Les souvenirs sont des mythes, et mis bout à bout constituent une myriade de sentiments, une mosaïque de saveur, un tourbillon de la vie (aucun rapport), et donc un peu plus qu’un film, un peu plus qu’un documentaire, qu’un CV ou qu’un récit documenté d’une vie.


J’ai vraiment du mal, je galère vraiment. Comment vous faire rentrer juste avec des mots dans ce voyage sublime ? Comment évoquer la forme sans la dissocier du fond ? Comment vous faire passer les sentiments évoqués avec tout ce que permet le cinéma, et même un peu plus : l’utilisation d’images d’archives, de collage et de montages, de couleur et de noir et blanc, de sons et de musiques, de petites histoires et d’Histoire, de souvenirs scandés et de confessions murmurées ? Winnipeg, winnipeg, winnipeg, winnipeg, on n’en sortira jamais, on veut quitter quelque chose qui est devenu nous même, un tissu de souvenir qui collent à la peau et dont il est impossible de se débarrasser, comment oublier la mère, la mort du père, le déclin et la superbe, les petits moments heureux, et les grands moments à rendre des compte à la conscience, quand on rêve on ne choisit pas, comment contrôler les rêves, est ce seulement possible ?  Ce film n’évoque en moi que des questions, me renvoie face a mon propre parcours, pourquoi aujourd’hui suis-je là, au milieu de tout ces vieux frigorifiés comme les habitants de Winnipeg, qui ne rient même pas, dans un cinéma de Paris, ai-je abandonné mes rêves d’enfants, comment, pourquoi, où est ce que le train à déraillé ?


Au moins le film à un intérêt pathologique certain, les trains se croisent : ceux des souvenirs, des humiliations, des rêves, ils se croisent et s’entremêlent, donnent naissance à de nouvelles voies, hors de la ville, mais on y revient toujours. Croisement de trains, de jambes, de fleuves, entre tout ces croisement, la matrice, la chatte, sa mère, le lieu d’où on vient, ou on veut retourner, ou on est en sécurité, ou rien ne peut nous atteindre, pour toujours et a jamais, ou on en peut pas tomber, ou tout est doux et tendre, loin de la bite, des accidents de trains, près des mythes, après la naissance, quand on a fini de poser les mauvaises questions, de s’interroger sur les mauvais sujets. On est au cœur du mystère, des mystères même.


Et merde je n’y arriverai pas. Je n’arriverais pas à parler de ce film sans parler de moi, de mon expérience, j’ai vu ce film donc il n’est plus le film de Guy Maddin, il est devenu une partie de ma vie, il est rentré dans mon propre train-train quotidien, il me hante et pour toujours. Partir c’est mourir un peu, mais ca s’applique à la vie, on est dans un train qui avance inexorablement, on ne peut jamais s’arrêter, même quand on voit les autres tomber, quand on se retrouve seul, on avance jusqu’au bout. Mais est ce vraiment un film ? Maintenant j’en doute, peut être qu’avant la séance tout avait déjà commencé, je me suis peut être trompé de train, allez savoir…

 

C’est sans doute la plus belle chose que j’ai vu depuis de nombreuses années. Allez-y.




 

Norman Bates.













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Dimanche 25 octobre 2009 7 25 /10 /Oct /2009 14:13

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