
(photo: "Le Point Noir du Mauvais Cinéma" par Dr Devo)
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(photo: "Le Point Noir du Mauvais Cinéma" par Dr Devo)

(photo: "Patha Madonnos" par Dr Devo)
Chers Amis,
La famille de Matière Focale s'aggrandit. En plus du Marquis et moi-même, il faudra désormais conmpter sur notre ami Tournevis. L'oeil expert, le regard vif, et la plume bien affûtée, Tournevis avait complétement sa place ici. Nous l'accueillons avec joie, sous vos applaudissements pour son premier article (et qui ne sera pas son dernier). Matière Focale, c'est ça: sélectionner les meilleurs races de critiques pour ne vous donner que le meilleur. Je vous laisse maintenant dans les mains expertes de Tournevis.
Garden State est la dernière curiosité indé du cinoche américain. Film estampillé « Oui FM, la Radio Rock » (super !), porté aux nues par Jean-Pierre Jeunet (re-super !), avouez que ça fait peur. En fait, pas du tout… Enfin beaucoup moins qu’on aurait pu le craindre. Au-delà du buzz marketing sûrement distillé à grands coups de brainstormings inutiles par le distributeur français, le film de Zach Braff se révèle un des films les plus attachants et – à y regarder de plus près – les plus profonds de cette année.
L’acteur auteur réalisateur (étonnant morphing physique entre un jeune Spielberg et un Tom Cruise plus chevalin qu’à l’accoutumé) ose, à partir d’un argument simpliste (un jeune acteur débutant – Andrew – revient dans sa petite ville natale pour y enterrer sa mère handicapée, noyée dans sa baignoire), jouer la carte de la mélancolie, sentiment cinématographique clef, hélas trop rare dans la production américaine d’aujourd’hui.
Premier point fort du film : les acteurs. Natalie Portman en tête (ok, j’avoue, je craque). Après s’être ouvert les veines dans HEAT et écarté le string à paillettes dans CLOSER, la jeune femme nous montre ici, encore une fois, l’étendu de son immense talent et la pertinence de ses choix post STAR WARS. Elle prend des risques la donzelle, n’hésitant pas à camper avec une facilité déconcertante une jeune « white trash » complètement chtarbée et, bien évidemment très attachante. On voit venir l’histoire d’amour à grands pas, mais la poupée est farouche et l’on se demande comment et quand ces deux freaks vont fricoter enfin semble. Ian Holm ensuite, dans le rôle ingrat de l’austère paternel qui ronge son frein et qui ressasse jusqu'à l’ulcère l’idée tenace que son fils est la cause, certes involontaire, de l’handicap de sa femme, et donc de sa mort. Bref, son personnage n’est pas vraiment un joyeux drille, mais l’acteur anglais est une fois de plus sidérant d’intériorité et de retenu.
Zach BRAFF, lui, campe l’anti-héros parfait, Andrew, un mec d’une mollesse exemplaire, aussi imperméable aux événements extérieurs qu’une toile cirée au jus de pomme, que ça soit la mort de sa mère ou les frottis-frottas d’une bombe anatomique lors d’une soirée déglingue. Andrew se fond d’ailleurs dans le décor, au propre comme au figuré, dans un gag caméléonesque assez réussi. Sa vie, loin d’être rythmée par les matchs de football de l’équipe locale, mais plutôt par ses rendez-vous chez le psy, ses humiliations au resto où il travaille ou par la prise de psychotropes, tend plutôt vers l’abrutissement volontaire et quasi masochiste du moindre de ses états d’âme. Jamais vu un personnage aussi mou du genou ni aussi transparent dans un film US. On n’est pas loin de Mersault, l’étranger de Camus.
Alors, GARDEN STATE, œuvre radicale ou bien film de djeunz du samedi soir ? Les deux mon capitaine. Et c’est ça qui en fait tout le charme de cet « Etat des Jardins » (le New Jersey) à l’instar des premiers films d’ados d’un John Hughes qui, avant l’horripilante série des MAMAN, J'AI RATE L'AVION, réussissait à nous émouvoir au milieu des 80’s avec quelques teen comédies bien troussées et toujours justes comme BREAKFAST CLUB ou même le débilissime, mais fort hilarant, LA FOLLE JOURNEE DE FERRIS BUELLER. Plus récemment, et à l’instar de DONNIE DARKO, GARDEN STATE nous pointe du doigt une jeunesse américaine bien éloignée des clichés ados : sportifs, graisseux, décérébrés. Les personnages de Garden State, sont gavés de lithium (comme le héros du film de Richard Kelly), tètent le bang sur le canap défoncé du salon comme on se coupe les ongles des pieds et ne conçoivent pas une simple soirée de retrouvailles entre potes sans comprimés d’ecstazy ou sans partouzer comme pour oublier de concert leur misérables conditions humaines et le trou du cul du monde qui leur serve de ville natale. Pathétique.
Bon évidemment le film est en scope et les morceaux de musique pop mixées très fortes qui parsèment la bande son donnent tout de même envie d’aller habiter là-bas et forcent un peu facilement l’indentification aux personnages principaux. Mais bon, pêché de jeunesse sans doute.
Le film se termine sur un faux happy end amer comme si le réalisateur, tiraillé entre la tristesse générale de son propos et l’obligation de terminer sur une note positive, se mordait la queue. Dernières phrases du film, Andrew murmure à plusieurs reprises à sa belle un « Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? » qui n’augure pas que de bonnes choses. Bon, qu’est-ce qu’on fait maintenant ?
Tournevis.
PS : ah oui, comme tous les films ricains où enfants et ados apparaissent, V.O. indispensable bien sûr…
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(Photo : "Don"t Fence Me In, Kavaliere !" par Dr Devo)
Mentionnée dans un commentaire récent, la revue Mad Movies rédigeait il y a peu un coup de gueule contre certains éditeurs DVD semi-pirates comme Prism Leisure. Motif invoqué : ces malfrats de l’édition proposent sur le marché et pour des prix ridicules des copies dégueulasses de films de série B/Z, et trafiquent fréquemment le visuel de la jaquette pour nous vendre le film A à la place du film B (exemple récent, vous croyez acheter le film NUKIE ET MIKO, et vous rentrez en fait chez vous avec le film MAC ET MOI – croyez-moi, vous gagnez au change). [Note du Dr Devo: l'impact de MAC ET MOI est tellement fort, et son importance dans l'histoire du cinéma tellement importante que Matière Focale lui consacre une rubrique entière: articles ici et là.] Je peux comprendre cette réaction ; on voudrait que tous les films sortent, et dans des éditions en VOST – format respecté – copie restaurée. Mais je ne partage pas du tout leur point de vue. Il y a du bon dans ces éditions. Je m’explique. Combien d’éditeurs de ce style existent réellement ? Difficile de répondre à cette question. Dans la mesure où ils ne possèdent pas les droits de l’essentiel des films de leur catalogue, leurs produits sont régulièrement retirés du marché (écoulé principalement dans les bacs des grandes surfaces en périodes de soldes ou directement dans les dépôts ventes). Ces films réapparaissent alors sous un autre titre, avec une autre affiche, et parfois avec des crédits totalement fantaisistes. Le nom de l’éditeur change lui aussi régulièrement (après Initial Video, Integral Video, Prism Leisure fait en ce moment long feu). Encore mieux et surtout plus drôle, à l’époque de la VHS, les cassettes contenant des films retirés des bacs (invendus ou retirés pour de mesquines questions de droits non payés) étaient réutilisées. Hop ! On réenregistre un film par-dessus l’autre.
C’est ainsi qu’une cassette démarrait par trois noms d’éditeurs différents et par deux cartons annonçant des titres dissemblables ; c’est ainsi qu’en regardant SCANNERS de David Cronenberg, on entendait en arrière-plan la bande-son d’un film de guerre (avec hélicoptères, explosions et fusillades) par-dessus la bande-son du film visionné – effet surréaliste garanti. C’est ainsi qu’en croyant acheter TERREUR SUR LA LIGNE (un classique : « Fuyez !!! L’appel du tueur a été localisé : IL EMANE DE VOTRE PROPRE DOMICILE !!!! »), on faisait en réalité l’acquisition des RAPACES DU IIIe REICH (oui, ça surprend un peu). Après une inquiétante absence due à l’émergence du DVD, les éditions fantômes sont peu à peu réapparues, et semblent aujourd’hui en pleine possession de leur absence de moyens.
Alors pourquoi défendre des copies pourries et des films-mystères ? La raison principale en est que sans ces DVD à deux balles, quel éditeur sérieux nous aurait proposé des films comme MAC ET MOI, DRAGON BALL – LE FILM ou REBORN (un des premiers longs-métrages de Bigas Luna, avec Dennis Hopper) ? Sans eux, les séries Z seraient quasi absentes de mes étagères, or j’ai besoin de séries Z pour vivre. Sans eux, plus de vraies découvertes (au sens du trésor caché, du DVD qu’on va chercher au fond du bac poussiéreux en se salissant les mains). Plus de rires en découvrant le nouveau titre à la con de la dernière édition du HELLBOUND avec Chuck Norris (FLIC OU ENFER !!!). Acheter d’occasion un Hitchcock et un De Palma d’occasion, c’est bien, mais c’est encore meilleur quand pour deux euros de plus on peut passer à la caisse avec MADAME LOUP-GAROU et un David de Coteau de derrière les fagots. A une époque où le téléchargeur de Divx (que je ne suis pas, avec ma connexion 56k au rabais) passe au tribunal, ces petites éditions crapoteuses ont un petit côté anarchique (dans tous les sens du terme) qui est loin de me déplaire.
Oh ! J’allais oublier. Si je vous dis tout ça, c’est parce que je viens de visionner LES BETES FEROCES ATTAQUENT de « Frederico » Prosperi. Bon, en réalité, il s’agit à l’intérieur du film GNAW (FOOD Of THE GODS II) de Damian Lee, mais c’est pas bien grave. FOOD OF THE GODS, c’est quoi, me demande la petite Véronique. Il s’agit (en VF) du film SOUDAIN LES MONSTRES de Bert I. Gordon, réalisé en 1976 d’après une nouvelle de H.G.Wells, un film sur une invasion de rongeurs géants qui avait fait son petit effet à l’époque de sa sortie. (PS : Prism Leisure, j’aimerais beaucoup voir ce film, vous ne pourriez pas nous le sortir un de ces quatre ? Même sous le titre de CITIZEN KANE CONTRE LES LAPINS GEANTS, ça ne me dérange pas.) Pour info, le réalisateur Bert I. Gordon s’est fait un (petit) nom dans le genre en se spécialisant dans les films axés sur le thème du gigantisme, avec des films comme L’EMPIRE DES FOURMIS GEANTES, EARTH vs THE SPIDER, WAR OF THE COLOSSAL BEAST ou BEGINNING OF THE END). Le petit malin se serait inspiré, pour sortir du lot des réalisateurs de séries B, de ses propres initiales – B.I.G. !!!
En 1989, il était prévu que B.I.G. fasse son grand retour à la mise en scène en réalisant la suite de son FOOD OF THE GODS. Des problèmes de santé l’ont amené à jeter l’éponge. C’est l’inconnu Damian Lee qui s’y colle, avec un scénario basique et un budget très réduit. L’histoire : un médicament expérimental a provoqué une mutation chez un petit garçon, qui devient grand garçon sans pour autant être en mesure de s’intéresser aux filles. Et avec ça, il devient de plus en plus agressif. Un chercheur travaille à un antidote en reproduisant l’expérience sur des rats de laboratoire, mais l’intervention musclée d’un groupe d’étudiants anti-vivisection va libérer les monstres sur le campus. GNAW est une sympathique petite série B, pas très bien réalisée dans l’ensemble, mais qui bénéficie de bonnes idées, d’un humour à froid assez décalé et d’excellents effets spéciaux. Pas d’incrustations infographiques, l’essentiel des plans truqués joue sur les effets de perspective forcée perfectionnés par B.I.G. avec des résultats parfois saisissants. Gros comme des veaux, les rats impressionnent souvent et les séquences d’attaques sont correctement menées, notamment l’attaque finale dans une piscine où se déroule un concours de natation synchronisée (synchronisée, elle ne l’est pas longtemps, soyez-en sûrs). Le tout se regarde agréablement, avec quelques scènes qui se détachent vraiment du lot : une brève mais spectaculaire séquence onirique où une femme fait l’amour à un homme haut de près de trois mètres, l’agonie de la rate domestique du chercheur qui rampe vers la femme qu’il aime (jalouse, va !). Quelques scènes troublantes et assez malsaines vont même jusqu’à faire froid dans le dos – le garçonnet géant ne fait pas rire longtemps. Ne vous attendez pas à des créatures écrasant des immeubles ceci dit, la taille des monstres et de l’enfant était juste assez excessive pour vraiment déranger. Très franchement, pour un prix pareil, peu importent les couleurs un peu baveuses et les quelques décrochements de l’image, ça ne vaut pas le coup de s’en priver. Au fait, Prism Leisure, si vous sortez un jour le DVD de SOUDAIN LES MONSTRES II, je compte sur vous pour y trouver une copie des BETES FEROCES ATTAQUENT, hein ? OK ! Je voulais vous dire un mot sur l’extraordinaire MILLENIUM ACTRESS de Satoshi Kon, que je viens de voir (c’est une merveille), mais j’ai été trop bavard, ce sera pour une autre fois.
Le Marquis.
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Chers Amis,
Allez, pour le plaisir, comme disait le poète, on se refait un petit coup du jeu du film mystérieux. Je rappelle les règles de ce grand jeu où il n'y a rien à gagner.
Je vous proposer trois photos issues de trois films différents. Le jeu consiste à reconnaître le film dont chaque photo est extraite. Pas compliqué, hein?
Pour répondre, utilisez les commentaires.
Oui, mais bon, moi je suis nul, j'ai pas vu tant de films que ça, et patatati et patatata. C'est pas grave, tu peux jouer quand même. Même si on n'a pas reconnu le film, on peut faire des estimations comme des experts. Ce serait un film de quelle année? Quelle nationalité? C'est qui ces acteurs? Ce serait un film de quel genre, qui raconterait quel type d'histoires? Ça pourrait être un plan filmé par quel réalisateur? etc.
Ce qui veut dire qu'en cherchant tous ensemble, vous allez pouvoir bien vous marrer, sans doute (je ris souvent en lisant vos délicieux commentaires), et surtout peut-être réfléchir ensemble et faire des réponses collégiales, comme on dit sur certaines radios.
Les réponses seront données en commentaire dans quelques jours.
Attention, ces photos sont issues de DVD que j'ai dans ma petite collection. Il se peut qu'il y ait autre chose que des films de fictions, voire autre chose que des films. Documentaire, séries, etc. S'il s'agit d'une série, n'hésitez pas à trouver le titre de l'épisode... Enfin, dernière consigne, pour corser un peu le tout, les photos ne sont pas forcément au format original du film, et je me garde la possibilité de recadrer dans l'image. Je passerai voir comment tout cela évolue, et peut-être vous donnerai des indices.
C'est parti pour la huitième série.
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diapo 801: y'a pas à dire, c'est beau une femme la nuit! Trouvable, je pense, ou du moins, situable...
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Diapo 802: un peu plus dur, certes mais beaucoup d'indices...
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diapo 803: je sais pas ce que vous en pensez, mais les trois photos résument bien le site! Bon là, c'est un peu dur, mais en même temps, on voit l'acteur ce qui assez rare! Après en déduisant, on peut se rapprocher...
Bonne chance, et bon courage! la rubrique "commentaire" est à vous.
Dr Devo

(photo: "Spleen-Screen" par Dr Devo)

(photo: "George Pan Cosmatos Memorial" par Dr Devo)

(photo: "Sexy" par Le Marquis.)

(Photo: "La vie en Pink Pussycat" par Dr Devo)
Voilà bien un film qu’on a envie de voir dès que nos yeux se posent sur l’affiche : du Z assumé, un esprit trash-vulgos réjouissant et surtout la présence des égéries du cinéaste Russ Meyer et leur tour de poitrine surréaliste. Kitten Natividad (ULTRAVIXENS), Haji (FASTER PUSSYCAT ! KILL !! KILL !!! (cf. la superbe photo du Dr Devo, ci-dessus), SUPERVIXENS) et Raven de la Croix (MEGAVIXENS) honorent de leur présence cette petite production prometteuse signée William Winckler (qui n’a rien fait de spécial avant ni depuis). Hélas, on débande très vite. Chastity Knott (Kitten Natividad) est patronne de bar avec un cœur gros comme ça, confortablement niché sous une paire de seins pour le moins impressionnante.
Mais un jour, c’est le drame : son médecin (Raven de la Croix) lui apprend qu’elle a un cancer du sein. Mais comme les choses ne peuvent aller si mal, le docteur lui apprend qu’un fruit poussant quelque part en Amérique du Sud pourrait peut-être lui sauver la mise. Qu’à cela ne tienne, Chastity saute dans un avion et parvient à mettre la main sur le fruit en question, le Crockzilla. Une amazone affable lui montre comment le consommer, dans une scène de fellation sur banane qui reste la plus réjouissante du métrage. A son retour, non seulement Chastity est guérie, mais elle a acquis des super-pouvoirs et une force herculéenne. Pouvoirs qui lui seront utiles pour combattre le patron malveillant d’un bar concurrent et ses trois danseuses meurtrières (dont Haji).
Alors qu’on s’attendait à un nanar réjouissant et débile comme il faut, ce sont des sentiments de tristesse et d’énervement qui finissent par l’emporter. Tristesse pour les actrices, sympathiques mais décaties, se débattant comme elles peuvent avec un film impossible. Et pour Russ Meyer, qui a cessé de tourner à la fin des années 70, beaucoup trop tôt. Bien sûr, ça fait plaisir de les revoir - mais pas là-dedans, pas comme ça. Enervement surtout contre William Winckler. Celui-ci n’en revient pas de disposer d’un tel casting et truffe son film d’allusions au cinéma de Russ Meyer et tente d’en restituer l’insolence et l’absurdité. Pourtant, son film représente rigoureusement tout ce que Russ Meyer n’est pas.
Pour les néophytes, Russ Meyer est un réalisateur (décédé il y a peu) qui s’était fait une spécialité de films voguant entre la comédie, l’érotisme, le fantastique et le thriller, systématiquement dotés d’un casting de poitrines aux dimensions gargantuesques. Bêtement classé dans la pornographie par les tenanciers de vidéo-clubs incultes, accusé par certains de misogynie (alors que ses films sont des manifestes énergiques et renversants sur le pouvoir – et la
supériorité – de la Femme, notez le F majuscule), Russ Meyer a un talent unique pour la mise en scène et pour la narration, il a su créer un genre cinématographique totalement à part et ses films, loin de n’être que des films d’exploitation sexy (ce qu’ils sont aussi), sont surtout des œuvres extraordinairement modernes, maîtrisées et atypiques. En plus des titres évoqués plus haut (dont FASTER PUSSYCAT et SUPERVIXENS, incontournables), on peut également citer MOTOR PSYCHO ou LA VALLEE DES PLAISIRS, remake très personnel, émouvant et inquiétant, du bon LA VALLEE DES POUPEES de Mark Robson dans lequel on peut entendre cette réplique culte : « Ce soir, tu boiras le sperme noir de ma vengeance !». Bref, si vous ne deviez voir qu’un seul Russ Meyer, vous devriez les voir tous jusqu’au dernier – et vous n’avez pas d’excuses, on les trouve partout en DVD pour moins de 4 euros.
D’où un énorme malentendu dans ce DOUBLE-D AVENGER : Winckler n’a manifestement rien compris au cinéma de Russ Meyer, qu’il semble réduire à des allusions salaces, des strip-teases mécaniques et un humour à la Benny Hill. Le gouffre qui sépare n’importe quel Russ Meyer de cet étron filmique réside chez Winckler
dans la nullité abyssale du scénario (qui a le délire pour le moins poussif et téléphoné) et surtout de la mise en scène (ou absence totale de mise en scène) qui me fera saigner des yeux si je revois le film.
Je suis prêt à disposer d’abysses d’indulgence envers le tout-venant de la série Z ; j’ai vu récemment un DEATH MASK avec Linnea Quigley, tourné en vidéo dans des conditions et avec un budget manifestement comparable à celui du film de William Winckler : ce
n’était pas une merveille, loin de là, mais dans sa médiocrité, le film
essayait, proposait un esprit véritablement décalé, des astuces de mise en scène, des audaces de montage (avec une forme de bande-annonce muette de l’ensemble du métrage en guise de prégénérique). Ici, rien, le néant. L’alibi de l’hommage à Russ Meyer porté en étendard ne vaut à DOUBLE-D AVENGER, film profondément laborieux, idiot et laid, qu’un mépris radical et amplement mérité.
Alors un bon conseil : si vous êtes familiers de l’univers de Russ Meyer, gardez votre nostalgie, elle vaut mieux que de voir une Haji bouffie débiter des dialogues lamentables dans un récit mené par un sinistre exploiteur. Dans le cas contraire, gardez votre curiosité pour les véritables prestations de Kitten, Haji & Raven, procurez-vous une copie (en VOST !) de MEGAVIXENS, là on pourra parler de cinéma. Et ça vaut aussi pour vous les filles !
Le Marquis.
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