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(Photo : "Pink Pussycat" par Dr Devo)



Chers Focaliens,
 
La question ne s'est jamais vraiment posée, mais elle est quand même douloureuse, et cette question, c'est celle du cinéma d'animation, déjà, et celle du cinéma pour les petits bambinosses. On a peu parlé de cinéma d'animation dans ces pages. Une fois avec LE CHÂTEAU AMBULANT de Miyazaki, où j'avais fait la drôle expérience de vous demander, à vous lecteurs, de choisir le film que j'irais voir le lendemain (...et vous fûtes nombreux à voter pour Miyazaki, et non pour LA MARCHE DE L'EMPEREUR, dieu merci !). Le Marquis nous a déjà parlé du splendide et exceptionnel KRYZAR (LE JOUEUR DE FLÛTE DE HAMELIN) qui, ceci dit, n'est pas un film pour les enfants, ou alors pas totalement...
 
Le cinéma d'animation, ce n'est pas mon dada. Définitivement dégoûté par l'omnipotence de Disney, qui depuis 50 ans ou plus massacre tout ce qui bouge, c'est-à-dire les récits adaptés et la tête et des bambins et des parents, toujours en pâmoison et jugeant les films pour leurs têtes blondes avec des critères qui n'ont rien à voir avec l'Art. Les séances pour enfants dans les cinémas le dimanche matin fleurissent comma jamais, Et, grosso modo, ce sont toujours les mêmes films qui passent, animation ou pas ! Les programmateurs vous expliqueront que, oui, ma bonne dame, c'est très dur de trouver des films pour les enfants. On le voit bien, le monde du cinéma-jeunesse est extrêmement conservateur. Par exemple, une des erreurs des programmateurs (associations ou exploitants) est de considérer que les enfants ne s'intéressent strictement qu'aux films pour enfants, ou alors, je cite, aux "grosses machineries hollywoodiennes" dont il faut, comme de bien entendu, les préserver par ces séances du dimanche matin. Ce qui n'empêche pas qu'au final, dans ces séances, on retrouve des reprises de SCHREK à qui mieux-mieux ! Passons. Mais il est vrai qu'en cherchant dans les rayons des films dits "adultes", on aurait sans doute de très belles choses à proposer à nos chères têtes blondes ! Et que dire de ces films formidables dont on ne revoit plus jamais le museau, et qui sont enterrés dans les combles de l'Histoire : EXPLORERS de Joe Dante, par exemple, ou le fabuleux OZ (suite d'un des films les plus programmés dans les séances pour mioches, à savoir LE MAGICIEN D'OZ : le Marquis avait très justement défendu cette suite avec la divine Fairuza Balk, réalisée dans les années 80, produite par Disney (comme quoi, tout arrive) qui chercha à s'en débarrasser le plus vite possible en sabotant la sortie (ah oui... je me disais aussi). Citons aussi, par exemple, le très joli LE DRAGON DU LAC DE FEU, encore un film Disney de la période ultra-courte durant laquelle ils ont décidé de produire des films plus profonds et plus sombres pour les enfants avec cervelet, période qu'ils renièrent avec une belle efficacité en moins de temps qu'il n'en faut pour dire "cut".
[C'est très bizarre d'ailleurs, cette attitude conservatrice, car les anglo-saxons ont une tradition vivace de romans jeunesse fabuleux, romans qui trouveraient par leur facture, leur sujet et leur style, très bien leur place au rayon adulte. Allez lire LA DOUBLE VIE DE FIGGIS de Robert Westall, et vous m'en direz des nouvelles. C'est absolument bouleversant, et ça brille d'intelligence. Ça parle d'un petit gamin anglais et curieux de tout qui commence à parler très couramment l'arabe du jour au lendemain, alors que les troupes américaines envahissent l'Irak (1ère période !). N'allez pas voir un "poignant récit humaniste et politique pour enfants", c'est une histoire fantastique absolument mature et vertigineuse...]
 
Revenons à l'animation. Evidemment, je ne déteste pas tout. J'aime beaucoup AKIRA de Katsuhiro Otomo, par exemple, ou GHOST IN THE SHELL de Mamoru Oshii, et quelques autres. Chez les américains d'ailleurs, LE GEANT DE FER (avec, enfin, un cadre en scope !) était plutôt ambitieux. J'avais d'ailleurs loupé LES INDESTRUCTIBLES, du même réalisateur Brad Bird, un peu effrayé, il faut le dire, par mon aversion pour l'animation 3D ! [Il paraît que c'est plutôt malin en fait ! Mea culpa !]
 
Nous y voilà ! L'animation 3D, j'ai horreur de ça. D'abord parce que ce sont en général des films pour bambinosses accompagnés, et d'une, et donc, ça traîne son cortège de clichés et de sentiments guimauves écœurants, et puis, plus encore, je n'aime pas ça parce que... c'est laid ! Ces films sont hideux ! Je sais que je vais choquer pas mal d'entre vous, mais il n'empêche, c'est immonde esthétiquement. Couleurs lavasses, cadre stupide, découpage téléfilmesque, et seulement deux ou trois choses qui font sourire en une heure et demie : c'est bien peu. Je n'aime donc pas SCHREK, ni TOY STORY II, ni aucun de leurs collègues ! C'est trop laid, je ne peux pas. Savoir que tous les poils du gros bleu de MONSTRES ET CIE sont virtuellement indépendants les uns des autres n'apporte rien, tant qu'aucun découpage n'est fait, et tant que la chose est cadrée comme un DERRICK (la classe en moins ! Héhé !). [Et en général, ça n'arrive jamais à la cheville d'un GEANT DE FER justement, bien écrit et surtout bien plus composé ! Décidément, j'aurais dû voir LES INDESTRCTIBLES !]

Malgré tout, je suis allé voir LA VERITABLE HISTOIRE DU PETIT CHAPERON ROUGE, malgré l'ignominieuse bande-annonce... que j'aimais assez, je le confesse, à cause de l'animation justement, qui me paraissait encore plus cheap que d'habitude ! Ça m'intriguait, la chose, et surtout, ça favorisait mon masochisme cinéphilique, auquel vous êtes maintenant habitués.

Rien ne va plus dans la vallée. Le petit chaperon rouge, comme tous les matins, prend sa bicyclette et va livrer dans toute la forêt les délicieux gâteaux et autres cookies que fabrique sa grand-mère. Et la Mère-Grand n'est pas la moitié d'une imbécile : ces cookies à la recette strictement secrète sont irrésistibles, et la vieille est à la tête d'une véritable entreprise. Ces gâteaux ont envahi le marché, tellement ils sont bons. Malheureusement, un individu mystérieux sème la panique dans la vallée en volant toutes les recettes des fabriques de gâteaux ou des snacks de la région. Les animaux-restaurateurs ou travaillant dans l'alimentaire se voient voler toutes leurs recettes, et ils finissent par mettre tous plus ou moins la clé sous la porte, se retrouvant ainsi au chômage.
Mais ce jour-là, rien ne va bien se passer, et la journée se termine dans la maison de Mère-Grand, maison isolée dans la montagne où les flics débarquent avec moult renforts. Les policiers (menés par un ours qui ressemble furieusement à Bobo, le délicieux ours complètement con de la nouvelle série du MUPPET SHOW qu'on a pu voir sur Canal+ il y a deux ou trois ans, et qui s'est fait déprogrammer sans prévenir et manu militari, bien sûr !) passent les menottes à tous le monde : à savoir le chaperon rouge, Mère-Grand, le loup, et le bûcheron bodybuildé. Pour le chef de la police (l'ours donc), c'est simple. La petite venait livrer des cookies à Mamy, et là, elle trouve le loup déguisé, les deux se battent, la mamy ligotée sort du placard dans lequel on l'avait cachée, quand tout à coup, alors que la lutte entre le Loup et le Chaperon s'annonce féroce, un Bûcheron austro-hongrois débarque en brisant la fenêtre, et menace avec sa hache de tuer tout le monde : le chaperon, le loup et la vieille ! Heureusement, la police a débarqué à temps avant le massacre, allez hop, tout le monde au poste...
Débarque alors une mystérieuse et très chic grenouille, célèbre détective privé à son compte. Maline comme une fouine, elle suggère à l'ours chef de la police d'auditionner tout le monde, car c'est évident, tout ça, ça sent mauvais. Si l’on auditionne chaque protagoniste en recoupant les faits, les mensonges de chacun vont se révéler, et on pourra démêler l'imbroglio, et encore plus, savoir si cette affaire de massacre à la tronçonneuse (une hache en fait) austro-hongroise évité de justesse a un rapport avec le Mystérieux Voleur de Cookies qui sévit dans la région !
C'est le chaperon qui subit le premier interrogatoire... Au fil des récits et des versions, la grenouille voit bien que chacun des protagonistes raconte absolument n'importe quoi et ment comme un arracheur de dents... Quoique...
 
Bon, commençons par un peu de technique. La bande-annonce ne ment pas, l'animation est euh... très modeste, voire même carrément cheap. Il est clair que les réalisateurs n'ont pas les moyens de Pixar et de Dreamworks, c'est évident. On se retrouve par conséquent avec une animation digne d'un jeu vidéo, ou si l’on veut être plus gentil, digne de cinématiques de jeu vidéo. Ce qui n'est pas pour me déplaire. Le côté mécanique dérange un peu dans les premières minutes, mais au final, on se dit que ce n'est ni plus moche ni plus laid qu'un TOY STORY ou chaque poil de nez est animé par une équipe de 120 techniciens ! Ce côté cheap propulse le film dans une galaxie sympathique, voire même agréable, car il n'y a pas que ça. Le gros avantage technique de ce film, c'est le design des personnages. On est loin du look policé et sympatoche (et fier comme un poux) des films 3D habituels, et les personnages sont presque tous charactérisés de manière débilosse, souvent à la limite de l'ahurissement complet, ce qui fait ressembler la galerie à un véritable asile de fous, bien plus sympathique encore une fois que les super-mignons-kawaï personnages des films d'animation riches qui, eux, ne prennent quasiment jamais le risque d'être ridicules. Et d'une. Pour ma part, j'aurais même poussé le bouchon encore plus loin, notamment en ce qui concerne le personnage du Chaperon Rouge, bien plus "poli" (dans tous les sens du terme) que le reste de la galerie.
 
Côté couleurs, ça craint absolument, comme d'habitude. Ici, ça passe en ce qui me concerne un peu mieux, à cause justement de la visualisation des personnages dont je viens de vous parler. En bref, on est enfin sorti de la démonstration technique ! On va pouvoir parler, peut-être pas de mise en scène (c'est encore relativement feignasse), mais au moins de scénario, c'est déjà pas mal.
 
Le début du film est incroyablement classique, dans ses premières minutes au moins, mais on comprend dès l'arrivée du carton de générique (et par la voix-off, encore squattée par le délicieux Michel Elias, déjà voix-off délirante de H2G2, ce mec est vraiment talentueux) qui vient interrompre une scène en plein milieu (quand même), que question narration, ça va nous changer des quêtes gnangnan habituelles. D’abord parce qu'on n’assiste pas à une "quête aux sentiments", comme d'habitude. Ici, le parti-pris est ouvertement policier, bien sûr, et donc enfin bien plus ludique. Il y aura une dialectique du sentiment (entre le Chaperon et Mère-Grand, qui est une menteuse de première), mais elle est envoyée en cinq sets, et encore, on doit assister à une chanson assez cruche ! L'influence principale du film, bien sûr, c'est le RASHOMON d'Akira Kurosawa. En effet, les ¾ du film vont s'articuler sur le déroulement de la journée passée vu à travers le récit de chacun des protagonistes. Quand on a compris quel système les réalisateurs sont en train de mettre en place, le film devient assez délicieux, ou plutôt tranquillement jouissif. Et ce d'autant plus que les concepteurs de la chose ne se contentent pas de reprendre bêtement le principe, mais l'utilisent dans l'apparition et la résolution des gags notamment. Ainsi, dans la version du chaperon, on voit des trucs bizarres : Mère-Grand qui vole en plein ciel, ou encore, bien plus brillant, le personnage (excellent) de Boingo, l'écureuil paparazzi et ultra-speedé (il parle en accéléré !) qui après une chute dégage de la lumière (comme un projecteur) à chaque fois qu'il ouvre la bouche. Etrange et discret, car les réalisateurs placent cet élément important comme un détail dans le récit du Chaperon, et prennent le risque que le spectateur ne remarque pas cette bizarrerie dans un récit déjà largement loufoque en plus d'être policier. Deux récits plus loin, on sait pourquoi Boingo (dont le nom est un hommage au célèbre groupe de Danny Elfman ?) a un projecteur dans la bouche. Et là, j'étais ravi : voilà un gag bien non-sensique car 1) la résolution du gag, sa chute, est donnée à voir avant le processus qui y mène, et 2) en plus, ce processus est expliqué bien plus loin dans le récit. C’est fort malicieux, et pour une fois, ça joue directement sur l'intelligence du spectateur ! Ce n’est pas tous les jours Dimanche !
 
Donc, oui effectivement, le film lorgne vers une touche débilosse mâtinée d'un non-sens assez sympathique. La galerie de personnage, en plus de la structure délicieusement rashomonesque, y est pour beaucoup. Certains d'entre eux sont drôlement réussis. Les policiers sont donc tous directement sous l'empreinte du Muppet Show. Le Loup est très, très bon, et son récit, qui démonte tous les éléments de celui du Chaperon, vaut son pesant de cacahuètes. Son acolyte, l'écureuil cocaïné Boingo, est également délicieux. Un des meilleurs moments est sans doute l'apparition d'un personnage secondaire sans importance, le Bouc qui chante du blues, option débile hautement assumée et très drôle, relayée un peu plus loin par la vocation ratée de chanteur de tyroliennes de notre bûcheron version bêta et même très stupide, mais dont la quête est plutôt bien trouvée. Et puis, voir souffler un vent austro-hongrois dans ce genre de film ne peut pas faire de mal !
 
Il y a des choses plus conventionnelles. La vie cachée de Mère-Grand ne repose finalement que sur un seul principe décliné jusqu'à plus soif. C'est dommage. Et le conflit final avec le Méchant est quand même assez convenu, et délaisse parfois la jolie ambiance construite pendant une heure pour une résolution par l'action moins originale, et donc moins judicieuse. Les chansons (pourquoi ? POURQUOI ??????? Pourquoi ne pas avoir zappé les chansons et laissé seulement la partie musicale au Bouc ?) sont assez mièvres et assez peu drôles, et elles semblent être chantées en VF par une bande de mollusques fadasses, là où l’on aurait beaucoup mieux apprécié, par exemple, l'énergie et la folie d'un Richard Gotainer. Un peu dommage. [La chanson mièvre du chaperon que j'évoquais tout à l'heure est aussi le moment un tout petit peu esthétique du film, avec une monochromie un peu surprenante, mais c'est douze fois trop long.]
 
Au final, on rit assez souvent, on sourit beaucoup, on est déçu quelquefois par la timidité de la chose. Autant les réalisateurs semblent avoir fait le plus dur (introduction du non-sens, récit original dans un film de gamins, c'est quand même l'exploit ! Et un sens du slowburn très efficace), autant ils semblent s'auto-censurer quelque peu, notamment dans la dernière partie, afin de livrer in fine quelque chose de plus conventionnel. Mais bon, dans l'univers sclérosé des films pour enfants, ce film constitue quand même un progrès, et quelque chose d'assez foufou et baroque. C'est déjà pas mal. Sa facture fauchée (le son aussi parait-il, d'après ceux qui ont vu la VO) est totalement sympathique et prouve bien que ce genre de choses, comme le cinéma traditionnel, n'est vraiment pas une question de moyens. Ces trois mecs, totalement indépendants, ont réussi à livrer un produit quand même bien plus relevé que l'habituelle soupe. Le résultat semble, c'est vrai, malgré les qualités que je viens de citer, un peu inabouti, et laisse assez largement un goût de trop peu. Mais c'est peut-être dû également à la VF. Si certains personnages s'en tirent très bien (le loup, le lapin complètement follasse, Boingo), certains autres, qui ont pourtant l'air d'avoir un bon potentiel déconnant, semblent sages, de manière bien suspecte. Et puis, je crains que le choix de Maureen Dor pour le chaperon soit un fiasco quasi-total ! Que cela semble cruche ! Je n'ai rien contre l'animatrice (et rien pour, d'ailleurs), mais il semblerait qu'elle plombe pas mal, par sur-jeu ici et là, ou par monocordisme plus souvent, l'ambiance générale. Il faudra donc vérifier avec la VO pour voir si le rythme général du film est plus tenu, ou s’il contient intrinsèquement ces mêmes faiblesses. Pas révolutionnaire donc, mais assez sympathique.
 
Cordialement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Mardi 31 janvier 2006

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi
(Photo : "Peine" par Dr Devo)



Chers Focaliens,
 
Que c'est bon de se retrouver chez soi et de revenir aux affaires ! Et de retourner en salles aussi, bien sûr. Et qui on retrouve ? Spielberg, dites donc ! À peine quelques mois après le très réussi LA GUERRE DES MONDES (dont nous avions parlé et qui déclencha une vague de commentaires assez passionnés). C'est la nouvelle tactique du père Spielberg : travailler vite. Entre l'écriture et la sortie en salles de LA GUERRE DES MONDES, il ne s'est même pas écoulé un an, bien que le film soit bourré d'effets spéciaux (pas simples en plus) jusqu'à la gueule. Et loin d'être bâclé, ce film fut même une des bonnes surprises de l'année.
 
Mon article sur l'adaptation spielbergienne de H.G Wells commençait par mon point de vue sur le cinéaste. Pour ceux que ça intéresse, je vous invite à relire le début de l'article donc. Et pour ceux qui ont la flemme, résumons : Spielberg, tant qu'il s'attache au genre, c'est mieux. Et à partir de INDIANA JONES ET LA DERNIERE CROISADE, c'est un peu n'importe quoi, et souvent franchement navrant. MINORITY REPORT, même s'il n'était pas vraiment à mes yeux quelque chose de très abouti, et même si en tant qu'adaptation de Philip K. Dick, c'était complètement raté (une fois de plus, les adaptations de Dick, même si elles donnent de temps en temps des bons films, restent en général, et même dans ce cas, des adaptations médiocres ou cruches), MINORITY REPORT, disais-je, était quand même un peu plus tenu, et annonçait un retour aux affaires relativement sérieux du bonhomme. Pas de quoi pavoiser, mais assez pour sortir de la spirale assez nullosse de films affligeants du réalisateur. AMISTAD, ALWAYS, LA LISTE DE SCHINDLER et tous les autres après LA DERNIERE CROISADE constituent quand même une galerie des horreurs assez remarquable. [Lorsque j'ai fait cet article, je me suis aperçu que j'étais lu par les participants à un forum de cinéma. Un des gars disait en substance :" Oui, oui, cet article sur la GUERRE DES MONDES est intéressant, même si en début d'article le gars [c'est-à-dire moi !] est d'une incroyable mauvaise foi sur Spielberg !" Ben non, les gars ! Ce n'est que ce que je pense du mec. Pour moi, après LA DERNIERE CROISADE, Spielberg, ça ne vaut pas un pet de lapin ! Mais je me suis aperçu par cette remarque sur un forum que certaines opinions étaient tout simplement inconcevables, et automatiquement interprétées comme une sorte de Lobbying du Mauvais Esprit qui se refuserait à admettre que Spielberg est un type génial, alors que ça crève les yeux ! Mouais ! Je conseille à ces gens de revoir des grands classiques de l'histoire du cinéma, ceux que l'Histoire a définitivement classés comme chefs-d'œuvre. AUTANT EN EMPORTE LE VENT par exemple. Vous allez être très déçus ! Avec un peu de recul, on s'aperçoit que l'aura "classique" du chef-d'œuvre absolu se confond presque toujours avec une puissance de feu commerciale énorme ! L'Histoire, là aussi, même s'il y a quelques exceptions, ne prête qu'aux riches !]
 
Donc, voilà MUNICH, et son sujet intéressant, bien sûr, et encore plus parce qu'il est précédé, comme je n'ai pas pu le voir dans ses premiers jours d'exploitation, du cortège de gens mécontents, surtout dans la presse professionnelle, avançant les arguments les plus contradictoires ! Bien, bien, c'est toujours bon signe, ces polémiques qui renvoient tout le monde dos à dos lorsqu'on traite de sujets si sensibles, chose que j'avais récemment remarquée à propos du MANDERLAY de Lars Von Trier.
 
Les années 70. Eric Bana est un israélien agent du Mossad, et ex-garde du corps de Golda Meir, premier ministre d'Israël. Il vit tranquillement avec sa (superbe) femme, et se voit convoqué dans les bureau de Meir, pour qui il a semble-t-il une admiration sans bornes. Tout l'état major israélien est présent, au grand étonnement d'Eric Bana ! Ils lui proposent une mission déroutante. Il devra former une équipe de cinq hommes qui seront chargés de parcourir le monde à la recherche des terroristes arabes qui ont pris en otage des athlètes israéliens lors des récents JO de Munich. La prise d'otage a très mal tourné, tous les otages ayant péri au terme d'un parcours des plus sanglants. Golda Meir, qui a pourtant la tête froide et qui est extrêmement lucide par rapport à sa décision de former une espèce de commando vendetta, donne à Bana carte blanche pour arriver à traquer et éliminer les preneurs d'otages survivants, qui se cachent un peu partout dans le monde. La mission prendra sans doute plusieurs mois, voire plusieurs années. Et même si sa femme attend son premier bébé, Bana accepte la difficile mission et cet exil forcé. C'est le début d'un parcours sanglant et dangereux, au cour duquel lui et son équipe hétéroclite (tout âges, toutes fonctions) vont devoir affronter la peur, la solitude, le sang, et plus encore la logique de leurs propres actes.
 
En menant son enquête, l'équipe secrète rencontre un étrange français, Matthieu Almaric, et son père Michael Lonsdale, qui, contre monnaie sonnante et trébuchante (et surtout livrée en quantité indécente), se targuent de pouvoir retrouver n'importe qui, n'importe où dans le monde ! Le Mossad a donné carte blanche à Bana, et l'opération peut se dérouler sans limite de temps ni d'argent. Mais il y a encore plus à perdre dans cette épopée...
 
Sujet assez passionnant de toute façon que le conflit israélo-palestinien et ses conséquences. Spielberg choisit une étrange option : ne pas faire un film directement politique, ne pas faire un film à thèse (ce que sont souvent les films qui parlent de ces questions), mais aborder la chose sur le mode du thriller. MUNICH est donc, sans conteste, un thriller. Pas un film historique (pas mal d'événements étant largement tronqués ou "adaptés", ce qui n'est, contrairement à ce qu'ont dit certains journalistes, absolument pas scandaleux, vu qu'on n’est encore une fois pas dans une analyse politique, mais dans un thriller). Il mettra en jeu, bien sûr, un véritable questionnement, assez primaire (ce n'est pas forcément un défaut), sur l'identité juive. Spielberg fait aussi un film personnel, dans ce sens. Mais gardons cela à l'esprit, le film a une forme de thriller. Mité par le questionnement personnel, mais thriller quand même. Option délicate, mais forte, qui place le film, évidemment, dans le genre des "films de guingois", et vous savez que j'aime ça !

Le film a une structure assez étrange. Un rappel en images (reconstituées pour beaucoup) de la prise d'otage dont on ne verra que certains morceaux. Ensuite, quand Bana et ses amis commencent leur quête sanglante, on aura droit à d'autres flash-back sur les événements de Munich, flash-back sanglants reconstituant petit à petit la chronologie de ce qui s'est alors passé. Procédé classique certes, que Spielberg va utiliser non seulement de manière très maligne, mais dont il va se servir pour tout à fait autre chose. J’en reparle plus bas.
 
Le premier point étonnant est que l'ami Steven met tout de suite les pieds dans le plat. Pendant le premier repas que prennent ensemble les membres du commando israélien, à travers le personnage de Daniel Craig (mauvais dans le mauvais LAYER CAKE, polar anglais frimeur, excellent en malade mental voyant des complots partout dans THE JACKET, et ici encore très bon), est tout de suite posée la question de l'implication morale. Une telle action de vendetta, de loi du talion quasiment, est-elle justifiée ? Spielberg et ses personnages ne se font guère d'illusions et ne laissent aucun suspense planer. Golda Meir le dit elle-même (dans le film !), tout cela va contre ses principes et d'une, et n'a qu'une portée symbolique et de deux, mais peut-on rester les bras croisés quand l'ignoble s'est déchaîné ? La question, naïve peut-être, est posée frontalement donc, tellement frontalement qu'on sait très bien que la réponse sera non dès la première bobine, mais... Ben oui, il y a un mais ! Spielberg envoie balader (un peu) la question philosophique et même politique (on parle peu de politique ici finalement), notamment dans une des premières scènes (avec l'allemande qui fume des pétards). L'enjeu est humain, incarné. Spielberg décide de faire le parcours à l'échelle humaine, à l'aune des sentiments, à l'aune de l'incarné, et à l'aune sans doute, mais sans le dire, du métaphysique et du religieux. Mais attention, sans le dire, et j'insiste. On ne parle quasiment pas de Dieu dans le film, personnage habilement mis de côté. Bana est un type simple, intelligent, qui a une confiance totale en son gouvernement et en son pays. Tous les membres de son équipe sont d'une dévotion complète à Israël. La question de leur motivation ne se pose pas. Mais celle de l'ébranlement que va leur apporter cette expérience, par contre, se pose. Spielberg a donc choisi pour héros les plus dévoués des israéliens. Il n'y aura pas ici de "panel représentatif" de la communauté israélienne, et c'est tant mieux. Un bon point de vue est toujours plus intéressant qu'une étude de marché !
 
Question frontale donc : est-ce que je ne suis pas en train de faire une connerie ? Réponse rapide dès les premières minutes : oui, oui, c'est très possible, mais que faire sinon ? Conséquence : on est dans les meilleures conditions pour disséquer de manière viscérale la terrible question de la violence... Ceci posé, si on faisait un aparté ?

Oui alors ! Parlons de mise en scène. Pendant une heure ou une heure et demie, le film est d'une très grande tenue et d'une belle efficacité. Thriller bizarre mais prenant, enjeux humains considérables, montage très tenu. L'introduction est très efficace. Bravo. Je ne suis pas du tout fana de la photo, mais c'est du stylisé, il faut bien le reconnaître. MUNICH est absolument haletant. Bravo, me dis-je. Malheureusement, ça se gâte par la suite, et même assez franchement. Le temps se déroule et n'en finit plus de se dérouler, et Spielberg accouche bientôt d'un splendouillet et énorme ventre mou, sans rythme, avec succession de séquences dans lesquelles on peut trouver un intérêt (à l'intérieur même d'une séquence), mais dont l'articulation générale est bien brumeuse. Le film s'enlise. Ceci dit, c'est le sujet. C'est ici qu'est le plus fort paradoxe.
 
La première partie du film, la plus réussie donc, met l'accent sur le groupe lui-même, ses interrogations et ses peurs. Quand le film s'élargit à d'autres personnages (Almaric, Lonsdale encore une fois formidable, et les personnages côté arabes au Liban), ça s'enlise. Mais dans la première partie, on a bien senti que Spielberg était en train de faire un truc bizarre. La quête des héros est une quête d'action, or on s'aperçoit que cette histoire est une histoire de longueur, une histoire de paroles, et que l'action, en fait, ne dure quasiment pas. On est dans une sorte de procédé tarantinien (PULP FICTION) : le film ne cherche qu'à s'arrêter, presque jusqu'à l'absurde. Les actions sont vite entravées. C’est très bizarre (et c'est sans doute un des aspects les plus brillants du film). Eric Bana a besoin de bouger, a besoin d'action, alors même que cette opération, comme le lui rappelle un de ses collègues, ne requiert rien de plus qu'être immobile. Paradoxe donc. Très touchant d'ailleurs, le film incarnant même de façon palpable toutes les questions qu'ils se posent : action / inaction, voilà l'enjeu de MUNICH.
 
Il découle de ce paradoxe deux choses. D'une part, le film est extrêmement anxiogène et réflexif. Et d'autre part, il fonctionne en slowburn, et encore une fois s'incarne bien plus que de simples idées, débouchant au final vers un étrange crescendo dont on s'apercevra de la présence bien après que le processus soit enclenché : le film et l'opération deviennent de plus en plus absurdes, d'abord consternants face au hasard (la scène ratée de Londres est délicieuse : ces anglais bourrés qui font foirer l'attentat sont, dans la logique du film, très improbables – ce sont sûrement des agents de la CIA) mais dans la logique du thriller, ça fonctionne et c'est même cohérent ! Bien vu !), puis non-sensique ! Les opérations menées deviennent de plus en plus grotesques, mais aussi de plus en plus sinistres. La gradation est sensible, et en fin de processus, on arrive à un meurtre qui non seulement n'était pas prévu, mais qui en plus se déroule presque dans une ambiance "tontons flingueurs" (bicyclettes hollandaises et pompe à vélo, je vous laisse découvrir ça). Oui, ça devient grotesque, et au fur et à mesure, tout le monde se perd, et même en étant les plus convaincus (Bana est l'Israélien le plus dévoué à son pays !), on perd complètement de vue l'objectif principal. C’est-à-dire qu'on fait tout ça parce qu'on DOIT le faire (presque comme dans un geste technique), mais on ne sait plus pourquoi. Et Spielberg, dans sa dernière séquence, dit encore mieux, et c'est une chose encore plus douloureuse : non seulement on fait les chose en oubliant les causes et conséquences, mais au final, quand la chose est terminée, on est incapable de lire convenablement la cause de tous ces événements.
 
Je m'explique. C’est dans la dernière séquence que Spielberg fait le truc le plus gonflé du film. Il introduit le dernier flash-back sur la prise d'otages de Munich par une scène de sexe ! Déjà, c'est gonflé ! Bana fait l'amour à sa femme, et provoque le flash-back en montage alterné cette fois. Tout est présent, dans tous les sens du terme. La mise en scène à ce moment est terriblement grossière, vulgaire (c'est une option très belle d'ailleurs). Spielberg en arrive à cette conclusion impossible, au moment même où le flash-back va nous apprendre ce qui s'est passé pour les otages israéliens ce jour-là à Munich : éjaculer = tirer à la kalachnikov. C’est une réflexion d'idiot, au sens dostoïevskien du terme, bien sûr. C'est d’une malpolitesse totale surtout ! Spielberg fait un gros doigt à tout le monde. Il montre Bana qui jouit (avec gouttes de transpiration volant au ralenti !) en même temps que l’on voit les otages mourir avec sang qui gicle au ralenti ! Fallait oser ! C'est assez sublime ! Spielberg fait une chose qu'il ne fait quasiment jamais : il mise tout son film (près de trois heures, quand même, et avec un sujet très grave) sur une association d'idées gratuite, vulgaire et complètement déplacée. De plus, il mise tout sur quelque chose de BAROQUE, de possiblement ridicule, d'idiot encore une fois. Il fait banco de tout. Il sait que sur cette idée, il va perdre 80% de son public. Ça, c'est nouveau.
 
Mais plus encore, il détruit même l'essence de son film, ce qui est encore plus beau. Le flash-back final sur le moment le plus important de la prise d'otages n'a plus aucun sens, il n'a fait que se perdre et il est devenu illisible, même aux yeux du plus israélien des israéliens (ou du plus attentif des spectateurs). Bana, le sang sur les mains, ne peut plus rien lire du tout, ne peut plus penser, ne peut plus justifier rien, même sa vie. C'est l'horreur du vide, la vie réduite à sa plus simple expression : du sang qui se mélange au sperme (ou au lait maternel, comme dans le premier assassinat, le film étant violemment anti-matriarcal). Ce dernier flash-back devait justifier le film, mais il n'a du coup plus aucun sens, tout le film s'écroule. Et ce dans une séquence de grande / petite mort absolument injustifiable, qui est peut-être pour cette même raison, et parce que Spielberg a pris le risque du Ridicule (pour la première fois ?), là où même tout devait se justifier, qu'on découvre le Chaos et le Vide de la manière la plus métaphysique qui soit. Le trou de la Mort. Mort de la raison et sans doute de l'Homme. Pour la première fois, Spielberg ose cette fragilité.
[La chose est d'autant plus belle et ridicule que, pendant toute la deuxième partie, Spielberg montre bien que les arabes, les juifs et les marchands de meurtres (Lonsdale) ont tous les mêmes motivations, la Famille, et sont complètement interchangeables ! Bana est l'exact double d’Ali, l'arabe rencontré au Liban. Et les deux sont aussi traqueurs que traqués. C'est la dévolution complète !]
 
Enfin, dernière belle chose, la dernière conversation avec Geoffrey Rush (impeccable, comme d'hab’). J'ai entendu une fois un rabbin dire à la télé que le génie d'Israël avait été de ne pas construire un peuple et une communauté sur un pays, mais d'abord sur un livre, le Livre. [Ne croyez pas bien sûr que cette parole remette en cause à mes yeux l'existence du pays Israël, bien au contraire.] La conversation finale avec Rush dévoile en quelque sorte Dieu par son absence, ou plutôt par son refus. In fine et élégamment, Spielberg remet le Livre au centre de l'identité juive, en même temps que la responsabilité de l'homme (Rush incarne dans cette scène l’un des rares moments de responsabilité humaine consciente, et son refus fait froid dans le dos). C'est intéressant.
 
Malheureusement, cette deuxième partie, même si elle contient des choses passionnantes, est beaucoup moins tenue que la première, et malgré toutes les bonnes idées présentes, le rythme du film s'effondre aussi facilement que la première partie était brillante. On a vraiment envie d'aimer ce film et son étrange parti pris (notamment de faire un film qui est assez dur avec sa communauté), mais c'est le montage qui pèche. Le film parait globalement balourd dans son deuxième acte. Tout est là, paradoxalement, mais il y a aussi le reste. On a largement l'impression que beaucoup de choses se répètent, et que les ciseaux n'ont pas été assez utilisés ! Il y a une bonne heure de trop, ou au moins un bon quarante minutes. C’est dommage. Que le film montre l’enlisement, c'est une chose, et qu'on le fasse vivre à son spectateur, je ne suis pas contre (si, si!). Mais ici, le montage est trop roboratif, noie le propos non pas dans la lenteur, mais dans la confusion et la répétition. Et l’on finit fatalement par se détacher, et par s'éloigner sans s'en apercevoir, d'un film dont la première heure au contraire semblait pesée et soupesée avec plus de tact. MUNICH reste, théoriquement, un excellent film, mais dans l'état actuel des choses, son montage indigeste contredit fort bien le propos assez subtil du contenu. C’est vraiment dommage.
 
C'est donc l'ultime paradoxe de ce film, qui réussit assez largement le plus subtil, et se plante sur le plus évident : le montage global de la deuxième partie. C’est vraiment dommage au vu du sujet, largement casse-gueule et plutôt maîtrisé par ailleurs. Spielberg aurait dû s'en tenir aux qualités de la première partie justement : montrer sèchement l'absurdité du processus, la sincérité de ses personnages et leur ultime solitude.
 
Avis aux fans de Spielberg : quand le film sortira en DVD, essayez, pour l’exercice, de remonter le film en lui faisant durer une heure de moins ! Héhé, ça serait marrant !
 
Dr Devo.
 
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Lundi 30 janvier 2006

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi

Si douce, si divinement blonde...

L’équipe du San Ku Kaï se la coule douce. Tout le monde dort, alors que le vaisseau approche paisiblement de la planète Sheta. Sidéro (je répète : Sidéro) réveille tout le monde pour les alerter du fait que le San Ku Kaï approche d’une planète aux caractéristiques très proches de celles de la Terre. Le robot semble avoir oublié que c’est loin d’être la première fois que l’équipage vient faire un tour sur la planète natale de Siman. À la vue de sa planète, celui-ci semble entrer en transe : « Tais-toi, Sidéro ! L’instant est trop solennel, laisse-nous adorer notre Dieu Mythos en silence !!! » Il faut dire, pour excuser ce soudain élan de religiosité si inhabituel chez l’homme-singe, que la planète Sheta est auréolée d’une aurore boréale de l’espace, fort simplement portée à l’écran par des spots rouges et bleus braqués sur les figures de ses coéquipiers perplexes. Voyez-vous, sur Sheta, c’est une semaine de l’Adoration tout azimut, et un tel phénomène est signe de bon présage : Mythos est avec nous !
Et d’ailleurs, sur Sheta, c’est une foule d’au moins douze pélerins qui dansent joyeusement autour de la statue de leur Dieu Mythos, curieusement représenté par une statue de madone angélique. Les psalmodies des fidèles sont accompagnées de mélodieuses mélopées scandées à grands coups de bâton sur la grosse caisse et accompagnées par trois pauvres claquements de mains pas synchrones avec ceux des figurants pour un sou, exécutés sans conviction par les techniciens du doublage. Ce noble rituel renvoie à un foutoir de kermesse en fin de cuite, ou peut-être à un spectacle de classe de maternelle.
Or, à bord du Cosmosaur, Koménor fulmine. Sa posture haineuse, mains griffues à l’appui, occupe le premier plan du cadre, tandis que dans le fond du plan, on voit le penaud Volkor, qui lui donne un cours de catéchisme pour lui expliquer les origines de cette fête religieuse célébrée sur l’île d’Elios, avant d’ajouter : « C’est leur foi en Mythos qui leur donne la force de résister et de mal accepter notre domination sur leur planète. » Koménor, à ces mots, laisse percer sa colère en brandissant devant l’objectif de la caméra la garde de son sabre stressos. Dans une frappante gradation de la profondeur de champs qui fait rêver à un SAN KU KAÏ 3D, le Micrâne du Roi Golem XIII se met à clignoter en arrière-plan – car Golem XIII n’est pas content, lui non plus. Comme un seul homme, Koménor et Volkor se précipitent au fond du plan pour s’agenouiller devant leur souverain, Volkor se plaçant légèrement en retrait derrière son supérieur. Belle chorégraphie, déjà aperçue au cours des épisodes précédents, mais qui se termine cette fois sur une bourde involontaire – l’un des passages les plus hilarants de la série, préservé dans le montage par cette volonté des auteurs de toujours garder la première prise, quoi qu’il advienne. Et il advient ici ce qui devait, fatalement, advenir, avec cette manie théâtrale en diable qu’a Koménor de faire claquer et virevolter sa cape. Lorsqu’il s’agenouille devant le Micrâne, il rejette majestueusement sa cape en arrière, sans prendre garde que cette cape vient alors se poser comme une fleur sur la tête casquée et cornue de Volkor, lequel, en bon professionnel, show must go on comme ils disent, s’agenouille à son tour et tente de rester dans le personnage tout en se dépêtrant de la cape prise dans son casque avec un air de rien nonchalant qui n’arrange pas notre hilarité, mais force le respect.
De son côté, Golem XIII fait petit joueur derrière son crâne-micro farci de loupiottes, mais il n’en est pas moins mécontent : il ne souhaite qu’une petite chose, à savoir que toute religion dans le 15e système solaire soit remplacée par le culte de sa propre petite personne. Il suffit donc que son armée Stressos détruise tous les symboles de cette religion du Dieu Mythos, et le tour sera joué – une chance que les hommes-singes de la planète Sheta ne soient pas orthodoxes.
De leur côté, nos héros ashetissent (?) sur l’île d’Elios pour profiter des festivités percussives, mais, à la consternation de Siman, le spectacle qui s’offre à leurs yeux est aussi prévisible que désolant : les Stressos ont prestement obéi aux ordres de leur roi, et jettent à terre la statue de la belle Mythos, qui se brise en mille morceaux dans un élégant ralenti, alors qu’une voix boudeuse maugrée : « Ooooh ! Ils ont détruit la statue de notre Dieu !!! » Faut-il le préciser, comme dans chaque épisode, les troupes Stressos ont leur capitaine, souvent cocasse, et cet épisode 13 ne me fait pas mentir : le capitaine Ilyade (Mythos, Elios, Ilyade, tiens, tiens) est un homme serpent, en l’occurrence un acteur affublé d’un masque de cobra et d’une somptueuse cagoule argentée. Ryu et Ayato observent ce méfait avec curiosité et demandent à Siman de leur expliquer ce qui peut bien se passer. Siman lance alors un regard à la caméra (comme dans un bon vieux Scooby-Doo) et s’exclame : « Je sais quelqu’un qui nous renseignera ! »
Il veut sans doute parler de Gao, son vieil (et riche) ami, puisque c’est chez lui qu’ils se rendent dans l’instant. L’accueil est chaleureux, on devine entre le grand chauve et le salement poilu une complicité de longue date. « Je vois que les affaires marchent bien pour toi, Gao ! », le félicite Siman. Et celui-ci de répondre : « Oh ! Non ! Elles ne marchent pas… Elles courent !!! » Et tout le monde rit et rit et rit, petit patapi, car c’est très drôle. Mais Siman ne rit plus en apprenant que Gao fait fructifier sa fortune en collaborant avec enthousiasme auprès des troupes Stressos. Quant à Gao, il est tout bonnement effaré d’apprendre que son ami et ses compagnons ne sont rien moins que les leaders de la Résistance, et qu’ils sont tous sous son toit, alors que s’approche le capitaine Ilyade et ses soldats. L’ambiance est lourde, mais dans le feu de l’action, Gao décide tout de même de cacher ses invités.
Sous le regard furibond de Siman, son ami accueille donc servilement le capitaine Ilyade, ce qui n’a cependant pas le don de rendre ce dernier particulièrement amène : Ilyade fait darder sa petite langue fourchue avant de faire claquer son fouet-serpent (son fouerpent ?). « Dois-je comprendre que vous êtes légèrement contrarié ? », pléonasme Gao. Et bien oui, Ilyade est contrarié : ses troupes ont brisé la statue de Mythos, et pourtant, le peuple ne s’est pas mis à les aimer et à vénérer leur roi Golem, c’est à n’y rien comprendre ! Gao lui explique : « Vous n’y mettez pas la manière pour les apprivoiser. Leur croyance pour leur dieu Mythos repose sur l’existence de la vraie statue ! »
Mmmmm… Quelque chose m’échappe dans cette théologie… Il y a là comme une impasse spirituelle qui n’est pas sans me charmer…
Bref. Gao explique à Alizée – pardon, à Ilyade, que cette Vraie Statue, faite d’or et de diamants, serait cachée quelque part sur l’île d’Elios. « Si on l’offrait à Golem XIII, on obtiendrait sûrement une belle récompense ! », ajoute Gao à la grande consternation de cette grande ourse que nous appelons Siman. Ilyade se dit que, oh, dis ! c’est une bonne idée, on ira la chercher demain, tiens ! Dès le départ du reptilien capitaine, Siman sort de sa cachette comme un diable de Tasmanie en rut et engueule Gao pour le sacrilège qu’il s’apprête à commettre par appât du gain. « J’en suis fier, rétorque Gao, quand on a quelque chose dans la tête, il faut s’en servir ! » Ce à quoi Siman répond spirituellement par une volée de poings sur la gueule de Gao, qui ne rétorque plus du tout. C’est le sage Ryu qui doit retenir la patte de son ami.
Pendant ce temps-là, un croquignolet petit garçon bédouin pleurniche à fendre l’âme sur les débris de la Fausse Statue Brisée : « Tu as dû avoir mal en te cassant, snif, snif ! Ta Statue était si jolie, snif, snif ! ». Nos héros, qui passent par là, en ont le cœur fendu. Siman console l’enfant, car après tout, ce n’est que du plâtre, ce n’est pas la Vraie Statue ! « Les Stressos détruisent nos statues, mais ils ne peuvent pas détruire notre Dieu ! » Et l’enfant de répondre, plus désespéré et primitif que jamais : « Mais si on n’a plus de statue, comment on va l’adorer ? » Cette réflexion hautement philosophique perturbe notre pauvre simien, inquiet à l’idée que son ex-ami les trahissent tous en livrant la Statue authentifiée 16 carats à l’ennemi. Et quand on parle du loup… Revoilà Gao, que l’équipe de doublage décide soudain de renommer Dao, comme ça, ça change un peu. Dao, donc, il faudra s’y faire, les a rattrapés dans un esprit de conciliation : « Mon beau Siman, tu es encore fâché contre moi ? J’ai eu tort et tu avais raison… J’ai une idée ! Et si on faisait un peu de lutte, comme dans le temps ? » Un duel au soleil ? Pourquoi pas… Cette réconciliation réchauffe les cœurs, et nos amis rient à nouveau à gorge déployée (d’autant plus que la réplique « elles ne marchent pas, elles courent », si drôle, leur est peut-être revenue à l’esprit ?). Je prends bien note que Siman, qui ne peut pas faire rire son masque d’homme-singe, compense en plissant des yeux comme une bête. Et les voilà partis sur la plage pour s’adonner à une bonne grosse lutte bien virile – on échappe heureusement au spectacle de Dao en train de huiler le corps de Siman, ce qui, avec tous ces poils, n’aurait pas été un spectacle particulièrement sexy. Les voilà donc qui se prennent, se poussent, se repoussent, se retournent avec une sauvage fraternité dans une séquence en forme d’hommage à LOVE. Ryu et son copain Ayato profitent du spectacle, sans se toucher, merci. La lutte laisse bientôt la place au concours de lancer de couteau, puis au concours de tir de revolver, belle occasion pour Ryu et Ayato de rouler des caisses et de bien exhiber leur supériorité à ces petits jeux. Hélas ! Nous n’avons même pas l’occasion de les voir enchaîner sur la pêche à la ligne ou sur le concours de rot : Dao est épaté par les talents des deux héros dans le maniement des armes, et leur propose, en embrassant les bagues qu’il porte au doigt, de les embaucher comme gardes du corps, pour le protéger, lui et sa fortune. Si Sidéro (je répète, Sidéro) était là, il aurait sans doute le mot GAY en train de clignoter sur l’écran qui lui sert de visage. Mais il n’est pas là, et tout ce que Siman en retient, c’est la rengaine, du fric, toujours du fric ! C’en est trop pour l’homme-singe, qui se met à nouveau en colère et s’enfuit en courant sur la plage, les paluches plaquées sur les oreilles, en criant, le pauvre : « J’en ai assez de toi ! Assez !!! »
Ambiance « Les Garçons de la Plage » : Siman s’est isolé au bord de la mer et contemple, maussade, l’aurore boréale intersidérale. Ayato vient tenter de le consoler et de le raisonner, mais rien à faire : Siman veut rester seul. Ryu vient y mettre son grain de sel ; pour lui, c’est clair, SiSiman est bouleversé par la perte de foi de Dao. Notre héros, qui porte des collants sous ses vêtements mais pour ce que j’en dis, a alors une idée brillante : et si on forçait Dao à retrouver la foi ?
Oooooh, ben ça c’est une idée qu’elle est bonne ! C’est parti ! Ryu demande à Sidéro de localiser la Statue Vraie de Vraie, et, la religion de la planète Sheta étant manifestement structurée sur des mystères vaguement primaires, la Statue qui n’est pas une fausse est dénichée en deux coups de cuillère à pot. Elle est enfouie au cœur d’une montagne – bon, disons une petite colline rocheuse – subtilement appelée par les autochtones le « Rocher Sacré ». Ryu demande à Sidéro s’il peut faire quelque chose. « Pour Siman, non ! Pour le reste, j’attends des questions bien précises… » Si Siman s’amuse à mettre Sidéro en boîte, Sidéro, pour sa part, semble haïr Siman de toutes ses fibres… Pourquoi tant de haine ? Bref, le plan s’affine grâce aux questions bien précises de Ryu : Sidéro va se cacher derrière le Rocher Suchard, et l’ouvrir en le tractant à bord de sa capsule mobile quand Dao viendra prier sa mère avec les Stressos. Belle mentalité, soit dit en passant, que de vouloir piéger un pauvre type pour lui donner la Foi. Mais je suppose que Ryu est prêt à tout (mais alors, vraiment à tout) pour rendre son primate heureux.
Mais voilà que se pointent Dao et Ilyade, suivis peu discrètement par un Siman éploré, bien vite repéré et capturé. Belle occasion de faire tomber la tête velue de la résistance, mais Dao s’interpose : « Regarde, Siman, je vais te prouver que ton dieu n’existe pas ! » Et il se met à prier à tire-larigot, accompagné du reste par le pieux Siman. Cachés derrière le Rocher Sucré – oh, allez, à vue de nez à au moins cinq mètres de l’attroupement – Ayato et Ryu donnent le signal à Sidéro (je répète : Sidéro), dont le visage affiche mystérieusement « S.N. ». Signal Nul ? Sacré Numéro ? Sagittaire Natif ? Symphonie Nuptiale ? Singe Nu ? Sam Neill ? Sidéro Nique ? Stupre Neandertal ? Sadomasochiste Négligent ? Soyeuse Nuée ? Sexe Nauséeux ? Soldat Naturiste ? À vous de jouer…
Brrrrrmmmmmrrrrrmmmmmmm…
Ça marche !!! Le Rocher Soccer cède !!! Et pourtant, à l’image, les chaînes fixées au rocher et reliées à la capsule volante de Sidéro pendouillent lamentablement… La montagne s’ouvre donc comme une fleur, révélant aux yeux ébahis ou avides, c’est selon, la STATUE, la VRAIE, la même en doré – preuve cartésienne incontestable de l’existence de Dieu. Telle Bernadette devant la Vierge Marie, Dao est sur le cul. Miracle !!! Le plan de Ryu est un succès complet : Dao a retrouvé la Foi, et il refuse mordicus de remettre la Statue Nauthentique au capitaine Ilyade : « Jamais !!! Notre Dieu vénéré est l’œuvre des habitants de l’île !!! »
OK. Tiens, je m’ennuie, je vais me fabriquer un Dieu, tiens.
Là-dessus, n’écoutant que son courage, Dao prend la fuite avec la Statue Divine (et non pas la statue de Divine, qu’il aurait eu plus de mal à porter), couvert (dans sa fuite, merci) par Ryu, qui surgit dans ses habits de Lumière (« Je suis Staros !!! »), suivi dans la foulée par Ayato dans sa propre tenue de super-héros qui se cherche (« Et je suis là, moi aussi !!! Je suis le Messager de Paix !!! »). Ayato aura peut-être arrêté son choix sur un nom pour son identité secrète avant l’épisode 27, qui sait… Toujours est-il que c’est la bataille, et je peux vous dire qu’en régie, la confusion règne chez les doubleurs. Staros s’écrie : « Lequel de nous deux veux-tu affronter ? ». Et le Messager de Paix s’écrie, mais avec la voix de Staros : « On te laisse le choix ! » En clair, tu veux du cacao ou un chocolat ? Ilyade jette sa cagoule au sol, dévoilant son masque reptilien grotesque et donnant trois coups de fouerpent avant de succomber aux pirouettes des deux héros masqués. Il a cependant le temps de déclencher l’alerte avant de mourir, et les Lazerolabes Stressos entrent en action, se lançant à la poursuite de Dao. Vite ! Au San Ku Kaï ! Où est-ce qu’il est garé ?
La bataille se poursuit donc dans les airs, bercée par les subtiles compositions d’Eric Charden. De son côté, Dao cavale comme un fou furieux avec sa Statue Or & Diamants dans les bras. Un Lazerolabe a échappé à la vigilance des vaisseaux de combat de Ryu et Ayato, et malgré l’intervention de Siman à bord du San Ku Kaï, les tirs fusent, et Dao est bientôt encerclé par les flammes au bord d’une falaise. Et j’ai bien envie de l’appeler Doa, moi, parce que vu comme c’est parti, pour lui, ça va sûrement être Dead On Arrival. Dans un dernier souffle, Doa implore le pardon de Mythos. Siman, en larmes, voit alors son ami réduit à l’état de torche humaine se jeter de la falaise – chute vertigineuse d’un mannequin, qui s’ensuit d’un ridicule petit plouf ! dans l’eau. Ciao Doa ! Ciao Dao ! Ciao Gao! (essayer de le dire très, très vite, ça ne sert à rien mais c’est rigolo.)
Sur la plage, c’est la douleur et le recueillement. Siman se lamente : « Oh ! Dao ! Dire que j’ai douté de toi… » Le montage nous propose délicatement un bref petit montage de souvenirs communs : Siman et Dao pêchent (du poisson) et rigolent ; Siman et Dao mangent des bananes… Avant que les flash-back ne dégénèrent, un cercle de lumière apparaît à la surface de l’eau : ben merde alors ! C’est Dao, accroché à une branche, indemne, vivant et tout sourire ! Siman lui fait une fête encore plus frénétique que celle que réserve le chien fidèle à son maître après une trop longue absence, et lui dévore le cou de bisous poilus, miracle !!! Euh… On va peut-être les laisser, non ?
Mais… Mais… Attendez ! Cette musique… C’est l’Azuris qui apparaît doucement à travers l’aurore boréale… Si douce, si divinement blonde, Eolia s’adresse à nos amis, leur disant : « L’âme du brave Dao s’était envolée, mais grâce à son sacrifice et à vos efforts à vous tous, nous avons décidé de lui restituer son âme ! » K… K… Quewouaaah ??? Elle peut faire ça, Eolia ??? Ça va sûrement faire très plaisir à tous les gentils décédés des épisodes précédents, vous savez, ceux qu’on enterrait sur fond de voix-off Eolienne genre, c’est con, la guerre, le pauvre, il faut continuer la lutte, nous ne l’oublierons jamais, etc… Pas peu fière, Eolia élude cette ambivalence en l’enrobant dans son discours doucereux sur la longue lutte qui ne doit surtout pas nous décourager, et, avant de disparaître… elle effleure du bout des doigts un mystérieux pendentif qui ressemble rudement à celui que portait la princesse Aurora… On entend presque le clic ! des intrigues multiples qui s’articulent, de la machinerie souterraine qui va bientôt unifier la saga et l’emmener vers sa dernière ligne droite. J’en ai des frissons. Et vous ?
Histoire d’en rajouter une couche dans cette conclusion qui n’en finit pas de finir, Sidéro révèle pour sa part qu’en réalité, sa traction sur les flancs du Rocher Sarko a totalement échoué : si la montagne s’est ouverte, ce n’est absolument pas grâce à lui ! Ryu en tire les conclusions qui s’imposent : « La solution est évidente ! C’est Mythos !!! ».
Et la voix-off de conclure à son tour, ça conclue à qui mieux mieux, c’est dingue : « C’est ainsi que l’ami de Siman est revenu à la vie, grâce à son sacrifice ! ». Seigneur Jésus Marie Josephine Ange Gardien ! Le sacrifice qui ressuscite ! Attention, une Statue peut en cacher une autre ! Des Dieux qui sont l’œuvre de nos propres mains ! Elle me plaît bien, cette religion, ce Mythoséisme, là… Ça me donne une furieuse envie de taper sur une grosse caisse avec un bâton et de taper dans mes mains en n’étant pas synchrone. Religion, coming-out velu, Antiquité Grecque, Cape Coincée dans les Cornes de Volkor : SAN KU KAÏ, c’est vraiment dans l’espace, et la guerre est vraiment sublime. Merci Japon !
Le Marquis
 
SKK, est-ce caca ? Que non, guenon, dit Siman ! La preuve ci-dessous.
 
Episode 2 : Les Ninjas
Episode 4 : Le Camp
Episode 6 : Le Roi Golem
Episode 8 : Du sang froid
Episode 11 : Princesse
Episode 12 : Le grand combat
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Dimanche 29 janvier 2006

Recommander - Publié dans : Lucarnus Magica

(Photo : "The words get stuck on my throat" par Dr Devo)



Chers Focaliens,

C'est souvent comme ça que ça se passe chez nous, à la maison, on aime bien jouer ! Nous devions regarder un film plutôt court (il y avait école le lendemain), et Madame proposa un choix multiple : LE GRAND SOMMEIL avec Bogart, l'excellent HARVARD STORY avec Sarah Michelle Gellar, et donc JULIETTE OU LA CLÉ DES SONGES de Marcel Carné. Ma tâche étant de décider du sort de notre soirée, je pris le moins attirant en quelque sorte, à savoir le Carné, dont nous étions persuadé tous les deux que c'était un film de Renoir, sans pouvoir l'expliquer (ce n'est pas glorieux, je sais). Comme par jeu et par défi donc, en route vers le cinéma de Papa dans toute sa "splendeur".
Bah, ce n’est pas pour me vanter, mais moi, le petit bonhomme Carné, même pas en mousse, je n'ai jamais pu supporter plus de dix minutes de ses ENFANTS DU PARADIS, le film franco-culte par excellence. Plusieurs tentatives, et autant d'échecs, à des âges différents de la vie : j'ai donc jeté l'éponge. Ce n’est pas bon pour l'orgueil, mais désolé, je ne peux pas. Je suis toujours ravi de voir un nanar indonésien ou des Philippines, j'ai même réussi à regarder
LE VOLEUR DE BICYCLETTE il y a peu, malgré le peu d'intérêt que je porte au film lui-même, et même, j'ai consacré deux ou trois heures de ma vie à écrire un article dessus ! Quand se ramène un cinéaste respecté que je n'aime pas, il y a un gène ludique qui s'anime dans mon ADN, et je ne renâcle pas, par jeu et peut-être par orgueil, à me vautrer là-dedans comme le petit porcinet que je suis à l'intérieur. Bernard RAPP et le Marquis ne comprennent pas que j'insiste. C'est bon, ils connaissent et disent non merci, leur temps est précieux. Ils ont amplement raison, bien sûr. Mais peut-être ma principale qualité est une bonne âme bien naïve, qui voit le monde comme une occasion perpétuelle de se racheter, etc. Tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir, en quelque sorte. En fait, à la réflexion, en voyant avec une volonté de malicieuse autodestruction les films de Renoir, Carné, Grémillon ou Duvivier, il y a sans doute la même gourmandise à acheter une série Z improbable à 0,50 centimes d'euros dans un bac de vieux machins dont personne ne veut plus. Ces classiques à la naphtaline, et sans doute sur-cotés (c'est très souvent le cas, quand même), c'est de l'excitation Z en puissance, et peut-être il y a un secret espoir, très ténu bien sûr, de découvrir un film Z effectivement, avec son cortège de "choses qui ne se font pas" et d'audaces, involontaires ou non, dans la mise en scène ou la narration.

[Et puis il y a la provocation simple et réjouissante à l'avance de se dire qu'il y aura aussi un Carné analysé sur ce site ! C'est tellement chic et vulgaire à la fois ! Il y a, pour le dire autrement, sûrement aussi un certain esprit de provocation dans cette démarche. Comme dit la poète, je m'entête sans doute à me foutre de tout.]

Un sentiment d'horreur m'envahit dès le générique, tandis que défilent les noms des acteurs. Fichtre ! Maledictas ! Le rôle principal est tenu par Gérard Philippe. C'est ça quand on se ballade dans les Ténèbres, région qui peut virer au paradis comme au cauchemar de manière imprévisible.
Le Gérard Philippe ! J'ai énormément de mal avec le bonhomme, énormément. Quand je le vois, même en photo, j'imagine dans un frisson d'horreur ce qu'a pu être sa vie (dont je ne connais absolument rien), et je le vois comme un criminel dépravé en puissance. Je m'occuperai de lui un peu plus bas, bien sûr. Mais voir son nom d'entrée de jeu a été un moment de grande solitude...
Gérard Philippe est un jeune homme en prison. Enfermé avec deux autres détenus dans une pièce aussi grande que des toilettes. C’est la nuit. Couchés dans la paille, les trois hommes ne peuvent que se frôler. Le sommeil est presque impossible à trouver. Et c'est de ça qu'il parle, le Gérard, avec son codétenu de gauche (à l'écran !), lui aussi sans-sommeil. À l'époque, interdiction d'écouter Macha sur le transistor, alors c'est dur. Rêver, c'est déjà être dehors, c'est sentir le dehors dans ses veines, c'est une échappée courte et vouée à l'échec sans doute, mais c'est déjà ça. Le sommeil est donc le luxe suprême. Gérard va-t-il s'endormir en pensant à Juliette ? C'est mal parti.
Et pourtant, il s'endort malgré lui. Puis se relève plus tard, ouvre la porte de sa cellule qui s'ouvre sur... une belle après-midi provençale, sous le cagnard, au pied d'une colline où est perché un charmant petit village entouré de garrigues ! Gérard n'en croit pas ses yeux, mais n'hésite pas à rejoindre ce village mystérieux et à laisser derrière lui la porte de sa cellule.
Très vite, il se met à la recherche de Juliette (il sait qu'elle est là), et découvre l'étrange population qui peuple l'endroit. Personne ne connaît le nom du village, et encore mieux, tout le monde semble avoir plus ou moins perdu la mémoire. Les gens se croisent tous les jours pour la première fois, et sont à l'affût de la moindre histoire, du moindre souvenir d'autrui qui sera alors réapproprié et intégré à son histoire propre ! Le souvenir est ici un luxe, une énigme et un échappatoire à cette vie perdue dans les collines, où rien ne se passe et rien n'arrive, bien sûr. Un grand jeu de dupes à l'échelle collective, en quelque sorte, pour contrer la malédiction d'une existence sans passé. Quand Philippe dit aux villageois qu'il cherche Juliette, tous prétendent, par voie de conséquence, la connaître et inventent un passé à la jeune fille, passé à chaque récit différent. Juliette est effectivement dans les parages, mais comme tout le monde invente et dit à peu près n'importe quoi pour rêver à des souvenirs inexistants, le pauvre Gérard n'est pas prêt de la retrouver. Surtout qu'un étrange châtelain, plus malin que les autres, a bien l'intention de s'emparer de la jeune fille...

JULIETTE OU LA CLE DES SONGES, en plus d’être un film de Carné (non, je plaisante, bien sûr…) a le désavantage d’être tiré d’une pièce de théâtre. Ça, plus Gérard Philippe, plus la Provence-Pays-Eternel-De-La-Fariboule-Et-De-La-Poésie-Du-Mistral, ben c’est pas engageant-engageant, faut bien le dire. Le sud au cinéma me sort par les trous de nez. Il y a certains bons films, j’en suis sûr, mais pour moi, et très subjectivement bien sûr, c’est l’éternel pays de Pagnol et de Marius et de Jeannette, que je n’aime pas, mais alors pas du tout. Ah, tu vas l’avoir, ta poésie fantastique réaliste, tu vas en bouffer de cette poésie virginale des gens simples, tu vas voir, me dis-je en commençant le film. Je sentais déjà le refus du montage et le théâtre (art noble, they say) filmé de la pire espèce.
À vrai dire, oui, oui, il y a de ça, mais pas seulement. Le film démarre plutôt bien avec une jolie séquence en prison, commençant par un plan d’ensemble bien cadré, mazette, suivi de plans en cellule pas laids, et avec (un peu) de montage (très basique, quand même, mais bon…) et un nombre assez important de plans. [En fait, ça commençait plus mal que ça car, après le générique, une série de cartons ignobles viennent expliquer ce qu’on a pas encore vu et qu’on aura tout le temps de comprendre, re-comprendre et re-re-comprendre encore (trop) largement par la suite ! Une belle idée de producteur ou de distributeur ça, sans aucun doute.] Dès cette scène de cellule, dont les dialogues simplets peut-être, mais pas hypertrophiés dans la poésie malheureuse, on est frappé par la magnifique photographie. Carné en profite pour laisser dans l’arrière plan sonore une boucle d’orchestre, bah, ouais, une espèce de faux sample qui sonne comme une pulsation funèbre. Ça et la photo, ça fait son petit effet.

Deuxième chose frappante à suivre, lorsque Gérard Philippe sort de sa cellule pour arriver en pleine garrigue, il fait un pas de danse débilosse sentant bon la belle idée de scénario, mais qui est une très mauvaise idée de cinéma qui nous a fait rire quasiment aux larmes ! Un moment très splendouillet !

Et voilà, vous avez les cartes en main, ou presque. D’un côté, une vraie tentative plastique avec ses très bons moments, et de l’autre la poésie de comptoir 51 un peu redoutée. Etonnant, non ?
Ce qui est incroyablement vieillot et maladroit, c’est l’essence du film elle-même, ou plutôt la narration et ses enjeux. D’abord, on est dans un fantastique allégorique, une poésie surnaturelle, quasiment un conte, et annoncé comme tel du reste (la référence à Barbe Bleue est même carrément dite !). Au fil de ses déambulations dans le village, Gérard Philippe cherche sa Juliette, et surtout discute avec les villageois. C’est la grosse faiblesse du film que cette description des habitants du village. Chaque rencontre, et par conséquent chaque personnage, donne une très nette impression de répétition totale du précédent (et du prochain !). Les informations importantes sont donc répétées trois ou quatre fois, et c’est sûr, avec un tel processus, on comprend comme dirait l’autre, et ça insiste encore et encore, Carné préférant s’assurer que son public comprenne tout de A à Z plutôt que de prendre le risque de laisser planer une poésie plus diffuse et plus abstraite. Sur ce point précis (la répétition et la sur-explication) sont greffés les éléments les plus "poésie populaire", et les plus attendus même : l’ambiance est carrément celle du PETIT BAL PERDU de Bourvil, avec son soldat traumatisé, son petit couple de vieux amoureux, son gardeuh-champêtreuh avec des grosses moustaches tu les croirais pas, le vieux marin, le jardinier, il ne manque plus que le petit ramoneur, les schtroumpfs grognon et à lunettes, et la galerie est complète. Le mieux, bien entendu, étant le personnage-fil rouge de l’intrigue, un accordéoniste joué par Yves Robert, et qui n’arrête jamais de jouer la musique en voix-on tout en récitant des transpalettes de dialogues. Lui, c’est l’apothéose ! Ha l’accordeo-l’accordéo-l’accordéon ! Le piano à bretelles qui fait monter la poésie, tu la sens, oh oui… Un bonne vieille recette éternelle, Montmartre, et tout et tout, et qui marche encore, comme l’a prouvé notre AMELIE POULAIN nationale. Alors, tout le toutim, ça te donne des tonnes de poésie bon enfant et triste, et des répétitions à n’en plus finir.

Bon, ça fait quand même beaucoup en une seule fois, me diriez-vous, et vous auriez raison. Comme tous les plans ne sont pas beaux (même si on ne voit rien de spécialement indigent, ça frise l’anonymat ici et là), un bon nombre d’entre eux sont tout à fait construits et remarquables. Ce n’est pas l’exquise poésie et la maîtrise maniaque de Greenaway dont je vous parlais l’autre jour, faut pas déconner quand même. Mais il y a un effort, toujours remarquable, et qui, dans le contexte de ces années-là, ici en France, est vraiment notable. Malgré tout, cette poésie du café des sports pousse le bouchon tellement loin par moments que ça en devient (presque) rigolo à certains égards, à l’image du pas de danse dont je vous parlais plus haut. Ça nage quelquefois dans la splendouillerie la plus débridée et improbable, et ça provoque de grands éclats de rire tout à fait agréables. Je vais y revenir. Avant ça, voyons les qualités…

Bah oui, il y en a. La photo est signée Henri Alekan ! Décors de Trauner et, pour finir, le même directeur artistique que
LES YEUX SANS VISAGE de George Franju. Alors oui, tu m’étonnes que c’est vraiment beau par endroits ! En plus, tout ce petit monde a déjà travaillé ensemble pour LA BELLE ET LA BÊTE de Cocteau, alors oui, tu penses, ça jette pas mal. La prison est belle, mais aussi les premiers plans d’ensemble dans la forêt, la dernière séquence dans les rues de Paris, et… Le château de l’Ignoble Châtelain !
Ce personnage est assez étonnant, pour le pire et pour le meilleur ! Je m’explique. D’abord, il apporte une certaine noirceur au film, et on sent nettement que Carné fantasme peut-être sur les films gothiques, tendance anglaise. Le résultat en est assez loin, mais c’est vers là que ça lorgne. Voir débarquer quelque chose de gothique là-dedans, c’est très improbable, et curieusement, ce n’est pas ce qui marche le moins bien. On assiste même à des choses assez belles : chasse à la Juliette avec d’horribles molosses très anxiogènes (le châtelain, en plus, est traîné par ses chiens et suivi d’une espèce de carrosse noire, image absurde mais qui marche très bien), un beau plan très court lorsque qu’un chien grimpe sur Juliette, et surtout une série de plans en travelling avant (caméra subjective) ou arrière (son contrechamp) complètement saisissants. Et Carné n’est pas dupe. Même si ces travellings frontaux sont les plus beaux, il ne va pas se gêner pour en placer des trois-quarts, et dans des scènes plus anodines. Dans les scènes gothiques, il y a donc sur quelques plans un vrai souffle, que le montage a un peu de mal à faire exploser, mais qui sont au final, très efficaces. Le contrepoint que ce gothisme (si je veux) apporte à la fin du film n’est pas une mauvaise idée d’ailleurs, mais j’y reviens. Donc quand c’est gothique, c’est plutôt pas mal ou alors très drôle car…
Ben oui, le châtelain est joué par Jean-Roger Caussimon ! Et là, les enfants, attention les yeux ! Ça ne rigole plus ! Le gars, que je ne connaissais pas, a un aspect assez impressionnant, surtout dans le cinéma français. Un physique à jouer dans les films de la Hammer ou presque. Grand, aquilin, avec un corps un peu dans les mêmes proportions que celui de Christopher Lee, et la comparaison s’arrête là. Bien vu, se dit-on. Par contre, dès qu’il ouvre la bouche, on passe de l’habile au carrément dément. Ce type est une tractopelle ! Ami de la nuance, goodbye, farewell, aufwiedersehen, adieu ! Caussimon, en plus de rouler des yeux et de grimacer à qui mieux-mieux (un régal), a une voix complètement improbable de vieux parigot fifties ! Pas titi, quand même pas, mais incroyablement en décalage. On s’attendait presque à un noble accent shakespearien, et le voilà en plein accent Montmartre frelaté au centuple ! Le film devient alors une chose improbable, et je vous assure, Gérard Philippe devient alors le cadet de nos soucis. On se délecte de chaque apparition improbabilissime de Caussimon, et on l’applaudit presque quand il arrive dans le champ !

[C’est quand je l’ai vu débarquer que j’ai réalisé que nous étions dans le plus splendouillet des bluastros ! Pour la notion de bluastro,
voir cet article où tout est expliqué !]

J’en frissonne encore, mais ce n’est pas tout. Caussimon n’est pas seul. Et il faut la voir, l’actrice canadienne Suzanne Cloutier qui joue le rôle de Juliette ! Elle joue sans doute le rôle comme on lui a dit, et très consciencieusement. Une sorte de poupée de chiffon à qui l’on aurait donné la vie. Mais ça y va fort, là aussi : roulage de grands yeux extatiques et ronds comme des billes, déplacement presque en pas de danse, garde-robe Barbie Princesse Malheureuse, etc. Une femme superbe, ceci dit, mais qui pédale à fond elle aussi dans les descentes, et dont chaque pose marque une volonté de calcul anti-naturaliste, matinée du théâtre le plus codifié ! J’ai d’ailleurs pensé à Anouk Grinberg, dont il est impossible qu’elle ne connaisse pas Suzanne Cloutier. Grinberg la nuance, Cloutier le char Panzer avec ogives thermonucléaires ! La coco circulait-elle par charrettes entières sur le plateau ? Je ne sais pas, mais en tout cas, Cloutier va tellement loin, ses pupilles sont si dilatées, qu’on assiste à une espèce de show par delà le bien et le mal !
Et vous imaginez que quand Cloutier rencontre Caussimon, c’est carrément l’extase cosmique.

Je pensais m’ennuyer à mourir, et finalement, même si c’est le cas, et outre les belles choses de ce film, la présence de ces deux acteurs rend la chose absolument délicieuse. Il faut aimer la chantilly à l’exctasy, certes, mais quand même, quel spectacle !

Quant à Gérard Philippe, comment dire ? A priori, ce type, et ce rien qu’à cause de sa gueule (c’est rare, mais je l’avoue : je fais sur lui un délit de sale gueule !), je ne lui ferais confiance pour rien, ni pour gérer mon portefeuille d’actions, ni pour lui confier mes enfants, ni pour conduire un bus, rien ! Mais plus sérieusement, j’ai enfin compris pourquoi il était si culte. C’est le seul acteur français de l’époque qui aurait pu jouer aux USA, où il aurait sûrement cartonné sa race. Son jeu, que je n’aime toujours pas, est dans ce film assez moderne, malgré la situation et le texte aux senteurs de naphtaline. Il maîtrise relativement l’espace, et surtout, il maîtrise à fond le "hand acting". Voilà. Je n’ai rien d’autre à ajouter sur lui. C’est sûr, à côté de la Cloutier et du Caussimon, c’est du sobre…
Des plans sans intérêt, mais beaucoup d’autres assez beaux, voire quelques uns vraiment réussis. Une photo superbe. Deux minutes de très bonne musique, puis ensuite n’importe quoi avec de l’accordéon dedans (signé Joseph Kosma, au secours !). Un acteur diablement improbable, et une poupée sublime mais sous ecstasy (« aciiiiiiiide ! »). De la poésie rurale lourdingue, très fortement allégorique et se perdant souvent dans la naïveté d’un complet premier degré rendu encore plus fragile par une narration sur-explicative et le refus de l’abstraction sous toutes ses formes… Poésie visant à atomiser le fantastique, paradoxalement...
…mais, il y a aussi la fin, très, très noire, qui commence dans un mouvement attendu de résolution sentimentale à la Cosette, et qui finit sur l’abîme surprenante et la cloison qui se ferme. Ça, c’est très étonnant, abstrait pour le coup (mais si c’est naïf) et ça marche drôlement. Pollux et le reste du manège provençal enchanté en prennent un sacré coup. On ne s’y attend pas vraiment, et la séquence dure assez longtemps pour contrecarrer nos attentes ou nos suppositions. [La longueur de cette scène fait aussi qu'enfin, malgré l'allégorie, le film respire une fois un peu de lui-même). C’est le point le plus surprenant du film. Même sans cela, quelques beaux travellings et même certains frontaux surprenants, et une certaine recherche de gothique soft qui vient maladroitement se prendre en pleine tête le mur de la poésie pagnolesque du reste. Ça déséquilibre le film certes, mais ça lui donne aussi son aspect un peu particulier. Beaucoup d’archaïsme et un peu d’audace, bien en dessous de la BELLE ET LA BÊTE bien sûr, mais intéressants quand même pour qui a la patience de supporter le reste. En tout cas, en naviguant dans les remous de dialogues tout en splendouilleterie superfétatoire, ce film bancal peut avoir au regard des yeux les plus pervers une aura de bluastro de guingois assez bizarre. Enfin, Caussimon et Cloutier, ahurissants de… de quoi d’ailleurs ? Ahurissants de mimiques et d’effets, qui finissent eux-mêmes (les effets) par s’autodétruire pour propulser le jeu dans une autre galaxie, loin, très loin de la nôtre, aux confins des Univers Connus. Leurs performances dépassent l’entendement, et dans une certaine mesure le bon goût, et le mauvais aussi. On se permettra, en bon dandy, et même si cette JULIETTE… est moins agréable quelque peu, de ranger ce film (sur lequel a travaillé Alekan quand même ! C’est ça qui fait le dandysme de la chose...) sur l’étagère auprès du classique taïwano-philippin
AU PAYS DE LA MAGIE NOIRE.

Dr Devo.

 

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Lundi 23 janvier 2006

Recommander - Publié dans : Corpus Analogia


(Photo: "Mamie a tapé à côté..." par Dr Devo)

C'est toujours sur moi que ça tombe ! Le Dr étant très occupé (au cabinet, comme on dirait sur mon blog), il délègue, il délègue, et à la fin des comptes, ça tombe sur moi, alors même que j'ai bien du mal à trouver du temps pour remplir mon propre blog.
La dernière fois que le Dr m'avait confié un article à faire, il m'avait soufflé les films dont on devait parler. Cette fois-ci, j'ai dit oui, bien sûr, je suis une grande âme. Mais j'ai traîné, ce qui l'a poussé à désigner les films à analyser. Me voici donc contre mon plein gré à devoir faire un article sur des films de kung-fu. Comme dans mon précédent article, je m'y colle en soupirant, et en me demandant si le Dr, que j'ai la chance de connaître dans le privé, n'est pas au final un gros pervers, et s'il ne me met pas des trucs dont je n'ai a priori rien à faire entre les pattes, juste pour voir ma réaction !
 
Le Dr m'envoie des DVD par la poste, et vas-y ma fille, débrouille-toi ! Tiens, encore du kung-fu ! Il a le sens de l'humour. LA 36e CHAMBRE DE SHAOLIN, je commence par celui-là. Ça se passe quelque part en Chine, et principalement à pied, bien sûr, et une petite scène à cheval. Ça raconte l'histoire d'un jeune gars, fils de poissonnier, et dont le vénérable professeur est aussi une espèce de résistant au pouvoir mandchou qui sévit dans la région, comme d'hab... Ça commence bien. J'aurais dû refuser de voir le film, et imposer un article sur le néo-réalisme italien, me dis-je ! Moi, les Mandchous, je pensais que c'était des chinois, mais bon, apparemment pas, ou alors ce sont des mauvais chinois. Si un asiatophile passe par là, il nous éclairera.
 
En tout cas, notre héros découvre que son prof est un opposant, et il se propose, lui et deux amis (dont un petit crétin gaffeur assez marrant, tendance comique troupier, comme dans un  film de college, mais qui mourra en martyr, voir phrase suivante) de rejoindre la résistance. C'est facile, car les Mandchous sont extrêmement autoritaires, et ils font régner une justice de sentence et de coups assez rude. Tout le monde les déteste, et ils engrangent des impôts plus injustes les uns que les autres. Ça crée forcément des vocations.
Notre héros fait une première mission : envoyer aux cellules dormantes de la Résistance des messages secrets qu'il cache dans les poissons de son père. Ça se passe très mal bien sûr. Le copain nigaud est zigouillé de main de maître, ou plutôt, il se suicide sur l'arme de son bourreau qui s'apprêtait à le faire parler à grands coups de tortures (coups d'oreillers avec taies "Tortues Ninjas"). Les deux autres prennent la fuite, et le professeur est exécuté. Notre héros perd ensuite son dernier ami en prenant la fuite dans la Vaste Chine. Son but : aller dans le monastère de Shaolin, tout là-bas, et demander aux moines bouddhistes du Monastère de l'initier au... Devinez... Au kung-fu !!!!!!!
 
Chic alors. 20 minutes après le début, notre ami arrive à demi-mort au Monastère, et pour les vieux bouddhistes, c'est niet ! Les moines de Shaolin ne se mêlent pas aux affaires temporelles, et sont neutres comme la Suisse. Oui mais, dit le héros, si vous m'initiez au... KUNG-FU !!!!!, je pourrai en entraîner d'autres, et on pourra se soulever contre l'Opposant. Les bouddhistes voient très vite que le jeune homme rebelle est bien loin de la logique de non-désir qui fait leur dogme. Le plus vieux d'entre eux, le Frère Supérieur en quelque sorte, dit que Bouddha ou je ne sais plus qui, lui aussi, a fait un long village, tel Ulysse, tel Riguidel, Pageot et Tabarly, et que dans cette venue improbable du jeune homme, c'est peut-être un geste à la Bouddha qu'il faudrait voir. Il accepte donc le jeune homme, à condition qu'il se convertisse.
Deux ans plus tard, Héros (mais je ne retrouve pas son nom) est devenu moine, mais n'a fait qu'une chose : balayer la cour du monastère. Pas une fois il n'a suivi un cours de Kung-Fu. La révolution ne semble pas prête de commencer...
 
Pour être franche, j'ai pensé au bout du long périple vers le Monastère que le film, doté des moyens assez luxueux des production Shaw Brothers (auxquels Tarantino rendait hommage dans KILL BILL, et un et deux), que le film allait être sacrément ennuyeux. Oui, ce fut le cas, et non, pas du tout. Evidemment, Gordon Liu (qui jouait aussi dans KILL BILL), va subir un entraînement de kung-fu complètement frappadingue, mais j'ai arrêté mon résumé avant.
 
Bizarrement le film fait l'équilibre sur une assez délicieuse corde. On est entre le rien et le normal. On se dit constamment qu'il ne se passe rien, et constamment, l'action avance. Pour peu que vous soyez fumeuse, vous êtes dans le dilemme d'arrêter le film pour aller vous en griller une, ou continuer, presque furieuse ne pas y aller ! Manque, douleur et plaisir de voir que la torture suit sa logique. N'ayons pas peur des mots. La spectatrice fumeuse qui ne fume pas dans sa maison mais sur le balcon, et bien celle-là, je vous le garantis, fait l'expérience exacte de Gordon Liu dans le film. Identification. D'une femme bien sûr ! Mais laissons tomber Antonioni pour l'instant, et revenons au KUNG FU !!!!!!!!
 
Ce serait chouette d'ailleurs, un film de kung-fu par Antiononi. La stupeur et l'excitation, mêlées au manque de nicotine, voilà qui rend le film drôlement singulier, surtout quand on connaît ma passion du KUNG-FU !!!!! dont j'ai autant à faire que le nom des buteurs des deux demi-finales de coupe de France en 1980. On n'en peut plus, ça dure des heures, mais le film a un atout dans sa poche : il fait des ellipses sans le dire, et on apprend au détour d'un dialogue que deux ans se sont passés, ou plus. Et puis on a l'impression que le film va s'arrêter, tellement il n'avance plus, et zou ! C'est reparti comme en quarante ! Liu subit une ferme éducation : il y a 35 chambre dirigées par 35 maîtres bouddhistes qui enseignent chacun un point de détail particulier qui peut prendre des mois et des mois à maîtriser. Au bout d'une heure de film, Liu n'a passé que deux chambres ! Koa ? Et il y en a encore 33, plus la vendetta qu'il a à mener s'il sort un jour du monastère ??? Voilà qui est bizarre, me dis-je, le film va donc durer une dizaine d'heures ! Autant me suicider tout de suite.
 
Liu passe trois trimestres à porter à bout de bras de gros seaux de 150 kilos chacun (les seaux, pas les bras), vêtu d'un système de couteaux fixés sur les biceps, qui transpercent les côtes du petit moine apprenti si justement il les baisse (les bras). Et il y a aussi une épreuve qui demande 10 ou 15 ans de pratique, et où il faut passer au-dessus d'une petite piscine en marchant sur des rondins fins comme des roseaux en papier crépon. Il y a aussi une séance de poursuite d'un point lumineux avec les yeux, mais on place deux bâtons d'encens de trois mille tonnes à trois millimètres et demi de vos tempes. Au bout de quelques jours d'entraînement sans dormir à suivre la bougie des yeux à droite puis à gauche, puis à droite puis encore à gauche, etc., on a une légère tendance à suivre le mouvement non plus des pupilles, mais avec la tête, et là, on se brûle sur l'encens géant, à peine rougi ! C'est astucieux !
 
Ah ça, pour sûr, on finira par s'entraîner au sabre et aux nonnes-chaque-coup, ici à trois morceaux, ce qui rendit le film mondialement célèbre. Il en faut peu parfois, et dire que Chéreau s'emmerde à reconstituer l'ennui bourgeois du XIXème industriel, alors qu'il suffit d'un combat de quatre minutes aux Nonnes-Chaque-Coup à Trois Morceaux pour que le film soit encore considéré comme culte dans 50 ans !
 
Si tu aimes les mecs torse poil qui font des Haaaa et des Hoooo et qui imitent à la perfection la cigogne, alors ce film est pour toi. Si tu veux voir de belles prises, sans doute historiquement justes, ou alors peut-être pas, ou si tu utilises ce DVD comme tu utilisais la cassette d'aérobic de Jane Fonda dans les années 80, ce film est aussi fait pour toi !
 
Si tu n'en as rien à faire du KUNG-FU !!!!!!, et bien profite pour arrêter de fumer, et tu passeras l'expérience la plus étrange de ta vie. Le film devient alors une performance, aussi bien à l'écran que dans le salon. Dès que le film avance, une action l'immobilise tout de suite. Ça n’avance pas du tout, et en même temps oui : on est assez proche de l'annulation durassienne que Tarantino recherchait dans PULP FICTION... Oui, oui, PULP FICTION est évidemment un hommage complet aux films de Marguerite Duras... C'est le Dr et Mr RAPP qui m'en ont convaincue, et ils ont raison du reste. Un peu d'ennui, un peu de fascination (comme si on débarquait en jeans et en baskets au Bal des débutantes des quartiers nobles de Paris), de la trépidation, voilà le cocktail de ce film qui fait quelque chose, mais alors quoi ?... Ça, je n'en ai aucune idée. Ça m'a fait mal, ça m'a fait rire, ça m'a fait du bien, grand fou fais moi mal, tu sais que j'adore ne pas aimer ça...
 
Pour le reste, outre une photo très efficace et des acteurs tous très facétieux, on retiendra l'aspect bouddhique (hihihi, leur jeu de batterie !!!! Pas très bon musiciens, les moines !) qui est, si ça se trouve, bidonné à donf', ou alors complètement exact sur le plan historique, et un montage splendouillet avec un joli scope, mais souvent verrouillé dans le sens de l'étriqué le plus parfait. Il faut attendre alors les moments de bravoure, plus ludiques, pour voir l'image s'aérer.
 
J'ai fait ma BA, même si je n'avais strictement rien à dire ou presque sur le sujet. Les lecteurs qui veulent communier dans ma douleur se passeront des maintenant un film qui n'est pas pour eux (les vandammiens iront voir un Straub, les godardiens iront voir un José Mojica Marins, etc.). Je pense qu'un rédacteur à TELE 7 JOURS n'aurait pas pris la peine de voir le film en entier (surtout que Romy Schneider ne joue pas dans la 36e CHAMBRE DE SHAOLIN), et aurait dit dans sa critique : "Un film de kung-fu aux combats impressionnants qui devrait plaire aux amateurs !"
 
CQFD.
 
Anne Archy
 
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Vendredi 20 janvier 2006

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(Photo : "Mauvais Hospice" par Dr Devo)

Chers Focaliens de Tous les Pays,
 
Ce n'est pas souvent que ça arrive, mais me voilà à écrire un deuxième article dans la même journée. Non seulement c'est très rare, mais ça ne m'est même jamais arrivé ! Ça tombe assez bien, puisque ce matin, je mettais en ligne l'article sur ANIMAL de Roselyne Bosch, film dont justement je pensais parler en même temps que JARHEAD, parce que, selon moi, comme je l'annonçais dans l’en-tête de gondole précédent, les deux films, chacun à leur manière, révélait un symptôme assez intéressant que, du coup, je n'ai pas pu développer, mais dont je vais m'acquitter aujourd'hui.
 
Bon ceci dit, pour vous qui me lisez, aujourd'hui c'est demain, comme le temps passe, et attaquons le vif du sujet. Sam Mendes. Ben oui, c'est vrai qu'il existait, le bonhomme, sorte de frère jumeau caché de ChienMalade (désolé, je ne retiens jamais son nom, et le Marquis a trouvé cette parade fort utile), le réalisateur du SIXIEME SENS (Mouais...) et de INCASSABLE (Ah oui !). Les deux ont connu un succès complètement foufou en deux coups de cuillère à pot. Mendes est quand même le jumeau maléfique dans l'histoire. ChienMalade (comment ça, je n'arrive pas à me connecter à Imdb ?) a su capitaliser avec flair son image (sur-cotée) de petit génie, et assurer ses arrières en prolongeant le filon fantastiquo-culte (Brrr... Horrible mot que culte !), lui qui voulait un peu changer de genre. Ça marche. Mendes, lui, a connu la gloire et la félicité éternelle de manière beaucoup plus précaire, grâce au sympathique et plutôt généreux AMERICAN BEAUTY. Bon, bon. Puis... Pas grand chose. Enfin si, LES SENTIERS DE LA PERDITION, film vu qui ne m'a laissé aucun souvenir ou presque, un peu à l'image de son héros, l'adipeux et effaçable Tom Hanks. C'était pas très glorieux, me semble-t-il, en y repensant j'ai un certain goût d'insipide qui trempe au fond de ma glotte, ce qui n'est jamais agréable. On n'est pas obligé d'être hyper-fan de l'artisan ChienMalade (dont j'aime beaucoup INCASSABLE, dont le sujet me paraît subtil et riche). Certes. Mais Mendes avec le père Hanks et aussi Newman (régime maison de retraite), maintenant ça me revient, on a bien cru que c'était un fusil à un coup.
 
Bah, on ne va pas cracher dans la soupe, et aller voir un film dont on n’attend rien n'est pas forcément un synonyme de déplaisir. On se retrouve en position neutre, hésitant à bailler à l'avance si l’on évoque LES SENTIERS DE LA PERDITION (remarque, le titre est de circonstance), et en hésitant à sourire en songeant que c'est Jake Gyllenhaal, l'inoubliable héros de DONNIE DARKO (peut-être le film le plus prometteur de ces dernières années, parmi les jeunes réalisateurs populaires américains, maintenant que Wes Anderson est installé). [D'ailleurs, que devient sa sœur Maggie, fabuleuse actrice elle aussi ? Ça sent la comète, ça... Ce n'est pas juste !] Me voilà donc au cinéma dans la position du moine bouddhiste, pas de désir, zen.
 
JARHEAD se passe pendant la première guerre du golfe. Gyllenhaal a 20 ans et quelques cacahuètes lorsqu'il s'engage dans les Marines. Sans justifier son geste, il explique qu'il a toujours pratiqué le tir à la carabine, mais de manière sportive et en dilettante. N'empêche, le voilà à l'école des Marines, avec son traditionnel sergent instructeur. Très vite, il est incorporé dans une section de plus ou moins gros lourds, un peu de toutes provenances et de tous profils. La routine s'installe avec l'instruction, et notre demi-héros au regard si bizarre prend tranquillement ses marques, sans perdre de vue que, ben ouais, il y a peut-être une erreur de casting ou un incident de parcours (ce qui nous vaut la réplique la plus rigolote du film : "Je me suis perdu en allant à la fac, Sergent !"). L'instruction se passe normalement, avec son flot de conneries et de semi-alliances. Gyllenhaal devient tireur d'élite, et se voit affecter un mec un peu plus âgé comme binôme : Ewan McGregor ! [Hola, non ! Pas du tout ! Je découvre en voulant vérifier l'orthographe de Ewan McTruc qu'il s'agit de Peter Sarsgaard, le plat de nouille de Dr KINSEY (et encore, là ça passe...), GARDEN STATE et surtout l'horripilant agent de sécurité de FLIGHT PLAN ! Ben zut alors ! Pendant toute la séance, je me suis dit : "tiens, tiens, il est là dedans McGregor ! Bien vu, ça le change un peu ! Mais c'est qu'il est plutôt bon, en plus !" Gag ! Ben non, c'est Sarsgaard. Bon, ceci dit, je ne retire pas ce que j'ai dit, c'est un vraiment bon choix, malgré ses autres films !]
J'en étais où ? Oui. Tout se passe plutôt bien, jusqu'à ce que l'Irak décide d'envahir le Koweït. Ce qui n'est pas pour déplaire à toute la compagnie, qui va enfin voir du pays. Malheureusement, le clair de lune koweïtien ne tient pas toutes ses promesses. L'action tarde à venir, le soleil tape dur, et l'ennui s'installe durablement. De l'abruti de base à Gyllenhaal, tous commencent à trouver le temps long, se demandent ce qu'ils font là, et même s'ils vont finir par croiser un quelconque soldat ennemi !
 
Heureusement que je ne savais pas non plus, décidément, que le film était tiré d'une histoire vraie et d'un bouquin. Je pense que je n'y serais pas allé. Le label "tiré d'une histoire vraie" est une arnaque souvent propice au refourguage des pires intentions et des plus mauvaises idées. Tiens, c'est marrant, on en a parlé hier, de manière fort pertinente, grâce au Marquis encore une fois, dans les commentaires de l'article sur le splendouillet AMITYVILLE, LA MAISON DU DIABLE. Allez jeter un œil, et allez voir le lien déposé par un de nos lecteurs, ça vaut son pesant de cigarillos cubains !
Bon, ceci dit, on rentre dans le film comme dans du beurre et les doigts dans le nez, notamment parce que Pathugmont a eu la bonne idée de passer la chose en VO (pour faire la nique au cinéma art et essai qui est cinquante mètres plus loin, et qui avait bien sûr lui aussi programmé le film ! Ça ne fait pas de sentiments !)
Ça commence bien entendu tout de suite par la fameuse période d'instruction (sur laquelle toute la critique pro s'est jetée pour faire l'évocation, voire, encore mieux, la comparaison avec FULL METAL JACKET ! Quelle culture ! Où vont-ils chercher tout ça ?). Alors oui, même si le film ici n'a quasiment aucun rapport avec le film de Kubrick (sans doute son plus mauvais film d'ailleurs, je pense, même si j'ai plutôt Kubrick à la bonne !), on a déjà vu ça mille deux cent fois. Et pourtant, ce n'est pas inintéressant. La voix-off, un peu maligne, fait un chouette balancier, même si la forme est classique (la forme voix-off / instruction, je veux dire), et forme un chouette piédestal à la partie instruction, justement, dans le sens où les scènes avec le sergent ont un timing excellent et étonnant. Non pas qu'elles soient beaucoup plus longues que la collection de vignettes habituelles dans ce genre de cas, mais il faut bien le dire, la longueur de ces scènes, juste un poil plus longues justement, donne un point de vue très oppressant et beaucoup plus absurde que d'habitude. Bien vu. Ces scènes qui ont perdu toute crédibilité au cinéma (à cause de l'hégémonie de Kubrick dans les esprits, c'était de très loin ce qui fonctionnait le mieux dans FULL METAL JACKET, et aussi à cause de la sur-utilisation des ces scènes dans le ciné américain, comme par exemple dans le splendouillet, tout faisandé et délicieusement vulgaire G.I. JANE, que je conseille vivement aux plus pervers d'entre vous), ces scènes, dis-je, trouvent un rythme particulier donc, et surtout une crédibilité. On navigue véritablement, et de manière palpable, dans une absurdité complète et cinoque, certes, mais carrément plausible et normale ! Une sorte d'extravagante et dévolutionniste réalité. Et tout ceux qui ont eu un jour à faire leur service militaire, les pauvres, savent que c'est dans cet improbable entre-deux que se joue cette expérience plus ou moins douloureuse.
[Petite note pour Fab du site Overfab, que je vous conseille : tu imagines bien que j'ai ri comme une baleine à la scène du clairon, et que j'ai trouvé cela bien vu, et même gonflé dans la perspective que je viens de dire, d'avoir gardé cette non-chute comme résolution de ce passage...]
 
La vie militaire aux USA, d'ailleurs, constitue sans doute le meilleur du film. Beaucoup de choses triviales y sont développées, et c'est vraiment une excellente option que d'avoir gardé tout ça. En plus, c'est pas mal mis en valeur. Mendes met le doigt dessus, comme on dit. Notamment en soulignant le fait que l'arrivée de Gyllenhaal dans ce camp de marines est déjà une tragédie, mini-tragédie certes, mais quand même tragédie en soi. Et quand l’ennui pointe, avec son cortège de dégoulinante et bien grasse virilité, c’est sur le plan du cœur et du sexe que les choses sont les plus violentes et les plus dangereuses. Un bon soldat, outre son fusil, c’est surtout sa copine ou sa femme laissée derrière, avec son cortège (encore) d’angoisse et d’érotisme poisseux à trois balles. La palette est garnie dans JARHEAD, allant du simple obsédé du slip au jeune gars déjà marié et avec enfants. Entre les deux, plus sensible encore une fois, Jake Gyllenhaal, qui regrette de ne pas avoir signé la suite de son film de college, si j’ose dire. Sa petite amie "magnifique" comme une pin-up Motul, continue sa vie. Non sans angoisse pour le Jake déjà malmené, mais ici c’est le sort de tous. La girlfriend is better, sans doute, et elle a envoyé, en bonne américaine, deux photos, une "mignonne à couper le souffle", classiquement, et une autre semi-érotique, ou même de Mu tout court, dans le sens où JARHEAD doit quand même bien passer sur les écrans sans censure. N’empêche, le choix est bon et la photo n’en a que plus d’impact côté frustration. On parlera en voix-off des conversations stériles pour tuer l'ennui, sur le sens de la vie, la religion, en passant justement par les concours de masturbation, évoqués mais là aussi hors champ, sans même un cadre pudique. Moins efficace que la photo, mais l’essentiel, je suppose, est que le message soit passé, en quelque sorte.
 
Tout cela est quand même joliment fait, avec une sensation du temps marquée et judicieuse, et c’est tant mieux. On entre donc dans la partie Koweït les doigts dans le nez, c’est déjà ça. Le Koweït, c’est comme le camp de formation, en légèrement pire. Quelques grammes d’ennui en plus qui font toute la différence : chaleur accablante sur son lit de photo brûlée et blanche comme l’ennui justement, attente, recommandations militaires pratiques dont tout le monde se bat l’absence de cocotier, et pour cause : tant qu’il n’y a pas d’action, tout cela est strictement inutile, petit paradoxe, mais assez joli, que le film pointe du doigt aisément. On s’ennuie donc aussi dans le désert, on se demande encore plus ce que l’on fait là, surtout que la guerre promise est plus riche en Tartare qu’en abattage de steaks, si j’ose. Ce n’est pas seulement parce que la partie "formation" est réussie qu’on entre facilement dans la partie koweïtienne. Il y a aussi dans ce sable des choses fertiles pour le film. L’idée principale, pas vraiment verbalisée mais montrée avec une jolie insistance, s’incarne dans une sorte d’emphase minimum, mais qui, comme je le disais une centaine de caractères plus hauts, suffit à rendre la chose et l’attente quasiment insupportables. L'emphase est aussi ressentie dans la douleur. Si le film ne montre pas avec autant d’insistance (dommage, mais c’est ça qui arrive quand on choisit d’adapter une "histoire vraie", fallait choisir les gars…) la lutte entre l’individu et / ou le groupe / l’institution, le film cherche clairement à mettre en valeur une autre emphase logique et conséquente de la première : les douleurs des mini-tragédies s’accentuent ! Un geste irresponsable (l’incendie) devient plus dramatique que chez soi aux statesses, et surtout, la dure lutte du Mu est, elle, mille fois plus cruelle. Et pour Jake, et pour tous. L’autre infernal remontre le bout de son nez, la promiscuité est un espace-temps, ici d’ennui à peine multiplié par deux, et les hommes entre eux ne peuvent logiquement que se faire souffrir les uns les autres. Ça nous vaut une scène concernant le Mu, et cette fois-ci montrée (bah, c’est pas si idiot que je le disais tout à l’heure), la scène dite de VOYAGE AU BOUT DE L’ENFER, extrêmement drôle, et dont notre rire participe complètement au défouloir méchant que cherche Gyllenhaal en essayant de revoir le film. Lui et nous pareils. Le "mur de la honte", par l’introduction, ah oui, du film de Cimino, dépasse le stade de l’anecdote de scénariste et / ou écrivain petit malin, pour trouver une incarnation d’autant plus cruelle qu’on ne l’attendait pas (ce mur de la honte paraissait être une idée hollywoodienne de petit frimeur, ça ne choquait pas certes, mais ça faisait trouvaille de brainstorming dans le bureau de Warner ; tout comme le râlage à propos de la musique des Doors – toujours aussi irritante en ce qui me concerne – qui n’est pas illogique par rapport à l’autre scène coppoliènne dont je vais ne pas parler plus bas, bien sûr, mais dont l’aspect punchlinique plonge la pirouette, à mon sens, complètement hors-cadre).
 
Alors oui, on rentre là-dedans avec plaisir, et on va au Koweït, peut-être pas la bave aux dents, nous, mais en deux coups de cuillères à peau (de gingembre). La mise en scène est plutôt jolie, il y a un peu de cadre, il y a de l’effort, c’est pas mal découpé, et tout et tout. Quelques vraiment bonnes idées. Si le gag de Dark Vador (si je veux !) paraît lui aussi être de l’humour de clerc de campus, son intérêt est joliment rattrapé, et de manière non verbale et subtile plus loin, dans un contrechamps en caméra subjective où l’on s’aperçoit de la véracité de la chose. Le fait de mettre le gag à trois kilomètre de son sens, et sans montrer du doigt le lien, chapeau, dans le cinéma d’artisanat hollywoodien, ça n’arrive pas tous les jours. [Je crois que le Mendes gâche un peu tout, concernant ce plan, en le répétant encore une nouvelle fois once again. C’est lourd, et ça manque de classe.]
Ça a du rythme donc, on se dit que c’est bien emmanché, la chose, qu’on tient le bon bout, c'est-à-dire le petit bout de la lorgnette, pas si fréquente que ça, qui consiste à montrer une action pas glorieuse, c'est vrai, mais qui ne dénonce pas "Les Horreurs de la Guerre". Ce n’est pas si courant de mettre hors jeu la bidoche compatissante pour l’humanité perdue et trouée de toute part, me dis-je, et ça permet de mettre l’accent sur la raison de la guerre : un individu contre le Groupe. Bien. On est donc loin de la caponerie hanksienne et obèse. C’est déjà ça. On se dit que l’absurde va monter.
 
Bah, le Mendes finit par se perdre. Je ne sais pas où précisément, mais je pense que c’est dans la séquence de l’équipe télé. Plusieurs raisons. D’abord, le lieutenant qui tente de cacher les gaffes de ses jeunes recrues, ça fait vraiment potache à cinq balles pour faire rire. Mouais. Et puis on se dit que tiens, tu ne la sentirais pas, la contextualisation qui monte, alors même que le côté subtil de la chose (et de l’ennui bien incarné) tenait dans son caractère justement non contextualisé et non historique. C’était la guerre du rien, mais ça redevient la guerre d’Irak dans cette séquence. [Les scènes, beaucoup plus tard, de puits de pétrole en enfer auraient eu un côté beaucoup plus fantastique, absurde et troublant si justement la présence de l’Irak, par son absence, avait été choisie, même en gardant le look qu’elles ont dans le film.] Et là, c’est une erreur stratégique : il fallait continuer à ne pas parler de l’Irak pour pouvoir en parler, par échos perdus ( "of things not there", disait le poète anglais), hors film et dans la boîte crânienne pourtant fournie du spectateur, moi par exemple… La séquence de l’interview, tout en vidéo et en scope (!), yummy yummy, je ne m’en lasse pas, pendant qu’elle commence à débuter, je me dis que c’est là que tout va se jouer. Bingo ! Effectivement, cette série d’interviews (maladroitement précédée par l’intervention du sergent qui explique que les soldats n’ont le droit de rien dire ; elle aurait été bien plus troublante, cette séquence vidéo, si on l’avait vue avant ce speech) stigmatise la dérive du film que je pressens  et que je vous décris présentement, mais elle redouble les passages de Jake Gyllenhaal, ce qui est bien irréaliste d’une part, et un peu fantastique ou "diégétique" comme qui dirait ! Très bon calcul. Mais ça ne suffit pas, et la scène de punition qui suit la partie de foot (trop longue et redondante) est assez cliché pour qu'on se dise que la partie est perdue.
 
Et c’est quasiment le cas. Les choses bougent, le front approche. Gyllenhaal contextualise dans l’interview une seule fois, de trop : « Oui, j’ai peur ! J’entends leurs bombes tomber », détail réaliste mais oui, oui, on la sent monter, la variation. Le film avec le "combat" qui approche sape l’aventure vécue jusqu’ici par le spectateur. Et l‘humour et l’absurde s’éloignent au grand galop. Ici et là, l’absurde réapparaîtra (séquence du bombardement, les traces blanches dans le carbone), mais comme pure figure écrite, bien loin du fort ressenti, de l’incarnation malicieuse et subtile de la première partie. Et voilà où ça déraille : les intentions sont d’un coup évidentes, l’aventure individuelle et douloureuse est remplacée par la dénonciation et / ou la description, ce qui ne serait pas une mauvaise chose en soi si cela avait été fait en filigrane, en contre-chant (musical, ce n’est pas une faute d’orthographe), en fugue quoi ! Là non. Là, c’est retour au film de guerre, retour à l’histoire, retour au témoignage.
Je ne sais pas si ce n’est pas un peu la déception qui m’a fait mettre le doigt dessus, où si la baisse de niveau est  réelle. Toujours est-il que la réalisation semble se faire elle-même plus mécanique, plus attendue (encore une fois, l’utilisation du son et la chute de la scène du bombardement, vue mille fois et présentée prétentieusement comme une révélation). On commence à faire des cercles dans le sable, me dis-je. Arrivent les images de puits, dantesque et pas forcément mal réalisées d’ailleurs, mais qui, et c’est un gros paradoxe, perdent leur originalité pour ne devenir qu’illustratives. [La scène du cadavre est d’ailleurs complètement désincarnée, et même vide comme une idée de scénario.] Le découpage redevient, comme le rythme, une arme conventionnelle. Plus j’avance, et plus les questions amenées avec longueur dans les deux ou trois premières bobines n’ont strictement plus aucune importance. Le film redevient un film de genre hollywoodien, redevient topos, redevient gavage de l’attente préprogrammée du spectateur. Tu la sens, l’émotion qui monte ? Oui, mais pas pour moi, non merci, je passe. C’est trop facile. Hasard ou énervement, encore une fois, la pire scène, dénudée comme un poulet famélique dont on a enlevé les plumes, arrive : celle du snipping et de l’action. Alors là, bonjour l’enfonçage de clou, surtout en ce qui concerne le personnage de Sarsgaard, descendu par le scénario et le réalisateur. Dans cette pièce et ce faux dilemme sans surprise, tout sonne faux. Après, on ne veut plus y retourner. Pas la faute des acteurs, plutôt pas mal, mais plutôt celle de Mendes. Le reste se déroule de plus en plus symboliquement et sans aucune ellipse : la girlfriend, les retrouvailles snif-snif, n’en jetons plus.
 
Et bien voilà, bien fait pour lui, pan sur le bec au Mendes ! Ça sent un peu l’arnaque. La première partie me semble toujours réussie, même a posteriori, mais ce changement des règles (on vous promet du bridge, et on se retrouve à faire une bataille) en cours de jeu agace… et montre les limites du réalisateur qui, semble-t-il préfère assurer ses arrières, jouer la valeur sûre et le plus grand dénominateur commun, quitte à abandonner ses personnages. Ça, c’est cynique. Mendes a aussi péché, chose dont on a parlé maintes fois ici, en faisant son petit film de témoignage à costumes, ce que devient le film. Enfin, par voie de conséquence, il a voulu parler au peuple américain, dans un "je vous ai compris, my boys") plongeant toute sa galerie, loin d’être sympathique (bon point), dans le plus total des relativismes. Et on finit avec un film qui nous dit finalement le classique et débilosse : "c’est con, la guerre !". Ce qu’il cherchait à tout prix à éviter.
 
Dr Devo.
 
PS : Je ne parle pas ici de la scène au cinéma, qui m’a semblé rigolote mais cliché au début, et que j’ai trouvée au final très belle, sans doute la meilleure. Il y aurait beaucoup à dire sur cette scène, complètement irréaliste mais très sociale, où l’on retrouve toutes les définitions du cinéma en trente secondes (même le film de propagande avec la chute !). On ne parle plus de soldats, plus de la guerre non plus, très paradoxalement (et j’insiste), mais on parle de Société et de cinéma. Très beau. Je ne m’étale pas pour laisser la surprise à ceux qui n’ont pas vu la chose.
Le sort réservé à Sarsgaard dans la conclusion est grotesque. Les idées développées sur le terrain suffisaient très largement. Là aussi, on retombe dans le balourd.
 
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Mardi 17 janvier 2006

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(Photo : "Soyez encore Focale Chez Vous !" par Dr Devo, d'après une photo de José Majica Marins dans ses oeuvres)

Chers Focaliens,
 
Allez après la page people d'avant-hier, revenons un peu au cinéma et en salles, d'autant plus que nous allons parler aujourd'hui d'un phénomène très intéressant qu'on a touché déjà ici du doigt une fois ou deux, notamment dans notre article récent sur ZOO de Peter Greenaway.
 
C'est reparti, mon cinéma Pathugmont a de nouveau une crise de VO, tiens, tiens. Evidemment, nous n'allons pas nous plaindre. En tout cas, le choix de ces films est curieux et très irrégulier. C'est étrange. Ils n’ont pas passé MARY de Ferrara, mais là, par exemple, ils passent ANIMAL de Roselyne Bosch, tourné dans la langue de Shakespeare, ce qui est très étonnant ! Encore une fois, c'est une belle opportunité pour tous les petits focaliens de faire chauffer la carte pathugmont et d’encourager le système !
 
En Europe, dans un futur proche. Le jeune Andreas Wilson est un scientifique très doué. Dans son modeste laboratoire universitaire (semble-t-il), il fait des recherches sur l'ADN, et plus particulièrement sur tous les gènes qui définissent l'agressivité. Andreas est très consciencieux, et même assez secret dans la mesure où il cache facilement à ses collègues le but de ses recherches.
Il a l'occasion d'interroger Michael Wincott, grand serial killer récemment arrêté, mais dont la popularité est à son top, même en prison ! Il propose au tueur d'accepter une série de tests, puis d'injections de produit expérimentaux qu’Andreas a lui-même créés. La négociation est assez difficile. Wincott est très intelligent, et Andreas est perclus de peur face à lui.
Bizarrement, on retrouve un loup (rendu doux comme un agneau grâce à Andreas !) dans un supermarché. Il s'agit d'un des animaux qui servent de cobaye au labo. Andreas va récupérer l'animal dont il ne s'explique toujours pas l'échappée, auprès d'une jeune spécialiste des loups, Emma Griffiths Malin.
Quand la jeune femme va rentrer dans la vie d’Andreas, au moment même où il commence les injections sur Wincott, l'existence du jeune scientifique bascule et sombre dans la confusion. L'expérience sur le serial killer semble probante, mais le jeu des pressions, des désirs, de la frustration et de la peur aveugle Andreas, qui perd pied. Andreas commence alors les expériences sur lui-même...
 
Voilà un film bien étrange, et dont même le résumé est assez difficile à faire, finalement. Voilà qui ressemble à une grosse série B (ou A d'ailleurs), un bon gros film de genre, avec un sujet classique mais qui fait toujours plaisir (c'est le contraire dans la réalité) : l'obsession d'un chercheur pour le gène du meurtrier. Ceci dit, on le verra, l'ambiance se veut plus subtile qu'il n'y parait, et il semble que Roselyne Bosch, dont c'est le premier film en tant que réalisatrice, veuille mélanger les genres. ANIMAL est donc tout autant un film de genre qu'un film art et essai, plus "arty" disons, avec une volonté assez nette de faire une mise en scène qui se démarque, ou plutôt une mise en scène de caractère, et pas seulement un machin d'action oscillant entre Dr Jekyll et Mister Lecter ! C'est une production modeste d'ailleurs, mais, on va le voir, on ne renonce pas à faire quelque chose de soigné. La production est internationale : Bosch semble être française, les acteurs viennent d'un peu partout (Portugal, où le film est tourné, je crois, Angleterre, etc.). Ça sent un peu le système espagnol de production de films fantastiques, dont on a déjà parlé ici (à l'occasion de l'article sur LA BOÎTE NOIRE de Richard Berry, je crois), système qui d'ailleurs marche plutôt bien et accouche de films souvent plus que regardables, et même très intéressants (le film DARKNESS, par exemple, qui fait quelque chose de très étonnant et très tenu d'un sujet complètement bateau ! Avec Anna Paquin en plus !).
Donc, sans problème, il y a une vraie volonté, assez réjouissante, chez Roselyne Bosch, de viser vers le haut, et si elle a dû délocaliser sa production pour arriver à ses fins, et bien moi, je dis que c'est un très bon calcul (surtout quand on voit le niveau des films fantastiques populaires français ces derniers temps, pratiquement opposés là aussi au fameux système espagnol dont nous venons de parler).
 
La chose commence assez élégamment, avec un dispositif simple et un montage parallèle assez sympathique, avec d'un coté le héros scientifique en plein travail et de l'autre le loup échappé du labo qui entre dans une galerie commerciale high-tech pour aller faire ami-ami avec un gamin de 4 ans qui le prend pour un  gros toutou, plongeant les adultes dans une terreur glacée et immobile. Beau choix des décors, lumière pas laide du tout, rythme sympathique, et surtout un très joli plan très maniéré, celui où apparaît le titre du film (avec le loup qui disparaît de notre vue en entrant dans la galerie, mais dont le reflet sur le plafond du bâtiment subsiste ! Très bien vu !).
 
Malheureusement, la suite m'a beaucoup moins enthousiasmé. Même si on n'a pas du tout envie d'être méchant avec ce film (qui a des qualités aussi, on le verra plus bas, qualités d'autant plus remarquables que le niveau en France est justement lamentable sur ses points... On verra ça...). ANIMAL n'est peut-être pas réussi à mes yeux, mais il faut reconnaître qu'il y a quand même un pari, et un vrai risque. En plus, encore une fois, le film ne fait pas pitié, et dépasse assez largement la moyenne des films français, de genre ou non. Donc, c'est un avertissement, malgré ce qui va suivre, n'allez pas imaginer que la chose soit un navet lamentable, très loin de là.
 
Tout d'abord donc, et comme je le disais, on note un soin particulier dans la photo, signée Testuo Nagata. Ce n'est peut-être pas, en ce qui me concerne, trop ma tasse de thé, cette photographie, mais c'est du soigné, et le travail du chef opérateur prouve une de mes célèbres théories : si vous avez des moyens de production modestes, le soin que vous mettrez à avoir une photographie belle et soignée donnera à votre film une véritable impression de luxe, et elle sera votre meilleure alliée, de très loin. ANIMAL doit beaucoup effectivement à sa photographie, et donne une certaine classe à ce joli format 2.35 (c'est-à-dire en scope).
Autre point fort, le son. Là aussi, c'est plutôt du beau travail. Le mixage est plutôt chouette, privilégiant une sorte d'épure à une lourde démonstration technique, mais c'est du précis. Bon calcul là aussi, d'autant plus que cette tactique de précision et de discrétion sied totalement à l'atmosphère et à l'histoire que le film cherche à développer. Bravo. Ceci dit, et je vais y revenir, cette photo et ce son ont aussi leur limite respective.
 
Malheureusement, le bât blesse sur bien d'autres points, et il n'est pas exagéré de dire que le film ne me semble pas complètement abouti.
Tout d'abord, le cadrage. Si les plans d'ensemble sont vraiment jolis, sans conteste, et c'est déjà réjouissant qu'il y en ait tout simplement, par rapport là aussi à la terrible réduction des échelles de plans dans le cinéma de ces dix ou quinze dernières années, par contre, dès qu'on rentre dans la spatialisation des décors et de l'action proprement dite, c'est beaucoup moins bien. Il y a notamment dans le film pas mal de dialogues, et là, on se retrouve face à des choix bizarres. Le nombre de gros plans et de plans rapprochés est impressionnant, et ça gâche à peu près tout. Ces cadres rapprochés n'ont aucune saveur particulière, sont assez laids et cherchent sur le visage des acteurs une émotion ou une force qui sont de toute façon impossibles à détecter de cette manière. Le gros plan, qu'on se le dise, n'est jamais une bonne solution, intrinsèquement, pour se "rapprocher" des émotions d'un personnage ou d'un acteur. De plus, un gros plan n'est pas, contrairement à sa réputation, un plan "psychologique", si tant est que cette notion de "plan psychologique" soit pertinente, chose dont je doute complètement ! [En fait, je pense que ça ne veut rien dire ; comme dirait Laurie Anderson et Steve Martin, faire des plans psychologiques serait comme "danser sur l'architecture" !] Tout l'effort de production dont on vient de parler s'écroule donc dans ces longs couloirs en plans rapprochés, d'autant plus, et c'est une deuxième faiblesse, que le montage est alors complètement asservi par le dialogue et le scénario. Bref, la mise en scène ne dit pas grand chose et devient assez mécanique ou illustrative, sans énormément de points de vue. En fait, même si le son est plus original, on pourrait lui faire, dans une moindre mesure, et ce assez largement, un peu le même grief. C'est assez joli, beaucoup plus tenu que l'image, mais plutôt illustratif. Ceci dit, vu la fainéantise du son au cinéma, je ne crois pas qu'on puisse reprocher cela à la réalisatrice. Le son est soigné, il y a quelques bonnes tentatives, c'est très travaillé. C'est déjà tout à fait honorable.
 
Le deuxième point qui me chagrine, c'est le scénario et la narration. C’est un peu dû au montage, bien sûr. Les deux sont liés, comme on l'oublie souvent. [Ou plutôt, le montage, ça devrait être 90% de la narration, en toute logique.] Le film trouve dans ce scénario les faiblesses qui font aussi les qualités du film. D'un côté, on a la volonté de faire quelque chose de plus subtil et de moins grandiloquent qu'à l'accoutumée, même si on se réserve des séquences plus maniéristes, comme celle de la fête foraine par exemple. Et d'un autre côté, l'histoire avance de manière assez laborieuse dans une sorte de grand brouillard qui rend le film entier un peu flou, un peu "défait". Non pas que tout soit à jeter, mais certains points d'achoppement ont du mal à passer. Les relations entre Andreas Wilson et Emma Griffiths Malin sont assez laborieuses à mettre en place, malgré une certaine simplicité (ce qui n'est pas un défaut, et n'est pas synonyme de manque de subtilité). Les deux se cherchent, certes, mais on bien du mal à ne pas se répéter, et ce jusqu'à ce qu'ils deviennent amants. On assiste à un jeu de chat et de la souris, où l’on invite l'autre à rappeler, et plusieurs fois. Alors qu'à mon avis, en une scène, c'était plié. On assiste donc à des scènes un peu bizarres et floues, comme celle où Griffiths Malin arrive dans le labo (au moment où le concurrent de Wilson vient de se faire mordre par le loup), et repart tout de suite, sans qu'on s'explique complètement pourquoi elle était venue, ou plutôt pourquoi elle apparaît là. Il y aurait eu des choses à condenser dans ces scènes-là, et pourquoi pas, des ellipses à faire. [Oui, finalement, c'est ça, le scénario est vraiment la pierre fondatrice, et dirige peut-être trop le film, là où la narration aurait pu avancer de manière moins mécanique.]
Du coup, la partie sentimentale, très importante, prend du plomb dans l'aile et parait bien artificielle, presque comme une branche rapportée, alors que non, c'est plutôt le contraire qui est voulu. Car le film raconte finalement un grand maelström de sentiments et de divers champs qui s'interpénètrent et perdent le personnage principal dans "le tourbillon de la vie", comme dirait la dame embaguousée du cinéma français. Or, si l’on constate ce maelström dans le scénario, on ne le ressent pas du tout dans le film, paradoxalement. Non pas, paradoxe, parce que le film est plus calme qu'hystérique, mais parce que le guidage scénaristique et toutes ses faiblesses semblent bien trop mécaniques. La perte de contrôle d’Andreas Wilson est donc théorique, et marche sur le papier seulement, sans que l'on ressente de véritable vertige. Ceci dit, si le montage avait été plus expressif, et si les couloirs de champs / contrechamps n'avaient pas obstrué le tout, la pilule serait sans doute passée. L'impression finale est donc, et c'est terriblement paradoxal, un manque de rythme qui n'a rien à voir avec l'ambiance douloureuse et feutrée (ou alors maniériste, ce qui aurait dû être une très belle dichotomie). Les scènes s'enchaînent sans qu'il y ait de véritables séquences culminantes, et on est déjà loin quand les scènes finales s'enclenchent.
 
Du coup, les points rigolos du scénario passent un peu à la trappe ou apparaissent avec une force moindre, noyés dans le reste. Il y a pourtant de bonnes idées : intérieurs claustros contre scènes de pleine nature, pression sentimentale affrontant la pression professionnelle, et dont les deux renvoient à une pression métaphysique ou morale plus intime, etc. L'idée de nous faire croire que le serial killer serait le personnage principal, mais finalement non, était pas mal vue (il disparaît presque au centre du film). Et puis il y a cette idée de croisement, un peu à la FARGO, entre le serial killer qui "s'humanise" et le scientifique qui devient agressif. Belle idée toute simple. On sent aussi, dans la scène de la fête foraine ou dans la dernière scène avec le serial killer (qui se finit sur un plan qui rappelle Hong-Kong, mais maladroitement, de manière trop ostentatoire), une énorme envie de faire quelque chose de fabuleusement maniériste (ce que d'ailleurs semblait suggérer la bande-annonce). Un maniérisme qui aurait pu contredire complètement, et c'était une très bonne idée, la sobriété du reste. Enfin, montrer que la société est tellement percluse de peur qu'elle ne peut que faire passer l'agressivité (scène de la transfusion, très belle idée...) et ne peut que refuser le miracle (...idée opposée à celle du serial killer qui, même si la situation se normalisait, ne pourrait jamais revenir dans la société, malgré l'expérience médicale, quasi-divine !). Voilà qui fait froid dans le dos.
 
Mais on a du mal à lire ce film, ou plutôt à entrer dedans, à se laisser transporter. Roselyne Bosch a essayé, et c'est tout à son honneur, le mariage de la carpe et du lapin (ce qui devrait toujours être le cas au cinéma), en naviguant entre deux pôles opposés : grossièrement, entre BIENVENUE À GATTACA (influence non cachée) et un cinéma maniériste plus difficile à identifier, De Palma peut-être... Bosch pèche, je pense, par une espèce de timidité, de modestie non feinte. En s'appuyant sur le scénario, qui a pensé à tout finalement, le film ne décolle pas, aggrave ses quelques défauts et plombe ses partis pris a priori sympathiques. On est trop pris par la main sans doute, le récit est trop introduit et surtout manque d'ellipses et donc de mystère. [Pourquoi n'avoir pas essayé de marquer le personnage de la victime, ici la sœur, d'une autre manière ? Voilà qui caricature un sujet déjà assez fantastique. La quête de Wilson aurait pu être suggérée, et non dite. Ça aurait été plus effrayant. Et le personnage de la victime aurait pu être détaché un peu plus du reste du film. Le fait que la victime soit tant reliée à Wilson me parait parasiter le reste, et alourdit drôlement le contexte. Ce qui était important, me semble-t-il, c'était qu'il se passe effectivement quelque chose entre le tueur et elle. Pas le reste.]
Enfin, un dernier point, qui me semble le moins réussi du film : le casting. Tout d'abord, les seconds rôles. L'assistante asiatique et le collègue noir du héros ne sont vraiment pas bien joués, et nettement en dessous des autres, sans conteste.
Le méchant concurrent, idée sympa que celle du pouvoir sous pression, est vraiment trop ouvert, presque aussi hors norme que le serial killer ! Je n’aime pas trop. Wincott le tueur est pas mal. Le directeur du labo où on l'enferme (avec sa perruque, et complètement folle) est par contre une idée très caricaturale, très loufoque, et qui me semble marcher à fond les ballons ! Ça, c'est presque grossier mais aussi très dérangeant (et très depalmesque) ! Andreas Wilson n'est pas mauvais, mais plombe le film : trop lisse, toujours sur le même ton, et vraiment sans nuance ni évolution. Gros point faible. Enfin, Emma Griffiths Malin (aperçue dans THE HOLE) a vraiment un physique et une tête hallucinants : pas extraordinaire au premier abord, mais très bizarre ensuite. Elle est trop en retrait, me semble-t-il, mais c'est très dur à juger, son personnage dépendant énormément de celui de Wilson... que je n'aime pas. Dur à dire donc, mais on aimerait bien la revoir, comme on aimerait bien voir un deuxième film de Roselyne Bosch, pour voir si elle continue dans cette voie, pourquoi pas, et si elle arrive à dompter son scénario, et surtout à lâcher les chiens qui pourront défendre comme il se doit des idées très sympathiques.
 
Du coup, je voulais faire un parallèle avec JARHEAD de Sam Mendes, mais ça sera pour demain ! À chaque jour suffit sa peine.
 
Dr Devo.
 
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Lundi 16 janvier 2006

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi

(Photo : "Ideas are beautiful !" par Dr Devo)

Chers Focaliens du Week-End,
 
Ça m'apprendra à ouvrir ma grande bouche, ça m’apprendra dit-il ! Bah, en même temps, c’est pour offrir, et c’est pour faire plaisir à nos amis du site CECI EST UN TEST (clique sur le nom pour aller voir), qui arrive toujours à dégotter des choses à droite à gauche qui sont très surprenantes, comme cette étrange analyse du dessin animé AEON FLUX, qui fit les beaux jours de MTV et de L’œil du Cyclone il y a quelques années. Très bel article, allez voir, même si vous ne connaissez pas le dessin animé (pour adultes) en questions.
 
J’ai accepté de répondre à ce questionnaire, un des nombreux qui circulent parmi la communauté bloggesque, un peu parce qu’ici, on aime les listes et les questionnaires, mais aussi, surtout, parce qu’Abie, la blogmeistre de Ceci est un test, a utilisé la psychologie inversée, procédé qui marche toujours sur les esprits faibles ! "Ah oui, c’est vrai, un de mes rêves les plus fous serait que Dr Devo réponde à ce questionnaire, mais il le fera pas…" Donc, voici mes réponses, qui vont être bien mièvres sans doute, ou bien banales. Mr Mort a accepté également de répondre (puisque je dois ensuite passer le questionnaire à d’autres personnes, voilà qui est fait !).
 
J’espère que ça vous détendra pendant le Week-End. C’est comme les suppléments week-end de vos journaux, qui n’ont rien à voir avec leurs propos habituels…
 
LE QUESTIONNAIRE DES SEPT TRUCS
 
7 choses que vous voulez faire avant de mourir :
 
Dr Devo :
1) Trouver un travail !
2) Refaire un voyage aux USA, parce que le premier, très court, je ne suis pas du tout sûr de l’avoir fait, à la réflexion, ce qui est beaucoup trop troublant.
3) Boire un godet avec un artiste BDS que j’aime bien, même si je ne suis pas fan hardcore. Pour la notion de Stars BDS, aller voir cet article.
4) Tourner ce fameux scénario, CARBON RIVER, avec que des pointures, en dépensant un fric fou dans des choses qui ne se verraient pas à l’écran (par exemple, en filant du caviar aux costumières), et humilier des stars sur le tournage en leur faisant faire des trucs oulipiens, ou en leur faisant respecter des consignes très techniques et concrètes (comme de la musique contemporaine). Puis, au montage, balancer tout ce que les stars ont tourné à la poubelle, ou utilisez ces rushes pour faire une émission de télé ! Il ne doit pas y avoir de stars dans CARBON RIVER car sinon, on ne peut que se douter de qui va mourir. CARBON RIVER est un slasher du type VENDREDI 13, mais avec une rigueur de mise en scène et de structure de scénario proche des époux Straub. Il y est beaucoup question des années 80 et de la définition du terme Misseuz-Dejonge.
5) Ecouter l’intégrale des émissions de feu le regretté Gérard de Suresnes, ouvrier somacotra que Fun Radio avait embauché (accident industriel), puis viré comme un malpropre.
6) Me laisser, au moins une année, soit : 1) sélectionner les films du Festival de Cannes avec une équipe que j’aurais choisie, ou 2) me faire président du jury, choisir mes jurés, et surtout filmer toute nos délibérations et réunions pendant quinze jours. Qu’une bonne fois pour toutes, les choses soit dites, et que les gens sachent comment ça se passe, et qu’on voit la coco et les petits fours ! Et qu’on parle de cinéma ! Ça ferait au final un documentaire exceptionnel, ou une émission de télé-réalité sublimissime !
7) Me raser le crâne, juste une fois, pour voir ce que ça ne donne pas !
 
Mr Mort :
1-regarder l’intégrale d’Ozu en japonais non sous-titré.
2-gagner au loto !
3-me faire refaire entièrement les dents, quitte à porter un dentier !
4-faire un documentaire sur les bals de fins d’année aux USA.
5-Obliger le gouvernement à ne mettre que des handicapés à la télé à la place des présentateurs actuels. Et attention, avec parité : 50% de handicapés physiques, et 50 % de handicapés mentaux. Avec obligation de les payer au même tarif. On verrait comment la France réagirait, ce serait très surprenant, j’en suis sûr !
6-faire une conférence à la FEMIS, diffusée à la télé en Mondovision.
7-jouer à un concert en live !
 
7 choses que vous faîtes bien :
 
Dr Devo
1) Camoufler le son.
2) Investir du temps dans des concepts dérisoires.
3) Le café !
4) Développer les concepts conçus pour peu de gens, mais qui mettent le doigt sur certains paradoxes (le bluastro, le misseuz-dejonge, le syndrome du Van Gogh à 3 Oreilles, les stars BDS, etc.)
5) Améliorer le cinéma mondial sur le plan qualitatif.
6) Cadrer sans viser dans l’œilleton de la caméra.
7) Les articles sur SAN KU KAÏ (chose que je partage avec le Marquis).
 
Mr Mort :
1-prendre des douches.
2- le café aussi !
3-écouter un album de Bernard Minet en entier, assis sur une chaise, d’ailleurs j’en ai un, ça tombe bien !
4-tirer au Famas.
5-m’endormir en moins de trois minutes, tout le temps, fatigué ou pas !
6- tirer le Yi-King.
7-coucher avec Angelina Jolie, mais j’ai pas envie…
 
7 choses que vous ne pouvez / savez pas faire :
 
Dr Devo :
1) gagner au loto.
2) parler anglais fluently.
3) me coiffer.
4) éviter les fautes d’orthographes.
5) travailler en musique.
6) donner des sous au Téléthon ou aux Enfoirés !
7) les soldes.
 
Mr Mort :
1-Le foot : je peux mais je ne veux point !
2-porter un T-shirt avec le nom d’un groupe !
3- adhérer à la fédération anarchiste : c’est débile !
4-le hip-hop.
5-le sexe sans les mains.
6-des questionnaires inter-blogs.
7-faire pitié !
 
7 choses qui vous attirent dans le sexe opposé
 
Dr Devo :
1) de quoi je me mêle ?
2) le mental.
3) le physique.
4) les kickers.
5) la voix.
6) ma mère ! (nonononon, je blague)
7) c’est bon, j’ai bon ?
 
Mr Mort :
1-le sein gauche.
2- le nez.
3- l’odeur.
4- le sein droit.
5- l’écartement entre les deux yeux.
6- ma grand-mère.
7- ta sœur !
 
7 choses que vous dîtes souvent :
 
Dr Devo :
1) Montage !!!!! En général sur le ton de l’entraîneur de foot sur le banc de touche, hurlé en pleine salle dans le noir.
2) Il est où le [mettre le nom de l’objet cherché] ?
3) Complètement baroque ! (Réponse soufflée par Madame, tic dont je ne me rends pas compte).
4) C’est la peau du Z.b ! Revient souvent.
5) Venez nombreux mais seul ! (Devise de l’Institut Drahomira !)
6) Que le monde aille à sa perte : « c’est la seule politique possible », d’après Duras Marguerite, qu’on peut dire d’une autre façon (c’est pas tout à fait la même nuance, mais bon…) : « On ne fait pas le bonheur des gens malgré eux ! ». Toutes ces phrases, je les ai apprises à L’Institut !
7) Petit Porcinet ! Belle expression désignant quelqu’un qui profite du système à mort pour se vautrer dans le bourgeoisisme total et l’abus de pouvoir, jouant le cynisme pour mieux se dégager de ses responsabilités envers l’Universel, ou l’Autre !
 
Mr Mort :
1)Z.bi !
2) Va mourir !
3) C’est comme ça que ça a commencé en 1933 !
4) Je suis vivant, vous êtes tous morts !
5) Je ne sais pas.
6) Je peux pas, mon chat est mort ce matin ! (en pleurant, très utile pour éloigner les télé-marketeurs !)
7) I Love Chineese. 
 
7 béguins pour des célébrités :
 
Dr Devo :
1) Ça y est, ça recommence… Hey, c’est pas ma réponse !!!
2) Jennifer Jason Leigh.
3) Toni Collette.
4) Jennifer Connelly, à n’importe quel âge !
5) Tilda Swinton : carrément la classe, mais là, c’est plus une admiration de type divin, je n’oserais jamais l’inviter au Bar Des Sports boire un verre ! Alors à la place, je dirais Emma Suarez ! Oui, oui, oui !
6) Ségolène Royale…
7) Hey, non, je déconnais, c’est de l’humour !
8) Olivia Williams.
9) Kate Winslett. Bon là, je crois que ça frise la perfection. Je pense que certains auraient mis des Jennifer Lopez ou des Angelina Jolie, mais bon, comme on dit, "on ne fait pas le bonheur des gens malgré eux !"
 
Mr Mort :
1) Kathleen Turner jeune.
2) Oui, Emma Suarez, et oui, j’ai copié sur le docteur. Il faut savoir s’inspirer des choses insurpassables !
3) Ségolène Royale vieille, ou alors Ana Torrent. [Sympa pour Ana ! NdC]
4) Alice Kridge.
5) Diana Rigg.
6) Linda Thorson.
7) Joanna Lumley, maintenant.
 
 
7 personnes dont vous aimeriez qu’ils répondent à ce questionnaire :
Réponses collégiales de Moi-Même et Mr Mort…
 
1) La collaboratrice à ce site, Anne Archy, qui vient d’ailleurs d’ouvrir un sublime site : cliquez ici !
2) Bertrand, du site NadjaLover.
3) Er-Töshtük, qui fait de très loin le meilleur blog du monde, et qui nous écrase tous, pauvres vermisseaux
4) Mr Plonévez, habitué du site, grand parleur et ami !
5) Proctoman, même motif, même punition.
6) Mr Mort, collaborateur à ce site ! (C'est fait !)
 
Ben je suis bien content de m’être débarrassé du bébé ! Ceux qui ont un site répondent sur leur site, et les autres ici en commentaires, mais tout le monde peut jouer bien sûr !
 
Ça sent vraiment le WE !
 
Dr Devo.
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Samedi 14 janvier 2006

Recommander - Publié dans : Ethicus Universalis

(Photo : "Tristesse + Douleur" par Dr Devo)

Chers Focaliens,

Il avait offert à Madame L'ABECEDAIRE de Gilles Deleuze en DVD, et Madame, à un autre moment, lui avait acheté le coffret Peter Greenaway, vendu par l'autre rapace avide en dollars, mais sans poésie, le défenseur du cinéma qui coûte la peau du postérieur. Et le hasard (et pour une fois non la coïncidence, comme aurait ajouté le poète-cinéaste), fit que nous fîmes (si je veux) un patchwork des deux sans vraiment le vouloir, et sous la vague influence a posteriori, et bien involontairement, de notre ami Tchoulkarine. Premier élément de l'anecdote.
Il se trouve que, bien entendu, nous avons commencé par la lettre A. Comme Animaux, donc. Deux choses gratuites et en suspens se rencontraient là avec humour, mais sans que je ne le décèle sinon a posteriori, et donc après le film (ou même pendant). Outre le jeu de mot de poêle apparent, la chose fut extraordinaire au plus haut point, quasiment divine, car il se trouve que le père Deleuze, que personnellement je ne fréquente pas du tout, c'était ici la première fois, donne une définition exacte de ZOO de Peter Greenaway, dans son bavardage. Exploit sémantique. Suivi d'un exploit structurel, si on peut dire, dans le sens ou l'intro de première partie deleuzienne formait un sublime double programme avec le Grand Film lui-même. Avant que Greenaway ne se déploie, déjà, nous étions dans sa logique, comme je le sus-citais plus haut, mais si vous ne l'avez pas remarqué, pas d'inquiétude, j'y reviens.
Le chat hurle à la porte, il veut sortir, je lui ouvre. Pardonnez-moi quelques instants.
Il s'en faudra de peu. En quelque sorte, bien sûr. Un simple accident survenant dans une séquence rythmique où, dans un premier endroit, un homme compte les pas d'un lion en cage afin d'en évaluer la distance, suivie dans un autre endroit par un homme qui photographie un gorille, encagé lui aussi et surtout unijambiste (le gorille, pas le photographe), suivi du comptage, once again encore, des numéros des poses prises sur le dit appareil photo. Il aura suffit de peu pour qu'un banal accident arrête les activités. Dans un troisième endroit, une voiture a un terrible accident. Un cygne tombe sur le capot, dans la rue du Cygne justement (mmmmm....), c'est-à-dire que l'endroit, le nom de la rue, est la Rue du Cygne, pour de vrai, je veux dire, devant trois énormes lettres néons bleu sombre formant le nom "zoo" (soit un Z et deux zéros), et sur le côté, mais toujours à proximité de l'accident, un panneau publicitaire pour Esso, avec son tigre de rigueur, panneau qui sera, notais-je quelques minutes plus tard, à l'arrivée des secours, remplacé par un autre, et nous verrons le colleur d'affiche soit recoller la nouvelle pub Esso, soit mettre une nouvelle pub (on ne sait pas quelle est l'affiche dessous et quelle est la nouvelle), provoquant ainsi un jeu de striures à la fois cache et cadre ("c'est comme au cinéma" dirait le poète acteur-chanteur), jeu qui tombe à pique dans ce passage où sera évoquée, pour la première fois mais pas la dernière, la figure du zèbre. À bord de l'engin, de la voiture... Non, un cygne tombe sur le capot, d'où accident et verre brisé sur l'asphalte en mille diamants (l'asphalte et le verre brisé, pas le verre brisé), la conductrice, grande et rousse, traversant le pare-brise, plan d'ensemble avec travelling avant, pare-brise brisé quand le plan devient rapproché, je note, elle traverse le pare-brise en criant. Ben oui, c'est de cris qu'il va s'agir, même s'il y en a peu (Deleuze que, tel le Gitan, je ne connais pas, avait raison, j'y reviens) ; les deux passagères à l’arrière, plus jeunes, sont inanimées, allez, on peut dire mortes, au moins en apparence, mais la caméra avance encore et l'image se fixe, en plein travelling resserrant et majestueux, c'est malpoli se dirent les spectateurs, le plan se fige donc au moment rigoureusement exact où le photogramme témoigne qu'une gerbe d'étincelles et donc de feu a envahi le fond du plan, qu'on croyait noir (ah oui, au fait, c'est la nuit), encore une surprise, même au fond, il y a un arrière-plan, n'en jetez plus, envahi à peu près la totalité de la surface transparente de ce sur-cadre que forme le pare-brise, arrière cette fois, suivez un peu ! Oooooh, des étince... se dirent les spectateurs, mais sans avoir le temps d'apprécier leur diffusion soudaine, puisque le plan se fige... et on s'aperçoit que la rupture rythmique est douze mille fois plus belle encore.
Il est évident qu'à ce moment précis, je demande à Madame d'arrêter la diffusion. C’est bon, me dis-je, cette séquence absolument courte... Oui, bon d'accord, je vous ai épargné le plan avec les enfants qui essaient de faire reculer le dalmatien assis au milieu du passage clouté (Dalmatien... Zèbre... Ça vient ?), et qui suggère le danger automobile (et qui arrive du reste, puisque l'accident que je viens de décrire a lieu, à un autre endroit certes, mais a lieu, comme une belle équation godardienne complètement résolue (ça fait toujours plaisir), et d'ailleurs, je note que le chien mourra suite à cet accident (et à un autre endroit, et spatial et temporel, que l'accident sur la rue du Cygne.. capice ?) une bonne heure dix plus tard ! J'ai omis cela pour faciliter la lecture de cet article. C'est bon, me dis-je en m'adressant à Madame, on va arrêter là ce film de cinq minutes (ben oui, ça ne dure que quelques minutes, tout cela, et by the way, le film fait quasiment 3600 mètres, c'est dire), c'est bon, ce film de cinq minutes, c'est le film du siècle, c'est un court-métrage OK, OK, OK, mais c'est bon, j'ai assez pour tenir jusqu'à l'année prochaine, où nous regarderons tout depuis le début jusqu'à la gerbe en plan fixe... Ah oui, plan fixe certes, mais fondu en noir et blanc à suivre, où le cadre se transforme en première page de journal relatant l'accident (CAPICE ? Ça rentre ?), page où l'on trouve deux autres articles complètement ostentatoires. Oui, c'est bon, on va arrêtez là, et l'année prochaine, on reprend du début et zouh !, on voit cinq minutes en plus, ainsi de suite pendant 36 ans, et là oui, la vie vaudra le coup, à moins justement que le film ne nous dise le contraire, d'ailleurs...
Je soupirais.

[Tout cela de tête, se dirent les spectateurs, c'est effrayant...]

Ce n'est pas qu'il veuille se vanter, non, c'est pas son genre, mais je reçois quand même plusieurs toiles de jute par la poste chaque semaine, remplies de lettres, de questions et de demandes de photos dédicacées, et bien souvent, on me pose des questions sur la dévédéthèque idéale, et j'aurais voulu être un cinéphile, et aussi un artiste, et je conseille, je donne des titres, je mets un peu de bonheur dans des existences ternes... par amour bien entendu, de mes prochains, en quelque sorte, je mets la bure très volontiers et réponds à tous les Raymond de la terre. Bon, ben tout ça, c'est fini. Achetez ZOO. Ça me fait mal de dire ça parce que le fric va aller à l'autre malfaisant, et que le coffret, fort bien fait d'ailleurs, est absolument hors de prix. Achetez le d'occasion. Comme ça, le malfaisant ne touchera pas plus d'argent. Ça me fait mal aux seins, décidément, mais bon, achetez-le quand même. À plusieurs, puis prêtez-le vous à tour de rôle. C'est mon seul conseil valable. Après, les plus rigoureux d'entre vous iront se faire harakiri en récitant un aillequoux sur le parvis de la mairie, et franchement, on ne saurait, dans l'absolu, leur donner tort. [Ceci dit, avant cela, videz les caches de votre pc, je ne veux pas lire dans les journaux : "Un site Web appelle ses adeptes au suicide !" Pensez aux autres que je pourrais, après votre disparition, conseiller de la sorte.] Ou alors, pour les moins fortunés, non, non, non, pour tous, vendez votre dévédéthèque entière pour pouvoir acheter ce film. Ça suffira amplement, merci. Ou alors, vérifiez votre médiathèque, et brûlez là s'ils n'ont pas la galette. Tiens, les patates sont cuites, pause donc.

[Un peu plus tard, au même endroit…]

Il est toujours difficile, en fait, de savoir ce qui reste de nos amours, profanes un peu, et surtout en ce qui concerne les sacrées. C’est comme si c’était hier, d’ailleurs c’était hier. La frontière dangereuse entre l’homme et l’animal (en l’homme), et je parle d’un point de vue philosophique ou plutôt, encore mieux, structurel… D’ailleurs, c’est animalité qui convient, et non pas animal, on est quand même pas sur un blog de chats… La frontière donc, c’est être à l’extérieur quasiment pour mieux être à l’intérieur, et c’est aussi l’absence qui révèle la présence, tu la sens, ma jambe (que je ne pousse même pas, contrairement à ce que nos nombreux lecteurs anglophones pourraient croire, c’est très sérieux) ? La présence dans la perte. Grâce à moi, Gilles fait un bisou, bon d’accord, post-mortem, mais bisou quand même, à Peter. Encore plus fort que tous les tunnels enfouis du monde. [C’est là que se joue le savoir d’ailleurs, diraient sûrement en chœur, et disent sûrement en ce moment, Tchoulkarine et Bernard RAPP au moment où ils lisent ensemble mais séparément ces lignes. Ce genre de tunnel vaut toutes les voies de communication du monde, et valent toutes les bibliothèques, et donc dévédéthèques – Oh par pitié, revendez tout.] Dans cette frontière, il y a des paradoxes, certes, mais la classe consiste, euh non… Je voulais dire, la grâce, non, je veux dire la transcendance, ce qui nous différencie nous, Moi par exemple, ou encore plus, tous les Moretti et les Beauvoix de la terre, ou les Renoir d’ailleurs (no offence, seulement de la modestie), c’est que notre homme, notre anglais, Peter, sait encore, aux confins des Territoires, ne pas abandonner ce qui lui a permis d’en arriver là avec tant de beauté : il fait encore, avant d’écrire (c’est qui le poussera à écrire), et au montage, et partout, arrivé là même où cherchent à aller tous ceux ayant un cerveau qui fonctionne sans être relié à la tripaille des émotions de mort de grand-mère (Deleuze dit ça aussi, décidément, on est plein claudisme coïncidental), même là, dis-je, Peter continue son but ultime : le tuyau de poêle. Retenez cette expression, car c’est elle qui compte. Tuyau de poêle. Visuel bien sûr, comme dans l’exemple de l’affiche Esso qui refera encore une apparition (c’est d’un ludique !), ou comme les deux poissons ovoïdes, plats et morts, qu’on a quand même mis dans un bocal pour les filmer (quelle classe, j’en pleurais presque, en plus de rire) comme deux gros testicules. Voilà. Bon exemple. La poésie et l’expre… Prenez la voix de Dali pour lire ça : l’Expression Cinématographique Elle-Même, c’est là qu’elle se joue ! Pas ailleurs ! Oui, oui, la technique, oui, oui, la photographie, oui, oui, la musique supra-belle et impromptue au possible qui se moque bien de la détresse des personnages (et Dieu sait s’ils souffrent), oui, oui, le jeu des acteurs (Andréa Ferreol à tomber, et puis merde à ceux qui ne croient pas cette parenthèse : que puis-je faire d’autre que de le dire, on ne fait pas le bonheur des gens malgré eux, et toutes les Justine du monde n’y pourront rien), oui, oui, le cadre, oui. Bon, c’est bien tout ça. Mais n’oubliez pas notre matrice : le tuyau de poêle, sans laquelle vos films ne seront jamais que de la déliquescence de sentiments, sincères peut-être, ça n’a aucune importance, mais périmés à l’instant même où vous prévoyez la date de leur exposition comme une bouteille de lait UHT (en ce sens, le Marquis a raison : Le Lait Lèche (lâche même) l’Athlète). Sans elle, la Matrice (mal, le mal est fait), sans elle, il n’y a… rien. De valable en tout cas. On parlera des "animals" (oui, faute d’orthographe et volontaire en plus, on appelle ça le Baroque, si je veux) et des têtes d’innocence perdue, tous enfoncés, en fait, dans leur médiocrité de petit récit de petit sentiment de très microscopique histoire. C’est nul. Reprenons plutôt la métaphore de RAPP Bernard (le vrai nous remerciera d’ailleurs un jour d’avoir permis la confusion avec lui, à travers de si belles choses), la métaphore dite de l’Archer Zen. Pour mettre ta flèche en plein dans le mille dans la cible qui n’est pas très loin (une dizaine de mètres), il faut viser le ciel. Visez Dieu ! Si vous ne le faites pas, vous n’avez aucune excuse, et ne venez pas pleurer si votre flèche vous arrive dans le pied. [Spéciale dédicace aux sus-cités aux deux endroits, qui eux trichent encore plus en rapprochant leur flèche, intention, de la cible, film. À chaque fois, c’est la flèche dans le pied, même quand la distance qui sépare le projectile de la zone à atteindre est de dix, douze, dans les meilleurs cas, quinze centimètres, c’est-à-dire la longueur de…
Le catéchisme, très nécessaire, et je ne gommerais aucune ligne, étant terminé, je vais donner de plus amples informations aux sceptiques ou aux perdus (je n’en veux absolument pas une seconde à cette dernière catégorie, bien au contraire). ZOO, c’est un film sur l’effroyable présence de la douleur dans son corps absent. Tristesse et douleur. La fantaisie qui suit n’est que cette question face à la mort, à son pourrissement et à la volonté d’atteindre un peu Dieu et son âme sœur sous toutes ces formes, quelles qu’elles soient, on sera preneur. D’ailleurs, puisqu’on en parle, vous avez remarqué comme le personnage principal du film, Felipe Arc-En-Ciel (il pousse ! C’est délicieux !), n’est pas mis en exergue question temps… on le voit deux fois. Basta. Importance dans le montage, certes, (surtout la première, j’ai cru que j’allais défaillir !), mais la classe d’être noyé dans le baroque du reste, chapeau ! Géniale, cette prise… de risque ! On sera mort à la fin de la chanson, le film est donc complètement précieux, savoure mon pote, savoure, et si nous sommes la dernier (héhé ! Oh ça va : si je veux…), personne ne nous enterrera. Tod ist ein Skandal ! Le Deuil. L’enfant témoin. Et la Fidélité, bien sûr. Vous savez tout.

Enfin, une note à mes amis  professionnels de la Profession. Messieurs et Mesdames, ce film est une honte, même si vous en êtes fans (en fait, vous ne l’êtes pas !), à votre profession entière, et dans toutes les branches (production, réalisation, distribution, techniciens de plateau, critiques, et bien entendu exploitants, etc.). Spéciale dédicace à l’affreux jojo de Libé (mais ne pas croire que je m’acharne sur ce journal ; j’aurais pu prendre un autre exemple), qui osa dire que dans le dernier (enfin l’avant-avant-avant dernier film de Greenaway), qui dit, donc, que TULSE LUPPER SUITCASES PART ONE : THE MOAB STORY, film dont l’accueil à Cannes fut désastreux, film sur lequel tout le monde est tombé comme un mendiant lynché par des gros bourgeois obèses sous prétexte que son ventre gargouilleux fait du bruit et les empêche de dormir, ce film (THE MOAB STORY…) que Bernard RAPP, le Marquis et moi-même placions comme le plus beau que nous ayons vu (au bas mot) l’année dernière, ce film que vous, chers lecteurs que j’adore, vous ne verrez jamais à cause des dits gens que j’accuse (comme Zola ! Oui ! Pareil ! Même importance !), ce film… Cher Monsieur de Libé dont j’ai oublié le nom (comme ça, Google ne vous dénoncera pas !), vous aviez dit que oui, oui, c’est bien, on a offert un Mac à Greenaway pour qu’il puisse monter son film dans sa cuisine, et que malheureusement, il a tellement fait joujou avec Photoshop qu’on ne lui a pas dit qu’il y avait sur l’ordinateur une icône (icône !!!!! Laurie Anderson disait… non, je le dirai plus bas !) CORBEILLE pour jeter sa merde baroque (je résume, bien sûr, mais il a utilisé stricto sensu la métaphore de la corbeille !), et bien, mon petit monsieur de Libé, vous et votre clique assassineuse de Mozart, en plus de nous priver de nous faire individuellement notre avis, ce que Dieu aura du mal à pardonner, et bien vous qui aviez sans doute défendu ZOO, vous auriez dû remarquer que Greenaway, dans THE MOAB STORY et dans ZOO, il fait la même chose : un plan=4 sur-cadres ! IL LE FAISAIT DEJA À L’EPOQUE DE ZOO !!!!!!! Bon sang ! Que vous soyez bête passe encore (et encore, d’autres derrière vous font un job payé au smic alors qu’ils ont plus de compétences que vous tous réunis), mais que vous soyez malhonnêtes, là non, désolé mais moi, ça ne passe pas, je refuse, et je dis non. Ce n’est pas que vous viviez au dessus de vos moyens avec des mensonges et une incompétence pareille (vous auriez dû faire le rapport entre les deux films), mais vous volez l’argent des autres, dont d’ailleurs une partie est l’argent du Peuple. J’espère que vos enfants vont bien.
Tout est dit, et il en reste… On reviendra forcément sur ce film, car c’est sans doute le plus beau du monde.

Visez Dieu ! La messe est finie !

Dr Devo.

PS : Au début des années 90, Laurie Anderson a eu cette phrase terrible et juste. Je re-situe pour les plus jeunes. C’était les débuts archaïques d’Internet, et c’était le début de l’hégémonie de Windows. Elle a dit, en parlant des gens de Microsoft et pas de leur patron : « Ces gens-là ne connaissent l’existence du mot « icône » que depuis deux ans ! » Transposez.
PS 2 : À la place de tuyau de poêle, vous pouvez mettre sériel ou oulipiste, bien sûr !
 
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Vendredi 13 janvier 2006

Recommander - Publié dans : Corpus Analogia

(Photo :"Manifesto" par Dr Devo)

Chers Focaliens,
 
Pas le temps de se reposer sur Matière Focale. Après le copieux article d'hier sur le palmarès de l'année 2005 (deux fois plus long qu'un article copieux habituel, et avec des millions de liens, une horreur à préparer !), on va se reposer en salles. Après le travail, le plaisir en quelque sorte. [Je signale que nous préparons un palmarès de l'année 2005, mais musical cette fois, et ça va décoiffer sérieusement !]
 
On se réfugie donc à toute vitesse dans ESPRIT DE FAMILLE (FAMILY STONE en VO), deuxième film de l'inconnu Thomas Bezucha (Bézu, quoi !), ici réalisateur ET scénariste. Pourquoi aller voir ce film ? Bah, je ne sais pas trop. Ça a l'air d'être une comédie, déjà, et je crois que la perversité de voir une comédie "de Noël" alors que l'événement est désormais périmé m'a amusé, je dois le confesser, comme une résurgence perverse de mauvais garçon ! Le casting a l'air relativement acceptable, avec notamment le grand Luke Wilson (frère de) qu'on ne voit plus guère, et dont j'avais remarqué dans le film annonce qu'il portait des joggings gris. Quelle bonne idée, car si quelqu'un peut porter des joggings gris avec une telle désinvolture, c'est bien Luke Wilson ! Voilà qui est à mes yeux suffisant pour faire chauffer la carte Pathugmont illimitée. [Je signale au passage que Pathugmont ne m'invite plus aux avant-premières et aux sneak-preview ! Pourtant, les questionnaires que nous avions remplis pour THE CONSTANT GARDENER étaient strictement anonymes ! Bizarre... Surtout que Kad et Olivier, puis Michael Youn, mange Google, vont venir présenter leur film respectif !]

C'est Noël ! [It's Christmaaaas in heaveeeeeen, chante encore à mes oreilles le décédé Graham Chapman !] Quelque part dans le New Jersey ou le Connecticut, dans une petite ville moyenne, gentiment bourgeoise, la neige étend son blanc manteau. Diane Keaton et son mari Craig T.Nelson (papa et grand-papa, habillé dans le pur style Werther's original, un peu comme le rôle qui fit de lui un papa acteur célèbre dans POLTERGEIST) attendent toute la famille. Et il y a du monde. Une fille enceinte pour la deuxième fois (Elisabeth Reaser, inconnue mais sobre) avec sa première fille de 8 ans, Luke Wilson, deuxième fils (et dont la profession est très bizarrement, et par un effet splendouillet de scénario que je vous laisse découvrir, documentariste animalier, ce qui n'a quasiment aucune importance dans le film), Rachel McAdams (espèce de clone mais en plus sortable de Denise Richards, que je n'ai pas eu la chance de voir dans RED EYE de Wes Craven), véritable petite peste d'ailleurs. Il y a aussi le plus jeune des fils (fin de vingtaine) qui est malentendant mais pas tout à fait muet (celui-là, je me le garde pour plus tard !), et enfin Dermot Mulroney qui, ô événement, vient pour la première fois avec sa girlfriend Sarah Jessica Parker. Et c'est là que ça coince.
Sarah est une businesswoman montée sur pile. Grande bourgeoise, ultra-psychologisante, coincée, pas tout à fait snob, mais très "prout-prout ma chère" comme on dit par chez moi. Elle est stressante et stressée à l'idée de rencontrer sa belle famille. Et eux, c'est plutôt la bourgeoisie décontractée et libérale de la côte Est. Dès le départ, Sarah aligne les bévues plus ou moins malgré elle. Elle se fait assassiner par Rachel McAdams, langue de vipère authentique qui la broie de son ironie impitoyable à plusieurs reprises, quitte à être extrêmement désobligeante. Le reste de la famille trouve qu'elle a un peu un ustensile de ménage qui obstrue son popotin. Et Sarah elle-même, stressée jusqu'à l’os, a tendance à provoquer les malentendus. Comme elle est extrêmement soupe au lait, ça n'arrange rien.
Dermot Mulroney a un problème. Keaton (sa mère, suivez un peu !) lui avait promis des années auparavant la bague de sa propre mère (à Keaton !) pour l'offrir à la femme qu'il choisirait comme épouse. Il lui demande donc la bague, car il compte demander Sarah en mariage lors du repas de Noël le lendemain ("apportez-moi un seau, je crois que je vais gerber", comme disait Terry Jones). Keaton s'y refuse catégoriquement : cette femme n'est pas pour lui !
Dermot est furax, et trouve tout le monde bien injuste avec Sarah qui, malgré ses défauts, est quand même la femme qu'il aime ! Et c'est vrai qu'à part Luke Wilson (un mec cool avec ses survêtements), tout le monde l'a un peu prise en grippe, la Sarah. Celle-ci décide d'ailleurs d'aller dormir à l'hôtel ! Ça commence bien. Elle appelle aussi sa jeune sœur, Claire Danes, pour venir à la rescousse parce que là, c'est la panique. Wilson apprend que sa mère (Keaton, suivez, je vous dis), est malade et que c'est sans doute son dernier Noël !
Le repas du lendemain soir se passe très bien. Tout le monde fait la connaissance de Claire Danes, une fille très simple et très chaleureuse contrairement à sa sœur psychorigide (quel mot !). L'atmosphère s'est nettement décontractée, mais Sarah fait une gaffe terrible. Le jeune frère sourd, mais pas muet, est aussi gay ! Et il sort avec un noir ! N'en jetez plus ! Ceci dit, il est accepté par tous dans cette famille très à la cool. Sarah fait une gaffe, malgré elle, que le copain noir du fils (joué par un acteur avec un nom) considère comme une insulte homophobe ! Tout cela va faire dégénérer les cartes des rapports humains de cette famille "hors norme"...

Après coup, je suis très étonné de voir l'affiche américaine du film ! Si ici, en France, on a joué le coup de la fausse photo de famille près du sapin, aux statesses, c'est une main de femme en gros plan sur fond blanc, le majeur avec une jolie bagouze de mariage, et qui fait un gros, gros doigt ! Slogan : "feel the love !". C'est très rigolo, et assez provocateur.
Rassurez-vous, il n'en est rien, et le film est plus proche des MARMOTTES et autres LA BÛCHE que du BAD SANTA que nous avions découvert l'année dernière. Malheureusement.
Quoique, après tout, peut-être les choses ne sont pas si claires que ça là-bas, chez nos amis américains. Après tout, nous n'avons pas cette tradition de film familial de Noël, et on ne saisit peut-être pas toute l'ironie de la ré-appropriation que constitue ce film. En même temps, c'est un désastre. Le film se veut incisif, oui, oui, mais pas trop. Et donc, ce n'est pas du BAD SANTA ou du Farrelly. ESPRIT DE FAMILLE reste avant tout un mélo ! Caramba !

La projection était assez splendouillette, d'ailleurs. Pas beaucoup de monde, mais beaucoup de gamins de 11-12 ans en vadrouille et bruyants. Pas hurlants comme cela arrive parfois, mais parlant de temps en temps ! Chose excessivement gênante, car le son était très doux, et même presque faible si bien que, même quand la salle était calme, il fallait tendre l'oreille pour entendre les dialogues. Un groupe de jeunes femmes sur ma droite furent moins bruyantes que prévu, mais consultaient quand même leurs sms pendant le film, faisant ressembler la salle à la piste d'atterrissage de Orly la nuit de Noël, avec les signaux lumineux et le sapin avec sa guirlande électrique. Je me disais que si, dans la salle, certaines personnes avaient payé leur ticket 7 euros, elles devaient être contentes du voyage !
Ceci dit, avec ou sans les gamins, avec ou sans les sms puissants comme des projecteurs de mirador, le film reste ce qu'il est. Peut-être ces gens dissipés m'ont-ils empêché de dormir au final.
Comédie et mélo riment avec gros sabots. C’est souvent le propre de la comédie américaine, même sympathique. Mais là, quel entrain à tout dévoiler tout de suite (évidemment, Luke Wilson fait les yeux de Bambi dès qu'il voit Parker : adieu suspense, veaux, vaches et cochons). Je crois que j'ai également failli rompre un câble lorsque je me suis aperçu que le jeune frère était homo, sourd, et que son mec était noir. En même temps, aucun des deux n'avaient le sida (ah non ! C'est Keaton qui est ici malade par contrat ! Déjà pris !), mais pour faire bonne figure, ils essaient quand même d'adopter un enfant !

Sinon, il ne se passe à peu près rien. Claire Danes débarque, beaucoup plus simple et sympathique qu'une Scarlett Johansson ou qu'une Kirsten Dunst (bon, les fans, on se calme : allez voir RENCONTRES À ELIZABETHTOWN et on en reparle !). Malgré tout, avec ses cheveux archi-trop châtains blonds, on tombe un peu des nues. Peut-être parce que dans pas mal de plans, elle est maquillée au lance-roquette (teint blanc, presque asiatique). D’ailleurs, le maquilleur de ce film devrait être interdit de plateau et condamné à voir des films de Bresson, parce qu'il a bien raté Sarah Jessica Parker. [Un peu comme ce coiffeur hollywoodien, responsable des cheveux dans COLLATERAL de Michael Mann, d'où le look albinos un peu too much de Tom Cruise, et qui a peroxydé tout le casting masculin d’ALEXANDRE qui, du coup, aurait dû s'appeler "Les Filles d'à Coté")].
Qu'est-ce que je disais ?
Ah oui... Donc, la Claire Danes débarque là-dedans, toujours plus sympa que ses concurrentes (et plus humaine, même si je préfère Anna Paquin, qui d'ailleurs parle le français couramment, avis aux producteurs et réalisateurs hexagonaux : on en a marre, des Judith Gordrèche et autres Marie Gillain !!!), certes, mais là, qui faisait un peu bourgeoise qui se la pète à la cool. Il faut dire qu'il faut bien qu'elle tombe dans les bras de Dermot Mulroney, gras et fadasse comme d'habitude, et surtout le plus collet monté de la bande.

Pauvre Sarah Jessica Parker ! Je n'ai jamais vu un épisode de SEX AND THE CITY, mais je viens de jeter un coup d'œil à sa filmographie. Ah oui, c'est vrai, elle a quand même fait deux Tim Burton, notamment ED WOOD où elle était très bonne. Pendant la projection, j'essayais de savoir où je l'avais vue... Impossible de citer un seul titre !
Ici, elle est mauvaise de chez mauvaise, ce qui est d'ailleurs à peu près le cas  de tout le monde. Son personnage de nunuche surclassée n'a aucun intérêt, et la pauvre est maquillée elle aussi par un peintre en bâtiment, et à l'aérographe. Sur un gros plan, ma voisine de droite a dit : "c'est un mec !", chose que j'étais effectivement en train de penser !  Malgré tout, la pire, je crois, c'est Diane Keaton. Et pourtant, j'avais vu quelques semaines auparavant TOUT PEUT ARRIVER, comédie romantique qui part relativement bien, et qui très vite se mullise, où elle était mauvaise au possible (et où tout arrivait, effectivement, car Keanu Reeves y était très bon !), ce qui me fit un choc, car je l'ai à la bonne, cette femme dont il me semblait pourtant qu'elle était une marrante et une iconoclaste. Ben non. Elle est nullasse. Mûre pour le sitcom ou pour DALLAS.  Une grimace à la seconde ! Vous pouvez imaginez ma tête quand j'ai compris qu'elle avait le cancer ! NON ! PAS UN FILM DE MALADIE !

En fait, à part les 20 dernières minutes (euh non... Soyons honnêtes, 8 dernières minutes), on est assez tranquille avec cette histoire de mort imminente. Bon, le réalisateur nous fait quand même un plan de "première fois" d'une grande putasserie qui rendrait presque sympathique la morne plaine qu'est l'ensemble. Ça commence par un dialogue entre Keaton et son mari. Oh Chéri, j'ai tellement peur de la mort ! Il l'embrasse, et là, oui, là oui, oh ouilà, elle a envie soudainement de faire l'amour ! Elle ouvre son chemisier, et on voit clairement la poitrine de Keaton. Bien sûr il lui manque un sein.

Bah, voilà, tu l'as craché ta valda, Bézu ! ESPRIT DE FAMILLE est le premier film où l’on voit une femme dont on a enlevé un sein. Et tout ça est amené avec classe, et sans la moindre gratuité, bien sûr, comme vous pouvez l'imaginer à l'aune du reste. Ça a du charme, une colonne de blindés qui vient détruire délicatement un petit village de cases en bambous !

Evidemment, la mise en scène est exquise ! Lumière hideuse et grisouille sans aucun effort, pas de son, pas d'échelle de plans (c'est plan américain ou gros plan, point barre), décor nullissime (l'hôtel !!!!!!!! C'est un escalier de maison, l'hôtel !), pas de cadrage, et que des bonnes idées (le bus qui emporte Claire Danes, snif-snif, mais qui s'arrête et la débarque : mais en fait, je t'aime !). On croit qu'on va vaguement se réveiller lors du quiproquo avec Luke Wilson (qui a pris le rôle, car déjà trois autres l'avaient refusé ! Dont Jonnhy Knoxville ! Véridique !), mais non... Ronflez bien, vous êtes en sécurité. [Le seul moment drôle, c'est quand Wilson, bien endormi sinon, regarde la veste qu'on lui a offerte et dit : "c'est du pied de poule ?", remarque absurde et ouf, enfin, de la gratuité, à la limite du pierodellafrancescisme !]
Et puis il y a cette fin interminable où l’on est tous copains, et la mort nous sépare, mais je mets une étoile dans le sapin pour me souvenir de toi, Maman chérie.

Chez Warner France, ils ont compris le potentiel de la chose. Je ne sais pas si c'est eux qui ont donné des consignes aux projectionnistes pour passer le film sotto voce, mais en tout cas, ils ont peinturluré le tout avec une VF absolument abominable, et faite une fois de plus en 5 sets par des comédiens sous-payés qui découvrent le texte devant le micro ! Plus qu'un mélo pas réussi, ESPRIT DE FAMILLE, qui est quand même un film sur une bague (!),  est l'incarnation complète du film de scénario certes, mais très mal écrit en plus, avec une characterisation des personnages absolument désastreuse, et qui manque complètement de naturel et d'humanité. Car c'est l'humanisme qui blesse mortellement le film. Ce monsieur Bézu qui réalise et écrit, et dont, rassurons-nous, ça devrait être le dernier film, pourrait être l'incarnation même du sale type. Un type qui exhibe son humanisme avec si peu de discrétion, si peu de fluidité et de manière si ostentatoire a sûrement des choses à se reprocher, héhé ! Et puis on peut faire des films sentimentaux qui ne soient pas que de la guimauve lacrymale (revoyez IGBY en DVD, avec Claire Danes justement, un des frangins Culkin (très bon d'ailleurs) et Bill Pullman dans son meilleur rôle, ou encore THE GOOD GIRL).
Le péché suprême et impardonnable, et oui, et peut-être encore plus que de faire du chantage aux sentiments, est bien sûr, Mr Bézu, d'avoir renoncé à toute mise en scène, même la plus basique.

Bézu, vous sortez !

Dr Devo.
 
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Mercredi 11 janvier 2006

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi
Superbes Focaliennes, Puissants Focaliens,

Après qu'elle eût expiré, et pas qu'un peu, tout le monde s'est précipité sur le cadavre encore chaud de l'année 2005 pour établir listes et comptes-rendus. Point de cela à Matière Focale. Nous nous sommes laissés le temps de la réflexion.
En fait, non, pas du tout. Mes collaborateurs et moi-même adorons participer aux listes et autres questionnaires, mais malheureusement, nous mettons souvent des millions d'années à répondre, et l'établissement du moindre classement nous plonge dans d'étonnantes affres. Quoi qu'il en soit, le voici, notre beau palmarès cinéma de l'année 2005, et vous allez voir, c'est du précis (et comme dirait la chanteuse : quand c'est précis, j'apprécie).

Nous sommes cinq à avoir répondu à ce stupide défi de faire un palmarès.  Et on a été assez étonné, quoique Bernard RAPP et Mr Mort aient senti le coup venir dès Septembre : c'est pour le cinéma une très bonne année ! Certes, les salles françaises ont connu du -10% de fréquentation, et du coup, tout le monde pleure (les Gentils sans doute). Nous, les Méchants, on rit. Je me souviens de mon Palmarès de l'année 2004. Dur, dur. Et celui de 2003, bien avant la  naissance de ce blog, fut plus terrible encore. Je n'avais cette année-là même pas dix titres de films un peu exceptionnels à proposer, et dès la place N°8, j'avais des petits métrages sympas mais sans envergure. 2005 brise largement le cercle, et inverse la tendance. Il y a eu quand même à nos yeux pas mal de bons films, et même beaucoup de films exceptionnels. On n'est pas forcément gâté de la sorte tout le temps.

Tiens puisqu'on on y est, je crois qu'il n'est pas inutile, non dans un but de moquerie, mais dans un but informatif, de jeter un œil sur les films que sont allés voir les Français en 2005. Voici donc le Box-Office 2005, avec ses entrées données ici en millions.

1-
STAR WARS III de George Lucas (USA) : 7.2 millions
2-HARRY POTTER ET LA COUPE DE FEU de Mike Newell (USA) : 6.7 M
3-BRICE DE NICE de James Huth (France) : 4.4 M
4-CHARLIE ET LA CHOCOLATERIE de Tim Burton (USA) : 4.1 M
5-MADAGASCAR de  Eric Darnell et Tom McGrath (USA) : 3.2M
6-LA GUERRE DES MONDES de Steven Spielberg : 3.9 M
7-MILLION DOLLAR BABY de Clint Eastwood : 3.2 M
8-MR ET MRS SMITH de Doug Liman : 3M
9-LES POUPEES RUSSES de Cédric Clapish : 2.9 M
10-IZNOGOOD de Patrick Braoudé : 2.5 M
11-KING KONG de Peter Jackson : 2.3 M
12-PALAIS ROYAL de Valérie Lemercier : 2.2 M
13-LES 4 FANTASTIQUES de Tim Story : 2.2 M
14-WALLACE ET GROMIT: LE MYSTERE DU LAPIN GAROU de Nick Park et Steve Box: 2.2 M
15-LA LEGENDE DE ZORRO de Martin Campbell : 2.1 M
16-HITCH de Andy Tennant : 2.1 M
17-LA MARCHE DE L'EMPEREUR de Luc Jaquet : 1.9 M
18-LE MONDE DE NARNIA de Andrew Adamson : 1.8M
19-JOYEUX NOEL de Christian Carion : 1.8m
20-ESPACE DETENTE de Bruno Solo et Yvan Le Bolloc'h : 1.8M
 
Voilà pour la Vox Dei. Le peuple a voté avec ses propres sous. Voyons maintenant ce que les collaborateurs de Matière Focale en ont conclu. Les règles sont simples : il s'agissait d'établir un top 10 ou un top 20 des meilleurs films, et aussi des plus mauvais. On pouvait commenter ou non son palmarès. J'ai demandé aussi à ce qu'on vote pour le Meilleur Acteur et la Meilleure Actrice. Voici ce que nous avons répondu. [Si j'interviens dans les différents palmarès, j'écrirai en italique afin de ne pas  confondre ma voix et celle du votant !].
 

PALMARES DE BERNARD RAPP

(Photo extraite du cycle TULSE LUPPER SUITCASES de Peter Greenawway)

Pas de commentaire chez Bernard RAPP.

Les 10 meilleurs films 2005

1- LIFE IN SUITCASES de Peter Greenaway (UK) : RAPP a eu la chance de voir le film dans la seule projection française, à Beaubourg. Gageons que comme les films de la même série, ce Greenaway ne sera jamais distribué en salles ! Vous ne verrez jamais ce film, sans doute...
2-MANDERLAY de Lars Von Trier (Danemark)
3-LA VIE AQUATIQUE de Wes Anderson (USA)
4-A HISTORY OF VIOLENCE de David Cronenberg (Canada-USA)
5- ex æquo : J'ADORE HUCKABEES de David O'Russel (USA) et PALINDROMES de Todd Solondz (USA)
7-INNOCENCE de Lucille Hadzihalilovic (France)
8- COMBIEN TU M'AIMES de Bertrand Blier (France)
9-CACHÉ de Michael Haneke (France- Autriche)
10- LE COURAGE D'AIMER de Claude Lelouch (France)

Les dix plus mauvais films 2005

1- CALVAIRE de Fabrice Du Welz (Belgique)
2- FLIGHT PLAN de Robert Schwentke (USA)
3- LES INVISIBLES de Thierry Jousse (FRANCE)
4- GARDEN STATE de Zach Braff (USA)
5- REVOLVER de Guy Ritchie (USA)
6- GABRIELLE de Patrice Chereau (France)
7- MA SORCIERE BIEN AIMEE de Norah Ephron (USA)
8- SIDEWAYS de Alexander Payne (USA)
9- UN VRAI BONHEUR de Didier Caron (France)
10- LE CERCLE II de Hideo Nakata (USA)

MEILLEUR ACTEUR : Gilles Gaston-Dreyfus dans AKOIBON de Edouard Baer.
MEILLEURE ACTRICE : Lily Tomlin dans J'ADORE HUCKABEES de David O. Russell

Bernard RAPP tenait également à signaler que certains films ne pouvaient figurer dans son classement des tout meilleurs, malgré leur exceptionnelle qualité. Il s'agit des films UNITED TRASH et HITLER, 100 JAHRE, deux films allemands de Christoph Schlingensief, et aussi L'EMPEREUR TOMATO KETCHUP du japonais Shuji Terayama. Ces trois films ont été présentés à l'Etrange Festival en septembre dernier à Paris. Non seulement ils n'ont jamais été distribués en France, mais en plus, ce ne sont pas des films de cette année, ce qui les exclue du classement. Par contre, RAPP tient à préciser qu'ils furent parmi les grandes choses de cette année. Même chose d'ailleurs pour THE CARD PLAYER de Dario Argento, qu'aucun distributeur français n'a voulu sortir en salles, et que nous n'avons pu voir qu’en DVD. This were the results from the RAPP jury !
 


LE PALMARES DE TOURNEVIS

(Jennifer Jason Leigh : photo extraite de THE MACHINIST par Brad Anderson)

LES MEILLEURS FILMS 2005:

1- THE MACHINIST, de Brad Anderson (USA/Espagne).

2- DE BATTRE MON COEUR S'EST ARRETE, de Jacques Audiard (France).

3- CLOSER, de Mike Nichols (USA/UK).

4- CALVAIRE, de Fabrice du Welt (Belgique).

5- KINSEY, de Bill Condon (USA).

6- SIN CITY, de Robert Rodriguez, Frank Miller & Quentin Tarantino (USA).

7- LA GUERRE DES MONDES, de Steven Spielberg (USA).

8- THE DESCENT, de Neil Marshall (UK).

9- A HISTORY OF VIOLENCE, de David Cronenberg (Canada/USA).

10- LADY VENGEANCE, de Park Chan-Wook (Corée du Sud).

LES PLUS MAUVAIS FILMS 2005:

1- 9 SONGS, de Michael Winterbottom (UK).

2- HAIR HIGH, de Bill Plympton (USA).

3- LES QUATRE FANTASTIQUES, de Tim Story (USA).

4- A DIRTY SHAME, de John Waters (USA).

5- BROKEN FLOWERS, de Jim Jarmusch (USA).

Meilleurs acteurs :

- Christian Bale dans THE MACHINIST.

- Liam Neeson dans KINSEY.

Meilleures actrices :

- Natalie Portman dans CLOSER.

- Laurent Lucas dans CALVAIRE (arf!)

Tournevis

LE PALMARES DU Dr DEVO


(Bryce Dallas Howard dans MANDERLAY de Lars Von Trier)


Quelques remarques tout d’abord. Oui, je le dis et le redis, l’année fut bonne, et je dirais même plus, ma théorie selon laquelle on voit plus de bons films en allant au hasard au cinéma et / ou sans lire les critiques et / ou en choisissant son film selon le numéro de la salle où il est projeté, c’est une bonne méthode ! Ça Marche ! J’ai vu 144 films cette année en salles. À ma grande surprise, la Répartition Progressive du Plaisir (indice RPP) est très élevée, jugez plutôt :
10,4% des films vus me semblent être des films pas très aboutis, plutôt maladroits ou qui ne décollent pas, mais sans être honteusement ratés ni bâclés. Ce sont ce que j’appelle les films MEDIUMS. Ils ont raté leur cible, mais il y avait du travail, en quelque sorte, ou plutôt il y avait de l’intérêt. C’est une Zone Grise que cette catégorie de film. Exemple : MON PETIT DOIGT M’A DIT, pas laid, pas sans talent mais grippé.
43% des films vus sont mauvais ou ratés. De manière ludique ou sérieuse, ils semblent être une perte de temps pour certains (les plus énervants) ou ne valent tout simplement pas le prix du ticket pour les autres. Certains de ces films ont fait de mauvais choix, mais je remarque que pour la plupart, ce ne sont pas des films ratés, mais des films d’une insondable médiocrité, dont le projet entier marche à l’envers, ou ils sont d’une bêtise insoupçonnée (je parle pas seulement des sujets de ces films, mais surtout de leur mise en scène).
46,6% des films vus sont bons !!!! C’est absolument énorme. Ils sont bons, ils provoquent du plaisir, ce sont parfois de grands films marquants ou des films divertissants. Ce sont des films pour lesquels, enfin, on se dit qu’on a bien fait d’y aller plutôt que d’aller boire une bière ou faire les soldes. Ce sont des films enthousiasmants, pendant lesquels on a l’impression d’avoir ressenti et partagé quelque chose.
Cette répartition est excellente et montre bien que globalement, l’année française de cinéma n’a pas été si catastrophique. Le nombre d’entrées ni changera rien.

Voici mon top10.

1-MANDERLAY de Lars Von Trier (Danemark) : articles ici et ici
2-LA VIE AQUATIQUE de Wes Anderson (USA) : pour l’avoir revu récemment, je me suis encore frappé la tête devant la complexité narrative du film, son équilibre pas si solide que ça et son univers très peu référentiel et très premier degré, contrairement à la réputation de "décalage" des films d’Anderson, qui sont quand même, en général, des drames. LA VIE AQUATIQUE est le film de sa montée en puissance.
3-CREMASTER 1 de Matthew Barney : tout ne marche pas complètement chez Barney, mais la démarche est sublime. Faire les films les plus fragiles possibles et faire en sorte que la porte d’entrée au film soit la moins aguicheuse possible, mais qu’une fois à l’intérieur, ce ne soit que baroque, luxe et gourmandise. Ses films sont sur le fil extrême entre le tout et le reste, mais travaillent sur des pistes manifestement très concrètes : le montage et sa vitesse, le timing, l’intention, etc. Ce CREMASTER, spécifiquement, est sublime avec ses deux ballons dirigeables au-dessus d’un stade de foot américain où défilent des Girls. Quand une hôtesse joue avec les raisins à disposition dans les dirigeables, la forme ainsi créée est aussi dansée par les Girls sur le terrain de foot ! C’est complètement KAVALIERE. Le début du CREAMSTER 5 (avec Ursula Andress et une très belle musique) m’avait également très ému, avant que nous ne soyons rattrapés par l’esthétique barneysienne elle-même. Dommage. Si jamais il envoie bouler sa propre esthétique, le travail de Barney pourrait être, d’une autre manière, drôlement intéressant. On aurait également pu inonder ce classement avec les films de la série CREMASTER mais je n’en garde qu’un.
4-INNOCENCE de Lucille Hadzihalilovic (France) : film vraiment sublime, complètement surprenant et inattendu. Tout le monde l’a oublié un an après, mais il faudra rendre justice à Mlle Lucille. La carrière en salles du film me semble désastreuse et largement injuste. Autre question : comment ce film a pu échapper à une présentation en festival ? Pourquoi choisit-on LEMMING à Cannes plutôt que ça ? C’est un scandale.
5-A HISTORY OF VIOLENCE de David Cronenberg (CANADA-USA) : ça se joue à peu, un classement comme celui-ci. Ne pas croire que cette cinquième place soit le signe d’un Cronenberg mineur. Jusqu’ici dans le classement, en fait, tous les films se valent et sont à tomber ! Un des tous meilleurs Cronenberg.
6- J’ADORE HUCKABEES de David O.Russell (USA) : film bousillé par la critique, dans un mépris total et meurtrier. Grand film populaire et complexe, …HUCKABEES avait tout pour casser la baraque et devenir une date… Mais les journalistes ont préféré nous vendre pour les mêmes raisons GARDEN STATE, COLLISION ou RENCONTRES À ELIZABETHTOWN, films formidablement maladroits (surtout le premier) et médiocres (les deux autres), des films sans ambition, très putassiers, et qui ne jouent rien d’autre que l’air des copains. Comme LES BRONZÉS, des films-cultes immédiats, du moins vendus comme tels, et que le public mange avec sourire sans même se poser la question du goût. Une étiquette sur un DVD de la Fnac n’a jamais été la marque de quelque chose de sérieux, et bien souvent c’est le contraire. Le public n’a que ce qu’il mérite. Après tout, s’il veut manger du carton plutôt que du foie gras, très bien. On se revoit à l’hôpital pour le cancer de l’estomac !
Mais pour la critique, c’est impardonnable. En plus d’être corrompus et ignares (ce qui est très grave, contrairement au fait d’être inculte, rappelons le), ils condamnent la France à la médiocrité et à la bêtise. Au final, la France est le pays des BRIGADES DU TIGRE, de MAGUY (avec Rosy Varte), ou de Carlos, quand l’Angleterre est le pays de CHAPEAU MELON ET BOTTES DE CUIR et de Joy Division. Pas la peine de se demander pourquoi…. Il y a toujours une raison de reporter la vision de I LOVE HUCKABEES, mais si vous me le permettez, chers amis, si vous n’y êtes pas allés, vous avez eu tort.
Enfin, honte à la distribution, qui là aussi, a dangereusement fragilisé le film… Relire l’article à ce propos.
7-COMBIEN TU M’AIMES de Bertrand Blier (France)
8-PALINDROMES de Todd Solondz (USA)
9 ex-aequo- CACHÉ de Michael Haneke (France-Autriche) et LAND OF THE DEAD de George Romero (USA)
10- LE COURAGE D’AIMER de Claude Lelouch (France).

Je note que derrière arrivent en rangs serrés : THE MACHINIST, MYSTERIOUS SKIN, REVOLVER, LA GUERRE DES MONDES, DEAR WENDY, LA VERITE NUE, LE FILMEUR, et un peu plus loin encore A DIRTY SHAME, LE CRIME FARPAIT, BLACK / WHITE, IN HER SHOES, THE JACKET, etc.

TOP des NULS

1-TRAVAUX, ON SAIT QUAND ÇA COMMENCE de Brigitte Roüan (France)
2-BRICE DE NICE de James Huth (France)
3-FOON (France)
4-LES SŒURS FACHÉES de Alexandra Leclère (France) et TOUT POUR PLAIRE de Cecile Telerman (France), L’ANNIVERSAIRE de Diane Kurys (France)
5- THE CONSTANT GARDENER de Fernando Mereilles (UK-Brésil)
6-COLLISION de Paul Haggis (USA)
7-STAR WARS III de George Lucas (USA)
8-SIDEWAYS de Alexander Payne (USA)
9-RENCONTRES À ELIZABETHTOWN de Cameron Crowe (USA)
10-THE AVIATOR de Martin Scorsese (USA)

Oui, là, géographiquement c’est plus concentré. Dieu merci, il y a un film anglais ! Et enfin pour terminer :
MEILLEURE ACTRICE : Lily Tomlin dans I LOVE HUCKABEES (sans concertation avec Bernard RAPP, malgré les apparences) et Jennifer Jason Leigh dans THE JACKET.
MEILLEUR ACTEUR : Jason Schwartzman dan
J’ADORE HUCKABEES.
S’il y avait une catégorie meilleur espoir, je donnerais le prix à Alison Pil (DEAR WENDY).

Je passe la parole à Mr Mort.


LE PALMARES DE MR MORT

(Kitten Nattividad et Udo Kier dans UNITED TRASH de Christoph Schlingensief)

Je ne suis pas du tout d’accord avec Dr Devo. Nous avons découvert les films de Schlingensief cette année, faute à un système de distribution vérolé. Ce palmarès reflète selon moi, non les meilleurs films réalisés en 2005, mais les meilleurs films vus en salles pour la première fois du 1er janvier au 31 décembre 2005. Je désobéis par conséquent à la consigne.

LES  MEILLEURS FILMS 2005

1- LIFE IN SUITCASES de Peter Greenaway (UK) : que fait la police ? Les films de Greenaway en salles, c’est désormais du passé. Comme si on interdisait Picasso d’exposition. Bravo la France ! C’est un des plus beaux films de l’Histoire du Cinéma.
2- MANDERLAY de Lars Von Trier (Danemark)
3- LE COURAGE D’AIMER de Claude Lelouch (France)
4- CREMASTER 1 de Matthew Barney (USA)
5- LES CHUTES, DISENT-ILS de Dr Devo (France)
6- 100 JHARE ADOLF HITER de Christoph Schlingensief (Allemagne)
7- INNOCENCE de Lucille Haldzihalilovic (France)
8- UNITED TRASH de Christoph Schlingensief (Allemagne)
9- Les 10 premières minutes de THE JACKET de John Maybury (USA) : le reste n’est pas infamant, mais ne vaut pas d’être dans le classement. Pourquoi ne pas avoir continué ?
10- FREAKSTARS 3000 de Christoph Schlingensief (Allemagne)

Suivis de près par REVOLVER de Guy Ritchie (USA), MOI, TOI ET TOUS LES AUTRES de Miranda Richardson (USA), LES JOURS DE BOTTROP de Schlingensief (Allemagne), CHARLIE ET LA CHOCOLATERIE, etc.
Je constate l’incroyable domination européenne…

LES PIRES FILMS 2005 : pour les classer, je propose l’ordre alphabétique :

1-THE AVIATOR de Martin Scorsese (USA) : la preuve que les journalistes n’aimaient pas Scorsese, puisqu’ils peuvent défendre ça au même nom que le reste ! Si ce film est bon, ALEXANDRE d’Oliver Stone et KINGDOM OF HEAVEN de Ridley Scott aussi, car c’est exactement la même chose. Copinage, là encore.
2-A BITTERSWEET LIFE de Kim Ji-Woon (Corée du Sud) : Ah oui, ça, on l’envoie direct à Cannes. Ça fait un film sublimissime en premier  (DEUX SŒURS) et après de la merde art et essai européenne. La seule hypothèse possible : il n’a pas réalisé son premier film lui-même. Il faut interdire à ce mec de faire de nouveau film : sale hypocrite !
3- COLLISION de Paul Haggis (USA) : bourgeoisisme encore, mais réactionnaire cette fois. Prône la haine des peuples comme réaction normale, et tout est dans tout, et réciproquement. Les bourgeois s’ennuient du peu de mouvements et de contacts dans leur vie. Qu’ils commencent par aller filer une clope au clodo à l’entrée du métro, et qu’ils constatent que ses doigts sont tellement gelés qu’il ne peut plus actionner le briquet. Et qu’ils commencent, s’ils veulent un monde meilleur, par ne pas appeler « Nounou », la femme qui garde leurs enfants…
4-THE CONSTANT GARDENER de Fernando Mereilles (UK-Bresil)
5-DANS TES REVES de Denys Thybaud (France) : oui, le rap est une culture minoritaire, oui, on les censure…. Je conseille, pour se guérir une fois pour toutes des faux rebelles (vrais petits bourgeois en fait) la visite dangereuse d’une Fnuck ou de tout autre mégastore. Ces rappeurs « sans le sou » ont le pouvoir, bien évidemment. Film opportuniste.
6-EN BONNE COMPAGNIE de Paul Weitz (USA) : film pour petit bourgeois entre deux passages de polish sur l’espace Chrysler. Ne pas oublier de tondre le gazon. Racheter du papier toilette.
7-GABRIELLE de Patrice Chéreau (France) : formellement, ce n’est pas le plus mauvais film de Chéreau, loin de là, mais c’est typique : le type a toutes les cartes en main, et réfute son propre film de peur de perdre son public. La logique marchande que s’impose tout seul le réalisateur détruit les quelques qualités formelles du film. Lâche et… petit-bourgeois !! Encore gagné !
8-LEMMING de Dominik Moll (France) : ah oui, ça bien sûr, ça va direct à Cannes.
9-LE PETIT LIEUTENANT de Xavier Beauvois (France) : les pires rêves d’André Bazin se sont réalisés ! Dr Devo, sors de la DS et règle son compte à Dogville !
10- TRAVAUX, ON SAIT QUAND ÇA COMMENCE  de Brigitte Roüan (France) : si les petits-bourgeois comme Brigitte sont pour la parité des sexes, qu’ils confient leurs enfants à un homme pour les baby-sitter !
 
MEILLEUR ACTEUR : Gérard Depardieu dans COMBIEN TU M’AIMES.
MEILLEURE ACTRICE : Brigitte Lahaie dans CALVAIRE.
Si elle pleure quand le bébé meurt, actionne la mitraillette.
La parole est au Marquis !

Mr Mort




LE PALMARES 2005 DU MARQUIS


(photo extraite de KRYZAR de Jiri Barta)

Triste réalité, je n'ai pas assez fréquenté les salles obscures cette année pour pouvoir proposer un Top Ten (mais je mentionne, pour le sport, A DIRTY SHAME de John Waters ainsi que LAND OF THE DEAD de Romero et SHAUN OF THE DEAD). Pour ne pas me laisser sur le carreau, le bon docteur me propose donc de pondre un Top Ten DVD. Comme c'est trop aimable de sa part, et comme cela me paraît assez difficile de réduire les quelques 600 acquisitions de l'année 2005 à 10 misérables petits titres, c'est donc deux Top Ten qui lui seront livrés. Pas de classement préférentiel de 1 à 10, je ne suis jamais très à l'aise avec le format par classement.

Le premier concerne les meilleures découvertes de l'année, ainsi que certains titres longtemps attendus. Tous ne sont pas forcément sortis cette année, mais c'est la partie subjective de ce classement que d'intégrer les éditions qui ont franchi les portes de mon manoir entre le 1er janvier et le 31 décembre de l'année qui vient de s'écouler. Par ailleurs, et dans la mesure où je n'ai pas envie de singer un best-of style Années Laser (visez un peu les Bônusses du Coffret Star Wars, slurp), les titres mentionnés le sont avant tout pour les qualités du film proposé, et non pas pour un travail éditorial spécifiquement soigné (mais, là aussi pour le sport, je félicite les éditeurs Wild Side Video et Néo Publishing pour le soin porté à leur catalogue et à leurs éditions, ainsi que Prism Leisure (alias Intégral Vidéo, alias Initial Vidéo, alias Lazer Films, alias ad lib) pour leur folie furieuse, leurs fautes d'orthographe, leurs titres fantaisistes, leur catalogue surréaliste, leurs résumés ineptes et leur malhonnêteté comique). Voici donc 10 titres que vous vous devez de présenter sur vos étagères.

CARD PLAYER, de Dario Argento (Italie, 2003) : une fois de plus, le dernier opus de Dario Argento n'a pas connu les honneurs d'une sortie en salles. Pour plus de détails, lire
l'article ici.

CE JOUR-LA, de Raoul Ruiz (France/Suisse, 2003) : Raoul Ruiz en grande forme avec ce film étrange, cauchemardesque et très, très drôle.

LA COMPAGNIE DES LOUPS, de Neil Jordan (GB/USA, 1984) : on aura attendu longtemps l'occasion de découvrir ce film superbe, l'un des meilleurs de Neil Jordan, enfin dans une copie de qualité et en version originale. Lire
l'article ici.

EUROPE TRILOGY, de Lars Von Trier (Danemark, 1984/1987/1991) : OK, je triche en casant trois films dans la foulée (ELEMENT OF CRIME, EPIDEMIC et EUROPA), mais dans la mesure où ils forment une trilogie et sont vendus en coffret, c'est permis. Excellente édition.

KRYSAR, LE JOUEUR DE FLÛTE DE HAMELIN, de Jiri Barta (Tchécoslovaquie/Allemagne, 1985) : discrètement sorti en DVD, cette petite merveille d'animation image par image n'est pas destinée à un public enfantin. Sa tonalité sombre, son abstraction et sa beauté à couper le souffle en font une acquisition indispensable, même si le film est court (environ une heure) et n'est hélas accompagné d'aucun complément de programme (d'autres courts-métrages du cinéaste auraient été les bienvenus, d'autant plus que son travail est aussi réputé qu'il est méconnu). A vos portefeuilles, c'est un ordre.

LES MONSTRES DE L'ESPACE, de Roy Ward Baker (GB, 1967) : ne vous fiez pas à ce titre français peu appétissant. Le film de Roy Ward Baker (QUATERMASS AND THE PIT en vo), le troisième, dernier et meilleur opus de la trilogie Quatermass est une des plus belles réussites de la Hammer, un film fascinant et très impressionnant.

UZUMAKI, de Higuchinsky (Japon, 2000) : tristement inédit en salles, le film est vendu en double programme avec l'exécrable St.JOHN'S WORT (HIRoKu THE GOBELIN de Tsukamoto aurait offert au film une réponse plus cohérente et plus intéressante). Lire l'article ici.

SERIAL KILLERS, de Mike Mendez (USA, 1996) : le premier long-métrage du réalisateur du grotesque (mais plaisant) LE COUVENT, hélas disponible en VF uniquement, ne vous coûtera presque rien et vous apportera beaucoup. Synthèse étrange entre LE SOUS-SOL DE LA PEUR de Wes Craven et FUNNY GAMES de Michael Haneke, le film trouve sa voie dans le développement d'un humour absurde qui rend le film passionnant et totalement imprévisible.

WALKER, d'Alex Cox (USA/Mexique/Espagne, 1987) : si je ne suis pas, personnellement, très amateur de son REPO MAN, le WALKER d'Alex Cox m'a complètement soufflé. Intelligent, dense, et particulièrement bon marché.

THE WASHING MACHINE, de Ruggero Deodato (Italie/France/Hongrie, 1993) : il avait été question de ce film sur Matière Focale (lire l'article ici) ; la révélation a été d'autant plus frappante et inattendue que je m'attendais à visionner une série Z - Deodato n'étant pas repéré comme un esthète, sans parler de la laideur de l'affiche. Pas de vost, mais le film vaut très largement le détour. Plutôt que d'investir 20 euros dans le piètre CREEP, lâchez deux euros pour découvrir cette petite perle, vous ne serez pas déçus du voyage.

Pour compléter cette liste, voici quelques titres qui méritent au moins une mention (dix, c'est trop court) : GOTHIC, de Ken Russell,
KUNG POW de Steve Oedekerk, LIMBO de John Sayles, MILLENIUM ACTRESS de Satoshi Kon, LE MORT-VIVANT de Bob Clark, NAKED de Mike Leigh, NECRONOMICON de Brian Yuzna, Christophe Gans et Shusuke Kaneko, THE NIGHT FLIER de Mark Pavia, PIEGE A HONG-KONG de Tsui Hark, SLASHERS de Maurice Devereaux, TEAM AMERICA de Trey Parker, THIS IS SPINAL TAP de Rob Cohen, TOURIST TRAP de David Schmoeller, VACAS de Julio Medem, LA VENGEANCE DES MONSTRES de Larry Cohen, LA VIE AQUATIQUE de Wes Anderson.

Nous en arrivons à un second Top Ten qui traite plus spécifiquement de la série Z. J'achète des navets au kilo dans l'espoir de mettre la main sur des oeuvres de cette trempe, au-delà du bien et du mal. Et en plus, j'ai la générosité de partager mes meilleures prises avec vous : je devrais vraiment me faire sponsoriser... Evidemment, la plupart de ces films sont proposés en DVD dans des copies médiocres et en VF uniquement (même si la VF contribue souvent à augmenter le plaisir, il faut bien l'avouer).

AU PAYS DE LA MAGIE NOIRE, de Lu Chin-Ku & To Man Fo (HK/Philippines, 1977) : le film est proprement indescriptible, mais il a pourtant été décrit dans ces pages.

LES AVENTURES GALANTES DE ZORRO, de William Russell (France/Belgique, 1972) : un obscur film de Zorro remonté et truffé de séquences érotiques softcore pour un résultat particulièrement débile, la palme revenant probablement à cette vieille femme hideuse errant dans le métrage en se lamentant ("Où il est, mon Zorro ?").

BEVERLY HILLS VAMP, de Fred Olen Ray (USA, 1988) : petit classique des vidéo-clubs, cette comédie débile met en vedette l'acteur Eddie Deezen. C'est profondément idiot et ça ferait passer Benny Hill pour du Bergman.

LE CLANDESTIN, de Greydon Clark (USA, 1987) : le film est disponible en double programme avec LE BATEAU DES TENEBRES, petite série B morne et sans saveur. Par comparaison, les aventures de ces Bimbos sur un yacht de dealers, confrontés à un chat mutant qui renvoie aux meilleures moments du Muppet Show - le tout avec un sérieux papal - nous permettent de mesurer la nuance de taille entre médiocrité à mourir d'ennui et nullité à en mourir de rire.

DRAGON BALL LE FILM, de Joe Chan & Leung Chung (Philippines, Taïwan, 1989) : cette tentative d'adapter en live le célèbre anime japonais (dont je ne suis pas du tout, mais alors pas du tout client) accouche d'un navet hystérique assez désarmant et franchement cocasse. Lire
l'article ici.

ECORCHE VIF, de Gabe Bartalos (USA, 2003) : difficile de dire que ce film surréaliste proche dans l'esprit de la filmographie de Frank Henenlotter est vraiment une série Z. Les moyens et la mise en scène relèvent indiscutablement du bis, mais le récit est en totale rupture avec les poncifs du cinéma de genre, et accumule les idées les plus bizarres avec une certaine poésie punk - pas de vost, et pour ce film, c'est quand même un peu regrettable.

MAC ET MOI, de Stewart Raffill (USA, 1988) : ce classique, remake officieux de E.T. produit par McDonald, ressemble à une publicité pour coca-cola d'une heure trente, c'est un film tout bonnement indispensable. Lire
ici et ici.

LA MAISON HANTEE, de John & Mark Polonia (USA, 2000) : le fait qu'un film aussi empreint d'amateurisme fauché puisse avoir été édité en DVD jusque dans nos contrées demeure un mystère impénétrable. Un remake d'
AMITYVILLE mâtiné d'EVIL DEAD et tourné dans une cuisine, ça vous tente?

LA REVANCHE DE SAMSON, de Sisworo Gautama Putra (Indonésie, 1987) : le film reste une des acquisitions dont je suis le plus fier. Ne vous fiez pas à sa jaquette qui le ferait passer pour un péplum télévisé à dormir debout, vous passeriez à côté d'un des pires films de l'univers, et vous vous priveriez de la séquence érotique la plus vulgaire et la plus drôle de l'Histoire du Cinéma (notez bien les majuscules, qui s'imposent).

LA REVANCHE DES MORTES-VIVANTES, de Pierre B.Reinhard (France, 1987) : en plein déclin du genre gore du film de mort-vivants, cet opus tardif et français en reste probablement l'illustration la plus désopilante. Je vous promets de francs éclats de rires et de grandes plages de perplexité insondable et zen. Et je souligne que ce film nul, nul, nul et re-nul est sorti (chez Néo Publishing) dans une édition d'un luxe surréaliste, qui pousse le bouchon jusqu'à proposer parmi ses bonus l'intégralité de la bande originale Bontempi. Mais à ce stade, il faut savoir que même les filmographies sont hilarantes. Incontournable.

Là aussi, une mention s'impose pour les titres n'ayant pas pu être intégrés à ce Worst Of : ATTENTION ENFANTS, de Mik Cribben, DEATH MASK, de Steve Latshaw, KING KONG II de John Guillermin, HOUSE IV de Lewis Abernathy, MEURTRE SANGLANT II, de Rob Spera, SHARK ATTACK III, de David Worth, méritent votre attention la plus poussée.

Un dernier Top Ten, à la demande du Docteur Devo, et celui-là sera plus expéditif. Comment économiser de l'argent ? En évitant d'investir, même presque rien, dans les films suivants.

BATTLE ROYALE II, de Kenta Fukasaku (Japon, 2003) : qui restera peut-être l'une des pires suites jamais réalisées. Jamais réalisée ? Si seulement...
Article ici.

BROCELIANDE, de Doug Headline (France, 2002) : revoyez un Argento, n'importe lequel, plutôt que cette soupe qui lui rend un hommage de la pire espèce (voir
article ici).

CUBE II, d'Andrzej Sekula (Canada, 2002) : le film apporte enfin des réponses dont on n'avait aucun besoin et propose une solution stupide au mystère soulevé par le film de Vincenzo Natali. Douloureux.

DE L'AMOUR A LA FOLIE, d'Antonia Bird (USA, 1995) : la déception rend sévère. Cette bluette mélo est totalement indigne de la réalisatrice de FACE et de VORACE. Aucun intérêt.

INDIANA JONES ET LA DERNIERE CROISADE, de Steven Spielberg (USA, 1989) : si vous appréciez les deux premières aventures du mec au chapeau, vous devrez malheureusement aussi faire l'acquisition de ce troisième volet perclu d'arthrite. Je préfère encore revoir LA GRANDE VADROUILLE, tiens.
Article ici.

I, ROBOT, de Alex Proyas (USA, 2004) : à moins d'être un fan de Will Smith, ça peut très largement s'éviter.
Article ici.

PREDATOR I et II, de John McTiernan/Stephen Hopkins (USA, 1987/1990) : je vais encore faire grincer des dents, mais tant pis, j'assume ma détestation pour ces deux médiocrités luxueuses que j'ai revues en 2005 pour m'assurer que je n'avais pas rêvé. Je préfère de très loin ALIEN vs PREDATOR.

RETROACTION, de Louis Morneau (USA, 1997) : ce film réitère une des expériences de cinéma les plus pénibles, celle de traiter d'un sujet prometteur en optant systématiquement pour les choix narratifs et esthétiques les plus désastreux.
Article ici.

SUBTERANO, d'Esben Storm (Australie/Allemagne, 2003) : un inédit qui aurait mieux fait de le rester. Pour une fois, ne soyez pas curieux, croyez-moi sur parole.
Article ici.

LES TEMOINS, de Brian Gilbert (USA/GB, 2002) : quand le réalisateur de JAMAIS SANS MA FILLE tente de faire du M.Night Shyamalan, ça fait vraiment mal au cul.
 
Le Marquis
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Mardi 10 janvier 2006

Recommander - Publié dans : Ethicus Universalis
(Photo : "Et il vu que cela était bon" par Dr Devo)

Aujourd'hui, nous accueillons, une fois n'est pas coutume, un lecteur dans ses pages. Vous avez peut-être déjà croisé Max, ça et là, dans les commentaires de ce site. Il nous lit depuis nos articles sur MANDERLAY. Nous avions déjà ouvert (et nous ouvrirons toujours) nos pages aux lecteurs qui veulent parler, ou rectifier le tir. Une rubrique existe d'ailleurs pour ça, mais elle n'a été utilisée qu'une fois, très courageusement, par Léna qui avait un avis absolument opposé aux nôtres sur MILLION DOLLAR BABY, mais qui a bien voulu s'expliquer, encore une fois avec un sacré courage, quitte à recevoir des commentaires assez violents, comme ça arrive quelquefois, malheureusement.
Je n'ai pas fait d'article sur ANGEL-A, mais, même si je ne suis pas complètement en osmose fusionnelle avec les idées de Max ça et là dans le détail, je crois que son article dégage beaucoup de points importants que je partage complètement, et avec humour qui plus est. Je suis donc très heureux de l'accueillir sur ce blog. J'ai raccourci d'une dizaine de mots le texte en accord avec son auteur, et ils sont signalés par ce symbole: [...]

Dr Devo.


"On ne parle que de ça, "c'est le plus beau film du moment et le plus beau film depuis un moment" (c'est Cauet, l'animateur, qui le dit), c'est du cinéaste le plus riche de France, le plus influent aussi, et sur l'affiche, il y a Jamel, qu'on aime à peu près tous. En bref, en avant pour un spectacle des plus distrayants, me disais-je, mes mains dans mes poches trouées, à la caisse de mon cinéma préféré, hier soir, parti pour voir
KING KONG, mais c'était complet.

Je voudrais commencer par parler de la campagne marketing du film. Enorme. La pub réalisée pour ANGEL-A est vraiment géniale. Besson a réussi à laisser planer un doute délicieux sur son film, tout en laissant filtrer suffisamment d'images pour qu'on ait l'impression que le film soitt réussi. Je suis persuadé que la pub associée à l'affiche du film assureront environ deux millions de spectateurs à Besson qui pourra continuer encore longtemps à produire courrageusement des films d'auteur ambitieux.

Même si Besson est loin d'être mon réalisateur préféré, j'ai trouvé les quelques films que j'ai vus de lui assez distrayants, et Jamel me fait souvent rire. Je partais donc avec un à priori presque positif. Seul doute obscure : le top-model, Rasmussen. Déjà, dans la bande-annonce, je trouvais les trois répliques sorties de sa bouche affreusement mal jouées... Mais optimiste, toujours optimiste, je me suis laissé convaincre que la bande annonce était maladroite, et que les pires scènes avaient été montées. Donc, heureux, prêt à accueillir un bon divertissement, et même ouvert à un peu d'émotion, on sait jamais, je retiens mon souffle alors que galope le cheval aux quelques millions d'euros de la société de production de Luc-mon-copain, avant que les lumières ne s'éteignent (et les plus fins lecteurs pourront y voir une puissante métaphore).

Pourquoi ce film m'a plu ?

Alors. La plupart des comédiens sont professionnels, et supplentent donc avec un professionnalisme total les membres amateurs du club Théâtre de mon lycée, par exemple. Jamel fait son travail, avec une naïveté assez émouvante, totalement dévoué au projet de Besson, et laissant de côté son ego sur-dimensionné : bon point. Je pense que monsieur Debouze peut devenir un très bon comédien, même sans faire le rigolo. C'est pas un scoop, mais c'est justice que de le rappeler. Les seconds rôles sont tous profesionnels, je pense en particulier à Gilbert Melki, qu'on avait pu voir dans les VERITE SI JE MENS. Il est assez drôle, très juste... il fait bien son travail. Les scènes les plus savoureuses sont celles qui confrontent Jamel et Melki (y en a deux ou trois). Les autres seconds rôles sont tous professionnels, eux aussi. Gardons le cas Rasmussen pour plus tard.

Maintenant, le reste.

La mise en scène. Je me demande si le noir est blanc faisait partie du projet initial. Voici mon idée : au montage, Besson s'étant rendu compte de la laideur exceptionnelle de ses images, s'est dit : "un petit reubeu, une grande suédoise : mais oui ! Du noir et blanc ! Je gomme les défauts esthétiques de mon film et en plus j'insiste bien sur le contraste physique entre mes personnages, parce qu'on sait jamais, ils risqueraient de pas comprendre." Que dire ? Non, "Besson ne filme pas bien Paris", connerie monumentale qu'on a beaucoup entendue durant la promo du film. Le Roi Luc, on pouvait s'en douter d'ailleurs, ne connait pas la ville dans laquelle il vit, et je n'ai jamais vue pires cartes postales que les scènes d'extérieur d'Angel-A. C'est quoi Paris, pour Besson ? Des ponts, le Sacré-Coeur, Notre Dame, et des boîtes ultra branchés dont 99% des parisiens ignorent même l'existence. Pas un seul passant. Les rues sont vides. La plus belle ville du monde a l'air d'être en carton, on a l'impression que la prod avait pas assez de sous pour engager des figurants. "Mais non, c'est voulu". Ah, oui, c'est un long et douloureux poème cinématographique, pardon (je vais revenir sur le scénario). Mais aussi poétique soit un film (et dire qu'Angel-A est poétique c'est un peu comme reconnaître de la poésie dans
LES CHEVALIERS DU CIEL (tiens, c'est pas produit par Besson, ça ?)), une idée de mise en scène qui apparaît aux yeux du spectateur comme une idée de mise en scène, qui crée donc une distance entre la forme et le contenu, un peu comme la perche de l'ingénieur du son en haut de l'image, ça ne peut fonctionner que si on est dans la mise en abyme, ou simplement l'ironie. Sauf qu'ici, point d'ironie, point de second degré, Besson s'est cru artiste, et c'est ridicule.

Le cadre est B(r)essonnien - efficace, "sobre" (en fait, pour ceux qui auraient trop de confiance envers les critiques "pros", rendez-vous compte que cette sobriété est d'un maniérisme absolument ridicule lui aussi). Entre Georges Lucas et Jean-Pierre Jeunet : entre platitude pseudo-lyrique et pseudo-lyrisme totalement plat. Quand Jamel pleure, c'est tellement faux, c'est tellement artificiel, c'est tellement bidon en fait, qu'il n'y a que deux explications possibles à cette performance de comédien : 1) On a foutu des goûtes d'eau dans ses yeux avant la scène. 2) Jamel s'est rendu compte à cet instant précis du tournage que sa prestation était pathétique, non pas par sa faute, mais parce qu'il était en train de se débattre dans une marre de boue et qui commençait à durcir [...] Sachant que Jamel a une très haute estime de lui-même, il y a effectivement de quoi pleurer.

Le Plan Du Film®©. Le plus grand moment de cinéma de ce début de XXIème siècle. Le summum de la puissance du cinéma b(r)essonien, au service d'un discours métaphysique d'une profondeur tout bonnement incroyable. La confrontation entre un artiste lyrique qui raconte sa rencontre avec JEANNE D'ARC, et son sosie en suédois... Du très très lourd. Ce plan, je vais essayer avec mes pauvres mots de le décrire - je n'ai absolument pas la prétention d'en restituer la puissance. Il y a Rasmussen, dans toute sa splendeur, dans toute sa grâce. Elle va sortir d'une pièce, après avoir expliqué à André (ça c'est le nom du personnage de Jamel... Funny, isn't it ? Ca vous rappelle rien ?) qu'il mentait à tout le monde, et pour commencer à lui-même. Et là, Besson nous fait une petite gâterie : au premier plan, des Ailes de Samothrace en carton ; au second plan, la tête de Rasmussen qui dépasse et semble être celle de la statue. Les ailes de Samothrace ont retrouvé leur tête : le symbole est beau, le symbole est puissant, le symbole est cohérent (cf. le scénario). Là, Besson nous dit que, avec sa caméra, en noir et blanc, à travers les mouvements indiscibles de son oeil de félin, il reprend le flambeau de tout l'Art Occidental, il pose la tête de son manequin à tête blonde sur l'art antique, et avec sa truelle pelliculisée il poursuit édiffication du pillier de notre culture que sont Les ailes de Samothrace. A en pleurer (de beauté, bien sur). La scène se finit dans une explosion d'émotion, alors que Rasmussen illumine l'écran et prend son envol, car, vous l'aurez compris, elle a des ailes.

Les acteurs. Comme je le disais, ils font (presque tous) leur boulot. Ni plus, ni moins. Le casting de ce film illustre parfaitement un (nouveau ?) concept dans le cinéma : le service minimum. Rendons hommage à la S.N.C.F et à la R.A.T.P., qui ont eu cette idée géniale, d'imposer le travail à des gens qui ne veulent pas travailler, dans des conditions horribles, et sans autre soucis que de gagner de l'argent pour l'entreprise (et donc se faire bien voir du patron). Les comédiens semblent avoir tellement de recul par rapport au film (j'excepte Rasmussen - j'y viens), qu'il est absolument impossible de s'identifier à leurs personnages. On ne voit pas des personnages, on voit des comédiens qui font (bien) leur travail. Tous les rôle importants sont joués par des acteurs connus qui font toujours la même chose. En dehors de Jamel qui essaie (en vain) de jouer son personnage d'André et d'oublier le comique qu'il est, les autres ne font que réciter leur texte. Et si ça fonctionne, c'est que leurs rôles sont tellement caricaturaux, tellement vides, qu'ils s'adaptent à ce qu'ils ont déjà fait des dizaines de fois. C'est plaisant, comme un téléfilm (on y vient), mais ça classe irrémidablement le film au statut d'artisanat, et non d'Art.

Rie Rasmussen. Là on touche au coeur du problème. La prestation de cette actrice... euh, non, de cette top-model reconvertie en actrice (notez la nuance, elle explique tout), est d'une puissance jamais vue. Tout de suite, j'ai su à qui me faisait penser cette comédienne : Maria, ma meilleure amie, lors du spectacle du club Théâtre au collège, en 4ème. Mais Maria n'avait pas de défaut de prononciation, ce qui rendait son jeu plus agréable, et elle essayait de ne pas réciter. En fait la ressemblance n'est que physique, Maria était à 13 ans bien meilleure comédienne que Rie Rasmussen, à bien y repenser. Je suis presque gêné de parler de ça, tant ce qu'a fait cette femme est honteux. A chaque fois qu'elle ouvre la bouche, durant le film, j'ai l'estomac qui se tord et j'oublie complètement l'histoire qu'on essaie de me raconter. Je ne vois plus qu'une femme qui n'a rien à faire là. Besson l'a décomposée, il l'a explosée. Il a recousu ses deux jambes au-dessus de sa tête, il a colé ses oreilles sur son ventre, et l'ayant mise dans l'illusion de participer activement à un projet artistisque, il l'a laissée s'achever elle-même. Voir une femme ainsi humiliée est insoutenable. Surtout qu'elle n'est même plus belle après trois plans. L'erreur de casting que représente cette femme, douée pour la comédie comme ma petite soeur de 8 ans et demie (je vous le jure, je vous le promets, vous avez ma parole : je n'exagère pas), est extrêment étonnante. A défaut d'être un artiste, Besson est un producteur efficace, et je me suis demandé pendant toute la première partie du film le sens de tout ça. Alors, d'abord, j'ai cru à l'ironie... qu'était mis en scène consciemment une mauvaise comédienne. Besson voulait-il créer une mise en abyme ? Une réflexion sur le mauvais cinéma, sur le charme d'un comique dans un rôle triste en face d'une femme belle mais qui ne peut pas exister réellement, qui est dans un autre monde, mis en relief par son jeu désastreux. Mais non. Je ne pense pas. Sa laideur devient évidente après une heure comme le regret que Besson n'ait pas choisi Mimie Mathy à sa place (je reviendrai sur cette comparaison tout sauf grauite), qui à défaut d'être désirable joue bien la comédie.

Le son. Là, ça devient drôle. Imaginez le "pouet-pouet" d'un mauvais Clown, les rires enregistrés d'un public métalique style AB production pour ceux qui ont connu ; entendez le célèbre "pa-pa-pa-da-da-pa-pa-da-da-da-da-pa-pa-da-da-da-da" des spectacles de cirque. Y a dans la bande son de ce film à boire et à manger, c'est très fort et même étonnant.

Alors d'abord, le montage son est parfois d'un tel mauvais goût, que j'aurais été gêné si son auteur avait 14 ans et me demandait mon avis à ce sujet. Quelques "délires" sonores (et visuels), qui n'ont de délirant que la prétention, et qui offrent un spectacle à peu près pathétique comme un solo de guitare électrique par un lépreux sourd-muet atteind de la maladie de Parkinson. "Tu-le-sens-là-le-montage-moderne-dans-ta-gueule ?"... je trouve cette aparté envers le spectateur que je suis assez désagréable. Et pour reprendre une image employée par Dr. Devo : il est très peu courtois d'éjaculer sur son spectateur, monsieur B(r)esson.

La musique m'a personnellement rappelé les films de Fred Coppula (petit clin d'oeil aux connaisseurs), mais on pense aussi très fort aux démos pré-installés sur les synthés pour enfants ("bip-bip-bip-bip-tu-du-tu-du-tu-du-du"), les sonneries des premiers portables, et les sonneries les plus ridicules. C'est entre la musique d'ascenseur et la bouillie musicale pour film porno, c'est moche, c'est totalement et indiscutablement plat, déjà entendu des millions de fois, et c'est tellement kitsh, que là encore, j'ai cru à l'ironie. Mais non. Je ne crois pas.

Le scénario, maintenant. Question qui me vient : est-ce que je dois vous révéler toute la subtilité d'un scénario dont la puissance et la finesse fait passer pour vulgaire le dernier film de Lars Von Trier ? Tout bien réfléchi, je vais pas me retenir. Toi, lecteur aveugle encore dans l'espoir d'un spectacle divertissant, fuis ce paragraphe, tu risquerais après de te tromper de coupable, et de me croire responsable de ton déinstérêt pour le film.

Pourquoi Besson a t-il voulu garder son projet secret jusqu'au bout ? La boucle se boucle : le scénario est un attrape-con incroyable. La plus grande imposture depuis que Dahan se soit foutu de la gueule de Zidane. (Rires enregistrés). On croyait voir un film romantique, on imaginait une oeuvre personelle d'un auteur mature, et enfin lyrique. (Rires enregistrés). Un petit reubeu, complètement caricatural (façon téléfilm) qui dans une situation totalement convenue (il va se suicider, une belle blonde aussi... début d'une rencontre : façon téléfilm) va vivre une histoire non seulement déjà vue des milliers de fois (si, si), dont chaque scène est attendue comme le naufrage du Titanic, mais surtout, surtout, qu'il faut lire au premier degré. A la fin du film, ce qui m'a le plus atterré, au point que, si ma mère était morte ce matin, j'en aurais presque eu envie de pleurer : Besson ne propose qu'une seule grille de lecture. Alors d'accord, c'est bourré de symboles (Cf. Le Plan Du Film®©), à tel point que ça en devient après trois minutes écoeurant ; mais ces symboles sont subtils comme la confrontation d'une septuagénaire sympathisante F.N. avec une arabe chef d'entreprise. Comme un mauvais téléfilm. Et c'est là que je voulais en venir.

Vous voulez-savoir ce que c'est, en vérité, ce film ? L'adaptation cinématographique de Joséphine, Ange-Gardien, la fameuse série qui passe de temps à autre sur TF1.

Besson a adapté cette merveilleuse série télé, dans laquelle un poireau difforme donne des leçons de moral à un personnage extrêmement caricatural, pour que la ménagère de moins de 50 ans (la fameuse) ait la larme à l'oeil. Sauf que Besson, qui a les moyens, a viré le poireau et nous a servi une magnifique pasthèque bien juteuse. Enfin selon l'étiquette. Parce que moi j'ai goûté, et la pasthèque elle est tellement dégueulasse que j'en suis venu à regretter le poireau (et j'aime pas beaucoup ça, le poireau).

Quel ambitieux projet ! Transposer sur grand écran un téléfilm, sans en rien changer. Je suis même persuadé que l'élite du cinéma français va bouder Besson, par jalousie. Par "l'élite du cinéma français", j'entends par exemple les 2 G : Pirès et Krawczyk, les illustres réalisateurs de la trilogie des TAXI et récemment des
CHEVALIERS DU CIEL. Ce projet leur allait comme un gant et je comprendrais leur aigreur.

En bref. Il n'y a pas de scénario. C'est le vide total. Besson a réussi l'exploit, pour quelques millions d'euros, de nous resservir Joséphine Ange Gardien, sans y rien apporter - mais c'est là que c'est drôle : l'original est mieux réalisé, mieux joué, et passe gratuitement à la télévision. Besson s'est cru tellement fort, qu'il a pensé être capable de réaliser un film lyrique à partir d'un scénario sans intérêt. Le problème étant que la mise en scène de ce film est désastreuse. En fait, c'est peut-être un peu triste. Pour poursuivre la comparaison avec la série télé, je prends plus mon pied à poser un regard vitreux sur les pubs au milieu d'un téléfilm, qu'à voir des plans de coupe dignes de PJ (encore une référence télé évidente dans le film, de cette série policière qui passe le vendredi soir sur FR2) au milieu des seconds dialogues les plus mal écrits de l'année, juste derrière le STAR WAR III, véritable leçon d'écriture il faut l'avouer. Besson essaie d'imiter ses maîtres (Lucas, Spielberg, et l'auteur de Joséphine, Ange-Gardien...), et pour se faire, il a passé le modèle au mixeur, et jugeant le résultat moyen, il a préféré nous servir les épeluchures. Original, ça, non ? Pour 100 €, des épeluchures de pomme de terre dans sa sauce eau non-potable. On ne s'y attendait pas, ça c'est sur !

Concluons. Une musique digne du meilleur cinéma porno, des dialogues dignes du meilleur cinéma porno, le rythme d'un métronome déréglé dans un montage parfois innexistant, parfois d'un mauvais goût délirant, digne du meilleur cinéma porno, le spectacle pathétique de l'auto-mutilation longue et douloureuse (et pour le spectateur) de Rasmussen, dont la prestation vaudrait à mes yeux une interdiction aux plus de 12 ans de ce film, les bavures de la lumière, dont j'ai oublié de mentionner les faux-raccords (ça c'est hallucinant ou la copie qu'on m'a servi était très mauvaise), des comédiens qui jouent leur rôle avec la même conviction qu'un acteur porno, tout ça forme une chose savoureuse comme le meilleur d'AMOUR GLOIRE ET BEAUTE, mais sans le second degré (pourquoi ne pas voir du seconde degré dans AMOUR GLOIRE ET BEAUTE ?), et sans le délicieux générique (rappelez vous les images du défilé de mode avec la fameuse chanson éponyme... ça c'était de la mise en scène !). Ce qui se passe durant les 1h30 de ce film est dégueulasse, comme ce que le porno a fait de plus trash. Besson est un personnage cynique, et je voudrais vomir sur ses cheveux décolorés le souvenir de son pire film, et du pire film qu'il m'est était permis de voir depuis longtemps, et qui me laisse un tel dégoût que j'aurais sûrement beaucoup de mal à revoir quoi que ce soit qui porte de près ou de loin son doux nom.

Monsieur Besson. Vous êtes parmi les hommes les plus riches de France pour votre travail de cinéaste. On s'en fout complètement de votre âme de Peter Pan névrové et lyrique comme une adolescente amoureuse qui tient un journal intime. Merde, quoi ! Comment as-tu pu oser nous servir ce plat dégueulasse ? Je pensais avoir encore des pates au beurre ...], mais c'est bien autre chose qu'ANGEL-A. Là, tu vas au de-là du fade. C'est inmangeable (et je l'ai toujours pas digéré). C'est de la dinette ressortie d'une cuvette, c'est pas bon et d'ailleurs peu hygiénique.

[...]


Max.


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Dimanche 8 janvier 2006

Recommander - Publié dans : Courrier des Lecteurs

(Photo : "Au Royaume des Sous-pulls, les Gilets sont Rois" par Dr Devo)

(Photo : "Au Royaume des Sous-pulls, les Gilets sont Rois" par Dr Devo)
Chères Espionnes, Chers Diplomates,

Je continue ma ballade de santé post-fêtes, et me pique d'aller voir quelques films au cinéma, en profitant aussi, le plus possible, pour aller voir une des nombreuses VO que mon Pathugmont propose dans le moment, d'un coup d'un seul. Ça le prend, des fois. La semaine prochaine, en principe, il devrait y avoir six films en VO sur 15 salles, c'est pas mal.
Je ne sais pas ce qui a pris le type qui change les affiches d'ailleurs. Il y a  deux ou trois semaines, ils annonçaient MARY de Ferrara, et il n'est pas passé dans mon pathugmont. Et là, l'affiche d’APPELEZ-MOI KUBRICK est encore en place, alors que non, il ne passe pas, le film ! C'est très décevant d'ailleurs, car dans la bande-annonce, très potache, on voyait quand même le réalisateur Ken Russell jouant son propre rôle ou presque, puisqu'il semble jouer un Ken Russell persuadé qu'il est Kubrick et régressant à l'âge de 5 ans ! Un rôle sobre, quoi ! Rien que pour ça, ça peut-être sympathique, non ? Et puis, je remarque que tout le monde est tombé sur le film comme sur le diable, ce qui était aussi le cas de J’ADORE HUCKABEES. Et enfin, faire quelque chose d'irrévérencieux sur Kubrick me paraît, de toute façon, une excellente chose.... surtout si on l'oppose, par films interposés, à Ken Russell, que je tiens à saluer ici publiquement. Bonne année Monsieur Russell.

En fait, je n'ai jamais souhaité autant la bonne année qu'à l'occasion du baptême de 2006 ! C'est déjà la troisième ou la quatrième fois, rien que sur ce site. Il y a deux jours, j'ai même envoyé une carte de vœux, ce qui ne m'arrive jamais. Une belle photo de Brooklyn en noir et blanc, la classe. Et pourquoi toutes ces précisions, me diriez-vous ? Je n'en sais absolument rien, mais il faut savoir que je suis allé voir GOOD NIGHT AND GOOD LUCK, de George Clooney. Si on en parlait ?

["Et si on restait ?" disait une pub il y a quelques années...]

Edward Murrow est un sacré type. Il travaille à CBS à l’heure où la télé n’a qu’une histoire récente, et c’est un inventeur-né. L’inventeur du reportage, c’est lui, les premiers duplexes, c’est lui, etc. Journaliste rigoureux, mais qui se lance tête baissée dans une certaine forme d’engagement partisan quand le sujet lui semble juste, il est très populaire et respecté.
Alors que le sénateur McCarthy traque le rouge comme des sorcières depuis déjà deux ans, Murrow décide d’enquêter sur un fait divers banal. Un ouvrier d’origine étrangère travaillant pour l’armée de l’air américaine est accusé d’être communiste et d’avoir été "intelligent" avec l’ennemi. L’armée aurait en effet retenu de sérieux documents contre lui, prouvant qu’il est un subversif  "commie". L’armée le licencie à sec. Et c’est là que le bât blesse. Les documents accusateurs sont top secret, ou plutôt cachés par l’armée pour des raisons de sécurité, et le pauvre ouvrier de l’Air Force a été licencié sans même passer devant une commission disciplinaire. Murrow lance l’enquête dans une de ses émissions. Comment peut-on virer et accuser quelqu’un sans qu’on sache qu’elles sont les preuves retenues contre lui ? L’émission fait l’effet d’une bombe. Le pauvre type est réintégré à l’armée, mais Murrow, par cette simple enquête, a mis le doigt dans une lutte acharnée contre le sénateur McCarthy, dont il va s’acharner à dénoncer la rhétorique et les méthodes. Une position pas si facile à tenir en ces temps où la télé est déjà très dépendante des sponsors qui l’utilisent comme médias publicitaires…
 
Ah, le maccarthysme ! Une position politique qui, à nos yeux contemporains, paraît bien naïve et bien caricaturale. Comment cela a-t-il pu exister ?, se dit-on de nos jours. C’est tellement gros. N’empêche, le phénomène gouvernemental a été une chasse aux sorcières très douloureuse, et les milieux médiatiques et artistiques en ont fait, notamment, les frais. George Clooney, personnage "liberal" (ce qui veut dire "de gauche" chez nos amis américains !), se lance donc dans ce film-portrait, engagé pourrait-on dire, quoiqu’il n’y ait, je pense, plus personne pour défendre les obsessions de McCarthy de nos jours, héhé ! Le cinéma a déjà jeté un œil sur la période. Je n’ai pas vu LE PRÊTE-NOM de Martin Ritt avec Woody Allen, mais par contre, j’ai essuyé LA LISTE NOIRE d’Irwin Winkler, poussive et c’est rien de le dire, dénonciation en forme de film à costumes, avec un De Niro (Oh no !) pas au mieux de sa forme, ce qui est assez souvent le cas. Bref. 
On le sait, les films à thèse, c’est pas mon dada, comme disait ce bon vieux Omar Sharif, et… [Tiens, en parlant d’Omar… Il a joué dans LE VOLEUR D’ARCS-EN-CIEL du grand Alejandro Jodorowski. Or j’ai appris hier que Jodo revenait aux affaires. Il a réussi à mettre en chantier, (enfin, ça fait un moment que ça traîne), la suite à son EL TOPO (film merveilleux, comme tous ceux de Jodo, dont je vous conseille particulièrement le splendide chef-d’œuvre SANTA SANGRE). Le film était bloqué pour des questions légales depuis des années, les ayant-droits du métrage original ne voulant pas les céder à son créateur ! Finalement, Jodo les a envoyés bouler en beauté. Son héros ne s’appellera plus El Topo, mais El Toro. Donc, ça y est, le truc est sur les rails, et ça s’appellera ABELCAIN ! Ce n’est pas une bonne nouvelle ça ?]
Donc, le film à thèse et / ou à message, ce n’est pas mon truc. Je n’aime pas. Les films à costumes, pour à peu près les mêmes raisons, ce n’est vraiment pas ma tasse de cyanure non plus. Or, le problème, dans LA LISTE NOIRE notamment, c’est que ce film cumule bien sûr les deux : la thèse et les costumes. N’ayant pas été emballé par le premier long-métrage de Clooney, CONFESSIONS D’UN HOMME DANGEREUX (scénario auquel Cronenberg s’intéressa fut un temps), sujet très intéressant, pas réussi du tout (c’était moyen), pas iconoclaste pour un rond, et pas très bien mis en scène malgré des velléités certaines de creuser l’expression artistique. [Faute aussi à un casting pas réussi du tout : héros morne (Sam Rockwell, décidément…), Julia Roberts franche-/fraîche-ment débarquée de Beverly Hills, et une Drew Barrymore qui fait tout ce qu’elle peut mais qui ne peut remonter le film à elle toute seule, la pauvre…]

Clooney continue malgré tout sur ce chemin, c'est-à-dire, continue de travailler son esthétique. On est frappé d’entrée de jeu par les qualités indéniables du beau noir et blanc, même assez expressif dans certains plans. Les plus sombres (presque noirs) sont vraiment très beaux. Chic, se dit-on pendant la tranquille exposition (un dîner) où la caméra balaye son petit monde par des petits panos.
Bien joué, George, une belle image, ça fait entrer dans la chose sans déplaisir, surtout que le rôle principal est confié à David Strathairn, dont j’ai vanté les énormes mérites lors de mon récent article sur LIMBO de John Sayles. C’est cet acteur au physique bizarroïde qui jouait également le papa de DOLORES CLAIBORNE (bon film, avec un plan qui vous fait uriner dans la culotte, tellement il est simple et vous fait peur !). Bon acteur.
Clooney choisit un sacré parti pris ! Faire son film quasiment en huis-clos. On ne quitte pratiquement jamais les bureaux de la CBS. Voilà qui devrait nous éviter le film à costumes et la reconstitution, me dis-je. Cette ambiance feutrée et larvée sent bon la clope et le travail dans l’urgence. Autre point intéressant, le son du film, pas spécialement iconoclaste ceci dit, bénéficie d’un enregistrement et d’une équalisation assez remarquables. Le timbre des voix, notamment masculines, est vraiment beau, donnant sa part forte au grain. C’est assez délicieux…
 
Tant mieux, car malheureusement, le reste du film, malgré son sujet, n’est pas très convaincant. C’est le projet global qui pèche. Même si l’effort dans la photo et la prise de son est réel et complètement louable, surtout par les temps qui courent, le film pèche par ses qualités mêmes de dispositif. Huis clos, certes, c’est intéressant. Mais d’un point de vue scénaristique, c’est finalement là que le film trébuche, curieusement. Très vite, on s’aperçoit que ce qui fait jubiler (et pourquoi pas) Clooney, c’est la reconstitution de l’enregistrement des émissions. Le propos aussi, mais plus encore cette reconstitution. Le huis clos, curieusement, se fait alors un rapport, un docu-drama en fait, de ce qui s’est passé et ce qui s’est dit durant les shows de Murrow sur McCarthy. Avec un grand nombre d’images d’archives à l’appui. Le film suit donc la chronologie officielle et publique des événements. Il ne se passe rien d’autre entre les émissions ? Si, bien sûr. Mais ce n’est pas bon, mais alors pas du tout ! Le calcul des intrigues de l’enfer du décor sont justement très mal choisies, ou du moins mal utilisées. Première intrigue, les relations et les secrets entre Robert Downey Jr. (très bon et sobre au demeurant) et Patricia Clarkson (la maman trop émotive de DOGVILLE !). Les enjeux les concernant sont assez flous, je trouve (qu’est-ce que ça vient faire là, cette histoire de mariage ? Signe des temps ? Si c’est le cas, ça prend évidemment trop de place, pour un détail !). Leurs rapports mi-figue mi-raisin avec le MacCarthysme sont soit flous, soit simplets. On peut voir là une volonté d’aérer le récit (dans ce cas-là, faudrait savoir, petit George…), sans doute, mais alors avec maladresse. La mise à l’épreuve du passé des journalistes peut être aussi une piste intéressante, mais elle est emballée-pesée en une scène et un plan (l’interrogatoire, sans le son d’ailleurs). Les pressions de la direction ? Pas vraiment réelles, ce sont des inquiétudes plutôt, et au final, le grand manitou de la chaîne, joué par Frank Langella, soutient efficacement son équipe. [La dernière scène avec Langella est un des moments les plus incarnés du film : il est vraiment excellent une fois de plus dans cette scène. Il engueule ses journalistes avec fermeté, rigueur et respect, des nuances contradictoires dans le contexte. Les acteurs US sont vraiment forts pour faire passer deux sentiments contradictoires à la fois, pas de doute !]
 
En fait, la sous-intrigue la plus intéressante, et qui est d’ailleurs celle dont Clooney, c’est ostentatoire, est le plus fier, concerne celle d’un collègue de Murrow, travaillant aussi sur CBS comme présentateur, et qui fut victime d’une campagne de presse malhonnête de la part des journaux conservateurs de l’époque qui, à travers ce gars, ont visé Murrow lui-même. Murrow étant trop irréprochable et populaire, ces médias ont attaqué son collègue. Bonne nouvelle, ce personnage est joué par le fabuleux Ray Wise (que le Marquis et moi avons rencontré, ou alors c’est son sosie parfait, dans un bar breton une fois. Il faudra que je vous raconte ça !). Chic alors ! Retrouver le papa de Laura Palmer (TWIN PEAKS) est toujours un plaisir, malheureusement beaucoup trop rare. Wise est encore une fois très bon, mais… Il révèle, bien malgré lui, un problème de direction d’acteurs, qui révèle lui-même un désastreux effet de scénario. Clooney veut, et ça crève les yeux, faire de ce personnage la carte maîtresse de son film, et il l’amène en sifflotant, l’air de rien… mais de manière si… Comment dire… C’est comme quelqu’un qui essaie de passer dans un bureau où travaillent ses collègues pour écouter en loucedé les conversations, et qui, ce faisant, sifflote comme un gars décontracté, mais avec une telle insistance que tout le monde dans la pièce voit comme le nez au milieu de la figure que ce type-là fait tout sauf passer par hasard ! Ici, c’est pareil, en dix secondes de Ray Wise, j’ai su immédiatement (alors que je ne connaissais pas, bien entendu, le destin de ce personnage réel) comment allaient se terminer les choses pour lui… C’est inscrit au milieu de sa figure. Et là, je vais me faire une transition en or ! Car non seulement le fait que Wise soit gentil comme un agneau dans ce monde viril de journalistes (on les imagine tous comme des aventuriers, alors que Wise ressemble à un type discret, c’est déjà louche, et de fait, ça le met en exergue et le sépare du groupe), il est drôlement mis en valeur, là aussi en sifflotant dans le mégaphone, par le montage lors des scènes de groupe ! Clooney insiste, insiste, encore et encore, sur les coups d’œil "discrets" de Strathairn sur Wise, et dans au moins deux scènes en plus ! Et vu la gueule de chien battu de Wise, et ses grands yeux de Bambi effrayé, on a vite compris où tout cela aller se terminer. Evidemment, ça ne rate pas ! Et ça se voit d’autant plus que c’est dans ces seuls moments que Clooney fait un peu de montage…

[Tu la sens, l’articulation qui monte.. ?]

Ben oui. C’est bien beau de faire du costume et de ne rapporter que des faits connus et objectifs, mais c’est dans ce personnage mal dégrossi de Ray Wise qu’on s’aperçoit que le film, malgré sa photo et sa prise de son, n’est qu’une reconstitution stérile, et en cela, un vrai film à costumes. Parce que le montage, bien sûr, est très feignasse. Pas ignoble, pas douloureux, juste morne et sous somnifère. Et le cadre, et le reste de la mise en scène (banals, eux aussi), ne font rien pour rattraper la chose. Ah ça, pour sûr, l’écrin est très beau ! Mais le bijou, bof-bof… Clooney panotte à la cool, et c’est la seule marque, transparente bien sûr, de mise en scène stricto sensu.  Les plans se répètent tranquillement, sans choquer une fois encore, mais avec une mornitude (si je veux) affirmée qui rend l’ensemble simplement "médiocre" au sens étymologique du terme. Alors quand George filme Ray et utilise tout à coup le montage, tu le sens, le cinéma qui monte ! Tiens, il a retrouvé les ciseaux, et on se dit bien sûr : "Je crois qu’il essaie de nous dire quelque chose", détruisant par là même son effet de suspense.
Ben oui, le film au final est vraiment un film à costumes, avec son cortège de fantômes objectifs et froids. Comme il a bousillé par maladresse la seule sous-intrigue signifiante du film, Clooney est pris fort au dépourvu, à l’heure de mon bisou barbu. Quel est l’intérêt du film ? Pourquoi ne pas avoir fait un documentaire ? Que nous apporte la reconstitution ? Bah… Euh, rien ? Ben oui. On se coule dans le film comme dans un ascenseur, on attend l’étage de la sortie. Mais il ne se passe rien. Et surtout, outre les pauvres qualités du projet tel qu’il est développé in fine, on se demande comment Clooney envisage la mise en scène. De la photo et du son ? Non, bien sûr. Au final, il se retrouve non pas avec un film infamant, mais avec un film d’une banalité extraordinaire. Un film qui vise le moyen, dont on pourrait presque croire qu’il vise l’anonymat. Drôle de tactique, et sans nul doute, pour un "artiste", péché mortel.
 
Je passe sur le vrai truc énervant et antipathique (le seul) du film : l’intervention ignoblissime de la chanteuse de jazz (très bien enregistrée d’ailleurs, et pas trop mal filmée dans le premier passage). Que c’est artificiel et cliché !  Bizarrement, on a l’impression que le film se met à faire le trottoir. Et évidemment, quand les événements deviennent dramatiques, elle nous balance (et c’est quand même le quatrième passage de la même scène ! Faut pas déconner !) une chanson triste qui "sent bon le ton Holliday" comme aurait pu dire Michael Lerner dans BARTON FINK. Cette fausse ambiance, cadrée comme ces photos de jazzeux qu’on trouve dans les brasseries en poster, fait furieusement ressembler ce film à, comme je le disais plus haut, un ascenseur. [Je note que dans le dernier passage triste de la chanteuse, bien sûr, et je m’y attendais, elle fait un "Ouais, c’est bon ça ! Super prise !"  absolument immonde, et là Clooney le fait par volonté et non par maladresse bien sûr).
Ça, c’est vraiment énervant et un peu dégueu. Mais pour le reste, oui, c’est vraiment un film à voir entre deux rendez-vous importants, s’il n’y a plus de place pour aller, justement, boire une tasse dans une brasserie en lisant son journal. De très bons techniciens ne suffisent pas pour faire un superbe film, et GOOD NIGHT AND GOOD LUCK, en voulant l’éviter à tout prix, est un banal film d'ascenseur (nouveau concept !) qui sera parfait pour nos prochains Dossiers de l’Ecran.
Ça ne respire pas la personnalité. On se demande comment Clooney, en fin  de compte, a réussi à ne pas voir le fabuleux REVELATIONS de Michael Mann. Il est peut-être là, le vrai mystère du projet de ce film qui n’en a, justement, aucun.

Bisous, bisous…

Dr Devo.

PS : Dans le casting plutôt sympa de ce film, il y a Robert Burke un des acteurs fétiches de Hal Hartley, dont j'avais parlé à propos du film NO SUCH THING. Malheureusement, je ne l'ai pas vu passer ! Rigolo, non ?
 
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Vendredi 6 janvier 2006

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi

(Photo : "K-k-k-k-k-k..." par Dr Devo)

(Photo : "K-k-k-k-k-k..." par Dr Devo)
 
Chères Calamities, Chers Jesses,
Un nouveau tour de piste commence, et c'est avec plaisir que je reprends les affaires focaliennes en main, d'une main de fer, comme vous le savez. Le Dr est de retour, un peu reposé, dans sa daïtcha au bord de la Mer Noire, et il est prêt à conquérir des pays entiers. Meilleurs vœux à vous, de conquêtes ou autres, du moment que vous vous sentiez bien, ou au moins mieux !
D'ailleurs à ce sujet, Pierrot, blogmeistre du blog d'à côté, s'inquiète de ne pas voir le bilan de l'année ciné 2005 arriver ! Il faut dire que le garçon, très sympathique au demeurant, est un vrai mordu de la liste ! Qu'il soit rassuré : oui, oui, la liste est en cours. La mienne est faite, j'attends celle d'un collaborateur à ce site pour faire l'article. Il sera d'ailleurs bougrement copieux, cet article, mais laissons un peu de suspense planer...
Retour en salles. Retour au cinéma Pathugmont. J'avais gagné un petit café en réservant ma place, je le bois. Pas souhaiter bonne année au contrôleur ou à la caissière. J'arrive dans mon cinéma (c'est quand même ma co-propriété), comme un lord dans ses dépendances, OK d'accord, mais pas celui de l'abominable promesse qu'est le film-annonce d’ORGUEIL ET PRÉJUGÉS d'après Austen, qui a l'air aussi franc et malin qu'une bande de skinheads éméchés débarquant en masse dans le hall du musée d'Orsay. Ça va être grand ! Le film à costumes est de retour, comme souvent en début d'année, la bonne période, c'est janvier février, prépare ton bazooka, camarade ! La chasse est ouverte.

Nicolas Cage est fils d'immigrés russes. Commençant sa vie en Ukraine à Odessa, pour la finir à Little Odessa (hahaha !) à New York. Les parents ont dû se faire passer pour juifs pour pouvoir fuir en Amérique, et ont ouvert un petit restaurant qui marchotte tant mal que bien. Le frère de Nicolas, c'est-à-dire Jared Leto, s'ennuie en travaillant dans la cuisine du restaurant. Ça sent l'ennui, ponctué ça et là par les violences qui sont monnaie courante dans ce quartier très populaire. Cage assiste un jour à une tentative de meurtre très sanglante dans un restaurant concurrent justement, et là, il comprend. L'appel de la vocation. Son père vend aux gens de la nourriture, besoin vital, marché qui ne disparaîtra jamais. Cage comprend qu'il peut faire la même chose : investir son temps dans une activité dont le marché représente un besoin humain essentiel : les armes !
C'est une phénoménale vocation pour Cage, qui commence très petit mais grimpe rapidement les échelons, vendant notamment les armes inutilisées après les conflits au kilogramme ! Comme à la friperie ! Au bout de quelques années, les affaires marchent très bien, mais le meilleur est à venir. C'est quand la Russie communiste s'effondre et devient un pays "ouvert" que Cage devient plus qu'un entrepreneur malin : il est désormais devant un marché tellement vaste et tellement juteux qu'il va devenir immensément riche !
Mais ce n'est pas un job de tout repos que de vendre des kalachnikovs à des dictateurs africains... Qu'importe... Nicolas Cage est drôlement doué. Ce métier, c'est sa vie.

Ah, ben ça fait plaisir, sur le papier du moins, de retrouver Andrew Niccol dont on était un peu sans nouvelle. Réalisateur populaire avec des sujets en général plutôt ludiques et très originaux, le bonhomme n'est pas extrêmement prolifique. BIENVENUE À GATTACA était quand même assez beau, SIMONE moins réussi mais s'améliore à la revoyure (léger problème de casting, je pense, même si les acteurs sont bons, et je ne dis pas ça parce que Jason Schwartzman, le meilleur acteur du monde, a un petit rôle dedans !). Et aussi l'aventure bizarre de TRUMAN SHOW dont il écrivit le scénario, mais qu'il ne réalisa pas, et qui, selon ses propres dires, fut largement réécrit afin d'avoir un contenu beaucoup moins noir que la version originelle du script, merci Hollywood. [J'ignorais par contre complètement qu'il avait écrit le scénario de THE TERMINAL de Spielberg, que je n'avais pas vu, étant un peu allergique à Tom Hanks...]
Quel drôle d'entame de film, et quel drôle d'entame de saison 2006 ! Ça commence par un plan ludique. Cage dans une ville dévastée par la guerre, debout sur un sol jonché de balles, avec son attaché case à la main, de dos, avec le petit travelling qui va bien. Très ostentatoire la chose. Le travelling se termine sur un plan rapproché de Cage qui se retourne, face caméra s'il vous plait, et nous déclare calmement qu'un habitant sur dix de notre jolie planète a une arme à feu, et que le problème consiste à armer les 9 autres ! Mais Cage fait ça en séparant sa phrase par une bouffée de cigarette très frimeuse, alors que justement son jeu était incroyablement soft et nuancé ! [Pourtant, le Cage aime s'adonner en général au tractopellique, et sans vergogne en plus !] Le ton est donné ! Une stylisation légère mais réaliste (premier élément un peu paradoxal, un peu de guingois... C'est le tapis de balle et l'ostentatoire travelling). Un jeu d'acteur sobre, très sobre, mais avec une volonté là aussi, sinon de loufoquerie, au moins de stylisation (le jeu avec la cigarette). Réalisme en même temps que construction. Comédie en même temps film social terre à terre. Précepte hollywoodien en même temps qu'analyse fine et anti-hollywoodienne. Niccol annonce la couleur, on va danser une drôle de danse, quelque part entre le lard et le cochon. Le générique à suivre, complètement noyé de fincherisme mais assez fascinant et ludique, se débarrassant malicieusement de ce que certains réalisateurs auraient mis une bobine à développer... Et se termine de manière glacée et hollywoodiennement honteuse, donnant aux spectateurs la nette impression d'avoir le couteau sous la gorge, procédé qui devrait fâcher, mais que le "ludisme" (si je veux...) de la séquence entière rend ironique, avec ce qu'il faut de second degré. Très sérieux et loufoque, réaliste et hollywoodien, et peut-être réaliste parce que hollywoodien.
Ce qui frappe d'abord, c'est la ténacité avec laquelle Niccol va tenir son principe sans jamais dévier de cap. C'est très étonnant, cette poigne de fer sur son projet. L'histoire nous ballade à droite et à gauche, bien aidée en cela par la voix-off de Cage. Il y a quelque chose de volontairement iconoclaste, ça brille, l'œil est forcément attiré. Mais n'empêche. En milieu de film, on comprend : le gars ne va pas lâcher, ne va pas varier d'un pouce, va continuer dans l'obsession la plus complète, jusqu'à rendre les événements (et pas le film... quoique... on va voir...) monotones. Niccol envoie son film lui-même et son personnage, tous deux en pleine course, contre le mur. Ils le prennent en pleine figure (nous aussi souvent, du coup !), se relèvent et recommencent, recommencent, recommencent... Ad libitum... Le mouvement principal du film, c'est la répétition, et cette volonté farouche d'envoyer son héros et son histoire droit dans ce mur, droit dans la Question, encore et encore, sans s'arrêter. On a presque l'impression que c'est le générique de fin lui-même qui décide du moment où va s'arrêter l'expérience, mais que si ça ne tenait qu'à Niccol, le film pourrait durer quatre heures ! Etrange. Et alliée à ce que je vous racontais dans le paragraphe précédent, c'est-à-dire à ce ton pince-sans-rire et triste, la chose, globalement, est assez étonnante. Voir un gros film populaire se construire sur le motif de la bête répétition, c'est déjà un petit exploit.
Alors forcément, on peut se rassurer, il y a différents actes, il y a évolution, il y a intrigues et sous-intrigues qui évoluent (l'histoire de Jared Leto, celle avec la femme de Cage, celle avec Ian Holm, etc.), mais toutes se prennent le mur. Et se cogner la tête contre le mur a un gros avantage. On voit des étoiles, certes, mais surtout, le mouvement qu'on peut dire "idiot" dans tous les sens du terme (y compris le sens russophone justement) finit par être douloureux et par nous plaquer le nez, de force, devant l'incroyable question que pose le film : comment est-ce possible, bon sang de bonsoir ? COMMENT EST-CE POSSIBLE ? Comment Cage peut-il faire ce qu'il fait ? OK, l'argent (paf dans le mur !), OK c'est l'Amérique (paf dans le mur !), OK c'est sa relation à ses parents (paf dans le mur !), OK c'est un métier comme un autre (paf dans le mur), etc, etc. [Article co-écrit par Catherine Lara ? NdC]. Répétition, CQFD.
La réponse est donnée dans le film. Réponse ou mode d'emploi d'ailleurs. Le film est absolument drôle, et dérange aussi parce qu'il n'est finalement, à l'heure des comptes, que très peu cynique. [C'est la raison pour laquelle des critiques professionnels, hier sur France Culture, trouvaient le film inacceptable, du bout des lèvres : ils disaient qu'il jouait avec la fascination des armes, et qu'il y avait quelque chose là-dedans de malsain et de dégueulasse, de non-éthique quoi... Voilà le problème ! Le film n'est pas cynique du tout. Cage n'est d’abord pas le pire des salauds : il vend des voitures. Enfin, des armes, mais c'est un businessman. Il n'est pas méchant comme un Vilain dans un James Bond. Il n'est pas colérique et violent. Il est efficace. C'est même un mec sensible ! C'est là qu'intervient la comparaison avec le sentimentalisme de THE CONSTANT GARDENER de Fernando Mereilles, film plein de bons sentiments, plein "d'humanité" sur ces petits n'enfants noirs malheureux mais souriants. Ah, bah oui, dans le film de Mereilles, il y en a, du sens moral et du sentiment. Il y a même des flèches et des panneaux clignotants sur l'écran pour que vous ne les loupiez pas. La différence entre ce film et LORD OF WAR se fait sur ce point (outre l'incroyable nullité de la mise en scène de THE CONSTANT GARDENER) : le film de Mereilles est presque "total", uniquement dans un premier degré complètement hollywoodien et archi-mélo. Le film de Niccol est basé sur le second degré et le recul, justement. Le premier, c'est de la propagande tiers-mondiste et bourgeoise, le deuxième, c'est de la réflexion, même abstraite (on va le voir). Alors, les p’tits gars de la presse pro, ils me font bien rire avec leur costume de saintes nitouches ! Et puis, après tout, oui, les armes sont un vecteur de fascination du cinéma, notamment américain. Est-ce que cela fait de ce cinéma un cinéma malsain ? La réflexion ne tient pas. Cet exemple ahurissant montre bien que ces journalistes ne sont qu'une chose : des bourgeoises du XVIème qui s'emmerdent et qui font un job de critiques à mi-temps ! Avec tous les clichés, notamment sociaux, que cela suppose...]
Une chose assez drôle, dans ce film rempli de choses très drôles, c'est le fameux running-gag entre Cage et le dictateur fou. Ce dernier baptise Cage "the lord of war". Ce à quoi Cage répond que ça ne se dit pas comme ça, mais "warlord". Le dictateur répond qu'il préfère son expression. Bon, ça fait marrer une fois, mais au bout de la troisième, on se demande ce que Niccol cherche. On a compris le gag, ce n’est plus très drôle. La clé du film est là. LORD OF WAR est un film complètement dévolutionniste. Plus j'avance, plus les affaires sont florissantes (et dieu sait qu'elles le sont !),et plus je recule. Plus je gagne, plus je perds. Plus je suis quelqu'un, moins je sais qui je suis. Et le début, bon dieu de bon dieu, le début, dis-je, était la fin ! Lord of war, pas warlord ! Capice ? Cage n'est pas vraiment puni, on le féliciterait même, on lui donnerait même une augmentation. Les Gentils vont pleurer et les Méchants vont rire. Tout le monde est interchangeable. [Il y a une chose très étonnante dans le film : la gestion des enfants, très totale par contre, et surtout les deux scènes d'exécution avec Jared Leto, qui sont complètement répétitives. C'est quelque chose d'inutile mais de très touchant de la part de Niccol que de refaire deux fois cette scène, juste en changeant la moment de leur début respectif. Surprise la première fois. A priori, la seconde fois. Ces deux scènes sont faussement hollywoodiennes là aussi, car complètement dévolutionnistes : on sait très bien que rien ne va se passer, que le pire  va s'accomplir, et que rien ne pourra l'empêcher. Mais avec la conclusion du générique, elle forme un joli crescendo intellectuel. Et marque la répétition, figure principale du film : c'est-à-dire qu’il passe la même image trois fois, sous trois angles (temporels) différents, sous trois échelles de plans différentes – une fois dans le générique, en très gros plan (sans point de vue) quand la chose est déjà arrivée, une fois un peu plus large mais pendant que la chose arrive (donc un peu dans le feu de l'action) et une troisième fois, plus réflexive, avant que la chose n'arrive et en plan d'ensemble ! Bien sûr, we're all devo, rien ne changera. Mais c'est dans cet effort construit de narration qu'on voit tout le recul du réalisateur. Chers collègues pros, c'est quand même facile à voir, et pas difficile à comprendre ça, non ? Tu l'as vu, le recul qui monte ? [Evidemment, pour voir ça de manière plus évidente, il faut plus s'intéresser à la mise en scène qu'au scénario stricto sensu...]
Mais Niccol n'est pas un sagouin ou un petit malin. S'il en arrive là, c'est qu'il s'est tenu avec une certaine rigueur à refaire aller encore et encore son "héros", et peut-être lui-même, encore et encore, dans le mur. À force de mettre sous les yeux de Cage le mur (et la question taguée dessus !), Niccol abstractise complètement son film. Comment cela est-il possible ? Et le film, là aussi, prend des allures de crescendo. Niccol envoie son personnage une fois contre le mur et lui dit : pourquoi fais-tu ça ? Et Cage répond. Niccol le renvoie contre le mur, etc. Chaque séquence finit dans l'interrogation à Cage. Et à chaque fois, il répond ! À chaque fois avec pertinence ! Là aussi, il s'approche, le Niccol ! Il y a là aussi, dans cette immense répétition du même mouvement qu'est le film, un effet de rapprochement dans l'échelle de plans. Et le réalisateur y va à fond, du macro au micro (le business, puis, le meurtre à l'hôtel, puis la femme de Cage, tout y passe avec effets de rapprochement progressif). La question est tellement obsédante qu'elle semble toucher le personnage lui-même, autant que le réalisateur (étrange dialogue), et qu'elle revêt au fur et à mesure un aspect quasi-métaphysique. Ce qui est glaçant dans le film est finalement la seule clé véritable et personnelle que donne Cage, la seule réponse possible : parce que je suis doué pour ça !
Et là, un grand frisson a parcouru l'échine de votre bon docteur : c'est le credo de Wes Anderson ! C'est le sujet de RUSHMORE ou de LA VIE AQUATIQUE. C’est la plus belle des raisons de vivre. Et quand Cage dit ça, on est coincé ! Ce type a raison de A à Z ! Voilà le scandale, voilà pourquoi le film est complètement dévolutionniste. CE TYPE A RAISON !!!!!! C'EST COMPRIS À FRANCE CULTURE ? Il est inattaquable, parce que tous (enfin, ceux d'entre nous qui réfléchissent un peu..), nous donnerions la même réponse, peut-être la plus juste et la plus belle au monde. Anderson dirait même que ça serait péché que de refuser de faire ce travail, si on a ce talent.
Quand vous découvrez ça à l'écran, vous avez l'impression physique de tomber, sans sauvetage possible, vers le fin fond de la Fosse des Mariannes, sans oxygène ni bouteille, et tout nu ! L'abysse est sans fin, immonde, et elle nous avale. Le film était métaphysique. C'était sans doute l’une des raisons pour lesquelles il donnait cet immense sentiment de solitude.
[Bon, j'ouvre une parenthèse... Niccol donne la solution, bien sûr. Le plus gonflé, c'est qu'il ne nous plonge pas dans l'abyme ! Il nous donne la clé de sa brillante démonstration, avec classe je trouve, dans une des dernières phrases du film (Cage qui livre sa conclusion sur la guerre, conclusion totalement juste et qui, je pense, justifie complètement l'attitude du personnage ! Ce mec n'est pas un salaud. Ou presque). Je ne vais pas écrire cette phrase pour ne pas vous gâcher le plaisir de spectateur, mais c'est avec une grande générosité qu'au final, à la fin du temps réglementaire, Niccol ouvre le film. C’est une morale, bien sûr, mais elle est donnée avec tant de simplicité et sur un ton si modeste, et après une réflexion si incarnée et précise, que... C'est la classe ! Chut, ne disons rien de plus ! [Cette générosité est complètement devo, bien sûr ! Mereilles aurait commencé ce film sur cette phrase. C'est ça qui fait la différence. Par forcément l’événement lui-même, mais quand on le dit, et dans quelle construction intellectuelle ou artistique on le dit.]
Le film est, dans sa mise en scène, très gourmand. Joli découpage, plans ciselés voire gourmands, mais avec un certain naturel, montage ludique qui place le film entre artificialité et réalisme, subjectif quoi, et c'est de très bon aloi. On rit énormément bien sûr. Le son est discret et très chouette, exploitant et inversant mine de rien les priorités de mixage, c'est assez beau. Chouette photo également. La scène onirique est quand même bizarre dans ce contexte. Je vais la laisser se décanter dans mon esprit. Mais c'est peut-être un des défauts du film : avoir fait du faux Michael Nyman, comme dans GATTACA, pour cette scène. C'est troublant.
Les acteurs sont très bons, tous au service de Nicolas Cage, qui parait être le seul personnage incarné et vivant du film avec son frère (Jared Leto, précis malgré un rôle carré, bravo !). Cage est au sommet. Ce n'est pas mon acteur préféré, mais le petit salaud, il a des moyens. C’est très sobre, et plus stigmatisé au fur et à mesure. Il est très précis, et fait revenir ça et là, avec une certaine maestria, des pointes appuyées et plus grossières (dans le jet privé notamment). Ça marche très bien.
Bon, ben, on peut le dire. L'année focalienne commence bien !
Dr Devo.
 
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Jeudi 5 janvier 2006

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi
Bonjour les Focaliens, salutations les Focaliennes !
 
A défaut d'un nouvel article (les journées sont trop courtes dans le moment), nous allons jouer pour débuter cette année à notre célèbre Jeu du Film Mystérieux, vingt-quatrième du nom. Il s'agit de reconnaître les photos, c'est-à-dire de savoir de quels films elle sont extraites. Pour cela, appuyez sur le lien commentaire, là, juste en bas, et donnez vos réponses.
 
J'ai remis en jeu les photos qui n'avaient pas été trouvées lors du précédent jeu. J'ai changé les diapos, mais il s'agit bien de films que vous n'aviez pas trouvés ! Il y a notamment un film (première diapo ci dessous) qui est ici à son quatrième passage ! C'est rare qu'un film vous résiste autant !
 
Oui, mais c'est pas juste ! avec des fêlés de ciné, genre Le Marquis ou Bernard RAPP, j'ai aucune chance de gagner, moi ! Rassure-toi, gentil lecteur qui se sous-estime, le jeu est aussi pour toi. On adore tous spéculer et rêver. Alors lâchez-vous ! Essayez d'imaginer à quelle époque a été tourné le film, dans quel pays ? Essayez d'inventer des courtes histoires, des synopsis, ou des résumés de films imaginaires où ce plan irait parfaitement bien ? Allez-y par déduction, posez-moi des questions pour avoir des indices, etc. Comme disait un groupe de poètes célèbres : "No, No, No, No, No, No, There's No Limit !".
 
Les photos des films non trouvés seront reproposées au prochain jeu. N'hésitez pas à me poser des questions, et à demander des indices...
C'est parti !

(Diapo 2401 : Quatrième passage pour ce film mystérieux... Lors du dernier jeu, vous aviez vu un autre plan, à savoir la diapo N° 2301 , et encore avant la diapo N° 2204, et encore avant la diapo N° 2102 ! Por l'instant, vous n'avez pas découvert énormément d'indices. On sait que Michael Ironside joue dedans,et que le film a des têtes de chapitres assez belles. Ici, l'actrice blonde devrait vous aider, vous la connaissez sûrement... Courage.


(Diapo No 2402 : Deuxième passage pour ce film  dont on avait déjà vu la
diapo N° 2303. On retrouve l'homme en peignoir, dont je m'étonne encore que vous ne l'ayez pas reconnu. Là aussi, la blonde vous sauve, non ?)


(Diapo 2403 : Assez dur, mais c'est le deuxième passage. On avait vu, lors du précédent jeu, un étrange chinois sur la
diapo N°2304 ! Allez, regardez bien cette photo. Puis cliquez pour voir la N°2304, histoire de se remémorer un peu le visage de ce chinoix mystérieux, et écoutez cet indice fourrassien : "Ce chinois n'est pas ce qu'il a l'air !". Le réalisateur de ce film est très célèbre (second indice), voire même culte.


(Diapo 2404 : Ah enfin, un film nouveau ! Ça n'a l'air de rien, mais, même si c'est assez pointu, c'est trouvable...)

Et bien voilà, c'est à vous de jouer, et de risquer les hypothèses les plus loufoques ou les plus pointues dans les commentaires. Amusez-vous bien !


Dr Devo.

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Mardi 3 janvier 2006

Recommander - Publié dans : Ethicus Universalis

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