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[Photo: "Georges Marchait" par Dr Devo.]







 

 

 

Hilmir Snær Guðnason est un jeune Islandais émigré en France pour poursuivre des études de commerce, mais il les a lâchées pour suivre sa passion : la musique. A Paris, il rencontre Hélène de Fougerolles, avec qui il vit et attend un enfant. Tout se passe relativement bien, malgré quelques tensions dans le couple, jusqu'à ce que le père de Hilmir le somme de revenir en Islande. Le vieil homme, patron d'une usine de découpe de poissons qui fait vivre le petit village où il réside, veut rassembler toute sa famille. Le but de la réunion est assez flou, et lui seul le connaît. Devant l'insistance de de Fougerolles, Hilmir se résigne à retourner dans son village natal, mais une fois que toute la famille est réunie dans un seul et même lieu, les vieilles rancoeurs refont surface et les vérités amères sont prêtes à être dévoilées...

 

 


Dans l'immense voyage cinéphilique que vous fait vivre Matière Focale tous les jours depuis un petit peu plus de quatre ans maintenant, entre l'Angleterre et le Brésil, la Chine et la Nouvelle-Zélande, les USA et... (ben, les USA, vu que c'est le centre du monde), nous ne vous avons que rarement emmenés dans les contrées montagneuses et enneigées de l'Islande. L'exotisme de la destination est une des raisons principales pour lesquelles j'ai choisi de voir ce film, et de vous en parler. Et également, je dois l'avouer, beaucoup de curiosité vis-à-vis de la présence au générique de la très française Hélène de Fougerolles (qu'on a notamment pu admirer dans le très très beau INNOCENCE), dont on se demande bien ce qu'elle fout là, mis à part pour des raisons de coproduction (comme pour Valérie Mairesse, qui joue dans LE SACRIFICE d'Andreï Tarkovski, ce qui n'a jamais cessé de me surprendre et de m'épater). Bref, voici du cinéma d'ailleurs, et l'espoir de voir autre chose que dans nos cinémas nationaux m'étreint, comme le ferait le grand froid des vallons islandais d'une nuit de janvier.

 

 

Eh bien, en fait, non, là-bas c'est comme ici, mais avec une langue rigolote. Disons qu'il n'y a pas de grandes différences entre ce film et n'importe quel drame familial hollywoodien (quand je vous disais que c'était le centre du monde) où règnent mensonges et vieilles haines enfouies. Le film se développe donc de manière tout à fait attendue, à ceci près qu'il commence par la fin (iconoclaste !), mais sinon, de l'arrivée des enfants où les gentillesses pleines de non-dits et d'hypocrisie fusent jusqu'au fatidique moment des terribles et traumatisantes révélations, et jusque dans l'utilisation du scope, tout est fait pour finalement ne pas surprendre, et les splendides paysages sont réduits à la portion congrue, les inserts et panoramiques de découverte étant rares. En fait, j'ai l'impression que le film est fait uniquement pour la vente à l'étranger, pour l'import, une façon de dire "Ah oui, mais vous savez, en Islande aussi on sait faire des films, regardez, c'est luxueux et bouleversant, il y a de grands paysages pour l'exotisme et des querelles familiales pour ne pas trop déranger vos habitudes, et il y a même un peu de nudité pour faire passer le tout. Regardez-nous !". Ce qui n'enlève rien du tout aux quelques qualités du métrage (et il y en a, j'y reviens), seulement il y a aussi - ce fait est à prendre en compte - cette volonté de fortement s'inspirer du cinéma étasunien et européen (ce qui est la même chose, au fond). Il y a malgré tout quelques personnages plutôt bien ficelés, comme la belle-mère et la cousine, qui ont de jolies scènes (sur le ponton ou à la fin, dans la maison, quand la soeur du héros se sert de l'argenterie). Malheureusement, elles sont, ainsi que les autres, noyées dans une espèce de marée gluante de caricature qui empêche toute sympathie (elles en réchappent de justesse pour des raisons que je ne vais pas vous dévoiler). En fait, les personnages sont tellement caricaturaux qu'ils en deviennent plutôt antipathiques (à vrai dire, ils sont écrits pour l'être, mais ce n'est pas que le scénario qui les rend ainsi, c'est aussi l'écriture même). J'espère que vous ne m'en voudrez pas mais je ne vais pas m'attarder sur le côté "état des lieux économique et social de l'Islande", petit un parce que à quoi bon, et petit deux parce que c'est la même chose qu'en Angleterre. Il vous suffit donc de regarder un film de Ken Loach (si vous en avez le courage) et de remplacer les plaines grises par des fjords (essayez avec des yaourts aussi, ce sera sûrement plus amusant).

 

 


C'est du côté de la mise en scène que les choses s'arrangent un peu et rendent le film bien plus appréciable. Les cadres sont beaux et travaillés, et même si Kormákur a un peu de mal avec les angles et les axes, il sait où poser sa caméra et comment la faire bouger : par exemple, dans cette bien jolie séquence où le frère un peu falôt et lâche, qui veut prendre la succession de papa à l'usine, complote avec ce qui semble être un agent d'assurances pas tout blanc. Le couple est cadré au centre, puis au fur et à mesure que l'assureur propose ses méfaits au frère, léger travelling pour mettre le frère bord-cadre et le pas très gentil au centre, en dominateur. Il y a des séquences de ce genre à plusieurs reprises (aussi à la fin, avec le "double feu "), qui sont certes un peu dialectiques expliquées comme ça, mais Kormákur a le mérite d'essayer là où presque tous les autres mettent deux ou trois lignes de dialogue de plus pour exprimer une idée. Notons aussi un joli plan de rétroviseur, et quelques demi-ensembles plutôt réussis. Pas mal donc. Du côté du son c'est carré, un peu trop de musique classique mais les objets parfois mixés trop haut, et donc plus signifiants, sont intéressants (l'allumette du début). Le montage me semble quant à lui assez paresseux et oubliable, ou plutôt oublié dans le cas présent, ce qui rend la centaine de minutes parfois un peu laborieuse (et ce même si le film se suit sans déplaisir, j'y viens au paragraphe suivant).

 

S'il vous fallait une raison pour voir ce film, autre que Hélène de Fougerolles (qui ne s'en sort pas mal du tout, sauf étrangement les deux ou trois fois où elle parle en français ; elle s'exprime ici en anglais, et ça lui va bien, elle est impliquée et rigoureuse ; les autres sont un peu en-deçà), c'est la photographie. Elle vient de monsieur Jean-Louis Vialard, que je ne connais pas, et tout chauvinisme mis à part, la lumière est proprement sublime. Vialard n'hésite pas, dans une même séquence, à changer de teinte sans que ce soit ni forcé ni ostentatoire. Vous la remarquerez cependant parce que, malgré sa courte durée, c'est une des scènes les plus bouleversantes du film, et entièrement grâce à la photo. Il pousse le contraste à fond, dirige très précisément ses lumières en mettant parfois plus l'accent sur les décors que sur les visages, et ce même en plan rapproché. Il vous suffit de voir la très longue séquence de nuit, dans la maison, pour être happé, subjugué, et finalement ému par la qualité de la photographie et son impact sur l'émotion des scènes, au risque justement de se désintéresser un peu des personnages pour n'admirer que la lumière (ce qui sera assez difficile vu que tout le monde hurle et que si vous ne comprenez pas l'islandais, vous aurez de toute façon un oeil sur les sous-titres).

 

THE SEA pourrait être un film comme un autre s'il n'avait un excellent directeur de la photographie. L'Islande n'est peut-être pas un si mauvais endroit pour passer des vacances cinéphiliques, pensez-y, maintenant que l'été est là, surtout si comme moi vous préférez la neige au soleil !


LJ Ghost.






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Lundi 29 juin 2009 1 29 /06 /Juin /2009 20:14

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[Photo: "Un Plan pour Toi" par Dr Devo.]





Rickie et JT ont dix-sept ans, et ils ne sont pas sérieux : en lieu et place d'aller au collège, ils préfèrent sécher et aller boire des bières dans un hôpital désaffecté (les gens ont voté !), histoire de se faire peur et de vivre une aventure comme au cinéma. Ce mystérieux hôpital semble avoir pour seul patient un chien noir assez inquiétant et du genre vindicatif. Attention, j'ai utilisé le verbe "sembler" à bon escient puisque derrière des couveuses (si si !), ils trouvent une femme nue dans un sac plastique. Est-elle morte ? Ils ne le savent pas, mais en tout cas, elle est plutôt bonnasse, et eux ils ont un peu de mal avec les filles. JT, le plus taré des deux, tente une approche et ose toucher le corps. A première vue, cette jeune femme n'a pas l'air très fraîche mais elle bouge. Rickie est un sentimental, il veut appeler la police et sauver cette pauvre créature. JT, lui, pense qu'une femme nue attachée dans un lieu abandonné est un don des Dieux quand on est puceau comme lui. Rickie, outré, quitte l'hôpital et rentre chez lui. Sans nouvelle de JT, il retourne à l'hôpital le lendemain où il surprend son pote en pleine action. Apparemment, c'est un bon plan, il a essayé de tuer la fille toute la nuit et elle bouge encore : cette femme zombie est probablement l'amour de sa vie ! Enfin, une femme qui la ferme, qu'on peut taper et avec qui on peut coucher facilement ! Yummy yummy ! Il va sans dire que Rickie - qui n'aime déjà pas Von Trier - désapprouve totalement cette attitude, et leur amitié va en pâtir.



C'est la grande classe. Mon résumé scandaleux ne rend pas vraiment hommage au script de Trent Haaga, ponte de la Troma et auteur des CITIZEN TOXIE (série gore assez drôle), qui a, cette fois-ci, pondu une histoire bien plus sérieuse que ce à quoi il nous avait habitués. Comme tu t'en doutes, cher lecteur, le film aborde le sujet délicat mais terriblement intéressant du sexe chez les adolescents. Cette pauvre zombie va devenir le jouet sexuel d'une bande de geeks du lycée qui n'ont pas les moyens de coucher avec les plus belles filles du bahut, réservées à l'élite, c'est-à-dire aux joueurs de l'équipe de baseball. Seul Rickie n'entrera jamais dans ce jeu glauque, car lui, il y croit vraiment ! Il est amoureux de la copine du capitaine de l'équipe, une très jolie rousse qui le chauffe un peu. Il va donc tout faire pour essayer de libérer la fille morte, et ainsi entrer frontalement en conflit avec ses camarades. La Voie de la Vertu est toujours la plus difficile ! Le scénario est assez formi-formi-formidable, comme dirait un autre zombie très connu, en prenant pour postulat de base le fait que le sexe est l'élément fondateur de toute la vie au lycée, et donc de toute la vie future. Le sexe est instrument de pouvoir, d'épanouissement, de sécurité et bien sûr de tendresse. Et c'est à ce moment précis de la vie, quand le sexe est plus fantasmé que vécu, que l'identité sexuelle se construit et contribue au développement du moi affectif, ce qui conditionne bien des choses, vous en conviendrez ! Après il est TROP TARD. Ce sont des sujets très très sensibles, il n'y a qu'a voir l'accueil qu'a reçu le film dans les festivals (notamment à Gerardmer). Évidemment, il y a de la provoc' et des raccourcis douteux, mais c'est un film, pas un documentaire. La question n'est pas de savoir si c'est réaliste (et le film est très réussi à ce niveau-là car il reste un film d'horreur avant tout) mais d'imaginer une voie fantastique reprenant des problèmes de société concrets. Le couple de personnages est très bien choisi, JT le solitaire looser devient un putain de psychopathe à dix-sept ans, et Rickie un mec plein de complexes et de questions qui n'est jamais très loin de franchir la ligne, comme son pote. Le cœur du problème est là, dans la "ligne". De manière presque sensuelle, on est amené à éprouver cette "différence", à la sentir et non pas à l'observer. Les réalisateurs nous mettent un bandeau sur les yeux et nous amènent au bord du gouffre, nous font toucher le noeud du problème. Ici, c'est la chute, le point de basculement. On ne sait pas avec précision d'où il vient, et on s'en fout, mais on le sent grossir, on sent que le film tape à un endroit pertinent. Rickie combat là ou JT se jette à corps perdu dans la tentation : on ne parle plus de sexe, là ! De même que la violence qui va se répandre parmi les adeptes de JT ne vient pas du sexe facile, mais elle est révélée par ce biais. Le sexe est un symptôme et un virus dans le même temps. C'est le versant animal et soumis à l'Inconscient, dans lequel rejaillit la pression sociale, la dissolution de l'individu opérée au lycée, tous les facteurs qui ne sont pas gérés par la conscience à l'adolescence. L'adolescence est une suite de sentiments paradoxaux qui s'enchaînent les uns à la suite des autres sans aucun contrôle. Ce qui pousse JT, c'est la solitude absolue dans laquelle il vit (on ne voit jamais sa famille) qui le pousse à transformer ce corps vide (sans âme) en une sorte de poupée gonflable vivante dont il va aller jusqu'à sincèrement tomber amoureux. Comment peut-on en arriver là ? La peur représentée par le chien est montrée comme le moteur ultime du rapport aux autres, JT ne fait que confronter sa peur à la réalité, il veut l'éprouver. Le film est très juste avec le traitement des sentiments chez les ados. De manière plus évidente, il y a un aspect moral certain (pour un film sur la nécrophilie) dans la dénonciation du porno et de la désacralisation du corps, mais cela m'intéresse moins. Dans les thèmes abordés, on peut parfois penser à TEETH, mais le traitement est très différent et au final les deux films se complètent assez bien.



Voila pour la partie "psychologie magazine", on va parler de cinéma un petit peu quand même. Le film a été tourné avec des caméras Viper HD, pour l'anecdote, ce sont les mêmes qu'a utilisées Fincher pour ZODIAC. C'est le genre de matos qui est fait pour te claquer le beignet en bluray sur une TV HD 56 cm, manque de bol, sur mon ordinateur en DVD, ça rend sûrement moins bien. Enfin on ne va pas chipoter, c'est assez réussi sur le plan photographie/cadrage : sans être d'une exceptionnelle composition, les plans sont soignés et il y a même des idées de temps en temps. La photo très froide et clinique est en fin de compte un choix plutôt judicieux, qui reflète bien l'aspect glauque d'une culture en déliquescence, à l'image de l'hôpital en ruines qui abrite la femme-objet. Les choses intéressantes interviennent plutôt au niveau du montage et du son : ça fait plaisir de voir qu'un metteur en scène actuel joue encore un peu avec le son, même pour des petites choses toute bêtes, comme les premiers plans du film, mais qui renforce de façon certaine l'ambiance dégagée et fait rentrer le spectateur tout de suite dans le film. Bon, les gens exigeants seront sans doute déçus, ça manque un peu de "gourmandises" comme dirait Dr Devo, et la spatialisation n'est pas toujours bien troussée. La musique est très bien choisie. Associée au rythme un peu langoureux du film, on a parfois l'impression de baigner dans une atmosphère comparable à celle de DONNIE DARKO. Plus encore, là où le film marque des points, c'est dans les scènes plus angoissantes comme l'exploration de l'hôpital abandonné ou la découverte du corps. Dans ces moments-là, on est vraiment dans du film de genre réussi et flippant. Petit bémol : j'ai trouvé que ce soin et cette ambiance générale se perdaient un peu vers la fin pour tomber dans du montage moins découpé et une caméra un peu plus nerveuse.



Pour finir, je voudrais quand même évoquer la fin rapidement, sans violer la pûreté virginale de nos chers lecteurs qui n'auraient pas encore vu le film. C'est très bien joué scénaristiquement là encore. Les gens aigris diront que ça se finit en queue de poisson, ils ont tort ! La fin est très drôle mais pose quand même un petit problème avec le reste du métrage, dans le doute je préfère penser que c'est de l'ironie et un petit clin d'oeil à REANIMATOR. Certes, psychologiquement, cette fin tombe un peu comme un cheveu sur la soupe, mais il y a une grosse inconnue assez belle : c'est la durée du fondu au noir dont on peut imaginer qu'il symbolise un temps beaucoup plus long que ce que l'on aurait tendance à croire. Dans ce cas merveilleux on se rapprocherait d'une fin à la IRREVERSIBLE, le temps détruit tout, en plus nihiliste/pessimiste.


Norman Bates.






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Lundi 29 juin 2009 1 29 /06 /Juin /2009 10:12

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[Photo: "Le Fruit de ta Critique est Béni" par Dr Devo.]





Breaking news ! Pour suivre l'actualité j'ai décidé en réunion de crise extraordinaire de rajouter un mot en forme d'hommage sur un des films les moins connus de Michael Jackson : c'est ça le web 2.0 à Matière Focale !

 

CAPTAIN EO de Francis Ford Coppola (USA 1986)

Ce Captain EO est relativement peu connu chez nous car projeté uniquement dans les parcs d'attraction Disney à l'époque. Il aura eu le temps pendant ses six années de diffusion en relief de marquer à jamais l'enfance de nombre de jeunes Français et c'est avec les larmes aux yeux que je me remémore mon voyage scolaire et mes premiers émois sur la chanson "We Are Here To Change The World" et sa chorégraphie peut-être un peu trop suggestive pour des gosses de six ans. Pour l'anecdote, encore aujourd'hui le film est le plus cher de l'histoire, la minute de film coûtant aux alentours d'un million de dollars ! Pour une durée totale de dix-sept minutes, je vous laisse calculer. Le scénario à été écrit par Georges Lucas et le film a en outre bénéficié des décors de STAR WARS et de la musique de James Horner. Lumières je vous prie.



Il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, le captain EO (Jackson donc) sillonnait l'espace dans son vaisseau emblématique. Lors d'une banale mission de routine, son équipage se retrouve attaqué par un mystérieux vaisseau. Le commandant de bord, une sorte d'orang-outang/poule à deux têtes arrive tant bien que mal à rétablir la situation à l'aide de son équipage composé d'un éléphant vert aérophagique, d'une sorte de mélange entre un papillon et une gerboise, et de deux robots. Le capitaine décide malgré tout de poursuivre la mission, en plein territoire ennemi et ceci alors que Hooter l'éléphant à avalé la carte indiquant le lieu où ils doivent se rendre. En plus de cela, le commandant en chef Borg, qui considère cet équipage comme le plus mauvais sous ses ordres, leur intime l'ordre de renoncer. Contre toute attente, Michael Jackson qui en a marre d'être considéré comme le looser de service, décide d'aller se poser sur l'Etoile Noire, poursuivi par des vaisseaux ennemis et sans carte ! Unanimement soutenu par son équipage grâce à un discours superbe sur l'engagement personnel ("Nous ne sommes pas des loosers !"), il prend les commandes et réussit tant bien que mal à se poser dans la décharge de l'Etoile Noire. Son équipage sain et sauf, il part à la recherche de la cible, la redoutable Supreme Leader, reine de la déchetterie. En chemin, l'éléphant Hooter ne manque pas de faire le guignol en contenant tant bien que mal ses flatulences et en se déguisant en homme poubelle, ce qui lui vaudra un regard amusé mais inquiet de Mickael. Cette lueur d'inquiétude que le jeu de Jackson fait ressortir à merveille n'est pas infondée puisque effectivement l'escouade des hommes détritus leur tombe dessus et les conduit tout droit à leur chef, la diabolique Supreme Leader. Ce qui fait dire, non sans humour, à Hooter l'éléphant qu'ils sont sur la bonne route. La tension est à son paroxysme lors de la confrontation entre l'équipage de Jackson et la Supreme Reine, qui est bien décidée à transformer le charmant équipage en poubelle, et à condamner le Capitaine EO à cent ans de tortures infinies. Prenant de cours son équipage, Michael accepte immédiatement et sans discussion la sentence, mais propose à la Reine de lui donner un cadeau, une clé magique qui fera éclore la beauté en elle ! L'équipage est sous le charme des talents diplomatiques de leur capitaine, mais la Supreme Reine, qui est une sorte d'alien version casse automobile, ne l'entend pas de cette oreille et ordonne à ses séides de s'emparer de nos héros. On atteint là le climax du film, car Jackson a en main une arme secrète : ses robots se transforment en instruments de musique et Hooter l'éléphant est en fait un pianiste, et la gerboise-papillon un harpiste ! Grâce au pouvoir de la musique produite par ses comparses, Jackson peut maintenant libérer ses pouvoirs magiques, transforme les séides poubelles en danseurs et entame un récital endiablé de "We Are Here To Change The World" aux sous-entendus révolutionnaires certains. La puissance évocatrice de la chanson submerge totalement la Reine de la récup' et elle est bientôt obligée de sortir elle aussi son arme secrète : de nouveaux gardes équipés de boucliers qui peuvent arrêter et détourner les rayons musicaux de Jackson. Impuissant, ce dernier est presque capturé ! Heureusement la gerbille volante, qui est loin d'être idiote, a l'idée géniale de nouer les fouets des gardes entre eux. Mickael, profitant de leur soudaine paralysie, leur envoie un rayon musical qui les transforme en danseurs à leur tour. Dans un final lyrique sublimissime, Michael Jackson entame un ultime "Another Part Of Me" qui transforme l'Etoile Noire en désert, le temple des ordures en sanctuaire grec, et la diabolique Reine de la Ferraille en sublime princesse. Tout le monde danse, l'espace est sauvé, "Vous Etes Tous des Parties de Moi" chante le Capitaine EO en transe. L'élément dans lequel le tout s'implique, le quantum élémentaire de l'Univers, le Divin en l'Homme c'est le don de soi à travers l'Art.

 

RIP Michael Jackson.

 

Et maintenant quelque chose de complètement différent...







CHOKE de Clark Gregg (USA 2008)

Deux masturbateurs compulsifs essaient tant bien que mal de joindre les deux bouts en enchaînant les boulots entre des réunions de sex-addicts anonymes. Victor, l'un d'eux, apprend par hasard par sa mère malade que son père n'est peut être pas Mr Cohen. Aidé par le docteur de sa mère il va rechercher son père...

Ce film réalise un exploit : rendre chiant un livre de Palhaniuk, l'auteur, entre autres, de FIGHT CLUB. David Fincher est bien loin, on se croirait devant un épisode de Mimi Mathy ou d'un téléfilm de cet acabit. Aucune audace, aucune recherche esthétique, rien que la photo est d'un ennui abyssal. Clarke Gregg arrive même à placer un peu de film à costume au milieu, histoire de bien nous faire regretter de jeter un œil sur son film. Pourtant, Dieu sait que cette histoire de masturbateurs compulsifs et d'obsédés sexuels en tous genres aurait pu donner un grand film, par exemple avec une mise en scène très subjective faisant ressentir le désir de manière sensuelle : au lieu de ça, Gregg balance des plans nichons le plus vulgairement du monde, et les scènes de sexe rappellent les téléfilms érotiques du dimanche soir. Premier bâillement aux alentours d'un quart d'heure, puis flagellation pour ne pas s'endormir. Ce qui est quand même le comble pour un film d'1h30 avec des scènes de sexe tout les quarts d'heure !







CRANK 2 de Neveldine et Taylor (USA 2008)


J'avais plutôt bien aimé le premier Crank, film d'action bourrin avec Jason Statham qui faisait preuve d'une audace visuelle un peu vulgaire mais réjouissante et originale, dans un genre inondé de navets style LE TRANSPORTEUR ou Bruce Willis contre les ennemis de l'Amérique. Ce deuxième volet met les bouchées doubles : deux fois plus vite, deux fois plus de sexe, deux fois plus d'action pour la même durée, à savoir 1h30. C'est horrible. Au bout d'une heure je commençais à convulser, le générique final fut une libération. J'ai eu l'impression d'avoir vu deux films en même temps, aspirine fortement recommandée. Aucun plan de plus de vingt secondes, mouvements de caméras ininterrompus et surtout l'effet de surprise ne joue plus comme dans le premier volet : l'histoire est exactement la même, tout est prévisible de bout en bout. Il y a quelques répliques amusantes mais l'ensemble ne tient pas la route, c'est un constant surenchérissement dans la violence et la vulgarité. A la limite on pourrait sauver le plan final, assez beau, mais c'est peut-être parce qu'il annonçait la fin d'une heure et demie dans la peau d'un épileptique.




GIRL NEXT DOOR de Gregory Wilson (USA 2007)


Attention ! Ce n'est pas la comédie romantique avec Elisha Cutbert dont il est question. Certains l'ont cru et ont vivement condamné ce film à la réputation sulfureuse : en effet, les spectateurs venus voir une bluette gentillette se sont retrouvés face à cette histoire de maltraitance sadique suivie de viol en réunion avec des enfants (!). Sacrée douche froide donc, surtout vu la finesse et la subtilité déployée par le réalisateur. Aucun sous-entendu, aucun non-dit, on fonce dans le glauque les pieds en avant. Personnellement, vu l'envergure de la réalisation cela ne m'a fait ni chaud ni froid, la pauvre gamine inspirant plus la pitié pour l'actrice qui interprète le rôle qu'un quelconque sentiment dérangeant. Là encore, on est dans une mise en scène très téléfilmique, quasiment aucun jeu sur la mise en scène, aucune subtilité dans le message à faire passer. C'est un peu le syndrôme du film de maladie : ayez pitié d'une jolie jeune fille qui s'en prend plein la gueule, la vie c'est triste. Cerise sur le gâteau, le casting est presque entièrement composé d'enfants-acteurs très difficilement supportables. La tante Ruth (la méchante !) est très caricaturale et ne suscite pas le rejet viscéral qu'on est en droit de ressentir pour un bourreau d'enfant. S'ils n'ont pas envie de se défenestrer, la vision d'un tel film fera au mieux l'effet d'un porno SM sur les plus déviants de nos lecteurs.





PREDICTIONS d'Alex Proyas (USA 2009)


1959. Une gamine gothique remplit sa feuille de dessin d'une série de nombres énigmatiques à destination du Futur. En 2009, le fils autiste de Nicolas Cage reçoit la lettre et la montre à son mathématicien de père, qui au cours d'une soirée bien arrosée va découvrir un sens à tous ces chiffres : il s'agit de coordonnées GPS et de dates d'attentats que la gamine de 1959 avait bien évidemment prévues avec exactitude. Tout ça n'est rien en comparaison de la dernière date qui annonce la fin des soldes à Monoprix et la Fin du Monde. Nicolas Cage fait sa tête de chien battu et décide d'empêcher tout cela de se produire, c'est vraiment trop moche de faire ça à des honnêtes gens.

J'ai plutôt été agréablement surpris, n'étant pas un grand fan de Proyas (son DARK CITY est pas mal, mais le reste...), par la grande qualité de la photographie et du cadrage. Il s'est visiblement calmé et prend le temps dans ce PREDICTIONS de découper et cadrer de manière fort jolie. En plus de cela, il évite soigneusement les tunnels de gros plans et ne donne pas dans le champ/ contre-champ à chaque dialogue. Certaines scènes fonctionnent même très bien et sont assez flippantes. Malheureusement, sur deux heures, c'est trop peu, le reste du film étant bien plombé par des effets spéciaux désastreux, des scènes d'actions ratées (le faux plan séquence de l'avion sans doute réalisé sur fond vert, mon Dieu), une intrigue ridicule se finissant comme le plus mauvais des Spielberg (et encore je suis sympa !), un casting assez mauvais (encore des enfants-stars horribles) mais surtout un rythme vraiment ennuyeux qui ne tient pas en haleine pendant les deux longues heures de ce blockbuster rempli de pognon. Ah oui : la musique est insupportable de classicisme et il n'y a aucune scène qui utilise le son. Emballé, c'est pesé.





TIMECRIMES de Nacho Vigalondo (Espagne 2007)


Hubert est un quadra grassouillet qui ne demande qu'une chose : s'installer dans sa nouvelle maison à la campagne avec sa femme, et qu'on lui foute la paix ! Malheureusement, solidement allongé dans sa chaise longue à observer les bois à la jumelle, il tombe nez-à-nez avec une paire de seins. Plutôt intrigué, il part à la recherche de la poitrine mystérieuse, et tombe sur une jeune femme dénudée et un tueur dont le visage est entouré de bandages. Forcément, la confrontation va mal se passer, et voilà que notre Hubert se retrouve coincé dans un laboratoire étrange où un chercheur non syndiqué fait des essais de voyage dans le temps.

D'une réputation plutôt prestigieuse établie dans de nombreux festivals, ce film fantastique ibérique sort chez nous en direct-to-DVD, et pour une fois, je ne vais pas m'en plaindre. Déjà, à la base, les voyages dans le temps dans les films, ça me gave, mais là en plus les scénaristes trouvent le moyen d'ajouter trois twists dans l'histoire ! C'est typiquement un scénario de petit malin où chaque détail sert l'intrigue, genre le coup de téléphone du début du film c'est la clé de l'histoire, Coco ! J'ai horreur de ça, et dès les premières minutes, je me doutais de ce qui allait se passer, c'est-à-dire que fort logiquement, quand on voyage dans le passé, on retombe au début du film à la fin de celui-ci. Bingo ! C'est le principe du film, en gros, tout ce qui se passe pendant 1h30 ne se passe pas, en fait.

Une fois qu'on a dit ça, tout est dit : le scénario est le prétexte du film, le travail de réalisation consiste à montrer comment les scénaristes sont super malins d'avoir trouvé une idée aussi géniale et des twists aussi surprenants. La direction artistique dans son ensemble est très laide, les quatre acteurs du film sont corrects mais sans se fouler, il n'y a aucun parti-pris visuel audacieux ou subjectif qui pourrait faire passer la pilule. Le montage n'est que l'articulation narrative du scénario (je ne suis pas sûr du sens de cette phrase). Niveau musique et son c'est encéphalogramme plat. Il n'y a guère que la jeune actrice plutôt jolie qui vaille qu'on s'intéresse au film.


Norman Bates.





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Dimanche 28 juin 2009 7 28 /06 /Juin /2009 12:29

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[Photo: "Ne Commencez Pas!" par Dr Devo]





Florinda Bolkan fait des rêves récurrents, et assez étranges : elle se trouve dans un immense couloir blanc, rempli de gens s'adonnant à une grandiose orgie . Elle essaie de s'échapper, de s'en sortir, mais finit par tomber dans un trou sans fin, au fond duquel se trouve une jeune femme blonde et sculpturale, avec qui elle fait l'amour sur un grand lit de soie rouge. Déconcertée par ces rêves, Florinda voit un psy, à qui elle raconte ses aventures nocturnes, et les cache à son père, à son mari et à sa belle-fille. Une nuit, elle rêve qu'elle tue cette jeune femme blonde (qui s'avère être sa voisine, et qui organise, dans son appartement, de véritables soirées orgiaques), et raconte tout lors de sa séance de psychanalyse. Ce n'est que plus tard qu'elle découvrira que sa voisine est morte, et de la même façon que dans le rêve de Florinda ! Des inspecteurs s'emparent de l'affaire et si de nombreux indices désignent Florinda comme étant coupable, les inspecteurs et la famille de la jeune femme doutent et, les éléments contradictoires s'accumulant, tous cherchent le véritable meurtrier...

 

 


Profitons du fait de parler de ce film pour rendre un vibrant hommage aux traductions de titres, qui nous gratifient régulièrement de bien jolies choses, comme ici, avec ce superbe LES SALOPES VONT EN ENFER, phrase bien provocatrice qui ne représente que peu ce qu'est le film (enfin, un peu, mais pas totalement en fait, en tout cas pas de manière très élégante) ! D'autant que ce métrage, dont le titre original est UNA LUCERTOLA CON LA PELLE DI DONNA (à prononcer avec l'accent) a été traduit de plusieurs façons, notamment en France où, en plus de l'appellation utilisée ici, il a aussi été appelé CAROLE (du nom de l'héroïne, ce qui est bien générique et finalement assez peu attractif sur la tranche des VHS – on comprend qu'ils l'aient changé) ; dans les pays anglo-saxons, le titre a été traduit par SCHIZOID et par LIZARD IN A WOMAN'S SKIN (qui est la traduction littérale du titre original, qui est, quand on y pense, plutôt beau et proche de ce qu'est le film au final). Tout ça pour dire que l'imagination des éditeurs de VHS et DVD est toujours source de rigolade et d'inventivité, et un casse-tête pas possible pour trouver un sombre film de Lucio Fulci !

 



L'oeuvre maintenant. LES SALOPES VONT EN ENFER est un film particulièrement étrange. Dès le départ, Fulci balance du fantastique, mais à couvert ; pendant les cinq premières minutes, on ne sait pas trop où on est ni ce qui se passe, et ce n'est qu'après ces quelques instants que l'on comprend que nous sommes finalement dans une séquence fantasmagorique (mais exécutée de manière bizarre, j'y reviens). Le fait qu'il démarre en balançant plus ou moins tout ce qu'il a est très déroutant, et on se demande à quelle sauce on va être mangé ; s'il commence par du fantastique exacerbé, jusqu'où peut-il aller ? Et bien pas très loin, ou plutôt pas du tout où on le croyait. On se rend rapidement compte, au fur et à mesure que le film avance, que nous sommes dans un film complètement réaliste, où le grotesque n'a que peu sa place, tout est plutôt sage, posé. Le métrage est une banale enquête policière ! L'introduction fantastique semble alors être un trompe-l'oeil, un écran de fumée derrière lequel Fulci se cache pour que le spectateur attende une autre séquence un peu baroque et soit dans un état de vigilance pendant toute la durée du film. Et ça fonctionne, on attend assez désespérément quelque chose d'un peu plus onirique, qui finit par arriver, mais par petites touches, disons que ce sont de petites choses qui retiennent l'attention (deux-trois plans de coupe, des cadres un peu mieux composés ou l'envolée bizarre de la musique d'Ennio Morricone, mais rien de véritablement ostentatoire). Citons aussi une vraiment belle et plutôt longue séquence dans l'hôpital, où Fulci lâche les chiens un peu plus franchement (et ce n'est pas qu'une image !). Pour revenir à ce que je disais plus haut, le film est plutôt laborieux et l'enquête, malgré ses nombreux rebondissements et son mystère pour une fois véritable (on doute vraiment de l'identité du meurtrier jusqu'à la fin), ne passionne pas vraiment, et ce pour une raison très simple : ce n'est que du scénario. Les twists et les coups de théâtre ne viennent que de l'écriture pure et simple, et même si la mise en scène est assez grossière (j'y reviens), rien n'accroche vraiment l'oeil, et c'est l'esprit un peu distrait que l'on suit la résolution de cette histoire. C'est un peu dommage, le film n'est pas trop mal écrit, mais vu que c'est le scénario qui dicte tout le reste du dispositif technique, ce n'est finalement pas vraiment intéressant.

 

 



Du côté de la mise en scène, c'est assez brouillon et plutôt vulgosse. La caméra bouge absolument tout le temps, zoome et dézoome constamment, que ce soit sur les visages ou sur les objets, ce qui est quand même assez maladroit quand on veut mettre l'accent sur un élément en particulier. Disons que c'est un peu trop systématique pour que ça fasse véritablement de l'effet, et c'est même plutôt comique au final. Autant dire que les cadres ne sont que très peu composés et semblent surtout pris dans l'urgence, à la va-vite, ce qui n'est pas automatiquement moche mais qui, là, l'est quand même un peu. Par contre, son jeu sur les axes et les angles de caméra est assez impressionnant, et il n'hésite pas à élargir son cadre très souvent pour donner de l'air à l'ensemble, ou justement isoler le personnage dans la fatalité du sort qui l'attend (c'est très flagrant dans la séquence dans l'espèce d'immense église, où Fulci profite de la majesté de ses décors – d'ailleurs, soit dit en passant, les repérages sont fabuleux, et les lieux trouvés pour le tournage sont assez éblouissants). Le montage est donc en conséquence, très heurté et suffocant, avec beaucoup de saillies, mais qui malheureusement tombent souvent à plat tant les cadres sont plutôt anonymes. C'est au niveau de la photographie que ce film est le plus étonnant. Ca commence de manière un fantastique, mais juste au niveau du scénario : la lumière est elle tout à fait réaliste ! Et ce sera le cas pendant tout le film, même dans les rares séquences un peu baroques, tout sera éclairé comme dans votre salon (j'exagère à peine) ! Certes, il surexpose certains plans (ce qui est plutôt joli), mais même lorsque l'héroïne est coincée dans des catacombes, tout ce que l'on voit c'est la lumière du soleil. La photographie ancre le film dans une certaine monotonie, et le fait qu'elle n'exacerbe rien du tout rend le tout assez laborieux, et le faible intérêt vient en grande partie de la généralité de la lumière. C'est assez décevant parce que le film aurait pu être passionnant, si Fulci nous donnait quelque chose à nous mettre sous la dent. C'est trop peu le cas.



LJ Ghost.




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Samedi 27 juin 2009 6 27 /06 /Juin /2009 11:46

Publié dans : Corpus Analogia





Aujourd'hui, pour vous especially, l'Ultime Saut Quantique vous propose:

 

une critique équitab'

 

pour

 

un développement encore plus durab' (si, si)








Hum Hum... (Râclage de gorge)

 

UN SOIR, UN TRAIN, c’est un film réalisé par André Delvaux (rien à voir avec George Lucas Belvaux), un cinéaste qui aime les frites, et pour cause puisqu’il est BELGE. Il fut fait baron par le Roi en 1996, un détail qui a son importance (Source: Wikipédia, l’encyclopédie libre).









UN SOIR, UN TRAIN, ça se passe le soir, mais aussi la journée.







UN SOIR, UN TRAIN, ça se passe dans un train, mais aussi dans la rue, dans un terrain vague, dans une brasserie, dans un appartement, dans un amphithéâtre et aussi dans un théâtre (et ouais) et dans d’autres endroits aussi (et ouais) !








UN SOIR, UN TRAIN, c’est une histoire d’amour entre Yves Montand, professeur de linguistique à l’Univ’ (comme on dirait en Belgique) et de sa compagne Anouk (Of the North) Aimée (L’esquichaude), costumière pour le théâtre (Hum, hum).








UN SOIR, UN TRAIN est un film plutôt étrange qui commence par le genre "film de chambre - je t’aime/moi non plus" et qui dévie vers quelque chose de plutôt surréaliste et absurde à partir du moment où Montand et trois de ses connaissances quittent le train suite à un arrêt imprévu dans la cambrousse, train qui redémarre aussitôt (sans émettre aucun son, bizarre, bizarre!), laissant Montant et ses potes sur le bas-côté. Problème, Anouk est restée dans le train, s’ensuit une sorte de film mental où nous nous trouvons, semblerait-il (hypothèse personnelle) dans la "tête" de Montand (où l’on aimera se perdre ou pas) qui fait le bilan de son histoire d’amour pas simple (l’amour n’est pas simple, et ouais… Ouais.). Montage plutôt intéressant, lent et elliptique, mélangeant plusieurs temps sans situer précisément les choses. Ambiance très particulière dûe notamment au son ne se fixant que sur certains éléments très précis dans les séquences. Un film "mental" vous disais-je, nous y sommes. Malgré tout, la chose est un peu ennuyeuse, comme une bonne frite belge pas assez salée et sans mayo (bah ouais).






Et pourtant je dirai que ce film est à voir !

(Et si vous ne me croyez pas, tant pis pour vous.)

 

 

 

Prière d’imprimer cette critique en couleur haute définition sur papier glacé et de la jeter sur la voix publique après lecture.





L'Ultime Saut Quantique.





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Jeudi 25 juin 2009 4 25 /06 /Juin /2009 10:11

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[Photo: "Les Gamettes du Succès" par Dr Devo.]




Chers Focaliens,

Alors, je ne sais pas si on va faire beaucoup d'audience sur ce site, avec les films dont on vous parle depuis une semaine ! Mais, en tout cas, on va donner des idées à tous les petits cinéphiles en culottes courtes que nous sommes, que vous êtes.

Cela va être d'autant plus rigolo que cette semaine nous avons inauguré un petit jeu sympa dans les bureaux de Matière Focale. D'habitude, chacun d'entre nous choisit librement, bien entendu, les films qu'il va critiquer. Nous évitons juste les doublons, de manière à ne pas avoir une semaine uniquement consacrée à TRANSFORMATOR 4, par exemple. Cette semaine, les règles du jeu vont être un peu différentes. J'ai en effet proposé à mes collègues Norman Bates, LJ Ghost et l'Ultime Saut Quantique de leur imposer une critique, et donc un film à voir ! Comme nous sommes tous soit très sado, soit très maso dans cette rédaction, la proposition fut adoptée les doigts dans le nez et à l'unanimité ! On renouvellera le processus régulièrement. Pour cette première session, c'est moi qui commande et qui choisis les films pour mes infortunés collègues ! La prochaine fois, ce sera un autre, et je plancherai sur un film que je n'ai pas choisi. Et ainsi de suite..

 

Pour faire bonne figure, j'ai choisi de critiquer aujourd'hui un film dont j'ignorais totalement l'existence et qui me fut prêté par Bertrand de Multa Paucis. Et bien, je suis drôlement jaloux, et je vais vous dire pourquoi...

Il y a quelques semaines, je plaisantais ici même, dans une de mes laborieuses introductions, sur le fait que j'étais en train de vendre les droits d'adaptation cinéma de ce site ! C'est mon rêve ! Non pas de vendre Matière Focale pour en faire un blockbuster ou un film pour le Festival de Sundance, mais plutôt de voir un site web adapté en film ! Et bien voilà, c'est fait, mon idée de génie 2.0 n'aura pas vécu longtemps puisque THE ONION MOVIE, que je m'apprête à évoquer, est un film tiré d'un site web : THE ONION. Je crève de jalousie mais comme je suis rigoureux, j'en parle quand même...

 

THE ONION est un site assez particulier qui fonctionne comme la vitrine et le portail d'une grande chaîne d'info continue. Et les choses sont bien faites, comme vous allez pouvoir vous en rendre compte sur le site lui-même. De l'extérieur, ou en parcourant un peu vite ses pages, THE ONION ressemble effectivement à un petit CNN-sur-Web. Mais dès qu'on lit un article, ou qu'on ouvre une des vidéos de reportage (commencez par là d'ailleurs), on franchit la frontière entre ici et une autre dimension. Accrochez vos ceintures.

 

THE ONION s'inspire en effet de l'actualité pour la réinventer. Il y a quelques semaines, le président Obama a effectué une visite "surprise" dans un restaurant de la firme Dennis (des dinners assez populaires) pour discuter avec les clients, soit les Américains moyens. Ca, c'est la réalité. Dans le reportage de l'Oignon, on retrouve les images télévisées de l'événement, mais les conclusions sont différentes ! Selon le site, le président américain, pendant ses cinquante-cinq minutes de discussion avec le "peuple" d'en-bas, est tellement effrayé par le niveau culturel et intellectuel de ses concitoyens qu'il décide de remanier complètement sa politique intérieure, notamment face à la crise. Il revoit ses objectifs à la baisse ainsi que toute sa communication. Fini les reformes budgétaires et les discours sur l'inflation, Obama décide de communiquer sur des objectifs simples, compréhensibles par l'Américain moyen, c'est-à-dire très bêtes : marcher pour maigrir, lutte conte l'obésité, etc. C'est fabuleusement drôle...


Autre exemple dans ce reportage sur Girlfriend Nation, une association qui défend le droit des petites amies aux USA. Là, le sujet est complètement inventé. Le reportage montre la séance publique que Girlfriend Nation a obtenu auprès du Sénat américain. Elles auraient une méthode pour lutter contre le Crise et l'endettement des Américains : que les petits copains emménagent avec leurs petites amies, dans le même appartement !


Encore un exemple : dans l'émission sportive de la chaîne, on discute des réformes des règles instaurées par la Ligue de Hockey Américaine. Pour faire monter l'audience et revitaliser ce sport en voie de désaffection, la ligue décide d'élargir les buts, d'en avoir quatre plutôt que deux, d'autoriser le jeu viril, et d'élargir le palet qui pourrait atteindre la taille d'un ballon de football, et ce afin que le nombre de buts soit plus important, et donc avoir plus d'audience...

 

 

THE ONION invente des sujets de toute pièce ou détourne de vrais sujets d'actualité. Et si, sur le papier, les sujets font sourire ou, quelques fois même, paraissent d'un intérêt relatif, on n'est jamais déçu quand on lit un de leur reportage : c'est du délire ! La méthode est simple. THE ONION ne se vautre jamais dans la parodie loufoque. Quand vous venez de voir un reportage, paradoxalement, vous avez l'impression d'avoir passé cinq minutes à DebilLand, le pays de la loufoquerie la plus extrême. Eh bien, la force du site, c'est tout d'abord, et c'est un  paradoxe délicieux qui serait très dur à réaliser en Europe, de faire preuve d'un sérieux à tout épreuve. Les décors sont réalistes, les montages précis dans la reproduction des modousses operandailles des grandes chaînes d'info. Les présentateurs de THE ONION, toujours de très bons comédiens, ont un look parfait. Pas de clins d'œil à vous et à moi, spectateurs amusés. Le principe est parfaitement anglo-saxon : on prend une idée et on l'épuise, on l'étire et la compresse pendant cinq minutes.


La force du site, c'est non seulement de trouver des idées assez fabuleuses ou surprenantes, mais aussi d'avoir complètement compris comment fonctionne la structure de l'info télévisée et du discours médiatique en général. Puisque les grands médias puissants, où qu'ils soient, utilisent dans leur travail une argumentation basée sur l'idée de choses induites, où un fait simple presque irréfutable sera lié à une conséquence inévitable et incontestable, THE ONION joue sur ce même principe mais en poussant la chose dans les limites de l'absurde. Car ici il n'y a jamais de vérité induite. En modifiant juste un peu l'angle de tir, et en choisissant un sujet plausible à peine loufoque, THE ONION parvient à démonter complètement la machine médiatique. Il n'y a alors plus rien à dénoncer : la société de l'info s'écroule sur elle-même. Et c'est parce qu'il y a ce sérieux dans la réalisation et cette expérience du montage (mélangeant vrais et faux documents, reprenant précisément la narration des reportages classiques) que THE ONION est un site troublant et drôlissime. On n'est pas du tout dans une logique d'écriture à la Groland ou s'approchant du JTT des Nuls. L'Oignon joue avec le réel, sans recréation d'un univers parallèle particulier. C'est très étonnant.

 

 

Alors, je ne sais pas ce qui a pris à l'équipe de l'Oignon quand ils ont décidé de faire un film d'après leur site ! C'est un site web, tout d'abord. Les reportages sont courts. On vient regarder une vidéo de temps en temps, et bien entendu, un site n'est tout simplement pas une entité narrative ! Pas grave pour les kamikazes de l'Oignon !

Le film sera exactement la déclinaison du site. Le principe de narration de THE ONION MOVIE est assez simple, mais malin. Evidemment, il s'agit d'une étrange enfilade de sketches. Mais la narration est relativement maligne et joue sur trois points. Il y a bien sûr le montage en forme de zapping ou sous forme d'émission. On passe d'un reportage à un autre comme si on regardait la chaîne. Premier point. Régulièrement, on "change de point de vue", en quelque sorte, en passant dans le "réel", c'est-à-dire dans la vie de vrais gens, généralement dans des situations particulières (un braquage de banque, un mari qui perd ses chaussettes avant d'aller au bureau, des jeunes ados blancs qui glandent devant un supermarché...). Dans ces scènes de la vie réelle, débarque en général un événement soit relié directement à l'intervention de l'équipe de THE ONION, soit un fait plus exceptionnel qui rejoint un fait d'actualité, ce qui permet des transitions ou des mises en parallèle assez marrantes et/ou troublantes. Deuxième point. Enfin, on assiste aussi à la vie dans les studios de la chaîne, et voilà qui permet de tout relier. On suit alors le parcours du présentateur vedette, aux prises avec un problème d'éthique : l'intervention du sponsor de la chaîne dans la présentation du journal. Et c'est le troisième point.



Le tout fonctionne assez bien. C'est plutôt bondissant, et le système permet des débrayages ou des accélérations brusques au contraire, qui donnent à l'ensemble du film, assez court (un peu plus d'une heure vingt minutes), un rythme certain jusqu'à produire un effet de gavage assez saoulant, et donc très réussi. Car, plus on avance, plus l'ensemble devient cohérent, dans le sens où des reportages éloignés dans le temps narratif du film finissent par se répondre ou, du moins, par se faire écho. Au fur et à mesure, une peinture assez homogène des USA modernes se dessine, tout en paradoxes bien sûr, mais où on retrouve la rigueur d'analyse du site originel. On est alors très loin d'un simple film parodique. On est également assez éloigné d'un portrait moqueur mais basique des USA se contentant de réunir les clichés les plus évidents. On les retrouve dans le film, ces clichés, mais les réalisateurs vont plus loin. Ils mettent le doigt sur ce qu'ils cachent (ces clichés, suivez un peu!) et comment la société américaine et la société médiatique sont organisées et se nourrissent l'une l'autre. Le résultat est tellement précis que THE ONION MOVIE est quasiment un documentaire ! Un documentaire sur la société occidentale.

 

 

Et on en apprend de belles sur nous-mêmes, au fil des reportages ou des sketches ! THE ONION MOVIE s'appuie sur quelques traits principaux de nos sociétés modernes. A la surface, on trouve à la fois la volonté pour tous, vedettes ou anonymes, d'accéder à la célébrité ultime, et aussi la violence physique de la Société. Sans que cela ne soit relié à cette première couche, on trouve juste en dessous le portrait d'une société qui se cherche sur trois points : la quête d'identité (qui je suis ? d'où je te parle?) et sa conséquence, l'appartenance communautaire (pas seulement ethnique d'ailleurs), et enfin les revendications qui y sont liées. C'est sur cette seconde couche, précisément, que l'Oignon à mon sens et le plus précis et fait le plus mal, même si tout cela se déroule dans une ambiance de bonne humeur généralisée. La société semble organisée en lobbies, en niches identitaires qui se détachent de plus en plus de la réalité quotidienne de la population, et qui, encore plus, se nourrissent entre elles. Un des meilleurs sketches de ce point de vue est celui de ce jeune homme "nègre blanc" (je ne sais pas si l'expression existe...) qui trouve son identité dans la culture hip hop, dont il adopte les attitudes et le langage. Dans ce passage, on voit également comment fonctionne l'Oignon. A ce principe de base, déjà fort drôle et très absurde, les réalisateurs et les scénaristes opposent un autre cliché, pris au premier degré cette fois, celui du flic blanc et raciste. Enfin, plus tard dans le film, on réalise l'exploitation médiatique de la chose à travers un procès surréaliste et surtout des scènes d'émeutes d'une réelle stupidité, très drôles. Voilà la Méthode Oignon : prendre une idée absurde, pousser les limites d'un fait établi dans notre société (ici, l'appartenance communautaire) et la développer, la faire grandir et dégénérer sans jamais perdre de vue le point de départ. La vider. Montrer la stupidité d'une logique parfaitement établie. Montrer qu'un rapport de logique n'est pas forcément un reflet du réel. Montrer que la structure de nos schémas de pensée, et son exploitation médiatique, nous entraîne dans des contrées rationnelles en quelque sorte, mais complètement absurdes, car nous éloignant de tout sens commun ! Joli programme...

 

 

Je le disais plus haut, le portrait de notre société que dessine THE ONION MOVIE est terrible. Son ciment, c'est le préjugé racial qui cache bien sûr une série d'autres préjugés, sociaux, plus importants. Ce mouvement est possible, car il se nourrit d'un libéralisme moral fondateur. Ma liberté, c'est de choisir qui je suis. Ça, c'est le principe sacré, presque religieux. On a tous notre importance. Chaque être est unique. A ce principe fondateur se superpose un autre, celui d'un libéralisme social. Tous ces gens, dans le film, cherchent la même chose : arriver en haut de la pyramide ! Ce que nous montre THE ONION MOVIE, c'est que la quête identitaire cache presque toujours une volonté de compétition exacerbée. Et là, c'est chacun pour soi et Dieu reconnaîtra les siens ! Voilà pourquoi ce sont les mass-medias qui tirent leur épingle du jeu. Si tout le monde est dans la compét', la société est livrée aux sbires du marketing et aux cadres du Marché, ici décrits comme des gens surpayés... à ne rien faire, à donner quelques ordres, et ce sur le ton le plus aimable possible ! Le management est roi, chacun consomme tout le monde, et pendant ce temps-là, le niveau (intellectuel ou social) baisse drastiquement et le monde se dématérialise, ou plutôt se rematérialise de façon moins concrète. Ce qui est superbe dans ce film, c'est de voir à quel point nos vies se sont reformulées et comment notre quotidien est à la frontière d'un monde récent mais révolu plus concret (la "vie normale") et d'un monde imaginaire, celui où on est ce qu'on veut être. Le Monde et la Société sont à la frontière entre un matérialisme quotidien  et un univers plus fantastique: celui du Moi en train de se réaliser ! Le passage humanitariste avec Michael Bolton est une merveille : sauvons les petits enfants noirs affamés et sponsorisons-les pour qu'ils deviennent des petits bourgeois réacs et violents ! On est à la fois dans la logique médiatique de l'humanitaire (cf. I AM BECAUSE WE ARE, le récent documentaire produit par Madonna, sur les enfants atteints du sida au Malawi, une vraie horreur, d'une dégueulasserie rare) et dans la façon concrète dont les associations travaillent actuellement (cf. ces sociétés qui démarchent les gens dans le rue pour leur  faire signer un "abonnement", quel affreux mot, à WWF ou à Amnesty Internationnal). Drôle, non ?

 

 

THE ONION MOVIE en plus d'être à ce point précis, reste d'une honnêteté à toute épreuve. Il ne dénonce rien, paradoxalement, et se contente de démonter le mécanisme en faisant dévier le réel dans une espèce d'uchronie, sur le mode du "... Et si ce n'était pas tout à fait comme ceci, mais plutôt comme cela ?". Toutes les communautés, tous les profils sont renvoyés dos à dos. Les meilleurs passages sont ceux où les logiques explosent et où les personnages les plus improbables débarquent. Comme Bertrand l'avait noté sur Multa Paucis, le passage hilarant de l'émission de critique cinéma (qui évalue le film en même temps que vous le regardez !) est sublime grâce à l'intervention du Spectateur-Moyen, critique ciné et spectateur de base se valant finalement. Voilà une logique d'explosion, et une intrusion surréaliste. Le passage sur le Comité de Surveillance Ethnique Noir est aussi très réussi, et montre que tout le monde consomme : après avoir validé le fait que THE ONION MOVIE respecte la communauté noire, son président se remet à manger du pop-corn en regardant le film ! Certains passages très construits sont également délicieux, comme ce reportage sur une sorte de Britney Spears, chanteuse pour jeunes ados, au sous-texte ultra-sexuel mais qui défend le contraire ! Le passage avec l'ours est un des plus réussis en terme de mise en scène. Plus les intervenants sont hors-contexte et/ou plus la narration du sketch est construite, et plus THE ONION MOVIE fait mouche. C'est délicieux.

 

D'un point de vue de mise en scène, THE ONION MOVIE est plutôt rigoureux, sans être d'une beauté à couper le souffle. La production est assez riche. Comme je le disais, le montage est vraiment dynamique et met bien en valeur la qualité d'écriture des sketches. La vision de l'Oignon fait le reste : elle est assez précise et se gorge tellement de culture que les finesses sont tout de suite mises en exergue. Au point que le dispositif devient vertigineux car, à chaque passage, THE ONION MOVIE fait jouer un panel très large d'analyse : celle du monde réel (documentaire), l'analyse sociétale, l'analyse médiatique, etc. La force du film est de lier tous ces paramètres de manière généreuse et de montrer que tout est dans tout, et réciproquement. Et l'Occident parvient à cet étrange paradoxe en têtant les deux mamelles universelles : la Consommation et la Compétition !

THE ONION MOVIE se présente donc comme un objet à part, comme le fils des films de Landis & Co, HAMBURGER FILM SANDWICH et CHEESBURGER FILM SANDWICH (films tout à fait recommandables du reste, et souvent assez visionnaires) dont il reprend, et c'est quand même le point principal, l'amour de l'absurde. Il permet aussi de prolonger, sur un autre mode, la réflexion engagée par un autre film dont la sortie en France fut atrocement bâclée : IDIOCRACY.

 

THE ONION MOVIE est un film assez à part, qui réussit complètement son pari débilistique de montrer une Société qui a atteint les limites de l'Absurde. La charge est multiple et riche, et loin du pamphlet violent, il nous interroge sur nos propres raccourcis intellectuels et sur la passivité d'un monde passé aux mains, et ce avec notre consentement le plus total, de la consommation et du storytelling, domaine dont on voit bien ici qu'il ne concerne pas que la société marchande mais aussi complètement notre vie personnelle. Et que l'un ne peut marcher pas sans l'autre !

 

 

 

Dr Devo.





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Mercredi 24 juin 2009 3 24 /06 /Juin /2009 12:09

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[Photo: "Tissus Organiques" par Dr Devo.]



Buvez abondamment, faites circuler l'air, et gardez vos personnes âgées chez vous en cas de canicule. Il est très important de bien se prémunir des méfaits de la déshydratation, ils l'ont dit à la TV. Lisez plutôt Matière Focale avec un verre de whisky-glace pendant qu'une petite Indonésienne vous agite un éventail avec grâce. Ces précautions d'usage effectuées, nous allons pouvoir passer à NEXT OF KIN, premier et dernier film de Tony Williams, complètement oublié en France à l'exception de quelques individus extravagants comme le Dr Devo. C'est donc sur sa volonté expresse que je m'en vais explorer la maison de retraite Montclare en compagnie de Linda. Bonjour Linda.


La première fois que j'ai vu Linda, je ne l'ai pas trouvée belle immédiatement. Son nez un peu trop long, ses vêtements très marqués 80's et ses cheveux bruns en orbite autour de sa tête m'ont d'abord fait penser à  Jennifer Connelly, en plus sauvage. A l'époque, il faut bien dire que je la connaissais à peine, et que les circonstances qui m'ont amené à la connaître sont fort étranges.


Linda est de retour dans son petit village natal. Sa mère est morte récemment et elle hérite de la maison de retraite Montclare, dans la famille depuis de nombreuses années. La maison fonctionne à plein régime et les patients ont l'air assez heureux. Linda est jeune et inexpérimentée, elle ne sait pas trop quoi faire de cet héritage. Ayant coupé les ponts assez tôt avec sa mère, elle ne paraît pas très triste de sa disparition. Les gens du village parlent de sa reum comme d'une originale un peu dérangée, ce qui a pour effet d'accroître la curiosité de la nouvelle directrice de l'établissement. Elle se plonge alors dans le journal intime de sa génitrice, et découvre de biens étranges secrets sur la maison...

 

NEXT OF KIN, intitulé sobrement "Montclare Rendez-Vous de l'Horreur" en France (NduDr: les vieilles VHS peuvent porter un titre ou l'autre, ouvrez l'oeil sur les braderies !"), est ce qu'on pourrait appeler un film de maison hantée, genre assez populaire dans les fêtes foraines et dans les années 80. On pense évidemment immédiatement au SUSPIRIA de Dario Argento, d'autant plus que notre chère Linda ressemble beaucoup à Jessica Harper. Enfin immédiatement c'est faux, car le premier plan pré-générique donne un peu la couleur et nous fait pénétrer admirablement dans un monde étrange et d'emblée très marqué : le plan est au ralenti, plus exactement calé sur le rythme de la bande-son. C'est très rythmique et très lent : le plan consiste juste à faire se déplacer le personnage féminin autour de la voiture ou l'on devine un passager. Une voix off nous apprend que c'est la mère, elle lègue tout à sa fille. Puis générique. Ca commence bien.


La vie dans une maison de retraite. Les personnes âgées un peu folles vaquent à diverses occupations qui vont du journal de Pernaut au bridge sur fond de Piaf. Alors que rien ne nous laissait attendre une telle découverte, le vieux Lance trouve un cadavre dans son bain.


Ce rythme très lent du début est un peu oublié, on passe aux choses sérieuses. Caractérisation des personnages, amourettes de Linda avec un bûcheron local, découverte des notes de la daronne. Petit à petit l'inquiétude s'installe : des ombres apparaissent, on découvre un cadavre. La vie paisible de la vieillesse bascule doucement dans le fantastique. La mise en scène est ravissante : soin dans les cadrages, photographie superbe, respect de l'échelle de plans et des axes... Par les temps qui courent, je prends. Au milieu de tout ce soin, le fantastique s'immisce tranquillement : quelques silhouettes en arrière-plan manifestent leur désir d'entrer dans le cadre. Là où tout était plans fixes et rigueur, quelques mouvements de caméras apparaissent en loucedé, ils suivent étrangement le parcours de Linda.


Au point où nous en sommes, arrêtons-nous un instant. Fermez les yeux et écoutez. Le son de la forêt, le silence, un chat qui miaule au loin. J'entends Linda qui arrive, et la musique qui reprend. C'est sublime, c'est un mélange entre Carpenter et les Goblins, c'est industriel et parfois pastoral. La fin est carrément industrielle et étrange, jusqu'à se conclure sur des voix d'hommes transformées. Pour info, le compositeur n'est autre que Klaus Sculze, qui a travaillé sur la musique du MANHUNTER (LE SIXIEME SENS) de Michael Mann mais qui est surtout un fer de lance du mouvement punk allemand avec Krafterwerk ou Tangerine Dream. Le son et la musique sont un des éléments les plus réussis de NEXT OF KIN. Il y a un jeu sur les silences et les bruits complètement à contre-courant de ce qui se fait maintenant : les effets de surgissement se font tous dans le plus grand silence, contrairement par exemple au dernier Sam Raimi où à chaque entrée dans le cadre, les amygdales vous sortent par les oreilles. De plus, lorsque la musique s'accélère ou ralentit, ça a toujours un impact dans l'image. Les ralentis sont à la limite de l'image par image, on n'est absolument pas dans du Zack Snyder par exemple. C'est de la décomposition du mouvement, très sensuelle et surtout en phase totale avec le son.


Les rêves de Linda. Elle est encore une gamine, elle grandit dans la fameuse maison Montclare de sa mère. Elle traverse les couloirs avec son ballon rouge. Les rêves de Linda sont-ils empreints d'une réalité historique quelconque ? Jusqu'où l'imagination s'étend-elle lorsqu'on se retrouve seul ? Elle commence à voir les mêmes choses que sa mère, elle rêve des cadavres qu'elle a vus. Est-ce qu'ils étaient là avant ? Sont-ils là maintenant ? La caméra de Williams ne nous permet pas de le savoir. On est avec Linda, dans sa tête.

Maintenant, Linda flippe. Elle se lève la nuit, se balade dans les couloirs avec sa lampe de poche. Des choses disparaissent. Des choses bougent. Elle continue la lecture. Sa mère constatait les mêmes choses. Les villageois disent que sa mère restait parfois des heures seule à regarder par la fenêtre. Comme si elle voyait des choses dans sa tête. Elle ne peut pas rêver tout ça, des gens meurent vraiment.


Ca va de plus en plus vite. Linda est maintenant poursuivie par des ombres. Elle suspecte le médecin, le livre des comptes semble maquillé, de l'argent sort. Et puis, c'est le chaos.

 

Si la première partie est majoritairement constituée de plans fixes, la suite est beaucoup plus animée. Les caméras suivent les personnages dans les couloirs comme dans les scènes célèbres du Kubrick. Les mouvements de caméras "Louma" rappellent pourtant Argento, ce mélange entre les deux est surprenant. En fait, le début du film est très SHINING, la fin très Argento dans la mise en scène du gore, des meurtres. Il y a un net contraste entre le début, très planant, posé, contemplatif, et la fin très baroque. Le basculement est assez subtil et passe par la musique qui devient de plus en plus punk. Les dernières scènes du film sont proprement hallucinantes ! Il faudrait un article entier pour en parler. D'une richesse formelle éblouissante, à l'image de la fameuse scène de l'œil (là encore, Argento n'est pas loin !!) dont le découpage terrifiant se termine sur un plan vu de haut au ralenti de Linda traversant le couloir m'a laissé bouche bée, cette conclusion gomme la tendance fâcheuse du scénario à expliciter un peu trop les zones d'ombres de l'intrigue.

 

Maintenant si vous n'avez pas vu le film, évitez de lire ce qui va suivre je vais spoiler sa race.

[Traduction du Docteur D: Cher Lecteur, si tu n'as pas vu le film, passe le paragraphe suivant, car tu louperais quelque chose de sublime : ce film en étant  totalement vierge de toute influence.] 




Putain la scène des sucres !!! Quelle idée extraordinaire ! Il y a un suspense dingue accumulé depuis la sortie de la salle de bain, et ce fameux plan de haut bouleversant. Linda réussit à s'échapper mais est poursuivie par le psychopathe. Elle arrive tant bien que mal à se réfugier dans un bar vide où il y a un enfant seul (!), et là, alors qu'elle a un putain de psycho qui lui court après, elle déguise le gamin en Rambo, et elle EMPILE DES PUTAINS DE SUCRES !!!!! Ca dure une éternité ! Elle fait une pyramide sucre par sucre, et au moment de mettre le dernier tout s'effondre. Et le psychopathe débarque en voiture, pète tout, et la fille sort un fusil et le flingue. A ce moment-là, Williams prend un tournant absolument surréaliste. En fait, tout tient dans cet instant : si elle arrive à faire une pyramide en sucres, elle est sauvée, elle en est consciente. Surtout que je ne vous ai pas dit que le tout se passe sur fond de TV qui diffuse un ballet splendouillet. Alors que tout le monde attend une résolution rapide de la poursuite, Williams nous balance un ballet pendant qu'une gonzesse empile des sucres sous l'œil attentif d'un gamin déguisé en soldat. C'est un gros doigt tendu au cinéma de suspense classique où la résolution se joue dans l'aboutissement d'un climax. C'est totalement punk. La mise en scène est très belle dans cette pièce, il y a un plan très beau mais très bizarre, celui dans lequel on découvre la télévision. La caméra commence par filmer Linda qui regarde fixement dehors, puis va carrément chercher le poste en hors-champ. Personne ne regarde l'émission dans le film, seul le spectateur voit ça. Le son aussi est important : la télé se coupe d'un coup, pour le placement du dernier sucre, et repart quand il tombe, au même moment le psychokiller rentre en camion. Est-ce que la télé est vraiment dans la même dimension ? Je vous laisse seul juge... Le plan final enfonce le clou sur la folie suggérée de la fille, en effet, c'est quasiment le même plan qu'au début avec sa mère. Quid de la mère, quid de la fille ?

 

[Fin du spoiler]

 



Des idées comme celles-là, il y en a un paquet, de fait on ne sait pas vraiment où se passe le film, on est plutôt dans une exploration de la folie de la mère et de la fille, la transmission maternelle, la nécessité du deuil. Tout cela passe par la mise en scène, bien entendu, ce qui donne une approche sensuelle de cette tension, cette folie, ce deuil. En ça, NEXT OF KIN n'est pas un film d'horreur classique, bien que le suspense et la tension écrasante soient au rendez-vous.

 

Je pourrais encore parler des lustres du film (ils sont très beaux !), mais cela fait quatorze heures que je n'ai pas fermé l'œil, des junkies font du tam-tam devant chez moi et des visions chamaniques de Lech Walesa commencent à apparaître dans mon champ de vision. Il me reste juste assez de lucidité pour vous parler de Linda, personnage très beau et magnifiquement interprété par Jacki Kerin : enfin une femme qui en a, et qui n'hésite pas à se battre, contrairement à la plupart des meufs de 90 % des films d'horreur (selon l'INSEE). Les autres acteurs sont formidables aussi, le vieux Lance par exemple, bien qu'il ressemble à Jacques-Yves Cousteau. Je ne saurais que trop vous conseiller d'essayer de vous procurer ce film auprès de votre oncle d'Amérique, car ce n'est pas demain la veille qu'il va y avoir un DVD français. Ou alors envoyez de grosses sommes d'argent à Matière Focale pour qu'on puisse éditer des DVDs et organiser des soirées à Ibiza.


Norman Bates.




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Lundi 22 juin 2009 1 22 /06 /Juin /2009 11:05

Publié dans : Corpus Analogia








[Photo: "Réunion de travail à Matière Focale" par Dr Devo.]




 

 

Dans une université des USA, Jay Gillespie, Dylan Edrington et Matthew Carey s'ennuient en classe. Il faut dire que leur professeur leur fait un cours magistral sur la Guerre de Sécession, avec des diapositives, tout ça en noir et blanc, rappelant l'ampleur du massacre, bref, rien de très réjouissant, surtout qu'après ce cours, c'est Springbreak ! C'est dire si les trois jeunes gens ont hâte que ça s'arrête ! Pour passer le temps, Dylan Edrington, qui projette les diapos, en insère quelques-unes montrant les prouesses alcoolisées des trois larrons en soirée. Le professeur s'en aperçoit, et à la fin du cours leur donne une punition : faire, pendant les vacances, une dissertation sur la Guerre de Sécession ! Le trio s'en moque et part quand même en Floride, cheveux au vent dans leur décapotable. Sur la route, ils croisent une voiture remplie de beaux jeunes gens au look californien, dont Marla Leigh Malcolm. Les deux filles dans la voiture allument outrageusement nos héros, puis s'en vont, leur promettant de les retrouver sur la plage - ils vont au même endroit. Plus loin sur leur chemin, ils tombent sur une étrange déviation. Ils s'enfoncent alors dans la forêt, et tombent sur un village complètement isolé, Pleasure Valley. La particularité de cet endroit : les gens vivent aux couleurs des Confédérés, et sont restés bloqués au XIXème siècle ! Pas d'eau, pas d'électricité, pas de téléphone, des drapeaux confédérés partout, et surtout une mentalité sudiste exacerbée. Ils en veulent encore à mort aux Nordistes ! Ils sont invités à rester pour la nuit, et à participer, le lendemain, au grand barbecue que donnera le maire du village, Robert Englund. Peu de temps après, la voiture de Marla Leigh Malcolm arrive en ville, suivie de près par un couple de motards composé d'un noir et d'une asiatique. Tous décident de rester pour profiter des repas à l'oeil. Mais la venue de ces salopards de Nordistes n'est pas très bien vue par les habitants sudistes du village...

 

 

Ca, c'est du sujet ! A partir de là, on est quand même en droit d'avoir peur : va-t'on avoir droit au discours social sur les manières sudistes, ces esclavagistes racistes qui parlent bizarrement et qui passent plus de temps dans leur ferme qu'à la bibliothèque ? Et bien que nenni, ou plutôt si, mais pas vraiment. Je m'explique. Si les différences culturelles sont bien présentes, elles sont montrées sous un jour complètement humoristique, et provoquent plus le sourire que l'indignation. On est alors complètement dans la comédie, et pas du tout dans une critique sociale, ou même historique ! La seule allusion à l'Histoire est le fait que le personnage principal ait comme patronyme Lee, le même que le célèbre général confédéré. Et c'est tout. Le reste, ce n'est que de l'amusement, et les préjugés sur les Sudistes sont traités comme une farce. On voit, à deux reprises, un jeune fermier courir après un cochon (Jézabel !) en reboutonnant son pantalon (je ne vais pas vous faire un dessin...). Les intrus du village ne s'en émeuvent que peu, et semblent plutôt s'en amuser, à l'instar du spectateur, qui ne pourra pas réprimer un sourire. Tout le film se déploie sur ce mode et c'est plutôt bien vu, parce que de suspense il n'y a pas. On sait dès le départ que tout le monde est étrange, et le titre même du film vend la mèche. C'est dire à quel point Sullivan fait peu de cas du genre auquel le film est associé. Parce que, malgré la comédie, le film est sanglant, et les morts violentes et ridicules pleuvront sur nos pauvres héros. Mais ces séquences sont elles aussi traitées sur ce mode-là, et les effets spéciaux faits main, les maquillages ne cherchent pas une seule seconde à être vraisemblables, de même que parfois le film dévie vers un côté plus fantastique, et même, vers la fin, complètement absurde et jamais, mais alors jamais, crédible !

 

Il est également amusant de constater que si les victimes meurent dans d'atroces souffrances, elles l'ont mérité, en tout cas aux yeux des sudistes ! En effet, tous ces nouveaux venus ont des moeurs assez particulières, disons plutôt complètement éloignées des valeurs sudistes. Tout cela est montré pendant une épique séquence de nuit, au coeur du film : sado-masochisme, triolisme, masturbation, homosexualité, sexe en dehors des liens maritaux, et j'en passe. Le groupe de nordistes s'en donne à coeur joie, et au sein même du village conservateur, en se moquant totalement des conséquences et du regard de leurs hôtes ! Mais précisons tout de même que la majorité de ces pratiques sont la cause des habitants même du village : tout le monde allume tout le monde, et les petites fermières blondes, girondes et pas farouches, font exactement la même chose que Marla Leigh Malcolm au début du film (mais avec un différent "happy ending") ! C'est peut-être là que se retrouvent les deux cultures, c'est peut-être leur seul point commun : le sexe. Même si les buts de chacun sont clairs dès le départ et que le spectateur connaît les intentions de chaque personnage, ils se retrouvent dans le sexe (même si "déviant" par rapport aux bonnes moeurs ! Ils sont tous pareils finalement).

 

C'est si on regarde dans le moteur que c'est le plus surprenant : les cadres ne sont pas trop mal composés, même si on peut parfois voir du laisser-aller, c'est tenu sans être renversant. La photo est elle très précise et même franchement belle à plusieurs reprises ; dans le discours de Robert Englund dans le bar, ce n'est pas le scénario qui fait basculer (définitivement) le film dans le fantastique et dans l'absurde, c'est la lumière, très ponctuelle et ouvertement expressionniste. On peut aussi voir à un moment un triple faux-raccord de lumière sur Jay Gillespie, trop gros pour être involontaire, et qui passe de la surexposition à de la faible sous-exposition ; là aussi, on est à un point central du film, et l'émotion et le ressenti viennent particulièrement de la photo. Même si à d'autres moments la photo est plus quelconque et moins soignée, il y a tout de même des pics de qualité qui méritent d'être soulignés. Là où le bât blesse, à mon sens, c'est au niveau du montage, assez paresseux et qui fait un peu s'éterniser le film (même si celui-ci fait un peu moins d'une heure trente), et l'ennui point quelque peu. Même si Tim Sullivan utilise des inserts complètement gratuits (le couteau dans le sol ?), il n'y a pas franchement de fulgurances dans le montage, et il se contente de dérouler l'histoire.

 

2001 MANIACS, un film pas vraiment merveilleux, mais une petite comédie horrifique tout à fait respectable et amusante. C'est déjà ça.


LJ Ghost.





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Samedi 20 juin 2009 6 20 /06 /Juin /2009 11:45

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[Photo: "You Dreamt Me a Face" par Dr Devo, d'après une photo de Emma Suarez dans le film L'ECUREUIL ROUGE.]





Chers Bobs, Chères Sardines,

C'est l'été, quasiment, déjà. Chez vous, il fait chaud et beau, voire inversement. Ici, il pleut cinq jours sur sept, et on n'ose acheter un bermuda aux Dames de France, car on se dit que sera peut-être ça, la platée amère pour juillet-août...


Que la climatologie et la météorologie soient aimables ou pas avec vous, avant les vacances, je dis : "Un esprit sain !". Dans cette perspective, je mange des légumes, je ne pousse pas trop sur le vinaigre dans mes salades, et quand, avec un geste assuré, je remets mes Ray-Ban sur ma truffe, les yeux fixés sur l'horizon, c'est fièrement que je me tiens, sûr d'un corps que je dirai pas solide mais sain. Mr Reilly prend sa guitare.




Nancho Novo. Espagne, de nos jours, il y a quinze ans. Nancho Novo en a ras-la-casquette. Alors qu'il s'apprête à commettre l'irréparable et à se jeter du haut de cette petite falaise, comme un imbécile, près de cette petite plage, il est témoin d'un étrange accident : une moto loupe son virage, prend la rambarde et s'écrase sur le sable. Il se précipite, relève la visière du casque du conducteur et commence à lui parler. C'est une femme. Emma Suarez. La vache, c'est Emma Suarez. La jeune fille est un peu dans le cirage et Nancho essaie de la maintenir à la surface de la conscience. L'ambulance arrive. A l'évidence, Emma est sous le choc, car si son corps est intact, elle ne se souvient de rien précédant l'accident. Le personnel hospitalier demande à Nancho de remplir les formulaires d'entrée pour Emma, et quand celle-ci se réveille, il annonce à la jeune femme qu'il est son petit ami, ce qui est bien sûr complètement faux. Les docteurs conseillent à Nancho de ne pas la brusquer et de laisser sa mémoire remonter petit à petit, sans trop lui poser de questions. Nancho décide alors de l'emmener en vacances, et plus exactement dans un camping sublime au bord d'un lac : l'Ecureuil Rouge. Le nouveau vieux couple s'embarque alors dans une étrange aventure : la leur, mais en trompe-l'œil. Emma apprend à "redécouvrir" cet inconnu de petit ami, et Nancho compose en inventant la vie qui va avec, comme on dit chez Auchan. Petit à petit, la vie au camping s'enfonce dans quelque chose de surréaliste et de complètement banal, ce qui ne sera pas le plus gros paradoxe de ce que Emma et Nancho vont vivre... Au fur et à mesure, pas mal de grains de sable vont se glisser dans la sandalette...


 

En quatre ans et demie à écrire des critiques, évidemment, on finit par pas mal se définir, même si ce cliché est plus complexe qu'il n'y paraît, et, dans le mouvement, puisque l'intérêt de la critique, si tant est qu'elle en ait un, est de faire des liens entre des choses résolument hétérogènes et définir ainsi un paysage singulier et subjectif du cinéma, on déploie une cartographie plus qu'étrange de nos galaxies poétiques. Dans la foulée, comme on l'a vu notamment sur ce site, en commentaires, ces derniers jours, on désigne aussi certaines options définies généreusement comme pertinentes... Il m'arrive souvent, dans cette perspective, de citer mes champions. Un nom revient seulement de temps en temps, mais n'en a pas moins d'importance, et c'est celui du réalisateur espagnol Julio Medem. Un peu disparu de la circulation (malgré son travail toujours actif !) après une petite période où il fut promptement observé par quelques aficionados (dans les années 90), puis après un bref épisode de gloire avec son film LUCIA Y EL SEXO (qui nous valu une belle polémique), film très bien distribué pour une fois. Et puis, plus rien. Medem n'a jamais convaincu qu'un petit groupe. Et bien, ce ne sera pas ni le premier ni le dernier ! Plutôt que de pleurer sur notre triste sort, je ressors de mon chapeau cet ECUREUIL ROUGE.



Il y a pas mal de choses assez étonnantes dans L'ECUREUIL ROUGE, qu'on apprécie ou pas le travail de Medem d'ailleurs. Comme on voit, l'histoire est gentiment loufoque et plutôt originale, et s'oriente a priori vers une forme assez étrange et légère de comédie. S'il commence sur un moment en arrêt relativement long, puisque le personnage de Nancho hésite à se suicider dans les premiers plans, L'ECUREUIL ROUGE démarre plutôt vivement et impose vite sa marque, celle d'un quotidien inattendu. Un simple grain de sable, le mensonge de Nancho, va très vite faire déraper la mécanique d'un film normal. Mais là où Medem surprend c'est dans cette direction plutôt étrange qu'il impose d'entrée de jeu dans les premières minutes du film : L'ECUREUIL ROUGE n'est pas vraiment une comédie de quiproquos, paradoxalement. Le film se place plutôt sous le signe d'une incongruité certaine. L'ambiance plutôt réaliste contraste avec une situation complètement hors-norme, et par l'intrusion de plusieurs thèmes ou  nuances qui vont bousculer énormément le cours d'un film "classique". Si le scénario s'oriente vers une linéarité certaine, le principal attrait du film de Medem vient du fait de ces mélanges étranges de nuances et de faire cohabiter plusieurs facteurs, assez simples pris les uns indépendamment des autres, mais qui combinés entre eux vont rendre le film prenant et limpide, certes, mais aussi bizarrement complexe, avec une générosité un peu kamikaze dans le sens où le film donne ses pistes ouvertement. On est très loin du cinéma d'intention actuel qui inondent le circuit Art et Essai, où les formes sont très pauvres, en général, et où les thématiques, strictement mélodramatiques n'effleurent que dans des dialogues bêtas ou dans le dossier de presse. Ici, rien de tout cela, au contraire : L'ECUREUIL ROUGE, sans en avoir l'air, ne perd pas de temps, se donne avec la générosité d'un amoureux transi, sans compter, sans calcul, sans réserver (au sens culinaire du terme) ses passages de bravoure ou de plus haute importance pour la suite ou pour la fin. Chaque espace est utilisé au maximoume. Mais je vois que tout cela est très obscur, alors il est temps d'ouvrir le capot.

 


Tourné dans le beau format 1.66 (quasiment disparu malheureusement), le film de Medem offre d'abord une qualité plastique qui est à l'image de la mise en scène que je vais décrire, et aussi à l'image du modousse opérandaille que je décrivais dans le paragraphe précédent. La photo est franche, sans doute un peu héritière de certaines photographies de la fin des années 80/début 90, avec des éclairages plus réalistes qu'en 2000 mais léchés, d'une part, et sachant naviguer entre mise en valeur des décors et stylisation légère mais incessante. Pour le dire autrement, la photo paraît naturelle, sans chichis, mais elle se révèle aussi précise et arrive, à beaucoup d'endroits, à créer des ambiances singulières, c'est bien, et qui servent bien les efforts globaux de la mise en scène, et ça c'est mieux ! Le cadrage prend le relais de la même manière. Curieusement, il y a quand même pas mal de gros plans, mais pas tout le temps, et en général, ils sont courts et posés à des endroits stratégiques, encore une fois dictés par la réalisation globale plus que par la volonté "d'émouvoir par le jeu d'acteurs" (ce qui n'empêche pas d'arriver d'ailleurs !) ou de se rapprocher "de la psychologie des personnages", ce gros mensonge durable. Sinon, on peut dire, concernant le cadre, qu'il est composé de deux manières qui vont jouer ensemble comme des petits chatons foufous : d'abord des plans soignés mais assez anodins, ensuite des choses légèrement plus composées, mais qui prennent une ampleur terrible. L'alternance et le mélange des deux rendent le film extrêmement dynamique, et ce d'autant plus que le montage précis et ludique vitalise l'ensemble d'une manière peu commune et permet les fantaisies suivantes...

 


Car, et peut-être aurais-je dû commencer par là, pour vous donner une idée claire dès le départ de ce qu'est le film, ce qui est scotchant ici, c'est l'incroyable mélange des scènes et des tonalités. L'ECUREUIL ROUGE n'est pas une comédie de quiproquos, je le disais. D'une part, le contexte et le point de départ sont juste un peu loufoques, mais il s'en dégage une grande impression de quotidienneté. D'autre part, paradoxalement, la tonalité principale serait peut-être le fantastique ! Etonnant, non ? Alors, il n'y a pas de fantômes, pas de paradoxe temporel, pas de revenant, ni de voyage dans l'espace, bien sûr. Le sujet du film n'est rien d'autre que ce que j'ai dit plus haut. Mais je disais aussi que le film était globalement linéaire, et c'est vrai, mais c'est faux. Sans aller jusqu'à pousser le film dans une construction "poly-temporelle" (si je veux) à la Robbe-Grillet, bien sûr, Medem construit quand même son film avec soin, et n'hésite pas dans une même scène ou une même séquence à mélanger des points de vue subjectifs qui se télescopent, ou alors il mélange carrément les périodes temporelles. Ca ne donne pas du tout un patchwork à la Nicholas Roeg (où un plan il y a dix ans dialogue avec le suivant qui se passe dans le présent, de manière incessante et plus fragmentée qu'ici). Ici, la disnarration vient de deux facteurs. Il y a une partie de mélange temporelle mais très peu. De temps en temps, il y a des déconstructions géographiques mais encore moins nombreuses (j'entends par là qu'on passe entre deux plans d'un endroit à un autre complètement différent). Mais ce qui fait la moëlle de cette construction, c'est d'une part que les plans "fantastiques" quasiment oniriques ou divagatoires (là aussi, si je veux), peuvent venir chambouler une scène descriptive classique, voire, encore plus fort, l'arrêter en arrivant comme un cheveu dans la soupe. D'autre part, plus discrètement, et c'est un sacré travail de sape qui vous procurera beaucoup de joie à la vision, Medem place énormément de plans en caméra subjective, et les plus efficaces sont souvent ceux qui se voient le moins, ou les plus anodins si vous préférez.  Respirez, digérez, prenez votre temps. Ok ? C'est bon ? Alors, je continue... Pour corser un peu le jeu, ces plans subjectifs, dans une même scène peuvent ne pas appartenir au même personnage ! La scène du repas, où Emma et Nancho sont invités par leurs voisins de tente (un couple de ploucs avec enfants) est un bon exemple. C'est le passage avec le bout de calamar et l'écureuil. Là, c'est un festival. Un coup, c'est Nancho qui regarde, un coup Emma, puis Nancho intrigué par ce que Emma remarque (ce qui déporte son attention), pendant que le reste de la scène (le repas quoi) continue de se dérouler avec son propre découpage !  Alors, si le champ/contrechamp c'est ça, bah je prends ! Que c'est riche ! Dans cette scène, on change de points de vue sans arrêt et, surtout, ils s'influencent entre eux, ou pas du tout d'ailleurs, selon les moments ! La séquence est du coup sacrément bondissante.


 

Alors, on pourrait se dire que cette mise en scène iconoclaste est dûe au scénario, bien foutu et déjà très découpé. Bah en fait, pas vraiment. Et ce sera là un des deux ou trois points les plus importants de cet article. Ce qui est absolument subjuguant dans cet ECUREUIL ROUGE, c'est l'équilibre (ou le déséquilibre) et l'intéraction entre tous les postes. Il y a, je viens le dire, des points de vue qui s'entrechoquent et s'influencent en une spirale subjective et sensuelle impressionnante. Le fantastique (hilarants apartés pendant le tournage du clip par exemple) vient se fracasser au Réel, et les deux s'interrompent fréquemment. Ajoutons à cela quelques collisions temporelles, un scénario d'une précision ludique extrême et saupoudrez de ce qui est le sujet du film : une épopée du faux-semblant. Je vous vois déjà saliver comme des petits sagouins, et vous avez totalement raison. Arrêtez-vous. Prenez une cigarette. Ou un petit verre de Merlot. Allez aux toilettes. Versez-vous un peu de thé. Respirez. Ok ? Je continue... Et bien, chers amis c'est encore mieux que ça ! Là où Medem marque le plus de points, c'est dans l'équilibrage du tout. Car si on prend le film sous l'angle unique du scénario, c'est bien, et sans doute dix fois supérieur avec ce qu'on nous propose en salle. Si on le prend sous l'angle du montage, c'est chouette. Si on le prend au niveau du découpage narratif ou sonore (merveilleux : interruption des musiques au plan, densité du bruit ou alors au contraire du silence, etc.), c'est cool. Bref, si on s'occupe d'un poste, le film est sympa. Mais l'équilibre global du film et son identité, car il ne ressemble pas à beaucoup de choses, se joue dans l'équilibrage ou le déséquilibrage de TOUS les postes et de TOUS les leviers de la mise en scène et/ou de la narration, en même temps, constamment. C'est pour cela que ce film est dur à décrire dans le cadre d'une critique. Et c'est pour cela que le film est d'une richesse phénoménale. Un poste ou un levier créatif n'est jamais privilégié et comme dans la scène du calamar, tous jouent ensemble, un peu comme une danse folle. C'est ahurissant et d'un dynamisme remarquable. Les éléments pris séparément sont très signifiants et beaux et émouvants. Certes. Mais leur puissance est quintuplée quand ils intéragissent, et ça tombe bien, car ça n'arrête pas, c'est un festival, ça se croise tout le temps ! N'imaginez pas un film complètement hystérique. Un des leviers, c'est le montage, et le rythme du film sait aussi jouer des achoppements et des ruptures.

 

De manière encore plus impressionnante, le film finit par faire muter sa propre structure. Le scénario et la narration sont parfois fort alambiqués et jouent sur le symbole et les coïncidences. Et là, je vais me rappeler de la polémique sur LUCIA Y EL SEXO, et la fameuse symbolique du phare dans ce film. Beaucoup ont reproché la balourdise de ce phare, symbole phallique qui ramène son nez pendant tout le film. Le Marquis avait bien défendu le film. Il disait, en substance, que contrairement à beaucoup de réalisateurs, les éléments signifiants dans les films de Medem ne sont pas fixes et immuables. Ce phare peut avoir une signification dans un plan, puis une autre dans une séquence vingt minutes plus tard. Loin d'être des machines de guerre symboliques, les films de Medem se caractérisent beaucoup plus  par une subjectivité en mouvement, avec errance, fulgurance, retours en arrière, évolution ou dévolution. Ici, c'est pareil. Et je dois dire que la dernière séquence du film m'a scotché, bien qu'ayant vu (certes, il y a pas mal d'années) le film plusieurs fois. L'architecture alambiquée formée par les personnages secondaires (à l'hôpital, la station service, et l'ex, bien sûr) semble ancrer le film dans une structure scénaristique définie, gravée dans le marbre, ou rigide si vous préférez. Quand on voit la conclusion du film pointer le bout de son nez, on se dit qu'on le voit arriver, le Medem, avec ses gros sabots du Destin. Eh bien, non ! Jusqu'à la dernière séquence, dans la scène conclusive même, la symbolique change et se précise pour sortir du jeu classique et attendu des écritures fixes, et pour se retrouver dans le tourbillon de la vie, comme disait la vieille, c'est-à-dire dans le retournement du point de vue. C'est tout sauf du scénario immuable et bétonné. Cette scène, elle mute sous nos yeux et avec des flashbacks basiques qui fonctionnent, en plus, comme une espèce d'anti-twist, comme dirait Lars Von Trier ! Plus qu'une scène sur le Destin, avec son romantisme à trois francs, sur le mode chevaleresque, Nancho au contraire conclue sa quête des sens. C'est son ultime vue subjective. C'est très beau, et c'est la totale liberté (du personnage, du film, de Medem et de la mise en scène) qui s'exprime là. Je code et n'en dirai pas plus, vous verrez ça par vous-même. Mais, en faisant cela, en dégageant son scénario de l'Immuable, Medem contredit beaucoup de réalisateurs pour lesquels les réseaux de métaphores sont fixes, le point de vue est objectif, à la troisième personne et omnipotent. Chez les autres, un symbole en début de film (ou un détail signifiant) sera répété à la fin comme une espèce de procès-verbal ou de preuve de construction signifiante. C'est une histoire d'homogénéité classique, en quelque sorte. Pas ici. Dans cette jungle baroque, sans en avoir l'air, Medem, je le disais, prend tout son espace, s'étale de tout son long dans chaque plan de son film, dans chaque mouvement dans les leviers de mise en scène. Et loin de figer son film, au contraire, il le libère. Il y a une forme d'épure chez lui, paradoxale mais étonnante.

 

Equilibrage, sensations, fulgurances et points de vue subjectifs entremêlés en patchwork, le tout sous la férule d'un jeu subtil et pointilliste d'une mise en scène riche et bondissante, voilà ce que je viens de vous expliquer. Je finirai par la cerise sur le gâteau. Evidemment, un critique normal aurait commencé par là, et en aurait fait la moëlle de son article. Moi, je vous laisse découvrir ce dont je m'apprête à vous parler. Et je n'insisterai pas plus que ça. Et si certains d'entre vous voient le film, ils auront une pensée pour cette attention délicate.



Toute l'énergie du film, telle que je viens de vous la décrire, va dans une seule direction finalement. D'une part, vers le travail des acteurs. Et là, les petits cocos, c'est de la dentelle, c'est de la porcelaine de Limoges. Nancho Novo est précis comme un scalpel, et c'est un plaisir sans fin. Et puis, il y a Emma Suarez ! Là, les mots me manquent, les amis !  C'est du précis, c'est du jeu constamment en mouvement, c'est la prise de risque maximum. Suarez, sans doute une des meilleures actrices que j'ai eu l'occasion de voir, femme magnifique irradiant de malice et d'émotion. Et je ne parviens pas à faire le deuil du fait de ne plus la voir ces dernières années. Le couple (qu'on retrouve dans trois films de Medem) fait beaucoup pour la gourmandise du film, et contribue à dynamiser jusqu'à la folie l'énergie déjà impressionnante du film.



Enfin, et là aussi, il y aurait beaucoup à dire, il y a le sujet du film. Et là aussi, c'est le bonheur absolu. C'est une comédie, certes, mais assez noire sans en avoir l'air. Le thème est passionnant puisqu'il s'agit du désir et de l'identité. Les faux-semblants s'enchaînent, prennent quelquefois une valeur tout-à-fait véritable. Les personnages se nourrissent ce qu'ils sont, certes, mais recréent aussi constamment leur vie, se la réapproprient, et finissent par inventer leur couple en empoignant leur liberté, souvent lourde, souvent douloureuse. C'est merveilleux. [Je glisse là quelques remarques. Les personnages secondaires (le couple bourgeois plouc et usé, leurs enfants qui inventent un rapport marital, etc...) sont merveilleux. Les idées subtiles abondent : le flashback/séquence onirique du clip, déjà magnifique, que se réapproprie un autre personnage; le film qui colle de force et fait se mélanger des séquences subjectives distinctes; la passionnante exploration de la virilité masculine (vue sous un angle ludique !); la scène d'hypnotisme qui résume très bien ce que je disais plus haut, déclarée tout de suite comme simulacre mais qui va faire jaillir la vérité; les incroyables jeux d'axe (avec la moto qui, trois minutes plus tard, grimpe sur l'arbre comme l'écureuil à la faveur d'un changement d'axe, de scène et de point de vue... Vous voyez quand je vous parlais d'équilibre entre tous  les postes ! Le cadrage c'est de la narration !), l'histoire des tee-shirts, etc. Ca n'arrête pas !]

 

L'ECUREUIL ROUGE est donc une film merveilleux. Je le glisse immédiatement dans ma dévédéthèque idéale. Medem est un des plus grands réalisateurs vivants. Bien sûr, il n'est jamais cité par personne. Mais, ça n'est pas grave. Pour les vacances, vous aussi, allez au camping de l'Ecureuil Rouge, faites-vous ce plaisir, et allez explorer les contrées injustement ignorées de la Planète Cinéma. L'ECUREUIL ROUGE est un film généreux, gourmand et populaire. Et bouleversant.

De rien.

Dr Devo.

 

PS : Tiens, en préparant cet article, je m'aperçois que Medem, très actif en ce moment, prépare un film à sketches avec notamment Hal Hartley et Atom Egoyan ! CQFD.

Une anecdote, pour finir. Je me souviens qu'un distributeur français a acheté les droits du dernier film de Medem CAOTICA ANA, vu en festival, sur un coup de cœur en quelque sorte. Eh bien, il paraît qu'ils ne savent pas du tout comment le sortir. Ils n'ignorent pas que ça va être dur à vendre au public Art et Essai. Gageons qu'ils tenteront quand même l'expérience. En tout cas, voilà un indice supplémentaire prouvant que le marché se sclérose drôlement et qu'en dehors des mélodrames familiaux et des films à thèse, il n'y a plus de place pour les chose qui sortent des canons du genre, même dans le cas d'un réalisateur intrinsèquement populaire comme Medem.

 

 

 

 

 

 

 

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Mercredi 17 juin 2009 3 17 /06 /Juin /2009 12:06

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[Photo: "Pour une Critique Désinvolte" Par Dr Devo.]



 

Laura Harris est une jeune Américaine un peu niaise, un peu bêta, partie vivre en Angleterre. Là-bas, sa vie est merveilleusement merveilleuse et sans la moindre part d'ombre. Elle est mariée à un jeune, beau, riche et célèbre animateur de télévision, elle a une grande maison, un fort joli jardin et un bien bel enfant blond qui, au fur et à mesure, devient de plus en plus étrange. Laura Harris ne se pose pas de questions et savoure son bonheur jusqu'à ce que son fils tue violemment un cochon d'Inde. Son mari non plus n'est pas tout à fait clair, son comportement étant parfois des plus étranges. Les morts violentes et rituelles s'accumulent. L'enfant s'avère être l'Antéchrist ! Laura Harris va essayer de l'arrêter, avec la complicité de Francis Magee, chauffeur de taxi trouble qui semble tout connaître de Harris et vouloir l'aider à arrêter son fils maléfique...

 

 

C'était un hasard total, mais voir ce film tandis que dans les commentaires de l'ANTICHRIST de Lars von Trier se déroule un débat beau et passionnant, dont les tenants et aboutissants représentent un miroir étonnamment réfléchissant, est plutôt amusant. THE CALLING peut être vu comme le négatif quasi-parfait du film du facétieux danois. Tout est plus ou moins à l'envers, et si l'oeuvre dont je vous parle présentement rend neuf ans au métrage primé à Cannes, Richard (avé) Caesar peut pratiquement être vu comme un mage, un prophète, un voyant, comme s'il avait vu ANTICHRIST avant même que von Trier ne l'ait fait et avait décidé de faire tout l'inverse. En prenant THE CALLING dans ce sens-là, le film est donc très beau. Mais en le regardant...

 

Ca commence particulièrement mal avec, dès le départ, une citation biblique qui non seulement vend tout le film, mais en plus est particulièrement ridicule. Il faudrait interdire les cartons de citations en début de film pendant quelques années pour que les metteurs en scène médiocres arrêtent de faire passer leurs films également médiocres pour plus cools ou plus profonds qu'ils ne le sont vraiment. S'ils ont quelque chose à dire, ça devrait être dans le film, et non pas pioché au hasard pour se faire mousser ! [J'ajoute que je n'ai rien contre les cartons à l'intérieur du film, comme levier de mise en scène ; juste qu'ouvrir par la Bible, ça commence à bien faire.] Richard Caesar (morituri te salutant) déroule ensuite son film de la manière la plus molle et la plus impersonnelle possible, en enchaînant les plans comme d'autres font des colliers de nouilles, rigide, sans saveur et suranné. La photographie ne vous fera même pas lever un sourcil et le torrent discontinu de plans rapprochés finira de vous endormir. Evidemment, les scènes d'action sont filmées à l'épaule, avec tremblement et confusion, et les scènes de transition en caméra fixe, quelques fois en panoramique, et quelques plans de grue pour découvrir les lieux, avant de revenir en gros plans sur les visages. Aucune espèce d'émotion ni le moindre ressenti n'est à attendre de la mise en scène, qui se contente de mettre en image le scénario et le jeu des acteurs, les deux étant proches de la calamité la plus totale. La seule chose qui vous empêchera de vous arracher un bras avec les dents et à le lancer sur votre téléviseur pour arrêter ce massacre est un fort joli plan de coupe à l'arrière d'une balançoire, bien cadré, bien éclairé, triste et émouvant. Ca ne dure que trois secondes, ce n'est pas un plan magnifique ni exceptionnel, mais c'est en tout cas bien plus beau que le film dans son ensemble.

 

Taxer ANTICHRIST de misogynie est impossible après avoir vu THE CALLING. Il suffit de voir ce surprenant montage alterné, qui montre d'un côté l'accouchement de Laura Harris et de l'autre le meurtre rituel d'un enfant. Le sang coule à flot de l'utérus de la jeune femme, Richard (veni vedi vici) Caesar coupe, puis insère un plan sur du sang (probablement celui de l'enfant sacrifié) qui s'écoule dans les encoches d'un symbole diabolique. Ensuite la femme donne naissance à, comme je l'ai dit au début de mon article, l'antéchrist. Si si, rien que ça. La fin est également plutôt explicite à ce sujet. Disons que le souci principal du film est son sérieux à toute épreuve, et la véracité totale voulue par le réalisateur, qui ne s'offre même pas la possibilité de la métaphore. Tout est vrai, tout se passe réellement, ce qui rend le film encore plus stupide. Avec un peu d'humour, avec un peu d'absurde, et surtout avec l'ouverture au doute, au questionnement, il me paraît clair que le film aurait eu un autre intérêt. Ici, rien de tout cela, et Richard (alea jacta est) Caesar traite son oeuvre avec un sérieux papal qui ne serait pas si ridicule s'il avait accordé une quelconque importance à la mise en scène, et donc aux aspérités. THE CALLING est une série B sans intérêt sauf celui de donner envie de revoir ANTICHRIST encore une fois, pour que nous saute une fois de plus aux yeux la différence qu'il y a entre faire un film et faire du cinéma.

LJ Ghost.




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Mardi 16 juin 2009 2 16 /06 /Juin /2009 13:44

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[Photo: "La Dernière Tentation du Christ" par Norman Bates.]




Une goutte de sueur coule le long d'un pantalon en cuir avant de s'écraser dans le sable aride, nichons. Le soleil à son zénith traverse même les Ray-Ban les plus opaques, nichons. Ici et là quelques serpents négocient une durée de vie supplémentaire sur cette planète, nichons. Cinq Harley creusent un sillon dans le désert vierge de la Somme et Loire : chevauchant le métal, Larry Bishop, Michael Madsen, Dennis Hopper, nichons, Eric Balfour et David Carradine. Ce sont les Victors, ils cherchent à venger depuis plus de 30 ans l'assassinat de la femme du Boss par les 666 de Vinnie Jones et à avoir des places pour la dernière tournée de Johnny, nichons.

 

Pour resituer un peu la chose, Larry Bishop c'est le barman de KILL BILL 2 qui emploie Madsen, c'est aussi un grand nom de la Série Z fauchée, et le réalisateur de MAD DOGS. Personnage plutôt sympathique donc, et en plus de ça qui a de bons amis dans le milieu. Il a profité de la vague "Grindhouse" pour se lancer dans un hommage à la Série Z de motards, et le tout finit en Direct-To-DVD. On raconte dans les milieux bien informés que le tournage s'est plutôt mal passé. Tarantino devait jouer dans le film mais a abandonné au dernier moment, les frères Weinstein ont un peu mis le hola sur le budget, et la bière avait un goût de pisse. Au final, c'est de la Série Z pure et dure, fauchée, avec des plans cul toutes les cinq minutes (MYSOGINIE !). Scalpel, je vous prie.

 

D'un point de vue purement extérieur, ca sent très fort le Tarantino faisandé. J'entends déjà les mauvaises langues parler de Rodriguez en ricanant, mais rassurez-vous l'odeur est très différente. Procédons à l'ouverture. Le premier plan très pieux rappelle la Vierge Marie, suit une intro en noir et blanc plutôt bien foutue, avec un petit mouvement de caméra sexy qui dévoile petit à petit ses charmes. La suite est un peu plus classique avec un flash back introduisant le contexte et enfin la traditionnelle présentation des motards, très iconoclaste avec les ralentis et la musique qui va bien et une mise au point sur chaque personnage. Classique, mais avec déjà un petit goût crade qui va être la marque de fabrique du film : si la photo est très correcte, voire très jolie, quasiment tout le film est légèrement surexposé. Bizarrement, alors que je n'aime pas trop ça d'habitude, ici ca passe très bien. Bon, on comprend très vite pourquoi, c'est pour coller au cahier des charges Grindhouse, il faut abîmer la forme du film. Pourtant on est très loin de Tarantino : il n'y a pas vraiment de jeu autour du médium, ce qui était quand même une des grandes forces de BOULEVARD DE LA MORT. Ce goût un peu crade dont je parlais va vite se transformer en vulgarité assumée. Bishop va très vite lâcher les chiens, en l'occurrence les chiennes (MYSOGINIE !), en surenchérissant dans le vulgos : plans cul en veux-tu en voilà, violence graphique assumée, le tout filmé et monté un peu à l'arrache. Enfin, ça, c'est ce que dirait le critique lambda qui en a un peu marre de ces Séries B de petits cons, et qui voudrait voir des films qui sauvent la planète où qui parlent de sujet sérieux genre les relations père/fils ou de l'immigration dans le Cantal. Chez nous, à Matiere Focale ©, on donne sa chance au produit.

 

Parce que, figurez-vous, j'ai trouvé quelque chose de beau dans les entrailles. Au premier abord, c'est extrêmement déroutant, on ne saisit pas tout de suite les tenants et les aboutissants de la narration, très éclatée. En plus de cela, c'est très référentiel, beaucoup de plans semblent sortir d'autres films. Rien de bien neuf à première vue donc, mais déjà l'intérêt pointe, et on ne sait pas très bien où le film nous emmène. Au niveau du cœur, ce qui fait un film, l'élément le plus important, c'est le montage. Or, ici, le montage est utilisé d'une manière assez belle, en déstructurant totalement l'archétype du vigilant movie. Jouer avec cela est très beau, car le film ne montre plus vraiment une vengeance classique, mais une quête sentimentale (le fils et l'amant), sans trop suivre le scénario à la lettre. Bishop ne se laisse pas dicter son montage par son script, mais bien par un tourbillon émotionnel, par le fantôme de la femme aimée. La cerise sur le gâteau, c'est qu'il fait ca en alignant des plans d'une vulgarité incroyable, ou au contraire d'un conformisme navrant. La solitude et la figure de l'être aimé reviennent au milieu de scènes d'action ou de fesse, du début à la fin. On est bien loin de la misogynie, en fait les femmes ne servent pas uniquement de faire-valoir pornographique comme on pourrait le croire, mais elles sont en quelque sorte "sacralisées" via la mise en scène et le montage : c'est le point fixe autour duquel tout le film tourne. Les filles faciles aux seins refaits paraissent du coup assez glauques, et ne sont plus le faire-valoir de la virilité. Autre chose marrante, le fameux trésor, faux prétexte très bien utilisé, dont je ne vais pas trop parler pour ne pas vous gâcher la surprise. En plus de cela le découpage des scènes d'action est très correct, on comprend assez bien ce qui se passe. C'est toujours agréable de retrouver ses petits.

 

Je m'emporte un peu là, parce qu'on ne tient quand même pas le film du siècle. Le tout tient grâce à la sincérité de Bishop, qui fait vraiment le film dont il a envie. Il ne soucie pas trop du détail, s'arrange avec les moyens du bord, et joue un peu de son casting comme faire-valoir. Madsen fait du Madsen sans trop se forcer, Carradine vient toucher son chèque, les bimbos viennent rembourser leurs faux seins, et Hopper ne sait pas très bien sur quel pied danser.  Comme je l'ai dit plus haut la photo est plutôt jolie mais a tendance à lorgner vers la surexposition, et certains effets sont assez laids (les scènes d'hallucinations font très "After Effects" alors que la référence évidente c'est TUEURS NES de Stone). Les cadrages sont dans l'ensemble sympathiques, mais il ne se foule pas non plus, c'est très fonctionnel. Il y a pas mal de mouvements de caméras, mais ils n'apportent pas grand'chose au film, on est là encore dans la "référence". Les virées en moto sont propices à du grand n'importe quoi, avec des mises au point un peu scabreuses, des travellings avant / arrière à n'en plus finir et des tressautements de caméra un peu pénibles. Le son est la musique sont des plus attendus, pas vraiment originaux.

 

Au final, en refermant le cadavre, c'est quand même la déception qui l'emporte. Le film ne va pas plaire à tout le monde, c'est certain, on a l'impression de s'en prendre plein la gueule. D'une approche très vulgaire, le seul élément vraiment intéressant du film c'est sa narration, et les quelques surprises que révèle la mise en scène. Il faut quand même aimer le jambon, et les plaisirs coupables. On peut voir le film comme un des derniers de Carradine, surtout qu'il a l'extrême bon goût de mourir étranglé, brillante démonstration que le réel ne s'inscrit pas dans le réalisme.

 

 Norman Bates.




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Lundi 15 juin 2009 1 15 /06 /Juin /2009 09:55

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[Photo: "What a Night That was" par Dr Devo.]

 

 

Vingt ans sont passés depuis les sanglants évènements du camp Arawak, mais ses portes sont rouvertes, même s'il a changé de nom. Michael Gibney vient y passer l'été, en compagnie d'une vingtaine d'autres adolescents. Il est un peu étrange ce Michael, trop grand, trop gros, un peu lent sur les bords, bref, il ne s'intègre pas et devient le souffre-douleur de ses charmants petits camarades. Mais un lieu maudit est un lieu maudit : les tueries recommencent, et les premières victimes sont les tortionnaires les plus virulents du pauvre Michael...


Ce film est la cinquième suite de la franchise des SLEEPAWAY CAMP, dont la genèse (dont j'avais parlé sous son titre français MASSACRE AU CAMP D'ETE) est devenue culte grâce à son extraordinaire séquence finale. Le générique rappelle donc les faits causés par le tueur, grâce à des extraits de journaux entachés de sang, et qui divulguent l'identité du meurtrier d'entrée (je ne vous conseille donc pas de commencer par celui-ci, mais de toute façon vous devez voir le premier !), ce qui peut être un sympathique clin d'oeil mais qui handicape fortement les spectateurs n'ayant pas visionné SLEEPAWAY CAMP. Le film s'adresse donc tout d'abord aux aficionados de la série, ce qui n'est pas forcément un très bon calcul. Autre clin d'oeil, le retour de certains membres du casting originel (dont l'abominable responsable du camp, qui est toujours aussi hypnotiquement mauvais) et l'apparition de ce bon vieux Isaac Hayes, dans son dernier rôle au cinéma, dans le rôle de, tenez-vous bien, le chef cuistot du camp ! Toute ressemblance avec une célèbre (et superbe) série animée américaine n'est que fortuite, bien sûr. Tout cela pour dire qu'on est comme qui dirait en terrain connu, on est entre amis, on fume le cigare, on porte des espadrilles, et on va se remémorer le temps béni où nous avions du succès.

 

Et finalement, rien n'a changé. Que ce soit au niveau du scénario, ou de la mise en scène, ou du choix des acteurs, on est à la maison, et que l'on regarde SLEEPAWAY CAMP premier ou cinquième du nom, c'est quasiment la même chose. Mais en plus poussé, en plus approfondi, en plus assumé peut-être. Le film est toujours un slasher, mais en fait pas du tout, et finalement on s'en fout. Ce n'est visiblement pas ça qui intéresse Hiltzik, et il nous le fait comprendre dans les cinq premières minutes en nous donnant quasiment d'entrée l'identité du tueur. Ce n'est un secret pour personne dès le départ, sauf pour les personnages, dont on se demande si leurs parents ne les ont pas fait tomber sur la tête quand ils étaient petits. La façon dont il filme les meurtres, autrefois distante, est ici traitée sur un mode complètement humoristique ; les tueries sont drôles, ludiques, volontairement absurdes (ils sont quasiment aussi « sophistiqués » que dans n'importe que SAW, l'humour en plus) et ont recours au numérique, ostensiblement moche ; on est ici assez proche du cartoon, un peu à la Itchy et Scratchy (le dessin animé sanglant dans LES SIMPSONS), et c'est plutôt plaisant. En faisant cela, Hiltzik reporte la violence qu'auraient dû contenir ces scènes ailleurs, dans les séquences d'humiliation de Michael Gibney. Et là, ça fait vraiment froid dans le dos, et ça ressemble à de la torture pure et simple (en témoigne cette incroyable et douloureuse séquence de "réunion dans les bois " (je code), où les bourreaux de Gibney le mettent littéralement à mort ! C'est abominable). Sa marginalité, avant tout physique, lui vaudra toutes les tortures (pardonnez-moi, c'est le seul mot auquel je peux penser) possibles, de la psychologique à la physique, en passant par l'accusation (à tort ou à raison, ce n'est pas vraiment le propos ; il est bizarre, il est différent, donc il est coupable). Ces outrages se passent devant les yeux de l'autorité, représentée notamment par Paul DeAngelo (le rescapé du premier film), qui s'émeut de la situation mais ne fait rien, ou s'il fait quelque chose, n'est pas écouté ! On n'a finalement aucun pouvoir contre le groupe, il domine et aliène, et l'individu n'a aucune chance ! Le choix du casting des adolescents est plutôt cohérent : en choisissant des gamins de 17 à 20 ans pour jouer des personnages qui semblent être au collège, on a beaucoup de mal à distinguer les élèves des surveillants (qui exercent également leur cruauté contre Gibney) ; ce sont tous les mêmes, le groupe avance comme une seule entité identique, et toute volonté de s'écarter du choix du groupe est tuée dans l'oeuf par la pression des pairs. Le métrage penche donc plutôt vers la critique sociétale que sur le vrai film de genre.

 

Mais qu'Hiltzik nous parle de cela, s'il veut, c'est très bien, mais aussi efficace que ce soit pendant la projection, il assène tellement son message qu'il finit par bouffer tout le film, qui devient pour le coup assez didactique et serait laborieux s'il n'était pas salutairement court. Le problème est que son scénario vampirise toute velléité de mise en scène, qui n'était pas le point fort de MASSACRE AU CAMP D'ETE, et qui ne se bonifie pas vraiment. La lumière vient toujours de face et d'en haut, les cadrages sont toujours indigents et le montage suit cette vague de mollesse qui englue le film. C'est du quelconque, du passe-partout, et il faut une fois de plus attendre les cinq dernières minutes pour que quelque chose se passe ; rien de transcendant, mais on peut signaler un joli jeu sur l'échelle de plans dans le gymnase plutôt asphyxiant et ludique, ce qui est toujours bon à prendre. A part ça, pas grand chose, si ce n'est qu'il nous ressort pratiquement la même fin que dans le premier film, quasiment au plan et à la ligne de dialogue près ; c'est amusant, et en même temps assez flippant ; la magie opère, mais bien moins que pour l'original.

 

Si je puis donc vous donner un conseil, si vous désirez voir ce film : procurez-vous MASSACRE AU CAMP D'ETE d'abord. Premièrement, vous ne serez pas spoilé ; deuxièmement, vous verrez une des fins les plus terrifiantes du cinéma ; troisièmement, vous vous amuserez aussi des clins d'oeil de ce RETURN TO SLEEPAWAY CAMP. Mais si vous ne voulez pas voir ce film, je vous comprends, et vous ne raterez finalement pas grand-chose.

LJ Ghost.




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Samedi 13 juin 2009 6 13 /06 /Juin /2009 11:31

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[Photo: "The Big Slip" par Dr Devo.]



Une bien jolie bourgade près d'un lac des Etats-Unis d'Amérique. Un père et ses deux enfants, un garçon et une fille, jouent sur un bateau ; celui-ci se renverse et la petite famille finit à l'eau. Ils n'ont pas vu qu'un petit bateau à moteur se dirige accidentellement droit sur eux, et les percute. Le père meurt, les enfants sont blessés. Dans un autre lieu, dans un autre temps, dans une nouvelle famille, une mère envoie son fils et sa nièce, qui ont tout deux sensiblement le même âge, dans une jolie colonie de vacances ("merci maman, merci papa"). La petite fille, Felissa Rose, semble mal s'accommoder de ce lieu et ni ne parle ni ne mange. Son cousin, Jonathan Tiersten, prend sur lui de la protéger contre les railleries de leurs camarades et des employés patibulaires de la colo. Les choses se compliquent un peu quand plusieurs morts inexpliquées frappent soudainement le camp...

 

 

Ce n'est pas la peine de vous faire un dessin, il s'agit ici d'un slasher dans la plus pure tradition du début des années 80, c'est à dire avec jouvencelles, beaux garçons, policiers moustachus, et un impitoyable tueur qui trucide à peu près tout le monde avec force  et violence. Mais ce film-là a quelque chose en plus, quelque chose qui le distingue très nettement des autres métrages du même genre, quelque chose qui le rend unique et indispensable.

 

MASSACRE AU CAMP D'ETE (SLEEPAWAY CAMP en V.O.) est, quelque part, un film purement dans l'esprit focalien, ou en tout cas dans l'esprit dans lequel ce site a été créé. Matière Focale a pour but (entre autres) de fouiller dans les tréfonds du Cinématographe pour trouver des films dont au moins une scène serait à sauver, dont au moins une scène serait du cinéma, et qui vaudrait à elle seule la vision du film en question. C'est bien de cela dont il s'agit ici. La fin du film est une des choses les plus hallucinantes que vous puissiez voir dans votre vie de cinéphile. Vous n'avez jamais rien vu de tel. Je ne vais évidemment pas vous dire de quoi il s'agit, vous devrez donc me croire sur parole. Tout ce que je peux dire, c'est que dans les trois dernières minutes, le film prend un virage complètement loufoque, et même plus que ça, carrément grotesque, absurde et gratuit. Et c'est à ce moment-là que le film prend son envol, si j'ose dire ; la photo, auparavant vraiment quelconque (et encore, je suis gentil, les acteurs sont uniquement éclairés de face ou d'en haut sans aucune espèce de poésie ni aucune volonté de faire quelque chose d'un peu beau - sauf pour deux ou trois plans, dont de biens jolies ombres chinoises) devient ici précise et effrayante. Le son, affreusement mal mixé tout au long du film (il arrive régulièrement qu'on ne comprenne même pas ce que les acteurs disent, tellement la musique est forte) se transforme en une entité mouvante, suffocante, vos cheveux se hisseront et vous en aurez des frissons. Le montage révèle aussi quelques surprises, et le rythme imposé par la révélation des informations va également dans le sens de cette terreur recherchée. Finalement, le réalisateur ne cherche pas tellement à faire peur durant le déroulement de son film, mais il semble qu'il réserve ce traitement uniquement à son grand final. Cependant, il ne délaisse pas vraiment le reste, en tout cas au niveau du maquillage, plutôt réussi, et certains décadrages sont assez beaux et pour le coup vecteurs de saillies (le reste du film étant plutôt paresseux sur ce point-là). Les morts successives utilisent un procédé vieux comme John Carpenter, mais avec une certaine efficacité. Si le metteur en scène semble un peu se moquer de ces morts (encore une fois, pour se réserver sur le final), cette atmosphère de meurtres assez froide est dérangeante, et les décès n'en sont que plus secs, plus douloureux et plus signifiants.

 

Une chose est sûre, le film porte formidablement bien son nom, et pas qu'à cause des multiples meurtres qui l'émaillent (un petit mot là-dessus : c'est un véritable carnage, qui n'est jamais gratuit - enfin, façon de parler - sauf une seule fois, un peu avant la fin, et qui est en totale contradiction avec le film dans son ensemble, comme si c'était une parenthèse grotesque, un signe que le film décolle vers quelque chose d'Autre, en faisant quelque chose d'inexplicable et d'inexpliqué, à contre-courant du reste. C'est plutôt beau, là aussi), mais aussi à cause des acteurs : vous n'en avez jamais vu d'aussi mauvais, c'est assez surprenant et complètement hypnotique, parce qu'ils pédalent dans les descentes avec entrain, et en sachant exactement ce qu'ils font (le pompon revient à la mère, qui est soit la plus grande actrice de l'histoire du cinéma, soit juste bonne à éviscérer), en ne se donnant aucune limite dans le ridicule. Je n'ai pas envie de croire qu'ils sont juste mauvais comme des cochons (même si, soyons lucides, ils le sont), je préfère penser qu'ils font exprès et que ce sont des génies, c'est beaucoup plus drôle comme ça. Cela dit, plus le film avance, et moins on y fait attention, parce que mine de rien Robert Hiltzik nous entraîne dans son film, nous emporte avec lui et, malgré la laideur totale du métrage, on le regarde jusqu'au bout. Il me semble également important de signaler que les très rares séquences de flashback sont plutôt soignées et, ceci expliquant peut-être cela, sont également sur un mode assez absurde.

 

En conclusion, que dire ? MASSACRE AU CAMP D'ETE n'est pas un bon film, il est même plutôt, allez, moche, médiocre, avec quelques sursauts par-ci par-là mais rien qui ne mériterait une attention particulière si ce n'est cette fin, vraiment belle, vraiment terrifiante, et qui va véritablement vous faire faire des cauchemars. En tout cas, s'il ne faut voir qu'un seul slasher des 80s, c'est celui-là.


LJ Ghost.





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Mardi 9 juin 2009 2 09 /06 /Juin /2009 09:47

Publié dans : Corpus Analogia



 
[Photo: "Toolbox for the Nation" par Dr Devo.]



A Hong Kong, Nicholas Tse vivote en étant barman de nuit. Un soir, il propose à une jeune femme, Cathy Tsui, qui vient de se disputer avec sa petite amie, de boire tous les alcools de son bar, tandis que lui boira tous les alcools de tous les bars de la rue. Ils s'exécutent et, passablement éméchés, couchent ensemble. Neuf mois plus tard, elle est enceinte et très énervée contre Nicholas Tse qui, lui, veut se faire de l'argent pendant un an pour pouvoir partir vivre sur une plage paradisiaque en Amérique du Sud ; pour ce faire, il entre dans une entreprise illégale de protection des personnes. Dans cette ville d'Amérique du Sud, justement, un groupe de terroristes tend un piège à ce qui semble être la police de la ville, et prévoit de venir à Hong Kong ! Pendant ce temps, Wu Bai est boucher et est marié à Candy Lo, enceinte elle aussi, fille d'un grand patron aux activités plutôt louches ; Wu Bai semble lui aussi assez bizarre. Lorsque l'entreprise de Nicholas Tse est embauchée pour protéger le beau-père de Wu Bai de la menace du groupe terroriste sud-américain, les choses se compliquent...

 

 

Pour bien comprendre TIME AND TIDE, il faut un peu revenir dans le contexte de sa création. Tsui Hark revient complètement échaudé, déçu et énervé des USA, où il a réalisé deux films starring Jean-Claude Van Damme (ça n'a pas grand intérêt, mais PIEGE A HONG KONG, de Hark avec Van Damme, a été écrit par le réalisateur de l'immensissime STREET FIGHTER, avec le même Van Damme - pardon, ça me faisait juste sourire) ; le karatéka belge, alors au sommet de sa gloire, se comporte comme une diva et énonce ses desiderata au niveau de la mise en scène, mettant alors Hark dans un coin et ne l'utilisant que comme faire-valoir au service de Sa Majesté. Le réalisateur, furieux, claque la porte de Hollywood et retourne chez lui, où il décide de prendre sa revanche et se met en tête de réaliser le meilleur film d'action de tous les temps (ou à peu près). Ce sera TIME AND TIDE.

 

Après ces quelques rappels historiques, regardons le film. Si Tsui Hark choisit une intrigue aussi alambiquée, ce n'est pas par hasard ; outre le fait qu'elle lui permet de traiter de ses sujets de prédilection (la rédemption, le bien et le mal, la vie et la mort, tout ça), elle lui permet également de complexifier sa mise en scène et ainsi la dérouler pour qu'elle soit en communion avec son sujet. Le film entier est une accumulation de saynètes (cohérentes), montées entre elles avec une précision diabolique dans l'achoppement, la saillie, l'impression de confusion alors que finalement tout est clair, simple, limpide (au début du film, on croirait presque reconnaître le Wong Kar-Wai des débuts, sans les ralentis !). Il jump-cut un peu, utilise des inserts étranges (les nuages ?!), et bascule ses axes et ses angles de prise de vue en caméra portée dès qu'il le peut, c'est-à-dire quasiment tout le temps. La caméra ne se repose pratiquement jamais, et nous sommes complètement entraînés dans le monde imaginé par Hark, comme hypnotisés, et ce, que ce soit dans les scènes d'action ou dans les scènes de transition ! Il ne s'arrête jamais et traite tout avec un pied d'égalité, conscient qu'il ne doit pas y avoir un seul faux pas dans un film, qu'il n'y a pas de scènes à privilégier et d'autres à oublier, et que tout est important. Il en fait une démonstration formidable en créant une tension qui ne se relâchera qu'à la fin. Il est, il faut le dire, bien aidé par son montage donc, et le rythme trépidant de son film est éprouvant de plaisir.

 

Tsui Hark est également un gros gourmand, et sa volonté de faire le film d'action ultime ne ralentit pas ses ardeurs, bien au contraire. C'est quasiment une orgie d'effets de mise en scène ; la caméra vole dans tous les sens, trans-trav en épaule, fait des travellings horizontaux sur à peu près cinq ou six étages d'un immeuble, utilise des filtres, des ralentis, des accélérés, des images arrêtées, des split-screens (qui n'ont d'autre utilité que d'éviter un champ / contre-champ !), joue avec les ombres, les miroirs, utilise des effets spéciaux numériques assez vulgaires, complètement gratuits et grotesques (on passe à l'intérieur de pas mal d'objets, et les cartons qui indiquent dans quelle ville et à quelle période on se trouve explosent ou brûlent littéralement à l'écran !). Sa gestion de l'échelle de plans est paradoxale : autant il joue pas mal avec, passant, dans une même séquence de banal champ / contre-champ, d'un plan épaule à un très gros plan sur un oeil, tout reste tout de même assez serré, assez engoncé, assez asphyxiant finalement. Il n'écarte quasiment jamais son cadre ce qui, dans les scènes d'action, pourrait être vecteur de cette confusion dont je parle depuis le début ; et bien pas du tout, en tout cas pas vraiment ; si, effectivement, ça peut paraître parfois brouillon, on s'aperçoit rapidement que les prises de vue sont chorégraphiées au millimètre (ne serait-ce que pour les déplacement des personnages par rapport à la lumière, qui est très évocatrice et tout à fait belle) et que ce resserrement du cadre est tout à fait volontaire et réfléchi (pour avoir cette impression de confusion, justement - qui est aussi l'état dans lequel se trouve le héros, Nicholas Tse, qui est la personnification du spectateur, bien sûr). C'est bien vu et assez beau, parce que Hark sait également composer, même si sa caméra est toujours mouvante et quasi serpentaire. Autre bien jolie gourmandise, en tout cas quelque chose qui m'a beaucoup plu, c'est la première séquence d'action, d'abord parce qu'elle est très bien découpée et très bien mise en scène, mais aussi pour une petite originalité (rien de renversant cela dit) : là où 97% des réalisateurs auraient mis des ralentis pendant tous les gunfights qui contient la séquence, Tsui Hark en met un seul, et il est complètement inutile : on voit juste que le terroriste est caché sous le bureau ! Il choisit de ne ralentir que ce passage, et laisse le reste à vitesse normale. J'ai trouvé ça assez beau, surtout en ces temps de ralentis à tout va (n'est-ce pas, Zack Snyder ?).

 

Il convient également de mentionner la sublime scène d'action au coeur des immeubles, véritable montagne russe tout à fait émouvante et usante pour les nerfs. Hark a l'art de découper son espace, et que ce soit de la voltige entre des immeubles ou dans une petite salle des machines, tout est finalement très clair et on sait où on est.

 

TIME AND TIDE est donc un film d'action à la fois ludique et intelligent, et mis en scène avec gourmandise. Oui, ça existe.




LJ Ghost.







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Samedi 6 juin 2009 6 06 /06 /Juin /2009 11:49

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[Pièce à conviction No1, tirée du film WIND CHILL...]





Chers Focaliens,

 

En attendant d'aller se précipiter en salle voir le nouveau Lars Von Trier, ANTICHRIST, qui sort aujourd'hui et dont LJ Ghost nous a vanté les mérites dans ces pages pendant le festival de Cannes,  et après quelques tentatives encore une fois infructueuses de voir un bon film en salle (THE OTHER MAN de Richard Eyre), nous nous rabattions sur les dividis dans la bibliothèque (avec un chandelier !). Et c'est là que dormait depuis quelques temps WIND CHILL de Gregory Jacobs dont le Marquis m'avait dit : "Je ne sais pas si ça va te passionner, mais il y a des choses intéressantes". Quoique l'affiche de la galette soit classiquement et banalement laide, on s'est laissé tenter...

 


De nos jours, chez nous, aux USA. Emily Blunt, jeune étudiante dans une toute petite fac perdue dans une ville moyenne au milieu des montagnes de l'hiver joli, passe son dernier partiel. C'est les vacances et on est le 23 décembre. Le soir même, elle rentre chez elle, dans le Delaware, et en bus ce qui ne l'enchante guère! Elle jette un petit coup d'œil, un peu au hasard, sur le tableau des petites annonces du campus, et là, miracle, elle trouve le numéro de quelqu'un qui part justement dans cette direction. C'est parti pour le covoiturage avec Ashton Holmes, étudiant lui aussi. Ce petit gars est un peu bizarre, gauche sans nul doute, et dont on imagine aisément qu'il n'a pas une énorme vie sociale. Emily, elle, est très jolie. Très vite, leurs rapports sont assez agressifs ou malpolis, la faute à une Emily très peu réjouie de faire la route avec ce petit plouc, dans sa voiture pourrie. Mais, la route est longue, 7 ou 8 heures, et il va falloir s'y faire. La jeune fille s'aperçoit notamment que son chauffeur d'un jour la connaît assez bien. Est-ce un freak ? Est-il un peu dérangé ? Ou Emily est-elle simplement en train d'envoyer bouler la planète entière ?
En tout cas, un incident simple et inattendu va changer le destin de ce voyage. Emily et Ashton vont se retrouver dans une situation très particulière et banalement dangereuse...

 

 

WIND CHILL est sorti en France directement en dividi, et malgré le peu de temps nous séparant de sa réalisation, c'es déjà un classique des bacs à solde. Difficile, comme je le disais dans ma puissante introduction, de distinguer ce film d'un autre produit tant l'affiche est affligeante de banalité. Elle ne représente d'ailleurs absolument pas le film. Et c'est donc au Marquis, ex-rédacteur de ce site, son hémisphère droit même, que l'on doit la vision de la chose. Car s'il avait fallu compter sur les distributeurs français ou sur les critiques, on en serait encore à voir en salles des films avec Liam Neeson et Antonio Banderas !

 

 

Et bien les amis, quel film étrange ! La première chose à dire est que Jacobs, le réalisateur, est plutôt un petit gars direct et il ne perd pas 300 ans à nous planter le décor. Et il le fait assez joliment... Le film commence sur un gros plan, chose toujours gagnante (l'hallucinante entame de CHROMOSOME, par exemple), enfin disons, une chose qui me plaît et qui souvent annonce qu'on prend le film en cours de route, alors qu'il est déjà commencé en quelque sorte. Dans cette première scène, les plans sont assez gentiment cadrés. C'est joli. La photo est vraiment sympathique (signée Dan Lausten, déjà opérateur sur le SILENT HILL de Gans). Et puis, dès la scène suivante, si vous me permettez cet aparté, on se dit qu'on n'est décidément pas en Europe, et là je vous demande d'examiner très concrètement la pièce à conviction No1, en début de cet article. Ce plan est tiré du film bien sûr... Emily Blunt sort de la salle de cours pour aller voir le tableau des petites annonces. Regardez ce plan de transition tout à fait banal. Imaginez le avec un petit travelling tranquilou vers la droite, et un petit effet de panotage adéquat et simultané... On constate trois choses au moins. D'abord, ce n'est pas parce que c'est un plan de transition, et qui plus est faisant partie du générique, qu'on doit le rendre banal, ou garder des effets pour la suite du film, plus angoissante. Deuxio, alors qu'on découvre le personnage, on remarque, alors même qu'on n'est pas dans le premier plan de cette deuxième scène (qui sert en général, hélas, hélas, hélas, 9 fois sur 10, à faire de la description géographique du lieu de l'action), on remarque, dis-je, qu'on est en plan de demi-ensemble, et donc très large. Pas de gros plan psychologique sur le personnage principal. Regardez bien l'image et voyez comment on "ose" perdre son personnage dans le plan immense. Enfin, observez la position de la caméra : contre-plongée légère mais marquée, accompagnée, ce que vous ne pouvez pas voir sur cette image fixe, d'un travelling légèrement panoté qui va jouer sur la perspective des différents bâtiments du campus. Travelling ET pano. Fromage ET dessert. C'est un plan relativement compliqué à faire. Mais, c'est tout bête : c'est beau, bien cadré, avec une idée (contre-plongée d'abord, puis pano-travelling pour faire muer la perspective du décor). Le temps de rejoindre la scène suivante, bah on ne s'ennuie pas. Le plan n'est pas anonyme. Jacobs a choisi un axe particulier. Il n'a pas fait un plan rapproché, n'a pas filmé son actrice de profil, à hauteur d'homme à la steadycam. Dans le même temps, le plan est juste élégant et racé. Ce n'est pas une démonstration technique. Et cerise sur le gâteau, on n'a pas l'impression d'avoir vu cette image douze fois.

 

Messieurs-dames, ce plan vous apprend deux trucs. Primo, vous n'êtes pas dans un film européen ! Qui, en Europe, se serait casser la binette pour un tout petit plan de transition ? Deuxio, la mise en scène va sûrement être soignée. Juste avant, dans la scène du partiel, on a eu le droit à un champ/contrechamp tout simple, mais bien découpé (très statique notamment) que cette séquence de générique coupe judicieusement. Jacobs essaie de personnaliser cette séquence, le film est commencé depuis une minute quarante, c'est bon signe. Ma question est donc la suivante : pourquoi, dans les films qui sortent au cinéma, et qui plus est dans les films européens, ne voit-on pas tout de suite, d'entrée de jeu et pendant tout le film, un petit plan de caractère soigné ? Pourquoi, une fois qu'on a loué la caméra et les projos, et qu'on a une actrice devant l'objectif, pourquoi des plans comme ça, dans un film de hauteur européen, on n'en voit que 3 ou 4 par an sur 150 films visionnés ?
Une fois l'équipe technique sur le plateau, pourquoi Gregory Jacobs fait ça, et qu'aucun Français, par exemple, ne le fait et ne se contente que d'un horrible plan serré, éclairé  sans goût, pas cadré et sans profondeur de champ ?

 

Passons...

 

 

On ne va pas gâcher la fête. WIND CHILL est une excellente nouvelle. Effectivement, le reste du film sera à l'avenant. La photo, mélangeant avec habileté des extérieurs et des plans en studio, est expressive et très soignée. Malgré le "look" du film et son background (une fin de journée et une nuit d'hiver dans la tempête de neige), on n'a jamais l'impression de suivre un chemin déjà emprunté par 200 autres réalisateurs. Jacobs, qui privilégie souvent des petits mouvements de travelling, sait aussi découper et faire du plan fixe. Le film est une sorte de faux huis clos, et une grande partie de l'action se déroule dans une voiture à l'arrêt. Il n'empêche, dans les parties extrêmement dialoguées de la première ou deuxième partie du film, les champs/contrechamps sont élégants, l'espace pourtant petit de la voiture est bien spatialisé, et très souvent, un cadre ou un point de montage efficace permet de rendre compte avec élégance de l'effort physique de tel ou tel geste, de telle ou telle action, même banale (prendre un sandwich sur la banquette arrière par exemple).



Souvent, Jacobs utilise les arrière-plans, notamment dans les parties les plus fantastiques. Et les effets sont en général assez calmes, étrangement répétitifs (cf. les jeux de mains autour des vitres de la voiture). Ainsi quand un effet spécial arrive, malgré son classicisme parfois, le fait que la chose se déroule sans un effet coup de poing (un gros coup de cymbale, un surgissement dans le plan ou dans le montage, par exemple), fait que les choses deviennent atrocement normales et angoissantes, comme ce "bidule" en haut de la colline (je code), qui tourne la tête tout doucement, comme si c'était normal... Brrr, c'est angoissant...

 

Donc, tout cela est d'une bonne facture, et Jacobs sait utiliser les fondamentaux de façon personnelle. C'est d'ailleurs ce qui rend le film étrange et attachant, comme disait la poète. Car, l'histoire de WIND CHILL si elle est assez particulière et a un caractère bien à elle, fait partie d'un sous-genre du film fantastique (que vous découvrirez tout seul !). On est en territoire relativement connu. Et pourtant, même dans la seconde moitié du film, où on retrouve des modousses operandailles narratifs communs à d'autres films (je pense aux flashbacks par exemple), Jacobs a assez bossé en amont pour que ces passages (à peine) plus balisés ne débarquent, et du coup son film est original. Car la narration et la mise en scène vous ont déjà plongé auparavant dans une ambiance bien plus particulière que la concurrence. Et quand bien même, les choses sont toujours faites avec assez de sensibilité pour que tel repère cinématographique ou narratif deviennent touchant ou rebondisse sur une nuance plus inattendue. Je pense par exemple, et je vais encore coder pour ne rien dévoiler, à cette espèce d'incendie en fin de film. On sent évidement la résolution de l'accord majeur, et même l'approche de l'accord final, si j'ose dire. Et pourtant, en rajoutant un plan ou deux et un accessoire, le visage de la scène change : on n'est plus complètement dans la résolution de la métaphore, mais aussi dans un sentiment de détresse assez inattendu qui fait bizarrement écho à la froideur humaine de la première bobine du film. Ainsi, d'un scénario que d'autres auraient transformé en quelque chose d'assez banal, Jacobs réussit à nous emmener sur des pistes plus surprenantes. Il n'hésite pas, notamment, sans faire du Fulci ou du Bava bien sûr, a amener son film vers une logique narrative plus européenne. Les actes ne sont pas que logiques ou empreints du sceau de la Conséquence. Les personnages eux-mêmes remarquent qu'il y a d'étranges dérapages. La scène du "dinner" est d'ailleurs bien vue. Elle ne sert quasiment à rien. Le passage d'Emily Blunt dans les toilettes est plutôt gratuit. Jacobs est alors à la limite de trop marquer la séquence, de la transformer et la fondre dans un fantastique prémonitoire qui n'aurait pas ici sa place.

 

 

C'est aussi là que le film est touchant. Son sujet est étrange. Je vous déconseille de lire quoique ce soit sur WIND CHILL avant de le voir, et surtout pas la jaquette du dividi. Car le charme est aussi de faire le chemin avec les deux personnages. On ne sait pas, pendant une bonne heure ou pas loin, à quelle sauce on va être mangé. Les choses commencent bizarrement. Le personnage de Emily Blunt, sans être une conne ou une imbécile, est assez négatif. Elle se heurte à un Ashton Holmes (le fils de Mortensen dans A HISTORY OF VIOLENCE, choix bizarre mais drôlement bien vu !) dont on ne sait pas s'il est un peu dérangé ou juste à côté de la plaque. Et pendant la première partie du voyage (sublimée d'ailleurs par un repérage vraiment superbe, pensé d'ailleurs dans le sens de la mise en scène !), ces deux logiques s'affrontent à l'intérieur de nous, sans faire de bruit, mais très certainement. Le sentiment de solitude est présent dès le début du film, mais sans être aimable : Blunt est désagréable, Holmes bizarre... Ca frotte... On se doute que Jacobs va nous emmener sur un territoire plus inscrit dans le genre, mais en même temps rien ne nous permet de l'affirmer véritablement. Le film pourrait être un teenage movie triste, ou un peu amer. Quand l'incident créateur arrive, le film change de direction. Et je crois que ce qui m'a le plus touché est sans doute les premières scènes autour de la voiture. Une jolie idée de scénario quand Holmes sort de la voiture, et une bonne mise en scène (après beaucoup de beaux moments dans la voiture) quand les deux personnages décident, face aux premiers évènements trop fantastiques pour être honnêtes, de revenir dans la voiture. Jacobs dépose alors un peu de musique en esthète, et c'est horriblement angoissant. Le film semble avoir trouvé son sujet : la paranoïa, la diffusion de la peur, que la solitude rêche de la première partie avait bien préparé. Par la suite, le réalisateur va alors emprunter une thématique plus balisée mais le mal est fait, si j'ose dire. On a déjà, nous les spectateurs, ressenti beaucoup de sentiments forts. Assez, en tout cas pour ne pas teinter notre vision du film, et donc notre ressenti face à lui, trop fortement à la lumière du genre ou de nos connaissances cinéphiliques du genre fantastique. Le film est un entre-deux vraiment touchant, très angoissant entre la banalité de la situation et ce fantastique dont on identifie si mal la source (alors que le sujet est trèèèèès lisible, paradoxe !). Le voyage devient largement intérieur, et finit même par un jeu de résolution de métaphores original (comme je l'évoquais plus haut) à prendre une dimension plus universelle. En un mot, c'est plutôt couillu, très bien écrit. Et comme les acteurs sont absolument excellents, bien soutenus par une mise en scène qui sait être autre chose que suiviste (par rapport à ces personnages et par rapport au scénario), WIND CHILL distille son venin avec une force certaine. De fort belle manière, avec pas mal de générosité, le film finit par acquérir une personnalité propre, assez étrange. Et touchante. [Je salue le choix de Martin Donovan, employé à contre-pied et de très belle manière, qui apparaît dans le film, et qui, croyez-moi, avec trois bouts de dialogues, ne vole pas sa place ! Accrochez vous ceintures ! Pourquoi le voit-on si peu ?]

 

 

 

Un bon film, avec un joli sujet et un point de vue pas bête, bien mis en scène, et même avec pas mal de personnalité, et qui finalement ne ressemble pas vraiment à la concurrence, et... Et... Et.... Rien. Ça sort directement en dividi !!!! Le film est très tenu pourtant. Loin d'être un film prometteur pour son metteur en scène, il est complètement abouti et beau en l'état. Mais personne ne veut le sortir, même maintenant au moment même où Emily Blunt devient très populaire. WIND CHILL fait partie de ses films qu'on découvre en farfouillant dans les bacs à solde, qu'on achète trois ou quatre euros. Personne ou presque ne l'a vu. Il ne laissera sans doute aucune trace, même dans la communauté cinéphile fantastique. En tout cas, c'est la quatrième fois, après les beaux UNITED STATES OF LEELAND, (encore avec Martin Donovan, tiens!) KILLING ANGEL, le beau polar étrange de Paul Sarossy ou encore THE RIVER KING, que je suis touché par un film bien fichu et original, et dont décidément je ne comprends pas qu'il ne sorte pas en salle. Car tous ses films, et WIND CHILL compris, sont largement au-dessus de la moyenne, et très loin devant les petits machins qu'on nous propose. S'ils sortaient cette année au cinéma, ils seraient assurément dans votre top 10 ! On ne peut pas dire que les professionnels de la profession, ceux qui décident des choses que nous voyons, se cassent la binette à nous montrer des films beaux et originaux. Comme je le dis souvent : dans trois ans quand on n'aura plus le choix entre le dernier BATMAN ou le dernier Will Smith dans les cinémas Pathugmont, d'une part, et entre le dernier Almodovar, ou Allen, ou David Lynch dans les cinémas art et essai, ET RIEN D'AUTRE, absolument rien (peut-être à part un film afghan et une comédie de Danièle Thompson!). Ce n'est pas à ce moment là qu'il faudra venir pleurer... En tout cas, au bout de la chaîne, qui est pénalisé ? VOUS !

 

 

Bienvenus dans l'Âge Ingrat !

 

 

Dr Devo.

 



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Mercredi 3 juin 2009 3 03 /06 /Juin /2009 11:50

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[Photo: "Etudiantes attendant l'équipe de Matière Focale" par Dr Devo.]

 

 

 

Un lycée normal, dans une charmante petite bourgade de l'Ohio. Robert Patrick est un prof de sport désagréable et autoritaire qui, un jour, commence à faire des choses comme qui dirait étranges ; par exemple, il agresse violemment la principale du lycée (ce qui, vous l'avouerez, n'est pas très sympatoche). Le comportement bizarre de Robert Patrick semble s'étendre à toute l'école, que ce soit du côté des professeurs ou des élèves, ce qui étonne et émeut quelque peu une petite bande d'élèves plutôt marginaux qui, après enquête, en vient à la conclusion que les extraterrestres ont pris possession de toute âme qui vive dans l'école, et qu'ils sont la prochaine cible !




Il n'est pas forcément nécessaire de vous rappeler les vertus du teen-movie ; si vous connaissez ce site, vous savez que, bien loin d'être une grasse gaudriole à l'humour infantile, ce genre cinématographique peut receler des trésors de profondeur et de critique sociale. Si c'est la première fois que vous venez sur Matière Focale (bienvenue !), allez lire les sublimes articles du Dr Devo sur AMERICAN COLLEGE et LA FOLLE JOURNEE DE FERRIS BUELLER. Vous ne verrez plus les films de college de la même façon.


Nous sommes ici, avec THE FACULTY, dans la même volonté sociale que dans ...FERRIS BUELLER, mais peut-être de manière un peu plus ostentatoire. En utilisant le prétexte du teen-movie, couplé d'un sous-genre fantastico-horrifique, Robert Rodriguez nous livre in fine une critique sociale extrêmement violente et assez terrifiante. Dès le départ, les dés sont jetés si je puis dire, et tout est déjà foutu. Nous sommes dans une petite ville de l'Ohio, qui ne vit que pour les matches de football américain du vendredi soir. L'équipe du lycée est la star de la ville, ce qui met une terrible pression sur le coach et sur les joueurs, obligés de faire un résultat lors du prochain match (et qui conditionne l'accès à l'université de ces joueurs - j'y reviens), et surtout qui prive les professeurs des autres matières de matériel neuf, puisque toutes les (maigres) ressources de l'école sont réservées à l'équipe de foot, sous la pression de la communauté ! Les autres professeurs (et les élèves) n'auront ni nouveaux ordinateurs, ni voyage scolaire à New York, parce que les sportifs doivent avoir les tous derniers maillots de football. Les non-sportifs, les non-conformes aux envies de la communauté sont laissés sur le carreau. C'est le point de départ du film, et il ne va pas s'arrêter là. La petite bande d'élèves résistants à l'envahisseur extraterrestre est assez intéressante, quoique complètement archétypale : il y a le freak, le geek, la gothique, la nouvelle, et j'en passe. Plus intéressant : le sportif, capitaine de l'équipe de foot du lycée, qui veut arrêter la pratique du football juste avant le match le plus important de la saison, pour se consacrer à ses études ! Il pourrait continuer le sport et ainsi, grâce à cela, accéder plus facilement à une bonne université mais non, il choisit de jouer son avenir sur son intellect, ce qui d'abord le marginalise (et le fait entrer dans le groupe des marginaux résistants, donc), mais en plus se trouve humilié par sa petite amie (la chef des pom-pom girls) qui lui dit, en gros, qu'il est trop bête et qu'il n'a aucune chance de réussir. Il court au suicide social, et tout le monde lui fait bien comprendre ça et essaie de le ramener à la raison ! Quand, en plus, tout le monde devient infecté par cet espèce de virus extra-terrestre et se met à agir de manière complètement zombiesque, poursuivant notre petit groupe d'élèves pour les rendre zombies eux aussi, tout est clair, le message n'est même pas donné en filigrane, il saute littéralement aux yeux.


Pour vous parler plus clairement de la portée sociale de THE FACULTY, il faudrait que je vous dévoile des moments-clés de l'intrigue. C'est en tout cas très réussi, et quelques scènes sont assez terrifiantes sur ce mode-là. Par exemple, un tout petit plan de rien du tout mais qui en dit beaucoup : la bande essaie de sortir de l'école après un événement quelque peu dramatique ; on les suit de face, en plan rapproché ; plan de coupe, un minuscule travelling sur une salle de classe ouverte, remplie d'élèves qui lèvent le bras pour répondre à une question d'un professeur. Mais si on y regarde de plus près, on remarque que plutôt que de vouloir donner une réponse, la classe toute entière fait ce qui ressemble fort à un salut hitlérien ! L'idée n'est pas très subtile mais fonctionne très bien avec cette idée d'aveuglement communautaire, de lavage de cerveau, de conformisme à une seule et même idée, etc. Autre chose, je n'en dirai pas plus mais regardez l'ordre des contaminations des humains par les extraterrestres, et faites attention à ceux et ceusses qui en réchappent ; c'est très parlant, là aussi, d'un point de vue social : qui succombe en premier ? Qui reste définitivement sur le côté, pour qui la vie est d'ores et déjà fichue, et qui ne sera jamais accepté par la sacro-sainte société ? Faites aussi attention à la façon dont ils combattent les extraterrestres ; ce n'est tout à fait du subtil là non plus, mais c'est plutôt punk et assez amusant ! Enfin, la fin est vraiment violente de réalité sociale, mais je vous laisse la découvrir, j'en ai déjà beaucoup trop dit !


Si on regarde dans le moteur, on s'aperçoit que c'est du carré, du classique, pas vraiment d'aspérités dans tout le mécanisme. La photo est précise et soignée mais pas spécialement renversante (même si la lumière est vraiment très jolie au début de la séquence dans le gymnase), et c'est un peu pareil du côté du cadrage et du montage, tout est plutôt calme et sans vraiment de surprises. C'est tenu, sans être exceptionnel. Côté casting par contre, c'est très beau ; les professeurs patatent un peu mais sans se départir d'une certaine précision (Robert Patrick a de toute façon une tête à jouer les coaches de foot US, Piper Laurie reprend son rôle de TWIN PEAKS, Jon Stewart est plutôt bon, et Famke Janssen et Salma Hayek viennent faire coucou tout en étant très professionnelles) ; du côté des élèves, c'est aussi du très lourd : Elijah Wood, Josh Hartnett, Clea DuVall tiennent le haut du casting et sont très impliqués et très précis. Ce n'est en tout cas pas en France qu'on aurait des castings pareils, et surtout des acteurs qui sont entièrement dévoués à un postulat de départ aussi loufoque que des aliens qui prennent possession d'un lycée. Chapeau, en tout cas.


THE FACULTY est donc un film au final plutôt réussi, sans prétention mais tout à fait sérieux et juste dans son ambition de critique sociale. Il faut, une fois de plus, compter avec les films de college, et les sortir du ghetto de la mauvaise réputation qui continue de les entourer.

 

 

 

LJ Ghost.

 

 

 

 

 

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Mardi 2 juin 2009 2 02 /06 /Juin /2009 13:25

Publié dans : Corpus Analogia








[Photo: "De ses élans gracieux, de sa superbe d'antan, de ses adieux funestes, il ne regrettait rien. Dans quelques une de ces choses, ou dans toutes : la fin." par Norman Bates, d’après une photo de Boris Johnson.]




A ma droite la télévision, à ma gauche le cinéma. Jadis, chacun restait de son côté, on n’allait pas trop lorgner chez le voisin. Il faut bien dire que, jusqu'à présent, la télévision a toujours été une industrie bien moins lucrative que le cinéma. Aujourd’hui la situation est bien plus complexe, la Terre se réchauffe à cause de Yann Arthus-Bertrand, Canal Plus est remercié avant l’équipe technique au Festival de Cannes, et nombre de rapprochements se sont établis entre le cinéma et la TV, pour le pire comme pour l’abject. Là, je pourrais citer une phrase célèbre de Godard pour dénigrer la TV pour gratter une place à Télérama.



Pourquoi cette intro sur la TV ? Je le  vois bien, vous êtes étonnés. En fait, FEAST est issu d’une émission de télé réalité (…), aussi étrange que cela puisse paraitre. Après la chanson, la déco, la cuisine, la peinture, il fallait bien que la télé s’empare du cinéma. En fait, l’émission en question proposait à des inconnus complets de faire un film en étant encadrés par un jury de professionnels sous l’œil des caméras. Les professionnels en question sont Matt Damon, Ben Affleck et ce vieux loubard de Wes Craven, propulsés donc producteurs exécutifs. Vous doutez du bien-fondé, et surtout du résultat d’un tel procédé ? Et bien vous avez raison, mais ne partez pas.



Dans le désert, un bar. Dans le bar, une dizaine de personnages venus passer un samedi soir loin des émissions de Sabatier. Dans le désert autour du bar, des monstres féroces amateurs de chair humaine. Hop, 1h30 de film.




L’originalité, ce qui a fait la renommée du film (apparemment), c’est cette concision dans l’écriture. Les dix premières minutes présentent les personnages un par un, via un carton très ironique, genre "Voici le héros, il va mourir dans 90 minutes » ou « Voici un député, il va voter une loi après le repas". Ca c’est typiquement le genre de truc qui sent le Rodriguez, soit le film "parodique ironique cool avec mon pote Tarantino, regardez comme je joue bien de la guitare". Donc, oui, on a droit à des personnages caricaturaux, genre la bombasse idiote, ou le handicapé malin qui s’en sort tout le temps et a un script complètement débile à la BAD TASTE. L’intro dure dix minutes, suivie de la boucherie annoncée. On est dans le film gore classique, tendance parodique, sans surprise pour le cinéphile amateur du genre.  Il y a du vomi, des enfants morts, des vieux qu’on tue discretos, des aliens qui forniquent quand ils se rendent compte que leur rejeton est mort, des bimbos idiotes : c’est super rebelle comme scénario mes cocos !



Mon Dieu quel désastre ! Aligner des greluches et des beaux gosses dans un bar redneck et les observer en huis-clos se faire massacrer par des aliens n’a jamais été aussi ennuyeux ! C’est du grand n’importe quoi du début à la fin, aussi bien dans l’écriture que dans la mise en scène. C’est clairement du téléfilm moisi, mal monté et filmé à l’arrache. Au bout d’une heure, j’en suis venu à la conclusion suivante : le caméraman est lui aussi un personnage, et il cherche vraiment à sauver sa peau par tous les moyens. C’est la seule explication que j’ai trouvé à ce manque flagrant de lisibilité dans l’action, un flot frénétique d’images en mouvement ponctué de vannes catastrophiques. On en vient même à regretter que Rodriguez ou Ruquier ne soient pas derrière la caméra, c’est dire !



Le film ne fait peur que par la monstruosité de l’ennui qu’il engendre, et n’est drôle que parce que le barman ressemble à Sardou : c’est bien maigre pour 1h40 de bobine, mais on est bien content que ça s’arrête.



Norman Bates.





 

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Lundi 1 juin 2009 1 01 /06 /Juin /2009 14:46

Publié dans : Corpus Analogia



[Photo: "BirthDeathExperience" par Dr Devo, d'après une photo du groupe Skinny Puppy]






Chers Focaliens,

 

Tout d'abord un mot pour vous rappeler qu'il ne reste que peu de temps pour jouer au beau Palmarès Tanaka. Ce mercredi 13 Mai, à 23H59, il sera trop tard. Le jeu est simple, et pour connaître les modalités de participation, cliquez là.

 

 

On continue l'exploration des dividis prêtés par le Colonel Moutarde, avec un chandelier, dans la cuisine. Et pour l'occasion, allons nous ballader en Germanie avec notre ami Jörg Buttgereit à qui l'on devait déjà le superbe NEKROMANTIK, film inattendu et dérangeant, et le non moins troublant SCHRAMM, le film dur pour nous les Hommes (je vous laisse découvrir pourquoi).

 



Faire une critique du ROI DES MORTS ne va pas être chose aisée. Buttgereit sera volontiers considéré comme un cinéaste tout à fait extravagant pour la majorité des yeux européens, mais il n'empêche, si, comme dans NEKROMANTIK il explorait nos cœurs sensibles d'hommes meurtris à l'aide d'une histoire de nécrophilie, ce qui est quand même pas mal, il n'en reste pas moins que, d'une certaine manière, et c'est encore plus vrai ici avec LE ROI DES MORTS, qu'il y a dans ses films une sorte loufoque et improbable d'épure, aussi incongru que cela puisse paraître, et de fait, l'alchimie critique, sans doute difficile ou impossible, consisterait à ne pas décrire le film, afin de laisser le Focalien libre de sa surprise, sans pour autant rester dans le vague... Ca ne va pas être facile !

 




Si les deux films sus-cités de l'Allemand fou avaient une trame vaguement narrative, ici Buttgereit utilise une autre tactique ou plutôt prolonge sa logique et la pousse dans des recoins inattendus. LE ROI DES MORTS (DER TODESKING en V.O) consiste en une série de sept chapitres découpés selon les jours de la semaine. A chaque jour, sa mort, en quelque sorte, puisque le film tourne autour de l'idée de suicide, d'abord, et de la mort violente, par voie de conséquence. Voilà, je n'en dirai pas plus et débrouillez-vous avec ça, mes amis. Pour ceux qui iront "pécho", comme disent les plus jeunes lecteurs de ce site, le dividi allemand pour une bouchée de pain sur internet (et avec sous-titre français, dans une belle édition en plus), car, comme de bien entendu la chose n'est pas éditée en France, ce résumé que je viens de faire et qui n'en est pas un est une véritable bénédiction du ciel, et vous me remercierez au centuple en m'envoyant des jeunes brebis ou des jeunes vierges à sacrifier... Pour les autres, désolé, mais il n'y a pas moyen de faire autrement, sinon de dévoiler les subtils équilibres de ce film.

 

 



Bon, farfouillons le moteur. Encore une fois, c'est d'une beauté à couper le souffle et ce malgré la relative pauvreté de moyens. Jörg tourne au format 1.37, yummy yummy, et en 16mm, toujours dans le même "staïle", comme diraient les fans de R'n'B, que ses autres films. On est donc en décors plus que naturels, en général pas spectaculaires pour un deutschmark, ni même horriblement glauques, mais juste quotidiens et bas de gamme. L'éclairage est plutôt brut de décoffrage au premier abord. Les acteurs sont sans doute non-professionnels et ressemblent à vos voisins de palier. D'ailleurs, tous ces décors ressemblent à votre appartement de smicard...

 




Oui. Mais. Ça n'a d'abord l'air de rien, ça fait pauvre jusqu'à ce que quelques plans s'enchaînent et que le montage, pourtant simple, fasse son effet. On s'aperçoit alors que le cadrage n'est pas dégueulasse du tout, et surtout, Jörg finit toujours (et rapidement) par envoyer la sauce avec une idée sublime, comme le plan à 360° lors du "lundi", tout bête, très artificiel, mais d'une efficacité redoutable. Le temps qu'on se fasse ce genre de remarque, on constate alors que le sujet n'est pas si simplet que ça, et qu'on est bien loin d'un bête catalogue suicidaire à la Philippe Delerm. L'abstraction monte, et avec elle, le trouble. On ne sait absolument pas ce que ce type est en train de nous raconter. Il y aura bien un fil rouge, les fameuses lettres, qui semblent pousser la chose vers le film choral mais rien n'est moins faux, car bien vite, Buttgereit abandonne la chose ! Même les idées évidentes, et même a priori grossières telle que l'histoire du "mardi", semblent ne pas tout à fait coller à un quelconque chemin naturaliste ou idéologique. (Dans le "mardi", l'espèce d'indigence du film dans le film n'est ni une parodie, ni une chose laide curieusement, mais comme une espèce de rêve ou de pulsion grotesque de la vie elle-même et donc de DER TODESKING, le film, lui-même ! Même cela est magnifique.) Même constat par exemple quand les premiers inserts sur le cadavre en putréfaction se multiplient, comme des flashes mentaux (d'ailleurs, il peut-être là, le fil rouge). On se dit qu'on tient une unité sémantique valide, une déclaration. Et puis, bam, non, les interludes "putréfactoires" (Joli ça ! Je garde !) deviennent plus longs, contredisent la première idée du flash ou de l'insert, pour devenir des scènes à part entière. (Ces plans sont d'ailleurs sans doute les plus magnifiquement cadrés.)

 




Puis, enfin, en totale générosité, dans un geste ouvertement fassbinderien, le "mercredi"  (le pont), Jörg lâche la bombe H. La séquence est sublime et terrible et intervient comme un arrêt du film et de la fiction, comme un point de collage et de chaos dont le film ne se relèvera pas. A l'intérieur même de ce passage, le dernier plan, complètement antinaturel, d'une splendeur vertigineuse et qui ne peut provoquer que la sidération totale, envoie encore le film non pas sur une autre voie mais dans une autre accélération, celle des trois derniers jours. Les récits deviennent alors des fragments poétiques injustifiables, comme ce travelling et ce dévoilement de genre fantastique (lorsque que la femme au chocolat provoque l'apparition d'un contrechamp que la perspective lui interdit formellement). Tout devient alors absolument beau. "Mercredi" a lâché les chiens en quelque sorte. Maintenant la poésie totale est possible et même nécessaire. 
De la première mort du film, simple constat antipathétique et formel, à la dernière, qui mélange le fantastique du film (ses fameux dérapages) et l'incroyable banalité de ces souffrances que nous reconnaissons tous, nous sommes balayés. Parce que la dernière mort est la plus simple, et en quelque sorte elle était contenue dans la première. Comme la femme au chocolat provoque le contrechamp, la dernière mort est le contrechamp intérieur de la première. C'est la même chose dans une autre nuance : la souffrance atroce d'un présent insupportable et total.

 



Les dernières prouesses du film cloueront le bec à toute résistance. Il y avait déjà eu la magnifique idée du décadrage (la scène du banc public, "Mardi" je crois), peut-être l'image la plus terrifiante que j'ai vue au cinéma, et une des plus tristes aussi, complètement écrite pourtant dans sa conclusion, dont Jörg soulignera le scandale par un effet, artistiquement touchant d'ailleurs, amplifiant l'artificialité des moyens. Puis, dans la partie sur la femme cameraman, l'idée sublime de la voix-off (Buttgereit lui-même comme par hasard) qui va détourner magnifiquement LE VOYEUR de Michael Powell, et tout ça pour quoi ? Pour, dans les derniers plans de la séquence, imposer encore un contrechamp où l'on ne voit rien et d'une bestialité sans fond, car affective, métaphysique et intellectuelle : on ne peut plus voir le visage, et son absence (enfin on le devine à peine !) nous transperce le cœur. Enfin, l'effet de montage hallucinant de la dernière mort. Juste un point de montage. Plus puissant que n'importe quel discours ou que n'importe quel effet gore. La souffrance brute, intolérable et absurde. Une image manquante, encore, qui est le trou noir de l'Humanité. In fine, le Roi des Morts arrivera et placera poétiquement, ouf, enfin, le spectre de nos enfances et de nos jeunesses, le scandale sans fin  de la naissance et de la mort, qui me rappelle mes propres photos focaliennes que les plus vieux lecteurs se remémoreront : celles où sur des photos de classe, je place des bandeaux noirs.
C'est dans ce chaos superbement construit, dans cette œuvre à la fois libre, expérimentale, et conceptuelle que Buttgereit construit son film le plus délicat et le plus généreux. Car, ne serait-ce que pour avoir conçu et placé là son mercredi (le pont), il faut simplement une attention et un respect de son spectateur absolument sans faille. LE ROI DES MORTS est un film d'une totale cohérence, abstraite et précisément quotidienne (paradoxe), et dont la force du chaos n'a d'égal que sa précision formelle.

 

 

 

Et hop, d'un geste léger, je mets le film, direc', comme disait Gérard de S., dans ma liste de la dévéthèque idéale.

 



Et j'allais oublier, la musique est magnifique...

 

 

 

La Sidération, sinon la Mort !

 

 

 

 

Dr Devo.







 

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Mardi 12 mai 2009 2 12 /05 /Mai /2009 10:04

Publié dans : Corpus Analogia





[Photo : "From Behind" par Dr Devo, d'après une photo de la comédienne Marilyn Chambers.]




1995, sur la route entre la Virgine et Los Angeles. Samantha Darko tente d'oublier sa vie merdique dans un road trip en décapotable avec sa meilleure copine. Elle fuit la Virginie où, suite à la mort accidentelle de son frère Donnie, écrasé par un réacteur d'avion, sa famille s'est disloquée. A la poursuite de ses rêves de petite fille, elle veut devenir danseuse professionnelle à Las Vegas. Les deux adolescentes tombent en panne dans une petite ville du Nouveau Mexique. Elles profitent de la panne pour faire la connaissance des protagonistes du film : Frank est un jeune homme que la guerre en Irak a rendu fou, Randy est un beau gosse qui a perdu son frère, le pasteur John semble bien gentil mais il a fait de la prison pour de mystérieuses raisons, Jeremy est un geek passionné de météorites et Elizabeth Berkley a joué dans Showgirls de Verhoeven, mais semble maintenant croire fermement que Jésus avait un corps d'athlète musclé et bronzé. Dans ce village paisible, la pompe à eau de la voiture semble devoir ne jamais être réparée. La semaine s'annonce interminable pour les deux filles, mais c'est sans compter sur Frank qui se met à déclamer un mystérieux compte à rebours avant la fin du monde et une météorite qui manque de le tuer. Et je vous ai pas dit ? Samantha est somnambule...

 



Sur le papier, la suite d'un des plus grands films de ces dix dernières années (DONNIE DARKO de Richard Kelly, donc) peut paraître casse-gueule à tout point de vue : équipe de série TV, budget minuscule, sortie Direct-to-DVD, acteurs sur le déclin, exploitation d'une licence juteuse, bref tous les éléments sont réunis pour craindre le pire. Pourtant dans des conditions similaires sont nés de grands films (je pense notamment aux suites de PSYCHOSE, par exemple, sur lesquelles on avait déjà écrit ici), donc le cinéphile averti prendra bien soin d'écarter tout a priori, et c'est l'esprit clair et dégagé qu'il va se consacrer pleinement à ce S. DARKO.

 



Et Dieu sait s'il faut avoir l'esprit complètement dégagé pour se plonger dans l'histoire de Samantha Darko. Le scénario et la narration sont des plus complexes, reprenant dans les grandes lignes le film original, tout en construisant de nouvelles voies cosmiques tissées dans les étoiles. A la surface, tous les éléments qui ont fait l'originalité de DONNIE DARKO sont repris : la philosophie des voyages dans le temps, les tentacules du Destin, les personnages morts croisés dans des accès de somnambulisme, et même l'actrice principale qui reprend son rôle de Samantha huit ans après. Pourtant le théâtre des opérations a changé. Fini la Virginie bien comme il faut, bienvenue dans une bourgade redneck au milieu du désert. Une sorte de Twin Peaks version Texane, en quelque sorte.

 




Les premiers plans sont plutôt étranges et agréables, un peu la même ambiance que le début du film de Kelly. Enfin pendant les premières secondes, car très vite la musique et la mise en scène vont s'avérer terriblement éprouvants. On tombe hélas dans les travers de la série B exploitant le filon de films ayant fonctionné au box-office. Acteurs improbables, réalisation sans vraiment d'inspiration, cadrages de téléfilm, effets spéciaux numériques au rabais, bande-son ignoble, effets clippesques à gogo et surtout une incompréhension totale de l'oeuvre originale. Pourtant, si la forme est indéniablement faisandée, elle est suffisamment éclipsée par le scénario pour paraître supportable. En fait, je pense que n'importe quelle torture serait atténuée par les souffrances dantesques occasionnées par l'histoire et la narration du film. S'il y a bien quelque chose que l'on peut admirer dans ce S. DARKO, c'est bien la grande originalité de l'histoire qui perd constamment le spectateur. Il est absolument impossible de deviner ce qu'il va se passer dans les trente prochaines secondes. C'est pourquoi on redoute constamment de tomber encore plus bas dans les méandres de l'esprit d'un scénariste hors de contrôle. Suivre l'histoire est une épreuve dantesque tellement le scénario se permet absolument tout et n'importe quoi, comme faire mourir et ressusciter des personnages à tout moment et sans raison. Se greffe sur la trame principale déjà peu claire, l'histoire de l'Irakien qui brûle des églises parce que Samantha le lui ordonne, dans ses crises de somnambulisme, des enfants morts enfermés dans une mine par une groupie du Christ, un geek collectionneur de météorites (mon Dieu, c'est un acteur de TWILIGHT en plus, rien ne me sera épargné) qui fait de l'eczéma quand il parle à une fille, une pluie d'astéroïdes, non prévue par Hubert Reeves, qui explosent au sol comme des pétards de foire (sic) et l'histoire de ce fameux prêtre dont on ne saura jamais le fin mot, sans doute un oubli du scénariste à la fin du film. Il y a pléthore d'éléments incompréhensibles comme ce cube de l'espace qui fait sauter des éoliennes (sic) dans des tunnels métaphysiques. Ce foisonnement narratif aurait pu donner quelque chose d'intéressant, surtout en utilisant a bon escient les éléments fantastiques du premier film. Non, au final, c'est la consternation qui a raison de chaque idée potentiellement intéressante.

 




Au milieu de ce maelström incompréhensible, ce brave Chris Fisher panote comme il peut, fait des champs / contrechamps à n'en plus finir, ne sait jamais où se mettre pour ne pas perdre le fil de l'action, et essaie de faire passer des sentiments via des acteurs qui  ne comprennent pas les dialogues qu'ils doivent débiter, le tout saupoudré de musique de foire. L'acteur qui joue le beau gosse est une caricature accablante, sa présence à l'écran rend toute tentative dramatique impossible (le plan chez le garagiste où il est couché sur la voiture... Mon Dieu, je ne croyais pas revoir ça un jour).

 




Le film aurait pu être une curiosité intéressante et un peu absurde si la mise en scène et les acteurs tenaient un minimum la route (c'est un road movie quand même), car le scénario complètement fou aurait pu être la matrice d'un créateur vraiment doué, d'ailleurs certaines scènes du film auraient pu être sauvées avec un petit peu d'effort. Notamment la partie sous les météorites avec le personnage du geek qui était l'occasion de faire un truc formidable, qui se concrétise dans les faits par de ridicules effets spéciaux et un montage bien trop court. Le film est une apologie du Néant, une construction complexe n'aboutissant sur rien d'autre qu'une posture scénaristique similaire à la DONNIE DARKO, vidée de toute beauté, de la formidable énergie du chef d'œuvre qu'était le film de Kelly. La mise en scène, si tant est qu'on puisse utiliser l'expression, ne fait que montrer des éléments du scénario ou imiter des plans du film original. Ils arrivent la plupart du temps comme un cheveu sur la soupe, le montage n'a aucune originalité et la photo ressemble à celle de Desperate Housewives. Les effets troidés censés illustrer ce qu'un personnage du film appellera Deus Ex Machina dans un accès d'onirisme aussi bouleversant qu'incompréhensible, sont d'une laideur sans nom.

 




Au final, quelle frustration de voir tant de potentiel gâché par tant de mauvais goût et de travail baclé. Au lieu de copier le travail d'un authentique créateur, il eût mieux valu reprendre à zéro et faire dans la différence. Mieux vaut investir dans SOUTHLAND TALES (qui est paraît-il magnifique) que dans ce dramatique navet.





Norman Bates.






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Mercredi 6 mai 2009 3 06 /05 /Mai /2009 11:53

Publié dans : Corpus Analogia





[Photo: "MonDieuMonDieuMonDieu" par Dr Devo, d'après une affiche du film MAIS QU'AVEZ-VOUS FAIT A SOLANGE de Massimo Dallamano.]




Chers Focaliens,

 

En attendant de recevoir vos réponses au Grand Concours Tanaka (attention, vous n'avez que jusqu'au 13 mai pour jouer), et ne réussissant toujours pas à voir un bon film honnête au cinéma (je vous épargne ma critique de WOLVERINE), je me tourne volontiers vers mon canapé et mes dividis d'autant plus que mon ami le Colonel Moutarde m'a prêté un fort joli échantillon de sa collection de galettes personnelles. Je me jette donc sur la chose sans ménagement.

 

 

Camille Keaton est une  jeune femme très jolie et new-yorkaise qui décide de s'isoler pour l'été dans une maison qu'elle a louée pour l'occasion à Ploucville, petit patelin paumé dans la forêt et entouré de rivières et de lacs. Un endroit très beau qui sera parfait pour écrire son premier roman, pour elle qui a déjà publié plusieurs nouvelles. A peine arrivée, elle se fait livrer quelques victuailles par l'épicerie locale. C'est ainsi qu'elle fait connaissance du commis qui vient lui amener sa commande, un gars simplet, légèrement attardé mais complètement gentil et qui paraît tout de suite sympathique à Camille.

Le lendemain, c'est détente et travail. Camille installe son hamac et se met à écrire ! La belle vie ! Mais la jeune femme n'est pas passée inaperçue. Le commis et trois de ses amis qui, eux, ont toute leur tête et qui sont des espèces de loulous louches, ont quelques idées derrière la tête. Le lendemain, ils viennent perturber la ballade en barque de Camille, l'emmènent dans la forêt et vont lui faire subir les derniers outrages. Un trèèèèèèèès long calvaire va commencer...

 





Alors, le cinéma de genre est une chose et il a acquis au fil du temps, et au profit des années récentes, ses lettres de noblesse peu ou prou, bien qu'on croisât encore, ici et là, régulièrement, des cinéphiles qui refusent de voir ces films. Pour certains, l'idée même qu'un film comme MASSACRE A LA TRONCONNEUSE puisse être un chef-d'œuvre mondial du cinéma art et essai, est aussi farfelue que celle d'une vache à vapeur. Et il faut avoir croisé un cinéphile pointu à la sortie d'un Cash Converter en train de contempler votre film de collège comme si vous étiez un attardé léger, ou encore éclater de rire si vous avez eu le malheur d'acheter un obscur film de zombie italien. [Le vrai zombie tatoué NF vient de chez Romero ou de chez Tourneur !]. Bref, si l'époque est plus conciliante, on tend encore largement à considérer le genre en ligue 2, et donc au monde clos du divertissement sans conséquence, alors qu'un film asiatique où une famille sur trois générations fait de la cuisine pendant une heure et demie, puis chasse un papillon censé être la réincarnation du grand-père décédé, ça c'est sérieux bien sûr. Les choses évoluent lentement, disons...

 




En dessous du genre, il y a aussi un univers dont les cinéphiles pratiquant en église conformée ne soupçonnent même pas l'existence. [Il y a aussi des chapelles dans cet univers, pas plus ragoûtantes et lucides que celles en surface d'ailleurs !]. Aujourd'hui, explorons le sous-genre "rape and revenge" !




Le principe est complètement simple. Une femme se fait violenter, torturer, cracher dessus dans tous les sens. Fin de l'acte 1. Elle prend une douche et part se venger, acte 2. C'est sanglant, il y a de l'érotisme de plus ou moins bon goût, et même des relents de "vigilante". Dans les sécuritaires années 70-80, ça a même marché au grand écran, le plus populaire du genre étant UN JUSTICIER DANS LA VILLE avec cette vieille ganache, bien qu'assez décédée, Charles Bronson. Le bon vieux "Rape 'n' Revenge" aime la figure de la justice faite par la victime elle-même, et ici c'est le cas.

 



Les premiers plans du film (Camille Keaton prenant sa voiture pour aller à la campagne) semblent indiquer qu'on va être dans les canons du bazar : tournage à l'arrache dans la rue, peu de plans, cadrages vite faits ou neutres, dialogues bêtement informatifs, et bien sûr pas de musique. Ca dure comme ça pendant une bonne dizaine de minutes. Meir Zarchi, le réalisateur, va petit à petit orienter le film vers une pente plus originale puisqu'il va essayer de garder une ambiance brute de décoffrage typique des bons films underground de l'époque, tout en poussant le métrage dans une pente plus directement expressive. Cette nuance bizarre, du brut au stylisé, loin d'être totalement une idée de scénario va s'étendre quasiment sur toute la longueur du film ! Premier point étonnant.

 




Les personnages, eux, et je pense particulièrement à nos bouseux psychopathes, vont garder leur caractère sauvage et marqué, certes, mais on note là aussi une relative sobriété. Zarchi ne charge pas tout de suite la barque (hahahaha, si j'ose dire, car il y a des scènes de barque dans ce film). Loin d'une expression grand-guingnolesque, toujours tentante pour faire éclater le malaise, il pose des bases fermes pour ses personnages (pas question de les rendre shakespeariens non plus), mais sans en rajouter des tonnes. C'est bien joué. L'action injustifiable n'en sera que plus forte, et des petits développements bienvenus (la scène du drugstore, ou celle avec la femme et les enfants) auront d'autant plus d'impact qu'ils seront paradoxaux autant que banals. Bien joué.

 




De fait, on rentre dans l'action et le nœud du film sans faire de chichis, et avec une force assez étonnante à deux points de vue. Si la situation devient vite insupportable, on est scotché par l'ambiance non pas neutre mais relativement calme que Zarchi impose à une mise en scène qui au fur et à mesure déploie une esthétique simple mais particulière qui fait tout le sel de ce DAY OF THE WOMAN. Ca découpe bien, voire très bien (le viol sur le rocher, la scène collective dans la maison). On est plus du tout dans le documentarisme factice des premiers plans et de l'arrivée au village. La photographie de Nouri Haviv (qui a signé plusieurs films avec l'improbable Doris Wishman qui a réalisé, je vous le rappelle un des plus beaux films du monde) est soignée et sait même se faire élégante. La direction artistique, assez simplette, fonctionne : deux ou trois objets rouges, et un sublime maquillage. Peu à peu, le cadre s'organise et le film, plutôt de facture honorable, décolle vraiment. Zarchi fait son film en mettant en scène le corps bafoué de l'héroïne, mais d'une manière dérangeante et inattendue. Le calvaire est long, mais sec (séquences nombreuses mais assez courtes individuellement), et ne tombe jamais dans le craspec ou la surenchère agréable. L'érotisme est peu présent, le calvaire du corps est nettement visible mais ni glorifié ni documentaire. La perspective est de montrer des maquillages, des postures physiques choisies et stylisées qui effraient plus par l'évocation d'un corps tordu que par la violence brute. Je sens que tout cela n'est pas très clair mais comment le dire autrement ? Les violences sont très chorégraphiées sans en avoir l'air et si la situation est répétitive, leur mise en scène mue. Dès le deuxième viol, très beau, on sent bien que Pépère place sa caméra à des endroits précis, surveille ses coupes et tient en laisse le rythme, jamais frénétique. On a donc un film à la fois assez brut, mais esthétiquement marqué. Et quel paradoxe quand on considère le sujet ! Zarchi joue avec les éléments (la terre, puis le bois, puis la pierre) et découpe beaucoup, joue avec les attitudes (les cheveux de Keaton lors du viol sur le rocher).

 




Il ressort deux choses de ce modus opérandaille. La nature, très paisible, pas du tout diabolisée, est à la fois le réceptacle de la beauté (de l'héroïne) et aussi une entité dérangeante, car elle est neutre, pas spécialement agressive. Encore plus, elle est immuable, ce qui est ici déchirant et insupportable tant la situation de l'héroïne est scandaleuse et tient de l'ultime accident (la chose qui n'arrive pas arrive). Du coup, rien ne semble avoir de conséquence. Le temps semble presque s'annuler (formation de boucles...) ou devient absurde comme le montrent quelques rebondissements qui n'ont rien à faire là (en principe) et augmente finalement le stress (le coup de téléphone). En devenant précise et choisie, la réalisation se rapproche un peu plus du personnage féminin. D'abord décrite de manière simple, elle évoque la beauté brute. Cette femme est très belle. Mais Zarchi n'y introduit aucun érotisme, bizarrement, ce qui est un des choix les plus inattendus et les plus efficaces. Face à la violence, sans qu'on s'en rende compte, le corps entier de Keaton va disparaître, et dans la deuxième partie de son calvaire, l'héroïne semble proprement déchirée dans le sens où Zarchi, avec une empathie très étrange, nous la décrit finalement comme une espèce de courbe, un trait...

 

La partie "revenge" va lui redonner un corps. Mais, celui-ci va faire le chemin inverse : propre et recomposé, plus simple, mais plus mis en scène. Les meurtres qui vont suivre, eux, mettent l'accent sur une stylisation encore plus grande, une théâtralisation presque. Ils renversent aussi la vapeur des actions physiques. Les viols étaient courts et brutaux. Les meurtres seront sophistiqués et demanderont énormément de travail. Car c'est cette visualisation du labeur, la somme d'efforts à faire pour achever quelqu'un qui est impressionnante. Il nous éloigne du genre, et aussi de l'héroïne. La première partie cherchait une espèce d'empathie avec la femme, la deuxième nous place dans la position du témoin. On la regarde alors avec une certaine distance, alors même que nous sommes vraiment les seuls à connaître les tenants et les aboutissants de tous ces évènements. Les rapports du film "Rape and Revenge" sont bouleversés et même trahis car ils visent d'abord la brutalité puis l'attachement ou le sentiment de "justice". Ici, rien de cela, et encore mieux, c'est l'inverse. La beauté du corps nous avait touchés, mais ce n'était pas érotique pour un sou. La vengeance ne nous donne aucune satisfaction. Nous n'avons été ni voyeurs malsains, ni garants de la morale, ni porteurs d'un message. Ce que l'on voit aussi dans le film, c'est un personnage s'éloigner. La trahison au sous-genre est de taille, scandaleuse. On a perdu cette fille en chemin. Le fait que le film se finisse brutalement sur un gros plan est d'autant plus violent et paradoxal.

 




Zarchi a réussi un pari étrange. Faire une œuvre peut-être pas dépouillée mais réduite, et avoir un sentiment dérangeant et inconfortable : celui d'une indicible tristesse. Ce dispositif est très réussi et est magnifiquement relevé par quelques morceaux de bravoure qui font que DAY OF THE WOMAN, objet de distance pourtant, n'est jamais désincarné (le retour à la maison, par exemple bougrement bien monté, la scène de la baignoire complètement hallucinante). Le récit est alors mythique (cf. les deux utilisations de la musique dans le film dont le son, en général, est très beau) et semble être une espèce de témoignage bizarre sur la violence pure du Monde. Dans le même temps, le talent de Camille Keaton, et la précision des choix de mise en scène de Zarchi la concernant, nous évitent une vision froide et distante et nous plongent au final dans le désarroi le plus complet. Et le plus abstrait également. Très beau film.

 



A noter que ce film a fait l'objet d'un remake dont j'avais déjà parlé
ici...





Dr Devo.





 

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Lundi 4 mai 2009 1 04 /05 /Mai /2009 15:51

Publié dans : Corpus Analogia

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