Chers Focaliens,

Voilà qui tombe bien mal ! C'est la meilleure période de l'année pour aller voir des films, et je suis dans l'extrême impossibilité de pouvoir écrire des articles, faute de temps. Pour une fois, il me faut admettre ma défaite contre Cronos et ses légions maléfiques. Ceci dit, si vous n'avez pas encore vu BUG de William Friedkin, vous pouvez y courir : malgré la rumeur de film simpliste et ennuyeux, c'est absolument magnifique. Allez voir aussi ce qui sera sans doute le film le plus important de la décennie : LE DIREKTOR de Lars Von Trier. C'est un bonheur extraordinaire. C'est absurde et bondissant, extrêmement drôle, et c'est une façon étrange mais certaine de mettre en place des principes focaliens dans le cadre de la mise en scène d'un film. Je ne vous en dis pas plus, et vous laisse la surprise.

En attendant des jours prochains et meilleurs pour mes activités d'écriture (ce qu ne devrait pas tarder), j'accueille Mek-Ouyes, fidèle camarade, dont je vous encourage à voir le site (le site de photos le plus absurde que je connaisse, mais en même temps c'est le seul que je fréquente) qui pendant l'interlude vous fera patienter et méditer grâce à ses photos bizarres. [C'est le seul photographe que je connaisse qui ait fait une expo en gallerie sur le thème du télé-achat !]

En attendant de vous retrouver sous peu, je vous laisse entre de bonnes mains, et vous souhaite plein de beaux films...

[Pendant mon exil focalien, vous pouvez envoyer vos impressions, vos questions et votre courrier en cliquant sur la pin-up avec le biniou. Si j'ai assez de courrier, je ferai un article spécial...]

Dr Devo.



[photo: "le public a toujours raison" par Mek-Ouyes]

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Mercredi 28 février 2007

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[Photo : "Mais vous pleurez, mi-lourd ? (La Môme Néant)" par Mek-Ouyes et Dr Devo]

 

 



Peu importe si tu ne regrettes rien, Milouze ! Edith Piaf ! LA MÔME. Olivier Dahan !

Il y a longtemps dans une lointaine galaxie... Des acteurs jouent la valse de la vie. Edith est une petite fille pas gâtée par la vie. Sa mère, c'est Clotilde Courau, chanteuse de rue alcoolique et pauvrasse. Son père, encore pire, c'est Jean-Paul Rouve, acrobate, enfant de la balle, le cirque, qui finira cirque de rue, le pire du pire. Edith sera vite ballottée par la vie et finalement élevée par une grand-mère que, tel le gitan, elle ne connaît pas, Catherine Allégret, mère-maquerelle et gérante d'un bordel, où toutes vont dorloter la petite Edith, notamment Emmanuelle Seigner (correcte). [Catherine Allégret est la meilleure comédienne du film, notamment sur le plan où elle s'assoit à la table de la cuisine le lendemain, au premier matin. Très beau naturel dans ces quelques secondes... Sinon, c'est correct aussi...]. Mais la vie ne fait pas de cadeau, et Edith sera récupérée par son imbécile de père, qui en plus d'être presque violent, porte des t-shirts blancs à anses, ce qui marquera beaucoup la petite... (cf. Le plan-séquence où la petite fille essaie de retrouver le t-shirt de son père qui, sinon, va lui filer une beigne, le père, pas le t-shirt, suivez un peu !). Plus tard en Pologne, à en croire les critiques. Edith chante en Californie. "Bah, y sont quand même drôlasses, mon petit Hector, ces amerloques, t'appelles ça un hamburguère, moi j'appelle ça un kangourou pourri déguisé en cercueil à pédales ! Allez, remets-moi une coupette, j'ai besoin de dormir ! Mais avant ça, on va faire la fête et on va chanter..." [Lu dans la presse : "Bézu, l'inventeur de À LA QUEUE LEU-LEU, meurt dans la plus totale des solitudes".] Quelques années auparavant, c’est les années galères, avec encore là la guigne et l’alcool, et même pour être précis, gros rouge cuvée Valcop, mélange de divers produits de la C.E.E. en bouteille plastique, et Sylvie Testud, de plus, c’est vraiment pas de chance. [Un plan de regard dans le vide très joli pour Testud. Soudan (l’été dernier, hi-hi !), c’est déjà ça, c’est déjà ça…] Et puis plus tard-après-le-14-juin-1955-à-5h28-du-matin, ce sera la rencontre avec le dentiste en t-shirt, accessoirement champion de boxe, et dans le contexte que je viens de décrire, seulement mi-lourd, si j’ose dire. Au niveau interprétatif, j’entends. Buddy Holly. La Bamba. Yo no soy Querelle de Brest. Airbus vs. Les Alpes. La montagne, forcément sacrée, gagne. Vous voyez le topo ! Cotillard se perd dans les allées du destin, et nous notre innocence, si là aussi, il faut oser.

20 ans plus tard, 1987, est déjà loin, pour moi aussi, et puis il y a eu la rue Léo Ferré. Ces textes, haaaa, le maudit blues. Notre bon docteur, sur les airs, devant la troupe ébahie des étudiants en larmes. C’est plus Orlan que Franju, LA SISTER BIRDY (titre de re-travail), c’est plutôt l’art de la terrine, forcément William, c’est les FRÈRES GRIMM ! Edith The Hutt, moitié Josée Dayan de 40 kilos, moitié John Hurt (revu hier, « oh les amis, oh les amis »). La (las ? là ?) L’Oréal attitude.
Le plateau luxueux à quasiment une scène/un décor, le costume qui n’est pas une fois, mais qui commence à le devenir, ça pèse. Ca pèse un max, même, dans tous les sens du terme, et je le démontre : production sur-fortunée, machinerie balourde du film bio qui appelle le bisou barbu, ça pique, ça pique ! Le TITANIC à la française, chez nous, là-bas, la Californie, malheureusement sans Julien Clerc ni Kurt Cobain (ou n’importe quel chanteur maudit), LA MÔME vise l’international, et fait en sorte, quitte à répéter comme ces fondus enchaînés paysage à gauche, visage chantant à droite qui durent des plombent et reviennent trois fois, ou douze je sais plus. Le gagnant curieusement est japonais, Tetsuo Nagata, photographe doué, un peu de camembert, mi-lourd,  remember C’EST QUOI LA VIE, portrait de ploucs bien plus sympathique que la vie des stars, qui l’avait prouvé. Alors oui, ça et là, et notamment dans les quarante premières bobines, euh pardon, minutes, oui, ça photographie correct, et ça cadre un tout petit peu. Puis ça se répète et la photo se contamine, période Melissa métisse de Manhattan, justement, l’Amérique, marché rêvé des anges justement, bousille tout, une fois de plus, mais à cause de nous, la France. Il faut faire comme les Ricains, alors Nagata obéit et tourne sa sacoche autour de lui, et crie "Hélicoptère !". À force de suivre, on se perd, c’est hideux.
On y avait pourtant cru pendant 15 minutes, non pas que ce fut beau à pleurer mais parce qu’il y avait un peu de travail, notamment la volonté de faire du rythmique plus que du Melody, on se disait presque que tiens, il aurait un documentaliste payé au SMIC qui lui aurait montré un Bernard Rose ou deux. Exemple : la séquence "Mais vous pleurez Milooze", par exemple,  où l'actrice balance "Allez ricain, balance la sauce", bien vu, ou encore le générique muet et le travelling à suivre pas cadré mais surprenant dans le contexte. Ou encore la kitscherie générale de la France de la Misère à la Victor Hugo et en roulotte, on n’est pas à 100 ans près ! Là d’accord, si on omet JP Rouve bien sûr, dont on se demande bien comment il se retrouve dans une production aussi chèrosse, aussi coûteuse, lui qui fait tellement pauvre… Quel mauvais choix ! Ça fait plouc ! Revenons à nos moutons, pendant 15 minutes, ça fonctionne. Le mélange des époques, Houuuuuuuuuuuuu, pinaise, la narration éclatée, les critiques ils adorent ça en fait, et là, il acclament ! [On aurait fait ça avec
TRUMAN CAPOTE, ça aurait été le scandale absolu, TRUMAN CAPOTE et ses petits flash-back miteux, hihihi…] Mes collègues sont très iconoclastes. Ils adorent la narration éclatée. Et pour un film à costumes, ils sont sur le cul : c’est pas du Ruiz c’est carrément INLAND EMPIRE ! Ça passe d’une époque et d’un pays à l’autre, c’est génial ce kaléidoscope ! Quel vertige ! En fait de déconstruction, on sent qu’au bout de 20 minutes, rien ne tiendra en ce sens, et c’est ce qui arrive. Les séquences dans telle ou telle époque sont de plus en plus longues. Et dans la dernière partie, le docteur a toujours raison et sait ce qui est bon pour vous, dans la dernière partie, les apartés sont tellement interminables qu’on peut raisonnablement dire que le film est strictement linéaire. Ce qui se voit d’autant plus que la mise en scène finit par tourner sur le mode répétition. Il y aura quelques idées ça et là (la confusion son-ON de Piaf sur scène, avec la B.O. du film ; idée élégante dans la vulgarité globale), mais jamais la conquête du rythme, et la libération des choses qui ne se font pas se feront. La première bobine est la vraie orpheline du film, c’est un peu court pour l’indulgence ! Et puis, il ne faut pas juger les choses par rapport à la concurrence, surtout intra-nationale, mais il faut juger et aimer à l’aune du Beau.

Ils discutèrent ensuite… La Cotillard, la pauvresse, qui fait exactement ce qu’on lui dit de faire, n’aurait pas été crédible, disent-ils, si elle fut blonde et avait mesurée 1.80m ! Et bien si ! Je dis si ! Justement ! Moi, j’aurais adoré que ce soit Jamel ou Meryl Streep qui joue Piaf !

Parce que finalement, qu’est-ce que le film, sinon un concours ? Cotipiaf devient Edithiard progressivement. Elle(s) se ressemble(nt) de moins en moins, je me disais pendant la projection. Le film n’en est pas un, c’est un spectacle de Laurent Gerra. Si au moins ça assumait ça ! « HA que coucou ! Que c’est moi, Edith Piaf ! Et que j’aime le Wock N’ Wall ! » Thierry Le Luron, Gerald Dahan (trop facile, je la ferai pas), Laurent Gerra, Pierre Douglas, Nicolas Canteloup et Tatayé sont la véritable inspiration de ce film sublime, zoublime, car si vous voulez je peux le dire, c’est zoubliiiiiiiiiiiiime, c’est guénialeuh, c’est vraiment zouber ! Cotipiaf écrase tout le monde, mais ouais, si vous voulez ! [Revoyez au moins la FIDÉLITÉ de Zulawski, quand même !] C’est le film de l’année si vous voulez ! C’est sublime, cette grande collection Atlas des Grandes Légendes Françaises (après INDIGÈNES et sa figurine de Jamel offerte en cadeau pour 1.99 euros seulement) ! Mais je propose autre chose de moins coûteux, pour les critiques, les réalisateurs, les producteurs et les spectateurs qui ont pris des actions chez Kleenex : repassez-vous, grâce à la technologie DVD, les scènes de bars de LA GUERRE DES ÉTOILES et aussi les scènes avec Jabba, mais attention, en coupant le son… Et imitez avec votre micro de karaoké, les imitateurs qui imitent les grandes légendes françaises. On appellerait ça des "soirées biopic "! Plutôt que d’aller payer une place de cinéma, faites le film vous-même entre amis, après la raclette !

Je m’aperçus qu’en fait, LA MÔME Piaf était une biographie d’Albert de Monaco, et pas seulement pour le jeu de mot. Soyez rassurés, gentils critiques, elle aura son César…

Le bon spéculateur, lui, n’aura pas acheté des actions chez Panavision, ou chez Kleenex, mais bien chez Demak-Up !

C’était Jean-Pierre Gaillard en direct de la Bourse de Paris !


Mr Mort.

PS : Je crois que les trafficotis de voix sont proprement insupportables et pourraient servir d’armes militaires.
Marc Barbé, t’es sur ma liste !

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Mardi 20 février 2007

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[Photo : "Les Révélations de l'Année Sont..." par Mek-Ouyes]

 

Chers Focaliens,

Et si vos week-ends étaient tout d'un coup plus intéressants que la semaine, pour changer ? C'est peut-être possible grâce à Matière Focale. Je participe en effet ce samedi, de 14 heures à 15 heures, sur l'antenne de la radio lilloise Radio Campus (106.6), à l'émission LES AVENTURIERS DES SALLES OBSCURES où je dispenserai moult critiques.

Que vous soyez du Nord ou pas, vous pouvez écoutez l'émission, sans probleme, de différentes manières... Comment ça marche ? L'émission est diffusée, tous les samedis, par Radio Campus, célèbre organe sonore de la région lilloise de 14 à 15 heures. Si tu habites Lille, le Nord, ou le Pas de Calais, écoute l'émission sur ler 106.6 FM.
Tu n'es pas de notre belle région ? Bah, en fait c'est pas grave ! Deux solutions s'imposent alors. Si c'est Madame qui se repose ce samedi, et si c'est à votre tour d'emmener les enfants à Sport-Land, tu vas louper l'émission et je suis désolé. C'est pas grave, en fait : tu pourras la télécharger là, sur le site du QUOTIDIEN DU CINEMA dès le dimanche et ce jusqu'au samedi suivant ! Mmmmmm..... Ca peut servir aux plus atteints d'entre nous pour faire des archives ! Mais si vous faites des archives de tout ce qu'on fait sur Matière Focale, je vous conseille de consulter, ou alors d'aller au cinéma à la place, ou de faire du sport si vous êtes vraiment atteint (et comme dit Jacno, attention avec le sport, car "le sport c'est de la merde !").
Si tu n'es pas du Nord et que pour toi, cette belle région se résume à des chansons de Pierre Bachelet, tu peux quand même écouter l'émission en direct, ce samedi de 14 à 15h, ici sur le site de Radio Campus !
J'ai vu cette semaine LE DERNIER ROI D'ECOSSE, LA MÔME et je vais voir un autre film mystère [probablement THE GOOD GERMAN] [Ben ! Y a plus de mystère alors ! NdC] ce matin dès que j'aurai fini cet article, me serait douché et rasé, et que je vous aurai souhaité une superbe écoute !
Gentiment Vôtre,
Dr Devo.
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Samedi 17 février 2007

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[Photo : "L'Etrange Poursuite" par Mek-Ouyes]

 

Chers Focaliens,


Ça faisait un sacré paquet de temps que ça n'était pas arrivé, mais voilà : on nous a envoyé un questionnaire Internet de chaîne de l'amitié des millions de copains, un de ces questionnaires-tests qui circulent de site en site avant de mourir dans le cimetière des choses pas importantes. Mon emploi du temps étant infernal, je saisis au vol cette occasion de faire un joli article à peu de frais ! Signalons que l'heureuse responsable de ce défi est Abie, la webmaîtresse du site CECI EST UN TEST en lien depuis des lustres avec Matière Focale, et réciproquement !

Il s'agit de révéler au public du site qui n'a que ça à faire 5 choses que vous ignorez sur ma propre personne. 5 choses indiscrètes ! Et comme ici, on est toujours plus grand, toujours plus fort et qu'on aime multiplier les choses, de manière absurde, comme on aime mouiller le mogwaï et le gaver de nourriture à l'entonnoir toute la nuit, et bien les amis, non seulement je relève le défi d’Abie, mais je l'explose dans une détonation de générosité, et ce n'est pas 5 mais bien 50 choses indiscrètes sur moi que vous allez apprendre...

[Avertissement : tous ces faits sont rigoureusement authentiques et ont été certifiées au cour de la rédaction de cet article par l'utilisation du sérum de vérité et celle du détecteur de mensonges ! Le sérum de vérité étant extrêmement toxique et ayant des tas d'effets secondaires, dont l'altération du jugement (paradoxe !) et du sens de la proportion, il se peut que les faits exprimés ici soient rigoureusement et intrinsèquement exacts, mais que leur expression et leur importance soient amplifiées ou au contraire minimisées de manière outrancière. La lectrice attentive rectifiera d'elle-même... Ceci dit, une de ces informations est fausse, mais on ne sait plus laquelle !]
 
1- Je changerais bien un de ces quatre, car on se lasse de tout, et malgré les critiques unanimes à ce sujet, j'ai toujours considéré que l'actuel design, enfin, l'actuelle charte des couleurs sur Matière Focale, est vraiment chouettosse !

2- Hier, je suis allé voir LE DERNIER ROI D'ÉCOSSE. Vous ne le saviez pas, donc c'est indiscret sur moi ! Donc je respecte la charte de ce questionnaire, non ? C'est pas mal. Les deux ou trois premiers plans (ça dure trente secondes) sont superbes, quoi qu'ils pourraient être issus d'une pub. On se dit : "C'est ça le plus beau, tout ce qui va suivre sera moins bien, et plus décevant que ce paradis originel" (notamment le tout dernier plan, un plan en scope sous-marin, sur un slip dans l'eau maronnâtre ! Sublime !). Et le film est relativement facile à suivre car justement la promesse est tenue : le reste est en dessous, malgré le fait qu'on suive les pas d’Amin Dada, un des bouchers les plus fascinants de l'Histoire. Et bien, même malgré Amin, ça passe après ce slip sous l'eau ! Du reste, la deuxième heure et quart de ce long film n'a pratiquement pas d'intérêt...

3- Curieusement, mon nom gothique est Liquid Vamp ! Je préfère mon nom d'acteur porno dans Toronto déserte : mais je l'ai oublié ! Si le Marquis s'en souvient, il le notera dans les commentaires. [Mmm… Le Marquis a oublié. Le nom de famille (?) n’était pas Savage ? NdC]

4- J'ai compris ! En exclusivité, je peux vous dire qu’Invisible, avec qui j'ai co-écrit en entier le livre de cinéma de la décennie (le hors-série de LA REVUE DU CINÉMA consacré au cinéma français, 100% fait des focaliens !) est en fait Laura Dern, et réciproquement. Et moi Julia Ormond (et réciproquement), ce qui explique que je trouve que ce soit elle, et de loin, la plus formidable interprète du film !

5- J'ai vu STAR TREK 2 : LA COLÈRE DE KHAN en salles, c'était débile, j'ai adoré, et je donnerais tout pour revenir dans cette salle qui a maintenant disparu (superbe nom splendouillet : les 2 Zens, à Brest !). Du coup, j'ai aussi vu STAR TREK 3 (À LA RECHERCHE DE SPOCK, c'est ça ?), nettement moins bien car on n'y glissait pas d'insectes carnivores dans les oreilles des gentils !

6- En vérité, si le prochain président de la République me propose un rôle d'ambassadeur culturel à l'ONU, je ferai voter une loi qui vise à interdire l'usage du format scope (2.35) et 1.85 sur toute la planète pendant 6 ans, 6 mois et 6 jours.

7- Si on me propose un million de dollars pour faire un film et un million de dollars pour animer pendant 10 ans une émission de radio, je choisirai sans doute le film, mais une fois tourné, je me petit-suicide pour ne pas avoir choisi l'émission de radio !

8- J'ai un super projet d'émission radio, très surréaliste, émission hebdomadaire qui dure 165 minutes et qui serait très bien dans une tranche horaire nocturne, du genre qu'on commencerait vers 01h00 du matin !

9- J'aimerais sortir un album-concept inédit, du jamais vu : j'aimerais lire des critiques de Matière Focale avec le groupe DRAHOMIRA SONG ORCHESTRA. Ce serait un alboume enregistré en public. Avant le concert, petits-fours et cocktails. Après le concert, petits-fours et cocktail !

10- Il y a dix jours, j'étais absolument habillé comme un as de pique. Je vais très peu dans les magasins de vêtements. Mais, avec madame, on a fait les boutiques de manière inédite et très efficace : j'ai acheté assez de vêtements pour les 20 prochaines années. Et c'est très beau, je suis habillé comme un prince désormais.

11- J'ai arrêté le coca-cola il y a peu, pour des raisons de santé dentaire (c'est pas glamour, hein ?), et pour des raisons de poids. C'est plus dur que d'arrêter la clope !

12- Je vais remettre sous peu mon film sur DERRICK et mon film sur TATA JEANNETTE sur le feu ! C’est une promesse !

13- Je cherche un moyen de faire un truc sensationnel : un article vidéo. Et je crois que j'ai trouvé le moyen ! Je vais sûrement avoir besoin de votre aide, chers lecteurs, car vous allez me fournir des rushes ! Ce seront à la fois : des articles, qui sont des films très beaux, qui sont des leçons sur le cinéma (ce qui devrait permettre à des milliers d'étudiants en France de ne pas se lancer dans des études audiovisuelles privées qui leur coûteraient les yeux de la tête !). On en reparle !

14- Je vais devoir renoncer à mon projet de voir LA MÔME en salles avec des boules Quiès. Après des essais, la boule Quiès semble diminuer le son mais pas boucher les oreilles à 100% ! Je suis déçu !

15- Les article avec lesquels je ne suis pas d'accord, malgré le fait que ce soit moi qui les ai écrits : AKOIBON, FLIGHT PLAN qui est une vraie bouse, et MARIE-ANTOINETTE dont je renie à peine le contenu mais dont je trouve la tonalité beaucoup trop violente. Ne jamais oublier, comme le disaient Bernard RAPP et Sinead O'Connor : don't fight the wrong enemy !

16- On m'a déjà refusé un article pour des raisons politiques. Il s'agissait de mon article sur INDIGÈNES ! Notamment au motif que, malgré que l'article soit le plus beau que j'avais écrit (dixit le rédacteur), il était quand même bien de faire un film comme INDIGÈNES et de "rappeler leur histoire aux français" ! La même revue publiait quelques mois plus tard un article sur le film. Bizarrement, il était aussi négatif ! C'est dingue, le nombre de punks extravertis qui s'autocensurent au nom de la démocratie et de la liberté !

17- Échange bonne volonté et salaire (le smic) contre embauche par un mécène aimant le cinéma pour entretenir ce site en écrivant un article par jour ! Tu es riche, tu es capitaine d'industrie, et tu veux financer un jeune qui n'en veut, plutôt qu'un artiste plastique contemporain qui va te faire du unpourcentisme, embauche moi !
Sans blaguer, je ne comprends pas la disparition du mécénat privé. La faute aux salles de muscu ?

18- Le sport nuit à vos spermatozoïdes (je suis persuadé que...).

19- Un jour, j'ai autocensuré une photo que j'avais faite pour Matière Focale, car le texte était d'une grossièreté effroyable, mais drôlissime. J’ai cependant envoyé il y a peu cette photo à mes abonnés à la newsletter ! C'était une sorte de pamphlet anti-Carte Noire et son sponsoring du cinéma "to remember". Rappelons qu'on peut s'abonner à la newsletter, notamment pour être prévenu des nouveaux articles, en s'inscrivant simplement dans la case adéquate dans la colonne de droite ! L'inscription et la désinscription sont un jeu d'enfant !

20- Je sais jouer au mah-jong !

21- Je sais comment interviewer David Lynch ! Et obtenir des réponses ! Alors, petit mécène, tu me finances ?

22- Je suis très en retard dans les séries télévisées que je suis, et pourtant elles sont excellentes. Quelqu'un a une explication ? Je n'ai pas entamé MASTERS OF HORROR saison 2, je suis bloqué à PRISON BREAK saison deux, épisode 5, et au rigolo HOW I MET YOUR MOTHER (saison deux épisode 2 !). Je n'ai toujours pas vu THE LOST ROOM, et je n'ai jamais fait d'article sur INVASION, qui était bien pourtant. Plus grave : je n'ai rien dit sur FREAKS AND GEEK, une des très belles choses vues l'année dernière, séries et films confondus !

23- Hormis l'indépassable KOH-LANTA, mon émission préférée en ce moment me console de la perte indéfectible de Vidéogag [Console-toi, l’émission est de retour semble-t-il ! NdC]]. Il s'agit de MENU W9 sur la chaîne gratuite W9. Je peux raisonnablement regarder ça pendant des heures.

24- J'aimerais beaucoup aller fleurir la tombe de Gérard De Suresnes.

25- J'ai deux t-shirts Gérard De Suresnes ! [Celui où il est marqué "c'est les mêmes !" et celui à l'effigie du sublime Mr Mazure !]

26- Je suis extraordinairement beau gosse !

27- J'ai découvert hier pourquoi une salle de mon Pathugmont local projetait une lumière fabuleuse à l'écran quelle que soit la copie (alors même que le tirage des copies est immonde en France). J'envisage sérieusement d'aller systématiquement, chaque semaine, dans cette salle quel que soit le film (à condition que je ne l'ai pas déjà vu quand même !). Je vous tiens au courant.
28- C'est moins déprimant quand j'ai les cheveux courts !

29- Dans un mois, je rencontrerai une comédienne mondialement célèbre. Ce sera la première star internationale à rencontrer un membre du staff Matière Focale. Pour tout vous dire, je vais accueillir cette personne dans ma ville, passer la journée avec elle, la protéger des journalistes, puis animer avec elle un débat dans une salle de cinéma de la ville qui a eu l'intelligence de l'inviter ! Coïncidence : c'est une de mes quatre actrices préférées avec Tilda Swinton, Kate Winslett et Jennifer Connelly... C’est comme si on me proposait de passer des vacances avec Madame chez Lars Von Trier ou Ken Russell. Je n’en serais pas moins heureux… On appelle ça un gros coup de bol ! Je vous tiens au courant, je vous laisse spéculer là dessus et on en parlera en détail le mois prochain !

30- Puisqu'on en est aux confidences étonnantes, pour la première fois de ma vie, on m'a demandé de faire partie du jury d'un festival de cinéma en tant que critique. On va même décerner des prix ! Il s'agit du festival MAUVAIS GENRE de Tours, qui est comme son nom l'indique un festival international consacré au cinéma de genre ! Ce sera début avril et on en reparlera dans le détail !

31- Mon âge véritable est 56 ans !

32- Je repasse très mal les chemises et j'ai horreur de ça !

33- Allez, puisqu'on en est aux confidences immodestes... On va tourner un documentaire sur Matière Focale ! Ce qui ne veut pas dire que je fais un documentaire sur ce site, mais que quelqu'un nous a demandé la permission de faire un documentaire sur le site ! Les premières prises de vue vont bientôt avoir lieu !

34- Je suis parfaitement conscient que j'avais promis trois articles que je n'ai jamais publiés. Et j'ai honte ! Il s'agit du bilan des meilleurs films 2007, des résultats des concours pour gagner des REVUE DU CINÉMA (en plus, le Marquis a bossé comme un dingue pour décortiquer les résultats) qui comprend un concours de aillequoux, un concours de piches (ou de brioches si vous préférez), et un concours de slogans pour le site (qui ornera bientôt son fronton de manière aléatoire !). Plus je prends du retard et plus j'ai honte, et plus j'ai du mal à m'y mettre ! [Oui, mais il faut. NdC]

35- Pour moi c'est douche plutôt que bain !

36- Et c'est fromages + desserts ! [Au pluriel, desserts ? Pourquoi arrêter le coca ? NdC]

37- Cette nuit, j'ai rêvé que François Bayrou m'engageait à prix d'or (plusieurs milliers d'euros net par mois) pour écrire des "discours émouvants". J'acceptais en me disant que quel que soit le candidat qui me l'aurait proposé, j'aurais dit oui !

38- Je chausse du 42 !

39- Je dors sur le côté gauche du lit !

40- J'ai arrêté la consommation de choconours, ce qui est un exploit. J'ai arrêté la clope, le coca et les choconours, et je trouve qui Dieu existe, je devrais quand même commencer à maigrir, non ?

41- J'aimerais être le premier réalisateur à faire jouer le rôle de James Bond par une femme déguisée en homme (au hasard par Jennifer Saunders ou encore mieux par Sara Tanaka !). Et j'aimerais aussi que le grand méchant du film soit un couple de retraités.

42- Euh...

43- Et pas si vite, laissez-moi réfléchir...

44- Euh... Je suis barbu dans le moment !

45- Il y a deux jours j'ai reçu un mail où quelqu'un me traitait de, je cite, "surgénie de la critique" ! J'ai décidé par conséquent d'imprimer, dès le lendemain, de nouvelles cartes de visites.

46- Quelques jours plus tôt, je me faisais traiter de "connard" sur un forum dans lequel je ne participais pas bien sûr, mais sur lequel on parlait d'un de mes articles ! Je pense que la vérité est entre les deux... Entre "surgénie" et "connard", je veux dire !

47- Je participe à un groupe de musique "rock" (enfin rock, façon de parler...). Il s'appelle VASEKTÖMIA, et c'est moi qui ai trouvé le nom. Je cherche encore un nom de premier alboume. Car les morceaux sont prêts !

48- J'ai écrit le scénario d'un biopic. Ça s'appelle ALAIN DELON, et ça parle de...

49- Confidence pour le Marquis : j'ai toujours eu du mal avec le groupe ABBA ! [Ah bon ? Tu en as pourtant fait une reprise je crois… NdC]

50- Je vais fermer cet article sous Word et partir à la douche en chantant THE WORDS GET STUCK IN MY THROAT !


Socialement Vôtre,
 
Dr Devo.

PS : Suis-je bête ! J'allais oublier ! Il faut transmettre ce questionnaire, et je le transmets à...
Isaac Allendo du site ALVÉOLES SCANDALEUSES...
Pascal D'Huez, de l'excellent site SPORT ET EROTISM (ça s'écrit comme ça !)
Le Marquis
Bertrand, webmestre du site NADJALOVER

Bon, on n’est pas obligé de faire 50 réponses... En principe c'est 5 ! Bon courage !

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Vendredi 16 février 2007

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[photo: "Critique Participative" par Dr Devo]

 

 

Chers Focaliens,

Hollywood a ses tendances, depuis toujours. Un jour, les stars entérinent le retour du bob, ce chapeau ringard des campings années 80, maintenant instrument chiquissime des faubourgs de Beverly Hills, et dont la cote (la cote du bob, je veux dire) a augmenté en conséquence de 885% si j'en crois les indicateurs du site Le Quotidien de la Tendance Vêtement, qui, me diriez-vous, n'existe que dans mon imagination. [Remarque : depuis mercredi dernier et David Lynch, on sait qu'imaginer quelque chose, c'est déjà lui donner une vie concrète !] Après le bob, le bracelet rouge, artefact cabalistiquo-bouddhiste lancé par Richard Gere et Madonna (nous sommes peu de choses finalement), fut du dernier chic. Oui, mais ça, c'était avant la mode suivante : le t-shirt à tête de mort, mais avec des paillettes. Et puis, depuis le 6 janvier, et ne me demandez pas pourquoi car je n'en sais rien, les observateurs de tendances, dont moi-même, sont arrivés à la conclusion suivante : après plusieurs tentatives, on peut désormais affirmer que la préquelle est un vrai mouvement et non une coïncidence !
 
Et oui ! Cette semaine, pas moins de deux préquelles sur nos écrans : HANNIBAL LECTER, LES ORIGINES DU MAL et MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE : LE COMMENCEMENT. Prenez le temps de vous faire un café ou de fumer une cigarette (c'est mal). C'est le moment de cet article où vous pouvez aller faire un tour dans le jardin ou aller aux toilettes, opération qui sera profitable à la lecture de ces pages, mais aussi profitable à votre compréhension globale du cinéma.
Voilà, maintenant que vous êtes totalement détendue, chère lectrice, maintenant que vous avez pensé à autre chose que le cinéma, relisez le début du paragraphe précédent : que remarquez-vous ? Et oui, ça vous saute aux yeux : vous remarquez que la tendance est effectivement à la préquelle (je l'ai déjà dit, notez-le !), et surtout la préquelle a ceci de particulier qu'elle porte toujours un titre à rallonge interminable ! Moi personnellement, quand le tout Hollywood est venu chez moi pour avoir mes conseils et mes avis (car le tout Hollywood lit Le Quotidien du Cinéma), je leur avais conseillé, d'un simple point de vue logique et marketing, de s'inspirer du système asiatique (cf. la numérotation de la série des RING) et d'appeler une préquelle de CRIS ET CHUCHOTEMENTS (c'est un exemple) de la manière suivante : CRIS ET CHUCHOTEMENTS ZERO. Ou alors, pour que ce soit encore plus clair, une préquelle pourrait s'appeler comme ceci : CITIZEN KANE -1, pour une préquelle au film célébrissime de Orson Welles. La suite de la préquelle pouvant porter éventuellement le numéro -2, ce qui permettrait, au moins virtuellement, de parier sur l'éventuelle suite de préquelle, en cas de succès. Aux USA, c'est plus facile, culture comics oblige. Et un HANNIBAL RISING ou un BATMAN BEGINS ou BATMANS RETURNS se comprend aisément chez le grand public. Pour l'Europe, c'est plus compliqué, et mon système était, n'est-ce pas, très clair. Malheureusement, les cadres des majors ont rejeté ma proposition, préférant s'installer sur une autre tendance : le titre à rallonge. Il a deux avantages. Tout d'abord, il évite la connotation du signe "moins" qui pourrait signifier dans l'inconscient de la Masse "moins bien", ou "moins passionnant" ou "n'y allez pas, il y a moins de moyens !". Secondo, il donne à la préquelle, pas forcément fortunée, ou du moins pas forcément née sous des meilleures auspices que le film-matrice de la série, un petit air de prestige. C’est comme un écrin. Si la boîte est aussi ciselée et luxueusement décorée, on se doute que dedans il y aura un bijou 50 carats, et pas une bague en plastique. Ainsi, en cas de préquelle, préférez un titre pour votre film comme TITANIC : LA CONSTRUCTION FABULEUSE DU NAVIRE TRAGIQUE DE L'AMOUR, si vous faites une préquelle du film de James Cameron. Ceci étant posé, approchons-nous...
 
C'est la seconde guerre mondiale, et par voie de conséquence, également en Lituanie. La famille Lecter habite un luxueux château, mais le temps n'est malheureusement pas à la rigolade. C'est le début de la débâcle, les combats font rage, les russes arrivent, ça mitraille dans tous les coins, et il faut fuir. Hannibal, sa petite sœur (dans les cinq ans environ), et ses parents se réfugient dans une petite maison perdue dans la forêt. Il ne sera pas facile de vivre là, car l'hiver est déjà rude, mais au moins, la petite maison dans les bois fleure bon l'anonymat et le charme discret des endroits qui n'ont rien et donc même qui n'ont rien à se reprocher. Hélas, le repos est de courte durée. Les Russes repèrent la maison et font sortir tous ses occupants, sauf les enfants. Pendant qu'ils pompent de l’eau au puit pour le char, les nazis arrivent en avion et attaquent ! Une belle pagaille s'ensuit, et elle finit sur un match nul. Les soldats russes du char et les soldats allemands de l'avion meurent tous pitoyablement en essayant de s'entretuer. En guise de dommages collatéraux, ce sont les parents de Hannibal et Mishka, sa petite sœur, qui trinquent ! Les parents des deux merveilleux enfants décèdent après avoir été touchés par une foultitude de balles perdues ! C'est la guerre, même si c'est la fin ! Voilà donc Hannibal, pas bien grand, et sa sœur, prisonniers de l'hiver et réduits à attendre que ça se passe, sans réserve de nourriture et de bois, seuls au milieu de la grande forêt, comme dans un conte. Un malheur n'arrive jamais seul, et voilà que débarque une bande de pillards qui profite de la débâcle pour voler des bijoux et de l'argent sur les cadavres des champs de bataille et dans les maison abandonnées à la va-vite. Ils se réfugient dans la maison et attendent avec les enfants Lecter. Mais bientôt, la nourriture vient à manquer. La sœur de Hannibal est malade et Grutas (oui, oui, je sais !), le chef des pillards, décide de commettre l'irréparable : il tue Mishka et la mange !
Quelques semaines plus tard, les russes sauvent Hannibal, même si les pillards peuvent s'échapper. Il s'échappe de l'orphelinat où il est placé pour rejoindre la France où vit son oncle, marié à une femme japonaise, Gong Li quand même ! [Ben oui, quand même : elle est chinoise, Gong Li ! NdC] Là aussi, décidément, ce n'est pas de chance, l'oncle est mort, et ne reste que la jolie veuve qui va le recueillir et l'éduquer. Mais Hannibal est hanté par l'horrible dévoration de sa sœur. Et la vengeance est un plat qui se mange, c'est bien connu. Fût-ce froid...
 
Sans qu'on s'en rende compte et petit à petit, la série des aventures de Hannibal Lecter, grand méchant popularisé par les livres de Thomas Harris et propulsé au devant de la scène par Jonathan Demme (à l'époque où il signait de très bons films) avec LE SILENCE DES AGNEAUX, est en train de se multiplier comme les livres de la saga des Oui-Oui, c'est-à-dire en nombre ! On se dira que tout ça n'est pas forcément bon, et qu'au fur et à mesure, le personnage se banalisant, il est de plus en plus difficile de renouveler la franchise qui tend à se perdre dans une série de gimmicks, et qui un beau jour franchit la ligne séparant le côté lumineux du côté obscur du cinématographe et du bon sens sans qu'on s'en rende compte. Et en général, il est déjà trop tard ! Et hop, on se retrouve avec un Freddy Krueger plus proche de Krusty le clown que du célébrissime ogre des temps modernes qui fichait la trouille à tout le monde !
Et outre le bob, le bracelet rouge et le t-shirt à tête de mort, la dernière tendance en matière de héros récurrent à Hollywood, c'est le fameux "retour aux sources", qui en général sert de recentrage du sujet, dans une perspective plus sombre, comme le BATMAN BEGINS de Christopher Nolan qui lorgnait plus du côté du BATMAN RETURNS de Tim Burton que des machineries fluo et des combinaisons callipyges de l'époque Clooney. Ce qui n'empêchait pas le film, soit dit en passant, d'être à peu près aussi bien mis en scène que les épisodes de Joel Schumacher, notamment en ce qui concerne les scènes d'actions, absolument épouvantables. Passons.
Ici, c'est un peu différent. À moins de faire se dérouler un nouvel opus des aventures de Hannibal en Floride, pays des retraités, il était un peu difficile de réembaucher Anthony Hopkins, qui est d'ailleurs à l'abri du besoin depuis longtemps, et qui n’a aucun besoin de faire un spot polydent pour survivre. Et d'une. Et puis, il fallait revendre sans doute l'histoire sous un aspect original ! Alors, l'enfance d'Hannibal, pourquoi pas, s’est dit une poignée de producteurs à l'affût. Un malheur n'arrivant jamais seul, on s'est dit que ça serait pas mal si on pouvait faire une coproduction internationale. L'Angleterre et le France ont répondu présent, plutôt deux fois qu'une et bien trop contents d'accueillir un "vrai film américain" ! Un petit tournage en Lituanie et à Prague, paradis des films pas chers, et c'est joué !
 
C'est Peter Webber, réalisateur anglais et plutôt rangé "art et essai" du film convenable LA JEUNE FILLE À LA PERLE, qui s'y colle. Si on est prêt à y croire relativement dans les premières minutes, ce HANNIBAL RISING s'avère par la suite beaucoup moins sûr. C'est avec un certain malaise qu'on se croit tout d'abord prisonnier du film à costumes, et même du film de guerre. Avions qui crachent la mitraille, chars fonçant à fond de chenilles, explosions, et même des scènes plus familières comme les méchants nazis manipulateurs et arbitraires, exil des familles, et photographie à obturation réduite (un peu), ce qui est la norme depuis GLADIATOR ou IL FAUT SAUVER LE SOLDAT RYAN, puis dans tous les films de guerre à gros budget qui ont suivi, photographie qu'on aimerait grise et froide comme une journée de neige ! On est donc en plein décorum. Pas forcément maladroit d'ailleurs, juste banal, sans vraiment de saveur, si ce n'est des effets spéciaux sans réel intérêt mais honnêtes. Mais que voulez-vous, nous, public, on est censé avoir des ronronnements de plaisir dès qu'on voit de l'effet spécial ! Et un producteur, des intuitions géniales comme ça, il en a plein, comme la suite va le démontrer. Et puis petit à petit, on sent bien que ce début pompeux (car c'est du film à costumes) mais relativement pêchu, comme on dit à l'armée, est en train de s'enliser. Ça commence à sentir les sables mouvants, étais-je en train de me dire, sans vraiment me rendre compte que plus je remuais sur mon siège, plus je m'enfonçais dans le n'importe quoi. Je me dis dès l'arrivée des pillards dans le film, dont le chef est Rhys Ifans, grand comédien vu notamment dans HUMAN NATURE de Michel Gondry, mais qui depuis quelques temps est plutôt abonné aux coproductions européennes, et à qui, ici, on a demandé de faire le grand foufou en roulant des yeux et en prenant un accent "de l'Est" très crédible (je plaisante bien sûr ; Grace Zabriskie dans INLAND EMPIRE caricature très bien ces faux accents made in Hollywood). Oui, quand les pillards débarquent, on a quand même un peu peur, mais quand ils rejoignent le petit Hannibal et la petite Mishka, alors là oui, on sent que l'eau est déjà en train de grimper jusqu'aux chaussettes ! Tant qu'à faire, avec tous ces filtres et ces symbolismes à la petite semaine (enfants enchaînés comme dans les récits d'ogre des contes merveilleux, barreaux de prison figurés par les barreaux de l'escalier et plein de choses originales vues au moins dix mille fois), Peter Webber aurait dû demander un jeu vocal aussi caricatural que le jeu physique à ses acteurs ! Ça aurait donné des trucs sympas dans le genre : "Toi chef Dimitri, découper la petite baboooooooouuuushkaaaaa avec la hachette, et toi la mettre en marmite pour nous bon miam-miam" ; sur ce, Hannibal aurait crié au hasard, un "Noooooooooonnnnn" tonitruant sur les 5 voies d'enceinte de l'installation Dolby SRD de votre salle de cinéma préférée ! Le russe, à l'instar du nazi, est souvent méchant, sale et veule ! C'est la régression complète. À l'époque du James Bond OPÉRATION TONNERRE de Terence Young, au moins, le malabar russe le plus rustre était stylé, inquiétant et bien habillé dans un costume impeccable ! En 2007, le russe hollywoodien a régressé nettement : il vole des pulls en laine pourrie sur des cadavres, il a une dentition misérable, il s'exprime à peine en français, il joue comme une patate ! [Ce jeu m'a fait penser à ces méchants des affreux dessins animés de Walt Disney !] Ses collègues de pillage rient grassement et bavent en voyant la sœur d'Hannibal. "De toute façon, elle a la tuberculose, hahahahaha, hahahahahahahaha, hahahahahahahahahaha, hahahahahahahahahhahahahahahaha !" Et hop, la petite passe à la casserole, sur le papier du moins car il y a là ellipses, moins pour des raisons d'autocensure (il est strictement interdit depuis une quinzaine d'années de gifler ou de tuer des enfants dans le cadre d'une fiction, comme vous l'aurez sûrement remarqué) que pour des raisons scénaristiques. Car dans la dévoration de la petite Mishka, et dans sa digestion si j'ose dire, se trouvera le seul élément moteur du scénario. Quoi ? Vous ne comprenez pas ce que je veux dire ? Aucune importance, car Thomas Harris (qui signe ici l'adaptation de son propre livre, écrit pour que le film sorte probablement, et, ne l'oublions pas, pour vendre des t-shirts et des bobs HANNIBAL RISING) nous le répétera toutes les 3 minutes : "Ils ont tué Mishka ! Noooooooooooooooon !", phrase matricielle, certes, mais qu'on nous balance quand même une petite soixantaine de fois dans le film, ce qui ne nuit pas du tout à sa crédibilité, non, non, non, non, et ce qui le place auprès des grands classiques du cinéma qui fait peur (non pas LE SILENCE DES AGNEAUX, mais plutôt SUPERMAN IV, SUPERGIRL, SUPERSONIC MAN, LE ROI LION, LES RATS DE MANHATTAN, MON CHIEN SKIP, les films avec Gérard Jugnot, etc.).
 
On l'aura compris, le scénario tient sur une feuille de petit cahier. Post-collationum, Hannibal triste, en quelque sorte. Hannibal se venger. Hannibal enquêtant pour retrouver les bourreaux de sa sœur. Hannibal apprendre les techniques samouraïs pour accomplir sa vengeance (merci Gong Li, qui une fois de plus fait la japonaise et qui est train de toshiromifuniser à grande vitesse), Hannibal tuer méchants mangeurs de Mishka !
Si on entre dans le moteur, le doute se confirme. La photo décline les filtres à la mode et danse le jerk sur une musique branchée, sans qu’aucune personnalité n’en ressorte, voire de manière très moche par instants, comme dans les scènes incessantes (une dizaine pour tout le film ?) de flash-back traumatique où l’image est particulièrement travaillée au corps par des filtres pourtant lavasses, tandis que le son met de la réverbération partout, comme 98,57% des scènes de flash-back filmées depuis les débuts du cinéma, comme c’est original, ces scènes de flash-back étant de loin les plus insupportables, mais omniprésentes. La photo est un peu mieux, et encore, sur la péniche lors de la scène finale, et encore, en intérieur ! Mais là, on chipote, et pour tous les spectateurs non équipés d’un microscope, la photo est globalement laide et sans personnalité. Il faut dire que le cadre n’aide pas, complètement anonyme lui aussi, et avec son cortège de banalité : une foultitude de plans rapprochés et gros plans, et en début de scène et en fin de scène, un plan de demi-ensemble pour situer géographiquement l’action. Vous dites ? Oui c’est ça, vous avez raison, c’est ce que font 98,56% des metteurs en scène. Je suis d’accord. Ben tant pis, ça fera un film médiocre de plus. Le son purement illustratif n’a aucune espèce d’intérêt, ni le montage global d’ailleurs, complètement aux ordres du scénario. Nous assistons donc à un simple déroulé narratif, en images et en sons, plutôt médiocre.
 
Peter Webber filme Gaspard Ulliel mécaniquement, lequel de son côté répète toutes les trois minutes « ils ont tué Mishka ! ». Ulliel, que je découvrais dans ce film, complètement à la ramasse. D’abord mutique, il apprend au fur et à mesure le langage qu’il a châtié. Les phrases de style ampoulé par des dialoguistes qui n‘ont jamais lu Flaubert ou Huysmans se succèdent dans sa bouche avec une lourdeur toute hollywoodienne. Des dialogues aussi médiocres sont censés nous faire comprendre, à nous spectateurs incultes, que le gars Lecter, il cause riche et même précieux ! Malheureusement, nous ouvrons un bouquin de temps en temps, et ces dialogues sont seulement lourds, et Ulliel seul, même en faisant son regard mystérieux de petit Valmont, et même en soulevant ses sourcils pleins de sous-entendus, ne peut rien sauver. Le pauvre garçon est complètement noyé dans un script monocorde, dans lequel il cabotine à tout va : jaw-acting, regard contre-plongeant, hair-acting plein de mèches folles, serrage de poing et rire machiavélique qui fait « Hahahahaha, Hahahahahahahahahaha, hahahahahahah ». Original, non ?
La pauvre Gong Li, décidément très peu inspirée dans le choix de ses rôles occidentaux, essaie de souffler un peu de naturel dans l’entreprise. Mais son rôle assez cruche de maîtresse du Levant, digne et troublée devant le « petit maître » Lecter, est tellement limité qu’il n’y a plus rien à sauver. Quant à Rhys Ifans, grand acteur anglais, il est sans doute perdu pour la science. On ne lui confie que des rôles d’abrutis losers dans des coproductions improbables et internationales. Ça sent, à mon regret, la fin de carrière. Le voir se débattre ici, enfermé dans le rôle du méchant stupide, voleur, avide, violent, misogyne, cannibale, n’en jetez plus, est absolument triste.
 
Quant à Thomas Harris, que dire ? Son HANNIBAL RISING, adapté avec ses petites mains de son propre roman, enchaîne les mauvaises idées. Simple intrigue de vengeance dont n’aurait sans doute même pas voulu un Charles Bronson justicier, le déroulé narratif déploie des fils si ténus qu’ils deviennent presque drôles. Les mauvaises idées s’enchaînent. Le meurtre complètement gratuit du gros Français (joué par un acteur de l’est visiblement) qui arrive là comme un cheveu sur la soupe, l’entraînement samouraï de Hannibal qui rappelle BATMAN BEGINS (pas dans ce que ce film avait de meilleur, d’ailleurs), la splendouillette utilisation du fameux masque, jadis imposé par le FBI et ici masque de samouraï (si si !) choisi par Hannibal lui-même, ce qui est très fort, la métaphore de « M le Mishka », une idée qui m’a fait hurler de rire en salle, etc. Que des bonnes idées qui nous rappellent de justesse qu’on est dans une adaptation manquée du SILENCE DES AGNEAUX. Alors oui, Hannibal a les cheveux coiffés à l’arrière, il a un masque, il dissèque des cadavres, il pousse des petits rires quand il tue ses victimes, il a le masque, il écoute du classique et il cause riche la France… Mais c’est tout ! Sinon, rien. Il n’est pas spécialement ressemblant au Hannibal de Jonathan Demme. Ce doit être un cousin ! Mais qu’importe, se dit le producteur peu regardant, les symboles physiques et psychologiques sont assez nombreux (au moins cinq !), et le bas-peuple reconnaîtra qu’il s’agit de Hannibal Le Cannibale… Et il y aura des sous dans la caisse !
 
Quel cynisme ! La parenté « de sang » avec les films incarnés par Hopkins est donc bien mince. Sur le fond, HANNIBAL LECTER : LES ORIGINES DU MAL est une contradiction. Simple récit de vengeance où on attend sagement sur son fauteuil que le bourreau suivant soit retrouvé et châtié, le film dégage une idéologie et des réflexions stupides, notamment celle, et c’est le ressort principale de ces deux heures de projection, que Hannibal était gentil au départ, et que c’est la vie qui l’a rendu méchant ! Il aurait pu passer chez Macha Beranger, et tout se serait arrangé. Mais non, il préfère manger des gens. Il y aura, comme de bien entendu, un twist final tellement débile et mal amené que je croyais que c’était effectivement ce qui s’était passé dans les premières minutes de film. Le réalisateur arrive et nous dit : « En vérité… TWIST à Saint-Tropez, l’horrible vérité était que ceci cela, blablabla… ». Et nous, nous avons envie de lui répondre : « Mais c’est ce que j’avais compris dans la deuxième scène ! » Après le twist en forme de n’importe quoi qui bousille le film en le plongeant dans l’absurde, Webber et Harris inventent le twist qui révèle une vérité cachée, mais pas vraiment puisqu’elle nous était annoncée (involontairement, mais la mise en scène est tellement laide) tout de suite, par maladresse. Le clou du film est sans doute le suivant. Avant de mourir, un des méchants demande à Hannibal ce qu’il aurait fait à sa place. Hannibal répond : « la même chose ! ». Ce qui fait perdre à Hannibal toute son aura mythique de personnage maléfique (en fait, il se comporte comme tout un chacun), et qui place le tueur le plus effrayant du siècle comme un simple imbécile mu par ses petits sentiments personnels gnangnan, qui place ses intérêts avant son Art (le contraire du personnage du SILENCE DES AGNEAUX), et dont la grande vengeance est en fait provoquée par une logique de collégienne : « T’avais qu’à pas commencer ! »
 
On voit le niveau. HANNIBAL RISING n’a rien de l’efficacité hollywoodienne dont il s’inspire. C’est un prétexte de plus pour attirer le gars naïf, moi par exemple, et pour piquer son argent du porte-monnaie (une place coûte quand même huit euros !). Le film de Peter Webber fera sans doute monter la vente de t-shirt à l’effigie de son héros cannibale. Mais côté cinéma, cette grosse mélasse rappelle les pires heures des co-productions européennes à gros budget. C’est gros, c’est moche, c’est du film de banquier, totalement opportuniste. Quant à Webber, c’est sans doute son dernier film. En voulant être calife à la place du calife, il brûle la petite aura sympathique qu’il avait pu gagner grâce à LA JEUNE-FILLE À LA PERLE… Tout ça pour être Brett Ratner à la place de Brett Ratner ? On pourrait espérer plus d’ambition de la part d’un artiste ! En tout cas, pour le coup, c’est pathétique. Sortez les clowns et dites non au dealer !
 
 
Spécifiquement Vôtre,
 
Dr Devo
 
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Mardi 13 février 2007

recommander publié dans : Corpus Filmi

[Photo : "Take me to the Waters" par Dr Devo]

 

Chers Focaliens,
 
Week-end encore, j'oublie rien. La souffrance de la semaine remonte et vient vous hanter dans votre propre chez soi ! Alors, bon week-end ! Ai-je fait les bons choix, dois-je mettre ma superbe chemise noire street-wear malgré mes 15 kilos supplémentaires, pourquoi suis-je inconsolable de la mort d'Anna Nicole Smith, vais-je m'abonner à un jeu de poker en ligne, dois-je arrêter la tequila et le choconours, et qui sont ces enfants et cette femme dans ma maison, et d'ailleurs, quelle est cette maison ? Autant de réponses auxquelles je ne peux pas répondre... Désolé.
 
Par contre, je peux soulager le week-end et même le rendre agréable. Du suspense, de l'émotion et du rire, voilà ce que je vous propose, et ce dès ce samedi 14 heures grâce à la superbe émission de la radio lilloise Radio Campus intitulée : LES AVENTURIERS DES SALLES OBSCURES. C'est 14 heures, les enfants sont à la piscine, Maman est en bas qui boit de la vodka, Papa est en haut et écoute la radio, le 106.6 exactement !
Ceci dit, quand on ne vit pas dans le Nord-Pas de Calais, comment peut-on faire pour écouter l'émission ? Ai-je droit aussi à mon week-end heureux si j'habite Plonévez-Porzay (Finistère), Bergerac (Gironde) ou Clermont-Ferrand (Vulcania) ?
Bref, comment ça marche ? L'émission est diffusée, tous les samedis, par Radio Campus, célèbre organe sonore de la région lilloise de 14 à 15 heures. Si tu habites Lille, le Nord, ou le Pas de Calais, écoute l'émission sur ler 106.6 FM.
Tu n'es pas de notre belle région ? Bah, en fait c'est pas grave ! Deux solutions s'imposent alors. Si c'est Madame qui se repose ce samedi, et si c'est à votre tour de faire les courses, tu vas louper l'émission et je suis désolé. C'est pas grave, en fait : tu pourras la télécharger là, sur le site du QUOTIDIEN DU CINEMA dès le dimanche et ce jusqu'au samedi suivant ! Mmmmmm..... Ça peut servir aux plus atteints d'entre nous pour faire des archives ! Mais si vous faites des archives de tout ce qu'on fait sur Matière Focale, je vous conseille de consulter, ou alors d'aller au cinéma à la place, ou de faire du sport si vous êtes vraiment atteint (et comme dit Jacno, attention avec le sport, car "le sport c'est de la merde !").
Si tu n'es pas du Nord et que pour toi, cette belle région se résume à des chansons de Pierre Bachelet ou au chomage ou aux affaires de délinquance sexuelle, tu peux quand même écouter l'émission en direct, ce samedi de 14 à 15h, ici sur le site de Radio Campus !
J'ai vu cette semaine (et la semaine dernière puisque l'émission parlera aussi des sorties de la semaine précédente) MOLIERE, HANNIBAL LECTER : LES ORIGINES DU MAL (quel titre !), BLANCHE-NEIGE LA SUITE, ELECTION 1, INLAND EMPIRE, et je vais voir un autre film mystère ce matin dès que j'aurai fini cet article, me serai douché et rasé, mis de l'after-shave bon marché et que je vous aurai souhaité une superbe écoute !
Servilement Vôtre,
 
Dr Devo.
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Samedi 10 février 2007

recommander publié dans : Mon Général

[Photo : "Rien n'ira Plus" par Dr Devo d'après une photo de TWIN PEAKS (FIRE WALK WITH ME) de David Lynch]

 

Splendeurs et Misère de l'Occident ont toujours fait bon ménage. Je me revois encore dans le salon de la Comtesse pour ces énièmes discussions mondaines à n’en plus finir, où j’étais invité, un peu malgré moi, pour donner la météo non pas du bon goût, mais de la "tendance". Si tant est qu'il y ait une différence. En échange, je pouvais rafler les petits fours !

Comme on ne sait pas où se passe l’histoire, elle peut tout à fait bien prendre place dans un hôtel, à équidistance entre chez Nous et chez Nous. Puisqu’on ne sait pas très bien ce qu’il est advenu de notre héroïne, elle peut avoir disparu dans cet hôtel. Pour la retrouver, construisons-le.
(Quelques mois plus tard).
Il est tard. Dans une chambre d’hôtel, notre hôtel donc, celui à équidistance de chez Nous et chez Nous, dans une très luxueuse chambre (si, si), une femme regarde la télé. Il est déjà très tard. Un film démarre vaguement.
Une vieille dame, nouvelle dans le quartier, fait le tour de ses voisins afin de se présenter. Elle arrive dans la luxueuse demeure de Laura Dern, qui est actrice. La vieille dame (Grace Zabriskie) se révèle excentrique et prononce des histoires inquiétantes où il s’agira, dans une autre histoire notamment (mais avec Laura Dern, suivez un peu !), de meurtre. Non, ça, ce n’est pas terrible, on recommence. Il s’agit d’une actrice, Laura Dern, qui accepte un rôle important avec un acteur coté. À leur propre détriment, le réalisateur, l’acteur principal et sa partenaire Laura Dern apprennent que le film qu’ils sont sur le point de tourner n’est pas un script original mais un remake en quelque sorte. Le tournage de ce script a déjà eu lieu il y a quelques années, mais fut interrompu. Et on raconte que l’acteur et l’actrice qui devaient jouer les deux principaux rôles seraient morts ! Le scénario serait maudit…
Non, pas du tout. C’est un soap-opera rigolo et acide.
Non. Années 40, en Pologne. Une jeune femme fort belle, dévorée par la jalousie constante de son mari (un peu comme dans le script dont Laura Dern tourne le remake, dans le film précédent) sombre de plus en plus dans la dépression, et suite à une altercation à l’issue de laquelle son mari la frappe violemment, elle décide dans un geste autodestructeur de tapiner avec les prostituées près du Parc.
USA de nos jours. Une femme raconte à un homme mystérieux (son psychanalyste ?) une série de récits glauques et sentimentaux où elle apparaît, elle, ainsi que des gens de sa connaissance. Ces histoires révèlent sa nature violente, toujours sur la défensive qui…
Ça se passe de nos jours dans un talk-show populaire et à l’humour acide (où les répliques de l’animateur sont écrites à l’avance, contrairement à ce qu’on nous a dit au Festival de Venise). Un couple d’acteurs (Justin Theroux et Laura Dern) est en pleine promo pour leur prochain film dont le tournage débute bientôt. La conversation de cette émission de cinéma tourne autour de leur (virtuelle) idylle (possiblement) naissante. Curieusement, c’est une sorte de France Roche qui présente. (Comme toujours chez Lynch, Ang Lee n’est pas loin, dans les coulisses, et se cache toujours un peu sous France Roche, comme vous le savez bien si vous lisez régulièrement ce site).
Non. En fait, il s’agit d’une émission de télé-réalité où une dizaine de jeunes femmes sont enfermées dans un appartement. Petit à petit, l’ambiance se dégrade jusqu’à ce que, quelquefois, le désespoir, et plus souvent encore l’ennui envahissent tout, avec leur cortège de spleens divers. La production organise des jeux afin de les distraire. C’est à ce moment précis que Laura Dern, participante au jeu, se remémore une histoire…
Europe, de nos jours. M6 rediffuse en pleine nuit un des téléfilms qu’elle diffusait autrefois l’après-midi pour la ménagère esseulée. Il s’agit cette fois d’une femme (Laura Dern), un peu laissée de côté par son mari éteint, qui apprend lors d’une petite fête dans le jardin que ce dernier (son mari, suivez un peu !) préfère la quitter pour rejoindre une troupe de cirque… Enceinte et abandonnée, elle décide de s’avorter toute seule avec une aiguille à tricoter…
Un nain (joué par un acteur de taille normale et rappelant vaguement Michael Anderson) dirige une troupe de cirque itinérante. Son fameux numéro d’hypnotisme fascine les foules (il hypnotise tous les spectateurs en même temps !). La troupe tombe dans le désarroi le plus total lorsqu’elle apprend sa disparition. Ils se mettent à sa recherche…
Un célèbre réalisateur américain dénonce dans un documentaire très pointu la fascination du public et des artistes pour l’artisanat qui lui semble être très clairement l’ennemi de l’Art, du moins de nos jours. À travers l’exemple des saltimbanques et des artistes de rue, il montre grâce à un dispositif de tournage précis mais léger que l’esthétique n’est pas affaire de savoir-faire et de Beau, mais de recherche et d'expérimentation du support. Il montre que la Beauté Classique est une théorie propagée par les Ministères de la Culture et les artistes de rue (comme par hasard !), contre lesquels il s’engage de manière féroce. Il propose au long de son enquête une contre-proposition esthétique, déclarant notamment que la télévision est la forme d’art audiovisuelle la plus aboutie. Il déclenche la colère de quelques-uns. Une des actrices de son dernier film est alors abattue en pleine rue par une détraquée (une artiste de rue ?) qui ne supporte pas de tels propos et trouve que c’est inacceptable. Très vite, la communauté de ses ex-fans se lie contre lui et crie au scandale, tandis que, paradoxalement, une nouvelle frange du public qui ne connaissait pas du tout son œuvre se met à adorer ce documentaire complexe. Avec son brûlot, le cinéaste devient paradoxalement à la mode.
De nos jours. Dans cette comédie acide, un artiste décide, à la demande de ses producteurs, de reproduire un remake caché de son dernier film qui a bien marché. En route, il s’aperçoit qu’il fait un remake de tous ses films ou presque, en un seul ! Il décide de pousser plus loin l’humour splastick en chargeant la mule au maximum, et en s’arrangeant pour que son film soit le plus représentatif possible de son œuvre complète (dont il reprend tous les symboles les plus visibles et les plus grossiers, mais détachés bien sûr de leur contexte de signification, c'est-à-dire du film original). En même temps, il propose dans sa mise en scène tout ce que le public, y compris le sien, déteste. Curieusement, l’accueil est très favorable, et les fans de plus en plus nombreux décident que c’est là son meilleur film. Le réalisateur rit, reprend deux fois de la viande en apprenant la nouvelle, et en vient à la conclusion magistrale selon laquelle "on a toujours du succès ou de l’insuccès pour de mauvaises raisons". Dans un rire, et pendant le dessert, il décide de prendre sa retraite. Il reçoit dans la minute un coup de fil de ses producteurs qui exigent par contrat qu’il réalise tout de suite la suite son film…
Dans une émission de télévision, des jeunes filles fort jolies (ce sont des spectatrices qui se sont inscrites sur Internet) boivent des cocktails près de l’immense piscine d’un grand hôtel de Floride. On passe alors sur des gros haut-parleurs des tubes du moment et les jeunes filles se mettent à danser en bikini sur le bord de la piscine ou même dedans, à condition qu’elles aient pied.
Dans ce documentaire, le célèbre réalisateur américain évoque les pressions du métier, le niveau déplorable des exigences de stars, qu’il oppose à une vision triste et sans appel des quelques actrices géniales avec lesquelles il a pu travailler, et qui depuis n’ont rien fait du tout. Il décide que le cinéma n’a pas commencé encore, malgré ce que l’on a dit, notamment lors du centenaire, en 1996. Pour lui, le cinéma ne sert qu’à broyer le talent et notamment ces actrices. Curieusement, puisque ceci est un documentaire, il demande à Nastassja Kinski de jouer le rôle de son actrice fétiche, qui a refusé d’apparaître dans cette enquête. Lassé finalement par les conclusions de son propre film en train de se faire, le réalisateur décide d’organiser un karaoké géant pour la télé, où seraient rejouées les plus grandes scènes de ses films. Il décide de refaire un remake en court-métrage de son meilleur film, réalisé il y a quinze ans, pendant l’émission de karaoké, en refaisant à l’identique (un peu comme Gus Van Sant dans PSYCHO) cet ancien film. Le résultat, parfaitement grotesque, est un énorme succès.

Dans une suite de l’hôtel George V, un distributeur-producteur indépendant mais fortuné décide de sortir enfin le premier long-métrage de Jean-Christophe Sanchez : KILOMÈTRE, sous-titré "the distance between you and it".

Au Danemark, un réalisateur en milieu de carrière se dit que ça y est, il s’est enfin décidé à comprendre et à faire comme lui. Il prend son téléphone…
 
France, de nos jours. Un jeune critique drôle et visionnaire se rend compte que la scène la plus importante de toute l’œuvre de David Lynch est celle de TWIN PEAKS (FIRE WALK WITH ME) où les deux agents du FBI regardent la femme en robe rouge danser dans un mouvement grotesque. Dans cette seule scène (et son explication), il lui semble que le but ultime et unique du réalisateur est représenté avec force, et contient toute son oeuvre.  Il comprend alors que le public s’est largement fourvoyé, aidé en cela par la promotion et l’organisation du DVD de MULHOLLAND DRIVE dont la présentation, pourtant de David Lynch (c’est ce que dit la légende), induit l’idée désastreuse d’un parcours initiatique qui relève de l’artisanat. Il comprend alors que la population cinéphile est une sorte d’Église de l’Image (ce qui est d’ailleurs le titre d’un de ses courts-métrages), une sorte de secte où les membres interchangeables veulent des rites d’initiation, et devenir un des gardiens du système ésotérique qui prévaut dans la secte. Pour ce faire, ils mettent en place un strict système hiérarchique, basé sur le système de classement franc-maçon.

USA, chez Nous, de nos jours, en France. Une jeune femme crie dans une salle de cinéma quand elle s’aperçoit que le réalisateur fait un fondu enchaîné.
France de nos jours, un jeune critique drôle et iconoclaste dit du film à propos duquel il est en train d’écrire : « 1.85. Tournage en vidéo, puis kinescopage assez brut. Echelle et axes issus de la télévision (notamment gros plans). Récit gigogne et annulatoire (si je veux), un peu à la Robbe-Grillet. Bien préciser que le film est un comédie. Le plus beau geste et le plus proche du réalisateur est celui du dernier plan de Julia Ormond (la vraie révélation du film, choisie grâce à sa prestation dans BABY OF MACON de Peter Greenaway). Parler de film-testament, ce qui ne fera rire que moi, mais bon, il faut bien se faire plaisir. Gros grain. Tonalités proches de KILOMÈTRE parfois, malheureusement en moins heurté. Quelques points de montage très beaux, dont des coupes au son. Jeremy Irons utilisé comme chez Lelouch, c’est intéressant (à développer). [Se demander si dans la charte Devo de la critique il faut inclure un point qui dise qu’il est interdit de donner son avis sur le film de manière autre qu’artistique, c'est-à-dire littéraire.] Le film porte le deuil amer de Sheryl Lee comme KILOMÈTRE portait le deuil de C.Jérôme. Insister sur la grande vulgarité de l’ensemble. Insister : c’est une comédie. Le pathétique de l’ensemble est une façade. L’actrice regarde le personnage. Le réalisateur regarde ses films. Mais surtout, insister sur le 1.85 et sur le beau point du film : le jardin pour le barbecue est exactement à équidistance de l’Amérique et de l’Europe. C’est là que j’ai construit l’hôtel. Le reste est moins important. C’est le jardin, le plus important. Insister sur l’extrême putasserie autodestructrice du film, notamment le générique. La caméra est quelquefois en mode automatique, en point automatique et c'est le plus beau. Dire que c’est un gros doigt aux spectateurs ! Dire que c’est une lecture marxiste du cinéma, et que le message est : "Tout est dans tout. Et réciproquement". Comme le film finir sur quelque chose de graveleux et vulgaire. Rajouter un mot en PS pour dire que c’est un cours sur les axes et le contrechamp (et sur l’annulation de ce dernier par le zapping).

Dans un hôtel. Dans une très luxueuse chambre (si, si), une femme regarde la télé. Il est déjà très tard. Un film démarre vaguement. Elle n’arrête pas de zapper et s’aperçoit avec horreur que tout l’émeut aux larmes. Elle n’arrête pas de zapper, toute la nuit. Un film démarre vaguement. Elle s’aperçoit que le cinéma a le cancer.

INLAND EMPIRE est le film le plus important depuis LES CENTS ET UNE NUIT DE SIMON CINEMA de Agnès Varda.

Dr Devo.
 

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Jeudi 8 février 2007

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[Photo : "Le syndrome Guy Degrenne" par Dr Devo]

 

 

Chers Focaliens,

On continue le voyage... Tranquillement, en se disant que demain, le monde enchanté de nos rêves sera peut-être à notre portée.

Valérie Donzelli est une jeune femme mariée à un homme, Bruno Todeschini, qui purge une peine de prison de 7 ans. La vie se déroule tranquillement. Elle s'occupe du fils d'une amie, qui est pour elle presque son propre fils, et ce qui lui permet de se faire un peu d'argent. Sinon, les semaines sont ponctuées par les visites hebdomadaires au parloir. Là, sous la surveillance quasi-constante des gardiens, elle se recueille un peu avec son mari, à qui elle ramène du linge propre et récupère son linge sale. Les deux sont fortement liés. Malgré ce qu'on lui dit ici et là, Donzelli attend patiemment la sortie de son mari et se refuse à "prendre un amant" comme on le lui conseille. Puis un jour, à la sortie d'un parloir, elle se fait aborder par un jeune homme, Cyril Troley, qu’elle ne connaît ni d'Eve ni d'Adam, et qui prétend avoir là un frère qui purge également une peine. Quelques jours plus tard, à l'issue d'un autre parloir, Valérie et Cyril entament une vague liaison sexuelle, à la vite, dans la voiture du jeune homme. Une liaison froide et déroutante s'engage...

7 ANS est le premier long-métrage de Jean-Pascal Hattu, réalisateur ayant œuvré de nombreuses années pour le magazine télévisé de bon aloi STRIP-TEASE... Il est ici, évidemment, question de la prison et de ses rapports avec, peut-être pas la sexualité, mais au moins la conjugalité. Et dans un dispositif plutôt inattendu. La prison elle-même est représentée au minimum, dans des décors qui sont tout sauf hollywoodiens, d'accord, mais qui semblent même chercher à se faire plus que discrets dans le sens où chaque plan dans la prison elle-même se limite au minimum signifiant dans les décors, mais aussi dans les cadrages et les échelles de plans. C'est une vision rêche, basée sur l'ellipse ou plutôt sur l'évocation, qui semble l'option choisie. Voilà qui influence directement les personnages qui seront montrés sur le même mode quasiment : par moments courts, sans vraiment de justification, au moins au départ. L’ambiance est froide et sèche comme un coup de trique. Il fait froid, et c'est l'hiver de la société et des cœurs en quelque sorte. Le jeu des acteurs semble plus ou moins suivre la même tendance. On n'est pas du tout chez Bresson, mais on sent bien qu'on essaye ici d'atteindre une certaine forme d'épure.
 
Le film se déroule et semble laisser la part belle aux "petits symboles" qui en disent long : parfum sur les vêtements, choix des tenues de parloir (sexy dans un premier temps puis cols roulés par la suite..), reniflage des odeurs, omniprésence des petits sons qui viennent à peine troubler le silence, scène chez les pompiers, etc. Une fois ce symbolisme direct et sans chichi, en quelque sorte, mis en place, l'intrigue peut alors se déployer dans un sens moins ordinaire. La réalité documentaire stricte cédant le pas sur quelque chose de plus tordu qui, dans ce contexte, atteindrait presque des allures de surenchère fantastique (je grossis le trait). Les sentiments se troublent, les choses sont moins lisses. L'ambiance ne se réchauffera pas, bien au contraire. Les malaises sont palpables. On étouffe à l'intérieur comme à l'extérieur. Les solitudes finissent par se superposer et se découvrir les unes les autres. Et c'est pas joli-joli... Rien n'est bien, tout se dégrade au ralenti. La prison est un trou, une absence qui parcourt tout...

Voilà ce à quoi on pense pendant le film, voilà ce à quoi le film aspire. 7 ANS commence lentement et semble même être un film d’une langueur assez difficile et douloureuse. Voilà pour ce qui est des intentions, clairement affichées.
Malheureusement, l’expérience sur le terrain est tout autre. Bien loin du film en mode mineur sur l’expression des sentiments qu’on voudrait ici feutrés et non-dits, 7 ANS échoue douloureusement sur le simple plan pratique et c