(Photo: "Le Triomphe des Modestes" par Dr Devo)

Chers Gens,
C'est le tour d'Europe de Matière Focale qui continue aujourd'hui. On a croisé des allemands, des danois, des anglais, des italiens et des portugais dans les articles. Mais à ce petit jeu sans frontières, une voix manque : celle de l'Espagne.
Ha, l'Espagne! Son chorizo, sa Carmen, ses corridas, son dictateur (mort), ses gitans, son flamenco, ses moulins à vent... Tout un programme, tout un voyage. L'Espagne est aussi le pays de deux cinéastes : Luis Buñuel (même s'il n'a pas tourné que dans son pays natal) et Pedro Almodovar. Buñuel est maintenant assez respecté pour être oublié et old fashioned. Voilà un cinéaste, honoré par tous, mais dont personne ne met en pratique les précieuses leçons (à part peut-être l'américain Todd Solondz dont le film PALINDROMES, au dispositif Buñuelien justement, sort dans deux semaines – on en reparlera, bien sûr). Et puis, donc, puisqu'il le faut, Almodovar.
Almodovar... Le mammouth qui cache la forêt. Pour les plus jeunes de nos lecteurs, rappelons qui est Almodovar. Il y a très longtemps (jusqu'à son film KIKA), Almodovar réalisait de drôles de films, toujours un peu trop kitsch, certes, mais souvent pleins d'idées. Après KIKA donc, Almodovar a été rattrapé par une popularité sans cesse croissante, et par un appétit de prix dans les festivals. Fin de son cinéma. Aujourd'hui à la Maison de Retraite Josée Dayan (qui accueille les vieillards dont personne ne veut plus), Almodovar se repose avec ses anciens collègues, dont on a déjà parlé ici : Woody Allen, Coppola Senior, les frères Cohen, Roman Polanski, etc... Vous, les jeunes, ne le savez pas, mais Almodovar, avant de faire des films à la chaîne grâce au papier carbone (il écrit sur une machine à écrire et grâce au carbone, en travaillant une seule fois, il peut faire cinq films!), avant les Prix et les Felix, c'était un type complètement louf', et on voyait de ces choses dans ses films... Les filles buvaient comme des trous, et les hommes faisaient des concours du plus gros kiki! Et ouaip! C'était ça Almodovar. Le même gros bonhomme engoncé dans son smoking Jean-Paul Gautier qui se goinfre de petits fours payés par la Communauté Européenne réalisait des films complètement foufous, aussi foufous que les excentricités filmiques de John Waters, qui lui, par contre, a su rester digne, et ne fait pas sous lui. (Et ne porte pas de JP Gautier!).
Donc, l'Espagne, ce n'est rien. C'est un panier en osier avec un fantôme et un vieillard dedans. Almodovar est tout seul. Et bien non, en fait. Il y a beaucoup de gens intéressants en Espagne, et il y a même quelques frémissements remarquables. Votre bon Docteur et ses amis Le Marquis et l'Ambassadeur du Néant ont depuis longtemps repéré un type génial en Espagne. Son nom est Julio Medem. Et son avant-dernier film LUCIA Y EL SEXO avait été bien distribué, remportant son petit succès. Maintenant qu'il est définitivement enterré, rappelons que ce type fait des films magnifiques, drôles, poétiques et abstraits, qu'il faut voir de toute urgence : L'ECUREUIL ROUGE, TIERRA et VACAS. Courrez-y. Ce type devrait être célèbre dans toute l'Europe. Je passe.
Ah ! si, quand même, il y a un autre monstre en Espagne. L'actrice Emma Suarez. Que deviens-tu Emma ? Tu nous manque... [En Espagne, il y a aussi le réalisateur Victor Erice ( L'ESPRIT DE LA RUCHE ), mais malheureusement, je n'ai vu aucun de ses films.]
Mais l'Espagne est un beau pays, pour peu qu'on se ballade un peu hors des sentiers battus. Depuis quatre ou cinq ans, le cinéma espagnol a de jolis frémissements. Et ça vient du cinéma fantastique. Quelques films ont amorcé la pompe, et la péninsule ibérique, plus maline, s'est aperçue que l'argent de l'Europe pouvait aussi servir à faire des films fantastiques ou de genre. Et on a pu voir des petits films drôlement malins débarquer. Quand tous les Américains essayaient de copier et de décliner jusqu'à plus soif le succès du SIXIEME SENS, en Espagne, on pouvait découvrir une petite perle comme DARKNESS, produit via la maison de production de l'américain Brian Yuzna (SOCIETY, beau film biologique, social et Dalinien) qui s'est exilé ici depuis déjà plusieurs années. Et de temps en temps, et de manière de plus en plus régulière, on découvre des films espagnols fantastiques très originaux, et qu'on imagine mal produits ailleurs. En France, par exemple, où on préfère réaliser des SOEURS FACHEES jusqu'à plus soif, ou copier sans moyens et sans ambition le cinéma fantastique américain. Passons.
Ça frémit donc en Espagne, coté cinéma fantastique, et suffisamment de films nous ont étonnés pour que nous considérions qu'il s'agit vraiment d'un retour réel du cinéma fantastique espagnol. Parmi ces films soignés et originaux, on peut essayer avec plaisir de découvrir le film FAUSTO 5.0.
FAUSTO 5.0, film réalisé par l'équipe du collectif « LA Furia Dels Baus », raconte l'étrange parcours du Docteur Fausto (encore un collègue!), un drôle de médecin puisqu'il dirige une section un peu expérimentale d'un grand hôpital espagnol. Dans le pavillon high-tech du Dr Fausto (assez beau décor d'ailleurs), on ne soigne que des malades en stade terminal, dont on essaie de prolonger la vie, dans une lutte perdue d'avance. Ce service d'avant-garde essaie de faire avancer la connaissance sur les derniers moments des cancéreux en phase terminale, et de trouver des moyens alternatifs de faire évoluer les soins. Ces gens sont condamnés et donc, on peut essayer des choses nouvelles sur eux, et approfondir la connaissance des mécanismes qui mènent à la mort inéluctable. Fausto est le chef du service où, malgré son sérieux et ses recherches obsessionnelles, le taux de mortalité avoisine évidemment les 100%. Fausto, du haut de ses 45 ans, est un homme lessivé, hanté, travaillant jusqu'à l'épuisement pour essayer de remporter ne serait-ce qu'une bataille contre le Crabe et la Grande Faucheuse. À force de collectionner de microscopiques indices ou débuts de piste sur la maladie, à force de côtoyer la Mort dans ce qu'elle a de pire et de plus inéluctable, Fausto s'est perdu, et est devenu le fantôme de lui-même, il est même vaguement suicidaire. C'est lors d'un déplacement dans une autre ville où il doit assister à une semaine de symposium sur les phases terminales (et où il doit donner des conférences), que les choses vont basculer. Un voyage halluciné commence (très belle introduction et fantastique voyage en TGV). Dès qu'il arrive en ville, il se fait aborder par un homme étrange et extravagant, Santos, qui va s'incruster à ses côtés pendant tout le séjour. Santos est un homme loufoque et sans gêne qui met bien mal à l'aise le discret Fausto, et il est apparemment un de ses anciens patients. Fausto l'aurait guéri d'un cancer à l'estomac, alors qu'il était mille fois condamné aux yeux de tous. S'il a frôlé la mort sans se faire attraper, c'est bien grâce au Docteur Fausto, auquel il voue une reconnaissance éternelle et à qui il est prêt à tout offrir, même les choses les plus improbables (les acteurs sont très bons).
Le moins que l'on puisse dire, c'est que ce film est d'un soin quasiment maniaque et d'une grande originalité. Et pas seulement dans son récit hors-norme et sinueux, mais surtout dans une mise en scène qui est plus que sur-léchouillée (ultra-travaillée, si on peut dire). L'introduction est formidable et les premiers 3/4 d'heures nous happent dans un monde original et dérangeant où il est bien impossible de distinguer le vrai du faux, et le réel du fantasmé. Quelle rythme et quel soin maniaque dans cette première partie très iconoclaste ! Une fois que Fausto accepte, plus ou moins, la présence de Santos, on s'aperçoit, sans quitter ce maelström de sensations irréelles et pourtant palpables, que le sujet n'est sans doute jamais là où on le croit. Variation fantastique du mythe de Faust ? Film à retournement style SIXIEME SENS ? Thriller fantastique ? Comédie macabre ? Le film est fort heureusement assez inclassable. Et ce non seulement à cause du récit, mais aussi à cause du traitement plastique, à la croisée du high-tech et du baroque. Les images de synthèse sont omniprésentes, mais de manière étonnante, soit faisant des saillies qui s’insèrent dans le traitement "réaliste" de l'histoire, soit en étant quasiment invisibles. Etalonnage, choix des lieux, cadrages, dispositif plastique, le film actionne tous les leviers pour construire une mise en scène hors-norme. Le montage, au son comme à l'image, suit cet effort avec malice et un sens du rythme plutôt bluffant, jouant souvent sur l'impossibilité d'arrêter les séquences, et sur l'apparition de plus en plus fréquente d'accidents brusques, au contraire, dans le découpage du récit. C'est vraiment étonnant, et on sent derrière cette originalité esthétique affichée, une gestion surprenante du récit. L'ensemble, très homogène et chaotique à la fois, est envoûtant. On a l'impression d'un film neuf, qui n'aurait jamais été fait. Le détournement des codes de la mythologie faustienne y est pour beaucoup. Le paradoxe est poussé encore plus loin par une transformation de l'histoire qui, petit à petit, se rapproche des sentiments les plus simples. Il est assez stupéfiant de constater lors de la dernière séquence que le film mène à quelque chose de trivial et de pleinement assumé. On ne peut donc que saluer la démarche de valoriser des sentiments simples (mais pas simplets) par un traitement qui, sur tous les plans, est très baroque. [Les fractures entre le baroque et l'épure dans les éléments par forcément les plus "réalistes" du film donnent pas mal de force à l'ensemble et contribuent grandement à ne pas savoir sur quel pied danser, ce qui n'est pas le moindre charme du film.] Le risque évidemment est de ne pas accrocher à cette esthétique, sûrement nourrie des travaux plastiques et contemporains des membres de La Furia dels Baus. Et même si le film n'atteint pas la magnificence cosmique de la série des CREMASTER de Matthew Barney, on ne peut que saluer la maîtrise du film, sa réflexion honnête sur le cinéma, et l'audace globale du projet. Qu 'un projet aussi original ait vu le jour est très étonnant, et la volonté d'en faire un film très populaire, bizarrement (par le thème, par le mythe et par le récit), est plus que louable. Et c'est cette volonté que l'on retrouve dans de plus en plus de films fantastiques espagnols de ces cinq dernières années, preuve assez inattendue que beaucoup là-bas n'ont pas renoncé. Il serait donc dommage de ne pas se frotter à ce film scotchant et, dans son genre, étonnamment courageux.
 
Respectueusement Vôtre,
Dr Devo
 
Retrouvez d'autres articles sur d'autres films, en accédant à l'Index des Films Abordés: cliquez ici !

ajouter un commentaire commentaires (5)    créer un trackback
Mardi 1 mars 2005

recommander publié dans : Corpus Analogia

(photo (de gauche  à droite): l'autorité, le charme)

 

 

 

 

Chers Amis,
 
Allez, on commence la semaine avec une escapade dans un pays qu'on n’a pas encore visité : le Canada. Nous ne foulerons pas les pas de nos amis David Cronenberg et Atom Egoyan. Nous préférons, pour cette fois, aller voir deux territoires cinématographiquement moins connus : le Québec et le cinéma de série B. T'en as vu beaucoup, toi, des séries B québécoises ? Non. Et moi, c'est pareil d'ailleurs.
 
Maurice Devereaux est quelqu'un de très sympathique, et le moindre que l'on puisse dire avec SLASHERS, c'est que c'est un drôle de bonhomme. Habitué de la série B lorgnant vers le Z, en terme de production du moins, il a trois films de genre à son actif, toujours réalisés avec des budgets très modestes. Notre cousin est donc, de fait, un indépendant. SLASHERS est son deuxième film, après BLOOD SYMBOL, film réalisé, avec un budget inférieur à la moins bien nantie des séries Z (ça doit être quelque chose), et dont Maurice Devereaux lui-même déconseille le visionnage aux personnes qui ont un peu de goût! Ce n'est pas tous les jours qu'un réalisateur dit "ne regardez pas mon film précédent, c'est un film complètement nul". Rien que pour ça, le Maurice, je le trouve bien sympathique.
 
SLASHERS est un drôle de petit film. L'histoire se passe au Japon (décidément c'est la semaine japonaise de Matière Focale). SLASHERS est le titre d'une émission très populaire de reality show qui se base sur un concept bien particulier. Il s'agit d'enfermer six ou sept candidats pendant deux heures, dans une espèce d'immense hangar emménagé (avec plusieurs pièces, un sous-sol, des passages secrets, des couloirs labyrinthiques), avec, à leur trousse, trois tueurs. Les candidats sont désarmés bien sûr, et pendant deux heures, ils devront survivre aux tueurs par leur propre moyen. Les survivants, s'il y en a, se partagent six millions de dollars, voir plus, car le jackpot de l'émission précédente est remis en jeu la fois suivante si aucun candidat n'a survécu. Le film raconte donc une de ses émissions, et pas n'importe laquelle : celle où, pour la première fois, ce sont des candidats américains qui sont invités.
 
Comme vous pouvez le deviner, ce n'est pas triste, et on pourra peut-être reprocher un ou deux choses à Maurice Devereaux, mais pas son manque d'originalité. Si le film rappelle par son principe RUNNING MAN (que c'était mauvais!) ou LE PRIX DU DANGER, on en est très loin ici. Le fait de déplacer, années 2000 obligent, l'histoire dans le contexte de la télé réalité change pas mal de choses. Et sans doute, SLASHERS pousse le bouchon beaucoup plus loin que ses deux ancêtres. Son charme vient d'abord de la pertinence de ce concept. Le film, c'est l'émission telle que les spectateurs la verraient, et non pas un film sur des candidats qui participent à un jeu (c'est-à-dire une histoire scénarisée). Le film est d'ailleurs tourné en vidéo HD, ce qui renforce la confusion. Cet avantage est assez ludique. Du coup, le film commence avec le générique de l'émission, et ça vaut son pesant de cigarillos cubains. Ben oui, en plus, ça se passe au Japon. Ceux qui ont vu LOST IN TRANSLATION ont eu un petit aperçu de ce à quoi ressemble une émission populaire japonaise : ça crie, ça hurle, il y a plein d'incrustations vidéos sur l'image, c'est rempli de jolies filles (ici, il y a même des pom-pom girls), c'est plein de couleurs criardes, et c'est en public. Donc, on est très vite plongé dans l'ambiance, sans préambule, et la nipponerie de la chose, notamment sa présentatrice hors-norme, assure un dépaysement total, surtout pour nous, pauvres spectateurs qui attendions un film canadien et qui devons attendre dix minutes de film pour entendre une phrase en anglais. Dans cette introduction, on remarque un très grand soin. Cette séquence ressemble vraiment à une émission japonaise. L'immersion est donc totale, et très drôle, notamment en ce qui concerne la chanson du générique et sa splendouillette chanteuse.
 
Quand les candidats arrivent devant la présentatrice et se présentent au public, là évidemment le ton change. Cette émission télé nous est présentée par Maurice Devereaux de manière réaliste et, curieusement, jamais parodique. En fait, si on rigole, c'est parce qu'on rigolerait aussi devant une émission réelle de télé japonaise, dont les canons sont si éloignés de ceux de notre hexagonale TF1. Et c'est au moment où la présentatrice interviewe les candidats avant qu'ils ne descendent dans l'abattoir que notre sentiment change et que le rire devient plus jaune. On se prend même à être assez effrayé par le principe de l'émission et l'extraordinaire normalité de la situation. Il n'y a personne pour se révolter, à part vous, et les candidats, après tout, sont tous volontaires! Pour ma part, j'ai trouvé cette première bobine assez effrayante.
Les candidats finissent par descendre dans la zone de jeu, avec deux minutes d'avance sur leurs assaillants. Parlons-en d'ailleurs. Les tueurs ne sont pas tristes. Comme c'est une émission  de divertissement, ils sont masqués et grimés, entre le personnage de films d'horreur (croquemitaine genre Freddy) et le personnage de dessin animé. Du grand guignol, quoi. Il y a trois tueurs. Un docteur fou (un collègue!) spécialiste du scalpel, une sorte de révérend/mort-vivant qui tue les héros en expliquant qu'il les guérit de leur pêchés, et un personnage de garçon de ferme américain, roux, avec des taches de rousseur, boiteux et rongé par la consanguinité. Une sorte de Leatherface (personnage culte de l'expérimental MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE qui reste, des années après, un des plus beaux films art et essai que j’aie jamais vu), en culottes courtes mais tout aussi redneck. Avec de tels personnages, pas étonnant que l'émission soit si populaire!
Une fois que le jeu commence, on change de rythme. Bizarrement, le film n'est pas aussi frénétique que le laissait présager le générique. Les candidats paniquent très vite. On hésite à se séparer, à se faire confiance, etc.. On apprend que les candidats ont un collier autour du cou, un peu comme dans BATTLE ROYALE, qui envoie des décharges électriques si on essaie de toucher le caméraman ou si on gêne la captation du massacre! Idée rigolote. De la même manière, et là aussi le dispositif se révèle assez riche en révélations, l'émission est interrompue par des pauses publicitaires. Ces moments sont l'exception qui confirme la règle. Car pendant la pub, on reste, nous spectateur de SLASHERS le film, sur le plateau de SLASHERS l'émission. Comme les combats sont interdits pendant la pub, celle-ci débarque souvent quand un de nos psychopathes allait enfin poser la lame de sa machette sur le cou d'un candidat, au moment le plus paroxystique. On découvre alors, avec stupeur, que le collier des candidats envoie des décharges s’ils bougent. Quand elle est finie, l'action reprend comme dans un feuilleton. Idée malicieuse qui donne l'occasion de voir des scènes assez troublantes entre le psychopathe et sa victime qui sait qu'elle va mourir dans une minute en direct et qui essaie de négocier. Le tout corps contre corps, les yeux dans les yeux. Brrrrrrrr... Ça fait peur.
Même si le rythme est relativement posé, on est agréablement surpris par le soin que Maurice Devereaux a porté à son film. Belle lumière, avec peu de moyens, mais qui reste cependant fidèle aux ambiances d'une émission comme Fear Factor par exemple. Le décor est assez étonnant. C’est un mélange de sophistication à deux balles et de simplicité rustre. C'est très bien vu là aussi, et ceux qui en doutent peuvent regarder la 1ère Compagnie sur TF1, ce soir. Outre le bonheur absolu de revoir Jean Roucas, et Helène Rolles (qui est bien devenue une filleuh commeuh les autreuh), vous pourrez constater l'extrême indigence des décors. Devereaux, bon observateur, applique ce principe de direction artistique dans le film, et ça fonctionne de manière d'autant plus réaliste. Il y plein de belles idées dans ce genre. Le fait, par exemple que les tueurs ne sont pas toujours présents à l'image. Les personnages peuvent ainsi discuter entre eux devant la caméra et se livrer un peu. La production sait très bien que si on peut s'attacher aux candidats, c'est bon pour l'audience. L'intérêt qu'on aura à les voir se faire massacrer n'en sera que plus grand. Les personnages des candidats sont d'ailleurs bien développés, notamment à travers de cette toute frêle jeune fille qui, dès le début du jeu, refuse de se battre et explique que si elle est venue dans l'émission, c'est pour la dénoncer, que bientôt les spectateurs, en encourageant la barbarie du show et en le regardant, auront son sang sur les mains! Une activiste, en quelque sorte, qui fera bien rire nos tueurs!
Le montage est sympathique, plutôt malin, qui tend à reproduire au prix de sacrées pirouettes (de cadrage notamment) la sensation d'un long plan séquence à la steadycam. Ce parti pris très immergeant est couplé à un faux-rythme assez posé. Ce petit paradoxe de mise en scène fonctionne bien. Pour tout ce qui est décors et éclairage, c'est le système D mais ça marche très bien, avec une mention pour les scènes de plateau en début d'émission, qui sont excessivement soignées. Les acteurs sont plutôt bons et développent des personnages qui oscillent entre la caricature et le sérieux. Bref, c'est sympathique, effrayant, plein d'humour noir, et surtout plein de modestie et d'humilité, comme on pourra le découvrir en écoutant le commentaire du DVD, pour une fois très intéressant.  On sort de ce film avec l'idée qu'on s'est bien fait promener, et on garde un goût de peur dans la bouche, face à ce spectacle grand-guignolesque que Maurice Devereaux a su pousser jusqu'à la limite de sa logique simple et banale. Le contexte de l'émission est si crédible, et le fonctionnement du show si bien étudié, qu'on ne voit pas pourquoi, un jour, ce jeu ne débarquerait pas sur nos écrans. SLASHERS nous fait croire que c'est bien possible, et que personne n'y trouvera rien à redire. C'est un grand malin, ce Guignol!
 
Frissonnement Vôtre,
 
 
Dr Devo.
 
Retrouvez d'autres articles sur d'autres films, en accédant à l'Index des Films Abordés: cliquez ici!

ajouter un commentaire commentaires (2)    créer un trackback
Lundi 28 février 2005

recommander publié dans : Corpus Analogia

 

Chers Amis,
Ce n'est pas parce que c'est dimanche qu'on va se laisser aller. Deuxième épisode des aventures filmiques en présence du Marquis. Toujours à l'affût, et toujours prêt à investir dans des DVD que personne ne connaît, le Marquis débarqua hier avec une nouvelle double galette de la collection asiatique de Studio Canal. Le choix se porte sur UZUMAKI. Vous ne connaissez pas, et c'est bien normal. Et en même temps non. Je vais m'expliquer. Le bon Docteur va s'occuper de vous. Vous aller être bichonnés.
On retourne donc au Japon, pour la deuxième fois de la semaine, après le très recommandable ELEGIE DE LA BAGARRE dont je vous vantais les mérites. Les Japonais sont des gens étranges, et bien souvent ils font des films étranges. Voilà qui amène un peu d'air frais sur les terres un peu scandaleuses de France et même d'Europe. Et ça va décoiffer. Comme Jacques Fabre débarquant dans le hangar où le gringo indigène stocke ses sacs de café, le Marquis et moi-même ne nous contentons pas des sacs en vitrine. On n'en veut pas de ton RING 12 ou de ton remake semi-américain de THE GRUDGE 8. Montre-nous plutôt ce que tu caches au fond du magasin. On n'exige que le meilleur, et on vous choisit des films aux 1000 saveurs. Si tu veux goûter un film au vrai goût de cinéma, approche-toi.
Higuchinski. Quel drôle de nom ! C'est un pseudo, bien sûr, qui révèle la double origine de ce réalisateur que personne ne connaît : japonaise et ukrainienne ! Ben ouais, il est comme ça l'animal. Et attendez d'avoir vu son film! UZUMAKI se passe de nos jours dans une petite ville japonaise, un peu perdue dans la campagne. Kirie est une lycéenne, comme d'habitude, qui passe son temps entre son père céramiste (et de talent, car il vient de gagner un prix national prestigieux), son lycée, sa meilleure copine, et enfin Shuichi, son ami d'enfance, lui-même lycéen. Kirie et Shuichi forment un drôle de couple (ils ne sortent pas ensemble, mais bon, ils pourraient très bien). Elle, dévouée, souriante et rigolote. Lui, droit comme un i, laconique, inquiet. La vie se déroule tranquillement semble-t-il. Le train-train déraille, si j'ose, le jour où nos deux amis, à la vie à la mort, se rendent comptent que le père de Shuichi développe une phénoménale et absurde passion pour tout ce qui concerne les spirales! Ben oui! Le père du héros, du jour au lendemain, commence à collectionner tout ce qui ressemble à une spirale: ballon, tableau, photo, panneau publicitaire, sushi en forme de spirale, etc... L'obsession le pousse même à abandonner son boulot pour passer des journées à se perdre dans leur contemplation. Par exemple, il passe des heures à traquer les escargots dans les champs, avec sa caméra vidéo, et à filmer sans relâche la forme en colimaçon de leur coquille. Son comportement est de plus en plus étrange. Il devient irritable, colérique et violent dès que sa passion est contrariée! Et il les regarde sans fin, ses spirales. Shuichi s'inquiète pour l'étrange fanatisme de son père. Et bientôt, c'est la petite ville entière qui est contaminée par la folie de la spirale.
UZUMAKI. L'art de la spirale, si on traduit. Joli titre. Et mazette, quel film! Le Marquis et moi-même n'en sommes pas revenus. Le premier quart d'heure est plutôt plaisant, et gentiment loufoque. La galerie de personnages est très bien troussée, notamment en ce qui concerne les seconds rôles, très réussis et interprétés avec punch. L'ambiance fantastique est annoncée dès les premiers plans ou Kirie va à l'école. Un petit vent arrive sur elle, et d'un coup, elle se trouve dans un état de grave réflexion et d'inquiétude, avant de reprendre son chemin comme s'il ne s'était rien passé, en toute insouciance. Un peu fantastique, un peu film de lycéens (pour ne pas dire college), un peu loufoque dans la comédie. La dominante est bien sûr celle de l'étrange, et on se laisse facilement aller dans ce film stylé, mais un peu cabot, qui semble ne pas manquer de charme. Une première chose frappe. Quand il s'agit de mise en scène, Higuchinsky n'y va pas de main morte. Fondu entre deux plans en forme de spirale, lumière ultra-composée et assez artificielle (avec une très belle idée : les séquences des deux premières parties du film (et il y en a 4) jouent sur un assombrissement progressif de la lumière), et des loufoqueries sympathiques et iconoclastes, tel ce même plan découpé en quatre plans différents. Il s'agit d'un plan sur un lycéen amoureux transi, mais déçu, de Kirie. On le voit en contrechamp normalement. Coupe brutale et nouveau plan qui est exactement le même mais l'image a pivoté de 45 degrés. On doit donc pencher la tête pour voir l'image dans le bon sens! Coupe brutale, et l'image a encore pivoté de 45 degrés, et on est maintenant la tête en bas. Re-coupe brutale et encore 45 degrés de pivotement. Et enfin dernière coupe et l'image est de nouveau dans le bon sens. Le tout en trois secondes, rappelant le motif, incessant dans le film, de la spirale! Le Marquis et moi-même jubilions de tous ces petits procédés loufoques, par ailleurs parfaitement intégrés dans le reste de la mise en scène, toujours très soignée. Nous sommes donc en territoire iconoclaste, et nous nous attendons à des surprises permanentes, un peu comme la gourmandise que l'on retrouve dans le ton et la réalisation de la série "Chapeau Melon et Bottes de Cuir" (LA série insurpassable, et de très loin ; un des rares exemples prouvant qu'on peut faire du vrai cinéma partout, même à la télé).   
Malgré tout, la vitesse de croisière n'est pas atteinte, et Higuchinski semble avoir bien miné le terrain. Cette première bobine passée, sur un ton alerte et fripon, n'est qu'une chausse-trappe, et petit à petit le rythme devient plus lent et s'alourdit, pour devenir presque pesant. Non pas qu'il y ait de longs plans séquences mizoguchiens! Pas du tout. Mais, Higuchinski prouve qu'il sait faire durer une image ou un sentiment d'angoisse. On a alors l'impression que le film patine et s'enfonce dans une espèce de sables mouvants. L’ambiance devient lourde et menaçante. Mais n'allez pas croire que le film vire sous prozac. Si le rythme est plus tendu, la mise en scène, subtilement paradoxale, ne fait aucune concession, et continue de tout détruire sur son passage. Les folies les plus extrêmes arrivent à l'écran. Aucun choc graphique ne nous sera épargné. Pour chaque plan, au moins une idée, et des plus sublimes en général. Le film garde sa folie originelle. Plus que le rythme, c'est le ton qui a changé. Nous nageons toujours en pleine folie, mais avec un goût bizarre dans la bouche. Les spirales envahissent le film, sans justification autre qu'elles-mêmes (comme l'explique joliment un des personnages du film). La folie gagne. On rit beaucoup, mais d'un rire angoissé, et surtout on a le vertige, de plus en plus pressant, face à ce film à la fois  baroque et planifié, dont on ne peut-être sûr que d'une chose : on n'est incapable de dire ce qui peut arriver ou à quelle sauce nous allons être mangés.
Le film regorge de centaines de plans absolument étonnants et ludiques. On pourrait multiplier ad vitam et en 50 pages les exemples de choses esthétiquement renversantes. Higuchinski ne se refuse rien, ne recule devant aucune audace et surtout ne se pose jamais la question du ridicule. Et là, on reconnaît ce qui est à mon sens la qualité suprême des plus grands artistes. Le film avance, le rythme s'alourdit, les événements deviennent de plus en plus énormes jusqu'à la folie la plus pure (et la plus drôle ; ceux parmi vous qui verront le film me remercierons à genoux et en pleurs de ne pas avoir gâché certaines des plus « hénaurmes » surprises) . Les séquences splendides s'enchaînent : l'arrivée de Kirie chez le père de Shuichi, dans la nuit avec un travelling phénoménal sur lequel vient se superposer une image étrange (et plus tard expliquée, la classe !), le suicide le plus fou de l'histoire du cinéma (je brûle d'envie de vous le dire mais je me retiens pour vous laisser l'incroyable bonheur de découvrir cette trouvaille. En plus le suicide est hors-champ ce qui lui donne 10 fois plus de force), cet interminable et sublimissime champ/contrechamp dans la voiture du journaliste. La caméra montre la route qui défile devant le pare-brise; on roule de nuit dans la ville endormie; le journaliste cause à Kirie. On sent très bien que quelque chose ne va pas. En fait, il manque le bruit du moteur, ce qui fait que le dialogue est très calme mais très angoissant. Le plan dure deux minutes (et donc c'est très long et très beau), puis fondu hyper lent avec le contrechamp où on voit le journaliste au volant avec Kirie à ses côtés (logique c'est le contrechamp) mais reconstitué en studio! La transition en fondu entre les deux images semble durer très longtemps. Et voir une conversation en voiture avec le champ en décor réel, le contrechamp en studio, et sans bruit de moteur (par contre les  bruits des sièges qui crissent à peine quand on passe sur une bosse de la route, eux, sont sonorisés!!! Tu la sens la précision maniaque dans le délire?), C’est d'une beauté à couper le souffle et ça provoque une angoisse terrible.
C'est dans ce mélange de "réalité" la plus simple et de reconstitutions artificielles ayant recours aux effets les plus gros que le film trouve sa singularité. C’est bien simple. Le film fait tout, et parfois son contraire, et c'est dans ce cheminement absurde qu'il trouve la force de sa logique. Ainsi, Higuchinski utilise aussi les images de synthèse et toute la palette des effets numériques (de manière normale ou extrêmement outrée dans ce que ces images peuvent avoir de plus laid ou de plus artificiel – cf. le plan de la cigarette qui s'écrase contre le mur,  en très gros plan et en image de synthèse : image qui a dû coûter la peau des fesses, mais qui est complètement gratuite dans la mise en scène, et complètement inutile dans le récit, comme si le réalisateur gaspillait aristocratiquement son argent et son luxe (modestes) dans le geste le plus laid et le moins utile! Acte Dalinien par excellence!). En même temps, Higuchinski a recours aux trucages les plus ancestraux et simples du cinéma, comme par exemple les yeux en carton que portent les personnages hypnotisés (là où, cinq minutes auparavant, on a vu d'autres de ces personnages avoir des yeux exorbités en synthèse à 2000 dollars la seconde!) Tout et son contraire, le baroque à l'extrême, l'invention comme moteur (superbe séquences des photos finales qui, elles, enfin, sont de superbes effets réussis et vivants. Paradoxe...) Dans le même mouvement, UZUMAKI est un film calculé réfléchi, issu sans doute d'une réflexion profonde sur la mise en scène et l'artificialité des images. Le metteur n'a qu'un but : faire un film où l'esthétique mène la danse, où chaque plan compte et où les idées doivent être incessantes pour arriver à un climat parfois absurde, mais surtout beau et abstrait jusqu'au dernier atome. Même si le film semble emprunter une narration classique, il n'en est rien. Les ellipses abondent,  et le récit avance à la manière des livres de Abe Kobo, le plus subjectivement possible, contredisant sans cesse les principes précédemment posés, mais entérinant les événements dans une logique implacable. On est dans un fantastique construit et  poétique où l'abstraction, presque cartésienne, et le lyrisme soufflant (...mais à la Tex Avery !), forment une course folle vers un nulle part des plus personnel et des plus anxiogènes. Une sorte de cousin éloigné du KAIRO de Kiyoshi Kurosawa ou de Tsukamoto (TESTUO). Chapeau bas, l'artiste!
Sans avoir l'air d'y toucher, UZUMAKI est sans doute une œuvre de la plus haute importance, à la fois populaire et abstraite, cachant dans son modus operandi Drahomirien, un choc visuel nourri des réflexions les plus belles et les plus profondes sur la grammaire cinématographique.
On finira par une note triste concernant la bêtise crasse des professionnels français. En moins d'un an, UZUMAKI est le deuxième film japonais (après le très impressionnant SUICIDE CLUB de Shion Sono, film nettement en dessous de celui que je vous présente aujourd'hui, mais très réussi) qui passe à la trappe. Aucun distributeur n'a jugé bon de le montrer en France. C’est un scandale absolu, à l'heure où, en plus, le cinéma japonais fantastique a largement le vent en poupe. La période est propice à sortir le film, et personne ne le fait. Nos professionnels n'ont donc aucune excuse. En plus de produire des films calibrés, qu'ils soient grand public ou art et essai, la France est donc incapable de voir le talent indiscutable de cette oeuvre qui serait rapidement, en cas de sortie, devenue culte sur nos terres. Combien de films novateurs restent ainsi dans les limbes ? Combien de grands réalisateurs ignorés que l'imbécillité de quelques-uns nous empêche de découvrir ? [D'ailleurs, à ce propos, où est passé THE CARD PLAYER de l'immense Dario Argento ? On ne le verra jamais au cinéma, c'est maintenant quasi-certain, et si on a de la chance il nous reste peut-être une chance que quelqu'un le sorte en DVD... Et encore, ça devrait déjà être fait, ce qui n'est pas bon signe.] Voir UZUMAKI sortir à la sauvette en DVD, en double programme avec un St.JOHN’S WORT bien médiocre, et non pas en salles avec les honneurs qui lui sont dus, montre à quel point le système est sclérosé. Et cela rend triste votre serviteur qui, en voyant un chef-d’œuvre comme celui-là, n'a qu'une envie : le faire partager avec passion et jubilation avec d'autres.
Rageusement Vôtre,
 
Dr Devo    
 
Retrouvez d'autres articles sur d'autres films, en accédant à l'Indes des Films Abordés: cliquez ici!
ajouter un commentaire commentaires (7)    créer un trackback
Dimanche 27 février 2005

recommander publié dans : Corpus Analogia

(photo: Simone Simon)

 

 

Chères Sœurs, Chers Frères,
Recueillons-nous un instant sur le très touchant DA HIP HOP WITCH, film ô combien savoureux qui marque une escapade de quelques jours sur les terres natales des Territoires de l'Ouest. Escapade toujours synonyme de découvertes vidéo-assistées les plus surprenantes, et en compagnie du Marquis en personne, excusez du peu. Et donc, figurez-vous que Le Marquis a acquis, il y a peu, le DVD de DA HIP HOP WITCH! Il a beau être le Pape de Toutes les Cinéphilies, c'est surprenant. Ses goûts musicaux sont, il est vrai, très éclectiques, à l'image de sa cinéphilie. Ça va allègrement de Corinne Charby ou Demis Roussos, à Skinny Puppy ou Lydia Lunch. Pour le meilleur et pour le rire en quelque sorte. [Hahaha, vous êtes si impertinent, Oscar! Je m'étais juré, en commençant ce site, à placer deux ou trois expressions qui me tiennent à cœur, et celle-ci en fait partie. Je crois que c'est l'expression la plus sinistre et la moins drôle de la langue française. En tout cas, c'est fait!] Par contre, s'il y a bien un truc que le Marquis exècre, au premier ou au second degré, c'est bien le rap (en plus du reggae, bien sûr, comme tout homme de bon goût qui se respecte). Alors, voir le DVD de DA HIP HOP WITCH chez Le Marquis, c'est un peu comme voir la femme de ménage des toilettes de Auchan épouser un noble. Ça n'existe pas, ça n'existe pas. Et pourquoi pas, après tout ? Il y a deux choses, je crois, qui ont persuadé le Marquis. D'abord, le titre qui vaut quand même son pesant de cigarillos cubains. Ensuite, la volonté du projet qui se veut un PROJET BLAIR WITCH dans les milieux du rap côte est. Trop absurde pour être malhonnête! Troisième argument : le prix du DVD. Moins de 2€. Et enfin, la provocation, qui est souvent de mise dans les salons du Marquis. Ha bah, si j'ose dire, on n'a pas été déçus!
C'est toujours une bonne expérience pour le cinéphile de voir un film qui parle de choses qui nous sont inconnues, réalisé et joué par des gens invisibles. Nus devant le film, l'expérience est souvent enrichissante. On confronte nos codes à un système complètement différent. C'est enrichissant, comme dirait Jack Lang. Donc, ce film est le PROJET BLAIR WITCH du rap! Ben ouais, c'est comme ça! Réalisateur inconnu de nos services. Il a quand même réalisé 4 ou 5 trucs dont la cassette vidéo de la captation de la tournée de l'émission Fear Factor en Australie (en public). Ça ne s'invente pas. Je ne connaissais personne, à part Eminem. Bon, moi et le rap ça fait deux. J'ai horreur du rap. J'adoooore les Beastie Boys, mais, à chaque fois que j'en parle à un amateur de hip hop, il me dit que ce n'est pas du rap. J'aime assez également RZA, le célèbre membre du Wu Tan Clan, qui avait signé une fort jolie B.O pour le GHOST DOG de Jim Jarmush. Là d'accord, j’aime bien. [Je remarque que jamais personne ne m'avait fait remarquer que RZA ne faisait pas du rap, ce qui me rassure.] Sinon, moi et le rap, ça fait deux. Ha si, j'ai vu 8 MILES avec Eminem et Kim Basinger (le cinéma est plein de surprises). Un mélo mais plutôt sympathique, même si c'est assez mal mis en scène. Et j'avais un disque du Wu Tan Clan, mais je crois que je l'ai vendu. Je regrette bien d'ailleurs car il y avait une chanson qui me plaisait à peu près. Sinon je n'aime pas trop ça, le rap, et bien sûr je n'y connais rien, exceptés les Beastie Boys. Toi, lecteur occasionnel qui s'est perdu sur ce site en faisant une recherche sur Eminem sur Google, sois le bienvenu tout d'abord, et pardonne-moi d'avance les erreurs ou les horreurs que je vais dire plus bas. Mets ça sur le fait que je suis néophyte. Allez, on attaque.
Bon, je me plains souvent ici qu'il est difficile de parler précisément des films sans trop les dévoiler, et que, quelquefois, il est difficile de rendre compte de l'ambiance d'un film sur le papier. Et bien ici, c'est le pompon. Je vais faire de mon mieux.
Depuis quelques années, les artistes de rap de la côte est des USA (New York donc, mais sans Liza Minelli!) sont "décimés" par un étrange personnage qu'on appelle la HIP HOP WITCH. Voilà. [Je m'aperçois que même quelques heures après la vision du film, il est très dur de s'en souvenir avec précision! C'est possible mais ça demande des efforts.] Une jeune femme noire, Dee Dee, se rend à un entretien d'embauche pour travailler pour la firme ultra-célèbre Krump (en fait quelques malheureux bureaux). Une sister lui fait passer l'entretien et la met au parfum : elle fera du café et des photocopies. Bon. Une équipe de, et je cite, "jeunes rappeurs blancs" décident de partir de leur Baltimore natal pour aller de l'autre côté de l'Hudson pour enquêter sur la HIP HOP WITCH, avec pour seule arme une caméra vidéo. On s'aperçoit, plus loin, que ces cinq blancs-becs (2 filles, 3 mecs et je ne compte pas le chien) ne sont pas du tout rappeurs. Mais par contre, ils vont enquêter, et trouveront leur chemin dans la jungle new-yorkaise grâce aux cheveux rasta (beurk) de l'un d’eux. [Comment vous expliquer ça ? Il les a magnétisés, car le garçon est une sorte de rasta-man new-age, puis les cheveux lui ont montré la direction. Je ne peux pas en dire plus!] Bon. Une micro-télé new-yorkaise, qui travaille sans doute pour le câble, enquête aussi sur la HIP HOP WITCH. On comprend assez vite (20-25 minutes) que c'est une chaîne spécialisée. Elle s'appelle HIP HOP WITCH CHANNEL. Il fallait y penser. Bon. Un jeune producteur de rap indépendant (je me rappelle plus sans nom... Mister Z peut-être...), cherche une façon de faire un disque de rap qui se vende bien. On comprend rapidement (30-35 minutes plus loin) qu'il est très embêté car tous les artistes de son label ont été "décimés" par la HIP HOP WITCH. Il décide de s'allier avec un très célèbre et très riche producteur de rap pour arriver à ses fins. Ce dernier accepte de produire le disque si Mr Z lui cède 50% des droits et du label. [Ce genre de détail doit avoir de l'importance, je suppose, quand on connaît le milieu.] Bon. Dee Dee s'aperçoit que tous les médias (HIP HOP WITCH CHANNEL, en fait) ne font que de parler de  cette fameuse HIP HOP WITCH. Elle réfléchit et décide d'enquêter. Son patron, le fameux Krump (super acteur mais pas crédité! Tout en finesse...), lui met la main aux fesses et lui fait des avances, et sa sister de directrice refuse de lui donner des responsabilités et de lui confier une quelconque enquête sur... Sur qui? Sur la HIP HOP WITCH. Tiens, puisqu'on en parle, HIP HOP WITCH CHANNEL diffuse en boucle des images de tous les rappeurs victimes de la HIP HOP WITCH. On les voit chez eux, dans la rue, sur un parking... Un peu partout. Tous racontent comment ils ont croisé la HIP HOP WITCH, et comment ils ont fui. [Ah bon, moi je croyais qu'ils avaient été tués par la HIP HOP WITCH? Ben oui, je sais. C'est un film quantique, mon petit gars. Les faits changent selon le temps et l'endroit. Ils sont morts et puis, en même temps, ils sont vivants. Parce qu'ils existent sur la bande vidéo, ou parce qu'ils ont survécu ? Les deux, mon pote. Parce que c'est du cinéma aussi. Au moins, trois niveaux... Tu le sens le para-texte? Tu le sens l'extra-texte? Tu le sens le cinéma?] Toutes les victimes de la HIP HO WITCH vous disent la même chose (regards caméra): "Don't fuck with da HIP HOP WITCH" et "Thee mess shall no more with DA HIP HOP WITCH".
Voilà. Donc, c'est plein de rappeurs dans leur propre rôle. Il y a, de mémoire (en plus je n'y connais rien... Que ne ferais-je pour vous?): Razzah Blade... Non... Hell Razzah, peut-être. Da Outsidas. Enfin, je crois. Il parait qu'il y avait Redman, mais je l'ai pas repéré. Il y a Deniro (ohnon!) qui décidément est partout cette semaine (voir articles sur TROUBLE JEU et MON BEAU-PERE MES PARENTS ET MOI). Pras. Eminem, bien sûr, en running gag, très drôle, et un peu dur à expliquer... Il parle de beurre chaud (il est comme ça Eminem! Il boit du beurre chaud!), du pelotage un peu trop indiscret que lui a fait subir la HIP HOP WITCH, et l'ecstasy qu'elle a mis dans son beurre chaud qui lui donnait l'impression d'être allongé par terre et de tomber en même temps. [Eminem cite ici Laurie Anderson et son célèbre WALKING AND FALLING. Le sacripant!]Très drôle. Et puis, au beau milieu de tout ça, on voit aussi Vanilla Ice! Ben ouais! Même que c'est lui qui produit le film! Un peu comme si Douchka produisait un album de DAS ICH.
Vidéo. Film dans le film dans le film. Un chien splendouillet. Des 4x4 rutilants. Montage entre Jean-Marie Poiré et les compétitions de skate-board sur le câble histoire dans l'histoire dans l'histoire. Résolument et définitivement Dogme. Film quasiment danois.
Et, au fait, c'est bien? T'as qu'à demander à la HIP HOP WITCH.
Extatiquement Vôtre,
Dr Devo.
 
Retrouvez d'autres articles sur d'autres films, en accédant à l'Indes des Films Abordés: cliquez ici!

ajouter un commentaire commentaires (4)    créer un trackback
Samedi 26 février 2005

recommander publié dans : Corpus Analogia

Poncif : il est difficile de porter un roman au grand écran, particulièrement lorsqu'on s'attaque à un classique. Personnellement, je ne suis pas contre des trahisons, petites ou grandes, l'adaptation littérale ne débouchant que très rarement sur un résultat convaincant - et dans ce registre, je recommande vivement le superbe LES INNOCENTS de Jack Clayton, d'après "Le tour d'écrou" de Henry James. L'objectif idéal n'est pas, à mon sens, de raconter la même histoire de la même façon, mais plus d'en restituer l'esprit. Le film de Boris Sagal me paraît être un bon exemple des travers de la relecture. Le sujet : un homme seul au milieu d'une ville fantôme, dévastée par un conflit nucléaire, tente de survivre en luttant contre la folie, mais surtout contre les mutants issus des radiations, acharnés à sa perte. Cette adaptation du très beau roman de Richard Matheson (« Je suis une légende ») a acquis au fil des années une aura de film culte, mais elle était invisible en France depuis des années. C’est dire à quel point j’étais curieux de découvrir le film, à quel point aussi la parution de ce genre de DVD, expédiés de façon anonyme dans des collections économiques, est toujours la bienvenue. Premier constat : le film a esthétiquement pris un certain coup de vieux (musique 70’s, utilisation intempestive du zoom, influence hors sujet de la Blacksploitation…), ce qui ne l’empêche pas de faire preuve d’une certaine maîtrise, et de proposer quelques séquences mémorables. Le travail d’adaptation est par contre discutable sur deux points majeurs.

Premièrement, le choix de remplacer l’épidémie de vampirisme du roman par une simple mutation post-atomique fait perdre au récit son thème central (le mythe et son renversement) – et incidemment son titre, Charlton Heston n’incarnant plus dans le récit une « légende » mais simplement un élément subversif et presque politique. C’est d’autant plus dommage que le cinéaste Boris Sagal ne ménage que peu de surprises quant au look des mutants, dévoilé trop rapidement dans le récit ; un look au passage un peu surprenant. Les mutants ressemblent à une confrérie d’albinos hippies en toges (certaines toges sont même noires à paillettes !). Pas très impressionnant, très largement parodié depuis. L’assimilation du groupe des mutants à une secte (avec leader charismatique) tend également à affadir le propos en l’éloignant de ses intentions originelles. Deuxième soucis avec cette adaptation, Charlton Heston, le « survivant », n’est pas le seul survivant, puisqu’il rencontre deux « activistes » noirs (dont l’excellente Rosalind Cash et sa coupe afro), ainsi qu’un adulte prenant soin d’une troupe d’enfants survivants. Dès lors, on se dit qu’il existe probablement d’autres survivants ailleurs, et par centaines : exit le sentiment de fin du monde éprouvé à la lecture du roman, on se retrouve face à un univers proche de celui des futurs Mad Max. Et on perd au passage l’extrême noirceur du récit puisque le scénario laisse la porte ouverte à un espoir totalement absent du roman, et qui s’apparente ici à une pièce rapportée. Comme si LE SURVIVANT était adapté du roman « Nous sommes des résistants », et non pas de « Je suis une légende ».

Le tout s’approche au fond de l’esprit de LA PLANETE DES SINGES (l'original), autre film interprété par l’influent Charlton Heston -capable de défendre becs et ongles Orson Welles sur le tournage de LA SOIF DU MAL, et dans la foulée de défendre avec la même virulence le lobby des armes à feu. Le scénario s’inscrit ainsi dans des thèmes ancrés dans l’esprit des années 70, des thèmes à la mode qui ont également contribué à vieillir le métrage. Un film un rien désuet donc (ce qui est assez contrariant pour qui a lu Matheson), mais qui n’en demeure pas moins relativement engagé (à défaut d'être cohérent) dans le contexte du système hollywoodien, assez intelligent dans sa mise en scène comme dans son écriture, et parfois assez impressionnant dans sa dernière partie. Les séquences les plus troublantes n’étant d’ailleurs pas les plus cohérentes (voir la mutation abrupte et illogique de Rosalind Cash), ce qui renvoie au principal défaut du film, à savoir son manque de fantastique pur, son manque de poésie. Un remake est envisagé, espérons qu’il rendra honneur au formidable récit de Richard Matheson (et maintenant que Schwarzenegger est occupé à jouer au politicien, on peut espérer un film un peu plus audacieux).
Bref, il faut souffler sur la poussière et faire le deuil de l'adaptation réussie pour apprécier ce très modeste classique de la SF politisée des années 70.

 

Le Marquis.

ajouter un commentaire commentaires (1)    créer un trackback
Vendredi 25 février 2005

recommander publié dans : Corpus Analogia

 

Chers Spectatrices, Chers Spectateurs,
Le docteur Devo (oh non!) retourne au bloc, après presque une semaine sans intervention. Qui opérer ? FINAL CUT... Je ne sais pas trop, j'hésite. [Si certains d'entre vous l'ont vu, laissez moi un petit commentaire pour me dire ce que vous en pensez...] Allez hop, on va attaquer par un des films les moins sexy de la semaine, à savoir TROUBLE JEU. Je sais, le film le moins sexy de la semaine c'est le nouveau Gérard Depardieu, mais vraiment, pour plein de raisons, je n'en avais pas le courage.
C’est vrai que, ces derniers temps, programmation moyenne oblige, la proportion des films fantastiques est assez importante dans les salles de cinéma populaire. [Tiens, pendant que j'y suis... Il y a quelques jours, j'ai fait un article sur la notion de cinéma populaire. C’est le sujet de la couverture de Télérama, par le biais de Gérard Jugnot, l'homme de cinéma qui a gagné le plus d'argent en 2004. Comparez les deux articles, c'est marrant.] D'habitude, autant de films fantastiques m'auraient plutôt réjoui, mais là, je commence à fatiguer.
La séance commence bien. Tant qu'un élément fantastique n'est pas apparu, le spectateur à carte illimitée discute avec ses potes. Et là, le problème, c'est qu'on est jamais sûr d'être dans le fantastique. Donc, ça discute pendant quasiment tout le film. Enfin, ça chuchote. Le projectionniste n'étant pas descendu en salle, le son était un peu faiblard, et le chuchoteur respectueux se décida donc à chuchoter pas trop fort! Merci de l'attention. S'en est suivi, en milieu de film, l'ouverture de bonbon cellophané la plus longue du monde : environ quatre minutes pour un seul bonbon. Dieu merci, il ou elle n'en avait acheté qu'un! Là aussi, on a fait crisser la sucrerie mais en sourdine, respect oblige sans doute. Peu après, mon voisin de gauche, séparé de moi-même par un siège, s'est endormi, et à ronfloter gentiment par intermittence. Ce que j'ai trouvé assez drôle. Le type avait un bonne bouille, plus âgé que la moyenne (la quarantaine), et il m'a très poliment, et c'est rare, dégagé le passage quand j'ai voulu partir. Sympa. Dormir fait partie des risques du boulot. Raul Ruiz affirme avec intelligence et espièglerie que le spectateur refait forcément le montage du film, puisque, en clignant des yeux, il fait sauter des images du métrage! Il enfonce le cou en ajoutant que s'endormir ou fermer les yeux pendant un film n'est pas forcément une mauvaise chose. Ça permet de déstructurer le film, surtout en ces temps de narration si naïve, d'enlever du signifiant, et donc de rajouter du mystère. Certains éléments étant manquants, le spectateur est obligé de relier lui-même les indices devenus incohérents. Tout cela, bien sûr, est très juste. Bonne réponse de l'amiral Ruiz. J'adhère, bien sûr.
John Polson, je ne le connais pas. Il y a quand même deux atouts, a priori, dans le film. C’est-à-dire deux raisons d'aller le voir malgré la présence de De Niro (voir mon article sur MON BEAU-PERE, MES PARENTS ET MOI). Deux femmes. D'abord Famke Janssen. C’est cool, elle commence à vieillir et ça lui va bien. Voilà quelqu'un qui me parait sympathique, malgré une filmographie un peu faible par endroits, et malgré, peut-être, l'absence d'un vrai grand rôle. Elle, je lui confierai la garde de mes enfants en toute confiance. Et puis, il y a Elizabeth Shue, très chouette actrice, qu'on voit si peu. Elle aussi vieillit et rayonne de plus en plus. Pour vous convaincre de son talent il faut absolument voir l'excellent LINK de Richard Franklin (avec Terence Stamp, en plus, ce qui ne gâche rien). Malheureusement, ses films les plus populaires, ce sont des trucs genre LEAVING LAS VEGAS... Notre ami Le Marquis, qui sait que je déteste les films de maladie (pour la simple raison que ce sont des bouses 99% du temps), et qui est un grand admirateur de Shue, confesse, par provocation ou par perversion ou les deux, un penchant certain pour son film MOLLY dont, pour ma part, la simple vue du film-annonce me plonge dans des transes de démence incontrôlable et violente. Mais le Marquis, lui, ça le fait rayonner de mettre le DVD du film dans le lecteur. Une flamme diabolique s'empare de son regard, et s'il n'était pas aristocrate et Pape de Toutes les Cinéphilies, il baverait... Bref. Shue n'a pas la filmographie qu'elle mérite, mais on attend avec espoir le prochain Gregg Arraki (enfin tu reviens toi!!!!) MYSTERIOUS SKIN qui devrait sortir sous peu, et où elle tient un des rôles principaux. Imitons le Marquis et à notre tour, salivons!
Voir un film avec De Niro (Oh Non!), ça use, et donc en voir deux en une semaine c'est pousser loin le sens du devoir. Mais le pire, je crois, ce sont les films avec des enfants dans les rôles principaux. Mon dieu... Ça devrait être interdit, bien sûr. Ces petits chiens surdoués sont pénibles. Combien de petites têtes à claquer avant de tomber sur un Kieran Culkin ? Trop, sans aucun doute. Je découvre donc Dakota Fanning, et cerne (c'est rien de le dire) très vite le petit chiot (tiens, j'aurais dû mettre ça au féminin... Je n’ai pas osé!) Ça joue à la tronçonneuse, avec des nuances pachydermiques, et avec un évident manque de modestie. Beurk. Bien sûr, on l’a choisie pour ses yeux en amandes asiatiques, ce qui tombe bien, le film surfant sur tous les RING, et les GRUDGE et les SIXIEME SENS du monde, films pourtant déjà largement pompés. Un petit tour sur imdb.com confirme mon soupçon. Dakota Fanning, en vrai, c'est une petite blonde aux yeux bleus! Les pires, les petits blonds! Interdisons une bonne fois pour toute les enfants au cinéma, et faisons jouer les rôles de bambins par des adultes, ce qui sera beaucoup plus marrant et buňuelien!
TROUBLE JEU, qu'il aurait fallu traduire par le CACHE CACHE original, raconte l'histoire de De Niro (Oh Non!), qui vient de perdre sa femme (Amy Irving tiens, qui jouait dans CARRIE pour ceux qui n'ont pas vu! Allez voir CARRIE d'ailleurs, c'est bien mieux...) qui s'est suicidée pour des raisons obscures. Papa Ours est trèèèèès triste, et Dakota (quel prénom horrible!!!!! Beurk! Pourquoi Missoury Byrnes pendant qu'on y est... Ou Ohio Jones, ou Nevada Anderson ou New-Mexico Brosnan), et Dakota, dis-je, s'enferme dans un silence mutique (chouette!). De Niro (Oh Non!) est psychanalyste, ça tombe bien!  Et Famke Janssen est aussi psychanalyste, ça tombe bien, et spécialisée dans les enfants en plus, ça tombe très bien, et en plus, c'est De Niro (Oh Non!) qui l'a formée, ça tombe mieux. Que fait la Police des Scénarios ? Bon. Contre l'avis de Famke Janssen, De Niro (Oh Non!) emmène Wyoming Lunch s'installer dans un bled paumé dans la campagne, bien loin de New York. Malheureusement, la crise mutique de Wyoming ne dure pas longtemps. Bah... En même temps, ça créé un emploi de doublage en France. C'est déjà ça. Tout se passe pour le mieux, enfin pour les personnages du moins, jusqu'à ce que Utah Cox abandonne ses poupées pour aller jouer avec Charlie son nouvel ami imaginaire et hors-champ. Et Charlie, ben il aime pas De Niro (Oh Non!), et tout ça va virer au cauchemar. Et la psychanalyse n'y pourra rien!
Bon allez, assez joué. Mise en scène. C'est relativement propre, certes (encore que, beaucoup de plans rapprochés et de gros plans quand même!), mais surtout assez plat. Pas grand chose à se mettre sous la dent. On retiendra un joli plan, en caméra subjective, à travers une vitre, où se joue, à l'aide d'une balançoire (tiens, ça me rappelle Lucio Fulci ça, j'y reviens...) une partie de "un coup je te vois, un je ne te vois plus" plutôt élégante. A part ça presque rien, à l'exception de l'avant-dernière séquence. Plus qu'un film entre le fantastique et le thriller, et qui finalement finira, c'est très bête, par choisir son camp, TROUBLE JEU ressemble, en fait, à une assez fidèle adaptation de la célèbre chanson de Mort Shuman ALLO PAPA TANGO CHARLIE ! Même si tout cela me paraît moins antipathique, d'une certaine façon, que le remake semi-américain de THE GRUDGE (et encore, on peut mettre ça sur le fait que j'étais bien content de retourner en salle après une longue absence), on est assez déçu que tout cela ne mène à rien (car en fait on s'en fout complètement de savoir qui est Charlie) et surtout on est triste que tout cela se déroule de manière métronomique, sans aucun effort de rythme ou de personnalité. Famke Janssen et Elisabeth Shue font des efforts sans vraiment y croire. Les autres seconds rôles sont trop caricaturaux et pas assez banals pour qu'on leur porte crédit. Il y a quand même une scène désastreuse, en terme de scénario, lorsque De Niro (Oh Non!) rend visite à sa voisine. Cette scène pourtant m'a fait croire, dans un rêve un peu fou, qu'on allait replonger dans le Syndrome Jason (voir mes articles sur la série des Vendredi 13), et que tout cela allait se terminer comme une bonne vieille série B, avec une bonne vieille machette des familles. La scène suivante apporte un non définitif. Déception. Un étrange phénomène, aussi étrange que calamiteux, se produit dans la dernière bobine. En fait, on apprend qui est Charlie non pas à la fin du film, mais quinze minutes avant. Le trouble me saisit, et je me dis qu'on va pas quand même se taper une demi-heure en plus de ce film déjà banal à pleurer, alors que l'intrigue, bien maigre, est résolue!!!!!! Après tout, savoir qui est Charlie n'apporte rien au film, et plus encore, le rend ridicule. Pourquoi ne pas balancer le générique et basta ? Tout le monde rentre chez soi et on reste "bons amis". Ça serait mieux, non? John Polson et son scénariste Machin Chose en ont décidé autrement. Et on se tape 15 minutes horribles, mal ficelées et prévisibles comme une météo marine... Malédiction! Le film ne finira donc jamais. Ben... À vrai dire, à force de traîner, le film s'égare, et on revient dans la grotte, le lieu matriciel du film, et là, dites donc, une très chouette idée. Cette scène assez longue est presque noire éclairée par une mystérieuse lumière blanche hors-cadre. Du coup, le décor est invisible (sauf l'eau, car il y a de l'eau dans la grotte), et les personnages sont colorés d'une mystérieuse teinte grise-blanche d'un bel effet. Tiens, de la mise en scène (et pas laide en plus!). A l'extrême fin!!!  HEY, John Polson, tu te foutrais pas un peu de notre gueule ? Ben si... Tout le film est anonyme, et en plus, a la prétention d'être dans la lignée de SHINING. La voiture dans les montagnes au générique, les flash-back presque anachroniques, etc... C'est un très mauvais choix, en plus d'être d'une prétention abominable, sur le plan scénaristique. Pourquoi ne pas avoir désamorcé tout le suspense d'entrée de jeu dans ce cas ? Tant qu'à faire... Donc, le film est ennuyeux, anonyme au possible, avec des passages à la Kubrick (du pauvre). Le dossier est déjà bien lourd. Mais en plus, l'imbécile nous montre, in fine, qu'en fait, s'il voulait, il pourrait parfaitement bien mettre en scène. Et là, c'est carrément antipathique.
Deux remarques. La première est pour vous, chers lecteurs. Plutôt que d'aller donner de l'argent à ce film, allez plutôt revoir THE RELIC de Peter Hyams qui est un chouette film de série, et qui fonctionne sur un joli principe abstrait : la photographie, tout au long des 90 minutes du film devient de plus en plus sombre, et le film se termine quasiment dans le noir. Très belle idée.  Et vous, Monsieur Polson, voyez les films de Dario Argento, Lucio Fulci et Mario Bava. Vous verrez ce qu'est un giallo, ce genre italien fabuleux (voir l'article sur UNE HACHE POUR LA LUNE DE MIEL), qui, lui, mêle vraiment thriller et fantastique, et surtout fait quelque chose dont vous êtes, au moins pour l'instant, incapable : garder du mystère. Ça ne vous fera pas de mal.
 
Judicieusement Vôtre,
Dr Devo.
 
Retrouvez d'autres articles sur d'autres films, en accédant à l'Indes des Films Abordés: cliquez ici!
ajouter un commentaire commentaires (3)    créer un trackback
Jeudi 24 février 2005

recommander publié dans : Corpus Filmi

Chers Amis Petits et Grands,
 
Chic, c'est mercredi, le jour de la sortie des films, et c'est le jour des enfants. Plein de beaux films, ou supposés tels, sortent. Parce que je suis en train de bouder et que je ne suis pas allé au cinéma depuis 5 jours, le lecteur de DVD chauffe à blanc. C'est le jour parfait, en fait, pour vous parler depuis ma retraite à la maison, de LA MONTAGNE DU DIEU CANNIBALE de Sergio Martino.
C'est sûr, on voyage plus en DVD qu'en salle. USA, Japon et maintenant Italie, en trois jours. Spéciale dédicace à Jules en "emmuré-vivant" (puisqu'on parle d'Italie). Les films se suivent, les chiens aboient. C'est bien ainsi. Le Marquis et moi-même pensons que s'il y a bien un cinéma méconnu (et qu'on ne vienne pas me dire qu'il y a un cinéma au Kurdistan, comme dirait Mr Mort, spéciale dédicace encore), c'est bien le cinéma italien. [Tu la sens la construction typo-syntaxique qui dit deux choses à la fois? Non? Cherche mieux alors...] Une tonne de clichés circule sur l'Italie, et il faut bien mettre un peu d'ordre. Aux cinéastes adulés en -i, nous opposons, à une exception près (facile à trouver) les cinéastes en -a et en -o.
Entre ici, Sergio Martino... Avec ton cortège d'Ursula Andress... La route est préparée et pavée en or. Tu suis les traces de Mario Bava et Lucio Fulci. Ainsi sont fait les chemins de l'enfer, et nous entrons sur le versant obscur du cinéma de genre italien des années 70-80. On descend d'un étage forcément, mais pourquoi ne serait-ce pas intéressant non plus ? L'année, c'est 1978. Plus de vingt-cinq ans après, le Marquis et moi-même entamions une série de visionnages entièrement consacrée aux films de cannibales, genre sous-marin s'il en est, à l'occasion du tsunami anthropophage qui a envahi le rayon DVD de votre marchand de journaux à des prix assez bas. Le cannibale est bon marché, c'est le moment d'acheter. Aidez-nous à affronter ce tsunami et envoyez vos dons à Matière Focale. Là au moins, votre argent ne sera pas perdu et, transparence oblige, il sera converti en achats de films de cannibales, c'est-à-dire en films indispensables. En tout cas, voir cinq ou six films de la sorte en un an, ça vous change son homme. Il était temps qu'on intervienne sur le sujet.
L'histoire... Bah, oui... Il y en a une effectivement. Ça se passe du côté des jungles malaisiennes (tu la sens ma métaphore dans le filet ?). Il fait vraiment très chaud, et puis, sans crier gare, Ursula débarque. Les gens qui avaient 18-30 ans à l'époque de mon confrère le Dr No vont déjà se pendre dans les toilettes, de honte sans doute. Ursula, donc. 42 ans, mariée et sans enfant. Mais avec un mari absent et hors champ, une sorte de croisé explorateur-chercheur, comme nous, tiens, qui cumulons souvent les trois postes. Comme tu le vois, ami focalien, on est en plein cinéma du réel (voir article d'hier sur ELEGIE DE LA BAGARRE). La Malaisie, c'est la face cachée de l'Angleterre de Pinewood et Manchester. Passons. Ursula débarque, citoyenne du monde, certes, ambassadrice de l'UNESCO, probablement, mais ça se voit dans sa façon de débarquer qu'elle est anglo-saxonne, si j'ose dire... Elle cherche donc son mari explorateur-chercheur qu'elle n'a pas croisé (mouais...) depuis longtemps et pour cause. On n'a plus de nouvelles de lui. Il s'est perdu dans une île sans retour. Elle est reçue par le Ministre du pays, curieusement noir, mais pourquoi pas. Si vous n'avez pas de nouvelles de votre mari perdu depuis trois semaines dans les jungles les plus denses du pays, pendant une expédition, qui plus est, illégale (motif écologique cachant un motif sorcier, on le verra...), c'est qu'il est mort. Ce sera la véritable parole censée du film. Pas besoin d'envoyer de secours. Mais, Ursula s'entête, et ne se fout de rien. C’est une dure et elle ira, la bourgeoise, traverser la jungle accompagnée de son jeune beau-frère antipathique (allez, je le cite, car sinon qui le fera. Le beau-frère c'est l'horrible Claudio Cassinelli, épouvantable et donc plus que parfait). Accompagné aussi par un explorateur qui a bien connu le mari (tiens donc...) : Edward ou plutôt Stacy Keach, encore châtain à l'époque. C'est lui qui, paradoxalement, s'en sortira le mieux, dans tous les sens du terme, malgré ses disparitions passées et futures. Quelques sherpas en plus, qui eux disparaîtront mollement et assez vite (paradoxe, preuve que tout ça c'est du Cinéma). Tout le monde dans la Jungle. C'est parti.
Rigolo ou épouvantablement mauvais, le film de cannibale(s), c'est toujours une traversée dans la jungle, et encore plus c'est toujours une traversée dans la jungle épouvantablement longue. Et là, coco, tu le sens le cinéma qui passe, pas de doute. Par conséquent ici aussi, c'est long. Les sherpas disparaissent normalement. Les antagonismes se forment dans la troupe, côté blanc. Les passés douloureux se réveillent. C’est moite, c'est long et on dort peu. Mais attention, ce n'est pas interminable, c'est juste très long, et même très très long. Le record de longueur en traversée de jungle reste cependant inégalé avec le splendouillet et inénarrable MONDO CANNIBALE.
Quoi de neuf ici? D'abord, changement d'époque, autre ère filmique. Dans les années 70-80, il n'y a pas à chipoter, surtout en Italie, dans la moindre production, fauchée ou pas, ça cadre! Et ça éclaire. Pas moche le scope. On est loin du pauvre aspect du cinéma contemporain  qui écorche les yeux et fait pitié, malgré des budgets bien plus importants. Dans la série B et dans la série Z aussi parfois (VIRUS CANNIBALE, par exemple, de Bruno Mattei), et bien ça cadre et on fait des plans jolis, bien fichus. [Les réalisateurs contemporains, quel que soit leur genre de film, n'ont décidément aucune excuse. Il est temps de vous réveiller les feignasses! Je suis sûr qu'on va en reparler cette semaine, quand je serais retourné en salle.] Donc, ce n’est pas laid. Les décors, tous naturels, sont chouettes. Dans la dernière partie dans la montagne du Dieu en question (Dieu curieusement absent et présent en même temps d'ailleurs...), on a même construit joliment le village troglodyte. Il n'y a que quarante ou trente figurants, mais bien placés dans le cadre. Ça ne fait pas le chef-d’œuvre, mais apprécions l'effort.
Quoi de plus ? Un arrêt en village sympathique d'indigènes avant d'attaquer l'assomption (le mot est juste, croyez-moi) du Cannibale. Là, il y a un missionnaire, pourquoi pas, et un autre explorateur, plus intéressant. Et c'est là qu'on découvre en bon topos, les cérémonies locales qui consistent ici à boire une patte verte ruminée par les femmes du village, puis recrachée dans un bol qu'on fait circuler et que tout le monde boit (Peter Jackson a vu ça, pas de doute). Et qu'est-ce qui se passe ? La chose étant aphrodisiaque, nos explorateurs blancs couchent. Entre eux (ellipse quand même pour Ursula, dont on avait vu timidement les seins auparavant) et avec une indigène très soft, ce qui provoquera un drame social, juridique, anthropologique, et un suicide... indigène, en plus, mais à l'occidentale. Très troublant. Le film n'est pas du tout, lui, aphrodisiaque, mais le sexe a son importance. On le verra (si j'ose dire!).
C'est dans le village qu'on voit enfin un peu de jeu d'acteur, et même assez touchant (en VF du moins). Stacy Keach raconte sont expérience anthropophage de pré-récit. Et il se donne. C’est lui le meilleur. Son visage à ce moment est magnifique, et fait entrer de l'humain dans la machine. Inattendu. Claudio Cassinelli est tellement mauvais, sur le papier comme a posteriori, que c'en est presque un plaisir. De toute façon, on se poile toujours dans un film de cannibales. Et puis, il y a Ursula. Ceux qui ne sont pas morts dans les toilettes (voir plus haut), constatent les dégâts, et ça fait mal. Ursula, tu avais 42 ans déjà cette année-là. Tu ne ressembles à rien, et tu n'es pas à la hauteur du mystérieux bikini jaune qui a fait ta réputation. Entre deux âges qu'elle est, l'Ursula, plutôt plus proche du deuxième, mais on fait tout pour que ce soit le contraire. L’effort est désastreux. Tu alourdis tout. Tu souffres visiblement plus que ton personnage et tu te dis: "MAIS QU'EST-CE QUE JE SUIS VENU FOUTRE DANS UN SOUS-FILM DE CANNIBALES ITALIEN(S)!!!!". Ta démarche de grande bourgeoise saxonne qui bute sur chaque branche, dans la jungle... Tout ça quoi, ben ça décrédibilise tout, ça fout tout en l'air. Ça fait cheap et improbable. Saleté de facteur humain! Et c'est long, je l'assure une traversée de jungle cannibale, et c'est encore plus long avec ce casting principal, assez injustifiable (et d'autant plus que le temps a passé). On te maudit plusieurs fois. Te voir te casser un ongle en glissant sur un rocher, c'est moche de partout. [L'eau est omniprésente dans le film.] 
Tu nous pèses Sergio... Que c'est long! Je sais que tout film de cannibales est un peu expérimental et j'ai reconnu tes mérites il y a deux paragraphes, mais c'est vraiment long. C'est rigoureux assez souvent, mais bon... ça manque de classe. Et la blonde n'arrange rien.
 
C'est tout?
 
Ben non, justement, ce n'est pas tout...
 
Dans la dernière bobine, on franchit toutes les limites. Pour le pire et pas seulement. On finit, laborieusement mais quand même, par la grimper cette fameuse Montage du dieu cannibale. Et telles les ailes de Gabriel, ça se déploie de manière inespérée, pour le pire et le mieux, et ça suinte à travers les interstices (en ce qui concerne la notion d'interstices, voir mon article sur CONSTANTINE). La capture a lieu et on finit par trouver "cannibales et mari" (ça ferait un chouette titre pour Woody Allen!). Belle métaphore du compteur Geiger, vous verrez. Ursula, dont on découvre qu'elle n'est pas exactement l'épouse qu'on croyait, se fait remettre en place par les cannibales qui la forcent à assumer ses liens sacrés. Pas mal. Et mieux, qui lui permettent d'accéder à sa part de divinité. [Je vais être obligé, un peu, de parler secret maintenant, pour ne pas gâcher le film auprès de ceux qui ne l'ont pas vu...]. Une divinité chrétienne, Italie oblige, mais païenne également.  Bis repetita, la divinité mène à l'attachement. On encorde tout le monde, ou ce qu'il en reste, Ursula incluse. Même si on la vénère. Et là, l'accident merveilleux arrive. On lui fait manger de la chair humaine (très softement). Curieux dans les canons du genre, les cannibales mangent lentement, et dans le calme, sans pousser les grands "MOGAMBAAA!" habituellement de coutume. Ursula goûte la chair humaine donc, gros plan sur ses yeux à demi-ouverts et... Série de contrechamps en caméra subjectif, mur du son en approche, frontière entre le mal et le bien explosée, sur tous les plans : moral, cinématographique et sémantique.  Caméra subjective et pas du tout suggestive. Le processus cannibale conduit son peuple dans une frénésie sexuelle hénaurme : seul, à deux (mais pas à plusieurs, c'est pas le Queen's ici, c'est du mystique). On fait l'amour dans la montagne des anges... Ça dure et tout y passe, pas seulement les humains! On rit, tellement c'est énorme. Un cannibale dont je vous laisse la surprise se distingue en ange gardien. C'est un festival. Les larmes coulent sur mes joues gonflées. Je ris. Je ris. Je ris... Jusqu'à ce que je m'arrête. Une fois cette série ahurissante de plans subjectifs foldingues passée, je m'interroge... après tout, tout cela n'était-il pas vu à travers le regard d’Ursula... Certes... Fantasmes ? Non, pas complètement. On a passé 90 minutes de marche concrète et laborieuse dans la jungle juste pour un plan fantasmé. C'est du réel. Intéressant. Un peu après, il y aura tentative d'évasion. Une fois libérée de ses attaches, Ursula, toute en bandelettes, nous étonne. ELLE A CHANGÉ!!! Ce n'est plus la bourgeoise en Hermès des 90 longues minutes précédentes. Elle bouge différemment. Un fois sortie de la grotte, le doute n'est plus possible. En bikini de peau, Ursula bondit de roche en roche avec une félinité extraordinaire. Je n'en crois pas mes yeux. Dois-je me mettre en colère en pensant que sa démarche  de gosse riche a plombé tout le film? Non! Parce que c'était ça le sujet du film. Ursula est redevenue un vrai personnage splendide, à l'aisance phénoménale.  La boucle est bouclée. Le sujet est atteint. C'était donc ça. C’est sublime. Et on repense à la métaphore anthropophage véhiculée par Stacy Keach (qui en mourra d'ailleurs!). Ursula a suivi la même expérience, et le dialogue final complètement idiot le précise en toute beauté : elle s'en est sortie, elle l'a fait (manger de la chair humaine et/ou jouer dans un film de cannibales italien(s) ), elle a perçu le divin en elle, et s'en est retournée femme, et personnage, enfin, humain à la gestuelle magnifique. Bouge pas, meurs et ressuscite.  Résurrection et victoire sur les peurs et sur l'expérience divine. Nom de dieu (suivez mon regard), le film avait un sens plus ou moins inconsciemment. C'est  toujours beau une naissance. En fait, c'était vraiment du cinéma.
Expérimental..?
Comme quoi, le cinéma est dans les interstices, certes, et aussi dans l’œil du regardant, ou plutôt à mi-chemin entre lui et le réalisant, entre l'inconscient et le délibéré, entre le grotesque et l'inattendu.
 
Délibérément Vôtre,
Dr Devo.
 
Retrouvez d'autres articles sur d'autres films, en accédant à l'Indes des Films Abordés: cliquez ici!
ajouter un commentaire commentaires (7)    créer un trackback
Mercredi 23 février 2005

recommander publié dans : Corpus Analogia

(Photo: Le Marquis règle ses comptes de mains de Maître)

 

 

Chers Amis Curieux, Chers Curieux Amis,
Aujourd'hui, je vous gâte, et ce à plus d'un titre. Non seulement je vous offre une nouvelle fois un voyage au Japon (voir mon article sur LA BETE AVEUGLE de Edogawa Rampo), mais en plus je vous invite à (re)-découvrir l'univers bizarroïde de Seijun Suzuki. Voilà qui ne peut que plaire aux gourmands que nous sommes, n'est-ce pas ?
Le réalisateur de ELEGIE DE LA BAGARRE, superbe titre qui devrait faire réfléchir nombre de distributeurs européens, est un drôle d'oiseau, et c'est rien de le dire. Seijun Suzuki était déjà connu de nos services. J'avais vu il y a un an ou deux LA BARRIERE DE CHAIR qui me laissa un souvenir plus qu'honorable et surtout le fabuleux LA MARQUE DU TUEUR, polar surréaliste qui, à ce jour, est ce que j'ai vu de plus proche des films de Alain Robbe-Grillet, ce qui n'est pas peut dire. Je sais donc que Suzuki est un petit malin, un malicieux de la meilleure espèce, prêt à toutes les fantaisies. Le Japon est souvent une terre cinématographique pleine d'audaces. La très expérimentale et populaire série des BABYCART en témoigne. Mais, souvenons-nous aussi de Hiroshi Teshigahara, réalisateur des sublimes LA FEMME DES SABLES ou LA FEMME TATOUEE qu'il faut absolument chercher dans la vieille collection de VHS de votre médiathèque locale, ou encore de LA FEMME TATOUEE (plus tardif) de Yoichi Takabayashi. On pourrait multiplier les exemples, mais rien qu'avec ces deux références, vous avez de quoi être soufflés par la singularité de nos amis nippons. Suzuki fait partie de ces japonais un peu fous, mais dans un style complètement différent. Avec ELEGIE DE LA BAGARRE, on est assez loin des plaisanteries à la Robbe-Grillet de LA MARQUE DU TUEUR (où des tueurs à gages sont classés et connus par numéro dans une sorte de hit-parade absurde et changeant. Je vous laisse deviner ce qui arrive quand No2 devient No3 et vice-versa : rivalités, changement d'identité, confusion... C'est un délice). Malgré tout, ce film de Suzuki un bel objet bizarre qui réserve, sans avoir l'air d'y toucher, de nombreuses et incessantes surprises.
Tourné en 1966, le film raconte l'histoire d'un jeune étudiant dans un lycée militaire, dans une petite ville du Japon en 1935. Son père étant sans doute occupé à ses affaires professionnelles, notre héros est logé chez l'habitante, et l'habitante en question a une fille. Elle joue du piano, et, bizarrerie supplémentaire, c'est une fervente catholique, comme sa mère. Le jeune homme est amoureux, bien sûr. Mais, les garçons restent avec les garçons. Dans cette société nippone basée sur la hiérarchie et l'esprit de bande, notre jeune héros apprend par ses semblables qu'un mec, ça doit savoir se bagarrer. Il subit un entraînement, puis rejoint une bande de loulous. S'ensuivent bagarres entre bandes rivales, petites délinquances absurdes et surtout imprégnation du sens de la hiérarchie. Les bandes sont des codes. Chaque membre a un mentor qui l'initie et le martyrise, et le mentor a lui-même quelqu'un au dessus de lui. Impossible d'échapper au système. Le supérieur frappe et humilie joyeusement son sous-fifre attitré, les bandes se bagarrent entre elles, sans véritable enjeu, etc... Notre héros, même s'il rentre de fait dans cet esprit clanique et initiatique, n'en demeure pas moins un rebelle. Et avec une cause, si j'ose dire. D’abord, il est amoureux de la jeune pianiste catholique. C'est strictement interdit dans le code des bandes (on ne fricote pas avec les filles, et on ne traîne pas avec les garçons "efféminés". Deux règles fondatrices!). D'une catholique en plus, ce qui lui pose pas mal de questions. Et comme il continue de réfléchir en parcourant son chemin d'adolescent pas tout à fait adulte, il est, de fait, un étranger chez lui, un étranger dans le groupe auquel il appartient. Et il y a le désir, ce désir qui monte en flèche au contact pourtant prude de la jeune fille. Notre héros continuera d'être écartelé entre plusieurs influences contraires, certes, mais gardera aussi un vrai esprit indépendant, ce qui est très étonnant, car si les bandes auxquelles il appartient se disent rebelles, on constate à l'évidence que c'est une façon de plus d'établir un ordre social et de pérenniser l'immuable système de soumission japonais. Mais, peut-on, comme il le pense, faire son petit malin, utiliser le système et s'en échapper? L’indépendance dure-t-elle? Et que se passe-t-il quand la passion s'en mêle? Grave question, certes, mais même si on se les pose, il faut continuer et encore continuer de se bagarrer, au sens propre, car c'est cela que font les garçons! 
Mes petits amis, ce résumé est bien maladroit et bien intellectuel, et il va falloir que je repasse derrière pour bien faire comprendre la loufoquerie de ce film qui est, d'abord, une comédie. Ce qui saute aux yeux, c'est que le film, sous des allures potaches et sa volonté d'être une grande farce infantile (ces jeune semblent avoir presque 20 ans, mais en ont-ils plus de 13 ?), est nourri d'une incroyable richesse de scénario qui, pourtant, travaille sur un matériau très loin d'être noble, et très loin d'être subtil. Il faut dire qu'on découvre avec surprise un grand bonhomme du cinéma japonais derrière ce script. Le film est, en effet, écrit par Kaneto Shindo, un réalisateur dont nous avons longuement parlé sur ce site, lors de mon article sur