photo: "(ceci n'est pas une chanteuse de droite)" par Dr Devo 

 

Chères Focaliennes, Chers Focaliens,

C'est ton choix! Il y a quelques jours, dans mon article consacré au film "Closer" de Mike Nichols, je vous proposais, comme dirait le poète, "un petit jeu sans conséquence". Avec rien à gagner. Chers lecteurs, vous avez participé en masse (à l'échelle de ce blog au moins), et je vous remercie. Comme je le rabache depuis une semaine, vous savez que moi, Dr Devo, je suis passé au stade industriel de la critique, en acquérant un coûteuse carte illimitée dans un des grands cinémas de la ville. Il faut rentabiliser l'investissement. Depuis que je suis propriétaire de cette carte, je n'ai pas rechigné à la tâche, il faut bien le dire, et malgré la faiblesse de la programmation hebdomadaire, je suis allé m'enfermer dans des tombeaux obscurs quasi-quotidiennement depuis presque une semaine. Ayant épuisé les films qui avaient un semblant d'intérêt, même faible et même par esprit de contradiction, je me suis trouvé fort marri au bout de trois ou quatre jours de visionnage. Le bas du panier s'offrait à moi. Impossible de choisir. J'ai donc eu recours à vos services et vous ai demandé de voter, de sorte que c'est vous qui m'avez envoyé au cinéma. Dr Devo au rapport, donc.

Ce n'est pas passé loin... J'ai loupé, de peu, "La Marche de l'Empereur", le film à pingouins! Je déteste les films animaliers, même documentaires, et j'avoue que cette banquise au kilomètre me faisait un peu peur. Finalement, le choix s'est porté sur le "Château Ambulant" de Miyazaki. Ouf!! Je ne suis peut-être pas grand fan de cinéma d'animation, loin de là même, mais j'aime assez Miyazaki dont le "Princesse Mononoké" était de fort belle facture. Bon choix, les petits gars. Sans vous, je ne serais sans doute pas allé le voir, le film étant projeté en VF, et de bien piètre qualité une fois plus. Mais bon, du coup, et malgré les sévères remontrances de mon ami Le Marquis, copieusement scandalisé, j'ai vu un film, un vrai, ce qui m'a bien changé de mon horrible parcours de crucifixion de cette semaine.

Tiens, ça commence bien. Avant le film, j'ai vu les films annonces des prochains films d'animation qui vont débarquer. Des horreurs galactiques. "Le Manège enchanté", version bouillabaisse sous-pixarisée. J’en frissonne encore. Ecoutez les paroles de la chanson, en fond musical, c'est véritablement à se flinguer. Puis, un autre film en images de synthèse (j'aime utiliser cette expression obsolète), "Pinocchio Le Petit Robot" qui a l'air de valoir son pesant de cigarillos cubains également. Là aussi, chanson débile, mais pas de quoi faire se suicider quelqu'un de dépressif, contrairement à l'horrible chien pro(c)to-anglais sus-cité (d'ailleurs, ironie du sort, c'est cette vieille ganache d'Henri Salvador qui double la Bête, effort totalement vain et purement marketing, car sa voix, après être passée à la moulinette du mixage ("Les amis s'est sakwé!") est absolument méconnaissable. Un super-vieux matou pour doubler un super-jeune chien, c'est plutôt n'importe quoi). J'ai prié Dieu pour arrêter le supplice de cette infernale première partie et je fus exaucé. Nouveau film-annonce pour la version long-métrage de "Bob L'Eponge". Là, j'ai beaucoup ri. Cette série, pas révolutionnaire, mais très sympathique, est plutôt nonsensique et absurde. En fait, le film avait l'air beaucoup plus drôle que le prochain film de Gérard Depardieu et Jean-Paul Rouve.  J'irai voir mon ami Bob à sa sortie. On va bien rire. Et je vous tiens au courant.

A priori, si j'en crois mes souvenirs, du point de la stricte animation, "Le Château Ambulant" me paraît un peu en dessous, techniquement parlant, de l'étonnant "Princesse Mononoké". Ceci dit, ne chipotons pas. "Le Château Ambulant" s'adresse quand même aux plus jeunes. L'univers est beaucoup moins sombre bien sûr (même s'il reste beaucoup de zones d'ombres), et le style graphique, qui joue sur une espèce d'Angleterre fin XIXème rétro-futuriste, est bien différent. Peut-être est-ce seulement la différence de tonalité au niveau des couleurs qui donne cette légère impression. Je laisse cette question aux spécialistes de l'animation. Et n'ayant pas encore vu le sublime coffret dvd de Mononoké que m'a offert mon pote Porzay, je ne peux pas vérifier mon hypothèse. De toutes façons, ce n'est pas un reproche.

On suit donc les traces d'une jeune chapelière (18 ans environ) qu'une sorcière (très réussie, un sorte de grosse super-bourgeoise à la tête démesurée et à la chair dégoulinante qui se transformera en vieille sénile, ce n'est pas triste) transforme en petite vieille de 80 ans. Fuyant sa ville, notre héroïne trouve refuge dans une espèce d'immense château sur pattes, fruit de la bricole d'un magicien beau gosse qu'elle avait croisé avant qu'elle ne soit transformée en petite vieille. La guerre éclate dans la région, et les ennuis commencent... Voilà, laissons les surprises vous étonner si vous allez voir le film.

Il y a de bonnes surprises dans ce film, à la naïveté assumée, mais dont l'apparente simplicité cache une narration assez complexe et plutôt abstraite. Le château est une jolie machine à déconstruire. On peut, en ouvrant la porte d'entrée, sortir dans différents endroits, et même dans la dernière partie du film, à différents moments du temps. Pas mal du tout. Mais le plus impressionnant reste la gestion assez  surprenante que Miyazaki fait de l'âge de son héroïne. Elle a beau être victime d'un sortilège qui la vieillit, au fur et à mesure qu'elle prend conscience de son rôle de vieillarde et de ses sentiments, son âge ne cesse de se modifier. De la grand-mère grabataire à la jeune retraité dynamique, en passant par la femme d'âge mûr et la jeune fille qu'elle a été. Et ça, ça marche drôlement bien. Surtout si on considère comment les changements d'âge sont introduits dans le film. Ça démarre sur l'idée que lorsque l'héroïne dort, elle retrouve inconsciemment ses 18 ans (ouais, idée classique, mais sympathique). Et ça continue de manière achronologique, et là c'est un festival. L'âge ne cesse de varier, d'un plan à l'autre, voir d'un champ à un contre-champ. C'est une idée qui est formidable et qui fissure l'apparente naïveté et simplicité du sujet. Du coup, toutes les abstractions thématiques ou narratives sont permises dans la dernière partie. Bien joué. Ces modifications d'âge sont peut-être moins subtiles que dans la sublimissime série animée japonaise "Lain", série superbe et complètement expérimentale qu'il faut, je pense, avoir vu. Mais, l'apparition des différents âges défie ici la continuité narrative et ce n'est pas rien. Ce n'est peut-être pas du Bunuel, mais ça marche très bien. On rêverait, en France ou tout simplement en Europe d'avoir de telles inventions dans les films pour enfants. Chapeau l'artiste. Enfin, on peu aussi noter, même si cela est moins impressionnant, derrière la naïveté du discours sur la guerre, quelques petites notes sociales assez sombres et là aussi très bienvenues. Clochardisation de la population, fascination du peuple pour les horreurs du conflit, propagande, manipulation et chantage sur le personnage de la mère, disparition de la soeur (simplement enlevée du récit), etc... Un récit en chausse-trappe donc, ouvrant la porte sur plusieurs lectures, qui donne enfin aux spectateurs l'impression de ne pas voir un film pour les enfants, mais un film tout court. Et là, je reprendrai ce que je disais sur Bob l'Eponge : on aimerait qu'il y ait autant de subtilités dans les films pour adultes, notamment ceux que j'ai vu cette semaine, qui bien souvent se construisent sur une seule et maigre idée (ex: le savonnage incestueux à trois balles de "The Aviator). Merci, chers lecteurs de m'avoir envoyé vers ce film.

Avant de partir, une petite note humoristique et désespérante sur ce film. Note que je rapprocherais de mon article "Si j'étais président de la République" où je conseillais aux cinéphiles aventureux de faire le test de ne pas lire les critiques pendant un an. Quand Le Château dans le Ciel" a été montré au dernier Festival de Venise, Didier Peron, journaliste à Libération écrivait ceci: "[...] Ce n'est évidemment que le début d'un film inouï, quelque chose qui s'approche pour Miyazaki en termes de dislocation des paramètres de la continuité narrative, de la cohérence des époques, des lieux, à un équivalent du Twin Peaks-Fire walk with me de David Lynch. Un maelström qui sidère en même temps qu'il terrifie. Le feu est d'ailleurs l'un des éléments clés du film..."

Je veux bien être gentil avec les critiques professionnels mais il y a quand même des limites. Etant plutôt content du "Château dans le Ciel", étant très fan de "Princesse Monoké", et considérant que "Twin Peaks - Fire Walk with Me" est des plus beaux films jamais réalisés, je trouve absolument scandaleux qu'on puisse dire des choses pareilles. Cette analyse est stupide et ne reflète qu'une chose: la crasse inculture de Didier Peron qui 1) compare ces deux films de manière erroné 2) ose mettre le film de Miyazaki au même niveau que celui de Lynch. C'est absurde. "Twin Peaks", le film, est un phénoménal travail de déconstruction, qui n'a quasiment pas d'équivalent et qui, de toute façon va beaucoup plus loin, à des années-lumière d'avance sur tout le monde, que "Le Château ambulant" (ce qui, comprenons-nous bien n'enlève aucun mérite à Miyazaki). Dire que ce film est la continuité d'une narration à la Twin Peaks est un mensonge absolu, et promettre un nouveau "Twin Peaks" dans le "Château Ambulant" est d'une bêtise et d'une inculture effarantes. Mr Perron, revoyez Twin Peaks et faites vos excuses.

Merci à vous encore une fois.

Sympathiquement vôtre,

Dr Devo.

PS: deux petites notes techniques. Dans mon article sur les "Soeurs Fâchées", hier, je donnais un lien Internet vers le très beau site de L'institut Drahomira. Une faute s'est glissée. Toutes mes excuses (le vrai lien est www.institutdrahomira.com ). J'ai modifié l'article en conséquence.

Retour dès demain de la rubrique musicale "Chanson de la Semaine". C'est promis.

 

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Mardi 1 février 2005

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Chers Amis,

 

 

Avant de commencer cet article, voici quelques nouvelles du petit concours sans prix que je lançais à votre attention avant-hier, à la fin de mon article sur "Closer". N'ayant pas pu aller au cinéma hier, les votes ne sont pas clos. Ils le seront ce lundi vers 13h30. Voilà. Si certains d'entre-vous veulent participer c'est le moment. Je publierai l'article correspondant au film que vous me ferez voir demain matin.

 

 

Mon chemin de croix continue. Mon passeport masochiste pour le cinéma s'appelle "carte illimitée". Je la teste, je la re-teste et je la rentabilise au mépris de toute activité raisonnable. Jusqu'ici le tableau de chasse fait peur : "The Aviator", l'immonde boursouflure de Scorsese, "Alexandre" de Oliver Stone avec ses jupettes au kilomètre et ses semi-remorques de eye-liner, "Closer" de Mike Nichols quand même plus respectable. Et aujourd'hui quatrième station: "Les Soeurs Fâchées" de Alexandra Leclère...

 

 

Une parenthèse avant de revenir sur le territoire français. Mon ami l'Ambassadeur du Néant, qui vous prépare un sublimissime article et une toute nouvelle rubrique, "Vulgaire!", bientôt ici, l'Ambassadeur, dis-je, m'apprenait hier que Rabane, un de nos amis communs, qui travaille dans une boîte d'effets spéciaux pour le cinéma, avait travaillé sur "Alexandre" de Oliver Stone. Chose que j'ignorais. Rabane est un homme de bon goût (cf. www.institutdrahomira.com) et, selon lui, la première version finalisée du scénario de "Alexandre" était très belle. Selon lui toujours, le premier montage du film par Stone lui-même était une splendeur. Ça sent le travail de sape du côté de la production, donc. Bien fait pour eux, le film s'est semi-planté. Difficile cependant de deviner le bon film qui se cache sous le remontage contre-productif final. Quelle tristesse. En tout cas, Oliver Stone, si tu nous lis, envoie moi un mail (drdevo@matierefocale.com ) qu'on puisse en discuter tous les deux. Ça m'intéresse...

 

 

Revenons en France, notre beau pays, et revenons à nos "Soeurs fâchées". Le chemin de croix continue-t-il? Ben oui. Certes, un film français avec la "sobriété" de moyen qui existe ici, ça repose malgré soit des méga-productions charcutées ou non susnommées, mais bon... Est-ce une raison?

 

 

Comment dire cela, sans qu'on en vienne aux mains, et sans conférer au métrage de Alexandra Leclère (2461 mètres selon mes calculs estimatoires) une importance démesurée en mal comme en bien? D'abord, en rappelant qu'ici, entre nous et en toute franchise, on juge sur pièce, le plus subjectivement possible et le plus honnêtement possible. Donc, si bouse il y a, si travail d'acteurs médiocre il y a, nous ne ferons pas comme les autres "articleurs" professionnels, et nous ne laisserons pas passer, fût-ce Isabelle Huppert, Jeanne Moreau ou Gandhi... Rien! Cette habitude indigne de pardonner aux actrices "cashables", fussent-elles arty, ne passera pas par moi. Gardons notre sang froid. (Les plus sceptiques d'entre-nous iront sur allocine.fr lire la critique concernant ce film, et jugeront sur pièce de l'incroyable indulgence qui parfois sévit dans ce genre de films où "une grande dame" ou un "grand monsieur" du cinéma français se compromet...).

 

 

Pour une fois commençons avec les acteurs, puisque que c'est de ça qu'il s'agit. Mettre des acteurs dans le film. Les faire jouer, LA motivation, déjà traître, de ce genre de projet. Catherine Frot, j'ai vraiment du mal avec vous. Vous êtes quelqu'un de sympathique mais je n'aime pas les films que vous faîtes. Bah... Je n'aime pas ce personnage de Bécassine. Je ne dirais pas non plus que ça s'affine au fil des bobines, mais cet aspect du personnage s'estompe naïvement car la réalisatrice, trop timide, veut nous faire comprendre qu'au fur et à mesure, on rentre dans le drame (mais pas trop non plus...). Le plan de loufoqueries gestuelles dans la salle d'attente de l'éditeur est en trop. Le film s'arrête et Alexandra Leclère vous capte. Ça ne se fait pas, je trouve. Mais votre personnage me semble construit sur une certaine condescendance scénaristique que je n'aime pas, et contre laquelle, bien sûr, vous ne pouvez rien. On sent, derrière votre métier, une honnête volonté affleurer, mais Dieu que votre personnage est peu intéressant. Ce n'est pas parce qu'on vous fait dialoguer bien, avec des phrases construites, qu'on affine et évite la caricature. Ça se noue sur un autre plan. Il convient, je pense, de mettre votre personnage entre parenthèse, et de ne pas vous juger à travers lui, ce qui du coup, serait à mes yeux injuste. Isabelle Huppert a un rôle plus radical et ça passe mieux. Mme Huppert, je ne vous comprends pas, malgré l'admiration que je vous porte. En interview, vous dîtes de belles choses sur la manière de se glisser dans un film, avec l'inévitable abandon que cela suppose, le tournage terminé. De belles choses aussi sur les mises en scène, et une façon honnête de défendre les rôles les plus iconoclastes.  D'un côté : "Orlando" (au théâtre d'accord, mais quand même, quelle superbe lutte d'appropriation), les films du génial Werner Schroeter, Haneke bien sûr, Hal Hartley Le Maudit, Christophe Honoré même, votre soutien lucide, modeste et critique à Michael Cimino et au sublime "Heaven's Gate", vrai film maudit (à voir seulement dans sa version de 5558 mètres, et non pas justement, confère ci-dessus, dans son charcutage grotesque imposé par la production). De l'autre côté : ces "Soeurs fâchées", Ozon, et Chabrol (que je mets quand même au-dessus des deux autres). Je ne comprends pas, mais ce n'est qu’à moitié le sujet. Correcte ballade. Quand ça éclate, ça fait mal, bien sûr, et avec une grande force encore. Mais bon. Voyez le paragraphe suivant pour comprendre que, si je ne comprends pas l'intérêt, je ne puis juger votre travail. Comme Catherine Frot.

 

 

Bizarrement, François Berléand, qui lui aussi se retrouve souvent dans des chemins indignes de lui, est très bien, alors qu'en ce moment, (j'ai vu "Narco"!), son omniprésence "productionnelle" aurait tendance à vraiment m'énerver bien rouge. Belle surprise, merci Monsieur. Allez voir chez Ruiz ou Greenaway (chez qui ça serait intéressant), où vous êtes sûrement.

 

 

Le problème, c'est évidement le scénario et, mondieumondieumondieu, la mise en scène, enfin si j'ose... Un développement vu mille fois, sans se perdre hors du chemin balisé. Pour améliorer cela, je prescris 10 films de collège américain, puis une rédaction sur le thème "je fais des films de genre archi-rebattus, mais je m'éclate dans la mise en scène". Et pas plus de trois copies doubles s'il vous plaît. Donc, le scénario, je passe, car il sera plus instructif de découvrir certaines joies seul. Mais, mondieumondiuemondieu, la mise en scène bon sang. Qu'est-ce qui vous motive? L'histoire? Les acteurs? Les acteurs et l'histoire? Quelle catastrophe! Photographie injugeable, aucune utilisation de l'échelle de plan, aucune utilisation du son, recours à un des maux du cinéma français, mettre une ou deux chansons populaires et "sympas" pour rendre le film "sympa" (procédé vraiment dégueulasse, je trouve, que 80% des faiseurs en scène hexagonaux utilisent! Infect!). Mouvement de caméra vraiment inutile (évidemment sans découpage...), et par moments d'une laideur monstrueuse (notamment les plans de la visite de Paris en bus, les plans en extérieur en général, et les affreux gros plans de la dernière séquence, introduite là comme un cheveu au milieu de la soupe, évidemment car il n'y pas rupture d'échelle de plans), souvent portés à l'épaule sans trembler certes (il manquerait plus que ça), mais dans un "flottisme" qui n'est pas sans rappeler la vidéocassette des vacances de Tonton Maurice à Phuket (avant le tsunami, bien sûr, un peu de pudeur). C'est mauvais. A peine moins soigné qu'un téléfilm. D'ailleurs un téléfilm, pourquoi pas? Non? Si vous tenez, non pas à faire des films, mais à devenir cinéaste, laissez-moi vous donner un petit conseil. Revoyez "La Garçonnière" de Billy Wilder. Je suis sûr que, comme moi, vous adorez. Regardez l'échelle des plans, la photo, le soin porté au décor, le montage. Ensuite, mais seulement ensuite, sans mettre a charrue avant les boeufs, interrogez-vous sur les nuances de genre dans le film. Où se place la comédie? Où est le drame? Comment sont-ils séparés et/ou mêlés?  Si vous voulez vraiment faire du cinéma, vous allez comprendre, logiquement, beaucoup de choses, et ça va vous aider énormément. Vous serez d'accord avec moi, évidemment. Envoyez-moi vos conclusions, ça m'intéresse. Vous me remercierez dans le générique de votre prochain film. J'en suis sûr. Par contre, si la simple idée de cette suggestion vous met en colère, alors je crains que vous ne vouliez pas mettre en scène des films, sans quoi votre position intellectuelle et morale me parait très douteuse, voire insupportable, dans le contexte actuelle de la production française.

 

 

Sincèrement,

 

 

Dr Devo.

 

 

 

 

 

 

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Lundi 31 janvier 2005

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Chers Amis,

 

Et si on faisait une pause. Et si on faisait un article sur Mario Bava? Chic, alors. Et plutôt deux fois qu'une!

 

Mario Bava, s'il est très connu des amateurs de cinéma fantastique, souffre d'anonymat aux yeux du grand public. C’est bien dommage, mais ça va mieux depuis que, dans les années 90, Martin Scorsese s'est battu dans son pays pour que les rares copies de "La Planète des Vampires" (bon, le titre vaut ce qu'il vaut, mais je peux vous assurer que Ridley Scott a vu et revu ce film de Sf à cinquante centimes d'euros de budget avant de faire son "Alien" à 30 millions de dollars! L'original est d'ailleurs bien meilleur!). Depuis, les cinémathèques d'Europe ont rendu hommage au réalisateur italien. Et en France, on a même beaucoup de chance, car deux éditeurs nous proposent des films de Bava, à des prix atrocement bon marché. Notamment One Plus One, qui propose une très belle collection de Mario Bava, dont cette "Hache pour la Lune de Miel". [Cet éditeur fait un fabuleux effort éditorial. on trouve de nombreux textes explicatifs sur ces dvds et surtout un court-métrage inédit à chaque fois! Ça c'est de la belle prise de risque. Chapeau Bas. J'aurais aimé leur consacrer un article entier, ainsi qu'un article à la personne qui fait, chez eux, les fabuleuses bandes-annonces de présentation de collection (de vrais chef-d’œuvres ces B.A), mais malheureusement, ils n'ont pas répondu à mes mails! Sniff!]

 

Bava, avant d'être un réalisateur, a été un chef opérateur de grand talent et très débrouillard. Il a été le photographe de beaucoup de réalisateurs de talent dont Raoul Walsh et Jacques Tourneur. Excusez du peu. Puis il est passé à la réalisation, en génial touche-à-tout. Et, quand même, il est le papa d'un très joli micro-genre du cinéma italien des années 60 à 80 (pour son âge d'or): le Giallo. Ce genre est dur à décrire. Pour certains, un giallo est un film de tueur à mains gantées dont les motivations et l'identité ne sont révélées qu'en fin de film. Mouais... Voilà la mienne, de définition. Le Giallo est pour moi un film hybride et baroque, dont ne peut pas dire s'il appartient au genre fantastique ou au thriller. C'est une définition  assez simpliste aussi, mais c'est déjà mieux que rien. Bava sera un maître du Giallo. Argento en sera un autre. En tout cas, ne refusez jamais un giallo de ces deux-là, et vous m'en direz des nouvelles. Je laisse soin à mon ami le Marquis de proposer une définition plus précise de ce genre populaire qui a accouché de tant de chef-d’œuvres (et pas mal de film moins bons aussi!).

 

Vas-y Coco, envoie la lumière et fais tourner le projecteur. Ce n’est pas la dernière séance, ici.

 

Ok. Ça commence par une superbe séquence de meurtre dans un train. Un homme, qu'on identifie très bien d'ailleurs, ce qui est étonnant pour un giallo, s'approche d'un compartiment en catimini. Au bout du couloir, un garçon de 12  ou 13 ans, le regard grave. Fantômatique. Introduit par une superbe et très malpolie coupe dans le plan, qui en plus se répétera deux fois. L'homme pénètre dans le compartiment et tue deux jeunes mariés en train de s'embrasser avec une hachette étincelante. Et voilà que le bonhomme, qui sera notre (anti) héros pendant tout le film, nous explique en voix-off que, ben, oui, il tue et que des jeunes mariées, et que ça va continuer un moment car il cherche à "découvrir la vérité"! Et ça va sûrement saigner car notre homme est un type très riche qui dirige une maison de Haute-Couture spécialisée dans les robes de mariées! Il est marié avec une femme très antipathique. Les deux ne s'entendent plus du tout. Mais c'est sa femme qui, en se mariant, a apporté à sa maison de haute couture en train de péricliter les fonds empêchant sa disparition. S'ils se séparent, notre serial killer de héros sait qu'il peut dire adieu à sa petite entreprise, c'est à dire à ce qui compte le plus pour lui. Et sa mégère de femme (une ancienne veuve d'ailleurs) lui en fait baver des ronds de chapeau et ne lui laisse que très peu de liberté. Un homme soumis donc. Mais il n'a pas d'autre choix. Surtout que chaque meurtre commis apporte son lot d'indices supplémentaires... Notre tueur nous a bien dit être à la recherche de la vérité. Et c'est vrai. Quelque chose l'a traumatisé durant l'enfance. Ça le pousse à tuer. Et pendant chaque meurtre, lui reviennent des images traumatiques de son enfance, et un peu du voile se soulève. S’il veut savoir la vérité sur sa propre histoire, il doit tuer!

 

Pour ceux qui ne connaissent pas du tout le giallo, n'imaginez pas que ça ressemble de près ou de loin à des films de serial killers comme on en a mangé et remangé ces 15 dernières années (à la "Seven" pour faire vite), ou encore à des films à la "Scream". Rien à voir. C'est carrément autre chose, un univers baroque, onirique, et souvent étrangement émouvant et humain. N'imaginez pas non plus des films psychanalytiques. Pas du tout. Ce film, c'est d'abord un film à la mise en scène inouïe : décors somptueux, photographie hallucinante de Bava lui-même (qu'est-ce qu'on a perdu du point de vue de la qualité photographique des films, c'est hallucinant. Comparer la photo de ce film et celle de "The Aviator", c'en est même triste), acteurs très carrés mais pleins de nuances et des idées de mise en scène FABULEUSES toutes les 10 secondes. C'est magnifique. Et des idées tout court,  à tomber par terre, comme par exemple, ce personnage qui meurt sous les coups de notre "héros". Et bien, sa victime vient le "hanter" en quelque sorte, sauf qu'ici, ce sont les gens qui voient encore le personnage décédé comme s'il vivait, et c'est notre tueur (qui pourtant l'a zigouillé!) qui ne le voit pas! Le contraire d'un personnage fantômatique, le contraire d'une dialectique du remord classique. Et pourtant, ça fait très peur et c'est sublime.

 

Un giallo original donc. On connaît l'identité du tueur tout de suite. Il nous narre le film en voix-off! Ce lointain cousin transalpin de Patrick Bateman, le "héros" de "American Psycho" nous trouble à plus d'un titre. Beau gosse pour l'époque (on le dirait sorti d'une couverture d'un vieux Harlequin), il est tueur, mais victime, ou plutôt conscient de sa déviance, et à la recherche d'une clé qui pourrait lui permettre d'expliquer sa vie. C'est à la fois glaçant et émouvant. Cette remontée dans les souvenirs enfouis de l'enfance est très impressionnante. Il arrive dans les giallos qu'un personnage soit le témoin des crimes, mais qu'il n'ait pas réussi à identifier le tueur. Il enquête donc, et essaie de recoller les indices entre eux, et de souvenir de détails vus lors du crime mais dont il ne se souvient plus, de revoir encore et encore dans sa tête la scène pour voir le détail qui lui a échappé. Ici, c'est un peu la même chose. On a une vision du traumatisme onirique du héros très parcellaire. A chaque fois qu'il tue, la scène enfouie paraît plus précise. Ce qui est très fort, c'est qu'on doive pour résoudre les crimes fouiller dans la mémoire du tueur lui-même. Et que ces souvenirs n'appartiennent pas au proche passé mais à de lointains souvenirs, une époque où il n'était pas tueur. Que c'est étrange, que c'est émouvant!

 

C'est un film très dur à décrire sans en dévoiler le mystère. Mais, même s'il ne s'agit pas de mon Bava préferé, c'est très beau. Les acteurs sont très biens. Stephen Forsyth est un émouvant tueur malgré sa dégaine de faux Clint Eastwood. Et sa femme dans le film Laura Betty est formidable de noirceur. [Laura Betty, grande comédienne italienne était, pour la petite histoire, une grande amie de Pier Paolo Pasolini. Elle joua dans plusieurs de ces films (Salo, Théorème, etc..) et à sa mort, c'est elle qui s'est occupée de défendre la mémoire du cinéaste italien, se battant pour organiser les éditions de ces oeuvres, la restauration de ces films, etc... Une grande dame qui a joué dans beaucoup de grands films italiens ("La Dolce Vita" notamment) et même dans quelques nanards français...]. C’est du grand et beau boulot. Précipitez-vous sur les films de Bava, vous m'en direz des nouvelles... (Mais ne commencez pas avec "L'Ile de l'Epouvante"!).

 

Gentiment Vôtre,

 

Dr Devo

 

 PS: pour ceux qui ont vu le film, je me permets d'ajouter un détail que j'adore, à la fois drôle, beau et angoissant. Il s'agit de la deuxième scène de petit déjeuner. Le thème musical lié à la femme du héros envahit la bande-son. Le héros ferme le livre de sa femme et la musique s'arrête. Superbe, non? Et quelle image simple et rapide du remord à venir. N'importe qui aurait fait une scène trop explicatice, et Bava, d'un seul détail annonce la couleur. Quel grand bonhomme.

 

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Dimanche 30 janvier 2005

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Focaliens, Focaliennes,

 

 

 

Pour commencer une bonne nouvelle. On a retrouvé les objectifs manquants dont je parlais dans mes deux derniers articles ("The Aviator" et "Alexandre"). J'étais inquiet. Mais, en fait, ils étaient en Angleterre. Tout s'explique.

 

Mon parcours de cinéphile illimité se poursuit. Comme je l'avouais hier, j'ai acheté une carte illimitée. Très cher, bien sûr, sauf si on va énormément au cinéma. Troisième film en classe affaire avec le "Closer" de Mike Nichols. Une règle de trois plus tard, et voilà qui amène cet investissement au prix de 80 euros la place. Ça baisse. Encore??? Non en fait le prix baisse, mais le niveau des films augmente provisoirement. Après Scorsese et Stone, on pouvait se douter que la marge de progression qualitative était énorme. Ça se confirme ci-dessous. Ne sachant pas quoi aller voir et manquant de courage, je me suis donc rabattu sur "Closer". [A ce propos, ne manquez pas le dernier paragraphe de cet article. J'y organise un grand jeu dont vous êtes le Héros!]

 

Mike Nichols n'est pas un mauvais bougre. Ce n'est vraiment pas le réalisateur du siècle, mais bon. Quelques mauvais films ou de très mauvais films au compteur. On peut citer "Primary Colors" avec le souvent ignoble John Travolta et une Emma Thompson complètement à côté de la plaque, "A Propos de Henry", film dont le simple souvenir me fait encore froid dans le dos avec papy Harrison Ford. Et puis, deux films très célèbres que je n'ai pas vus : "Qui a peur de Virginia Woolf?" et "Le Lauréat". Et puis, des films plutôt sympathiques comme "Le mystère Silkwood" (à ma décharge, je l'ai vu il y a très longtemps), "Wolf" et mon petit préféré "Biloxi Blues", qu'on trouve en dvd à très peu cher et qui est excellent, film chouchou car ayant la très bonne idée de réunir Christopher Walken (dans un de ses meilleurs rôles) et Matthew Broderick. Et puis, il y a un magnifique film, un classique sublime, il est vrai adapté d'un bouquin extraordinaire: "Catch 22" que tout le monde devrait avoir vu une fois. Film désespérant, très drôle et très riche sur la nature humaine, c'est, dans ce que j'ai vu de Nichols, et de très loin, sa meilleure mise en scène. Un classique vraiment très beau.

 

Pour une fois le terme n'est pas galvaudé, nous sommes en présence d'un cinéaste terriblement inégal! On retrouve dans "Closer" le grand Jude Law, rayonnant de tout son éclat, comme d'habitude, Julia Roberts (beaucoup mieux que dans "Ocean's 12"), Clive Owen que je découvre avec ce film, et Natalie Portman. Tiens, un mot sur elle. Dans un des deux derniers Star Wars, films catastrophiques à tout les points de vue, elle a un scène formidable. Comme quoi tout arrive. Elle s'adresse à un groupe de sénateurs. Empruntez le dvd à votre petit cousin et regardez bien. Elle est formidable. On la sent complètement fatiguée, ruinée par ce tournage, et tout d'un coup, dans cet océan de mauvais goût et de mauvais choix qu'est ce film, le personnage disparaît et c'est la vraie Natalie Portman qui se dévoile, en pleine conscience du naufrage. C’est très impressionnant. Et c'est assez unique : un pur moment de cinéma involontaire dans un film en forme de bouse (et très arrogant en plus!). Etonnant.

 

Revenons à nos moutons. Natalie Portman croise Jude Law dans les rues grisâtres de Londres, au milieu d'une foule qui se dépêche d'aller au boulot. Coup de foudre instantané. Elle se fait renverser par une voiture. Il se précipite. Rien de grave. Ils vont à l'hôpital. Début de la vie couple et de l'histoire d'amour.

 

Plus tard (deux ou trois ans je crois), Jude Law, normalement journaliste obscur de la rubrique nécrologie d'un grand journal, sort enfin un roman, lui qui se prenait pour un écrivain raté. Son éditeur l'envoie faire des photos pour la quatrième de couverture.  La photographe c'est Julia Roberts. Conversation sur le bouquin, baiser semi-volé. Jude tombe amoureux, croit-il, de Julia. Coup de foudre. Julia est effrayée et chiffonnée car elle sait qu'il a déjà une compagne (c'est le sujet de son livre). Il veut la revoir, elle refuse. Mais Natalie Portman découvre tout de suite que c'est un coup de foudre. Elle ne dit rien. Par un concours de circonstances assez drôles, que je vous laisse découvrir en allant voir le film, Jude Law, sans le vouloir, fait se rencontrer Julia et Clive Owen. Lui est dermatologue dans un hôpital. Conversation très triviale, mais rencontre. Plus tard, Julia réussit à monter une exposition de ses photos. Tout ce petit monde se revoit. Jude est toujours amoureux de Julia. Clive et Natalie le sentent très bien. Nouvelle ellipse, on se retrouve des mois plus tard, etc...

 

On l'aura compris c'est un chassé-croisé amoureux, ou du moins sentimental assez alambiqué et donc relativement riche. Le ton est assez grave. Et sans doute assez drôle, ou plutôt ironique. Je dis sans doute car malheureusement, j'ai vu le film en VF. Doublage à la truelle, nuances à la trappe. On ressent un peu l'émotion, mais tous les dialogues charmeurs ou "drôles" deviennent théoriques. C'est vraiment dommage, notamment en ce qui concerne Clive Owen. Son personnage est plus rustre en apparence (ou plutôt son personnage est plus franc du collier), et il difficile de faire la part entre son côté lourdaud et la dérive de ses sentiments. Mais bon, c'est le destin de cinéphile illimité, et il faut bien faire avec la VF. On se laisse, en tout cas, doucement porter par cette histoire compliquée (sur le papier), où les sentiments se mêlent douloureusement, et où en toile de fond se joue la question de la lâcheté, et celle de la frustration devant l'incapacité des humains à gérer leurs émotions, des plus nobles aux plus triviales. Difficile de se sentir complètement impliqué toutefois. On essaie de faire la part, comme les personnages, entre la sincérité du sujet et sa roublardise. entre le côté Woody Allen en forme (ceci dit je n'ai pas pensé à Allen pendant le film, "Closer" étant, et ce n'est pas un mal, plus terre à terre) et le côté Ally McBeal. Lard ou cochon? Dur de tout démêler et on a un sentiment flou en sortant de la salle. Ce qui est intéressant, c'est le côté un peu crasseux ou un peu médiocre de ces personnages, et la profondeur réelle de ce qu'ils ressentent. C'est un beau sujet de film effectivement. Alors, Docteur, chronique savamment tissée ou mailles larges pour ne pas froisser le public ? Dur à dire. Je vous laisse juge. Mon impression est que Mike Nichols s'en fout légèrement, et qu'il passe un peu à côté de son sujet. Mailles trop larges donc. Mais, encore une fois, la VF est vraiment ratée ou plutôt suffisamment imprécise pour semer le doute. Vu le parti pris du film (mélanger les choses nobles et médiocres), je dois dire que je sèche un peu. Je compte sur vous, qui avez la chance d'aller voir la VO d'éventuellement jeter un oeil et de venir ici faire part de vos commentaires. Ça serait très intéressant.

 

Un exemple de ce que je viens de dire. Pendant le film, j'étais en train de me dire qu'il y avait là un contexte social sous-jacent mais crucial, très intéressant a priori. Natalie Portman stagne au bas de l'échelle sociale (avec une légère tendance à s'enfoncer un peu plus). Julia Roberts stagne en haut de l'échelle de la réussite (avec une légère tendance à grimper un peu plus haut. Clive Owen lui connaît une réussite très nette. Et Jude Law s'enfonce. Tout cela est très nuancé, mais on ne fait qu'y penser en regardant le film, sans vraiment le sentir. Foutu VF!

 

En tout cas, ce qu'on peut dire c'est qu'il y a enfin des plans moyens et des plans américains! Ouf! après avoir passé 5h30 en deux jours dans deux films où il n'y avait quasiment que des gros plans et aucun découpage, ça fait du bien à son homme (comme on dit par ici) de voir une échelle de plans plus complète, et des champs/contrechamps à peu près structurés. Ceci dit, la mise en scène n'est pas formidable, loin de là. La photo est plutôt médiocre, le cadre idem. C'est quand même peu un téléfilm. C'est plutôt dommage. Et il y a la musique (un peu) qui, pour ma part, me semble un peu insupportable et assez vulgaire. Le film est basé sur les ellipses temporelles, très tranquilles, très linéaires, sans vraiment en profiter pour donner quelque chose d'iconoclaste. Pas vraiment le fil à couper le beurre narratif! Par contre, il est vraiment agréable, surtout dans un film grand public, de voir que Nichols n'hésite pas à faire des scènes très longues. Ça, c'est vraiment bien, surtout dans le cinéma américain où prendre son temps est souvent synonyme de perdre son temps! Et puis il y a quand cette très belle fin. La "découverte" de Jude Law dans le square est une idée très naïve mais très touchante. J'aime aussi l'enchaînement avec le dernier plan "en rouge", complètement symbolique mais qui marche curieusement bien, renversant un peu la vapeur, tirant gentiment, au ralenti, le tapis sous les pieds du spectateur un peu endormi. C'est déjà ça. En tout cas, encore une fois, si vous voyez le film en VO, donnez-moi votre avis par l'intermédiaire de l'interface "commentaires"!

 

Allez. Avant de se quitter un petit jeu. Ça s'appelle le Jeu de la Crucifixion! Je vais aller au cinéma ce week-end, histoire de continuer l'amortissement masochiste de ma carte illimitée. Alors, voilà, on va faire une espèce de test. C’est vous qui allez choisir le film. Vous trouverez ci-dessous la liste des films que je peux encore voir. Vous votez pour un des films dans l'interface "commentaires" à la fin de cet article. Choisissez le film qui vous semble le meilleur ou le pire. C’est vous qui voyez. Lundi, vers 13h, je viendrai relever vos votes, et j'irai voir le film que vous aurez choisi. Et mardi matin, je ferai un article. Ok?

 

Voici la liste des films:

 

"LA MARCHE DE L'EMPEREUR" (France) de Luc Jacquet, avec les voix de Romane Bohringer et Charles Berlin.

 

"LILA DIT CA" (France) de Zia Douelle avec Mohammed jouas et Vanina Giovanni

 

"LE CHATEAU AMBULANT" (japon - VF) de Hayao Miyazaki (dessin animé).

 

"LE DERNIER TRAPPEUR" (France) de Nicolas Vannier avec Norman Winter et May Loo.

 

"L'UN RESTE, L'AUTRE PART" (France) de Claude Berri avec Daniel Auteuil et Pierre Arditi.

 

"MON ANGE" (France) de Serge Friedman avec Vanessa Paradis et Vicente Rottiers.

 

"LA CHUTE" (Allemagne - VO) de Olivier Hirschbiegel avec Bruno Ganz et Julianne Kohler.

 

Ben, ça promet. Y a que du bon, ou presque! A vous de choisir! Votez nombreux. Les plus rigoureux d'entre-vous pourront aller se renseigner sur allocine.fr pour avoir les résumés de films, etc...

 

Masochistement Vôtre,

 

Dr Devo.

 

 

 

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Samedi 29 janvier 2005

recommander publié dans : Corpus Filmi

Chers Amis Focaliens, Chers Amis Devoïstes,

 

 

Hier, je me clouais la main droite en avouant mes sentiments envers THE AVIATOR de Martin Scorsese (une faute de frappe ayant rebaptisé le pauvre réalisateur en Martine, héhé... Martine à la Plage, Martine à la Piscine, Martine Cinéaste, Martine Bouddhiste, Martine Aviatrice, Martine Retraitée, etc...). Aujourd'hui, je me cloue l'autre main, grâce au film ALEXANDRE d'Oliver Stone. Jusqu'où n'irais-je pas pour vous !

 

 

Je ne suis pas spécialement en sympathie avec Mr Stone. En général, je n'aime pas trop ses films. Je trouve, par exemple, son très salué PLATOON extrêmement caricatural, JFK, c'est n'importe quoi, et NE UN 4 JUILLET est une horreur galactique. Soit. Par contre, il y en a deux, plus iconoclastes que j'aime bien. U-TURN d'abord, qui ne fait pas dans la dentelle, mais dont la mise en scène est plutôt expressive. Et TUEURS-NES, très belle machine lyrique, qui pédale dans la choucroute par-ci par-là, mais dont on peut saluer l'originalité. Et l'humour et la lucidité du propos. J'adore notamment ce plan dans le restaurant, où Woody Harrelson lance une hachette. La caméra la suit (comme dans LES VISITEURS, la classe, mais au ralenti et superbement réalisé) sur fond de musique classique. La hachette traverse et brise une vitre et là, la musique change pour une musique technoïde ! Sublime !

 

 

ALEXANDRE, c'est autre chose. Belle série en tout cas pour vote serviteur. Un jour THE AVIATOR, le lendemain ALEXANDRE. Non pas que je choisisse mes séances de cinéma en suivant l'ordre alphabétique ("cette semaine je vais voir les films en A...", après tout ce serait une méthode !). J'ai choisi au poids, si j'ose dire. THE AVIATOR faisait 165 minutes, et ALEXANDRE en fait 170 ! C'est donc bien mieux. Surtout que le ticket pour chacun de ses films m'a coûté 120 € ! J'y reviendrai... Deuxième point commun entre les deux très longs métrages : il s'agit encore d'un biopic et d'un film à costumes et d'un film à énorme budget ! Pas  de doute, il s'agit d'un cycle que je me suis imposé. Alors, y a t il des points communs qualitatifs entre les deux films, et faut-il, comme je le suggère dans mon article "Si j'étais président de la république : 10 mesures pour améliorer la qualité du cinéma mondial", faut-il, donc, interdire pendant deux ou trois ans les films à costumes ?

 

 

Oui, bien sûr. J'avoue que la Martine m'avait épuisé physiquement et moralement avec son histoire de gros navions psychanalitique (en gros, Howard Hughes a fait des avions gigantesques toute sa vie, parce que sa maman le savonnait dans son bain jusqu'à un âge avancé, seule idée, maigre, du film, déclinée 500 fois en 165 minutes). Epuisé aussi, à cause de l'horrible musique braillarde du film de Scorsese, véritable circonstance aggravante à mes yeux. Quand le générique d'ALEXANDRE commence, on entend les nappes synthétiques (toiles cirées en fait) de l'horrible Vangelis, et... contre toute attente, ça m'a reposé de l'orchestre walkyrie de Martine. "Enfin, un truc laid, mais reposant et un peu kitsch, moins prétentieux, je respire", me dis-je instantanément, surpris moi-même d'être soulagé pour la première fois d'entendre du Vangelis. Comme quoi, tout arrive ! Un péplum sera toujours moins prétentieux qu'un autre film à costumes, parce que ce sera toujours un peu kitsch. Evidemment, donc, ALEXANDRE est quand même plus sympathique que THE AVIATOR. Comme pour Martine, je passe sur le scénario par bonté d'âme. C'est à peu près n'importe quoi de A à Z, et à grands renforts de psychanalyse de cuisine. Le problème vient encore de la maman (Angelina Jolie, j'y reviendrai), associée aux serpents, venimeuse et perfide, et surtout bien trop proche de son fils qu'elle manipule, aime et étouffe. Alexandre, semi-rejeté par son père et castré par sa mère, décide donc de mettre les voiles et de conquérir la totalité de l'univers connu. Et surtout, enfin de le soumettre. C'est bête comme chou. A quoi ça tient, l'Histoire ?! Donc, niveau scénario, c'est n'importe quoi. Ok. Pas de problème.

 

 

Et le reste ? C'est le même syndrome que "Martine se Lave Les Mains". Plutôt que d'aider les victimes du Tsunami, je propose que nous nous cotisions pour permettre à Hollywood de se racheter un jeu d'objectifs complet. Parce que visiblement (c'est une des blagues favorites entre moi et Le Marquis, mon ami le Pape de toutes les Cinéphilies), ils n'ont que deux focales à Hollywood. Celles pour faire les gros plans et celle pour les plans rapprochés. Impossible de faire un plan moyen. Et quand on veut faire un plan d'ensemble, on est obligé de recourir aux images de synthèses. C'est très gênant, surtout quand on fait des films d'action très chers, qu'on loue des centaines de figurants, qu'on achète des centaines de chevaux, qu'on fait 300 000 costumes, et 500 000 décors et qu'on essaie de faire un film lyrique époustouflant. Beaucoup de moyens déployés, mais pas d'objectifs adéquats. Le résultat est très drôle. Voir la conquête d'Alexandre à travers la paroi de l'aquarium de son poisson rouge, c'est hilarant. Les dialogues ne cessent de nous vanter la sublimissime majesté des pays conquis, la richesse des contrées orientales, mais force est de constater que toute cette "magnificence" ressemble assez à une version luxueuse de "Au Théâtre Ce Soir". Ça fait un peu pitié. Et c'est beaucoup d'argent gâché. Et encore je ne parle pas des scènes d'actions, qui pourrait être aussi bien tournées à Dunkerque : on est tellement près des personnages, c'est tellement atomisé en micro-plans... On voit des mecs qui s'agitent sans pouvoir dire ce qu'ils font. Heureusement que la bande-son pleine de "Arrrrgh !" et de cliquetis de glaive nous renseigne sur la nature des ébats de ces valeureux guerriers. Par conséquent, pas de cadrage, pas de pertinence dans les champs/contrechamps, pas de spatialisation du décor, rythme linéaire, montage absurde et sans signification, etc. Absolument comme "Martine a des tocs".

 

 

Mais alors, lequel des deux est le meilleur ? Ben, ALEXANDRE, mais d'une courte tête. La raison en est simple. D'abord, parce qu'un péplum c'est toujours plus kitsch. Ensuite, parce que Oliver Stone, lui, filme les scènes d'actions avec de temps en temps des plans hideux, certes, mais caméra à l'épaule, ce qui lui confère une esthétique low-fi bien plus sympathique que les mouvements d'appareil prétentieux de "Martine va vous en mettre la plein la vue". Stone, au moins, ne cherche pas à faire passer sa 2cv pour une Ferrari. C'est aussi laid d'un côté comme de l'autre, mais plus sympathique chez Stone. Deuxio, les personnages dans ALEXANDRE. Tout le monde en jupette, certes, mais aussi un contexte homosexuel désopilant, fleur bleu comme du James Ivory. Alexandre et son pote s'aiment, se caressent les cheveux, se déclarent plein de belles choses, mais attention, on ne s'embrasse pas. C'est complètement absurde et assez drôle, d'avoir d'un côté des gros guerriers vaniteux, dominateurs, ambitieux, retors et sanglants, qui le soir venu, dans la tente, déclinent des sentiments amoureux bien plus chastes que n'importe quel roman Harlequin. Alexandre embrassera un gars pour rigoler, mais c'est un figurant, et c'est plus par autodérision que par sentiment. Vous comprenez bien que voir les deux héros se rouler des pelles, c'est un peu too much. Donc, c'est une princesse à forte poitrine qui se chargera de la scène d'amour. C'est très bizarre, parce que l'homosexualité des deux personnages principaux est un des points centraux du film. On en parle sans problème pendant des heures, mais attention on ne montre pas le moindre baiser. Très drôle et complètement hypocrite. Et n'allez pas croire qu'Alexandre est un grand gars viril qui aime les hommes virils. Pas du tout. Lui et son ami sont très cocos, bien au contraire. Et c'est l'un des points fort drôles du film. Colin Farrell est complètement à côté de la plaque. Ridicule de A à Z. Je l'avais vu dans MINORITY REPORT, et il était plutôt bon. Mais là... D'abord, on l'a transformé en blonde peroxydée. Horrible. Je soupçonne, à l'instar du critique de cinéma Bayon, que le coiffeur responsable de cette hideuse mise en plis, est l'homme qui a déjà teinté Tom Cruise dans ENTRETIEN AVEC UN VAMPIRE (quel film ridicule !) ou dans le récent COLLATERAL (déjà plus fréquentable). Allons tous vérifier sur le site imdb.com, et si c'est encore lui le responsable, nous lancerons une pétition ! Mais ce n’est pas tout ! Le nec plus ultra, c'est le... léger strabisme de Farrell ! Et là encore, ça ne m'avait pas sauté aux yeux, si j'ose dire, dans le Spielberg. CE TYPE LOUCHE !! Personnellement, je n'ai rien contre, mais du coup, pendant tout le film on se demande qui est ce mec tout droit sorti d'une fausse pub des Nuls. Peut-être est-ce un conseiller historique à 12,000 dollars par heure, qui a signalé à Stone que le vrai Alexandre, lui, il louchait... Allez savoir... Ce strabisme et cette splendouillette perruque blonde font de ce film un machin assez poilant...

 

 

D'autant plus que... Ben... Y a quand même Angelina Jolie. Je l'ai toujours considérée comme un monstre assoiffé de sang et une piètre actrice. Je la trouve d'une vulgarité totale. Mais pour la première fois, j'ai trouvé qu'elle avait ici sa place. Elle en fait des tonnes, et délice des délices, elle a 1 an de plus que Colin Farrell, son fils dans le film. [Ces deux-là sont moins vieux que moi! Je n’en reviens pas !] Comme Jolie a dû exiger par contrat de ne pas être trop vieillie par maquillage, c'est complètement surréaliste. En fait, j'ai eu la nette impression que Stone essayait de se dépatouiller comme il pouvait, c'est-à-dire assez mal. [Le narrateur historien avoue en fin de film, en dictant à ses scribes la biographie qu'on vient de se voir infliger : "Ils nous emmerdent ces Grands Hommes. Toujours à combattre. Qu'ils meurent avant nous et on aura la paix !"] De son coté, la production tire le film vers un remake perse de SACRE GRAAL !  C'est assez charmant.

 

 

Comme quoi, après avoir pillé la série "B", les films de série "A" commence à lorgner du côté de la série "Z". C’est une bonne nouvelle. Au fait vous vous demandez pourquoi j'ai vu ces deux films... En fait, j'ai pris une carte illimitée dans un cinéma de la ville. Pour l'instant, je n'ai vu que ces deux films... Prix de revient de la carte : un peu plus de 100 euros la séance ! Pour l'instant. Je trouve que ça valait bien le titre de cet article !

 

 

Bonjour chez Vous,

 

 

Dr Devo.

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Vendredi 28 janvier 2005

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Chers Camarades Focaliens, Cher Martin Scorsese,

Il y a quelques jours dans mon article sur Emir Kusturica, j'évoquais le souvenir de Francis Ford Coppola, cinéaste que je qualifiais de retraité. D'autres dans mon entourage, L'ambassadeur du Néant ou Le Marquis par exemple, deux habitués de ces pages (voir leurs commentaires de mes articles, toujours pertinents), auraient dit: "J'aimais beaucoup Coppola du temps de son vivant." Interrogeons-nous un instant sur les autres occupants de la maison de retraite artistique. Coppola donc, même s'il tourne très peu. Bien. Les frères Coen, Pedro Amoldovar (retraité depuis longtemps!), Sam Raimi (moins talentueux que les autres peut-être, je vous laisse juge, mais bel exemple de "retraitariat"), Tim Burton (que je considère en retraite pour l'instant, en attendant de voir "Big Fish" pour confirmer ou infirmer mon jugement), Woody Allen... La liste est sans doute plus longue, mais voilà quelques exemples de cinéastes autrefois créatifs et iconoclastes, et qui maintenant nous servent des films en demi-teintes, sans invention, recyclant ad vitam leur fond de commerce, ou pour certains, faisant d'extraordinaires mauvais films.

 

 

Hier, je m'aventurais donc à voir le dernier Scorsese. Et le brave Martin, c'est bizarre mais c'est comme ça, je ne pense pas à lui lorsque je fais la liste des cinéastes en retraite. Bon, par pudeur, mettons de côté l'effroyable "Kundun" qui pour des raisons "politiques" me paraît assez scandaleux. Non pas dans le fond, mais dans la forme bien sûr. C'est un affreux film de propagande, la cause fut-elle bonne, et pas de ça chez moi. On n'est plus là dans le domaine du cinéma. C'est largement son pire métrage. Passons. Restons pudiques. Et, il y a eu "Gangs of New-York", pas franchement affriolant, mais dont on pouvait soupçonner que le rythme fut bien amputé par les problèmes rencontrés par Scorsese avec son producteur Miramax. Bon, admettons que ce soit ça. Il restait quand même une scène séduisante dans le film, celle où, à la faveur d'un montage alterné, Cameron Diaz essayait de fuir la ville, à mesure que les morts entravaient son chemin. Pas mal, mais un peu léger pour un film aussi long, et pour un film tout court.

 

 

Avec "The Aviator", le doute n'est plus permis. J'avais un peu peur de ce film et de son terrible film-annonce, mais, je ne m'attendais pas à ça. Quelle mouche t'a piqué, Martin? C'est simple je ne sais pas par où commencer! Je passe sur le scénario de John Logan, à qui on devait déjà le scénario de "Gladiator", mon dieu, mais aussi celui du sympathique et carré "Bats", un film de chauve-souris mutantes, si si, plutôt sympathique sans être renversant, film dans lequel on retrouve un acteur qui me paraît, pour des raisons énigmatiques, très sympa : Lou Diamond Philips (enfin sympa tant qu'on a pas revu l'horrible film qu'est "La Bamba"! Mais, ça ne fait rien je lui pardonne... Quant à justifier la raison de ce micro-éloge, je n'en sais rien. L’acteur n’est pas mauvais, certes, mais je crois que je ne peux pas m'empêcher de le considérer comme un gars super sympa! Tout cela n'est pas très rationnel, je vous l'accorde). John Logan, donc, n'est certes pas un grand faiseur, mais je passe sur le scénario. Les "biopics" ne sont vraiment pas ma tasse de thé, et il y en a très peu qui soient réussis, à part peut-être les films sublimes de Ken Russell. On passe.

 

 

Commençons par les bases, Martin. Qu'est-ce qui se passe avec ta femme et monteuse? Mme Scorsese et  toi avez des problèmes? "The Aviator", ce n’est pas bien monté du tout. Ça commence assez mal, dans la partie sur le tournage de "Hell's Angel" où il y a une affreuse coupe dans le plan, sur un travelling en plus. Et puis ça continue encore et encore pendant 165 minutes. Un simple champs/contrechamps semble te poser les pires difficultés du monde. Les dialogues sont affreusement mal découpés, d'une manière tellement naïve... J'en suis sans voix. Certes, dans 85% des films, le montage des dialogues ne va pas plus loin que le concept préhistorique :"Celui qui parle, c'est celui qui est à l'écran". Mais venant de ta part, c'est très étonnant. Et ce problème influe et est influencé, comme de bien entendu, par le problème du cadrage. Bon dieu où sont les cadrages gourmands d'antan? Ce n’est pas bien du tout, Martin. Comment est-ce possible que tu nous fasses des plans comme celui où on voit de dos Leonardo DiCaprio, avec en arrière-plan la boîte de nuit surchargée de figurants, avec les lumières qui s'allument dans la salle, avant qu'il ne s'avance. On a déjà vu ça mille fois! N'importe qui fait ça. En plus, ce plan est mal cadré, en plan rapproché, là où un petit plan moyen, en pieds tout connement, aurait été peut-être un peu plus lyrique. Certes dans la dernière partie, il y a une ou deux demi-gourmandises (le très gros plan sur l'eau par exemple) mais deux plans sur 1500 c'est pas énorme et c'est trop tard. De toute façon, ces plans ne sont tellement pas intégrés à ton projet de mise en scène que ça n'a aucun sens. Enfin, le nombre de gros plans est hallucinant. Et suivis de près par le nombre de plans rapprochés. Pas d'utilisation d'échelle de plans, donc pas de découpage "spatial", donc pas de possibilité de faire de la mise en scène ni de nuance. Comment veux-tu faire un film dans ces conditions, Martin? Mon article pourrait s'arrêter là... Mais il y a encore deux ou trois choses qui me paraissent énormes.

 

 

Je passe sur la direction artistique pour tout ce qui concerne les costumes et les décors. Ces derniers je ne les aime pas, même si je suis sûr que tu as mis un point d'honneur à tout reconstituer naïvement à l'identique (c'est toujours une très mauvaise idée), et de toute façon pour les raisons décrites dans le paragraphe précédent, on ne pouvait pas en profiter. Là où je suis encore plus surpris, c'est la photographie et l'étalonnage. Mon dieu! Je crois que c'est la pire faute de mauvais goût du film ou presque (j'y reviendrai). La copie dans laquelle j'ai vu le film n'était sûrement pas génialement tirée, certes, comme la légère teinte imperceptiblement verdâtre et trop grise le laisse supposer (mon passé de projectionniste, que veux tu!!!).  L'idée d'étalonner certaines scènes dans des teintes colorisées de l'époque (à supposer qu'alors c'était si moche que ça) est d'une laideur extrême! Et puis des fois, tu re-étalonnes de cette manière, des fois non. C'est incompréhensible. De toute façon, l'étalonnage est catégoriquement hideux. C’est même choquant dans la première demi-heure où on a l'impression que les acteurs sont maquillés au pistolet aérosol. Comme s’ils étaient en cire. Mais, c'est immonde. Vraiment pas beau. Il n'y a que très peu de plans où on retrouve une photo normale ou à peu près, et ils sont disséminés sans logique apparente. No Comprendo. Et bien sûr, tu as bourré ton film d'images de synthèse, euh pardon, de trucages numériques. Et là, mon petit pote, c'est risible! Non seulement ces scènes sont horriblement mal découpées, avec des mouvements de caméra encore plus injustifiables que dans le reste du film, mais ça me rappelle un autre film! (Avant de te dire lequel, je me demande comment tu as pu louper le plan tout simple où les avions viennent de décoller!). Ça me rappelle, très furieusement, et je dis ça sans haine, les scènes de balais volants dans le premier Harry Potter! Ou encore, mais dans une moindre mesure, l'horrible rendu des derniers Star Wars, seconde génération. Là, à ce moment précis du "dogfight", franchement Martin, j'ai ri. Le lien de parenté entre ton film et celui de Chris Columbus est évident. Un autre trucage numérique m'a frappé. Le passage ou Alec Baldwin (qui ne s’en sort pas trop mal d'ailleurs) parle avec Leonardo, à travers une porte close. Baldwin, pour énerver son concurrent, souffle à travers le trou de la serrure la fumée de sa pipe. Contrechamp, et là que vois-je? Une image de synthèse!!!!!!!!!!! J'ai rien contre le numérique (quoique...), mais là je suis abasourdi! A Hollywood, on ne sait plus filmer en photographie directe, sur le plateau, de la fumée qui sort d'un trou de serrure! Ça, c'est dur à faire?? Ce trou de serrure, Martin, est un détail noyé dans le reste. Mais je t'assure qu'il n'y a pas de meilleure image pour résumer ton film. 

 

 

Assez d'exemples. Cessez le feu. Je finirais par les acteurs. Il y en a un bon paquet, et pas mal de gens sympathique. Alan Alda, pote de ton pote de maison de retraite, Woody Allen, un  très bon acteur, et il s'en sort bien malgré son rôle. Même chose pour Alec Baldwin. John C. Reilly aussi. Et Matt Ross (l'ami ingénieur de Hughes) est vraiment très bien lui. Le seul qui surnage, je pense. Leonardo DiCaprio, n'est ni bon ni mauvais, malgré la sympathie que j'ai pour lui. Il ne joue que sur un seul mode. Quelle que soit la tension de la scène, il est identique de A à Z. Direction d'acteur? Scénario? Dur à dire. Il fait ce qu'il peut, je crois. Par contre, tous les autres, c'est n'importe quoi. J'adore Cate Blanchett, mais elle est ridicule. On se croirait à un spectacle de Laurent Gerra. Le seul plan où elle est très bien, c'est le premier (quand on la maquille sur une plage). Mais 95% de ces autres scènes sont... Comment dire? On se croirait au Saturday Night Live! Attention, roulements de tambour, Cate Blanchett va imiter Katharine Hepburn! Par exemple, moi, je n'aurais pas fait ça. Si je devais faire un film sur la vie de George Marchais, je ne demanderais pas à l'acteur principal (qui d'ailleurs? réfléchissons...),  d'imiter le vrai George Marchais. C'est complètement naïf. On n’est pas au Bébéte Show! Enfin, Martin!!! T'as réussi à faire faire... Je n'y crois pas en l'écrivant!!! Tu as transformé Cate Blanchett en Jean Roucas! Là, c'est toi le fautif, ça se voit dans la mise en scène. Tu fais prendre la pose à Blanchett, pour avoir un "effet silhouette" de la vraie Hepburn (comme par hasard, là tu retrouves la focale pour faire des plans moyens ou de demi-ensemble! Comme quoi tu ne les avais pas perdus, petit cachottier! ). Là, on met le doigt sur le vrai problème du film : l'imitation naturaliste. Au moins, la Blanchett, elle y va à fond. Ridicule et tuant à certains moments, mais elle y va à fond. Quant à Kate Beckinsale dans le rôle d'Ava Gardner... les mots me manquent, Martin. C'est l'actrice la plus fade de sa génération ou presque. Elle doit avoir un lien de parenté avec David Hemmings, comme disaient les Monty Python. Quel choix étrange... Je passe.

 

 

Bon, Martin, on va arrêter là. Salut les autres à la maison de retraite. Ne vois aucune haine dans ces lignes. Plutôt un sourire amusé, teinté de tristesse. Plus on a aimé quelqu'un, plus ce genre de déception est un peu comique. Et puis, c'est ça aussi un ami. Il fallait bien que quelqu'un te le dise. Ton film n’est vraiment pas bon, et je crois que dans quelques années, il sera peut-être culte, malheureusement, pour cette raison. Je te nomme aux Boursouflures D'or 2005, ce qui est très étonnant, car tu avais dans le passé fait des films vraiment outrés et très bons, notamment "les Nerfs à Vif" où tu n'y allais pas avec le dos du tractopelle... Mais, c'était tellement bien... Ici, il y a bien quelques éléments sympas (la musique en qualité low-fi de l'époque par exemple), vaguement, mais c'est trop peu. Et très surprenant de ta part, même si on se doutait que tu allais bientôt rejoindre les couloirs du Long Séjour.

 

 

Sans Rancune,

 

 

Dr Devo

 

 

PS: Ça n'a rien à voir mais certains d'entre vous m'ont réclamé le retour de la chanson de la semaine. Elle sera de retour lundi!

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Jeudi 27 janvier 2005

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Chers Compatriotes,

 

Nous étions hier dans les années 70, et bien qu'on y reste. On remonte même un peu dans le temps, puisque nous voilà en 1973. Vous étiez petits à l'époque. Plus tard, dans les regrettées années 80, certains petits chanceux, dont je fais partie, avaient peut-être loué, dans un modeste vidéo-club, la cassette VHS de "Soeurs de Sang", joli titre remplacé aujourd'hui par le titre original "Sisters". La VHS du film proposait un film recadré (sans bandes noires respectueuses du format original), et en VF bien sûr. Et pourtant... Quel souvenir! N'hésitons pas à faire un peu de pub pour Wild Side, éditeur modeste mais passionné de dvd, qui a eu l'idée géniale de ressortir ce film passé depuis longtemps aux oubliettes de l'histoire. Et spéciale dédicace à Mr Plonévez qui m'a offert la galette richement dotée (petit livre, documentaires, etc... Plutôt bien foutus d'ailleurs, une fois n'est pas coutume...) au noël dernier. Bon, on n'est pas non plus à la cérémonie des césars, alors entrons dans le vif du sujet.

 

De Palma est un petit malin. Cinéaste populaire, certes, mais dont une partie de la filmographie reste dans l'ombre. Ses premiers films, principalement. Et ce "Sisters", même s'il n'est pas totalement caché par la forêt des titres célèbres du maître, est quand même bien à l'ombre. Réparons l'injustice.

 

Cher lecteur, si tu veux briller en société, il y a quelques phrases sur le cinéma, ou au moins quelques adjectifs, à apprendre par coeur. Si on te parle de Cronenberg, n'oublie pas de qualifier son cinéma de "biologique", "intérieur", et surtout "viral". La chair et le virus pour Cronenberg. Si le hasard t'amène sur De Palma, un adjectif s'impose, comme un énorme monolithe noir: "hitchcockien". Du Hitchcock pour tout le monde et à toutes les sauces. Bon, on ne va pas non plus pleurnicher à tout bout de champ, et admettons, c'est vrai, que un "Cronenberg viral" et un "De Palma hitchcockien", ce ne sont pas de complets contresens. Mais, dépassons cela. Et revenons à la source en ce qui concerne De Palma. Et cette source n'est pas hitchcockienne. L'Alfredisme de De Palma n'est qu'une composante. La source est tout autre. Démonstration.

 

Bien entendu, "Sisters" est rempli d'allusions au gros cinéaste anglo-américain. Mais, aussi, tout bêtement, au thriller. "Sisters" s'appuie en effet sur un déroulement à énigme classique, où le spectateur évolue dans un chemin relativement balisé... "Sisters", est quand même l'histoire d'une femme témoin d'un meurtre qu'il faudra résoudre.

 

Rappelons l'histoire, brièvement et en marchant sur des oeufs, prudemment. Le personnage de Margot Kidder est une jeune actrice/mannequin. Elle participe en tant qu'actrice justement à une émission de jeu télévisée qui s'appelle "Voyeur" ou quelque chose comme ça ("Peeping Tom", allusion à Michael Powell sans doute). C'est une sorte de caméra cachée. Le film démarre ainsi. Un homme noir (Lisle Wilson, vraiment très bien), se déshabille dans un vestiaire. Entre une jeune femme aveugle (Margot Kidder, donc). Visiblement, elle s'est trompée de vestiaire. Elle pose sa canne blanche et commence à se déshabiller. Le jeune noir ne sait plus quoi faire. Cut. On s'aperçoit que c'est non pas le début du film mais un jeu télévisé, où les candidats doivent deviner la réaction du voyeur malgré lui! Après l'émission, Margot et Lisle vont boire un verre et passent la nuit ensemble. Margot oublie de prendre ses cachets. Sa soeur jumelle débarque, hors champs, et c'est la panique. Margot assassine dans un accès de folie le jeune noir. Dans le bâtiment d'en face, une voisine journaliste a tout vu. Elle appelle la police, et quand celle-ci débarque dans l'appartement de Margot, il n'y a plus de traces de sang ni de cadavre, celui-ci ayant été dissimulé dans le sofa par l'ex-mari énigmatique de Margot. Allez, stop, je m'arrête.

 

Qu'est-ce qui définit le mieux ce "Sisters" ? Film à fort suspens, certes. Énigme policière à tous les étages, bien sûr. Mais c'est autre chose qui nous choque. On croit que le film démarre et en fait il s'agit d'une émission de télé. On aperçoit, dans les plans sur le public (rempli de gens rigolards et applaudissant) un étrange mec en imper (l'ex-mari) au visage impassible. En plein milieu du cadre! Comme un cheveu sur la soupe. On offre en cadeau à Margot Kidder, pour la récompenser de sa participation au jeu, une batterie de gros gros gros couteaux de cuisine, dont on devine immédiatement quel usage il va en être fait dans le film. Ensuite, on revient sur le plan sur le public, et là, comble de tout, l'ex-mari a disparu... Ce n'est pas grand chose mais c'est très inquiétant : après tout, vous avez déjà vu, vous, un siège vide au premier rang du public dans une émission de télé? Non, bien sûr, et tout prend par conséquent, petite touche par petite touche, un sens étrange et mystérieux. Tout nous inquiète. On ne sait rien, mais on est persuadé que tout se passe mal, et même INCROYABLEMENT PLUS MAL QUE DANS N'IMPORTE QUEL THRILLER! Et ça je vous assure, c'est absolument terrifiant. Avant que l'horreur ne commence (avant le meurtre), on n'en mène déjà pas large. Et comme le De Palma est un petit malin, le tout est fait avec un sens de l'humour incessant, qui ajoute bien sûr à notre panique. Petit à petit, déraillement par déraillement, la mécanique du film avance, les rouages tournent au ralenti mais tournent indubitablement, annonçant par avance que le pire est à venir. Brrrr... C'est efficace.

 

Comme d'habitude ou presque chez De Palma (cf. l'immonde "Mission To Mars", et son abominable ton préchi-précha), tout cela est cadré avec délice et avec goût. Tout dans la direction artistique est composé avec un soin extrême, du plus anodin des décors à la musique de Bernard Hermann, le compositeur attitré (ou presque) de Hitchcock. Mais, au fond, ce qui choque le plus, ce qui emballe le film et enferme le spectateur dans ce diabolique train fantôme, c'est autre chose. Derrière la mise en scène efficace s'en cache une autre : la mise en scène de l'Incongruité Totale. Voilà la sève de "Sisters". Alors qu'on s'avançait dans un thriller normé, les bizarreries et les gourmandises s'accumulent de manière exponentielle, nous prenant constamment à contre-pieds et déclarant une nouvelle règle du jeu : tout vous semble balisé et pourtant rien ne va se passer comme prévu. Vous êtes ailleurs. Comme dirait le poète, "attention les soukouss'"!

 

Et De Palma se régale. Les deux premières bobines du film avançaient dans un rythme alerte au suspense savamment distillé? La scène du meurtre et ses 4 ou 5 plans paraissent durer une éternité!! Quelle horreur! C'est délicieux et effrayant. Parce que De Palma fait dérailler son film, certes (on savait que le meurtre arriverait et De Palma a pris son temps), mais parce que ces cinq plans durent beaucoup trop longtemps, figeant la scène. Je vous assure que de voir Margot Kidder, assise dans son lit, tandis que son amant black rampe au sol poignardé, est quelque chose de fantastique, comme une descente soudaine en montagne russe mais qui durerait 2 minutes au lieu de dix secondes. L'Incongru, je vous dis, De Palma est un cinéaste de l'Incongru et du Pas-Normal! Et avec quelle gourmandise, une nouvelle fois. Regardons l'utilisation faite du split-screen. C'est sublime. La mise en regard de deux instants qui ne cohabitent jamais dans un  film policier : l'arrivée de la police (longue, très longue alors qu'il n'y a qu'un escalier à monter) pendant que l'appartement est nettoyé des traces du meurtre, et surtout l'utilisation du son dans ce split-screen. Et là, mesdames et messieurs, c'est un festival : un coup le son est clairement attribué à une des deux parties de l'écran, un autre fois on croit que c'est toujours le cas, et en fait c'est le son de l'autre côté de l'écran, un coup on ne sait pas d'où vient le son, et un coup, un son qui correspond à une des parties de l'écran est en fait le son des deux parties en même temps! Quel vertige!  Un autre exemple : la scène onirique qui bafoue toutes les règles de la narration et de la mise en scène classiques. Là, on voit le contre-champ d'une image télévisée, on voit l'équipe de tournage, on voit distinctement ce qui se passe après la prise, lorsque, que la caméra s'arrête de tourner, et on voit même des spectateurs regarder la séquence (ce qui fait de nous des acteurs du rêve sûrement). Hallucinant, non? La hachette passe de mains en mains... Who's bad? (Désolé les gars et les filles, je suis parfois obligé de parler à demi-mot pour ne rien gâcher).

 

Arrêtons Là. Et concluons. "Sisters" est un chef-d'oeuvre sublimissime, inquiétant et poétique, parce qu'il est incongru de A à Z, et que sa seule règle est celle du déraillement. La narration entrecoupée et le refus d'une omniscience toute balzacienne, comme dirait mon ami l'Ambassadeur du Néant, font de ce film une porte ouverte sur toutes les audaces et toutes les angoisses (après tout, y a t il eu meurtre ? héhé...).

 

Un mot, avant de partir sur les acteurs, tous formidables. Jennifer Salt très bien dans le rôle de la journaliste. On s'étonne de ne pas avoir croisé son chemin depuis. Dommage. Elle se rattrape de nos jours en écrivant les scénarios de la série à succès "Nip/Tuck". Et Margot Kidder. Grande grande actrice. Que dire pour vous convaincre de son talent immense? Peut-être  son énergie et son jeu la rapprochent d'une Jennifer Jason Leigh. La scène du meurtre en tout cas ôtera tout doute sur son talent. Sans compter, le reste du film. Malheureusement, malgré un grand nombre de films au compteur, elle ne sera jamais la grande actrice populaire qu'elle devrait être. Pour ceux que ça intéresse, c'était elle la petite amie de Christopher Reeves dans la série des "Superman". Pas glorieux. Elle vaut bien mieux que ça. Le cinéma ressemble quand même à un grand tombeau...

 

 

 

Fantastiquement Vôtre,

 

Dr Devo

 

 

 

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Mercredi 26 janvier 2005

recommander publié dans : Corpus Analogia

Chères Lectrices, Chers Lecteurs,

 

Vous êtes maudits, vous êtes mooooooodiiiiiiiiits.... Et vous ne viendrez pas vous plaindre qu'on vous aura prévenus. Un petit coup d'années 70, ça faisait longtemps. "La Malédiction II" donc. De Don Taylor, messieurs dames. Le Monsieur a fait beaucoup de réalisation pour la télé, et a aussi réalisé "Nimitz, Retour vers L'Enfer". Voilà, ça s'est fait. Passons.

 

Damien est un petit garçon normal. Il est né avec une cuillère en platine dans la bouche. Je ne sais pas ce qui lui arrivait dans "La malédiction", mais bon apparemment Damien est un peu le fils du diable ou plutôt, et c'est bien mieux, le diable. Si j'ai bien compris dans le No1, il a échappé de peu à une tentative de meurtre sur sa personne par son père qui essayait de le tuer avec une dague sacrée. Le No2 commence quelques années plus tard. Damien a 12 ans. Il est élevé par son oncle, un riche capitaine d'industrie, et sa deuxième femme. Il va à l'école dans une académie non pas policière (malheureusement) mais militaire. Il ne sait pas trop qui il est, mais ça va vite lui revenir en tête. Tandis que son oncle, mal conseillé, est sur le point de remplir les ventres affamés du tiers-monde avec des plantes transgéniques, en leur raflant leurs terres au passage, forme moderne d'esclavagisme bien médiéval comme il faut, les morts s'accumulent autour de l'enfant à une vitesse assez certaine. Tout ce qui dépasse d'une tête rejoint vite la tombe et fissa.

 

Ça ne commence pas trop mal. Nous jouissons par avance devant ce Daniel, futur héritier d'une grande multinationale mondialisée, devant laquelle tous les alter-mondialistes du monde ne pourront rien... et mourront sans doute dans d'atroces souffrances. Jolie introduction en Israël, dans une sorte de gigantesque crypte qui se referme en un piège de sable sur ses visiteurs, à la manière d'un bon vieil épisode de Chapeau Melon et Bottes de Cuir. Bien. Joli décor (je vais me répéter mais quand même : on faisait plus d'efforts de direction artistique avant l'arrivée du numérique). Jolie lumière, classique mais jolie. A l'académie militaire, on croise un Lance Henriksen, tout jeunot mais plutôt pas mal. Damien ne se met pas à tuer tout de suite. C'est un grand corbeau noir qui fait office d'exécutant. Il apparaît et tout le monde fait des crises cardiaques et des ruptures d'anévrisme à qui mieux-mieux. Bien. Il y a des jolis plans. Le reflet dans l'oeil du corbeau par exemple. Et la belle séquence du meurtre de la journaliste par ce même corbeau décidément très en forme. Très belle séquence, bien découpée, aux effets spéciaux simples et étonnants. C’est assez terrifiant... Et très jouissif aussi. Et là, Messieurs Dames, il faut que je vous parle d'une actrice splendouillette : Elizabeth Shepperd. Alors que cette première demi-heure de film est assez sobre et efficace, Shepperd, dans ce rôle de journaliste, débarque comme un chien dans un jeu de quille. Ça surjoue tout ce que ça peut. Ça roule des yeux, ça crispe des mâchoires et c'est habillé en orange. Cette actrice est un peu dans le sillage de Betsy Palmer, la fameuse actrice de Vendredi 13 No1 et 2 (voir articles). Bon, sincèrement on est encore loin du jeu de Betsy Palmer, mais on peut considérer Elizabeth Shepperd comme une cousine éloignée de la maman de Jason! J'adore ces actrices improbables jouant au-delà du bien et du mal! Elizabeth Shepperd ne connaîtra jamais la célébrité de ce côté-ci de l'océan. Mais, ça aurait pu. A la fin des années 60, elle est auditionnée pour un rôle d'agent secret. Elle est choisie, commence à tourner des scènes. Mais, la production auditionne derrière son dos, une autre jeune actrice : Diana Rigg! Cette dernière est nettement plus convaincante