[de gauche à droite: un jeu de mot érotique se cache dans cette photo, sauras-tu le reconnaitre?]







Photographie par Mek-Ouyes.






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Dimanche 30 mars 2008

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[de gauche à droite: Dieu en trois personnes...]









Photographie par Mek-Ouyes.






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Mercredi 26 mars 2008

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[Photo: "No More PLAY, pour le pire et le meilleur..." par Dr Devo, d'après une photo du cinéaste Anthony Minghella]

En fait, ça arrive de temps en temps, quand les astres sont alignés. On regarde un film, et là, c'est le choc: il ne se passe rien. Ce n’est même pas nullissime, ce n’est pas grandiose: ce n'est rien. Et dans ces cas-là, on se dit vraiment que le cinéma est quand même chronophage. Une heure et demi à attendre dans la salle des pas perdus (pour tout le monde!) de la gare en sachant qu'on montera même pas dans le train, parce qu'on n'a pas acheté de ticket et que de toute façon on a laissé son porte-monnaie à la maison, et bien c'est long. En une heure et demi, on en a du temps pour faire des choses finalement!

 

 

OLD JOY, réalisé par Kelly Reichardt qu'on ne confondra pas avec Richard Kelly le jeune réalisateur du sublime DONNIE DARKO, notamment parce qu'elle est une femme, et lui un homme mais vous allez voir, pas seulement pour ça, raconte les retrouvailles un peu par hasard de Daniel London, bientôt père de famille, et Will Oldham (oui, le chanteur-compositeur folk, connu aussi sous le nom Bonnie Prince Billy), un mec un peu marginal, sans doute en galère, et gros fumeur de pétard. Et incroyablement barbu! Les deux anciens copains de high school ne se sont pas vu depuis longtemps, et se rencontrent donc à l'improviste. Oldham propose à London d'aller se ballader  24 heures dans les montagnes avoisinantes pour trouver une source d'eau chaude, but de la randonnée. London prévient sa grosse qui est enceinte, met la canadienne dans le coffre et zou, en avant les histoires...



Bon. Les deux potes ont bien changé. Un a semi-réussi, l'autre pas. Un est tranquilou memez trah pareil le même, "normal" quoi, et l'autre est un semi-clodo. Je passe sur l'immonde émission de radio en son-on puis off, dans la première partie et la fin du voyage, où on entend une libre antenne sur les problèmes économiques américains. Et hop, un petit coup de louche sociale pour amener une poésie justificatrice à l’ensemble du film qui, vous l'avez compris ne parle pas du tout d'économie. Coude, coude, cligne, cligne, tu as vu, hein, hein, en loucedé, cligne, cligne, je dis sans le dire, que si ça se passe comme ça en amitié, c'est qu'il y a des raisons, cligne, cligne, comme si le pays allait mal, cligne. Très discret. OLD JOY est un road movie tranquilou et un peu amer sur le temps qui est assassin et emporte avec lui le rire des enfants. Why not? Bon, au bout de dix minutes de ce film court, on se dit que ces deux mecs là, sont les moins charismatiques, pétillants et rigolos de la Terre. Pourquoi pas après tout, ça change des petits smarts.Retour vers le futur, mais aussi retour à la nature. On se perd, on prend le mauvais chemin, enfin à moitié, car on n’était pas loin quand même. Et on essaie de comprendre ce petit gars marginal et azimuté mollement qui était jadis ton meilleur pote. Pas facile de communiquer avec un gars qui a manqué une marche sociale et sans doute mentale.

 

 

 

Et puis... Et puis, c'est tout! Pour le reste, il n'y a rien. Le cadrage n’est vraiment pas beau, et le montage sans aucune espèce d'intérêt, les deux se reposant uniquement sur la musique du groupe YO LA TENGO dont on se dit que c'était quand même mieux quand il composait pour Hal Hartley dans les années 90. Les plans se succèdent sans logique( sinon scnéaristique): caméra subjective sur les paysage dans la nature, sur la route, sur la cime des arbres, sur le "diner" où on va manger une tranche de bacon avec des flageolets. Comme le film raconte à peu près autant de chose qu'un court-métrage français de festival, bah.... On s'ennuie, bon sang. Qu'est-ce qu'on s'ennuie! Les deux plats de nouilles qui jouent dans le truc sont abominables de neutralité. Alors, il y aura toujours quelqu'un pour me dire que oui, tout ça, c'est dans la sous-jace que ça se glose. Ha ça oui, ce n’est pas au premier plan que ça se joue, sinon ça remuerait un peu plus. A force de vouloir cacher et de ne pas nommer les choses, la Reichardt qui n'est pas très forte question esthétique et grammaire cinématographique, finit par ne plus rien cacher du tout... puisque son film se vide de toute substance à mesure qu'il avance. La pauvreté esthétique de la chose y est pour beaucoup. Si encore il y avait un peu de cadrage, un peu de montage... Misère.... Rarement donc on avait eu, la sensation que le film était ce qu'il y avait de plus proche de la neutralité et de la transparence. Même pas drôle ou arrogant comme 10.000... Rien.

 


Evidement, la grosse nous réserve quand même un "climax", la fameuse scène à la source, encore plus mal cadrée et plus morne que les autres mais pendant laquelle on soulève une demie-paupière engourdie pour voir ce qui se passe. Et là, on comprend. Tout ça pour ça... Je vous laisse découvrir ça, mais disons que la sous-tension gay du film, qui arrive un peu comme un éléphant mettant les patins pour faire mine qu'on ne l'a pas vu, est tellement... Comment dire? C’est extrêmement maladroit, très splendouillet, et presque caricatural, et allez, on peut le dire, tellement nunuche que ça en deviendrait drôle de maladresse. Mais en même temps, comme la fille n'a rien foutu pendant une heure, on se dit qu tout cela est bien opportuniste: évidement que, de loin, ça ait l'air de fonctionner, cette espèce d'allusion tractopellique, évidement, puisque que pendant 60 minutes, et croyez-moi c'est long, il ne se passe rien! Donc, on chaussant les gros sabots, Reichardt donne l'impression qu'un subtil parfum est dans l'air, qu'il y a une drôle d'odeur dans la cuisine. Mouais. Un petit coup de social par là-dessus et hop, générique. Il ne s'est rien passé. Rien. Là aussi, j'ai envie de disparaître dans le cosmos.

 

 

Pour la petite histoire, OLD JOY, ce film anonymissime, a excellente réputation, est passé dans 12,000 festivals, et c'est produit par Todd Haynes! Rires. A moins que vous ne soyez boulimique, ou que vous tentiez de voir le plus de films possibles en un an, je déconseille fortement cette vaste supercherie. Regardez fixement la tapisserie de votre salon en mettant un disque de votre choix sur la platine vinyle, et vous aurez sans doute moins l'impression de vous ennuyer et plus l'impression de regarder un film qu'en regardant OLD JOY. Allez hop, dehors les clowns. Au suivant!

 

 

 

 


 

Et maintenant, quelque chose de complètement différent. Figurez-vous, Madame Boulic, que j'ai une amie assez cinéphile qui refuse obstinément, même dans la simple idée, de voir un film de collège! C'est très fâcheux, et à vrai dire je ne comprends pas cette méfiance. Volonté de ne voir que des chefs-d'oeuvre galactiques? Assimilation du genre à AMERICAN PIE, pas très finaud mais pas infamant non plus du reste? Je ne sais. En tout cas, c'est bien dommage, car le genre, comme l'a bien dit le docteur Devo, "est sans doute le seul qui parle d'amour, de flirt, de sexe, de désir et de couple de manière un peu adulte, dans le champ des films populaires".

 

Le docteur veut qu'on parle de temps en temps de films de collège et donc, j'en choisis un au hasard dans le bac d'une trocante, et pour 1.99 euros je tombe sur BOYS AND GIRLS de Robert Iscove dont le nom me disait quelque chose. Et pour cause, c'était le réalisateur de ELLE EST TROP BIEN, film de collège également (sur une base classique: un fille moche sort avec le plus beau gars du lycée à la suite d'un pari et devient super jolie!) qui est souvent sujet de plaisanterie avec le Marquis, car ça n'était pas sensationnel, ce film. [Bien qu'on y joue à LaCrosse ce qui lui vaut une place au paradis, direk', comme disait feu mon ami Gérard... Tout les films avec des scènes de LaCrosse sont bons! Voilà, c'est dit.]

 

A l'âge de douze ans, Freddie Prinze Jr (acteur très improbable qui jouait déjà dans ELLE EST TROP BIEN, mais je ne vois comment il peut-être l'acteur fétiche de quelqu'un, c'est bizarre, et j'y reviens), rencontre dans un avion une fille de son age, Claire Forlani. Ils papotent. Au bout de 20 secondes, Forlani avoue que c'est le jour de ses premières règles!!!! [Bon dieu, que c'était drôle cette scène! Les américains sont vraiment forts... et assez délicats en plus!] Puis les deux s'engagent dans une conversation sur la nécessité d'aller de l'avant et de refaire sa vie, opposé à la fidélité du pacte moral qu'est le mariage! Punaise, me suis-je dit, ça commence fort! C'est drôle, c'est bien joué, et en plus le sujet de cette conversation de départ est vraiment passionnant, entre John Hugues et LA PRINCESSE DE CLEVES ce que je dis sans rire, ben sûr. Au fil des ans, et malgré les changements de lycées ou de facs, les deux vont se retrouver tout le temps dans le même établissement scolaire. Ils finissent par devenir très bons amis, malgré leurs grandes différences, et même des confidents. Prinze est très attaché à la morale (de manière pas idiote d'ailleurs), est très prévoyant, et essaie d'avoir le maximum de contrôles sur les événements, même si c'est quelqu'un d'assez drôle. Claire Forlani, elle, est plus bohême, gère ses amours et sa vie au jour le jour, un peu en dérapage contrôlé, accepte els accidents et les improvisations de dernières minutes. Lui, c'est un minet plutôt beau gosse et un peu old school. Elle, c'est une jeune fille décontractée, drôle, sexy, et même sexuellement active. Les deux devraient sans doute sortir ensemble! Mais non! Et évidemment, la question va finir par se poser. Et le sexe va mettre la zizanie dans tout ça, non pas en inversant complètement les rôles, mais en mettant les deux personnalités sous un autre jour.

 

 

A l'image de la première scène dans l'avion, BOYS AND GIRLS tire sa force de son écriture. Si la structure suit les canons du genre collège, les thèmes abordés par nos tourtereaux potentiels, et surtout le développement assez subtils des dialogues entraînent le film sur des thématiques plus entremêlées et qui, une fois combinées, mettent le doigt sur quelques belles choses, assez justes et malicieuses. Un paquet de sous-thèmes vraiment intéressant sont abordés de manière frontale: l'identité affective (suis-je moi quand je séduis), l'identité tout court, l'engagement, la liberté du corps, la difficulté insurmontable de trouver un kindred spirit sympa et amusant, etc... Il y a de belles choses dans ses thèmes abordés de biais. Je pense notamment à certaines conversations très bien jouées d'ailleurs, entre Prinze et Jason Biggs (le héros d'AMERICAN PIE justement, ici en loufoque de service, pas mauvais du tout comme d'habitude). Ce thème de l'identité et des principes est très anglo-saxon, et on se retrouve dans une écriture entre la tradition sitcomienne et la structure de la littérature anglaise. Identité, fausse identité, promesse du serment... Shakespeare quoi! Même sans plaisanter, les dialogues sont en général très bien écrits et subtils, assez largement au-dessus de la moyenne des films de collège, et très au dessus de la moyenne tout court. Bien.

 


Signalons une superbe idée de scénario et de dialogues, dans la scène du restaurant où Claire Forlani à une grosse tirade, sur le thème drôle et désespérant suivant: "A quoi bon aller au charbon de l'Amour, quand on n'est pas sûr, une seule seconde, que l'histoire mène quelque part, sinon à l'échec?", le tout dit devant une assemblée d'étudiants en pleines "dates"! La scène se retourne bien, comme une crêpe: en ne réagissant pas, les clients du restaurant révèlent la solitude intrinsèque de Forlani, aussi belle et up-to-date soit-elle. C'est la peur d'être un pot sans couvercle, comme dirait notre ami Bernard RAPP, la peur de n'être (trop) bien pour personne. Subtil, j'aime bien, même si la dite scène est un peu minorée par le jeu trop ouvert de Forlani, actrice très sûre d'elle, qui en rajoute un peu beaucoup dans le minauderie par endroit. [Ça reste très supportable.]

 


La réalisation est très soignée. L'échelle de plan est plutôt aérée. Quelques mouvements d'appareils sont même réalisés avec goût. Ca cadre, et la photo ne fait jamais pitié. Ce n’est pas du Ronsard, mais c'est du bel ouvrage, avec de temps en temps un petit plan vraiment pas mal du tout. [Je pense à ce plan où Forlani grimpe des escaliers à la fac pour rejoindre Prinze sur une esplanade. très beau mouvement de caméra en plongée.] Bref, même ici, dans la série la plus balisée, la réalisation est très supérieure à 96,54% des films que nous voyons, pourcentage dans lequel j'inclue bien sûr, les films européens, notamment art et essai.

 


Comme dit le Marquis, ça se gâte, hélas, dans le dernier segment, la dernière demi-heure même, comme c'est souvent le cas dans les films de collège ou assimilés. Alors que le film tend clairement vers la question du sexe dans l'amitié, une fois l'épreuve passée et la chose consommée, Iscove et ses scénaristes ont bien du mal à embrayer. Plutôt que de creuser plus loin les jolis paradoxes qu'ils avaient semés, ils préfèrent se reposer sur le genre et sa structure, avec une simple résolution de malentendu! Il fallait faire le contraire, et là c'est rageant car on a l'impression que Iscove avait fait le plus dur. Toujours est-il qu'il se refuse d'inventer une forme qui sied à son propos. Le dialogue devient pâteux, plus lourd. Le film s'enlise et de sentimental devient presque romantique, grave erreur, surtout de la part d'un film qui avait jusque là été bien subtil. Bref, on passe du bon film de collège très bien écrit, au simple juliarobertsime pour adulescents feignasses. Les enjeux sont alors énormément balisés, vidés de tout suspens et surtout de toute passion ou paradoxe: les personnages n'ont plus le choix (alors que c'est quand même un des sujets du film!), n'inventent plus la vie qui leur sied pour courrir dare-dare dans le schéma petit-bourgeois du couple. Ca sent la Safrane, comme dirait Mek-Ouyes! Bref, Iscove est bien traître et faux-derche avec ses personnages qu'ils abandonnent cyniquement dans les clichés les plus attendus. Ils se transforment évidement en marionnettes. Le film se déroule sans pédaler. Bref, on s'ennuie et on redescend non pas d'un étage, mais d'une bonne demi-douzaine. Les acteurs, du coup non plus rien à faire, et s'ennuient. Même si c'est un classique défaut du collège movie, la chose ici parait presque retourner d'un remontage ou d’un refilmage a posteriori. Etrange... En tout cas, quelle déception, même s'il reste une très chouette première partie, et même une bonne heure. C'est sinon plutôt bien joué. Freddie Prinze Jr est presque attachant, bien moins mollusque que dans ELLE EST TROP BIEN. Je ne sais pas si j'aurais choisi Claire Forlani qui semble un peu en-dessous de ce qu'elle peut faire, pas assez timide peut-être. Mais ceci dit, elle a de bons moments. Jason Biggs est très bien. Et on croise même Alyson Hannigan, formidable actrice découverte dans AMERICAN PIE et qui fait un très bon travail en ce moment sur la subtile sitcom HOW I MET YOUR MOTHER. Amanda Detmer est pas mal. et puis, en pas oublier cette splendouillette scène de danse qui a du prendre des jours à mettre en place, et qui est complètement débilosse et réjouissante, et qui se finit dans le "liquide"! Si les gens dansaient comme ça dans la vraie vie, alors oui, ça vaudrait le coup de s'y remettre.

 

 



Bon, ben voilà, j'ai fini de bosser moi. Je vais aller me balader. Fumer une clope. Boire un petit jus de pamplemousse. Un petit apéro à 19 heures. Peut-être un petit film...

 

 




Mr Mort.






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Mardi 25 mars 2008

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[de gauche à droite: la vanité menant le Peuple]







Photographie par Mek-Ouyes.



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Lundi 24 mars 2008

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[Photo: "Evil Dwarf" par Dr Devo]





Oh mon dieu! Retournons vite dans la vallée des films absurdes! Le Docteur Devo s'enfonce dans la jungle de la création, me demandant de garder la boutique tant bien que mal. J'essaie, j'essaie, mais ce n'est pas facile...


 

 

Et surtout cette semaine. Comme le disait le Docteur il y a un mois et demi, "on ouvre une sublime période de sorties en salles qui se finira en beauté peut-être par DARJEELING LIMITED", et il n'avait pas tort, l'animal. Mais vous le savez, les abysses ne me font pas peur... Je retournais dans la toilette zone avec le sentiment, comme dirait Mek-Ouyes, de faire mon devoir et aussi, simplement, mon travail de la manière la plus juste possible.



 

Il y avait une fois, ou il y aurait, ou je ne sais pas trop, on pourrait dire avec l'accent belge, il y a, une fois, cette infirmière dans la trentaine jeune, française d'origine maghrébine, et qui, à Toulon, passe de maison en maison pour donner des soins, vu qu'elle est infirmière libéraaaaaale, comme disait feu Georges Marchais. Le hasard la fait soigner une vieille dame juive, d'origine algérienne comme elle, assez difficile et on la comprend: elle est clouée dans un fauteuil roulant! Quand cette vieille dame fait enrager l'auxiliaire de vie qui lui tient compagnie la journée, notre héroïne, l'infirmière libérale, propose sa maman pour la remplacer, [l'auxiliaire de vie... Comment ça c'est pas clair?], puisque après tout les deux vieilles dames sont algériennes et de la même région en plus. Mais entre la dame juive et la dame arabe, ben c'est pas facile tous les jours, car même en France, loin, loin, loin des problèmes du Moyen-Orient, beaucoup de ressenti fait surface. Une amitié houleuse se crée quand même...



Oui, oui, oui. Bon. Il ne faut jamais refusé de voir un film en projection de presse. C'est toujours assez drôle. Mais l'humour justifie-t-il tout? En tout cas, je me souviens clairement du visionnage du film. On était peu nombreux. Ma voisine la plus proche, une grande giguasse comme dirait le docteur (ce qui veut dire une fille de plus de 1.76m), resta impassible pendant toute la séance, mais portait un parfum assez agréable et une cuche tout à fait issue de l'année 1987, malgré son jeune âge. Elle tortillait son chewing-gum avec son doigt, directement dans la bouche, chewing-gum qu'elle étirait parfois ostensiblement en un ou plusieurs longs filets. C'était charmant et témoignait de sa réelle concentration. Moins sympathique déjà, un autre journaliste travaillant pour un gros tirage, et qui lui s'installe dans les tous premiers rangs. Première erreur. S'il gagne en sentiment d'immersion (et est-ce vraiment nécessaire ou souhaitable?), il se prive forcément du cadrage et donc du montage, ce qui, d'ailleurs, explique bien des choses. Avant que la projection ne commence, et après avoir échanger une poignée de mains courtoise ("Mr Mort, Matière Focale, enchanté!"), il sort son petit cahier et son crayon, car monsieur prend des notes pendant la projection! Rires! Ha bah, il vont être beaux les articles: pas de cadrage, pas de montage, et pas de vrai jeu de spectateur, de l'analyse à trois francs six sous en direct, L’article quasiment prêt dés le générique! La classe!



Et le film, sinon? Bah, comme disait Brigitte Fontaine, "y'a pas de mystèèèère!" Ha, le joli film à thèse! Surmontons nos différences et nos clivages. Oublions que nous faisons partie d'une communauté, et le monde ira mieux si on se tient la main, même si, personnellement et cet avis n'engage que moi, on pourrait se tenir autre chose pour de bien meilleurs résultats. Passons. On aura compris qu’on n’est absolument pas dans une optique de type MANDERLAY, grand film cynique et dégoûtant je vous le rappelle, du moins pour beaucoup, parce qu'ici on aime énormément. Pas d'ambiguïté, pas de méchanceté, juste des fâcheries, soit rien qu'une bonne petite comédie mélodramatique que trois actes ne saurait résoudre. DANS LA VIE est le film parfait pour une soirée théma sur Arteux. Côté cinéma, on n’apprend pas grand chose non plus. Ce qui est très agréable c'est la durée, et je le dis sans cynisme, très courte (1h13), et la vraie sobriété de forme de l'ensemble. Les scènes sont courtes, ça ne larmiche pas à tout les coins de photogramme, malgré le sujet. Bon point. Ajoutez à cela un casting non-pro, aux accents très vaguement rohmerien. Ca change. Du côté de la mise en scène, bah, ouais, c'est sûr, c'est une façon de faire... Cadrages ni laids ni beaux qui ont l'excellent mérite de montrer les acteurs dans le plan! Sons audibles! C'est tout. Le montage, c'est l'affaire du séquençage prévu par le scénario. Et hop. Echelle de plans, connais pas. Photo, non merci, on voit bien, c'est déjà ça. Par contre, des idées symboliques, il y en a, en veux-tu, en revoilà! Voilà qui n'est pas infamant non plus, dans le sens où celles-ci sont amoindries par la sobriété relative globale de la chose. L'impression de gentille sécheresse sauve tout juste le film de la leçon de chose, ou de la démonstration lacrymo-pastorale. DANS LA VIE est un film de modeste, ce qui change un peu dans le paysage du "film à thèse" ou du film "dossiers de l'écran". Mais à part ça, rien. Rien du tout. Rien. Des acteurs qui bougent, des sons, des images enregistrées sur support vidéo. A quelques points près (le boy-friend de l'infirmière est noir, bien sûr, et on a encore le droit à une scène sur la musique qui réunit les peuples, alors que dans la vie réelle, c'est sans doute le contraire), rien de bien méchant n'apparaît dans le film. C'est gentil, c'est simple, ce n’est pas arrogant. Par contre, il n'y a pas de cinéma non plus, ce qui est fort fâcheux. Bref, du travail d'artisan convaincu, c'est à dire sans aucune espèce d'intérêt, sans aucun rythme, sans aucune personnalité. On m'aurait obligé sous la torture à écrire et réaliser un film sur le sujet que j'aurais pondu exactement la même chose, peut-être éventuellement avec une histoire de sida qui trainasse, éventuellement pour un personnage homosexuel! DANS LA VIE est juste un non-film de plus. C'est également un très beau disque, une superbe tapisserie et une merveilleuse belle boule-à-neige. C’est peut-être aussi une randonnée en raquettes ou un opéra (après tout, il y a de la musique!). Tiens, j’ai déjà oublié le film. Tiens je suis où, là, en fait? Et vous, vous êtes qui? Comment je m'appelle déjà? Mais qu'est-ce que je fais dans cette maison? C'est quoi cette ville? Pourquoi je suis tout nu en plein milieu de cette rue avec mon slip sur la tête? Tiens mon corps disparaît! Je me dissous... Je me transforme en oxygène, je non-suis. Je... Non!



 

 

 

Dans le même genre, mais aux statesses et à l'autre bout du spectre, il y a un film qui ressemble beaucoup à DANS LA VIE: 10.000 de Roland Emmerich.


Si j'ai bien compris, ça se passe ou dans un futur bizarre ou dans la préhistoire. Raconté en voix-off par Omar Sharif, c'est son dada ce genre de truc, 10.000 nous raconte la légende de Bidule, homme préhistorique qui lancera son village et le monde vers une destinée meilleure. Une vielle prêtresse shamanique, une belle fille au maquillage sublime et aux yeux clairs, de l'action, de l'amour, de l'oppression, et hop, c'est dans la marmite.

 


Là non plus, il n'y a pas grand chose à dire. La première partie, dans les montagnes est assez rigolote, car on voit assez bien les scories du tournage sur fond vert, alors même qu le film nous vante les étendues sauvages. Après, c'est moins passionnant. La synthèse déboule à fond de train, ce qui a le mérite nous faire découvrir un bestiaire très splendouillet: autruchosaures, tigrosaures, éléphantosaures, et pour finir dans la dernière partie de très vicieux bouddhistes égyptiens qui soumettent le peuple dans une théocratie de rigueur, mollement violente, à l'image de cette scène de sacrifice, sans doute la plus banale du Monde. "Si vous continuez à vous révolter, j'en sacrifie un au hasard." Tout le monde tremble et hop, un innocent est balancé du haut de la pyramide. Lance, wizzzzz, plouf! Il tombe huit mètres plus bas, c'est tout, basta. Ca valait bien le coup de faire une pyramide de synthèse de 500 kilomètres de haut. En un sens, c'est là aussi rohmerien. Sinon, je me souviens plus très bien du film. En même temps, voilà déjà douze heures que je l'ai vu. Ma voisine n'avait pas de parfum. Pendant ce temps, alors Emmerich s'évertuait à ne pas faire du cinéma, j'ai moi aussi profité de l'occasion pour faire plein de trucs (dans ma tête): liste des courses, préparation du linge pour une visite prochaine à la laverie, envoie du loyer au proprio, et trois paquets de clopes virtuelles fumées. Je n'ai pas perdu mon temps. Ha si, quand même, il faut signaler les acteurs tous absolument et sublimement nuls, le héros en tête, tout droit sorti des spots de surf de Santa Monica! Là aussi, le film de Emmerich est un très beau panini trois fromages, et un non moins superbe service à thé. Il existe mais en même temps, complètement pas du tout. Et, en plus, DANS LA VIE et 10.000 ont énormément de points communs. Paragraphe suivant, s'il vous plait...


 

 

Car, qu'apprend-on de ces histoires? D'abord que la violence et les préjugés, c'est moche. Ensuite, si on se faisait des bisous et des caresses, et éventuellement, si on en avait encore une de libre, si on se tenait la main, le Monde irait vers plus de civilisation, plus de progrès et plus d'amour. En même temps, je pose la question: on se caresse ou on se tient la main pour faire la farandole de la paix? Faudrait savoir...  On sait désormais aussi que les clans divisent les peuples, que la découverte de l'autre, c'est dur mais c'est possible, et qu'à la fin, quand toutes nos différences se mêleront en un ensemble géant où nous aurons perdu toute personnalité, on sera heureux (avec notre ipod). En somme, perdons notre individualité et notre caractère pour devenir une masse uniforme MAIS fraternelle où nous serons tous nos semblables et réciproquement, enfin débarrassés de tous les enjeux emmerdants, anxiogènes et potentiellement violents d'une vie à plusieurs choix possibles. Premières étapes à respecter dans le processus: arrêtons l'humour et surtout ignorons les bases grammaticales de l'expression poétique. CQFD. Puis, comme dans SOCIETY, excellent film, fusionnons dans un grand esprit de confraternité. Pardon, de confrérie! Si on mélangeait tous les shamallows du monde dans une grande poêle, on serait tous unis.

 

Une bien belle leçon de vie! Un message d'espoir pour l'avenir!

 

Bisous barbus! Je vous caresse!

 

Mr Mort.

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Vendredi 21 mars 2008

recommander publié dans : Cinémort

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[de gauche à droite: Sharon Stone, Elijah Wood, Demi Moore, Emilio Estevez (hors-champ)]

 

 


Photographie par Mek-Ouyes.

 

 

 

 

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Mercredi 19 mars 2008

recommander publié dans : Photographies de Mek-Ouyes

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[Photo: "C'est pas moi qui répondra" par Dr Devo d'après une image du film A BORD DU DARJEELING LIMITED]

 

 

 

Ha bah oui, quand même, il y a des missions dont on s'acquitte avec plus d'entrain que d'autres, et quand le Docteur Devo m'a proposé d'aller jeter un oeil sur une projo de presse de A BORD DU DARJEELING LIMITED, titre français bien naze de DARJEELING LIMITED, le nouveau film de Wes Anderson, on ne s'est pas fait prier longtemps. Anderson, qu'on ne confondra pas avec le beaucoup moins talentueux Paul Thomas Anderson, auteur du presque assez réussi THERE WILL BE BLOOD récemment, est adulé sur ce site par le docteur et par le Marquis, et même par quelques un des figures les plus célèbres du canal focalien historique, notamment Bernard RAPP qui permit très tôt au docteur de découvrir la chose, si j'ai bien compris... C'est tout à fait justifié.
 
Ca commence comme un film des Inconnus, mais très vite c'est autre chose. Owen Wilson le frère aîné n'a pas vu ses deux frangins depuis deux ou trois ans, date du décès du père. Il les invite en Inde, sans vraiment leur dire la raison de ce geste. Débarquent alors Adrien Brody, qui a laissé sa femme aux USA pour venir, et qui est encore très marqué par la mort du paternel, et Jason Schwartzman qui est effectivement le meilleur acteur du monde mais qui joue ici un écrivain galérant un peu, notamment à cause d'une relation sentimentale compliquée et énigmatique avec Nathalie Portman. Jason, lui, erre en Europe depuis le décès de son père et ses déconvenues sentimentales. Voilà donc les trois frangins réunis à bord du Darjeeling Limited, un train pas piqué du hanneton et qui traverse toute l'Inde. Owen Wilson a bien prévu les choses. Aidé d'un assistant, il a construit tout un itinéraire et considère que ce voyage sera un voyage spirituel de ressourcement. Après un terrible accident de moto qui l'a bien abîmé, il décide qu'il est en effet temps que les trois frères soient réunis comme avant, oublient leurs différents et réfléchissent à leur existence de trentenaires. Mais il est aussi autoritaire, manipulateur et menteur! Et très vite, chacun des frangins commence à cacher des choses aux deux autres ou à un des autres. Le voyage de la Fraternité et de la Spiritualité commence donc mal. Les incidents commencent lors d'une escale où Wilson se fait piquer ses chaussures, Schwartzman décide d'acheter un spray autodéfense, et Brody achète un serpent hautement venimeux. Owen décide alors de confisquer les passeports des deux autres pour les empêcher de s'échapper, Adrien continue de pleurer et Jason entame une relation charnelle avec la belle stewardess du train. Bref, c'est du grand n'importe quoi, et tout dégénère rapidement...
 
 
Alors là, oui, attention, c'est du lourd. Entame magistrale sur un mode hitchcockien pour nous montrer qu'il va y avoir du cadrage et encore plus du montage. Puis, interruption brutale de la séquence virtuose pour faire le contraire (de lents plans ralentis). Puis, mouvement de caméra de fou furieux dans le train! En trois minutes, la messe est dite, et vous pouvez aller vous rhabiller. Vous avez déjà remboursé vos huit euros. Bon, tout cela se passe, bien entendu avec une photo sublimissime, mélange de couleurs bariolés foutraques ( dont le plan des cigarettes de nuit! Robert Yeoman encore une fois), et une direction artistique à pleurer. On se dit pendant cinq minutes qu'il nous refait LA VIE TENENBAUM ou LA FAMILLE AQUATIQUE et réciproquement, mais très vite, la chose acquiert sa totale indépendance malgré des similarités thématiques. Ce n'est pas la même chose, résolument.Pas le temps de dire ouf ou quoique que soit, c'est l'overdose de fulgurance. Les plans dans le train sont inouïs. Le cadre à lui tout seul renvoie toute l'humanité filmante à sa table de travail pour élèves handicapés mentaux. Malgré l'extrême confinement du décor, Anderson arrive à créer de l'espace de manière bien plus impressionnante que LA VIE AQUATIQUE pourtant déjà bien doté. Ca coupe tout le temps, il multiplie les plans, les achoppements rythmiques et arythmiques du montage. Les axes bougent tout le temps et se renversent avec une facilité et une lisibilité qui paraîtrait presque simplissimes. Que ceux qui reprochaient à Anderson de n'être qu'un faiseur de plans frontaux aillent se laver la bouche avec du savon et regardent les magnifiques plans rapprochés où Anderson cadre ses personnages près de la vitre du train, et admirent les légers décalage d'axe. Et tout ça, mes petits cocos, pas qu'en faisant des petits plans rapprochés de cabou-cadin. Bien au contraire, l'échelle des plans est riche au possible. Pour couronner le tout, il découpe l'espace en créant des pièces dans le compartiment principal! Fastoche!
 
Oui, oui, oui, c'est bien beau la technique? Mais non, je réponds, ce n'est pas de la technique c'est de la narration! Car tout cela n'est pas gratuit du tout, enfin pas tout le temps, car il y a largement de la gourmandise là-dessous quand même. Le cadre joue avec les acteurs qui disparaissent du plan, se séparent et se réunissent dans le champ constamment, envoyant balader THE PARTY au rang de plaisanterie laborieuse (et j’adore ce film!). Rien que pour le jeu des entrées dans le champ, il y a quoi vous rendre ivre de joie pendant un an et vous n'avez pas fini de décuiter: c'est d'une précision diabolique. Pour le dire vite, tous les postes, et je dis bien TOUS LES POSTES de mise en scène sont porteurs de sens: montage, cadrage, objets, costumes, entrées et sorties des acteurs, surcadres, champ comme image ou au contraire champ comme cache, décalage du son, jeux chromatiques, tout, tout tout joue sans cesse à mort. C'est clair: on a l'impression que les autres réalisateurs font de leur film des solos à l'orgue bontempi quand Anderson semble disposé d'un orchestre entier de 120 musiciens. Tous les éléments que je viens de décrire jouent constamment entre eux. Une idée de montage découle d'un mouvement d'acteurs (qui sont ici quasiment en mode chorégraphique) qui découle d'une idée chromatique par exemple. C'est une jonglerie complètement hallucinante qui s’étale sous nos yeux. Et comme si cela ne suffisait pas, tous ces éléments ont leur sens: ici un acteur qui met une paire de lunettes, geste anodin, remplace en deux secondes (je sors les lunettes de la poche, je les ouvre, je les mets sur mon nez) trois pages de dialogues et quatre minutes de films sur la tristesse et le deuil. Le dialogue est certes précis, et follement drôle, mais tout ces petites trouvailles et ces mille inventions ajoutent une nuance à l'histoire ou aux personnages. Exemple: à peine arrivé dans le train, Wilson explique, presque face caméra, en plange large ou américian et en marchant dans les coursives que tout est prévu et que les règles du voyage seront ceci et cela Travelling donc. Contrechamp en plan douche sur un des plus beau plan du film: Schwartzman qui tient une carte du planning wilsonnien dans la main, taille fiche bristol. Déjà la rupture d'axe et d'échelle (on est en gros plan sur ce deuxième plan) nous dit: "quelque chose ne va pas!" Ce plan nous montre la fiche bristol qui est cadré en plein milieu du scope, en mouvement (!) et en arrière plan les motifs rectilignes de la moquette du train! Le tout cadré de façon complètement géométrique! Bref un petit plan de coupe baroquissime. (la carte bristol et les motifs de la moquette forment un dessin géométrique disais-je) et aussi une forme métaphorique du voyage: formes de la moquette = rails. fiche Bristol = train! Et par rapport au plan précédent sur Wilson qui est en train de nous raconter qu'il faut être ouvert aux accidents du voyage spirituel, accepter tous les événements surtout ceux qui ne sont pas prévu, etc..., le plan sur la fiche bristol nous dit le contraire: ce sera le voyage le plus balisé de la terre! Contradiction qui se trouve aussi dans l'échelle de plan (plan sur Wilson large, plan sur la fiche bristol en gros plan). Voilà! En six secondes, Anderson à expliquer des dizaines de trucs: Wilson a tout planifié, Wilson veut que le voyage soit spirituel, mais en fait le voyage est trop cadré et trop planifié, Schwartzman sent bien que quelque chose ne va pas (le plan bristol est une caméra subjective), les mouvements de caméra expriment l'emballement de la machine, le bristol exprime l'aspect dérisoire et idiot de l'opération, etc... Le dialogue donne le reste. Fermez le banc.
 
Le film est comme ça quasiment tout le temps! Alors pas besoin de s'appeler Tarkovski pour profiter du film. L'intérêt consiste justement à se perdre dans le jeu, à laisser rebondir sur tout ce mille-feuille de mise en scène, à se perdre dans cette loufoquerie maniaque. La musique, toujours très importante chez Anderson sert de liant bien sûr, permet des aérations magnifiques dans des séquences souvent compressés d'émotions et/ou de rires. Le scénario n'est pas en reste, c'est du délice là aussi. DARJEELING LIMITED a de ceci en commun avec des Billy Wilder (ou plus récemment avec le PALAIS ROYAL de Valérie Lemercier même si c'est largement très en dessous, et de très loin pour la française) de ne pas dire vraiment son sujet, et de mélanger la comédie la plus drôle avec le drame le plus poignant. ET aussi de ne pas dire son sujet. Ces trois petits gars, mais aussi sans doute les autres passager du train sont tous à la ramasse, broyés par l'impitoyable violence du Monde. D'une manière ou d'une autre, plus que l'histoire des deuils à accomplir, DARJEELING... raconte l'épouvante quasi-mystique face à la perte et à ce que le docteur appelle "l'insupportable souffrance de l'être". Je vis donc je souffre. Je vis donc je perds. Voilà sur ce quoi Anderson met le doigt dessus sans le dire (la classe): que faire quand on est confronter à la Souffrance que nous inflige le monde? On arrête tout ou on continue? Et si on continue, pas question de le faire sans une bonne raison. Et si on arrête, on arrête pour quoi? Ce n’est pas un sujet qui te parle, ami focalien? En cas de coup dur, est-ce qu'on descend du train? Le sujet du film, de manière plus ou moins détourné, c'est le suicide! Bien sûr! Ces petits gars en ont bavé des ronds de chapeau. Ils sont à bout de ressource. Tout est souffrance et perte. Ils veulent que ça s'arrête! Si c'est ça l'existence, mieux vaut arrêter! Ils aimeraient bien continuer mais ils n'en peuvent plus! Ils questionnent le monde et n'ont aucune réponse, alors à quoi bon?
 
Anderson tranche à peine. Il considère que les actes manqués sont les seuls qui ont une quelconque importance. Que les accidents sont la source de toute chose valable. Et que seul la malice, l'humour, et la poésie sauveront le Monde. Il y a là une représentation utopique et incarnée, beau paradoxe, une vision déconstruite, puis reconstruite de guingois de la réalité du monde. Le réel, et le cinéma du réel, si c'était encore à prouver, est en plein dans ce film. Comme les Hal Hartley dans leur temps, il s'agit ici de regarder la vie sous un angle absurde, le reconstruire selon ses intuitions, et j'insiste, ses fulgurances personnelles, seule chance d'accéder à un peu de Fraternité, et pour les plus chanceux (hors-champs) à l'Amour. Evidement tout cela se fait, s'effleure et se caresse avec la plus grande des pudeurs et des délicatesses, malgré le fait que le film soit construit dans sa partie centrale (que je ne vais pas décoiler ici) autour d'une forme de mélo, curieusement. Epaulé par un casting sublimissime, d'une précision elle aussi diabolique (tiens, allez voir LA RONDE DE NUIT de Greenaway avant qu'il ne soit trop tard et vous verrez comment tous ces gens ont trois millions d'avance sur le reste de la concurrence), Anderson signe sans doute ici un de ses films les plus importants, tant on a l'impression que la forme s'épure en gardant une abstraction certaine. Tout ne se fait pas sur le ton de l'amabilité d'ailleurs. Les personnages ne sont pas tout le temps ouvertement sympathiques. Et Anderson multiplie les ruptures de rythme voire les langueurs. Bref, c'est délicat, c'est doux mais c'est rêche. Comme le dit le docteur, Poésie über alles. Pendant qu'il est encore temps... Les héros des films de Wes Anderson sont décidément la seule chose que nous méritons.
 
Avec le Greenaway, sans aucun doute, et sans réelle compétition malgré un très bon mois de février-mars sur les écrans, DARJEELING LIMITED est un très grand film, un des seuls qui nous donne l'impression de bosser et d'être devant un film de cinéma!
 

Docteur Devo présentera le film au cinéma Majestic de Lille ce lundi 17 mars, à 19h15. Il y a encore des places à gagner pour vous, lecteurs de Matière Focale (cliquez ici). Pour les autres, rendez-vous mercredi prochain.

 

 
Mr Mort.
 
 
 
PS: soyez attentif aux superbes apartés ipodesques de Schwartzman dans le film!
 
 
 

 

 

 

 

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Lundi 17 mars 2008

recommander publié dans : Cinémort

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Chers Focaliens,
 
 
Je sors de ma tour d’ivoire et de travail pour vous annoncer officiellement l’avant-première du film A BORD DU DARJEELING LIMITED de Wes Anderson au cinéma Majestic de Lille, ce lundi 17 mars à 19h15.
 
Je sui particulièrement heureux de vous convier à cette avant-première puisque, outre le fait que Wes Anderson soit un réalisateur de toute première importance, et même notre chouchou sur ce site, cette opération, qui aura lieu pendant le Printemps du Cinéma (prix unique de la place partout en France : 3,50 euros, de dimanche à mardi !) est organisée conjointement par le cinéma Majestic et Matière Focale. La projection sera précédée d’une courte présentation du film et de son réalisateur (et de l’acteur, ici également co-scénariste Jason Schwartzman, le meilleur acteur du monde !) par moi-même, personnellement. Le Majestic et Matière Focale ont en effet décider de s’unir pour vous présenter régulièrement des avants premières concernant des films que nous avons trouvé particulièrement beaux, aboutis et importants, et pour défendre des artistes (acteurs, réalisateur, etc…) dont nous adorons le travail. Et là, on commence très fort avec ce nouveau Wes Anderson qui est une pure merveille!
 
A cette occasion, le cinéma Majestic et Matière Focale vous offre deux places gratuites, pour ceux qui ont la chance de vivre aux alentours de la métropole lilloise. Pour gagner une de ces places, il suffit tout simplement dé répondre à cette petite question (pour la forme !) :
Dans quel film de collège auquel nous avions consacré deux articles sur ce site (un de moi qui disait que c’était très bien, et un du Marquis qui disait que c’était décevant, si ma mémoire est bonne) retrouve-t-on l’acteur Jason Schwartzman, justement, dans le rôle d’un étudiant marginal qui fait chanter un groupe d’étudiant tricheurs en échange d’un rendez-vous amoureux avec la plus belle fille du campus ? [Schwartzman essaie notamment de la séduire en lui chantant la chanson New-Wave Boy, absolument drôlissime !]
 
Bon, ça à l’air un peu dur comme ça, mais en surfant deux secondes sur internet, on trouve la réponse très facilement !
 
 
Une fois qu tu as la réponse, chère lectrice, envoie-moi un mail contenant ton nom, prénom, et ta ville. Pour m’écrire, cliquez dans la colonne de droite sur INSULTER DR DEVO ou FELICITER DR DEVO. Les deux gagnants seront avertis par mail des procédures de retrait des places ! Il faut par contre répondre avant Lundi midi !
 
Un mot encore pour vous dire que la projection de A BORD DU DARJEELING LIMITED sera précédée du court-métrage HÔTEL CHEVALIER, tourné à Paris par Wes Anderson avec Jason Schwartzman, encore lui, et Nathalie Portman. Les deux films sont absolument merveilleux, et je vous en reparle demain dans un superbe article !
 
Un grand merci à notre partenaire, le cinéma Majestic de Lille et à toute son équipe, sans qui cette opération n’aurait pas été possible.
 
 
Généreusement Vôtre,
 
 

Dr Devo.

 

 

 

 

 
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Samedi 15 mars 2008

recommander publié dans : Ethicus Universalis

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[Photo: "Bonjour, c'est Phil Collins..."]

 

 

 

 

Photographie par Mek-Ouyes.

 

 

 

 

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Vendredi 14 mars 2008

recommander publié dans : Photographies de Mek-Ouyes

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[Photo: "You know you may not drive a car" par Dr Devo, d'après une photo de la critique de cinéma Antonia Quirke.]

 

 

 

 

Ha, comme disait le poète, "rions un peu en attendant la mort", la cinémort en l'occurrence dont je suis l'ardant défenseur, vous le savez. Et ne commencez jamais un article par "ha" ou par "ho", ça fait désinvolte! La vraie critique, ce n'est pas ça.

 

A quoi reconnaît-on un critique professionnel de... De moi par exemple? C'est très simple, le Libération de ce mercredi 12 Mars vous donne une sublime réponse. L’article est long puisqu'il fait les deux tiers de la page, et en même temps assez court, si on considère que la photo de la solaire et sublime et je l'aime Tilda Swinton occupe à peu près la même place que le texte. Déjà c'est curieux. Comparez avec Matière Focale. Nous aussi on adore les photos, d'ailleurs, ils sont ou moins quatre à en faire sur ce site, et de la création en plus! Vous remarquerez leurs tailles raisonnables, malgré l'absence de contrainte de taille. Je passe. Alors la dernière moitié de l'article, c'est simple, le p'tit gars nous raconte l'histoire. Rires. La première moitié de l'article est divisée en deux. Dans le premier quart, on parlera de Erick Zonca le réalisateur de JULIA, malheureux film critiqué. Mais qu'est-ce qui lui est arrivé pour qu'il produise si peu, l'ami Zonca? Evidement, notre professionnel ne répond pas à la question, allant même, tenez-vous bien, suggérer la paresse de l'auteur! C'est cocasse.

 

Dans le second quart, c'est beaucoup plus cocasse, puisque le journaliste accrédité parle de l'accueil du film à Cannes, ce qui vous l'avouerez est quand même passionnant! Alors oui, oui, Cassavetes, oui, Gena Rowlands, oui et non, enfin si mais pas vraiment, vous comprenez? Je serais tenter de dire non, et de me dire que le petit gars, il a lu le dossier de presse où je suis sûr, moi qui ne l'ai pas ouvert, on parle de Cassavetes. En tout cas, dans ce paragraphe là non plus, on ne parle pas du film, et on ne dit rien sur Cassavetes non plus, puisque la conclusion de ce paragraphe est: "oui, oui, ok, Cassavetes, ok, mais en même temps, non c'est pas du tout Cassavetes, d'ailleurs ça n'a pas réellement d'importance". Donc voilà un article très long, où on ne dit rien sur le film, sinon raconter son histoire. Le gars a-t-il aimé le film? Ou pas? C'était long ou court? Ca avait quel rythme? La photo était jolie? C'était bien joué? C'est plutôt haletant ou glauque? C'est rigolo ou dramatique? Oui mais non, enfin bon, faut le dire vite, ça dépend des montures comme disait le décidément visionnaire poète Richard Gotainer dans une des chansons de lui que je préfère.

 

Voilà à quoi ressemble, au su et à la vue de tous, un critique de nos jours. Un type qui a sûrement une superbe femme de merveilleux enfants, un appartement dans Paris intra-muros pour loger tout ça, et un bureau à la rédaction, sans doute aussi des tickets restaurants. Etonnant, non?
(Surtout ne pas louper le papier juste en dessous consacrer à 10.000 le nouveau chef-d'oeuvre de Roland Emmerich. Là aussi, ça vaut son pesant de cigarillos cubains, car le gars, un collègue de l'autre (ça doit être bien les réunions de travail, j'aimerais beaucoup voir ça) raconte lui aussi l'histoire du film, sur le mode... cinémort!!!! Rires! Enfin presque, puisque le petit gars raconte le film en entier, oui oui, du début à la fin, re-rires, sous le mode de la périphrase humoristique. Pas une seule fois il ne prend position bien sûr. Enfin, pour dire vrai, il se moque, donc on peut supposer qu'il n'ait pas aimé. On soulignera là aussi, en plus du rigoureux procédé journalistique, la classe totale qui consiste à raconter le film de A à Z, ce qui inclue la séquence de conclusion. Que ce soit Roland Emerich ne change rien à 'affaire bien entendu. On mesure là le respect du spectateur. [Voilà qui me fait penser à une anecdote que raconte souvent Bernard RAPP et qui a, je crois déjà été évoqué sur ce site: lors d'une projection de presse du SANG DES INNOCENTS de Dario Argento, un jeune critique dans les premiers rangs se lève pendant le générique, ce qui est déjà d'une extrême impolitesse car ce générique est en image et cadré et monté (en un mot le film n'est pas fini encore), et se retourne en disant haut et  fort à ses collègues, dans un sourire: "Bon, je crois qu'on est tous d'accord, c'est vraiment très nul!" Ceci est une histoire vraie, bien sûr...] 
Je crois qu'il vaut mieux relire mon article double sur BIENVENUE CHEZ ES CH'TIS et JOHN RAMBO de l'autre jour. Là, non seulement c'est beaucoup plus drôle, mais c'est aussi plus troublant. Il y a comme un charme mystérieux qui se dégage de tout ça, un trouble, une ambiguïté. Et en plus, c'est un beau style, je trouve. Il y a de l'humour mais c'est précis. La langue n'est pas anonyme du tout. Et encore mieux, cadeau bonux: il y a un point de vue. Encore plus fort comme le soulignait avec justesse l'ami Norman Bates: la partie Dany Boon éclaire la partie Stallone, et encore plus fort, Mesdames et Messieurs, réciproquement.
 
Rappelons qu'il y a quelques années le docteur, mon hôte, nous donnait un cadeau merveilleux: LA CHARTE DEVO DE LA CRITIQUE. On voit, dans l'exemple du jour, que celle-ci est d'une actualité brûlante et que sa pertinence est de mise. On pourrait même dire qu'elle bosse, la France d'en bas. Pour être plus précis, on devrait se demander comment il est possible qu'un type payé, un professionnel qui ne fait sans doute que ça, peut en arriver à faire un papier si maigre, pour ne rien dire du tout, là où ici, par exemple, on arrive à rendre un papier plus long, plus fourni et pertinent, alors que la plupart des participants à ce site on des métiers éreintants à côté...
 
Je suis célibataire, beau gosse, et j'écris dans Matière Focale. La classe, non? Allez, camarades, on choisit son camp. Vous vous rappelez de John Steed dans cet épisode de CHAPEAU MELON... avec un labyrinthe. Tout le monde veut entrer dans le labyrinthe, le dominer, en sortir et faire partie du club. Steed, non. Il refuse de rentrer dedans car il sait que c'est ceux qui se perdent dans le labyrinthe et qui veulent entrer dans le club. En ce qui nous concerne, on en veut pas rentrer dans votre club, et pour cause, ça n'en est pas un, et encore plus drôle: le club, c'est nous!
 

Avouez que la vie est bien faite... Je vous embrasse.

 

 
Mr Mort.

 

 

 

 

 

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Jeudi 13 mars 2008

recommander publié dans : Cinémort

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[Photo: "...qui rendait, parait-il, heureux le genre humain." par Bertrand et Dr Devo.]

 

 

 

Ce n'est pas pour cirer les chaussures du patron qui, en plus, n'est pas là mais occupé à envahir Hollywood, mais je dois dire que je suis d'accord avec lui assez souvent. Par contre, il a beau être sympathique et charmant, il m'envoie voir de ces trucs, par moment... Je crois qu'il me provoque ou se moque de moi. Mais bon, j'ai accepté d'assurer l'intérim et du coup j'assume!
 
Oh! Michel Gondry! SOYEY SYMPAS REMBOBINEZ, qu'on appellera ici sous son de V.O dans Calcutta déserte, à savoir BE KIND REWIND pour des raisons de commodités, est un film qui, comme dirait mon patron adoré, à quand même une superbe brioche. [Définition de la brioche: ici.] Le pauvre Mos Def travaille dans un petit vidéoclub de rien du tout, géré par Danny Glover. On y trouve, ô bonheur, que des cassettes VHS! ET aussi des glaces au chocolat. Glover confie la gestion du magasin à Mos Def pendant quelques jours d'absence, un peu comme moi et le Docteur Devo. Le problème, c'est Jack Black, grand ami de Def. Blake, suite à un accident, est devenu magnétique, ce qui est très utile quand on cherche des pièces de monnaie perdues au fond de sa poche, mais peut poser des tas d'autres problèmes, surtout quand on passe son temps dans un vidéoclub rempli de VHS. Là, c'est le drame: Black démagnétise toutes les cassettes! La catastrophe économique, l'inscription à l'ANPE ou la mendicité, voilà ce qui attend Mos Def dés lors. Mais les deux compères décident, contre toute attente, de remplacer les cassettes en tournant des remakes des films effacés, et en les louant aux clients sans leur dire. Tout le monde voit la supercherie, mais le miracle à lieu: les gens adorent ces micros-remakes et le magasin marche du tonnerre!
 
Le petit résumé, comme le boss! Ha la belle brioche qu’il disait, et il n’avait pas tort. Comme disait l’autre, ce film aurait pu être une apologie du caméscope et de la création cinématographique chez soi, bref une ode au kitchen-cinéma. Malheureusement, ce n’est pas tout à fait ça. Tout d’abord, c’est la déception qui l’emporte : toutes les cassettes du magasin de Danny Glover sont de grosses séries A hollywoodiennes de la pire espèce : BOYZ IN THE HOOD, MISS DAISY ET SON CHAUFFEUR, GHOSTBUSTER, ROBOCOP, RUSH HOUR, etc… Certes on trouve aussi le 2001 de Kubrick et CARRIE de DePalma, mais la chose est tellement survolée qu’elle en devient anecdotique. Voilà qui rend bien problématique la question du vidéoclub moderne que Danny Glover espionne. Car quelle est la différence entre le sien et ce supermarché de la location de films ? Et bien, la surface du magasin et la méthode de distribution. Sinon, peu ou prou, ce sont les mêmes films. Glover, lui, ne fait pas louer à ses clients HARRY POTTER ET LE SOULIER MAGIQUE mais des films des années 80 ou 90, et c’est tout. Quand dans le dialogue on apprend que Glover a en magasin une section "film cultes" et "films fantastiques", et bien, les petits focaliens, on se demande bien où c’est qui y sont parce que dans le film de Gondry, beeenn, ils y sont pas !
En même temps, pas grave se dit-il, BE KIND… raconte clairement une histoire très triste : des pauv’ gars coincés dans une vie de prolétaires atroce, mal logés, mal payés, chômeurs ou travailleurs pauvres. Ils n’ont pas de petites amies (Ha, le cinéma du réel !!, rigola-t-il). Ils ne font quasiment rien de leur journée. Ils sont isolés en banlieue. Ils héritent aussi de la culture populaire qui va avec, à savoir celles des pires blockbusters. Si nos héros sont drôles, ils sont aussi des mecs de la rue, et regardent les films à leur disposition. Les gens du quartier font pareil. Fermez le banc ! BE KIND REWIND est d’abord un film sur la crasse, et montre l’inculture qui va avec, me dis-je. Le film est d’ailleurs globalement très noir. Il emprunte comme le disait très justement et in extremis le Docteur l’autre jour à la radio, la forme d’un mélo étrange, un peu à la Capra par moment, où, quand même, tout est biaisé, tout est largement foutu. Rien ne sauvera rien, les dés sont jetés dés le départ. Du coup, s’il y a une sorte d’utopie communautaire dans la dernière séquence (où enfin, ils arrivent à pondre un film un peu plus personnel), utopie larmoyante sur les bords, c’est un rêve qui a un peu le goût de la ciguë ! Tout ça finira sous les coups de pelleteuse, et le quartier changera sans doute sous l’impulsion d’une gendrification (mince, je ne me rappelle plus du mot, desolé !)  forcée. L’ode à la débrouillardise, à la malice, et au D.I.Y à laquelle Gondry semble croire, est un témoignage sur la mort qui avance et qui détruit tout. Gondry le dit du bout des doigts et c’est un peu dommage. Il préfère jouer la carte de l’anguille sous roche plutôt que de mélanger son drame crasseux à la comédie. Je ne suis pas sûr que ce soit la bonne technique. Pourtant, le petit gars le faisait très très bien avec HUMAN NATURE, film drôlissime et d’une violence inouïe, ou même dans la SCIENCE DES RÊVES très amer quand même.
 
Ensuite, si la mise en scène est plutôt soignée (joli photo, si on excepte les scènes de nuit qui était bien verdâtre une fois de plus dans la copie que nous avons vu) avec ses beaux cadrages flottants qui permettent malgré l’étroitesse des décors de faire autre chose que des tunnels de plans rapprochés, emmaillés ça et là par des soleils gourmands (jeux de lumière, effet de flare, scories magnétiques qui interrompent l’image, etc…), le bât blesse nettement, comme par hasard, dans les remakes amateurs très très loin de ce que peut faire Gondry, qu’on aime ou n’aime pas son style. Tous ces home-movies sont placés sous le signe du potache. On voit des mains dans le champ, des projecteurs qui traînent, etc… Pas un seul des extraits que nous voyons dont Gondry qui ne nous disent pas : "Oh regardez, que c’est maladroit, c’est pour du faux". C’st pour moi la plus grande, et ce, trèèèèès largement, erreur tactique du film. Et comme je suis quelqu’un de généreux et altruiste, je vais vous dire exactement ce qu’il fallait faire.
Si ces gens sont des amateurs indécrottables, il suffisait de faire en sorte que ces remakes soient au contraire des entre-deux. Le fait que ces films soient courts, bourrées d’ellipses et avec des raccourcis de narration dûs aussi au manque de moyen, auraient pu suffire à dégager de la loufoquerie et pourquoi pas de la maladresse (ou au contraire une superbe effronterie). Il n’y avait aucune raison de nous rappeler sans cesse, à nous spectateurs cultivés, que ce que nous voyons, c’est du toc mal fichu, avec des acteurs qui regardent la caméra, et des pieds de techniciens qui traînent dans le champ. Il aurait bien plus intéressant, et surtout troublant, que ces films aient leur univers propre. Qu’ils fussent cohérents, voire bons à leur manière, quitte à induire dans leur espace diégétique (c’est chic), des détails de tons et/ou de mise en scène qui induisent le fait que ce que nous voyons est une version peut-être un peu utopique mais sublimée de ce que ces gens ont vraiment fait. La grande déception de ce film, BE KIND… je veux dire, c’est de voir que ces courts-métrages sont absolument nullissimes et sans aucune espèce d’intérêt. A aucun moment, on ne sent de superbes fulgurances involontaires, des achoppements chaotiques de maladresse mais sublimant le projet de remake lui-même pour le transformer en cinéma. [Tiens, si vous voulez voir ce que je veux dire, relisez l’article du Docteur sur A NIGHT TO DISMEMBER un des plus beaux films que j’ai vu l’année dernière, et véritable ovni cinématographique à la charge poétique semi-accidentelle mais effarante.] Ces  gens, à aucun moment ne font du cinéma. Ils recopient. Et les remakes présentés par Gondry sont tellement médiocres ou sans intérêt qu’on en est bien triste : ces gens ne comprennent rien, même d’instinct, ne retiennent que le pire, et leurs films n’ont d’intérêt que pour eux. C'est-à-dire, ce sont eux qui jouent dedans. Point barre. Ces films n’ont aucun accident poétique, aucune fulgurance. C’est seulement potache. On est donc bien loin de l’esprit des films de Gondry, tiens ! Ce dernier se perd aussi lors du film final, plus original mais qui reste à quelques plans près vraiment bien foutus, bien en dessous du travail du réalisateur, même des bricolages de la science des rêves, bien plus indépendant sur le plan cinématographique et véritables univers sémantiques à eux tout seul. Ici, dans ces remakes, rien ne tient tout seul, tout est référencé dans des espaces extérieurs aux films (le film original,  voir les copains jouer, se souvenir du tournage, etc..). Du coup, BE KIND… délivre un drôle de message. Ces gens sont tellement paumés qu’ils ne feront jamais que des petits étrons ? Ou pire : ces gens là sont déjà mort, et non rien à raconter ni à ressentir ? En tout cas, une grande partie du film étant consacré à ces remakes, quelques soient les intentions de Gondry (et c’est un peu flou, faut bien le dire), BE KIND pâtit de l’extrême médiocrité de ces films qui rendent le film largement inattractif ou du moins beaucoup plus terne que ce qu’il pourrait être. Jamais le travail de Def et Blake n’aboutit sur quelque chose de vraiment créatif. C’est de la débrouille, du système D. Et ce n’est pas suffisant. Les remakes et les originaux sont en cela très proches. C’est donc une bien triste histoire. Nos héros ne feront jamais quelque chose qui se tient par lui-même, jamais quelque chose de personnel. Quand ils crééent un film à la fin, Gondry a déjà bien aseptisé son système. Si on y trouve effectivement plus de gourmandises, il reste plus illustratif et de l’artisanat que de l’art. Bizarre… BE KIND…, le film, en pâtit, et est du coup moins beau, moins troublant sur le plan poétique et ressemble quasiment, malgré un soin certain à la mise en scène, à un film de scénario. Qu’est-ce qu’un film qui a de l’âme, comme le célèbre Mia Farrow dans le film ? Un film fait par de gars de la rue, avec les meilleurs intentions du monde, et de la débrouillardise ? Est-ce le simple fait d’avoir osé faire un film plutôt que d’en regarder un ? C’est un peu court, d’autant plus qu’au final, ces films de rue ressemblent énormément aux films originaux. Ils ont juste était fait avec 20 dollars, et n’ont gagné de leur procédé de fabrication que des maladresses potaches. Sils avaient eu plus d’argent, ces gens, le résultat aurait été encore plus porche des films originaux, sans aucune réappropriation. BE KIND REWIND, malgré ses autres qualités, laisse un goût drôlement amer dans la bouche…
 
 
 
Mr Mort.
 
 

 

 

 

 

 
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Mercredi 12 mars 2008

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[de gauche à droite: Road To Nowhere, Jump (They Say), Bitter Dregs]

 

 

 

Photographie par Mek-Ouyes.

 

 

 

 

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Mardi 11 mars 2008

recommander publié dans : Photographies de Mek-Ouyes

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[Photo: "Memories Can't Wait" par Dr Devo.]

 

Pendant les absences du Docteur Devo, parti travailler, pour le bien de la cause focalienne, sur des bacilles particulièrement vicelards qui contamineront le cinéma de demain, vous me permettrez, chère Jeunesse Focalienne, de tenir le cabinet, si j'ose dire en l'absence du Maître de maison.
 
On m'a bien entendu demandé de tenir la maison propre et de ne pas mettre le bazar partout. Pourtant...