(Photo : à gauche, un dessin du personnage de Coffin Joe, et à droite son créateur-acteur, José  Mojica Marins)


Chers Focaliens,

J'étais bien décidé à vous parler aujourd'hui du dernier Chabrol, mais le destin en a décidé autrement. Et donc, on va rouvrir le placard à mystères de ce site, c'est-à-dire la rubrique Pellicula Invisiblae, qui se concentre sur les films dont on pourrait dire que, dans le meilleur des cas, il faut se lever tôt ou être particulièrement malin et motivé pour pouvoir avoir une chance de les voir. Dans cette rubrique, on trouve aussi bien des réalisateurs méconnus que des gens totalement réputés, mais que le système de distribution (en salles ou en DVD) a écartés d'un geste auguste. [Une parenthèse pour vous signaler que LE SOLEIL, le nouveau film de Sokourov, le génial russe, sort ce mercredi après des années de purgatoire ! Bien sûr, il ne faut pas se réjouir trop vite pour autant : il n'y a que cinq copies pour toute la France ! C'est complètement dégoûtant, bien sûr, mais c'est complètement prévisible, malheureusement...]
 
Allons faire un tour du côté du Brésil, pays que nous n'avons visité qu'une fois, et encore, par la petite porte, avec Fernando Mereilles et son piteux CONSTANT GARDENER, film affreux, affreux. Et encore, le film était une production anglaise. On peut donc dire que c'est la première fois, quasiment, que Matière Focale met les pieds dans le pays. C'est l'occasion de découvrir l'étrange cinéaste José Mojica Marins, et vous allez voir, ce n'est pas triste !
 
Marins est en effet un bonhomme hors du commun. Né au Brésil d'une mère danseuse de tango et d'un père torero (si, si!), le bonhomme a un parcours complètement étrange. Précoce et très imprégné de culture populaire fantastique (notamment par la lecture incessante de comics), Marins réalise des films dès l'âge de 10 ans ! Ben oui. Il a signé plusieurs dizaines de films, fait encore l'acteur à l'occasion. C’est quelqu'un d'extrêmement populaire dans son pays, et en même temps, c’est une espèce d'extraterrestre bizarroïde. 33 films réalisés, et il n'a jamais touché un centime de subventions, contraint alors d'utiliser le système D pour lever des fonds. [Notamment en organisant une parade des enfants sur une autoroute ! Les enfants de ses amis se sont allongés sur l'autoroute et ne laissaient passer les voitures que si les conducteurs leur donnaient ne serait-ce qu'un centime !] Marins fut donc quelqu'un de populaire, malgré les problèmes incroyables de censure, entre autres, qu'il rencontra avec les autorités qui, à la fin des années 60, lui interdirent par exemple de tourner le dernier film de la trilogie Coffin Joe (j'y reviens), ou encore avec (une partie de) l'Eglise, qui considérait ses films comme pornographiques (Mouais, pourquoi pas, il y a toujours une grosse dose d'érotisme dans ses films, mais bon, en même temps, il fut menacé de censure, par exemple, pour une scène d'amour saphique filmée à 500 mètres de distance des deux actrices ! En règle générale, pour les films que j'ai vus, ses métrages sont complètement imprégnés de christianisme, détourné, réapproprié, faussement inversé, mais fabuleusement chrétien !]
 
Le bonhomme a donc une sacrée personnalité, et sans doute un moral en titanium renforcé ! Malheureusement, il a abandonné la réalisation en 1987, rêvant toujours d'achever les aventures de son alter ego de personnage, le fameux Coffin Joe !
[Bernard RAPP, l'éminence (en slip !) de ce site, a eu la chance de rencontrer José Mojica Marins ! Peut-être nous livrera-t-il ses impressions en commentaire de cet article.]
Marins est donc un tout petit peu redécouvert aux USA, principalement grâce à son personnage de Coffin Joe : un croque-mort habillé en noir, cape et haut de forme, une sorte de duplicata étrange de Mandrake le Magicien, toujours joué par Marins lui-même. Tous les deux (Marins et son personnage) ont des ongles de sept ou huit centimètres de longs (que Marins garde toujours en état, même de nos jours !). Coffin Joe, chrétien inversé dont les apparences tendent à le confondre avec une espèce de sataniste, cherche désespérément une femme qui pense comme lui afin d'assurer une descendance, un fils même, qui par son incroyable individualité, par sa personnalité hors-norme, ne pourra que bouleverser la Société et changer le Monde. Mais quand on est aussi singulier que Coffin Joe / Marins, la tâche n'est pas facile !
 
J'avais déjà vu il y a quelques années L'EVEIL DE LA BÊTE (film sur la drogue en apparence, hilarant, et brûlot phénoménal contre la société !) ainsi que CETTE NUIT JE M'INCARNERAI DANS TON CADAVRE ! ou encore À MINUIT, J’EMPORTERAI TON ÂME ! J'ai donc déjà croisé Coffin Joe. FINIS HOMINIS (LA FIN DE L'HUMANITÉ) n'utilise pas Joe le croque-mort. Mais pour notre bonheur à tous, le réalisateur tient encore une fois le rôle principal ! Et croyez-moi, c'est un délice complet !
 
Le Brésil au début des années 70. Une grande plage déserte. Soudain surgit des eaux un homme mystérieux (José Mojica Marins), nu comme un ver. Il commence alors une longue errance à travers la région. On ne le voit jamais en entier, sa nudité seule le révèle. Il erre nu à travers la campagne, puis dans la ville, et bien sûr, se fait extrêmement remarquer ! Mais plus que le choc de voir un homme nu se balader d'un pas chargé et décidé dans la ville, sans motif apparent, l'individu dégage une aura mystérieuse, si l’on en croit la réaction des gens qui le croisent. Une aura où se mêlent pas mal de peur, d'effroi mais aussi de fascination. Et la chose semble se confirmer dans de nombreux cas : une vieille femme en fauteuil roulant se remet à marcher (séquence très drôle), une femme et sa fillette échappent au viol pour la première et à l'enlèvement pour la seconde par la seule présence de cet homme mystérieux (effrayés, les bandits s'enfuient sans qu'il n'ait eu à prononcer une parole ou à faire un geste), etc. Une espèce de femme hippie lui donne des vêtements, à savoir des espèces d'habits de maharadjah (avec turban !) et un bâton ! Le voilà habillé ! On peut désormais le voir de plain-pied, et surtout découvrir le personnage charismatique, mutique et barbu. Il continue ses errances dans la ville. Il ne passe toujours pas inaperçu. Certains voient en lui une espèce de Guide spirituel, d'autres sont effrayés, etc. Dans une église où il boit sans vergogne le vin consacré, un prêtre effrayé prononce en le voyant les mots : Finis Hominis (la fin de l'homme). Ce sera désormais le nom de notre mystérieux inconnu. Quand il impose aux médecins corrompus d'une clinique privée d'opérer une petite fille pauvre à l'agonie, les autorités, déjà passablement troublées, se mettent à la recherche de Finis Hominis. Mais l'homme disparaît avec le même mystère qui empreint son apparition. Il échappe sans cesse à tout et à tous ! Si le nombre des disciples fascinés par Finis Hominis augmente, celui-ci est toujours insaisissable, et son errance l'amène à mettre le doigt sur les travers de la société. Il croise notamment un homme impuissant, des familles corrompues et cupides, une nymphomane et une communauté de hippies... Mais quel est le but de cet homme venu de nulle part ?
 
Et bien mazette, ça ne rigole pas ! L’introduction est tout simplement fabuleuse ! Filmé en noir et blanc dans un format 1.33 assez impressionnant, le film démarre par l'apparition de Finis sur la plage. Images courtes qui se gèlent en plans arrêtés où apparaît le nom des acteurs et des techniciens, choix précis de ces plans, musique contemporaine et bruit de vagues en toile de fond sonore, c'est tout bonnement magnifique. [Notamment le plan où apparaît le carton du titre : la plage est déserte pendant plusieurs plans, et quand le corps de Finis émerge des flots, l'image se gèle avec ces mots : la fin de l'homme !] Si le film ne reprend pas complètement l'étalage baroque de la série des Coffin Joe (trucages magnifiques à la Méliès, couleurs primitives et tractopelles de dialogues aussi chargés que loufoques et poétiques... et diablement précis de punkitude !), on est loin d'un cinéma classique. Toutes les audaces sont permises, et il est rare de voir un plan qui n'étonne pas. [Tiens, j'ai oublié de vous parler du préambule du film, une espèce de cosmogonie où, en voix-off, Marins explique que dans l'Univers, chaque chose et chaque être a une signification, que chaque quête a son but, même s'il est révélé plus tard... Discours qui dure bien trois minutes (sur fond d'images et de dessins du cosmos, souvent filmés en des plans rapprochés abstraits) et qui se finit sur ces mots : "Par conséquent, ce film a une raison précise d'exister !" Ce film incongru n'est donc pas une chose accidentelle, c'est une révélation en devenir ! Quelle malice !] Les dix premières minutes (tant que Finis est nu) imposent au film un montage superbe, où le contrechamp est strictement interdit, où c'est la discontinuité visuelle et sonore qui prime. C’est évidemment très beau, notamment grâce au son (j'y reviens). Puis Marins semble (dans la scène des vêtements), mettre en place un champ / contrechamp, mais il est fabuleusement biaisé par le choix des axes (la femme ne regarde pas Finis, mais un placard). On est estomaqué, et dans les dernières secondes de cette scène, une fois les habits donnés, le regard de la femme crée le contrechamp (sur Finis ! Enfin en pieds et en tête !). C’est soufflant, cette apparition in extremis. Non seulement elle contredit la construction en chausse-trappe de la scène (très courte d'ailleurs) en imposant finalement un découpage orthodoxe, mais en plus, elle donne un visage et un corps entier à cet homme mystérieux (dont on n'a vu que des parties morcelées), ce qui est extrêmement impressionnant.
Ce n'est qu'un exemple. Il y a énormément de gourmandises (comme quand Finis impose le fondu au noir à la caméra, puis impose dans le plan suivant un contrechamp en ouverture à l'image ! Diable ! Le procédé sera répété avec un contrechamp absurde et un face-caméra ! Je vous laisse découvrir ça !). Mais comme je le disais, ce n'est pas la folie baroque ostentatoire des Coffin Joe. Il y a matière pourtant. L'irruption de Finis dans la ville s'impose dans un chaos, ou plutôt dans une discontinuité très belle, mais déroutante. Le film finira par s'équilibrer au fur et à mesure dans un découpage plus standard (autant qu'un film de Marins puisse être standard, c'est-à-dire très, très peu !). Le son, lui, ne se calmera quasiment jamais. La première partie du film impose un thème musical différent par plan, et coupé avec l'image (procédé magnifique), avec des mélodies soit troublantes, soit débilisantes (et drôles : Goldfinger, La cucaracha, Raindrops keep falling on my head, et autres petites saloperies tout à fait délicieuses). Dans une des séquences les plus impressionnantes (la communauté hippie), c'est le délire : diapos projetées sur les acteurs, son en boucle des chants hippies complètement débiles, vulgarité de leur art (un des hippies peint une croûte, et tout le monde dit que c'est génial !), et vulgarité de leur propos ! Les hippies reconnaissent en Finis leur messie, mais celui-ci les enverra balader d'une superbe manière (complètement actuelle d'ailleurs, mais je ne vous dis rien, c'est trop délicieux !).
Le propos, comme d'habitude, est d'un anti-conformisme sublime, très imprégné de christianisme (Finis n'a de doctrine que le miracle de l'Homme, qui contient sa finitude mais qui est l'épanouissement et la richesse de tout ; il défend l'individu et rejette toute la Société, il accueille tous ceux qui le veulent, mais refuse que sa présence et son Mystère se transforment en discours ou en message, fût-il de paix, ce qui est admirable...). Finis fait émerger les personnalités, confond les personnes à attitudes et révèle les individualités brimées (sur tous les plans) avec une belle rigueur et une générosité magnifique. C'est très beau.
On est bien un peu en dessous, quand même, des œuvres de Marins que je citais plus haut. FINIS HOMINIS a un petit ventre mou, c'est certain. Mais le tout fonctionne tellement bien que c'est un délice absolu. À l'instar de certains autres cinéastes, très rares, beaucoup plus rares qu'on ne veut bien le dire (Greenaway, Argento, Jean Rollin auquel on le compare un peu systématiquement), Marins impose une dis-narration magnifique et fabuleusement avant-gardiste (encore aujourd'hui) à ses films. FINIS HOMINIS n'échappe pas à la règle. Jean Rollin disait que le plus beau compliment qu'on avait fait à ses films était de dire (méchamment d'ailleurs) qu'ils "ne ressemblent à rien". C'est aussi le cas de Marins. Personne ne fait du cinéma comme ça. Avec une belle rigueur et une malice infinie, avec un sens de l'humour monstrueux, mais qui ne se vautre jamais dans le second degré, Marins bâtit, ici comme ailleurs, une œuvre singulière qui révise avec jubilation les fondements cinématographiques, et qui souvent, malgré des budgets à cinquante centimes d'euros, se révèle d'une beauté tout à fait subjuguante. Son sens du cadrage notamment (ici, voyez les fabuleux plan américains, entre autres exemples), le rapproche définitivement, mais dans un tout autre style, de l'exigence d'un Russ Meyer. Cinéaste intrinsèquement populaire, Marins est aussi un réalisateur sans concession, toujours prompt (quelle richesse !) à renvoyer tout le monde dos à dos, et dont les recherches formelles sont admirables. Malgré les sujets ouvertement fantastiques, on est définitivement ici dans une logique de recherche, et si le monde était bien fait, Marins serait un homme respecté dans les cinémas art et essai. Il n'a jamais désarmé, a tourné comme un fou, et ce malgré une popularité limitée à ses propres frontières. Il y a pourtant quelque chose de fondamentalement sublime et expérimental chez cet homme, qui se caractérise autant par une farouche volonté de dis-narration que par une générosité fabuleuse. Ses films sont donc beaux, courageux, très bien écrits (ici un peu moins, quand même) et fabuleusement drôles.
 
On dit que les films du maître sont pour certains perdus, et que d'autres pourrissent lentement à la cinémathèque de Sao Paulo. C’est bien évidemment scandaleux. Pour ceux qui veulent découvrir la beauté iconoclaste de ce cinéaste trop souvent rangé dans le tiroir des "réalisateurs déliro-cultes", on leur conseillera d'investir dans le coffret américain réunissant les Coffin Joe, ou encore de se procurer sur les sites de vente d'occasion les VHS, toujours américaines, éditées dans les années 90. En tout cas, ceux d'entre vous qui iront jeter un œil à ce grand bonhomme, ne regretteront sans doute pas d'avoir fait le voyage.
 
Magiquement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Lundi 27 février 2006

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(Photo : "Les Assiettes sont encore Sales" par Dr Devo)

Chers Focaliens,
 
Je ne sais pas si vous avez consulté le programme des cinéma dernièrement, mais si c'est le cas, vous avez dû constater que le calendrier des sorties n'est pas spécialement alléchant ! Et encore, à un ou deux films près, la saison de la sécheresse a commencé, et se ne terminera qu'en avril. Evidemment, on peut toujours aller voir le beau BUBBA HO-TEP de Don Coscarelli, qui sort avec quatre ans de retard, mais pour cela, il faut avoir de la chance. Le film n'est distribué qu'à 12 copies pour toute la France, dont 5 en région parisienne ! Ça valait le coup d'attendre ! Donc, les pauvres ploucs qui habitent en Province et qui ne sont pas dans une grande ville peuvent aller jouer au golf ou se faire une soirée karaoké !
Pour ma part, je continue à découvrir, toujours dans le désordre, la série MASTERS OF HORROR. [Nous avions d'ailleurs déjà parlé de l'épisode réalisé par Don Conscarelli, justement : INCIDENT ON AND OFF A MOUNTAIN ROAD, titre dont je ne me lasse pas !] Et aujourd'hui, on attaque un morceau de choix en tapant dans les épisodes les plus alléchants, c'est-à-dire ceux réalisés par les vieux briscards du cinéma fantastique, à savoir ici Joe Dante. C'est toujours un plaisir de toute façon de voir un film de Joe Dante, réalisateur un peu mésestimé, malgré quelques grands succès populaires, et qui rencontre, de projet en projet, toujours plus de difficultés à monter ses films. La dernière fois qu'on avait eu des nouvelles de lui, c'était à l'occasion du très drôle THE SECOND CIVIL WAR, film réalisé pour la télé qui connut en France une brève distribution au cinéma. Ça se trouve pour une poignée d'euros en DVD. Mangez-en.
 
Ça tombe bien, car HOMECOMING est justement une variation, quasiment, sur les thèmes abordés dans THE SECOND CIVIL WAR, satire des connivences entre le politique et le médiatique, et qui racontait comment une sombre affaire de sur-médiatisation concernant un groupe d'immigrés aux USA déclenchait une réaction en chaîne qui aboutissait à la volonté de sécession de certains états du pays, puis donc à la guerre civile. Un film assez beau, et surtout très drôle et très absurde.
 
Les USA en 2008, pendant la campagne présidentielle. Sean Carey est un homme talentueux. Malgré son relatif jeune âge, il est le responsable du bureau de campagne de l'actuel Président des USA, qui se présente pour un nouveau mandat. Et Sean s'occupe d'organiser les événements de la campagne, dans le camp républicain, donc.
Il participe à un célèbre talk-show d'information. Sur le plateau, il rencontre Thea Gill, une femme qui a quarante ans ou presque, et qui ne passe pas inaperçue. Elle est invitée car elle a écrit un livre qui s'intitule COMMENT LES MEDIAS AMERICAINS SE SONT SOUMIS AUX THESES D'EXTRÊME-GAUCHE ! Ah bon ? Ben oui, Thea Gill, féroce conservatrice et ultra-libérale dans l'âme, se plaint du fait que de plus en plus, les médias US rapportent les moindres faits et gestes des opposants au gouvernement républicain et à la guerre d'Irak (qui continue en 2008 !). Pour elle, c'est de la propagande gauchiste ! Une thèse poujadiste et extrémiste certes, mais Thea Gill est une femme incroyable. Car elle a un talent. C'est une bête de télévision, un monstre médiatique : très intelligente, une gouaille pas possible, un sens de la logique rigoureux et un humour décapant ! Aussi ses thèses sont très virulentes, voire populistes, au point qu'elle fait le show quand elle passe à la télé, et il faut bien le dire, quand c'est le cas, même si on est farouchement opposé à ses idées, c'est un moment complètement délicieux, drôle et incisif !
Le talk-show se passe très bien, Thea Gill sort son couplet anti-gaucho et anti-démocrate. Normal. Sean Carey défend de son côté le bilan du président. Normal. Mais le présentateur fait intervenir une femme en duplex. Et cette femme a perdu son fils en Irak. Lors d'une réunion publique, elle a interpellé le président en plein discours, en répétant la phrase : "Mr le Président, qu'est-il arrivé à mon fils ?". Elle s'est alors fait embarquer immédiatement par les services secrets, et a été interrogée pendant des jours dans une base militaire ! Ce qui paraît un peu disproportionné ! Elle interpelle Sean Carey sur ce sujet, et il commence à répondre avec une belle langue de bois de communiquant quand tout à coup, un incident se produit.
Devant le sentiment sincère que dégage la mère, Sean semble troublé, arrête son discours, et la voix pleine d’émotion, il déclare après un long silence qu’il comprend cette maman, car son propre frère est mort à la fin de la guerre du Vietnam et, sincèrement, il ajoute que s’il n’avait qu’un seul vœu à faire dans cette vie, ce serait de faire revenir son frère et le fils de cette mère éplorée.
Après l’émission, Sean et Thea vont prendre un verre. Thea n’en revient pas ! Quel génie ! Cette phrase de Sean sur son frère et le fils de la maman-courage ne pouvait pas être improvisée ! Quel coup de pub ! Quel coup de communication ! "C’était parfait, dit-elle, on avait l’impression que tu allais pleurer ! Tu t’es mis tout le monde dans la poche !" Thea est donc persuadée que cette phrase choc prononcée avec émotion est un génial coup marketing ! Mais Sean lui explique la vérité : il n’était pas du tout rempli d’émotion, la phrase n’était pas du tout préparée ! En fait, il n’a pas su quoi répondre à cette mère, il a hésité et a eu un blanc! Mais qu’importe, lui répond Thea : tout le monde a pris ça pour de l’émotion vraie !
Thea et Sean passent la nuit ensemble et deviennent amants. Et quelque part dans une base militaire où reposent les corps des soldats tués en Irak, fraîchement rapatriés, les cadavres se remettent à marcher. Le "vœu" de Sean est exaucé ! Les soldats morts sont ressuscités sous la forme de zombies ! Et très curieusement, ils ne veulent pas boulotter de la chair humaine…
 
Et bien ça, mazette, je ne m’y attendais pas ! Joe Dante a un sacré sens de l’humour (noir), et il s’est toujours attaché à dépeindre des portraits des USA qui soient à la fois corrosifs et subtils. Mais là, il dépasse les bornes avec malice et allégresse. Loin de livrer un simple film fantastique, le bonhomme surprend son monde en honorant cette commande pour la série MASTERS OF HORROR, et en livrant une bien originale copie. Le film est d’ailleurs adroitement introduit. La séquence d’ouverture est une scène corrosive et classique, où Thea et Sean sont arrêtés par des zombies qu’ils se mettent à éliminer sans ménagement. On est donc en pleine ambiance classique de film de morts-vivants. La première rupture consiste à montrer, en introduisant le flash-back qu’est le film, que son enjeu est entièrement politique. Puis, deuxième rupture avec le réveil des morts, scène très marquée par le genre, à l’opposé de la sèche introduction. Ça y est, on y est, se dit-on, le film fantastique et apocalyptique peut commencer. Ben non ! Deuxième rupture : à la fin de cette séquence de retour à la vie des macchabées, on comprend que les zombies ne veulent pas accomplir leur fonction principale, à savoir bouffer de l’humain à qui mieux-mieux !
 
Evidemment, Dante fait son gros malin. Il charge son film de zombies avec la politique. Pourquoi pas ? Et finalement, on se dit qu’il fait le contraire : un film politique avec des zombies ! La vérité est bien sûr entre les deux. Certes, la chose est très drôle. Notamment grâce à Thea Gill, actrice formidable (quelque part entre Jennifer Jason Leigh et la Patty Hearst des films de John Waters, réalisateur avec qui elle devrait faire un film, c’est évident). Son personnage est charmeur, plein de bagou, plein d’humour mais aussi d’une ambition meurtrière, nourrie au plus extrême des conservatismes. Le personnage est formidable et fabuleusement joué. Nous sommes à la fois sous le charme et effrayés de dégoût !
Mais s’il y a de l’humour, le contenu est très lourd, dans tous les sens du terme. Pendant les dernières élections américaines, on a été inondé de propagande anti et pro-bush (surtout anti, en ce qui concerne l’Europe). La machine audiovisuelle à convaincre a marché plus que jamais dans les deux camps. En France, par exemple, l’anti-bushisme des médias a été remarquable, et les analyses, comme souvent en politique dans les médias, a volé au ras des pâquerettes. Le Jury de Cannes a quand même largement couronné et palmé le film de Michael Moore, montrant de manière définitivement ostentatoire que ce festival, en général, récompense le contenu des films, leur histoire et leur scénario, et se fout du reste. Cannes livre toujours un palmarès social et politique. Fermons la parenthèse.
 
En tout cas, si Dante avance avec ironie, il n’avance pas masqué. Il règle ses comptes certes, avec grande malpolitesse. Dans un sujet extrêmement caricatural et loufoque, il arrive à tenir sa barque de bout en bout. L’idée de base (portrait au vitriol des USA et réalisation du vœu de Sean Carey) est présente, et là où beaucoup s’en serait contentés, Dante explore au contraire toutes les conséquences de ce simple principe de base, et les décline jusqu’à ce que la métaphore politique atteigne le débile, en quelque sorte. Le réalisateur américain ne chôme donc pas, et pour le spectateur, c’est un festival de nuances et de conséquences qui s’enchaînent sans fin ! Comme tout ça est manié avec une science de la drôlerie qui frise le jansénisme, on rit du début à la fin, d’un rire jaune et noir qui fait mal. Bien. Quand le bonhomme tient un sujet, il le développe à fond et préfère généreusement parsemer son film de mille idées plus que de circonscrire son terrain de jeu à quelques unes. Ce sens de la non-économie se perd au cinéma et on ne peut que saluer la chose.
 
Evidemment, le film s’adressant à la foule américaine dans son ensemble (républicains comme démocrates), la métaphore frise toujours l’indigence et l’allégorie grossière. Dante sait qu’il répond sur le terrain de la propagande, là encore, quel que soit son camp. Son film en est donc imprégné. Oui, mais pas seulement. Et c’est dans les interstices, petits mais nombreux, que Dante nuance la chose. Il charge d’abord la mule avec trois tractopelles d’émotion mélodramatique (la scène du zombie dans le restaurant noir ! Fallait oser !). On est alors en plein Hollywoodisme. La propagande est, après tout, un moyen d’expression et d’émotion avant tout (la scène d’ouverture sur le plateau de télé nous le montrait aussi, car la "formidable émotion" ressentie par les téléspectateurs (c'est-à-dire aussi vous et moi) n’était en fait due qu’au locuteur, qui avait perdu le fil de ce qu’il disait et s’est raccroché aux branches d’une métaphore un peu pourrie ! Jolie ironie ! Dante charge la mule, et pas qu’un peu.
Par contre, il ne s’arrête pas là. Si les travers des campagnes électorales américaines sont largement raillés, c’est surtout la collusion entre le Politique et le Médiatique qui est le plus fortement dénoncée. On comprend par ce biais que HOMECOMING n’est pas un pamphlet anti-bush. Le film raconte d’abord une histoire ignoble : le pouvoir est au-dessus de la Loi, tous ses représentants (journalistes, hommes politiques, lobbyistes, etc.) font le même métier, c'est-à-dire de la communication, la Société est dominée par le contrôle, les enjeux pratiques de la politique n’ont aucune importance, et tous les moyens sont bons pour monter en haut de l’échelle. Le pouvoir corrompt peut-être, mais ce n’est pas une surprise : il n’a qu’un but, se maintenir. Un vrai américain ambitieux est prêt à tout. Hommes ou femmes, tous les représentants du pouvoir dans le film sont des êtres ignobles, absolument tous, sans exception (voir par exemple la façon dont la parole circule sur le plateau de télé). Parmi les gens de pouvoir, ne réussissent que les plus intelligents et les plus manipulateurs.
Et pour les autres, qu’est-ce qu’il reste ? Ah, ben pour le peuple, il reste Hollywood ! Il reste le règne de l’émotion, qui broie le peuple comme des marionnettes. La scène du restaurant est aussi très intéressante (et ambiguë, car aussi grossière que belle) de ce point de vue : le peuple se débat dans les sentiments les plus hollywoodiens, et en fait, il ne fait que de la figuration. Il n'a que deux façons de réagir : l’empathie larmoyante à trois balles, même si elle est sincère (scène du resto, donc), ou la Peur avec un grand P (la très drôle reprise de LA NUIT DES MORTS-VIVANTS). Et… c’est tout ! Rien d’autre ! Le peuple nourrit la machine autant que ceux qui ont le pouvoir : le carburant de la structure, ce sont les larmes !  Alors évidemment, tous les coups sont permis (sexe et sexisme, torture, meurtre, etc.).
 
Le système de Dante a l’avantage de faire ressortir des ambiguïtés et des contradictions complètement gênantes et diaboliquement drôles. Le monde roule à l’envers, mais surtout, vu sous la loupe du réalisateur, se révèle contradictoire jusqu’à l’absurde ! Et peut-être, l’idée la plus sérieuse du film est justement son grain de sable, c'est-à-dire que les morts reviennent en zombies ! Ça, c’est la partie documentaire ! Et c’est le reste, les fameux interstices, ce sont les choses qui se glissent, encore et encore en un joli tourbillon d’humour non-sensique et baroque, les détails sur le chemin qui sont juste rigolos sur le coup, mais dont l’accumulation fait ressortir l’ignoble violence du tableau d’ensemble. En ce sens, le film est complètement pessimiste et noir, comme c’est toujours un peu le cas chez Dante. Brrr… Après tout, on en a pour notre argent, car on nous avait promis un film d’horreur.
 
Bien entendu, la réalisation suit, et même très largement. Si le scénario est très bien écrit, le découpage global est très soigné, et le tout a un rythme implacable. La photo et la direction artistique sont très soignées et donnent à l’ensemble du film un sentiment réaliste d’apocalypse tranquille ! Le format des 60 minutes (ou un peu moins) convient parfaitement à cette fable qui n’a pas le temps de s’enfoncer ni de donner des leçons. Ne pas donner de leçons, et ce malgré le sujet qui semble engagé, voilà peut-être le plus beau compliment qu’on puisse faire à Joe Dante, et il le vaut bien. En dressant un tableau noir et détaché du fonctionnement des démocraties modernes (la démocratie et ses valeurs d’égalité étant évidemment les grandes absentes de cette fresque), et en n’oubliant pas de faire du cinéma à côté (contrairement à ce qu’on connaît en France, par exemple), Dante signe une suite impromptue au LAND OF THE DEAD du camarade Romero, ou plutôt introduit éventuellement un nouveau volet à la saga zombiesque et romerienne : toutes les pistes de la fin du dernier film de Romero sont présentes. Les morts et les autres sont là, comment ça va se passer ? Dante donne une réponse incertaine qui fait froid dans le dos : est-ce que ça va, au final, changer quelque chose ? Pas sûr...
 
Brrr… Vous pouvez aller prendre une cuite à la vodka, c’est le bon moment ! Joyeux cauchemar !
 
Dr Devo.
 
PS : Ce HOMECOMING de Joe Dante fait sans cesse penser au film LE MORT-VIVANT de Bob Clarkn dont je vous avait parlé il y a peu. Voyez ce dernier à tout prix !
Le geste le plus désespérant du film est celui qu'à Sean lorsque que les zombies foncent sur lui ! Et en plus, ça ne marche pas ! Quelle horreur !
 
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Dimanche 26 février 2006

recommander publié dans : Lucarnus Magica
(photo :"Make my day !" par Dr Devo)


Chers Focaliens,
 
Votre bon docteur est très accaparé, mais n'allez pas croire qu'il ne pense pas à vous, bien au contraire. Ne pouvant dans le moment aller au cinéma, je me suis permis de faire le ménage dans le fameux juke-box de ce site (dans la colonne de droite), partie du site que j'avais largement délaissée ces derniers temps, et qui commençait à pourrir sur place.
 
J'ai donc tout viré, sauf Die Tödliche Doris bien sûr, parce que c'est le plus beau groupe de la terre et que cette chanson (KAVALIERE) est sublime. [C'est d'ailleurs la seule ou presque qui m'ait valu un commentaire !] Je laisse aussi Sardou (quel type horrible et délicieux) et The Shaggs (pour les mêmes raison que …Doris).
 
Alors je vous propose aujourd'hui un petit voyage dans l'univers du collage, et vous allez voir, c'est très beau (quelquefois) et très drôle (très souvent).
Avant de commencer, quelques recommandations. Pour écouter le radioblog tranquille, désactivez l'horrible option "fader" qui, comme son nom l'indique, fait d’horribles fondus enchaînés. Puis, cliquez sur l'option "pop-up". Ainsi vous pourrez continuer à surfer sur votre site favori sans que les chansons se remettent à zéro à chaque rafraîchissement de page. Allez, c'est parti.
 
LAURIE ANDERSON (et ARTO LINDSAY !) : "Bright Red"
Un joli morceau pour commencer en douceur, issu de l'album TIGHTROPE / BRIGHT RED, qui n'est pas ce qu'elle a fait de plus mauvais, et qui fut inspiré par les illustrations sonores magnifiques d'un merveilleux "jeu vidéo" qu'elle avait conçu dans les années 90, et qui s'appelait THE PUPPET MOTEL, CD-rom qui faisait des découvertes fabuleuses en termes de ludique et d'applications informatiques, pistes qui depuis n'ont jamais été explorées plus avant. Dommage pour l'informatique et votre ordinateur. Jamais mon PC ne m'avait fait plus rêver. Bah...
 
PEOPLE LIKE US : "It Would Be Nice in Yr Face"
Ah ! Voilà un mono-groupe (groupe d'une seule personne, à savoir la talentueuse Vicky Bennet) que j'adooooooore. Reine du collage, championne des DJ radio, cette femme a du goût et de l'humour. Tout son travail est merveilleux. Du miel pour les oreilles. Et drôle en plus de cela. Que demande le peuple ? Allez faire un tour sur ubu.com si vous voulez en entendre plus !
 
NEGATIVLAND : "Michael Jackson" et "Car Bomb"
Tiré de l'album sublimissime ESCAPE FROM NOISE. Groupe directement relié à People Like Us (PLU pour les intimes et les moteurs de recherche !), il est resté célèbre pour son incroyable procès contre le groupe U2, qui se transforma en croisade contre le copyright, mais pas à la mode alter-n'importequoi-iste française. Une visite de leur site vous montrera que ces gens-là ont une pensée très élaborée et tout à fait intéressante. Si les médias faisaient leur boulot, c'est eux qu'on irait interroger sur les récentes affaires de téléchargement et de musique sur Internet, et non pas des producteurs, Francis Cabrel ou Manu Chao ! Intellos et sensuels, donc. Il faut absolument écouter le morceau MICHAEL JACKSON en entier pour en apprécier la saveur. CAR BOMB est complètement différent.
 
CHARLES BRONSON : "Let's start a war..." et "I can't be friends..."
J'ai trois albums de CHARLES BRANSON, groupuscule inconnu de tous et découvert par hasard. Ils ne font pas du collage, mais procèdent toujours de la même façon : des chansons, les plus courtes possibles, jouées à fond la caisse ! C'est exactement toujours la même chose, mais je ne m'en lasse pas. En général, j'en écoute une par trimestre, mais si jamais j'oublie ce rituel, ça ne va pas du tout ! J'adore ce groupe pour une seule raison : j'adore leurs titres de morceaux. Sinon je ne sais rien d'eux !
La prochaine fois, je vous mettrai des chansons du groupe SISSY SPACEK, histoire de filer la métaphore (c'est pareil, mais en dix fois plus sauvage et bruitiste).
 
THE WIPEOUTERS : "Twist N' Launch"
Collages métaphoriques à base de musique garage détournée, les WIPEOUTERS sont très rigolos. Peut-être certains d'entre vous y reconnaîtront une autre influence, et c'est tout à fait normal, ce sont eux ! Cligne, cligne !
 
PHILIP GLASS : "Opening Credits"
Ce n’est pas du collage du tout, mais c'est un petit cadeau pour avoir tout écouté ! C'est bien sûr un extrait de la BO du sublissime film CANDYMAN de Bernard Rose, un des plus beaux métrages de la création. Je peux vous assurer (pour ceux qui n'ont pas eu la chance de voir le film), que ceux qui l'ont vu, eux, vont avoir la gorge nouée d'émotion en réécoutant ces quelques notes !
 
DRAHOMIRA SONG ORCHESTRA : "Dick Van Patten"
Il y a toujours un morceau du DSO dans ce juke-box. C'est tiré de l'album HUIT, ÇA SUFFIT, un de leurs meilleurs disques. Le DSO fait plein de choses souvent assez hétérogènes. Issus du collectif pluri-disciplinaire INSTITUT DRAHOMIRA (un endroit infesté de focaliens !), ce sont aussi des graphistes hors-pairs et des cinéastes fabuleux ! Allez faire un tour sur le site : vous ne regretterez pas le voyage !
 
Voilà, on a dépoussiéré le juke-box. Amusez-vous bien et à très bientôt.
 
Dr Devo.
 
PS : Le titre de cet article est une citation de JP Elkabach.
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Vendredi 24 février 2006

recommander publié dans : Mon Général

Bien cher André, tendre Zoé,
 
Comme vous le savez maintenant – et si vous l’ignorez, allez donc lire ici – je vis désormais mon quotidien de cinéphile par le biais de cette bien belle structure de l’Abécédaire, méthode de visionnage basée sur une contrainte ludique qui me permet d’alterner les styles, les genres et tout le reste, une lettre, un film. Le choix est déterminé au fur et à mesure : lorsque je regarde un film, toujours dans la continuité alphabétique, j’ajoute un autre film à l’autre extrémité de la pile. Interdiction, bien évidemment, de retoucher la sélection au gré de mes caprices, et d’effectuer des changements de dernière minute – bien qu’il y ait, dans la sélection qui va suivre, une entorse à cette règle dont je m’expliquerai auprès de votre Cour Suprême. C’est un système décidément passionnant, à la fois amusant et rudement sévère : bien qu’ayant fait l’acquisition du dernier Argento (VOUS AIMEZ HITCHCOCK ?), qu’il me tarde violemment de découvrir, je ne me suis pas autorisé d’exception. Il est bien programmé dans le prochain Abécédaire, il est là, sur l’étagère, à me narguer, et chaque nouveau film visionné me rapproche de l’instant T (ou V, à vrai dire), même si, en attendant, destin cruel, il m’a fallu passer par le film V de l’Abécédaire entamé sans déroger, quitte à ronger mon frein – car oui, j’ai donc été contraint par ma propre psychose à voir le VERCINGETORIX de Christophe(r) Lambert avant l’hommage de Dario à Alfred. C’est dur. C’est très dur. Mais, je vous le rappelle, quand on achète un film, c’est pour le voir, pas pour l’entreposer. Je vous avais promis de vous tenir au courant de l’évolution de l’Abécédaire, et comme le disait si bien Jean-Michel Dhermay dans LES AVENTURES GALANTES DE ZORRO de Gilbert Roussel (absolument pas co-réalisé par Bruno Mattei donc, contrairement à ce que laisse entendre le site Imdb, référentiel mais pas infaillible) : « Zorro tient toujours ce qu’il promet ! »
 
A comme… ANGEL, de Harley Cokeliss (Angleterre, 2002).
J’avais vu il y a plusieurs années un film d’Harley Cokeliss, DREAM DEMON, film d’épouvante onirique de très bonne tenue, aujourd’hui tombé dans les oubliettes (alors qu’on nous casse encore les pieds avec le très nul AMITYVILLE, LA MAISON DU DIABLE 25 ans après sa sortie, si c’est pas malheureux…). Avec ce (télé ?)film inédit, le cinéaste aborde un tout autre genre, un récit fantastique grand-public adapté d’un livre pour enfants de Melvin Burgess (également auteur du livre adapté par BILLY ELLIOT). Le film raconte comment un enfant anglais découvre un jour, par pur hasard, un passage le transportant des dizaines d’années en arrière, en pleine seconde guerre mondiale. Il fait la connaissance d’une petite fille, May, traumatisée par les bombardements et recueillie par un fermier, et se lie d’amitié avec elle. Lorsqu’il parvient enfin à retrouver le passage le ramenant à son époque, c’est pour apprendre qu’elle a trouvé la mort quelques jours après son départ dans le bombardement de la ferme où elle avait trouvé refuge. Il se met alors en tête de voyager à nouveau dans le temps pour changer le cours des événements. Joli récit, pas trop mièvre et ménageant quelques belles plages d’amertume, le film se regarde plutôt agréablement (la VOST est fournie par l’éditeur, ça c’est gentil) mais ne décolle pas vraiment, la mise en scène restant beaucoup trop sage et télévisuelle.
 
B comme… BAMBOLA, de Bigas Luna (France/Espagne/Italie, 1996).
Avec un cinéaste comme l’espagnol Bigas Luna, on est en droit de s’attendre à un film faisant preuve de davantage de personnalité, même si sa carrière n’est à mes yeux pas forcément à la hauteur de ce qu’on pouvait en attendre après l’extraordinaire ANGOISSE (scandaleusement invisible aujourd’hui). On peut, si l’on est un peu vache – et sans le comparer au très talentueux Julio Medem – considérer qu’il a un peu raté le coche et s’est depuis fait doubler par Alex de la Iglesia – qui a d’ailleurs fini par réaliser un film longtemps prévu pour Bigas, l’excellent PERDITA DURANGO. Tourné en Italie et en Italien, BAMBOLA raconte une histoire torturée, celle d’une belle jeune femme tombant amoureuse d’une brute épaisse, un homme violent rencontré en prison alors qu’elle rendait visite à un type incarcéré pour avoir tué, par accident, un proche de la Bambola en question, jaloux comme un pou. Rien d’infamant, mais il faut bien l’avouer : loin d’ANGOISSE, le film n’égale même pas le tout juste sympathique JAMBON JAMBON, et le film ronronne, tourne en rond. Bigas Luna poursuit ici son exploration de l’érotisme dans le style de son film LES VIES DE LOULOU, mais les enjeux sont bien maigres : Bambola est tiraillée entre son désir et sa répulsion, son attirance et son dégoût, son amour et son mépris, le film alternant les scènes érotiques à la provocation systématique et un peu facile (dont une scène pas très sensuelle faisant intervenir une anguille dans les ébats), et les éclats de violence et de jalousie un peu infantile. Bref, c’est de l’amour vache, et ce n’est hélas pas grand-chose d’autre. Même si le film est correctement mis en scène, il peine à se construire une vraie personnalité et à maintenir l’intérêt.
 
C comme… CAPITAINE KRONOS, TUEUR DE VAMPIRES, de Brian Clemens (Angleterre, 1974)
Belle rencontre, très prometteuse, entre l’un des créateurs de l’incontournable série CHAPEAU MELON ET BOTTES DE CUIR, et la Hammer dans ses derniers sursauts avant la chute. Au passage, deux mots sur les films de la Hammer. Contrairement à bien des critiques, si j’apprécie vivement certains films de la période classique (LE CAUCHEMAR DE DRACULA par exemple), je situe pour ma part une grande partie des plus belles réussites du studio de production dans sa dernière période, celle qu’on épingle si souvent pour sa vulgarité et sa complaisance. À mes yeux, c’est sans doute dans la dernière période que s’illustrent certains des meilleurs films de la firme : LE CIRQUE DES VAMPIRES, Dr JEKYLL ET SISTER HYDE, LA FILLE DE JACK L’EVENTREUR ou l’étonnant LES MONSTRES DE L’ESPACE, pour n’en citer que quelques uns, me paraissent faire preuve de bien plus de folie et d’inventivité que bon nombre de classiques de la Hammer comme LA MALEDICTION DES PHARAONS ou LE CHIEN DES BASKERVILLE. S’il est vrai que la qualité des suites de la série des Frankenstein ou des Dracula, (trop) portées en étendards de la firme, s’est considérablement dégradée, c’est pourtant à cette période que le studio a un peu cassé le moule du classicisme gothique pour laisser fuser des idées plus originales et des mises en scène plus iconoclastes. Il faut également ajouter, par ailleurs, qu’entre la Hammer et CHAPEAU MELON ET BOTTES DE CUIR, les parois ont souvent été très poreuses, et que l’on retrouve dans les meilleurs longs-métrages de la Hammer le foisonnement d’idées saugrenues, de cadrages audacieux, de brillants effets de montage qui caractérisent si bien la série anglaise – sans parler de leurs castings et génériques techniques respectifs. Raison de plus pour que Brian Clemens trouve sa place dans ce CAPITAINE KRONOS, qui n’a pourtant pas reçu l’accueil escompté. La faute, peut-être, à un casting bien inégal, le héros (Horst Janson) et son ennemi étant campés par des acteurs certes pas mauvais, mais manquant cruellement de charisme. Dommage pour le reste du casting, bien plus convaincant (Ian Hendry et Wanda Ventham sont excellents, et Caroline Munro, et bien, Caroline Munro est très jolie). Dommage aussi pour la mise en scène de Clemens, s’inscrivant effectivement avec aisance et originalité dans l’inspiration plus moderne et plus libre de cette production, l’une des dernières des studios Hammer à faire preuve de rigueur et de qualités cinématographiques – et l’échec du film en salles n’a pas contribué hélas à relever la barre. Certaines idées, dans cette relecture peu classique du thème du vampirisme, ont certes un peu vieilli : les jeunes filles vampirisées deviennent des vieillardes hideuses, ce qui occasionne quelques plans d’un comique involontaire renvoyant aux classiques du Benny Hill Show (Mademoiselle ?… Berk !!!). Mais le film reste franchement étonnant, ménageant des plages d’humour absurde décapant (lorsque Kronos cherche un moyen de détruire les vampires en « testant » plusieurs méthodes – pieu dans le cœur, flammes, pendaison – sur l’un de ses amis contaminés), des idées singulières (personnage, jamais développé, de la femme aux yeux bandés buvant tranquillement son verre de vin dans une auberge) et de superbes tranches de mise en scène (séquence dans l’église, où l’ombre portée d’un crucifix, jusqu’alors invisible et anodine, se révèle être la silhouette d’un vampire s’apprêtant à fondre sur sa proie). L’un dans l’autre, un excellent film.
 
D comme… DOUBLE VISION, de Chen Kuo-Fu (Taiwan / HongKong, 2002).
DOUBLE VISION est (encore !) une histoire de serial-killer, ici avec profiler importé des Etats-Unis à l’appui (David Morse, en forme), fortement teintée de fantastique, et pour cause : les victimes du tueur meurent sans qu’il ne les touche, elles meurent noyées sans qu’il n’y ait de l’eau, brûlées sans qu’il n’y ait d’incendie… Bizarre, bizarre… Un récit intrigant, qui ménage donc bien des révélations tonitruantes, et, HK oblige, des passages d’un lyrisme mélo échevelé assez cocasses. Ceci dit, le film, extrêmement stylisé, est fort bien rythmé, et sans faire preuve d’une folle originalité, parvient souvent à surprendre et à intriguer, ce qui n’est déjà pas si mal.
 
E comme… EXOTICA, d’Atom Egoyan (Canada, 1994).
Cela n’aurait que peu de poids de vous dire que c’est le meilleur film du cinéaste qu’il m’ait été donné de voir, dans la mesure où je ne connaissais de lui que le très beau VOYAGE DE FELICIA. Ça en aurait plus si je vous disais que c’est, de très loin, le meilleur film de la sélection ? EXOTICA est un film sensationnel, un parcours de chat, en quelque sorte (peut-être celui qu’une jeune fille laisse sortir dans le magnifique plan final ?), un chat qui se ballade tranquillement sur un cycle balisé, reprenant, en les approfondissant petit à petit, en en changeant subtilement la tonalité au fur et à mesure, les mêmes décors, les mêmes séquences, dans un rythme unique, nonchalant mais jamais monotone, extrêmement envoûtant, hypnotique. Le cinéaste développe ses personnages avec soin, préférant toujours distiller leurs parcours respectifs, dont certains sont profondément déchirants, dans sa mise en scène plutôt que dans un scénario trop écrit qui aurait pu facilement sombrer dans le mélo le plus téléphoné, ou pire, dans le jeu de hasards et de coïncidences le plus artificiel. Atom Egoyan maîtrise ces éléments à la perfection, égalant ainsi les meilleurs films de Julio Medem, dont son univers m’a paru ici assez proche. C’est un film beau à pleurer, et ça vaut le coup de le souligner, dans la mesure où l’affiche illustrant le DVD me semble rétrospectivement bien stupide et raccoleuse : une femme sexy sur fond noir, agenouillée dans une espèce de danse lascive et masturbatoire, des yeux de voyeur inquiétants, à la rigueur, si vous voulez, il faut bien vendre, ma pauvre Josiane, mais ce slogan : « Dans un monde de tentation, l’obsession est le désir le plus meurtrier », était-ce bien nécessaire ? Ne vous y laissez pas prendre, EXOTICA n’a rien à voir avec un BASIC INSTINCT de seconde zone. Mais alors, rien.
 
F comme… LE FLEUVE DE LA MORT, de Tim Hunter (USA, 1986).
Ni polar, ni mélodrame, ce petit film américain (inspiré d’un fait divers, mais je m’en contrefous) raconte l’histoire d’un groupe d’adolescents décidant de dissimuler la mort d’une jeune fille de leur entourage, assassinée par un de leurs amis, totalement gratuitement d’ailleurs. Vous imaginez d’ici le dilemme dans lequel est plongé un Keanu Reeves tout jeunot (et déjà passé expert dans l’Art de l’Inexpressivité Faciale). Ceci dit, le film vaut pourtant beaucoup pour son casting, avec notamment Joshua Miller, le « petit garçon » d’AUX FRONTIERES DE L’AUBE, plutôt bon acteur pour un gosse (et fils de Jason Miller, le jeune prêtre de L’EXORCISTE, accessoirement) ; Crispin Glover lui aussi tout jeunot (et déjà passé, en ce qui le concerne, expert dans l’Art de l’Interprétation Hystérique), en roue libre complète dans un rôle qu’il campe avec son jeu inimitable, aussi irritant qu’il est impressionnant. Chapeau surtout à Dennis Hopper dans le rôle d’un dealer agoraphobe et marginal, auquel l’acteur apporte énormément. Pour le reste, le film se suit gentiment, et préfigure curieusement l’univers de la série TWIN PEAKS par bien des aspects (structure du récit construite autour d’un cadavre, absence de la morte marquée par son siège vide dans la classe, vers lequel convergent les regards de ceux qui sont impliqués dans sa disparition, petite ville proche du fleuve et des forêts environnantes, musique synthétique assez obsessionnelle, etc.). Le tout manque toutefois d’un brin d’énergie et de personnalité, Tim Hunter restant solidement attaché à un scénario linéaire aux enjeux intéressants mais trop prévisibles.
 
G comme… GUEPES ATTACK, de Paul Andresen (USA / Mexique, 2003).
Quel titre formidable ! Vous parler franglais ? Ce DEADLY SWARM en VO (mais sans VO, ici ça ne fait rien) est une histoire bien classique de bébêtes tueuses, ici matérialisées par des effets en images de synthèse résolument désastreuses, tellement mauvaises qu’elles donneraient la nostalgie des morphings de WILLOW, c’est tout dire. Hélas, pour ce qui est du rayon Z, ce film ne risque pas d’éveiller vos zygomatiques malgré quelques scènes bien débiles comme il faut : l’ennui prédomine, et le film est littéralement assommant. Ça peut très largement s’éviter. Quitte à faire un détour. Le seul avantage étant que ce genre de produit à l’intérêt strictement égal à Zéro fait l’effet d’un grand coup d’éponge dans le cerveau : c’est comme une vidange, voilà, ça c’est fait, on peut retourner voir du cinéma maintenant ?
 
H comme… HANS CHRISTIAN ANDERSEN ET LA DANSEUSE, de Charles Vidor (USA, 1952).
Bon, là, je vais encore avoir un problème. Cette comédie musicale de Charles Vidor prend pourtant bien ses précautions via un carton au début du générique, précisant bien que le film n’est en aucun cas une biographie réaliste de l’écrivain danois, mais une fiction se donnant pour objectif d’imaginer librement un récit sur son parcours et sur l’origine de son inspiration. Ça, c’est super : j’adore l’œuvre d’Andersen, et je me réjouis de découvrir un film synthétisant la vie et l’œuvre dans un même mouvement créateur, préfigurant peut-être les réussites de David Cronenberg (William Burroughs dans LE FESTIN NU) ou de Steven Soderbergh (pour son KAFKA). Bon, je sais, l’affiche bariolée et nunuche (on dirait un film avec Shirley Temple) aurait dû me mettre la puce à l’oreille. Mais j’aime véritablement l’univers d’Andersen, qui a finalement peu été porté à l’écran, et encore plus rarement avec talent – tout juste peut-on relever le beau ROI ET L’OISEAU (malgré le parasitage un peu verbeux à mon goût de Jacques Prévert). [Celui qui mentionne LA PETITE SIRENE de Disney sort immédiatement.] Non pas que le film soit absolument lamentable – il présente une ou deux séquences musicales assez réussies. Mais il n’est quand même pas bon. Et il se casse même les dents en s’égarant longuement dans une transposition du récit de la « Petite Sirène » dans un ballet interminable, visuellement hideux et profondément ridicule – ben oui, les gars, moi, j’ai vu LES CHAUSSONS ROUGES de Michael Powell, merci pour lui ! Quant au scénario, même par reflets, il ne reflète en rien, mais alors en absolument rien, l’univers poétique, vénéneux et personnel d’Andersen, qui doit se retourner dans sa tombe au point de forer le pétrole en se voyant ainsi réduit à l’image du gentil conteur naïf, tout doux, tout miel, babillant des comptines devant un parterre de petits n’enfants (sûrement échappés de leur île, les salauds) bavant d’émerveillement. Lorsqu’il était convié à une lecture de contes, Hans Christian Andersen était réputé pour ses crises de rage quand on lui servait un public enfantin en guise d’audience. Et oui, Andersen écrivait des contes, mais n’était en aucun cas le Bernard Minet Danois qu’on voudrait aujourd’hui nous faire avaler – et moi, hors de question que j’avale Bernard Minet, non mais ! Ses textes, on a trop tendance à l’oublier, étaient très souvent sombres, complexes et littéraires. Ici, dans le film de Charles Vidor, il semble plus important de lui prêter une histoire d’amour malheureuse avec Zizi Jeanmaire !!! Ah, oui, c’est captivant. Mais le pire, c’est encore de le voir raconter l’histoire du « Vilain Petit Canard » à un mioche malade rejeté par ses camarades. Il la lui raconte, comme ça, dans la rue, et le mioche est tout heureux, tellement heureux qu’il court le dire à son papa, directeur d’un journal, qui décide, en guise de remerciement, de publier l’histoire, sans prévenir l’auteur, pour lui faire la surprise. C’est génial, les mecs, l’histoire est publiée par le journal, Hans devient célèbre, la vie est belle, tralala-itou. Mais qui a couché cette histoire par écrit ??? Le papa reconnaissant ??? Le gamin, après ses devoirs ??? On voit bien ici qu’il n’est pas question de littérature, il n’est question que d’histoires, de mignonnes petites histoires. Pour le respect, on repassera. Ou pas. Ça aussi, ça peut s’éviter.
 
I comme… L'ÎLE, de Kim Ki-Duk (Corée du Sud, 2000).
Et quand je verrai I COMME ICARE, ça fera « I comme… I comme Icare » ?
Bon, ça ne s’arrange pas. Un homme a tué son épouse volage, et va cacher sa honte et son désespoir dans une cabane de pêche flottante parmi tant d’autres, sur un lac d’une région reculée, gardienné par une jeune femme belle, mutique et mystérieuse. Se reporter à BAMBOLA pour retrouver exactement le même créneau de l’amour vache. À ceci près que si le film de Bigas Luna, aussi quelconque soit-il, assumait pleinement son érotisme, Kim Ki-Duk lui donne dans l’art et essai poseur avec cette bête de festival qui m’a très vite tapé sur le système. Le cinéaste coréen se repose de tout son poids sur la beauté des décors naturels, effective notamment dans ses plans de traversée du lac recouvert de brume. C’est très joli. Mais en ce qui concerne le cadrage, la mise en scène ou le travail sur le son, c’est quasiment le néant complet. L’épure n’est pas un art facile, et Kim Ki-Duk ne parvient jamais à faire émerger de mise en scène dans ses poses contemplatives à sombrer d’ennui. Et ce n’est pas avec un scénario aussi lourdement symbolique qu’il risque d’emporter mon adhésion. Le film est systématiquement prévisible, que ce soit dans ses excès (auto-mutilations avec hameçons, une pour l’homme dans la gorge, une pour la femme sur ses parties génitales, séquences douloureuses mais grotesques qui s’achèvent bien logiquement par un plan montrant l’un des membres de ce couple torturé, littéralement, pêcher son conjoint mutilé dans les eaux du lac), ou dans ses tentatives de provocation résolument ridicules (dont un plan splendouillet, pour reprendre l’expression de mon médecin traitant, sur un homme en train de faire caca dans le lac, avec le point de vue du lac, ha-ha). Tout ça, traité avec le plus grand sérieux, donne l’effet d’une insondable prétention, que vient souligner un plan final en forme d’allégorie (allégorille, oui !) d’une évidence frôlant de très prêt la bêtise pure et simple. Au secours. Sinon, il y a un film splendide qui s’appelle ONIBABA, et qui devrait faire rougir de honte cette ÎLE sur laquelle je ne suis pas prêt de remettre les pieds.
 
J comme… LE JOUR DU FLEAU, de John Schlesinger (USA, 1975).
Le lien renvoie à l’article du Dr Devo, auquel je souscris entièrement. C’est sans doute, et de loin, le meilleur film de Schlesinger ; la dernière partie du film est franchement impressionnante.
 
K comme… KUCH KUCH HOTA HAI, de Karan Johar (Inde, 1998).
Bon, j’avoue, j’ai un petit faible pervers pour le cinéma de Bollywood, pour des raisons qui tiennent essentiellement à l’aspect kitsch de la chose, je veux bien l’admettre. Du bariolé comme dans une pub pour Mir Couleur, des chorégraphies haut-bas-gauche-droite avec des dizaines de figurants synchrones, des chansons interminables aux sonorités absurdes et aux paroles nunuches, et me voilà au paradis. Quand, en plus, comme c’est le cas ici (du moins pour la première partie, soit 90 petites minutes), cet univers rencontre celui du film de college américain, c’est vraiment le bouquet. Sans parler de ces grandes plages mélodramatiques larmoyantes jusqu’à l’hystérie, j’adore. L’acteur principal, la star Shahrhuk Khan, est mauvais comme un cochon, mais de toute façon, le jeu des acteurs est ici souvent d’une naïveté assez désarmante – voir ce plan totalement indescriptible des retrouvailles de Rahul et Anjoula (rien que les noms des personnages me mettent en joie), séquence sans dialogues où les deux acteurs en font des caisses et des caisses et des caisses et des caisses, n’en jetez plus, et vous m’en mettrez une de côté. J’avoue y prendre beaucoup de plaisir, même si, c’est vrai, je m’essouffle un peu au bout de 2h30. Je souligne avant de passer à la suite que j’ai été assez stupéfait de voir l’actrice Kajol (avec son nouveau parfum, vous allez beaucoup l’aimer) fredonner la « Danse des Canards » pour se moquer de son ami Rahul. Délicieux.
 
L comme… LA LOUVE SANGUINAIRE, de Rino di Silvestro (Italie, 1976).
Pour ce film également, je vous renvoie au très bon article du Dr Devo. LA LOUVE SANGUINAIRE a des aspects un peu désuets (sa musique notamment a bien mal vieilli), mais fait preuve d’originalité et d’une belle énergie, à l’image de son interprète Annik Borel, qui s’investit dans un rôle risqué avec une puissance et une absence de retenue qui laissent sans voix. Très bon film.
 
M comme… THE MAN WHO CRIED, de Sally Potter (Angleterre / France, 2000).
De Sally Potter, je ne connaissais que le splendide ORLANDO, remarquable adaptation du roman de Virginia Wolff où les pas de Tilda Swinton croisaient ceux de Jimmy Somerville sans tourner au ridicule, bien au contraire. Et j’appréhendais un peu THE MAN WHO CRIED, moins réputé, au sujet peu attrayant (les juifs, la grande guerre, le chaos, etc.) rendu encore plus rébarbatif par une jaquette DVD citant maladroitement une accroche idiote extraite du magazine « Jeune et Jolie » (Vieille et Décatie, ça existe ?) : « Un hymne à la tolérance et à l’amour », nous promet la péronnelle. Oui, bon, un hymne à l’amour, comme Tous pour l’Ethiopie ou We are the World, sans façon. En réalité, si le film est effectivement à cent coudées en dessous d’ORLANDO, la déception reste modeste. Sally Potter semble se préoccuper davantage de mise en scène que d’hymnes à des choses positives. Le scénario tire ici ou là quelques grosses ficelles, et certains éléments font un peu trébucher le métrage (John Turturro n’est pas très convaincant dans ses vocalises en play-back de chanteur d’opéra). Mais dans l’ensemble, Sally Potter évite toutes les séquences démonstratives dans lesquelles se serait vautré n’importe quel autre cinéaste, préférant des ellipses parfois saisissantes aux séquences les plus attendues dans ce genre de sujet. Elle maintient l’Histoire à distance, et se focalise sur l’évolution de son récit (une juive tombant amoureuse d’un gitan pendant la seconde guerre mondiale, et pourquoi pas une co-location avec un homosexuel pour parfaire le tableau ?), construit par un enchevêtrement de répétitions, d’échos et parfois de prémonitions – qui ne sont pas celles des personnages mais bien de la mise en scène et du montage. Modérément certes, mais on est loin d’œuvres démonstratives comme ont pu en livrer sur le même thème des cinéastes comme Spielberg ou Polanski. Sally Potter n’a pas de leçons à donner, elle adapte un récit sans véritable éclat, mais avec intelligence et avec une belle intensité. C’est un beau film, superbement photographié, dans lequel surnagent quelques séquences assez fabuleuses, dont une montrant Cate Blanchett assistant à un opéra qui se transforme soudain en séance de cinéma, chorégraphie aquatique hollywoodienne en noir et blanc, avant que des inserts (en couleur et d’une netteté très malpolie) ne nous montrent Cate Blanchett, épanouie parmi les autres nageuses, écho d’une séquence dans une piscine qui n’interviendra que bien plus tard dans le récit, mais avec le plus grand fracas.
 
N comme… NUMERO 17, d’Alfred Hitchcock (Angleterre, 1932).
On sort tout juste du muet : la sonorisation est encore partielle, hésitante et parfois maladroite (voir une séquence de bagarre avec des “pif” et des “pafs” à peine plus percutants qu’une gifle de bébé). Par contre, la mise en scène d’Hitchcock est fort soignée : le montage est vif, aucune théâtralité, la caméra est mobile, et le cinéaste instaure une atmosphère proche du fantastique dans une première partie en forme de huis clos, la meilleure du film d’ailleurs, avec un plan particulièrement réussi et très surprenant : les lumières du passage d’un train (visibles à l’intérieur de la demeure en ruine où se déroule une grande partie du métrage !) illuminent le cadavre au pied de deux personnages, puis leurs visages effrayés, étrangement déformés par un effet optique très curieux. C’est soigné, rythmé et souvent assez drôle, bref : un moment très agréable.
 
O comme… OCTOPUS II, de Yossi Wein (USA, 2001).
C’est la séquelle d’un des innombrables films de monstres dont la firme américaine Nu Image s’était fait une spécialité (avant de s’orienter tout récemment vers des productions plus « officielles » et ambitieuses : bonne chance !), un flot de productions alternant les petites réussites Z (SHARK ATTACK III et SPIDERS en particulier) et les navets soporifiques, comme d’ailleurs le premier OCTOPUS. Sa suite n’est hélas pas tellement plus reluisante : aucun rythme, et pas de drôlerie particulière – à part peut-être les grognements ridicules de la pieuvre géante aux yeux lumineux lorsqu’elle fait surface. Les effets spéciaux sont assez calamiteux (notamment parce que les raccords entre la pieuvre en images de synthèse à deux balles et les acteurs s’enroulant eux-mêmes dans des tentacules en caoutchouc, comme dans PLAN 9 FROM OUTER SPACE, font très mal aux yeux) et le scénario est complètement foireux – le film se poursuivant près de vingt minutes après la mort de la créature en se lançant dans un remake poussif de DAYLIGHT, juste histoire de tenir les 90 minutes réglementaires. Parfait pour soigner les insomnies ceci dit.
 
P comme… PREPAREZ VOS MOUCHOIRS, de Bertrand Blier (France / Belgique, 1977).
Oscar du meilleur film étranger (que Blier attribue humblement à l’absence dans la sélection, imprévue, de SONATE D’AUTOMNE), PREPAREZ VOS MOUCHOIRS est un drôle de film. D’un côté, le film semble un peu avoir déçu à l’époque, car il venait après LES VALSEUSES, mais ne s’inscrivait pas dans la même veine provocatrice (et assez noire). C’est un film, au contraire, assez tendre, plus ouvertement humoristique, à l’atmosphère vive, mais paisible. D’un autre côté, son sujet (une femme insatisfaite, Carole Laure – parfaite, qui ne trouve pas son compte dans les bras de son conjoint ou de l’amant qu’il lui propose pour lui rendre le sourire, mais qui finit par trouver le bonheur, tomber amoureuse et faire un enfant avec… un garçon de 13 ans !) est, par la petite bande, assez provocateur – et serait probablement l’objet d’un scandale s’il était tourné aujourd’hui. Le film n’est cependant à aucun moment tendancieux ou déviant, et parvient au contraire à trouver une incroyable justesse de ton, un équilibre lumineux, frais et optimiste, grâce à une mise en scène fluide (bien qu’elle ne soit pas encore d’une très grande richesse) et surtout grâce à une finesse d’écriture assez remarquable, et faut-il le préciser, d’un humour assez imparable.
 
R comme… ROBERTO SUCCO, de Cédric Kahn (France / Suisse, 2001).
Serial-killer encore, mais dans un sous-genre plus précis, celui du film inspiré par un véritable assassin, vu de l’intérieur, un peu dans la lignée de films comme LES TUEURS DE LA LUNE DE MIEL, HENRY – PORTRAIT OF A SERIAL KILLER ou LUCIE AUBRAC (non ?). Ici, nous avons affaire à Roberto Succo (solidement interprété par Stefano Cassetti). Cédric Kahn signe un film très honorable, tout en retenue, sobre, serré, efficacement réalisé, qui a le mérite d’éviter les effets (de mise en scène ou d’écriture) racoleurs, et qui a le tort, dans sa rigoureuse sobriété, de ne pas faire preuve d’une grande personnalité, contrairement aux films de Leonard Kastle ou de John McNaughton. Ceci dit, encore une fois, le film s’avère intéressant, subtil et parfois très anxiogène, et le casting (cocorico ! c’est pas tous les jours Noël !) est sans fautes, jusqu’à la bizarre Isild le Besco, parfaitement dans son élément. Pas mal du tout.
 
S comme… SAHARA, de Breck Eisner (USA / Espagne / Allemagne, 2005).
Ça tombe bien, je l’ai vu un dimanche soir. Le créneau parfait pour ce film d’aventures efficace mais très quelconque, amusant mais piètrement réalisé – ça fuse de partout, mais le montage ne suit pas, et agace parfois profondément : si vous avez l’occasion ou l’envie saugrenue de voir ce film, regardez un peu comment les actions un peu « élaborées » (explosions, personnages tombant d’un bateau, etc.) sont systématiquement décomposées en quatre plans très courts, c’est très tendance, ça, et bon nombre de cinéastes actuels semblent intimement persuadés que cela contribue à donner du mouvement, de l’énergie et de la nervosité à leur petite, petite, petite mise en scène friquée – ils se fourrent le doigt dans l’œil, ce genre de découpage flaire juste le cache-misère et ne met absolument pas en valeur ce qu’il est supposé magnifier. Mouais.
 
T comme… TOUBIB MALGRE LUI, de Michael Apted (USA, 1987).
Je ne sais pas pourquoi je m’entête à regarder les vieilles comédies de feu Richard Pryor alors que je ne le trouve même pas très bon. Ceci dit, ce TOUBIB MALGRE LUI est plus réussi que COMMENT DEPENSER UN MILLION DE DOLLARS PAR JOUR de Walter Hill. Ce qui n’en fait pas une merveille, loin de là. Richard Pryor se retrouve donc, par un complexe concours de circonstances, bloqué dans un hôpital, après avoir endossé l’identité du médecin qu’il n’est pas. Vous devinez la suite. C’est aimablement chaotique, quelques gags font mouche (surtout les plus vulgaires, il faut bien l’admettre) et on est étonné de retrouver là, dans le rôle d’un dangereux criminel, l’acteur Joe Dallessandro, d’autant plus qu’à aucun moment il ne montre ses fesses.
 
U comme… UN BAQUET DE SANG, de Roger Corman (USA, 1959).
Sacré Roger Corman… Déjà bien opportuniste dans les années 50, il livre ici un de ces petits budgets dont il a le secret, tournés en deux temps trois mouvements, et très largement inspiré du scénario de L’HOMME AU MASQUE DE CIRE, qu’il transpose ici, fort astucieusement et avec talent, dans le milieu artistique beatnik. Dick Miller (qui a rempli sa sympathique filmographie essentiellement par sa présence quasi systématique dans les films de Corman et de Joe Dante) interprète donc ici un type un peu demeuré baignant dans le milieu beatnik sans y être vraiment accepté, jusqu’au jour où il leur présente une sculpture de son cru, qu’il a nommée « Chat mort », sculpture qui remporte un énorme succès : il lui faut donc fournir d’autres statues. Problème : la sculpture « Chat mort » est en réalité… un chat mort qu’il a recouvert d’argile. Et comme les sculptures suivantes s’appellent « Homme mort », « Femme étranglée » ou « Tête d’homme », je vous laisse deviner le pot aux roses. Loin de la stylisation du cycle des films adaptés d’Edgar Allan Poe, UN BAQUET DE SANG s’inscrit dans la série des films à très petit budget tournés par Roger Corman (dont le plus célèbre reste sans doute LA PETITE BOUTIQUE DES HORREURS). C’est un film très attachant, particulièrement bien écrit et d’une noirceur assez radicale.
 
V comme… VERCINGETORIX, de Jacques Dorfmann (France / Canada / Belgique, 2001).
Aïe. Ouïe. Celui-là, je l’ai vraiment senti passer. Dire que si Vercingétorix avait été incarné par Gérard Depardieu, je ne me serais jamais infligé ça… Mais que voulez-vous, je me suis mis à suivre la carrière de Christophe(r) Lambert – encouragé dans cette voie par le Dr Devo, bonjour la prescription ! Et bien je préfère encore revoir GIDEON que cette soupe saumâtre. Bon, le film est assez drôle au 36e degré : c’est le festival de la Perruque (Christophe(r) ressemble ici à un croisement bâtard entre Catherine Lara et le John Travolta de BATTLEFIELD EARTH), la coproduction internationale impose une post-synchronisation désastreuse (les dialogues absurdes étant encore l’élément le plus amusant du film) entrecoupée de répliques qui tuent (« Gauloises, Gaulois ! »), les génériques d’ouverture et de fin ont des proportions co(s)miques, Klaus Maria Brandade de Morue cabotine comme un chien en rut au milieu d’acteurs costumés façon Astérix. Oui, oui, c’est amusant. Mais bon sang, même pour rire, que c’est long parfois, deux heures (DEUX heures, deux heures, 2 heures, misère), d’autant plus que Jacques Dorfmann, dans la séquence de bataille finale, pompe honteusement le RAN de Kurosawa, qui ne s’en offusquera sans doute pas, non seulement parce qu’il est mort, mais aussi parce qu’à l’écran, ça devient juste, involontairement, parodique.
 
W comme… WITCHOUSE, de David DeCoteau (USA, 1999).
Et non pas WITCHOUSE II comme initialement prévu, car c’est bien à ce stade que j’ai décidé d’enfreindre le strict règlement. La cause en est simple : j’avais prévu de visionner ce WITCHOUSE II sans jamais avoir vu l’original, dont je ne possédais pas de copie. L’ayant trouvée ce week-end, il m’a paru idiot de ne pas les intervertir. D’autant plus que, si ça se trouve, je n’aurais rien compris à WITCHOUSE II sans avoir vu WITCHOUSE 1, qui sait ? J’en doute, ceci dit. WITCHOUSE est une production de la firme Full Moon, siège du producteur Charles Band, qui inonde le marché de films souvent très mauvais, mais qui ont au moins, de temps à autres, un peu de personnalité ; c’est aussi une des dernières boîtes à produire, encore aujourd’hui, de petites séries B à l’ancienne, parfois assez cocasses d’ailleurs (LE CERVEAU DE LA FAMILLE, THE KILLER EYE, ou encore CREEPS, le film où les Grands Monstres du Fantastique – Dracula, la Momie, le Loup-Garou, Frankenstein – sont interprétés par des nains !). Avec WITCHOUSE, cela dit, on est en terrain familier, les pieds bien plantés sur les sentiers battus. Une bande de jeunes crétins organise une soirée dans un manoir isolé, et tout va mollement jusqu’à ce que les lieux soient investis par une sorcière. Pour ce qui est du scénario, rien à signaler, vous pouvez circuler. Les acteurs sont mauvais comme des cochons, à l’exception notable d’une certaine Brooke Mueller, petite bombasse blonde dont le jeu outré et extraordinairement vulgaire m’a franchement ravi. Les mecs sont tous des mickeys bodybuildés habillés en marcels, mais vérification faite, tout est normal : le « Jack Reed » qui signe la mise en scène n’est autre que notre bon vieux David DeCoteau, cinéaste gay qui a considérablement « orienté » son cinéma depuis son outing (voir l’article sur le film LEECHES). Mais là n’est pas la caractéristique première de ce vieux briscard de la série Z : depuis quelques temps, il a découvert une figure de style cinématographique qu’il semble avoir décidé d’exploiter jusqu’à la moelle : le plan basculé. Dans un mouvement chaloupé (le premier est très subtil et assez beau, mais ensuite, David se lâche complètement), les plans tanguent sur la gauche, puis sur la droite, puis à nouveau sur la gauche si le plan dure suffisamment longtemps, et ce, à chaque plan et pendant tout le film !!! C’est assez surréaliste, c’est très con, c’est drôle sur la longueur, mais mieux vaut ne pas avoir mangé des huîtres. À part ça, rien à signaler, le film est très Z, assez laborieux, très court, et est dédié à l’un des mickeys du casting, assassiné peu après le tournage de THE KILLER EYE à l’âge de 28 ans, si c'est pas malheureux.
 
Z comme… ZELIG, de Woody Allen (USA, 1983).
Je n’avais pas revu le film depuis une paye, et il faut bien dire qu’il s’avère tout à fait à la hauteur de sa réputation : c’est malin, insolent, vif, et c’est aussi l’un des films les plus drôles du cinéaste avec GUERRE ET AMOUR. Pour ceux qui ne le situeraient pas, il s’agit d’un faux documentaire sur un homme ayant développé, par pure névrose, la capacité de prendre l’apparence et la personnalité des personnes qui s’approchent de lui, sauf les femmes. (« Des tests sont en cours actuellement avec un nain et une poule », nous informe la voix-off). Il peut donc devenir chinois, indien, noir, etc., ce qui fait de lui la menace la plus sérieuse pesant sur le continent (dixit le Ku Klux Klan). On dit parfois bien du mal de Woody Allen sur Matière Focale – et il le mérite souvent, sa carrière étant tout de même très inégale et pas spécialement dans le haut de la vague ces dernières années, raison de plus pour mettre en valeur ceux de ses films qui valent vraiment le détour : ZELIG en fait indubitablement partie.
 
Mark Toesca me presse de vous proposer, pour conclure, cet Abécédaire sous la forme d’un Top 23 (pas 50 pour des raisons de bonne logique, mais pas 26 non plus car j’étais en panne de films en Q, X et Y). Le voici, et pour information, à partir de SAHARA inclus, vous pouvez économiser votre argent sans regrets.
 
EXOTICA
ZELIG
LE JOUR DU FLEAU
THE MAN WHO CRIED
PREPAREZ VOS MOUCHOIRS
CAPITAINE KRONOS
DOUBLE VISION
ROBERTO SUCCO
LE FLEUVE DE LA MORT
KUCH KUCH HOTA HAI
LA LOUVE SANGUINAIRE
NUMERO 17
UN BAQUET DE SANG
BAMBOLA
SAHARA
TOUBIB MALGRE LUI
HANS CHRISTIAN ANDERSON ET LA DANSEUSE
ANGEL
WITCHOUSE
VERCINGETORIX
L’ÎLE
OCTOPUS II
GUEPES ATTACK
 
Bien, ce fut un plaisir je l’espère partagé : je vous abandonne, je dois aller voir L’ATTAQUE DES CRABES GEANTS.
 
Le Marquis

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Mardi 21 février 2006

recommander publié dans : Chroniques de l'Abécédaire

(Photo : "Ze(u)rovision (un jour que je me balladais en Lituanie") par Dr Devo)

Chers focaliens,
 
Si on allait au cinéma ? Oui, mais il n'y a rien. C'est dans ces cas-là qu'on apprécie sa carte illimitée Pathugmont ! Quand c'est comme ça, quand il n'y a rien en apparence, quand vous avez déjà vu le superbe LES MOTS RETROUVÉS (s'il passe encore en France en deuxième semaine, ce qui est loin d'être certain), dans ces cas-là, dis-je, soyez Devo chez vous ! Appliquez le baume du bonheur du bon Dr, avec de vrais morceaux de tigre dedans (que des espèces protégées !). [Pour nos amis amis des animaux et de leurs amis : tout ça c'est pour de faux ! Manger des animaux en voie de disparition, c'est mal ! Ou alors avec des légumes...] Oui, oui appliquez la méthode Devo sur vous-même : allez voir un film au hasard !
Comme je l'avais déjà démontré, expérience empirique à l'appui, dans mon sublime article SI J'ETAIS PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE ("la modestie, c'est de savoir reconnaître ses capacités", David Niven), vous avez autant de chances de voir de bons films en allant au cinéma au hasard qu'en choisissant. Et quand il n'y a rien, profitez en pour augmenter, à cause de ce même principe, vos chances de voir un bon film. [Ceux qui ne sont pas convaincus n'ont qu'à aller lire l'article. Je suis Docteur.] Et allez voir quelque chose que vous ne seriez jamais allés voir. Ou alors prenez la personne qui vous ressemble le moins dans la file, et demandez lui de vous dire un nombre au hasard de 1 à N [N=nombre de salles dans votre Pathugmont]. Et Zou, c'est parti !
C'est comme ça que moi, personnellement, en ce qui me concerne, je suis allé voir L’HONNEUR DU DRAGON !
 
Allez, laissez reposer cet article un peu. Allez vous servir un petit verre de marsala ou une verveine. Les fumeurs, allez en griller une dans le jardin ou sur le balcon. Ne pensez plus à rien, ne pensez plus à ce que je vous ai dit, ne paniquez pas, respirez le frais. Durée de la pause : 5 minutes. Ensuite, allez faire pipi et revenez me voir pour lire la suite.
 
La Thaïlande. Vaste pays aux paysages variés. Peuple des mille sourires et parfums éternels. Délice des chouli-choulis au