[Photo: "Conférence du Dr Devo à la Cinémathèque de New-York (Septembre 2001)" par John Mek-Ouyes.]
"Ha ! Enfin, ça bouge un peu en salle !", se dit-il en enfilant sans effort son plus beau costume. C'est ce qui est bien avec les mercredis comme ça,
on peut même hésiter entre deux films qu'on a vraiment envie de voir, et dans une période de disette comme la nôtre, bah, ça se prend. Et il mit une bouteille de champagne au frais, ne voulant
pas se poser ces questions de premières parties typiques, celles du genre "Où aller boire un verre après le film ?".
C'est à la caisse du cinéma qu'il dénoua son nœud de cravate en soupirant, à la manière de ces baleines qui s'échouent sur les côtes bretonnes. Le caissier,
courtois, et lui aussi fort bien habillé (le cinéma était-il devenu un sport de luxe ?), répéta la sentence: "Nous sommes mardi, Monsieur". Ce à quoi il fut répondu : "Par la
persienne, donnez-moi un ticket pour Woody Allen alors !". Où aller aux toilettes avant le film ?
Larry David, bonjour Monsieur, vit à New-York dans un espèce de loft tout pourri (enfin à la sauce hollywoodienne, c'est-à-dire bien mieux que l'habitat de 98,57% de nos lecteurs), et surtout,
seul. Entre deux bavardages avec ses amis, plus ou moins dans la soixantaine eux aussi, Larry gagne sa vie en enseignant les échecs à des petits mômes sans doute issus des milieux bobos.
C'est une existence bien réglée, et surtout ponctuée par les remarques incessantes de Larry sur la vie, son absence de sens, et sur la cruauté non-sensique du Cosmos. Larry est un pessimiste ou
un lucide, cochez la bonne case, et il ne se fait aucune illusion sur le monde qui l'entoure, un univers construit sur deux certitudes : 1) tous des crétins. 2) la mort est au bout du
couloir, et c'est un scandale. 3) Tant qu'on arrive à vivoter peinard, autant en profiter et rester dans son petit jardin. Trois certitudes !
En rentrant chez lui, un soir, il tombe sur Evan Rachel Wood, une jeune plouc fraîchement débarquée de sa cambrousse natale et qui est en train de tranquillement
mourir de faim, là, en bas de ses escaliers. Plus par fatigue (il a envie de se coucher) que par altruisme, Larry propose à la petite de l'héberger pour une nuit. Elle aura bien du mal à partir.
Les semaines passent, et Evan apprend à découvrir le vieux shnock, un peu incrédule. C'est qu'elle est attentive, l'idiote... Un soir, la situation bascule : elle avoue à Larry qu'elle
a le béguin, malgré les différences d'âge et de points de vue ! Larry refuse ses avances et trouve la situation bien stupide. Et comme il ne s'intéresse pas du tout au sexe, voilà qui
devrait en rester là. Mais les gens changent, et même des petits esprits étriqués comme Evan peuvent évoluer. Et la gentille imbécile semble se redresser de la position courbée à celle,
plus enviable, de la station debout....
Bah, il en fallu du courage pour se traîner dans la salle et affronter la chaleur et la foule ! Car le dernier Woody Allen, les enfants, ce n'était pas
jojo-jojo. VICKY CRISTINA BARCELONA, malgré sa courte durée, était quand même une sacrée purge, un objet d'une banalité affligeante joué par des acteurs tellement fiérots de leur position qu'ils
en rajoutaient des masses dans l'allenitude de la woodynéité. Côté mise en scène, c'était quasiment de la roue libre : pas beau, aucune tentative de quoi que ce soit, l'acteur qui parle à
l'écran et une vague tentation de cochonou pur porc (deux filles et un garçon qui couchent ensemble, ohlalala !), le tout baigné dans un petit-bourgeoisisme artistique trèèèèèèès
ennuyeux et trèèèès prévisible qui ne faisait, au final, rien qu'à filer deux ou trois champs sémantiques, et oops, un disque de Mariah Carrey et au lit. Du scénario filmé, et surtout mal écrit,
sans aucune fantaisie. Prévisib', comme disait le poète de Suresnes.
Alors, on ne va pas faire durer le suspens éternellement, ce n'est pas bon pour l'audience. WHATEVER WORKS, bah, ça ressemble quand même un peu plus à du cinéma ! Bon, ce n'est peut-être pas
ANYTHING ELSE (le dernier Allen vraiment enthousiasmant, je pense), mais c'est quand même (presque) une bonne nouvelle.
Grosso modo, on est dans un dispositif allenien assez classique. On retrouve ici la photographie que le vieux réalisateur aime depuis quelques années : de
l'orange partout ! C'est Harris Savides le responsable (il a bossé avec Van Sant sur HARVEY MILK et GERRY).
Z'y va les filtres, surtout en extérieur, et à fond la randonnée, même. Ceci dit, en studio, c'est quand même beaucoup plus riche, cette photo, que les horribles plans de VICKY... Et ici,
signalons le progrès, il n'y a pas un seul plan flou ! La classe, non ? [Enfin, c'est faux, dans la scène finale, le plan sur Rachel Wood et machin chose est panouillé, et c'est
tellement râté qu'on pourrait presque se demander s'il ne le fait pas un peu exprès, l'animal ! Dans le REVE DE CASSANDRE, il y avait aussi ce plan ignoble sur le bateau, pas cadré,
tremblant, on aurait dit un début de prise ratée...]. Du point de vue de la lumière, même s'il ne se passe pas forcément grand'chose de bouleversant ni de punk, c'est quand même soigné. A
condition d'aimer l'orange, bien sûr !
Pour tout dire, ce WHATEVER WORKS, pendant dix bonnes minutes ou un peu plus, j'y ai vraiment cru. Ca commence en terrain connu, sans geste suicidaire (hahaha !), mais ça marchotte.
D'emblée, une grand tirade place le personnage facilement, avec un jeu de champ/contrechamp sans fantaisie mais regardable. Puis, Larry David finit par prendre le spectateur à témoin (après
un mouvement de caméra, bien artificiel d'ailleurs, yummy yummy !). Ça, moi, j'aime bien, même si Allen a déjà usé cette corde. Et là, c'est bien joué, car le procédé arrête bien le peu du film
qu'on vient de voir. D'ailleurs, Woody fait une chose très bizarre : il place deux contrechamps dans un axe complètement faux ! Et bing ! Deux faux-raccords que j'ai trouvés
assez amusants, surtout le premier, une femme noire (rires, la seule personne non caucasienne !) avec son gamin, qui n'est là qu'en insert, pour sortir une phrase qui ne sert à rien !
L'autre faux contrechamp, très laid, c'est avec les amis de Larry qui le regardent discuter avec les spectateurs du film. Ça, ce petit morceau de faisan d'entrée de jeu, avec en plus, pendant ce
temps, un monologue, que dis-je, une tartine trop longue (et assez intéressante), bah c'est plutôt agréable. Ca se finit complètement à brûle-pourpoint par une coupe à la sauvage sur un plan très
composé, lui, avec une grosse pêche de classique concernant la musique, et un cri en son-off que j'ai trouvé très rigolo (et qui dynamisera bien la scène qui suit, celle de la terreur
nocturne). Là, ça découpe pas mal, avec des effets de répétition (l'escalier), une actrice qui joue bien en face, et une absence de contrechamps dans ce qui aurait dû être le dernier plan pour
revenir, là encore à la sauvage, sur Larry David, toujours en train de nous parler sur son bout de trottoir ! Plutôt marrant. Lui, le personnage je veux dire, nous expose sa vision des
choses : les gens sont des imbéciles finis, la mort se rapproche, donc tout est bon à prendre... David nous dit aussi que ceux qui veulent du bon sentiment hollywoodien vont en prendre pour
leur grade.
Par la suite, il y a une autre scène fort bien découpée (la rencontre), puis enfin un dispositif plutôt classique, pas forcément laid, mais plus banal pour le reste
du film.
Quand on commence à mieux découvrir le personnage principal, et le dispositif de l'intrigue, on se dit que c'est Larry David lui-même qui ne voit pas la vie comme
un film hollywoodien, car c'est un vieux shnock ! Parce que le film, c'est le contraire : c'est vraiment ultra-classiquosse, et même de plus en plus rôdé à mesure que le film
avance. Notez ça dans un coin de votre tête. Pendant ce temps-là, je continue. Mais laissez cette assiette tournoyer au dessus de sa tige (voire photo), pendant je mets en place les autres
assiettes et les autres tiges !
Et hop, voilà la deuxième. Loin de l'aspect redondant, théorique et rachitique de VICKY..., WHATEVER... est donc, et ça, ce n'est pas toujours le cas chez l'Allen
récent, plutôt sautillant, du côté du scénario. Mine de rien, Allen lance pas mal de choses en l'air et jongle tranquilou, parfois même en nous donnant quelques fausses pistes à ronger, en guise
de nonosses. La scène un peu stylisée (et donc compliquée à tourner) de la rencontre avec les chiens, par exemple, ne servira à rien au final. Le personnage de la mère débarque et complique un
peu la chose. Dans la scène du restaurant, plusieurs évènements nous sont servis (la liaison avec le pote de David, le petit jeunôt qui louche sur Rachel Wood). Voilà quelques exemples qui
montrent le côté sautillant de la chose. On note même quelques petites ellipses sympas. Même si l'arrivée de la maman est très artificielle et même vaudevillesque, je place déjà un bémol sur
Patricia Clarkson que je trouve en-dessous et qui s'écoute un peu pavaner. [Rachel Wood, avec un rôle assez outré aussi par moment s'en sort beaucoup mieux et trace les contours d'un personnage
plus surprenant.] Deuxième assiette : le scénario frétille plus que d'habitude. Nouvelle assiette et troisième tige, attention...
Et hop ! Ca tourne ! Ceci dit, il y a quelque chose qui m'a un peu froissé, et bizarrement, ce sont les dialogues. Même si c'est plutôt pas mal écrit, je
trouve qu'il y a un problème. Les tirades anti-humanistes de Larry David sont plutôt rigolotes, enfin souvent, mais je trouve que 1) elles reviennent toujours sur le même timing, de manière
monotone [toujours les mêmes effets de rupture] et 2) c'est bien dommage, car quand elles sont interrompues, ces tirades, on a de jolies ruptures ou de beaux silences. Et ça, ça m'a sorti du
film, enfin un peu, enfin suffisamment pour me gâcher le plaisir. Il y a là un systématisme un peu feignasse, me disais-je. La répétition, je suis toujours pour, mais là, j'ai trouvé que ça
relevait plus du procédé, ou pire, du tic d'écriture. Le film continue et je lance en même temps que cette troisième assiette, une quatrième.
Quatrième assiette : le scénario est en train de se standardiser, et ce sera ma deuxième déception. Après avoir lancé pas mal d'idées, en choisissant de suivre certaines pistes et d'en
laisser mourir d'autres (d'où l'aspect sautillant du film !), Allen pousse son film vers des situations plus attendues, plus prévisibles et plus illustratives. Et comme ma première assiette
(les ruptures et une mise en scène très correcte) menace de ne plus tourner à la bonne vitesse, en clair comme Allen, qui après cette bonne première bobine, se la joue beaucoup moins punk et
laisse le train rouler tranquilou, bah, je m'ennuie un peu. Il ne reste que le dialogue et les acteurs. Et ce scénario qui se standardise ! Ca commence drôlement à coincer. Les stéréotypes
se renforcent, jusqu'à ce que je me dise finalement, le Woody, il ne sait pas trop quoi faire. Donc, la mise en scène n'est plus assez gourmande, les dialogues patinent un peu, la situation
devient plus lisible et moins imprévisible ! Bah zut alors ! Et tout cela continuera jusqu'à la fin, trèèès exagérée et totalement ultra-hollywoodienne ! La dernière séquence
notamment, cet espèce de happy-end dégoulinant, ne me plaît pas. Elle paraît justifier encore le propos du héros, mais en fait le contredit aussi. La métaphore du réalisateur en train de
vivre son film retombe trop bien sur ses pattes. Voilà qui confirme ce que je pensais : ça ne fait pas que s'assagir, ça se perd ! Et comme il faut finir le film je te balance cette fin
prévisible et racoleuse (la scène dans le bar gay, la scène d'expo, et l'ignoble dernière scène où tout le monde se fait des bisous). Et comme j'ai trouvé la séquence de la terrasse du bar
(l'explication finale et décisive entre David et Rachel Wood) complètement ratée, voire antipathique (enfin faussement, comme si cela préparait la mécanique finale du film de manière un peu
voyante), bah que voulez-vous, j'étais triste...
Je sors de la salle. Basta. Oui, mais non. Il y a quelque chose qui cloche. Et quelques temps plus tard, alors que je laisse mon malaise se diffuser, je crois piger le truc.
Cinquième assiette. On l'appelle l'Assiette de la Mort.
[Avant de commencer, je me dis que c'est là qu'on voit que le niveau nullissime des films de cette année, brouille quand même bien les yeux, et les fatiguent même.
Confronté à ces navetons naïfs dignes de la collection Harlequin qui font le pain quotidien du cinéphile, on en finirait presque par tout oublier de ce qu'on sait : oublier que le cinéma
peut avoir plusieurs degrés de narration, oublier qu'un projet ou qu'un personnage, ce n'est pas forcément une profession de foi du réalisateur, et oublier qu'au cinéma on peut faire plusieurs
choses à la fois.]
Allen, en fait, il n'est pas du tout en train de se perdre à mesure que son film avance. Le projet est plus précis que ça. Allen, y joue au bonneteau ! Un
coup, je te la montre ! Un coup, je disparais !
Voilà un personnage qui a une philospohie marquée. "La mort est un scandaaaaaale et l'humanité est stupide", c'est quand même pas rien. Dans le même temps, il introduit un sacré paradoxe
(et vraiment, on peut pas dire qu'on est pris en traître : c'est le fameux monologue du début !!!!) : c'est justement parce que la vie est courte, atroce et injuste que, baaaah,
quand il y a quelque chose à prendre, même si c'est modeste comme plaisir, bah faut prendre. Voilà qui fait du personnage de Larry David peut-être un casse-nouille, mais sûrement pas un
cynique ! Gros, gros paradoxe !
Et puis ensuite, alors que la mise en scène s'affadit, le scénario suit des rails plus marqués, finie la ballade sauvage ! Tout rentre dans l'ordre ! A chacun sa chacune ! Tout le
monde rentre content chez soi et le spectateur aussi ! Dans toutes ces scènes, j'en loupe une : celle de l'explication cruciale des deux personnages principaux à la terrasse du café,
évoquée plus haut. Pour moi, c'était vraiment une des plus ratées, bien que moins insupportable que la dernière. Je me suis dit qu'il était en train de charger le personnage pour rendre le héros
antipathique pour finir ensuite par le balancer dans un gros bol de guimauve, ce qui n'a pas manqué d'arriver d'ailleurs. Et puis, ça mettait le personnage féminin en valeur.
Finalement, elle en comprenait plus, du haut de sa naîveté, que le gros vieux bougon dégoûtant. Et je concluais, in petto, que le Allen devenait un peu gaga et prout-prout avec
l'âge !
Bah, j'avais rien pigé, et je pense, a posteriori que c'est vraiment le moment-clé du film !
Comme quoi, il faut se méfier de soi et des "intentions" supposées du réalisateur ! Ce qui est en train de se passer dans cette scène, c'est le contraire.
Larry David a sans doute le cœur brisé, et c'est un vrai coup dur. Mais là où je croyais que Allen descendait son personnage de manière cynique en le faisant passer pour un sombre connard (en
gros : au début il faisait mine de le trouver génial, et à la fin, il lui mettrait le nez dans ses déjections pour lui faire la leçon et le sauver plus tard in extremis, en faisant claquer
au passage une morale de catéchisme !), c'est absolument le contraire qui se passe. S'il y a un con, dans cette scène, c'est définitivement Evan Rachel Wood. Notre gagnant est une
gagnante ! Les phrases ignobles que David lui balance sont complètement justifiées : cette fille, présentée comme une gentille plouc inculte, est en fait une vraie imbécile, une belle
petite conne. Du coup, la scène fonctionne drôlement: il est sincèrement triste, mais pas seulement. Dans un mouvement anglo-saxon impossible à faire passer en France (où c'est : une idée par
scène, et encore plus, une seule nuance), Allen déploie plusieurs nuances paradoxales simultanément. Larry est triste. Larry est furieux. Larry aimait sincèrement cette fille. Mais, il sait
parfaitement qu'elle est stupide, et donc dangereuse. C'est peut-être un des rares moment du film où on soulève la tasse et où on trouve en-dessous un vrai billet de banque, et là je
dis : "Métaphore dans le filet !", pour Woody Allen et Dr Devo.
Le film n'est pas du tout un documentaire social. Mais par contre, c'est un charge contre la Société, enfin ce qu'elle est devenue. La bigote folle de Dieu qui
devient folle de la fesse, la petite bimbo qui ne comprend rien, le personnage du gay de la fin qu'on voit venir trois heures à l'avance, etc. Tout ça, ce sont des archétypes de
boulevard. Le personnage principal a horreur des clichés qui sont, pour lui, des raccourcis sans nuances qui empêchent la pensée. D'ailleurs, il en use aussi par endroits, on est humain !
Que fait Allen ? Il n'utilise que des clichés ! Cent pour cent de clichetons à deux balles. Et plus le film avance, plus il pousse !
Comme disait Coppola, il prend un gros feutre, bien épais, pour nous dessiner des Mickey. Pas pour refaire le plafond de la Chapelle Sixtine. Là-dedans, il balance
son héros, un type qui croit aux paradoxes, contrairement aux autres. Un type cultivé, quoi ! Et tous les autres sont des grands singes. Ce qu'on voit dans le film, c'est une grosse bande de
ploucs, qui marchent sur leurs avant-bras, le dos courbé et qui applaudissent en poussant de grands cris, comme les singes devant le Monolithe, parce que "La vie est belle" ! Et ils
évoluent. Ils se redressent. Untel deviendra un grand artiste. Untel trouvera l'Amour de sa vie ! Tout le monde deviendra bourgeois-bohème. Ils ont tous gagné! Bidule-Truc deviendra célèbre.
Et Machin-Chose deviendra un exemple du beau monde ouvert et généreux qu'est devenue notre société moderne. Ils deviendront des humains debout, mais attention, pas n'importe lesquels: ils sont
tout en haut, au dernier étage de la pyramide. Une vieille maman plus libérée sexuellement que n'importe quelle djeunz, une jeune fille qui devient mère, un gay qui s'affiche et connaît
le bonheur parfait, une femme qui devient artiste internationale, etc. Notons d'ailleurs que cette représentation n'est pas complètement sociale : elle joue avec les archétypes
d'aboutissement qui ont cours dans nos belles années 2000 ! Tout tombe sous les doigts du pianiste, et c'est un bel accord parfait à la fin du morceau. La situation finale est inversée par
rapport au début du film. Les tétards amphibiens sont devenus le top des Homo Erectus ! Clap clap clap !
Bah non ! C'est le contraire. Ces gens sont toujours des ploucs et grosso modo, aussi haut soient-ils dans l'échelle sociale, ils restent de gros êtres
incultes guidés par Mère Nature ! Evan Wood a vraiment été une grosse conne. Clarkson appuie n'importe comment sur un appareil photo, et bing, c'est la nouvelle Sophie Calle. Et que font
tous ces gens de la Culture ? Rien ! Ils continuent d'écouter de la dance... [cf. cette très vulgaire mais assez jolie opposition Beethoven/Dancemusic !]. Dans ce film, la
culture, c'est acheter des mouchoirs anciens sur le marché aux puces ! C'est de la brocante, quoi. Et ils veulent quoi tous ces gens? Je te le donne en mille, Emille: se
faire des bisous entre gens formidables le soir du 31 décembre ! [Très drôles mimiques outrées du couple gay, pendant le compte à rebours !]. Ou si vous préférez, ils veulent communier
ensemble, dans un bel esprit de communauté, en regardant la cérémonie commémorative en hommage à Michael Jackson !
Le héros est sauvé ? Il est sauvé, ce vieux con ? Bah apparemment oui ! Allen a balancé une ogive à la Lars Von Trier (la chute finale). Et hop, Mrs
Right débarque de son contrechamp de pacotille, comme par un coup de baguette magique, et tout rentre dans l'ordre. Dormez tranquilles, Citoyens! Tout le monde est content. Les spectateurs dans
la salle poussent des grands cris ! Ouhouh Hahahaha ! Ils sont contents, ils ont un monolithe à vénérer !
Mais le coup de la baguette magique ne nous rend pas dupes, nous les petits Focaliens ! Il y a eu la scène du restaurant. Cette chute finale, ça
rappelle Tom Cruise qui ramène les enfants à Maman à la fin de LA GUERRE DES MONDES, et pile-poil à l'heure du
goûter! A la fin, Larry revient nous voir pour un dernier aparté. Que dit-il alors ? Exactement la même chose qu'au début. On se dit qu'il pousse le Woody ! Il reprend son début pour le
mettre à la sauce gnangan : "Bah les petits gars, prenez tout ce qui est bon dans la vie !"
En fait non. Le personnage, là, sort du scénario établi. Il ne parle pas de la situation où il est magiquement arrivé (il ne parle pas de cette formidable
communauté d'amis qui se réunit le 31 décembre), il parle avec nous, car après tout il nous a pris à témoin en début du film. Il parle de lui et de nous. Et pour nous redire la même chose.
Maintenant, les p'tits gars, vous qui avez payé votre place neuf euros, vous savez. Et là, avec un cri d'horreur, on se retrouve comme Charlton Heston à la fin de la PLANETE DES SINGES, seul
humain sur cette grande plage déserte, prisonnier à jamais dans cette prison à ciel ouvert. On comprend alors, juste avant que Larry David ne retourne jouer la comédie au fond du plan, que tout
ce qu'il avait dit dans les premières minutes du film s'est confirmé, de A à Z même. IL AVAIT RAISON SUR TOUTE LA LIGNE ! Les gens sont bêtes ! La mort approche !
Alors, il a une drôle de trombine, le happy-ending ! Et voilà, un propos plutôt punk ! Vous m'imaginez trépignant de plaisir dans mon salon cossu, en
train de taper cet article. Aucune assiette n'est tombée. Vous devez vous dire que le docteur, il est en train de frétiller du popotin en écoutant du Spice Girls.
Euh, en fait, un peu honteusement, non. Mon plaisir est loin d'être complet. Et pour résumer ce que je disais plus haut, je noterai qu'il y a trois problèmes dans
ce film. Patricia Clarkson normalise drôlement le film. Pourquoi n'avoir pas pris quelqu'un de la décision supérieure, comme Judy Davis par exemple ?
Deuxio, je persiste et signe, le dialogue me semble redondant après un tiers ou une moitié du film. Mais bon, ça, il faudrait le vérifier avec une seconde vision.
Tertio, j'ai complètement loupé la scène du restaurant, quand j'étais en salle, donc je n'ai pas connu l'orgasme, c'était impossible dans ces conditions, bien sûr.
Quatrio, si je veux, et là par contre je suis assez formel, si grosso modo, sans être génialissime, la mise en scène est vraiment drôle et gentiment gourmande dans la première bobine, après ça se
standardise déjà beaucoup plus, et donc le projet du film me parait bien minoré. C'est joli les belles constructions scénaristiques, mais s'il peut rendre son film assez beau pendant vingt
minutes, il peut le faire tout le temps, et je reste évidemment sur ma faim pendant le reste du métrage. Tout cela a un petit goût de coïtus interruptus.
Ca fait quatre points.
On est très loin du marivaudage poussif de VICKY CRISTINA BARCELONA et de sa mise en scène vraiment laide et sans intérêt, mais il manque quand même à ce WHATEVER WORKS un peu de cette fulgurance
esthétique qui aurait pu le faire basculer dans le sublime, et surtout développer sensuellement les belles idées qui étaient couchées sur le papier. C'est sympa, mais on devrait être
ébloui !
Bah, par les temps qui courent, c'est déjà pas mal ! Ici, Dr Devo, en direct du Cirque Bouglione : à vous les studios !
Dr Devo.
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