Photographie par Mek-Ouyes.
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[de gauche à droite: Dieu en trois personnes...]
Photographie par Mek-Ouyes.
[Photo: "No More PLAY, pour le pire et le meilleur..." par Dr Devo, d'après une photo du cinéaste Anthony Minghella]
En fait, ça arrive de temps en temps, quand les astres sont alignés. On regarde un film, et là, c'est le choc: il ne se passe rien. Ce n’est même pas nullissime, ce n’est pas grandiose: ce n'est rien. Et dans ces cas-là, on se dit vraiment que le cinéma est quand même chronophage. Une heure et demi à attendre dans la salle des pas perdus (pour tout le monde!) de la gare en sachant qu'on montera même pas dans le train, parce qu'on n'a pas acheté de ticket et que de toute façon on a laissé son porte-monnaie à la maison, et bien c'est long. En une heure et demi, on en a du temps pour faire des choses finalement!
OLD JOY, réalisé par Kelly Reichardt qu'on ne confondra pas avec Richard Kelly le jeune réalisateur du sublime DONNIE DARKO, notamment parce qu'elle est une femme, et lui un homme mais vous allez voir, pas seulement pour ça, raconte les retrouvailles un peu par hasard de Daniel London, bientôt père de famille, et Will Oldham (oui, le chanteur-compositeur folk, connu aussi sous le nom Bonnie Prince Billy), un mec un peu marginal, sans doute en galère, et gros fumeur de pétard. Et incroyablement barbu! Les deux anciens copains de high school ne se sont pas vu depuis longtemps, et se rencontrent donc à l'improviste. Oldham propose à London d'aller se ballader 24 heures dans les montagnes avoisinantes pour trouver une source d'eau chaude, but de la randonnée. London prévient sa grosse qui est enceinte, met la canadienne dans le coffre et zou, en avant les histoires...
Bon. Les deux potes ont bien changé. Un a semi-réussi, l'autre pas. Un est tranquilou memez trah pareil le même, "normal" quoi, et l'autre est un semi-clodo. Je passe sur l'immonde émission de
radio en son-on puis off, dans la première partie et la fin du voyage, où on entend une libre antenne sur les problèmes économiques américains. Et hop, un petit coup de louche sociale pour amener
une poésie justificatrice à l’ensemble du film qui, vous l'avez compris ne parle pas du tout d'économie. Coude, coude, cligne, cligne, tu as vu, hein, hein, en loucedé, cligne, cligne, je dis
sans le dire, que si ça se passe comme ça en amitié, c'est qu'il y a des raisons, cligne, cligne, comme si le pays allait mal, cligne. Très discret. OLD JOY est un road movie tranquilou et un peu
amer sur le temps qui est assassin et emporte avec lui le rire des enfants. Why not? Bon, au bout de dix minutes de ce film court, on se dit que ces deux mecs là, sont les moins charismatiques,
pétillants et rigolos de la Terre. Pourquoi pas après tout, ça change des petits smarts.Retour vers le futur, mais aussi retour à la nature. On se perd, on prend le mauvais chemin, enfin à
moitié, car on n’était pas loin quand même. Et on essaie de comprendre ce petit gars marginal et azimuté mollement qui était jadis ton meilleur pote. Pas facile de communiquer avec un gars qui a
manqué une marche sociale et sans doute mentale.
Et puis... Et puis, c'est tout! Pour le reste, il n'y a rien. Le cadrage n’est vraiment pas beau, et le montage sans aucune espèce d'intérêt, les deux se reposant uniquement sur la musique du groupe YO LA TENGO dont on se dit que c'était quand même mieux quand il composait pour Hal Hartley dans les années 90. Les plans se succèdent sans logique( sinon scnéaristique): caméra subjective sur les paysage dans la nature, sur la route, sur la cime des arbres, sur le "diner" où on va manger une tranche de bacon avec des flageolets. Comme le film raconte à peu près autant de chose qu'un court-métrage français de festival, bah.... On s'ennuie, bon sang. Qu'est-ce qu'on s'ennuie! Les deux plats de nouilles qui jouent dans le truc sont abominables de neutralité. Alors, il y aura toujours quelqu'un pour me dire que oui, tout ça, c'est dans la sous-jace que ça se glose. Ha ça oui, ce n’est pas au premier plan que ça se joue, sinon ça remuerait un peu plus. A force de vouloir cacher et de ne pas nommer les choses, la Reichardt qui n'est pas très forte question esthétique et grammaire cinématographique, finit par ne plus rien cacher du tout... puisque son film se vide de toute substance à mesure qu'il avance. La pauvreté esthétique de la chose y est pour beaucoup. Si encore il y avait un peu de cadrage, un peu de montage... Misère.... Rarement donc on avait eu, la sensation que le film était ce qu'il y avait de plus proche de la neutralité et de la transparence. Même pas drôle ou arrogant comme 10.000... Rien.
Evidement, la grosse nous réserve quand même un "climax", la fameuse scène à la source, encore plus mal cadrée et plus morne que les autres mais pendant laquelle on soulève une demie-paupière
engourdie pour voir ce qui se passe. Et là, on comprend. Tout ça pour ça... Je vous laisse découvrir ça, mais disons que la sous-tension gay du film, qui arrive un peu comme un
éléphant mettant les patins pour faire mine qu'on ne l'a pas vu, est tellement... Comment dire? C’est extrêmement maladroit, très splendouillet, et presque caricatural, et allez, on peut le
dire, tellement nunuche que ça en deviendrait drôle de maladresse. Mais en même temps, comme la fille n'a rien foutu pendant une heure, on se dit qu tout cela est bien opportuniste: évidement
que, de loin, ça ait l'air de fonctionner, cette espèce d'allusion tractopellique, évidement, puisque que pendant 60 minutes, et croyez-moi c'est long, il ne se passe rien! Donc, on chaussant les
gros sabots, Reichardt donne l'impression qu'un subtil parfum est dans l'air, qu'il y a une drôle d'odeur dans la cuisine. Mouais. Un petit coup de social par là-dessus et hop, générique. Il ne
s'est rien passé. Rien. Là aussi, j'ai envie de disparaître dans le cosmos.
Pour la petite histoire, OLD JOY, ce film anonymissime, a excellente réputation, est passé dans 12,000 festivals, et c'est produit par Todd Haynes! Rires. A moins que vous ne soyez boulimique, ou que vous tentiez de voir le plus de films possibles en un an, je déconseille fortement cette vaste supercherie. Regardez fixement la tapisserie de votre salon en mettant un disque de votre choix sur la platine vinyle, et vous aurez sans doute moins l'impression de vous ennuyer et plus l'impression de regarder un film qu'en regardant OLD JOY. Allez hop, dehors les clowns. Au suivant!
Et maintenant, quelque chose de complètement différent. Figurez-vous, Madame Boulic, que j'ai une amie assez cinéphile qui refuse obstinément, même dans la simple idée, de voir un film de collège! C'est très fâcheux, et à vrai dire je ne comprends pas cette méfiance. Volonté de ne voir que des chefs-d'oeuvre galactiques? Assimilation du genre à AMERICAN PIE, pas très finaud mais pas infamant non plus du reste? Je ne sais. En tout cas, c'est bien dommage, car le genre, comme l'a bien dit le docteur Devo, "est sans doute le seul qui parle d'amour, de flirt, de sexe, de désir et de couple de manière un peu adulte, dans le champ des films populaires".
Le docteur veut qu'on parle de temps en temps de films de collège et donc, j'en choisis un au hasard dans le bac d'une trocante, et pour 1.99 euros je tombe sur BOYS AND GIRLS de Robert Iscove dont le nom me disait quelque chose. Et pour cause, c'était le réalisateur de ELLE EST TROP BIEN, film de collège également (sur une base classique: un fille moche sort avec le plus beau gars du lycée à la suite d'un pari et devient super jolie!) qui est souvent sujet de plaisanterie avec le Marquis, car ça n'était pas sensationnel, ce film. [Bien qu'on y joue à LaCrosse ce qui lui vaut une place au paradis, direk', comme disait feu mon ami Gérard... Tout les films avec des scènes de LaCrosse sont bons! Voilà, c'est dit.]
A l'âge de douze ans, Freddie Prinze Jr (acteur très improbable qui jouait déjà dans ELLE EST TROP BIEN, mais je ne vois comment il peut-être l'acteur fétiche de quelqu'un, c'est bizarre, et j'y reviens), rencontre dans un avion une fille de son age, Claire Forlani. Ils papotent. Au bout de 20 secondes, Forlani avoue que c'est le jour de ses premières règles!!!! [Bon dieu, que c'était drôle cette scène! Les américains sont vraiment forts... et assez délicats en plus!] Puis les deux s'engagent dans une conversation sur la nécessité d'aller de l'avant et de refaire sa vie, opposé à la fidélité du pacte moral qu'est le mariage! Punaise, me suis-je dit, ça commence fort! C'est drôle, c'est bien joué, et en plus le sujet de cette conversation de départ est vraiment passionnant, entre John Hugues et LA PRINCESSE DE CLEVES ce que je dis sans rire, ben sûr. Au fil des ans, et malgré les changements de lycées ou de facs, les deux vont se retrouver tout le temps dans le même établissement scolaire. Ils finissent par devenir très bons amis, malgré leurs grandes différences, et même des confidents. Prinze est très attaché à la morale (de manière pas idiote d'ailleurs), est très prévoyant, et essaie d'avoir le maximum de contrôles sur les événements, même si c'est quelqu'un d'assez drôle. Claire Forlani, elle, est plus bohême, gère ses amours et sa vie au jour le jour, un peu en dérapage contrôlé, accepte els accidents et les improvisations de dernières minutes. Lui, c'est un minet plutôt beau gosse et un peu old school. Elle, c'est une jeune fille décontractée, drôle, sexy, et même sexuellement active. Les deux devraient sans doute sortir ensemble! Mais non! Et évidemment, la question va finir par se poser. Et le sexe va mettre la zizanie dans tout ça, non pas en inversant complètement les rôles, mais en mettant les deux personnalités sous un autre jour.
A l'image de la première scène dans l'avion, BOYS AND GIRLS tire sa force de son écriture. Si la structure suit les canons du genre collège, les thèmes abordés par nos tourtereaux potentiels, et surtout le développement assez subtils des dialogues entraînent le film sur des thématiques plus entremêlées et qui, une fois combinées, mettent le doigt sur quelques belles choses, assez justes et malicieuses. Un paquet de sous-thèmes vraiment intéressant sont abordés de manière frontale: l'identité affective (suis-je moi quand je séduis), l'identité tout court, l'engagement, la liberté du corps, la difficulté insurmontable de trouver un kindred spirit sympa et amusant, etc... Il y a de belles choses dans ses thèmes abordés de biais. Je pense notamment à certaines conversations très bien jouées d'ailleurs, entre Prinze et Jason Biggs (le héros d'AMERICAN PIE justement, ici en loufoque de service, pas mauvais du tout comme d'habitude). Ce thème de l'identité et des principes est très anglo-saxon, et on se retrouve dans une écriture entre la tradition sitcomienne et la structure de la littérature anglaise. Identité, fausse identité, promesse du serment... Shakespeare quoi! Même sans plaisanter, les dialogues sont en général très bien écrits et subtils, assez largement au-dessus de la moyenne des films de collège, et très au dessus de la moyenne tout court. Bien.
Signalons une superbe idée de scénario et de dialogues, dans la scène du restaurant où Claire Forlani à une grosse tirade, sur le thème drôle et désespérant suivant: "A quoi bon aller au charbon
de l'Amour, quand on n'est pas sûr, une seule seconde, que l'histoire mène quelque part, sinon à l'échec?", le tout dit devant une assemblée d'étudiants en pleines "dates"! La scène se retourne
bien, comme une crêpe: en ne réagissant pas, les clients du restaurant révèlent la solitude intrinsèque de Forlani, aussi belle et up-to-date soit-elle. C'est la peur d'être un pot sans
couvercle, comme dirait notre ami Bernard RAPP, la peur de n'être (trop) bien pour personne. Subtil, j'aime bien, même si la dite scène est un peu minorée par le jeu trop ouvert de Forlani,
actrice très sûre d'elle, qui en rajoute un peu beaucoup dans le minauderie par endroit. [Ça reste très supportable.]
La réalisation est très soignée. L'échelle de plan est plutôt aérée. Quelques mouvements d'appareils sont même réalisés avec goût. Ca cadre, et la photo ne fait jamais pitié. Ce n’est pas du
Ronsard, mais c'est du bel ouvrage, avec de temps en temps un petit plan vraiment pas mal du tout. [Je pense à ce plan où Forlani grimpe des escaliers à la fac pour rejoindre Prinze sur une
esplanade. très beau mouvement de caméra en plongée.] Bref, même ici, dans la série la plus balisée, la réalisation est très supérieure à 96,54% des films que nous voyons, pourcentage dans lequel
j'inclue bien sûr, les films européens, notamment art et essai.
Comme dit le Marquis, ça se gâte, hélas, dans le dernier segment, la dernière demi-heure même, comme c'est souvent le cas dans les films de collège ou assimilés. Alors que le film tend clairement
vers la question du sexe dans l'amitié, une fois l'épreuve passée et la chose consommée, Iscove et ses scénaristes ont bien du mal à embrayer. Plutôt que de creuser plus loin les jolis paradoxes
qu'ils avaient semés, ils préfèrent se reposer sur le genre et sa structure, avec une simple résolution de malentendu! Il fallait faire le contraire, et là c'est rageant car on a l'impression que
Iscove avait fait le plus dur. Toujours est-il qu'il se refuse d'inventer une forme qui sied à son propos. Le dialogue devient pâteux, plus lourd. Le film s'enlise et de sentimental devient
presque romantique, grave erreur, surtout de la part d'un film qui avait jusque là été bien subtil. Bref, on passe du bon film de collège très bien écrit, au simple juliarobertsime pour
adulescents feignasses. Les enjeux sont alors énormément balisés, vidés de tout suspens et surtout de toute passion ou paradoxe: les personnages n'ont plus le choix (alors que c'est quand même un
des sujets du film!), n'inventent plus la vie qui leur sied pour courrir dare-dare dans le schéma petit-bourgeois du couple. Ca sent la Safrane, comme dirait Mek-Ouyes! Bref, Iscove est bien
traître et faux-derche avec ses personnages qu'ils abandonnent cyniquement dans les clichés les plus attendus. Ils se transforment évidement en marionnettes. Le film se déroule sans pédaler.
Bref, on s'ennuie et on redescend non pas d'un étage, mais d'une bonne demi-douzaine. Les acteurs, du coup non plus rien à faire, et s'ennuient. Même si c'est un classique défaut du collège
movie, la chose ici parait presque retourner d'un remontage ou d’un refilmage a posteriori. Etrange... En tout cas, quelle déception, même s'il reste une très chouette première partie, et même
une bonne heure. C'est sinon plutôt bien joué. Freddie Prinze Jr est presque attachant, bien moins mollusque que dans ELLE EST TROP BIEN. Je ne sais pas si j'aurais choisi Claire Forlani qui
semble un peu en-dessous de ce qu'elle peut faire, pas assez timide peut-être. Mais ceci dit, elle a de bons moments. Jason Biggs est très bien. Et on croise même Alyson Hannigan, formidable
actrice découverte dans AMERICAN PIE et qui fait un très bon travail en ce moment sur la subtile sitcom HOW I MET YOUR MOTHER. Amanda Detmer est pas mal. et puis, en pas oublier cette
splendouillette scène de danse qui a du prendre des jours à mettre en place, et qui est complètement débilosse et réjouissante, et qui se finit dans le "liquide"! Si les gens dansaient comme ça
dans la vraie vie, alors oui, ça vaudrait le coup de s'y remettre.
Bon, ben voilà, j'ai fini de bosser moi. Je vais aller me balader. Fumer une clope. Boire un petit jus de pamplemousse. Un petit apéro à 19 heures. Peut-être un petit film...
Mr Mort.
[Photo: "Evil Dwarf" par Dr Devo]
Oh mon dieu! Retournons vite dans la vallée des films absurdes! Le Docteur Devo s'enfonce dans la jungle de la
création, me demandant de garder la boutique tant bien que mal. J'essaie, j'essaie, mais ce n'est pas facile...
Et surtout cette semaine. Comme le disait le Docteur il y a un mois et demi, "on ouvre une sublime période de sorties en salles qui se finira en beauté peut-être par DARJEELING LIMITED", et il n'avait pas tort, l'animal. Mais vous le savez, les abysses ne me font pas peur... Je retournais dans la toilette zone avec le sentiment, comme dirait Mek-Ouyes, de faire mon devoir et aussi, simplement, mon travail de la manière la plus juste possible.
Il y avait une fois, ou il y aurait, ou je ne sais pas trop, on pourrait dire avec l'accent belge, il y a, une
fois, cette infirmière dans la trentaine jeune, française d'origine maghrébine, et qui, à Toulon, passe de maison en maison pour donner des soins, vu qu'elle est infirmière libéraaaaaale, comme
disait feu Georges Marchais. Le hasard la fait soigner une vieille dame juive, d'origine algérienne comme elle, assez difficile et on la comprend: elle est clouée dans un fauteuil roulant! Quand
cette vieille dame fait enrager l'auxiliaire de vie qui lui tient compagnie la journée, notre héroïne, l'infirmière libérale, propose sa maman pour la remplacer, [l'auxiliaire de vie... Comment
ça c'est pas clair?], puisque après tout les deux vieilles dames sont algériennes et de la même région en plus. Mais entre la dame juive et la dame arabe, ben c'est pas facile tous les jours, car
même en France, loin, loin, loin des problèmes du Moyen-Orient, beaucoup de ressenti fait surface. Une amitié houleuse se crée quand même...
Oui, oui, oui. Bon. Il ne faut jamais refusé de voir un film en projection de presse. C'est toujours assez drôle. Mais l'humour justifie-t-il tout? En tout cas, je me souviens clairement du
visionnage du film. On était peu nombreux. Ma voisine la plus proche, une grande giguasse comme dirait le docteur (ce qui veut dire une fille de plus de 1.76m), resta impassible pendant toute la
séance, mais portait un parfum assez agréable et une cuche tout à fait issue de l'année 1987, malgré son jeune âge. Elle tortillait son chewing-gum avec son doigt, directement dans la bouche,
chewing-gum qu'elle étirait parfois ostensiblement en un ou plusieurs longs filets. C'était charmant et témoignait de sa réelle concentration. Moins sympathique déjà, un autre journaliste
travaillant pour un gros tirage, et qui lui s'installe dans les tous premiers rangs. Première erreur. S'il gagne en sentiment d'immersion (et est-ce vraiment nécessaire ou souhaitable?), il se
prive forcément du cadrage et donc du montage, ce qui, d'ailleurs, explique bien des choses. Avant que la projection ne commence, et après avoir échanger une poignée de mains courtoise ("Mr Mort,
Matière Focale, enchanté!"), il sort son petit cahier et son crayon, car monsieur prend des notes pendant la projection! Rires! Ha bah, il vont être beaux les articles: pas de cadrage, pas de
montage, et pas de vrai jeu de spectateur, de l'analyse à trois francs six sous en direct, L’article quasiment prêt dés le générique! La classe!
Et le film, sinon? Bah, comme disait Brigitte Fontaine, "y'a pas de mystèèèère!" Ha, le joli film à thèse! Surmontons nos différences et nos clivages. Oublions que nous faisons partie d'une
communauté, et le monde ira mieux si on se tient la main, même si, personnellement et cet avis n'engage que moi, on pourrait se tenir autre chose pour de bien meilleurs résultats. Passons. On
aura compris qu’on n’est absolument pas dans une optique de type MANDERLAY, grand film cynique et dégoûtant je vous le rappelle, du moins pour beaucoup, parce qu'ici
on aime énormément. Pas d'ambiguïté, pas de méchanceté, juste des fâcheries, soit rien qu'une bonne petite comédie mélodramatique que trois actes ne saurait résoudre. DANS LA VIE est le film
parfait pour une soirée théma sur Arteux. Côté cinéma, on n’apprend pas grand chose non plus. Ce qui est très agréable c'est la durée, et je le dis sans cynisme, très courte (1h13), et la
vraie sobriété de forme de l'ensemble. Les scènes sont courtes, ça ne larmiche pas à tout les coins de photogramme, malgré le sujet. Bon point. Ajoutez à cela un casting non-pro, aux accents très
vaguement rohmerien. Ca change. Du côté de la mise en scène, bah, ouais, c'est sûr, c'est une façon de faire... Cadrages ni laids ni beaux qui ont l'excellent mérite de montrer les acteurs dans
le plan! Sons audibles! C'est tout. Le montage, c'est l'affaire du séquençage prévu par le scénario. Et hop. Echelle de plans, connais pas. Photo, non merci, on voit bien, c'est déjà ça. Par
contre, des idées symboliques, il y en a, en veux-tu, en revoilà! Voilà qui n'est pas infamant non plus, dans le sens où celles-ci sont amoindries par la sobriété relative globale de la chose.
L'impression de gentille sécheresse sauve tout juste le film de la leçon de chose, ou de la démonstration lacrymo-pastorale. DANS LA VIE est un film de modeste, ce qui change un peu dans le
paysage du "film à thèse" ou du film "dossiers de l'écran". Mais à part ça, rien. Rien du tout. Rien. Des acteurs qui bougent, des sons, des images enregistrées sur support vidéo. A quelques
points près (le boy-friend de l'infirmière est noir, bien sûr, et on a encore le droit à une scène sur la musique qui réunit les peuples, alors que dans la vie réelle, c'est sans doute le
contraire), rien de bien méchant n'apparaît dans le film. C'est gentil, c'est simple, ce n’est pas arrogant. Par contre, il n'y a pas de cinéma non plus, ce qui est fort fâcheux. Bref, du travail
d'artisan convaincu, c'est à dire sans aucune espèce d'intérêt, sans aucun rythme, sans aucune personnalité. On m'aurait obligé sous la torture à écrire et réaliser un film sur le sujet que
j'aurais pondu exactement la même chose, peut-être éventuellement avec une histoire de sida qui trainasse, éventuellement pour un personnage homosexuel! DANS LA VIE est juste un non-film de plus.
C'est également un très beau disque, une superbe tapisserie et une merveilleuse belle boule-à-neige. C’est peut-être aussi une randonnée en raquettes ou un opéra (après tout, il y a de la
musique!). Tiens, j’ai déjà oublié le film. Tiens je suis où, là, en fait? Et vous, vous êtes qui? Comment je m'appelle déjà? Mais qu'est-ce que je fais dans cette maison? C'est quoi cette ville?
Pourquoi je suis tout nu en plein milieu de cette rue avec mon slip sur la tête? Tiens mon corps disparaît! Je me dissous... Je me transforme en oxygène, je non-suis. Je... Non!
Dans le même genre, mais aux statesses et à l'autre bout du spectre, il y a un film qui ressemble beaucoup à DANS
LA VIE: 10.000 de Roland Emmerich.
Si j'ai bien compris, ça se passe ou dans un futur bizarre ou dans la préhistoire. Raconté en voix-off par Omar Sharif, c'est son dada ce genre de truc, 10.000 nous raconte la légende de Bidule,
homme préhistorique qui lancera son village et le monde vers une destinée meilleure. Une vielle prêtresse shamanique, une belle fille au maquillage sublime et aux yeux clairs, de l'action, de
l'amour, de l'oppression, et hop, c'est dans la marmite.
Là non plus, il n'y a pas grand chose à dire. La première partie, dans les montagnes est assez rigolote, car on voit assez bien les scories du tournage sur fond vert, alors même qu le film nous
vante les étendues sauvages. Après, c'est moins passionnant. La synthèse déboule à fond de train, ce qui a le mérite nous faire découvrir un bestiaire très splendouillet: autruchosaures,
tigrosaures, éléphantosaures, et pour finir dans la dernière partie de très vicieux bouddhistes égyptiens qui soumettent le peuple dans une théocratie de rigueur, mollement violente, à l'image de
cette scène de sacrifice, sans doute la plus banale du Monde. "Si vous continuez à vous révolter, j'en sacrifie un au hasard." Tout le monde tremble et hop, un innocent est balancé du haut de la
pyramide. Lance, wizzzzz, plouf! Il tombe huit mètres plus bas, c'est tout, basta. Ca valait bien le coup de faire une pyramide de synthèse de 500 kilomètres de haut. En un sens, c'est là
aussi rohmerien. Sinon, je me souviens plus très bien du film. En même temps, voilà déjà douze heures que je l'ai vu. Ma voisine n'avait pas de parfum. Pendant ce temps, alors Emmerich
s'évertuait à ne pas faire du cinéma, j'ai moi aussi profité de l'occasion pour faire plein de trucs (dans ma tête): liste des courses, préparation du linge pour une visite prochaine à la
laverie, envoie du loyer au proprio, et trois paquets de clopes virtuelles fumées. Je n'ai pas perdu mon temps. Ha si, quand même, il faut signaler les acteurs tous absolument et sublimement
nuls, le héros en tête, tout droit sorti des spots de surf de Santa Monica! Là aussi, le film de Emmerich est un très beau panini trois fromages, et un non moins superbe service à thé. Il existe
mais en même temps, complètement pas du tout. Et, en plus, DANS LA VIE et 10.000 ont énormément de points communs. Paragraphe suivant, s'il vous plait...
Car, qu'apprend-on de ces histoires? D'abord que la violence et les préjugés, c'est moche. Ensuite, si on se faisait des bisous et des caresses, et éventuellement, si on en avait encore une de libre, si on se tenait la main, le Monde irait vers plus de civilisation, plus de progrès et plus d'amour. En même temps, je pose la question: on se caresse ou on se tient la main pour faire la farandole de la paix? Faudrait savoir... On sait désormais aussi que les clans divisent les peuples, que la découverte de l'autre, c'est dur mais c'est possible, et qu'à la fin, quand toutes nos différences se mêleront en un ensemble géant où nous aurons perdu toute personnalité, on sera heureux (avec notre ipod). En somme, perdons notre individualité et notre caractère pour devenir une masse uniforme MAIS fraternelle où nous serons tous nos semblables et réciproquement, enfin débarrassés de tous les enjeux emmerdants, anxiogènes et potentiellement violents d'une vie à plusieurs choix possibles. Premières étapes à respecter dans le processus: arrêtons l'humour et surtout ignorons les bases grammaticales de l'expression poétique. CQFD. Puis, comme dans SOCIETY, excellent film, fusionnons dans un grand esprit de confraternité. Pardon, de confrérie! Si on mélangeait tous les shamallows du monde dans une grande poêle, on serait tous unis.
Une bien belle leçon de vie! Un message d'espoir pour l'avenir!
Bisous barbus! Je vous caresse!
Mr Mort.

[de gauche à droite: Sharon Stone, Elijah Wood, Demi Moore, Emilio Estevez (hors-champ)]
Photographie par Mek-Ouyes.

[Photo: "C'est pas moi qui répondra" par Dr Devo d'après une image du film A BORD DU DARJEELING LIMITED]
Docteur Devo présentera le film au cinéma Majestic de Lille ce lundi 17 mars, à 19h15. Il y a encore des places à gagner pour vous, lecteurs de Matière Focale (cliquez ici). Pour les autres, rendez-vous mercredi prochain.
Dr Devo.

[Photo: "Bonjour, c'est Phil Collins..."]
Photographie par Mek-Ouyes.

[Photo: "You know you may not drive a car" par Dr Devo, d'après une photo de la critique de cinéma Antonia Quirke.]
Ha, comme disait le poète, "rions un peu en attendant la mort", la cinémort en l'occurrence dont je suis l'ardant défenseur, vous le savez. Et ne commencez jamais un article par "ha" ou par "ho", ça fait désinvolte! La vraie critique, ce n'est pas ça.
A quoi reconnaît-on un critique professionnel de... De moi par exemple? C'est très simple, le Libération de ce mercredi 12 Mars vous donne une sublime réponse. L’article est long puisqu'il fait les deux tiers de la page, et en même temps assez court, si on considère que la photo de la solaire et sublime et je l'aime Tilda Swinton occupe à peu près la même place que le texte. Déjà c'est curieux. Comparez avec Matière Focale. Nous aussi on adore les photos, d'ailleurs, ils sont ou moins quatre à en faire sur ce site, et de la création en plus! Vous remarquerez leurs tailles raisonnables, malgré l'absence de contrainte de taille. Je passe. Alors la dernière moitié de l'article, c'est simple, le p'tit gars nous raconte l'histoire. Rires. La première moitié de l'article est divisée en deux. Dans le premier quart, on parlera de Erick Zonca le réalisateur de JULIA, malheureux film critiqué. Mais qu'est-ce qui lui est arrivé pour qu'il produise si peu, l'ami Zonca? Evidement, notre professionnel ne répond pas à la question, allant même, tenez-vous bien, suggérer la paresse de l'auteur! C'est cocasse.
Dans le second quart, c'est beaucoup plus cocasse, puisque le journaliste accrédité parle de l'accueil du film à Cannes, ce qui vous l'avouerez est quand même passionnant! Alors oui, oui, Cassavetes, oui, Gena Rowlands, oui et non, enfin si mais pas vraiment, vous comprenez? Je serais tenter de dire non, et de me dire que le petit gars, il a lu le dossier de presse où je suis sûr, moi qui ne l'ai pas ouvert, on parle de Cassavetes. En tout cas, dans ce paragraphe là non plus, on ne parle pas du film, et on ne dit rien sur Cassavetes non plus, puisque la conclusion de ce paragraphe est: "oui, oui, ok, Cassavetes, ok, mais en même temps, non c'est pas du tout Cassavetes, d'ailleurs ça n'a pas réellement d'importance". Donc voilà un article très long, où on ne dit rien sur le film, sinon raconter son histoire. Le gars a-t-il aimé le film? Ou pas? C'était long ou court? Ca avait quel rythme? La photo était jolie? C'était bien joué? C'est plutôt haletant ou glauque? C'est rigolo ou dramatique? Oui mais non, enfin bon, faut le dire vite, ça dépend des montures comme disait le décidément visionnaire poète Richard Gotainer dans une des chansons de lui que je préfère.
Avouez que la vie est bien faite... Je vous embrasse.
[Photo: "...qui rendait, parait-il, heureux le genre humain." par Bertrand et Dr Devo.]

[de gauche à droite: Road To Nowhere, Jump (They Say), Bitter Dregs]
Photographie par Mek-Ouyes.

[Photo: "Memories Can't Wait" par Dr Devo.]