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(photo: "Du Beau et Rien d'Autre (lettre à Loou, réponse No1)" par Dr Devo

Chers Lecteurs,
Il y a quelques jours, je vous proposais de voter pour élire NOS PLUS GRANDS FRANCAIS DE TOUS LES TEMPS, et je proposais dans cette liste iconoclaste, et je l'espère drôle, une série de héros et d'anti-héros français qui par leur mauvaise ou bonne influence ont marqué notre beau pays.
Dans cette liste, on trouvait le nom du réalisateur Jean Renoir. Je rappelais le fait que celui-ci avait été un antisémite notoire. Le fait est peu connu et quelques uns parmi vous ont été, à juste titre, choqués.
Il est tout à fait normal qu'on m'ait demandé alors de préciser mes sources. Non sans mal, je les ai retrouvées, et je crois qu'il était assez important de consacrer un article à la chose.
 
C'est Henri Jeanson qui rappelle l'anecdote dans le journal L'AURORE, le 5 Novembre 1968. La scène se passe en 1940, à Lisbonne. Renoir attend le bateau qui le mènera aux USA, pays que le cinéaste a choisi pour son exil. Voici un extrait de l'interview, rapporté par Jeanson.
 
LE JOURNALISTE : "Alors, M. Renoir, vous quittez l'Europe? Vous quittez la France?"
JEAN RENOIR: "Hélas oui... Et ce n'est pas sans regrets. Mais je suis un homme d'humeur, et souvent irréfléchi, et j'ai commis quelques imprudences. Je me suis stupidement compromis avec le Parti Communiste et les gens de gauche. Mais le temps travaille pour moi. Je reviendrai en France. Hitler est un homme à ma main, je suis sûr que nous nous entendrons très bien tous les deux, car nous sommes confrères. J'ai été victime des Juifs qui nous empêchaient de travailler et qui nous exploitaient. Quand je reviendrai, je serai dans une France désenjuivée, où l'homme aura retrouvé sa noblesse et sa raison de vivre."
 
Voilà, c'était en 1940. Allez jeter un œil par exemple sur l'article Jean Renoir de l'encyclopédie Wikipédia, par exemple, ou tapez "JEAN RENOIR + ANTISEMITISME" sur un moteur de recherche, et vous verrez qu'il n'est pas inutile de rappeler cette anecdote que tout le monde ignore, ou presque. En farfouillant vous-même sur le net, vous verrez le décalage qui, malheureusement, existe entre l'image actuelle de Jean Renoir et les propos de l'époque. L'Histoire peut se réécrire, et c'est bien triste...
Mon collègue Zohiloloff, qui mène d'une main d'expert KÜHE IN HALBTRAUER, superbe blog sur le cinéma, me fait parvenir un extrait d'un autre de ses blogs où sont consignés les chroniques de Louis Skorecki, critique iconoclaste au journal LIBERATION. Vous y trouverez ce très bel article sur Renoir.
On reparlera sans doute, un de ces quatre matins, de Jean Renoir sur ce site, et cette fois, on parlera de cinéma. Mais n'ayons pas une mémoire trop courte.
 
Cordialement,
 
Dr Devo
 
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Jeudi 31 mars 2005

Recommander - Publié dans : Mon Général

(Photo: "Muse du Cinéma, Essai #2" par Dr Devo)

Chers Gens,
 
Aujourd'hui on s'attaque à du lourd, si j'ose dire, puisque nous allons parler du nouveau film de Clint Eastwood, MILLION DOLLAR BABY. Et s'il y a un pays qui aime bien Clint Eastwood, le réalisateur, c'est bien la France où, assez curieusement, il fait figure de chouchou toute catégorie. Voilà quelque chose qui m'a toujours un peu étonné. Il m'est toujours difficile de comprendre pourquoi, dans notre beau pays, Eastwood jouit d'une telle aura. Tous ses films, ou quasiment, sont salués de tous, spectateurs ou journalistes, les professionnels de la profession l'adorent, et de Télé-Star au Cahiers du Cinéma, tout le monde salue le Maître. Voilà ce que j'appelle un réalisateur populaire, qu'on le veuille ou non. Et pourtant, la perspective d'aller voir MILLION DOLLAR BABY ne m'excitait a priori pas plus que ça, et sans ma carte illimitée Pathugmont, j'aurais sans doute passé mon tour. Il est en effet assez incompréhensible pour moi que Clint Eastwood soit considéré comme un maître. Pour moi, l'animal, malgré l'aura mythique qu'il dégage (grâce à son travail d'acteur, d'ailleurs), n'est qu'un petit faiseur, et la moindre des choses que je puisse dire, c'est que, cinématographiquement parlant, dans les meilleurs des cas, ses films ne cassent pas trois pattes à un canard. Et d'une. Ce sont, je pense, des petits machins classiques au possible, sans fantaisie, sans inventivité, et dont les scénarios sont, en général, tellement pépères que si le réalisateur n'avait pas cette aura mythique justement, ses films resteraient complètement anonymes!  Et encore, ça c'est l'hypothèse haute. Le dernier Eastwood que j'avais vu était CREANCES DE SANG, qui était quand même un mauvais téléfilm à la mise en scène inexistante et au sujet des plus poussifs. Un vrai film de grand-père. Dans le genre, on préfère cent fois Derrick. Donc, vous l'aurez compris, Docteur échaudé craint l'eau froide, et on s'avançait vers MILLION DOLLAR BABY sans illusion et sans enthousiasme.
 
Et bien, petite surprise, ça commence assez joliment. L'histoire est simple. Eastwood, ancien soigneur, tient maintenant une salle de boxe, quelque part dans une ville du Texas. Une toute vieille salle, très classique, mais cela n'empêche pas les mecs du coin de venir s'entraîner. Il fait tourner la boîte avec Morgan Freeman (également narrateur), ancien boxeur, qui sert un peu d'homme à tout faire. Les deux se connaissent bien, et s'entendent bien. Eastwood entraîne aussi un petit gars prometteur, et tous les jours, en bon américain d'origine irlandaise, il va à l'église où, après la messe, il va gentiment faire chier le prêtre (je vous laisse voir ça). Une vie bien réglée. Eastwood espère quand même qu'elle finira en apothéose, en quelque sorte, et que son jeune poulain de boxer black le mènera à un titre. Mais justement, à force d'hésitation (Eastwood ne pense pas qu'il soit prêt et retarde les matchs importants), le jeune boxer décide de changer d'entraîneur. C'est la catastrophe pour Eastwood. Ses espoirs, notamment financiers, s'effondrent. Or, depuis quelques temps, une jeune fille, Hilary Swank, squatte la salle d'entraînement. Serveuse trentenaire, sans avenir et sans le sou, elle n'a qu'une ambition : convaincre Eastwood de devenir son entraîneur. C’est une obsession sans qu'on sache très bien pourquoi. Eastwood refuse une centaine de fois, mais finit par craquer et décide d'entraîner sans illusion, cette "vieille" boxeuse autodidacte, et sans vraiment de technique. Curieusement, il mènera sa boxeuse au plus haut niveau. Des liens très forts commencent à se nouer entre les deux solitaires...
 
Ben oui, c'est ça la boxe, c'est toujours un peu la même histoire. Fort heureusement, on évite ici la mise en scène à la ROCKY ou ALI. [ROCKY, ALI, MILLION DOLLAR BABY… Est-ce que tous les films de boxe ont des titres en -i- ? Ndc] Ouf! Et ça commence très joliment. Montage lent, ellipses gentilles mais ellipses quand même, lumière correcte (encore des teintes vertes, symptômes de mauvais tirages de la copie, un classique dans nos contrées), petit cadre sympathique... Ça respire une certaine sobriété. De temps en temps, il y a même un peu de son. Ça sent le soigné, et ça sent le cordeau, ou la retenue. On entre du coup dans l'histoire comme dans du beurre. Eastwood arrive à imposer une espèce de faux rythme qui marche bien, et à présenter un contexte et une histoire bêtes comme chou, avec charme. Les ellipses sportives (je m'entraîne, je m'améliore, je gagne des combats) sont plutôt rapides et sèches. C’est un soulagement, le film sportif étant en général horriblement répétitif et monotone quand on aborde ce cycle. Les combats sont filmés de manière très sèche, sans effets, assez calmement, comme une espèce de slowburn qui fonctionne pas mal. Et surtout, ces combats ne sont pas dramatisés et scénarisés (j'ai le dessus, je me fais frapper comme une bête, je serre les dents, je reprends le dessus, etc., à la mode ROCKY justement). Déjà, c'est un petit exploit. Et du coup, il y a beaucoup plus de suspense. Dans les films de boxe, dès le premier plan d'un combat, on sait ce qui va se passer. Ici, c'est sec comme un coup de trique, les combats ne racontent aucune histoire. Pas de ralentis, peu de musique, etc. On est gentiment surpris. C'est assez modeste et curieusement, ça fonctionne plutôt bien. Eastwood  aurait-il fait un film qui ne soit pas anonyme ? Bonne surprise.
 
Malheureusement l'éclaircie ne va pas durer...
 
Si tu aimes Clint Eastwood, gentil lecteur, et si tu n'as pas encore vu le film, arrête de lire cet article. Si tu penses, sans être grand fan de Eastwood, que tu as une chance de voir le film MILLION DOLLAR BABY, demain au cinéma ou dans trois ans en DVD ou à la télé, par pitié, ne lis pas la suite. Je vais être obligé de parler de certaines choses qui vont te gâcher le plaisir de spectateur. Si vous êtes dans ce cas, fermez cette fenêtre, allez lire une autre critique sur ce site, et revenez lire la suite de celle-ci demain ou quand vous aurez vu ce film.  ON NE POURRA PAS DIRE QUE JE NE VOUS AI PAS PREVENUS SI VOUS NE RESPECTEZ PAS CETTE PETITE CONSIGNE PLEINE DE BON SENS!!!
 
 
 
Bon, maintenant que les fans d'Eastwood sont partis (héhé, je plaisante!), ou plutôt que ceux qui n'ont pas vu le film sont partis, abordons la suite. Ben oui, les amis, ça se gâte, et pas qu'un peu. Et pour une fois, je ne vais pas pouvoir user de langage codé pour parler de la deuxième partie du film. Il va falloir que je dévoile un peu la tonalité de ce deuxième acte. On disait donc, une certaine modestie, un petit style assez surprenant pendant une bonne heure. Hilary Swank (plutôt sobre) gravit les échelons, et entre dans le circuit professionnel. Malheureusement, on sent le vent tourner un peu lors du combat pour le titre de champion du monde. Tout à coup, on sait dès le premier plan sur l'adversaire de Hilary, que le combat va être très stallonien et complètement scénarisé. Adieu le filmage sec et sans fioriture. En dix secondes, on a tout compris, le combat va être une catastrophe, et c'est effectivement le cas. On se dit que ce retournement de chemise ne sent pas bon, et c'est vrai. Mais ce qui arrive derrière dépasse l'entendement! Car c'est après ce dernier combat que ça se gâte. Et là, c'est l'arnaque. Le film de boxe se transforme en film de maladie. Les plus vieux lecteurs parmi vous savent ce que je pense des films de maladie. Ce sont toujours des films dégueulasses et mauvais... à une exception près, le fabuleux LORENZO de George Miller, qui n'est peut-être pas tout à fait un film sur la maladie mais un film sur le raisonnement scientifique. On ne va pas chipoter! Mais je vous mets au défi de me trouver un film de maladie (véritable sous-genre du mélo) qui ne soit pas une immonde bouse manipulatrice. Passons.
 
Et donc, dis-je, nous voilà en plein film de maladie! Portrait du Dr Devo, la jambe coincée dans les griffes du piège à loups, sous la neige, à la tombée de la nuit, seul dans la steppe! Mais si cette deuxième partie s'annonce mal, c'est parce qu'en plus d'être un film de maladie, le film s'enfonce dans un système ordurier que, certes, il n'est pas le premier à utiliser, mais qui fleure tellement l'arnaque et la manipulation, qu'on ressort du film avec un immense sentiment d'agression.
 
Je m'explique. Eastwood nous pond une heure ou plus de film sobre, sans message particulier. Et c'est soigné en plus. Et, lorsque le film bascule, c'est l'inverse : mise en scène de plus en plus feignasse (merci le chef-op'), montage au rythme pachydermique, et surtout prévisibilité complète de la galerie des sentiments exposés. Eastwood engueule Freeman, Eastwood considère Hilary comme sa fille, Eastwood se bat pour la sortir de là face au corps médical, et la famille crasse de Hilary débarque, etc. Le film passe à dix à l'heure, sans ne plus faire aucun effort de construction. C'est là le pêché principal du film!! Outre la tromperie sur la marchandise, bien sûr. Le film donc se délite, et Eastwood n'en a plus rien à foutre de la mise en scène : il est là pour asséner un message, et encore plus pour faire pleurer Margot.
 
Et on comprend, du coup, tout le bazar avec le prêtre, etc. Eastwood nous promettait une histoire naïve certes, mais vivante, et il la transforme en gros pamphlet. Abandonnant une démarche "d'auteur", Eastwood se transforme en Mr Hollywood, et n'hésite devant aucun effet pour nous vendre sa camelote d'euthanasie à trois balles. On passe soudainement, sans aucune justification, à LOVE STORY. Et je vous assure que le niveau baisse, et pas seulement dans la mise en scène. C'est con la maladie, c'est con la mort, c'est dur de souffrir, etc. Que des scoops! Que du subtil! Eastwood trahit tout le monde, cède à la facilité la plus honteuse. Il broie son personnage principal (Hilary Swank), son histoire, sa mise en scène (le plus grand des pêchés comme je le disais, la chose la plus terrible pour un artiste, en principe...), et notre cerveau désormais sera prié de se tenir bien tranquille. Rien dans la première partie n'était vraiment expliqué, ou alors par la petite bande (j'exagère un peu). Dans la deuxième partie, tout a un but. Et même deux. Un : ramasser le plus de dollars possibles en faisant pleurer tout le monde, même le chef des pompiers. Deux : faire un plaidoyer sur l'euthanasie.
 
Pour moi, trahir sa mise en scène est la faute impardonnable de Eastwood, surtout qu'il ne le fait pas par maladresse, et que tout ça est prémédité depuis le début. Soit. Pour moi, cet argument suffit à classer ce film comme totalitaire, artistiquement, bien sûr. Ce type est un manipulateur cynique, c'est évident.
 
Personnellement, l'euthanasie n'est pas vraiment un sujet tabou, et ne heurte aucun sentiment religieux ou autre. C'est bien un sujet sur lequel je n'ai pas vraiment d'avis arrêté. Je ne suis ni pour ni contre, et j'observe toujours avec intérêt les réflexions des uns et des autres sur le sujet. Bon, ceci dit, ma position sur l'euthanasie, ça n'a aucun rapport avec le cinéma, bien sûr. Je précise et vous allez comprendre pourquoi.
 
Où est l'enjeu dans ce film ? Où est le dilemme ? Nulle part! Car le personnage de l'entraîneur joué par Eastwood n'a aucune alternative, dans la logique du film. Swank a eu une vie de merde, a effleuré son rêve, s'est battue toujours dans la souffrance et la solitude... Et elle demande sans sourciller qu'on la débranche ? Vous savez quel est l'enjeu d'euthanasier la jeune fille dans le film ? L'émotion. Point final. Voilà un personnage qui a souffert toute sa vie, et qui sur décision du scénario, abandonne sans se battre tout à coup... C'est le scénario qui a tué Hilary, comme c'est la Mort qui a assassiné Marcia, comme disait la poète. Il n'y a aucune réflexion, aucun sentiment, aucune ambivalence ne se dégage de la fin de ce film. Ici, c'est tes larmes qu'on veut, et ta signature au bas de la pétition. Tout est automatisé et lissé pour ne laisser aucune prise à ton cerveau.
 
Quand on substitue la réflexion, et qu'on la bloque volontairement pour ne laisser passer que l'émotion, ça s'appelle comment ? Quand on te présente un truc et qu’en fait, il s'agit carrément du contraire, on appelle ça comment ? Quand on te dit qu'il n'y a pas d'alternative, et que les choses doivent se passer comme ça, ça s'appelle comment ? Quand on défend quelque chose avec absolument les mêmes arguments que si on avait défendu la thèse adverse, ça s'appelle comment ? Et quand un "artiste" fait une œuvre "à message", ça s'appelle comment ?
 
Clint Eastwood est sans doute un type très réactionnaire. Certes. Je ne lui demande pas d'être un mec bien, je n'en ai rien à faire. Par contre, on peut sans aucun doute comprendre avec ce film que ce type n'a jamais été un artiste (je veux dire un réalisateur). Dans ses méthodes, on reconnaît très bien l'expression d'une pensée totale, manipulatrice, et dont les enjeux sont hors du cinéma. Parce que le Clint a trahi tout ce qui pouvait faire sa dignité d'artiste, parce qu'il a agi de manière manipulatrice, parce qu'il nous a empêchés d'utiliser notre cerveau, ne soyons pas étonnés qu'il ait emprunté la forme du mélo le plus pourri. Sous des dehors humanistes, et "forcément émouvants", MILLION DOLLAR BABY apparaît comme un film absolument cynique et totalitaire, utilisant tous les moyens pour atteindre un but qui dépasse le cadre du cinéma (visée mercantile et/ou politique).
 
Je n'ai jamais aimé les petits fachos ou ceux qui utilisent les mêmes méthodes qu'eux et de la même manière, et je tends mon poing en l'air "à la face" (et non pas dans la face, je suis non-violent!) de Clint Eastwood, dont la fascination sur les masses, avec ce film et le précédent, me paraît plus qu'inquiétante. Nous sommes décidément prêts à toutes les manipulations. Voilà qui ne laisse rien présager de bon. Mais là, cher lecteur, on sort du cadre du cinéma, je sais bien... La faute à qui ? MILLION DOLLAR BABY est un film abject, et il fallait que ce soit dit.
 
 
 
Cérébralement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Mercredi 30 mars 2005

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi

(photo: "Gothico YOU! (gouvernement décrit en patates écrasées)" par Dr Devo

Chers Concitoyens,
 
Par où on va commencer, là? Bah, restons pros! Elmore Leonard écrit des livres, plutôt pas mal si ma mémoire est bonne. Souvent, ils sont adaptés au cinéma, comme par exemple "Punch Créole" qui deviendra à l'écran JACKIE BROWN, de qui-vous-savez. Il y a cinq ou six ans, je ne sais plus très bien, j'ai la mémoire qui flanche et des baguouzes à chaque doigt, il y a dix ans en fait (le temps passe à une vitesse hallucinante, c'est le tourbillon de la vie, c'est dit, c'est fait), il y a dix ans, dis-je,  Abel Ferrara voulait faire une adaptation du roman de Leonard, "Get Shorty", où un ancien prêteur sur gage, un peu minable mais malin, décide, plus ou moins malgré lui, d'investir dans le cinéma, où il fait fortune. Comme par hasard, au dernier moment, un grand studio fait monter le prix des droits d'adaptation. Ferrara ne peut plus se les offrir, et le studio en question engage un scribouilleux, des stars et l'horrible Barry Sonnenfeld, et emballez, c'est pesé : GET SHORTY devient un film. A l'époque, j'apprends l'anecdote sur Ferrara qui dit qu'il a vu le film un an plus tard dans un avion, et qu'il a été malade pendant tout le trajet, après 20 minutes de visionnage. Je lis le livre, très bien fichu, je regarde le film, et effectivement, Ferrara a raison : ils ont réussi à enlever tout la subtilité, toute la nervosité et tout l'humour du film pour en faire un polar de plus. C'est nul, et surtout c'est du gâchis. Le moindre petit réalisateur, le moins doué aurait, en suivant laborieusement le livre, fait un film acceptable. Hollywood, c'est un commando terroriste cagoulé qui débarque sur la scène d'un spectacle de danse de fillettes de 6 ans. C'est une succession de mauvais renseignements et d'erreurs diverses qui mènent à une bourde monumentale ou à un projet contre-nature, c'est n'importe quoi, mais ce n’est pas grave, on massacre toujours tout le monde à la fin, et on verra après! Des brutes, je vous dis.
 
Et bien nous voilà en 2005, et on remet ça. On fait une suite à GET SHORTY. Et votre Docteur Devo, ben, comme une poire, il ne remarque pas que c'est la suite de ce triste film. BE COOL, que ça dit, et non pas GET SHORTY 2, alors, il y va, pauvre de lui.
 
Evidemment, on reprend le personnage de Travolta, ex-prêteur sur gage très intelligent mais sans envergure qui, bon gré mal gré, atterrit dans le milieu du cinéma, y investit de l'argent et ça rapporte. Il casse la baraque. Sa double connaissance des milieux mafieux et de la psychologie humaine sont ses meilleurs atouts dans le bizness. Comme le Travolta, c'est un malin, avec énormément d'aplomb, il est comme un poisson dans l'eau. Et ça marche. BE COOL se passe quelques années après. Travolta en a marre du cinéma, qui, selon lui, brasse trop de fric, est trop contrôlé, et surtout produit n'importe quoi et nivelle tout par le bas. Le tout saupoudré par des mœurs décadentes, souvent mafieuses. Y'en a marre. Il décide alors de se lancer dans la chanson. Il va voir la femme de James Woods (qui vient de mourir assassiné), sa veuve donc, Uma Thurman, qui justement a un label. Et surtout, Travolta repère une jeune chanteuse (genre Janet Jackson), Christina Milian. Thurman est d'accord avec Travolta : cette petite, c'est de la bombe, il faut lui faire faire un disque. Malheureusement, la belle petite chanteuse est sous contrat, chez le minable Harvey Keitel, producteur ringard, et son manager Vince Vaughn, un autre minable qui parle, vit et s'habille comme un noir du Bronx, n'entend pas laisser filer la chanteuse aussi facilement. Quelques quiproquos finissent de s'emmêler les uns aux autres : tueurs à gages, dettes, rappeurs-gangsters, etc... Et Travolta se retrouve plongé dans ce qu'il voulait éviter : les histoires mafieuses!
 
 Bon, ben voilà. Get Shorty 2, quoi! C'est assez marrant quand même de constater que Hollywood a réussi à engager pour cette suite un réalisateur encore plus nul que Barry Sonnenfeld, ancien opérateur des frères Cohen, mais aussi réalisateur d'un des plus mauvais film de l'histoire : WILD WILD WEST! C'est clair, un étudiant en première année de n'importe quelle école de cinéma du monde aurait eu honte de rendre une telle copie. C'est minable! Axes contrariés, échelle de plans absurde et absolument interchangeable, photo hallucinante de médiocrité, etc. Un festival de ce qu’il ne faut pas faire au cinéma. Les simples champs/contrechamps font mal aux yeux. Coté montage, c'est absolument sans rythme, et on a l'impression de voir un premier montage, une copie de travail pas encore dégrossie, avec des tunnels de plusieurs minutes pour des petites scènes de rien du tout, et des scènes plus importantes envoyées en cinq secondes. Rien qu'en remontant un peu le film, on aurait pu avoir plus de rythme et un ton un peu plus alerte. Bref, de ce côté là, c'est le vide cosmique, et comme c'est une comédie, le film ne vise même pas l'esbroufe (débile, c'est sûr, mais esbroufe quand même) d'un ELEKTRA ou de tout autre grosse production américaine. Une horreur, ou bien, comme le disait Ferrara, un film pour endormir les passagers un peu nerveux d'un avion! Oui, c'est peut-être ça, un film pour avion! On passe.
 
Côté acteurs, c'est mieux mais c'est aussi le gros malaise. Que faire, même avec de bons acteurs bien motivés, dans un film nullosse, sans réalisateur et sans scénario valable ? Ben, rien ou presque! Et pourtant, il y a du monde. Travolta est plutôt sobre, c'est-à-dire mieux, sauf sur un plan (quand il suit le type de l'agence de voitures, ses mains le trahissent! Si si! Je vous assure! J'aurais fait un chouette producteur, non ?). Malheureusement, le Travolta, il a regrossi. Du coup, sur toute la longueur du film, il n'a qu'un plan moyen qui ne soit pas de face (quand il entre pour la première fois dans la boutique des russes), et il est énorme. De fait, le réalisateur s’attache à faire le plus de gros plans possibles ou de le filmer de face le plus possible. Première hypothèse. Ou alors, deuxième hypothèse, le réalisateur n'a même pas remarqué qu'il était gros du bide, et le filme n'importe comment, naturellement, sans se forcer! Je vous laisse choisir la bonne solution. En tout cas, ça nous donne une des scènes de danse les moins sexy et les plus minables de toute l'histoire du cinéma. Cette scène arrête le film pendant trois bonnes minutes, en essayant de refaire une scène culte entre Thurman et Travolta! Involontairement, c'est une des scènes les plus drôles du film : on ne sait pas du tout quelle est la chorégraphie! C'est tellement mal cadré et monté que je vous mets au défi d'essayer de deviner la chorégraphie de cette scène! C'est drôle (si ce n'était pas triste), et je sens qu'un jour on arrivera à réaliser mon fantasme ultime de cinéma : faire une comédie musicale sans musique!!! En tout cas, moi, tant qu'à faire, j'aurais coupé la bande-son pendant cette scène! Bien sûr, le pompage de PULP FICTION est honteusement visible. Sinon, Thurman est plutôt bien en début de film, toute en rides naturelles, un peu vieillie, un peu touchante. Très vite, elle s'avère être complètement perdue et à côté de la plaque, chose qu'on ne saurait lui reprocher. Son rôle est fade, fade, fade. Apportez-moi la tête du scénariste sur un plateau! Vince Vaughn met beaucoup d'entrain à jouer son rôle de "nègre-blanc" stupide. J'aime bien cet acteur, à mon avis sous-estimé. Revoir DODGEBALL, par exemple, pour s'en rendre compte. Malheureusement, il est massacré par la VF, et le montage lui donne des scènes très longues et qui, à force, fatiguent. Il semble être très bien, mais si vous voyez le film en VO, c'est vous qui pourrez confirmer. En tout cas, Vince Vaughn, avec ce film, entre dans le clan fermé des imitateurs de Christopher Walken (ce qu'il fait avec plus de discrétion que Johnny Depp!). C'est rigolo. The Rock a sans doute un joli rôle, ou plutôt on devine le joli rôle si le bouquin était un peu respecté. Le personnage a tellement de contradictions dans le film (c'est-à-dire, il est tellement mal écrit) que là aussi, la performance est dure à juger. En tout cas, Harvey Keitel est minable et vient ici payer ses impôts, et James Wood n'a qu'une scène et demie. Je passe. Cedric The Entertainer, en PDG de groupe de rap mafieux, est plutôt pas mal, et là aussi en filigrane, on devine les intentions de Leonard, notamment lors de sa tirade dans le bureau de Harvey Keitel, hymne à la tolérance, pourtant presque raciste, et, en tout cas, très ambigüe. Ça doit être quelque chose... dans le bouquin. Quant à Christina Milian, la petite cendrillon de la pop, que dire, sans être grossier ? Une petite chanteuse à deux balles de plus? Une petite gamine arriviste de plus ? Une petite bourgeoise de Beverly Hills dans le show-biz de plus ?
 
C'est bien là qu'est le problème. Ce film parle d'abord de la fabrication d'un album, de la découverte d'un nouveau talent, et des mœurs dans les métiers de la production. Le personnage de Travolta en a marre de produire des films débiles et décide de se lancer dans  la musique, en produisant celle qui lui tient à cœur. Et il flashe sur quelle artiste ? Une Janet Jackson No 22, un clone, et chanteuse dans la vraie vie bien sûr, bien qu'ici elle soit déguisée en Cendrillon pourrie de talent! De qui se moque-t-on ? Ce film, très friqué, incarne exactement ce qu'il dénonce : un projet mercantile débile de plus, fait par des incapables et des incultes qui pourrissent tout ce qu'ils touchent. Et tout ça pour quoi? Pour nous vendre Christina Milian!!!! Un énième clone de Mariah Jackson Huston Madonna Lopez!  Au secours! La belle n'a sûrement jamais connu le Bronx, comme cela nous est montré dans le film (cliché à mon sens raciste, du talent caché dans cette école de rap de banlieue ; ces noirs, ils sont tellement doués pour le hip hop, le jazz et le basket!). La belle n'a aucun talent, et évitons de parler de son travail d'actrice. A quoi sert le film ? A vendre de la soupe, et c'est tout. Le contraire de ce que dit le scénario. Et que dire de l'utilisation du groupe Aerosmith dans le film ? Qu'elle confirme que pour les producteurs de BE COOL, c'est le nec plus ultra, le vrai rock, quoi! De l'émotion vraie. Au secours!
 
Bref, vous l'aurez compris, un film bourgeoisiste, dont la seule destinée est de vous piquer votre fric deux fois (ciné+musique), en détruisant une histoire intéressante et arty, en la transformant en un WILD WILD WEST 2. Et surtout un film qui fait preuve, avec force,  de ce qu'il dénonce : les professionnels de la production, ciné+musique, sont de gros incultes qui ne connaissent à peu près rien à leur métier, comme l'avait bien compris le personnage principal du bouquin. Mais, pire que tout, c'est ce sentiment d'être pris pour un connard (pauvre) de dernière zone qui est désagréable, et devant tant de trahison, à la vie comme à l'écran, on a envie de dire aux responsables de ce film : soyez honnêtes!
 
Honnêtes, c'est déjà ça, c'est déjà ça, comme disait le poète...
 
En attendant, dénonçons le scandale de ce film qui nous crache à la gueule, en encaissant notre argent, et qui exige, en plus, qu'on dise merci!
 
 
 
Furieusement Vôtre,
 
 
 
Dr Devo
 
 
 
PS: on est quand même très triste pour Vince Vaughn! A signaler aussi dans le film, les apparitions de deux plus ou moins  inconnus (vus quelque part mais je sais plus où!): Robert Pastorelli (le tueur à gage) et Debi Mazar, tout deux très biens.  D'ailleurs, j'apprends en préparant cet article que Debi Mazar sera à l'affiche du prochain film de Stuart Gordon (REANIMATOR, FROM BEYOND), film scénarisé par David Mamet!!!! Un peu comme si Alain Corneau écrivait le prochain David Lynch! Voilà un mélange improbable, très excitant et qu'on a hâte de voir!
 
 
 
 
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Mardi 29 mars 2005

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi

(photo: "Les Doigts Croisés" par Dr Devo)

Chers Amis,
 
Quel plaisir de vous retrouver après quelques jours passés à manger du chocolat, pour moi, et de crise de Foi, pour vous, qui étiez confrontés pendant ce temps aux diaboliques photos du film mystérieux.
 
Avant de partir pour Chocoland, j'ai eu le temps de me glisser dans une salle de cinéma et d'aller voir, dîtes-donc ma chère, encore un film français. Ça faisait longtemps que je ne n'en avais pas vu deux à la suite qui ne soient pas des comédies à 1000 copies, genre CAMERA CAFE ou IZNOGOUD. Deux films de chez nous, donc, et deux films plutôt visibles : LE COUPERET de Costa-Gavras qui ne casse pas trois pattes  à un canard, mais qui, par la petite bande, est assez angoissant, et donc DE BATTRE MON COEUR S'EST ARRÊTE de notre ami Jacques Audiard, que j'ai eu la chance de rencontrer un soir, quand j'étais petit, il y a déjà assez longtemps, genre quand j'étais au lycée, et genre quand il écrivait encore des scénarios avec Jérôme Boivin, également présent ce jour-là, et qui depuis disparaît régulièrement dans l'univers impitoyable et médiocre de la télévision... J'ai rencontré les deux en 1992 ou quelque chose comme ça, ça ne nous rajeunit pas, bon sang. Allez reprend un peu de chocolat, ça passera mieux...
 
Romain Duris (Brrrr, j'y reviens), est un petit gars assez nerveux, mais plutôt malin. C'est une sorte de Dédé l'Embrouille, version contemporaine. Duris, il est dans l'immobilier, et avec deux amis (dont l'excellent Jonathan Zaccaï), il rachète des immeubles entiers, les vide, les revend, ramasse encore plus de fric, etc... Bref, ils spéculent, le Duris et ses amis... Et quand ils ne peuvent pas faire une affaire, et bien, ils font en sorte de la faire quand même! Et que je te mets des rats dans les escaliers pour pousser le proprio à vendre, et que je te déloge les squatters sans le sou avec batte de base-ball, etc... Je vous laisse découvrir ça. Et puis, on s'arrange avec les notaires, les services municipaux, et tout le toutim. Au total, on achète, on vend, et on survend, par immeubles entiers. Petites combines, certes, mais habiles, bien soutenues par un réseau de connaissances et  de savoir-faire. Et ça rapporte un maximum, crise de l'immobilier parisien oblige. De temps en temps, faut balancer quelques coups de poings, mais bon... On n'a rien sans rien. Tout le système, Duris l'a appris auprès de son père, Niels Arestrup. Et les combines semblent s'être transmises comme un petit commerce familial. Les deux ne bossent pas ensemble, mais quand le père a besoin du fiston pour faire le coup de poing, Arestrup peut compter sur Duris. Drôle de paire ces deux-là : père-fils, mais aussi deux faux "potes"... On joue sur plusieurs registres, et les petites rancunes s'accumulent. Parmi les sujets tabous entre les deux petits arnaqueurs : la mère de Duris (ex-femme d'Arestrup donc), morte il y a quelques années et qui était pianiste virtuose, ce qui, on le devine, causa sa perte. Voilà le quotidien de Duris, qui, un jour, par hasard, rencontre son ancien professeur de piano (un célèbre impresario dans le classique) qui lui propose une audition. Duris accepte alors qu'il n'a pas touché un clavier depuis la mort de sa mère. Il se remet à l'instrument non sans mal, avec l'aide d'une chinoise virtuose qui va le faire bosser à fond. Pendant ce temps-là, Arestrup connaît de plus en plus de soucis avec ses affaires et a besoin de son fils. Duris hésite et perd pied au fur et à mesure que sa passion pour le piano rejaillit et qu'il s'éloigne malgré lui du milieu des "affaires"... Y a-t-il un deuxième acte dans la vie des (anti-) héros français ?
Si Jacques Audiard ne m'était pas relativement sympathique, sans doute ne serais-je pas allé voir ce film, et ce pour une raison très simple : j'ai un gros problème avec Romain Duris. Voilà, c'est dit, c'est fait. Malgré sa grande popularité, et malgré le fait que, pour la plupart des spectateurs, il paraît être un petit gars très sympathique, rien n'y fait, pour moi, le Duris me donne quasiment de l'urticaire. Il ne m'a rien fait personnellement, mais voilà exactement le gars qui pour moi symbolise la frime, la prétention, le systématisme, le manque d'intelligence, etc.. Vous l'aurez compris, c'est physique, je ne peux pas encadrer l'animal. Bah, ça arrive, on a tous nos têtes de turc, et peut-être l'essentiel est de s'en rendre compte, d'en être conscient. Sur le plan artistique, je ne suis pas fan, loin de là, de ses films, notamment ceux de Cedric Klapisch, et ça, à ma décharge, ça aide, ça aggrave le symptôme. Donc, sans Audiard, la perspective de passer plus de 100 minutes avec Duris m'aurait fait passer mon chemin probablement. Discutant il y a peu avec Bernard RAPP, un habitué de ce site, qui laisse souvent de très splendouillets commentaires, celui-ci (Bernard RAPP) me disait que, malgré notre aversion commune pour Romain Duris, et malgré "l'immonde bouse" (je cite de mémoire), qu'était ARSENE LUPIN, il avait apprécié Duris dans ce très mauvais film, qualifiant sa performance de "relatif état de grâce". Connaissant mon confrère RAPP assez bien maintenant, le doute se fit, et j'en déduisis que pour apprécier un tant soit peu le plus populaire des jeunes acteurs français, le Bernard, il avait dû être très surpris par quelque chose. Le film étant mauvais, il fallait sans doute trouver les raisons de ce revirement partiel dans le jeu même de l'acteur. Surprenant. Malgré tout, en voilà une de raison supplémentaire, d'aller voir DE BATTRE MON COEUR S'EST ARRÊTE. Même sans trop y croire. De toute façon, un Jacques Audiard, fut-ce avec Duris, ça vaudra toujours plus qu'un Jugnot avec Catherine Frot.
 
À l'heure du bilan, que dire ? On ne passe pas vraiment un mauvais moment. C'est du classique, tout ça, mais ça a un peu de gueule, on ne peut pas le nier. Romain Duris, désolé les gens, n'est, selon mon point de vue, pas "en état de grâce". Ça joue relativement, mais pour moi, ça pue encore bien la frime et le rouleau compresseur. Oune poquito attendu, la performance. Je crois qu'un journaliste de Libération a osé dire que sa performance est proche de celle, mythique, qui marque un acteur, et qu'on pouvait comparer le Duris d'ici au Robert De Niro de TAXI DRIVER! Oh No! Faut quand même pas déconner. On sait que je ne porte plus beaucoup De Niro dans mon cœur (encore que le film sur la carte AMERICAN EXPRESS... Jetez un œil sur MON BEAU-PERE, MES PARENTS ET MOI vous comprendrez), mais là je dis halte au sketch, ou si vous préférez, il faut savoir raison garder.  Je pense que si on ressortait à ce journaliste sa critique dans cinq ans, il aurait très honte! Je passe. Donc, le Duris se supporte tant bien que mal, rien d'infamant (à part la scène du téléphone: "I fucking kill you!", qui, là, de fait, ressemble à du De Niro mal compris et hors-sujet... L'idée de ce journaliste n'était même pas vraiment originale... La classe!), et surtout rien d'extraordinaire non plus. Pas mal, je suppose, mais dans mon cas (voir ci-dessus), c'est dur à juger. On supporte, disons. Côté second rôle, ça assure drôlement à certains endroits. Arestrup est vraiment formidable, et, HALLELUYAH !, est capable de dire un texte sans réciter, avec une facilité et une absence de calculs hyper-rare en France (même chez les bons acteurs). Ça fait du bien. Rien que pour lui, on peut se déplacer. C'est quand même autre chose que les Podalydes ou les Torreton. La grande classe. Jonathan Zaccaï me paraît très honnête, comme dit plus haut. Lin Dan Pham est bien. Mélanie Laurent, que je ne connais pas, a une superbe scène (dans les vestiaires de l’hôtel, avec un son très joliment utilisé).
 
Là où je serais plus frileux, curieusement, c'est plutôt sur la mise en scène. Le parti pris de montage est très marqué. Caméra à l'épaule, impression de prise sur le vif, montage chahuté et très cut, temporalité flottante, etc... Pendant ce temps, le scénario louche sur une histoire en deux teintes, thriller quotidien mais noir d'un côté, et redécouverte de la musique de l'autre. De ce point de vue, l'ignoble bande-annonce en dit beaucoup trop, privilégiant le côté film noir, alors que, je suppose, découvrir le film sans avoir vu ce piteux montage commercial doit être quelque chose de bien plus troublant, parce que, justement, on ne sait pas de quel côté le film va basculer, et parce que, justement, le film n'est que progressivement émaillé de tâches noires sur la musique. Dans ces conditions, mon innocence de spectateur cesse de battre, elle aussi.
 
Et puis, au final, votre bon docteur est un peu gêné. Beaucoup de gros plans, encore une fois, nourris au sein naïf de cette idée reçue qui veut que plus ton plan est serré, plus tu es proche de l'émotion des acteurs. Le cadre n'est pas gourmand une seconde, ce qui alourdit sans doute pas mal le montage. Le scénario sent bon la rédemption à 1000 lieues à la ronde, et pourquoi pas au fond ? On ressort relativement déçu quand même. Le film reste vraiment trop sage, loin de l'esthétisme travaillé auquel on s'attendait. Comme un joli morceau, gentiment triste, mais  dont on devine plusieurs minutes à l'avance sur quel accord et de quelle manière il va se résoudre. On baille donc gentiment. Le tout n'est pas assez iconoclaste (à l'intérieur même du film), trop proche du scénario, et sans doute pas assez dans l'errance que ce type de dispositif aurait pu rendre si créative au montage. [Un petit mot sur le son très feignant, je trouve, et perturbé par une musique electro abominable.] Et d'ailleurs servons nous de cette parenthèse. Et si, à la place du piano, il s'était s'agit d'un tubiste virtuose ? Et si, à la place de l'electro, on avait mis de la musique industrielle des années 80 ? Il exagère le docteur ? Pas vraiment, il est juste un peu taquin. Car curieusement, dans ce film, c'est l'impression de préciosité et de bon goût qui bouffe un peu le reste, au détriment du rythme même du film et de son "ambition" esthétique. Audiard n'est pas le premier à sombrer dans une espèce de fétichisme du PI-A-NO et du VI-O-LON (prononcez avec l'accent de Fanny Ardant). C'est sûr, c'est plus classe que le trombone. Mais la musique indus, combinée au tuba, n'aurait aucunement empêché de montrer longuement le Duris torse-poil en train de répéter.
 
Il s'en est fallu de peu, mais c'est dommage, on reste dans une ambiance feutrée et charmante, bien comme il faut, et finalement sans la folie et le déboussolage qui nourrissent le scénario. Dans le même processus de filmage et de montage, on pourra comparer le film de Audiard à VENDREDI SOIR de Claire Denis qui, dans la même veine de mise en scène, était bien plus gourmand et bien plus abouti. Là, au moins, la mise en scène, elle avait une autre gueule. 
 
Gentiment Vôtre,
Dr Devo
 
PS : en fait, deux jours après, je lis ça et je suis d'accord!
 
Retrouvez d'autres articles sur d'autres films, en accédant à l'Index des Films Abordés: cliquez ici!
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Lundi 28 mars 2005

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi

Chers Amis,

Bon allez, encore un petit effort. Sera-ce plus dur encore?

Voici la suite de notre grand jeu...

Le Docteur Devo s'offre quelques jours de vacances et il sera absent jusqu'à lundi. Ceci dit, non ne pleurez pas, tout va bien se passer, et vous ne serez pas seul. Je vous ai concocté un petit jeu rigolo ou plutôt quatre petits jeux rigolos, un par jour. et il n'y a rien à gagner, sauf la gloire bien entendu.

Alors voilà, tous les jours jusqu'à dimanche, je vais vous proposer trois photos issues de trois films différents. Le jeu consiste à reconnaître le film dont chaque photo est extraite. Pas compliqué, hein? Un vrai jeu de vacances pour le week-end de Pâques!

Pour répondre, utilisez les commentaires.

Oui, mais bon, moi je suis nul, j'ai pas vu tant de films que ça, et patatati et patatata. c'est pas grave, tu peux jouer quand même. Même si on n'a pas reconnu le film, on peut faire des estimations comme des experts. Ce serait un film de quelle année? De quelle nationnalité? C'est qui ces acteurs? Ce serait un film de quel genre, qui raconterait quel type d'histoires? Ça pourrait être un plan filmé par quel réalisateur? etc..

Ce qui veut dire qu'en cherchant tous ensemble, vous allez pouvoir bien vous marrer, sans doute (je ris souvent en lisant vos délicieux commentaires), et surtout peut-être réfléchir ensemble et faire des réponses collégiales, comme on dit sur certaines radios.

Les réponses seront données en commentaire dans quelques jours, à mon retour.

Attention, ces photos sont issues de DVD que j'ai dans ma petite collection. Il se peut qu'il y ait autre chose que des films de fictions, voire autre chose que des films. Documentaires, séries, etc... S'il s'agit d'une série, n'hésitez pas à trouver le titre de l'épisode... Enfin, dernière consigne, pour corser un peu le tout, les photos ne sont pas forcément au format original du film, et je me garde la possibilité de recadrer dans l'image. Je passerai voir comment tout cela évolue si j'en ai la possibilité sur mon lieu de vacances.

On peut jouer en mangeant des oeufs en chocolat.

Voici la quatrième série de photos mystères. Et comme il y avait des restes, je vous les ai mis...

 

 

Diapositive No10 : bonjour madame! Je croyais que c'était dur mais mon petit cobaye, qui a testé ce jeu, a trouvé du premier coup... Saurez-vous en faire autant?

 

 

 

Diapositive No11: un peu plus dur, déjà....

 

 

 

Diapostive No13: dure mais iconoclaste, n'est-ce pas? Qui oserait faire ça? Le Marquis, pape de toutes les cinéphilies, je vous le rappelle, et grand spécialiste des films avec nains, n'a bien entendu pas le droit de jouer...

 

 

 

Diapositive No14: allez, un petit peu d'exotisme... Avouez que vous avez envie de le voir ce film, pas vrai? C'est vrai que ça a l'air bien. Un indice: ce n'est pas un film de Jean Renoir, ni de Regis Wargnier. Marquis, vous n'avez pas le droit de jouer ici non plus!

 

 

 

Diapositive No15: Très dur de trouver de quel film il s'agit, sans nul doute. Par contre, le(la) réalisateur(trice) est vraiment trouvable, par déduction. Si, si...

 

Et bien, les amis, ça y est on fait le tour. Un petit aspro? En tout cas, je commence à donner les réponses demain, dans les commentaires de chaque article...

 

Dr Devo.

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Dimanche 27 mars 2005

Recommander - Publié dans : Ethicus Universalis

Chers Amis,

Je pense que ceux qui sont encore là aujourd'hui, après deux jours de jeu, sont  des sado-masochistes. Personnellement, ça ne me dérange pas. Par ici les coups de fouet. Si vous voulez bien me suivre.

 Voici la suite de notre grand jeu...

Le Docteur Devo s'offre quelques jours de vacances et il sera absent jusqu'à lundi. Ceci dit, non ne pleurez pas, tout va bien se passer, et vous ne serez pas seul. Je vous ai concocté un petit jeu rigolo ou plutôt quatre petits jeux rigolos, un par jour. et il n'y a rien à gagner, sauf la gloire bien entendu.

Alors voilà, tous les jours jusqu'à dimanche, je vais vous proposer trois photos issues de trois films différents. Le jeu consiste à reconnaître le film dont chaque photo est extraite. Pas compliqué, hein? Un vrai jeu de vacances pour le week-end de Pâques!

Pour répondre, utilisez les commentaires.

Oui, mais bon, moi je suis nul, j'ai pas vu tant de films que ça, et patatati et patatata. c'est pas grave, tu peux jouer quand même. Même si on n'a pas reconnu le film, on peut faire des estimations comme des experts. Ce serait un film de quelle année? De quelle nationnalité? C'est qui ces acteurs? Ce serait un film de quel genre, qui raconterait quel type d'histoires? Ça pourrait être un plan filmé par quel réalisateur? etc..

Ce qui veut dire qu'en cherchant tous ensemble, vous allez pouvoir bien vous marrer, sans doute (je ris souvent en lisant vos délicieux commentaires), et surtout peut-être réfléchir ensemble et faire des réponses collégiales, comme on dit sur certaines radios.

Les réponses seront données en commentaire dans quelques jours, à mon retour.

Attention, ces photos sont issues de DVD que j'ai dans ma petite collection. Il se peut qu'il y ait autre chose que des films de fictions, voire autre chose que des films. Documentaires, séries, etc... S'il s'agit d'une série, n'hésitez pas à trouver le titre de l'épisode... enfin, dernière consigne, pour corser un peu le tout, les photos ne sont pas forcément au format original du film, et je me garde la possibilité de recadrer dans l'image. Je passerai voir comment tout cela évolue si j'en ai la possibilité sur mon lieu de vacances.

Voici la troisième série de photos mystères.

 

Diapositive No7: Très trouvable. Jouez en famille.

 

Diapositive No8: ça n'a pas l'air facile, mais pour la plupart d'entre vous, en réfléchissant ensemble via les commentaires, vous allez y arriver j'en  suis sûr.

 

 

Diapositive No9: très dur, mais le Marquis n'a pas le droit de jouer...

 

Dormez cette nuit, vous serez plus en forme demain pour la dernière série dîte "Série de la Mort"...

 

Dr Devo

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Samedi 26 mars 2005

Recommander - Publié dans : Ethicus Universalis

Chers Amis,

Alors, on n'a pas eu trop mal à la tête hier? Voici la suite de notre grand jeu...

Le Docteur Devo s'offre quelques jours de vacances et il sera absent jusqu'à lundi. Ceci dit, non ne pleurez pas, tout va bien se passer, et vous ne serez pas seul. Je vous ai concocté un petit jeu rigolo ou plutôt quatre petits jeux rigolos, un par jour. et il n'y a rien à gagner, sauf la gloire bien entendu.

Alors voilà, tous les jours jusqu'à dimanche, je vais vous proposer trois photos issues de trois films différents. Le jeu consiste à reconnaître le film dont chaque photo est extraite. Pas compliqué, hein? Un vrai jeu de vacances pour le week-end de Pâques!

Pour répondre, utilisez les commentaires.

Oui, mais bon, moi je suis nul, j'ai pas vu tant de films que ça, et patatati et patatata. c'est pas grave, tu peux jouer quand même. Même si on n'a pas reconnu le film, on peut faire des estimations comme des experts. Ce serait un film de quelle année? Quelle nationnalité? C'est qui ces acteurs? Ce serait un film de quel genre, qui raconterait quel type d'histoires? Ça pourrait être un plan filmé par quel réalisateur? etc..

Ce qui veut dire qu'en cherchant tous ensemble, vous allez pouvoir bien vous marrer, sans doute (je ris souvent en lisant vos délicieux commentaires), et surtout peut-être réfléchir ensemble et faire des réponses collégiales, comme on dit sur certaines radios.

Les réponses seront données en commentaire dans quelques jours, à mon retour.

Attention, ces photos sont issues de DVD que j'ai dans ma petite collection. il se peut qu'il y ait autre chose que des films de fictions, voire autre chose que des films. Documentaires, séries, etc... S'il s'agit d'une série, n'hésitez pas à trouver le titre de l'épisode... enfin, dernière consigne, pour corser un peu le tout, les photos ne sont pas forcément au format original du film, et je me garde la possibilité de recadrer dans l'image. Je passerais voir comment tout cela évolue si j'en ai la possibilité sur mon lieu de vacances.

Voici la deuxième série de photos mystères.

 

Diapositive 4. Pas trop dur ça, non?

 

 

 

 

diapositive No666. Ultra-méga dur, une chance sur 300 ou 400,000 films. Non, allez je blague, diapo suivante...

 

 

Diapositive No5. pas facile facile, mais avec un peu de jugeote, on peut s'en sortir. Je pense qu'ils vont s'embrasser.

 

 

 

Diapositive No5: ...où l'on découvre que le Dr Devo est un peu vicieux...

 

 

 

Bon, ben c'est déjà pas mal. On remet ça demain.

 

Dr Devo

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Vendredi 25 mars 2005

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Chers Amis,

le Docteur Devo s'offre quelques jours de vacances et il sera absent jusqu'à lundi. Ceci dit, non ne pleurez pas, tout va bien se passer, et vous ne serez pas seul. Je vous ai concocté un petit jeu rigolo ou plutôt quatre petits jeux rigolos, un par jour. et il n'y a rien à gagner, sauf la gloire bien entendu.

Alors voilà, tous les jours jusqu'à dimanche, je vais vous proposer trois photos issues de trois films différents. Le jeu consiste à reconnaître le film dont chaque photo est extraite. Pas compliqué, hein? Un vrai jeu de vacances pour le week-end de Pâques!

Pour répondre, utilisez les commentaires.

Oui, mais bon, moi je suis nul, j'ai pas vu tant de films que ça, et patatati et patatata. c'est pas grave, tu peux jouer quand même. Même si on n'a pas reconnu le film, on peut faire des estimations comme des experts. Ce serait un film de quelle année ? Quelle nationalité ? C'est qui ces acteurs ? Ce serait un film de quel genre, qui raconterait quel type d'histoires ? Ça pourrait être un plan filmé par quel réalisateur ? etc..

Ce qui veut dire qu'en cherchant tous ensemble, vous allez pouvoir bien vous marrer, sans doute (je ris souvent en lisant vos délicieux commentaires), et surtout peut-être réfléchir ensemble et faire des réponses collégiales, comme on dit sur certaines radios.

Les réponses seront données en commentaire dans quelques jours, à mon retour.

Attention, ces photos sont issues de DVD que j'ai dans ma petite collection. Il se peut qu'il y ait autre chose que des films de fictions, voire autre chose que des films. Documentaires, séries, etc... S'il s'agit d'une série, n'hésitez pas à trouver le titre de l'épisode... enfin, dernière consigne, pour corser un peu le tout, les photos ne sont pas forcément au format original du film, et je me garde la possibilité de recadrer dans l'image. Je passerai voir comment tout cela évolue si j'en ai la possibilité sur mon lieu de vacances.

 

C'est parti pour la première série.

 

 

Diapositive No1  difficulté: assez facile. Voilà qui ne devrait pas vous poser de problème.

 

 

 

Diapositive No2  difficulté: un peu difficile, mais le plan m'avait bizarrement marqué quand j'avais vu le film en salle, et donc sans doute vous aussi. De toute façon on peut s'en sortir.

 

 

 

Diapositive No3 difficulté: difficile. Mais certains pourront situer à peu près, je pense.

 

 

Et bien voilà les amis. Bonne prise de tête et à demain pour de nouvelles photos...

 

Dr Devo.

 

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Jeudi 24 mars 2005

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(Photo: autoportrait par Dr Devo)

Chers Amis,
Le hasard réserve parfois de belles surprises (voir photo, héhéhéhé), et au hasard d'une reprogrammation, je redécouvre, en salle s'il vous plaît, LES YEUX SANS VISAGE de Georges Franju, des années après l'avoir vu en VHS. J'en vois déjà d'ici qui se désespèrent : "Pourquoi lui et pas moi ?" Il faut les comprendre, c'est une belle occasion. Et sachez que bien qu'habitant dans une métropole de 500.000 habitants, nous n'étions même pas 25 dans la salle. Très belle salle d'ailleurs. Ah oui, j'allais oublier : c'était gratuit!
Parmi les plus jeunes d'entre vous, il y en a peut-être certains qui n'ont jamais vu LES YEUX SANS VISAGE. J'espère sincèrement qu'ils auront l'occasion de voir ce film le plus vite possible. Si vous ne connaissez pas, précipitez-vous.
Ça se passe en France en 1960. Pierre Brasseur est directeur d'une splendouillette clinique, toute en couloirs blancs et en hauts plafonds. C'est un médecin réputé et c'est aussi un spécialiste en chirurgie réparatrice. Il est également chercheur dans le domaine de la greffe de tissus humains, ce qui lui vaut une très belle réputation. Chacune de ses conférences est très largement suivie. Un matin, on l'appelle pour aller à la morgue afin d'identifier celle qui pourrait être sa fille, récemment disparue. Le cadavre est atrocement défiguré, mais pour le Professeur Pierre Brasseur, pas de doute, c'est bien elle. En fait, les choses sont bien plus compliquées que ça. Brasseur vit avec une étrange femme, Alida Valli (qu'on retrouvera quelques années après dans les splendides SUSPIRIA et INFERNO de Dario Argento) qui est à la fois une ancienne patiente, une collaboratrice, et peut-être la maîtresse de Pierre Brasseur, veuf depuis quelques années. Parce qu'il lui a redonné un visage normal il y a quelques années, Alida Valli lui voue une reconnaissance sans bornes, et s'est dévouée entièrement à son service. Elle est aussi son assistante pour ses expériences secrètes. En effet, la fille de Brasseur, Edith Scob, n'est pas du tout morte. Le professeur Brasseur est l'auteur de tout un simulacre. Edith Scob étant défigurée d'une atroce manière suite à un accident, Brasseur s'est mis un point d'honneur à faire avancer ses recherches de manière spectaculaire, et à rendre son visage à sa fille. L'opération n'a encore jamais été tentée. Et tous les jours, avec l'aide de la fidèle Alida Valli, Brasseur attire dans son château une jeune fille, la drogue, et lui découpe l'épiderme du visage dans son laboratoire secret. Et chaque jour, il essaie de greffer l'énorme greffon sur le visage de sa propre fille. À chaque fois la greffe est rejetée, à chaque fois la malheureuse donatrice meurt et on la balance dans le canal ou dans le caveau familial, ni vu ni connu. Edith Scob est témoin des efforts de son père, cloîtrée chez elle, et effrayée par la brutalité du principe. Maintenant qu'elle est déclarée morte aux yeux de tous, la solitude est totale derrière le masque blanc et neutre qui cache son insupportable visage mutilé...
Et oui, les amis, ça ne rigole pas. Et j'allais ajouter, surtout pour l'époque (1959). C'est pour ça qu'on aime Franju, grand amoureux du fantastique et qui s'essaya de nombreuses fois au genre dans notre beau pays qui, à l'époque, n'en était pas du tout amateur. Et le père Franju, dans cette morne terre cinématographique de l'après-guerre et de la fameuse "qualité française", en cette très morne période, le Franju, dis-je, c'est un sacré lascar, un petit gars qui n'a pas froid aux yeux.
Tourné en noir et blanc, LES YEUX SANS VISAGE, malgré l'étrangeté du titre et du début du film (conférence avec un Brasseur antipathique et cynique, séquence dans la morgue), ça démarre assez plan-plan, ou, pour être plus exact, de manière plutôt calme. L'histoire est très narrative, la présentation du système pour piéger les jeunes filles est très académique et pour tout dire, c'est assez lente, voire même pesante. L'image n'est pas infamante, mais rien ne se passe véritablement. Pas de gourmandise.
Bien sûr, dès les premiers plans avec Edith Scob sous son beau masque, un vent lyrique souffle, et on a la puce à l'oreille. Edith Scob! Edith Scob! Redisons encore une fois son nom. Toute jeune fille à l'époque, la belle Edith.  C'est quand même, et sans doute, la plus grande actrice française. Malheureusement, on la voit peu et surtout dans des seconds rôles. Ces dernières années je l'ai aperçue en marquise acide dans LE PACTE DES LOUPS (mouais), ou dans LES ÂMES FORTES et CE JOUR-LÀ de Raul Ruiz. Et si vous voulez la voir en pleine puissance destructrice, allez jeter un œil sur LA FIDELITE de Zulawski, film sublimissime où elle joue une odieuse rédactrice en chef d'un magasine, genre ELLE, bourrée du matin au soir malgré ses 60 ans. Elle est géniale. Quand elle était petite, si j'ose dire, dans les années 60, elle avait le visage d'un ange, presque un visage dessiné par un dessinateur de manga. C'est très étonnant, mais ce n'est rien à côté de l'étrangeté totale de son jeu, sans équivalent, qui vous arrive comme une bombe à la figure. Enorme actrice, on vous dit.
Bref, lorsqu'on voit la Scob arriver dans son masque, lorsqu'on entend sa voix étrange à nulle autre pareille, on sent le vent souffler, enfin. Et puis, une victime est ramenée dans le manoir du Professeur, et sans prévenir, le film enclenche la vitesse supérieure et se soulève comme un hors-bord qui part en trombe. Accrochez les ceintures. Le cadre devient complètement fantastique et essaie d'imposer une sorte de travail expressionniste qu'il s'agirait de cacher sous la banalité. Des ombres un peu trop travaillées par exemple, ou les étranges gouttières de la salle d'opération, dans la cave, qui se rejoignent en triangle, exactement là où on amène le prochain cobaye. Surcadrage, angles joliment décalés, ambiance étrange, silencieuse et pourtant toujours dérangée par des bruits répétitifs (oiseaux, chiens, etc... Quasiment comme les boucles de sons d'ambiance dans EXISTENZ de Cronenberg). L'impression que le manoir et le film sont en train de se déformer pour prendre une silhouette horrifique (comme dans une mauvaise séquence de cauchemar), cette impression, dis-je, est de plus en plus présente. Le film s'est emballé, et arrive la scène de l'opération. Franchit ce seuil, le film atteint sa pleine vitesse et plonge dans une folie hallucinante.
Evidemment, c'est cette scène d'opération qui valut au film sa réputation de film sanglant, horrible... et culte. Et bien les amis, j'en ai vu des films gore, des films oppressants, etc… Et j'en ai vu certains qui avaient mis la gomme dans les effets spéciaux, mais je peux vous assurer que LES YEUX SANS VISAGE et cette séquence d'opération, avec son tout petit maquillage, c'est l'horreur absolue, c'est le dérangement ultime, c'est HALLUCINANT!!! Ça n'a pas vieilli d'un pouce, et on est tiraillé entre l'envie et la peur d'en voir plus. C'est phénoménal : le film semble s'être arrêté complètement, ce qui est des plus étrange, et nous donne une impression de chute continue qui n'en finit jamais. Quel suspense, quel frisson, les amis!
Malgré tout, il ne faut pas résumer le film à cette seule scène. Car ce qui suit est aussi beau, et certaines fois, aussi terrible. La structure du film, très calculée, joue sur les débrayages et les ruptures [scènes des photos (j'en frissonne rien que d'y repenser), scène du repas (je ne peux rien vous dire, mais c'est beau, tendre et effrayant)]. Les cadrages sont subtils, le récit à la fois heurté et poétique. Et jusqu'à la fin, on ne démordra pas de cette étrange posture qui consiste à faire un film effrayant pour le grand public (français en plus, et en 1960 en plus! Rendez-vous compte!), à la fois violent et extrêmement poétique. C'est la grande classe, et c'est pour le spectateur un grand-huit permanent, et un plaisir de cinéma assez fabuleux.
Les acteurs sont très bons, en plus de cela. Alida Valli joue toutes les nuances, banales ou étranges, et montre que son talent est immense. Pierre Brasseur est lui aussi assez étonnant : figé certes, mais avec des piques drolatiques ou cyniques. C'est étonnant. Et Edith Scob, c'est un poème à elle toute seule, et mes pauvres mots ne suffiraient pas pour décrire son jeu excentrique. Les seconds rôles sont presque caricaturaux, mais pas complètement. Ça sent la maîtrise et l'équilibre à des kilomètres. Quel bonheur! 
On pourrait me reprocher de ne pas être aussi précis que d'habitude, mais je préfère vous laisser l'entier plaisir de découvrir, pour ceux qui ne l'ont pas vu, ou qui, comme moi, l'avaient vu, il y a longtemps, LES YEUX SANS VISAGE et sa poésie sauvage. Laissons, pour une fois, la surprise intacte, et allons faire, comme des enfants, un petit tour dans le noir...
 
Passionnément Vôtre,
Dr Devo.
 
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Mercredi 23 mars 2005

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi

(photo:"Sans Effort, Pas de Réconfort" par Dr Devo)

 

 

 

Chers Gens,
Allez, on continue notre mini-tour d'Europe improvisé, après la France, par la deuxième et dernière étape : la Belgique. Et comme promis, ce n’est pas du Ronsard, ce n’est pas de l'amerloque, ça saigne et ça pue. C'est pas aimable, quoi. Ou quoique...
CALVAIRE raconte la drôle d'histoire de Laurent Lucas (non, il n'a pas fait Normal Sup, il a même pas le bac, alors lâchez-nous avec le pedigree. Ça m'arrange et lui aussi, j'en suis sûr), chanteur itinérant. Dans sa fourgonnette, il ballade sa disco-mobile, ses bandes orchestre et ses micros. Et il fait des galas, de maison de retraite en maison de retraite. Des galas pour petits vieux. Avec joli costume de lumière. Bon, ce n’est pas la gloire, mais ça nourrit son homme apparemment. Ça commence donc dans une maison de retraite. Les petits vieux sont émerveillés. Mais vite, il faut partir et traverser la Belgique dans l'autre sens, car dans trois jours, un autre gala l'attend pour Noël, à l'autre bout du pays. Ringard le Laurent ? Oui, bien sûr. Mais c'est un créneau. Et c'est sans doute une vie de loup solitaire. Allez hop, continue comme ça, mettre matos dans le C4 et on est reparti. On the road. Artiste de cinquième zone, Laurent Lucas se perd en chemin, sur une route communale, en pleine forêt, et en pleine nuit. La camionnette cale. Un semi-débile passe, parfaite caricature de l'idiot du village. Il lui indique l'ancienne auberge de Paul Bartel (nom emprunté à l'attachant réalisateur américain période Corman, auteur de EATING RAOUL et du beau western parodique mais généreux LUST IN THE DUST, avec la très regrettée Divine... Hommage donc). Paul Bartel est joué par Jackie Berroyer : bourru, bouseux, mais bon. Le lendemain, pas de nouvelles du garagiste, il va falloir attendre. C’est long, c'est poisseux, et bien sûr Lucas ne pourra pas partir. Il sera séquestré, travesti et violenté au physique comme au moral. Berroyer/Bartel est un psychopathe de dernière, et les villageois quelques kilomètres plus bas sont des débiles dégénérés. Les tortures peuvent commencer...
Avec CALVAIRE, Fabrice Du Welz tente de renouer avec originalité avec les films gore et/ou éprouvants d'horreur, tels qu'on en voyait encore beaucoup dans les années 80. À sa sauce bien sûr. Derrière CALVAIRE, c'est sans doute les fantômes de MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE et de LA DERNIERE MAISON SUR LA GAUCHE qui hantent le réalisateur. Premier bon point, Du Welz ne cherche pas à exploiter le renouveau du film fantastique européen, renouveau très réussi chez les espagnols (DARKNESS, par exemple), et assez loupé chez les autres, notamment en France (PROMENONS-NOUS DANS LES BOIS ou BROCELIANDE, tous deux assez calamiteux). Du Welz, lui, surprend en n'essayant pas une retranscription littérale des films d'horreur anglo-saxons, mais en lorgnant plutôt vers une ré-appropriation plus personnelle, plus arty ou art et essai diront certains. Il reprend donc une trame connue et archi-rebattue, ce qui ne me dérange absolument pas du tout, à savoir celle du héros dont la voiture tombe en panne à Ploucville, petit patelin perdu, loin de tout, et surtout rempli de débiles aux mœurs éprouvantes. Et ici, c'est des gratinés les indigènes, mais motus, je vous laisse la surprise. Une ambiance étrange, décalée, et légèrement glauque, tout en restant très quotidienne, voire terre à terre, voilà le lot de la première partie. Ensuite, une fois le héros piégé, déchaînement de cruautés à volonté, supplices et insupportables épreuves.
Pour se faire, Du Welz s'est adjoint les services du surdoué Benoît Debie, ici cadreur et chef-opérateur, à qui l’on doit déjà, aux mêmes postes, l'image superbe de IRREVERSIBLE de Gaspar Noé, et de INNOCENCE de Lucille Hadzihalilovic dont je vous avait dit ici le plus grand bien), et c'est bien normal car c'est un film sublime, et un des deux ou trois grands films de l'année (avec LA VIE AQUATIQUE, bien sûr, et THE MACHINIST). Benoît Debie, il a une patte qui se reconnaît entre mille, et son travail marque le film de manière indélébile. Du Welz avait déjà travaillé avec lui pour un de ses courts-métrages, avant qu'il se fasse repérer par Noé. Alors, évidemment, d'une part parce qu'on se doute que CALVAIRE va être un film hors norme et très éprouvant, et d'autre part par ce que le travail de Debie va aussitôt placer le film belge à l'étalon de IRREVERSIBLE et de INNOCENCE, la comparaison avec ces deux films est inévitable, et c'est vrai qu'on y pense dès les premiers plans. Ces premiers plans, justement, sont assez éprouvants pour le cinéphile averti et passionné qui craint pour l'indépendance du film. Debie est un petit génie de la lumière et du cadre, son travail est éblouissant, mais, revers de la même médaille, son  travail sublime ne mangerait-il pas un peu le film ?
À part un plan ou deux (le premier plan sur Brigitte Lahaie, ici dans un petit rôle, et le gros plan décadré sur Laurent Lucas en train de chanter qui à mon avis vient trop tôt dans la séquence, et pousse le film vers un "trop bizarre" heureusement contredit par le reste de la première partie), à part ces deux plans, donc, on entre pourtant facilement dans le film. La présentation des personnages est assez bizarre et banale pour qu'on ait envie d'en savoir plus. La scène du départ en camionnette est très bien, et la longue route à faire est une très belle séquence. On respire donc. Joli son, travail clouant de Debie, mais aussi instauration d'une petite ambiance  très maligne et très banale qui fait merveille. Dans cette partie, la photographie, toujours superbe, est épaulée par un travail de découpage assez subtil, jouant sur toute l'échelle des plans, et le tout est plein de petites gourmandises. Ça marche très bien, c'est beau, ce n'est pas bête. On respire donc. Le film existe pour lui-même. [Je me suis demandé en cours de séance ce que donnera le travail de Debie sur un film qui ne soit pas un film catalogué "famille Noé-Film provocateur craspec" (je force le trait, bien sûr) et j'apprends qu'il fait la photo du prochain film de Albert Dupontel. Voilà qui va être intéressant.]
L'arrivée dans l'auberge de Jackie Berroyer est plus terre à terre mais ça fonctionne. Berroyer, on le voit arriver avec ces gros sabots, mais finalement ça se passe plutôt bien. Plutôt rentré l'animal, c'est bon signe. Le séjour s'allonge et le film change de tonalité en embrayant sur sa deuxième partie, c'est-à-dire celle qui verra Laurent Lucas devenir captif et torturé. La première partie, un peu longue, ce qui a du charme et n'est pas du tout rédhibitoire en ce qui me concerne, s'achève, et on prend la correspondance pour la deuxième partie. Tous les voyageurs descendent de voiture.
Outre que le ton du film change pour aller vers quelque chose de plus violent (pourquoi pas, c'est assez normal, c'est le sujet du film et ça ne me dérange absolument pas), CALVAIRE subit une mue un peu inattendue, mais par pour des raisons thématiques ce qui est très étonnant. Premier indice, Berroyer devient beaucoup plus baroque (ce qui en partie colle au sujet, mais je ne veux pas vous en dire plus, pour vous laisser découvrir le film). Certes, son personnage en se découvrant, devient plus "loufoque" en quelque sorte, c'est le scénario qui veut ça. Mais après deux ou trois scènes, on comprend ce qui est en train de se passer. Et ce n'est sans doute pas Berroyer le seul responsable. Son  jeu devient plus typé, et surtout plus ironique (la scène du sapin). [À ce moment là, je pense au spectateur derrière moi et à son comportement durant la première partie. J'y reviens.] De plus, Berroyer perd les nuances de début de film, là où peut-être, elle aurait pu être conservée avec le changement de tonalité qu'impose le rôle. Allez, je chipote. Passons.
Ce qui est plus gênant, dans cette deuxième partie, c'est la mise en scène. Et là, par contre, il n'y a pas photo, si j'ose le mauvais jeu de mot. Le parcours de Laurent Lucas est, comme promis, assez éprouvant. Et jusqu'à la fin, Du Welz va pousser son effort de stylisation "plus loin", en quelque sorte. Caméra qui tourne à 360 degrés en un faux plan-séquence (séquence du cri), décrochage fantastico-absurde dans la scène de "danse", séquence en plan-séquence et plan-douche (et mouvement de la caméra), gros plan sur l’œil, etc... Et là, les petits amis, à mon sens, c'est la catastrophe, et sur plusieurs points. Je m'explique.
Il faut que je vous parle du type qui était derrière moi. Il a ricané de bon cœur pendant toute la première partie. Ça m'a fait sourire, si j'ose dire, car pour moi, si cette première partie est bizarre (chanson mièvre, maison de retraite glauque, chanteur "raté", etc...), je ne la trouve, justement, pas particulièrement drolatique ou ironique. Evidemment, on sent bien que cet univers est décalé, mais je trouve que cette ambiance tient la route et fonctionne justement, par qu'elle est aussi très sérieuse et très premier degré. Anxiogène, quoi. Ce découpage assez rigoureux, les jolis effets visuels, sont assez bien orchestrés, et avec une certaine "sobriété" ou efficacité (rigueur serait le mot plus juste). Pour moi donc, pas de quoi rire dans cette première partie.
Dans la seconde, le voisin ne bronchait plus. Et pourtant, petit à petit, le film va sombrer dans une espèce de grand-guignol que ne viendra stopper que la dernière séquence. Tout devient du deuxième degré ou presque, et le spectre du grotesque pointe son nez. À mesure que les effets deviennent plus voyants (voir plus haut), on constate, malgré les efforts déployés par certains de ces dispositifs, que la mise en scène se délite. Et ça se confirme en avançant. Outre la rupture de ton (on a l'impression non pas de voir la situation se dégrader brutalement, puis encore petit à petit, mais plutôt l'impression que quelqu'un a basculé un interrupteur et que le ton du film a changé du tout au tout), ça se gâte côté découpage. Le son devient répétitif, notamment dans les parties "courues", et l'échelle des plans n'est plus très cohérente : beaucoup plus de plans rapprochés, beaucoup plus d'images à la volée, bref moins de rigueur. De fait, le film devient plus classique, et se rapproche de l'exercice de style, impression alourdie, je résume, d'une part par les combines compliquées, et d'autre part par l'appauvrissement du montage et du cadrage, les deuxièmes mettant maladroitement en exergue les premiers, là où justement on peut leur trouver des griefs. Car ces dispositifs "compliqués" transforment peu à peu CALVAIRE en une sorte de DELICATESSEN du film d'horreur: une épreuve de démonstration qui petit à petit se verrouille, délaissant unes à unes les subtilités qui faisaient le sel de la première partie. L'un entraînant l'autre, la mise en scène déforme la tonalité, et on passe effectivement dans une deuxième partie plus grotesque, plus ironique. On se retrouve en face d'un film qui ressemble de plus en plus en un film de petit malin s'amusant, avec une visible plaisir, à multiplier les effets et à enfoncer les tabous, comme prévu par le scénario. Là où le film avait sa propre indépendance, on s'amuse nous aussi spectateurs, à se dire : "Tiens, là il ose faire ça... Et là, il ose faire ça...". C’est donc le scénario et ses idées taboues qui sont chouchoutés. Dommage. On s'éloigne peu à peu du film, en le considérant comme une farce ironique que certains détails ou scènes renforcent maladroitement : la scène musicale (ridicule et qui sort tout le monde du film) et par exemple, la multiplication des "tronches" presque sur un mode hollywoodiens (très étonnant... On se croirait presque dans une BD... Notamment par ce grand personnage de 2,20 mètres et 170 kilos qui ressemble beaucoup à un personnage secondaire de jeu vidéo. Les personnages entrent dans le décorum, mauvais calcul).
Du coup que reste-t-il du film dans sa deuxième partie ? Ben, le travail de Benoît Debie. La dernière séquence, plus calme, ne se résume qu'à un banal champ / contrechamp très long, et surtout sans rythme. On admire donc, et c'est le cas aussi de toute la deuxième partie, le travail du grand chef-op, puisqu'il n'y a plus que ça à se mettre sous la dent. Et c'est effectivement assez beau, mais où est le réalisateur ? Mystère... Du Welz, petit à petit, en relâchant sa rigueur, se fait boulotter par son film et surtout par sa photographie. La barque dérive tranquillement jusqu'au générique, progressivement jusqu'à la roue libre.
En résumé donc, la première partie est superbe, longue et subtile. Ensuite, les effets s'accumulent, le ton varie vers un second degré qui se voudrait féroce. La peur déserte le film peu à peu. Les personnages deviennent mécaniques. On assiste alors à un festival un peu branchouille, où il s'agit d'oser faire des choses craspecs dans un film francophone. La volonté affichée est donc clairement de faire "partie" de l'école Noé. Et c'est un mauvais calcul. Noé construit aussi ses films sur des effets dithyrambiques, c'est vrai, mais lui se soumet toujours à sa mise en scène. On s'aperçoit, par l'absurde, que le petit Noé fait autre chose que de vouloir choquer le bourgeois. Il fait des expériences avec le cinéma. Grosse nuance quand même. Enfin, un dernier point gênant : la relecture de MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE. Pour ceux qui n'ont jamais vu le chef-d’œuvre, oubliez tout ce que vous savez sur le film. C'est un grand film art et essai, et expérimental, sans une goutte de sang, et fonctionnant uniquement sur la thématique du regard. C'est un film très important qui dépasse largement les frontières de son genre. On ne peut s'empêcher de voir Du Welz comme un lecteur maladroit du film de Tobe Hooper, qui lui est bien plus subtil en matière de grotesque. S'il faisait référence à Tex Avery, de manière totalement revendiquée, ce n'était que dans la dernière scène (Leatherface sur la route). Et je ne suis pas sûr que cette référence, grotesque bien entendu, conduise vers un seconde degré quelconque. Ce serait même plutôt le contraire.
S'il n'est pas déjà trop tard, il faudrait souffler à l'oreille de Fabrice Du Welz, que le réalisateur de la première partie de son film est bien plus attachant que celui de la deuxième, qu'on imagine comme étant, au mieux, un cynique, ou au pire un opportuniste. C'est un peu dur, mais c'est aussi un message d'espoir. Cette première partie était prometteuse.
Côté acteurs, Laurent Lucas se lance dans l'aventure avec une belle abnégation, et avec un certain courage, rare en France, pays des petits frimeurs qui se regardent dans la glace. Brigitte Lahaie montre, une nouvelle fois, que ses années passées aux côtés du réalisateur Jean Rollin lui ont été plus que profitables, et se révèle une actrice étonnante et très juste. Très bon choix de casting, dans ce cas. 
 
Passionnément Vôtre,
Dr Devo.
 
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Mardi 22 mars 2005

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(photo: "Impressions au Soleil Couchant Enfermées dans un Shopping Mall" par Dr Devo)

 

 

 

 

Chers Amis,
 
On continue d'aller au cinéma, car c'est le printemps. D’un intérêt limité en ce qui me concerne car, comme vous le savez, les portes du Pathugmont local me sont toujours ouvertes, grâce à ma carte justement illimitée. Bien. On me permettra ici de faire l'altruiste et de penser aux autres, comme d'habitude. C'est mon plaisir. Cadeau. Et puisque vous avez été sages, voilà la séance de rattrapage du Costa-Gavras. Ça changera un peu, en attendant de vous parler de nouveau de films qui puent et qui saignent. Je me comprends.
Bah... On ne va pas faire miroiter le suspense longtemps, le Costa, ce n'est pas trop ma tasse de thé. Une certaine qualité française, quelquefois exportée en terre hollywoodienne, comme quoi l'Amérique, c'est chez nous, puisque je vous le répète. Artiste monomédia international, le Costa. Ok. Mais pas un garçon excitant. Et en plus, votre brave docteur n'a pas vu ses classiques. Pas de Z, pas d'AVEU. Ça va mieux en le disant. Comme ça les choses sont claires. Et puis en plus, moi, Yves Montand (Yves Montand, c'est moi, comme disait le poète), je préfère éviter. Pas malheureux de son ignorance, le docteur. Un poil honteux, mais sans plus. En ce qui me concerne, Costa-Gavras, ça va du gentiment regardable (LA MAIN DROITE DU DIABLE) à Non Pas De Ça Chez Moi (CONSEIL DE FAMILLE, AMEN, ohlalala... "Ça c'est Paris!", en hollywoodien dans le texte). Donc, l'excitation n'est pas à son comble, on pourrait dire. Chez un de mes amis, Costa-Gavras n'est pas considéré comme un réalisateur excitant, idem que pour chez moi (une petite expression en non-français ne fait jamais de mal, pour être sûr que LE MASQUE ET LA PLUME ne m'invite pas) certes, mais c'est aussi le signe d'une certaine qualité de réalisation, pas génialement inspirée, mais honorablement laborieuse. Une certaine culture de l'effort à laquelle je serais plus sensible, sans doute, si je ne faisais pas d'allergie à nos bons vieux DOSSIERS DE L'ECRAN. Autrement dit, une culture de l'effort que je saluerais peut-être (et seulement peut-être) appliquée à d'autres travaux. Va savoir, comme dit le (vieux) poète-poète.
José Garcia est cadre, et même super-cadre, dans l'industrie du papier, style Bolloré, le papier orienté application aéronautique et autres. Pas le papier pour écrire des scénarios ou pour lire des livres. Tant mieux, une métaphore en moins. Il se fait licencier. Tu comprends, cher ami, délocalisation, trop de profit, patati patata... [Spéciale dédicace à Philippe R., le gringosse le plus swingosse de l'Hexagone... Tu nous manques d'une certaine manière. Merci pour la salsa.] Bref, parce que les employés de sa boîte n'ont pas compris, que plus on travaillait efficacement sur des produits innovants, plus on avait de chances de se faire licencier (Ouvriers et Cadres de France, le but du travail est de travailler honnêtement mais surtout pas de travailler hyper efficacement, sans quoi on risque de perdre son poste, Cf Michael Moore de son vivant), tout le monde est à la rue. José Garcia ne devrait pas s'inquiéter : c'est un super-cadre, habile et malicieux, et il va retrouver du boulot en moins de deux. Deux... ans plus tard, toujours rien. Garcia envoie des milliers de lettres de candidature, mais nada. Tu la sens l'Espagne qui monte ? Bref, il ne trouve pas de boulot, ça le rend irritable. Il est entouré par une famille compréhensive (deux ados fille et garçon, et maman Karin Viard). Mais bon. Une idée germe. Faire semblant de recruter des cadres dans son domaine de compétence, recevoir les CV chez lui, et gardez les meilleurs. Le tri fait, sortir le pistolet que Papa a piqué aux boches pendant World War II, un vieux Luger, et hop, descendre tout le monde. Plus de concurrence. Et donc, la réembauche en perspective.
Tu la sens la Costa-Graverie ? Tu le sens le film à thèse ? Est-ce grave Docteur ?
Bonne question. Bien sûr, le dossier est une nouvelle fois à l'écran, avec les maladresses qui vont avec, grosses comme une maison. Exemple : le fils qui fait un raffut d'enfer en regardant la télé, Papa Garcia qui râle, et le fils qui répond que de toute façon il s'ennuie depuis "qu'on a plus le câble". Ben oui, plus de travail, plus de rentrée d'argent et plus de câble. Ouhlalalala. C’est maladroit. Karin Viard cumule les petits boulots jusqu'à outrance, en 7/24. Elle se fait dragouiller, va chercher "la tendresse" ailleurs, Garcia étant occupé à sa petite entreprise. Donc, des répliques sur la mondialisation, la délocalisation, la panade économique, bien sûr, elles sont là, et elles passent avec autant de classe qu'un gros déménageur en salopette dans un magasin de dentelle. "Bonjour, je voudrais dix mètres de points d'Alençon, et dépêchez-vous, le semi est garé en double file". Scène de l'entretien d'embauche complètement ratée (sauf le petit papier), cause actrice morte de trouille  et mal castée, un peu comme une transposition 2000 de la cadre sup' des pubs des années 80. Bref, des comme ça, des dialogues à messages qui interrompent tout, il y en a une petite benne. Je ne sais pas si c'est dû à ça (...voir plus bas), mais ces phrases delicatessen sont plutôt concentrées dans la première partie. Tant mieux. Bah, c'est son truc à Costa.
Scénario balisé, certes, dialogues de messagerie express, c'est certain, mais ennui profond, c'est moins sûr. Très curieusement. Et là, mes petits amis, il va être difficile de démêler le pas mal du pas bon, si j'ose dire.
Tout d'abord, les acteurs sont plutôt en demi-teinte. Garcia est assez inégal, un poil attendu. Qualité française, là aussi. Mais il y met de la volonté (ce qui n'excuse rien mais fait plaisir à voir). Malgré tout, certaines de ses scènes ne passent vraiment pas. Bon. Les enfants sont assez mauvais, mais bon, pas grave. Et Karin Viard me paraît consciencieuse. Je rajoute que Garcia n'est pas complètement à côté de la plaque tout le temps. Très loin de là. Mais on s'interroge peut-être sur le choix des prises. L'avenir nous dira que ce n'est peut-être pas là qu'il faut chercher. J'y reviens. Car le fait est que quelque chose se distille au fur et à mesure. Un petit poison. Et malgré l'indigence une peu globale de la facture, là aussi j'y reviens, le sentiment se développe bien : ça fout la trouille, malgré la Kolossal Karrikatur du sujet.
C'est bien là que tout se joue en effet. Tueur à plein temps, c'est un boulot. C’est de l'attente, de l'organisation, parasitée par les petits mensonges que l'on doit faire à ses proches et par la panique souvent latente. Petit à petit donc, on se prend au jeu. Tuer, c'est très long. Et ça use les nerfs, pas seulement dans les moments qui entourent le meurtre, mais au quotidien, à l'usure, minute par minute. Et le film s'éloigne, malgré la plus mauvaise volonté du monde (vous commencez à me connaître maintenant), du film à thèse. Ou plutôt, on s'aperçoit qu'il n'y a pas que ça. Surprise, donc. Un suspense quotidien s'instaure. L'évolution du plan de Garcia paraît de plus en plus obscure. Et ça commence à fonctionner.
Là où Costa-Gavras a surpris son monde, c'est dans la question du suspense. Le suspense non pas à rebondissements, à la sauce hollywoodienne, mais un suspense lent, en faux plat, et surtout crasseux. Le film est crasseux. C’est le mot juste. Il n'y a ici rien de glorieux, rien d'ingénieux, rien d'héroïque. Le film est sur le petit feu. Un suspense dans un monde Derrickien en quelque sorte, ce monde de banlieue pavillonnaire médiocre, où toutes les heures ressemblent à un début d'après-midi, quand vous êtes seul chez vous et que tout le monde est parti bosser. Le parcours de Garcia est quotidien et humiliant. Mais ça passe et le plan peut, curieusement, continuer. J'ai donc ressenti un suspense quasi-insupportable, car fait de petits riens, avec cette impression malsaine que plus le film avançait, plus l'intrigue redevenait normale (ou retournait vers la vie quotidienne et familiale si vous préférez). Et ça va même plus loin : plus le film avance, et paradoxalement, plus il devient grotesque. C'est AMERICAN PSYCHO à Jardiland, dans une scène drôle et crispante. Les situations perdant  de leur logique. À travers des scènes comme celles du conseiller conjugal (le dernier passage devant ce conseiller est formidablement interprété par Viard et Garcia), la scène du Jardiland donc, de la confession absurde (à l'encontre du scénario presque) de la confession dans la cabine d'essayage, à travers ces scènes donc, le film atteint son niveau de non-sens. Le suspense du pauvre est amplifié, et s'y ajoute même un petit parfum de grand-guignol, mais pas de ce grand-guignol vif et haut en couleur. Plutôt une dérision lente, qui n'en finit plus de durer, presque jusqu'au fantastique. Au résultat, on a peur, on est plongé dans une ouate insupportable, ça gratte, et on sue autant que Garcia.
C'est une surprise donc. Un ton relativement original est trouvé, semble-t-il. Et on se met à rêver de ce qu'aurait pu être le film sans les scories démonstratives du script et des dialogues, habituelles chez Costa-Gavras qui, par la petite bande, signe ici un film un peu plus personnel. Et on ne s'empêcher de s'interroger, dans ces perspectives, sur l'esthétique de la chose. La photo est sans expression, grisouille au possible. Le jeu sur le son est lilliputien. Le montage, essentiellement rythmique, est modestement travaillé, mais sans expression notable. Bref, on est dans le téléfilm gris à fond les ballons. Quel dommage. Car ce faux rythme éreintant aurait été un vrai délice avec un peu d'expression, un peu de couleur, un peu de gourmandise. On sort de la salle, étonné mais sur sa faim, et on se demande si le Costa n'a pas été un peu timide sur le coup. Sans transformer le film en un David Fincher français, l'impact aurait été bien plus fort si cela avait été un peu joli. On s'imagine presque Costa comme quelqu'un de timide, pas sûr de lui, et préférant suivre les balises de son scénario (pourtant loufoque dans son genre), plutôt que de s'essayer à un peu de mise en scène personnelle. Quel dommage.
Ereinté, suant, le docteur sort de la salle d'opération, après ce visionnage qui gratte et qui gène (c'est bien), et en se disant que vraiment, pour un premier film, c'est prometteur. Espérons, que Costa-Gavras se fasse un peu plus confiance, quitte à fâcher une partie de ses fans... ou lui-même!
Doit faire ses preuves à l'examen.
 
Gentiment Vôtre,
Dr Devo.
 
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Lundi 21 mars 2005

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Chers Amis, je suis heureux de vous présenter cette nouvelle rubrique "Potens, Ira et Eschatologhia" qui est un feuilleton en image qui j'espère réjouira les Grands et les Petits. Voici le premier épisode...

Résumé: James discute avec Mark de leur nouveau projet. Il y a beaucoup d'argent en jeu. Tout à coup, on sonne...

 

 

 

 

...à suivre...

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Dimanche 20 mars 2005

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(Photo: "Expert S'exprimant au Peuple" par Dr Devo)

 

 

Chers Fans,
 
D'où ça vient? Est-ce le talent, l'inconscient, le hasard, l'intuition ? En tout cas, il y a des fois où ça vous tombe quasiment tout cuit dans le bec. Innocent comme l'agneau, je suis allé voir hier HITCH EXPERT EN SEDUCTION, et ce matin, en préparant cet article, que vois-je ? Andy Tennant, le réalisateur, a lui aussi, comme Rob Bowman, le réalisateur de ELEKTRA dont je parlais hier, réalisé des épisodes en veux-tu en voilà pour la superbe série PARKER LEWIS NE PERD JAMAIS. Et un enchaînement d'articles superbes, et dans le filet, s'il vous plaît. Y a des restes, je vous les mets?
Bon, on ne va pas s'extasier, mais quand même, une question se pose. Je déclarais dans l'article d'hier, que Rob Bowman avait toute mon amitié pour avoir réalisé des PARKER LEWIS (série à ne pas confondre avec l'assez médiocre SAUVÉ PAR LE GONG, son clone dégénéré, et beaucoup moins bien joué et réalisé). Par contre, c'est bizarre, je ne serais pas aussi chaleureux avec Andy Tennant. HITCH est pourtant bien mieux que ELEKTRA, et d'assez loin. Mais malgré tout, là où ELEKTRA se fout de notre tronche sur toute la ligne où presque, on pouvait néanmoins supposer deux choses: 1) Bowman pourrait peut-être réaliser un film honnête, il y a un effort léger pour que son métrage ressemble à un film, et 2) ELEKTRA est bousillé par les contingences de production, le scénario mongoloïde, et son casting euh... désastreux ? ELEKTRA est finalement une série Z, donc forcément sympathique, si on est de bonne humeur ce jour-là et que les sommes dépensées ne vous mettent pas en colère. HITCH, c'est mieux. Mais je ne ferais pas confiance à Tennant pour autant... Il ne fera jamais mieux que ça, sans doute. C'est lui qui a fait la version pourrie de Cendrillon avec Drew Barrymore, l'hallucinant mou et colonialiste LE ROI ET MOI, et il a même fait des films pour les jumelles Olsen. [Mesdemoiselles Olsen, un de ces quatre, je ferai un article sur vous...]. Et comme par hasard, il a également signé la série FERRIS BUELLER, tirée du film de John Hugues, et qu'on a jamais vu ici à ma connaissance (si je me trompe, Bernard RAPP laissera un petit commentaire car c'est un spécialistes de ces choses-là). Comme par hasard, dis-je, car j'ai pensé à LA FOLLE JOURNEE DE FERRIS BUELLER pendant HITCH.
Bon, entrons un peu dans le lard, façon jambon de York, puisque c'est le cas! Joli brioche pour HITCH (définition du terme brioche dans l'article d'hier sur ELEKTRA). Hitch est un gars qui gagne des mille et des cent comme coach en relations amoureuses. Il permet à de gros ringards comme nous de sortir avec de superbes beautés d'outre espace qui, sans cela, ne nous auraient même pas regardés, ou nous auraient jeté des regards pleins de haine si on les avait croisées dans la rue sans rien faire. Grâce à un aplomb terrible et à un sens certain de la psychologie (la new-yorkaise n'est pas non plus une pointure : Cf. ALLY Mc BEAL.  C'est pas le genre à nous reprocher de ne pas connaître le cinéma de Syberberg  ou la musique de John Zorn), Hitch vous décoche trois rendez-vous, et sans doute une liaison, avec n'importe quelle femme, mannequin ou gentille plouc, pareil! [Conseil, choisissez la plouc!] Alors qu'il aide en ce moment un gros comptable gaffeur à séduire une multimillionnaire (ben oui!), Hitch (Will Smith, au fait) rencontre une jeune journaliste, Eva Mendes, super mignonne je suppose, qui travaille dans la rubrique ragots mondains d'un grand quotidien new-yorkais. Et quand il a rendez-vous avec la belle, il se retrouve bête comme chou, aussi désorienté et gaffeur que ses propres clients. Revenu au stade neuneu, Hitch désemparé ne sait quoi faire, et encore, un quiproquo (ben oui) lui pend au nez, et ça ne va pas arranger ses affaires.
Joli sujet, moi, je trouve. Malheureusement, le film, très vaguement sympathique au départ, se casse complètement la binette. Bon, au final, c'est quand même pas les SOEURS FACHEES ou CAMERA CAFE. Mais il n'empêche qu'on ne peut s'empêcher d'avoir une forte impression de gâchis.
Dr Devo va tout t'expliquer. Les étudiants en cinéma, prenez des notes. D'abord, un énorme problème de scénario. Avec un sujet pareil, il faut aborder la question du physique. Hors, le film ne le fait pas. Bien sûr, c'est sous-jacent puisque les clients de Hitch sont tous plus ou moins laids, et que Hitch lui-même est vraiment trop cool, Man! Malgré tout, c'est tabou. Parce que, vous le savez bien, il y a une règle indéfectible à Hollywood : les physiques difficiles ont un cœur d'or qu'il faut savoir découvrir sous les pustules. C'est ça le sous-entendu qui innerve le film. Alors que le principe même du film, c'est de conseiller des mecs "petits boudins" à conquérir le cœur des filles plus jolies, et d'une, et de démontrer qu'obtenir un rendez-vous avec une fille dans une grande ville, c'est comme passer un entretien d'embauche pour un poste à responsabilités : c'est un parcours du combattant. Les plus faibles sont donc écartés d'entrée. Ça, c'est très intéressant. Mais la règle du cœur d'or pourrit tout, plonge le film dans une guimauve totale, sans le petit sel de la vie réelle, pourtant essentiel à ce type de sujet. Tennant décide donc d'entrée de jeu de minorer l'impact de son film. Bizarre tactique. [En plus, socialement, le film aurait eu une ampleur remarquable; la différence entre laids et beaux étant quand même un des grands facteurs de discrimination sociale dans la vie de tous les jours. Et comme, a priori, le film s'adresse aux ploucs comme nous qui n'habitons même pas Manhattan, c'est mal joué. Nous, les boudins, on sait que le physique est le facteur recalant No1.]
REGLE No1: ne jamais viser plus bas, viser toujours un peu trop haut. Offrir à son scénario toutes les possibilités de s'enrichir.
 
Deuxième écueil : le rythme. Dieu que c'est long! D'abord, parce que la mise en scène est médiocre. Pas d'éclairage. Pas de cadre. Pas de jeu sur le montage. De plus, on reconnaît là la fameuse règle du scénario en trois actes et trois parties, mondieumondieumondieu, et toutes de longueurs égales en plus. Double erreur.
 
Règle No2: Mettre à la poubelle le schéma aristotélicien qui est utile une fois sur dix, et qui bousille les scénarios neuf fois sur dix. Ce schéma sert aux gens un peu médiocres, à qui on fait croire qu'ils vont écrire des scénarios super cools. C’est faux. Les gens qui vous enseignent les trois actes sont soit intéressés, soit ignorants, soit frustrés. Penser à tous ces films qui ne respectent pas le schéma.
 
Troisième erreur: la milliardaire que séduit le gros comptable est amoureuse de lui dès sa deuxième scène, et Hitch et la journaliste sont fait l'un pour l'autre dès la première scène. Au revoir, bonne nuit, et à demain. Où est l'intérêt d'un film sur la conquête amoureuse, si ça vous tombe tout cuit dans le bec ? Nulle part. Ce problème est aggravé par le casting. Si le couple comptable / milliardaire est sympathique (comme une bonne copine ou un bon copain, il / elle est sympa et nous fait rire, sans plus), le couple Smith / Mendes est vraiment dégoûtant. Ces gens ne connaissent rien à la vie normale. Ils ne sortent jamais, ne font jamais les courses et ne lisent pas de livres. Ils font des achats chez Chanel, roulent en Ferrari, ne sortent jamais de Beverly Hills, et surtout, ils ont une salle de muscu chez eux! Même remarque que ELEKTRA hier! Ces gens-là sont décrits dans le film, comme des supers-bourgeois proches de vous, et c'est faux. Regardez les appartements dans le film. Mal décorés, certes mais énormes. Même dans votre région, dans la Creuse ou à Bergerac, vous ne pourriez vous offrir le dixième de ces appartements. Alors, vous imaginez à Manhattan... Ils sont déguisés en li-li bo-bo, mais ce sont des nobles, même dans le film.
Et ces gens ne sont pas cools, ni beaux. Will Smith n'a pas la super classe. En fait, on a l'impression d'être devant des gens parvenus et condescendants. Ce sentiment dur à décrire, mon collègue Pierrot l'a très bien décrit dans un de ces récents articles sur MEN IN BLACK 2. Vous trouverez l'adresse de son blog dans la rubrique LIENS, là,  dans la colonne de gauche.
Règle No3: Ne pas détruire ses propres enjeux. Et soigner le casting et la lumière. Un casting inconnu, mais bon, c'est ça la classe. Et éclairer avec astuce et espièglerie un film, même avec peu de moyens, peut donner un aspect luxueux et beau à votre film.
 
Dans ce contexte, on comprendra facilement que ça ne peut pas fonctionner. D’abord parce que HITCH est un téléfilm. Quoique, à la télé U.S, certaines séries sont mieux tournées que ça! Deuxio, tous les enjeux sont sciés à la base. Troisio, on a vraiment l'impression d'être pris pour des gros ploucs. Quatrio, ça ne joue pas, il n'y a rien à faire. Et plus le rôle est important dans le film, pire est l'acteur. Cinquio, sortir avec Will Smith ou Eva Mendes, ça ne nous fait pas rêver et ça ne nous intéresse pas. On préfère voir des gens comme Jude Law, par exemple. Super-beau, certes, bien plus classe, c'est certain, et surtout, intéressant à voir jouer.
 
Règle 4: la place de cinéma est chère et le spectateur, en fait, même inconsciemment, il ne veut pas sortir avec Cameron Diaz ou Brad Pitt. Il veut voir un bon film. Revoir les films de John Hugues.
Il est vraiment antipathique ce film, à la réflexion.
 
Modestement,
Dr Devo.
 
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Vendredi 18 mars 2005

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi

(photo: "Sous la Serrure et la Poignée" de Dr Devo)

Chers Compatriotes,
 
Allez, c'est fini les chefs-d’œuvre à la pelle et on retourne fissa dans mon cinéma Pathugmont, où on va pouvoir faire chauffer la carte illimitée. On commence par le rattrapage. On snobe fièrement BOUDU et BABEL EL WOUEB (mon dieu!), et on se précipite vers la dernière américanerie en cours, espérant trouver, à défaut d'un bon film, au moins une réalisation qui ressemble un peu à du cinéma. Ce sera ELEKTRA de Rob Bowman, déjà exécutant de la série X-FILES, puis de X-FILES LE FILM, et dont j'apprends, en préparant cet article qu'il réalisa également moult épisodes pour la splendide série télévisée PARKER LEWIS NE PERD JAMAIS, diffusée au temps où la télé pouvait être encore un peu fofolle. Rien que ça, ça lui vaudra quelques années de purgatoire en moins, à Rob Bowman. Quelqu'un qui s'est frotté à PARKER LEWIS... a toute mon amitié, car dans cette série, en 20 minutes, il y a souvent plus d'idées que dans neuf films sur dix, au cinéma, 15 ans après. Choisis ton camp, camarade...
 
Parmi les mots stupides et nouveaux employés par les professionnels ou les amateurs du cinéma, il y en a quelques-uns qui me courent particulièrement sur le haricot, comme on dit sur les sites vulgaires. Parmi ceux-là, citons : pitch. Le sujet en deux mots, le principe. Non, ici, dans l'hexagone, "chez nous en Amérique" quoi (voir article sur PALINDROMES), on préfère pitch à principe. Et on préfère n'importe quoi aux principes, me souffle une voix à l'oreille! Allons, ne nous égarons pas. Pitch, c'est avant tout et d'abord une marque de brioche au chocolat. Les snobs trahissent toujours leur ridicule. C'est ça qu'on aime chez eux. La brioche d'ELEKTRA est simple. Elektra est une jeune tueuse, supra-douée, un peu clairvoyante et surtout instrument vital du camp du Bien (les blancs passant des vacances au Japon) dans sa lutte contre le camp du Mal (des jaunes de souche). Tout le monde s'affronte.... Où ça? Chez nous en Amérique bien sûr! On va quand même pas aller se battre au Japon. Si les Jaunes veulent la castagne, Zonca se déplacer! Elektra, la tueuse solitaire et triste, elle a subi, devinez quoi ? Non ? Allons, quelle est la base de neuf scénarios sur dix ? Allez... Ben oui, pan dans le mille, elle a subi un traumatisme quand elle était petite. Son père lui faisait faire trop de natation dans sa piscine privée (au prix où il a dû la payer, faut rentabiliser le machin : ma fille sera championne), et surtout le Diable a tué ses parents. Etc... Etc... Elle part au Japon, 52ème état des USA où elle rencontre Terence Stamp. Ben voyons. De plus en plus réaliste. Stamp est aveugle, mais c'est aussi le chef du Bien, et il entraîne ses troupes avec sagesse. Genre : "Là où tu crois finir, souvent tu débutes", avec une voix de vieux papy Brossard en vf. Il entraîne la fillette qui devient la tueuse "que l'on sait". Mais elle est triste. Au fond d'elle, il y a encore cette petite fille qui pleure. Un peu comme dans une chanson d'Elsa (avant son album réglé, comme diraient Le Marquis ou l'Ambassadeur du Néant, que je salue). Elektra vit seule et n'a qu'un seul contact : son agent! Ben ouais, elle a un agent qui lui trouve des crimes! Objection, votre Honneur! Rejeté, et c'est comme ça.
De temps à autres, Elektra s'habille en Britney Spears. Ne roule pas du fût, c'est la production qui paie l'essence, comme on disait au collège (Parker Lewis... College... Il commence à avoir de la gueule cet article...). Elle s'habille en Alizée (je fais ce que je veux et je change de comparaison si je veux, après tout, on est chez nous, en Amérique, twice!), mais plutôt dans des teintes rouges. Tout ce cuir, ce n’est pas facile pour se battre. Si les lumières n'étaient pas sombres, si le méchant (qu'on jurerait sorti de la fausse pub façon TIGRE ET DRAGON pour le déo Axe, le déo de Dr Devo, d'ailleurs) n'était pas asiatoc, pour sûr, on se croirait, pendant ces combats, à une joute amoureuse toute en langage corporel sur le dance-floor du Disco-Momo ou du Macumba, quelque part dans la Creuse et dans vos jeunes années (Un Z qui veut dire zeugma... T'avais vu ?). Habillée chez Camaïeu ou Promod, la belle se bat. Et ça balance de tous les bords. Après je passe. On lui file un bizarre contrat qui pue. Dans l'île norvégienne où séjourne Bergman. On lui loue une villa post-moderne. Ça tombe bien, Elektra elle adore le feng-shui (plat No11). Elle fait connaissance de ses deux voisins, un père seul (Maman morte dans accident...Stop...) et sa fille de 14 ans. Dîner, présentation, voilà. La petite, c'est une rebelle. Blah, blah... Elle écoute du DAS ICH au lieu d'aller en cours et elle se shoote aux films de Werner Schroeter. Alors évidemment, elle s'est fait virer de toutes les écoles. Trop dur. Et puis, tout à coup, excusez-moi c'est mon portable...Oui... C'est moi... Oui... C'est eux que je dois tuer ?... Mmmmm. Ok, mais c'est un peu des gens normaux, non ? Oui.... Même la petite fille.... Non... Je ne peux pas... Ça fait trop mal... Elle a un t-shirt Stockhausen en plus, je peux pas faire ça... Question de ... Oui, c'est exactement ça, question de Pitch. Pendant que vous y êtes, passez-moi la Police des Scénarios... Allô ? Merde, ça a coupé!
 
Non, non, Jean-François, je ne tue pas les gens comme cela. Voilà. C'est tout. Bien sûr, le papa et la fifille, ce sont des supers héros et tout et tout. La fille se bat avec une chaîne, un peu comme en GRS. C'est de son âge. Bon, ça vaut quoi ?
Ben, en fait... Bon. Côté réalisation, ce n’est pas ce qu'on a vu de plus laid. Il y a un super plan magnifique (une vision en miroir de la petite fille qui crie avant la première attaque). C'est mieux réalisé que MATRIX et autres biduleries. J'ai l'impression qu'on se calme un peu de ce point de vue, depuis quelques temps. Bon, ça reste un découpage de story-boarder, sans doute dessiné par un spécialiste en effets spéciaux. On a vu pire, même si ça reste assez laid. Il y a un petit effort pour la photo, et un minuscule effort pour les échelles de plans (mais noyés dans la masse, ça n'a aucune importance). On peut deviner que dans une vie antérieure (genre au college), Bowman n'était pas un manchot. Le scénario est risible de A à Z. Flash-back obligatoire toutes les sept minutes (j'ai vérifié). Et surtout, désastreux personnages. Elektra elle-même est bousillée par Jennifer Garner. Anti-sexy à mort, refaite de A à Z à l'évidence, elle n'est pas sortie de Beverly Hills depuis très longtemps. Dans la dernière scène de combat, elle ressemble énormément à  un transsexuel. Et là, je n'exagère pas. Elle joue comme un pied de toutes façons. Je suis désolé pour les fans de ALIAS, mais regardez une scène avec elle, puis une scène avec une actrice des FEUX DE L'AMOUR. Il n'y a pas de grande différence. Le petite fille, jouée par Kirsten Prout, ben dis donc ma chère, est parfaite : modestie, simplicité, intensité... Pareille que pour Jennifer Garner, le silicone en moins bien sûr. Mademoiselle Prout ma chère est une enfant de grands bourgeois qui n'a jamais préparé elle-même son propre petit-déjeuner. Ramenez-nous les frères Culkin. Ils ont autrement plus de gueule. Tout le casting est au diapason. Terence Stamp est complètement égaré et affligeant, ainsi que Goran Visnjic, rescapé de la série URGENCES (les entrées du site vont exploser avec tous ces mots-clés : urgences, Garner, x-files, transexuel...), qui a pourtant prouvé dans l'excellentissime et formidable BLEU PROFOND (DEEP END en V.O) de David Siegel & Scott Mac Ghee qu'il était un acteur remarquable. (DEEP END est disponible à pas cher en édition double avec en "bonus" le fabuleux premier films de ces deux inconnus merveilleux : SUTURE. En plus dans DEEP END, on retrouve Tilda Swinton, la plus grande de tous les temps. Courez acheter ces deux chef-d’œuvres!).
 
Ben voilà. J’ai fini ma journée moi. Je suis bien content d'être arrivé au bout. Je ne savais pas trop quoi dire. En même temps, comme série Z, c'est assez marrant. Allez-y, si vous avez une carte illimitée. Et puis il y a quand même ce très joli plan... Tiens au fait, vous pouvez allez voir l'article "Votez pour le vrai plus grand français de tous les temps" (rubrique "ethicus universalis"), c'est très drôle et très intéressant. Et ça dure jusqu'au 30 Mars. Et lisez les commentaires des lecteurs, c'est encore plus drôle. Vous êtes si spirituels. En fait, on n'a jamais pris le temps de se parler vous et moi. Vous allez bien ? Ça vous a fait rire, avouez, le truc de la Brigade des Scénarios. C'est un de mes grands trucs. Sinon moi, ça va. Cet après-midi, je ne sais pas ce que je vais aller voir encore... Un petit étron probablement... On verra bien. Tiens, j’ai pas continué le truc sur Pitch. En fait, je voulais introduire le mot spin-off (ridicule ce mot), et parler de DAREDEVIL, etc… Pour allonger la sauce. Et puis, j’ai oublié. À quoi ça tient, des fois… Bon je vais me rentrer moi…
 
Dr Devo.
 
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Jeudi 17 mars 2005

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi

(photo: "Le Meilleur D'Entre-Nous" par Dr Devo)

 

 

Chers Lecteurs. Vous trouverez ici les résultats de ce concours. (DR DEVO, le 05/04/2005)

 

Chers Amis,

Après tous ces grands films vus au cinéma cette semaine, il est temps de nous détendre. Une récente émission de télévision se proposait, il y a quelques jours, et c'est pas fini, d'élire le plus grand français de tous les temps. Devant l'inanité du classement et son manque complet de pertinence (Renaud, Cabrel, David Douillet, Michel "Je Suis Pour" Sardou, Jean "Je reviendrai quand Hitler aura déjuivé la France" Renoir (et oui! Il a dit ça!), Bourvil, Fernandel, etc...), devant l'imbécilité du classement, présenté en direct du Sénat (bonjour le symbole!) et de surcroît sur une chaîne publique, il fallait réagir.

Et après tout, Matière Focale, même si on y parle en grande majorité de cinéma, c'est un site consacré à la Culture. Donc, cette affaire nous concerne. Comme l'a dit Fab, lecteur-ami (dont on retrouve le site, OverFab, dans la rubrique lien de ce site), l'organisation de l'Oubli est toujours un symptone des sociétés plus ou moins totalitaires. En regardant la liste du classement de France 2, on constate effectivement des oublis majeurs : Marguerite Duras, Huysmans, Yourcenar, Descartes, et bien d'autres grands esprits dont l'influence est indiscutable, et dont le travail assure le rayonnement historique de notre beau pays. On ne sait pas comment a été proposé ce sondage, et si, comme on le redoute, une pré-liste a été proposée aux sondés. Et parce que la France, ce n'est pas seulement le pays de Henri Salvador et Marcel Pagnol (Mon Dieu!!!), parce qu'on ne se laissera pas représenter par cette liste médiocre, Matière Focale a décidé de frapper fort.

Voici donc notre grand concours, où nous allons, vous et moi, élire les plus grands français de tous les temps. Les vrais gens qui marquent, quoi!

Voilà comment ça va se passer. Je propose une pré-liste d'un peu plus de 100 noms. Cette liste, subjective certes, mais inattaquable, a été composée avec l'aide de spécialistes chevronnés de ma connaissance, spécialistes connaissant nombre des champs de la Connaissance Universelle. C'est une liste pluraliste, hahaha, où tout le monde peut se retrouver au moins un peu, et bien plus ouverte, dans un esprit de plus grande représentation, que son modèle. De ce fait, tout le monde a le droit de jouer. Je vous demande donc de voter, et de faire, ensemble notre palmarès, du meilleur et du pire, mais surtout du marquant dans l'histoire de notre beau pays.

Pour voter, c'est très simple. envoyez-moi un mail avec le nom de vos 5 Français de tous les Temps. Voici mon adresse: DrDevo at matierefocale.com (je mets at et non pas @ pour éviter de me faire spammer!).

Vous avez jusqu'au 30 Mars inclus pour voter. Les résultats seront connus le 1er avril. On ne vote que par mail. Les votes envoyés par commentaires ne seront pas pris en compte. Les gens qui votent pour plus de 5 noms ne seront pas pris en compte (par contre, on peut voter pour moins de cinq personnes). On ne peut pa revenir sur son vote.

La rubrique commentaires de cet article servira à vos remarques personnelles (pertinence de la liste, hésitations, hagiographies des listés, et tout ce que vous voulez).  

Le gagnant (celui qui se rapprochera le plus de la liste finale) aura droit à un joli cadeau. Chic!

Puis-je voter si je suis mineur ? Oui! Puis-je voter si je n'ai pas la nationnalité française ? Oui! Puis-je voter même si je ne remettrai jamais les pieds sur ce site ? Oui! Puis-je voter si j'ai déjà voté au concours sur france 2 ? Oui! Puis-je ajouter des justifications écrites quant à mon vote, dans mon bulletin-mail ? Oui, ça fera partie sans doute de l'article qui annoncera les résultats. Puis-je voter si mon nom est sur la liste ? Oui.

Voici donc la liste. Bon vote. Après chaque nom, j'ai rajouté la "profession" de chaque candidat, afin d'éviter dans certains cas, les homonymies. Si quelque chose n'est pas clair, n'hésitez pas à me laisser un commentaire!

LISTE DES CANDIDATS AU TITRE DE PLUS GRAND FRANÇAIS DE TOUT LES TEMPS

 

Par soucis d'impartialité, les noms ont été classés par ordre alphabétique inverse des prénoms.

 

William Sheller (chanteur)

 

 

T

 

Tino Rossi (chanteur)

 

 

S

 

Surya Bonaly (sportive)   Sim (comédien)    Saint-Louis (roi)     Sabine Paturel (chanteuse, comédienne)

 

R

Roger Gicquel (présentateur)     Robert Houdin (magicien)    Ringo (chanteur)    Richard Gotainer (chanteur, publicitaire)    Richard Dakoury (sportif)     René Manzor (cinéaste)    René Descartes (philosophe)     René Coty (homme d’état)    Raphael Delpard (cinéaste)   Rael (gourou, sportif)

 

P

Le Professeur Choron (professeur,  homme de presse)     Peyo (dessinateur)     Pierre Méhaignerie (homme politique)       Pierre B. Reinhard (cinéaste)     Pierre Boulez (compositeur, chef d’orchestre)     Pierre Bellemare (présentateur, comédien)   Pierre Albaladejo (commentateur sportif, sportif)     Maréchal Philippe Pétain (militaire)     Philippe Léotard (chanteur, acteur)     Philippe Geluck (présentateur, dessinateur)    Patrick Topaloff (chanteur, comédien)     Patrick Hernandez (comédien)

 

 

N

Nicola Sirkis (chanteur)

 

M

Moundir (candidat télé)    Monique Pantel (critique de cinéma)     Mimi Mathy (actrice)    Michelle Bernier (actrice)     Micheline Dax (comédienne)     Michel Petrucciani (jazzman)     Michael Lonsdale (comédien)     Mazarine Pingeot (romancière, présentatrice)    Maurice Papon (homme d’état ? collabo ?)     Marguerite Yourcenar (écrivain)      Marguerite Duras (cinéaste, écrivain)      le Général Marcel Bigeard (militaire)

 

L

Lulu (sans Charly, présentateur)     Lionnel Delplanque (cinéaste)     Laurent Gerra (imitateur)

 

H

Henri Désiré Landru (serial killer)

 

J

Juliette (chanteuse)     Joris-Karl Huysmans (écrivain)     Jordy (chanteur)     Joséphine Bonaparte (femme de)     Joseph Pujol (pétomane)     Joseph Guillotin (inventeur)     Johnny Hallyday (chanteur)     Jeanne Moreau (actrice)     Jeanne Calment (vieille, chanteuse)    Jean-Philippe Rameau (compositeur)    Jean-Marie Prolier (comédien)      Jean-Marie Le Pen (homme politique)     Jean-Luc Godard (cinéaste)     Jean-Jacques Rousseau (écrivain, philosophe)     Jean-Baptiste Lully (compositeur)     Jean Rollin (cinéaste)     Jacques Mesrine (gangster)    Jacques Crozemarie (chercheur)

 

I

Isabelle Huppert (actrice)

 

 

H

Homo Sapiens (homme préhistorique)    Helene Rolles (chanteuse, comédienne)    

 

G

Le Père Guy Gilbert (homme d’église)     Guy George (serial killer)      Guy Debord (philosophe)      Le Petit Grégory Vuillemin (victime)    Gérard Manset (chanteur)   Gérard Majax (magicien)    Georges Pérec (écrivain)

 

F

Frederic Chopin (compositeur)    François Villon (poéte)     Professeur François Rollin (professeur, comédien)     François Ravaillac (terroriste)     François Miterrand (chef d’état)    Francis Heaulme (serial killer)    Francky Vincent (chanteur)     Florence Aubenas (journaliste)     Fabrice (présentateur)    Fabienne Egal (présentatrice)

 

E

Evelyne Dheliat (présentatrice)     Eve Ruggierie (présentatrice)    Eugène Poubelle (inventeur)

 

D

Dorothée (présentatrice, chanteuse)    Dominique Paturel (comédien)    Desireless (chanteuse)     Denis Papin (inventeur)     Denis Brogniart (présentateur)     David Pujadas (présentateur)     Daniela Lumbroso (critique de cinéma)     Danièle Gilbert (présentatrice)

 

C

Corneille (chanteur)    Corinne Charby (chanteuse)     La Comtesse de Ségur (écrivain)    Clovis (chef d’état)     Charly Oleg (musicien)     Charlie (sans Lulu, présentateur)     Chantal Nobel (actrice)     Casimir (présentateur, comédien)     Le cardinal Mazarin (homme d’église, politicien)    Le Cardinal Lustiger (homme d’église)     Cabu (dessinateur)    C. Jérôme (chanteur)

 

B

Brigitte Lahaie (actrice)    Blaise Pascal (philosophe)     Bibi (chanteuse)     Bernard Tapie (acteur)    Bernard Pivot (présentateur)    Bernard Buffet (artiste peintre)     Bernadette Chirac (femme de)    Bernard Minet (chanteur, acteur)

 

A

Arielle Dombasle (comédienne, cinéaste, chanteuse)    Antoine Waechter (homme politique)     Annie Cordy (chanteuse, actrice)     Anne Sylvestre (chanteuse)     André Citroen (capitaine d’industrie)     Alphonse Allais (écrivain)    Alexandre Adler (journaliste)     Alizée (chanteuse)    Alain Robbe-Grillet (écrivain, cinéaste)    Adolphe Thiers (homme d'état)

 

Bon Vote à Tous!

 

Dr Devo.

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Mercredi 16 mars 2005

Recommander - Publié dans : Ethicus Universalis

(Photo: "Après Tout, On A Payé" par Dr Devo)

Chers Gens,
 
Continuons notre exploration de l'Amérique contemporaine, entamée avec LA VIE AQUATIQUE, dans ce qu'elle a de plus récent à nous proposer. On change de championnat mais c'est le même sport, avec PALINDROMES de Todd Solondz, l'homme de l'Amérique décalée, l'homme des travers, celui qui observe ses contemporains à l'œil d'un microscope loufoque et déformant et qui, chose rare, révèle autant ce que nous avons de drôle, d'absurde, que de plombé et de déréglé. La vie, la vraie, car l'Amérique, en terme de cinéma, c'est aussi chez nous. La vraie vie sous son angle le moins réaliste, mais le plus touchant. Du paradoxe hier (baroque et épuré chez Wes Anderson), et encore du paradoxe aujourd'hui. On se posera, au final, la question de la tendance.
Solondz, peut-être le plus discret des américains qu'on voit ici. Fabuleux faux film de college vitriolé (car il s'agit d'un film de college même si son héroïne, Dawn Wiener (Heather Matarazzo, formidable actrice dont on est sans nouvelles depuis SCREAM 3), un nom prédisposé aux analyses comportementales de bac à sable, même si son héroïne, dis-je, n'a que 12 ans), BIENVENUE DANS L'ÂGE INGRAT était une belle introduction, se finissant sur le plan horrifié de la môme dans un bus scolaire, avec ses petites camarades stupides, en route vers une excursion obligée à Disneyland. Puis STORYTELLING, deux histoires, dont une avec la fabuleuse actrice-cascadeuse insurpassable Selma Blair (voir le beau SEXE INTENTIONS). Belle histoire, notamment sur l'art. Et puis celui qui a le mieux marché, HAPPINESS où décors, cadrages et direction artistique étaient sur-léchouillés, du soin maniaque je vous dis, et re-portrait au vitriol, mais cette fois-ci de l'Internationale America li-li bo-bo (bourgeois-bohème, libéral-libertaire; ne pas oublier deux termes sur quatre sinon, ça n'a pas de sens), cette Amérique valable aussi en Europe. Ça rapproche, on rit beaucoup plus, parce que les Méchants, ça n'est pas nous, d'où un plus grand succès, of course, succès dû aussi au budget Ripolin énorme utilisé pour les décors. C'est de bonne guerre, et c'est un paradoxe : plus ça parle de nous, plus on voit la maxi-poutre dans l'œil du cyclope voisin! Rigolo, non ?
PALINDROMES, c'est pas HAPPINESS, ça c'est sûr. Au vu du casier ci-sus-joint du Monsieur Solondz, on est content de retrouver le bonhomme sans aucun doute. Marche arrière cependant (et pourquoi pas, ce n'est pas péjoratif), et on revient à une ambiance plus STORYTELLING (qu'il faudra revoir un de  ces quatre, on est peut-être passé là dessus un peu par-dessus la jambe à l'époque). Marche arrière encore, et nous revoilà à WELCOME TO THE DOLLHOUSE (titre original de BIENVENUE DANS L'ÂGE INGRAT). Là, on est bien placé, si on se veut exégète. Si on n'a pas vu, pas grave, PALINDROMES tient tout seul.
Le films s'ouvre, petit Hun, sur l'étoile de David (plus par cohérence thématique en sous-main, on le verra, que par communautarisme, chose très éloignée de Todd Solondz, pour qui les USA sont un tout, et aussi pour nous qui accepterons, par bon goût, de dire que ici, l'Amérique, c'est chez nous), et petit deux, sur un document vidéo amateur absurde et douloureux : la vidéo familiale de l'enterrement de Dawn Wiener! Choc! Dawn n'a donc pas survécu à son voyage à Disneyland, et d'une, et, en loucedé, sans qu'on s'en rende compte immédiatement, qui a eu l'idée saugrenue de filmer un enterrement comme l'anniversaire de Tata Jeannette ? Ça donne le ton, forcément. L'habitué de Solondz est déjà glacé. Dawn, enfant formidable, s'est donné la mort. Même elle n'a pas résisté. Ça promet pour les 97 minutes qui restent!
Oui et non, en fait. Je m'explique. Aviva, petite fille de 9 ou 10 ans, black, un peu obèse, cousine de Dawn, se réveille en pleine nuit, angoissée. Maman est là (Ellen Barkin, dans son meilleur rôle et de très loin, rien que pour elle, le prix du ticket est amorti). Aviva a peur de finir comme sa cousine. Analyse de la mère : avec une bonne dermato, avec moins de kilos, cette enfant "spéciale" n'aurait sans doute pas fini comme ça. Aviva réplique : "C'est vrai qu'elle s'est donné la mort parce qu'elle était enceinte suite à un viol ?". C'est drôle, mais c'est triste. Aviva fait sa profession de foi. Elle veut des enfants. Pulsion enfantine mais assumée.
Quelques années plus tard, (divisions en petits chapitres oblige), Aviva a 13 ans ou quelque chose comme ça, léger surpoids toujours, mais complètement blanche. Ben oui, dans la première scène c'était une petite noire et là c'est une blanche. Ça dérange quelqu'un ? Je continue. Aviva, donc blanche désormais, veut toujours un enfant, comme un idéal utopique dont on va vite comprendre les raisons. Après un coït bref (5 secondes) et calme avec un garçon de son âge, tout aussi empoté, et ami de la famille, la môme est enceinte. Changement d'actrice, Aviva ressemble à une anti-CARRIE. La maman, « pour son bien », aimerait qu'elle avorte. La môme veut garder l'enfant. La maman s'énerve. La môme résiste.
Je n'en dis pas plus. Botus et mouches de velours gris cousues (je la refais une fois par jour, c'est trop bon). Avortement ou pas, en tout cas, la môme va fuguer de mal en pis. Parcours dur, mais parcours un peu drôle et surtout parcours tendre, et encore plus parcours, méta et physique. Découvrez par vous même, et sachez une chose. S'il vaut mieux être en forme pour faire le voyage, vous ne serez pas agressés par le film ou par le réalisateur, qui préférera au contraire vous prendre par la main.
Dieu, quel film! On va parler codé pour vous laisser tout le plaisir de la découverte. Ça fait du bien, mon petit gars, d'avoir un processus Buñuelien dans un film. Cinq actrices donc pour jouer Aviva, dont certaines n'apparaissent que dans une scène ou, au contraire, reviennent puis repartent. Belle idée, absolument évidente, et à l'efficacité phénoménale et limpide, dont on s'étonne que Hollywood ne l'utilise pas (je plaisante bien sûr, mais qu'à moitié, comme d'habitude). Curieusement, le film, même si notre premier réflexe nous pousse à le penser, n'est pas une descente aux enfers, mais une sorte de faux plat, un road movie absurde, le plus absurde depuis SAILOR ET LULA (encore une histoire de parents!). Si le Lynch était un static-road-movie, PALINDROMES est un road-movie un peu plus réel, mais qui n'arrive pas quelque part plus loin, comme son titre l'indique. [Quoique, la dernière partie répète sans doute le reste, rien ne change; et dans le même mouvement, bizarrement la phrase de fin et de début, bien qu'étant la même, n'aura sans doute pas tout à fait le même sens...).  Processus Buñuelien donc, où le personnage peut peser d'une scène à l'autre 40 ou 140 kilos. Par contre, et c'est très étonnant, le reste de la mise en scène n'est pas si baroque. Le film se veut narratif. Pourquoi pas ? Il y a dans le film assez de choses surréalistes pour nous dévier complètement de nos rails. Exemples : l'absolu refuge d'une chaleur enfin complète de Mama Sunshine et de sa famille de freaks, vraie chaleur humaine et vrai sens de la générosité malgré un christianisme intégriste, ou encore le voyage enfantin et peut-être rêvé (c'est quand même énorme!) dans la "benne aux fœtus" (Message codé pour ton bien!). Et d'une.
De deux : les sentiments sont mêlés sans cesse, et ici, malgré une histoire dure et sans aucune concession (plus que HAPPINESS par exemple, où nous étions un peu mis à distance par l'ironie),  la recherche de douceur est incessante, la recherche d'amour aussi, et tenez-vous bien, et tenez-vous même mieux, des fois on y accède, à cette recherche, comme par exemple dans la scène où on voit pour la première fois le formidable petit Peter Paul. Ce Peter Paul joue tout en délicatesse dans sa première scène et tout en extravagance ensuite ("non, non éloigne-toi, la courtisane..." Hilarant!). Je résume : sentiments mêlés (les êtres les plus radicaux sont les plus chaleureux) et aussi jeux mêlés niveau acteur – un coup, je suis sérieux, un coup je fais du "frères Farrelly"! Tout mélangé! Et franchement, au vu de l'histoire, il faut oser! Joli courage. Là aussi, comme hier chez Wes Anderson, Solondz s'expose sans cesse au ridicule et, au final, son film manque de se casser la binette à chaque instant. Le résultat est déroutant. On est en pleine re-visitation de l'Amérique, dans son côté le plus absurde (voir APPORTEZ-MOI LA TÊTE D'ALFREDO GARCIA de Sam Peckinpah, qui fait finalement la même chose), on trahit l'Amérique dans tous les sens, on montre toute sa violence, et pourquoi ? Comme dans le film de Peckinpah, on la dénonce, on va là où cette Amérique fait mal, pour mieux la retrouver. Ici, ce sera par Mark Twain, et Huckleberry Finn, le mythique (la seule fois où Aviva change de sexe, si j'ose dire). C'est la Conquête (voir la Conne Quête, héhéhéhé, je ne peux pas m'empêcher), à l'envers, à rebrousse-poil. En fouillant dans la poussière et dans la crasse, Solondz la retrouve, cette Amérique. Ou du moins ce qu'il en reste. Au moins par deux fois, à travers les personnages de Mama Sunshine, sublime personnage, femme admirable, et complètement intégriste, mais est-ce important, et à travers le personnage de Mark Wiener, le frère de feu Dawn, mis au banc de la société, mais essayant de rester digne. Les discours de Mark et de Mama Sunshine sont complètement opposés. Mark offrira à Aviva sa seule discussion adulte, sans doute erronée mais c'est au moins une vraie Parole. Les choses sont dites. Un après sans doute dérisoire se profile. C'est déjà ça.  
Que restera-t-il ? Bizarrement, le spectateur aura accompagné Aviva comme un fantôme à la Twain, bienveillant. Solondz aura mis toute la tendresse dont il est capable, mais avec honnêteté. On se sera rapproché de l'Américanité profonde et perdue. C'est déjà beaucoup. Comme dit le poète (américain): "We Must Repeat". Certes. Mais, au final, cette fois-ci, on sait pourquoi.
PALINDROMES est fait de larmes et sans doute de sang (on n'en voit quasiment pas à l'écran). Mais surtout, c'est un film de TENDRESSE. En ajoutant à cela le fait que le film n'est pas réaliste du tout, mais pas fantastique non plus, on comprendra le statut étrange du travail de Solondz. Là où l'Europe (physique) s'enfonce le doigt dans l'œil, et pas qu'un peu, avec son objectif dérisoire de faire un "cinéma du réel" (idée vieille de 30-40 ans quand même! On est pas loin du scandale), l'Amérique de Solondz revient à ses sources, fantastiques et littéraires, et comme chez Wes Anderson, trahit et le réel et le fantastique, pour mieux comprendre les subtilités les plus discrètes ou les moins enviables de notre société. Pour qui ? Pour ces personnes, comme Aviva, et pour répondre, avec nos maigres moyens, à sa question : "Il n'y a donc pas d'Espoir ?". De cette question, lancée sans doute à Dieu, bagages culturels et historiques oblige, on s'efforce enfin d'y répondre, avec modestie et doute. C'est-à-dire bien loin d'un cinéma péremptoire à la Chéreau ou à la Ken Loach, qui finalement n'analyse rien de social, malgré leurs dires, et ne répond jamais à la détresse métaphysique et morale intrinsèque en chacun. C'est pourtant là que tout se joue. Sur les plans artistique, esthétique, et simplement humain, l'Europe des "descriptivistes" n'apporte rien, et est dans l'impasse la plus noire. Si on veut des réponses, mêmes maigres, et si on veut rencontrer nos frères humains, on se tournera vers PALINDROMES.
C'est dur mais c'est comme ça.
Sinon, casting supra-luxueux et hyper-précis, j'apprécie. Ellen Barkin est ahurissante, et prend son rôle à bras le corps, en ne jouant presque qu'avec des dialogues, et à corps perdu, elle se lance avec toute son énergie dans cette étrange aventure. Chapeau l'artiste. Les petites actrices et les petits acteurs sont inattaquables et jouent sur un grand nombre de registres. Yummy Yummy. Jennifer Jason Leigh, UNE FOIS DE PLUS, est impeccable et vous transperce le cœur en deux coup de cuillère à pot. En un trimestre, elle apparaît, après THE MACHINIST, dans deux des quatre grands films de l'année 2004. Ce n'est pas un hasard. Dépêchez-vous, le film se plante. Soyez plus intelligent que le spectateur de MAR ADENTRO et autres mélos infects, et courez voir PALINDROMES, un film avec des vrais humains dedans.
 
Passionnément Vôtre. 
Dr Devo
 
PS: même remarque que pour la VIE AQUATIQUE, le prix du ticket est largement rentabilisé tant on garde le film en soi des jours durant. C'est ça qui compte après tout! Et puis, une précision : PALINDROMES est un film qui a le sens de l'humour! Faîtes passer...
 
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Mardi 15 mars 2005

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi

(Photo : "Incongru !" par Dr Devo).

Chers Membres de la Famille Focalienne et Chers Ceux qui Veulent,
 
Ça y est, il l'a vue, le bon Docteur, il l'a vue cette VIE AQUATIQUE tellement attendue. Il faut dire que parmi les cinq ou six réalisateurs qu'il suit avec un plaisir particulier, au fil des années, Wes Anderson figure en bonne place. Il se souvient avec émotion de la séance extra-terrible que fut celle de RUSHMORE (exécuté dans des conditions abracadabrantesques qui mériteraient un article à elles toutes seules), le deuxième film de Anderson. Ce fut un choc complet pour des milliers de raisons dont certaines ne sont pas dans le film. Il a suivi avec attention les formidables aventures de la FAMILLE TENNENBAUM, et il continuera de conseiller jusqu'à la fin de ses jours BOTTLE ROCKET, le premier film du Monsieur, un peu moins formidable que le reste, mais il y a quand même de la marge, récemment sorti en DVD en France, pour un prix acceptable. Mais le choc, ce fut RUSHMORE, film sublime de contenant et de contenu, sujet original en diable, et dont l'esprit marque une filiation certaine avec la motivation et la passion qui animent ce site. Auteur populaire et commercial aux USA (il est toujours produit par Disney), Wes Anderson est ici considéré un peu chèvre un peu chou. Faut-il le lancer comme réalisateur art et essai, ou le programmer dans les multiplexes Pathugmont? L'équation n'a été résolue qu'avec LA VIE AQUATIQUE : ce sera les deux, mais timidement. Résultat, RUSHMORE se planta magistralement sur nos terres, et la FAMILLE TENNENBAUM eut un succès d'estime qu'un nombre de copie trop modeste, malgré l'ahurissant casting, empêcha de bien se positionner, en province notamment. Passons. [RUSHMORE fut aussi un choc à cause de la découverte principale du film : l'acteur Jason Schwartzman, un type hors du commun qui repousse les limites très très loin. Ce type est une bombe de jeu! Rien que pour lui, allez jeter un oeil. Il est très en avance sur tout le monde.]
 
Comment décrire un film de Wes Anderson à ceux qui n'en ont jamais vu? Pas facile facile... Alors, on ne le fera pas. Au fil de l'article, votre curiosité sera peut-être piquée, et c'est ce qui pourrait arriver de mieux. Ça faisait longtemps que je ne m'étais pas plaint de ça, mais bon, vous me permettrez d'en rajouter une couche : qu'il est difficile de vous narrer, ne fût-ce qu'en quelques mots, la vague trame du film, sans vous ôter un petit plaisir supplémentaire. Le film fourmille de mille idées réjouissantes, mais on a l'impression de trahir en n'en dévoilant ne serait-ce qu'une! Bah, rien n'est parfait dans ce bas monde, et de toute façon, le film-annonce dévoilait déjà plus qu'il n'en faut. Allez, on essaye.
LA VIE AQUATIQUE raconte les aventures de Steve Zissou (Bill Murray), personnage à la fois océanographe, réalisateur, explorateur, etc... Une sorte de concurrent à Cousteau (mentionné dans le film). Comme le célèbre documentariste, Zissou a un bateau ( le Bellafonte... Tu le sens le jeu de mot ?) et un équipage de fidèles qui le suivent depuis des années dans la réalisation de ces films sous-marins. Le tout fait un joyeux capharnaüm. Le bateau est bardé d'équipements délicieusement désuets (j'adore le téléphone-haut parleur), et on y trouve un sauna, un petit hélicoptère, un sous-marin de poche, une salle de montage, un studio son, etc... L'équipage est pas mal non plus. Des étudiants en thèse, pas payés mais dont Zissou valide automatiquement les UV s'ils participent gratuitement à l'aventure, une script française renfrognée (Robyn Cohen, inconnue au bataillon, mais vraiment très bien), un commis aux synthétiseurs Bontempi pour la musique (sublime, j'y reviens), un second allemand un peu sensible (Willem Dafoe), un caméraman indien mutique mais dont je vous conseille de ne louper aucun regard et aucun geste (un festival!), et l'ex-future ou future-ex Madame Zissou en personne, Anjelica Huston, issue d'une famille riche, et donc promulguée productrice et cerveau de l'équipe... Entre autres. Et pour Zissou, la cinquantaine est une mauvaise période. Depuis 10 ans, ses films ne marchent plus et toutes les subventions vont à un océanographe concurrent qui baigne dans le fric (Jeff Goldblum). Le financement des expéditions est plus que jamais incertain. Et surtout, le dernier film est une catastrophe aux dires de tous. Il raconte notamment comment, lors de la dernière expédition, le plus vieux collaborateur de Zissou est mort lors d'une plongée, bouffé par un requin-jaguar (je cite!). Zissou ayant lâché la caméra pendant l'attaque, le sujet principal du film, le requin-jaguar, est absent du montage! C'est un peu embêtant et la réaction du public est unanimement froide. Plus d'argent, bientôt plus de femme, son meilleur ami mort dévoré, etc... Les soucis s'accumulent pour Zissou, empêtré dans ce qui semble être une mauvaise passe qui n'en finit plus de durer. Il décide néanmoins, contre vents et marées, de retrouver le requin-jaguar, et d'aller l'exploser à coup de dynamite! Enfin, si cette étrange bête, cataloguée nulle part, existe vraiment! L'équipe reprend du service, avec quelques nouveaux personnages : Cate Blanchett, journaliste revêche et enceinte de six mois, et Owen Wilson, parce que... Oh, et puis, vous verrez bien!
 
Les amis, quel festival! S'il s'inspire du personnage de Cousteau, Wes Anderson se le réapproprie d'une manière complètement fantastique pour en faire un personnage hors-norme, à l'image du film tout entier. Il reprend  la griffe des films précédents : plans frontaux et complètement composés, surpointillisme question décors, accessoires et direction artistique, saillies musicales magnifiques (une des séquences les plus sublimes du film : celle de la rencontre Murray-Wilson qui devrait en faire pleurer de joie plus d'un), incroyable simplicité et sophistication dans le même mouvement des détails scénaristiques ou de mise en scène qui forment une espèce de filet baroque à la fois très libre... et complètement sur-construit. Les idées fusent à une vitesse phénoménale, et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'en général, il y en a plus d'une par plan (et non pas une par séquence ou une par film, comme pour la plupart des autres films! Suivez mon regard...). Le ton est très drôle, bien sûr, mais en même temps, on serait bien embêté de devoir classer le film. On ne se tient pas les côtes sans cesse, même si on n’arrête pas d'être émerveillé par tant d'humour et tant de trouvailles ludiques. C’est un rire plutôt décalé qui tient, encore une fois, sur quelque chose de diaboliquement construit et de complètement futile. La narration est loufoque à souhait, fourrée de surprises et de contre-pieds, et finalement aussi drôle que les gags eux-mêmes ou que certaines situations acadabrantesques. Dans le même temps, on nage dans des eaux aussi graves qu'anodines. Drame ? Comédie ? Parodie ? Parabole ? Rien de tout cela, ou peut-être que si, ou peut-être que ça se joue ailleurs. C'est un monde, au final, qui n'appartient qu'à une seule personne : Wes Anderson, et jubilons à l’idée de lui faire le plus beau compliment qu'on puisse faire à une oeuvre d'art : ça ne ressemble à rien!
 
Evidemment, on retrouve des thèmes déjà explorés dans ses autres films, notamment celui de la Famille, jamais tout à fait de sang et toujours sélective (comme l'a si bien dit Pierrot, dont vous trouverez, dans la rubrique "Liens" de ce site, le joli blog). La famille de cœur, c'est LE thème de Wes Anderson, qui le hante d'une étrange manière. Et ici, ce thème est fortement mêlé à celui de l'échec, ou plutôt de l'acte manqué (le plus beau). Zissou semble rater tout ce qu'il entreprend et détruire tout ce dont il s'approche (l'hélicoptère, les chats, etc...), mais ce qui frappe chez lui, c'est cette incroyable frénésie des "gens qui ne savent faire qu'une chose et qui la font toute leur vie", autre thème récurent chez le réalisateur. Côté mise en scène, comme on l'a déjà dit, c'est un festival : les jeux sur le son, le cadre, les mouvements de caméra sont incessants, et ça fourmille de malice et d'humour. LA FAMILLE TENNENBAUM était un film ma-gni-fique, mais il roulait un peu sur les traces de RUSHMORE. Ici, on sent que Anderson passe un cap. On trouve des plans à l'épaule, un peu à la hussarde, une photo un peu dégradée, et en général une narration beaucoup plus atomisée en scènes courtes (mais ce ne sont jamais des petites vignettes indépendantes, tout cela reste très construit), et non plus par grandes séquences. On a toujours eu la nette impression que Wes Anderson ne cherche ni le réalisme, ni le fantastique dans ces films. Les deux aspects ne semblent pas l'intéresser, et il nous plonge ici, avec une force nouvelle, dans un espèce d'entre-deux artificiel et incarné à la fois, et là encore avec beaucoup de malice (les créatures marines sont en animation image par image, sans effort de réalisme enfin, mais magnifiques, dues à Henry Selick, le réalisateur de JAMES ET LA PECHE GEANTE et L'ETRANGE NOËL DE Mr JACK). Et tout au long de la séance, on a l'impression que le film est dicté par un narrateur dont on ne pourrait définir l'identité (Anderson sans doute). Mon ami l'Ambassadeur du Néant me faisait remarquer avec justesse, comme on a l'impression avec ce film, d'être constamment dans un univers fantasmé et mis en scène comme les micro-pièces mises en scène par le héros de RUSHMORE. Il a complètement raison, et on pourrait même rapprocher LA VIE AQUATIQUE des AVENTURES DU BARON DE MUNCHAÜSEN, tant on est dans le récit fantastique. Ce n'est pas idiot, sans nous vanter! Anderson n'hésite jamais à nous peindre l'action comme de grands jeux de grands enfants, à nous montrer l'artificialité des actions (les absurdes coups de feu, l'attaque de l'hôtel Citroën, la dernière séquence sous-marine si belle et si émouvante). On est donc constamment bousculé dans un univers qui n'obéit qu'à sa propre logique, à la fois complètement terre à terre et complètement narrée de la manière la plus arbitraire.
 
Et ce qui frappe, en sortant de la salle, c'est l'impression d'un film abstrait sans en avoir l'air, qui a sur pénétrer nos cœurs et nos âmes avec simplicité. La mise en scène est alambiquée et baroque certes. Mais elle prend le parti, encore une fois, de ne ressembler à rien, de ne jamais justifier quoi que ce soit. La nécessité fait oeuvre. Elle n'est pas comme elle doit être, elle est, et on renvoie ainsi au placard des idées reçues les questions du genre "est-ce que ça se fait ou pas?", la marque d'une maturité assumée. La logique de LA VIE AQUATIQUE est la logique, non pas du cinéma, mais de l’œuvre elle-même, qui du coup, prend le risque (ici, de manière beaucoup plus forte que dans tous les autres films de Anderson) d'être ridicule à chaque instant. Et, lors de la séquence finale, on se retrouve dans une mise en scène simple qui ne repose sur quasiment rien, mais dont chaque élément est d'une fabuleuse puissance. On se rend compte alors que, derrière l'aspect gigantesque et baroque de toute l'entreprise, c'est bien d'épure qu'il s'agit. On devine que ce film est un tournant pour Wes Anderson, un approfondissement et un renouvellement. Une évidence s'impose, en conséquence : le bonhomme en a largement encore sous le pied.
 
[Une des phrases les plus touchantes du film est complètement poétique et absurde. Quand Cate Blanchett annonce l'âge de son bébé! Dieu que c'est beau! Et des choses comme ça, il y en a des dizaines (les lettres, Anjelica Huston allongée dans "la cabine de rêve", etc...)]
 
Un mot sur les acteurs, formidables comme d'habitude chez Anderson. Bill Murray enfin, se renouvelle comme il le faisait dans RUSHMORE. Il est hyper sobre, se soumettant avec un bonheur évident à une mise en scène pointilleuse qui se chargera, par elle seule, de véhiculer émotion et sentiments. Grande maturité, la aussi. Cate Blanchett est phénoménale, et ouf, ça rattrape l'abominable traitement que lui a fait subir Scorsese dans THE AVIATOR. On ne sait toujours pas si Jeff Goldblum se paye notre tronche ou s'il est sérieux comme un pape. C'est délicieux (en voilà un qui revient de loin, ça fait plaisir; jetez un œil au film IGBY, également très beau). Et enfin, enfin, enfin, Willem Dafoe a un rôle drôle et touchant, débarrassé de toute forme de menace. Il est phénoménal. Comme pour Nick Nolte, par exemple, on peut se demander ce qui se passe dans la tête des directeurs de casting qui proposent toujours les mêmes rôles à ces acteurs qui peuvent tout faire y compris de la comédie (ne loupez pas Nick Nolte dans le formidable BREAKFAST OF CHAMPIONS de Alan Rudolph). Anjelica Huston est magistrale, rayonnante, imposante, une fois de plus.
Enfin, un petit mot sur la musique très chouette, là aussi encore une fois, surtout les merveilleux thèmes minimalo-Bontempiste de la musique originale signée Mark Mothersbaugh, qui a encore réussi, pour notre plus grand plaisir à placer un morceau du groupe... Oh, et puis zut, je ne vais pas tout vous dire!
 
Amateur de Poésie pure, n'hésite pas une seconde et précipite-toi vite! Pour ceux que la Beauté fait pleurer, munissez-vous de kleenex pour aller voir ce qui est pour l'instant (et qui le sera probablement jusqu'à la fin), le film de l'année.
 
Sincèrement Vôtre,
Dr Devo.
 
PS: le rapport qualité/prix est excellent. On garde le film en soi bien plus longtemps que la durée de la séance!
 
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Lundi 14 mars 2005

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi

(diapositive 14: "Dans certaines civilisations, les critiques du Marquis rendent les femmes hystériques.")

 

 

KAPWANG !!! Eh oui, il s’agit bien du long-métrage prolongeant la kitschissime série TV inspirée par le héros de Bob Kane (qui avait à l’occasion lui-même mis la main à la pâte, n’en déplaise aux fans). ZZZZ-WOOOOSHHH !!!! Oooh ! Les vilains petits monstres ! Cette adaptation du mec habillé en chauve-souris est depuis des lustres l’objet d’un malentendu complètement absurde : allez donc faire un tour sur Imdb. ZIIIP-WOONG !!! Des hordes d’admirateurs du justicier masqué hurlent à la lune que non, Batman ce n’est pas ça, que la série et le film représentent tout ce que le super-héros n’est pas, que tout ça n’est qu’une version infantile et éminemment réductrice du mythe, etc. BANG !!!! Tant d’imbécillité, c’est toujours un peu confondant, pas vrai, Robin ? POF !!! C’est un peu comme si on attaquait LA VIE DE BRIAN des Monty Python pour sacrilège. C’est un peu comme si on dénigrait le sketch « Le Chat Machine » des Nuls parce que la lessive Le Chat est constituée de savon et pas de chat. C’est un peu comme si, je pense qu’on a cerné le problème.

Les gars, calmez-vous, douuucement, baaaaaby steps, baaaaaaby steps ! BATMAN 1966 est une parodie, une mise en boîte surréaliste, kitsch et irrévérencieuse du comic en question, parodie par ailleurs on ne peut plus affichée : il ne s’agit absolument pas d’une adaptation à vocation servile et respectueuse qui aurait raté le coche. Réveillez-vous !!! PWAAANG !!! Que de bruit pour cette comédie non-sensique délicieuse, truffée de séquences connes comme la lune (le spray anti-requin, l’abnégation des marsouins, ou les difficultés qu’on peut parfois rencontrer en voulant se débarrasser d’une bombe), de décors et de costumes psychédéliques, de dialogues absurdes à mort (aaaah !!! les énigmes du Riddler !!! « Qu’est-ce qui est dangereux dans un arbre ? Un moineau avec une mitraillette, bien sûr ! »), de jeux de mots foireux. KAPOOOOOFFFFF !!!! Bref, on peut aimer et respecter un personnage, ce qui n’empêche en rien de concevoir ou d’apprécier une bonne parodie, bon sang de bon sens !!! Seul regret, l’absence de la batdance. Sur ce, POW-ZEEEEECCC !!!!

 

Le Marquis

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Dimanche 13 mars 2005

Recommander - Publié dans : Corpus Analogia

(Photo: "Dr Devo Dissèque les Films")

 

Chers Etres Humains,
On n’arrête pas le progrès, en fait. Nous sommes dans un futur proche. Et la science nous apporte un fantasme supplémentaire qui a pour nom Zoé. Zoé est une petite puce qu'on vous met dans la tête avant la naissance, et qui, dès que vous aurez vu les premières lumières de ce monde, enregistrera tout ce que vous verrez et tout ce que vous entendrez, tout au long de votre vie. Pas mal, non ? Ce procédé n'est pas juste le fantasme de Philippe Harel, et la puce Zoé rencontre un grand succès, un succès industriel même. Les ménages sont prêts à s'endetter et ouvrir des crédits, en veux-tu en voilà, pour que leurs chérubins soient équipés de la fameuse puce. Alan (Robin Williams, héhéhé) a une place particulière dans l'industrie Zoé. Il est monteur. Chez lui, il visionne et trie les millions d'images enregistrées contenues dans les puces des personnes qui viennent de mourir. Il est chargé d'en faire un film d’une heure et demi, retraçant la vie rêvée et expurgée, donc hagiographique inévitablement, du défunt. Une fois le film monté, il est montré à la famille et aux amis, dans une cérémonie funéraire supplémentaire. Ça pleure beaucoup et les gens adorent ça. Devant sa grosse console de montage (sublimissime, en faux bois avec des écrans 45 pouces, et de gros jogs argentés), Alan dérushe à n'en plus finir, et est témoin des pires horreurs ou des petites bassesses du défunt. À la fin du montage, plus grand-chose dans la vie de l'ancien vivant ne lui est inconnu. Mais, chut, botus et mouche (de velours!) cousue, les monteurs, très peu nombreux, ont un code de conduite extrêmement strict. Pas le droit de vendre les images à un tiers, secret professionnel quant au contenu, interdiction de monter des images d'une autre personne que le défunt (mélanger différents rushes), et interdiction d'avoir une puce Zoé soi-même. Alan se donne à fond dans son travail, ne fait que ça jour et nuit. Tout va bien jusqu'au jour où on lui confie le montage du film funéraire de Bannister, avocat richissime qui travaille pour la firme Zoé. C'est un magnat, un puissant, et sans doute un pourri. Un ancien monteur, Jim Caviezel, s'approche de Alan. Il fait partie désormais d'un lobby anti-puce Zoé (lobby violent dans le style des militants pro-life américains), et veut récupérer les rushes de la vie de Bannister pour salir sa mémoire et discréditer la firme Zoé.  Alan refuse, trop soucieux de respecter la charte du monteur. Il dérushe la vie de Bannister, et découvre effectivement que c'est un gros pourri de la pire sorte, et que le film contient effectivement assez pour salir toute l'industrie du film funéraire. Mais, il découvre mieux que ça. Dans des images anodines, lors d'une réception je crois, il croit reconnaître un homme qu'Alan n'a plus revu depuis son enfance. Cet homme, Alan l'a laissé mourir lors d'un jeu d'enfants qui a mal tourné, alors qu'ils avaient dix ans. Alan fait tourner sa machine nuit et jour pour retrouver d'autres images de cet homme et éventuellement des renseignements sur lui. La masse d'images étant énorme, l'opération va durer plusieurs jours. Mais le temps presse, car le lobby anti-Zoé est de plus en plus menaçant.
De temps en temps, les américains nous font des films de la sorte. Pas vraiment des films indépendants, pas vraiment des films à très gros budget, ce sont des films avec des sujets étranges et qui sortent un peu de la norme, tout étant relativement "bankable". FINAL CUT fait partie de ceux-là. Quel beau principe! On entre avec une extrême facilité dans le film, tant le sujet est absolument passionnant. Passionnant et effrayant en même temps. L'identification joue à plein, et le film déploie, avec une certaine sobriété, un mise en scène feutrée qui lorgne quand même pas mal  du côté de BIENVENUE A GATTACA. L'excitation devant le film est double, à la fois intimiste (on voit des vies entières, passées, sans tabous) et science-fictionnelle (on est happé par le procédé et par ses conséquences sur la société dans son entier). Ça, ça marche bien. Cette dichotomie intéressante est également relayée par le côté menaçant de l'histoire (Robin Williams de plus en plus en danger), et son côté "enfantin" (retrouver l'ami d'enfance). Donc, pas de problème, avec un tel sujet on rentre dans le film comme dans du beurre, et on sent nettement que les subtilités vont se déployer au fur et à mesure (comme dans la belle scène de dialogue dans la gare), en nous plongeant dans des développements complexes et malins qui vont nous broyer le cœur et l'esprit.
Oui, on le sent, cette complexité promise innerve sans doute le film, mais n'éclate jamais complètement, ce qui est très curieux. Pourquoi ? Ben, c'est un peu difficile à dire. Bon, certes la mise en scène, c'est du classique, sans fioriture, avec la petite musique qui va bien, le doigt sur la couture. Là où c'est plus rageant, c'est qu'il y a des passages ici et là où, justement, la mise en scène est beaucoup plus lyrique ou inventive : la scène d'enfance en intro, assez sèche, le split-screen et sa jardinière d'images en contre-champ lors du premier montage de Alan, et quelques belles ruptures de sons et d'images (le coup de poing, le tir au revolver interrompu par la caméra subjective, et l'enchaînement entre la scène du cimetière et le plan suivant, etc...). Malheureusement, ces ruptures sont relativement accidentelles, et assez peu nombreuses. On se réjouit, certes, que le film soit beaucoup moins gnan-gnan que prévu, et mieux encore, qu'il prenne le risque de l'être, gnan-gnan. Plutôt que d'avoir fait une intrigue complètement basée sur l'aspect thriller, Omar Naim préfère la sphère intime. Choix courageux.
Malgré tout, le film est désespérément trop calme. C’est le sujet qui nous tient en haleine, mais pas la mise en scène, sans doute trop timide. [Une autre chose qui marche bien et qui est assez subtile, je trouve, c'est l'impression de clan fermé qu'est celui des monteurs ; on sent assez bien, et sans insister, que ces gens sont véritablement coupés du monde). Les acteurs ne sont pas trop mal, notamment les seconds rôles. Évidemment, il y a l'horrible Robin Williams, avec ses petits yeux plissés, son sourire vers l'arrière avec baissage de tête. Pour cette fois, moins d’yeux plissés, mais encore énormément de sourire / tête baissée.  Ceci dit, il faut reconnaître que depuis trois ou quatre ans, le bonhomme me surprend. Il est en convalescence. Mais, il ose. Il semble (croisons les doigts) avoir abandonné les mélos dégoûtants (genre DOCTEUR PATCH ou LE CERCLE DES POETES DISPARUS). Et avec une belle régularité, il aligne des rôles plus ambitieux: PHOTO OBSESSION, et aussi le formidable CREVE SMOOTCHIE CREVE, film très beau et très drôle de Danny DeVito (disponible en DVD). Bref, il y a un effort. Mais, ce n'est pas encore tout à fait ça... Doit persévérer pour avoir des résultats. Jim Caviezel, qu'on appelle aussi Mr Prozac à Matière Focale, est plutôt pas mal, malgré un rôle pas si bien écrit que ça, et surtout casse-gueule. Par contre, il y a une grosse erreur de casting : Mira Sorvino, complètement à côté de la plaque dans un rôle, à mon sens, hors sujet. Ce personnage est vraiment le point faible du film. On s'en débarrasserait volontiers, sans que ça ne choque personne. Le film n'avait pas besoin de cette mélodramatisation là. Je trouve également que le personnage du tueur est assez mal joué, et que surtout, il intervient de manière complètement mécanique dans la dernière partie du film et "gâche" énormément une conclusion qui aurait pu avoir une envergure toute autre. C'est frustrant.
Bref, un film en demi-teinte. Avec des choses ambitieuses qui marchent très bien, des accidents de scénario ou de casting qui auraient pu être complètement évités, et à peu de frais. Un film sans doute un peu trop sage, mais que l'idée plus que séduisante rend plus ou moins agréable.
 
Dr Devo.
 
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Samedi 12 mars 2005

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi

Chers Amis,

 

Il y a quelques jours, je vous parlais d'un film méconnu, MAC ET MOI, sorti en DVD dans l'inénarrable "Kids Collection" (où l'on trouve également, on ne le rappellera jamais assez, HOBGOBLINS LES LUTINS MALEFIQUES). Bien que mon article fut détaillé et rédigé sous le sceau de la passion la plus lucide et la plus fervente, il m'a paru important de revenir sur ce film, au regard de son importance exceptionnelle dans l'histoire du cinéma.

 

Bien sûr, si vous n'avez pas lu l'article originel sur MAC ET MOI, il faut le faire avant de lire ce qui va suivre, sans quoi, vous en perdrez toute la sève. [Vous trouverez cet article dans la rubrique "MAC ET MOI: le film du siècle", rubrique que je viens de créer, au regard de l'importance de ce film dans l'histoire du cinéma. Cliquez donc ICI !]

 

 

 

L'article qui va suivre est une présentation de photos issues du film que j'ai trouvées sur un très bon site américain. Les photos sont sublimes, texturées à souhait, et elles vous donneront une idée du choc graphique que représente ce film. J'ai perdu le nom du site où j'ai trouvé ces photos, mais je vais mener mon enquête et dès que je l'aurais retrouvé, je vous tiens au courant.

 

L'article qui va suivre est une sorte de montage photos-commentaires, dans le genre aujourd'hui disparu, qu'on appelait "diaporama". A mi-chemin entre la performance, le happening (en ligne en plus, c'est très chic), et les soirées chez Tata Jeannette. Vous êtes prêts? Allez, on y va...

 

 

 

[Si vous n'avez pas lu mon article sur MAC ET MOI, la critique du film, vous allez perdre toute la saveur de ce diaporama. C'est long, mais ça se lit vite... Allez-y...Je vous aurais prévenu.]

 

 

Photo No1: "Là, c'est la planète originelle de Mac. Comme vous pouvez le constater, c'est un paysage des plus arides, et c'est une perpétuelle nuit américaine (hommage à François Truffaut, bien sûr). A l'arrière plan, on distingue une autre planète qui rappelle l'affiche d'une très bonne série B des années 80 : LE DERNIER SURVIVANT. On pourrait croire qu'il s'agit de Saturne, mais les anneaux me semblent petits. Après tout, rien ne prouve que nous soyons dans le système solaire. Clic!

 

 

 

photo No2: Ça, c'est Mac ou son père, je ne sais plus trop, allongé par terre, toujours sur la Mac-Planète. Mais que fait-il, vous demandez-vous? Ben, c'est pas hyper bien cadré, même si j'adore la texture de ces photos. En fait, il a pris une paille (ben ouais!) et l'a enfoncée dans le sol. Comme je vous le disais, Mac-Planète (dansons dessus, comme disait le poète), c'est très aride, et la famille de MAC à force de errer, elle n'est pas très en forme. Sans doute, l'ennui a-t-il aussi son influence sur leur délabrement physique. Toujours est-il que le Papa de Mac prend une paille l'enfonce profondément dans le sol (5 cm facile!) et suce un jus souterrain dont on ne connaitra jamais la nature, à moins que ce soit dit métaphoriquement plus loin dans le film. Conclusion : succion du liquide de la planète avant décrépissement total. Click!

 

 

 

photo No3 (de gauche à droite): la sonde de la Nasa, un membre de la famille de Mac en train de se faire aspirer par la sonde, un autre membre de la famille de Mac. On voit pas très bien, mais en fait, dans cette photo (sublime, qui rappelle les photographies du premier alunissage en 1969, par Kubrick, nouvel hommage...), le premier parent de Mac est déjà à moitié aspiré par la sonde, tandis que le deuxième le tient par la main. Il connaitra le même sort. A ce moment là, Mac a déjà été aspiré, et il est dans la sonde, mais là, on ne le voit pas. Click!

 

 

 

photo No4 (de gauce à droite): Michael, le grand frère de Eric, puis Eric, notre petit héros en chaise roulante, puis la maman de Eric et Michael. Remarquez, que Eric tient une cannette de Coca à la main... avec une paille! J'ai repris cette photo et je l'ai retravaillée pour mon article d'hier sur TEAM AMERICA (sur la photo modifiée d'hier, on dirait que Michael fait des reproches à sa mère, mais là, non). Photo prise la nuit, lors d'un bouchon. On distingue un girophare à l'arrière-plan, car la CIA fouille tous les véhicules, à la recherche de Mac.  Hors-champ droite : Mac est dans le coffre. Click!

 

 

 

photo No5 : Mac dans l'embrasure d'une porte. On est dans la maison où s'installe Eric, son frère et sa mère. Là, Mac a l'air souriant, mais c'est assez rare. En général, il a peur et est desespéré. On voit que le look de Mac est résolument tourné vers une esthétique "Ethiopie, milieu des années 80 - Achetez le disque du Band Aid". Dans cette partie du film, Mac est dans la maison, mais personne ne s'en est complètement aperçu en fait. Click!

 

 

 

Photo No6: Debbie, la petite voisine. Quand la famille de Eric s'installe, elle est sur le trottoir d'en face où elle a installé une cabane en forme de tipi indien, d'où le costume. Elle n'arrête pas de faire sa Pocahontas de banlieue, c'est un peu pénible, mais avec Eric, c'est une des premières à prendre conscience de la présence de Mac! Tiens, je n'avais pas remarqué, elle a un iguane sur l'oreille! Click!

 

 

 

photo No7: Eric (le formidable Jade Calegory) en fauteuil roulant (hors champ) dans une bien mauvaise posture. En suivant Mac, dont il soupçonne l'existence, il perd le contrôle de son fauteuil roulant, et dévale une pente à toute vitesse. En plus, le frein casse... Click!

 

 

 

photo No8: ...quelques secondes plus tard, c'est le drame! La pente se termine vingt mètre au dessus d'un lac. Eric chute, et son fauteuil le suit dans un soucis de solidarité. Moralité : c'est bien beau d'acheter une maison sans étage à son fils handicapé, mais encore faut-il éviter d'en choisir une en haut d'une colline! ...et au-dessus d'un lac, qui plus est... Click!

 

 

Photo No9: Loin de sa famille, loin de sa planète et considérablement affaibli sur le plan moral, Mac a du mal à faire face, et chope tous les virus qui traînent. En regardant la télé (les snorkies, en fait), il n'arrête pas de se moucher, d'où les kleenex. A moins que ce ne soit les snorkies ne le fassent pleurer... L'histoire nous laisse libre de toute inteprétation, ce qui est la marque de nombreux chefs-d'oeuvre ( 2001 L'ODYSSEE DE L'ESPACE, par exemple). Click!

 

 

 

photo No11: Le lendemain matin, dans le salon, tout est en désordre. Toutes les plantes ont été rentrées dans le living-room. Maman dit :"Qu'avez-vous fait, les garçons?!!?". (en fait c'est Mac!) Personnellement, même dans cette configuration, je ne m'explique pas la présence du cerf. Licence poétique sans doute... Click!

 

 

 

Photo 12: La CIA se doute que quelque chose de pas clair se passe dans la maison. Il est temps de faire sortir Mac. La surpise party d'anniversaire de la petite voisine est un prétexte tout trouvé. Comme ce n'est pas encore Halloween, Eric "désosse"  son vieil ours en peluche, et glisse Mac à l'intérieur, et celui-ci n'arrête pas de gigoter... Click!

 

 

Photo No14 (pas de No13, ça porte malheur) : Vite, vite, hâtons-nous de nous dépêcher et entrons dans le MacDo où a lieu l'anniversaire de la petite voisine. Ce sera la scène-clé du film... Click-Clack!

 

Et voilà, les Amis, c'est fini. Quoi, c'est tout??? C'est un scanda-hahahaha-lelelelele! Non! rendez-vous au prochain article sur MAC ET MOI!

 

Dr Devo.

 

 

Extrait du prochain épisode....

Un homme louche et mystérieux s'approche des enfants... (et de Mac, déguisé en ours).

 

A Suivre...

 

 

PS: si vous avez vu Mac il y a longtemps, ou si vous l'avez vu suite à cette série d'articles, écrivez-moi et envoyez vos impressions, vos commentaires ou vos critiques... Votre article sera publié... drdevo at matierefocale.com (je mets at à la place de @ pour pas me faire spammer!). 

 

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Vendredi 11 mars 2005

Recommander - Publié dans : MAC ET MOI : retour sur le film du siècle

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