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[Photo : "La Jeunesse Emmerde Diane Arbus (#2)" par Mek-Ouyes]

 

Chers Focaliens,

Quel dommage que ce début d'année soit la période où j'ai eu, et où j'ai encore, le moins de temps disponible. Car je suis en train de louper plein de petits machins tout à fait attractifs, ce qui est d'autant plus déplorable que nous sortons d'un long tunnel de films médiocres (grosso modo depuis la rentrée scolaire), éclairé ça et là par de brillants soleils, ou disons plutôt éclairé par des choses légèrement plus agréables, ça et là...

Bah... Une petite notule d'abord pour confirmer ce que je disais l'autre samedi sur Radio Campus (pour télécharger l'émission, mais uniquement jusqu'à samedi, cliquez ici). J'ai bien tenté de regarder BOBBY, film choral (je sais, je suis complètement masochiste, un grand malade) rempli de stars hollywoodiennes [il aurait pu quand même demander à De Niro (Oh no !) de jouer le rôle de la Dame Pipi quand même !] jusqu'à la gueule ! Rempli de stars démocrates hollywoodiennes, devrais-je dire ! Le film raconte la dernière journée de Bobby Kennedy. Bon. Et puis le générique commence. Et là c'est le drame. Voilà qu'il m'est arrivé quelque chose qui ne m'était jamais arrivé : je suis parti dès le premier plan. Le film commence par un carton où défile un texte qui nous dit que l'année 1968 a été terrible sur les plans politique et social pour les USA, traversés par les émeutes, déchirés par les conflits raciaux, etc. Le texte dit ensuite que c'est dans ce contexte que Bobby Kennedy se présente aux élections américaines, car lui seul pouvait sauver la démocratie et rassembler le pays autour d'un idéal de paix commun, et que lui seul incarnait la paix et la bonté, et que lui seul allait pouvoir faire sortir le pays de la guerre d'une manière digne (coude-coude, comme diraient les Monty Python, "see what I mean, see what I mean ?").
Alors oui, je suis sorti pendant le plan suivant : une image d'archive du discours où Kennedy annonce sa candidature.

Je vais vous dire une chose : j'ai horreur de la propagande, et j'ai horreur du lavage de cerveaux. J'ai horreur qu'on dise à la masse du peuple ce qu'il doit penser, et j'ai horreur de voir quelques individus anticiper sur le comportement du peuple. J’ai horreur qu'on lui force la main et qu'on le fasse faire ce qu'il n'aurait pas fait sinon. J'ai horreur des apôtres de la Vérité quels qu'ils soient. J’ai horreur des catéchistes en soutanes intégristes qui viennent dicter notre sens du devoir, de la mémoire et du bon goût, surtout lorsqu'ils sont laïcs. Je déteste les gens qui cherchent, en fouillant dans le passé, le présent et le futur, à vous prouver que les choses sont comme ça et pas autrement, et qui essaient de vous convaincre qu'il n'y a pas d'alternative ("There Is No Alternative" comme disent les anglais qui ont donné un nom à ça : le syndrome TINA !) et que les choses et la lecture des choses se résument à un fait univoque !

Je crois qu'il y a toujours une alternative. Et je crois que l'hagiographie est toujours source d'abus total, sinon totalitaire, quelle que soit la cause qu'elle sert. J'ai la chance de savoir ce que je pense, sans les catéchistes bien-pensants, qu'ils soient européens ou hollywoodiens. J’ai horreur du syndrome Tina car j'ai été attentif en cours d'Histoire ET de Philo, moi, contrairement, c'est très probable, aux 50 superstars qui jouent dans ce film, et je sais que dans l'histoire des Hommes et des Idées, à chaque fois qu'on disait au peuple "il n'y a pas d'alternative", on lui mentait bien sûr, mais de plus, on l'amenait vers des issues sanglantes et douloureuses. C'est une règle qui marche depuis plus de deux mille ans sans exception, et dans tous les domaines de la pensée humaine. Notez bien ce qui suit : le syndrome TINA est toujours source de violences et de mensonges (à grande échelle), quelle que soit la cause défendue.

Parce que je suis libre, je sais ce que je pense. Je sais ce que je comprends. Je sais ce que je ne sais pas. Et parce que je suis libre, je n'ai aucun, mais alors aucun besoin, ni aucune envie de vous convaincre de mes points de vue. Puisque je suis libre, ou que j'essaye de l'être, moi au moins, je peux discuter avec calme et sans m'énerver avec quiconque a envie de discuter, et ce quelles que soient ses opinions, même les plus opposées aux miennes, mêmes celles qui nient les miennes. Ce n'est pas un souci pour moi, et je considère qu'une conversation, si tant est, justement, que ni l'un ni l'autre des interlocuteurs n'essaie de faire preuve de prosélytisme, n'a jamais fait de mal à personne, et tenez-vous bien (tenez-vous mieux, comme disait Desproges), n'a jamais blessé personne. C’est même le contraire, c'est très bon pour la santé, quelquefois passionnant... et quasiment toujours très drôle !

En vertu de quoi, et par ces principes, dans un grand geste d'amour et de bisous barbus, je dis à tous ceux qui ont eu un rôle dans ce film (acteurs, réalisateur, scénaristes et producteurs, et pas bien sûr les petits grouillots de techniciens qui eux travaillent sur des films pour de vraies raisons de cinéma, dont une consiste à gagner sa vie par exemple), à vous tous, dis-je, je dis : vous êtes d'ignobles personnes absolument indignes de foi, et par le simple fait d'avoir osé vous engager de la sorte dans la conception de ce film, voilà qui fait de vous au mieux des imbéciles, et donc non responsables de vos actes, au pire des gens dangereux. Il est bien évident qu'en usant de telles méthodes, absolument ineptes et dangereuses, vous faites exactement le même travail que les propagandistes des pires époques de l'histoire contemporaine. C'est au nom de la Liberté et de la démocratie, bien sûr, que vous avez fait ce film, et ce faisant, ce sont ces deux idées que vous détruisez allègrement. Il est évident que vous défendez ici des intérêts et jamais des Idées ou des Concepts dans lesquels vous investissez la raison la plus noble, et en lesquels vous croyez pour faire avancer le bonheur de vos Prochains, car, si ce n'était pas le cas, vous refuseriez d'agir de la sorte, au nom des Principes énoncés au début de cet article.

Prétendre défendre la démocratie, défendre la liberté (notamment celle de penser, comme dirait le poète), en utilisant des méthodes de dictateur est très drôle, ou plutôt serait très drôle si on avait le temps, et plusieurs vies devant nous. La Vérité, le Respect de votre Prochain, la Dignité, la Morale et l'Éthique sont des questions de forme. Le moindre lycéen sait cela après son bac, en principe. En essayant de contredire vos propres principes, vous vous placez par ce fait au dessus des Lois de la Raison, et tout bêtement du bon sens, vous vous placez aussi au dessus de l'Histoire, ce qui est assez logique en fin de compte, car vous la ré-écrivez. Tout ceux qui ont fait cela, de l'Antiquité (relisez les grands classiques) à nos jours, se sont mangé l'Histoire et le retour de bâton, tôt ou tard, en pleine face. Tous ceux qui, par le passé, ont appliqué des méthodes similaires aux vôtres ont été, consciemment ou non, les "collaborateurs" de pouvoirs iniques, violents et dictatoriaux, pouvoirs déjà présents à l'époque des faits, ou pouvoirs à venir. En un mot : vos méthodes préparent ou entérinent le pire.

La Morale est une question de forme. À moins de présenter des excuses, vous apparaissez à mes yeux comme les personnages les plus immondes qui soient. Ou les plus bêtes, ce qui ne change pas grand chose à l'affaire. Les plus croyants d'entre vous devraient déjà commencer à prier pour le Repos de leurs âmes, parce qu'ils vont en baver dans un futur extrêmement proche, si j'en crois, une nouvelle fois, l'Histoire ! J'espère qu'il y aura une justice ou suffisamment de hasard à l'heure des comptes, et que les pauvres gens, dont nous-mêmes, dont vous avez voulu le bien en faisant ce "film", n'auront pas trop à souffrir de vos lacunes et de votre malhonnêteté. Je suis sincèrement désolé, pour moi-même bien sûr, de ne pas avoir eu l'endurance nécessaire pour voir plus de dix secondes de ce que vous appelez "votre film". Ma sensibilité et mon endurance ont quand même des limites, sous mes allures de personne forte (que j'essaye d’être). Comme on dit dans les films hollywoodiens que vous construisez de vos mains : "on est des êtres humains comme les autres". Dommage que vous ne pensiez pas la même chose.

Nous vous aimons beaucoup, ou nous sommes prêts à vous aimer, et c'est pour cela, pour cette noble raison, au nom de ce grand bisou barbu qui est le plus beau geste que vous recevrez jamais de la part d'un être humain, que nous vous jetons cet article à la figure.

Alors bisous bisous !

Dr Devo.
 
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Mercredi 31 janvier 2007

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi

[Photo : d'après Camilla Carr dans NE REFERMEZ PAS MA TOMBE, par Le Marquis]

S’achève enfin la longue parenthèse entre cet article et sa première partie, dû à la fois à la virulence de la reprise de mes activités professionnelles et, plus agréable, à la visite du Dr Devo qui a mis le visionnage alphabétique sur pause pendant une bonne semaine. Et il faut bien l’avouer, le Docteur a eu la main bien lourde dans ses choix : nous aurons rarement à ce point enchaîné les films de seconde ou de troisième zone ! Motif invoqué : « Je vois des bons films toute l’année » ! Hem… N’allez pas vous figurer que mon salon est l’Antre de la Consternation, il y avait dans la pré-sélection une palanquée de très bons films. Mais bon, ma foi, c’est l’appétit qui parle, et à toutes fins inutiles, voici la liste (alphabétique naturellement) des films visionnés en bonne compagnie : BASKET CASE, premier long-métrage du très sympathique Frank Henenlotter, BLOODY MURDER, nettement moins amusant que sa suite (mais cette suite avait pour avantage certain une VF québécoise hilarante), LE CERVEAU QUI NE VOULAIT PAS MOURIR, petit classique de SF des années 60 doté d’un certain charme à mes yeux, CULTUS, duplicata tout juste passable de LAKE PLACID, THE DARK DANCER, thriller érotique stupide, DEATH GAMES, plagiat tardif de RUNNING MAN produit par Roger Corman (avec une chanson qu’on qualifiera de mémorable en générique, « Mortal Challenge »), FREDDY CONTRE JASON, plutôt agréable à la revoyure sans être pour autant très réussi (j’ai tout de même été un peu sévère envers ce film à l’époque), GHOST WORLD de Terry Zwigoff, sans doute l’un des meilleurs films de la sélection (bien qu’il ne soit pas exempt de défauts), HORROR CANNIBAL 1 et 2, improbables métrages d’un Bruno Mattei qui bouge encore, THE HUMAN TORNADO, sommet incontournable de série Z offert par le Captain Pangolin (que je remercie vivement !), l’insupportable KILLJOY, et sa suite KILLJOY II qui a suscité une molle polémique (il est bien meilleur que le premier opus, ce qui n’était pas bien difficile, et m’a paru très relativement plaisant à la consternation du Dr Devo), LA LÉGENDE DE GATOR FACE, offert par mon invité et délicieusement tartempion, l’infect LE RETOUR DES MORTS-VIVANTS II (il faudra un jour que je fasse un article sur le film original de Dan O’Bannon pour lui rendre justice), et ZOMBIE KING, avec KILLJOY le film le plus pénible et le plus antipathique de la sélection, ne vous laissez pas avoir par l’emballage « fun » d’un métrage en réalité d’un ennui mortel et d’une laideur totale. En complément de programme, la quasi intégralité de la saison 1 du Muppet Show en VOST est venu apporter une grande bouffée d’air frais, et je ne manque pas de signaler au passage une autre grande discussion sur KING KONG, Peter Jackson et le tout-infographique dont il restera probablement quelques traces lorsque j’aborderai le film de Jackson dans un prochain épisode.
Mais tout de suite, revenons-en à la suite et fin de l’épisode 13, et ouvrons le feu avec un film en M comme…
 
MALÉFICES, de Maurice Devereaux (Canada, 1998)
On retrouve ici le sympathique Maurice Devereaux de SLASHERS, avec son film précédent et second long-métrage après un BLOOD SYMBOL dont le cinéaste ne semble pas très fier (SLASHERS était donc le troisième, suivez donc un peu), toujours édité par Antartic, mais cette fois en VF et dans une copie recadrée, pour un métrage de surcroît nettement moins argenté. Le résultat est à vrai dire bien moins convaincant.
Le film développe une variation sur le thème de la Dame Blanche dans un fantastique très naïf et largement mâtiné d’érotisme. Le manque de moyens se fait cruellement ressentir, notamment dans un casting calamiteux, mais Devereaux met vraiment le paquet visuellement, chargeant son film de transparences parfois très gonflées, et livrant parfois quelques plans aquatiques assez jolis. Quelques belles trouvailles visuelles côtoient ainsi des emprunts à EVIL DEAD ainsi qu’une séquence volée au superbe (et totalement oublié) SISTER SISTER de Bill Condon. Ceci dit, le budget et le semi-amateurisme s’accompagnent aussi de maladresses grossières, renforcées par ce qu’on peut difficilement reprocher à son réalisateur, à savoir son excès d’ambition – voir les hilarantes séquences en flash-back avec les chevaliers. Cheap et pas d’un rythme très soutenu, le film a en tout cas le mérite de n’être vraiment pas sobre, même si je vous orienterais plutôt vers son troisième essai, le curieux SLASHERS donc, plus maîtrisé et au concept relativement original : de fil en aiguille, Devereaux, dont le nouveau film, END OF THE LINE, est achevé, acquiert doucement ses gallons de petit faiseur attachant dans un milieu où les personnalités un peu singulières se comptent sur les doigts d’une main.
 
N comme… NE REFERMEZ PAS MA TOMBE, de S.F. Brownrigg (USA, 1976)
Retour aux années 70 avec un métrage offert par le Dr Devo, film qui n’aurait d’ailleurs pas dépareillé s’il avait trouvé sa place dans le coffret « Chilling Classics » dont j’égrène peu à peu les premiers titres visionnés. Le film est édité en DVD par PVB, éditeur qui m’agace plutôt, dans la mesure où son catalogue, assez original, est le plus souvent gâché par l’exécrable qualité des copies et des DVD lancés sur le marché – c’est à eux qu’on doit notamment la sortie du seul DVD actuellement disponible dans le monde pour le magnifique LE CERCLE INFERNAL de Richard Loncraine, retitré « The Haunting of Julia » pour l’occasion (non, ce n’est pas le titre original) et surtout recadré, ce qui rend l’acquisition du produit hautement peu recommandable dans la mesure où Loncraine utilisait l’intégralité du format cinémascope pour composer cet univers sombre et mélancolique.
Même tarif pour NE REFERMEZ PAS MA TOMBE, étrange variation sur le thème de la folie meurtrière post-PSYCHOSE, présenté dans une copie infecte, et en VF. D’après ce que l’image nous permet de distinguer, le film semble assez maladroit et dans l’ensemble piètrement réalisé, sans compter un sens du rythme des plus discutables. Pourtant, le film se suit sans déplaisir, principalement grâce à la performance surprenante de son actrice principale, Camilla Carr, à la carrière assez maigre principalement illustrée par un rôle récurrent dans la série « Falcon Crest ». C’est un peu dommage, elle livre ici une interprétation indéniablement puissante, et en tout cas jusqu’au-boutiste, sans craindre le ridicule, sans jamais hésiter à forcer le trait. Et ça fonctionne. D’autant plus que quelques séquences isolées s’avèrent vraiment étonnantes : très belle utilisation des fondus enchaînés, intéressant montage alterné entre une prostituée qui se déshabille et une femme endossant les vêtements d’un homme. Mais je pense surtout à ces scènes où la caméra subjective fait du spectateur l’objet de la folie de Camilla, son frère, son amant puisqu’elle fait littéralement l’amour à la caméra lors du plus beau passage du film, rares instants de déraison dans un métrage un peu mou et convenu, suffisamment intenses pour le rendre au moins mémorable, ce qui n’est pas si mal.
 
O comme… OH! QUEL MERCREDI!, de Preston Sturges (USA, 1947)
Et maintenant, une petite excursion dans les années 40 pour évoquer un métrage malchanceux, maladroit, et en partie passionnant. En 1947, Preston Sturges a l’idée d’orchestrer le come-back de l’acteur Harold Lloyd, grande star du splastick aux temps du cinéma muet (j’aime assez ce que j’en ai vu) qui avait raté le coche du passage au parlant dans les années 30, et avait fini par mettre un terme à sa carrière. Le projet aboutit, mais le film, THE SIN OF HAROLD DIDDLEBOCK a explosé son budget et n’est pas apprécié par ses producteurs Harry Cohn et Howard Hughes, lesquels décident de le remonter et de le remodeler. Le second montage, intitulé MAD WEDNESDAY, est un flop retentissant, ce qui met un terme définitif à la carrière d’Harold Lloyd. Bon, ça, c’était la partie « fiche de Monsieur Cinéma ». Je précise juste que Bac Films nous propose en France le montage original, à savoir THE SIN OF HAROLD DIDDLEBOCK – ce que ne laisse pas supposer l’affiche du film sur la jaquette, qui est celle de MAD WEDNESDAY.
On peut cracher le morceau de suite : sans être une purge laborieuse comme l’était LA TERREUR DE L’ARMÉE avec Jerry Lewis, loin de là, et même s’il présente plus d’une belle qualité, le film de Preston Sturges, qui cherche parfois à retrouver la vigueur d’un film comme l’imparable IMPOSSIBLE MONSIEUR BÉBÉ auquel il emprunte d’ailleurs quelques gags, n’est pas une comédie particulièrement réussie. L’intrigue et les situations sont aimablement loufoques, correctement troussées, agréables, sans plus.
Pourtant, le film me semble assez incontournable, ne serait-ce que pour l’audace et l’originalité de sa première partie, déconcertante et vraiment intelligente, qui sait se jouer avec finesse et non sans un léger arrière-goût d’amertume de l’aura de has-been de sa vedette. Le film débute par un très large extrait de près d’un quart d’heure de THE FRESHMAN (1925), permettant à la fois au spectateur de se souvenir de ce qu’Harold Lloyd avait été dans les années 20 (juste l’égal d’un Buster Keaton), et de préparer le terrain à un étonnant tour de passe-passe cinématographique, une transition quasi invisible vers la fiction de 1947. Subtilement sonorisé puis dialogué, l’extrait de THE FRESHMAN laisse soudain la place au film de Preston Sturges, et Harold Lloyd semble toujours incarner dans le même mouvement le personnage qu’il y interprétait ; mais il a vieilli, naturellement, et le contraste est frappant dans ses brefs plans de l’acteur maquillé avant que ce maquillage ne soit balayé par un discret flash-forward au terme duquel nous retrouvons Harold… Lloyd ou Diddlebock ?
La question se pose, dans la mesure où la star sur le retour peut difficilement être perçue comme autre chose qu’elle-même, acteur défraîchi et employé de bureau sur le point d’être licencié par un patron qui a oublié le match glorieux de l’introduction muette, et a peut-être aussi oublié THE FRESHMAN et Harold Lloyd lui-même. Le film amorce ainsi avec talent un parallèle constant entre deux fictions et entre un avant et un après que le réalisateur ne cherche jamais à dissimuler ou à travestir : THE SIN OF HAROLD DIDDLEBOCK ne tente à aucun moment de singer les titres de gloire de Lloyd malgré de constantes références, et s’efforce d’inscrire le jeu de son acteur dans une écriture plus sophistiquée laissant derrière elle les ficelles propres aux grandes heures du cinéma muet. Démarche qu’Harold Lloyd assume d’ailleurs avec un certain talent, livrant une performance originale et irréprochable. Dommage que la seconde partie du film ne soit pas vraiment à la hauteur de cette superbe ouverture, et s’enlise quelque peu dans une comédie typique de l’époque, sans défauts rédhibitoires mais sans grande personnalité non plus. Reste que ceux qui se souviennent du binoclard suspendu à l’aiguille d’une horloge ne doivent pas rater le très bel hommage et la belle réflexion qu’induit cette ellipse de plus de vingt ans qui nous présente Harold Lloyd à l’apogée de son succès puis à deux doigts de l’oubli.
 
P comme… LA PLAGE, de Danny Boyle (USA / Angleterre, 2000)
Il me faut vraiment avoir énormément apprécié son 28 JOURS PLUS TARD (c’est le cas) pour trouver la motivation nécessaire à la découverte de ses films précédents, puisqu’à l’époque de la sortie de son meilleur film, et ô combien de loin, je n’en avais vu aucun. Je comprends mieux les réticences de certains en les découvrant à rebours, en me disant que Danny Boyle revenait de loin et que la réussite de 28 JOURS… était loin d’être dans la poche. Il faut dire qu’UNE VIE MOINS ORDINAIRE et PETITS MEURTRES ENTRE AMIS, malgré une volonté manifeste d’inventivité visuelle – qui débouchait sur de bons résultats à raison de quinze-vingt petites minutes sur la durée de chaque métrage, ne m’ont pas vraiment convaincu. Restent à découvrir, le fameux TRAINSPOTTING, que j’appréhende à vrai dire, et MILLIONS qui n’a pas rencontré le moindre succès et m’intrigue doucement. Danny Boyle vient d’achever le film SUNSHINE, mêlant science-fiction et film catastrophe avec un sujet à la ARMAGEDDON qui me laisse un rien perplexe : le petit roublard restera-t-il l’homme d’un seul film ?
Oui, parce que bon, au moment de visionner LA PLAGE, il m’en aura fallu du courage pour surmonter l’aversion a priori que suscitait la composition du casting, une sorte de galerie des horreurs cependant illuminée par la présence de la talentueuse Tilda Swinton, pour supporter un Leonardo Di Caprio (vu il y a peu dans CRITTERS III !) redoutable quand il n’est pas solidement tenu en laisse, la Virginie Ledoyen, et par dessus tout Guillaume Canet, dont chaque apparition me donne des envies de génocide. Le comble étant que les personnages incarnés par les deux derniers cités m’ont semblé d’un intérêt parfaitement dispensable.
Le film, malgré un sujet séduisant, m’a semblé franchement détestable dans ses grandes lignes, lourdement handicapé par des personnages sans intérêt, suscitant des dialogues pas fameux, énoncés par des acteurs pas fameux non plus – et je suis attentif au fait qu’il rentre là une bonne part d’épidermique, j’en suis bien conscient. Autre problème majeur, la bande originale, insupportable bout à bout de musique branchouille (citons pêle-mêle, et que les fans ne s’en formalisent pas, Moby, Blur, Chemical Brothers ou même un remix du « Yé Ké Yé Ké » de Mory Kanté !). Ces choix musicaux posent tout particulièrement problème, dans la mesure où ils m’ont semblé anéantir purement et simplement l’atmosphère recherchée du film autour de cette communauté loin du monde : comment ressentir une seule seconde la supposée violence du retour à la civilisation, inscrite en caractères gras dans le scénario mais pas du tout dans le son (le juke-box en off sur la plage est à peu près le même sur le continent !) ou dans la mise en scène (percluse de tics décoratifs agaçants quel que soit le contexte dans lequel les personnages évoluent) ? Et je ne parle pas de ses séquences pseudo-érotiques sur fond de musique à la Tahiti Douche. Les expérimentations de la dernière partie (notamment le passage en mode jeu vidéo), étranges mais tout autant ratées, arrivent à un stage où la vision du film m’est devenue tout simplement trop pénible pour que je sois en mesure d’y prêter la moindre attention. Aucun intérêt, à peu de choses près, essentiellement la brève apparition de Robert Carlyle et la performance intense de Tilda Swinton, que je préfère mille fois revoir dans ORLANDO ceci dit.
La vraie question est la suivante : où Danny Boyle est-il allé puiser l’intensité, la retenue, la cohérence, la spontanéité et l’intelligence quand il a mis en boîte 28 JOURS PLUS TARD ?
 
R comme… ROXANNE, de Fred Schepisi (USA, 1987)
On se calme et on boit frais avec cette innocente petite comédie issue des années 80 à jamais disparues, solidement campée par un duo autrement plus séduisant que Ledoyen/Canet, j’ai nommé Steve Martin et Darryl Hannah – ça a quand même une autre gueule, non ? Franchement. Le film reprend, en les transposant dans un contexte contemporain, les grandes lignes de « Cyrano de Bergerac », celles que connaissent tous ceux qui n’ont jamais lu une seule ligne du livre d’Edmond Rostand – j’en fais partie, pour tout dire. C’est mignon, propret, insignifiant et attachant, et je n’ai absolument rien d’autre à en dire.
 
S comme… SLACKERS, de Dewey Nicks (Canada / USA, 2002)
Le film a déjà été favorablement critiqué par le Dr Devo, je vous renvoie donc à son article, et si je ne partage pas totalement son point de vue, je peux moi-même pointer les quelques qualités du métrage. En tout premier lieu, l’interprétation de Jason Schwartzman, très populaire aux Etats-Unis et quasi inconnu en France – il faut dire que RUSHMORE de Wes Anderson (son meilleur film à mes yeux), dont l’acteur tenait la tête d’affiche, a connu en France une distribution des plus confidentielles. L’intérêt de SLACKERS réside tout particulièrement dans ce que le film peut avoir de profondément immoral, en plus de sa vulgarité tapageuse et de sa méchanceté gratuite. Le film s’inscrit dans le genre « college », sur un registre nettement porté sur la farce tendance AMERICAN PARTY (VAN WILDER PARTY LIAISON) ou AMERICAN PIE. Titres que j’apprécie très modérément, ne partageant pas trop l’enthousiasme du Dr Devo sur la question.
Et je m’en explique. Alors que j’apprécie ouvertement les films de college, une certaine frange d’entre eux me gêne vraiment, dont les titres cités à l’instant font partie. C’est le double effet Kiss Cool en somme : je suis dans un premier temps emballé par l’énergie quasi anarchique et l’insolence qui se dégagent de ces films qui détournent les codes d’un genre à la base assez nunuche et semblent prendre le chemin de la comédie noire percutante sur fond d’esthétique MTV (séquences clipées, sketches isolés, fantasmes visualisés, etc.), techniques faciles et pas bien originales, mais toujours un peu efficaces. Mais par la suite, je suis franchement atterré par la façon dont le cynisme porté en étendard durant trois quarts d’heure finit par déteindre sur le cours du scénario au point de le détremper totalement. Le vrai cynisme ? C’est quand des personnages héros aux comportements immoraux se rachètent soudain une conduite et rentrent dans le rang en se faisant plus intégrés et intègres que les plus mère Térésa des nerds moqués dans la première partie. Que cela plaise ou non, et ça ne me plaît pas, Jason Schwartzman n’est pas le héros de SLACKERS. Le héros de SLACKERS, c’est cette pomme de terre au four qu’est l’insipide Devon Sawa. Le film ne ménage pas la moindre empathie pour le personnage de marginal psychotique joué par Schwartzman, lequel n’a bien que son interprète pour développer une relative épaisseur – il est d’ailleurs le seul réel intérêt d’un film par ailleurs inepte et assez laid. Contrairement au docteur, je ne vois ni ne ressens aucune noirceur dans ce qu’il lui advient au terme du métrage, pas la moindre dimension tragique, le film (qui dans le cas contraire aurait effectivement été bien plus intéressant) ne laissant pas la place à ce genre de considérations dans la façon qu’il a d’enfermer ce rôle dans une sauce figée d’imbécillité, d’antipathie et de grotesque : il n’y a, dans le regard qui est porté sur lui, qu’un mépris rigolard qu’au fond je trouve assez glacial. Là où le Dr Devo trouvait entre deux lignes un sous-texte cruel sur son devenir, je n’ai en fait perçu que de l’humour potache bien plus soucieux de morale que de social. Et quelle morale ! Les pires héros sont bien ceux qui jettent à la corbeille leur personnalité et leurs comportements déviants à la première occasion pour mieux rentrer dans le rang et se faire exemples d’une version simpliste de récit d’apprentissage qui ne laisse pas l’ombre d’une chance à l’ambivalence.
 
T comme… TRACK OF THE MOON BEAST, de Richard Ashe (USA, 1976)
Sans se laisser décourager le moins du monde par le piètre BAKTERION, je reviens explorer de façon aléatoire les tréfonds du coffret « Chilling Classics », avec ce redoutable TRACK OF THE MOON BEAST qui parvient hélas à faire pire que son voisin de coffret italien. Dans un registre résolument Z, le film de Richard Ashe rencontre à peu de choses près les limites du TROU NOIR de Disney : c’est bien joli, mais c’est un film des années 50 malencontreusement réalisé dans les années 70 !
Après avoir brièvement fait connaissance avec un maigre troupeau de personnages dissertant aux alentours d’un désert, campé par un maigre troupeau d’acteurs au jeu totalement rétro et tout aussi peu concerné. Une pluie de météorites vient alors bouleverser mollement l’intrigue : notre malheureux héros reçoit dans la tête un petit éclat du caillou venu du ciel. Très logiquement, monsieur se met alors à souffrir d’une étrange forme de lycanthropie, puisqu’il se transforme en croquignolet homme-lézard meurtrier les soirs de pleine lune…
Bilan des courses, on s’ennuie gentiment même si l’aimable nullité ambiante en rend la vision un peu délassante. Ceci dit, le film devait déjà paraître bien désuet lors de sa sortie en salles en 1976, avec sa Créature du Lac Noir de pacotille, ses passages musicaux délicieusement ringards (ici une formation à la « Peter Paul & Marie » qui nous interprète dans un bistro un spectaculaire « California Lady »), ainsi qu’un premier meurtre hors-champ qui plagie avec une touchante maladresse une séquence célèbre de L’HOMME-LÉOPARD de Jacques Tourneur, tourné en 1943… Si je ne vous en ai pas dégoûtés, et si vous avez un faible pour les monstres avec fermeture éclair intégrée, vous pouvez télécharger en toute légalité ce petit film tombé dans le domaine public lorsqu’il s’est pris les pattes dans son encombrante queue d’iguane humanoïde !
 
U comme… U-TURN, d’Oliver Stone (USA / France, 1997)
Oliver Stone… Encore un cinéaste capable du meilleur comme du pire, et sans vouloir être vache, j’ai toujours eu le sentiment que la qualité de ses métrages reposait essentiellement sur le talent de l’équipe technique qui l’entoure. Alors que ses élans de patriotisme critique trempé dans l’académisme roublard (PLATOON, NÉ UN 4 JUILLET, NIXON, JFK, WORLD TRADE CENTER) m’ont toujours laissé totalement froid, j’ai par contre beaucoup apprécié les expérimentations de son intéressant TUEURS-NÉS, à vrai dire le seul de ses films qui ne m’ait pas laissé indifférent…
… Jusqu’à ce U-TURN visionné sur les conseils avisés du Dr Devo, film noir singulier, toujours très roublard mais vraiment plaisant. La narration du film fonctionne sur des bases classiques mais toujours efficaces : le film débute sans véritable sujet, lequel ne se dessine que progressivement, et c’est avant tout par le biais d’un décor mis en place avec humour et d’une galerie de personnages impossibles (casting surprenant où se croisent Julie Hagerty, Claire Danes, Billy Bob Thornton ou Jon Voight, et j’en passe). L’atmosphère iconoclaste et le recours à une bande originale décalée évoquent fortement le cinéma des frères Coen lorsqu’ils étaient encore en pleine forme. Bref, Oliver Stone construit un univers totalement irréaliste et semi-parodique, et le moins que l’on puisse dire est qu’il ne procède pas par petites touches impressionnistes.
C’est l’autre attrait du métrage, qui risque probablement de provoquer quelques rejets sommaires mais me semble valoir bien mieux que la tiédeur léthargique et démonstrative de la grande majorité des films du cinéaste : sa constante et radicale hyper-expressivité, qui ne va pas jusqu’à la furie psychotronique de TUEURS-NÉS mais s’inscrit indéniablement dans la même mouvance – cadres torturés, montage sonore acerbe, photographie criarde, splitscreens mobiles et cartoonesques, interprétation en roue libre… À défaut de bon goût, U-TURN compense par un étonnant cocktail d’érotisme, de violence, de comédie et de décrépitude, énergique et d’une artificialité pleinement assumée (voir le très gros plan, somme toute logique, sur l’œil de Jennifer Lopez, dans le reflet duquel on distingue très clairement l’équipe de tournage). Et dans ce flux d’images et de son qui tourne résolument le dos au réalisme et aux clichés du genre, on croise même quelques très belles choses, comme ces jump-cuts troublants sur la Lopez, technique de montage ici vraiment incarnée.
Difficile de discerner une réelle personnalité dans cet exercice de collage formaliste et d’une gratuité forcenée, esthétiquement très riche par la force des choses, peut-être un rien bourratif mais tellement plus captivant qu’une énième reconstitution historique aux vapeurs de verveine-camomille.
 
V comme… LE VOLEUR D'ARC-EN-CIEL, d’Alejandro Jodorowsky (Angleterre, 1990)
L’éditeur PVB fait ici une seconde percée après NE REFERMEZ PAS MA TOMBE, avec un titre inattendu que m’a offert le Dr Devo, qu’il en soit encore remercié. Toujours le même problème avec PVB, la richesse du catalogue (l’éditeur propose également LE CRI DU SORCIER de Jerzy Skolimowsky) est un peu gâchée par la médiocrité technique des DVD, et si le film de Jodorowsky est bien en version originale et au format respecté, la copie souvent verdâtre reste hélas de qualité assez médiocre. Tant pis, la rareté du film, à peine distribué en salles dans les années 90 après l’exploitation tardive et elle-même un peu confidentielle du superbe SANTA SANGRE, compense amplement la facture médiocre de l’édition.
Belle occasion en tout cas pour ouvrir une petite parenthèse sur la carrière de cinéaste de ce sympathique énergumène, dont je ne connais pas de très près les œuvres littéraires ou le travail dans la bande-dessinée. Peu productif, Jodorowsky, qui travaille actuellement sur un nouveau long-métrage intitulé KING SHOT (je crierai hourra quand j’aurais la copie ou le ticket entre les mains, ayant tout de même attendu seize ans avant de pouvoir voir LE VOLEUR D’ARC-EN-CIEL), n’a jamais fait les choses à moitié. Ses films, pour la plupart, méritent largement le terme de films-cultes. Un terme aujourd’hui totalement vidé de son sens, utilisé à tort et à travers par la critique et ouvertement monnayé par les distributeurs, je crois depuis que le mauvais THE CROW est sorti en salles flanqué du slogan « un film culte », et ce dès le jour de sa sortie : le terme « culte » ne désigne plus ces films fantômes insaisissables, pas toujours très bien distribués lors de leur première exploitation en salles, pas toujours très bien compris non plus, mais qui se sont lentement construit une solide réputation au fil des années, ne devenant célèbres et amplement diffusés que sur le tard. Et pas forcément avec une grande facilité – LA MONTAGNE SACRÉE et EL TOPO, diptyque étrange de Jodorowsky récemment ressorti en salles et qui connaîtra probablement une sortie DVD onéreuse dans les temps qui viennent, sont pendant des années restés invisibles pour de sombres histoires de droits ayant opposé le cinéaste à son producteur. En clair, des films comme THE CROW, LE GRAND BLEU (au secours) ou même RESERVOIR DOGS ne se sont vus taxés de films-cultes que parce que le terme fait très chic et que c’est un argument commercial comme un autre.
D’autres films de Jodorowsky sont par contre passés à peu près inaperçus – et je n’ai hélas pas encore eu la possibilité de les voir : FANDO AND LIS, TUSK, et jusqu’au dernier trimestre 2006, ce VOLEUR D’ARC-EN-CIEL, œuvre de commande tournée dans la foulée de SANTA SANGRE, le magnifique hommage de Jodorowsky au cinéma d’épouvante, œuvre profondément lyrique et symboliste, d’une puissance visuelle incomparable, dans l’ombre de laquelle est resté ce « petit film » interprété par Omar Sharif sans moustaches (c’est à peu de choses près tout ce que les médias ont jugé bon de faire remarquer en 1990), Peter O’Toole et Christopher Lee.
Sans égaler la fulgurance de SANTA SANGRE, LE VOLEUR D’ARC-EN-CIEL ne souffre pas des attentes générées par une curiosité d’aussi longue haleine, et s’est à vrai dire avéré bien plus riche et spectaculaire que ce à quoi je m’étais attendu. S’inscrivant sensiblement dans la même veine que SANTA SANGRE dans sa mise en scène (réalisation parfois très chorégraphiée et avare en séquences dialoguées, utilisation de la musique, soin porté à la direction artistique et à la photographie) et dans ses représentations (forains, putes, handicapés y forment une nouvelle variation, toujours très lyrique, sur la Cour des Miracles), le film n’est pourtant pas écrit par Jodorowsky lui-même, mais par Berta Dominguez D., laquelle s’approprie également l’interprétation de Tiger Lily, superbe personnage au centre d’une des séquences les plus émouvantes du film. Beau scénario d’ailleurs, auquel Jodoroswky apporte son inspiration visuelle, qui culmine dans la dernière partie du film avec un déluge noyant le monde dans lequel le cinéaste nous a faits évoluer, et auquel il apporte une qualité devenue bien rare de nos jours : la vie des décors. LE VOLEUR D’ARC-EN-CIEL est un conte où la cruauté et l’espoir s’entremêlent et se confrontent constamment. C’est aussi un très beau film, tout simplement.
 
W comme… WALLACE & GROMIT ET LE MYSTÈRE DU LAPIN-GAROU, de Nick Park & Steve Box (Angleterre, 2005)
Il n’est pas dit que Nick Park parviendra jamais à égaler la réussite de THE WRONG TROUSERS, seconde aventure de Wallace & Gromit, et de très loin la meilleure, en plus d’être sans doute le meilleur travail de l’animateur anglais Nick Park. Bien sûr, cela n’enlève pas le plaisir que procure ce type d’animation artisanale à l’heure où l’on ne jure plus que par l’animation infographique : il y a dans cette esthétique une réelle incarnation, une présence tangible des décors, des objets, et il faut bien reconnaître à Nick Park, qui sait tirer intelligemment profit de sa propre cinéphilie, une réelle mise en scène, certes très référentielle, qui gère le plus souvent avec talent une mise en image dotée d’un appréciable sens du rythme, et d’un vrai découpage – avec l’échelle de plans qui fait défaut à tant de films live.
Après le merveilleux hommage à Hitchcock qu’était le très réussi THE WRONG TROUSERS, LE MYSTÈRE DU LAPIN-GAROU s’oriente vers une relecture astucieuse et parfois très drôle du film d’horreur. Le film est visuellement séduisant et fourmille de bonnes idées, mais s’avère en fin de compte un peu décevant, la faute à une dernière partie maladroite et à une conclusion ratée. La réalisation de ce type de films s’étale sur plusieurs années, ce qui génère une attente et donc une certaine exigence, et peut par ailleurs nous amener à nous demander pourquoi le cinéaste, durant tout ce temps, ne s’est pas rendu compte de ce que le dénouement de son film avait d’insatisfaisant, et pourquoi il n’a pas cherché à corriger le tir en cours de route. Dommage donc que le film se termine sur une pirouette bâclée et peu cohérente. Le résultat reste plaisant et agréable, mais cède malheureusement à quelques facilités et à certaines redites (tous les films de Nick Park sont-ils voués à s’achever sur une course-poursuite motorisée ?) qui commencent à sentir le réchauffé et la panne d’inspiration. Le film est plus que visible ; mais il aurait dû casser la baraque !
 
Bon, c’est pas le toutou, mais la rédaction de l’épisode 14 ne va pas se faire toute seule, et il va me falloir m’activer : l’année 2006 comporte encore trois sélections complètes à chroniquer, et pendant ce temps-là, les visionnages se succèdent, la quatrième sélection, à cheval sur 2006/2007, étant particulièrement riche et intéressante. Au boulot !
 
Le Marquis
 
Et toujours, mais par ordre de préférence cette fois, de quoi vous suggérer certaines priorités :
 
[Photo : A HISTORY OF VIOLENCE, par Le Marquis]
A HISTORY OF VIOLENCE
LE VOLEUR D’ARC-EN-CIEL
LORD OF WAR
KEOMA
U-TURN
INSEMINOÏD
DEVDAS
WALLACE & GROMIT ET LE MYSTÈRE DU LAPIN-GAROU
ÉMILIE, L’ENFANT DES TÉNÈBRES
OH ! QUEL MERCREDI !
FAST FOOD, FAST WOMEN
L’HORRIBLE DOCTEUR ORLOF
CONSTANTINE
NE REFERMEZ PAS MA TOMBE
ROXANNE
SLACKERS
MALÉFICES
LA PLAGE
LES GUERRIERS DU BRONX II
BAKTERION
TRACK OF THE MOON BEAST
 
 
Bande-annonce de l’épisode 14 : Une recette novatrice d’éclair à la vanille inspire un vaudeville psychiatrique et bisexuel qui dégénère vite en une parodie de guerre des clans au cours de laquelle trois orphelins en péril perpétuel luttent contre un tueur de petites vendeuses de billets de loterie avec l’aide d’une adolescente enflammée. Non loin de là, une mamie homicide énonce un mensonge pour la bonne cause à l’encontre d’une mère névrosée qui a développé l’instinct d’un tueur, une momie gay en somme… Dans cette petite ville anthropophage, une liaison extraconjugale entre deux individus mariés l’un à l’autre les amène à cacher des légumes sous le matelas, tandis que des zombies nouvelle vague se livrent à des passes inquiétantes dans un hôtel, dans un hommage vibrant à Orson Welles. Un road-movie mou du genou certes puisqu’on ne s’y déplace pas, mais un vrai polar psychédélique. À ne pas manquer.
 
Pour accéder à la première partie de cet article, cliquez ici.
 

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[Photo : d'après NE REFERMEZ PAS MA TOMBE, par Le Marquis]

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Dimanche 28 janvier 2007

Recommander - Publié dans : Chroniques de l'Abécédaire

[photo : "Protégez les Enfants, Ne Leur Faites pas Respirer de Sport" par Mek-Ouyes, sur un idée de Dr Devo.]

 

Chers Focaliens,

C'est déjà week-end. La détente dans le sofa, pendant que les enfants sont au foot ou au poney. Prenez un grand verre de whisky, on s'en fout s'il est 14 heures, reposez-vous de votre semaine harrassante et que pour votre bonheur soit complet, passez un moment de décontraction, de drôlerie et de détente, mais attention, tout en vous intruisant, en écoutant le bon docteur moi-même dans l'émission de radio cultissime LES AVENTURIERS DU CINEMA (voir photo).

Comment ça marche ? L'émission est diffusée, tous les samedis, par Radio Campus, célèbre organe sonore de la région lilloise de 14 à 15 heures. Si tu habites Lille, le Nord, ou le Pas de Calais, écoute l'émission sur ler 106.6 FM.

Tu n'es pas de notre belle région ? Bah, en fait c'est pas grave ! Deux solutions s'imposent alors. Si c'est Madame qui se repose ce samedi, et si c'est à votre tour d'emmener les enfants à Sport-Land, tu vas louper l'émission et je suis désolé. C'est pas grave, en fait : tu pourras la télécharger là, sur le site du QUOTIDIEN DU CINEMA dès le dimanche et ce jusqu'au samedi suivant ! Mmmmmm..... Ca peut servir aux plus atteints d'entre nous pour faire des archives ! Mais si vous faites des archives de tout ce qu'on fait sur Matière Focale, je vous conseille de consulter, ou alors d'aller au cinéma à la place, ou de faire du sport si vous êtes vraiment atteint (et comme dit Jacno, attention avec le sport, car "le sport c'est de la merde !").

Si tu n'es pas du Nord et que pour toi, cette belle région se résume à des chansons de Pierre Bachelet, tu peux quand même écouter l'émission en direct, ce samedi de 14 à 15h, ici sur le site de Radio Campus !

J'ai vu cette semaine ROCKY BALBOA, LITTLE CHILDREN, et je vais voir un autre film mystère ce matin dès que j'aurai fini cet article, me serait douché et rasé, et que je vous aurai souhaité une superbe écoute !

 

Servilement Vôtre,

 

Dr Devo.

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Samedi 27 janvier 2007

Recommander - Publié dans : Mon Général
[Photo : "Et Hop ! L'incident...", par Le Marquis]
Chers Focaliens,
 
Retour au cinéma, en vrai, dans une salle.
 
[C'était "L'intro à Coups de Samovars", épisode 2]
 
 
Philadelphie, 2006. C'est l'hiver, il fait froid, la neige va pas tarder à tomber. Rocky a 60 ans. Depuis longtemps retiré du monde de la boxe, l'ex-champion coule des jours tranquilles et réglés comme du papier à musique entre des visites sur la tombe de sa femme, morte entre deux épisodes, dites donc (et jouée par Talia Shire, qui a mis au monde le plus grand acteur de l'histoire de l'Humanité : Jason Schwartzman ! De là à dire que Jason est le fils de Stallone...), et la gestion à la cool d'un petit restaurant où les familles italiennes ou les anciens fans viennent écouter des petites anecdotes du temps où il était chanteur. Pépère, quoi ! C'est une vie assez solitaire. Son copain Burt Young, encore plus vieux que lui, travaille toujours et boit comme un trou. Son fils est un comptable anonyme dans une grosse boîte (ce qu'un journaliste de France Inter appelle, je cite, "un loser" ! Ah ben tu te rends compte, le fils à Rocky, il est même pas manager de groupe de rap, ou patron de PME, ou journaliste à France Inter : il est employé de bureau ! Baaaahhhh, la honte ! LOOOSER ! Outre le fait qu'il est toujours un peu trop courageux d'insulter son fond de commerce, voilà une remarque qui en dit plus sur la mentalité en vogue dans le monde des animateurs radio que sur le fils de Rocky !), et il ne vient jamais le voir. La vie, quoi !
Et puis, le jour de l'anniversaire de la mort de sa femme, Rocky passe dans un bistrot où il traînait jadis, et là il croise Marie, une irlandaise trentenaire qui tient le rade, lequel a bien perdu de son éclat après toutes ces années. Rocky a connu Marie quand elle était pissouze, et ça lui fait drôle de la voir. Il la raccompagne et décide de lui donner un coup de main dans la vie. En fait, Rocky, il s'emmerde ! Et dieu merci, la télé, jamais à court de dire ou de faire une connerie, met plus ou moins au défi Antonio Tarver (premier rôle). Tarver est un jeune boxer qui gagne tous ses matchs par K.O. et en quelques rounds. Aucun boxeur n'ose l'affronter, et sa carrière patine faute d'adversaire. Pire, toute la profession et les amateurs l'accusent d'avoir tué le business ! Un match d'exhibition entre Tarver et Stallone est organisé, et à 60 ans Papy remonte sur le ring ! En voiture Simone !
 
Tu m'étonnes, Cameron, tu m'étonnes qu'il va pas se faire prier l'animal ! On dira que c'est de bonne guerre. Ça fait peut-être marrer aujourd'hui, mais dans les années 80, Stallone était une star omniprésente, qui cartonnait sa mère à chacun de ses projets. C'était une sorte de super Brad Pitt, une sorte de vache à lait galactique. Les ROCKY cartonnaient aux USA, et débarquèrent en France juste à point pour le troisième opus, plein d'arrogance. Et là, boom, carton du siècle. ROCKY IV allait aussi engranger des milliards et des milliards sur le dos du travailleur, en allant mettre sur la gueule du sympathique Dolph Lundgren (un concurrent de Stallone et Van Damme de l'époque, mec tout à fait drôle et sympathique dont on peut revoir la première version du PUNISHER, truc assez bizarre dans mon souvenir), Lundgren qui ici jouait le salaud de russe de service ! Bah ouais, autre temps, autre mœurs, et à l'époque cette histoire de blocs, ça arrangeait assez bien le bizenesse.
Tout ça pour dire que le Stallone, il cartonnait ! Et quand RAMBO 2 est sorti, le tout Hollywood a enfin cru que Dieu allait les sauver et noyer le reste de l'Humanité. Un film avec Stallone et bingo, les millions tombaient de partout. Malin comme un singe, le petit gars s'exportait partout, ne négligeait rien (comme le marché asiatique par exemple). Les gens ont vu ensuite un déclin fatal, après les gros scores de ROCKY IV et RAMBO 2 ! Erreur de lecture ! Car après tout, les films qui ont suivi ou entouré ces deux succès étaient quand même des mines à dollars ! Et oui, ça fait marrer, mais à l'époque, les films de Stallone, même les plus débiles, cartonnaient tellement que n'importe quel acteur ou producteur de nos jours serait plus que jaloux ! Alors oui, ça valait le coup à l'époque de faire de la bonne daubasse débilosse du genre OVER THE TOP (drame familial dans le monde de la compète internachonole de bras de fer, ce qui ne serait pas sans déplaire à Christophe Malavoy !) ou encore HAUTE SECURITE, un des pires dans mon souvenir (drame psychologique et film-vérité sur les conditions inhumaines dans les prisons US, avec une scène de fusible débile mais très drôle et un Donald Sutherland au bord du suicide), COBRA que j'ai revu il y a un an et demi avec un plaisir immense (drame policier sur les limites de la justice et sur l'impunité des criminels les plus dangereux, un mélange entre la campagne présidentielle actuelle et un film de Charles Bronson, par le réalisateur de RAMBO 2 quand même !). Et puis, il y a tous ces chefs-d'œuvre auxquels j'ai échappé, notamment les sublimes TANGO ET CASH du réalisateur art et essai Andreï Konchalovski (réalisateur d'un très bon HOMER AND EDDIE (VOYAGEURS SANS PERMIS), road-movie avec Whoopi Goldberg et James Belushi, et du petit classique culte des années 80, et très bon film d'ailleurs, RUNAWAY TRAIN). Pas vu non plus ARRÊTE OU MA MÈRE VA TIRER ! Si, si si, ça existe ! [Lorsque qu'on prononce, même à voix basse, le titre de ce film, Le Marquis, qui est la classe et la distinction même, un type qu'on pourrait amener au repas d'anniversaire de la Reine d'Angleterre sans aucun problème, est pris du syndrome de Gilles de La Tourette et ne peut s'empêcher de hurler le plus fort possible, et je vous jure que c'est impressionnant : "ARRÊTE OU JE VAIS TIRER MA MÈRE !"). Pas vu non plus L’EMBROUILLE EST DANS LE SAC, le remake d’OSCAR par John Landis !
Bref, Stallone n'urinait pas, il pissait littéralement des lingots d'or ! Ça tombait comme des mouches. Et même s’il redescendait tranquillement, c'était pour mieux atterrir sur un gros matelas fait en billets de banque. Stallone dans le passé, malgré la débilité de beaucoup de ses films, c'était quelqu'un d'extrêmement sérieux et de terriblement bankable !
 
Alors voilà le topo. Stallone est tranquillement en train de revoir des films de John Wayne sur l’écran 16/9e de sa villa de Beverly Hills, quand un agent l'appelle. Il est très étonné ! Il pensait qu'on l'appelait pour faire la Star Ac' ou le Koh-Lanta des célébrités, mais non, c'est pour faire du cinéma ! Et pas de la série Z, du gros A ! Stallone fait semblant d'hésiter, et puis il dit oui du bout des lèvres, et dès le combiné raccroché, hurle dans sa maison de 3 hectares : "Ouais !!!!! J'ai niqué leur mère !". Il éclate de rire, va aux toilettes, se sert un pastis 51 pour fêter ça, sort des olives et regarde MARIÉS, DEUX ENFANTS pour se détendre ! Il sourit, il est content, car il sait que c'est le meilleur moment de sa vie : celui où l’on vient en faisant des courbettes te manger dans la main ! C'est cool !
 
C'est que, après la guerre, ça aurait un air presque classieux, cette belle affiche en noir et blanc, ce héros n'arrêtant plus de vieillir. Ça en deviendrait presque du vintage art et essai. Bon. C'est bien, mais ça vaut quoi ?
À vrai dire, pour peu qu'on soit porté sur l'humour noir, voire sur le cynisme, on passe un moment assez drolatique. Stallone sait où son film peut faire mouche, et en ça, l'animal est vraiment un malin. ROCKY, c'était un mélo, en plus d'un film de sport. C'était la réussite des petites gens, l'Amérique du mérite, le peuple qui s'élève, l'ascenseur social en marche, mais vu aussi du côté de l'effort et du micro(scopique). Donc, d'abord du mélo. Et là où Stallone est le plus franc mais aussi le plus calculateur, c'est quand il déploie l'élan nostalgique. Il y a dans ce ROCKY BALBOA (on remarquera dans cette même optique la volonté d'éviter l'appellation ROCKY !) une malice et un calcul plutôt finauds. Au lieu de la jouer "retour en force gagnant", Stallone se la joue "monde en crise, ultra modeste solitude". Alors on a l'impression dans le film comme dans la fabrication du film d'un gros élan de modestie, comme un grand parfum de ne pas y toucher. Une évocation tendre et pépère, légèrement douloureuse et percluse de nostalgie. Et quand je vois ça, je me dis que les Ricains (sans qui on parlerait tous allemand, comme disait le poète ! Nous, on a Sardou !), c'est un peu normal qu'ils raflent la mise, car ils savent y faire, c'est du huilé. Sylvestre fait un sacré coup de bonneteau dans la grande tradition Hollywood/Broadway. Car, si on réfléchit bien, même à la retraite, même gentiment ringard, Rocky 60 prolonge le mythe de jeunesse : en fait, il cherche encore la gloire, sans doute, mais enfin débarrassé de la lutte pour le fric (d'où l'utilité du personnage du boxeur rival au top de tout et au top de rien !), et surtout, à travers le deuil de sa femme (vraie trouvaille simple de scénario qui permet de se débarrasser d'un personnage difficilement gérable dans l'hypothèse d'un retour au ring, et qui permet par l'absurde et l'absence de garder intacte l'aura du seul personnage féminin des ROCKY). C'est là la véritable aubaine, car voilà qui permet à peu de frais de replacer Rocky dans la lutte, dans la souffrance et dans le combat. La Mort lui en fait baver, à Rocky. Même au repos, voilà qui fait de lui un failleteur. Alors Stallone en rajoute, jusqu'à dédoubler le personnage du fils (qui existe deux fois, et dont on remarque qu'ils ne se parlent même pas une fois pendant le film, jusqu'à donner l'impression qu'ils ne sauraient être dans le même plan ; ils se font concurrence et pour cause : ils sont le même !), personnage double malin là aussi car il permet d'augmenter la plaie du temps : Rocky, c'est un regard sur plusieurs générations. C'est doux, c'est dur, c'est le vieil homme et l'amer ! [Je rappelle que j'accepte toute les propositions pour travailler dans les grands journaux de cinéma à la rubrique "faiseur de super-titres". Tiens, au fait, ça me fait penser : vous avez entendu qu'ils vont supprimer le magazine Première ? Hihihihi, on va en reparler, car au-delà du fait et de ce que je pense du magazine, c'est drôlement intéressant !]. Donc, même dans la vie, c'est un combat, la thématique rockyenne est respectée !
 
Encore plus malin : la gestion de la franchise. Il fallait oser, et je crois que dans ces cas-là, c'est le culot qui paye, et ce deuxième aspect, allié au premier, est un coup de maître d'échec. Avant de lancer son film, Stallone le met sur pause, histoire de nous faire une petit introduction pépère sur le mode dont je viens de parler. Bien. Et puis, en bon entertainer, il appuie là où ça va marcher. Au lieu, comme je le disais, de nous balancer de la Stallone Attitude, Sylvestre nous fait le coup du siècle, à mi-chemin entre le bonus DVD, le making-of et le ROCKY 6 justement : la visite des lieux mythique qui ont fait la légende et les épisodes précédents. C’est là que j'ai rencontré ma femme. C’est là que j'ai fait du patin à glace avec elle la première fois. Là, quand je vois cette porte, je me souviens de sa timidité quand elle n’osait pas monter passer notre première nuit ensemble. C’est là que je l'ai emmenée au resto la première fois. C'est là que je m'entraînais dans la chambre froide. Là, c'était la salle d'entraînement ! Comme tu charges, bonhomme ! Et que c'est adroit ! Parce que mine de rien, on est exactement dans le faux documentaire et dans ce que les gens veulent voir ! Dans une suite, le public veut retrouver le frisson des premiers instants. Et là, Stallone dit : "Bah non, on va pas quand même refaire un ROCKY à mon âge..." Il se fait prier un peu, alors qu'il sait très bien qu'il n'attend que ça ! Et il donne aux fans ce qu'ils demandent ! La métaphore Rocky/Sylvestre et Boxe/Cinéma marche donc à fond. ROCKY BALBOA est aussi une espèce de reality show, ou de reportage, ou de bonus, mais fictionné, écrit (ce que devrait être tout documentaire d'ailleurs, mais passons), un espace de fantasmes, un no man's land entre Stallone et son public. Stallone fait ça en fait : il se construit un jardin pour lui et ses fans, et il les invite gentiment, calmement, avec un poil de fausse modestie quand même, enfin débarrassé de la pression de ceux qui ont quelque chose à prouver. Il sait qu'on est venu le chercher, il sait que le bizenesse est "en demande de merci" comme dirait Bernard RAPP. Ce remake qui ne se dit pas et qui n'en est pas un puisque justement le temps est passé là-dessus est parfait : c'est complètement dans le fantasme de retrouver le mythe intact (l'énergie des débuts), et en même temps, c'est un retour en force sans rien changer, paradoxalement, à la formule qui eut du succès à l'époque, et en même temps, ça a l'air d'une modestie inattaquable. Bravo !
 
D'ailleurs, ça réserve deux moments troublants, et deux ou trois perversités un peu surprenantes. Le film est globalement mis en scène sans aucune personnalité. C'est du champs/contrechamps à perte de vue, les combats sont brouillons, le cadre n'a aucune espèce d'intérêt, la photo fait son petit travail en visitant la ligne de partage entre les années 70 et 80. Stallone se fait plaisir et place ce qui a fait son style ou son absence de style : les longs monologues moralisateurs où le héros nous livre son credo de la vie, sa vision de combat de la vie ! Ça donne des tirades complètement anachroniques de trois-quatres minutes ! C'est totalement splendouillet ! Et c'est ça qui fait que toute la critique se pâme devant un film aussi anonyme : ROCKY BALBOA est un film des années 80. Pas besoin de douze mille décors. Pas besoin de sous-intrigues alambiquées et d'effets de productions ostensiblement 2000. Des petits mouvements introductifs en débuts de scènes, une photo d'époque, la patine du temps sur les décors, et hop ! L'affaire est dans le sac ! Pas besoin de foutre des effets spéciaux partout (sauf sur le ring !). Alors, oui, ça aussi c'est malin. J'ai vu le film avec deux focaliens plus jeunes, et c'est très logique, pour eux, ROCKY BALBOA a une patine old-school assez généreuse. Non pas que le film soit complètement un retour aux fondamentaux, à un cinéma qui avait plus de savoir faire et plus de soin et qui ne nous gribouillait pas des séquences à la va-vite comme de nos jours, sans soucis technique. Le film n'est pas spécialement virtuose ou pertinent. C’est juste qu'il emprunte un look années 80, et d'une, et que d'autres parts, il cesse un peu de frimer pour donner dans le champ/contrechamp brut de décoffrage, franc du collier. De fait, et par simple effet mécanique, même si ce n'est jamais beau, ça repose. Et ça peut séduire.
En tout cas, c'est bien amené. Parce que ce retour old-school est complètement au service du scénario et des thématiques décrites plus haut. En apparence du moins, on ne fait pas passer des vessies pour des lanternes, on ne dit pas qu'on fait du supra-génial, on se la joue artisan : c'est le scénario qui passe en premier. On perd en esbroufe flambeuse, et on gagne en "authenticité" !
Le premier moment où ça fonctionne à mort, c'est la rencontre avec le personnage de Marie. Stallone peut remercier l'actrice Geraldine Hugues, la girl next door qui aurait pu faire carrière effectivement il y a 20 ou 25 ans. Comme l'actrice n’est pas mauvaise (largement devant tous les autres), son arrivée dans le film fonctionne vraiment bien. Certes, ce n'est pas du Ronsard et on voit ça arriver à trois mille kilomètres à la ronde, mais il n'empêche. Cette fille est sans doute la dernière personne à qui on aurait pensé pour tenir un second rôle principal ! Et là aussi, ça marche à fond : en voyant l'attention portée sur ce visage qui n'est pas sorti de Beverly Hills (chose qui n'arrive plus jamais de nos jours, même dans le cas où les actrices sont de très bonnes comédiennes), par effet de surprise, ça fonctionne. Il fallait bien que les années 80 s'incarnent. C'est fait !
Autre chose rigolote, la façon de gérer le match. Tout d'abord, et là il y a fracture, la sacro-sainte séquence d'entraînement est expédiée en deux minutes, et en mettant, quelle vulgarité, c'est presque délicieux, la dolby à fond ! Puis Stallone choisit l'option de tout filmer comme à la télé ! Alors, hop, on filme tout en vidéo (en fait, il triche, mais bon !), et surtout l'image se garnit de logos, de banc-titres, etc. L'apothéose est durant le match : au coin de l'écran de cinéma, le chrono (offert par un sponsor !) défile en marquant les secondes restantes du round ! Chérie, pendant que t'es debout, apporte-moi une bière ! C'est vulgaire et d'une franchise exemplaire : j'aime beaucoup. Malheureusement, Stallone revient ensuite à un filmage plus classique, très mal découpé et où apparaissent de temps en temps des images en noir et blanc oniriques, dont on se dit qu'elles vont faire sombrer le film dans le baroque à la THE FOUNTAIN, ce qui aurait été génial (et qui aurait arrêté le match ! Ça, ça aurait été punk !). Malheureusement, ces micro-parenthèses maniéristes sont bien trop naïves et bébêtes pour qu'il se passe quelque chose, et de toute façon, elles ne servent que pour l'habillage redevenu branchouille le temps du bouquet final ! Le vernis finit quand même par craquer, et Stallone, toujours en mode faux modeste, tient la dragée haute au petit jeune avant de l'adouber ! La force tranquille, quoi ! Au moment de quitter le ring (sans attendre la décision des juges, normal, on est venu le chercher et il est donc gagnant bien sûr), Stallone en rajoute et la sortie de la piste n'en finit plus. J'ai presque cru que Stallone avait le cancer et qu'il faisait ses adieux à la piste, au propre comme au figuré (surtout avec cette main du peuple qui le tire vers le haut du champ !). Fin du film. Il ne s’est rien passé. C'est du gros mélo, malin, mais mélo, et donc c'est fait pour faire pleurer Margot ! Pas de quoi en faire un drame, un film de plus. ROCKY BALBOA est certes malin dans sa conception, mais c’est aussi un film de plus, anonyme au possible. C'est juste le côté anachronique qui lui donne des airs de ballade mélancolique dans l'album photo, ce qui marche toujours.
 
Par contre, c'est au générique que le film devient brièvement quelque chose d'assez beau. Aussi bien tout ça est hollywoodien à mort et, si je n'étais pas de bonne humeur, je t'aurais taxé ça d'opportuniste (ce que le film est à 100%), aussi bien cette séquence dans le générique m'a parue absolument drôle, potache, et très émouvante. Alors que le film est globalement un hymne "aux rêves qui sont en toi et que tu dois respecter pour te respecter toi-même", refrain libéral connu et manipulateur, cette scène en forme de bêtisier est curieusement le seul point d'humour du film, et le seul moment de cinéma. À se demander si c'est Stallone qui a eu cette idée assez géniale. On voit dans cette séquence des quidams refaire des parodies de la fameuse scène des escalier. C’est assez troublant. Le film perd son statut. Cela tient à la fois du making-of, du bêtisier, du reportage et de l'auto-congratulation, car c'est une façon de dire que tous les américains (et donc nous aussi, français car cela se passe "chez nous en Amérique"), que nous tous, on est TOUS des Rocky. Rocky, c'est nous. Nous, c'est Rocky, et réciproquement. Quand la parodie commence, je me dis que c'est drôlement prétentieux, et que Stallone utilise là aussi une technique libérale bien connue : être le meilleur du Peuple (celui en haut de la pyramide, über-peuple en quelque sorte) et être le Peuple ! L'Amérique, c'est moi, semble dire Stallone ! Sauf que... Au fur et à mesure, la séquence tourne au détournement : on grimpe avec un caniche puis avec un saint-bernard, on grimpe avec sa femme, on fait du french-cancan en haut des marches, etc. On fait n'importe quoi et surtout on finit par dévoiler des corps qui sont les vôtres et les miens, c'est-à-dire des corps de ploucs. Notre Amérique, celle de Rocky : c'est celle des ploucs que nous sommes. Et Stallone la monte sans fard : des gros, des moches, des pauvres mecs, des rappeurs du dimanche, des mecs qui se font chier, des chômeurs, etc. Je parie que ça a été tourné un dimanche après-midi ! [J'ai beaucoup aimé le type qui grimpe et brandit son vélo ! En fait, on s'en fout que ce soit de la boxe !] Ce dernier moment est très sympathique et même touchant. Car enfin, on est pris pour ce qu'on est : des ploucs. Des losers justement, pas des mecs de France Inter ! Et c'est assez touchant de voir Stallone dire que finalement, tout ça, c'est un peu du pipeau, c'est du vent, c'est du toc, et que dans la réalité, c'est juste un escalier, même pas un landau qui se casse la gueule. Ce n'est pas un repère de fans hardcore du film. Et si on ne leur avait pas demandé, ces gens ne seraient pas montés en haut des marches. Ils se seraient plutôt contentés de se balader dans le parc en bas. Stallone dit clairement que tout ça, c'est du gros pipeau, c'est même de la flûte de pan ! Du bizenesse. Et que finalement, on est tous des ploucs de Ploucville, et on s'emmerde le dimanche. Une conclusion, amenée avec tendresse et humour et bisou barbu (il traite quand même tout le monde de plouc !) qui s'ouvre "comme une fenêtre sur le Réel". On est des ploucs, on s'emmerde le dimanche. Et bizarrement, le film devient humain in fine, in extremis (onction, en attendant la mort), au moment où c'est le plus fabriqué ! Dans la parodie... Stallone le dit en fait tout haut : on est tous des Rocky, et surtout, il n'existe pas, et s'il existe de toute façon : c'est un LOSER ! Un gros LOOOSER ! De la même manière que les gros yuppie dans le film demandent des autographes à Rocky... Voilà un comportement de loser intégral. Une fois ce péché avoué, on peut attendre la Mort qui approche et qu'on entend déjà… en continuant à s'emmerder le dimanche !
 
Indulgemment Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Vendredi 26 janvier 2007

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi


[Photo : "Big Tuna Beach (C'est dans la Boîte)" de Dr Devo d'après une photo de la comédienne Chelan Simmons]

 

 

Chers Focaliens,

Aujourd'hui, au delà du cadre de notre communauté (d'esprit ?), je vise l'International. Car au delà de quelques blogs ou sites ultra-spécialisés, qui vous parlera du film CULTUS de Paul Ziller ? Hein, qui ça ? Allez, en route...

[Mesadmes et Messieurs, applaudissez encore une fois l'Introduction la plus Courte du Monde !]

Cultus, sorte de Ploucville, CanadUSa. Une ville moyenne située au bord d'un sublime lac, avec de grandioses montagnes derrière. Des forêts à perte de vue. Sa place, ses commerces, marché le mercredi et le samedi, messe le dimanche à 10h30. Et il ne se passe quasiment rien ici, c'est cool. Et puis, ça dérape. Un vieux pêcheur meurt dans le lac, et son cadavre complètement mutilé pose une énigme : qu'est-ce qui a bien pu faire ça ? Bruce Boxleitner (j'y reviens), shérif d'une cinquantaine d'années élevant seul sa teenageuse, est très embêté. Le légiste lui annonce la couleur très vite : c'est sans doute un alligator ! Un alligator ici ? Au nord du pays ? Voyons, Doc, vous plaisantez ? Bah... J'en sais rien moi ! Pour en avoir le cœur net, on demande à l'État d'envoyer un responsable régional de la Faune et de la Flore. Et pendant que celle-ci, Carol Alt (habituée à la série C d'action et fantastique dans le genre qui nous occupe aujourd'hui), arrive à la ville, quelques autres personnes se font également boulotter par le truc qui mange des gens dans le lac. C’est notamment le cas du très splendouillet Ryan McDonell (vu dans le HOMECOMING de Joe Dante paraît-il, et sorte de sous-Josh Hartnett du pauvre) qui n'est autre, enfin n'était autre, paix à son âme, que le petit copain de la fille de Bruce Boxleitner, l'ineffable Chelan Simmons (un nom de star académiste ça ! voir photo ci-dessus), sorte de version tiers-mondiste de Tara Reid ! Voilà qui plonge tout le monde dans le drame, et qui met la pression. Carol Alt, la belle biologiste de 40/45 ans mais toujours superbe, est formelle : le "machin" qui boulotte les gens dans le lac, c'est un "snakehead" ! Bon là, il faut que je précise que les responsables de la VF (obligatoire sur ce DVD, bien sûr) n'ont pas traduit le nom du poisson. Si quelqu'un sait, qu'il nous poste un petit commentaire. Mon Dieu ! Un snakehead ! Voilà une bien mauvaise nouvelle pour les habitants de Cultus ! Car, en effet, il y a quelques années, le lac a été envahi de poissons snakeheads qui, du coup, ont complètement fichu en l'air l'écosystème du lac, ruinant notamment les pêcheurs locaux (et donc la modeste industrie locale). Et ça a été un vrai casse-tête pour en venir à bout, à tel point qu'il a fallu empoisonner les snakehead avec une substance spécifique. Et quand on habite Cultus, revoir le poisson qui a causé la chute économique du patelin et dont on a eu tellement de mal à se débarrasser, c'est une sacrée mauvaise nouvelle ! D'autant plus que la belle Carol est formelle : il ne s'agit pas d'un snakehead normal (de la taille d'un saumon, disons...) mais d'un snakehead qui doit faire une taille hallucinante ! C'est pas gagné pour Bruce qui veut du coup faire interdire l'accès au lac, contre l'avis du maire, toute ressemblance avec un poncif emprunté à une grosse série A à succès étant totalement fortuite !

CULTUS fait partie de ce genre qu'affectionne particulièrement le Marquis, et qui est le plus proche descendant direct d'un type de films aujourd’hui disparus : la petite série B pour le cinéma. Mais depuis les années 90, tout ça, c'est fini ! Le cinéma fantastique et d'horreur a connu une période à vide, puis s'est refait une santé au cinéma, souvent opportuniste et avec gonflement des moyens qui en font plus ce qu'on appelle  des "films indépendants" (c'est pudique !) que des petits machins de série B comme jadis. Et tous les autres (thriller du type Hollywood night, sous-Van Damme, etc.) s'est retrouvé à vivoter dans le direct-to-video, la division d'honneur. Et dans cette catégorie à laquelle appartient CULTUS, il y a les "films de monstres mutants" comme je les appelle. Grosso modo, c'est le genre de films dont se moque SNAKE ON A PLANE, avec pas mal d'opportunisme d'ailleurs. [Ce film avait de gros moyens et singeait les films comme CULTUS sans jamais abandonner les velléités de série A, et d'une, et sans jamais atteindre l'efficacité des bons films de monstres mutants !] Un film de monstres mutants, c'est un film avec un animal qui tue des gens : des abeilles, des crocodiles géants, des lombrics dégénérés, des piranhas, des araignées, des sangsues, etc. Citons quelques noms sympathiques : FRANKENFISH (très sympa), LAKE PLACID (fausse série B puisque pétée de thunes et remplie d'acteurs connus, mais très bien), DOGS, STRAYS ou LEECHES dont on vous avez déjà parlé ! [mais attention aux faux-amis : LEMMING par exemple !] Des fois, c'est très sympa et très efficace, et souvent inventif, et des fois c'est complètement tartignolle ! Mais un film de monstres mutants est toujours ultra-balisé. C’est un cinéma qui est strictement de variation. C'est ce qu'on appelait, jadis, de l'exploitation !
Si CULTUS (dont le titre en V.O. est quand même SNAKEHEAD TERROR) est très modeste dans ses moyens (sans être complètement fauché...), il faut bien avouer qu'il se déroule dans un très beau décor, et qu'il commence de manière assez étonnante, c'est-à-dire sans le flash-back introductif ! Et bien dites donc ! Quelle audace ! En fait, Paul Ziller, qui ne fait que du direct-to-video et qui est donc ici dans sa maison, profite du générique pour résumer en voix-off et en images la pollution du lac, des années auparavant, pendant que les noms des techniciens défilent. Bonne tactique de narration en ellipse, et en trois minutes, c'est réglé, l'affaire est dans le sac ! Deuxième surprise, l'édition DVD qui, loin de nous recadrer comme d'habitude le film en 4:3, respecte ici le format 1.85 ! Évidemment, ça change ! Du coup, c'est quand même un poil plus soigné que ce qu'on a l'habitude de voir dans le genre. [C'est comme les séries, si vous voulez... Regardez un SOPRANOS ou un PRISON BREAK en DVD, puis comparez avec la diffusion télé ! Ce qui peut faire dire à ceux qui ne s’intéressent pas à la série que c'est très moche, alors que c'est loin d'être le cas, en général !] Et puis, ce petit CULTUS démarre globalement de manière dynamique. Bruce Boxleitner, qu'on connaissait jadis grâce à la série LES DEUX FONT LA PAIRE (avec Kate Jackson, elle-même ex-DRÔLE DE DAME ça ne nous rajeunit pas !) fait un peu mal à regarder. Physiquement, ce grand gaillard a peu changé mais ça se voit : s'il a le courage d'afficher les cheveux blancs, il donne l'impression d'avoir beaucoup plus que ses 55 ans ! Et il faut un moment pour voir qu'il peut encore bouger d'une porte à une autre sans être essoufflé (ce qu'on appelle dans le métier le "Syndrome de Moore", que les gens qui ont vu le célèbre naveton de luxe OCTOPUSSY connaissent bien). Boxleitner, tranquille, sympathique, est relativement attentif, sympa comme tout. Il ne casse pas la baraque, mais il fait son boulot d'acteur de PME. Côté casting, c'est plus intéressant chez les jeunes. C’est même complètement bouleversifiant ! On a ici droit en effet à de la viande de deuxième qualité, et c'est un délice : sur-jeu obligatoire, physique complètement improbable (quelque chose à mi-chemin entre vous ou moi, d'un côté, soit la plouquerie intégrale et banale, et le nicolekidmanisme le plus berverly-hillsien, c'est-à-dire entre le banal et le smart du smart de l'autre côté ; là aussi, ça donne de beaux monstres mutants !) et timing d'huître pas mutante du tout, c'est un délice ! Quelle dommage de ne pas pouvoir apprécier ça en V.O, mais rien que ces jeunes acteurs, très inexpérimentés, et juste en-dessous, d'un chouïa, mais juste en-dessous du seuil de sélection hollywoodien, rien que ça permet de passer un moment agréable.
Surtout que, surprise, le film se tient. Dans la première moitié, c'est très soigné, même s'il faut parfois faire avec les moyens du bord. Le cadre est un peu feignant quand même, ce n’est pas du grand fignolage. Mais la photo est correcte, la spatialisation fonctionne, et Ziller aime faire des plans larges avec grand angle, ce qui fait quand même du bien. Il nous balance quelquefois des trucs bizarres quand même, dont un étonnant champ/contrechamp au grand angle justement, dont la distance entre la caméra et les acteurs ne cesse de changer à chaque retour (dans la scène de course à la nage) ! Bizarrerie formelle étrange qui pourrait donner de belles choses dans un contexte autre. Bref... Sinon, donc c'est du soigné. La narration est plutôt dynamique et sans chichi, même si on est en plein classicisme "mutant" avec ces scènes d'autopsie et de gentils autochtones déchiquetés, et avec sa jolie scientifique venue de la ville (ceci dit, ne trouve-t-on pas dans le film de serial killer absolument les mêmes balises, même quand c'est de la série A ?). C'est l'action qui est maligne. Les effets spéciaux, qui font la part belle, comme d'habitude, aux effets numériques, sont assez réussis quoique modestes, et surtout ils sont très bien amenés dans le plan. Paul Ziller, au lieu d'organiser les choses comme ses collègues et de bâtir sa réalisation autour des effets, fait le contraire, et dresse ses bidouillages numériques avec un fouet et d'une main ferme pour qu'ils rentrent docilement dans son découpage ! C’est la bomme option. Du coup, et là aussi contrairement à énormément de séries A, excusez-moi d'insister, la photo, par exemple, n'est pas détruite dès qu'un effet pointe le bout de son nez, et la mise en scène en général ne s'arrête pas pour laisser passer des troupeaux d'effets numériques ! Au contraire, tout cela s'intègre avec simplicité et savoir-faire dans le reste du film. C'est bien vu. Ce qui permet au film de réserver une ou deux séquences malignes dont celle où le pauvre journaliste fouille-merde se fait boulotter par les poissons dans sa voiture (si, si), scène qui nous montre qu'une fois de plus Ziller choisit une seconde bonne option : ne pas hésiter de temps en temps à faire des effets spéciaux en live sur le plateau (ici par marionnettes). Voilà qui paye.

On s'avance donc à un joli rythme, et très franchement on passe un moment très sympathique avec le Marquis. Et puis, sans prévenir, ça commence malheureusement à patiner sérieusement. Et pour une fois, c'est le scénario qui commence à marcher dans la choucroute. Ziller, également scénariste, préfère centrer son film sur une péripétie à l'extérieur de la ville (sur l'île). Du coup, il brise la routine et la cohérence narrative, poussant le film vers un poussif montage de séquencettes parallèles beaucoup moins altières que les trois premiers quarts d'heures. Ziller dévoile le pot aux roses assez vite, belle franchise et idée de scénario banale mais qui fonctionne, mais en détournant l'attention sur Chelan Simmons et ses copains teenagers, ça s'enlise, et petit à petit le film devient complètement mou-mou et rejoint la horde de séries C déjà existantes. On est alors plus proche du téléfilm en quelque sorte que du cinéma pour petite lucarne. L'invasion terrestre de l'île est poussive (l'aller-retour, pour rien, sur la plage) et sa résolution met des plombes à se mettre en place, en plus de l'arrivée de Boxleitner qui mettra, pour une fois et c'est vraiment pas le moment, trois heures à arriver sur les lieux de l'action ! Une fois là, on est déjà un peu lessivé, et on a déjà été chercher une bière au frigo. On reste donc vraiment sur sa fin, et tout ça à cause d'une bête histoire de scénario trop pantouflard qui vient faire exploser le sentiment de débrouillardise des 45 premières minutes. Le plus étonnant, c'est que malgré tout, Ziller arrive encore à caler une très bonne scène : celle où les poissons rampent dans la maison. Les deux filles les tuent mais avec difficulté et surtout lenteur. Ce n'est pas le poisson mutant en lui-même qui est difficile à tuer, c'est leur arrivée en nombre et sur un rythme lent mais régulier qui est dur à supporter. C’est un sentiment décourageant : plus on en tue, et plus il en arrive. On a l'impression de ne pas progresser. Belle idée de slowburn, en quelque sorte. Et malgré des plans pas très beaux ni très lyriques (étroitesse du décor où il n’y avait pas grand-chose à faire, hélas), Ziller arrive là à trousser peut-être la scène la plus originale de son film, et, petit miracle, à donner un vrai sentiment d'épuisement physique et de découragement absurde au spectateur. C’est une belle séquence qui arrive donc comme un cheveu, heureux, sur la soupe d'une deuxième partie un peu fadasse. Comme quoi le gars a de la ressource, et il pourrait nous livrer un petit film de monstres mutants tout à fait bien troussé et bondissant de A à Z !

En bref, CULTUS n'a pas particulièrement d'intérêt vital. J’aurais plutôt appelé ça SYMPATHICUS, moi… C'est juste un film plutôt agréable, voire même dynamique dans sa première partie. Peu de moyens certes, mais le décalage est intéressant, surtout si vous ne connaissez pas du tout ce type de production. Vous vous apercevrez alors que certaines n'ont rien à envier et sont même meilleures que moult scènes de série A, au regard des fondamentaux de la réalisation en tout cas. Les plus pervers se régaleront et se vautreront comme des petits porcinets en poussant de gros Grouiiiiiiiiii Grouiiiiiiiiiiii devant ces teenacteurs tartes absolument délicieux de n'importe quoi, ce qui offre là aussi un joli décalage avec les acteurs à succès du même âge. Vous verrez alors que la frontière est mince... mais désopilante. Pour celui ou celle qui veut découvrir les monstres de films mutants, vous avez là un film qui ne casse rien, voire à moitié raté, mais qui pourra vous donner une idée en douceur de ce que peut-être un film de ce genre quand il est inventif... Mieux vaut regarder un FRANKENFISH ou un LEECHES, certes, mais voilà déjà un formidable film-pantoufle qui permettra de passer une soirée insignifiante mais sympa, devant une bonne bière ou une bonne tisane. Quand à Paul Ziller, ça vaudrait le coup de jeter un œil à ses autres séries C, histoire de voir ce que ça donne quand c'est plus abouti et plus égal.

Tranquillement Vôtre,

Dr Devo.

PS : Bruce Boxleitner est marié en secondes noces à Laura Ingalls de la série LA PETITE MAISON DANS LA PRAIRIE, soit la jolie Melissa Gilbert, pourtant bien plus jeune que lui, vieux salaud ! Voici une information qui ne sert à rien mais qui devrait briser les espoirs enfantins de beaucoup de gens ! Bonne journée !
 
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Jeudi 25 janvier 2007

Recommander - Publié dans : Corpus Analogia

[Photo : "Attaque de Coeur (20ème anniversaire de la Mort du Monde)" par Dr Devo]

 

Chers Focaliens,

Poursuivons les escapades cinématographiques et courons comme des jeunes chiots fous dans les champs du saigneur... quelquefois à nos dépends d'ailleurs, comme on va le voir par exemple ici, en parlant de cette soirée fameuse, il y a deux ou trois jours, où nous avons regardé avec le Marquis THE HUMAN TORNADO, avec l'ami Rudy Ray Moore dans le rôle culte de Dolemite. J'ai d'ailleurs oublié de préciser dans mon article l'autre jour l'incroyable regard absent de Moore dans le film, sans doute un symptôme de la consommation de sucre-candy très en vogue à l'époque dans les milieux du show-bizenesse (mais plus du tout maintenant, hein ?).

Un grand moment de solitude et de fatigue, cette soirée là, car sans le savoir, avec THE HUMAN TORNADO, nous avions mangé notre pain blanc !
La nostalgie, c'est comme une chanson de Daniel Guichard pour beaucoup de gens : ça se mange sans fin, et on est bien dedans, ça tient chaud aux pieds. [Comme des pantoufles, je voulais dire !] Et c'est mû par un esprit de nostalgie que le Marquis a acheté LE RETOUR DES MORTS-VIVANTS 2 de Ken Wiederhorn, qui est la suite du très réussi RETOUR DES MORTS-VIVANTS de Dan O'Bannon. Rappelons d'ailleurs que le Marquis, il y a un an et peut-être même plus, a fait un excellent article informatif et bien troussé sur les films de morts-vivants qui ont pris le relais pendant des décennies entières de LA NUIT DES MORTS-VIVANTS. Cet article vous permettra de vous repérer dans la généalogie un peu bâtarde et très embrouillée de la galaxie zombie ! Qu'on se le dise !

Ploucville, ville moyenne des USA, dans les années 80. Un camion militaire rentre à la base. Il pleut. Le conducteur du camion, un jeune soldat sans grade, roule tranquillement avec un walkman sur les oreilles. [...ce qui à l'époque était le comble du chic et de la branchitude, car le walkman était l'objet le plus convoité du monde, et les jeunes de l'époque y tenaient plus qu'à un i-pod ou qu'à un navigateur GPS. C'était une note pour les moins de 25 ans.] Le gars écoute donc du hard-rock FM sur son walkman. Et du coup, il ne s'aperçoit pas, car il fait nuit et que la pluie tombe drue, que les fûts toxiques qu'il transporte sont mal attachés, et l'accident finit par arriver : un des fûts tombe du camion !
Michael Kenworthy, petit gamin acteur qui, dieu merci, n'a rien fait d'autre sinon un rôle dans LE BLOB de Chuck Russel (USA, 1988), et un épisode de QUOI DE NEUF DOCTEUR ? (tu t'y attendais pas à celle-là, hein ? Pour les moins de 25 ans, c'était une série télé familiale avec un petit gars à la cool complètement nul. Et qui a vu passer du beau linge (Di Caprio, Brad Pitt...). Et avec l'actrice Tracey Gold ! Oh lalala ! Qu'est-ce qu'elle devient ? Elle doit être consultante en pizzas surgelées quelque part en Arkansas...). Michael Kenworthy est un petit garçon de treize ans qui est entraîné par deux de ses petits camarades à faire une virée dans le cimetière tout proche, cimetière au milieu duquel coule quasiment une rivière, puisque les égouts passent par là. Les 3 gamins s'approchent d'une bouche d’égout, justement, et découvrent un fût étrange qui porte des inscriptions militaires et des messages stricts demandant à celui qui trouve le fût de surtout, surtout ne pas l'ouvrir ou le nourrir après minuit, et d'appeler immédiatement tel numéro... Les gamins se demandent ce que c'est... Nous, spectateurs surpuissants, savons qu'il s'agit du fût tombé du camion militaire [Et qu’il contient de la Trioxin, pour les plus cultivés d’entre nous ! NdC]. Michael Kenworthy rentre chez lui, mais ses deux potes commettent une faute irréparable : ils ouvrent le fût ! Un gaz toxique s'en échappe...
Au même moment, Thom Mathews (épouvantable acteur) et Suzanne Snyder (actrice très sympa, bien que complètement dépassée ici, et qu'on a déjà vue dans le KILLER KLOWNS des frère Chiodo que j'évoquais l'autre jour) arrivent dans le cimetière car Thom doit y passer la nuit à déterrer des cadavres avec un vieux bougon qui les revendra sur le "marché noir" des mecs qui n'ont rien de mieux à faire qu'acheter de vrais morceaux de cadavres ! (Thom fait ça pour l'argent, bien sûr et ça le dégoûte !). Thom Matthews et son collègue James Karen interprétaient sensiblement le même duo dans le premier RETOUR DES MORTS-VIVANT, mais pas les mêmes personnages ! La production, toujours pleine de bonnes idées, s'est dit que ça n'était pas mal, même si les deux acteurs n'étaient pas connus du tout, de les replacer là dans des rôles différents car ça permettait de faire le lien entre le premier film et cette suite ! Logique, non ? Non, mais enfin, ça faisait un lien entre les deux films, comme si c'était une... suite et pas un rachat opportuniste de franchise ! Bref, le pauvre Thom va passer sa nuit à voler des cadavres ! Ce qui fait que, ce soir, il y en a, du monde dans le cimetière. Le petit Juju a ouvert le fût toxique qui contient... UN MORT-VIVANT, issu des recherches foireuses et secrètes de l'armée américaine. De la fumée toxique se répand dans le cimetière et au même moment, la pluie se met à tomber ! Aïe ! Le petit Michael Kenworthy, lui, décide de faire le mur et de retourner au cimetière pour noter le numéro de téléphone sur le fût et prévenir l'armée. Trop tard ! Dans le cimetière, les cadavres enterrés se réveillent et vont envahir la ville en criant : "Cerveau ! Donne-moi ton cerveau !" Mon dieu, qu'avons-nous fait là ?

Comme vous l'aurez compris, l'approche du personnage du mort-vivant est ici assez éloignée de celle d'un Romero. LE RETOUR DES MORTS-VIVANTS 2 est une espèce de comédie qui enchaîne les fausses bonnes idées, la première étant de devenir plus une comédie qu'un film d'horreur (on n'a jamais peur), et l'autre étant de confier le rôle principal à un gamin, ce qui, remarquez, préfigure bien ce que devait devenir le cinéma fantastique des années 90 jusqu'à nos jours, diront les plus cyniques d'entre nous, à qui je ne pourrais pas tout à fait donner tort ! À l'époque de ce film, et je dis ça uniquement pour me moquer, Ken Wiederhorn, réalisateur d'un très réussi et assez original SHOCK WAVES (LE COMMANDO DES MORTS-VIVANTS), son premier film en 1977 (un chouette film de morts-vivants nazis assez lent et troublant, et qu'on trouve en DVD pour deux sous). Et à l'époque de cette séquelle, il cherchait à sortir du genre "horreur". La production lui a dit d'accord, à condition qu'il respecte la franchise et le scénario (qui n'était pas du tout prévu pour être une suite !), grâce à un formidablement désastreux travail de ré-écritures successives a pu accoucher du film bâtard que voici ! Bien entendu, par la suite, on ne proposa que des comédies d'horreur à Wiederhorn ! Et sa carrière ne dépassa jamais les années 80 ! Hihihi !

Ah, c'est formidable le show-bizenesse ! Et quand le Marquis a vu le film dans le bac à soldes, il a acheté tout de suite, ce que je comprends. À l'époque, j'avais vu le film en salles et lui aussi ! Et la nostalgie t'étreint et te voilà à regarder ce film 19 après (!), en te disant que tu vas passer un bon moment, surtout que le premier opus de la série était drôlement sympa et bien troussé...
NOSTALGHIA est vraiment le seul mauvais film de Tarkovski. Et ce RETOUR 2... ne vaut quasiment rien ! D'une facture modeste et sans envergure particulière, la mise en scène confine à l'anonymat et surtout, c'est le développement de l'histoire qui est catastrophique, cousu de fils blancs qui ont bien du mal à s'enchaîner, d'une part, et de situations artificielles aussi homogènes que la cadavre de la créature de Frankenstein ! D'autre part, en plus d'être anonyme, l'action/comédie est mise en scène de manière absolument léthargique : quelques fins de plans coupés à la tronçonneuse rouillée, mouvements de caméra kitsch, complète eigthisation banale du contexte (les nouveaux quartiers des classes moyennes comme on les voit chez Spielberg !), vitesse de croisière qui tient plus du slow que du twist, et surtout à cause d'acteurs complètement paumés et bien souvent tartes. Le petit Michael Kenworthy, très sûr de lui, y va à fond, mais bon dieu que c'est désagréable ! L'avantage à l'époque, c'était que ces programmés enfants-stars (et dieu sait que pour lui, sa carrière fut un échec), ressemblaient à des pré-ados, au contraire d'une Dakota Fannings qui de nos jours essaie de nous persuader qu'elle a 35 ans ! [Je me demande si elle aime le sucre glace ?] Bref, le jeu est complètement poussif au possible. On retrouve d'ailleurs Dana Ashbrook qui, comme son nom ne l'indique pas, est un acteur aujourd'hui perdu dans la jungle de l'anonymat mais qui devait connaître une petite aura quelques années après ce film en jouant le rôle de Bobby Briggs dans la série TWIN PEAKS de David Lynch ! Marsha Dietlein qui joue sa copine a une chouette tête mais ici, elle est complètement fadasse. Et puis, il y a le type qui joue le docteur, Philip Bruns, dont le jeu est absolument horripilant. Personnage de ringard décalé, assez vieux, et balançant des vannes catastrophiques à longueur de dialogues, le tout en roulant des yeux et en jouant avec ses sourcils, Bruns s'avère absolument insupportable. Ce n'est qu'une ou deux bobines plus tard qu'on commence à l'apprécier. Si son rôle fait mal au cerveau, c'est qu'il est complètement tartempion dans le contexte. Par contre, l'acteur finit par jouer le rôle de paracétamol. Il ne fait certes pas disparaître la maladie, mais ça soulage un peu, dans le sens où c'est le seul qui se batte un peu et qui ait l'air d'être un être humain et non pas un robot humanoïde venu de l'espace ou de sortir d'un bouquin de Philip K. Dick ! En un mot, c'est le seul qui essaie de faire son boulot, tandis que les autres semblent être sous prozac. Tant mieux, car sinon je crois que le Marquis et moi-même serions morts d'ennui... ce qui est quand même arrivé ! Le film se déroule sans aucune conséquence, enchaînant les scènes poussives et se construisant sur des détails insignifiants que l'équipe tente laborieusement de mettre en place. La ville est bizarrement vide d'habitants, et le film d'enjeu. Chaque choix de ce film assez coûteux, comme celui de tourner sur des plateaux en plein air, finit par paraître cheap et désastreux (c'est une jeep et deux intermittents du spectacle qui incarnent les autorités militaires qui font le blocus autour de la ville !). Le cheapest est atteint lors d'une splendouillette séquence finale dans une centrale électrique où nos héros essaieront d'électriser des abats en les plaçant dans des flaques d'eau dans lesquelles ils font baigner des câbles électriques, dans l'espoir que les zombies les mangent puis s'électrocutent ! Superbe idée... a du se dire la maman du scénariste, et c'est bien la seule ! C'est poussif, c'est long, c'est même interminable et ça ne vaut définitivement pas un
HORROR CANNIBAL pourtant bien plus nul. Va comprendre... Que ceci vous serve de leçon, à vous les jeunes de moins de 25 ans : la nostalgie n'a pas que du bon ! L'aimable potacherie du souvenir s'est ici transformée en exercice d'endurance insupportable. Le Marquis et moi-même nous sommes dit qu'on ne nous y prendrait plus !

Et hop, un malheur n'arrivant jamais seul, et sans le préméditer en plus, je proposais de regarder dans la foulée ZOMBIE KING AND THE LEGION OF DOOM, titre débilosse et 100% français du ZOMBIE BEACH PARTY de Stacey Case. La jaquette au design de comic book nous donne du "George Romero présente" ! S'il vous plaît !

Dans la région de Ploucland, au Canada, voyage Ulysse, catcheur réputé et ultra-populaire qui essaie de rejoindre sa copine avec qui il est fâché dans sa maison au bord de la mer. Alors qu'il s'arrête dans un petit patelin, il découvre sur une affiche que le lendemain, Tiki, son concurrent direct et grand méchant annoncé, va donner un combat de catch dans un bar du cru, combat au cours duquel il affrontera des zombies ! Voilà qui est étrange, se dit Ulysse. Parallèlement, des petits jeunes se font massacrer et la police est formelle : ils se sont fait boulotter par des morts-vivants ! Tout désigne donc Tiki et ses zombies apprivoisés. Mais la réalité est tout autre, et Ulysse sait qu'il ne faut pas se hâter à tirer des conclusions hasardeuses. Bien qu'ennemi juré de Tiki, il se met à sa recherche, car son petit doigt lui dit que même son rival serait incapable de tuer de gens innocents et qu'il y a sûrement Ang Lee sous France Roche... Et effectivement c'est le cas, car en coulisses, dans un parc d'attraction abandonné, un sinistre personnage s'apprête à déployer un plan maléfique : conquérir le monde libre ! C'est pas gagné !

ZOMBIE KING..., film indépendant tourné en vidéo et avec peu de moyens, part sur les traces du serial, du film de drive-in et de morts-vivants, mais aussi sur les traces des films de catcheurs, genre populaire notamment en Amérique du sud. Les héros de ce film sont donc tous masqués, ce qui est, il faut bien le dire, un des aspects très sympathiques du métrage, les catcheurs étant, dans cet univers décalé, catcheurs le jour, catcheurs la nuit, catcheurs un jour, catcheurs toujours ! Ils gardent leur cagoule pour dormir ou prendre une douche ! Le ton est donc volontairement décalé. Le film mise sur des décors assez déserts, et est tourné directement chez les gens à l'origine du projet. C’est du fantastique de garage pourrait-on dire, ce qui peut avoir, là aussi, son charme. L'univers développé se veut donc à la fois quotidien, voire banal, et complètement loufoque, extravagant. Le fantasme étant de faire tenir debout, avec pas grand chose, un univers bizarre à 110% (il s'agit quand même d'un film de zombies catcheurs !) qui produise sa propre mythologie et ses propres codes de fonctionnement. Et bien, je dis pourquoi pas !

Hélas, ZOMBIE KING AND THE LEGION OF DOOM relève de l'arnaque quasi-complète, et loin de la potacherie promise à la BAD TASTE (film surestimé de Peter Jackson, sans aucun intérêt ou presque, ou alors pour les plus sentimentaux d'entre nous), hypothèse basse, et loin de la découverte débrouillarde due à des bricoleurs de génie, hypothèse haute. Le film n'est ni l'un ni l'autre, et c'est bien pire. La première bobine, celle de la découverte, et donc moins antipathique, est relativement agréable pour qui sait être indulgent, même si déjà on peut sentir qu'on est plus proche du tournage du dimanche qu'autre chose. Rien d'infamant, rythme trop pépère, et léger attrait du décorum.
Par la suite, c'est sans appel. Le but de Stacey Case est clair : faire du culte à tout prix ! Être fun, déployer la force d'un humour et d'un univers au second degré. Pas l'ombre donc d'un sentiment amateur en fait. Si de fait ZOMBIE KING... est un film bon marché et bricolo ayant coûté peu cher, et même quasiment auto-produit, le but affiché est de faire un produit de buzz propre à cartonner dans les festivals spécialisés puis dans les festivals tout courts. Voilà qui pue l'ambition.
Car en coulisses, c'est pas beau à voir. La mise en scène est médiocrissime. La photo est piteuse, malgré les efforts, et sans goût aucun. La direction artistique mise à fond sur le kitsch ce qui est toujours extrêmement désagréable et rien n'essaie d'être beau ou troublant. Enfin, le scénario, très vite, montre se limites : il n'y aura ici aucune originalité. La base de départ, pourtant très loufoque, ne donne rien de bondissant ni de malin, mais par contre se perdra dans des développements d'un classicisme absolu et sans inventivité, où au contraire le déroulé de la narration et de l'action sera aussi laborieux que LE RETOUR DES MORTS-VIVANTS 2 dont je parlais plus haut. Scénario en chaise roulante, donc, et encore plus réalisation absolument nulle, et sans caractère personnel aucun. Ah ça, oui, ça c'est sûr, y 'a du gros rock qui tâche dans la B.O. Mais c'est tout, et ça n'apporte rien car comme il faudrait le rappeler de temps en temps aux jeunes réalisateurs qui aimeraient tous être Tarantino à la place de Tarantino : un film n'est pas une émission de radio ! Et Tarantino n'est pas un gars qui a une super collection de B.O.F. ou un gars qui a une culture musicale délirante : c'est un type qui a vu le PHENOMENA de Dario Argento et qui sait, du coup, où placer et comment placer une incise musicale dans une scène à la mise en scène structurée... Stanley Case se plante quasiment à tous les postes. Le cadre est laid, voire parfois hideux, la direction des acteurs est immonde dans les scènes d'action, et surtout, surtout, l'échelle de plans est inexistante. Et le montage est non seulement pas signifiant du tout, mais rempli de fausses options qui détruisent le capital sympathie dont aurait pu bénéficier le film. C’est monté n'importe comment. L’action, ultra-segmentée, ne cherche jamais à spatialiser l'action ni à la dynamiser du point de vue rythmique. ZOMBIE KING..., du point de vue du montage, est un film d'une absolue monotonie, certes capable d'enchaîner 13 plans en 30 secondes, mais incapable de donner une quelconque impression de rythme. D'un simple point de vue de mise en scène terre à terre (il s'agit quand même de filmer des combats de catch, ce qui est un exercice assez concret), c'est donc mauvais, voire nul tant les mauvaises options sont systématiquement choisies. La question du montage n'a jamais été envisagée par le réalisateur. La question des techniques de catch et du cadrage n'a jamais été posée non plus ! Fallait-il chorégraphier un catch spécifiquement chorégraphié pour le découpage cinématographique, ou fallait-il au contraire pousser les séquences d'action dans le sens de la captation ? [Un des enjeux tient à la nature même du catch, discipline très technique du music-hall : le combat doit être lisible par tous, quel que soit l'endroit où l’on se trouve dans la salle... Ce qui pose quand même de sacrées questions de mise en scène !] Case s'en fout, en fait. Il fait les plans les plus courts possible, privilégie les effets les plus voyants, se fiche du cadre, de la lumière, du rythme... Il n'a pas pensé une seconde à ce qu'il allait faire de ses rushes. Et au final, son film n'est qu'une bouillabaisse indigeste, sans aucune personnalité et qui singe les tics de montage épileptique des "professionnels de la profession", sauf qu'ici, la prestation paraît plouc et cheap, au vu des moyens... Case perd sur toute la ligne. Côté spectateur, c'est l'ennui mortel. Le film semble durer deux heures trente, les séquences s'enchaînent dans la plus grande prévisibilité. Le film est autant un film de cinéma qu'une opérette ou qu'un talk-show, ou que de l'orthoptie ! Au bout de 20 minutes, on crie grâce. Le pompon est cependant atteint dans un dernier acte (le parc d'attraction) complètement débile et sans envergure.

ZOMBIE KING AND THE LEGION OF DOOM tient vraiment à la fois de l'arnaque et de l'arrivisme. C’est un film de petits malins qui aimeraient bien percer, et qui aimeraient bien "bosser dans le cinéma". C'est bien, c'est beau d'avoir de l'ambition. Je souhaite de tout cœur que Stacey Case ait enfin son petit bureau sur Hollywood Boulevard. Moi, je préfère les gens dont l'ambition est non pas d'être réalisateur mais de réaliser des films. Et pas de faire de la choucroute ! ZOMBIE KING..., film sans charme, sans humour et vide de toute personnalité (ça ressemble à des centaines de films auto-produits) est juste une opération marketing. Si ça marche aux USA, où le film a sans doute son aura culte, c'est aussi valable pour la France où le DVD est commercialisé sous une luxueuse jaquette façon comic-book. Et avec ce fameux bandeau "George Romero Présente". En fait, dès le générique de fin, on se demande comment il est possible qu'un homme de goût et de conviction comme Romero ait pu associer son nom à un petit étron de la sorte. L'explication est à chercher du côté de notre ami Ludo-Z et de son site SÉRIE BIS ! En fait, Romero avait (vaguement) promis de faire une apparition dans le film. La chose n'ayant pas pu se faire, Case et son équipe ont décidé de dire que le film était soutenu par Romero, ce qui, bien sûr, est absolument faux. Mais bon, ça, coco, c'est bon pour le culte ! C'est bon pour encaisser de la maille ! Et c'est donc sans vergogne que le réalisateur amasse popularité et réputation de cinéaste culte, en mentant comme un arracheur de dents ! La presse, surtout spécialisée, et les fans hardcore de cinéma fantastique crient à la découverte culte et à la naissance d'un réalisateur potentiellement iconoclaste et important ! Un peu comme Sam Raimi ou Peter Jackson en leur temps ! Ça arrange d'ailleurs les spécialistes du genre, ce parrainage Romero que tout le monde avalise en bon mouton obéissant. Mad Movies (dont les choix d'avenir pour le cinéma sont désastreux de A à Z ! Ce sont vraiment des clowns sans envergure, eux aussi ! C’en est presque impressionnant ! Le font-ils exprès ? Se rendent-ils compte qu'ils font exactement pareil que Les Cahiers ou Positif ? Voient-ils que ce sont eux les plus grands défenseurs du mainstream et du Système ?) aura beau dire le contraire, ZOMBIE BEACH PARTY est un film lamentable dont l'arrivisme et la propension à mentir avec l'accord d'une profession largement corrompue font disparaître l'aspect bêtement anonyme et ultra-fadasse de l'expression cinématographique...

Rappelons à ces gens qu'un type comme Tarantino a sans doute vu tous les films de Fulci, toutes les séries Z de Mattei, mais qu'il a aussi vu tout Peckinpah ou Friedkin, tout Godard et tout Bergman. Et qu'avant de connaître le succès, qu'il aurait pu ne pas connaître d'ailleurs, car on a toujours du succès ou de l'insuccès pour de très mauvaises raisons, la force de ses films ou projets de films était justement de se poser des questions de cinéma, et non pas de développer des scénarios, et de raconter des histoires à la manière d'un vulgaire Truffaut (le magasin de jardinage, bien sûr !). Car ce cinéma de scénario et de concept dans lequel nous baignons actuellement, de Moretti-Almodovar-Loach à Besson-Michael Bay-Jaoui, en passant donc par ce ZOMBIE KING..., ne fait qu'une chose : servir la soupe au Grand Capital ! Et ça, c'est pas très rock n' roll je trouve. Je ne vois là-dedans rien d'iconoclaste ou de culte (cette nouvelle saveur marketing ! Film au parfum de culte !). Dites-leur merdre aux dealers !

Derrière le masque de catcheur branchouille se cachait la tête d'un des deux petits vieux du Muppet Show !

Sortez les clowns !

Zenement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Mardi 23 janvier 2007

Recommander - Publié dans : Corpus Analogia

[photo : "L'important, c'est de tirer" de Dr Devo et Mr Mort

d'après une photo de la snipeuse russe Lyudmila Mikhailovna Pavlichenko (1916-1974)]

 

 Chers Focaliens,

On nous pose souvent la question lorsqu'on nous reconnaît dans la rue, sur le marché, le samedi et le dimanche : "Ça se passe comment, une bonne soirée vidéo chez le Marquis ?". Ce à quoi je réponds que, bah, finalement (avec la voix de Philippe Noiret !), ça se passe le plus naturellement du monde : le Marquis sélectionne une petite pile de 60/70 films qu'il sait que je n'ai jamais vus, je choisis un machin, et hop, on ouvre le tiroir du lecteur dévédé, et c'est parti pour un tour, c'est pas sorcier.

Une fois n'est pas coutume, c'est moi qui ai amené hier le premier film ! Il s'agissait d'un dévédé qui avait été offert à l'équipe de ce site il y a quelques semaines lors des célébrations du second anniversaire ! Nous étions très émus qu'on nous ait envoyé un film ! Saluons dès lors le responsable, notre ami le Repassant ! Il était normal que j'attende d'être en présence du Marquis pour regarder la galette, à savoir 20 JOURS SANS GUERRE d’Aleskeï Guerman, réalisateur russe à la carrière réputée mais assez dépouillée : 4 films depuis 1971 et un actuellement en préparation (un film de SF !). Il est assez dur de voir les films du réalisateur de KHROUSTALIOV, MA VOITURE, et on ne peut donc que saluer la sortie de la galette chez Bach Films.

Un homme d'une quarantaine d'année, interprété par Yuri Nikulin (ici à contre-emploi, puisque l'acteur était un des clowns les plus réputés du Cirque de Moscou) est soldat et journaliste pendant la seconde guerre mondiale. Il revient de Stalingrad où il a dû assister au terrible siège. Lessivé par les combats et les années de guerre, il se voit accorder une espèce de permission qu'il va passer dans une petite ville. Là, il revoit sa femme et règle son divorce. Cette dernière s'est remariée avec le patron du théâtre local. Il en profite aussi pour rendre les affaires d'un de ses camarades mort au front à sa veuve, opération qui tourne au fiasco. Et finalement, il finit par croiser une femme seule, costumière au théâtre justement, avec qui il passe quelques instants. Yuri a 20 jours de permission devant lui. Il découvre un pays marqué mais qui vit à un autre rythme que sur le front. À l'occasion de l'adaptation d'un de ses textes au cinéma, Yuri découvre que les gens ont une idée assez floue de cette guerre qui le hante, lui,  de manière lancinante. Yuri tente de profiter de cette permission tant bien que mal...

Et bien voilà un objet bien singulier que ce film qui, d'entrée de jeu, annonce son étrange couleur. Ça commence par une longue scène de plage, après une bataille (un flash-back en fait). Une action faite de plans longs ou alors très découpés au contraire, et un son tout à fait étonnant puisqu'il s'agit d'un film entièrement post-synchronisé, où l’on entend certains bruits annexes mais pas tous. Exemple dans cette scène de plage où l’on entend les voix des personnages bien sûr (mais post-synchronisées donc), des bruits de bombe pendant l'attaque aérienne, mais pas le bruit de la mer par exemple, alors qu'on a le nez dessus, ou pas de bruits de pas, ou pas de cliquetis de l'arme qui vient frotter contre le gros sac, etc. Ce dispositif de sonorisation partielle courra tout au long du film. Mais dans cette scène d'introduction, puis dans la séquence qui suit (le voyage en train), le dispositif est particulièrement impressionnant car en plus, il y a un jeu de présentation du système, avec notamment des lignes de dialogues qui commencent puis disparaissent en fondus alors que les personnages à l'écran parlent encore ! Ça et le choix de reprendre ou pas telle ou telle ambiance sonore, ça fait bizarre et c'est très efficace. Dans l'intro de la plage, il y a en plus un homme qui parle, et dont le dialogue finira par se désynchroniser de l'image (dans le même plan-séquence !) pour qu'enfin on s'aperçoive que ce n'est pas vraiment le personnage qui parle en "son-ON" mais que c'est le narrateur ! (Konstantin Simonov d'ailleurs, dont la nouvelle est ici adaptée !). Ce narrateur-personnage devient personnage ensuite d'ailleurs, mais inscrit le film dans la perspective du récit. On verra d'ailleurs que Guerman s'attachera beaucoup à "situer" la narration justement. Beau son en tout cas, utilisé et mis en scène ce qui est déjà un exploit, et de manière plutôt audacieuse et parfois (assez souvent même) assez belle. En tout cas, les dix premières minutes sont extrêmement dépaysantes.

Côté image, ce n'est pas non plus la misère loin de là, même si les choses sont moins constantes, en quelque sorte. Vu l'édition du DVD, on dirait que c'est un joli format 1.66. [Format que j'aime beaucoup et qui est largement en voie de disparition. Dans quelques années, on n’en parle plus.] La photo est due à Valeri Fedosov, et elle est assez belle, pouvant être tour à tour assez réaliste ou au contraire plus fantastique comme dans de nombreux plans intérieurs (séquences finales, arrivée au théâtre, arrêts en gare dans l'introduction, ou encore le départ des soldats dans la ville endormie en fin d'après-midi, ou aussi le plan où apparaissent les titres). Plus la photo est sombre, très souvent, plus elle est originale. Le cadre est très souvent beau, voire ça et là vraiment magnifique. Il représente d'ailleurs bien le film et son modus operandi : parfois très lyrique sans avoir l'air d'y toucher et quelquefois plus terre à terre. Bizarrement, si Guerman adore utiliser les lieux et les habitants qu'il croise lors du tournage, l'occasion faisant le larron en quelque sorte, c'est parfois dans ces moments que le film paraît le plus dépaysant et atypique. Mais pas tout le temps ! C'est aussi là que sont les plans largement plus banals. Puis, à environ 45-50 minutes du début (à la louche !), petit changement : certains plans apparaissent plus maladroits, voire quelques-uns vraiment pas beaux du tout. Voilà qui saute aux yeux dans un ensemble de fort belle qualité avec des pointes régulières vers des choses magnifiques, et quelquefois assez renversantes. C'est notamment aux alentours de l'après-midi que Yuri passe avec Lyudmila Gurchenko (ici dans le rôle de la costumière) que le cadrage, voire la photo, deviennent bizarrement bancals. Il y a notamment un tunnel de cinq minutes cadrées de manière systématique (personnages découpés 15cm en dessous des épaules en légère plongée, avec arrière plan très large et ciel au deux-tiers), cinq minutes vraiment pas belles du tout, presque indigentes, et indignes du reste du film (c'est le passage qui se situe à partir de la scène où Yuri et Lyudmila fument une cigarette, accroupis près du tas de fumier...). Ensuite, des plans plus faibles seront toujours présents mais jamais aussi maladroits et toujours entourés de choses très belles. Le tout donne, après 45 minutes de film donc, un ensemble un peu disparate, plutôt bizarre et inexplicable. Ceci dit, même à la fin du film on trouve encore des cadrages très lyriques (la scène au petit matin devant la maison de Lyudmila).

Curieusement, et malgré les percées vraiment étranges de certains plans, Guerman, et pourquoi pas d'ailleurs, ne choisit pas son camp. 20 JOURS SANS GUERRE est formellement (dans le sens, c'est une autre affaire, c'est plus compliqué), un travail de composition, et pas forcément de reconstitution. On est assez loin de la fresque historique : peu de scènes de guerre, et quand elles arrivent malgré quelquefois des moyens conséquents, les choses sont faites plutôt avec goût d'ailleurs, de manière très elliptique et subjective, donnant à certaines d'entre elles une force impressionnante à caractère quasiment fantastique, étrange ou absurde (très belle scène de la photographie suivie du bombardement). On est donc très loin des représentations classiques de la guerre. On imagine que cela a pu déranger l'U.R.S.S. de l'époque : un film de guerre sans guerre, plutôt lent, mais non plus dénué de sensations, voire de sensualité. Voilà qui devait être, j'imagine, assez étrange. Malgré tout cela, le film a un côté ouvertement "sur le vif", et donc reconstitution, mais pas à costumes, justement. On est dans les choses banales et non spectaculaires. Et on serait bien embêté de dater le film, ce qui est bon signe. Guerman s'attache notamment à filmer les visages russes, souvent amateurs, ou à reconstituer des images faisant partie du patrimoine vécu (le contrechamp dans le discours de l'usine qui est quasiment la reconstitution des photos d'époque !). 20 JOURS SANS GUERRE, vous le comprenez, est donc un film très étrange à décrire ! On est à la fois dans le terre à terre absolu, dans une certaine simplicité qui ne sombre jamais vraiment dans la sécheresse, et d'un autre côté on a des plans, des sons et des nuances de narration qui tirent le film vers une fabrication plus expressionniste, voire plus fantastique comme le montrent les plans en travelling sur les véhicules (train, charrette, etc.) souvent bizarres et marquants. Et la photo est belle très souvent. Et le son, encore plus, est très troublant ! On est donc devant un film aux charmes étranges.

De mon côté, plusieurs choses m'empêchent d'y adhérer complètement. La narration, pourtant élégamment amenée dans la première bobine du film par la voix narratrice notamment, me paraît bien balisée et bougrement linéaire, au moins en apparence (ceci dit, c'est le cas de quasiment tous les films à part un PERSONA et un FIRE WALK WITH ME de temps en temps ! On a vu largement pire et il faut placer ma remarque dans le contexte admirable que j'ai décrit précédemment). Pas de vertige subjectif, et sans doute une certaine méfiance plus ou moins consciente envers la puissance lyrique de la mise en scène dans la combinatoire de ses jeux d'effets (et non plus dans les éléments pris individuellement). On a l'impression que Guerman en a largement sous le pied. Même si on comprend qu'il ne veut pas faire de l'ultra-impressionnant et du baraqué qui déchire sa mère tout le temps (comme dans l'explosion du bâtiment, dans la scène de photographie), il est un peu timide quand même. Alors qu’au détour d'un plan plus intimiste (une fête, un repas, un plan dans une maison...) il peut révéler une expression également étrange et personnelle, on a quand même l'impression que le réalisateur en est tout à fait conscient et qu'il en a peur. C’est peut-être la peur d'emmener le film en territoires inconnus, dans des no man's land un peu plus étranges. Guerman côtoie ce territoire très régulièrement tout au long du film, mais refuse d'y pénétrer totalement et c'est bien dommage. Il préfère privilégier l'aspect "documentaire accidentel" et l'aspect banal de son dispositif, notamment sur le plan narratif. Il sait alors qu'il peut conserver un univers à plusieurs degrés de lecture grâce aux rappels nombreux qui nous sont faits sur la nature "récit" de la narration, "récit" et même "récitS" devrais-je dire. Le jeu pour Guerman c'est de multiplier les histoires, souvent séparées les unes des autres, souvent à des niveaux séparés de parole (récit rapporté, récit de mémoire, récit littéraire, récit de conte, récit amoureux, discours de propagande, reconstitution de la "réalité" dans le récit poétique (cf. le plateau de tournage), etc.). C’est le réseau de ces récits entre eux qui va créer la signification du film et son univers à travers une série de parallèles, de mises en abîme plus ou moins fabriquées, d'allusions, de jeux de métaphores ou de personnages qui se répondent, de répétitions de situations dont la valeur varie selon le contexte, de personnages jumeaux séparés dans la narration, de résonances, etc. C'est ça qui intéresse Guerman, c'est le Récit. Dans ce sens, le film, malgré les ÉNORMES partis-pris formels dont j'ai parlé plus haut (et qui placent le film largement au-dessus de la masse en général, et des films de l'Est en particulier ; c'est quand même du cinéma et pas du Nikita "Ivory" Mikhalkov), reste quand même un peu inféodé, à mon sens, à la littérature dont il est issu ! C’est dommage. Du coup, les véritables audaces formelles ont bien du mal à s'incarner à mes yeux dans le langage spécifique du film lui-même, et dans sa mise en scène globale. C'est un peu sage. Du coup, le film n'évite pas, tout d'abord, beaucoup de choses prévisibles ou attendues, bien moins iconoclastes que le reste : interprétation de certains morceaux de bravoure (très traditionnels comme le récit de l'homme dans le train, très souligné et très conventionnel, la réaction de la femme au moment de la signature des papiers du divorce carrément mélodramatique et à mon sens, un des rares points hors-sujet du film, etc. Le reste de l'interprétation est plutôt sobre et bonne, au contraire), slavité des âmes slaves et russité du regard russe qui russise (la maman russe et son grand bébé de fils, scène de fête, accordéons spleenesques à n'en plus finir, top maximoume nosthalgia du fado orientale, hystérie soudaine puis calmes plats, et les fameux plans séquences quelquefois magnifiques du point de vue formel, mais souvent largement prévisibles et même attendus, vus et revus, lignes de dialogues elliptiques visant à la perte systématique et artificielle du spectateur pour mieux lui faire passer les éléments bêtement informatifs (et souvent redondants) de narration, etc.). Bref, du coup, ce sont ces toutes petites choses attendues, classiques, et über-russes qui émaillent le film et, à mon avis, en émoussent largement les effets, ET le sens qui devient très banal, et curieusement souvent très en deçà du Mystère qu'on croyait voir venir. Ce sont des petits clichés de fiction qu'on retrouve souvent dans les films de l'Est, même récents... Bah... Le plus embêtant pour moi étant les plans-séquences trop nombreux et trop attendus (je n'en aurais gardé que quelques-uns uns, les plus fantastiques, notamment celui de la mule). Ils sont attendus très souvent, préparés en aval et en amont et sont quasiment des routines. Ce qui est d'autant plus dommage que Guerman peut découper excellemment (ex : scène d'ouverture là aussi). Par ailleurs, le film a un tic plus mineur mais plus systématique : conclure énormément de ses scènes par un visage amateur "russisant", portrait très stylisé et maladroit. Leur placement est  identique quelle que soit la structure de la scène et c'est un tic un peu surprenant et gênant. [Ceci dit, là aussi, c'est du détail ; aux USA et en Europe, on fait le contraire après tout : on finit et commence toutes nos scènes par un plan de demi-ensemble informatif ! C'est pareil...]
Pas de quoi crier au drame, mais voilà qui minore à mes yeux, et a même tendance à taxidermiser un film qui par ailleurs a des qualités, et encore plus des partis pris beaucoup plus intéressants, intrigants et louables. Dommage, d'autant plus que du coup, le sujet prend des allures plus classiques, plus banales, et bien attendues (le Soldat rencontre, au sens fort du terme, la Femme seule mais il faut retourner au front !). Guerman est sûrement quelqu'un avec un énorme talent dont on ne voit ici que la partie malheureusement immergée. Voilà qui donne envie de voir ses autres films, car il est évident que le bonhomme a sûrement fait encore mieux. Et il y a déjà dans ce 20 JOURS SANS GUERRE intrigant assez de cinéma pour qu'on aille cherche plus loin. En espérant que le réalisateur se soit par la suite affranchi de ses propres chaînes narratives et illustratives, et qu'il ait enfin repris ses sujets en main, d'une main de fer et en laissant libre cours à son vrai et potentiellement très grand talent de mise en scène, ainsi qu’à ses déjà présentes et magnifiques audaces formelles qui mériteraient d'être bien plus que ponctuelles.

Merci encore au Repassant de nous avoir offert ce film !


Applaudissement Vôtre,


Dr Devo


PS : Bah, j’ai dépassé ! Je voulais vous parler des deux autres films vus dans la soirée... Encore loupé ! Et puis la dernière fois, je vous avais promis du film de zombies... Encore loupé !
Un petit truc formidable sur le DVD : la présentation des droits (« ce film ne peut-être diffusé que dans le cadre privé et familial selon la loi... ») est sublime et drôle ! Il s’agit d’un montage d’extraits du catalogue BACH FILMS détournés par les sous-titres ! C’est très malin, poilant et dix mille fois mieux que tous les prêchi-prêcha officiels et autres spots gouvernementaux débiles avec lesquels on nous assomme à longueur de temps (tabac, sida, écologie, cancer, violences domestiques, etc.). La plupart du temps, les spots sont nullissimes et affligeants de bêtise (« taper sa femme, c’est mal !» ou encore « arrête de tuer des enfants : dis non à la cigarette ! »). Si les Ministères confiaient la prévention à des gens malins et qui connaissent leur métier (et non pas à des ingénieurs en communication), ça serait quand même plus efficace. la preuve ici avec un sujet beaucoup plus ambigu que les accidents de la route ! [Car, grosso modo, à part JG Ballard, on est quasiment tous contre la Mort, la Maladie et les accidents de la route.] Alors bravo, bravo et bravo à cette initiative de BACH FILMS. Je note d’ailleurs qu’il faut que ce soit un petit distributeur qui s’attaque à un spot pour que ça fonctionne... CQFD... Et si les communicants arrêtaient de se vautrer dans l’argent public et de le gaspiller ? Bravo, bravo, bravo BACH FILMS !
Il y a autre chose de très intéressant sur le DVD de 20 JOURS SANS GUERRE : le bonus qui consiste en une présentation du film par un critique ou historien qui s’appelle Richard Delmotte. Ça dure cinq minutes, et le Marquis et moi avons éclaté de rire en voyant l’entretien. C’est vraiment symptomatique de la façon dont on commente, défend et officialise le cinéma en France. Et encore plus, c’est symptomatique de l’approche universitaire et critique de ce noble art ! [Je conseille à tout cinéphile d’ailleurs la visite dangereuse d’un cours de fac en filmo ! Toujours un grand moment !] Bref... Ce type parle sans discontinuer pendant cinq minutes et qu’apprend-on ? Rien... Que des chose inutiles, des anecdotes people, du superficiel total ! Alors ça oui, tu vas apprendre les pitchs de tous les films de Guerman, tu vas tout savoir de son Papa qui serrait la main à Staline... Ensuite petite explication du pitch (C’est un film qui raconte ceci.. » ou plutôt « c’est un film remarquable car il raconte ceci.... », ce qui en dit long), et puis... Rien ! Le vide galactique... À quoi ressemble le film ? Quelle ambiance s’en dégage ? Comment il est construit ? Donner une vague idée de ce que à quoi ça ressemble ? Non ! Pour quoi faire ! Et pourtant, dieu sait qu’il y a tant de choses à dire sur la façon dont est mis en scène le film ! Et encore plus, 20 JOURS SANS GUERRE est quand même drôlement singulier ! Bon, si vous avez le dévédé dans les mains, regardez aussi ça, car c’est bon de rire parfois, et puis criez après moi : « SORTEZ LE CLOWN ».

Ce sera le mot de la fin.
 
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Lundi 22 janvier 2007

Recommander - Publié dans : Corpus Analogia


[Photo : "Pétition pour l'Abolition de la Musique" par Dr Devo, d'après une idée du Dr Devo et de Mr Mort.]

 

Chers Focaliens,

C'est pratiquement en chaise roulante que je suis obligé de m'approcher de mon ordinateur, entre deux siestes forcées dues à l'injection de nesquick de mauvaise qualité, acheté sur le marché noir, pour abréger mes souffrances. Miel, thés d'importation rares et hors de prix, grogs, journal télévisé, rien n'y fait...

Continuons notre réflexion sur le cinéma minoritaire, si j'ose dire, et approchons-nous un peu du cinéma noir américain, et qui plus est de la blacksploitation dont nous n'avons pas encore beaucoup parlé sur ce site, malgré la vague immense de rééditions de dévédés ces dernières années. C'est une période très intéressante en fait, et qui est pour moi, né dans les années XX, particulièrement ludique. Les moins de vingt ans ne peuvent pas se rendre compte. Quand on était petits, il n'y avait que trois chaînes de télé. Les films récents diffusés sur le petit écran étaient assez rares hors production française, et les chaînes rediffusaient à tour de bras. Le mardi soir, c'était western, rendez vous compte ! Les feuilletons américains étaient donc très prisés : action, violence, cascades et l'Amérique de Joe ! Quand même! Ça faisait rêver ! Les années XX sont aussi celles de l'essor de la blacksploitation. Il est délicieux, de nos jours, de se poser la question de l'influence, à l'époque, de ces films qui n'étaient, comme leur nom l'indique, que des films d'exploitation ! Qui rapportaient beaucoup d'argent ! Est-ce un cinéma dont la communauté noire américaine s'est emparé sans vergogne pour le bizness ? Était-ce le lieu de toutes les revendications ? Était-ce simplement le lieu et le temps naturellement adéquats pour renouveler le movie bizenesse et alimenter le box-office en créant une niche ? Ou alors était-ce simplement une combinaison d'un peu tout ça ? L'eau a bien coulé sous les ponts depuis. Plus personne ne remet en cause, bien entendu, l'importance de la communauté noire US qui est, sur le papier, intégrée. En même temps, les choses évoluent lentement, et par exemple, il n'est pas encore né le réalisateur qui fera une comédie policière ayant pour héros un couple composé de Chris Rock et d’Angelina Jolie ! (Rock ne serait pas d'accord ! Ça se comprend ! Disons Nicole Kidman...). À part le désastreux Will Smith (acteur désastreux, choix de films épouvantable) et quelques vieux de la vieille (Denzel Washington, par exemple), pas de grosse star noire immense.

Bah, c'est comme ça, les temps évoluent vite et lentement. Quoi qu'il en soit, les choses concernant les années XX et la communauté noire sont assez flous vues de nos années 2000. Le génial Antonio Fargas (très bon comédien, notamment dans le beau LA PUTAIN de Ken Russell) et son rôle de Huggy "les bons tuyaux" dans la série STARSKY ET HUTCH était-il perçu à l'époque comme, enfin, un rôle marrant et sympa pour un personnage noir positif, ou était-ce au contraire considéré comme un énième strapontin ? Le boss des deux détectives était noir, mais était-ce à l'époque vu comme une avancée ou les gens voyaient-ils cela comme une façon d'éviter de faire de Starsky et Hutch un couple mixte noir/blanc ? Bah... laissons cela. On note seulement que oui, en tout cas, cette période des années XX a sans doute été un moment important pour la culture noire américaine. Un cap. Et une sacrée aventure commençait, car on découvrait que black is bankable, et rappelons-le, le cinéma, c'est le flouze qui l'intéresse.

[Le truc vraiment révolutionnaire serait bien sûr une comédie romantique entre Chris Rock et Gwyneth Paltrow, mais qui ne prenne pas en compte dans le scénario l'origine des deux acteurs. Et avec des scènes de sexe ! Ça par contre, j'en suis sûr, c'est pas pour demain !]

La cave du Marquis est excellentissime. Et on y trouve de tout. Par exemple ce HUMAN TORNADO, sorti sous le titre français d'époque de L'HOMME CORIACE (c'est moins bien, je trouve), avec Rudy Ray Moore qui incarne ici pour la deuxième fois le personnage de Dolemite, issu du film éponyme de D'Urville Martin, sorti l'année précédente. Dolemite et Moore n'en font d'ailleurs plus qu'un désormais, comme le prouve l'excellent bonus de quatre minutes sur le DVD, où un Moore de 70 ans divague dans les lieux de tournage du film en parlant de lui à la troisième personne et en finissant chacune de ses phrases par des "Dolemite Rules !". Une belle preuve de modestie (c'est lui qui a inventé le soleil, le système métrique, le calcul intégral et le coca-cola) servie par une réalisation sublimissime qui enfonce de très loin les essais vidéos de Tata Jeannette il y a quinze jours quand toute la famille s'est cotisée pour lui offrir un caméscope à 2000 euros pour filmer sa croisière aux Baléares. Le Cinéma se cache partout, comme l'Histoire !

L'Amérique. Du Nord. Années 70. La Soul vient de se faire étriper dans un terrain vague par la Disco. VGE pense déjà à Vulcania entre deux conseils des Ministres. Les babas cool lancent des gammes de vêtements absurdes. Le premier truc qui frappe chez Dolemite (Rudy Ray Moore, donc), c’est son incroyable esprit de coolisme. Dolemite est définitivement un mec à la cool, et pour le prouver, Cliff Roquemore, le réalisateur, lui concocte une intro sur mesure : des plans fixes sur un chemin de terre ou une carrière (un peu comme dans les feuilletons japonais du style SPECTREMAN ou X-OR), où l’on voit Dolemite dans différentes postures et dans une foultitude de costumes plus discos les uns que les autres. Notamment torse nu dans une cape de super-héros sur laquelle est inscrit en lettres de 10 kilomètres sur 10 : RUDY RAY MOORE, son nom d’acteur dans Florida Beach déserte... Belle modestie ! [En fait, on retrouve là l’idée de la petite bande démo de présentation du héros, qu’on retrouve dans les films de kung-fu chinois ou hong-kongais des années 70 ou 80... Je n’avais pas pensé à ça, je suis fier. D’autant plus que le kung-fu en général est un élément important de ce film.]

Maintenant que tout le monde est persuadé que Dolemite est un mec à la cool totalement génial, le film peut démarrer. Dolemite est un super-génial artiste, un grand toaster.
[Bon là j’explique. Le toast est une sorte de sketch au langage argotique, mais rimé et quasiment en vers. Les jeunes diraient presque "slammé". (Dieu merci, c’est moins laid que du slam !) C’est une fable ou une parabole souvent grossière et remplie de jeux de mots, parfois sociale, qui se rapproche du stand-up et qui est de transmission orale. Rudy Ray Moore pratiquait le toast avant d’être acteur, et a continué tout au long de sa carrière à sortir des disques de ses spectacles, disques qui ont formidablement  marché, semble-t-il. Les rappeurs par exemple célèbrent Moore pour ça autant que pour ses films. Allez jeter un œil dans les courts bonus du film. Vous verrez d’ailleurs un extrait de THE SIGNIFICANT MONKEY, un des toasts les plus populaires de Moore, et qui ressemble, vu de loin, à une version grossière et sous acide d’une fable de La Fontaine.]
[Lorsque vous critiquez un film dit "culte", arrangez-vous pour toujours placer l'expression "sous acide".]

Dolemite est un grand artiste de cabaret-spectacle, et dans la communauté noire, c’est un héros adulé qui fait se plier en deux la foule. Il est aussi un de ses grands philanthropes. D’ailleurs, regardez, il organise, là, dans sa villa majestueuse au-dessus de la ville, une réception à l’occasion de la création d’un orphelinat, création qui lui est due, grâce à sa générosité et son habileté à lever des fonds ! La fête se déroule correctement. Jusqu’à ce que le shérif, un blanc raciste, débarque en traitant toute l’assemblée de sales "nègres". Il surprend notamment Dolemite au lit, en train de faire l’amour à une plantureuse femme blanche. Car Dolemite est tellement bon amant et superbe que toutes les femmes, même les blanches, l’adorent et donneraient leur robot-mixer pour coucher avec lui ! À lui seul, Dolemite est un argument sexuel contre la guerre ! Le shérif débarque donc au milieu des ébats, alors que Dolemite maîtrise encore, largement même, par une technique exceptionnelle, sa légendaire endurance sexuelle. C’est le drame ! Le shérif s’aperçoit que la femme blanche dans le lit du héros noir, c’est sa femme ! Le monde est petit ! Le shérif hurle : "comment as-tu pu me faire ça ? Me prendre ma femme et l'obliger à te faire l'amour ?" Or, nous spectateur, on sait que c’est elle qui en voulait, car elle paye même Dolemite pour le remercier du plaisir orgasmique et multiple qu’il lui procure. [C’est ironique car Dolemite est évidemment pété de thunes, grâce à son talent de music-hall, et il n’a pas besoin de cet argent !] Une fusillade a lieu au cours de laquelle la femme du shérif est abattue, ainsi que l’adjoint du même shérif !
Dolemite doit fuir à oualpé avec ses copains. Direction la Californie où il doit se réfugier chez sa grande amie Queen Bee (jouée par Lady Reed) qui tient un cabaret-spectacle-boîte-de-nuit. [Qu’elle a sans doute rendu célèbre grâce aux merveilleux spectacles de Dolemite !] Malheureusement pour elle, elle est dans le pétrin, car un mafieux blanc local la fait travailler pour rien, elle et ses filles (elle est plus ou moins maquerelle !), et l’a obligée à fermer sa boîte. Dolemite, vite au courant, décide d’aider Queen Bee, mais ça ne sera pas facile, car le shérif est toujours à ses trousses et demande à la police (blanche) locale de le rechercher pour le meurtre de sa femme. Ce n’est pas gagné du tout !

Ce HUMAN TORNADO, quoique Tournedos Humain conviendrait mieux que le délicieux HOMME CORIACE de la VF (!), vous l’aurez compris, c’est un poème. Et de meilleur goût. Techniquement, tourné avec un budget ultra-modeste, le film est une série Z. Et dans la réalisation, c’est quasiment le cas aussi. En tout cas, c’est maximoume founqui attitioude. La musique est bien sur omniprésente, inspirée par la soul, certes, mais faisant déjà des grosses passes avec le Disco, cette musique qui souille tout (l’Art et les êtres humains). Donc ici, ne vous attendez pas à des Isaac Hayes, ou à la rigueur à l’à-peine tolérable Barry White ! Point de classieux Delfonics non plus. Non, ici c’est du disco qui tâche, préfigurant parfois l’immonde R’n B actuel, c’est de la sous-marque. Voilà qui promet un réveil avec une bonne gueule de bois, ce qui arrive souvent lorsqu’on fait la fête avec autre chose que du whisky 50 ans d’âge.
L’intrigue est bien sûr à la gloire complète de Rudy Ray Moore/Dolemite, héros d’un jour et héros de toujours, leader d’opinion, découvreur de talents et dont tout le monde admire le génie stupéfiant sans exception, personnages comme acteurs. Avec la maladresse du scénario, espèce de récit hard-boiled mal ficelé, imitant le plus maladroitement possible le serial ou le pulp, et avec la surexposition des enjeux déjà bien diaphanes, c’est l’aspect le plus zède et le plus rigolo, involontairement, du film. [Quoique quelquefois, Moore joue un peu du côté pauvrasse et squelettique du film en ajoutant de manière baroque des gags qui viennent encore souligner les faméliques ambitions du film, comme un des gags les plus drôles du métrage : le saut de carpe (à poil d’ailleurs, Mesdames !) de Dolemite lors de sa fuite de la villa et qui se gèle à l’image, alors que Rudy Ray Moore dit en voix-off, interrompant l’action en plein vol (je traduis) : "Vous, petits fous d’enculeurs de Mamans, vous ne pensez pas que j’ai fait tout seul, hein, vrai ?", et du coup un petit "R" s’affiche dans le coin supérieur de l’écran et on revoit l’action au ralenti qui d’ailleurs ne prouvera toujours pas que ce soit Moore qui ait fait la cascade grâce à un point de montage qui, pour une fois, est très bien placé (et très drôle, du coup) Donc, ça et là, Moore exagère le côté fauché de la chose dans un bel aveu baroque, disais-je, mais très vite noyé par l’incroyable répétition de l’information principale du film, qui transpire dans chaque intention, chaque couleur, chaque son, chaque photogramme du film : Moore/Dolemite est un type génial et cosmique !
Le reste n’est que dialogues supra-slangs, gags multiples, pourris blancs contre frères noirs opprimés, lignes de dialogues absurdes, personnages débilosses (l’espèce de sorcière dans la chambre des tortures qui ne choque pas plus ici que Benny Hill débarquant dans un film des Straub), et de la bagarre, souvent teintée de kung-fu pas piqué du hanneton. [Car rappelons que c’est la communauté noire qui à l’époque fit la fortune des films asiatiques de kung-fu en occident, genre alors très méprisé et qui ne passait que dans les salles les moins bien achalandées, c’est-à-dire les salles de quartiers. On est en pleine époque Bruce Lee.] Moore est d’ailleurs un combattant hors-pair et comique comme sa fameuse prise du "bain de bouche" (où il se lave les dents en faisant du karaté) le prouve. Les combats ont été chorégraphiés selon un plan écrit sur la nappe de papier crépon d’une pizzeria de province. C’est donc totalement craignosse et ringard, à tel point que souvent, pour ajouter du "punch" au film, le réalisateur accélère la vitesse de défilement, mariant pour l’éternité Bruce Lee, Benny Hill justement, et peut-être Max Pecas, soit trois des plus grands entertainers de tous les temps. [Je dis ça et en même temps, j’adore Benny Hill...]
Cadrages stupides, son drôle mais souvent désastreux, lumières inexistantes, scénario abracadabrantesque, message enfantin et brossant de manière honteuse la brosse à reluire à son public, immodestie remarquable, érotisme fané mais drôle, choix désastreux des repérages, et déclamations in vivo et si peu/tellement jouées des acteurs (ce ton dont le John Waters des débuts se moque si bien, c’est le ton des mauvais acteurs des films Bzzzz des années 50-60), garde-robe monstrueuse et surtout quel opportunisme : car finalement Rudy Ray Moore, quand même légèrement absent de son film (ça sent la cocaïne à 3000 kilomètres, non ?) ne fait qu’exploiter ici le fabuleux filon de la blacksploitation. SHAFT est déjà sorti depuis cinq ans, SUPER FLY depuis 4 ans, et FOXXY BROWN l’année précédente ! Et les sous continuent de rentrer. Ces films coûtant peu cher (et même de moins en moins, pourrait-on dire) et rapportant énormément, tout le monde essaye de s’engouffrer dans la brèche en produisant à la va-vite le plus de films possibles, et ce avec des fortunes diverses. Rudy Ray Moore, c’est l’exploitation de l’exploitation en quelque sorte. Les codes raciaux sont inversés puis exagérés, en jurant que tout le monde finira par manger dans la main des acteurs de la blacksploitation. Ce qui arrivera, ces films sortant largement de la communauté pour être plus largement exploités.
Ah, le commerce est un facteur d’émancipation et de réduction de la fracture sociale quelquefois !

Il reste qu’on passe un moment plutôt sympathique avec cette mini-bouse Z à la gloire de Rudy Ray Moore. D’un point de vue cinématographique, c’est très pauvre cependant, et on déconseillera le film aux focaliens qui attrapent facilement des conjonctivites. Pour les autres, la poilade est quasiment garantie et le voyage à ExoticLand, le pays des choses d’avant, est dépaysant...

...bien plus que KILLJOY, en tout cas, film d’horreur réalisé par Craig Ross Jr. directement pour le marché de la vidéo, 25 ans plus tard ! KILLJOY, c’est en quelque sorte la blacksploitation du XXIème siècle. Les médias, depuis les années 70, savent qu’il y a un marché pour les films mettant en scène la communauté noire. Le Cosby est passé là-dessus depuis déjà longtemps. Les séries et les films mis en scène, écrits et joués uniquement par des afro-américains sont légions, et surtout peuvent être vendus à tout le monde ou presque. Mais ce n’est pas avec KILLJOY que le genre va sortir de l’ornière de l’exploitation ou de la niche commerciale.
Imaginez un grand garçon dadais (un bon 25 ans quand même !) et timide binoclard même, rejeté par tous et impopulaire auprès des filles. D’ailleurs, il aimerait sortir la belle Vera Yell qui le trouve sympa mais faut pas exagérer non plus ! Elle a d’ailleurs un copain pas marrant du tout (avec qui elle a perdu sa virginité, nous expliquera-t-on avec un soin suspect... Bizarre...) qui, en plus d’être balèze et privé de tout humour, est quasiment un gang à lui tout seul. Voyant que sa belle discute avec le binoclard héros de ce film (je me rappelle plus de son nom.. Aucune importance... Ah si ! JAMAL !), il décide de lui casser la gueule, et même de faire semblant de l’exécuter avec un gros revolver comme il en pousse sur les arbres des ghettos. Et là c’est le drame : le simulacre se passe mal, et Binocle est vraiment tué. [Ce qui nous vaut le splendouillet : "C’est koa ça, Mec ? Tu m’avais dit qu’il était pas chargé, mec !"] C’est pas gagné...
D’autant plus que Jamal Binocle, quelques heures plus tôt, a invoqué dans un rituel pseudo-vaudou de mes douilles l’esprit de sa poupée Killjoy, qui apparaît sous la forme d’un... Tenez-vous bien... Et tenez-vous même mieux ! Sous la forme, dis-je, d’un clown monstrueux (monstrueusement ridicule surtout) à l’humour macabre et aux pouvoirs aussi démoniaques que sanglants. Killjoy se lance alors dans une vendetta sans précédent. Heureusement, un SDF extra-lucide prévient Vera Yell de la présence du monstre de cirque de l’Au-Delà, qui est aussi auteur de certaines des plus pathétiques vannes dialoguées que j’ai jamais entendues... Mon dieu !

On se sent très seul dans ce film, et au bout de 8 minutes, on commence à prier pour l’arrivée du générique ou des secours ! Quelle horreur... Joué par des acteurs de série B anonymes, KILLJOY se distingue certes par la modestie de son budget. Malgré tout, on n’est pas dans la misère non plus, et, avec le budget de ce film, on pourrait faire 1,5 fois HORROR CANNIBAL. Mais le problème n’est pas là. Le problème, c’est que Craig Ross Jr essaie de faire ce que 98,95% des réalisateurs veulent faire : être calife à la place des califes ! Être réalisateur de films qui marchent dans l’industrie du cinéma. Et pour cela, il fait de ce que 99,52% des réalisateurs font : copier et remettre au goût du jour ce qui a déjà été fait. Là où tous les (rares) artistes intègres savent que quand un trait dans le dessin commence à ressembler à un trait déjà tracé dans une œuvre précédente de l'Histoire de l'Art doit être effacé tout de suite, Ross fait ce que font tous les réalisateurs potaches à succès. Bien fait pour lui, dès lors, s’il accouche d’une bouse aussi pathétique que ce KILLJOY.

Le manque de moyens n’y change rien. Killjoy, mélange de Chucky et vague dérivé du très beau KILLER KLOWNS des frères Chiodo (USA-1988), envoie ses ennemis dans un monde parallèle où il est le Maître (merci Freddy !) et qui est en fait un hangar à deux pièces que le réalisateur ne se donne même pas la peine d’éclairer différemment ne serait-ce qu’une fois, afin de cacher la misère. Non... À la place, il préfère pomper toute la série B réalisée depuis les années 80 à travers des vannes et des punchlines tellement éculées qu’elles ont fait pleurer même mon chien ! Le Marquis lui-même n’en revenait pas. Ajoutez à cela des effets spéciaux que tout le monde peut faire en mieux sur le moindre PC, "le détournement de l’univers enfantin comme vecteur de l’horreur", cinq scènes qui se battent en duel sur 90 minutes (5 scènes sur 90 minutes ! Vous mesurez mieux notre malheur maintenant !), etc. Bien sûr aucune idée de ce qu’est une échelle de plans ni rien. Aucun sens du cadrage ou du découpage, montage sous prozac. Le seul truc qui fait du bien, hormis le générique de fin, c’est de voir comment la grenade de la médiocrité explose à la figure de Craig Ross Jr ! Cela faisait même longtemps que je ne m’étais pas ennuyé de la sorte devant un film aussi pathétique, et je plains douloureusement le Marquis qui a acheté le coffret ! Car c’est ça le plus incroyable dans l’histoire : KILLJOY a marché suffisamment pour qu’on en fasse un deuxième... On regarde ça si on a le courage, et on vous raconte, mais en attendant, je vais me coucher et reprendre une tisane à la morphine...


...ce qu’aurait du faire Craig Ross Jr.

Amicalement Vôtre,

Dr Devo.
 
PS : Par exemple, Killjoy vous fait pénétrer, enfin, sombrer plutôt, dans son fabuleux hangar parallèle, pardon, univers parallèle, en vous faisant entrer dans son camion de marchand de glaces ! Alors évidemment, les gros loulous gangsters des "quartiers sensibles", ils peuvent pas résister, ils les kiffent trop, les glaces ! Et en fait, c’est un piège... Chez moi, c’est les toilettes qui ouvrent sur un univers parallèle (Montage-Land ça s’appelle, un univers où les films ont du rythme), et chez le Marquis, c’est dans le bac à légumes de son frigo... Ma Tata Jeannette a cueilli une fois dans son jardin un univers parallèle de 60 centimètres et 23 kilos ! Ouest-France est venu le photographier.
Pendant le film, le Marquis remarque (grâce à la fabuleuse direction artistique) que le chef de gang (ils sont trois !) aime bien jouer au basket, comme venait le souligner avec une délicatesse tractopellique ce ballon de basket nonchalamment posé en plein milieu de son salon. [Car les chefs de gang vivent dans de grands appartements tout neufs.] Comme disait le Marquis : "Il manque plus que le saxophone !". Vous voyez, on est bien loin de la volonté d’émancipation des aînés...
Finalement, Rudy Ray Moore fait de l’Art. Je ne suis pas sûr que ce soit du cinéma, mais lui, au moins, est fabuleusement prétentieux, ce qui est quand même bien plus admirable. Dieu vomit les Tièdes, comme on dit...
Le Marquis, qui a failli pleurer pendant le film, faisait remarquer justement comment il singeait les décadrages et les filmages sur le vif, sur son lit  de montage cut rapide, là où le réalisateur serait incapable de faire un seul plan fixe qui soit décent. De ce point de vue, non seulement KILLJOY fait exactement l’erreur de beaucoup (97,86%) de gros films de série A qui sortent au cinéma, en étant encore plus ridicule tellement le film n’a même pas l’arrogance des moyens bien entendu, mais en plus, il imite là le "ton Spike Lee" sans s’en rendre compte. Et comme a rajouté alors le Marquis : "Si on lui filait assez de fric pour faire un film à costumes qui se passe au XIXème, il oserait jamais faire des petits zigouigouis avec la caméra, il ferait alors de longs travelling majestueux ! Pauvre Clown ! » C’est sur ce jeu de mot que je m’esclaffais. En plus de faire preuve d’un non-goût absolu et d’une absence totale de compétences artistiques (et donc techniques), Craig Ross Jr retourne à la case "Mawouame Scalett’" tout seul, comme un chien bien dressé. Et c’est là qu’on voit le paradoxe du cinéma noir : ils sont finalement peu, les réalisateurs noirs américains populaires qui ont compris et dépassé le stade de l’Exploitation. On a beau critiquer Spike Lee et le bouder comme c’était encore la mode il y a un an, avant la sortie de INSIDE MAN, quand on pense à lui, on pense d’abord à sa mise en scène. Bien avant ses éventuels gimmicks, ses éventuels messages (si jamais il y en a dans la deuxième partie de sa carrière), ses coups de tête, etc. C’est qui l’Artiste ? Et plus important, c’est qui l’Homme Libre ? Et si finalement le premier vrai personnage révolutionnaire noir américain dans le show-bizz, enfin, c’était lui, Lee : un noir artiste considéré naturellement comme un réalisateur. Point barre. Le reste c’est du marketing. Que les Spartacus du monde meurent en esclave si ça leur chante, après tout. Bisous Bisous.
Encore un mot avant de publier cet article alors que je suis à la recherche d’une photo, pour dire que, sur les critiques lues sur Internet, si tout le monde trouve les acteurs pathétiques dans KILLJOY, il y en a quand même beaucoup pour dire que la mise en scène est vraiment pas mal !

Après les articles à thèmes consacrés au cinéma noir américain et aux films de cannibales de Bruno Mattei, nous nous intéresserons la prochaine fois, si tout va bien, aux films de zombies...
 
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Vendredi 19 janvier 2007

Recommander - Publié dans : Corpus Analogia


[Photo : "Vidéo de Rome" par Dr Devo, d'après une photo du film MONDO CANNIBALE issue

d'un des plus beaux plans du film, avec de gauche à droite :

Helena Wagner, un intermittent du spectacle philippin, Cindy Matic et Claudio Morales.]

 

Chers Focaliens,

Le cinéma finalement, c'est du sport ! Et même un sacerdoce construit sur l'idée d'auto-flagellation, si j'ose dire. Alors que mes petites narines brûlent comme la gomme d'un pneu sur l'asphalte brûlant d'une route anonyme du désert texan à force de les frotter contre des mouchoirs, je profite des quelques instants de lucidité qu'il me reste pour vous conter la suite de mes aventures cinématographiques.

Si on parlait un peu de Vincent Dawn ? Qui ça ? Vincent Dawn ! L'ineffable réalisateur de ROBOWAR, quasi-remake de PREDATOR et de RAMBO ! Un film avec un acteur avec un casque de moto dans le rôle du cyborg ? Non, vous ne voyez pas ? C'est un classique des vidéoclubs de jadis. Derrière ce sobriquet, comme je le disais hier, se cache un des nombreux alias de Bruno Mattei, célèbre zédiste italien qui fait un come-back remarquable à plus de 70 ans ! Jugez plutôt : 10 films réalisés ente 2001 et 2006 ! À ce niveau, Mattei n'a qu'un seul concurrent : Woody Allen !
Je vous parlais hier de HORROR CANNIBAL. [Il s'agit en fait de LAND OF DEATH... J'ai appris depuis que HORROR CANNIBAL était un titre opportuniste par lequel l'éditeur DVD du coffret a voulu se réapproprier "l'aura" d'un film éponyme de Ruggero Deodato, le "maître" du genre cannibale avec notamment son célébrissime CANNIBAL HOLOCAUST, que je n'ai pas vu d'ailleurs, mais dont le film de Mattei dont nous allons parler aujourd’hui pille largement et sans vergogne toutes les thématiques et les péripéties, si j’en crois l’analyse du Marquis !] Aujourd'hui, allons jeter un œil à HORROR CANNIBAL 2, c'est logique, qui dans la langue de Moretti s'appelle MONDO CANNIBALE, et en international s'appelle CANNIBAL WORLD. Vous savez tout, et je vous sens rassurés.

Helena Wagner, superbe nom d'actrice, mais peut-être moins beau que son nom de personnage dans Cinecitta déserte, à savoir Grace Forsyte (avec cette orthographe, s'il vous plaît), Grace Forsyte donc est une jeune productrice-présentatrice de télé. Elle bosse pour une chaîne de Hong-Kong en langue anglaise (c'est du moins ce qu'on comprend dans la VF obligatoire du DVD). Son émission, malheureusement, a quelques problèmes d'audiences. Rien de vraiment alarmant, mais assez pour que ses producteurs lui mettent la pression. La Wagner, c'est une femme qui joue pour la gagne, c'est une ouineuse, c'est une femme exécutive du bizenesse à qui on ne la fait pas, et malgré son âge elle a déjà beaucoup d'expérience. C’est qu'elle en a vu pour arriver là, c'est que ça lui a coûté du temps, du travail et des scrupules. En un mot, elle a tout donné à sa carrière, et franchement c'est une belle réussite. Helena Wagner est au top, même si on peut lui reprocher son ambition impitoyable et forcément un caractère qui ne jure que par l'efficacité. Elle ne fait pas de sentiment !
Elle propose à son producteur principal un nouveau concept d'émission pour rattraper la concurrence qui s'est spécialisée en masse dans la télé-réalité. Elle voudrait faire un show décapant et trash sur la forêt vierge amazonienne (les Philippines en fait, comme d'hab...), un show où l’on découvrirait la vie des tribus de sauvages qui, je cite, "n'ont jamais atteint ni dépassé l'âge de la pierre taillée" ! Pour ce faire, elle fait appel à Bob Manson (quel pseudo ! C'est parfait), soit l'acteur Claudio Morales, déjà présent dans HORROR CANNIBAL, mais dans un autre rôle. Morales est ici un journaliste cultivé "qui a bouleversé le monde du reportage de guerre" il y a quelques années, un humaniste, et surtout un spécialiste des tribus dites sauvages d'Amazonie ! Ça tombe bien. [On remarque que Claudio Morales semble spécialisé dans le rôle d'intellectuel-sexy-spécialiste-des-tribus-cannibales, un genre de rôle spécialisé au possible ! En même temps, à sa décharge, il n'a fait que deux films !] Morales, pour l'instant, végète en Amérique du Sud où il a à moitié sombré dans l'alcool et la pauvreté. Helena Wagner va le sortir de là et le voilà embarqué dans son concept, même s'il déteste l'idée. Mais il a besoin d'argent, vous comprenez ? Voilà donc une équipe de tournage constituée : Helena Wagner, Claudio Morales, un cameraman, un preneur de son (complètement débile, un régal) et aussi Cindy Matic, actrice dont je vantais les capacités dans l'article d'hier, et qui doit sa présence au fait que le producteur du film a dû se dire que "ça serait quand même bien d'avoir une héroïne brune et aussi une blonde". Wagner est brune ? Matic est blonde. Ça tombe bien. Elle jouera l'assistante de Morales. [On découvrira à la moitié du film qu'elle a une caméra dans son sac à dos, et donc qu'elle peut être considérée comme deuxième caméra(wo)man !] Ajoutez à cela un guide, qui n'est pas Brando Jr, mais l'acteur qui jouait hier dans HORROR CANNIBAL le cannibale captif-sherpa, et qui comme Brando Jr porte ici un jean troué de toute beauté, qui le rend absolument mignonne dans la luxuriante densité de la forêt amazonienne. Bref. La fine équipe se met à explorer la jungle et croise moult tribus sauvages, espérant tout de même parvenir à approcher la mythique tribu des Invisibles... En chemin, ils assistent à des rites primitifs atroces, comme, en guise de hors-d’œuvre, une dévoration anonyme, dans la forêt, à l'heure de l'apéro (scène déjà vue et montée telle quelle dans HORROR CANNIBAL ; c'est ça aussi, faire des économies et être compétitif !), puis la punition-mutilation d'une femme enceinte atteinte d'une maladie contagieuse et qui sera bien sûr éventrée et dévorée sur place (elle n’était pas contagieuse alors… ? "C'est une question de survie pour toute la tribu" conclura Wagner dans le commentaire de la séquence). Mais au fur et à mesure que l'équipe est témoin de scènes barbares et primitives venues d'un autre âge, les dissensions se font sentir entre la cruelle et ambitieuse Helena et l'humaniste Claudio qui ne supporte plus d'être témoin de tout ça ! Ils ne savent pas qu’ils ont déjà perdu le contrôle, et que la vraie nature de l'homme ne s'est pas encore dévoilée. Et quand ça sera le cas, ça va faire mal...

On serait tenté de dire que LAND OF DEATH (HORROR CANNIBAL) et CANNIBAL WORLD (HORROR CANNIBAL 2) ont été réalisés par Mattei la même année. C'est le Marquis qui, avant de lancer le DVD, trouvera la bonne formule : les deux films on été tournés LA MÊME SEMAINE ! Et c'est vrai que ce n'est pas faux ! On retrouve la scène de dévoration du générique de LAND OF DEATH, et visiblement le film a été tourné encore aux Philippines. Il faut voir dans ces deux films la volonté pour Mattei et ses producteurs de rentabiliser les billets d'avion en classe "voyageurs-debouts-tickets-pas-chers" de son équipe. Puisqu'on a été aussi loin, autant en profiter pour tourner deux films ! On retrouve ainsi le faux Wesley Snipes du LAND OF DEATH qui joue ici, dans le même costume que celui de soldat U.S du premier opus, un soldat philippin (et noir donc !) ou plutôt devrais-je dire un soldat brésilien de ce corps méconnu de l'O.N.U. qu'est la FUNAÏ ! L'épisode de la FUNAÏ tombe à pic, car il illustre parfaitement le film et donne le ton. Dans cette scène, notre équipe de télé-reporters est discrètement cachée derrière quelque fourré ou excroissance végétale lorsque soudain surgit tranquillement un groupe de sauvages en tenue de pagne F1. Helena Wagner hurle à son caméraman de faire tourner la caméra. Bon. Sur ce, un autre groupe, issu d'une autre tribu de sauvages, arrive au même endroit, voit le premier groupe, et les deux tribus commencent à se balancer des projectiles divers. Saluons là le professionnalisme de Helena Wagner qui a quand même eu le flair, dans une jungle immense et non-cartographiée, de s’installer au seul carrefour du sous-continent, là où toutes les tribus (deux ?) se croisent ! Lancers de projectiles à ma droite, répliques aériennes d'objets tranchants à gauche, les sauvages font mumuse et défendent leur territoire. Soudain, un G.I. black débarque ! Enfin, le fameux soldat de la FUNAÏ qui se met à tirer dans le tas et dans les deux camps, allègrement. Chaque tribu, amputée de la moitié de ses membres, fuit dans la jongle, effrayée par les coups de M16 ! Une affaire rondement menée et une dizaine de cannibales au tapis ! L'équipe télé sort de son buisson et  demande des explications devant cet acte de sauvagerie. C’est alors que le soldat de la FUNAÏ s'explique, délivrant ainsi toute la philosophie du film, et envoyant balader les hilarantes dialectiques des années 90 à propos du droit d'ingérence (encore une invention française qui a mal tourné, diront les mauvaises langues !).
La mission de la FUNAÏ, c'est de préserver les peuples de la forêt vierge dans leur habitat naturel, et surtout de les protéger du monde extérieur (exploitants forestiers ou immobiliers, touristes belges, équipes de télé, réalisateurs italiens...). Ainsi, le soldat explique qu'il doit notamment veiller à ce que les tribus qui étaient tout le temps en guerre depuis des temps ancestraux cessent de se foutre sur la tronche ! Maintenant qu'ils sont une espèce en danger, tout conflit armé, aussi ponctuel soit-il, est une menace de déséquilibre, et donc susceptible de détruire l'équilibre démographique et social fragile des peuplades de la Forêt ! Pour empêcher les tribus de se battre et de menacer, par ignorance, leur propre survie, il faut une force d'interposition militaire et paternaliste : c'est ça, la FUNAÏ ! [NB : ça se prononce "Foune-Aille".] Pas mal, non ? Vous l'avez compris, le film de Mattei développe, en guise de prémices amoureuses et scientifiques, trois points.
1) Les tribus sauvages sont des animaux qu'il faut conserver dans leur milieu naturel.
2) Le sort de leur habitat naturel et celui de leur propre existence sont liés !
3) Et enfin, pour aider les indigènes à se protéger et à survivre, il faut leur tirer dessus à la kalachnikov par rafales de 20 ! Si je te tire dessus, c'est pour ton bien.
Et ce n'est pas tout. En fait, ce que nous explique là le soldat de la FUNAÏ, ce n'est ni plus ni moins que le fantasme enfin réalisé d'une société, ici gérée par ingérence extérieure (la FUNAÏ), qui construit sa survie et son développement sur des bases 100% écologiques, puisque toute la société, faune, flore, infrastructure, système social et population humaine, est perçue comme un écosystème global ! Si vous êtes vraiment écologistes et si vous pensez qu'il faut intégrer l'écologie comme une, sinon la question politique prépondérante des années à venir, il faut absolument que vous voyiez ce MONDO CANNIBALE de toute urgence, et non pas la farce grotesque d’Al Gore (UNE VÉRITÉ QUI DÉRANGE). Et vous arriverez vous-même à une conclusion, à savoir que tirer à la mitraillette sur une tribu, c'est la préserver !
[Je plaisante, mais je pense que l'écologie comme système politique est bien sûr une dérive spécieuse du système qui place la cause et la fin au-dessus de tout autre principe, et par conséquent, l'écologie politique (c'est-à-dire en dehors de la société civile), est fondamentalement fasciste. C'est "ballardien" en quelque sorte. L'enjeu écologique ne saurait remplacer les buts politiques, et voilà une chose bien paradoxale, et bien compliquée à garder à l'esprit en temps d'urgence, c'est-à-dire à des périodes où les situations ne semblent plus offrir d'alternative ! D'ailleurs, le soldat de la FUNAÏ appuie justement son analyse sur le fait qu'il "n'y a pas d'alternative possible". [C'est ce que les Anglo-saxons appellent le syndrome TINA (There is no alternative), sobriquet tiré d'une célèbre phrase de Margaret Thatcher. L'Histoire et la Science montrent au contraire que, justement, il y a toujours une alternative, et que les situations quelles qu'elles soient, décrites comme étant sans alternative, sont toujours des situations de mensonges, des parodies de vérité et, n'ayons pas peur des mots, des simulacres d'analyses ! Quelqu'un qui dit "il n'y a pas d'alternative" est toujours en train de mentir ! Je vous laisse réfléchir là-dessus. C’était la leçon philosophique du jour. Je referme la première parenthèse.] Puis la deuxième.]


Il est impératif de voir MONDO CANNIBALE après LAND OF DEATH, tant le premier passe pour un sinistre film des Straub comparé à ce baroque deuxième opus. On est ici dans la totale extravagance. Le dispositif dont Mattei use sans vergogne et sans réflexion particulière utilise de manière désordonnée et joyeusement bordélique les prises de vue du film (à la troisième personne) et celles de l'émission de télé (le film dans le film en quelque sorte, soit les dispositifs intra et extra-diégétiques pourrait-on dire). Mattei n'étant pas schizophrène, LAND OF DEATH et ce CANNIBAL WORLD ayant été de toute évidence tournés sinon en même temps au moins à la suite, le réalisateur n'a pas eu le temps d'améliorer son style, et de temps en temps, on se demande si on regarde le film ou l'émission, ou plutôt on est persuadé qu'il y a un troisième support de lecture, étranger à notre compréhension... [Peut-être que dans la quatrième dimension je suis un personnage de film qui regarde MONDO CANNIBALE...]. La mise en scène est semblable. Le sujet est encore plus extravaguant que LAND OF DEATH, et par voie de conséquence, la mise en scène paraît un peu plus dynamique, voire fofolle par moments, même si la réalisation est toujours aussi cruche. La lumière est toujours ignoblissime, le montage, toujours signé Mattei, est archi-nul et foire toutes les entrées et les sorties, et le cadre toujours improbable (cf. la scène où l’on découvre qu'il y a deux caméras dans l'équipe de tournage, à cause d'un cadrage désastreux ! Bonjour la mise en abîme ! Je crois que j'ai pleuré de rire ; je vous laisse découvrir ça... Ceci dit, le plan où apparaît cette seconde caméra est intéressant : Cindy Matic, qui tient l'appareil, n'apparaît pas du tout dans le champ (c'est tellement mal cadré !), et on croit donc que la caméra est sui generis, qu'elle EST, tel le Verbe, qu'elle est apparue d'elle-même par nécessité... Par nécessité du film peut-être... La caméra est donc le Verbe (incarnant sur le plan mystique et cosmogonique le fameux concept de la caméra-stylo de la Nouvelle Vague comme horizon ultime et pour la première fois incarné, le concept cessant justement d'être une utopie grâce à Mattei). Elle est.
Muss es sein ? Es muss sein ! Le film a besoin de la deuxième caméra et donc elle existe. C'est beau...).

Bref, la réalisation est immonde. [Ce MONDO CANNIBALE serait donc l'aboutissement de la Nouvelle Vague ? Toute la Nouvelle Vague a peut-être existé pour permettre à ce film d'exister, justement... Je vous laisse méditer là-dessus ! Dans 20 ans, on lira ces lignes en saluant le génie prophétique des analyses dispensées sur ce site...]
 
J'en étais où ? Oui. MONDO CANNIBALE donne cependant une plus grande impression de dynamisme, et de film totalement foufou, notamment parce qu'on quitte régulièrement la jungle pour des apartés médiatiques, et pour découvrir avec horreur la réaction des dirigeants de la chaîne qui diffuse l'émission. [On se demande d'ailleurs comment notre équipe envoie les images à Hong-Kong... On voit une petite antenne parabolique à un moment mais elle sert à utiliser le téléphone portable !] Le film de cannibales est souvent claustro, et voilà qui fait donc des pauses appréciables, d'autant plus que les dialogues dans ces parties hong-kongaises (entièrement tournées aux Philippines là aussi !) sont d'une nature remarquablement débilosse ! Notamment grâce à une série de comédiens chauves absolument splendouillets jusqu'au bout des tétons...

Autre facteur de plus grand divertissement : la situation elle-même et son scénario beaucoup plus ludique que LAND OF DEATH. On croit être plongé dans l'horreur (ou dans la bêtise cosmique, c'est selon) d'entrée de jeu. En fait, ce n'est pas tout à fait ça. Le film se construit sur un parcours en forme de descente sur la piste savonneuse de l'échec ! Plus l'équipe de télé avance dans la confection de l'émission, plus la situation devient radicale. Et très vite, le sang leur monte à leur tête. Helena Wagner et Claudio Morales finiront par trouver les enjeux trop lisses, et se lanceront eux-mêmes dans le génocide des tribus qu'ils maquilleront en règlement de comptes local entre sauvages ! Ainsi, nos journalistes incendient un village, brûlent, frappent et mitraillent ses habitants, pour faire de belles images et ensuite déplorer la violence qui dévaste ces contrées. Ainsi, le principal prédateur et destructeur de ces civilisations dites sauvages, c'est l'homme blanc. CQFD. Double dialectique étonnante que celle du TOUT-OCCIDENTAL-CORRUPTEUR (qui implique qu'il faille envoyer une force occidentale d'interposition, la FUNAÏ, ce qui est quand même bien pervers !) opposée à la vision d'une Nature dure (ce sont quand même des cannibales dégoûtants, sauvages, rustres et violents !) mais dont l'avantage est d'être naturelle ! Ontologisme ? Oui, mais c'est logique en même temps. Et si les sauvages, finalement, c'était nous, les petits blancs ? [Là aussi, on voit la nature atomiquement destructrice de l'Écologie en tant que système politique : il mène à une pensée totale. La Nature est l'état recherché, et donc son intérêt passe avant celui de l'Homme.]
La thématique du film est, vous l'aurez compris : c'est qui le sauvage ? Le basané brésilio-philippin qui mange son voisin, éventre les femmes enceintes et fait des brochettes humaines, où le blanc avec son gros fusil, son tractopelle, son jerricane d'essence et ses dollars ? La nature est dure, certes, mais vaut-elle mieux que les dérives spécieuses d'une société de pensée moderne dont les objectifs sont tellement destructeurs que rien ne peut les arrêter ? Qu'en disent les candidats à la présidentielle ? (Mange Google, mange...)

[J’aime aussi beaucoup, encore une fois, la séquence de snuff-movie avec massacre d'un animal en direct et de manière non simulée ! Cette fois, il s'agit d'une espèce d'iguane qui sera égorgé puis dépecé sous nos yeux et sans trucage, fait censé illustrer la bêtise et la sauvagerie de la télé-réalité... et geste bien hypocrite de la part de Mattei, qui utilise là une technique qu'il a exécutée dans tous ses films de cannibales. Par le jeu de miroir de la télé-réalité, Mattei fait semblant de dénoncer le massacre devant la caméra d'animaux innocents pour pouvoir mieux s'y adonner ! La classe !
On note aussi que la scène d’amputation de LAND OF DEATH, visant à stopper la propagation du curare dans le sang, est également reprise ici point par point (mais pas avec les mêmes prises quand même !). Cette deuxième tentative échoue de la même manière, et l'amputé meurt sur le coup ! La médecine ne progresse pas bien vite !]

Le casting est absolument trois étoiles ! Complètement Palace même. Cindy Matic, d'abord cruchasse blonde comme dans LAND OF DEATH, finit par acquérir un joli côté pervers, notamment dans la scène du viol que je vous laisse découvrir ! Claudio Morales est encore une fois grandiose, et ici le dispositif de caméra dans le film permet de noter la puissance phénoménale de son jeu, qui consiste à acquiescer en regardant droit dans les yeux la caméra, et en évitant de rire. Quel sérieux ! Quelle fougue ! 20/20 ! Bravo, bravo, bravo. La révélation du film, c'est Helena Wagner dont c'est malheureusement le seul film ! Quel gâchis ! Elle surpasse pourtant tous les autres et se donne avec une énergie stupéfiante et un jeu précis, chirurgical même, de eye-brow acting tout à fait remarquable. On craint le pire la concernant en début de film, tant son personnage d'arriviste semble classique. Mais elle s'accapare la situation avec une puissance notable. C'est une grande. [Le fait qu'elle ressemble dans les dernières scènes à Ségolène Royal n'a rien à voir là-dedans !]

HORROR CANNIBAL 2 (MONDO CANNIBALE ou WORLD CANNIBAL) tient vraiment toutes ses promesses et franchit largement le mur du son et de l'image. Ce deuxième volet est bien plus drôle et impressionnant. Outre qu'il soit le plus bel hommage jamais rendu à François Truffaut, et accessoirement à Truffaut, le magasin de jardinerie, ce film, entièrement tourné dans le Center-Park de Manoï, ravira petits et grands. Il développe avec courage des thématiques audacieuses et parfois paradoxales concernant les idées de civilisations, de progrès et d'écologie, mais tout en prenant soin de ne pas prendre parti et de ne faire que poser les questions, par respect intellectuel de son spectateur. Voilà un film qui nous plonge dans une réflexion contemporaine sur le monde médiatique à l'heure de la mondialisation, mais qui n'est pas dénué d'un sens du spectacle étonnant. Cerise sur le gâteau, c'est l'occasion de découvrir la grande comédienne Helena Wagner, qui a failli recevoir le Golden (Philippine) Globe de la Meilleure Actrice pour ce rôle lors de la cérémonie de 2003 à Manoï. Grand film humaniste et populaire, MONDO CANNIBALE est aussi un hymne déchirant à notre humanité perdue et une fenêtre en forme de regard sur le monde. [Laurent Weil, in Le Journal Du Cinéma]

Les amateurs apprécieront...

Facilement Vôtre,

Dr Devo.

PS : La tradition des stocks-shots dont je parlais hier est plus discrète mais présente, concentrée dans la séquence d’ouverture qui montre des images d’un documentaire (le Marquis dit les avoir déjà vues) et de stock-shots issus du film VIRUS CANNIBALE du même Mattei, si on en croit le site Nanarland, dont les rédacteurs qui nous lisent parfois viendront sûrement et amicalement préciser les sources dans les commentaires de cet article.
 
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Mercredi 17 janvier 2007

Recommander - Publié dans : Corpus Analogia


[Photo : "Je viens en ami..." par Dr Devo, d'après une photo du film LES RATS DE MANHATTAN de Bruno Mattei]

 

Chers Focaliens,

C'est qu'il est presque revenu d'entre les morts, le docteur ! Bien souvent ces derniers jours, je fus tenté de me lever à une heure tardive et surtout de vendre mes pauvres organes sur Internet pour quelques pesos, tant la souffrance m'a fait chuter... Voilà quelque chose qui nous ramène à notre destin de mortel, et surtout qui nous rappelle que oui, oui, c'est bien beau d'être en bonne santé tout le temps, mais qu'il faut partager avec les autres en étant malade de temps en temps. Ainsi victime de rages de dents ignoblissimes et d'un rendez-vous trop tardif chez Marathon Man (et d'un emploi du temps chargé, notamment par l'élaboration d'un plan avec Invisible pour préparer l'invasion focalienne au niveau mondial), j'ai donc été tenu loin de vous et loin des claviers... Me revoilà plus en forme, quoiqu’un peu affaibli quand même par une grosse crève carabinée depuis 24 heures, qui me donne le nez de Cléopâtre et la voix de Macha Béranger... Apportez-moi mes tisanes, mon petit, et fermez la porte, j'ai du travail...

Allez, on ne va pas désespérer non plus, et hop, de suite, on se remet dans le bain. Il y a en ce moment beaucoup de choses à voir au cinéma, au moins pour l'expérience, et c'est pour ça, et aussi à cause de ma dentition, qu'aujourd'hui nous allons parler de vidéo ! [Une petite note pour dire qu'on peut aller voir STICK IT si on est parisien et qu'on aime les films de college tendance sportive, ici la gymnastique... Une petite série sans portée, mais servie par un jeu d'actrices sympathique (avec Jeff Bridges en bonus) et surtout par une idée sublime de scénario dans la dernière partie...] Et quand je dis qu'aujourd’hui nous allons faire dans le corpus analogia (nom de la rubrique que nous consacrons aux "films vus chez soi"), je le dis doublement en quelque sorte, car on va s'attaquer à un film fait pour le direct-to-video, second marché, que dis-je, sixième marché de la vente de DVD et de la vente télé, et paradis ou limbes ou enfer de films de série C, D, E, jusqu'à Z bien sûr. Et c'est pas du caca, comme disait le Marquis, que je vous propose aujourd'hui, car on va parler de HORROR CANNIBAL, titre français du film sur le beau coffret double-DVD que m'a offert le Marquis à Noël (il sait faire de beaux cadeaux ! Y avait un coffret double de Bergman aussi !), coffret qui est censé réunir HORROR CANNIBAL 1 et 2 dans un coffret (répétitions !) au design malin, à l'heure où l’on réédite moult films de cannibales à tire-larigot ! IMDB nous donne deux titres pour ce HORROR CANNIBAL. D'abord le titre officiel NELLA TERRA DEI CANNIBALI, mais aussi le titre alternatif CANNIBAL FEROX 3 : LAND OF DEATH (ça, c'est la classe... Ça jette quand même plus que COMMENT JE ME SUIS DISPUTÉ...), titre qui a l'avantage de placer le film comme une suite (tout à fait non-officielle, et complètement opportuniste commercialement) de la célèbre série matrice dans le monde des anthropophages cinématographiques... Le générique du film nous donne un sobre LAND OF DEATH... Choisis ton camp, cher lecteur. Maintenant que les présentations sont faites, approchons-nous de ce film de Martin Miller.

Italie, de nos jours... Non, non, non... Philippines... Non, non, non ! Brésil ! Oui, c'est ça, on dirait que ça serait le Brésil, comme disait Marguerite Duras. J'ai même envie de dire qu'on dirait que ça serait la jungle sud-américaine. Les grillons chantent dans la forêt vierge qui, par définition, se trouve là-bas, un peu à gauche, au milieu de nulle part, car oui, dans ce film, on en entend, des grillons, quasiment tout le temps, ça devait être les soldes sur les disques de bruitage de grillons, bah... C'est ça aussi le cinéma, bâtir un univers subjectif qui dépasse les limites de la reproduction, un peu comme le fait un David Lynch, en quelque sorte... Le bruit des grillons, donc, est interrompu par un avion, non, un hélicoptère, un gros hélico... Ce sont eux, je crois. On pourrait presque les voir malgré le souffle des palmes. Ils sont jeunes, ils sont forts, ils sont beaux et portent sur leur visage les stigmates douloureux, presque émouvants, des combats précédents, des luttes passées, des amours déchues, des réciprocités incompatibles. Il y a quelque chose de rude chez eux, ce sont des militaires, mais aussi quelque chose d'émouvant de l'ordre de la souffrance. Et cette souplesse, comme un pas de danse malgré leurs corps lourds, cette souplesse comme celle que seule l'armée peut produire sur un corps d'homme, quoiqu’il y ait une femme parmi eux aussi, une femme belle mais presque un homme...
Je disais : un petit bataillon de cinq hommes (dont une femme) arrive dans la jungle, avec leurs sacs. Alex Vitale (puissant acteur, mélange entre un sous-Dolph Lungren de troisième main et un Bernard Campan, curieusement), leur chef, se met sans tarder autour d'une table et d'une bonne bière avec le commandant des autorités locales, un gars moustachu à la peau basanée et qui parle en faisant des HOU à la place des HU ! De ce simple briefing, on apprend que notre petit groupe de commando est là pour explorer la jungle pourtant dangereuse afin de retrouver d'autres soldats américains d'une précédente opération et dont nous sommes sans nouvelles... "Ils sont probablement morts à l'heure qu'il est". Certes. Mais ce n'est pas une raison. En même temps, je me suis dit à ce moment là que ça ne valait pas le coup de faire une scène de cinq minutes pour nous expliquer si peu de choses et pour un ordre de mission aussi évasif, mais juste à ce moment, le dialogue ciselé nous apprend que le but de tout ça n'est pas seulement de remettre la main sur le commando précédent, mais aussi de retrouver la fille du Président des USA, dont on se demande bien comment elle a pu se paumer dans un trou pareil... Là d'accord, il y a sujet à film ! Un problème de taille cependant : le pays est infesté de tribus cannibales qui rendent la jungle absolument mortelle, en plus de l'ennui ! Le commando s'apprête à partir, mais pas seul. Ils sont accompagnés de Romero (Claudio Morales, espèce de grand bellâtre italien, sans doute sculptural, mais aussi acteur à la splendouilletterie galactique) dont le nom sera régulièrement écorché dans la VF (Roméo, Rhomer, etc...). [J'en profite pour signaler que le coffret collector ne nous propose pas de V.O., malheureusement.] Romero n'est pas du tout un spécialiste des zombies, mais une sorte d'explorateur-ethnologue, spécialiste, je cite, de "psychologie native", et grand connaisseur des tribus cannibales et de leurs us. Il y a aussi Isaïe (joué par le pauvre acteur philippin Brandon Jr !), local pas loco, qui parle le cannibale assez fluent, merci, et qui a un short taillé dans un vieux jean absolument formidable. Enfin, on emmène aussi un cannibale capturé lors d'une précédente expédition, et qui peut servir de sherpa pour balader le matosse, de défouloir quand on a envie de se moquer d'un mec à la peau bronzée, ou de punching ball. Ou alors de monnaie d'échange... Notre fine équipe part sans prévenir dans les profondeurs de la forêt vierge et très vite ils croisent, en plus des milliers de kilowatts provenant de centaines de projecteurs qui éclairent cette jungle inviolée comme une autoroute belge, les cadavres sans vie et décharnés de plusieurs "caucasiens", si on en croit l'analyse des os des victimes (véridique !) effectuée par Romero ! Et bien moi, je dis que c'est pas gagné, cette histoire !

La première chose qui saute aux yeux, et donne le vertige même, seulement deux secondes après le début de ce HORROR CANNIBAL, c'est bien la texture du film lui-même : de la vidéo, de la vidéo et de la vidéo ! Et pas de la vidéo à la Robbie Müller dans DANCER IN THE DARK, vous pouvez me croire. Ici, c'est de la vidéo qui ne se cache pas, qui ne se re-étalonne pas, c'est de la vidéo mastoc. HORROR CANNIBAL a l'air d'avoir été tourné sur un plateau télé de feu la série pour enfants de Dorothée PAS DE PITIÉ POUR LES CROISSANTS, les fond bleus en moins. Effectivement, le film de Martin Miller est complètement sur-éclairé, et on se croirait donc sur une émission de plateau ! Voilà qui est assez splendouillet pour satisfaire les petits focaliens en culottes courtes que nous sommes. Mais ce n'est pas tout ! Le premier plan montre des cannibales en train de se repaître d'un bon cadavre dans la jungle [De ripailler, Docteur, de ripailler… NdC]. On entend le bruit de l'hélicoptère. Nos braves sauvages lèvent la tête et là, cut, contrechamp sur l'hélicoptère. Normal, sauf que le dit contrechamp est un stock-shot 35 mm ! C'est-à-dire que c'est un hélicoptère qui provient sans doute d'un autre film, tourné sur pellicule ! Le contraste est saisissant, et ça démarre fort ! Gros éclat de rire en moins d'une minute de film ! Plus tard, suivant le même procédé, le largage des soldats en pleine jungle vaudra aussi son pesant de cigarillos cubains ! L'intérieur de l'hélico est tourné en studio, c'est-à-dire de manière encore plus cheap (deux panneaux de carton, un gyrophare) et encore plus sur-éclairé ! Dans le contrechamp, on retrouve notre fameux stock-shot en 35 mm, peut-être issu, qui sait, des rushes non-utilisées de Coppola pour APOCALYPSE NOW !

Gros démarrage donc, et tout le reste est à l'avenant. Le casting est hors catégorie, servi par une VF aux petits oignons et qui est un argument à elle seule pour une réforme sévère du statut des intermittents du spectacle, dans le sens de plus de rigueur. Les dialogues et les situations sont le plus souvent absolument débilissimes pour le plus grand plaisir des petits et des grands. Un des rares points originaux est la multiplication des tribus, assez nombreuses, et l'habileté de Claudio Morales est impressionnante : il sait y faire pour intégrer notre commando militaire, qui essaiera de s'inviter dans les villages de sauvageons afin de trouver des indices sur leurs camarades disparus. Il y aura donc moult dévorations, des danses à qui mieux-mieux, et des indigènes en pagne, sans baskets cette fois, sans montre, mais avec quand même des bagouzes plein les doigts, achetées au magasin BABOU du coin, ce qui est quand même le comble. Parmi les grands moments foufous, on notera la danse d'intimidation des cannibales de la tribu machin sur son lit de fléchettes au curare, ou encore la grande leçon de "psychologie native" de Claudio Morales, grand universitaire, opération qui permet de s'intégrer de manière stupéfiante à la tribu sauvage afin de découvrir leur processus de pensée. [En fait, il s'agit de mettre un pagne et de faire une baignade dans le fleuve avec les femmes de la tribu qui t'éclaboussent en ricanant bêtement.]

Les codes du film de cannibales sont respectés : incessantes marches dans une jungle uniforme, arrêt brusque au moindre bruit suspect, découverte de squelettes et bien sûr le bon vieux snuff-movie sur animaux ! Dans la première partie du film, Brandon Jr. (grand acteur philippin dont c'est malheureusement le seul rôle) ramène un petit cochon de la forêt à ses camarades, à grands coups de miam-miam ! Ni une ni deux, le réalisateur filme alors l'acteur en train d'égorger le porcelet en direct ! À ce moment là, le Marquis et moi nous regardons. Après vérification, bien sûr, nous voyons bien que Martin Miller n'est autre qu'un des multiples pseudos de Bruno Mattei, célèbre zédiste culte dont nous avions déjà parlé à propos de son VIRUS CANNIBALE (qui, son nom ne l'indique pas, est un film de zombies et non pas de cannibales !). Ah la torture d'animaux en direct ! C'était une tradition dans les films de cannibales de l'époque, que Mattei, donc, remet ici au goût du jour, malgré le danger de menaces d'attaques pénales que ne manquera pas de lancer la SPA qui sort sa machette à découper les sauvages pour bien moins que ça !

Bruno Mattei, célébrissime réalisateur des RATS DE MANHATTAN, film culte que malheureusement ni le Marquis ni moi-même n'avons vu (film qui raconte l'invasion de New York par les rongeurs, et dont la légende dit qu'on ne voit que deux ou trois museaux pendant tout le film ! Si un focalien a le film chez lui et qu'il veut bien nous le prêter, on est preneurs !), a toujours fait des films absolument improbables. On se souvient de ce militaire de VIRUS CANNIBALE qui s'arrête dans une maison, y trouve un tutu (de danse !) vert qu'il s'empresse de mettre en chantant « Singing in the Rain » avant qu'un zombie vienne le boulotter, ce qui n'est pas bien sérieux comme mort, vous en conviendrez. Quand j'ai vu VIRUS CANNIBALE il y a un an ou deux, je me souviens d'avoir été cependant surpris, malgré le côté fauché et quasiment Z de la chose, du soin apporté au film, notamment à travers l'usage du format scope, vraiment cadré avec goût. Ce qui n'empêchait pas la loufoquerie totale du film en général. Mais il y avait là une vraie envie de faire quelque chose de beau, paradoxalement, même si nous étions dans les tréfonds du cinéma d'exploitation, et de fait, le film était bien mieux cadré que les dix derniers films que j'ai vu récemment au cinéma. C'est ça qui était bien dans les années 80 : on essayait de faire du cinéma, et on y parvenait. Ici, rien de tel. La lumière est absolument immonde et la jungle est éclairée comme le rayon "surgelés" de chez Carrefour (où d'ailleurs le film devrait être vendu, dirons les mauvaises langues). Mais ce n'est rien comparé à l'extrême médiocrité, voire l'indigence totale et appliquée, du cadre dont on en vient à se demander si le format 1.85 que nous voyons est bien le format dans lequel a cadré le caméraman. Ce n’est pas certain. [Le générique semble indiquer que le bas de l'image au moins est rogné !] En tout cas, c'est n'importe quoi, et du coup, le cadre devient un des éléments comiques du film. Le montage, presque aussi désastreux mais pas tout à fait, est signé par Mattei lui-même, et sous son vrai nom s'il vous plaît ! Et là, il aurait peut-être dû choisir un pseudo : le choix des prises est désastreux, et le choix des points d'entrée et de sortie de chaque plan est systématiquement calamiteux et anti-intuitif au possible.
Enfin un mot sur l'étonnante musique orchestrale, digne des plus luxueux films de guerre ! Curieusement, le compositeur n'est pas cité au générique... Ce qui tendrait à prouver que cette bande-son avec orchestre de 120 musiciens a été empruntée dans l'illégalité la plus absolue à un film normalement fortuné ! Là où il y a de la gêne...

Restent alors les acteurs, qui sont tous complètement à l'Ouest et qui font de LAND OF DEATH un très bon moment. Claudio Morales est formidable, avec sa gueule de mannequin pour la marque De Fursac, et sa pipe, symbole de carrière universitaire. Alex Vitale, chef de l'escouade et qui a donné son nom à la fameuse carte, est une bombe atomique qui renvoie les "tapettes" adeptes de la Méthode (Brando, De Niro et Pacino, etc.) sur les bancs de l'école maternelle. Il faut dire que c'est pas non plus un perdreau de l'année. On l'avait déjà vu dans des films tels que STRIKE COMMANDO (1987) du même Bruno Mattei, classique zède ramboïsé de vidéoclub, RIMINI RIMINI (1987 aussi) de l'immense Sergio Corbucci (dont il faut absolument voir le sublimissime, et je le dis tout à fait sérieusement cette fois, LE GRAND SILENCE, western funeste avec un Klaus Kinski extraordinaire et un Jean-Louis Trintignant éblouissant ; c'est  vraiment un film immense, notez-le...), mais aussi le classique zède SF des bacs (de VHS quand même) à soldes : ROBOT JOX [à ne pas confondre avec l'ineffable ROBOWAR de Bruno Mattei, encore lui ! NdC] dont le titre à lui tout seul vaudra l'éternité à la droite du Christ à son auteur Stuart Gordon. [Là aussi, si quelqu'un a ce film, j'emprunte volontiers...] Enfin, signalons dans le rôle de la fille cruche du Président l'ineffable bimbo Cindy Matic, quel pseudo, dont le vrai nom de Venise dans Hollywood déserte est Cindy Jelic Matic, ce qui explique bien des choses... (si je veux !)

Vous savez tout... Il ne reste plus qu’à vous dire que dans HORROR CANNIBAL 2, présent dans ce double coffret et réalisé cette fois par Vincent Dawn (autre pseudo de Bruno Mattei !), on retrouve encore Claudio Morales et Cindy Matic, et que cela, seulement cela, est une promesse de bonheur infini. À suivre donc...

Antibiotiquement Vôtre,

Dr Devo.
 
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Mardi 16 janvier 2007

Recommander - Publié dans : Corpus Analogia
Chers Focaliens,

Ça faisait partie des cadeaux ! C'était carrément dedans même, c'était un pack tout en un, et j'ai été gâté. Des éloges magnifiques, des articles à n'en plus finir, de la musique (grâce à Over-Fab, musique que je mets soigneusement de côté pour un prochain article audio), et tutti quanti... Le Marquis et moi-même (et à travers nous, tous les collaborateurs de Matière Focale) avons été drôlement gâtés et souvent subjugués par la belle semaine d'anniversaire que vous nous avez offerte, chers focaliens ! Merci encore...
La chose la plus étrange, cependant, est venue d'ailleurs, et m'a peut-être encore plus surpris !  Dès l'annonce des réjouissances focaliennes (le "Grand Bicéphale", comme dit Mr Mort), nous avons été contactés par un producteur, Serge Catoire de CHAYA FILMS, qui nous a lancé un invitation : venir sur le plateau de sa prochaine production pour faire un petit reportage... Nous voilà donc sur le tournage surréaliste du nouveau film de Jean-Christophe Sanchez, qui décidément ne fait rien comme les autres. Ça fait un petit moment que nous vous bassinons avec Sanchez. Il faut dire que l'année a été plutôt bonne pour l'animal !
Voilà quelques années que je le suis, et avant qu'on aille le voir sur son nouveau tournage, il me dit : "Vous savez, ce ne sera sans doute pas conventionnel. Ce que vous verrez sur mon plateau sera le contraire de ce qui se fait ailleurs. Ça ressemblera sans doute assez peu à un tournage classique. Je ne sais pas si vous en tirerez quelque chose..." [Malgré son jeune âge (18 ans selon la biographie officielle, mais le double ou quelque chose comme ça, en réalité !), Jean-Christophe Sanchez nous vouvoie, bizarrement, et vouvoie même son équipe sur le plateau, bien qu'il soit évident que tout le monde se connaisse très bien !] Conventionnel ou pas, j'ai fait le déplacement, et pas tout seul en plus.
2006 a donc été, enfin, une bonne année pour Sanchez. Celle de la réalisation du moyen-métrage THE RALLY 444 dont nous vous avions déjà longuement parlé ici, et dans le numéro hors-série "spécial renouveau du cinéma français" que nous avons publié entièrement avec nos petites mains il y a deux mois ! Mr Mort et moi-même avons placé le film dans notre top 10 des meilleurs films de 2006, on y reviendra. Le film a été projeté à l'Étrange Festival. C'est bien. Il était temps en quelque sorte. Ce qui est étonnant avec Sanchez, c'est son activisme forcené. Il n'arrête pas de tourner et de monter. Avec des fortunes diverses, si on peut dire, car il n'est pas facile de faire du cinéma atypique en France de nos jours. Ainsi, KILOMÈTRE (THE DISTANCE BETWEEN YOU AND IT), film superbe et sans concession qui raconte comment un agent mystérieux doit enquêter sur la disparition d'un autre agent du même réseau dont on n'a plus de nouvelles ; on sait juste qu'il a disparu, même pas s'il est mort ou vivant ! Autant dire, rien ! Supposons qu'il a pu disparaître dans une chambre d'hôtel. Lequel, on ne sait pas... L'agent chargé de l'enquête décide alors de louer une chambre. Dans le scénario, grâce à un étonnant jeu de probabilités, il faisait construire l'hôtel pour enquêter dedans. Un appareil qui peut capter les résidus des ondes sonores dans les pièces, ondes inaudibles sinon car minuscules, permet à notre enquêteur de reconstituer ce qui est arrivé à son collègue ! Malgré sa beauté plastique scotchante et sa cohérence superbe, le film n'a intéressé aucun distributeur, rien, nada. La surprise fut donc double pour moi : d'abord l'excellente nouvelle selon laquelle le tournage du nouveau long était sur rail, et deuxièmement l'invitation à la dernière journée de tournage !
 
Je n'ai pas le droit (moral s'entend) de vous révélez le contenu exact du film, bien sûr. Le film s'appelle LA CONSPIRATION DE L'ÉNERGIE BRÛLANTE. Ça commence très bien. Il s'agit d'une fiction étrange sur un phénomène un peu en voie de disparition : les OVNIS ! Il ne faut pas imaginer là un remake franchouille de E.T. ou de INDEPENDENCE DAY, comme on s'en doute ! Ce qui intéresse Sanchez, c'est "le rapport étrange qui existe entre les gens qui ont vu des OVNIS et leur expérience, le lien qui les unis avec la terre où ils vivent des années durant et qui devient l'objet d'un phénomène inexplicable, unique et proprement extraordinaire." Sanchez, pour ce faire, recrée une série de témoignages fictionnels ou non autour du phénomène, mais avec une constante : le rapport tellurique, quasiment, à la terre ! "La plupart des contact humains-OVNIS ont lieu en campagne. Le lien étrange avec ces lieux banals et cette chose improbable, voilà ce qui m'intéresse". Sanchez croit-il aux OVNIS ? "Absolument pas. Je ne suis ni pour ni contre, en quelque sorte ! Je constate que des gens disent en avoir vu ! Mais en tant qu'objet poétique, ces apparitions inexplicables me fascinent. Et ça, la poésie la plus improbable, ça, c'est vraiment ce qui m'intéresse. C’est le sujet de mon film. L'évocation poétique de phénomènes étranges qui s'ouvrent dans le banal comme la trappe du grenier s'ouvrirait sur un cosmos caché, presque parallèle. En même temps, c'est carrément autre chose ce film... (rires) Enfin, vous verrez !"
 
Je décide de ne pas partir seul mais avec Mek-Ouyes, un ami focalien, ce lui qui l’a poussé à faire des photos sur Matière Focale, enfin à les détourner (quasiment le seul photographe que je supporte, et fondateur du mouvement « photofiltriste » dont il faudra que je vous parle un de ces quatre dans un bel article). Je savais que Mek-Ouyes s’apprêtait à faire un blog, c’était l’occasion. Et puis, partir avec son photographe attitré, c’est quand même la classe !

[Les photos sont toutes de Mek-Ouyes et les commentaires de moi. Toute utilisation sur un autre support que ce site est interdite sans autorisation.]

 

[photo: Jean-Christophe Sanchez]

Nous nous retrouvons donc, Mek-Ouyes et moi-même, sur le plateau d'un discret studio de tournage en région parisienne. C'est le dernier jour, et après, tout le film sera "dans la boîte" (fausse expression de réalisateur, que je déteste à l'instar de "réal'" par exemple, ou "scripte" ; cette expression est un peu comme ces "réalisateurs" qui mettent les deux mains en rectangle pour mimer la caméra, c'est hautement suspect...). Ici, on voit bien que Sanchez est un vrai réalisateur et pas un figurant de chez Petrol-Hann. Il a vérifié son cadre, il fait bosser les grouillots, il met du scotch sur son pantalon pour faire style "je donne un coup de main aux machinos", et surtout il se concentre, et il se marre...

 



[photo: Denis Gaubert au premier plan, et caché tout là-haut William O'Callaghan...]

Ce dernier jour de tournage a lieu, comme cette formidable photo en noir et blanc le prouve, ou pas, sur fond bleu. C'est le matin et l'équipe assez réduite s'active dans tous les sens. Ça bosse vite. Au fur et à mesure pourtant, le plateau reste vide... Par contre, l'activité autour des rampes de lumière semble présager que c'est là que va se faire l'essentiel du travail... En quelques heures, effectivement, le plateau, mine de rien, est luxueusement éclairé, c'est impressionnant.


[Photo de gauche à droite : Julien Pacaud, cadreur et assistant réalisateur (à qui ont doit aussi

certains plans de THE RALLY 444) et Jean-Christophe Sanchez]

Deuxième surprise, les caméras ! Sanchez destine LA CONSPIRATION... au 35 mm, mais le tournage s'effectue aujourd'hui en vidéo, ce qui est assez habituel. Par contre, point de vidéo HD dernier cri, mais de simples et efficaces caméscopes ! Je suis bien sûr estomaqué, mais me souviens dans l'instant des merveilles qu'avaient donné ces choix multi-supports dans KILOMÈTRE. Je pose la question discrètement à Julien Pacaud, qui répond : "Mais tout dépend de la préparation, et des options d'éclairages par exemple. C'est un choix de mise en scène et ça sera superbe." Sanchez est-il un cousin lointain de Von Trier ? 

 

 


[Denis Gaubert, opérateur-caméra, cadreur hallucinant (sur SILENCIO de FJ Ossang, par exemple, dont nous parlerons bientôt) qui a travaillé avec la crème (FLANDRES de Bruno Dumont récemment) fait la doublure-lumière.]

Le tournage est décontracté et serein, finalement. On se gèle les doigts de pieds, le studio n'étant quasiment pas chauffé (!). Tout le monde aide tout le monde. Les suggestions fusent. Ce qui saute aux yeux : hiérarchie, écrasage des ego entre eux, menaces et pressions qui existent sur tous les tournages de longs comme de courts métrages (on devrait dire ça aux jeunes qui veulent s'engager : le cinéma est un milieu ignoblissime et détestable, et ce à tous les postes, en haut comme en bas de l'échelle) sont ici complètement absents, et les paroles échangées, assez nombreuses, sont soit de discrètes notes d'humour, soit des discutions de choix artistiques... Choisis ton camps, camarade... 

 

 


[Dernier réglage du son par Gurwal Coïc-Gallas,

et de la console lumières pour Willliam O' Callaghan., le directeur de la photo.]

 

Parmi les bonnes idées de cette journée de tournage, l'utilisation que fait William O'Callaghan de la lumière, qui sera variable lors de chaque prise, selon la performance de l'acteur, du texte et des déplacements. William O'Callaghan et Jean-Christophe Sanchez veulent ainsi que le tournage soit dynamique, intuitif, et que le dispositif original permette des jeux de coupes et de raccords des plus ludiques ! Ils font quelques essais qui, avant traitement et in vivo, sont déjà à tomber par terre, sur le combo ! Je suis bouche bée, et je vais alors prendre un café en retrait ! Mek-Ouyes vient me voir et dit : "Tu as l'air sur le cul, si j'ose dire...". Je réponds : "Oui, tu oses bien !". Le plus discret, c'est Gurwal Coïc-Gallas, qui prépare ses micros HF sans rien dire...

 

 

 


[photo: pose des micros et concentration quelques minutes avant le début des prises.]

 

Il est 14 heures lorsque le plateau, enfin prêt, accueille l'acteur principal du film, ou du moins de cette journée de tournage : Jean-Claude Bourret. Le premier contact est d'une grande courtoisie. Malgré l'évidente concentration déjà de Bourret, il serrera la main et aura  un mot pour chacun. Il s’écartera du groupe afin de nous serrer la main à Mek-Ouyes et à moi, pourtant visiblement à l'écart et simples témoins sur le plateau. 

 

 

 
[Direction, conseils, explication, propositions...

entre Jean-Christophe Sanchez et Jean-Claude Bourret, entre deux prises]

 

La tâche de Jean-Claude Bourret n'est pas facile. Il s'agit de lire/dire des textes techniques mais étranges, récits de témoignages de personnes ayant vu des OVNIS. Bourret a toujours voué une grande passion aux OVNIS, et il a accepté avec joie, semble-t-il, de participer aux divagations poétiques de Jean-Christophe Sanchez.
Le texte est plus que casse-gueule. Bourret, qui finalement n'a pas tellement changé depuis ses présentations des journaux télévisés de TF1, met ici à profit son expérience. Quel drôle de choix, me dis-je, alors que j'entends les premières phrases. Mais dès la deuxième prise, j'ai compris... C'est l'homme de passion et le professionnel que Sanchez a choisi. Le choix de Jean-Claude Bourret aurait pu paraître parodique, comme un clin d'œil (Bourret, notamment par sa participation à l'émission GROLAND, a déjà prouvé qu'il avait énormément d'humour), mais ce n'est pas ça. Pas du tout même. Entre Sanchez le "mécréant", en quelque sorte, et Bourret le spécialiste se déploie un espace étrange qui sera celui du film. Le phénomène OVNI est utilisé avec humour quelquefois peut-être, mais surtout avec poésie. C'est ça : un espace poétique est en train de se créer. Un trouble, une fissure dans le Réel. L'incroyable dispositif de tournage (et encore, seulement sur fond bleu et sans incrustation), notamment grâce au cadrage des trois caméras présentes, et grâce au jeu de lumière fantastique, confère une atmosphère fantastique et, osons le mot, presque émouvante aux prises.  
En tout cas, Jean-Claude Bourret est fabuleusement concentré et surtout efficace. Les trois premiers plans, pourtant longs, demanderont trois ou quatre prises différentes, mais dès la troisième série de textes, c'est précis comme de la chirurgie. Il lui faudra rarement plus d'une prise. C'est impeccable. Malgré la difficulté du texte, on l'écoute comme un roman. La voix est absolument hypnotique, remplie de nuances, le regard précis. Bourret est magnétique, sur un nuage, et je suis une fois de plus bouche bée. Les variations de lumières de William O'Callaghan finissent par m'achever, le spectacle est beau et merveilleux. Bien que ni moi ni Mek-Ouyes ne croyions aux OVNIS, nous buvons ce moment comme du petit lait, comme deux gamins. La trappe du grenier s'est effectivement ouverte sur le cosmos. La tartine interminable de texte est enregistrée en quelques prises et à la vitesse stupéfiante d’une heure et demi ! Mek-Ouyes détache enfin ses yeux du combo, réglé en noir et blanc et au format 2.35, et dit : "C'est superbe, à la limite, il n'y pas besoin d'utiliser d'incrustations ! Ça tient tout seul." Pour ma part, je ne peux plus rien dire. La dernière prise (une impro !) s'est terminée par un cadrage sublimissime, et pendant 90 minutes, moi qui n'ai pas quitté Bourret des yeux, je ne l'ai pas vu une seule fois regarder les marques au sol !
Il repart du studio après avoir salué tout le monde, et souhaité bonne chance à tous. La satisfaction du devoir accompli, sans doute...
Dr Devo.
PS: Merci encore à toute l'équipe de CHAYA FILMS pour sa disponibilité et sa gentillesse, ainsi qu'à Serge Catoire, encore une fois, pour nous avoir invités et avoir rendu ce petit reportage possible...

On retrouvera pendant toute la semaine, à partir de demain mercredi, les autres photos qu'a prises Mek-Ouyes sur le tournage de la CONSPIRATION... Pour voir son site : cliquez ici 

 

 

 

 

 

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Mardi 9 janvier 2007

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi


[Photo : "SwissArmyKnifeChoir - Dresden 1986" par Dr Devo, photo que j'avais utilisée dans un article en février 2005 !]

 

Chers Focaliens,

Je me permets de poster cet article un peu dans l'urgence, mais je suis sûr que vous comprendrez pourquoi...

J'ai décidé, ce soir à 21h35, de modérer les commentaires de ce site, de manière, je l'espère, provisoire. Depuis quelques temps, un lecteur qui poste sous plusieurs alias, mais principalement sous celui de Terry, se répand ici en provocations et insultes, plutôt envers vous lecteurs, et envers principalement le Marquis. Pour ma part, il lui arrive de me vanter. Technique du chaud-froid classique...

Ce soir, il a posté 15-20 commentaires que j'ai soigneusement répertoriés puis effacés. Je pense que cela peut durer la soirée voire plus, donc je mets en place la modération. Ce qui veut dire, cher lecteur, que tu poster des commentaires mais qu'ils n'apparaîtront sur le site qu'après validation dans les coulisses du blog par moi-même.  Voilà qui va nuire à la spontanéité et à l'instintanéité de ce site. Mais voilà qui permettra à vous, chers lecteurs, ne plus être importunés.

Vous savez que je fais ce site, qui me prend un temps délicieux mais énorme, parce que je prends un plaisir immense à discuter par mail ou via les commentaires, justement, avec vous, après avoir exposé ici quelques-uns de mes points de vue les plus iconoclastes. J'ai voulu Matière Focale comme un espace de liberté (de ton) sans esprit de chapelle et encore plus, j'ai voulu que ce soit un espace où enfin puissent trouver refuge les cinéphiles généreux, chose que je pense impossible dans les cinémas eux-mêmes ou dans les publications professionnelles ou amatrices consacrées au cinéma, où il est très difficile de trouver un site qui veuille traiter avec le même soin éditorial des films "a-priori" antagonistes. J'ai voulu que ce soit un site sur ce qui fait du cinéma ce qu'il est : la mise en scène, ce qui n'est, paradoxalement, jamais le cas ! J'espère que même avec des commentaires modérés, ce site continuera à dégager dans mes articles ou dans les commentaires, et donc grâce à vous, beaux lecteurs, le même enthousiasme et le même esprit de curiosités intelectuelle et sensuelle.

Ce que je souhaite encore plus, c'est que la modération cesse au plus vite. Mais si c'est là le seul moyen de faire en sorte que ce site reste ce qu'il est et qu'il puisse continuer, on fera avec. Encore une fois, je présente mes excuses envers ceux que ces désagréables commentaires ont dégoûtés et dérangés. Et je présente mes excuses à ceux qui trouveront de fait la pratique de ce site plus laborieuse.

Terry,
Je tiens enfin à vous parler. vous trouverez dans la colonne de droite une photo avec une pin-up jouant de la cornemuse. Cliquez dessus et si vous le souhaitez envoyer un mail. Je répondrai. Si vous souhaitez vous exprimer dans ces pages, envoyez-moi un article de la longueur que vous souhaitez, sur le sujet (de cinéma bien sûr) que vous souhaitez, et contenant les propos que vous souhaitez. Ainsi, vous aurez exprimé votre point de vue,ce qui sera sans doute intéressant, chose que tout le long de l'année, les lecteurs critiques ou pas de Matière Focale peuvent faire. En deux ans de site, j'ai toujours publié un courrier des lecteurs.
Terry, c'est moi et non le Marquis qui ai supprimé vos commentaires. Si vous souhaitez communiquer avec le Marquis, envoyez-moi un mail et je vous transmettrai son adresse e-mail. Vous pourrez ainsi lui dire ce que vous avez envie de lui dire. Mais en réagissant de la sorte, c'est moi et les lecteurs de Matière Focale que vous gênez.
Quelle que soit votre motivation en inondant le site de ces commentaires désagréables et pour tout dire épuisants, décourageants, j'aimerais vraiment du fond du coeur que vous preniez cinq minutes pour m'envoyer un mail et m'expliquer les raisons de votre geste, vous qui avez pris une bonne heure ce soir à spammer le site. [Et moi qui en ai perdu deux fois plus à faire le ménage !]

Quoi qu'il en soit et quoi qu'il advienne, je remercie les lecteurs de ce site de leur patience et de leur fidélité.

Si je devais lever la modération des commentaires, je vous avertirai dans la minute. En attendant, vous pouvez bien sûr poster... mais il faudra attendre que je valide le message avant qu'il n'apparaisse sur le site.

Dr Devo.

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Dimanche 7 janvier 2007

Recommander - Publié dans : Mon Général


[Photo : projet d'affiche pour le film LA MÔME COCO par Dr Devo, d'après une idée de Dr Devo et Mr Mort]

 

Quand je pense à l'Irlande, je bande, je bande-eux...
 
L'année 2007 sera, tel Malraux (figure tutélaire en tout lieux (entre) ici, Frère Sourire, en sorte) l'avait prédit, "pareille à l'année 2006, sauf que ça ne s'écrira pas pareil et qu'on fera de grandes ballades dehors, en ville, ou ne sera pas". Le meilleur conseil de l'année d'ailleurs : achetez de bonnes chaussures de marche, ou mieux, des tennis comme on disait en 1987. À part son adaptation live et long-métrage de la série expérimentale SAN KU KAÏ, avec Harvey Keitel, qu'a fait Ridley Scott ? Quasiment rien, si on met à part son pompage de Mario Bava (LA PLANÈTE DES VAMPIRES), et encore, en douze mille fois moins inventif.
Je crois que c'est le private joke du siècle, en fait, cette histoire de frères Scott ; en fait, je pense que c'est le même qui se paie notre tête en se marrant. Je pense que Ridley est l'invention de Tony, suite à l'échec relatif (en matière de dollars) des PRÉDATEURS, superbe film, et devant le succès au box-office de TOP GUN.
 
Si tu es une Région et que tu veux dépenser de l'argent des contribuables, ne fais pas comme en Auvergne, ne donne pas ton argent à QUAND J'ÉTAIS CHANTEUR, c'est de la perte de temps, c'est laid... [Quoique... Le film s'arrêtait une minute pour montrer un diaporama à Vulcania, quand même !] Embauche plutôt un réalisateur amerloque pété de thunes, le résultat sera là, et ta carte postale (qui aurait pu financer à elle seule une petite barre HLM), elle aura une autre gueule, elle pétera dans la soie même. Ainsi, je vis UNE GRANDE ANNÉE, titre ironique, dans une salle assez petite mais dont le projecteur était sublimement réglé. La lumière était enchanteresse dès les films-annonces (films-annonces qui étaient très bons en plus, miracle double). Je ne regardais pas l'image (à part le plan magistral et beau et long sur la main d’Emma Thompson, et le plan à suivre, moins bien mais sur son visage où l’on pouvait deviner son regard perdu de l'année 1987, quand même), je regardais la lumière et l'étalonnage super luxueux ou rendu tel grâce à une lampe à Xénon et à un projecteur, (ou à une toile) de toute beauté. Un régal.
 
Malheureusement l'enchantement ne dura pas. La photo du film de Ridley Scott sans la thune, et montre la Provence sous After Effect, et sous toute les tonalités de couleurs, et tout filtre devant. Techniquement, c'est OK, artistiquement, c'est une vraie gerbance. Ridly-Toney nous balance du gris londonien pluvieux contre du soleil de Provence façon huile d'olive dans le panier arrière du vélo, tout l'amour que j'ai pour l'argent de tes contribuables. La Provence comme Little Italy. Aucun enjeu, ce sont des vacances payées par l'État.  Le fonctionnaire le mieux payé de France, hors grille, est anglo-américain. Ça aurait été un autre défi, bien plus beau et singulier, de nous présenter le Lichtenstein comme la Little Italy de l'Europe des Moches !
Le chien qui mord tout le monde et pisse sur tes chaussures s'appelle Tati. Et à la fin, on rendra hommage au maître (mais sans la voix, en muet) dans une séquence de ciné-goûter-concert (le fantasme américain, un ciné sans pop-corn mais avec gros cul, gros cru et foie gras !) avec une projection de ses meilleurs gags (dans la séquence des gags, on retrouve Arletty, et aussi bien sûr Roger Vadim, Gérard Philippe, etc.). Le vrai courage aurait été d'appeler le chien Renoir, ou au moins Truffaut !
 
À part ça ? La Provence se compose comme suit : des maisons en pierres de taille, des jupes à fleurs qui se soulèvent, on peut regarder sous la jupe des filles à vélo, les voitures sont les voitures de Mickey, le GPS ne parle pas anglais, la grosse mama-blues incestueuse est au petit soin pour toi, Russell Crowe a le même âge que Cotillard (en fait, il a plutôt celui de Bourdon, très bien et c'est le seul d'ailleurs [avec Valeria Bruno-Tedeschi, la seule à comprendre qu'elle fait un film américain, et qui le fait superbement, là où le réalisateur lui-même ne sait plus rien ! Bravo, bravo, bravo !!!], qui est censé dans le film être de la génération antérieure à celle de Crowe), soit 30 ans, les restaurateurs se tuent à la tâche, la ménagère de moins de cinquante ans va au marché avec un panier en osier, les spécialistes du vin (le pourtant talentueux Gilles Gaston-Dreyfus qui mérite mieux) sont des charretiers vulgaires et arnaqueurs, le viticulteur est un dieu mais on le paie au SMIC (en même temps, il a l'honneur de faire partie de la famille, il manquerait plus qu'il morde), la classe, c'est le noble anglais (Crowe et son collègue agent immobilier). La petite amerloque (actrice anonyme mais pas mauvaise), absolument érotique et même trop, dans le premier plan, viendra sauver la France et le vignoble, et remplacer Marianne.
 
UNE GRANDE ANNÉE vante les vraies valeurs de la vie, et le message honteux et sous-jacent ne contredit même pas cette façade. Il rajoute juste qu’en fait, la vraie vie, seuls les nobles peuvent l'apprécier ! On pourrait mettre de la peinture, on a les moyens d’en acheter douze palettes à Leroy-Merlin, mais les dessus chics, c'est de ne rien faire du tout (là où on pourrait). C'est dit dans au moins deux scènes. Quand Cotillard s'arrête devant le Van Gogh ! [À tous les critiques pros, les bloggeurs ou les critiques soucieux de la manipulation des bonnes mœurs du peuple et qui ont peur que celui-ci mésinterprète tel ou tel film : lequel d'entre vous à gueuler devant ce plan profondément réactionnaire et, on le verra, xénophobe ?] Et l'agent immobilier passe une tendre nuit avec le glaçon sur le dos de la cousine, vrai moment gratuit (et encore...), mais il redevient un connard quand il s'agit de mettre Crowe en valeur, le lendemain matin. Quel insupportable cynisme, complètement vécu par Tonette, qui lui en a à ne plus savoir qu'en faire, sans doute, de la maille. Autre preuve de la non-existence de Dieu chez les nobles et chez le(s) Scott, le personnage dit du caniche dans les bureaux londoniens de Crowe. Ce personnage sera puni car justement c'est le double de celui de Russell Crowe, à savoir : il ne peut en rester qu'un, bel axiome hollywoodien à l'époque installé et mis en valeur par un australien (Russell Mulcahy, encore), et qu'aujourd'hui, tacitement, Scott, ex-anglais, met en valeur. Bravo ! Le personnage du caniche est puni parce qu'il est un second rôle. Crowe est exactement pareil sauf que c'est le héros. Un des deux doit mourir, finir SDF et dans la misère sexuelle : ce sera le Caniche. L'autre Crowe, une fois ce double dans le miroir éliminé, pourra enfin être "au plus près de la vie", la vraie, et nous vanter le charme d'une vie simple, chose toujours plus aisée quand on a un compte en banque à 7 ou 8 chiffres, ce qui n'est pas le cas de votre serviteur... La conclusion est en tout cas terrible : la F-rance est une langue morte, et le terme "cinémort" est complètement à l'œuvre dans cette GRANDE ANNÉE dont les "hénaurmités" de montage  (faux impressionnisme et vrai finalcutisme) sont encore le plus ridicule et donc largement le plus humain et le plus sympathique des traits de caractère.
 
Devant la recrudescence des non-films, et des films de cinémorts, je propose que les films de Marion Cotillard (moyenne, ce qui est déjà beaucoup, dans ce film, le seul bon, mais vraiment bon, étant curieusement Didier Bourdon, donc, impeccable) soient tous vus sans exception cette année. Je m'engage à les voir tous. Pour LA MÔME, j'irai aussi. Peut-être avec un casque de chantier pour voir le film en muet.
J'aimerais un film avec Mariard Cotillon qui soit deux biopics en un. Plus besoin de se déplacer deux fois, ce qui a son intérêt dans ce monde moderne. Je vois bien par exemple un film qui soit à la fois une biographie de Piaf et une biographie de Coco Chanel. On appellerait ça LA MÔME COCO, et si le réalisateur est habile, il peut s'arranger pour transformer ce film double en film triple, en ajoutant le documentaire sur la vie de l'actrice principale ! On aurait avec ce beau projet une vraie obligation de baroque et de narration, et donc une vraie exigence artistique, mais aussi des impossibilités à résoudre qui obligeraient le réalisateur à trouver des solutions de mise en scène, de la vraie, de la construite, et non pas, comme ici, une succession d'images et de sons qui peuvent durer 3 heures ou 20 minutes, sans que cela n'ait ni répercussion ni nécessité. Dans mon projet LA MÔME COCO, il y a plus de cinéma avec majuscule que dans cette GRANDE ANNÉE lamentable, où le spectateur smicard ou travailleur pauvre aura quand même payé 8-10 euros pour voir une poignée de richards nous dire ce que doit être une vie simple et détachée du matériel, en se goinfrant avec l'argent de nos impôts.
Il devient urgent d'arrêter de donner de l'argent à ces gens qui nous volent et qui nous spolient. Les ex-fans des 70's Scott, se demanderont, sans doute avec sincérité, où sont leurs années folles et attendrons sagement que cela passe à la télé, gratuitement, en somme...
 
Finalement, Ridley Scott ou son jumeau maléfique est vraiment le seul réalisateur "Rap" français.
Dis-lui, "non merci, je ne mange pas de ce pain là" au dealer !

Mr Mort.
 
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Samedi 6 janvier 2007

Recommander - Publié dans : Cinémort


[Photo: "L'Instant Décisif Mek-Ouyes (à New-York)" d'après une photo de
Mek-Ouyes.]

 

 

Chers Focaliens,

J'espère que Anne sera bonne avec vous (et pas trop sévère), et que les veaux seront meilleurs. Ainsi soit dit, ça ne coûte rien, telle une tente de chez Decathlon offerte par Decathlon. Le sport commence dans la rue, après tout... Et 2007 sera l'année du sport dans la rue, qu'on se le dise...

[Bientôt les soldes : achetez des baskets...]

Les focaliens déjà équipés, eux, pourront, pour peu qu'ils n'aient pas tout mis dans le budget camping justement, aller faire un tour du côté que je vous dis. Je n'ai jamais vu un film de Sidney J. Furie, qui malgré ses 73 ans continue de tourner comme un malade (une dizaine de films depuis 2000 !), et dont le nom est associé à SUPERMAN IV (1987, soit la date de la fin de l'Histoire, malheureusement, mais fabuleuse période pour les collants en microfibres), à la série AIGLE DE FER (on fait moins le malin là, hein ?) et plus encore à un plus bizarre L'EMPRISE dont le Marquis nous vantait il y a peu la quasi-débilité du sujet mais aussi le soin de la réalisation. [C'était quand même l'histoire d'une femme qui se disait "violée par le diable" ! Moi, quand ça sent un peu le faisan comme ça, j'ai très envie de voir !].

Comment rendre un film beau ? Engager un chef-opérateur qui va vous éclairer le film avec vos pires idées et deux malheureuses lampes torches, et vous faire quelque chose de superbe. Il y en a quelques uns qui peuvent bosser comme ça, et c'est un régal. Car non seulement, ils bossent bien, mais en plus, ils donnent un aspect extrêmement luxueux à votre film fauché. Deuxième solution : embauchez Michael Caine ! Il a le même âge que Furie, il est aussi bosseur, et lui aussi donne une formidable impression de luxe.

Londres, milieu des années 60. Harry Palmer (Michael Caine donc), travaille dans le domaine du contre-espionnage, pour l'armée anglaise. La vie de cet agent secret n'est pas spécialement mouvementée : enquêtes laborieuses, planques interminables, etc. Malgré son côté impassible et calme, Palmer n'en fait qu'à sa tête, et c'est pour ça que son supérieur le nomme dans un autre service de contre-espionnage, mais géré par le Ministère de l'Intérieur cette fois. Nouveau patron et nouveaux collègues pour Palmer ! Et aussi une nouvelle mission, avec plus de terrain ! Un scientifique a été enlevé, alors même que ses connaissances et ses recherches ont un intérêt géostratégique certain pour le Royaume-Uni. Les services de contre-espionnage soupçonnent un autre scientifique de savoir où se cache le premier ! Il faut donc retrouver la trace du second et lui proposer un deal afin de récupérer le Cerveau. Si Palmer, malin comme un singe, trouve rapidement la trace du second scientifique, il découvre aussi une enquête plus compliquée qu'il n'y paraît, où tout le monde semble manipuler tout le monde. Ce n'est pas facile de faire son boulot consciencieusement quand toutes les cartes sont brouillées. Sans le savoir, Palmer va avoir chaud ! Il s'en fout, pour l'instant du moins, car ce qui l'intéresse, c'est de rentrer chez lui, le soir venu, et de cuisiner une bonne blanquette de veau ! [Véridique... !]

Je ne sais pas ce que donne à l'écran cette histoire de Lucifer pervers qui vient mettre son sexe démoniaque dans n'importe quelle ménagère de moins de cinquante ans, mais en ce qui concerne IPCRESS, DANGER IMMÉDIAT, on peut raisonnable en dire que le film étonne ! D'abord, il y a un soin très concret. Les décors ne paient pas de mine : intérieurs discrets et pas spécialement luxueux (j'aime particulièrement les bureaux des services secrets qui consistent en quelques tables et des chaises dans un magasin d'assurances !), extérieurs londoniens plus lyriques mais utilisés ici de façon fantomatique et inquiétante, vidée quasiment de sa population. Les costumes et la direction artistique suivent le même pas : soignés, en quelques touches, peu nombreuses, discrètes et simplement efficaces. Bien. Le tout dans un beau 2.35 (format scope).

[Ici, je fais une parenthèse. Vous avez été plusieurs, depuis plus d'un an, à me faire la remarque, y compris chez les cinéphiles bloggeurs... Alors je me permets... Les termes techniques employés dans Matière Focale sont très simples. Certes. Ceci dit, le milieu cinéphilique a une très mauvais habitude, à l'instar des milieux informatiques d'ailleurs : on adore jargonner et surtout, surtout, on déteste expliquer le jargon aux néophytes et aux débutants. On garde jalousement le secret, on se moque de celui qui ne sait pas en disant que tout le monde sait cela, et même quelquefois, on déforme les définitions, ou on fait semblant de savoir alors qu’on ne sait pas, etc. Voilà une habitude bien fâcheuse ! J'emploie naturellement certains termes, et quelquefois, je reçois un de vos mails où on me demande de préciser telle ou telle expression que bien souvent je pense acquise par tous. Bon. Comme vous le savez, j'ai horreur de l'encyclopédisme, et je considère que ne pas savoir quelque chose ou ne pas avoir vu telle chose n'est absolument pas un péché mortel. Au contraire, je préfère toujours l'indépendance de l'autodidacte à la pression sociale de celui qui sait parce qu'on lui a appris mais qui toise quand on lui demande un renseignement. Bref. Je pense très bientôt faire une petite série d'articles rigolos autour des notions de mise en scène et des termes techniques. Alors, s'il y a des choses que vous avez toujours voulu savoir sur le machintographe sans oser les demander, c'est le moment : envoyez-moi un petit mail, posez votre question. Je ferai ensuite des articles didactiques et j'espère marrants pour expliquer très concrètement tout ça. Ça peut concerner le tournage, les effets spéciaux, le vocabulaire, les formats, le son, les DVD, les termes techniques, "l'analyse" de film (je n'aime pas ce terme ; sachez que l'analyse de films, c'est d'abord une histoire de vocabulaire, et que généralement le spectateur de CAMPING ou de L'HISTOIRE D'ADÈLE H. font de l'analyse de film sans le savoir !), etc. Pour m'écrire, cliquez sur la pin-up au biniou dans la colonne de droite ! Merci de ne pas utiliser les commentaires pour faire ces demandes, afin de laisser la surprise future intacte...]


Du soin donc, c'est certain. Et du ton (c'est bon). Et le ton blanc (understatement), c'est même excellent. Car quelle drôle d’ambiance de narration. Voilà qui démarre de manière curieuse par l'enlèvement du savant N°1 ! Découpage classique mais astucieux, soin évident dans le repérage, l'interprétation et le reste comme je viens de le dire, et petit suspense qui fait son effet, sur des bases classiques mais exploitées avec énergie. On est dans une atmosphère de bon suspense classique ; ce qui se voit notamment dans le découpage des plans dans la voiture, très intéressants car Furie fait ça de manière volontairement brusque et maladroite. On s'en souviendra juste après. J'y viens. En tout cas, on apprend aussi dans cette belle introduction que ça ne se passera pas que dans l'image, mais aussi dans le son. Notamment via un thème musical bizarre mais assez obsessif qui peut fonctionner comme un motif tranquille, mais aussi inquiétant et abstrait. Le savant se fait enlever et là, changement de ton, ou plutôt décalage bizarre et en douceur avec l'arrivée du générique. On assiste alors au lever de Harry Palmer, au petit matin. Ça n'a pas l'air d'être facile : ouverture des rideaux, lavage, habillage, et interminable préparation du café dans l'appartement sobre du détective-espion. Tout cela est d'une trivialité étrange et froide pour nous qui nous attendions à un film d'espionnage, comme promis dans la séquence d'introduction. En deux séquences (intro et générique, donc, suivez un peu...) et en quelques minutes, le ton est donné. IPCRESS, DANGER IMMÉDIAT est un film décalé, à l'image de son héros terriblement anglais, et qui échappe à toute définition : un type qui n'en fait qu'à sa tête, mais pas du tout tête brûlée ou insolent à l'américaine, calme, rigoureux, malin mais pince-sans-rire, rien d'ostensible ni de frimeur. La journée, Palmer va bosser comme contre-espion, et le soir il peut s'adonner à sa passion : la cuisine. C'est tout. Un expert sans le boom-boom-me-voilà d'un Belmondo par exemple. Un type normal, qui finit par être en dehors des schémas de narration, et qui sait combiner (ou plutôt le film sait combiner) l'extraordinarité de sa tâche, ici montrée comme quelque chose de banal et rigoureux, ce qui constitue un paradoxe de ton et de narration tout à fait bienvenu. On reconnaît dans ces traits quelque chose de sublimissime qui fait que, de cœur, je serai toujours anglais, sans être loachien. Cet Harry Palmer n'a rien à voir avec John Steed, son collègue contemporain de la série (sublime et cinématographique) CHAPEAU MELON ET BOTTES DE CUIR. Steed est d'un abord courtois, souriant et sympathique. C’est un gars drôle, bon vivant et charmeur. Palmer est le contraire en apparence. Mais finalement, lui aussi est drôle, charmeur et excellent professionnel atypique. La différence, c'est le ton. Palmer est un stoïque, un faux froid, là où Steed est directement plus foufou ! Mais au fond, c'est la même chose. D’abord, IPCRESS, DANGER IMMÉDIAT se bat sur les mêmes plats de bandes finalement. Faire de la mise en scène très inventive en jouant avec les fondamentaux (j'y viens), et en donnant un aspect quasiment fantastique à une histoire qui ne l'est pas forcément, et/ou qui est profondément ancrée dans le quotidien et le banal. Deuxièmement, en fait, Steed et Palmer ont deux styles opposés mais sont les mêmes : des héros atypiques, malins, qui ne se font aucune illusion sur la nature humaine et sur la corruption de ce monde, des presque cyniques, de par l'expérience, mais sauvés par l'humour, la poésie, et cette façon de regarder le décor en se décalant par rapport à lui, de biais en somme. Et cette même âpreté ou tristesse. Ce ne sont pas des optimistes béats, mais des pragmatiques sombres, nos deux héros. Et le film IPCRESS..., sans entrer dans de telles considérations, est complètement affilié de manière plastique et dans le ton à CHAPEAU MELON... Faire les choses sérieuses avec désinvolture, les choses désinvoltes avec sérieux, un soin rigoureux dans la fabrication du film, etc. Les deux univers sont forcément jumeaux. CHAPEAU MELON étant le versant vif et séducteur, et IPCRESS étant la façade froide et cérébrale, au contraire. Et c'est un paradoxe. IPCRESS est bouillant, mais fonctionne sur un autre mode, typiquement anglo-saxon : le fameux slowburn ! Ça a l'air d'être froid et c'est chaud. Ça a l'air d'être banal et c'est d'un suspense insoutenable. Ça a l'air d'être quotidien et c'est complètement fantastique en même temps. Ça a l'air d'être lent et c'est haletant au point qu'on trépigne sur son siège. C’est bon, mangez-en !

[En fait, on a l'impression délicieuse, car un peu fausse, un peu spécieuse, que Furie n'en a rien à faire de son histoire d'espionnage. Gardez cela à l'esprit, cher lecteur, et lisez la suite. Il a l'air de s'en balancer de son roman d'espionnage, on se dit, ce type, ce qui l'intéresse c'est la mise en scène pure. Et une fois qu'on nage dans la folie complète (voir ci-dessous), on reçoit l'histoire et la narration en pleine tête, de manière élégante, comme un boomerang lancé qu'on aurait oublié de surveiller, et qui nous cogne la tête alors qu'on s'apprêtait à partir ! La classe !]

Et il y a un autre point commun décisif : le jeu complètement maboule et incessant de la mise en scène. Et avec ce IPCRESS, DANGER IMMÉDIAT, je vais vous demander, pour des raisons de sécurité, d'accrocher vos ceintures. Bienvenue à Maboule-Land ! Sidney J. Furie déploie le grand jeu. Le grand plateau et le grand braquet, serait-on tenté de dire. Comme je l'ai déjà dit, le format, c'est le scope. Ici, c'est très beau. Le cadre est absolument délicieux et fait des miracles sur des décors quelquefois complètement banals ou très durs à mettre en valeur. Les jeux d'axes lui sont complètement inféodés et privilégient les fausses maladresses qui sont de vrais points de vue, à l'image du jeu rigolo et même fendard sur les plongées, contre-plongées et axes droits normaux (très inventifs et relevant avec malice l'opposition quotidien/fantastique). De plus, le film donne une impression très étonnante ; comme si, dans cette gourmandise et donc cette loufoquerie affichée, quelque chose n'allait pas. En fait, on arrive à mettre le doigt dessus (c'était dit dans la voiture, dans la séquence d'intro en fait, mais on le comprend plus tard), et une fois qu'on a deviné de quoi il en retournait, c'est un plaisir inouï et une des expériences les plus frappadingues que vous aurez l'occasion de voir au cinéma ! Vous vous souvenez peut-être de ce que je disais de LA MORT AUX TROUSSES de Hitchcock et son fameux syndrome dit "syndrome 12h43". Et bien c'est un peu quelque chose comme ça dans IPCRESS, DANGER IMMÉDIAT.
Ce qui intéresse Furie en premier lieu, c'est le cadrage, non seulement dans la fonction de délimitation (ce qui doit être ou pas dans la champ), mais aussi comme élément organisant les objets, les personnages et les actions dans le plan, et inutile de vous dire, car vous le savez déjà, chers focaliens, que quand ça marche sur les deux niveaux et pas seulement sur le premier, c'est absolument délicieux ! Mais ce n'est pas tout. Furie ne vole pas son patronyme, tant il prend un soin maniaque, obsessif et malade à retravailler son cadrage au troisième degré grâce au sur-cadrage. Furie réorganise constamment le plan de manière fofolle au possible, et surtout incessante, en faisant des choses tellement improbables et belles que ça en devient délicieux et haletant. Comme par exemple faire des split-screens en direct sur le plateau, ou en sur-cadrant un plan tout en longueur en le coupant en deux de manière longitudinale (on a alors l'impression que le scope fait cinq cent kilomètres de long et un mètre de haut !). Des lignes qui passent dans tout le plan, des caméras basculées, des décors en formes de triangles, de cases, et des axes de prises de vue complètement improbables. C’est la folie complète ! C'est la malice la plus extrême et surtout la plus gourmande, où tout les champs de la mise en scène sont convoqués : objets (et donc direction artistique), profondeur de champ (ça n'arrête pas), mise au point/flous, son on/ son off (car le son peut servir le cadre !), déplacement des acteurs, mouvements de caméras (grossiers ou subtils), photographie (qui peut être aussi une façon d'organiser le cadre), focales, fondus, surimpressions etc. Ça va très loin, au point que l'arrivée du plan suivant, qui sept fois sur dix nous prend à contre-pied, devient en lui-même le principal suspense du film en dehors, presque, de tout contenu narratif. Que c'est beau, que c'est drôle.... Et puis, boom, on comprend, la digue cède alors et on se laisse immerger totalement. On comprend ce qu'est en train de faire Furie. Il cherche ni plus ni moins, courageux homme, à sortir (et là chapeau, car le film est aussi un film commercial et grand public) de la dictature la plus meurtrière de ce pays qu'on appelle le Cinéma : la dictature du Champ/Contrechamp ! Et oui, c'était ça ! En multipliant les folies de cadrages, de sur-cadrages, et de sur-sur-cadrages, Furie veut détruire le contrechamp et imposer un cinéma qui ne soit que composition, montage et mise en scène ! Quelle folie ! Quel goût ! Quelle beauté ! Quelle audace !
[Remarque : le montage est utilisé de manière auxiliaire, ce qui est très intéressant. Il donne au film son tempo. Les coupes sont presque rythmiques et donnent au film un aspect rock, binaire (à deux temps), pas si rapide que ça. De fait, Furie prouve que l'organisation du plan, la vitesse des choses qui s'y passent, le son qui l'accompagne et la façon dont il est composé et organisé sont aussi des facteurs de montage, outre la coupe des image elles-mêmes ! C'est une belle et sacrée leçon, très concrète, très cubiste et très moderne de cinéma... Je vous laisse méditer là-dessus, mais c'est extrêmement important, ce que je viens de noter là...]

Pendant ce temps, oui, oui, IPCRESS, DANGER IMMÉDIAT est aussi un film d'espionnage irrésistible. Ce sont aussi des acteurs à tomber, un scénario aux petits oignons (et assez simple : la cuisine de Palmer comme je l'imagine) et des dialogues drôlissimes taillés au cordeau... Mais je vous laisse découvrir ça, tranquillement dans vote fauteuil. [Je note aussi la belle rupture de la période albanaise, et un des plans de la dernière partie que j'appellerais "plan des lunettes géantes" (où le cadre et le plan deviennent eux-mêmes une paire de lunettes ! Très marrant !]

IPCRESS est un très grand film. Et l'année 2007 commence superbement. On notera enfin que Harry Palmer est le héros de deux suites : une réalisée par Guy Hamilton (zut...), et une autre, UN CERVEAU D’UN MILLIARD DE DOLLARS, réalisée par l'immense Ken Russell lui-même. Inutile de vous dire que je pars tout de suite à la recherche d'une copie de cette suite pour voir comment le maître anglais s'est approprié un univers si propice à sa propre maboulerie cosmique...

Définitivement Vôtre,

Dr Devo.
 
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Vendredi 5 janvier 2007

Recommander - Publié dans : Corpus Analogia

[Photo : "Et surtout la santé", par Le Marquis]

 

Avant toutes choses, je souhaite comme il se doit à l’ensemble des visiteurs une excellente année 2007. Que les habitués du site s’y sentent toujours les bienvenus. Que les lecteurs silencieux puissent toujours y trouver leur compte. Que les aigris qui nous traitent d’élitistes prétentieux parce qu’on aime Sokourov et pas SAW puissent nourrir leur ulcère en nous couvrant d’insultes. Que les aigris qui nous traitent d’incultes chômeurs parce qu’on aime LES AVENTURES GALANTES DE ZORRO et pas Truffaut se sentent libres d’en faire autant. Et que ces deux dernières catégories parviennent un jour à se mettre d’accord.
Un mot pour remercier tout particulièrement certains d’entre vous pour les articles excellents qu’ils nous ont fait parvenir à l’occasion de l’anniversaire de Matière Focale : chaleureuse poignée de main donc à Vierasouto, au Dr Orlof, à Isaac Allendo, à Rub, à Ludo Z-Man, à Norman Bates, à OverFab dont la contribution sera disponible incessamment sous peu, et je précise très clairement que les liens vous renverront, non pas à leur article pour Matière Focale, mais bien à leurs sites respectifs, que je vous encourage à aller visiter de ce pas – en déplorant de ne pas avoir de lien à associer à Rub, qui le valait bien. Je ne m’attendais pas à tant de contributions à ce modeste événement, et ces articles successifs ont été lus avec le plus grand plaisir.
Mais revenons-en à l’affaire qui m’amène. Les vacances de fin d’année étant ce qu’elles sont – la magie de Noël est descendue sur nos cartes bleues, et tinorossi à vous tous, la rédaction des Abécédaires n’a pas vraiment pris de l’avance, et je dois donc faire le deuil de la chimère qui me poussait à croire naïvement que je pourrais clore le compte-rendu exhaustif des visionnages de l’année 2006 au 31/12. Bernique ! Bof, peu importe. Il n’est d’ailleurs pas impossible que l’Abécédaire évolue dans sa forme, c’est en réflexion, mais pour le moment, c’est la tête dans le guidon que je vous livre ici la première partie du 13e épisode, qui s’ouvre en toute bonne logique avec un film en A comme…
[Le suspense est à son comble... "Pianiste", par le Marquis, d'après L'HORRIBLE Dr ORLOF] 
 
A HISTORY OF VIOLENCE, de David Cronenberg (USA / Allemagne, 2005)
Mine de rien, le dernier film de Cronenberg, bien qu’il n’ait pas fait l’unanimité, est son premier vrai succès populaire depuis LA MOUCHE, et a même trouvé grâce auprès de ceux qui l’avaient catalogué comme un cinéaste prétentieux drapé dans le mépris de ceux qui l’avaient porté à l’époque de DEAD ZONE, LA MOUCHE ou VIDEODROME. Il est d’ailleurs assez surprenant de découvrir une narration aux lignes claires, comme il n’en avait pas abordées depuis plusieurs années, au point du reste qu’il est même possible de le prendre au pied de la lettre et seulement pour ce qu’il raconte, ce qui explique bien qu’une des plus belles séquences du film (la scène érotique dans l’escalier, qui marque un point de basculement précis et mystérieux et clarifie soudain l’intérêt que Cronenberg a pu trouver à ce scénario) ait été l’objet de quelques polémiques, et que certains, comme nous le rappelle l’anecdote rapportée par Tournevis à la fin de son article en lien sur ce titre ci-dessus, aient pu s’enferrer dans un contresens total de l’objet et des visées du film.
Les thèmes de la mutation et de la contamination, souvent extériorisés dans l’œuvre de Cronenberg, opèrent ici à la fois sur l’ambivalence des personnages et sur la subtilité avec laquelle la violence circule, invisible, transitant d’un personnage à un autre, et n’éclatant dans d’étonnantes séquences très graphiques et tirant vers le western que parce qu’un récit plus symboliste qu’il n’en a l’air le permet. Ce que le personnage interprété par Viggo Mortensen a d’extraordinaire n’est que le révélateur d’une vision incisive de la famille et du rapport à la violence, dont les conclusions, sombres, ambiguës et inconfortables, s’expriment dans la séquence finale avec d’autant plus d’impact et d’acuité que cette scène ne comporte ni voix-off, ni dialogues, ni explicitation formelle d’un message, d’une morale nous permettant de nous mettre à distance de l’expérience à laquelle cet excellent film nous a confrontés. Juste un silence de plomb, un échange de regards, une compréhension intuitive de l’accès à un nouvel état, déjà présent dans la superbe conclusion de SCANNERS, et qui s’est effectué ici à un stade intimiste, ou plutôt intérieur.
 
B comme… BAKTERION, de Tonino Ricci (Italie / Espagne, 1976)
On enchaîne avec le second film extrait du coffret « 50 Chilling Classics » après un étrange WITCHES’ MOUNTAIN. Proposé sous son titre américain PANIC, ce BAKTERION (film libre de droit téléchargeable ici) est un classique petit film d’horreur nous racontant les déboires d’un scientifique contaminé au cours d’une expérience, qui se transforme peu à peu en une créature sanguinaire qui va terrifier la petite ville où se déroule une action routinière, bientôt mise en quarantaine. La narration est épouvantablement décousue, et ce dès les premières minutes, ce qui, au fond, peut avoir son charme. Mais le rythme reste très poussif, suivant pas à pas une enquête bien bavarde entre deux meurtres. Situation de quarantaine évoquant un peu THE CRAZIES de Romero, souffrance existentielle d’un monstre en partie conscient de son état, et qui trouve refuge dans une salle de cinéma, thriller, giallo, le film part un peu dans toutes les directions sans vraiment avoir les moyens ou le talent d’en assumer pleinement une seule. Réalisation et effets très sommaires, mélange filandreux de banalité et d’incohérence qui nous ressert une énième version de la scène de la douche de PSYCHOSE, entre deux assommants chassés-croisés dans les sous-sols de la ville…
L’intérêt est quasi nul, et le film n’existe que par des séquences maladroites qui parviennent cahin-caha à sortir du lot – une agression dans une église filmée de façon si primaire qu’elle en est presque inquiétante curieusement ; les projets des autorités visant à larguer une bombe H sur la ville, projets baptisés « Plan Q », ce qui m’a bien fait rire ; et surtout la façon dont la créature s’approprie la salle de cinéma, en pleine projection : inutile d’aller payer des droits, le film diffusé à l’écran est fait maison, et ça se voit (un homme monte dans une voiture et roule sur fond de musique hésitant entre Tangerine Dream et la BO de LA SOUPE AUX CHOUX, devant une salle pleine de spectateurs fascinés) ; le monstre surgit alors de l’écran lui-même, préfigurant une scène jumelle (mais bien plus belle) dans le DÉMONS de Lamberto Bava, ainsi qu’une réflexion totalement absente du film sur ce qu’aurait pu être la prise de conscience d’un mutant réalisant qu’il n’existe que dans un obscur film de série B. Vagues petits indices de l’existence transparente d’un film insipide et invisible.
 
C comme… CONSTANTINE, de Francis Lawrence (USA / Allemagne, 2005)
On vérifie ensuite et sur pièce les quelques qualités pointées lors de sa sortie en salles par le Dr Devo (voir son article) qui n’avait cependant que modérément apprécié le métrage, comme c’est également mon cas.
Encore une adaptation de comics, cette fois d’un titre dont le néophyte que je suis n’avait jamais entendu parler, ni vraiment pire, ni meilleure que le tout-venant de cette nouvelle mode dont n’émerge vraiment à mon sens que l’intéressant SIN CITY, lequel présente au moins un ton et une esthétique originaux. Ce qui n’est pas le cas de ce CONSTANTINE assez quelconque, oscillant constamment entre la laideur d’effets de pacotille (infographie et poses en creux) et ce qu’on désignera moins comme de la beauté que comme une stricte et effective efficacité. Bref, c’est du spectacle pur et dur, foncièrement dénué du moindre soupçon de spiritualité malgré son sujet, le film préférant jeter sur la mythologie et le religieux un regard distancé et d’ailleurs non dénué d’humour, sans trop verser dans la gaudriole – le simili Robin, ado qui accompagne le héros campé par K’il-est-nul Reeves (comme à son habitude parfaitement insipide), interprété par Shia LaBeouf (pauvre garçon), n’est par exemple jamais sujet aux développements superflus qu’on pouvait craindre. Ce qui ne met pas CONSTANTINE à l’abri de fréquentes fautes de goût : le film se suit gentiment, intrigue occasionnellement, agace souvent et ne me passionne jamais.
L’ironie élégante, souvent personnifiée par l’excellente Tilda Swinton, sauve les meubles d’un film froid et fonctionnel, empêtré dans ses lourdeurs visuelles et son discours anti-tabac très envahissant. En complément de l’article du Dr Devo, j’ajouterais à la présence de Tilda celle du méconnu Pruitt Taylor Vince, excellent acteur de seconds rôles, tout en soulignant un paradoxe : le film DOGMA de Kevin Smith, qui joue sur les mêmes thématiques dans un registre nettement plus axé sur la farce, est pourtant bien plus intelligent, émouvant et abouti que ce produit soigné mais on ne peut moins mémorable…
 
D comme… DEVDAS, de Sanjay Leela Bhansali (Inde, 2002)
Retour à Bollywood, l’un de mes péchés mignons (voir KUCH KUCH HOTA HAI, l’article ou même le film), avec cette grosse production durant laquelle un technicien a été décapité par un ventilateur (véridique !). Alors que KUCH KUCH…, quasi parodique, était résolument ancré dans une modernisation des canons du genre (son héroïne fredonnait même la « Danse des Canards », faut-il le rappeler), DEVDAS s’inscrit pour sa part dans un registre plus convenu, d’autant plus qu’il s’agit du remake d’un classique du cinéma indien, adapté d’un roman de 1917 insérant dans le mélodrame un jeu à nos yeux bien cryptique sur la culture et le panthéon hindous.
Pour reprendre une formule de PMU de quartier, c’est un genre. Personnellement, je n’y suis pas réfractaire (pléonasme), et trois heures de paradis colorimétrique au royaume du kitsch larmoyant n’ont rien pour me déplaire. Quoi qu’il en soit, si le film peut paraître parfois très kitsch à nos yeux, on ne pourra certainement pas le trouver cheap : s’ouvrant sur un hallucinant plan-séquence dans un décor plus grand que le 8e arrondissement (manifestement un bordel monstre à orchestrer, de quoi y perdre la tête effectivement), DEVDAS, d’un luxe indécent, est techniquement imparable et ponctué de quelques trouvailles visuelles soufflantes – la première rencontre de Devdas et de la courtisane Chandramukhi est soulignée par un effet visuel inattendu et assez stupéfiant. C’est probablement la part de naïveté, ou plutôt de candeur de cette approche de la narration qui m’enchante, cette absence de retenue dans les effets sonores et visuels, avec ses dialogues tendus où chaque réplique est ponctuée d’un coup de fouet ou du grondement du tonnerre.
Je ne suis pas un inconditionnel, loin de là, et les trois heures se font tout de même parfois sentir. Mais je ne parviens jamais à les considérer comme du temps perdu : il y a là de quoi me sustenter, que ce soit dans un regard légèrement ironique (l’acteur principal n’est autre que Sharukh Khan, le Tom Cruise local, déjà héros de KUCH KUCH…, et l’une des rares créatures de cette planète capables de me plonger dans l’hilarité d’un seul froncement de sourcil, la nullité de son interprétation frôlant le sublime) ou dans une sincère admiration pour les quelques morceaux de bravoure du film, tout particulièrement la douloureuse séquence de l’humiliation de la mère de Paro, passage saisissant, splendide et d’une maîtrise remarquable qui va au-delà du seul exotisme de la chose.
 
E comme… ÉMILIE, L'ENFANT DES TÉNÈBRES, de Massimo Dallamano (Italie / Angleterre, 1975)
C’est une vilaine copie recadrée et en VF que Cactus Films nous propose ici, et malgré mon indulgence relative pour les éditeurs fauchés, il y a parfois de quoi maugréer quand même quand on sait qu’il existe des masters de bien meilleure qualité de l’autre côté de la Manche. Bref. Retour au fantastique italien florissant des années 70 après le mauvais BAKTERION pour ce petit classique oublié mettant en vedette la très jeune Nicoletta Elmi, petite rouquine ayant prêté son visage à bon nombre de classiques du genre de l’époque (LA BAIE SANGLANTE, LES FRISSONS DE L’ANGOISSE), la gamine que l’on se devait alors de présenter dans tout bon film d’épouvante qui se respecte, et que l’on a revue adulte – et très sexy – dans le DÉMONS de Lamberto Bava, encore lui.
Elle interprète ici (fort correctement d’ailleurs) la petite Émilie, traumatisée par la mort de sa maman, et qui développe un comportement inquiétant depuis que son père lui a offert un étrange médaillon découvert dans le cadre de ses recherches sur les superstitions autour d’une étrange fresque dans une église en ruines – une peinture qui s’avèrera d’ailleurs « truquée » comme dans LES FRISSONS DE L’ANGOISSE. Semblant s’orienter vers une nouvelle déclinaison de L’EXORCISTE, le film de Dallamano trouve rapidement un rythme et un ton inattendus et fort séduisants. Peu porté sur le spectaculaire, le film cherche sa voie dans un registre plus axé sur le tragique, la fatalité, la mélancolie, soutenu par une très belle musique triste et répétitive, jusqu’à un final sombre et assez beau. La mise en scène est solide à défaut de faire véritablement preuve d’inspiration, et les tonalités bleues, roses et violettes, dont il est parfois difficile de discerner la part d’intentionnalité au regard de l’état de la copie, baignent le film dans une atmosphère un rien désuète, mais attachante. Un joli petit film en somme, qui mériterait bien une édition plus digne et plus respectueuse.
 
F comme… FAST FOOD, FAST WOMEN, d’Amos Kollek (USA / France / Italie, 2000)
À l’époque, j’avais été très intéressé par le film SUE PERDUE DANS MANHATTAN, malgré son aura BCBG – je ne sais plus vraiment pourquoi, mais le métrage fleurait alors bon le Festival Télérama. Pourtant, ce très beau film développait un ton et surtout un rythme assez singuliers – apathie, désespoir tranquille, douce noirceur, amertume polie, le tout s’orchestrant autour du personnage interprété à merveille par l’actrice Anna Thomson, alors quasi inconnue (égarée dans l’infect GOUTTES D’EAU SUR PIERRES BRÛLANTES vu cette année, et dont elle était le seul intérêt), actrice qui faisait corps avec le projet d’Amos Kollek, auquel elle apportait une densité et une présence impressionnantes, évoquant l’alchimie très particulière entre un cinéaste et sa créature, je pense notamment à Divine et John Waters (voir PINK FLAMINGOS), ou plus encore à Marianne Sägebrecht et Percy Adlon (qui ont fait bien d’autres choses que le – joli – BAGDAD CAFÉ auquel on les a tristement réduits).
On retrouve donc cet univers dans FAST FOOD, FAST WOMEN, sur un registre plus léger, et d’ailleurs parfois un peu léger, le film étant nettement moins fort, moins original. Il ne s’en dégage pas moins un sens appréciable de l’absurde, qui le rattache davantage à Hal Hartley qu’aux films de Woody Allen auxquels le film a systématiquement été comparé. Les limites du films sont un peu celles de SUE PERDUE DANS MANHATTAN, mais elles se ressentent davantage je crois : la mise en scène de Kollek reste inféodée à sa (talentueuse) écriture, et n’évite pas toujours la platitude, même si on peut reconnaître au cinéaste le bon goût de ne pas céder aux clichés new-yorkais et aux effets toc décoratifs usuels : c’est sobre, vif, simple, direct. Nettement moins sombre que le précédent, le film me semble également moins abouti, un rien fabriqué là où SUE… semblait couler de source. Ça reste malgré tout attachant, agréable et étrangement porté sur le thème de la sexualité du troisième âge, une occasion comme une autre de retrouver Louise Lasser et Victor Argo dans des rôles conséquents et inattendus. Pas trop mal, donc.
 
G comme… LES GUERRIERS DU BRONX II, d’Enzo G. Castellari (Italie, 1983)
Vu avec le Dr Devo lors d’une de ses visites, LES GUERRIERS DU BRONX n’avait pas fait l’objet d’un article, à croire que le film se passait de commentaires : malgré de gros problèmes de rythme, le film valait le coup d’œil, ne serait-ce que pour le kitsch forcené de ses costumes (célébré par un spectaculaire générique d’ouverture), ou pour cette très improbable séquence de confrontation des gangs au pied du pont de Brooklin, martelée par une musique percussive, et pour cause : le batteur était tout bonnement installé dans le cadre et intégré aux figurants ! Peut-être aussi, tout simplement, parce que le film de Castellari était un pur produit du cinéma bis italien de l’époque, tourné en cinémascope et visuellement assez soigné.
Nous retrouvons donc le héros Trash, petit minet qu’on croirait échappé du groupe Europe, confronté à la volonté d’un état démocratique dans la forme et fasciste dans le fond (les deux films n’étant pas plagiés sur NEW YORK 1997 pour rien) d’évacuer le Bronx, ou plus exactement de déporter par la force ses habitants vers le Nouveau Mexique en vue de les exterminer, afin de laisser le champ libre à un ambitieux projet immobilier. L’opération est menée par un Henry Silva aux vagues allures d’officier SS, naturellement. Trash refuse dans un premier temps de joindre la Résistance, mais change d’avis lorsque ses parents sont massacrés par l’envahisseur, que c’est mesquin.
Le film est hélas nettement moins porté sur le mélange western/SF du premier opus, et bien plus sur une guérilla à vrai dire un peu longuette – on a donc très largement le temps de s’ennuyer, et on se console avec quelques plans très Z (une rigolote explosion d’hélicoptère) et surtout avec une VF particulièrement absurde débitant du dialogue stupide au kilomètre. Ma réplique préférée, à prononcer avec un fort accent sud-américain : « Personne n’aimerait être assis sur une chiotte truffée de diamants… »
[Photo : "Masque", d'après L'HORRIBLE Dr ORLOF et DEVDAS, par le Marquis] 
H comme… L'HORRIBLE Dr ORLOF, de Jess Franco (Espagne / France, 1962)
Ouvrons maintenant les portes à ce premier plagiat des YEUX SANS VISAGE avant le très kitsch LES PRÉDATEURS DE LA NUIT, et quoi qu’en dise Jess Franco lui-même, affirmant que son film ne doit rien au chef-d’œuvre de Franju puisqu’il est adapté d’un roman – roman que Franco a lui-même écrit sous le pseudonyme de David Khune. L’intrigue du film de Franju est donc revisitée, non sans une certaine invention du reste, le récit étant marqué par une atmosphère triviale de roman de gare, plus démonstratif, moins poétique, même si certaines idées sont assez belles – l’aveugle défiguré Morpho, guidé dans les ruelles sombres par la canne du Dr Orlof martelant le sol.
Le film bénéficie surtout d’une très belle photographie déjà saluée dans l’article rédigé par le Dr Devo, ainsi que d’une musique inhabituelle, boxon bruitiste assez original. On trouve par ailleurs les prémisses d’un érotisme déjà très sadien, dans un écrin du reste très classique, voire même un rien désuet. On retrouve aussi un défaut régulier des films, bons ou mauvais, de Franco, à savoir un final abrupt et passablement bâclé, avec notamment un raccord totalement foireux au montage pour la scène finale. Le film se suit agréablement ceci dit, surtout si l’on préfère à une version anglaise doublée et non sous-titrée une VF bien plus soignée et respectueuse de l’atmosphère sonore intéressante du film.
 
I comme… INSEMINOÏD, de Norman J. Warren (Angleterre, 1981)
Nous restons dans le cercle des plagiats de qualité avec cette étrange relecture d’ALIEN par l’intéressant réalisateur de SATAN’S SLAVE et de PREY, films très personnels découverts cette année grâce à la collection consacrée au cinéaste par l’éditeur Néo Publishing.
Au terme d’une première demi-heure soignée, qui tire le meilleur parti d’un budget modeste (superbes plans sur les planètes, plus étranges que cheap, et qui changent très agréablement des clichés « figé et majestueux » hérités de 2001, L’ODYSSÉE DE L’ESPACE) mais semble pourtant amorcer un film laborieux et totalement dépourvu d’originalité, on se demande un peu comment Warren, dont le PREY était si singulier, va parvenir à se distinguer de la masse des pompages du film de Ridley Scott.
L’insémination du titre survient alors, et avec elle le développement du personnage de Sandy, contaminée par un organisme extra-terrestre. Excellente performance de l’actrice Judy Geeson : celle qui répand la mort dans cette équipe d’archéologues de l’espace est sans doute aussi la plus désespérée du lot. Le film se rapproche alors des thèmes et du ton propres au réalisateur, glissant peu à peu sur un registre profondément viscéral, moins dans l’étalage d’effets spéciaux que sur un plan humain. Les contacts – très sexués – avec l’entité extra-terrestre, vécus d’un point de vue douloureusement subjectif, parviennent même à justifier la relative platitude de la première partie du film, qui préparait le terrain à un développement captivant, qui ne fait pas d’étincelles en ce qui concerne le récit lui-même (l’histoire dans ses grandes lignes et les thématiques sont bien celles d’ALIEN), mais confère pourtant à ce qui n’est manifestement qu’une commande à visées mercantiles, par le biais d’une mise en scène énergique et oppressante, une forte personnalité, un ton jusqu’au-boutiste, du caractère. Parfois maladroit, moins original que PREY, le film n’en vaut pas moins très largement le détour.
 
K comme… KEOMA, d’Enzo G. Castellari (Italie, 1976)
Les K se faisant rares, Castellari s’octroie avec KEOMA une seconde place dans cet Abécédaire après le piètre LES GUERRIERS DU BRONX II. C’est heureux pour lui, car ce second film s’avère mille fois plus intéressant que son plagiat bis n°2 du NEW YORK 1997 de Carpenter – décidément, cette sélection est marquée par la constante de la copie… Il faut dire qu’avec KEOMA, Castellari verse dans un genre qu’il maîtrise et apprécie visiblement, et vers lequel il tentait parfois de tirer son film précédent, non sans grandes maladresses.
Bonne occasion pour moi de souligner une fois de plus, dans le cadre d’un genre qui ne m’a jamais vraiment passionné, ma très nette préférence pour ce qu’il est commun d’appeler les western spaghetti, terme adopté et accepté malgré ce qu’il induit de mépris et d’ironie injustifiée – j’aimerais voir la tête de certains si on imposait des termes comme « giallo burger ». Malgré ma grande estime envers un cinéaste comme Howard Hawks, je donne toute la filmographie de John Wayne pour un seul Corbucci (hélas un peu resté dans l’ombre de Sergio Leone), et des films comme DJANGO ou LE GRAND SILENCE me semblent aptes à séduire le spectateur le plus réfractaire aux cow-boys, indiens et autres pistolleros. Je n’ai jamais vraiment cherché à comprendre pourquoi ce qui m’ennuie quasi instantanément dans une production américaine me passionne dans les productions européennes du genre, mais je suppose que cela tient en grande partie à des réalisations moins trempées dans un académisme de façade, et dans le développement de thèmes moins axés sur le patriotisme. Les westerns italiens sont esthétiquement moins prévisibles, et assument une pleine appartenance au cinéma de genre : à mes yeux, on y est plus proche de l’Art que du film historique pompier ou de l’œuvre à message.
On retrouve dans KEOMA, l’un des derniers soubresauts du western italien alors agonisant, cette spontanéité, ces audaces visuelles, cette écriture permissive qui laisse la place à des abstractions discrètes et très belles – notamment autour du personnage de la vieille femme, Faucheuse fantomatique qui se substitue parfois, avec une étonnante subtilité, au personnage incarné par Olga Karlatos. Filmé dans un cinémascope splendide, KEOMA surpasse donc très largement les GUERRIERS DU BRONX dans ses ambitions comme dans sa composition visuelle, marquée par l’insertion régulière et particulièrement inventive de très nombreux flash-back, amorcés par des travellings, par le montage sonore quand ils ne se déroulent pas sous les yeux mêmes du personnage qui se souvient. La bande originale (chantée et évoquant souvent le groupe Pavlov’s Dog) peut surprendre, et quelques cascades tournées au ralenti font un peu mal aux yeux, mais en dehors de ces quelques petites maladresses, l’ensemble est passionnant, et d’une belle noirceur : le calvaire de Keoma (très bon Franco Nero), que son père adoptif a en substance chargé d’assassiner sa propre progéniture (« Je ne peux pas tirer sur mes propres fils ») amène la prise de conscience tardive d’une communauté rongée par la lâcheté et l’apathie, et ce avant une conclusion saisissante aux lisières du fantastique. Très bon film.
 
L comme… LORD OF WAR, d’Andrew Niccol (USA / France, 2005)
Peu de choses à ajouter à l’article du Dr Devo pour un film signé par un cinéaste talentueux au parcours assez original, sur un sujet certes intéressant mais qui a priori ne m’emballait pas vraiment – il faut dire que la première fois que j’en avais entendu parler, je trouvais bizarre ce titre de « L’heure de Foire ». Même si je déplore personnellement quelques petites fautes de goût (la chanson « La vie en rose » en entier, était-ce bien nécessaire ?), l’ensemble m’a pourtant convaincu : très belle mise en scène à l’imagerie forte et relativement audacieuse, utilisation fine et assez intelligente de la voix-off, et surtout un message politique et social qui pour une fois s’intègre harmonieusement à une forme exigeante et aboutie, ce qui évite au film de sombrer dans la pure démonstration, là où bien des cinéastes se seraient avachis sur le seul enfonçage de portes grandes ouvertes : LORD OF WAR assume son versant artificiel et parfois fabriqué dont il parvient à tirer de sombres et séduisants paradoxes. Très intéressant.
 
À suivre, ma foi, vous connaissez le principe !
 
Le Marquis
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[Photo : "La passion d'une vie", Nicoletta Elmi dans EMILIE L'ENFANT DES TENEBRES, par le Marquis]
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Mercredi 3 janvier 2007

Recommander - Publié dans : Chroniques de l'Abécédaire

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