(photo: "Le Point Noir du Mauvais Cinéma" par Dr Devo)

Chers Confrères,
 
Comme pour crâner, je reviens sur Matière Focale après quelques jours d'absence. Vous étiez dans de bonnes mains, avec Mr Le Marquis, plus en forme que jamais dans une défense superbe des copies DVD semi-pirates (c'est un peu compliqué mais fabuleusement bien expliqué par Marquis, ici). Et hier, vous avez pu découvrir le petit nouveau de la bande, Tournevis, l'homme qui démonte les films sans vergogne et vous dit ce qu'il y a sous le capot. Il vous conseille GARDEN STATE, et d'assez loin.
 
Et ce n’est pas moi qui vais vous conseiller un film sympa pour ce dimanche 1er mai, ou pour le prochain viaduc. De toutes façons, les beaux jours arrivent et les salles de cinéma vont heureusement se vider ! Parce que là, les amis, c'est pas du terrible quand même. Enfin bon, on va quand même faire avec.
L'EMPIRE DES LOUPS de Chris Nahon, est, comme chacun le sait, excepté le Dr Devo qui se rendit compte que sa bévue était double pendant le générique, ce film, dis-je, comme chacun le sait, est donc adapté d'un livre de Jean-Christophe Grangé déjà auteur des RIVIERES POURPRES le film... Towww ! Bévue Mortelle pour le Dr Devo, tel aurait pu être le titre de cette séance. Bon, je savais que j'allais voir un Jean Reno qui, comme je le disais il y a peu, est le Eric von Stroheim des années 2000, et donc à ce titre, on sait à quoi on s'attend, ou plutôt à quoi on ne s'attend pas. Les deux petits gars derrière moi m'ont donc appris, en bavardant pendant le générique, que c'était adapté de Grangé, et je ne sais comment le dire avec exactitude, mais ça m'a fait un coup au moral. Bon, le scénario des RIVIERES POURPRES était complètement surréaliste, et franco-français jusqu'à l’absurde. Très confuse la chose, au papier comme à l'écran d'ailleurs, où tout était assez laid, très débilosse, et unanimement mal joué ! Bravo les Artistes. Cependant, il y avait un plan et demi de réussi. D’abord, le plan en caméra subjective sur le stade, de nuit, avec sa couleur sublimement maronnâtre, sur le "méchant" masqué qui fuit progressivement Cassel. Ça dure deux secondes, ce plan, mais c'est magnifique. Et puis il y avait le plan descendant sur la fac de médecine, qui s'achevait sur la route et où le mot « Urgence », en immense, couvrait en fin de mouvement la totale longueur du scope ! Idée farfelue, belle mais malheureusement le plan était complètement foiré : ça tremblait de partout ! Très laid ! Mais quelqu'un a eu l'idée géniale de mettre le son d'un hélicoptère dessus, car après tout le plan est dans un mouvement "descendant" ! Et là, je dis chapeau ! Ça, c'est la France ! Pas étonnant que les Etast-Uniens nous raflent la mise au moindre XXX. En tout cas, un plan sublime de deux secondes, et un plan rigolo et raté de trois secondes, ce n’est pas grand chose!
 
Ici, il s'agit d'une enquête policière en deux temps. D'un côté, un sérieulh-killaheu qui terrorise le quartier turc (Turkistown ?) de Paris, et qui laisse derrière lui des cadavres de jeunes femmes mutilées avec un soin maniaque. De l'autre côté, une jeune femme comme vous et moi, sauf qu'elle est mariée à un énarque policier (si j'ai bien compris), et qu'elle habite dans un studio haussmannien de trois cent mètres carrés, décoré avec le plus grand soin, et le mauvais goût le plus sûr. Elle se demande si sa famille n'est pas en train de la manipuler, car elle a des troubles de la mémoire (elle ne reconnaît pas son mari, mais ceci dit, c'est pas très étonnant, il est carrément très oubliable...), des troubles de la mémoire dis-je, et on va même lui faire passer des examens high-tech dans un labo secret de l'Armée. Finaude comme pas deux, elle a des soupçons. Le jeune flic qui enquête sur le sérieulh-killaheu (sa maman a été tuée quand il avait 7 ans ! respect !), patine complètement, aucun indice, tueur maniaque... Blah-blah... Il va trouver un ex-flic renvoyé de la maison, spécialiste du milieu turc, et considéré comme un ripou par tous ces anciens collègues. Le vieux flic et le jeune flic (ha ouais !) viennent très vite à la conclusion que, accrochez-vous, "il ne faut pas trouver le tueur, mais trouver la prochaine victime", phrase sublime pour la bande-annonce, ou pour qui veut faire une enquête à la Robbe-Grillet, mais pour les autres, procédé laborieux à la COLUMBO, un indice menant à un autre. Petit baigneur, fais tes longueurs de piscine. Brasse, petit vernis. « Mettre papier + carbone dans la machine ! Continue comme ça, dit-elle. Oh ouiiiiiii ! Oh oui ! » Comme disait le poète quoi ! La roue libre. Générique. Tu rentres chez toi et tu regardes un épisode de CHAPEAU MELON ET BOTTES DE CUIR, et tu éclates de rire. Les imbéciles ! Ce n’est pourtant pas compliqué ! [Chose d'autant plus drôle que Gaumont aurait payé les droits d'adaptation 1 million d'euros !!!]
 
Alors Docteur, faut-il essayer de sauver le patient, ou cela est-il désespéré ?  Bah, débranchez-le... Une scène hilarante au début et en générique, où notre héroïne manipulée dans le labo high-tech et secret de l'armée doit reconnaître des images projetées, ambiance tranquillement pompée à deux ou trois dizaines de films. L'actrice Arly Jover, que notre ami Léon C. adore (j'y reviens), est allongée sur un siège de dentiste du troisième millénaire, en petit T-shirt, et petit slibard assorti, telle Milla Jovovich dans le premier RESIDENT EVIL. On injecte à la pauvrette du liquide radioactif fluo-verdâtre, un peu à la RE-ANIMATOR, film que Léon C. adore d'ailleurs. Etc. Bref, ça pille à tous les étages mais la scène est assez drôle, parce qu'on lui fait reconnaître des formes très compliquées (carré, triangle, croix...) et des personnages célèbres (Staline, Mao, Reagan), et que, quand le seul visage qu'on ne connaît pas passe, elle se met à hurler "jesaispasjesaispasjesaispas!!!!"... En fait, c’est la photo de son mari ! Bref, un grand moment de splendouillettude.
La première partie, assez mal écrite donc (comme le reste d'ailleurs !), court gentiment après SEVEN, pour son ambiance pluie, où l’on dénote un petit effort d'étalonnage et de jeux de reflets (cf. le retour en voiture) pas forcément désagréable, mais qui tombe très vite à l'eau, d'abord à force de répétition, puis à force de montage anarchique, sans rythme et aléatoire, très au service de comédiens qui sont soit complètement paumés, soit complètement à côté de la plaque, "à la française" ! Ce petit effort esthétique ne pisse pas loin, et le reste est super-mou. On baille, et on note les maladroites références pour faire « dans le style de... » Plutôt que de revoir le beau THE CELL (et même de le revoir encore en écoutant le commentaire audio dur mais sublime où le réalisateur explique pourquoi on ne plus faire de film de serial killer) et de s'apercevoir qu'on peut faire un film de tueurs sans lumière grise-bleue, et en plein soleil, les "concepteurs" de L'EMPIRE DES LOUPS construisent leur film comme des ambianceurs préparent une soirée people dans une boîte branchée. Là, ce serait la salle classique, là, ce serait l'ambiance Kawaï, et là, patati patata... Aucun intérêt. Côté acteurs, évidemment ça ne joue pas beaucoup. Le niveau visé est celui d'un téléfilm, et pendant la projection, on se sent plus proche de LOULOU LA BROCANTE ou de PJ à la rigueur que de David Fincher. C'est assez mal joué donc, et on est assez soulagés finalement de voir Jean Reno débarquer et jeanrenoïser tranquillement, l'œil rivé hors-champs sur l'énorme chronomètre qu'il a fait installer près des techniciens, et qui lui indique le coût de sa performance qui monte, qui monte, qui monte... Laura Morante fait ce qu'on lui dit de faire et s'en sort un peu mieux que les autres, il est vrai, dans un rôle assez minuscule. Pour les plus pointilleux d'entre-nous, signalons la présence de Vincent Grass, ici complètement anonyme car il n'a qu'une scène, et débile en plus, mais qu'on retrouvera  à l'automne prochain dans THE TULSE LUPPER SUITCASES 2 de Peter Greenaway, chic chic chic, qui sera sûrement aussi superbe que le No1 que j'ai déjà vu, et dont je vous assure, chers confrères, que c'est un chef-d'œuvre galactique intégral. Et ce n'est pas nos amis Bernard RAPP et le Marquis qui nous diront le contraire !
 
En bref, avec ses velléités de suiveur et son casting qui, majoritairement, vise la qualité TV, rien à signaler dans ce film bâclé, dont on se demande bien où est passé le budget complètement hénaurme ! Pour répondre à notre ami Léon C., qui avait laissé une remarque en commentaire de mon article sur MILLION DOLLAR BABY  (tu es ici chez toi, tu reviens quand tu veux, comme disait le poète), Arly Jover, l'hispanique au physique un peu particulier,  a l'air complètement perdue dans un rôle très ingrat (quand elle est allongée, ou que sa tête penche vers l’arrière, elle a un vrai faux air de Rachel Griffith). J’ai dû en effet la croiser dans le premier BLADE (mais je ne m'en souviens pas), et je préfèrerais la voir nettement dans FOUR DOGS PLAYING POKER où elle tenait l'affiche avec Olivia Williams, la délicieuse et sublime héroïne de RUSHMORE, le chef-d'œuvre de Wes Anderson. Bref, à moins de rêver au prochain Greenaway ou de se rappeler RUSHMORE pendant la séance, L'EMPIRE DES LOUPS n'a aucun intérêt, ne fait preuve d'aucune volonté d'originalité, et une fois de plus, devant tant d'approximation et de suivisme (et surtout de manque de mise en scène), on a une fois de plus l'impression de se faire faire les poches, là où le prix d'une place de cinéma dépasse de plus en plus les 7€ !
 
A la fin de la toute dernière scène, Reno et son pote le jeune flic finissent par abattre le véritable méchant de l'histoire. Reno reçoit un coup de fil de son super-patron de la Police qui dit : "Où est-ce que vous en êtes ?". Reno, qui vient d'abattre le "cerveau" de l'histoire, répond : "C'est bon. C’est fini !". Et hop, générique. Tu le sens le regard sur le chronomètre à euros, hors-champ ? Tu le sens le ton du film ? Oui, et ça a un nom: VULGAIRE !
 
 Evidemment Vôtre,
 
Dr Devo
 
PS: je pensais parler dans ce même article de XXX, deuxième mouture, mais je crois qu'on en a vu assez pour aujourd'hui. Vous trouverez chez notre ami Kuhe im Halbtrauer un très bel article sur L'EMPIRE DES LOUPS.
 
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Dimanche 1 mai 2005

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(photo: "Patha Madonnos" par Dr Devo)

 

Chers Amis,

La famille de Matière Focale s'aggrandit. En plus du Marquis et moi-même, il faudra désormais conmpter sur notre ami Tournevis. L'oeil expert, le regard vif, et la plume bien affûtée, Tournevis avait complétement sa place ici. Nous l'accueillons avec joie, sous vos applaudissements pour son premier article (et qui ne sera pas son dernier). Matière Focale, c'est ça: sélectionner les meilleurs races de critiques pour ne vous donner que le meilleur. Je vous laisse maintenant dans les mains expertes de Tournevis.

Garden State est la dernière curiosité indé du cinoche américain. Film estampillé « Oui FM, la Radio Rock » (super !), porté aux nues par Jean-Pierre Jeunet (re-super !), avouez que ça fait peur. En fait, pas du tout… Enfin beaucoup moins qu’on aurait pu le craindre. Au-delà du buzz marketing sûrement distillé à grands coups de brainstormings inutiles par le distributeur français, le film de Zach Braff se révèle un des films les plus attachants et – à y regarder de plus près – les plus profonds de cette année.
L’acteur auteur réalisateur (étonnant morphing physique entre un jeune Spielberg et un Tom Cruise plus chevalin qu’à l’accoutumé) ose, à partir d’un argument simpliste (un jeune acteur débutant – Andrew – revient dans sa petite ville natale pour y enterrer sa mère handicapée, noyée dans sa baignoire), jouer la carte de la mélancolie, sentiment cinématographique clef, hélas trop rare dans la production américaine d’aujourd’hui.
Premier point fort du film : les acteurs. Natalie Portman en tête (ok, j’avoue, je craque). Après s’être ouvert les veines dans HEAT et écarté le string à paillettes dans CLOSER, la jeune femme nous montre ici, encore une fois, l’étendu de son immense talent et la pertinence de ses choix post STAR WARS. Elle prend des risques la donzelle, n’hésitant pas à camper avec une facilité déconcertante une jeune « white trash » complètement chtarbée et, bien évidemment très attachante. On voit venir l’histoire d’amour à grands pas, mais la poupée est farouche et l’on se demande comment et quand ces deux freaks vont fricoter enfin semble. Ian Holm ensuite, dans le rôle ingrat de l’austère paternel qui ronge son frein et qui ressasse jusqu'à l’ulcère l’idée tenace que son fils est la cause, certes involontaire, de l’handicap de sa femme, et donc de sa mort. Bref, son personnage n’est pas vraiment un joyeux drille, mais l’acteur anglais est une fois de plus sidérant d’intériorité et de retenu.
Zach BRAFF, lui, campe l’anti-héros parfait, Andrew, un mec d’une mollesse exemplaire, aussi imperméable aux événements extérieurs qu’une toile cirée au jus de pomme, que ça soit la mort de sa mère ou les frottis-frottas d’une bombe anatomique lors d’une soirée déglingue. Andrew se fond d’ailleurs dans le décor, au propre comme au figuré, dans un gag caméléonesque assez réussi. Sa vie, loin d’être rythmée par les matchs de football de l’équipe locale, mais plutôt par ses rendez-vous chez le psy, ses humiliations au resto où il travaille ou par la prise de psychotropes, tend plutôt vers l’abrutissement volontaire et quasi masochiste du moindre de ses états d’âme. Jamais vu un personnage aussi mou du genou ni aussi transparent dans un film US. On n’est pas loin de Mersault, l’étranger de Camus.
Alors, GARDEN STATE, œuvre radicale ou bien film de djeunz du samedi soir ? Les deux mon capitaine. Et c’est ça qui en fait tout le charme de cet « Etat des Jardins » (le New Jersey) à l’instar des premiers films d’ados d’un John Hughes qui, avant l’horripilante série des MAMAN, J'AI RATE L'AVION, réussissait à nous émouvoir au milieu des 80’s avec quelques teen comédies bien troussées et toujours justes comme BREAKFAST CLUB ou même le débilissime, mais fort hilarant, LA FOLLE JOURNEE DE FERRIS BUELLER. Plus récemment, et à l’instar de DONNIE DARKO, GARDEN STATE nous pointe du doigt une jeunesse américaine bien éloignée des clichés ados : sportifs, graisseux, décérébrés. Les personnages de Garden State, sont gavés de lithium (comme le héros du film de Richard Kelly), tètent le bang sur le canap défoncé du salon comme on se coupe les ongles des pieds et ne conçoivent pas une simple soirée de retrouvailles entre potes sans comprimés d’ecstazy ou sans partouzer comme pour oublier de concert leur misérables conditions humaines et le trou du cul du monde qui leur serve de ville natale. Pathétique.
Bon évidemment le film est en scope et les morceaux de musique pop mixées très fortes qui parsèment la bande son donnent tout de même envie d’aller habiter là-bas et forcent un peu facilement l’indentification aux personnages principaux. Mais bon, pêché de jeunesse sans doute.
Le film se termine sur un faux happy end amer comme si le réalisateur, tiraillé entre la tristesse générale de son propos et l’obligation de terminer sur une note positive, se mordait la queue. Dernières phrases du film, Andrew murmure à plusieurs reprises à sa belle un « Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? » qui n’augure pas que de bonnes choses. Bon, qu’est-ce qu’on fait maintenant ?

 

Tournevis.


PS : ah oui, comme tous les films ricains où enfants et ados apparaissent, V.O. indispensable bien sûr…

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Samedi 30 avril 2005

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(Photo : "Don"t Fence Me In, Kavaliere !" par Dr Devo)

 

 

Mentionnée dans un commentaire récent, la revue Mad Movies rédigeait il y a peu un coup de gueule contre certains éditeurs DVD semi-pirates comme Prism Leisure. Motif invoqué : ces malfrats de l’édition proposent sur le marché et pour des prix ridicules des copies dégueulasses de films de série B/Z, et trafiquent fréquemment le visuel de la jaquette pour nous vendre le film A à la place du film B (exemple récent, vous croyez acheter le film NUKIE ET MIKO, et vous rentrez en fait chez vous avec le film MAC ET MOI – croyez-moi, vous gagnez au change). [Note du Dr Devo: l'impact de MAC ET MOI est tellement fort, et son importance dans l'histoire du cinéma tellement importante que Matière Focale lui consacre une rubrique entière: articles ici et .] Je peux comprendre cette réaction ; on voudrait que tous les films sortent, et dans des éditions en VOST – format respecté – copie restaurée. Mais je ne partage pas du tout leur point de vue. Il y a du bon dans ces éditions. Je m’explique. Combien d’éditeurs de ce style existent réellement ? Difficile de répondre à cette question. Dans la mesure où ils ne possèdent pas les droits de l’essentiel des films de leur catalogue, leurs produits sont régulièrement retirés du marché (écoulé principalement dans les bacs des grandes surfaces en périodes de soldes ou directement dans les dépôts ventes). Ces films réapparaissent alors sous un autre titre, avec une autre affiche, et parfois avec des crédits totalement fantaisistes. Le nom de l’éditeur change lui aussi régulièrement (après Initial Video, Integral Video, Prism Leisure fait en ce moment long feu). Encore mieux et surtout plus drôle, à l’époque de la VHS, les cassettes contenant des films retirés des bacs (invendus ou retirés pour de mesquines questions de droits non payés) étaient réutilisées. Hop ! On réenregistre un film par-dessus l’autre.
C’est ainsi qu’une cassette démarrait par trois noms d’éditeurs différents et par deux cartons annonçant des titres dissemblables ; c’est ainsi qu’en regardant SCANNERS de David Cronenberg, on entendait en arrière-plan la bande-son d’un film de guerre (avec hélicoptères, explosions et fusillades) par-dessus la bande-son du film visionné – effet surréaliste garanti. C’est ainsi qu’en croyant acheter TERREUR SUR LA LIGNE (un classique : « Fuyez !!! L’appel du tueur a été localisé : IL EMANE DE VOTRE PROPRE DOMICILE !!!! »), on faisait en réalité l’acquisition des RAPACES DU IIIe REICH (oui, ça surprend un peu). Après une inquiétante absence due à l’émergence du DVD, les éditions fantômes sont peu à peu réapparues, et semblent aujourd’hui en pleine possession de leur absence de moyens.
Alors pourquoi défendre des copies pourries et des films-mystères ? La raison principale en est que sans ces DVD à deux balles, quel éditeur sérieux nous aurait proposé des films comme MAC ET MOI,
DRAGON BALL – LE FILM 
ou REBORN (un des premiers longs-métrages de Bigas Luna, avec Dennis Hopper) ? Sans eux, les séries Z seraient quasi absentes de mes étagères, or j’ai besoin de séries Z pour vivre. Sans eux, plus de vraies découvertes (au sens du trésor caché, du DVD qu’on va chercher au fond du bac poussiéreux en se salissant les mains). Plus de rires en découvrant le nouveau titre à la con de la dernière édition du HELLBOUND avec Chuck Norris (FLIC OU ENFER !!!). Acheter d’occasion un Hitchcock et un De Palma d’occasion, c’est bien, mais c’est encore meilleur quand pour deux euros de plus on peut passer à la caisse avec MADAME LOUP-GAROU et un David de Coteau de derrière les fagots. A une époque où le téléchargeur de Divx (que je ne suis pas, avec ma connexion 56k au rabais) passe au tribunal, ces petites éditions crapoteuses ont un petit côté anarchique (dans tous les sens du terme) qui est loin de me déplaire.
Oh ! J’allais oublier. Si je vous dis tout ça, c’est parce que je viens de visionner LES BETES FEROCES ATTAQUENT de « Frederico » Prosperi. Bon, en réalité, il s’agit à l’intérieur du film GNAW (FOOD Of THE GODS II) de Damian Lee, mais c’est pas bien grave. FOOD OF THE GODS, c’est quoi, me demande la petite Véronique. Il s’agit (en VF) du film SOUDAIN LES MONSTRES de Bert I. Gordon, réalisé en 1976 d’après une nouvelle de H.G.Wells, un film sur une invasion de rongeurs géants qui avait fait son petit effet à l’époque de sa sortie. (PS : Prism Leisure, j’aimerais beaucoup voir ce film, vous ne pourriez pas nous le sortir un de ces quatre ? Même sous le titre de CITIZEN KANE CONTRE LES LAPINS GEANTS, ça ne me dérange pas.) Pour info, le réalisateur Bert I. Gordon s’est fait un (petit) nom dans le genre en se spécialisant dans les films axés sur le thème du gigantisme, avec des films comme L’EMPIRE DES FOURMIS GEANTES, EARTH vs THE SPIDER, WAR OF THE COLOSSAL BEAST ou BEGINNING OF THE END). Le petit malin se serait inspiré, pour sortir du lot des réalisateurs de séries B, de ses propres initiales – B.I.G. !!!

En 1989, il était prévu que B.I.G. fasse son grand retour à la mise en scène en réalisant la suite de son FOOD OF THE GODS. Des problèmes de santé l’ont amené à jeter l’éponge. C’est l’inconnu Damian Lee qui s’y colle, avec un scénario basique et un budget très réduit. L’histoire : un médicament expérimental a provoqué une mutation chez un petit garçon, qui devient grand garçon sans pour autant être en mesure de s’intéresser aux filles. Et avec ça, il devient de plus en plus agressif. Un chercheur travaille à un antidote en reproduisant l’expérience sur des rats de laboratoire, mais l’intervention musclée d’un groupe d’étudiants anti-vivisection va libérer les monstres sur le campus. GNAW est une sympathique petite série B, pas très bien réalisée dans l’ensemble, mais qui bénéficie de bonnes idées, d’un humour à froid assez décalé et d’excellents effets spéciaux. Pas d’incrustations infographiques, l’essentiel des plans truqués joue sur les effets de perspective forcée perfectionnés par B.I.G. avec des résultats parfois saisissants. Gros comme des veaux, les rats impressionnent souvent et les séquences d’attaques sont correctement menées, notamment l’attaque finale dans une piscine où se déroule un concours de natation synchronisée (synchronisée, elle ne l’est pas longtemps, soyez-en sûrs). Le tout se regarde agréablement, avec quelques scènes qui se détachent vraiment du lot : une brève mais spectaculaire séquence onirique où une femme fait l’amour à un homme haut de près de trois mètres, l’agonie de la rate domestique du chercheur qui rampe vers la femme qu’il aime (jalouse, va !). Quelques scènes troublantes et assez malsaines vont même jusqu’à faire froid dans le dos – le garçonnet géant ne fait pas rire longtemps. Ne vous attendez pas à des créatures écrasant des immeubles ceci dit, la taille des monstres et de l’enfant était juste assez excessive pour vraiment déranger. Très franchement, pour un prix pareil, peu importent les couleurs un peu baveuses et les quelques décrochements de l’image, ça ne vaut pas le coup de s’en priver. Au fait, Prism Leisure, si vous sortez un jour le DVD de SOUDAIN LES MONSTRES II, je compte sur vous pour y trouver une copie des BETES FEROCES ATTAQUENT, hein ? OK ! Je voulais vous dire un mot sur l’extraordinaire MILLENIUM ACTRESS de Satoshi Kon, que je viens de voir (c’est une merveille), mais j’ai été trop bavard, ce sera pour une autre fois.

Le Marquis.

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Vendredi 29 avril 2005

recommander publié dans : Corpus Analogia

Chers Amis,

Allez, pour le plaisir, comme disait le poète, on se refait un petit coup du jeu du film mystérieux. Je rappelle les règles de ce grand jeu où il n'y a rien à gagner.

Je vous proposer trois photos issues de trois films différents. Le jeu consiste à reconnaître le film dont chaque photo est extraite. Pas compliqué, hein?

Pour répondre, utilisez les commentaires.

Oui, mais bon, moi je suis nul, j'ai pas vu tant de films que ça, et patatati et patatata. C'est pas grave, tu peux jouer quand même. Même si on n'a pas reconnu le film, on peut faire des estimations comme des experts. Ce serait un film de quelle année? Quelle nationalité? C'est qui ces acteurs? Ce serait un film de quel genre, qui raconterait quel type d'histoires? Ça pourrait être un plan filmé par quel réalisateur? etc.

Ce qui veut dire qu'en cherchant tous ensemble, vous allez pouvoir bien vous marrer, sans doute (je ris souvent en lisant vos délicieux commentaires), et surtout peut-être réfléchir ensemble et faire des réponses collégiales, comme on dit sur certaines radios.

Les réponses seront données en commentaire dans quelques jours.

Attention, ces photos sont issues de DVD que j'ai dans ma petite collection. Il se peut qu'il y ait autre chose que des films de fictions, voire autre chose que des films. Documentaire, séries, etc. S'il s'agit d'une série, n'hésitez pas à trouver le titre de l'épisode... Enfin, dernière consigne, pour corser un peu le tout, les photos ne sont pas forcément au format original du film, et je me garde la possibilité de recadrer dans l'image. Je passerai voir comment tout cela évolue, et peut-être vous donnerai des indices.

 

C'est parti pour la huitième série.

 

 

 

diapo 801: y'a pas à dire, c'est beau une femme la nuit! Trouvable, je pense, ou du moins, situable...



 

 

 

Diapo 802: un peu plus dur, certes mais beaucoup d'indices...



 

 

 

diapo 803: je sais pas ce que vous en pensez, mais les trois photos résument bien le site! Bon là, c'est un peu dur, mais en même temps, on voit l'acteur ce qui assez rare! Après en déduisant, on peut se rapprocher...

 

 

Bonne chance, et bon courage! la rubrique "commentaire" est à vous.

 

Dr Devo

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Jeudi 28 avril 2005

recommander publié dans : Ethicus Universalis

(photo: "Spleen-Screen" par Dr Devo)

Chers Confrères,
 
Au final, il n'y a qu'une seule règle sur ce site, une seule qui se dégage en pratique (a posteriori), à savoir : les jours se suivent et ne se ressemblent pas. N'est-ce pas ? Hier, nous évoquions le surprenant cas de Gérard Kikoïne, le fameux réalisateur de films pornos français qui réussissait EDGE OF SANITY, un très beau film fantastique entre classicisme et folies un peu iconoclastes, et aujourd'hui que fait-on ? Ben, on va se taper (si j'ose) un réalisateur des plus classiques, on va jouer aux Cahiers du Machin, on va parler de Anthony Mann. Peut-être que demain, nous parlerons de Sabine Paturel ou de Jason Schwarztman, qui sait ? Elle est pas belle la liberté ? Allez, chers enfants, allez et courez en toute liberté dans les champs du Seigneur, comme disait le nanar des années 90.
 
Bon, vérifications. C'est bien ce que je craignais. On peut le dire sans détour : je n'ai vu qu'un film de Anthony Mann, à savoir LE CID, avec le splendouillet Charlton Heston. J'étais petit, et j'avais aimé ça, mais les souvenirs qui me restent, relus à l'aune de ma sagesse et des ans passés, me mettent sur la défensive, et me font penser que j'avais aimé ça parce que c'était le premier vieux film en technicolor que je voyais en salle. Et il y avait quand même, il me semble, et vous me corrigerez si ce n'est pas le cas, un plan final avec baiser sur soleil couchant. Quand même. Bah, c'est pas grave, passons.
 
THE GREAT FLAMARION, tel est le titre mi-grandiloquent et mi-ridicule de cette CIBLE VIVANTE francisée, assez mal d'ailleurs. Le Grand Flammarion, même en frankreich dans el texto, ça a quand même plus de gueule. Tiens, pendant qu'on y est, dans le courant de la semaine, on reparlera de la politique des distributeurs en matière de marketing et de titres, lorsqu'on parlera d’Isabelle Huppert (sans rancune, Lorraine !) et de Jason Schwarztman (we're all Devo!) et de Jude Law (surveillez les jours à venir, les filles !). Eric von Stroheim, dont je me garderais bien de juger la carrière de réalisateur car je n'en ai vu aucun, je crois du moins, je vérifierai un de ces quatre... [Nota Bene : cette semaine revient dans presque chaque article l'expression un de ses quatre... Etrange, non ?]  Von Stroheim... un peu le Jean Reno de son temps, non ? Grand (en fait pas du tout : 1.70m), imposant, le crâne rasé, le flegme imperturbable, un petit côté Dark Vador sans le masque, histoire de faire plaisir à Google. Bref, un type sympathique tant qu’on n’a pas vu le machin anti-guerre de Renoir, matrice de LA COULEUR POURPRE d'ailleurs. [NB : quel autre site de cinéma est capable de citer deux fois en trois jours le film LA COULEUR POURPRE, succès de jadis, oubliettes d'aujourd'hui ?]
 
Von Stroheim, donc, est bien le grand Flammarion (sublime, le titre en français !), autrement dit un artiste de music-hall. Car nous sommes au Mexique... Le nombre de films américains se passant au Mexique que j'ai vus cette année est ahurissant ! Et ils sont assez bons en général ! Va comprendre, Guy. On joue comme on aime, définitivement. On est au Mexique, donc, en 1936. Très joli plan d'ouverture, classique certes mais joli, et même surprenant pour l'époque. Nous sommes à l'entrée d'une salle de music-hall, et la caméra en plan subjectif et séquence nous fait entrer dans la salle. On donne son ticket à l'ouvreur, on s'installe, puis la caméra continue d'avancer jusqu'à la scène, lentement, le numéro change, et un autre commence et pof, première coupure. Plan-séquence, un peu naïf peut-être (Entrez dans la salle et entrez dans le film), mais agréable et surtout très long. Quatre bonnes minutes à vue de nez. What's coming next ? Comme on dit dans la seule émission de cinéma expérimental du PAF (cherche Lycos, cherche...). Le numéro suivant, c'est un comique-gymnaste avec des chaussures de clown, assez marrant d'ailleurs. Il fait son numéro, et coup de feu. Affolement dans le public et en coulisse. On a tué une jeune artiste belle comme le soleil (on ne la verra que plus tard d'ailleurs ce qui est assez élégant). La police fait boucler le backstage, et un homme massif va se cacher en titubant dans les cintres. La police interroge son monde, fait emmener le mari de la victime au poste, mais aucune piste ne se profile. Tony Le Clown (avec ses grandes chaussures) s’apprête à partir, une fois que la police a quitté les lieux bredouille. Il ferme le théâtre quand tout à coup, il entend un grand boom. Un homme vient de tomber des cintres. C’est notre tueur, c'est Von Stroheim, et je te reconnais toi, dit Tony Le Clown, tu es le grand Flammarion. Oui, et j'agonise. Je vais appeler les secours. Non, je veux mourir. Pourquoi tu dis ça ? Parce que c'est moi le meurtrier. Je l'ai tuée, cette jolie femme, et je vais te raconter pourquoi.
Flash-back et film. Flammarion quelques temps avant. Un type qui a un numéro exceptionnel. Il est tireur d'élite. Avec des pistolets, il peut déshabiller une femme en tirant sur la bretelle de sa robe sans la blesser ! Et son numéro consiste en une saynète de théâtre. Une femme et son amant surpris par lui, le mari, qui tire des coups de revolver partout en direction des deux tourtereaux. Ho, je fais péter un verre que tu tiens à la main, pan, je défais ton chignon et tirant dans ta broche, pan je fais tomber le pantalon de Monsieur en tirant dans sa ceinture. Et le tout en balles réelles et sans trucage. Impassible, Flammarion n'arrête quasiment pas de tirer, peut-être cinquante fois en trois minutes. C'est très impressionnant et le public en raffole. Mais pour avoir un tel numéro, il faut compter sur ses deux assistants qui jouent la femme et l'amant sur scène. Flammarion est sur scène comme dans la vie : un gars austère, réglé comme du papier à musique, pète-sec, pas aimable, mais précis, rigoureux, qui s'entraîne des heures au tir dans la journée, concentré, sûr de lui, pas aimable mais concentré et efficace. Von  Stroheim, quoi ! Et ses deux assistants, anciens ratés du music-hall, doivent être aussi rigoureux sur scène car le numéro est chorégraphié au millimètre. Une seul erreur et c'est l'accident. Et ces deux assistants sont mari et femme dans la vie. Et le mari boit. Ça fait déjà plusieurs fois que Flammarion frôle l'accident et ça, il ne peut pas se le permettre. La femme, Connie (celle qui a été tuée en début de film), vient voir son patron et lui jure que tout ça ne recommencera plus. Si son mari boit c'est qu'il s'est aperçu qu'elle était amoureuse de lui, le Grand Flammarion.
Les ennuis commencent pour Von Stroheim. Connie lui fait croire à l'amour, et il finit par céder. Mais elle joue sur plusieurs tableaux. On s'aperçoit très vite qu'elle n'est pas celle qu'on croit, mais une grande manipulatrice qui promet monts et merveilles à Stroheim, fait marcher son mari dans toutes les directions possibles, et s'envoie en loucedé un autre artiste de la troupe ! Elle a même une autre liaison plus loin dans le film ! Bref, elle manipule tout le monde, sûrement par appât du gain. Et le pauvre Von Stroheim, enfin déridé par l'amour, n'en peut plus de cette liaison qu'il doit garder secrète. Ah ! dit Connie, je ne peux pas quitter mon mari, mais il boit tellement qu'il pourrait avoir un jour un accident sur scène.... Non ?
 
Hou, la menteuse, elle n'est pas amoureuse du tout. Ce qui commence par un discours mi-fable mi-thriller sur les milieux du théâtre et du music-hall, est au final assez surprenant. Mann multiplie en introduction de son film les métaphores "à la scène / dans la vie". Il cite même cette vieille rengaine, toujours en cours aujourd'hui : "Nous les artistes, notre vie c'est la scène, et la scène c'est notre vie", un des plus gros clichetons du cinéma depuis ses débuts, et seul discours de tous les films, ou presque, sur le théâtre, ce qui me fait dire : fuyez les films sur le théâtre comme la peste et comme les films sur la maladie, car en général c'est très nul ! Passons. Une fois le flash-back introduit, le petit père Mann va faire un peu exploser tout ça et va nous prendre à contre-pieds. La belle image d'Epinal se mue en un horrible tableau qui, sans le désespoir amoureux sincère de Von Stroheim, serait quasiment "hard-boiled". Connie, jouée par Mary Beth Hugues, ne recule devant rien, et se sert de ses charmes pour travailler, pour manipuler les hommes, et pour amasser un maximum de dollars ou de stock-options (véridique !). Ses atermoiements mélodramatiques masquent les pires lavages de cerveaux, sans que tromper trois mecs en même temps ne lui pose problème. Un talent mineur sur scène, mais diabolique une fois que le rideau est tombé. Mes amis, il faut bien dire les choses comme elles sont : c'est une garce abominable ! Je suppose qu’en 1945, voilà qui devait être déjà bien sombre, mais 60 ans après, la brune fatale fait encore très peur! Sous ses allures classiques, donc, le film est encore d'une grande noirceur.
 
Malgré tout, Mann a bien dosé son film. Le film n'est pas seulement une bluette acide, derrière laquelle se cache un très sombre thriller. Il y a plus que ça. Jamais on ne perd de vue que le film est aussi un mélo, fabuleusement fleur bleue et sincère, que l'on suit avec suspense à travers le personnage de Von Stroheim, peu à peu fissuré par l'amour. Le contraste entre sa rigidité en début de film et son sentimentalisme ensuite (à la limite du ridicule, ce qui est gonflé) marche très bien. Rôle contrasté donc, mais aussi assez sobre. Voilà qui laisse du champ à Mary Beth Hugues qui, elle, y va un peu plus à fond dans un jeu hollywoodien un peu exagéré mais très maîtrisé. Son personnage est haut en couleur, et un peu plus extravagant que nature, ce qui marche très bien avec les autres personnages, plus sobres, et aussi avec nous : elle nous boulotte les nerfs, la petite bitch !  Au final, on est donc en présence de mélo, de thriller noir-noir, mais aussi de comédie grinçante. Et on ne sait pas sur quel pied danser. On est conquis par la détresse amoureuse de Flammarion, dégoûté puis fasciné par Connie, et finalement intrigué par le cynisme total de l'histoire, voire par l'aspect social, extrêmement moderne et toujours contemporain sans doute, aspect social en filigrane, d'ailleurs. Bien vu.
La mise en scène est correcte. Deux ou trois raccords me semblent assez laids, mais c'est du détail. Le montage n’est pas mal, et finit par distiller quelques frissons car Mann sait retarder ses contrechamps. La photographie est très sympathique, avec un scène superbe : quand Von Stroheim s'exerce à tirer dans sa chambre d'hôtel. C'est extrêmement bien joué, la scène étant interrompue par la "déclaration d'amour" de Connie, ça fonctionne très bien scénaristiquement, et le montage sobre et cette fabuleuse lumière en fond une grande scène, lyrique mais assez bluffante avec trois fois rien. Le son d'ailleurs dans cette scène est vraiment très bien. Accrochez-vous à votre fauteuil, ça fait peur !  On note aussi un très beau plan : le premier plan de locomotive. Très beau. Il suivit de près en fin de séquence par une superbe rétro-projection, où Flammarion regarde les rails en queue de train. Ça, c'est vraiment sublime et ça brise complètement la mythologie théâtre / vie dont on parlait tout à l'heure. Rien que pour ce plan, voyez le film.
De bons acteurs, un scénario malin, une mise en scène soutenue avec quelques plans assez flamboyants, un discours qui joue sur plusieurs tonalités ambiguës et contradictoires, un bon suspense, et un sujet qui n'a rien perdu de sa force malgré le temps qui passe... Qu'est-ce que vous voulez de plus ? Ben rien. Ce n'est sans doute pas le film du siècle (on préférera largement le fabuleux DETOUR de Edgar G. Ulmer), mais c'est quand même très bon et on ne boude pas son plaisir. Comme dirait une amie du Marquis : "C'est bon ! Mangez-en !"
 
Jubileusement Vôtre,
 
Dr Devo
 
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Mercredi 27 avril 2005

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(photo: "George Pan Cosmatos Memorial" par Dr Devo)

Chers Amis,
 
Nous parlions hier d'un film américain réalisé par un anglais pure souche, et aujourd’hui nous parlerons d'un film anglo-saxon réalisé par un français bien de chez nous. Il y a quelques jours, en passant dans une échoppe d'occasions, je tombe sur la plutôt belle jaquette de EDGE OF SANITY, avec notre ami Anthony Perkins. Je jette un coup d'œil à la quatrième de couverture de ce DVD version Benelux, et ça s'annonce pas mal, cette histoire de Dr Jekyll. Les photos, quoique petites, semblent vraiment jolies. Et le prix est désespérément bas, donc j'achète. Un Anthony Perkins n'est jamais perdu, me dis-je [Tu dis ça parce que tu n’as jamais vu LE DINDON DE LA FARCE ! NdC]. Je m'en retourne chez moi avec le sentiment du devoir accompli. Plus tard, dans la soirée, Le Marquis me téléphone. Nous discutons des DVD que  lui-même a achetés. J'en viens à mes propres découvertes. Avant que je n’aie pu prononcer le titre du film, Marquis part en éclat de rire. Moi qui venait de le taquiner sur ses nouvelles séries Z, il prit avec délice sa revanche en ces termes : "Docteur, vous n'avez pas regardé sur la jaquette le nom du réalisateur ?". C'était vrai, bien entendu. Il m'annonça alors en se marrant, à juste titre, le nom du fautif : Gérard Kikoïne ! Damned ! Je crois que cette fois, nous somme faits, mon cher Milou. Le désespoir s'abattit sur moi.
 
Madame travaillant hier, je décidais de me mettre un DVD, en prenant garde à prendre un film qui ne l'aurait pas intéressée. Bon ben, si c'est comme ça, on va liquider le Gérard Kikoïne, me dis-je sans motivation, comme ça, ça sera fait et je pourrai le revendre. Le Marquis m'avait offert pour mon anniversaire trois DVD à faire saliver le petit cinéphile en culottes courtes que je suis, mais nous attendrons que Madame soit disponible pour les voir ensemble. En attendant, vas-y Gérard, envoie la sauce.
 
Et ce n'est rien de le dire. Kikoïne est un réalisateur que je ne m'attendais pas à voir là ! Si le type est connu, c'est surtout pour avoir réalisé des films pornos dans les années 70-80 ! Il a commencé par L'AMOUR À LA BOUCHE en 1974 (joli titre). A défaut de les avoir vus (pas grave), révélons les plus beaux titres. [Le cinéma porno de ces années-là, c'est comme le hard-rock de ces années-là... Peu d'intérêt sans doute (quoique, j’ai une tendresse pour Motorhead, Alice Cooper et Iron Maiden), mais... Pour les pornos, les titres sont imbattables et bien meilleurs que les titres des films classiques, et pour le hard-rock, les pochettes sont bien meilleures que les pochettes d'albums classiques. Ceux qui en doutent peuvent aller dans n'importe quelle FNAC. Comparez la pochette d'un Vincent Delerm ou autre Cali (spéciale dédicace à Mr Mort) à celle d'un Manowar, vous verrez, il n'y a pas photo !] En 1978, JOUIR !, la suite de TOUT POUR JOUIR ! Superbe cet infinitif ! ENTRECHATTES (fallait y penser), RETOURNE MOI C'EST MEILLEUR (moins bon ce titre), JOURNAL INTIME D'UNE JEUNE FILLE EN CHALEUR (auquel Moretti rendit hommage plus tard! Hé ! hé!), BON CHIC BON GENRE... MAIS SALOPES !, et surtout le plus beau titre, le plus poétique de tous les titres de films pornos du monde BOURGEOISE MAIS PUTE (ce dernier titre, personne parmi les collaborateurs de ce site ne l'a vu, mais nous sommes tous d'accord pour dire que c'est un titre superbe, suivi de près par le mythique LE DORTOIR AUX VICIEUSES, moins syntaxique mais plus classiquement poétique). Dommage que le cinéma porno, malgré ce que la critique très sérieuse nous rabâche, ne soit qu'un ramassis d'incompétents et que tous ces films soient nuls, car question titres, ce sont les meilleurs. Mais un téléfilm "rose" de Joe D'Amato sera toujours meilleur que tout ça. Par contre, ce serait formidable si un cinéaste mainstream réussissait à imposer un tel titre (ou une déclinaison "correcte") pour son film grand public... On peut rêver... Mais, maintenant que Google est rassasié, passons à EDGE OF SANITY (connu en France sous le sobre titre Dr JEKYLL ET Mr HYDE).
 
La première scène vous donnera le ton. Début XIXe, à en croire les costumes. Nous sommes dans une grange, par une nuit d'orage. Un petit garçon de 10 ou 11 ans est allongé dans la paille et la partie supérieure de la grange (tiens, un zeugma, ça commence bien !). Tandis que le tonnerre roule et que les éclairs strient la bâtisse (bizarrement d'ailleurs puisque le plan sur le petit garçon montre ostensiblement deux couleurs d'éclairs en même temps, classiquement bleu et bizarrement jaune ; ce jaune ne sera visible que sur ce plan, dans le reste de la grange, ce n'est que bleu...étrange mais pas laid...), le petit garçon regarde une drôle de scène en contrebas. Une jeune femme gironde est allongée dans la paille, dans une attitude qui laisse peu de place au doute : jupe presque retroussée et corsage presque déboutonné. Le petit garçon regarde la femme avec plaisir et crainte. Celle-ci semble le voir, et rit devant la crainte du gamin d'avoir été découvert, puis finalement lui offre avec espièglerie une vue plus plongeante sur son décolleté. Un homme barbu arrive. Il s'allonge sur la femme et le couple fait l'amour tandis que l'orage redouble de force. Le petit garçon n'en perd pas une miette. Mais il tombe du haut de la grange en se prenant les pieds dans un cordage. Le voilà donc pendu par le pied, à hauteur d'homme. Le couple se lève, surpris par le petit espion, et l'homme punit le garçon en le frappant cul nu (c'est plus soft que ça en a l'air sur le papier; la scène est plus gothique et violente que salace). Une série de plans subjectifs du petit garçon nous montre qu'il regarde la femme la tête à l'envers, et que celle-ci, qui avait été plutôt complice, se moque maintenant ouvertement de lui  et rit de plus en plus à chaque fessée. L'homme continue de frapper. Et puis, à brûle pourpoint, le garçon voit (ou croit voir, car cela n'est pas et ne sera jamais justifié) que la femme continue de rigoler, mais que son visage est tailladé et en sang. Vision de cauchemar. Sur le visage du petit garçon, un rictus de douleur et de plaisir mêlé. Brrrr…
Des années plus tard à Londres. Le petit garçon a grandi, il a cinquante ans ou plus, il est joué par Anthony Perkins. C’est le Docteur Jekyll, médecin renommé. Il travaille énormément entre son hôpital et ses propres recherches qu'il mène jusque tard dans la nuit, chez lui. Il est marié à une très jolie femme, un peu plus jeune que lui, mais très douce, très proche, très victorienne (classe et charité). Elle le soutient de tout son cœur. Jekyll finalise un article sur un nouvel anesthésiant qu'il vient de découvrir, la cocaïne. Pas du tout foufou furieux, il prend son temps pour tester son produit sur un petit singe. Ses collègues sont déjà fascinés par ses résultats, mais lui, plus posé, a peur des effets secondaires. Suite à un accident, il inhale énormément de vapeur de cocaïne. Adieu le Jekyll boiteux de cinquante ans, et bonjour Hyde, plus performant physiquement. Mais Hyde a un problème : il traîne dans les quartiers chauds et égorge les  prostituées, à la recherche de sensations qui le mettent sur la piste de l'Emoi originel...
 
Et bien, les amis, une fois passé le choc d'avoir acheté un Gérard Kikoïne et une fois passé l'effort de mettre le DVD dans le lecteur, on s'attend bien sûr à une série Z, et on est surpris par la qualité très convenable du début du film. Le film ne semble en effet ne pas être si bâclé que ça. Le cadre se tient, les décors, sans être d'un luxe incroyable, sont très soignés, et la lumière est plus que convenable et même travaillée avec entrain. La tonalité moins ouvertement aguicheuse que mon résumé ne le laisse supposer est résolument gothique, ou plutôt rappelle, à ma grande surprise, une ambiance très proche des films de la Hammer, période récente (qui contient quelques perles comme le fabuleux Dr JEKYLL ET SISTER HYDE de Roy Ward Baker). On n'est pas, certes, dans la sublime flamboyance de ce dernier film, mais dans un classicisme avoué qui, peu à peu, va se fissurer. On retrouve l'idée de mixer ensemble le personnage de Jekyll / Hyde avec Jack l'Eventreur [Comme dans le film de Roy Ward Baker, du reste… NdC]. Ça marche ici assez bien, les psychoses du personnage étant joliment soutenues par le souvenir de la scène introductive de la grange. Après cette scène haute en couleur, c'est une certaine forme de sobriété qui frappe. Le jeu des acteurs est assez retenu autour de Perkins qui, lui, compose un jeu plus ouvert, un peu plus loufoque mais curieusement assez nuancé, qui rappelle, par exemple, le jeu d'un Klaus Kinski dans ses rôles les plus rigoureux et les plus "sobres" (si cet adjectif veut dire quelque chose appliqué à Kinski, citons WOYCZEK ou le grand FOU À TUER de David Schmoeller). Le maquillage de Hyde est assez surprenant et bien soutenu par des cadrages larges et rigoureux laissant deviner la transformation. Hyde est plus jeune, mais pas beaucoup plus, terriblement mince et même émacié, les yeux rougis par la drogue et le visage poudré et presque fantomatique. Un Hyde malade, donc, et déjà en fin de parcours, malgré sa force physique impressionnante. Intéressant.
Le film alterne séquences de jour très sobres, et séquences de nuit plus gothiques. La direction artistique vient troubler le jeu. Peut-être par manque de moyens (ce qui, en fait, ne se voit que très peu et qui, de toute façon, pousse le film vers l'astuce), les décors intérieurs sont très stylisés : couleurs rouges et bleues envahissantes, et géographie de studio, avec de grands murs vides et des plans de salles extravagants qui nous mettent rapidement la puce à l'oreille : les décors que traverse Hyde sont victoriens d'inspiration, mais parasités par les années 80, et d'une manière subtile en plus. Et on s'aperçoit qu'il en est de même pour les costumes, très soignés, légèrement déviés de leur fonction initiale par cet apport contemporain. Plus qu'une relecture délirante à base de bouffées eighties, le film acquiert dans ses moments "Hyde" un décalage étonnant qui arrive à ne pas tomber dans le piège du kitsch, chose d'autant plus méritoire que le traitement et le ton de l'histoire sont assez iconoclastes, et qu’à mesure que le film avance, la folie devient de plus en plus grande. On est donc pris entre deux feux : la sobriété "hammerienne" vs. la folie légèrement teintée eighties (les prostituées par exemple ont des robes très courtes, toutes en froufrous victoriens, mais presque roses !). Toutes ces audaces, donc, ne sombrent paradoxalement jamais dans un délire chic basé sur l'anachronisme, mais sont seulement là pour faire légèrement dévier, et légèrement seulement, l'aspect victorien du film, afin que nous entrions dans un complexe bâtard et dérangeant.
Mélange de classicisme et d'audace iconoclaste donc. On pense quelquefois à un hommage respectueux mais sincère à Ken Russell, bien que Kikoïne soit plus modeste que le génie anglais. On est bien évidemment en dessous des films du maître, et à défaut de comparer les deux, ce qui serait injuste, on peut souligner l'analogie. Ce n'est quand même pas rien.
 
De l'audace, du respect et des lettres, donc, pour Kikoïne. Et pas seulement. Beaucoup d'idées de cinéma aussi. Le montage est assez sérieux et expressif, avec des moments superbes, où les deux tonalités s'interpénètrent avec panache, et où le film fait de grandes saillies, vraiment superbes. Le son est très intéressant en début de film : grand jaillissement de cuivres, mixé avec des effets de volumes et de saturations. C'est très beau. Dans une scène-Jekyll, Perkins panique : un gros plan vient faire exploser le montage, avec là aussi une poussée de cuivres très forte qui s'achève...à la fin de l'insert ! La classe. Il faut bien dire cependant qu’un des leitmotivs du film consiste en des cadrages penchés sur le côté, dans des scènes réalistes. Je n’aime pas trop ça en général, et ça ressemble souvent à un tic. Ici, malgré tout, le procédé n'est pas complètement systématique (c'est pas VIDOCQ non plus), et plutôt cohérent, car souvent allié à de jolies idées de montages dans les plans subjectifs. Ça marche, d'autant plus que cette idée est reprise discrètement mais de manière effroyable dans le décor, où les tableaux sur les murs des couloirs qui mènent au labo privé de Jekyll sont quelquefois penchés et quelquefois droits, jamais au même endroit ! Brrrr ! Et il y a plein d'autres vraies idées de cinéma. Des mouvements de caméra, parfois légèrement maladroits ou mécaniques mais très inquiétants. Une utilisation sublime de l'axe qui montre pendant tout le film le labo de Jekyll. L'axe du contrechamp de ces plans omniprésents n'apparaît qu'une fois, sublimement placé, et là encore, ça fait très peur. L'idée dans la dernière partie de mettre des graffitis bleus (Pas rouges ! Bleus ! C'est terrifiant !) est vraiment belle. Et il y a plein de gourmandises de bon aloi : des plans qui virent au rouge (ça j’aime toujours), de superbes travellings, des inserts magnifiques. C'est un petit régal, qui, de temps en temps, franchit un peu les limites, mais ces égarements sont toujours assez brefs, et l'ensemble est d'une telle qualité, que oui, avouons-le, ce EDGE OF SANITY est une vraie surprise, et oui, disons le haut et fort : j'aime beaucoup ce film de Gérard Kikoïne, qui loin de se payer le luxe de faire un film "normal" (non pornographique), a fait un métrage avec beaucoup de vraies idées de cinéma dedans, et plutôt originales de surcroît. [Le dernier plan notamment est aussi simple que sublime.]
 
Il faudra vérifier un de ces quatre les autres films "normaux" (non pornographiques) de Gérard Kikoïne, dont DRAGONNARD qu'il a réalisé en 1987, et sa suite en 1989, dans lequel on retrouve un couple d'acteurs étonnants : Oliver Reed (mon acteur préféré, quasiment) et Eartha Kitt !
 
Surprisement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Mardi 26 avril 2005

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(photo: "Sexy" par Le Marquis.)



Chers Amis,
 
De retour après un périple en pays natal, bonne occasion de voir des tonnes de films merveilleux avec Le Marquis, on peut revenir sur ces quelques métrages plus ou moins inoubliables, mais toujours avec émotion. Et il est temps de faire entrer le réalisateur Alex Cox (qu'on essaiera de pas confondre avec l'australien ou néo-zélandais Paul Cox, qui fait des films d'un tout autre genre) dans notre merveilleux site. Le cinéma européen compte, au final, peu de figures marginales, mais Cox en est définitivement une, et des plus attachantes qui plus est. Sans le vanter outre mesure, voilà ce qu'on peut appeler un réalisateur indépendant, et ce n'est rien de le dire. Malgré 20 films réalisés en 22 ans de carrière, dont quelques documentaires et films pour la télé, Axel Cox ne semble être pour le grand public que l'homme de trois films, ce qui est assez normal. WALKER est le dernier film distribué, ou au moins distribué un peu correctement (mais en catimini, bien sûr, les distributeurs ne prenant jamais aucun risque), et ça remonte déjà à 1987 ! Un peu comme Percy Adlon d'ailleurs, le réalisateur allemand de BAGDAD CAFÉ, dont on a distribué deux autres films puis plus rien. Ces gens-là continuent de tourner, bien sûr, même s'ils sont scandaleusement ignorés des distributeurs, c'est bien normal, des festivals et des critiques, qui préfèrent sans doute continuer à croire que le cinéma européen, c'est Nanni Moretti et Pedro Almodovar ! Ici, en plus d'avoir du goût, on a bien plus de culture que ces gens-là, et tel Jacques Fabre dans le hangar de son fournisseur brésilien, on demande à voir les bobines dans le fond de l'entrepôt, pour ne vous ramener que le meilleur. Axel Cox, donc, retenez ce nom.
Deux films et demi visibles donc dans la filmographie de Cox. Le premier, SID ET NANCY, plongée violente dans l'univers de Sid Vicious et des Sex Pistols, est, si j'en crois notre ami Bernard RAPP, plus que respectable : une vraie réussite. Le film fit du bruit en son temps et permit à Axel Cox de franchir l'Atlantique et d'aller réaliser, comme s'il était chez lui (c'est très étonnant) le sublime REPO MAN avec Harry Dean Stanton et Emilio Estivez. REPO MAN est un film très curieux, qui ose insuffler une sacrée dose de surréalisme dans le cinéma américain qui n'en use pas si souvent que ça. Comédie non-sensique, divertissement social et quasi-métaphysique, qui rappelle (un tout petit peu, par temps de brouillard), le joyeux et beau bordel des AVENTURES DE BUCKAROO BANZAÏ À TRAVERS LA 8e DIMENSION, REPO MAN est aussi un film sombre, triste et émouvant qu'il faut absolument avoir vu une fois dans sa vie. Ça a tellement de cœur et c'est tellement original que tout cinéphile qui se respecte ne peut pas passer à côté de ça, d'autant plus que le film, curieusement disponible en France en DVD, est très peu cher. REPO MAN est devenu un film culte aux USA, malgré de gros problèmes de censure de la part du producteur. Axel Cox, grâce à ces deux films, aura les mains assez libres pour un film au budget conséquent : WALKER. On reste donc aux USA, on embauche Ed Harris, un sujet américano-américain (un biopic en costumes), et c'est parti.
 
Walker est un sacré personnage qu'on s'efforcera, bien sûr, de ne pas confondre avec son homonyme, le shérif texan de TV, joué par notre ami Chuck Norris, l'homme qui aime bien les indiens mais plutôt dans les réserves, et qui est persuadé que la criminalité aux US de A est due à l'afflux massif de délinquants venus exprès d'Europe de l'Est. Pas de ça ici. Walker est un personnage existant ayant vécu aux Etats-Unis au XIXe. A la fin des années 1840, il lève une armée de mercenaires (une vingtaine d'hommes), plus ou moins reconnue par l'armée américaine officielle, et s'en va pacifier le Mexique, alors sous le joug d'un régime quasi-dictatorial que l'on ne verra jamais, le film débutant au moment où Walker et ses hommes reviennent aux Etats-Unis, après que l'opération se soit avérée semi-ratée. De retour au pays, Walker est bien décidé à passer des jours paisibles avec sa femme sourde-muette (Marlee Matlin, rescapée alors de l'horrible nanar LES ENFANTS DU SILENCE ; ici c'est très drôle, elle fait le contraire lors d’une scène de dispute surréaliste toute en sous-titres avec Ed Harris). Un industriel le fait appeler sur ses terres. Il propose un marché à Walker. Ayant fait main basse sur le marché du transport au Nicaragua, cet industriel explique à Walker que, maintenant que l'infrastructure est prête, s'il veut continuer à faire des affaires, il faut un régime stable au pays. Il propose donc à Walker, homme de principes, de lever une armée de mercenaires encore une fois, qu’il lui paiera gracieusement pour que tout ce petit monde aille instaurer de force le régime démocratique dans le pays. Car sans régime démocratique, pas de commerce à grande échelle. Cet industriel étant méprisant, rustre et manipulateur, Walker refuse et rentre chez lui, où il trouve sa femme morte, emportée par le choléra. N'ayant plus d'attaches, Walker accepte alors d'aller imposer le modèle démocratique au Nicaragua. L'aventure commence, et toutes les armes à feu disponibles sont de sortie !
 
Walker, joué de manière sobre, mais en fait pas du tout, par Ed Harris, machine impressionnante, ici sans doute dans son plus grand rôle, Walker, dis-je, est un drôle de type ! Aventurier, certes, mais avant et par dessus tout un homme de principes. Homme lettré, c'est aussi un soldat et un chirurgien ! Amateur d'art aussi (il fait jouer de la musique en toute circonstance, fût-ce sur des instruments cassés ou fût-elle massacrée par d’horribles musiciens amateurs). Mais c'est un homme de principes, comme je l'ai dit, et terriblement en avance sur son temps en plus. Profondément démocrate, c'est pour cette cause qu'il prépare ces expéditions militaires, même si son équipée est financée avec l'argent (peu regardant) du commerce. La démocratie est pour lui le seul idéal insurpassable, même avant Dieu, qui pourtant occupe une grande part de son esprit (et il n'y a pas que lui : une multitude de personnages interrogent le ciel des yeux pendant le film). Homme de Dieu, certes, mais complètement laïcard, chose extraordinairement rare, surtout à l'époque, et aussi anti-esclavagiste et hygiéniste, l'hygiène étant une des mamelles de la civilisation à ses yeux, au même titre que Dieu, la démocratie ou l'éducation ! Un drôle de bonhomme, donc, haut en couleur, sec, rigoureux jusqu'à sembler injuste et violent, et surtout habité par un véritable et sincère "esprit pionnier".
 
Comme Sam Peckinpah dans APPORTEZ-MOI LA TÊTE D’ALFREDO GARCIA, Axel Cox plonge dans le mythe le plus profond de l'Amérique pour en sortir toutes ses ambiguïtés. WALKER est un film, bien sûr, centré sur la quête mystique d'un homme pour la démocratie, quête véritablement sincère et convaincue, qui va au fur et à mesure se muer en une aventure de plus en plus sanglante certes, mais surtout de plus en plus absurde. Loin d'un AGUIRRE, par exemple, Walker est un homme de raison et de foi, et pas du tout, semble-t-il, de folie. Et pourtant... En parfait homme moral, Walker sait que la forme est sans doute plus importante que le fond, et qu'un idéal aussi juste que la démocratie ne saurait rien souffrir. Sa vie est fondée sur les principes, et dans la folie de ce pays (folie locale aggravée par la folie qu'il importe de son propre pays), il est quasiment impossible de ne pas perdre de vue le but de l'expédition. Walker avance dans la conquête d'une main de fer, mais fait face à une réalité complexe, et parfois paradoxale (les peuples, de toute façon, n'aiment pas les "missionnaires armés" comme disait l'autre, qu'ils soient animés de bonnes ou de mauvaises intentions), qui peu à peu l'éloigne de son véritable but, jusqu'à ce qu'il le perde de vue. "Pourquoi fait-on tout cela ?", lui demande un de ses soldats, après moult tueries. "Je ne me rappelle plus", répond Walker. Mais il faut le faire. Les moyens deviennent plus importants que la fin, depuis longtemps perdue de vue, et Walker s'éloigne de plus en plus de ce qui le fonde (démocratie, justice, égalité raciale, dieu...) pour justement permettre leur établissement ! C'est un personnage qui est donc sublime et fascinant.
 
Qu’on se le dise, en plus d’être un film à costumes, genre ignoble s’il en est, WALKER est aussi une sorte de western moderne qui gratte là où ça fait mal, c'est-à-dire dans les plaies mêmes de l’Amérique, à la manière d’un cousin loufoque des PORTES DU PARADIS de Michael Cimino, quasiment « contemporain » en terme d’époque traitée. Il y a évidemment moins de moyens ici que dans le film de Cimino, mais à aucun moment le film d’Axel Cox ne fait pitié, bien au contraire. La réalisation commence, dans la courte partie mexicaine, par une mise en scène très cut, à la fois lyrique et terre à terre, filmée dans le mouvement, souvent caméra à l’épaule (sans faire du tremblotant ou du pseudo-reportage : on est quand même pas chez Ridley Scott, dieu merci !). Et puis, à mesure que le film s’enfonce dans l’effroyable aventure au Nicaragua, la mise en scène change par petites touches, comme une sorte de copie carbone du parcours de Walker lui-même. Comme son personnage qui franchit une frontière invisible entre le Bien et le Mal et finit par s’égarer (en admettant qu’il s’en rende compte, ce qui est loin d’être prouvé ; on ne sait jamais à quel moment Walker franchit la ligne de non-retour), Cox transforme par petites touches la mise en scène de son film, qui devient, sans qu’on puisse définir à quel moment il bascule, de plus en plus lyrique et de plus en plus hollywoodien, presque jusqu’à la parodie. Pour autant, le film, même en muant imperceptiblement, ne perd jamais rien de son mordant, ni de sa verve ironique et non-sensique, ce qui lui permet de devenir un objet d’une indépendance totale, très original et bien éloigné de quelque canon que ce soit. C’est effectivement la grande classe.
En dépit des qualités indéniables de REPO MAN, et de l’immense pouvoir affectif de ce film sur ma propre personne, je peux noter que WALKER est plus tenu, plus serré du point de vue de la mise en scène, sans jamais renoncer au ton absurde et triste de son réalisateur. Bon point. [Encore une fois, ne voyez ici aucun reproche fait à REPO MAN, qui, bon gré mal gré, me semble un film complètement abouti et très important.] Le cadre est superbe, dans un délicieux format 1.85. La photo est sublime, bien sûr. La musique, composée par Joe Strummer, grand ami de Cox avec qui il collabora de nombreuses fois, suit avec discrétion l’évolution de la mise en scène, en jouant d'une discrète mutation qui la porte vers quelque chose de plus en plus iconoclaste. Le montage est superbe. Une voix-off bizarre commente le récit, ce qui peut faire craindre un manque d’assurance du réalisateur, ou une pression quelconque du producteur. Que nenni ! On s’aperçoit très vite que pour Cox, tout est bon dans le cochon, tout est bon pour rendre le film le plus subjectif possible. Cox, en effet, joue de tous les leviers disponibles, y compris de la voix-off qui semble à mi-chemin entre les mémoires d’un des membres de l’équipée (mais lequel ?) et le portrait hagiographique de ce que retiendra l'histoire américaine. On ne sait sur quel pied danser pendant tout le film, ce qui rend son visionnage absolument délicieux. On se moque de l’Amérique, certes, mais on considère avec respect le fabuleux esprit moderniste de ce pionnier de Walker. On montre une aventure dont la réussite est hypothétique mais palpable, et dans le même mouvement, on franchit allégrement les barrières de la folie la plus furieuse (cf. l’extraordinaire scène de «repas» dans l’église !). On vante les qualités de cœur et de principe de Walker, et on vilipende violemment cette forme d'impérialisme sauvage qui fonde la création même des USA. A équidistance d’un portrait hagiographique et d’une dénonciation de la violence d’une époque (comme peut le faire le stupide MAN TO MAN de Régis Wargnier), Cox arrive à renvoyer un peu tout le monde dos à dos, et surtout amène à nous faire tous réfléchir. La position est assez inconfortable, nous plongeant dans un abîme de paradoxes. A partir de quel moment la quête de Walker devient-elle illégitime ? On a du mal à trancher sur ce point, et de ce fait, Walker nous paraît très proche : ni lui ni nous ne savons quand on dépasse les bornes. Mais celles-ci une fois franchies, il n’y a plus de limites !
De ce sens extrême de la subjectivité et du rejet du « réalisme » hollywoodien, Cox se rapproche d’un autre réalisateur anglais, lui aussi magnifique et assez fou : Ken Russell, avec qui Cox partage, en ce début de XXIe siècle, le statut de cinéaste ignoré de tous. Ce ton bizarre, loufoque et drôle, cette absence de naturalisme «objectif» dans un film historique (WALKER s’ouvre, avant même que l’on voit une image ou le titre, sur un carton « d’après une histoire vraie », en lettres énormes, procédé trop loufoque pour être totalement honnête !), me rappelait sans cesse le fameux DREYFUS que Ken Russell tourna pour la télévision anglaise, et qui, de la même manière qu’ici, adopte le même parti-pris subjectif et loufoque, le même bouillonnement de la mise en scène, et le même refus de faire un film à la LUCIE AUBRAC, c'est-à-dire un film destiné à servir d’illustration à un cours d’histoire pour élèves incultes. On est, dans les deux cas, très loin de cet anti-modèle en forme de Dossiers de l’Ecran. Et dans les deux films, on s’aperçoit, derrière la loufoquerie apparente du projet, que la précision historique est parfaite, qu’aucune nuance dans ces histoires pourtant complexes n’est mise de côté, et que tout cela est bien plus approfondi qu’un quelconque Régis Wargnier ou tout autre LAWRENCE D’ARABIE. Et le résultat est absolument délicieux. En plus d’être d’une drôlerie extraordinaire (basée sur une maniaquerie hallucinante de Cox qu’on peut constater notamment dans le phénoménal et finalement poétique running-gag du « bras blessé »), WALKER excite sans cesse notre intelligence. Le film nous éclate à la figure, et nous renvoie à notre propre siècle, en mettant le doigt sur tous les points fondamentaux et non résolus de notre civilisation occidentale. On pense bien sûr que le film, réalisé en 1987, est une formidable analyse de la politique extérieure américaine des années 2000, évidemment. [Cox place dans le film un jeu sublime avec les anachronismes qui introduisent finement, et avec quelle force, le point de vue de la population locale; la différence entre les couvertures de Newsweek (« Walker Homme de l’Année ») et la réalité vécue par les sud-américains éclate ainsi avec une force étonnante à nos yeux, chose d’autant plus importante que nous suivons les aventures de Walker uniquement du côté américain, en ignorant complètement ce qui se passe parmi les autochtones. Nous sommes exactement sur l’épaule de Walker, et bien loin, là aussi, des horribles scènes de compassion stupide et totalitaire que nous proposent tous les films « à thèse et en costumes » hollywoodiens. On est un peu dans la situation d’un remake de LA COULEUR POURPRE, film horrible s’il en est, où l’on ne verrait jamais l’histoire des USA que par les yeux de l’exploiteur blanc, où les noirs n’auraient jamais la parole à l’écran, mais où l’on comprendrait absolument tous les enjeux par une mise en scène iconoclaste ! Mmmmm….] Au bout de quelques bobines, nous sommes bien plus troublés, et les Européens que nous sommes se rendent compte, malgré les différences assez fondamentales entre les mythes fondateurs américains et européens, que le film pose de sacrées questions à nos pays ! Colonialisme, impérialisme, exploitation des pays africains, esclavagisme, droit d’ingérence (principe à la mode il y a peu, dont toute l’Histoire ternit l’humanisme scintillant), etc. Axel Cox est anglais, et vise certes le public américain d’abord et avant tout. Mais la portée du propos est universelle, puisque qu’enfin dégagée de tous partis-pris.
Vous l’aurez compris, WALKER est un film hallucinant et protéiforme, à la fois biopic, western, film d’action, film politique, comédie ! Si la force de la mise en scène est indéniable, n’oublions pas les comédiens, tous extraordinaires et surprenants, Ed Harris en tête, mais aussi Blanca Guerra (la maman du flamboyant SANTA SANGRE de Jodorowski, une des plus grandes actrices vivantes), Peter Boyle, Alfonso Arau, Sy Rychardson, Richard Masur… Ça assure à tous les étages !
On comprend mal qu’Axel Cox, réalisateur pourtant formidable, soit ainsi ignoré ! La fortune ne semble pas sourire aux plus aventureux. Cox continue de tourner, bien sûr, mais il est désormais évident que l’on ne verra sans doute plus jamais ses films en France. Raison de plus pour se précipiter sur REPO MAN et sur WALKER, que vous trouverez, neufs ou d’occasion, à très peu cher en DVD. Offrez-vous un chef-d’œuvre !
 
Passionnément Vôtre,
 
Dr Devo.
 
PS : Allez faire un tour sur le site d’Axel Cox ! C’est merveilleux. Vous trouverez des tas de choses sur les aventures qu’ont été ses films, et aussi beaucoup de réflexions passionnantes sur le métier de producteur, des conseils hilarants pour les scénaristes (et totalement véridiques… J’ai très envie de vendre la mèche mais je vous laisse découvrir ça), et le téléchargement possible de scénarios non-réalisés, faute de producteur (notamment sa délirante adaptation de la vie de Buñuel, et la suite de REPO MAN !). C’est une mine d’informations drôles et justes pour qui s’intéresse au cinéma. Et ne loupez pas les articles qui montrent comment Alan Parker est en train de bousiller le cinéma anglais en réformant le British Council, articles indispensables à l’heure où, en France, on polémique sur les commissions d’aides à des films produit par les américains ! Le site est ici.
 
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Lundi 25 avril 2005

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(Photo: "La vie en Pink Pussycat" par Dr Devo)

Voilà bien un film qu’on a envie de voir dès que nos yeux se posent sur l’affiche : du Z assumé, un esprit trash-vulgos réjouissant et surtout la présence des égéries du cinéaste Russ Meyer et leur tour de poitrine surréaliste. Kitten Natividad (ULTRAVIXENS), Haji (FASTER PUSSYCAT ! KILL !! KILL !!! (cf. la superbe photo du Dr Devo, ci-dessus), SUPERVIXENS) et Raven de la Croix (MEGAVIXENS) honorent de leur présence cette petite production prometteuse signée William Winckler (qui n’a rien fait de spécial avant ni depuis). Hélas, on débande très vite.  Chastity Knott (Kitten Natividad) est patronne de bar avec un cœur gros comme ça, confortablement niché sous une paire de seins pour le moins impressionnante.
Mais un jour, c’est le drame : son médecin (Raven de la Croix) lui apprend qu’elle a un cancer du sein. Mais comme les choses ne peuvent aller si mal, le docteur lui apprend qu’un fruit poussant quelque part en Amérique du Sud pourrait peut-être lui sauver la mise. Qu’à cela ne tienne, Chastity saute dans un avion et parvient à mettre la main sur le fruit en question, le Crockzilla. Une amazone affable lui montre comment le consommer, dans une scène de fellation sur banane qui reste la plus réjouissante du métrage. A son retour, non seulement Chastity est guérie, mais elle a acquis des super-pouvoirs et une force herculéenne. Pouvoirs qui lui seront utiles pour combattre le patron malveillant d’un bar concurrent et ses trois danseuses meurtrières (dont Haji).
Alors qu’on s’attendait à un nanar réjouissant et débile comme il faut, ce sont des sentiments de tristesse et d’énervement qui finissent par l’emporter. Tristesse pour les actrices, sympathiques mais décaties, se débattant comme elles peuvent avec un film impossible. Et pour Russ Meyer, qui a cessé de tourner à la fin des années 70, beaucoup trop tôt. Bien sûr, ça fait plaisir de les revoir - mais pas là-dedans, pas comme ça.  Enervement surtout contre William Winckler. Celui-ci n’en revient pas de disposer d’un tel casting et truffe son film d’allusions au cinéma de Russ Meyer et tente d’en restituer l’insolence et l’absurdité. Pourtant, son film représente rigoureusement tout ce que Russ Meyer n’est pas.
Pour les néophytes, Russ Meyer est un réalisateur (décédé il y a peu) qui s’était fait une spécialité de films voguant entre la comédie, l’érotisme, le fantastique et le thriller, systématiquement dotés d’un casting de poitrines aux dimensions gargantuesques. Bêtement classé dans la pornographie par les tenanciers de vidéo-clubs incultes, accusé par certains de misogynie (alors que ses films sont des manifestes énergiques et renversants sur le pouvoir – et la
supériorité – de la Femme, notez le F majuscule), Russ Meyer a un talent unique pour la mise en scène et pour la narration, il a su créer un genre cinématographique totalement à part et ses films, loin de n’être que des films d’exploitation sexy (ce qu’ils sont aussi), sont surtout des œuvres extraordinairement modernes, maîtrisées et atypiques. En plus des titres évoqués plus haut (dont FASTER PUSSYCAT et SUPERVIXENS, incontournables), on peut également citer MOTOR PSYCHO ou LA VALLEE DES PLAISIRS, remake très personnel, émouvant et inquiétant, du bon LA VALLEE DES POUPEES de Mark Robson dans lequel on peut entendre cette réplique culte : « Ce soir, tu boiras le sperme noir de ma vengeance !». Bref, si vous ne deviez voir qu’un seul Russ Meyer, vous devriez les voir tous jusqu’au dernier – et vous n’avez pas d’excuses, on les trouve partout en DVD pour moins de 4 euros.
D’où un énorme malentendu dans ce DOUBLE-D AVENGER : Winckler n’a manifestement rien compris au cinéma de Russ Meyer, qu’il semble réduire à des allusions salaces, des strip-teases mécaniques et un humour à la Benny Hill. Le gouffre qui sépare n’importe quel Russ Meyer de cet étron filmique réside chez Winckler
dans la nullité abyssale du scénario (qui a le délire pour le moins poussif et téléphoné) et surtout de la mise en scène (ou absence totale de mise en scène) qui me fera saigner des yeux si je revois le film.

Je suis prêt à disposer d’abysses d’indulgence envers le tout-venant de la série Z ; j’ai vu récemment un DEATH MASK avec Linnea Quigley, tourné en vidéo dans des conditions et avec un budget manifestement comparable à celui du film de William Winckler : ce
n’était pas une merveille, loin de là, mais dans sa médiocrité, le film
essayait, proposait un esprit véritablement décalé, des astuces de mise en scène, des audaces de montage (avec une forme de bande-annonce muette de l’ensemble du métrage en guise de prégénérique). Ici, rien, le néant. L’alibi de l’hommage à Russ Meyer porté en étendard ne vaut à DOUBLE-D AVENGER, film profondément laborieux, idiot et laid, qu’un mépris radical et amplement mérité.
Alors un bon conseil : si vous êtes familiers de l’univers de Russ Meyer, gardez votre nostalgie, elle vaut mieux que de voir une Haji bouffie débiter des dialogues lamentables dans un récit mené par un sinistre exploiteur. Dans le cas contraire, gardez votre curiosité pour les véritables prestations de Kitten, Haji & Raven, procurez-vous une copie (en VOST !) de MEGAVIXENS, là on pourra parler de cinéma. Et ça vaut aussi pour vous les filles !

Le Marquis.

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