[Photo : "Ce n'est pas le bon Curtis ! (message à la Faucheuse)"]

 

Chers Focaliens,
 
Pas le temps d'aller au cinéma pour le brave Docteur (ça va revenir tout bientôt), mais vous ne serez pas en reste car en effet, comme dirait Lelouch dans son dernier opus : "J'ai pas tout dit !" ("...à l'étourdiiiiiiii !", car cette chose-là se chante). Et il y a encore deux ou trois films dont je ne vous ai pas parlé, ça tombe bien !
 
Le Marquis, dans son dernier Abécédaire, nous a parlé de DESTINATION FINALE II. Je l'avais vu, mais n'ai visiblement pas retenu grand chose. J'avais vu le N°1 également. Et il faut bien le dire, quoi qu'on puisse penser des films, la franchise DESTINATION FINALE repose sur un principe complètement systématique, bien sûr, mais aussi totalement réjouissant, au moins sur le papier. Pour ceux qui n'auraient pas vu la(les) chose(s), expliquons le système. On prend un groupe de djeunz. On leur fait faire une activité dangereuse : prendre l'avion dans le premier opus par exemple, ou encore faire un voyage en sous-marin atomique, regarder THE AVIATOR puis ALEXANDRE puis IZNOGOUD (bientôt le N°2, chic !) à la suite, ou acheter un i-pod, n'importe quoi de potentiellement catastrophique ou de susceptible de donner à manger à Google. Bref. Nos jeunes s'amusent bien, sauf un qui remarque certains détails bizarres : avant le décollage, les ailes de l'avion semblent complètement tordues, ou alors ça sent le plastique brûlé pendant les pubs avant ESPACE DETENTE... Ces détails bizarres et inquiétants se multiplient à foison, et ce petit jeune, au lieu de passer un bon moment et de bien rigoler comme ses copains, commence à devenir bien parano. L'activité dangereuse se poursuit sans inquiéter personne, car un cinéma, ça ne brûle pas, et un avion, ça ne se scratche (yop !) quasiment jamais ! Bien.. Evidemment, quand l'avion décolle, il se transforme en boule de feu, et quand le film démarre, le toit du cinéma s'écroule ! Puis le jeune affolé se réveille et se retrouve... dans l'avion, avant le décollage, ou dans le cinéma, avant le film ! On s'aperçoit qu'il a fait un rêve prémonitoire. Il alerte les secours, qui le virent lui et quelques uns de ses copains (mais pas tous) car il dérange et affole les autres passagers / spectateurs. Le film / avion décolle, et bien sûr, la catastrophe pré-vue (si j'ose) a effectivement lieu. Ceux qui se sont fait expulsés, dont notre jeune saïkik, ont échappé de peu à la Mort, et ceux qui sont restés passent l'arme à gauche. Mais la Mort n'est pas contente, et pendant l'heure qui suit, elle va consciencieusement essayer de tuer dans la vie de tous les jours les rescapés, c'est-à-dire ceux qui ont échappé à la catastrophe initiale avant que l'autre imbécile empêcheur de tuer en rond ait sa prémonition ! La Mort, on la connaît bien, c'est une grosse consciencieuse, c'est quelqu'un qui cherche à faire son boulot correctement et sans s'égarer. Du coup, elle organise des incidents en chaîne dans la vie quotidienne, visant à éliminer les survivants. Et dans l'ordre qui aurait dû être celui de l'accident initial ! Tant qu'à faire ! Et si jamais la Mort rate son coup, tu es sauvé, car elle passe au suivant dans la liste ! Les accidents sont assez sympathiques. Du genre : je retire un billet de cinq cent euros au distri-banque (depuis que j'ai mis de la pub sur ce site, je peux me permettre, d'ailleurs j'ai un i-pod), pendant qu'un flic qui devrait faire la circulation au carrefour voisin dragouille une jeune étudiante anti-CPE, ce qui fait qu'une voiture passe sans respecter la priorité (il faut dire que les feux de circulation sont éteints car un mec de EDF était en train de vérifier le réseau électrique quand sa femme l'a appelé parce qu'elle ne trouvait plus les clés de la Mégane, et après le coup de fil, déconcentré, l'électricien a oublié de rebrancher les feux... qui sont donc éteints), voiture qui manque de peu d'écraser la mémé au passage clouté, qui vient de renverser son caddy plein de courses sur le passage piéton et qui est à quatre pattes en train de ramasser ses affaires. Comme la voiture c'est une Smart, ou mieux, une Austin Mini (calandre rabaissée), le conducteur ne voit la mémé qu'au dernier moment et il braque, l'évitant tout juste. Et vous, comme un imbécile, toujours au distri-banque, vous êtes en train de réfléchir pour retrouver votre code (6666, facile pourtant !). La voiture vous écrase contre le distributeur et vous transforme en une bouillie infâme. Fermez le ban, jisquette, c'est plié ! Voilà comme vous êtes morts après avoir échappé de peu à l'incendie du Pathugmont, trois jours avant, en allant voir SHIRLEY ET DINO LE FILM (bientôt sur les écrans, puking-bags non fournis ! Et après, y'aura SAMANTHA LE FILM, sûrement sublime, puis LAURENT RUQUIER LE FILM, puis LA METEO LE FILM (...pourvu que ce soit avec Patrice Drevet), puis ENVOYÉ SPÉCIAL LE FILM, puis MA COLORATION C'EST L'ORÉAL LE FILM... Ah non, là, je confonds avec le nouveau Andie McDowell, à qui je fais la bise au passage).
 
Ce n’est pas amusant comme principe ? En tout cas, si la chose paraît laborieuse sur le papier, je vous assure que c'est une très bonne idée de cinéma, permettant des millions de déclinaisons et de modes de narration.
[D'ailleurs, je trouve que la piste narrative est encore décalquée de l'original, et on peut encore faire mieux. Première remarque. Secondo, Je trouve que le cinéma, c'est-à-dire faire un DESTINATION FINALE dans une salle de cinéma (hommage à DÉMONS de Lamberto Bava, et au sublimissime mais désormais introuvable ANGOISSE, le film de l’espagnol Bigas Lunas [Bonne nouvelle, il vient de sortir en DVD au Canada ! NdC]), c'est, en toute modestie une sublime idée, et si un exécutif d'Hollywood veut la prendre, je lui la donne, mais qu'il cite Matière Focale au générique (avec l'adresse), ou mieux, qu'il m'engage comme scénariste ou consultant, car si ça paye plus que le SMIC, je suis partant ! Troisio et finalo, je pense que ça serait une très bonne idée que de proposer cette série à différents réalisateurs, afin de faire dévier la série progressivement. Imaginez : un opus réalisé par Tarantino, un par Cronenberg, un par Argento, mais aussi un par Tavernier, un par Almodovar, un par Woody Allen (je suis sûr qu'il dirait oui !), un par Gaspar Noé, un par Ken Loach, un par John Waters.... Imaginez la tronche de celui de Wong Kar-Waï ou celui de Moretti ! Ça serait merveilleux! Bon dieu, qu'attend l'industrie du cinéma pour faire appel à mes géniaux services ! Vous vous rendez compte du potentiel de cette idée : il y en aurait pour tous les goûts, de l'art et essai et du commercial (et du mixte : les deux en même temps), et ce serait un laboratoire assez fabuleux et oulipien en diable. Même avec des réalisateurs contestables (et il y en a dans ma liste, si, si, cherchez bien !), cela serait passionnant. Et, Messieurs d'Hollywood, imaginez l'incroyable source de revenus et de produits dérivés : DVD en pagaille (vente des films à l'unité, puis en soldes, puis en coffret intégral collector avec commentaire audio de chacun des réalisateurs sur son film et sur chaque film de la série !), T-shirts, porte-clés, pin's parlants, BO, livre pour ados, hors-série des Cahiers, etc. [Note : pour chaque film, le réalisateur aura le budget dont il a d'habitude, pour corser un peu le jeu !]
J'en salive d'avance. Si je gagne au loto, ou si Bill Gates passe par là et fait un don, je vous assure que je me lance dans le projet !]
 
Bon, fini la récréation et revenons à nos moutons. [Moi qui voulais parler de deux films dans cet article, je crois que c'est foutu...]
Je disais que le principe de la série était donc fichtrement intéressant ou, en l'état, vraiment sympathique. DESTINATION FINALE III m'a fait, il faut bien l'avouer, briser le cercle infernal de films pas intéressants dans lequel j'étais enfermé (12 films au cinéma, dont seul LA MORT AUX TROUSSES était abouti... Et encore, je ne vous ai pas parlé de tout). Car, il faut bien le dire, je n'ai pas boudé mon plaisir.
Premier point positif, outre le dispositif lui-même donc, le film est bougrement rentre-dedans. L’introduction est vite envoyée, en deux coups de cuillère à pot, puisque la première séquence dure 20 minutes (et drôlement déséquilibrées, entre la prémonition et l'accident, c'est délicieux et très anxiogène). En gros, il n'y a pas d'introduction ! Ça commence tout de suite. On a quand même droit à une assez drôle (malgré l'ignoble VF, encore une fois) présentation rapide des personnages, pendant laquelle il se passe assez de choses en périphérie pour que ce soit agréable, ce qui n'était pas si facile à faire, vu qu'on a affaire à une belle brochette où l’on trouve pas mal d'abrutis finis ou de ringards certains ! Ça se passe dans une fête foraine aux proportions dantesques. Américain quoi ! Tout est grand, mêmes les gratte-ciels ! L'héroïne observe ses copains de lycée en train de s'amuser, et les symboles dangereux s'accumulent dans une jolie perspective double d'événements soit plausibles et donc angoissants, soit exagérés mais angoissants quand même. Et c'est là la réussite de ce film : mélanger le vulgaire et le plausible, le fantasque et le possible-avec-de-la-pouasse. Certains éléments annonciateurs de catastrophes diverses sont loufoques, mais contrebalancés par d'autres peu probables mais possibles ! Et comme on est dans le cadre d'une fiction, on sent très bien que ces "possibles" sont terriblement proches... et apparemment sobres, puisqu’apposés à des choses complètement caricaturales au contraire. On marche donc, et par moment, on court même. Tu la sens très bien, l'angoisse qui monte, surtout que le rythme, marqué, dynamique mais finalement assez lent, est assez contradictoire pour nous faire bien sentir que chacune de nos deux fesses n'est pas sur le même siège. Les personnages ont beau tous être plus ou moins imbéciles ou fadasses, on ne peut que s'identifier à eux ! Ça marche, donc.
 
Une très bonne et très longue première séquence, disais-je. Elle a en plus le mérite de montrer que le film va construire sa variation (par rapport aux deux premiers, même si je ne me souviens pas du N°2) sur un élément futile mais ludique : l'héroïne doit prendre des photos de ses "amis" pour le journal du lycée ! Les clichés numériques serviront ensuite de dead-list ! Belle idée, d'autant plus que la gestion des simili-indices (les photos semblent, mais ce n'est pas sûr, indiquer comment la Mort va se venger ! Quelquefois ça marche, quelquefois c'est tellement tiré par les cheveux, ou simplement graphique, que ça en devient très drôle et toujours très angoissant, comme le montre l'opposition entre la séquence de la salle de musculation, prévisible, et celle du bricorama, beaucoup plus gratuite, et donc en opposition assez ludique) ; c’est assez malin et très bien exploité. Bref, cette histoire d'appareil photo numérique fonctionne très bien.
Si la première séquence marche irrésistiblement, c'est aussi parce qu'elle insiste sur l'incroyable bêtise, ou arrivisme, ou égoïsme, des personnages ! Ils ont leur part de responsabilité dans l'accident, et d'une, et d’autre part, ils font que le moment de la Mort qui approche devient quelque chose de presque enviable (c'est troublant), et en même temps de redouté, ce qui constitue un très joli paradoxe. Sinon, dans ses à-côtés, le film fait preuve d'un humour noir assez rigolo (comme par exemple le passage obligé par les sponsors dans la séquence alternée (et bizarrement longue) entre les filles qui font des UV et l'héroïne qui regarde les clichés numériques : d'un côté un disque en gros plan, et de l'autre la marque de l'imprimante !).
 
Evidemment, côté mise en scène, ce n'est pas du Ronsard, c'est du rentre-dedans, plutôt tendance tractopelle que pointillisme précieux avec le petit doigt levé ! James Wong, le réalisateur, enfile ses images au plan par plan, mais, contrairement à ses compères hollywoodiens (ou européens, voir ici), il ne renonce pas au montage et s'attache à travailler ses rythmes et ses hésitations feintes, ce qui marche assez bien. Le gars cherche l'efficace, et le trouve. Trouver un réalisateur qui fait un peu de montage en pleins mois de mars-avril, c'est déjà pas mal ! Ça n'empêche pas des couloirs de champs / contrechamps, comme d'hab’, mais Wong fait quand même autre chose, et aborde son film avec un minimum de construction et de mise en scène. Ça fait résolument du bien. Dans les moments calmes et dialogués (généralement stupides, ce qui peut être assez rigolo), Wong insiste sur ses acteurs et sur le contexte : celui de la vacuité, avec une bande de personnages horribles – des petits goths aussi vraisemblables que moi déguisé en Bertrand Tavernier, héros et héroïne délicieusement fadasses, grosse brute sportive (mais très bonne dans la scène de l'enterrement !), bimbos laides et improbables (qui nous expliquent pourquoi une séance d'UV est, à l'instar du travelling, une affaire de morale ! Les acteurs ne sont pas très beaux en général, pas vraiment bons, un peu comme dans les années 80, d’ailleurs), étudiant professionnel débile et arrogant, etc. Tout cela est plutôt sympathique, et sent l'arrivisme à plein nez, ce qui facilite le retour de la Grande Faucheuse.
Ceci dit, n'allez pas croire que la mise en scène soit indigente non plus. Ce n'est pas Michel Angelo, c'est entendu, mais il y a une jolie lumière (hormis la scène de pluie) et c'est un peu cadré. C’est consciencieux, ce qui est déjà beaucoup par les temps qui courent. Un peu de montage par là-dessus, et ça marche tout à fait.
Le film fonctionne très bien dans sa formidable introduction, je le disais, et aussi dans les deux meurtres qui suivront, dont celui aux UV, séquence très drôle et diaboliquement malpolie sur fond musical très rigolo (une sorte de TOM TOM CLUB acidulé). La séquence au Bricorama marche sur trois pattes, ce qui peut ne pas être désagréable. La dernière partie du film, par contre, est, comme dans le reste de la série, beaucoup plus conventionnelle et moins ludique, moins inventive. Plus mécanique et directement hollywoodienne pour ainsi dire. La conclusion, plus loufoque, est déjà un peu au-dessus. Mais, comme à chaque fois, ce DESTINATION FINALE là aussi semble vouloir dans la dernière ligne droite renoncer quelque peu à la loufoquerie calculée et très anxiogène sur laquelle le film s'est construit, pour aboutir à quelque chose de plus mécanique. Il me semble que, cette fois-ci (à moins que j'aie loupé un détail), la Mort ne fait pas de choses fantastiques dans cet opus, contrairement aux deux autres. C'est du jeu de dominos, bien sûr, mais pas d'interventions gratuites, caractère que dénonçait à juste titre le Marquis dans son article. [Cette dernière partie sent effectivement la coupe (pourquoi abandonner les plans alternés sur les deux flics ?) et la sneak preview à plein nez !]
 
En conclusion, DESTINATION FINALE III est un film plutôt franc et assez consciencieux, traînant ça et là de belles idées, et ne sacrifiant jamais à l'absence de rythme, c'est-à-dire en faisant un peu de montage et en réunissant des dispositions techniques soignées. [Allez voir UNDERWORLD II et vous verrez que ce n'est pas souvent le cas ! Je note au passage la chose la plus effrayante du film, qui a failli me faire tomber du siège : la superposition de deux musiques off dans la première catastrophe, de manière complètement atonale et grinçante, sans chercher l'effet de décalage mais au contraire en cherchant à faire mal aux oreilles, et avec discrétion en plus : c'est la plus belle idée du film, même si c'est très simple ! Un vrai moment de concret !] La deuxième partie est sans conteste frileuse, mais il ne faut pas bouder notre plaisir devant ce film de divertissement pas bête, très méchant et qui sait jouer avec les interstices et les béances, ça et là. On n'attend d'ailleurs qu'une chose : que le réalisateur d'un des prochains épisodes ait un soin plus constant du développement structurel et abstrait du film, et qu'une rigueur encore plus oulipienne, par exemple, plane sur le prochain, ce qui serait sans doute quelque chose de drôle et de beaucoup plus angoissant encore. Pour cela, maintenant que la franchise a rapporté des millions de dollars, il faudrait que les responsables de la production comprennent qu'il est vraiment temps de casser un peu plus le jouet si l’on veut qu'il se renouvelle. Car dans le prochain épisode, il sera difficile de faire mieux si c'est toujours la frilosité qui constitue la destination finale. Hahaha ! Ce serait dommage, et c'est déjà dommage dans ce N°3, de gâcher beaucoup d'efforts et beaucoup de choses réussies, c'est-à-dire de remporter un pari pas si évident, et de se vautrer en voulant justement assurer la mise, et en contredisant cet esprit (assez) iconoclaste... À suivre. La mort n'a pas fini de bosser.
 
Energiquement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Jeudi 30 mars 2006

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Chers Focaliens,
 
Après la tempête de ce dimanche et de ce lundi, où l'hébergeur physique d’Over-Blog, notre propre hébergeur, a subi des pannes électriques que son système de sécurité (des groupes électrogènes) n'a pas su gérer, provoquant la mise hors jeu de Matière Focale pendant plus de 24 heures, après ces déboires qui ne sont pas dus, bien sur, à notre volonté, il est temps pour moi de livrer mon petit compte-rendu des choses vues en salles. Et vous allez voir, c'est éclectique, et en même temps pas du tout, en quelque sorte.
[Avant de commencer, je voudrais signaler que nos petits ennuis ne sont pas encore tout à fait terminés. Apparemment, les photos ont encore du mal à s'afficher, je n'ai pas pu mettre dans cet article la photo que j'avais prévue, et il semble qu'il soit encore difficile de mettre des commentaires. Tous ces petits désagréments devraient prendre fin dans les prochaines heures !]
 
Ce n'est pas tous les jours qu'on voit des films italiens. Cinéma moribond, sans doute bien handicapé par un système de financement national désastreux, le cinéma italien s'en tire globalement mal. Peut-être les films qui passent la frontière ne sont pas judicieusement choisis. Peut-être, mais c’est loin d'être sûr. En tout cas, il est certain que l'Italie du cinéma se résume en deux ou trois noms et c'est tout ! Roberto Begnini, l'affreux Nanni Moretti, et Marco Bellochio de temps en temps qui relève un peu le triste tableau. Pour le reste, le cinéma italien, assez chouchouté en France, pas forcément à tort (Pasolini est adulé, Fellini, etc.), mais pas non plus forcément à raison (suivez mon regard), s'inscrit au yeux du public, et même aux yeux focaliens, dans une dynamique du passé, maintenant que Dario Argento semble condamné définitivement au direct-to-video et que, par voie de conséquence, nous ne verrons plus ses films en salles. Matière Focale subit la tendance de la même manière ou presque. On vous parle régulièrement du cinéma italien, mais souvent à propos de réalisateurs dont le temps est passé, comme Lucio Fulci ou Mario Bava.
 
On se tourne donc vers ROMANZO CRIMINALE de Michele Placido, réalisateur prolifique (plus de 80 films, dont pas mal à la télé, en 35 ans de carrière !) que je ne connaissais ni d'Eve ni d'Adam. Le titre n'est pas volé. C'est l'Italie des années de plomb. On suit l'évolution d'un groupe de petits délinquants assez violents qui, très jeunes déjà, finissent en prison après avoir volé une voiture et écrasé un flic dans une poursuite. Quand ils ressortent, ce sont des adultes, et le groupe ne se sépare pas, bien au contraire. Ils décident d'enlever un Baron [Ouf ! J’ai eu chaud ! Le Marquis.] , supposé riche, contre une demande de rançon qui tardera à venir et qui sera revue à la baisse constamment. Il n'empêche, la famille du pauvre otage paye quand même, et ils assassinent froidement la victime. Forts de cet argent, ils décident de ne pas le dépenser totalement et de mettre en coopérative une partie des gains afin de monter d'autres opérations et essayer de prendre en main, progressivement, le marché de la drogue sur Rome. De fil en aiguille, ils en viennent à travailler et pour un ponte de la mafia, et pour une étrange cellule secrète qui ne serait pas si éloignée de l'Etat que ça ! Le temps passe, l'influence du groupe grandit, mais aussi leurs difficultés. Deux choses viennent en effet troubler la "glorieuse" ascension : un inspecteur de police têtu qui sait très bien qui est le groupe, mais ne peut pas le prouver, et les diverses histoires de cœur ! De toute façon, en s'associant avec plus forts qu'eux, le groupe a semé les graines de sa propre discorde...
Le parti pris de Placido est assez curieux, puisque le film annonce au mégaphone qu'il s'inspire du climat italien des années de plomb, et que, dans le même mouvement, ROMANZO CRIMINALE est complètement un film romanesque, et pas qu'un peu. De ce point de vue, on ne peut pas dire que l'on soit pris en traître, un carton ostentatoire signalant la chose d'entrée de jeu. Soit. Le film, en fait, puise sa légitimité en utilisant à sa manière le cadre des années 70, tendance assez en vogue avec le temps qui avance, pour nous baigner dans une ambiance mafieuse et sans pitié. C'est aussi un film de "copains d'enfance", chaque individu voyant son destin tracé par l'évolution globale du groupe. Il ne faut donc pas s'attendre ici à une évocation du climat politique ou social de ces années-là, le film se déroulant, en quelque sorte, en vase clos. Reste alors le polar qui, on l'aura compris, sera teinté forcément des destinées sentimentales, principalement celles du héros de la bande, de l'inspecteur et d'une prostituée qui navigue en périphérie du groupe.
ROMANZO CRIMINALE s'affirme assez vite, et au bout d'une dizaine de minutes, le jeu est clairement annoncé, le film est une énième variation mafieuse (et donc un film de genre) ici mâtinée de décennie 70. C’est quasiment, et sans en avoir l'air, un film à costumes ! Je m'explique.
Le film est tourné en scope, dans une photographie aux couleurs un peu passées (tons beiges ou gris, avec beaucoup de noir), une sorte d'automne nostalgique dont le réalisateur ne démordra pas une seule seconde, ce en quoi il s'inscrit en complète adéquation avec un grand pan du cinéma contemporain, où souvent la photo est un "bloc d'ensemble" et semble presque sortir du cadre de la mise en scène pour n'être qu'un effet de direction artistique, de look pour ainsi dire (MUNICH de Steven Spielberg fonctionnait un peu sur ce mode d'ailleurs, avec quelques parenthèses un peu moins uniformes). C'est un choix, ces couleurs "aciers passés", pas particulièrement excitant ni beau d'ailleurs. Le problème, de toute façon, ne se pose pas là prioritairement. Là où j'installe plus de réserves, c'est dans la volonté globale du film à vouloir se donner un look et une ambiance générale au détriment quasiment de tout le reste. Photo uniforme, donc, décors idem, et surtout une musique émaillée de tubes de l'époque, parfois avec la plus grande des maladresses. La BO, de nos jours, peut-être par des effets mal digérés empruntés au cinéma de Tarantino (qui souvent n'utilise pas ces BO de manière réaliste ou contemporaine, justement, et vise plutôt l'incongru, c'est-à-dire à l'opposé de ce "réalisme d'époque"), est un élément capital dans le "looking" d'un film ! Bon. Ici, on frise parfois le ridicule, et on a du mal à comprendre, outre la volonté de séduire un public nostalgique, pourquoi un tube du groupe Queen ("Another One Bites The Dust" sur fond de schnouff, faut oser quand même !) débarque ici à brûle-pourpoint ! Si Placido avait suivi et compris l'exemple de Tarantino, il aurait mis de la musique baroque sur son film ! Je grossis à peine le trait, mais pose la question : après tout, l'essentiel n'est-il pas de produire une chose belle et inattendue, plutôt qu'un assez opportuniste collier de chansons certes d'époque ?
Vous serez tentés de vous dire : "tiens, c'est pas commun ça, le Dr attaque sa critique par la musique !". Ben oui. Et il y a une raison : c'est cette musique qui frappe et sonne comme caractéristique... Le reste n'étant absolument pas exploité !
Car si on se penche sur la mise en scène, le bilan est plus grave ! Tout d'abord, bien sûr, et encore une fois, le cadre est vraiment médiocre et anonyme, complètement dans l'air du temps, c'est-à-dire dans le descriptif de l'action compréhensible (voir l'exemple que je donnais à propos de SYRIANA), ou alors avalisé uniquement par la "psychologie" des personnages, c'est-à-dire leurs sentiments. Et ça ne va pas chercher loin, puisque le jeu consiste à faire un maximum de gros plans "psychologiques", "au plus près de l'émotion des acteurs" comme le veut le vieux cliché, toujours très en vogue, et dont je commence à me demander s'il est vraiment utile de lutter tant il est devenu la norme depuis des décennies. L'échelle de plans, évidemment, suit cette tendance. Des plans de demi-ensemble introductifs et purement géographiques en début de scène, puis du plan rapproché en veux-tu en voilà, sans aucun point de vue, sans souci de faire un beau cadrage, tout cela pour laisser la place à ces fameux gros plans "émouvants". C’est tout. C’est commun, bien sûr, et ça amène à engluer le film dans un non-rythme total, une grande uniformité dont on ne sortira que par les ambiances de scénario, ou alors pour laisser place à un dispositif technique particulier (une fois, dans la scène de l'attentat de la gare de Bologne, avec son mélange d'effets spéciaux plaçant l'acteur in situ, et d'images d'archives, ou en tout cas "lookées" comme telles). Que ce soit beau, que cette mise en scène raconte quelque chose par elle-même (c'est-à-dire en plus du scénario sur le papier), ça n'a aucune importance. Evidemment, le montage, au lieu d'être la mamelle nourricière du film, ne fait au contraire qu'obéir dans un mouvement suiviste qui l'annihile. Côté son, rien à signaler, bien sûr.
 
Les cadres et les plans se succèdent comme ça, sans conséquence (on pourrait les inverser, ça ne changerait rien : c'est dire). Malheureusement, ce n'est pas tout. D'une part, les acteurs ne sont pas passionnants. Les pauvres se dépatouillent comme ils peuvent avec des personnages usés jusqu'à la corde, identifiables en deux coups de cuillère à pot. Si parfois certains se démènent (la prostituée, l'inspecteur) pour le tentable et pour le pire, le plus souvent c'est encore plus carré, encore plus attendu. On notera l'affreux "libanais", personnage joué sur une seule tonalité, toujours à la même vitesse, toujours avec la même nuance, avec un acteur totalement premier degré et théâtral au final, ainsi que le "héros" amoureux de la bande, espèce de vague Tom Cruise dont la nuance principale consiste principalement à faire du "jaw-acting". L'interprétation est donc d'un classique extraordinaire, attendue de toutes parts. Sans réelle intensité, puisque sans surprise. On joue de la première à la dernière minute de la même manière, quoi qu'il arrive. Il vous suffit d'opposer ce jeu à celui de Catherine Keener dans TRUMAN CAPOTE (presque rien d'ostentatoire, mais une intention et une intensité soutenues) pour constater les dégâts. Je passe.
L'énorme problème du film, qui explique en partie la démission de la mise en scène enfermée dans ses tunnels sans fin de gros plans, c'est le scénario. Où est l'intérêt ? Tout semble cliché, les situations ne varient pas d'un pouce du moindre film de mafieux, et surtout, que retenir d'une telle histoire et de son mode de narration ? Pas grand chose. On est dans le romantisme le plus plat, le plus commun là aussi, et on fait des découvertes hallucinantes et jamais vues : du style, c'est dur de vivre une histoire d'amour quand on est mafieux ! Oui, oui ! Quel scoop ! Et c'est bien là que le bât blesse le plus. À force de ne rien vouloir mettre en perspective, en s'interdisant un quelconque point de vue, et je ne parle pas de point de vue historique, puisque Placido se place hors de cette aire de jeu, mais de point de vue sur les personnages, le réalisateur italien accouche d'un film où, finalement, tous les événements se valent, et où donc rien n'a spécialement d'importance. Tout s'annule. Le film montre qu'on peut tuer sans vergogne (pourquoi pas ?) et s'étonner ensuite de souffrir comme une midinette quand le temps de la cavale ou de la prison (et donc loin des attentes amoureuses) sera venu ! Ben oui ! C'est dur dur d'être un gangster ! Ce n’est pas facile tous les jours ! Et le destin nous broie comme grains de blé sous la grande meule de l'Histoire, alors que finalement nous n'étions que des petits gavroches ! Le film n'a aucune perspective, et bien sûr, au final, on se retrouve avec une conclusion bête comme chou, romantique au possible bien sûr, dont les équations sont stupides à pleurer, et surtout, pas si éloignées d'un roman Harlequin par exemple. C'est d'une naïveté confondante, et en cela, complètement hollywoodien, dans le sens caricatural du terme. La peinture iconoclaste promise se réduit à du sous-roman de gare. Quelle déception !
On ressort de ROMANZO CRIMINALE complètement écrasé par le non-rythme, rendus nous-mêmes amorphes par ce film sans aucun rythme, sans aucun point de vue et qui a renoncé à tout effort de mise en scène personnelle. Dans cette foire aux clichés qu'aucun second degré et qu'aucune ironie (le comble !) ne vient troubler, on ressort lessivé par un film bougrement long (2h32 !!!), monotone et dont on se dit que la moindre des politesses eut été qu'il soit court. [Chose paradoxale, car le film se compose bien sûr de petites saynètes rapides, mais là aussi uniformes]. Il semble se cacher derrière cette livraison transalpine un vrai opportunisme, une vraie volonté de recycler tout ce qui a déjà été fait, en abusant des pires clichés (ignoble opposition, digne du pire cinéma hollywoodien des années 50, entre la belle amoureuse et la pute salope mais malheureuse, sans parler de la stupide gestion du sexe dans le film). Voilà qui en fait un film vraiment antipathique. Le cinéma ne se fait pas par "pitch" et par "look".
Une fois de plus, la question est : comment la presse a-t-elle pu servir la soupe à un tel film ?
 
Longuement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Mardi 28 mars 2006

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Suite et fin d’un article qu’il a été très difficile de mettre en ligne : qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour vous divertir ! Et ça démarre très bien avec un O comme…
 
OUTLAND, de Peter Hyams (Angleterre, 1981).
Les films en O se raréfient dangereusement dans mon stock, ce qui m’a amené à revoir ce film de science-fiction vu dans les années 80, sans m’avoir fait forte impression : et c’est une très bonne chose, car OUTLAND est un film franchement réussi. Projet curieux, qui consiste à transposer dans un contexte de SF un récit directement issu du genre western (les familiers du genre complèteront mon manque de connaissance dans ce domaine particulier en citant les références ouvertes – peut-être LE TRAIN SIFFLERA TROIS FOIS, mais je ne fréquente pas assez les terres du film de cow-boys pour être très affirmatif) : Sean Connery (qui est très bon, mais si, je vous assure) interprète ici le rôle d’un shérif de l’espace qui ne doit rien à X-Or, un type dont l’intégrité radicale lui vaut d’être relégué dans des postes placardisés. Il est envoyé sur Io, manne de l’exploitation minière et 3e lune de Jupiter, et dès son arrivée, la déprime le guette : sa femme le quitte, fatiguée d’être trimballée dans les contrées les plus paumées et les plus reculées, tandis que le maire de la cité l’invite à adopter un profil bas et à ne pas trop regarder sous le tapis. Pourtant, quand une vague de suicides spectaculaires et inexplicables se manifeste parmi les mineurs, Sean Connery va décider, contre vents et marées, de mener seul son enquête, malgré les menaces grandissantes pesant sur sa pauvre tête.
Récit classique, comme on le voit, qui s’insère harmonieusement dans le contexte SF, d’autant plus que la direction artistique et les effets spéciaux donnent dans la sobriété – on a plus souvent des éléments quasi anachroniques (fusil à l’ancienne du shérif) que des gadgets à rayon laser. Le contraste est omniprésent sans être souligné au marqueur, entre ce récit et le cadre de SF sociale encore inscrite dans la mouvance des années 70. Il n’est pas impossible que des spectateurs plus jeunes, biberonnés à grands coups de science-fiction dans-ta-face, trouvent le film copieusement ennuyeux, car encore une fois, Peter Hyams n’utilise les éléments de SF qu’avec mesure, sobriété et soucis de réalisme. Pourtant, le film est admirablement bien réalisé, monté et rythmé, parvient à développer une belle atmosphère de paranoïa et de suspense, et bénéficie de très beaux effets spéciaux optiques – je radote un peu, je sais, mais c’est tellement plus beau que tous ces effets digitaux qu’on nous sert à la louche aujourd’hui : ces effets sont élégants, discrets, et surtout (ce qui n’est pas le cas de la grande majorité des effets actuels), ils s’intègrent parfaitement bien au style de la mise en scène. Très belle photographie, montage élaboré, casting solide (avec Frances Sternhagen, excellente en médecin sardonique qui viendra prêter main forte à Connery), narration sèche et directe, une excellente dernière partie montrant l’attente de tueurs à gages venus exécuter Sean Connery, attente chronométrée sur plusieurs jours, avec un compte à rebours affiché dans chaque décor : OUTLAND vaut le détour.
 
P comme… LA POSSESSION DE JOEL DELANEY, de Waris Hussein (USA, 1972).
Une vraie curiosité. Deux mots s’imposent tout d’abord sur cette édition DVD proposée par les Editions du Film Retrouvé : c’est un éditeur très inégal, aux intentions louables (comme son nom l’indique) mais aux moyens manifestement très limités, et qui fait l’effort notable de proposer un catalogue de vraies raretés – dont une collection Troma dont la qualité technique, médiocre, n’est cependant pas moindre que celle d’un autre distributeur DVD plus « officiel » des films de la Firme spécialisée dans le cinéma Z, Sony Music Video (éditeur redoutablement nul) – avec des titres comme ATTENTION ENFANTS, ZOMBIE ISLAND MASSACRE, BLOOD HOOK ou DRAWING BLOOD. La conception des DVD est hélas souvent hasardeuse, de même que les copies.
Ce film méconnu de Waris Hussein sort donc discrètement dans une piètre copie en VF (probablement issue d’une diffusion TV ou d’une vieille VHS, vu les cartons francisés du générique, avec d’ailleurs un autre titre sur la copie, « Possession meurtrière »). Malgré son année de production, le film n’a pas grand chose en commun avec L’EXORCISTE. Nous découvrons donc, avec ce « thriller étourdissant au rythme des maracas » (nous précise la jaquette !) l’histoire de Norah (excellente Shirley McLaine), grande bourgeoise américaine, préoccupée par le comportement de plus en plus déviant de son frère Joey, avec lequel elle entretient des relations ambiguës. Lorsqu’il est accusé du meurtre de sa fiancée, retrouvée décapitée, Norah décide de rechercher un jeune criminel de l’entourage de Joey, persuadée qu’il exerce une mauvaise influence sur son frère et qu’il est peut-être coupable de cet assassinat. Elle découvre alors que le jeune homme en question est mort depuis plusieurs mois…
Le film s’ouvre sur un plan étrange : un bref travelling sur des visages concentrés, dont celui de Shirley McLaine ; on pense à un jury de tribunal, avant de réaliser que nous sommes dans un ascenseur, et que Shirley attend l’arrivée de son frère pour laisser les portes se refermer. S’ensuit un métrage assez télévisuel, à la mise en scène très datée et sans grande personnalité. Cependant, au fur et à mesure que progresse le récit, de petites touches sociales et psychologiques se font de plus en plus acerbes, sans indulgence pour le personnage de Norah. Et si le film, visuellement, stagne dans une aimable médiocrité (malgré quelques trouvailles troublantes comme cette scène de jeu « innocent » sous la douche entre Norah et son frère, qui se termine sur un plan figé assez glaçant), il parvient pourtant peu à peu à devenir vraiment dérangeant et transgressif, jusqu’à une séquence assez stupéfiante montrant Norah et ses deux enfants retenus en otage par Joey, où viennent se glisser quelques idées franchement décadentes (Joey oblige son petit neveu à danser nu devant lui pendant qu’il force sa nièce à manger à quatre pattes de la pâtée pour chien !), dont un développement prévisible mais assez terrifiant de l’inceste, avant qu’un final pessimiste vienne clore ce petit film bizarre et original, mémorable en somme, même si un cinéaste de talent aurait pu en faire un film bien plus fort. En l’état, c’est une curiosité qui se visite agréablement et propose quelques idées, une poignée de plans, brisant quelques tabous encore solidement installés aujourd’hui.  
 
R comme… REBIRTH OF MOTHRA II, de Kunio Miyoshi (Japon, 1997).
La mite est un animal rarement présent sur les écrans, c’est étrange, non ? Petit souvenir ému de la femme-mite du délicieusement ringard LE VAMPIRE A SOIF avec Peter Cushing. La mite star au cinéma reste donc Mothra, la créature géante qui s’est tatannée, d’abord sous son enveloppe de larve cracheuse de soie, puis sous son apparence de papillon multicolore, avec Godzilla dans le classique MOTHRA CONTRE GODZILLA. Une créature légendaire, vivant paisiblement sur une île cachée, et qui ne se mêle pas facilement des affaires des hommes. Mais quand elle le fait, c’est toujours pour faire le bien et sauver l’humanité, et encore, à la seule condition qu’elle en soit implorée par deux jumelles lilliputiennes, qui lui en font la demande en chantant une jolie chanson (« Mosssuraaaaa-ya ! Mosssuraaaaa ! »). Vu de loin, je sais, ça a l’air complètement débile. Mais il faut savoir que ce monstre est devenu très, très populaire au Japon (il a même des peluches à son effigie), et qu’après cette première apparition dans le film d’Inoshiro Honda, Mothra est fréquemment réapparue dans les films du genre kaiju eiga (voir YONGGARY, l’article, ou le film si vous en avez le courage), avant que celui-ci ne tombe en désuétude.
Mais, tel le Phénix ou le groupe Abba, Mothra a fait son grand come-back au cinéma dans les années 90 – même si cette trilogie des REBIRTH OF MOTHRA, vaguement distribuée en vidéo dans les pays anglo-saxons, est restée inédite sur notre beau territoire. Il faut dire que ce genre de film est si japonais dans l’âme qu’il ne s’exporte que difficilement. Je ne vous avais pas parlé du premier REBIRTH OF MOTHRA d’Okihiro Yoneda, et j’aurais sans doute dû : je me fais pardonner aujourd’hui en vous rendant compte de sa suite, du même tonneau. Bon, premier bon point : contrairement au YONGGARY de synthèse, assez décevant, on revient ici aux bons vieux acteurs en costume piétinant des maquettes, et aux sympathiques créatures géantes suspendues à des filins parfaitement visibles. Autre point (je ne sais pas s’il est bon, enfin, moi je trouve que si) : le film est spectaculairement bariolé et rococo, et comporte ici encore, via la chanson des jumelles miniatures, un joli clip d’un kitsch insondable et hilarant. Dans REBIRTH OF MOTHRA, on nageait déjà dans un océan de croquignolet, avec cette histoire de déforestation sauvage (c’est très méchant de faire du mal à nos amis les arbres) qui réveillait malencontreusement le vilain monstre Desghidora ; la méchante fée Belvera, sœur des deux jumelles, cherchait à s’emparer d’un médaillon magique afin de prendre le contrôle du monstre et ainsi d’asservir l’humanité entière. Heureusement, les deux jumelles poussaient alors la chansonnette, et réveillaient ainsi la redoutable Mothra, qui vint ainsi remettre de l’ordre à tout ce chaos avant de rendre son dernier souffle : mais rassurez-vous, la relève était assurée avec l’éclosion de son œuf ! Après la déforestation, nous passons ici à la pollution (jeter des déchets dans la mer, c’est mal), qui réveille un nouveau monstre cocasse, Daghara, dont on apprend qu’il a été créé par la civilisation de Nilaï Kanaï (hi-hi). Un fort joli monstre, ma foi, il faut bien le reconnaître, d’autant plus qu’il crache régulièrement de grosses étoiles de mer rouges très agressives, cracheuses de mousse à raser mortelle. La suite, vous la connaissez sans l’avoir vue.
On trouve de tout dans cette pochette surprise d’un mauvais goût anthologique et très jouissif (quoique beaucoup trop longue !). Un festival de la couleur chatoyante, avec pluie de pétales sur champ de fleurs. Un humour foncièrement japonais qui risque fort d’en laisser plus d’un perplexe par sa naïveté et ses effets (ne ratez pas le lancer de chenille au ralenti dans la salle de classe, ou les mésaventures autour d’un chat angora hystérique). Il y a des enfants, of course, mais aussi Belvera qui fait son grand retour ricanant, toujours habillée comme pour une soirée Noël chez Starmania, solidement accrochée à sa monture, un dragon miniature qui crache des rayons laser et a une vision subjective à la TERMINATOR. Allez, la petite nouveauté qui tue : Gogho, un petit monstre gentil et poilu, une sorte de Popple de Cicciolina jaune, avec sur la tête un phalus à la forme vaguement antennique, qui a un don très particulier : il urine sur les blessures et les plaies pour les guérir (pourvu que personne ne se morde la langue !). Un bordel indescriptible agite tout ce petit monde, jusqu’à ce que les singer twins décident que ça commence à bien faire : et hop ! Une chanson, et voilà Mothra qui arrive dans un sillon de paillettes pour régler son compte à Daghara. Pour ce faire, elle joue son va-tout et se transforme en AquaMothra pour mieux se battre sous la mer. Et devinez quoi ? Elle triomphe !!! Au prix, tout de même, du valeureux sacrifice de Gogho, lequel, avant d’avancer vers son destin, aura déféqué une perle dans la main de la petite fille qui l’avait recueilli, c’est très émouvant. C’est bourratif, d’une idiotie cosmique, avec plein de jolis effets spéciaux à l’ancienne, qui préservent le charme des vieux classiques, avec une touche moderne mariant (de force !) les influences de SAN KU KAÏ et des TÉLÉTUBBIES. Ça n’a l’air de rien comme ça, mais le film pour enfants japonais, ça décoiffe, et il est recommandé d’en faire provision, car ces petites merveilles, d’ici dix-quinze ans, seront faisandées à point et à servir chaud ! Mmmmm… Vivement le troisième film de la trilogie, où Mothra va affronter le terrible King Ghidora, et peut-être même Hélène Ségara, qui sait ?
 
S comme… SUPERMAN, de Richard Donner (USA, 1978).
Là, il m’a quand même fallu prendre ma respiration avant de me plonger dans ce film que je n’avais pas revu depuis mon enfance : 146 min ! Hou la la… C’est un peu long, ça, monsieur. Bon, je précise tout de suite et avant de me faire lyncher que je ne suis pas très client des films de super-héros (et que Superman est peut-être celui qui m’ennuie le plus), et que, du coup, je ne suis absolument pas un spécialiste-nerd-fan, donc, ne comptez pas sur moi pour relever les détails hérétiques par rapport à l’album n°124 de l’année 1966 ou que sais-je : je n’y connais rien, ça ne m’intéresse pas des masses et je considère de toute façon qu’un film doit se suffire à lui-même. Le remake approchant, il me paraissait vaguement intéressant par contre d’aller se rafraîchir la mémoire en revisitant l’adaptation de Richard Donner – et puis je suis comme ça, j’aime beaucoup revoir des films, même lorsque je ne les ai pas forcément très appréciés : on est parfois très agréablement surpris (j’étais vraiment passé à côté de L’ESPRIT DE CAÏN, par exemple), et surtout on en apprend énormément sur sa propre perception et sur le développement d’un esprit critique. Ceci dit, je n’avais pas détesté ce SUPERMAN à l’époque, il ne m’a juste pas transporté très loin. Alors…
On se retrouve donc sur la planète Krypton (qui a l’air d’être mortellement ennuyeuse) pour une longue séquence d’introduction construite autour de la performance de Marlon Brando, pas mauvais, mais pas fracassant non plus, je ne suis pas sûr qu’il valait le cachet Kolossal qu’il a englouti pour ce rôle très bref. Après ce récit des origines du personnage, le film enchaîne sur sa genèse, progressive, soigneusement détaillée et d’une longueur un rien complaisante (plus de 50 min !) qui annonce assez la structure très proche du SPIDERMAN de Sam Raimi (la meilleure partie de ce film, par la suite soporifique et dénué d’enjeux). Personnellement, je préfère les introductions plus radicales à ce genre de récit (comme dans DARKMAN ou BATMAN RETURNS par exemple), le temps pris à instaurer l’identité d’un personnage aussi populaire me semble vaguement inutile (quelle incidence concrète sur le récit ?) et tire le film vers une forme d’académisme un peu assommante, et pas spécialement en phase avec le ton plus humoristique du reste du métrage.
Ceci dit, une fois passé ce cap un brin laborieux, le cocktail ne s’avère pas déplaisant, mêlant un soupçon de kitsch involontaire et de vrais moments de fantaisie, et Richard Donner parvient à rendre divertissantes les aventures d’un super-héros qui ne m’a jamais vraiment convaincu (avec ces quiproquos téléphonés – c’est le cas de le dire ! – entre Superman et Clark Kent). Margot Kidder est assez étonnante dans le rôle de Loïs Lane, et ce choix de casting est bizarre mais s’avère plutôt payant, d’autant plus qu’elle est au centre d’une des plus belles séquences du film, celle où Superman l’emmène voler avec lui dans le ciel : j’avais totalement oublié que cette séquence était chantée ! Une chanson parlée, fort bien interprétée par Margot Kidder en voix-off, presque un clip avant l’heure, mais d’une assez belle délicatesse, qui confère à la scène une très belle atmosphère. Très joli passage. La suite m’a par contre paru s’essouffler peu à peu, pour un film à mes yeux beaucoup trop long. Et le problème qui se pose est sensiblement celui de SPIDERMAN : après une mise en place aussi longue, les enjeux paraissent franchement téléphonés. Lex Luthor, correctement interprété par Gene Hackman [message personnel à un fan : Luthor est bien chauve, Cyrano, on découvre qu’il porte une perruque], est malfaisant et jaloux de la notoriété de Superman, il monte un plan machiavélique pour le mettre à terre, point barre. Le film est correctement mis en boîte, sans talent particulier, bercé par la musique pompière et parfois soûlante de John Williams, et use et abuse de la licence poétique, pour le meilleur et pour le pire, avec cette idée charmante mais saugrenue d’un Superman inversant le sens de rotation de la Terre pour remonter le temps. Bref, un film d’aventure convenable et naïf, rien de bien enthousiasmant.
 
T comme… TERREUR.COM, de William Malone (USA / Angleterre / Allemagne / Luxembourg, 2002).
Déjà, à la lecture de la jaquette du DVD, ça commence bien : « réalisé par William Malone, grand spécialiste du genre horreur (HALLOWEEN, LA NUIT DES MASQUES) » ! Ah bon ??? Ben voyons ! Autant essayer de me vendre MATRIX RELOADED en me disant que c’est un film du réalisateur de PSYCHOSE ! En réalité, William Malone, bien qu’il ait effectivement consacré sa carrière au fantastique, n’a jamais livré d’œuvre de la trempe du film de John Carpenter, et n’a d’ailleurs même pas servi le café sur le tournage du film en question. De William Malone, on connaissait une poignée de petites séries B médiocres dans les années 80, dont la plus célèbre reste le film CREATURE, avec Klaus Kinski (un film d’ailleurs très bizarre par certains aspects), ainsi qu’un retour aux affaires plutôt honorable avec son meilleur film, LA MAISON DE L’HORREUR, remake inventif et très agréable d’un classique de William Castle, l’un des premiers (et meilleurs) films produits par Dark Castle (boîte de production de Joel Silver et Robert Zemeckis, alternant le correct – GOTHIKA, LA MAISON DE L’HORREUR – et le déplorable – 13 FANTÔMES, LE VAISSEAU DE L’ANGOISSE).
J’étais d’ailleurs persuadé que ce TERREUR.COM était issu de Dark Castle, ce qui n’est pas le cas mais n’empêche pas le film d’être lui-même déplorable. L’histoire ? Disons que, comme un HORRORVISION plus fauché mais aussi plus sympathique, ce film tente de transposer le sujet de RING ou de KAÏRO dans un contexte américain très branchouille, et surtout très imbécile. Un tueur en série (pauvre Stephen Rea) tue en série, on soupçonne un réseau clandestin de films snuff, tandis qu’un fantôme vient d’ouvrir son propre site, et si tu te connectes dessus, 48 heures plus tard, tu meurs. Pourquoi n’aborder qu’un seul sujet quand on peut tous les malaxer dans une vaste mixture fumiste ? Stephen Dorff (ici aux abonnés absents) et Natascha « fille de Meryl Streep » McElhone (actrice toujours aussi consternante) mènent l’enquête.
Et moi aussi par la même occasion : le petit jeu étant de relever le nombre de séquences et d’idées plagiaires. Comme par exemple cette inquiétante petite fille avec un ballon, qui hante les visions de ceux pour qui le décompte des 48 heures a commencé : merci Mario Bava (OPÉRATION PEUR) ! Ou comme, plouf ! Natascha qui plonge dans une cave inondée au fond de laquelle elle va tomber sur un cadavre putréfié : merci Dario Argento (INFERNO) ! Que voulez-vous que je vous dise ? Le film, longue enfilade de poncifs et d’emprunts, se déroule dans un rythme plus assommant que lancinant, et agace souvent à vouloir multiplier les pistes sans jamais parvenir à les faire se croiser de façon plausible, à commencer par ce fantôme assoiffé de vengeance, qui hante un site web d’une conception ridicule (vous êtes mort, vous errez dans les limbes, vous décidez de tuer les gens pour les obliger à vous venger – si ! si ! – et si la mort vous programme sur son grand ordinateur, autant en profiter pour concevoir un site SM d’une banalité à pleurer). Qui plus est, Malone semble si fier de la visite de ce site, immuable, qu’il nous ressert la séquence jusqu’à plus soif ; mais au bout de trois scènes de personnages l’œil torve fixé sur leur PC avec un air compassé, l’effet tape sur les nerfs.
Scénario exécrable, filandreux, qui débouche sur une révélation finale totalement idiote, qui plus est fondée sur une contre-vérité qu’aurait pu éviter un collégien (message personnel à William Malone, qui va pleurer en lisant cela : les femmes transmettent l’hémophilie, mais n’en sont jamais atteintes, c’est comme ça, c’est une maladie de garçons : désolé pour ton twist !). La mise en scène du cinéaste ne parvient évidemment pas à sauver un script aussi indigent (co-écrit par le producteur Moshe Diamant, il ne fallait donc pas s’attendre à une perle, ha-ha), et s’il soigne au mieux ses cadrages, en se livrant même parfois à quelques tentatives esthétiques expérimentales, ses efforts sont ruinés par la laideur de la photographie et des effets visuels, de l’image de synthèse moche, re-belote. Au final, on partage un peu la consternation de Jeffrey Combs et Udo Kier, égarés ici dans des rôles de remplissage d’un intérêt proche du néant. FEARDOTCOM ? Fear not come, oui !
 
U comme… UN WEEK-END EN ENFER, de Bob Willems (USA, 2003).
Ce sont de beaux instants dans la vie d’un cinéphile. On est parti pour acheter du whiskas afin de combler les appétits raffinés de sa majesté féline au supermarché du coin, et on tombe en passant sur un de ces bacs de DVD à trois francs six sous, pleins de nouveautés, d’inédits et de curiosités : le temps de déloger le chaland à la recherche des CHORISTES et de faire son tri, on repart heureux, les bras chargés de cinéma, des points d’interrogation plein la tête. Et on oublie d’acheter le whiskas, ce qui va nous valoir l’ire du maître de maison (le vrai).
UN WEEK-END EN ENFER a fait partie d’une de ces fournées, et renseignements pris, j’apprends donc que l’affiche est la bonne, et que le film porte au choix le titre de GRIM WEEK-END ou de S.I.C.K. (pour SERIAL INSANE KLOWN KILLER). Mais encore ? Et bien, c’est un slasher au fond des bois, et ce ne sera que ça. Tueur : clown masqué. Victimes : une demi-douzaine de jeunes gens intellectuellement démunis. Et comme chaque slasher se doit d’avoir sa petite particularité, celui-ci sort du lot, si j’ose dire, plus que par son retournement de situation final (vu mille fois en mieux), par son tournage en DV qui fleure l’amateurisme à plein nez, un peu comme LA MAISON HANTÉE, pitoyable (mais drôle) petit AMITYVILLE de cuisine des frères Polonia : que des œuvrettes aussi indigentes puissent être éditées en DVD reste bien mystérieux, tout en faisant plaisir, car après tout, ces films emballés en caméra numérique par une équipe de bras cassés sont ce qui se rapproche le plus de l’authentique série Z des années 70/80 – à défaut de s’apparenter véritablement au cinéma bis, vu l’extrême laideur esthétique de la chose.
En ce qui concerne le scénario, à défaut d’originalité ou d’efficacité, on relèvera son extrême vulgarité. Celle-ci se manifeste par une accumulation absurde de blagues gay pendant la première demi-heure : le héros prépare activement un week-end dans sa maison familiale perdue dans les bois, et contacte ses invités par téléphone : « Ramène tes revues porno gay, si je prends encore un râteau, je te jure que je passe aux mecs ! ». Le patron du héros essaie bien de le retenir pour le week-end (un insert nous apprend que son supérieur avait en effet prévu de se travestir et de se barbouiller les babines de rouge à lèvre), mais cette fois, Héros ne cède pas : il va le faire, son week-end ! En plus, il invite une collègue après laquelle il court depuis un an, et si elle a accepté, c’est surtout parce que son petit ami l’a larguée (un insert nous apprend qu’il l’a trompée avec un homme). Bob Willems chercherait-il à nous dire quelque chose ? Bien évidemment : qu’il adore les inserts ! Alors il en colle dans son montage au rythme d’un toutes les deux minutes, avec quelques pointes à quatre / cinq inserts la minute, supposés représenter divers flash-back, images mentales, fantasmes ou pures illustrations de dialogues. Mais pour revenir à la grande vulgarité de ce film impossible, les choses ne s’arrangent pas quand le récit s’installe autour des relations inter-couples durant le week-end en question. Et les répliques fusent, ami poète, bonsoir : « Je suis peut-être un gros porc, mais je n’ai jamais sucé le gros orteil de personne ! », « Et si on rentrait et que tu me dises des trucs pour voir mon érection ? », « T’es trop tendue poupée, j’vais t’faire un massage ! », « Et Suzan, elle est où ? – Quelque part, en train de se remettre de ton énorme bite ? Moi, il me faudrait au moins une semaine. » Alors quand la situation se dégrade, soyez-en sûrs, ces personnages demeurés restent tout autant abrutis : « Oh, mon dieu ! Ça ressemble à une mise en scène rituelle ! », s’exclame un personnage en découvrant un squelette coiffé d’un chapeau en carton sur lequel est inscrit « Joyeux anniversaire ! ». Ou ma réplique préférée : « Il m’est arrivé un truc de dingue ! », s’exclame un pauvre garçon, qui s’écroule, une hache plantée dans le dos ; « Oh, mon dieu, il est mort ? », s’interroge une des filles. Bravo. C’est formidable.
La mise en scène, pour sa part, évoque plus un film d’entreprise qu’un ersatz de VENDREDI 13 : quand le héros fait sa valise, la caméra filme en gros plan le couteau qu’il glisse parmi ses vêtements, et que la main de l’acteur présente ostensiblement à la caméra (en insert dans le montage, of course) avant de le ranger : cacher une arme dans ses bagages, c’est facile ! Méthode n°1… Faut-il le préciser, tout le reste (cadrage, montage, photographie, mixage sonore) est d’une maladresse perpétuelle et risible, avec ces flash-back de séquences vues deux minutes plus tôt, ou ces séquences filmées à travers un filtre mauve et baveux d’aspect franchement vomitif, le tout sur une musique qui fait presque regretter celle de NECROMANCER. Bref, un film épouvantable, à moins de le prendre au 36e degré – auquel cas c’est alors un bel incontournable. À vous de voir : invitez des amis !
 
V comme… VIRUS CANNIBALE, de Bruno Mattei (Italie / Espagne, 1981).
Tout va bien dans l’usine Hope, espèce de laboratoire-centrale nucléaire lancé dans une top secrète « opération mort douce » : les boutons clignotent, des scientifiques regardent les boutons clignoter d’un air concerné, des laborantins s’affairent dans des combinaisons anti-radiation qui ressemblent sans doute plus à des costumes d’apiculteurs. Quand soudain, c’est le drame ! Une fuite de fumée verte, un rat crevé s’anime et attaque un des laborantins, lequel ne bouge pas, meurt et ressuscite avant de tuer son collègue, lequel ne bouge pas, meurt et ressuscite, ad lib, l’invasion a déjà commencé quand il était trop tard, et l’un des classiques du bisseux Bruno Mattei (l’homme de prestige derrière LES RATS DE MANHATTAN, PORNO HOLOCAUST, TERMINATOR II (si, si, il a fait le sien !) ou ROBOWAR) peut dérouler son tapis de gore complaisant (pour la mort douce, on repassera) et d’idées farfelues brutalement soutenus par des zooms convulsifs avant-arrière ou vice versa, c’est joli aussi.
VIRUS CANNIBALE s’inscrit au gros feutre sur le registre des films de morts-vivants post-ZOMBIE, un film qui a durablement marqué les esprits des producteurs de cinéma bis, qui n’hésiteront pas d’ailleurs à démultiplier les titres mensongers, ce VIRUS CANNIBALE s’étant à l’occasion intitulé ZOMBI 4 ou ZOMBI 5, selon l’inspiration – d’ailleurs, dès qu’un film de ce genre était produit en Italie, c’était le plus souvent un ZOMBI n° quelque chose, à commencer par l’initiateur de cette vague (et son plus intéressant représentant) Lucio Fulci, et son ENFER DES ZOMBIES aka ZOMBI 2. Ici, le producteur Claudio Fragasso (qui est également un réalisateur et un scénariste épouvantable, qui nous a infligé entre autres les nuls TROLL 2 et L’ATTAQUE DES MORTS-VIVANTS – ZOMBI n°je ne sais plus combien) enfonce le clou, et rachète les droits de la bande originale du film de George Romero, composée par les Goblin, que Mattei accole sur des séquences singeant le film de Romero : pompages accompagnés sans vergogne par la musique originale donc, pour un effet assez cocasse quand on connaît le classique pillé, à commencer dès le début du film par un immeuble assiégé par une brigade masquée (qui compte dans ses rangs un exotique croisement de Klaus Kinski et de Dave !), venue là pour mettre un terme musclé à une prise d’otages. Et je peux vous dire qu’ils ne font pas dans la dentelle : après avoir désarmé un des terroristes écolos venus protester contre les expériences menées dans l’usine de la scène d’ouverture, ils l’égorgent purement et simplement, avant de fusiller ses comparses. Il y a plutôt intérêt à filer droit dans ce pays !
Bien sûr, le problème avec ce film, c’est que l’intrigue semble s’improviser au fur et à mesure, et après ce coup d’éclat de notre troupe anti-terroristes, Bruno Mattei ne sait déjà plus quoi en faire, et les largue dans la jungle, où des zombies commencent à faire leurs petits ravages, notamment au détriment d’une petite famille, papa étant dévoré par son petit garçon, lequel a l’air de bien s’amuser à mâcher sa viande rouge face caméra. S’ensuit une petite ballade bien longuette au pays des sauvages, un interminable bout à bout d’anthropologie fantaisiste et de stock-shots atrocement mal intégrés à l’action – avec divers inserts comiques sur des animaux qui ne vivent pas forcément sur le même continent. Je relève d’ailleurs le fait que ces inserts peuvent concerner indifféremment gerboises, singes divers ou braves sauvageons ! Et ça dure ! On se demande un peu ce que tout ce petit monde fout au milieu de cette aimable tribu, à boire du lait de coco en regardant les noirs danser, mais heureusement, cette tribu refuse d’enterrer ses morts (c’est tabou, sans doute), et ceux-ci sont secs (nul) et se décident enfin à dévorer de la chair fraîche, le vague récit peut reprendre sa route, avec une escale dans une maison abandonnée, puis un retour à la case départ et donc à l’usine Hope.
Du bon gros Z, élevé au rang de classique du naveton grâce à ce qui caractérise si bien le cinéma de Bruno Mattei : ses idées stupides et particulièrement saugrenues. Ici une mamie zombie avec un débonnaire chat de gouttière dans l’estomac (Minou-Minou se fraye courageusement un chemin à travers la bidoche en latex et s’enfuit sans demander son reste), ou cette fameuse scène montrant un soldat qui enfile un très seyant tutu vert et entame « Singing in the Rain » avant de périr sous les morsures des cadavres ambulants. Mais le pompon, c’est encore ce projet « opération mort douce », qui consiste tout de même à régler une bonne fois pour toutes les problèmes de famine et de surpopulation en amenant les peuples du tiers-monde à s’entre-dévorer, rien que ça !!! Moi, je trouve que c’est bien fait pour ces scientifiques si les choses sont à ce point parties en sucette. Un métrage improbable comme on les aime, en somme.
 
W comme… WOLFEN, de Michael Wadleigh (USA, 1981).
Bon, trois navets de suite, ça commence un peu à bien faire – même si les deux derniers sont assez plaisants, à leur façon. On enchaîne donc avec la revoyure de ce petit classique des années 80, qui propose une approche cette fois très sérieuse. Il est d’ailleurs assez surprenant de constater que ce film a, à l’époque, été un échec commercial : pas de chance pour Michael Wadleigh, qui n’a guère fait parler de lui par la suite (c’est son seul long-métrage de fiction, malheureusement), pas de chance non plus pour son interprète principal, Albert Finney, également tête d’affiche d’un autre bon film qui a dans la foulée fait un autre four à sa sortie (LOOKER).
Et pourtant, la qualité est vraiment au rendez-vous de ce récit étrange : alors qu’un ambitieux projet immobilier implique la destruction progressive de quartiers en ruine dans la banlieue new-yorkaise, une série de meurtres mystérieux intrigue la police – les victimes, dont plusieurs sont impliquées dans le projet immobilier, auraient été tuées par des loups. Bien que le film démarre par l’hypothèse de la lycanthropie, celle-ci s’avère rapidement être invalide – ce qui fait que ce film n’est pas un film de loups-garous, contrairement à sa réputation. Les loups sont ici des entités légendaires, sortes de dieux du passé, connus et craints par les indiens installés dans la métropole, survivant dans une relative harmonie en dévorant la lie de la société (clochards, SDF), mais qui doivent au début du récit s’attaquer à des cibles moins « discrètes » afin de défendre leur territoire menacé.
Un propos mêlant habilement peinture sociale assez acerbe et poésie fantastique, dans un film qui évoque irrésistiblement le superbe LA DERNIÈRE VAGUE de Peter Weir, à la fois par son approche onirique, par son propos et bien sûr par la présence dans le récit d’indiens intégrés dans la « civilisation », mais qui restent en retrait, en marge de cette société, un peu comme les aborigènes du film de Peter Weir. L’un des aspects les plus mémorables du film est la vision subjective des loups, un effet visuel très marquant (image solarisée), qui parvient à éviter le mauvais goût grâce à un admirable travail sur la photographie. Ce n’est pourtant pas ce qui impressionne le plus dans la mise en scène de Wadleigh. Outre une remarquable utilisation de la steadicam et de la louma dans des plans-séquences parfaitement orchestrés et énergiques, c’est le travail sur le cadre et sur le montage qui génèrent les passages les plus forts : notamment une scène discrète et d’une beauté à couper le souffle, montrant Albert Finney à son bureau, jouant avec une perle trouvée sur les lieux du premier meurtre, obsédé par l’image d’une cage d’escalier dans un immeuble désaffecté visité plus tôt dans le récit ; par un effet de montage subtil et presque imperceptible, la chute de la perle vient révéler dans cette image mentale la présence des yeux lumineux d’un loup à travers les barreaux de l’escalier. Une scène magnifique, qui est très représentative de la finesse du propos et du talent du cinéaste. Rien ici, malgré quelques séquences très spectaculaires, ne vient souligner les informations au marqueur, pas d’effet sonore « attention information », pas de dialogue explicatif et redondant énonçant pour les mal-comprenants des informations délivrées par la seule mise en scène (un élément précieux à une époque où TOTAL RECALL ou MATRIX font figure d’œuvres matures et complexes, malgré leur réalisation atrocement simpliste), il n’y a pas non plus de personnage de gros salaud entrepreneur à tuer pour conclure l’intrigue sur une note moralisatrice. C’est donc un film d’une grande intelligence, qui parvient à faire naître la tension et parfois l’émerveillement, et qui fait honneur au genre qu’il illustre brillamment. Hautement et chaleureusement recommandé.
 
Y comme... YI-YI, d’Edward Yang (Taïwan / Japon, 2000).
Pour conclure un Abécédaire encore une fois privé de Z (mais il y en a un dans le prochain !), on termine cette sélection avec 170 longues minutes d’un métrage que l’on espère consistant, chronique familiale complexe où chaque membre de la famille, du petit garçon à la grand-mère plongée dans le coma, va connaître un parcours individuel, une évolution au cours du récit : histoires d’amour contrariées, crise de la quarantaine ou de l’adolescence…
Je vous passe les détails de ce film long (trop) et lent (ce qui ici est à la fois une qualité et un défaut). Edward Yang propose une mise en scène soignée et très composée (dans ses cadrages principalement), et parvient à créer une belle cohésion dans un récit qui mêle en les superposant les différents âges de la vie, chaque protagoniste étant à tour de rôle au centre du récit. La crise de rage d’une adolescente, dans le mixage sonore, laisse place au hurlement d’un bébé, la déception d’une jeune fille fait écho des désillusions de son père après sa rencontre avec un amour de jeunesse. Tout cela est très agréable, pensif, contemplatif, parfois intriguant, mais en ce qui me concerne, je trouve que la palme de la mise en scène est bien généreuse pour un film appliqué et relativement tenu, mais qui ne fait que très, très rarement preuve d’originalité ou de personnalité. Je reconnais au réalisateur son talent de directeur d’acteurs (le petit garçon est notamment très bien dirigé – et bat à plates coutures les mioches cabots qui en font des caisses dans une majeure partie de la production occidentale), ainsi que quelques idées, quelques séquences qui parviennent à sortir du lot : un curieux parallèle entre une séquence de meurtre et un jeu vidéo, mais surtout ce qui m’a paru être la plus belle scène du film, ce coup de foudre (littéral) du petit garçon pour une gamine pendant la projection d’un film éducatif sur les phénomènes météorologiques : scène très bien construite, avec un plan magnifique (la jeune fille debout devant l’écran qui projette des images d’orages).
Pour le reste, j’admire modérément les sous-intrigues, d’une jolie justesse psychologique (la mère bouleversée par le coma de mamie : il faut absolument lui parler pour maintenir le contact, mais elle panique alors quand elle réalise qu’elle n’a rien à lui dire), tout en me disant que ça n’enlève rien à la platitude de la mise en scène, qui ne décolle que trop rarement de ses poses impressionnistes, esthétiquement plaisantes, mais encore une fois trop systématiques (le cadreur est doué, mais encore ?), et surtout figées et lassantes sur près de trois heures. Je ne crache pas dans la soupe (ce serait malhonnête de la part de quelqu’un qui s’est farci l’insupportable L’ÎLE de Kim Ki-Duk !), il y a quelques beaux morceaux, mais j’ai un peu le sentiment qu’il faudrait être fan hardcore de Laurent Voulzy pour tomber pleinement amoureux de cette estampe charmante mais bien trop tiède et lénifiante pour mon goût.
 
On visionnera par ordre de préférence la liste suivante, dont je remarque qu’elle comporte pour une fois assez peu de films vraiment à éviter – parce que les trois derniers du classement valent quand même largement le détour, tout dépend de ce qu’on va y chercher…
 
WOLFEN
LAND OF THE DEAD
OUTLAND
KING OF THE ANTS
INSIDE JOB
L’ENFER DES LOUPS
LE CHAT NOIR
YI-YI
SUPERMAN
LA POSSESSION DE JOEL DELANEY
LA MACHINE À EXPLORER LE TEMPS
F/X
DESTINATION FINALE II
HAPPY TEXAS
REBIRTH OF MOTHRA II
BELIEVE
TERREUR.COM
À TON IMAGE
GOUTTES D’EAU SUR PIERRES BRÛLANTES
UN WEEK-END EN ENFER
NECROMANCER
VIRUS CANNIBALE
 
Bande-annonce du prochain épisode : campus mortel, voisins trop curieux, fluide sexuel, vaches mangeuses d’hommes, nain taxidermiste, vers perforants, ourson bionique, body-buildings new-yorkais, témoin muet, lycanthropes gay, psychanalyse, rêve à la française, fantôme de la haute, cuisses combatives, combustion spontanée, enfer locatif, robes de mariées, boîte à musique meurtrière, vœux exaucés, reine en péril.
 
Bien, je vais tout de suite enchaîner avec un Christopher Walken comme vous auriez aimé ne jamais le voir : à très bientôt, donc.
 
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Samedi 25 mars 2006

recommander publié dans : Chroniques de l'Abécédaire

Bonjour chez vous !

Cet Abécédaire à cheval sur les mois de février et de mars descend de sa montagne avec toujours la même énergie : le système me plaît, perdure et s'installe dans une agréable routine. La question de ce que je vais regarder ne se pose donc plus, elle est pré-déterminée, avec parfois un véritable sentiment de contrainte, lorsque le film choisi quinze jours plus tôt ne m'inspire pas à l'instant T, mais c'est avec une discipline de fer que je m'interdis formellement tout changement de programme de dernière minute, et, mais ça n'est pas une contrainte, que je visionne au moins un film par jour. Deux, trois ou cinq pendant les vacances, c'est encore mieux quand c'est possible, même si ma mère me dit que ce n'est pas comme ça que je vais rencontrer une copine,  mais elle ne peut pas comprendre, elle ne lutte jamais contre les romains aux côtés de VERCINGETORIX. Et mine de rien, cette série d'articles amorcée au mois de janvier, si elle se poursuit, va finalement rendre compte de la quasi intégralité des films visionnés par ma petite personne sur l'année 2006, à l'exception des films vus en dehors du système, à savoir les films revus par pur plaisir sur un coup de tête ou ceux qui sont découverts lorsque je reçois, j'ai ainsi vu un film non chroniqué dans les articles, VA TE FAIRE FOUTRE FREDDY, sommet de débilité et de vulgarité réalisé et interprété par Tom Green, qui m'a autant plongé dans la perplexité qu'il m'a parfois fait hurler de rire. Bref, j'ai, sans vraiment le savoir et pas par calcul, entamé la rédaction de mon "Année du Cinéma 2006", un journal de cinéphile dont j'espère vivement qu'il sera plus riche et plus intéressant que les tomes édités par Télérama. Il ne risque pas d'être monotone en tout cas, comme le montre une sélection une fois de plus bien inégale (c'est normal, j'évite soigneusement l'esprit de chapelle, et je visite sans hésiter une poignée de films nuls et quelques titres éveillant spontanément mon antipathie), une sélection qui s'ouvre piteusement par un film en A comme...

À TON IMAGE, d'Aruna Villiers (France, 2004).
Pas dégoûté par les expériences récentes (et pénibles) de
BROCELIANDE ou HAUTE TENSION, je persiste, je signe, et j'attaque bravement ce À TON IMAGE, dans le vague et faible espoir de localiser enfin un film de genre français qui puisse s'élever au-delà de la modeste petite semi-réussite d'un QUI A TUÉ BAMBI ? ou d'un ATOMIK CIRCUS. Et une fois de plus, c'est peine perdue. Le film, interprété (correctement) par Christophe Lambert (et pas Christopher dans le générique, pour une fois, on est acteur international ou on ne l'est pas) et Nastassja Kinski,  le reste du casting étant nettement moins performant, voire un peu foireux (à ton image, chère Audrey DeWilder), travaille d'arrache-pied à développer sa petite atmosphère de trouble dans un soin appliqué et laborieux, des efforts de toute façon mal ciblés qui courent après l'efficacité américaine tout en ménageant un contexte psychologisant très franco-français ; des efforts surtout annihilés par une lourdeur d'écriture malheureusement bien familière dans notre beau pays. Le sujet s'engageait de toute façon sur une pente on ne peut plus savonneuse : Christophe et Nastassja forment un couple solide, mais sur lequel plane une ombre de tristesse, sortez vos mouchoirs : Nastassja ne se remet pas de la mort d'un premier enfant, et pire, elle ne peut pas en avoir d'autre. Chercheur dans un laboratoire spécialisé, Christophe a l'idée brillante de forcer le destin en fécondant à son insu sa légitime du propre clone de celle-ci (comment il s'est arrangé pour qu'elle ne se doute de rien, ça...). Oh, la bonne idée ! Il aurait pourtant bien dû se douter du désastre horrifique vers lequel il marchait : tout le monde sait que le clonage, c'est mal, et que les clones sont potentiellement maléfiques. Je suis prêt à admettre, le temps d'un film, cette hypothèse saugrenue tirant sur la science-fiction alarmiste, pour peu que le film en fasse quelque chose de probant. Mais ici, ce n'est vraiment pas le cas : le collègue de Lambert, pro-clonage et qui l'incite à tenter l'expérience pour le bonheur de son couple, est d'emblée présenté comme un salaud calculateur et arriviste, et dès que la petite Audrey grandit, on se lâche et on y va à fond les ballons sur le registre « une si gentille petite fille » diabolique, avec à peu près autant de finesse que dans le grotesque LA MALEDICTION IV (vous savez, ce film qui nous révèle que Damien l'Antéchrist avait pondu un oeuf avant de mourir !) : pas le genre de gamine à nous demander si elle est pas belle, la vie, si vous voyez ce que je veux dire. On pourrait localiser le problème dans cette approche simpliste et caricaturale de l'élément fantastique, mais en réalité, on réalise très vite (par exemple lors de la scène du dîner de famille chez les parents de Nastassja, Rufus et Francine Bergé « de la Comédie Française », hourra !) que le bât blesse à grands coups de serpe dans le scénario, dans cette écriture démonstrative empêtrée dans ses envies de finesse et de justesse psychologique (t'as vu comme ils sont fouillés mes personnages ?) qui n'a pour conséquence effective que de nous imposer une situation développée en une demi-heure là où 10 minutes auraient amplement fait l'affaire. Inutile de préciser que la musique vient constamment souligner au marqueur chaque étape du récit, le moindre regard en coin de la clone démoniaque,  non pas que cette musique soit forcément mauvaise, car il faudrait aussi sanctionner l'exécrable mixage, et surtout taper encore plus haut sur les choix consternants de la réalisatrice. Et je ne parle même pas des passages chantés. Oh, et puis si, tiens, allons-y : après un premier indice douloureux (Nastassja et sa fifille entonnent en choeur « Une chanson douce » à l'heure du dodo joli, quelle horreur !), Villiers nous balance dans les pattes une scène copieusement ridicule, qui définit à la perfection le naufrage de À TON IMAGE : Nastassja et Audrey, pour faire la blague à Christophe (pouffez, pouffez, pouffez... C'est une fille !!!), mettent toutes les deux la même robe et la même perruque rouge, et exécutent, sous ses yeux de chien battu malheureux dans son coin (lui, il sait, le pauvre !), une reprise des DEMOISELLES DE ROCHEFORT. Scène atrocement mal filmée, dénuée du moindre recul humoristique, aux enjeux d'une lisibilité franchement imbécile. Aruna, qui n'a sans doute jamais entendu parler du film CES GARÇONS QUI VENAIENT DU BRESIL, attend sûrement de pied ferme des compliments sur la finesse de ce récit fouillé et hautement subtil, alors que son scénario brasse les pires clichés dérivés de thèmes comme gentil jumeau / méchant jumeau, ou encore celui de la réincarnation vengeresse. Il faudrait peut-être d'abord assurer le service minimum d'une mise en scène véritablement pertinente et percutante, mais dans ce film, la réalisation est grossièrement démonstrative, symbolique et en panne sèche de plausibilité, avec sa morale un peu courte, les clones sont dangereuses, ou chieuses, c'est selon. C'est à peine si l'on peut sauver quelques idées tournant autour de l'apparition / disparition (ellipse astucieuse lorsqu'Audrey, au cours d'un jeu vaguement inquiétant, disparaît derrière un élément du décors et en ressort avec quelques années de plus au compteur, ou encore plan assez gonflé de la première menstruation où une larme qui coule sous la robe est devenue goutte de sang arrivée au niveau des cuisses, pas très raffiné, mais pourquoi pas ?). Quelques secondes dans un ensemble feignant et anonyme qui, sorti de quelques plans basculés (le niveau zéro de la stylisation), relève du téléfilm appliqué. Mais attention, c'est aussi un film de femme, voyez ce plan final aberrant, parallèle léger comme une enclume avec le vagin et l'accouchement (symbole visuel aussi grossier et indigeste que celui qui conclut le film L'ÎLE), qui se fait l'écho de tous ces petits plans nuls insérant des flash-back de la douceur de bébé pour entrer en contradiction avec la cruauté et la monstruosité grandissantes d'Audrey. Un film de femme, oui, bravo. Claire Denis, Kathryn Bigelow, Asia Argento, Sarah Moon, Valérie Lemercier, Ida Lupino, Sally Potter, Antonia Bird, réglez son compte à cette cinéaste à deux balles, et qu'on en entende plus parler !

B comme... BELIEVE, de Robert Tinnell (Canada, 2000).
Allons prendre l'air avec ce petit, petit, petit (télé ?)film canadien sorti de nulle part et surtout sorti nulle part. Informations pratiques : contrairement à ce qu'indique la jaquette, le DVD contient bien une VOST ; contrairement à ce que laisse entendre la jaquette et son affiche mensongère, pas d'angoisse, pas de monstres aux yeux rouges dans ce film familial parfaitement inoffensif ; et une mention pour finir à ce titre français qui surgit comme un diable de sa boîte lorsque le film démarre : « Fantômes d'amour », rien que ça ! Fichtre ! Va-t-on avoir droit à un érotisme spectral ? À un coït de l'au-delà ? À un remake version triolisme du FANTÔME D'AMOUR de Dino Risi ? Pas du tout, on nage plus dans les eaux de la bibliothèque verte, avec l'histoire de Ben, jeune adolescent qui adore faire des blagues très élaborées pour effrayer ses camarades de classe en leur faisant croire aux fantômes. Un petit passe-temps qui lui vaut d'être renvoyé de son collège et expédié par des parents distants en pension chez un grand-père qu'il n'a presque pas connu, vivant en quasi reclus dans une masure d'une petite ville qui va, bien entendu, s'avérer hantée ! Mais pas par un Casper espiègle ou par un fantôme maléfique, non, plutôt par une femme morte des dizaines d'années auparavant, la soeur de son papy, âme en peine gémissant chaque soir autour de la maison. Un mystère que Ben, épaulé par une adolescente solitaire (Elisha Cuthbert de
LA MAISON DE CIRE, que j'ai trouvé pas si mal, au grand dam du Dr D