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(photo: "Patha Madonnos" par Dr Devo)

 

Chers Amis,

La famille de Matière Focale s'aggrandit. En plus du Marquis et moi-même, il faudra désormais conmpter sur notre ami Tournevis. L'oeil expert, le regard vif, et la plume bien affûtée, Tournevis avait complétement sa place ici. Nous l'accueillons avec joie, sous vos applaudissements pour son premier article (et qui ne sera pas son dernier). Matière Focale, c'est ça: sélectionner les meilleurs races de critiques pour ne vous donner que le meilleur. Je vous laisse maintenant dans les mains expertes de Tournevis.

Garden State est la dernière curiosité indé du cinoche américain. Film estampillé « Oui FM, la Radio Rock » (super !), porté aux nues par Jean-Pierre Jeunet (re-super !), avouez que ça fait peur. En fait, pas du tout… Enfin beaucoup moins qu’on aurait pu le craindre. Au-delà du buzz marketing sûrement distillé à grands coups de brainstormings inutiles par le distributeur français, le film de Zach Braff se révèle un des films les plus attachants et – à y regarder de plus près – les plus profonds de cette année.
L’acteur auteur réalisateur (étonnant morphing physique entre un jeune Spielberg et un Tom Cruise plus chevalin qu’à l’accoutumé) ose, à partir d’un argument simpliste (un jeune acteur débutant – Andrew – revient dans sa petite ville natale pour y enterrer sa mère handicapée, noyée dans sa baignoire), jouer la carte de la mélancolie, sentiment cinématographique clef, hélas trop rare dans la production américaine d’aujourd’hui.
Premier point fort du film : les acteurs. Natalie Portman en tête (ok, j’avoue, je craque). Après s’être ouvert les veines dans HEAT et écarté le string à paillettes dans CLOSER, la jeune femme nous montre ici, encore une fois, l’étendu de son immense talent et la pertinence de ses choix post STAR WARS. Elle prend des risques la donzelle, n’hésitant pas à camper avec une facilité déconcertante une jeune « white trash » complètement chtarbée et, bien évidemment très attachante. On voit venir l’histoire d’amour à grands pas, mais la poupée est farouche et l’on se demande comment et quand ces deux freaks vont fricoter enfin semble. Ian Holm ensuite, dans le rôle ingrat de l’austère paternel qui ronge son frein et qui ressasse jusqu'à l’ulcère l’idée tenace que son fils est la cause, certes involontaire, de l’handicap de sa femme, et donc de sa mort. Bref, son personnage n’est pas vraiment un joyeux drille, mais l’acteur anglais est une fois de plus sidérant d’intériorité et de retenu.
Zach BRAFF, lui, campe l’anti-héros parfait, Andrew, un mec d’une mollesse exemplaire, aussi imperméable aux événements extérieurs qu’une toile cirée au jus de pomme, que ça soit la mort de sa mère ou les frottis-frottas d’une bombe anatomique lors d’une soirée déglingue. Andrew se fond d’ailleurs dans le décor, au propre comme au figuré, dans un gag caméléonesque assez réussi. Sa vie, loin d’être rythmée par les matchs de football de l’équipe locale, mais plutôt par ses rendez-vous chez le psy, ses humiliations au resto où il travaille ou par la prise de psychotropes, tend plutôt vers l’abrutissement volontaire et quasi masochiste du moindre de ses états d’âme. Jamais vu un personnage aussi mou du genou ni aussi transparent dans un film US. On n’est pas loin de Mersault, l’étranger de Camus.
Alors, GARDEN STATE, œuvre radicale ou bien film de djeunz du samedi soir ? Les deux mon capitaine. Et c’est ça qui en fait tout le charme de cet « Etat des Jardins » (le New Jersey) à l’instar des premiers films d’ados d’un John Hughes qui, avant l’horripilante série des MAMAN, J'AI RATE L'AVION, réussissait à nous émouvoir au milieu des 80’s avec quelques teen comédies bien troussées et toujours justes comme BREAKFAST CLUB ou même le débilissime, mais fort hilarant, LA FOLLE JOURNEE DE FERRIS BUELLER. Plus récemment, et à l’instar de DONNIE DARKO, GARDEN STATE nous pointe du doigt une jeunesse américaine bien éloignée des clichés ados : sportifs, graisseux, décérébrés. Les personnages de Garden State, sont gavés de lithium (comme le héros du film de Richard Kelly), tètent le bang sur le canap défoncé du salon comme on se coupe les ongles des pieds et ne conçoivent pas une simple soirée de retrouvailles entre potes sans comprimés d’ecstazy ou sans partouzer comme pour oublier de concert leur misérables conditions humaines et le trou du cul du monde qui leur serve de ville natale. Pathétique.
Bon évidemment le film est en scope et les morceaux de musique pop mixées très fortes qui parsèment la bande son donnent tout de même envie d’aller habiter là-bas et forcent un peu facilement l’indentification aux personnages principaux. Mais bon, pêché de jeunesse sans doute.
Le film se termine sur un faux happy end amer comme si le réalisateur, tiraillé entre la tristesse générale de son propos et l’obligation de terminer sur une note positive, se mordait la queue. Dernières phrases du film, Andrew murmure à plusieurs reprises à sa belle un « Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? » qui n’augure pas que de bonnes choses. Bon, qu’est-ce qu’on fait maintenant ?

 

Tournevis.


PS : ah oui, comme tous les films ricains où enfants et ados apparaissent, V.O. indispensable bien sûr…

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Samedi 30 avril 2005

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi

(Photo : "Don"t Fence Me In, Kavaliere !" par Dr Devo)

 

 

Mentionnée dans un commentaire récent, la revue Mad Movies rédigeait il y a peu un coup de gueule contre certains éditeurs DVD semi-pirates comme Prism Leisure. Motif invoqué : ces malfrats de l’édition proposent sur le marché et pour des prix ridicules des copies dégueulasses de films de série B/Z, et trafiquent fréquemment le visuel de la jaquette pour nous vendre le film A à la place du film B (exemple récent, vous croyez acheter le film NUKIE ET MIKO, et vous rentrez en fait chez vous avec le film MAC ET MOI – croyez-moi, vous gagnez au change). [Note du Dr Devo: l'impact de MAC ET MOI est tellement fort, et son importance dans l'histoire du cinéma tellement importante que Matière Focale lui consacre une rubrique entière: articles ici et .] Je peux comprendre cette réaction ; on voudrait que tous les films sortent, et dans des éditions en VOST – format respecté – copie restaurée. Mais je ne partage pas du tout leur point de vue. Il y a du bon dans ces éditions. Je m’explique. Combien d’éditeurs de ce style existent réellement ? Difficile de répondre à cette question. Dans la mesure où ils ne possèdent pas les droits de l’essentiel des films de leur catalogue, leurs produits sont régulièrement retirés du marché (écoulé principalement dans les bacs des grandes surfaces en périodes de soldes ou directement dans les dépôts ventes). Ces films réapparaissent alors sous un autre titre, avec une autre affiche, et parfois avec des crédits totalement fantaisistes. Le nom de l’éditeur change lui aussi régulièrement (après Initial Video, Integral Video, Prism Leisure fait en ce moment long feu). Encore mieux et surtout plus drôle, à l’époque de la VHS, les cassettes contenant des films retirés des bacs (invendus ou retirés pour de mesquines questions de droits non payés) étaient réutilisées. Hop ! On réenregistre un film par-dessus l’autre.
C’est ainsi qu’une cassette démarrait par trois noms d’éditeurs différents et par deux cartons annonçant des titres dissemblables ; c’est ainsi qu’en regardant SCANNERS de David Cronenberg, on entendait en arrière-plan la bande-son d’un film de guerre (avec hélicoptères, explosions et fusillades) par-dessus la bande-son du film visionné – effet surréaliste garanti. C’est ainsi qu’en croyant acheter TERREUR SUR LA LIGNE (un classique : « Fuyez !!! L’appel du tueur a été localisé : IL EMANE DE VOTRE PROPRE DOMICILE !!!! »), on faisait en réalité l’acquisition des RAPACES DU IIIe REICH (oui, ça surprend un peu). Après une inquiétante absence due à l’émergence du DVD, les éditions fantômes sont peu à peu réapparues, et semblent aujourd’hui en pleine possession de leur absence de moyens.
Alors pourquoi défendre des copies pourries et des films-mystères ? La raison principale en est que sans ces DVD à deux balles, quel éditeur sérieux nous aurait proposé des films comme MAC ET MOI,
DRAGON BALL – LE FILM 
ou REBORN (un des premiers longs-métrages de Bigas Luna, avec Dennis Hopper) ? Sans eux, les séries Z seraient quasi absentes de mes étagères, or j’ai besoin de séries Z pour vivre. Sans eux, plus de vraies découvertes (au sens du trésor caché, du DVD qu’on va chercher au fond du bac poussiéreux en se salissant les mains). Plus de rires en découvrant le nouveau titre à la con de la dernière édition du HELLBOUND avec Chuck Norris (FLIC OU ENFER !!!). Acheter d’occasion un Hitchcock et un De Palma d’occasion, c’est bien, mais c’est encore meilleur quand pour deux euros de plus on peut passer à la caisse avec MADAME LOUP-GAROU et un David de Coteau de derrière les fagots. A une époque où le téléchargeur de Divx (que je ne suis pas, avec ma connexion 56k au rabais) passe au tribunal, ces petites éditions crapoteuses ont un petit côté anarchique (dans tous les sens du terme) qui est loin de me déplaire.
Oh ! J’allais oublier. Si je vous dis tout ça, c’est parce que je viens de visionner LES BETES FEROCES ATTAQUENT de « Frederico » Prosperi. Bon, en réalité, il s’agit à l’intérieur du film GNAW (FOOD Of THE GODS II) de Damian Lee, mais c’est pas bien grave. FOOD OF THE GODS, c’est quoi, me demande la petite Véronique. Il s’agit (en VF) du film SOUDAIN LES MONSTRES de Bert I. Gordon, réalisé en 1976 d’après une nouvelle de H.G.Wells, un film sur une invasion de rongeurs géants qui avait fait son petit effet à l’époque de sa sortie. (PS : Prism Leisure, j’aimerais beaucoup voir ce film, vous ne pourriez pas nous le sortir un de ces quatre ? Même sous le titre de CITIZEN KANE CONTRE LES LAPINS GEANTS, ça ne me dérange pas.) Pour info, le réalisateur Bert I. Gordon s’est fait un (petit) nom dans le genre en se spécialisant dans les films axés sur le thème du gigantisme, avec des films comme L’EMPIRE DES FOURMIS GEANTES, EARTH vs THE SPIDER, WAR OF THE COLOSSAL BEAST ou BEGINNING OF THE END). Le petit malin se serait inspiré, pour sortir du lot des réalisateurs de séries B, de ses propres initiales – B.I.G. !!!

En 1989, il était prévu que B.I.G. fasse son grand retour à la mise en scène en réalisant la suite de son FOOD OF THE GODS. Des problèmes de santé l’ont amené à jeter l’éponge. C’est l’inconnu Damian Lee qui s’y colle, avec un scénario basique et un budget très réduit. L’histoire : un médicament expérimental a provoqué une mutation chez un petit garçon, qui devient grand garçon sans pour autant être en mesure de s’intéresser aux filles. Et avec ça, il devient de plus en plus agressif. Un chercheur travaille à un antidote en reproduisant l’expérience sur des rats de laboratoire, mais l’intervention musclée d’un groupe d’étudiants anti-vivisection va libérer les monstres sur le campus. GNAW est une sympathique petite série B, pas très bien réalisée dans l’ensemble, mais qui bénéficie de bonnes idées, d’un humour à froid assez décalé et d’excellents effets spéciaux. Pas d’incrustations infographiques, l’essentiel des plans truqués joue sur les effets de perspective forcée perfectionnés par B.I.G. avec des résultats parfois saisissants. Gros comme des veaux, les rats impressionnent souvent et les séquences d’attaques sont correctement menées, notamment l’attaque finale dans une piscine où se déroule un concours de natation synchronisée (synchronisée, elle ne l’est pas longtemps, soyez-en sûrs). Le tout se regarde agréablement, avec quelques scènes qui se détachent vraiment du lot : une brève mais spectaculaire séquence onirique où une femme fait l’amour à un homme haut de près de trois mètres, l’agonie de la rate domestique du chercheur qui rampe vers la femme qu’il aime (jalouse, va !). Quelques scènes troublantes et assez malsaines vont même jusqu’à faire froid dans le dos – le garçonnet géant ne fait pas rire longtemps. Ne vous attendez pas à des créatures écrasant des immeubles ceci dit, la taille des monstres et de l’enfant était juste assez excessive pour vraiment déranger. Très franchement, pour un prix pareil, peu importent les couleurs un peu baveuses et les quelques décrochements de l’image, ça ne vaut pas le coup de s’en priver. Au fait, Prism Leisure, si vous sortez un jour le DVD de SOUDAIN LES MONSTRES II, je compte sur vous pour y trouver une copie des BETES FEROCES ATTAQUENT, hein ? OK ! Je voulais vous dire un mot sur l’extraordinaire MILLENIUM ACTRESS de Satoshi Kon, que je viens de voir (c’est une merveille), mais j’ai été trop bavard, ce sera pour une autre fois.

Le Marquis.

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Vendredi 29 avril 2005

Recommander - Publié dans : Corpus Analogia

Chers Amis,

Allez, pour le plaisir, comme disait le poète, on se refait un petit coup du jeu du film mystérieux. Je rappelle les règles de ce grand jeu où il n'y a rien à gagner.

Je vous proposer trois photos issues de trois films différents. Le jeu consiste à reconnaître le film dont chaque photo est extraite. Pas compliqué, hein?

Pour répondre, utilisez les commentaires.

Oui, mais bon, moi je suis nul, j'ai pas vu tant de films que ça, et patatati et patatata. C'est pas grave, tu peux jouer quand même. Même si on n'a pas reconnu le film, on peut faire des estimations comme des experts. Ce serait un film de quelle année? Quelle nationalité? C'est qui ces acteurs? Ce serait un film de quel genre, qui raconterait quel type d'histoires? Ça pourrait être un plan filmé par quel réalisateur? etc.

Ce qui veut dire qu'en cherchant tous ensemble, vous allez pouvoir bien vous marrer, sans doute (je ris souvent en lisant vos délicieux commentaires), et surtout peut-être réfléchir ensemble et faire des réponses collégiales, comme on dit sur certaines radios.

Les réponses seront données en commentaire dans quelques jours.

Attention, ces photos sont issues de DVD que j'ai dans ma petite collection. Il se peut qu'il y ait autre chose que des films de fictions, voire autre chose que des films. Documentaire, séries, etc. S'il s'agit d'une série, n'hésitez pas à trouver le titre de l'épisode... Enfin, dernière consigne, pour corser un peu le tout, les photos ne sont pas forcément au format original du film, et je me garde la possibilité de recadrer dans l'image. Je passerai voir comment tout cela évolue, et peut-être vous donnerai des indices.

 

C'est parti pour la huitième série.

 

 

 

diapo 801: y'a pas à dire, c'est beau une femme la nuit! Trouvable, je pense, ou du moins, situable...



 

 

 

Diapo 802: un peu plus dur, certes mais beaucoup d'indices...



 

 

 

diapo 803: je sais pas ce que vous en pensez, mais les trois photos résument bien le site! Bon là, c'est un peu dur, mais en même temps, on voit l'acteur ce qui assez rare! Après en déduisant, on peut se rapprocher...

 

 

Bonne chance, et bon courage! la rubrique "commentaire" est à vous.

 

Dr Devo

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Jeudi 28 avril 2005

Recommander - Publié dans : Ethicus Universalis

(photo: "Spleen-Screen" par Dr Devo)

Chers Confrères,
 
Au final, il n'y a qu'une seule règle sur ce site, une seule qui se dégage en pratique (a posteriori), à savoir : les jours se suivent et ne se ressemblent pas. N'est-ce pas ? Hier, nous évoquions le surprenant cas de Gérard Kikoïne, le fameux réalisateur de films pornos français qui réussissait EDGE OF SANITY, un très beau film fantastique entre classicisme et folies un peu iconoclastes, et aujourd'hui que fait-on ? Ben, on va se taper (si j'ose) un réalisateur des plus classiques, on va jouer aux Cahiers du Machin, on va parler de Anthony Mann. Peut-être que demain, nous parlerons de Sabine Paturel ou de Jason Schwarztman, qui sait ? Elle est pas belle la liberté ? Allez, chers enfants, allez et courez en toute liberté dans les champs du Seigneur, comme disait le nanar des années 90.
 
Bon, vérifications. C'est bien ce que je craignais. On peut le dire sans détour : je n'ai vu qu'un film de Anthony Mann, à savoir LE CID, avec le splendouillet Charlton Heston. J'étais petit, et j'avais aimé ça, mais les souvenirs qui me restent, relus à l'aune de ma sagesse et des ans passés, me mettent sur la défensive, et me font penser que j'avais aimé ça parce que c'était le premier vieux film en technicolor que je voyais en salle. Et il y avait quand même, il me semble, et vous me corrigerez si ce n'est pas le cas, un plan final avec baiser sur soleil couchant. Quand même. Bah, c'est pas grave, passons.
 
THE GREAT FLAMARION, tel est le titre mi-grandiloquent et mi-ridicule de cette CIBLE VIVANTE francisée, assez mal d'ailleurs. Le Grand Flammarion, même en frankreich dans el texto, ça a quand même plus de gueule. Tiens, pendant qu'on y est, dans le courant de la semaine, on reparlera de la politique des distributeurs en matière de marketing et de titres, lorsqu'on parlera d’Isabelle Huppert (sans rancune, Lorraine !) et de Jason Schwarztman (we're all Devo!) et de Jude Law (surveillez les jours à venir, les filles !). Eric von Stroheim, dont je me garderais bien de juger la carrière de réalisateur car je n'en ai vu aucun, je crois du moins, je vérifierai un de ces quatre... [Nota Bene : cette semaine revient dans presque chaque article l'expression un de ses quatre... Etrange, non ?]  Von Stroheim... un peu le Jean Reno de son temps, non ? Grand (en fait pas du tout : 1.70m), imposant, le crâne rasé, le flegme imperturbable, un petit côté Dark Vador sans le masque, histoire de faire plaisir à Google. Bref, un type sympathique tant qu’on n’a pas vu le machin anti-guerre de Renoir, matrice de LA COULEUR POURPRE d'ailleurs. [NB : quel autre site de cinéma est capable de citer deux fois en trois jours le film LA COULEUR POURPRE, succès de jadis, oubliettes d'aujourd'hui ?]
 
Von Stroheim, donc, est bien le grand Flammarion (sublime, le titre en français !), autrement dit un artiste de music-hall. Car nous sommes au Mexique... Le nombre de films américains se passant au Mexique que j'ai vus cette année est ahurissant ! Et ils sont assez bons en général ! Va comprendre, Guy. On joue comme on aime, définitivement. On est au Mexique, donc, en 1936. Très joli plan d'ouverture, classique certes mais joli, et même surprenant pour l'époque. Nous sommes à l'entrée d'une salle de music-hall, et la caméra en plan subjectif et séquence nous fait entrer dans la salle. On donne son ticket à l'ouvreur, on s'installe, puis la caméra continue d'avancer jusqu'à la scène, lentement, le numéro change, et un autre commence et pof, première coupure. Plan-séquence, un peu naïf peut-être (Entrez dans la salle et entrez dans le film), mais agréable et surtout très long. Quatre bonnes minutes à vue de nez. What's coming next ? Comme on dit dans la seule émission de cinéma expérimental du PAF (cherche Lycos, cherche...). Le numéro suivant, c'est un comique-gymnaste avec des chaussures de clown, assez marrant d'ailleurs. Il fait son numéro, et coup de feu. Affolement dans le public et en coulisse. On a tué une jeune artiste belle comme le soleil (on ne la verra que plus tard d'ailleurs ce qui est assez élégant). La police fait boucler le backstage, et un homme massif va se cacher en titubant dans les cintres. La police interroge son monde, fait emmener le mari de la victime au poste, mais aucune piste ne se profile. Tony Le Clown (avec ses grandes chaussures) s’apprête à partir, une fois que la police a quitté les lieux bredouille. Il ferme le théâtre quand tout à coup, il entend un grand boom. Un homme vient de tomber des cintres. C’est notre tueur, c'est Von Stroheim, et je te reconnais toi, dit Tony Le Clown, tu es le grand Flammarion. Oui, et j'agonise. Je vais appeler les secours. Non, je veux mourir. Pourquoi tu dis ça ? Parce que c'est moi le meurtrier. Je l'ai tuée, cette jolie femme, et je vais te raconter pourquoi.
Flash-back et film. Flammarion quelques temps avant. Un type qui a un numéro exceptionnel. Il est tireur d'élite. Avec des pistolets, il peut déshabiller une femme en tirant sur la bretelle de sa robe sans la blesser ! Et son numéro consiste en une saynète de théâtre. Une femme et son amant surpris par lui, le mari, qui tire des coups de revolver partout en direction des deux tourtereaux. Ho, je fais péter un verre que tu tiens à la main, pan, je défais ton chignon et tirant dans ta broche, pan je fais tomber le pantalon de Monsieur en tirant dans sa ceinture. Et le tout en balles réelles et sans trucage. Impassible, Flammarion n'arrête quasiment pas de tirer, peut-être cinquante fois en trois minutes. C'est très impressionnant et le public en raffole. Mais pour avoir un tel numéro, il faut compter sur ses deux assistants qui jouent la femme et l'amant sur scène. Flammarion est sur scène comme dans la vie : un gars austère, réglé comme du papier à musique, pète-sec, pas aimable, mais précis, rigoureux, qui s'entraîne des heures au tir dans la journée, concentré, sûr de lui, pas aimable mais concentré et efficace. Von  Stroheim, quoi ! Et ses deux assistants, anciens ratés du music-hall, doivent être aussi rigoureux sur scène car le numéro est chorégraphié au millimètre. Une seul erreur et c'est l'accident. Et ces deux assistants sont mari et femme dans la vie. Et le mari boit. Ça fait déjà plusieurs fois que Flammarion frôle l'accident et ça, il ne peut pas se le permettre. La femme, Connie (celle qui a été tuée en début de film), vient voir son patron et lui jure que tout ça ne recommencera plus. Si son mari boit c'est qu'il s'est aperçu qu'elle était amoureuse de lui, le Grand Flammarion.
Les ennuis commencent pour Von Stroheim. Connie lui fait croire à l'amour, et il finit par céder. Mais elle joue sur plusieurs tableaux. On s'aperçoit très vite qu'elle n'est pas celle qu'on croit, mais une grande manipulatrice qui promet monts et merveilles à Stroheim, fait marcher son mari dans toutes les directions possibles, et s'envoie en loucedé un autre artiste de la troupe ! Elle a même une autre liaison plus loin dans le film ! Bref, elle manipule tout le monde, sûrement par appât du gain. Et le pauvre Von Stroheim, enfin déridé par l'amour, n'en peut plus de cette liaison qu'il doit garder secrète. Ah ! dit Connie, je ne peux pas quitter mon mari, mais il boit tellement qu'il pourrait avoir un jour un accident sur scène.... Non ?
 
Hou, la menteuse, elle n'est pas amoureuse du tout. Ce qui commence par un discours mi-fable mi-thriller sur les milieux du théâtre et du music-hall, est au final assez surprenant. Mann multiplie en introduction de son film les métaphores "à la scène / dans la vie". Il cite même cette vieille rengaine, toujours en cours aujourd'hui : "Nous les artistes, notre vie c'est la scène, et la scène c'est notre vie", un des plus gros clichetons du cinéma depuis ses débuts, et seul discours de tous les films, ou presque, sur le théâtre, ce qui me fait dire : fuyez les films sur le théâtre comme la peste et comme les films sur la maladie, car en général c'est très nul ! Passons. Une fois le flash-back introduit, le petit père Mann va faire un peu exploser tout ça et va nous prendre à contre-pieds. La belle image d'Epinal se mue en un horrible tableau qui, sans le désespoir amoureux sincère de Von Stroheim, serait quasiment "hard-boiled". Connie, jouée par Mary Beth Hugues, ne recule devant rien, et se sert de ses charmes pour travailler, pour manipuler les hommes, et pour amasser un maximum de dollars ou de stock-options (véridique !). Ses atermoiements mélodramatiques masquent les pires lavages de cerveaux, sans que tromper trois mecs en même temps ne lui pose problème. Un talent mineur sur scène, mais diabolique une fois que le rideau est tombé. Mes amis, il faut bien dire les choses comme elles sont : c'est une garce abominable ! Je suppose qu’en 1945, voilà qui devait être déjà bien sombre, mais 60 ans après, la brune fatale fait encore très peur! Sous ses allures classiques, donc, le film est encore d'une grande noirceur.
 
Malgré tout, Mann a bien dosé son film. Le film n'est pas seulement une bluette acide, derrière laquelle se cache un très sombre thriller. Il y a plus que ça. Jamais on ne perd de vue que le film est aussi un mélo, fabuleusement fleur bleue et sincère, que l'on suit avec suspense à travers le personnage de Von Stroheim, peu à peu fissuré par l'amour. Le contraste entre sa rigidité en début de film et son sentimentalisme ensuite (à la limite du ridicule, ce qui est gonflé) marche très bien. Rôle contrasté donc, mais aussi assez sobre. Voilà qui laisse du champ à Mary Beth Hugues qui, elle, y va un peu plus à fond dans un jeu hollywoodien un peu exagéré mais très maîtrisé. Son personnage est haut en couleur, et un peu plus extravagant que nature, ce qui marche très bien avec les autres personnages, plus sobres, et aussi avec nous : elle nous boulotte les nerfs, la petite bitch !  Au final, on est donc en présence de mélo, de thriller noir-noir, mais aussi de comédie grinçante. Et on ne sait pas sur quel pied danser. On est conquis par la détresse amoureuse de Flammarion, dégoûté puis fasciné par Connie, et finalement intrigué par le cynisme total de l'histoire, voire par l'aspect social, extrêmement moderne et toujours contemporain sans doute, aspect social en filigrane, d'ailleurs. Bien vu.
La mise en scène est correcte. Deux ou trois raccords me semblent assez laids, mais c'est du détail. Le montage n’est pas mal, et finit par distiller quelques frissons car Mann sait retarder ses contrechamps. La photographie est très sympathique, avec un scène superbe : quand Von Stroheim s'exerce à tirer dans sa chambre d'hôtel. C'est extrêmement bien joué, la scène étant interrompue par la "déclaration d'amour" de Connie, ça fonctionne très bien scénaristiquement, et le montage sobre et cette fabuleuse lumière en fond une grande scène, lyrique mais assez bluffante avec trois fois rien. Le son d'ailleurs dans cette scène est vraiment très bien. Accrochez-vous à votre fauteuil, ça fait peur !  On note aussi un très beau plan : le premier plan de locomotive. Très beau. Il suivit de près en fin de séquence par une superbe rétro-projection, où Flammarion regarde les rails en queue de train. Ça, c'est vraiment sublime et ça brise complètement la mythologie théâtre / vie dont on parlait tout à l'heure. Rien que pour ce plan, voyez le film.
De bons acteurs, un scénario malin, une mise en scène soutenue avec quelques plans assez flamboyants, un discours qui joue sur plusieurs tonalités ambiguës et contradictoires, un bon suspense, et un sujet qui n'a rien perdu de sa force malgré le temps qui passe... Qu'est-ce que vous voulez de plus ? Ben rien. Ce n'est sans doute pas le film du siècle (on préférera largement le fabuleux DETOUR de Edgar G. Ulmer), mais c'est quand même très bon et on ne boude pas son plaisir. Comme dirait une amie du Marquis : "C'est bon ! Mangez-en !"
 
Jubileusement Vôtre,
 
Dr Devo
 
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Mercredi 27 avril 2005

Recommander - Publié dans : Corpus Analogia

(photo: "George Pan Cosmatos Memorial" par Dr Devo)

Chers Amis,
 
Nous parlions hier d'un film américain réalisé par un anglais pure souche, et aujourd’hui nous parlerons d'un film anglo-saxon réalisé par un français bien de chez nous. Il y a quelques jours, en passant dans une échoppe d'occasions, je tombe sur la plutôt belle jaquette de EDGE OF SANITY, avec notre ami Anthony Perkins. Je jette un coup d'œil à la quatrième de couverture de ce DVD version Benelux, et ça s'annonce pas mal, cette histoire de Dr Jekyll. Les photos, quoique petites, semblent vraiment jolies. Et le prix est désespérément bas, donc j'achète. Un Anthony Perkins n'est jamais perdu, me dis-je [Tu dis ça parce que tu n’as jamais vu LE DINDON DE LA FARCE ! NdC]. Je m'en retourne chez moi avec le sentiment du devoir accompli. Plus tard, dans la soirée, Le Marquis me téléphone. Nous discutons des DVD que  lui-même a achetés. J'en viens à mes propres découvertes. Avant que je n’aie pu prononcer le titre du film, Marquis part en éclat de rire. Moi qui venait de le taquiner sur ses nouvelles séries Z, il prit avec délice sa revanche en ces termes : "Docteur, vous n'avez pas regardé sur la jaquette le nom du réalisateur ?". C'était vrai, bien entendu. Il m'annonça alors en se marrant, à juste titre, le nom du fautif : Gérard Kikoïne ! Damned ! Je crois que cette fois, nous somme faits, mon cher Milou. Le désespoir s'abattit sur moi.
 
Madame travaillant hier, je décidais de me mettre un DVD, en prenant garde à prendre un film qui ne l'aurait pas intéressée. Bon ben, si c'est comme ça, on va liquider le Gérard Kikoïne, me dis-je sans motivation, comme ça, ça sera fait et je pourrai le revendre. Le Marquis m'avait offert pour mon anniversaire trois DVD à faire saliver le petit cinéphile en culottes courtes que je suis, mais nous attendrons que Madame soit disponible pour les voir ensemble. En attendant, vas-y Gérard, envoie la sauce.
 
Et ce n'est rien de le dire. Kikoïne est un réalisateur que je ne m'attendais pas à voir là ! Si le type est connu, c'est surtout pour avoir réalisé des films pornos dans les années 70-80 ! Il a commencé par L'AMOUR À LA BOUCHE en 1974 (joli titre). A défaut de les avoir vus (pas grave), révélons les plus beaux titres. [Le cinéma porno de ces années-là, c'est comme le hard-rock de ces années-là... Peu d'intérêt sans doute (quoique, j’ai une tendresse pour Motorhead, Alice Cooper et Iron Maiden), mais... Pour les pornos, les titres sont imbattables et bien meilleurs que les titres des films classiques, et pour le hard-rock, les pochettes sont bien meilleures que les pochettes d'albums classiques. Ceux qui en doutent peuvent aller dans n'importe quelle FNAC. Comparez la pochette d'un Vincent Delerm ou autre Cali (spéciale dédicace à Mr Mort) à celle d'un Manowar, vous verrez, il n'y a pas photo !] En 1978, JOUIR !, la suite de TOUT POUR JOUIR ! Superbe cet infinitif ! ENTRECHATTES (fallait y penser), RETOURNE MOI C'EST MEILLEUR (moins bon ce titre), JOURNAL INTIME D'UNE JEUNE FILLE EN CHALEUR (auquel Moretti rendit hommage plus tard! Hé ! hé!), BON CHIC BON GENRE... MAIS SALOPES !, et surtout le plus beau titre, le plus poétique de tous les titres de films pornos du monde BOURGEOISE MAIS PUTE (ce dernier titre, personne parmi les collaborateurs de ce site ne l'a vu, mais nous sommes tous d'accord pour dire que c'est un titre superbe, suivi de près par le mythique LE DORTOIR AUX VICIEUSES, moins syntaxique mais plus classiquement poétique). Dommage que le cinéma porno, malgré ce que la critique très sérieuse nous rabâche, ne soit qu'un ramassis d'incompétents et que tous ces films soient nuls, car question titres, ce sont les meilleurs. Mais un téléfilm "rose" de Joe D'Amato sera toujours meilleur que tout ça. Par contre, ce serait formidable si un cinéaste mainstream réussissait à imposer un tel titre (ou une déclinaison "correcte") pour son film grand public... On peut rêver... Mais, maintenant que Google est rassasié, passons à EDGE OF SANITY (connu en France sous le sobre titre Dr JEKYLL ET Mr HYDE).
 
La première scène vous donnera le ton. Début XIXe, à en croire les costumes. Nous sommes dans une grange, par une nuit d'orage. Un petit garçon de 10 ou 11 ans est allongé dans la paille et la partie supérieure de la grange (tiens, un zeugma, ça commence bien !). Tandis que le tonnerre roule et que les éclairs strient la bâtisse (bizarrement d'ailleurs puisque le plan sur le petit garçon montre ostensiblement deux couleurs d'éclairs en même temps, classiquement bleu et bizarrement jaune ; ce jaune ne sera visible que sur ce plan, dans le reste de la grange, ce n'est que bleu...étrange mais pas laid...), le petit garçon regarde une drôle de scène en contrebas. Une jeune femme gironde est allongée dans la paille, dans une attitude qui laisse peu de place au doute : jupe presque retroussée et corsage presque déboutonné. Le petit garçon regarde la femme avec plaisir et crainte. Celle-ci semble le voir, et rit devant la crainte du gamin d'avoir été découvert, puis finalement lui offre avec espièglerie une vue plus plongeante sur son décolleté. Un homme barbu arrive. Il s'allonge sur la femme et le couple fait l'amour tandis que l'orage redouble de force. Le petit garçon n'en perd pas une miette. Mais il tombe du haut de la grange en se prenant les pieds dans un cordage. Le voilà donc pendu par le pied, à hauteur d'homme. Le couple se lève, surpris par le petit espion, et l'homme punit le garçon en le frappant cul nu (c'est plus soft que ça en a l'air sur le papier; la scène est plus gothique et violente que salace). Une série de plans subjectifs du petit garçon nous montre qu'il regarde la femme la tête à l'envers, et que celle-ci, qui avait été plutôt complice, se moque maintenant ouvertement de lui  et rit de plus en plus à chaque fessée. L'homme continue de frapper. Et puis, à brûle pourpoint, le garçon voit (ou croit voir, car cela n'est pas et ne sera jamais justifié) que la femme continue de rigoler, mais que son visage est tailladé et en sang. Vision de cauchemar. Sur le visage du petit garçon, un rictus de douleur et de plaisir mêlé. Brrrr…
Des années plus tard à Londres. Le petit garçon a grandi, il a cinquante ans ou plus, il est joué par Anthony Perkins. C’est le Docteur Jekyll, médecin renommé. Il travaille énormément entre son hôpital et ses propres recherches qu'il mène jusque tard dans la nuit, chez lui. Il est marié à une très jolie femme, un peu plus jeune que lui, mais très douce, très proche, très victorienne (classe et charité). Elle le soutient de tout son cœur. Jekyll finalise un article sur un nouvel anesthésiant qu'il vient de découvrir, la cocaïne. Pas du tout foufou furieux, il prend son temps pour tester son produit sur un petit singe. Ses collègues sont déjà fascinés par ses résultats, mais lui, plus posé, a peur des effets secondaires. Suite à un accident, il inhale énormément de vapeur de cocaïne. Adieu le Jekyll boiteux de cinquante ans, et bonjour Hyde, plus performant physiquement. Mais Hyde a un problème : il traîne dans les quartiers chauds et égorge les  prostituées, à la recherche de sensations qui le mettent sur la piste de l'Emoi originel...
 
Et bien, les amis, une fois passé le choc d'avoir acheté un Gérard Kikoïne et une fois passé l'effort de mettre le DVD dans le lecteur, on s'attend bien sûr à une série Z, et on est surpris par la qualité très convenable du début du film. Le film ne semble en effet ne pas être si bâclé que ça. Le cadre se tient, les décors, sans être d'un luxe incroyable, sont très soignés, et la lumière est plus que convenable et même travaillée avec entrain. La tonalité moins ouvertement aguicheuse que mon résumé ne le laisse supposer est résolument gothique, ou plutôt rappelle, à ma grande surprise, une ambiance très proche des films de la Hammer, période récente (qui contient quelques perles comme le fabuleux Dr JEKYLL ET SISTER HYDE de Roy Ward Baker). On n'est pas, certes, dans la sublime flamboyance de ce dernier film, mais dans un classicisme avoué qui, peu à peu, va se fissurer. On retrouve l'idée de mixer ensemble le personnage de Jekyll / Hyde avec Jack l'Eventreur [Comme dans le film de Roy Ward Baker, du reste… NdC]. Ça marche ici assez bien, les psychoses du personnage étant joliment soutenues par le souvenir de la scène introductive de la grange. Après cette scène haute en couleur, c'est une certaine forme de sobriété qui frappe. Le jeu des acteurs est assez retenu autour de Perkins qui, lui, compose un jeu plus ouvert, un peu plus loufoque mais curieusement assez nuancé, qui rappelle, par exemple, le jeu d'un Klaus Kinski dans ses rôles les plus rigoureux et les plus "sobres" (si cet adjectif veut dire quelque chose appliqué à Kinski, citons WOYCZEK ou le grand FOU À TUER de David Schmoeller). Le maquillage de Hyde est assez surprenant et bien soutenu par des cadrages larges et rigoureux laissant deviner la transformation. Hyde est plus jeune, mais pas beaucoup plus, terriblement mince et même émacié, les yeux rougis par la drogue et le visage poudré et presque fantomatique. Un Hyde malade, donc, et déjà en fin de parcours, malgré sa force physique impressionnante. Intéressant.
Le film alterne séquences de jour très sobres, et séquences de nuit plus gothiques. La direction artistique vient troubler le jeu. Peut-être par manque de moyens (ce qui, en fait, ne se voit que très peu et qui, de toute façon, pousse le film vers l'astuce), les décors intérieurs sont très stylisés : couleurs rouges et bleues envahissantes, et géographie de studio, avec de grands murs vides et des plans de salles extravagants qui nous mettent rapidement la puce à l'oreille : les décors que traverse Hyde sont victoriens d'inspiration, mais parasités par les années 80, et d'une manière subtile en plus. Et on s'aperçoit qu'il en est de même pour les costumes, très soignés, légèrement déviés de leur fonction initiale par cet apport contemporain. Plus qu'une relecture délirante à base de bouffées eighties, le film acquiert dans ses moments "Hyde" un décalage étonnant qui arrive à ne pas tomber dans le piège du kitsch, chose d'autant plus méritoire que le traitement et le ton de l'histoire sont assez iconoclastes, et qu’à mesure que le film avance, la folie devient de plus en plus grande. On est donc pris entre deux feux : la sobriété "hammerienne" vs. la folie légèrement teintée eighties (les prostituées par exemple ont des robes très courtes, toutes en froufrous victoriens, mais presque roses !). Toutes ces audaces, donc, ne sombrent paradoxalement jamais dans un délire chic basé sur l'anachronisme, mais sont seulement là pour faire légèrement dévier, et légèrement seulement, l'aspect victorien du film, afin que nous entrions dans un complexe bâtard et dérangeant.
Mélange de classicisme et d'audace iconoclaste donc. On pense quelquefois à un hommage respectueux mais sincère à Ken Russell, bien que Kikoïne soit plus modeste que le génie anglais. On est bien évidemment en dessous des films du maître, et à défaut de comparer les deux, ce qui serait injuste, on peut souligner l'analogie. Ce n'est quand même pas rien.
 
De l'audace, du respect et des lettres, donc, pour Kikoïne. Et pas seulement. Beaucoup d'idées de cinéma aussi. Le montage est assez sérieux et expressif, avec des moments superbes, où les deux tonalités s'interpénètrent avec panache, et où le film fait de grandes saillies, vraiment superbes. Le son est très intéressant en début de film : grand jaillissement de cuivres, mixé avec des effets de volumes et de saturations. C'est très beau. Dans une scène-Jekyll, Perkins panique : un gros plan vient faire exploser le montage, avec là aussi une poussée de cuivres très forte qui s'achève...à la fin de l'insert ! La classe. Il faut bien dire cependant qu’un des leitmotivs du film consiste en des cadrages penchés sur le côté, dans des scènes réalistes. Je n’aime pas trop ça en général, et ça ressemble souvent à un tic. Ici, malgré tout, le procédé n'est pas complètement systématique (c'est pas VIDOCQ non plus), et plutôt cohérent, car souvent allié à de jolies idées de montages dans les plans subjectifs. Ça marche, d'autant plus que cette idée est reprise discrètement mais de manière effroyable dans le décor, où les tableaux sur les murs des couloirs qui mènent au labo privé de Jekyll sont quelquefois penchés et quelquefois droits, jamais au même endroit ! Brrrr ! Et il y a plein d'autres vraies idées de cinéma. Des mouvements de caméra, parfois légèrement maladroits ou mécaniques mais très inquiétants. Une utilisation sublime de l'axe qui montre pendant tout le film le labo de Jekyll. L'axe du contrechamp de ces plans omniprésents n'apparaît qu'une fois, sublimement placé, et là encore, ça fait très peur. L'idée dans la dernière partie de mettre des graffitis bleus (Pas rouges ! Bleus ! C'est terrifiant !) est vraiment belle. Et il y a plein de gourmandises de bon aloi : des plans qui virent au rouge (ça j’aime toujours), de superbes travellings, des inserts magnifiques. C'est un petit régal, qui, de temps en temps, franchit un peu les limites, mais ces égarements sont toujours assez brefs, et l'ensemble est d'une telle qualité, que oui, avouons-le, ce EDGE OF SANITY est une vraie surprise, et oui, disons le haut et fort : j'aime beaucoup ce film de Gérard Kikoïne, qui loin de se payer le luxe de faire un film "normal" (non pornographique), a fait un métrage avec beaucoup de vraies idées de cinéma dedans, et plutôt originales de surcroît. [Le dernier plan notamment est aussi simple que sublime.]
 
Il faudra vérifier un de ces quatre les autres films "normaux" (non pornographiques) de Gérard Kikoïne, dont DRAGONNARD qu'il a réalisé en 1987, et sa suite en 1989, dans lequel on retrouve un couple d'acteurs étonnants : Oliver Reed (mon acteur préféré, quasiment) et Eartha Kitt !
 
Surprisement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Mardi 26 avril 2005

Recommander - Publié dans : Corpus Analogia


(photo: "Sexy" par Le Marquis.)



Chers Amis,
 
De retour après un périple en pays natal, bonne occasion de voir des tonnes de films merveilleux avec Le Marquis, on peut revenir sur ces quelques métrages plus ou moins inoubliables, mais toujours avec émotion. Et il est temps de faire entrer le réalisateur Alex Cox (qu'on essaiera de pas confondre avec l'australien ou néo-zélandais Paul Cox, qui fait des films d'un tout autre genre) dans notre merveilleux site. Le cinéma européen compte, au final, peu de figures marginales, mais Cox en est définitivement une, et des plus attachantes qui plus est. Sans le vanter outre mesure, voilà ce qu'on peut appeler un réalisateur indépendant, et ce n'est rien de le dire. Malgré 20 films réalisés en 22 ans de carrière, dont quelques documentaires et films pour la télé, Axel Cox ne semble être pour le grand public que l'homme de trois films, ce qui est assez normal. WALKER est le dernier film distribué, ou au moins distribué un peu correctement (mais en catimini, bien sûr, les distributeurs ne prenant jamais aucun risque), et ça remonte déjà à 1987 ! Un peu comme Percy Adlon d'ailleurs, le réalisateur allemand de BAGDAD CAFÉ, dont on a distribué deux autres films puis plus rien. Ces gens-là continuent de tourner, bien sûr, même s'ils sont scandaleusement ignorés des distributeurs, c'est bien normal, des festivals et des critiques, qui préfèrent sans doute continuer à croire que le cinéma européen, c'est Nanni Moretti et Pedro Almodovar ! Ici, en plus d'avoir du goût, on a bien plus de culture que ces gens-là, et tel Jacques Fabre dans le hangar de son fournisseur brésilien, on demande à voir les bobines dans le fond de l'entrepôt, pour ne vous ramener que le meilleur. Axel Cox, donc, retenez ce nom.
Deux films et demi visibles donc dans la filmographie de Cox. Le premier, SID ET NANCY, plongée violente dans l'univers de Sid Vicious et des Sex Pistols, est, si j'en crois notre ami Bernard RAPP, plus que respectable : une vraie réussite. Le film fit du bruit en son temps et permit à Axel Cox de franchir l'Atlantique et d'aller réaliser, comme s'il était chez lui (c'est très étonnant) le sublime REPO MAN avec Harry Dean Stanton et Emilio Estivez. REPO MAN est un film très curieux, qui ose insuffler une sacrée dose de surréalisme dans le cinéma américain qui n'en use pas si souvent que ça. Comédie non-sensique, divertissement social et quasi-métaphysique, qui rappelle (un tout petit peu, par temps de brouillard), le joyeux et beau bordel des AVENTURES DE BUCKAROO BANZAÏ À TRAVERS LA 8e DIMENSION, REPO MAN est aussi un film sombre, triste et émouvant qu'il faut absolument avoir vu une fois dans sa vie. Ça a tellement de cœur et c'est tellement original que tout cinéphile qui se respecte ne peut pas passer à côté de ça, d'autant plus que le film, curieusement disponible en France en DVD, est très peu cher. REPO MAN est devenu un film culte aux USA, malgré de gros problèmes de censure de la part du producteur. Axel Cox, grâce à ces deux films, aura les mains assez libres pour un film au budget conséquent : WALKER. On reste donc aux USA, on embauche Ed Harris, un sujet américano-américain (un biopic en costumes), et c'est parti.
 
Walker est un sacré personnage qu'on s'efforcera, bien sûr, de ne pas confondre avec son homonyme, le shérif texan de TV, joué par notre ami Chuck Norris, l'homme qui aime bien les indiens mais plutôt dans les réserves, et qui est persuadé que la criminalité aux US de A est due à l'afflux massif de délinquants venus exprès d'Europe de l'Est. Pas de ça ici. Walker est un personnage existant ayant vécu aux Etats-Unis au XIXe. A la fin des années 1840, il lève une armée de mercenaires (une vingtaine d'hommes), plus ou moins reconnue par l'armée américaine officielle, et s'en va pacifier le Mexique, alors sous le joug d'un régime quasi-dictatorial que l'on ne verra jamais, le film débutant au moment où Walker et ses hommes reviennent aux Etats-Unis, après que l'opération se soit avérée semi-ratée. De retour au pays, Walker est bien décidé à passer des jours paisibles avec sa femme sourde-muette (Marlee Matlin, rescapée alors de l'horrible nanar LES ENFANTS DU SILENCE ; ici c'est très drôle, elle fait le contraire lors d’une scène de dispute surréaliste toute en sous-titres avec Ed Harris). Un industriel le fait appeler sur ses terres. Il propose un marché à Walker. Ayant fait main basse sur le marché du transport au Nicaragua, cet industriel explique à Walker que, maintenant que l'infrastructure est prête, s'il veut continuer à faire des affaires, il faut un régime stable au pays. Il propose donc à Walker, homme de principes, de lever une armée de mercenaires encore une fois, qu’il lui paiera gracieusement pour que tout ce petit monde aille instaurer de force le régime démocratique dans le pays. Car sans régime démocratique, pas de commerce à grande échelle. Cet industriel étant méprisant, rustre et manipulateur, Walker refuse et rentre chez lui, où il trouve sa femme morte, emportée par le choléra. N'ayant plus d'attaches, Walker accepte alors d'aller imposer le modèle démocratique au Nicaragua. L'aventure commence, et toutes les armes à feu disponibles sont de sortie !
 
Walker, joué de manière sobre, mais en fait pas du tout, par Ed Harris, machine impressionnante, ici sans doute dans son plus grand rôle, Walker, dis-je, est un drôle de type ! Aventurier, certes, mais avant et par dessus tout un homme de principes. Homme lettré, c'est aussi un soldat et un chirurgien ! Amateur d'art aussi (il fait jouer de la musique en toute circonstance, fût-ce sur des instruments cassés ou fût-elle massacrée par d’horribles musiciens amateurs). Mais c'est un homme de principes, comme je l'ai dit, et terriblement en avance sur son temps en plus. Profondément démocrate, c'est pour cette cause qu'il prépare ces expéditions militaires, même si son équipée est financée avec l'argent (peu regardant) du commerce. La démocratie est pour lui le seul idéal insurpassable, même avant Dieu, qui pourtant occupe une grande part de son esprit (et il n'y a pas que lui : une multitude de personnages interrogent le ciel des yeux pendant le film). Homme de Dieu, certes, mais complètement laïcard, chose extraordinairement rare, surtout à l'époque, et aussi anti-esclavagiste et hygiéniste, l'hygiène étant une des mamelles de la civilisation à ses yeux, au même titre que Dieu, la démocratie ou l'éducation ! Un drôle de bonhomme, donc, haut en couleur, sec, rigoureux jusqu'à sembler injuste et violent, et surtout habité par un véritable et sincère "esprit pionnier".
 
Comme Sam Peckinpah dans APPORTEZ-MOI LA TÊTE D’ALFREDO GARCIA, Axel Cox plonge dans le mythe le plus profond de l'Amérique pour en sortir toutes ses ambiguïtés. WALKER est un film, bien sûr, centré sur la quête mystique d'un homme pour la démocratie, quête véritablement sincère et convaincue, qui va au fur et à mesure se muer en une aventure de plus en plus sanglante certes, mais surtout de plus en plus absurde. Loin d'un AGUIRRE, par exemple, Walker est un homme de raison et de foi, et pas du tout, semble-t-il, de folie. Et pourtant... En parfait homme moral, Walker sait que la forme est sans doute plus importante que le fond, et qu'un idéal aussi juste que la démocratie ne saurait rien souffrir. Sa vie est fondée sur les principes, et dans la folie de ce pays (folie locale aggravée par la folie qu'il importe de son propre pays), il est quasiment impossible de ne pas perdre de vue le but de l'expédition. Walker avance dans la conquête d'une main de fer, mais fait face à une réalité complexe, et parfois paradoxale (les peuples, de toute façon, n'aiment pas les "missionnaires armés" comme disait l'autre, qu'ils soient animés de bonnes ou de mauvaises intentions), qui peu à peu l'éloigne de son véritable but, jusqu'à ce qu'il le perde de vue. "Pourquoi fait-on tout cela ?", lui demande un de ses soldats, après moult tueries. "Je ne me rappelle plus", répond Walker. Mais il faut le faire. Les moyens deviennent plus importants que la fin, depuis longtemps perdue de vue, et Walker s'éloigne de plus en plus de ce qui le fonde (démocratie, justice, égalité raciale, dieu...) pour justement permettre leur établissement ! C'est un personnage qui est donc sublime et fascinant.
 
Qu’on se le dise, en plus d’être un film à costumes, genre ignoble s’il en est, WALKER est aussi une sorte de western moderne qui gratte là où ça fait mal, c'est-à-dire dans les plaies mêmes de l’Amérique, à la manière d’un cousin loufoque des PORTES DU PARADIS de Michael Cimino, quasiment « contemporain » en terme d’époque traitée. Il y a évidemment moins de moyens ici que dans le film de Cimino, mais à aucun moment le film d’Axel Cox ne fait pitié, bien au contraire. La réalisation commence, dans la courte partie mexicaine, par une mise en scène très cut, à la fois lyrique et terre à terre, filmée dans le mouvement, souvent caméra à l’épaule (sans faire du tremblotant ou du pseudo-reportage : on est quand même pas chez Ridley Scott, dieu merci !). Et puis, à mesure que le film s’enfonce dans l’effroyable aventure au Nicaragua, la mise en scène change par petites touches, comme une sorte de copie carbone du parcours de Walker lui-même. Comme son personnage qui franchit une frontière invisible entre le Bien et le Mal et finit par s’égarer (en admettant qu’il s’en rende compte, ce qui est loin d’être prouvé ; on ne sait jamais à quel moment Walker franchit la ligne de non-retour), Cox transforme par petites touches la mise en scène de son film, qui devient, sans qu’on puisse définir à quel moment il bascule, de plus en plus lyrique et de plus en plus hollywoodien, presque jusqu’à la parodie. Pour autant, le film, même en muant imperceptiblement, ne perd jamais rien de son mordant, ni de sa verve ironique et non-sensique, ce qui lui permet de devenir un objet d’une indépendance totale, très original et bien éloigné de quelque canon que ce soit. C’est effectivement la grande classe.
En dépit des qualités indéniables de REPO MAN, et de l’immense pouvoir affectif de ce film sur ma propre personne, je peux noter que WALKER est plus tenu, plus serré du point de vue de la mise en scène, sans jamais renoncer au ton absurde et triste de son réalisateur. Bon point. [Encore une fois, ne voyez ici aucun reproche fait à REPO MAN, qui, bon gré mal gré, me semble un film complètement abouti et très important.] Le cadre est superbe, dans un délicieux format 1.85. La photo est sublime, bien sûr. La musique, composée par Joe Strummer, grand ami de Cox avec qui il collabora de nombreuses fois, suit avec discrétion l’évolution de la mise en scène, en jouant d'une discrète mutation qui la porte vers quelque chose de plus en plus iconoclaste. Le montage est superbe. Une voix-off bizarre commente le récit, ce qui peut faire craindre un manque d’assurance du réalisateur, ou une pression quelconque du producteur. Que nenni ! On s’aperçoit très vite que pour Cox, tout est bon dans le cochon, tout est bon pour rendre le film le plus subjectif possible. Cox, en effet, joue de tous les leviers disponibles, y compris de la voix-off qui semble à mi-chemin entre les mémoires d’un des membres de l’équipée (mais lequel ?) et le portrait hagiographique de ce que retiendra l'histoire américaine. On ne sait sur quel pied danser pendant tout le film, ce qui rend son visionnage absolument délicieux. On se moque de l’Amérique, certes, mais on considère avec respect le fabuleux esprit moderniste de ce pionnier de Walker. On montre une aventure dont la réussite est hypothétique mais palpable, et dans le même mouvement, on franchit allégrement les barrières de la folie la plus furieuse (cf. l’extraordinaire scène de «repas» dans l’église !). On vante les qualités de cœur et de principe de Walker, et on vilipende violemment cette forme d'impérialisme sauvage qui fonde la création même des USA. A équidistance d’un portrait hagiographique et d’une dénonciation de la violence d’une époque (comme peut le faire le stupide MAN TO MAN de Régis Wargnier), Cox arrive à renvoyer un peu tout le monde dos à dos, et surtout amène à nous faire tous réfléchir. La position est assez inconfortable, nous plongeant dans un abîme de paradoxes. A partir de quel moment la quête de Walker devient-elle illégitime ? On a du mal à trancher sur ce point, et de ce fait, Walker nous paraît très proche : ni lui ni nous ne savons quand on dépasse les bornes. Mais celles-ci une fois franchies, il n’y a plus de limites !
De ce sens extrême de la subjectivité et du rejet du « réalisme » hollywoodien, Cox se rapproche d’un autre réalisateur anglais, lui aussi magnifique et assez fou : Ken Russell, avec qui Cox partage, en ce début de XXIe siècle, le statut de cinéaste ignoré de tous. Ce ton bizarre, loufoque et drôle, cette absence de naturalisme «objectif» dans un film historique (WALKER s’ouvre, avant même que l’on voit une image ou le titre, sur un carton « d’après une histoire vraie », en lettres énormes, procédé trop loufoque pour être totalement honnête !), me rappelait sans cesse le fameux DREYFUS que Ken Russell tourna pour la télévision anglaise, et qui, de la même manière qu’ici, adopte le même parti-pris subjectif et loufoque, le même bouillonnement de la mise en scène, et le même refus de faire un film à la LUCIE AUBRAC, c'est-à-dire un film destiné à servir d’illustration à un cours d’histoire pour élèves incultes. On est, dans les deux cas, très loin de cet anti-modèle en forme de Dossiers de l’Ecran. Et dans les deux films, on s’aperçoit, derrière la loufoquerie apparente du projet, que la précision historique est parfaite, qu’aucune nuance dans ces histoires pourtant complexes n’est mise de côté, et que tout cela est bien plus approfondi qu’un quelconque Régis Wargnier ou tout autre LAWRENCE D’ARABIE. Et le résultat est absolument délicieux. En plus d’être d’une drôlerie extraordinaire (basée sur une maniaquerie hallucinante de Cox qu’on peut constater notamment dans le phénoménal et finalement poétique running-gag du « bras blessé »), WALKER excite sans cesse notre intelligence. Le film nous éclate à la figure, et nous renvoie à notre propre siècle, en mettant le doigt sur tous les points fondamentaux et non résolus de notre civilisation occidentale. On pense bien sûr que le film, réalisé en 1987, est une formidable analyse de la politique extérieure américaine des années 2000, évidemment. [Cox place dans le film un jeu sublime avec les anachronismes qui introduisent finement, et avec quelle force, le point de vue de la population locale; la différence entre les couvertures de Newsweek (« Walker Homme de l’Année ») et la réalité vécue par les sud-américains éclate ainsi avec une force étonnante à nos yeux, chose d’autant plus importante que nous suivons les aventures de Walker uniquement du côté américain, en ignorant complètement ce qui se passe parmi les autochtones. Nous sommes exactement sur l’épaule de Walker, et bien loin, là aussi, des horribles scènes de compassion stupide et totalitaire que nous proposent tous les films « à thèse et en costumes » hollywoodiens. On est un peu dans la situation d’un remake de LA COULEUR POURPRE, film horrible s’il en est, où l’on ne verrait jamais l’histoire des USA que par les yeux de l’exploiteur blanc, où les noirs n’auraient jamais la parole à l’écran, mais où l’on comprendrait absolument tous les enjeux par une mise en scène iconoclaste ! Mmmmm….] Au bout de quelques bobines, nous sommes bien plus troublés, et les Européens que nous sommes se rendent compte, malgré les différences assez fondamentales entre les mythes fondateurs américains et européens, que le film pose de sacrées questions à nos pays ! Colonialisme, impérialisme, exploitation des pays africains, esclavagisme, droit d’ingérence (principe à la mode il y a peu, dont toute l’Histoire ternit l’humanisme scintillant), etc. Axel Cox est anglais, et vise certes le public américain d’abord et avant tout. Mais la portée du propos est universelle, puisque qu’enfin dégagée de tous partis-pris.
Vous l’aurez compris, WALKER est un film hallucinant et protéiforme, à la fois biopic, western, film d’action, film politique, comédie ! Si la force de la mise en scène est indéniable, n’oublions pas les comédiens, tous extraordinaires et surprenants, Ed Harris en tête, mais aussi Blanca Guerra (la maman du flamboyant SANTA SANGRE de Jodorowski, une des plus grandes actrices vivantes), Peter Boyle, Alfonso Arau, Sy Rychardson, Richard Masur… Ça assure à tous les étages !
On comprend mal qu’Axel Cox, réalisateur pourtant formidable, soit ainsi ignoré ! La fortune ne semble pas sourire aux plus aventureux. Cox continue de tourner, bien sûr, mais il est désormais évident que l’on ne verra sans doute plus jamais ses films en France. Raison de plus pour se précipiter sur REPO MAN et sur WALKER, que vous trouverez, neufs ou d’occasion, à très peu cher en DVD. Offrez-vous un chef-d’œuvre !
 
Passionnément Vôtre,
 
Dr Devo.
 
PS : Allez faire un tour sur le site d’Axel Cox ! C’est merveilleux. Vous trouverez des tas de choses sur les aventures qu’ont été ses films, et aussi beaucoup de réflexions passionnantes sur le métier de producteur, des conseils hilarants pour les scénaristes (et totalement véridiques… J’ai très envie de vendre la mèche mais je vous laisse découvrir ça), et le téléchargement possible de scénarios non-réalisés, faute de producteur (notamment sa délirante adaptation de la vie de Buñuel, et la suite de REPO MAN !). C’est une mine d’informations drôles et justes pour qui s’intéresse au cinéma. Et ne loupez pas les articles qui montrent comment Alan Parker est en train de bousiller le cinéma anglais en réformant le British Council, articles indispensables à l’heure où, en France, on polémique sur les commissions d’aides à des films produit par les américains ! Le site est ici.
 
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Lundi 25 avril 2005

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(Photo: "La vie en Pink Pussycat" par Dr Devo)

Voilà bien un film qu’on a envie de voir dès que nos yeux se posent sur l’affiche : du Z assumé, un esprit trash-vulgos réjouissant et surtout la présence des égéries du cinéaste Russ Meyer et leur tour de poitrine surréaliste. Kitten Natividad (ULTRAVIXENS), Haji (FASTER PUSSYCAT ! KILL !! KILL !!! (cf. la superbe photo du Dr Devo, ci-dessus), SUPERVIXENS) et Raven de la Croix (MEGAVIXENS) honorent de leur présence cette petite production prometteuse signée William Winckler (qui n’a rien fait de spécial avant ni depuis). Hélas, on débande très vite.  Chastity Knott (Kitten Natividad) est patronne de bar avec un cœur gros comme ça, confortablement niché sous une paire de seins pour le moins impressionnante.
Mais un jour, c’est le drame : son médecin (Raven de la Croix) lui apprend qu’elle a un cancer du sein. Mais comme les choses ne peuvent aller si mal, le docteur lui apprend qu’un fruit poussant quelque part en Amérique du Sud pourrait peut-être lui sauver la mise. Qu’à cela ne tienne, Chastity saute dans un avion et parvient à mettre la main sur le fruit en question, le Crockzilla. Une amazone affable lui montre comment le consommer, dans une scène de fellation sur banane qui reste la plus réjouissante du métrage. A son retour, non seulement Chastity est guérie, mais elle a acquis des super-pouvoirs et une force herculéenne. Pouvoirs qui lui seront utiles pour combattre le patron malveillant d’un bar concurrent et ses trois danseuses meurtrières (dont Haji).
Alors qu’on s’attendait à un nanar réjouissant et débile comme il faut, ce sont des sentiments de tristesse et d’énervement qui finissent par l’emporter. Tristesse pour les actrices, sympathiques mais décaties, se débattant comme elles peuvent avec un film impossible. Et pour Russ Meyer, qui a cessé de tourner à la fin des années 70, beaucoup trop tôt. Bien sûr, ça fait plaisir de les revoir - mais pas là-dedans, pas comme ça.  Enervement surtout contre William Winckler. Celui-ci n’en revient pas de disposer d’un tel casting et truffe son film d’allusions au cinéma de Russ Meyer et tente d’en restituer l’insolence et l’absurdité. Pourtant, son film représente rigoureusement tout ce que Russ Meyer n’est pas.
Pour les néophytes, Russ Meyer est un réalisateur (décédé il y a peu) qui s’était fait une spécialité de films voguant entre la comédie, l’érotisme, le fantastique et le thriller, systématiquement dotés d’un casting de poitrines aux dimensions gargantuesques. Bêtement classé dans la pornographie par les tenanciers de vidéo-clubs incultes, accusé par certains de misogynie (alors que ses films sont des manifestes énergiques et renversants sur le pouvoir – et la
supériorité – de la Femme, notez le F majuscule), Russ Meyer a un talent unique pour la mise en scène et pour la narration, il a su créer un genre cinématographique totalement à part et ses films, loin de n’être que des films d’exploitation sexy (ce qu’ils sont aussi), sont surtout des œuvres extraordinairement modernes, maîtrisées et atypiques. En plus des titres évoqués plus haut (dont FASTER PUSSYCAT et SUPERVIXENS, incontournables), on peut également citer MOTOR PSYCHO ou LA VALLEE DES PLAISIRS, remake très personnel, émouvant et inquiétant, du bon LA VALLEE DES POUPEES de Mark Robson dans lequel on peut entendre cette réplique culte : « Ce soir, tu boiras le sperme noir de ma vengeance !». Bref, si vous ne deviez voir qu’un seul Russ Meyer, vous devriez les voir tous jusqu’au dernier – et vous n’avez pas d’excuses, on les trouve partout en DVD pour moins de 4 euros.
D’où un énorme malentendu dans ce DOUBLE-D AVENGER : Winckler n’a manifestement rien compris au cinéma de Russ Meyer, qu’il semble réduire à des allusions salaces, des strip-teases mécaniques et un humour à la Benny Hill. Le gouffre qui sépare n’importe quel Russ Meyer de cet étron filmique réside chez Winckler
dans la nullité abyssale du scénario (qui a le délire pour le moins poussif et téléphoné) et surtout de la mise en scène (ou absence totale de mise en scène) qui me fera saigner des yeux si je revois le film.

Je suis prêt à disposer d’abysses d’indulgence envers le tout-venant de la série Z ; j’ai vu récemment un DEATH MASK avec Linnea Quigley, tourné en vidéo dans des conditions et avec un budget manifestement comparable à celui du film de William Winckler : ce
n’était pas une merveille, loin de là, mais dans sa médiocrité, le film
essayait, proposait un esprit véritablement décalé, des astuces de mise en scène, des audaces de montage (avec une forme de bande-annonce muette de l’ensemble du métrage en guise de prégénérique). Ici, rien, le néant. L’alibi de l’hommage à Russ Meyer porté en étendard ne vaut à DOUBLE-D AVENGER, film profondément laborieux, idiot et laid, qu’un mépris radical et amplement mérité.
Alors un bon conseil : si vous êtes familiers de l’univers de Russ Meyer, gardez votre nostalgie, elle vaut mieux que de voir une Haji bouffie débiter des dialogues lamentables dans un récit mené par un sinistre exploiteur. Dans le cas contraire, gardez votre curiosité pour les véritables prestations de Kitten, Haji & Raven, procurez-vous une copie (en VOST !) de MEGAVIXENS, là on pourra parler de cinéma. Et ça vaut aussi pour vous les filles !

Le Marquis.

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Dimanche 24 avril 2005

Recommander - Publié dans : Corpus Analogia

Chers Amis,

Allez, pour le plaisir, comme disait le poète, on se refait un petit coup du jeu du film mystérieux. Je rappelle les règles de ce grand jeu où il n'y a rien à gagner.

Je vous proposer trois photos issues de trois films différents. Le jeu consiste à reconnaître le film dont chaque photo est extraite. Pas compliqué, hein?

Pour répondre, utilisez les commentaires.

Oui, mais bon, moi je suis nul, j'ai pas vu tant de films que ça, et patatati et patatata. C'est pas grave, tu peux jouer quand même. Même si on n'a pas reconnu le film, on peut faire des estimations comme des experts. Ce serait un film de quelle année? Quelle nationalité? C'est qui ces acteurs? Ce serait un film de quel genre, qui raconterait quel type d'histoires? Ça pourrait être un plan filmé par quel réalisateur? etc.

Ce qui veut dire qu'en cherchant tous ensemble, vous allez pouvoir bien vous marrer, sans doute (je ris souvent en lisant vos délicieux commentaires), et surtout peut-être réfléchir ensemble et faire des réponses collégiales, comme on dit sur certaines radios.

Les réponses seront données en commentaire dans quelques jours.

Attention, ces photos sont issues de DVD que j'ai dans ma petite collection. Il se peut qu'il y ait autre chose que des films de fictions, voire autre chose que des films. Documentaire, séries, etc. S'il s'agit d'une série, n'hésitez pas à trouver le titre de l'épisode... Enfin, dernière consigne, pour corser un peu le tout, les photos ne sont pas forcément au format original du film, et je me garde la possibilité de recadrer dans l'image. Je passerais voir comment tout cela évolue, et peut-être vous donnerai des indices.

 

C'est parti pour la septième série.

 

 

 

 

 

 

 

Diapo 701: Vous avez déjà vu cette photo sur ce site, il y a quelques jours, mais sous une autre forme. Saurez-vous découvrir le film... Pour une fois, on vous monte l'actrice, profitez-en...





Diapo702: Voilà qui ne devrez pas poser de problème pour vous...





Diapo 703: Ha ben oui, d'accord... Je vois... Tu vois sûrement qui, camarade, mais vois-tu de quel film il s'agit?


Et bien voilà, on a fait le tour on dirait. Réfléchissez bien et surtout amusez-vous bien. Les commentaires sont prêts à accueillir votre reponse!


Dr Devo et Le Marquis.

 

 

 

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Samedi 23 avril 2005

Recommander - Publié dans : Ethicus Universalis

(photo: "Dr Devo's Hall of Horror No1" par Dr Devo)

 

Ce téléfilm nul de A à Z réalisé en 1978 est l'oeuvre de Wes Craven. Si le cinéaste  fait parfois preuve de talent, sa filmographie n'en est pas moins extrêmement inégale, voguant entre les vraies réussites (LE SOUS-SOL DE LA PEUR, L’EMPRISE DES TENEBRES), les œuvres mitigées (LA COLLINE A DES YEUX, LA FERME DE LA TERREUR, la série des SCREAM) et les ratages notoires (LA CREATURE DES MARAIS, L’AMIE MORTELLE). Surtout, la carrière de Wes Craven ne dessine pas d’univers très personnel, le résultat dépendant invariablement de la qualité du scénario retranscrit. La seule exception dans ce parcours de faiseur habile, la seule œuvre personnelle, reste son premier long-métrage, l’étonnant LA DERNIERE MAISON SUR LA GAUCHE. Le travail de Wes Craven est plus qu’honorable dans l’ensemble, mais reste plus limité que celui d'un cinéaste comme John Carpenter (dont le téléfilm MEURTRE AU 43e ETAGE, même s’il est daté, surpasse haut la main ce piteux ETE DE LA PEUR en s’inscrivant dans l’univers de Carpenter, et non pas dans un scénario conventionnel et insipide)…

            L’ETE DE LA PEUR nous ressert le récit mille fois visité de l’intrus diabolique (ici une sorcière) se creusant une place dans une famille américaine modèle. Il trouve ici une illustration singulièrement plate, laborieuse, souvent ridicule et dénuée d’enjeux. Car quel est le but poursuivi dans le film par la méchante Julia (Lee Purcell, très mignonne jusqu’à ce qu’elle adopte une horrible permanente 70’s au bout de 10mn de métrage) ? Quels sont ses intérêts dans son projet de monopoliser la petite famille en question ? Apparemment, les grandes ambitions de cette sorcière de prisunic se limitent à pourrir la vie de la pauvre Linda Blair (pachydermique et disgracieuse sous sa coupe semi-afro, Linda est aussi une comédienne redoutable) : elle la sépare de son boyfriend, de son cheval adoré, la détourne de son papa chéri, l’empêche d’aller au bal en lui refilant une éruption de boutons, lui pique sa plus belle robe - mon dieu, quel suspense ! En plus de la platitude visuelle ambiante, en plus d’une musique insupportable qui souligne à grands coups de violons furieux les moindres regards de la méchante Julia, le récit avance à trois à l’heure : la révélation de la nature de Julia et le début de l’affrontement ne se manifestent qu’à dix minutes de la fin du film, précédées par 1h20 (oh la la…) de déconvenues domestiques, ponctuées par les moues boudeuses et les claquements de porte de la très contrariée et très pénible Miss Blair : oh, pitié… Et que dire de ces dix dernières minutes sinon qu’elles ne valent pas les trésors de patience et d’endurance qu’on consacre à les voir venir ? Son identité révélée (mais on l’avait devinée depuis les 5 premières minutes du métrage), la sorcière arbore de jolies lentilles de contact, casse une porte et fait appel à tous ses pouvoirs pour éliminer la pauvre Linda… en la poursuivant en voiture. D’accord. Il va sans dire qu’un virage malencontreux précipite la redoutable nécromancienne dans un ravin (ouf), mais qu’elle refait surface illico presto dans le dénouement pour pourrir la vie d’un autre home-sweet-home, annonçant un second opus par bonheur jamais tourné. L’ensemble est mis en scène avec une remarquable absence de talent ou d’invention, sans même qu’un seul plan, même fugace, ne révulse pas le regard. On ne mesurera donc jamais à quel point, en le sortant des méandres de la série Z, LES GRIFFES DE LA NUIT ont relancé la carrière du bonhomme. A dégager.

 

 

Le Marquis.

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Vendredi 22 avril 2005

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(photo: "Rien sur ma Mère" par Dr Devo)

Cette semaine, je reçois le docteur à domicile. Rien de grave, je vous rassure. Après l’avoir nourri et brossé, je dois donc le cultiver un peu. La pile de DVD (environ 70) que je lui ai mise de côté est prête, mais il n’y a pas assez de choix pour le docteur, qui va puiser dans les étagères une quinzaine de titres supplémentaires. Le Centre Emotif de Paris nous donne pour instruction de commencer par un film dont le titre commence par un C, mais les options (CARNOSAUR, CEREMONY, CEMENT GARDEN, LE CERCLE) sont boudées par le corps médical. Pour finir, c’est involontairement que le choix s’arrête sur un film qui, comme je le réalise après 20mn de projection, commence effectivement par un C : le destin est en marche. C’est passionnant, ce que je raconte. Nous voilà donc devant un film intitulé CIEL ! MAMAN EST INVISIBLE !

Le titre français paraît con comme ça, mais en réalité il colle parfaitement à cette série B tendance familiale qui semble courir, bien tardivement, après le succès de la série des CHERIE ! (CHERIE, J’AI RETRECI LES GOSSES, CHERIE, J’AI AGRANDI LE BEBE, CHERIE, J’AI ELARGI TA MERE…), série potache curieusement initiée à l’origine par le duo Brian Yuzna / Stuart Gordon (RE-ANIMATOR, FROM BEYOND, DOLLS…). En effet, le scénario tourne autour des (més)aventures d’une famille dont le papa, interprété par l’obscur Barry Livingston, ressemble à un croisement entre le très beau Rick Moranis (héros des CHERIES) et l’hilarant Chevy Chase. Papa travaille dans un laboratoire militaire dirigé par le méchant Russ Tamblyn (WEST SIDE STORY, TWIN PEAKS), et il est très malheureux : toutes ses inventions sont attribuées à son patron et destinées à des usages militaires. Fiston (l’acteur du film n’est pas celui de l’affiche – ne me demandez pas son nom, je ne dirai rien) est très malheureux lui aussi, un grand n’arrête pas de se moquer de lui et de le menacer d’emmener sa copine au cinéma
à sa place, même qu’une fois il le fait saigner du nez, le salaud. Maman (Dee Wallace, vue dans HURLEMENTS, FANTÔMES CONTRE FANTÔMES et ALLIGATOR II – LA MUTATION dont la VF est une merveille), dans tout ça, fait bonne figure, et la cuisine, et la lessive, elle est heureuse car entourée des siens, mais on ne la sent pas très épanouie. Dans une belle séquence, elle sort le T-Shirt de son fils de la machine à laver. Ce T-Shirt porte l’inscription “My Mom is No. One!”; mais le point se détache (utilisez Calgon) et le message devient “My Mom is No One ! ». Maman soupire. Cosmo, le chien de la maison, lui, est heureux et a faim. Mais voilà que papa invente la potion d’invisibilité. La vie va enfin changer. Malheureusement, fiston va involontairement faire avaler la potion à Maman…
On doit ce film à Fred Olen Ray, immortel auteur de films comme SCALPS, L’INVASION DES COCONS ou ALIENATOR. Délaissant pour un temps les monstres caoutchouteux, les Drags-Queens androïdes de l’espace et les donzelles seins nus équipées de tronçonneuses, il tape ici dans la bonne grosse comédie familiale, et forcément c’est un peu moins réjouissant. La comédie est bien poussive et ne s’élève jamais au-dessus du niveau de la série « Ma sorcière bien-aimée » - avec voisine fouineuse mariée à voisin fataliste à l’appui (la voisine, c’est Stella Stevens, l’étudiante de Jerry Lewis dans Dr JERRY ET Mr LOVE). Les effets spéciaux, principalement à base de fils invisibles et de peignoirs en plâtre montés sur roulettes, n’égalent pas ceux de L’HOMME INVISIBLE de James Whale (1933, quand même). Comme on s’ennuie doucement, on pointe les éléments positifs du film, à savoir ces éléments doublement négatifs (car moins par moins, ça fait plus, les enfants).
Le scénario d’abord, enfile les incohérences à vitesse grand V. Papa est expédié à l’hôpital psychiatrique par son patron, qui veut par ce stratagème s’emparer de son invention : comment le faire interner ? Rien de plus facile, il clame à qui veut l’entendre que sa femme est invisible. Pour être sûr qu’il soit bien déclaré fou, il se rend d’ailleurs à l’audience, non sans avoir préalablement enlevé Maman, qui doit lui servir de preuve que l’invisibilité existe, mais seulement une fois que Papa aura été interné pour sa croyance en l’invisibilité. Heureusement que Maman, qui s’est échappée, se glisse dans la salle d’audience pour chatouiller Russ Tamblyn et l’obliger à se mettre les doigts dans le nez (heureusement que Dee Wallace n’a pas l’esprit mal tourné…) pendant sa déposition, comme ça c’est lui qui est interné. Papa est libre !!!! Et comme rien n’est trop beau, il se voit offrir le poste de son patron par le général des armées au sein du laboratoire militaire – et du coup, ça ne le dérange plus du tout de faire bénéficier de ses formules à l’armée (ciel ! j’ai inventé le virus ebola !).
Sinon, j’aime bien l’idée que Maman, qui doit bien se déshabiller pour passer inaperçue, se ballade à poil autour de son fils pendant tout le film. Je trouve ça psychanalytiquement intéressant. La musique du film, pachydermique à souhait, est délicieuse, elle donnerait envie de danser à un labrador perclus d’arthrite.
Et j’allais oublier : la juge qui dirige l’audience est jouée par l’épatante Brinke Stevens, actrice aux formes accueillantes et au visage singulier, copine de Fred Olen Ray, vue dans HAUNTING FEAR, HORRORVISION, THIS IS SPINAL TAP, BODY DOUBLE, SORORITY BABES IN THE SLIMEBALL BOWL-O-RAMA, ZOMBIEGEDDON (quel titre!), THREE AMIGOS ou dans un film qui m’avait bien plu (quelqu’un l’a vu ?), l’inquiétant GRANDMA’S HOUSE. Ici, elle ne montre ni ses seins, ni ses fesses : juste ses talents d’actrice.
Mais bon, et pour conclure : tout ça c’est bien joli, Fred, mais ça ne vaut pas HOLLYWOOD CHAINSAW HOOKERS.
PS: il existe un INVISIBLE DAD (toujours avec Russ Tamblyn, mais cette fois avec Karen Black) et un INVISIBLE MOM II, réalisé par Fred, toujours avec Dee Wallace. La question métaphysique est : si je le vois dans un dépôt-vente, est-ce que je pourrai résister ?

Le Marquis.

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Jeudi 21 avril 2005

Recommander - Publié dans : Mon Général

 

Diapo No1 (de gauche à droite): le bras de l'enfant-singe (en rouge), Westwood, Tortue Géniale, le mage-cochon, Jade, et une moitié de Seetoe.

 

 

Chère Lectrice, Cher Lecteur,
 
Il y a des films qui ont une place à part dans le cinéma. C'est le cas de DRAGON BALL LE FILM, et ce à plus d'un titre. En premier lieu, ce film rare, difficile à trouver en France, même en DVD, a acquis une aura mythique. George Sadoul disait dans son Dictionnaire du Cinéma : "S'il est clair que LES ROULEUSES DE CIGARES DE L'USINE 14, le moyen-métrage mythique de Vassiliev Andropov, est le film fondateur du cinéma russe, tant par l'audace de son sujet et la maniaquerie technique légendaire de son réalisateur, c'est l'aura mythique du film, dont la version alors intégrale ne fut montrée qu'une fois dans un kolkhoz, en projection clandestine, devant 104 "paysans de force" en 1927, qui fait aussi sa magnifique puissance de persuasion (...) Il faut reconnaître, jusqu'à sa redécouverte 40 ans après en 1967, grâce à Henri Langlois qui fit restaurer le film mystérieusement retrouvé dans une version censurée, cette matrice du cinéma moderne russe et du cinéma moderne tout court, n'a été que peu vue. Le film ne déçoit pas, même sorti de son cadre de réalisation, même des années après... C'est la marque des plus grands chefs-d’œuvre qui, à  l'instar de  XIN QI LONG ZHU SHEN LONG DE FU SHOU (DRAGON BALL LE FILM), sont devenus emblématiques de toute une nation et de toute une génération".
C'est avec ce film que je débute une série de visionnages en présence du Marquis, que j'ai rejoint pour l'occasion, à la faveur de petites vacances en terre natale. Sur les conseils de notre ami Bernard RAPP, nous nous portons  vers un film dont le titre commence par la lettre C. Nous débutons, en conséquence, notre rétrospective focalienne par un classique mais efficace CIEL, MAMAN EST INVISIBLE ! de Fred Olen Ray, dont George Sadoul disait que c'était le Citizen Kane des films de femmes invisibles familiaux ! Nous ne fûmes pas déçus, c'est vrai. Puis, après cette mise en bouche, nous nous jetions, telle la misère sur le pauvre monde, sur ce DRAGON BALL LE FILM (XIN QI LONG ZHU SHEN LONG DE FU SHOU en VO, et DRAGON BALL: THE MAGIC BEGINS pour le titre international). Et là, c'est le choc.
Le film s'ouvre sur une époustouflante séquence. Dans un village (le film est tourné aux Philippines), un temple qui semble bouddhiste. Un homme habillé en "civil"  prie avec les moines. Il accepte la dure tâche consistant à garder précieusement une mystérieuse boule de cristal (référence-hommage à TINTIN EN COCHINCHINE de Hergé). La fameuse boule est sensée apporter aux villages paix et prospérité pour des siècles. Fort curieusement, un commando supra-armé d'une centaine d'hommes-cyborgs débarque dans le village et dans de gigantesques jeeps amphibies. C'est la panique dans le village.

 

diapo 2: cyber-soldats.

Les paysans sans défense tentent de fuir, mais c'est le massacre (ce qui est bien avec la Philippine, c'est que les coûts de production sont fabuleusement bon marché. Du coup, on peut faire péter des explosifs par dizaines dans chaque plan, pendant dix minutes, sans que cela ne grève le budget du métrage. De plus, le Philippin étant très pauvre et historiquement habitué au débordements militaires, on peut se permettre de faire exploser les dits explosifs à cinquante centimètres de lui, qu’il soit acteur principal ou figurant !). Après avoir massacré tout le monde, les soldats cyborgs, dirigés par une armoire à glace peinte en bleue et par une grande blonde athlétique super-méchante, pénètrent dans le temple. Malgré les subterfuges utilisés, les moines et le civil chargé de la protection de la boule magique sont exterminés  à leur tour. La grande blonde très méchante récupère celle-ci.

Plus tard, dans la forêt. L'Enfant-Singe (habillé comme Son Goku dans le dessin animé DRAGON BALL) vit avec son facétieux grand-père, un homme ressemblant étrangement à Laurent Ruquier dans les années 80. Ils s'entraînent au Kung-Fu, font semblant de se battre, etc. Une complicité évidente lie ces deux-là. Ils volent d'arbre en en arbre, se battent avec leur "bâton magique" (un bambou de combat dont la longueur change dans un éclair ; les combats sont traités, comme dans le dessin animé, sur le mode fantastique, à la TIGRE ET DRAGON quoi, mais en beaucoup plus iconoclaste et loufdingue). Tout à coup, la Super-Méchante blonde, qui ressemble décidément beaucoup à Tina Turner dans MAD MAX III, débarque avec sa cohorte de cyber-soldats. Un combat s'engage. Le grand-père disparaît sous les explosifs, et l'enfant-singe, désormais orphelin, fuit dans la forêt.

Diapo 3: orphelin, l'enfant-singe doit se débrouiller dans la jungle. Ici, il fait une démonstration de bâton magique à un crocodile réalisé par l'équipe des effets spéciaux de la classe de CE2 de l'école publique de Plougannec.

Cyber-Tina peut alors récupérer la boule de cristal que gardait jalousement le grand-père. Elle en a déjà deux.
Dans la forêt, l'enfant-singe fait la connaissance de Seetoe, une jeune fille de 17 ans (comme lui). Elle conduit une jeep, et porte une sorte de costume, entre la tenue de cow-boy et Lara Croft. La jeune fille est à la recherche des boules de cristal, dont on apprend qu'elles sont sept, citation-hommage à TINTIN EN OUGANDA de Hergé. C'est son appareil électronique qui a détecté les boules et l’a guidée dans la forêt. L'enfant-singe, notre héros, lui explique que des gens très méchants ont explosé son grand-père à coups de pétards-mammouths, et qu'ils ont mis la main sur sa boule. Ça craint du boudin, comme nous disions jadis dans les cours de collège (il y a longtemps, avant l'invention du rap).  Seetoe explique que celui qui réunit les sept boules du dragon le fera apparaître (le dragon !). Celui-ci peut réaliser alors le vœu le plus extraordinaire. Il ne faudrait pas que ça tombe entre de mauvaises mains. Les deux jeunes gens décident de partir à la recherche des autres boules.

 

diapo 4: baston entre l'enfant-singe, son bâton magique et Cyber-Tina, cheftaine des soldats-cyborgs.

Pendant ce temps, dans le temple des super-méchants, Cyber-Tina, accompagnée des soldats-cyborgs, ramène les boules à Cornu, monstre bleu et effrayant, et cornu de surcroît. Ils ramènent deux boules, Cornu en avait déjà deux (!), ça lui en fait donc quatre au final. Il est quand même bien temps de mettre toutes les boules dans le même panier, et Cornu décide d'envoyer ses sbires à la recherche des sphères transparentes de grande valeur sur-le-champ  (hommage-citation à TINTIN VOTERAIT OUI, la bande-dessinée inachevée  de Hergé.)

diapo 5: Robert De Niro (oh no!) à visionner l'intégralité des huit saisons du dessin animé Les Shctroumpfs pour entrer dans le rôle de Cornu...

L'enfant-singe et Seetoe (qui se prononce "c'est tôt" dans la VF) sont maintenant dans une espèce de savane. Ils voyagent à dos d'éléphant. Seetoe s'aperçoit que l'enfant-singe a été élevé par son grand-père. Il ne sait pas ce qu'est l'argent, ne sait pas ce qu'est une épouse, ni ce qu'est une fille (mais... elles ont une poitrine pas comme nous, se souvient l'enfant-sauvage... Seetoe refuse de la montrer). L'enfant-singe comprend qu’elle ne veuille pas montrer ses seins, car son grand-père lui a dit qu'il ne faut pas "toucher les filles, sinon c'est du viol" (hommage à SPIROU ET FANTASIO VONT A OUTREAU). Bref, ils discutent, ils font connaissance, et mangent des gâteaux d'araignées grillées, je cite. On rigole bien. Tout d'un coup, on change de plan et on voit des pieds de géant. Retour sur l'éléphant. "Je crois que j'ai entendu des cris", perspicace l'enfant-singe. "Allons voir", conclusionne Seetoe. Cut. En fait, ce n'est pas un géant. C'est un homme noir avec un groin et des oreilles de Yoda, en pagne africain (Yoda en pagne devant Prisu !), qui poursuit une petite fille de 15 ans qu'il veut prendre pour épouse. L'enfant-singe engage le combat et met le Ho’la (Wommage à Maupassant, Bwana !) aux velléités matrimoniales de l'homme-cochon. Le combat finit curieusement dans une carrière pas très loin. Une explication a lieu, et ça tombe bien, on est un peu paumés. L’homme-cochon noir se transforme en un clin d’œil en un gros asiatique (mon dieu...). Il explique que c'est là sa vraie apparence (ce qui nous rassure car nous étions inquiets de devoir trimballer le Negw' à fo'me de cochon), qu'il ne s'appelle pas Jim, et qu'il est le descendant du Mage-Cochon. Oui, oui, oui. Seetoe appelle le 15, et l'enfant-singe révèle son identité en ces termes : "Je suis l'enfant-singe". Bien. Le mage-cochon explique qu’il y a 25 générations, leurs deux ancêtres étaient frères, en fait. Chic ! Nous voilà trois dans l'aventure. La fillette de 15 ans explique qu'elle se patronyme Jade parce qu'elle adore William Friedkin, qu'elle allait voir avec ses parents avant qu'ils ne soient récemment massacrés par des soldats-cyborgs qui ont piqué une des sept boules de cristal. Voilà qui est plutôt étrange, Milou ! On comprend que le civil qui protégeait la boule avec les bouddhistes, c'était feu le père de Jade. Chic, on sera quatre dans l'aventure. Seetoe décide que les conversations bergmaniennes, ça va un moment. Elle sort son détecteur de boules. Bip bip, bontempise-t-il en indiquant la direction. La petite troupe se met en marche.

 

diapo 6: le mage-cochon sous son apparence de Negw'

 

"Oula, je suis fatigué moi, je prendrais bien un café, dis-je. Ça se complique !" "Ça tombe bien, me dit le Marquis, ma grand-mère n'avait pas de boules de cristal mais pour le café..." C'est très con, mais on se marre.
Un ‘sucre merci’ plus loin. La machine à détecter les boules de dragon de Seetoe fait son office et amène la petite troupe dans un temple philippin, assez joli, datant de plusieurs centaines d'années (la séquence est tournée sur le site historique et non en studio). Là, la bande rencontre une sorte de cow-boy dans le pur style Sergio Leone.

diapo 6: Westwood, avec son perroquet qui en plus d'être extrêmement bavard (croyez-moi sur parole), danse le smurf à merveille.

Il est sur le toit du temple à plusieurs dizaines de mètres de haut. Sauf que Eastwood n'avait pas de perroquet qui parle, lui. Ça sent le duel. L’Eastwood en culottes courtes menace : la bourse ou la vie. Pas question, se dit l'enfant-singe, plutôt crever comme un chacal. Il sort son bâton magique. L'Eastwood du pauvre enlève sa cape de sombre héros et dessous... un habit de lumière de mille feux, jaune et blanc étoilé, et un sabre à l'avenant. Bing bing ! Boow ! Zing ! Et je vole à toute berzingue, et je sors mon fusil mitrailleur (beaucoup d'enfants-soldats aux Philippines !), et je t'arrête les balles en faisant tournoyer mon bâton magique, et que je te crie avec ma voix de princesse : "Arrêtez, les garçons, arrêtez !". [Ils détruisent quand même deux colonnes sur le site historique !!! Je vous jure, le réalisateur a fait sauter un temple qui a cinq cent ans ! C'est ça qui est bien avec les Philippines : les arts primitifs ne sont pas chers et rien n'est enregistré au patrimoine de l'UNESCO.] J'ouvre Libération et je me mets à lire. Le combat prend fin à la page Culture. [Rappelons la célèbre phrase de Son Goku, dans le dessin animé : "Quand j'entends le mot culture, je sors mon Bâton Magique".]  On se met à papoter, t'es qui, vous faîtes quoi, moi j'avais une boule magique, etc. Une fois les petits fours terminés, on décide de faire équipe tous ensemble avant que les cyborgs-soldiers de Cornu mettent la main sur le chapelet complet de boules (contrepèterie ?). Le garçon mystérieux en jaune et blanc, malgré la sublime force qui l'habite, j'ai oublié son nom… Mais je sais qu'en VO (selon ImdB), il s'appelle Westwood. Et on s'aperçoit que Westwood est très amoureux de Seetoe, qui elle aussi l'aime beaucoup, mais qu'il fuit dès qu'elle approche. Car Westwood (évidemment !!!!! Je viens de m'apercevoir du jeu de mot !! 17 heures après la vision du film ! Eastwood ! Westwood !!!), il est trop timide avec les filles. Il se jure en aparté et en secret de retrouver toutes les boules, de les garder rien que pour lui, d'invoquer le dragon et de lui demander comme super vœu de vaincre sa timidité ! C’est nul comme vœu, il aurait pu demander le pouvoir sur toute la terre, le gros lot à Euromillions, mais non, Westwood, c'est ça qui le tente ! Allez, get on up, get on up the road !!! Westwood fausse compagnie à ses "nouveaux amis" et part sur l'île de Tortue Géniale, qui possède...une des sept boules ! La vache, c'est bien foutu ! Dire qu'on va se coltiner des films des frères machins à Cannes alors que le scénariste de DRAGON BALL LE FILM est encore vivant ! Quelle injustice ! [On y reviendra demain... Sur Cannes, pas sur Dragon Ball !]
Une belle île en mer. Quel est ce point noir à l'horizon ? Une mouche ? Michel Frodon ? Non, c'est Westwood, l'homme aux centres très émotifs, qui arrive en jet-ski! Si, si, je vous assure. Il débarque sur l'île de Tortue Géniale (voir la photo de groupe, prise sur l'île ! Tortue Géniale, c'est le mec avec la carapace de tortue). Bon, ils se mettent à discuter. Et le film s'arrête. Nous sommes en début de troisième bobine (30 minutes). Et là, donc, le film s'arrête pendant une demi-heure, trois quarts d'heure. Il y a un quiproquo... Blah blah... Seetoe, Jade, l'enfant-singe et le mage-cochon, quelle misère, arrivent en hors-bord, ben tiens... [Le film est tourné avant le tsunami, ceci expliquant cela.] Et ça discute à n'en plus finir. C'est compliqué comme une pièce de Micheline Dax et Jacques Balutin. Tortue Sénile montre son nuage magique (fais passer !), tout le monde le teste à la Excalibur-sortie-du-rocher... Blah Blah... Le quiproquos est résolu... [Westwood voulait faire croire à Tortue Cinéaste que l'enfant-singe voulait se battre avec lui, alors que celui-ci venait lui demander de l'aide... Très compliqué, je passe.]
Bref, au bout de quarante minutes (montre en main ! Hallucinant, non ?), Tortue géniale montre sa boule, ooohhhh, et veut bien se joindre au groupe, ce qui serait un atout car c'est un maître du Kung-Fu, à condition... Tenez-vous bien... Tenez-vous mieux... A condition que Seetoe lui fasse un strip-tease ! Ah nononononon ! Le groupe se retire et délibère. Ils décident d'un subterfuge : comme le porc-magicien peut changer son apparence (excuse, j'avais oublié de te le dire...), il fera le strip en prenant les traits de Seetoe qui ne peut pas le faire, car je vous le rappelle, dans ce film, on est très à cheval sur la morale : toucher une fille (lui serrer la main, par exemple), c'est du viol (je cite). Le Mage-Singe se transforme en Seetoe, mais avec des gros seins, et il allume ce vieil obsédé de Tortue Géniale qu'il coince entre ses deux protubérantes mamelles, et là aussi je n'invente rien, c'est véridique. Tortue Machin en est tout retourné au propre comme au figuré, et il ne veut plus bouger et continuer l'aventure. Il peut mourir, il a vu venise. Bon, ça fait quand même 3/4 d'heure qu'on y est sur cette île. On fait quoi ? Ben, les méchants cyborgs de Cornu débarquent, il faut fuir, blah blah... Ils piquent toutes les boules sauf celle de Tortue Géniale... Bla bla bla...

 

 

diapo 7: Cornu. "Une seule boule vous manque et tout est dépeuplé."

Tout le monde décide d'aller râper sa face à Cornu dans son palais. Bataille. Cornu est mort. Le dragon apparaît et c'est Jade, qui n’a rien foutu pendant tout le film, qui choisit un vœu... Elle ressuscite tout son village, comme une petite gourde... Elle aurait pu demander la Paix Universelle jusqu'à la fin des Temps mais non, elle veut revoir son papa et sa maman. Beurk,! Fermez le ban,! Générique, prozac, au lit,!
 
Un film philippino-taïwanais, ce n'est pas tous les jours qu'on en parle sur ce site. Comme vous l'aurez compris, je ne connais pas du tout DRAGON BALL le dessin animé, mais j'imagine bien que les fans hardcore vont crier au scandale, sans doute à juste titre, et se flageller jusqu'au sang, en criant des BLASPHEME ! à la ronde... Les Asiatiques sont complètement dingues. Le visuel du film est à la fois complètement déglingué (animation de cartons sur l'image comme dans les Monty Pythons, photo animée, costumes Emmaüs, etc.), et complètement sophistiqué (jeu de câbles, explosions à tire-larigot, des centaines de figurants, rayons laser, etc.). 80% des images sont en accéléré, même pendant les dialogues ! Les acteurs sont à l'image fidèle du script, vraiment à la hauteur. Il y a un directeur de la photo par plan : les couleurs changent tout le temps. Quant à la musique, c'est sublime. Entre les thèmes de Mark Mothersbaugh pour LA VIE AQUATIQUE et moi essayant de composer une symphonie de Mozart au Bontempi !
Vous l'aurez compris, c'est sublime et incontournable. Pas autant que MAC ET MOI (Matière Focale est le seul site AU MONDE à consacrer une rubrique spéciale au film de Stewart Raffil. Articles: et ). Mais on est dans le même esprit, en plus Z ici, et ça fait plaisir de voir qu'à des milliers de kilomètres de distance, il y a une parenté entre ces trois réalisateurs. Joe Chan et Leung Chung, eux, n'ont pas fait grand-chose depuis... Quel dommage.
Devant l'extrême importance de ce film dans l'histoire du Cinéma, on consacrera d'autres articles à l'avenir sur DRAGON BALL LE FILM. Pour aujourd'hui ça suffira bien, je suis crevé moi !
 
BOULEversement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Mardi 19 avril 2005

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(Photo: "Label Qualité" par Dr Devo)

 

Battle Royale : c'est le nom donné à une loi martiale votée au Japon dans un futur proche, permettant à l'état de choisir au hasard et pour l'exemple une classe de lycéens enlevée et lâchée sur une île. Les jeunes, équipés de colliers explosifs, n'ont d'autre choix de de s'entretuer jusqu'à ce qu'il ne reste qu'un survivant.
Drôle de film. BATTLE ROYALE s’adonne à un sujet passionnant, une anticipation ouvrant la porte à un propos très social, cédant peu à peu le pas à un traitement proche du film de genre. Le résultat, malgré quelques maladresses et un dénouement déconcertant, est extrêmement impressionnant et fascinant. La violence insensée à laquelle le spectateur et les personnages sont confrontés explose à travers une suite de sketches empreints d’humour noir et de désespoir, et le film s’avère électrisant, cauchemardesque, totalement jouissif et infiniment dérangeant – notamment dans sa première heure, magistrale. Fort bien interprété (notamment par Takeshi Kitano en Guy Lux psychopathe et par Chiaki Kuriyama, aperçue dans KILL BILL), traversé de très beaux morceaux de cinéma (particulièrement dans certains flashes-back comme la séquence du jogging dans la forêt), pétri de talent et de roublardise, BATTLE ROYALE est en tout cas une expérience unique, une œuvre qui a l’étoffe d’un futur classique. Une très belle fin de carrière pour le vétéran Kinji Fukasaku (VIRUS).
Devant le succès international du film, Kinji Fukasaku entame le tournage de sa suite, REQUIEM, mais il meurt au début du tournage. C’est son fils Kenta qui prend la relève derrière la caméra pour cette suite bizarre et totalement ratée. En tout cas, on ne pourra pas accuser le fils Fukasaku d’avoir fait le même film. Ce second opus prend d’autres directions – pas les meilleures, malheureusement, et en perdant au passage tout ce qui faisait le sel et la spécificité de BATTLE ROYALE. Exit donc la construction narrative en forme de saynettes, qui dynamitait le rythme du premier opus. Exit aussi les échappées abstraites et les idées poétiques qui émaillaient le premier film et lui conféraient sa forte personnalité. Ne bénéficiant plus de l’effet de surprise lié au sujet, Fukasaku Junior décide donc de mettre le paquet sur les gunfights (les participants au « jeu » étant ici équipés et vêtus en soldats, donc plus d’armes blanches ou de gadgets surprises). Autre nouveauté, les participants fonctionnent en binômes : si l’un est tué, le collier de son partenaire explose. D’où la formation d’une troupe soudée et solidaire, lancée à la chasse aux
survivants des premières sessions, devenus terroristes : l'enjeu n'est plus de survivre, mais d'abattre les jeunes opposants au régime des adultes. Plus de parcours individuels, donc, et en réalité, après un débarquement mal filmé et plutôt confus, il ne leur faudra pas 15mn de métrage pour décider de s’allier aux terroristes dans leur lutte contre l’oppression. Un vent d’héroïsme souffle sur l’île. Super. Dès lors, le concept « Battle Royale » est relégué au placard (on ne mentionne plus les colliers explosifs au bout d’une demi-heure), au profit (discutable) d’une guerilla au final assez quelconque et, il faut bien l’avouer, passablement ennuyeuse. Le décor de l’île est inexistant (une plage, trois rochers puis 1h30 de huis clôs ! ), et le film glisse peu à peu vers la monotonie du décor unique, pauvrement éclairé, et du traitement du son, alternant explosions et adieux déchirants - migraine garantie.  La seule véritable audace du film, dont les héros sont des terroristes (qui font sauter des tours jumelles en guise de pré-générique !), est largement tempérée par un rythme pesant, une mise en scène terne, des idées profondément idiotes ici ou là (voir la scène du ballon de rugby dans la dernière partie), un scénario à trous (impardonnable sur un film durant plus de deux heures). La comparaison au premier opus, à l’image de Riki Takeuchi (qui succède lamentablement à Takeshi Kitano), est donc constamment au désavantage de cette suite décevante et pénible, qui affiche des véléités de provocation pour nous délivrer au final un message simpliste et con comme la lune.

Le Marquis.

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Lundi 18 avril 2005

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(photo: "Moi Ça" par Dr Devo et Le Marquis)

Centré autour de superstitions indiennes et d'un cimetière capable de ressusciter les morts - pour le pire - « Simetierre » est probablement l’un des romans les plus noirs et les plus dérangeants écrits par Stephen King. Comme c'est du Stephen King, le passage au grand écran était incontournable et attendu de pied ferme – d’autant plus que le projet devait initialement être confié à George Romero. Les producteurs ont fini par confier l’adaptation à Mary Lambert, dont les titres de gloire sont UNDER THE CHERRY MOON, clip d’1h30 autour du nombril de Prince, et SIESTA, film étrange, attachant mais pas très abouti. Choix curieux. Le résultat est très mitigé : le roman à l’origine du scénario étant d’une noirceur extrême, il était difficile de transposer l'action sans atténuer les éléments les plus troublants, et forcément, il en reste quelque chose à l’écran. Le petit Gage (l’affreux Miko Hughes dans son premier « rôle » - cette tête à claque vue dans CODE MERCURY et dans FREDDY SORT DE LA NUIT aurait fait passer Macauley Culkin pour Lawrence Oliver) passe donc sous un camion, et son père le déterre pour lui redonner la vie : l’enfant de trois ans va revenir, un scalpel entre ses petites mains potelées, faire la peau à papa et maman. Noir c’est noir. Confrontés à des images rarement vues en salles, à des idées généralement évacuées du cinéma de genre à gros budget, les critiques se sont montrés un peu indulgents envers ce film porté par une belle musique d’Elliot Goldenthal, mais présentant un casting terne et une mise en scène,
petite Mary, trop souvent médiocre – les cadrages sont souvent hideux, et Mary ne fait pas dans la dentelle pour instaurer de façon pachydermique des atmosphères. Le récit a beau être glacial, sa mise en image reste trop sage, trop plate, amorçant des effets pour le moins caricaturaux. Quant au scénario, il s’empêtre dans les intrigues secondaires (je ne suis pas certain que le film avait vraiment besoin, comme c’était le cas dans le roman, des flashes back introduisant le personnage de Zelda, la soeur agonisante, d'autant plus que les séquences en question s'avèrent assez maladroites) en glissant bien trop rapidement sur certains éléments de la narration qui restent superficiels.
SIMETIERRE n’est pas si mauvais, mais il est bien loin d'être à la hauteur de son sujet, et reste fade, dénué de poésie – la déception étant d’autant plus cruelle si l’on a lu l’excellent roman de King avant d’en voir l’adaptation (ce qui est quand même un peu recommandé). Note : la chanson du générique de fin interprétée par les Ramones (que je ne déteste pas par ailleurs) est atroce, était-ce bien nécessaire ?
Pour la séquelle, Mary tombe le masque. Le respect professé lors de la promotion du premier film adapté du roman de Stephen King s’évanouit ici, disparaît en fumée. Suite à vocation purement commerciale, SIMETIERRE II prolonge artificiellement le récit initial en accumulant les erreurs et les fautes de goût, les incohérences et les idées les plus stupides, les poncifs les plus éculés et les effets les plus caricaturaux. Passé un très beau générique d’ouverture, le film sombre dans la ringardise la plus totale. Atrocement mal mis en scène, joué avec les pieds (Edward Furlong est à gifler ici, et il n’est pas le seul), ponctué d’idées complètement stupides, SIMETIERRE II ressemble à une série Z en goguette, à un navet dévalant les marches du festival – il est d’ailleurs souvent aussi comique qu’un bon gros film de Fred Olen Ray ou de David de Coteau (mais il a coûté plus cher, ce qui est dommage) : ne ratez pas la séquence copulatoire avec la femme à tête de chien, ou ce plan final à pleurer de rire où Edward et son papa quittent la ville (car on ne se permet pas ici d’être radical comme dans le dénouement du précédent) avec en médaillon incrusté dans l’image les visages des personnages ayant trouvé la mort au cours du récit, sur fond de musique « mort de la Schtroumphette ». Seul intérêt du film en dehors d’une scène avec un chien empaillé assez cocasse, l’acteur Clancy Brown (HIGHLANDER, BLUE STEEL, LA PROMISE...) n’a pas l’air très dupe de ce dans quoi il a mis le pied et interprète le très méchant shérif zombifié en roue libre totale : il est souvent très, très drôle. Mais à part ça, le film est nul, nul, nuuuuuuuuuul, et Mary Lambert est depuis retournée dans la cuisine, à sa vraie place. Non mais.

Le Marquis.

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Dimanche 17 avril 2005

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(photo : "Conférence Audio-vidéo de Dr Devo à l'Institut Drahomira (octobre 2004)" par Dr Devo)

Chers Concitoyens,

 

 

 

Oh ben oui, tant qu'à faire, pourquoi pas un film sur le rap ? Hein ? Un peu malgré moi quand même... Si j'étais arrivé plus tôt au cinéma, je serais sans doute allé voir MON PETIT DOIGT M'A DIT, même si l'idée de retrouver Catherine Frot, contre qui je n'ai aucun grief particulier, c'est sûrement une très bonne actrice, mais dont les choix de films me laissent plus que perplexe, retrouver Catherine Frot, dis-je, n'est pas une perspective des plus alléchantes, au moins en ce moment. Il ne restait que 30 places dans la salle qui projetait ce film, et donc, j'ai renoncé, plutôt que d'être assis au premier rang ! Et donc, rap et gaz à tous les étages.

 

 

 

Moi qui désertais un peu les films français, en ce moment je suis gâté. Que de films français vus en l'espace d'une poignée de semaines, pour le pire et le moins mauvais! Il en bouffe, le Docteur, du Bleu Blanc Rouge, il mange jusqu'à ce qu'il s'étouffe. Alors pourquoi pas DANS TES RÊVES et sa cohorte de fantômes hip-hop. Allez, entre ici, gentil Docteur. Pendant la pub, il se lit le magazine de pub gratuit de Pathugmont, ce qui lui évite de voir le film annonce des pygmées magnifiques chez les méchants anglais. Curieusement, le son en VO lui fait penser à une réplique de SACRÉ GRAAL, dans la séquence de Château d'Anthrax, à savoir : "Naughty, naughty, naughty Zoot !". Hahaha, fis-je intérieurement. Il feuillette son magazine où on te promet, mon frère, où on te promet ma sœur, un nouveau film culte en provenance des U.S of A. J'ai horreur qu'on me dise qu'un film est culte, surtout avant qu'il sorte. Après tout, AUTANT EN EMPORTE LE VENT ou BASIC INSTINCTS sont des films cultes. Et bon dieu de bois, que c'est mauvais. Un des plus cultes des films de De Palma, c'est SCARFACE. Tiens, c'est marrant ça, j'ai même vu cette semaine un type qui portait un blouson avec un transfert d'Al Pacino et de sa mitraillette, et le nom du personnage imprimé sur la dite jaquette. Ça fait classe, un blouson mitraillette-cocaïne dans le métro je trouve. Culture urbaine sans doute. En tout cas, en voilà un film culte, et en voilà un film pas bon, malgré sa réputation (sauf les dix premières minutes peut-être). Tiens, toujours dans le même magazine, une jolie photo de Jason Schwartzman, le plus grand acteur de tous les temps (héros de RUSHMORE de Wes Anderson) avec Isabelle Huppert. Mmmmmm, ça donne envie, et ça fait plaisir de voir que mercredi prochain, on aura quelque chose d'intéressant à se mettre sous la dent. Pourvu que mon ciné Pathugmont passe ça en VO. On verra bien. En tout cas, voici le titre français : J'ADORE HUCKABEES. Ben ouais ! Je le vous dis depuis des lustres, les cerveaux français n'ont pas fuit à l'étranger, ils bossent tous dans la distribution ! S’ils font plus de dix mille entrées avec un titre pareil, c'est qu'en plus ils sont chanceux. Tiens, avant que le film ne commence, film annonce d'un métrage hong-kongais de Kung Fu parodique, avec pas mal de moyens et des effets spéciaux qui ont l'air assez malins. Je me dis : "Mmm, très bien, ça me changera des films de chambre français à trois balles" et je me laisse glisser sur les images de ce film annoncé. Et tout va bien jusqu'à l'annonce du titre: CRAZY KUNG FU ! Ouais !!!!! Génial les gars, continuez comme ça ! C'est sûr, ça fait pas navet du tout ! Encore un succès ! En attendant, il faut voir le film KUNG POW : ENTER THE FIST dont je vous avais déjà parlé, très drôle et assez magnifique techniquement. Et surtout le titre est meilleur ! Enter the fist, fallait quand même oser !

 

 

 

Bon, et puis, j'allais oublier, DANS TES RÊVES commence ! Balance ton hip et ton hop dans ma face. Bon, moi je n’aime pas le rap. Rien à faire, je n'aime pas. A deux exceptions. RZA avait fait une belle musique pour GHOST DOG de Jarmush, et j'ai eu un CD du Wu Tan Clan dans les mains, et ce n’était pas laid. Et j'adoooore les Beastie Boys, mais de l'avis de tous les spécialistes, c'est pas du rap (ce qui me paraît un peu étonnant, tout de même.) A part ça, rien à faire, je n'aime pas ça. Ce n'est pas gravissime. Je n'aime pas trop les militaires non plus, mais un film de guerre, pourquoi pas. J'aime pas les gens comiques, et j'aime pas les romantiques, mais j'aime bien Sandra Bullock (spéciale dédicace au Marquis). Alors, vas-y déboule le film.

 

 

 

Ça raconte l'histoire de Ixe, jeune rappeur amateur qui vit chez sa mère, et qui, entre deux boulots au noir, écrit sa musique et ses paroles (hey, comme dans Elie Chouraqui !) tout seul dans sa chambre. Un de ses potes qui est coiffeur, et surtout plus vieux, l'a pris sous son aile et essaie d'organiser des petits concerts et tout ça, rien que pour lui. Béatrice Dalle, elle, est productrice. Elle est en train de monter un spectacle de hip-hop pour le grand public, dans un théâtre. Un mois avant la première, si elle fait répéter les danseurs du spectacle, elle n'a toujours pas trouvé le rappeur. Pourtant, tout est là. Alex Descas, vieux rappeur un peu en retrait ces dernières années, a composé la musique. Manque plus que le chanteur. Les copains de Ixe voient là une formidable occasion pour lui. Ils font en sorte que Dalle vienne l'écouter en concert. Pour Ixe, c'est la chance de sa vie. Si jamais ça rate, il faudra bien se faire une raison et se décider à travailler à la Poste (oh non !), comme maman.

 

 

 

Et bien, voilà. Un bon petit résumé, bien concis. Tu vois, quand tu veux... La vie de la cité, l'artiste en devenir, la jalousie entre rappeurs anonymes, la difficulté d'aligner les petits boulots et sa passion d'artiste, les arnaques des milieux du disque, la presse qui comprend rien au rap et qui ne pond que des clichés dessus, la défonce (un peu), la violence du quartier, etc. Voilà le lot quotidien de ce film qui se veut positif et loin des clichés habituels sur le monde du rap. Mouais. Ben si c'est ça l'objectif, les gars, c'est raté. La petite copine super-canon super-gentille, et complètement conne soudainement parce que le scénario l'exige, les tentatives de racket, le lourd passé familial de Ixe qui le plonge dans l'alcool, les mauvais rappeurs obèses, roux, qui fument du shit au lieu de composer et qui finiront criminels, le conte de fée urbain, la grosse mama noir, la personnalisation des copains Black Blanc Beur de Ixe, la musique qu'on kiffe à donf' backstage en secouant la tête avec grâce et en se pinçant la lèvre inférieure, les racailles qui mènent la vie dure aux filles, les petites copines greluches des demi-gangsters (ici Léa Drucker qui, je trouve vu la qualité de son rôle qu'on croirait sorti de Ab Fab, s'en sort très bien, encore une fois – voir AKOIBON), les plans d'ensemble sur les toits de Paris avec le Sacré Cœur au fond du plan, etc. Ça clichetonne à tous les niveaux, et si le film se tient, sans finesse, pendant une bobine, après c'est un peu Cosette Au Magasin de Disques. On dit faire exploser les clichés, et on sort les pires des plus classiques du mélo ! Ça fait un peu rire et pas mal pitié.

 

 

 

Ceci dit, si l'histoire n'est absolument pas intéressante, rendons à César ce qui est à César. Contrairement à tous les films français que j'ai vus en un mois, ici au moins il y a un effort technique non négligeable. On a quand même essayé de faire un film de cinéma. Cadre en scope assez anonyme, certes, mais lumière travaillée, enfin ! Et franchement, même si je suis très loin d'être fan de la photographie du film, ça fait quand même du bien de voir un film français qui ne soit pas granuleux et qui ne fasse pas mal aux yeux. Du coup, DANS TES REVES prend des allures de production luxueuse. Une belle photo, c'est du luxe à pas cher, ça vous habille un film, il n'y a pas à chipoter. Sur ce plan là, donc, et franchement c'est déjà ça, on n'a pas l'impression d'être dans un téléfilm. Question montage, à mon sens, rien de bien passionnant ni de renversant. Quelques petits effets dans les deux premières bobines, puis roue libre jusqu'à la fin. C'est quand même gentiment anonyme.

 

 

 

Le problème donc, c'est le propos du film, très attendu, et moins bien décrit que dans la parodie rappeuse des Inconnus ! Ben oui, c'est triste mais on peut le dire. Ce n'est ni mal ni bien joué. Ou disons que, pour moi, l'histoire et ses développements sont tellement plats et réchauffés (en fait, c'est FLASHDANCE quasiment), que les seconds rôles notamment semblent complètement caricaturaux. Les acteurs suivent, ni bons, ni mauvais, format téléfilm. Béatrice Dalle est correcte, pour les mêmes raisons. Le seul qui fasse un peu d’effet, c'est Alex Descas, vu chez Claire Denis, et qu'on retrouve toujours avec plaisir. Malheureusement une fois de plus, ce n’est pas dans un super film. Mais quelle gueule, ce mec, quand même ! Vincent Elbaz a bossé comme un malade, et son imitation stupéfiante de John Turturro, idée saugrenue, est au final assez marrante et loufoque pour que ça fonctionne. Ça met un peu de vie, pourquoi pas. Quant à la musique, comme prévu, rien qui ne puisse m'accrocher, mais là, c'est plutôt normal, donc je passe.

 

 

 

La seule chose véritablement énervante dans ces océans de clichés, c'est l'incroyable complexe de supériorité de ce film. A la toute fin, on entend Ixe dire (de mémoire) : "Quoi qu'on fasse, notre culture sera toujours méprisée et regardée de haut". Alors là, les gars, je veux bien être sympa mais faut pas déconner quand même. S'il y a un domaine artistique qui cartonne, c'est bien le hip-hop et le rap. S’il y a bien une culture qui s'est parfaitement intégrée à la société, malgré son niveau j'ai envie de dire, c'est bien le rap ! Ça vend, ça cartonne. Essayez de faire de la musique industrielle (dans le sens années 80 du terme) ou des films un tant soit peu expérimentaux, et vous allez voir si on ne vous prend pas de haut. Le rap, et toute la culture qui va autour, ont quand même été, ces dernières années, extrêmement favorisés, notamment par le Ministère de la Culture et autres. Si vous, rappeurs, vous êtes des moutons noirs, allez voir le site de l'Institut Drahomira, écoutez leur musique et voyez si ces gens-là ont une chance de vivre de cette musique. Dans ces revendications à trois balles et injustes, on découvre quelque chose d'assez antipathique, dans un film pourtant moyen : une volonté opportuniste d'accéder à un monde artistique petit-bourgeois. Ça ne donne pas envie.

 

 

 

Toute tentative de s'établir en tant qu'artiste est difficile. La culture hip-hop, de très loin, ne me semble pas, mais alors pas du tout, la plus défavorisée.

 

 

 

Justement Vôtre,

 

 

 

Dr Devo.

 

 

 

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Samedi 16 avril 2005

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(photo: "I love Chineese" par Dr Devo)

Chers Amis,
Ce blog.
« Selon un calcul de Gauss", répondis-je, "à peu près les mêmes pour que tu voies 5 phénix, 10 licornes ou 22 occultations de Jupiter par Mars." "D'ailleurs, cela est-il jamais arrivé ?" s'informa-t-il. "Le 5.1.1591, par exemple" rétorquai-je exercé et froid; et il renifla encore plus méfiant. »
Ça, c'est du Arno Schmidt, et il n'y a pas à dire, ça a de la gueule.
Notre meilleur souvenir : DOCUMENTS CONTEMPORAINS AYANT POUR POINT COMMUN LEUR EXPLOITATION SUR UN SUPPORT AUDIOVISUEL. Ou quelque chose de très approchant, à l'époque sur Canal+, période ŒIL DU CYCLONE, seule émission totalement originale qu'ait produite la chaîne, dont on voit bien aujourd'hui qu'elle n'a eu aucun âge d'or. CQFD. Edouard Baer et Ariel Wizman. Documentaires mis en scène, absolument contrefaits de A à Z, mais complètement véridiques, de fond en comble, à la fois émission politique et exploration personnelle. Bonus : ça payait des voyages somptueux aux concepteurs (le XVIe, Venise, le Sénégal...) et c'était très drôle. Mais de surcroît, en bonus.
Bien plus tard, que reste-t-il de cette héritage ? Rien. Tout le monde est bien rentré dans le rang, et on s'estimera heureux d'avoir vu quelques volets de la série défunte, là où une majorité de gens n'ont pas le prémisse d'une connaissance de sa réalisation, et surtout de sa diffusion passée. Ça bosse, pour les deux d'ailleurs, mais dans les entresols miteux de la télé, bien plus que dans les palais vénitiens de naguère. On n'a pas été à l'enterrement, mais voilà bien longtemps qu'on a fait son deuil.
Faire ce site est une activité de la plus haute importance. Pourquoi ? Parce que, de la même manière que ci-dessus, il ne touchera qu'une poignée, et d'une, et qu'il permet de mettre à profit les nourritures spirituelles disparues mais ingurgitées naguère, et de deux, et de se mettre à la hauteur de ces fantômes essentiels, dans un geste fraternel et prétentieux à la fois, tertio. Le blog est-il douloureux ? Complètement, car il s'agit de faire son sacerdoce, d'utiliser, enfin, semi-concrètement, ses principes, quel que soit l'objet de l'analyse, et qui plus est, en se soumettant au dit-objet, en lui laissant sa liberté. Récemment surpris, en coulisse, par le concepteur d'un de ses objets, vaguement violent dans sa correspondance, puis "excusé" par la suite, on s'est aperçu, sur ce site, de l'incroyable aspect conceptuel et intellectuel de la démarche ici présente, et de ses limites : on ne convaincra que peu de personnes, et encore plus grave, peu de personne se joindront au banquet proposé généreusement, et encore gratis, "...comme une fête qui se mangerait entre amis", comme disait le poète. Mais même si on est toujours vaguement courtisés par le pessimisme "on-to-lo-gi-que-euh" (prononcez avec la voix de Dali) qui est le nôtre, le sacerdoce, c'est de faire passer les principes au-dessus, et de reconnaître la noblesse vitale de la cause. Et donc, il n'est pas question de renoncer. CQFD. Pour se détendre de temps en temps, on jouera la Passionaria, c'est rigolo, et c'est le deuxième moteur de toute l'entreprise.
Mais dès fois, c'est dur, tant sur le plan du moral que sur le plan intellectuel (le plan de la rigueur, quoi). Le saut en hauteur, c'est dur, surtout quand il s'agit de sauter par dessus de minuscules boîtes d'allumettes, discipline olympique jadis pratiquée en Angleterre (fin des années 60). Comme nous l'a dit notre ami Bernard RAPP, l'âme damnée d'ici-même, "c'est un bisou barbu au cinéma, un bisou avec une barbe de quatre jours, mais c'est un acte d'amour." Sublime compliment pour nous, bien sûr, et, s'en rendent-ils compte, pour les concepteurs des objets ici présentés également. Bisou barbu et Bisou du Barbu. C'est beau. [Quand on me fait un beau compliment, je le re-cite à la virgule près pour qualifier le travail d'un autre, même de manière exagérée (ce qui devrait être un pêché, mais bon, c'est une façon de faire offrande...), trahissant ainsi le contexte et léchant des bottes avec sincérité, et de toute façon à des gens qui le méritent, cf. rubrique "liens", ici à droite).
Edouard Baer, toi qui aimes bien les petites barbes design (et magnifiquement taillées au début de ton film, d'ailleurs), tu ne m'en voudras pas de te faire ce bisou barbu, un peu décalé, car devant ta chose, comment dire, aucune hypothèse, bonne ou mauvaise, ne va à son terme, peut-être parce que les lunettes (normal, les lunettes, je suis médecin !) sont un peu embuées par une nostalgie, bien mineure bien sûr, faut pas déconner, mais nourricière, même si ce fut jadis, et que depuis, la faculté m'a instruit, et que le petit oiseau est bien sorti de son nid, merci de s'en inquiéter. CHEEEEESE donc, Edouard, souris parce que c'est grave, comme disait le poète, et de toute façon tu es ici chez toi, tu reviens quand tu veux, comme disait un autre.
Cinéma, tendance comédie, puis cinéma dans le cinéma, puis explosion, puis rien. N'ayant pas vu ton premier film, tu excuseras le côté vierge ici, comme ceux qui l'ont vu (le premier film) excuserons ma mansuétude, sûrement déplacée. Le film commence avec son histoire franco-française, déviée il est vrai par un style ou plutôt par une narration (parce que style...pfff), une narration donc, empruntée aux Monty Pythons (médecins eux-aussi) cités plus haut. Puis, plus tard, un acteur feint de se révolter, et se révolte conséquemment, empêchant la poursuite du film qui continuera quand même, of course, mais malheureusement sans le nécessaire, ici absent plan séquence de cinq minutes où il ne se passe rien, qui aurait été indispensablement à sa place, beau et couillu, et aurait incarné le projet global en y introduisant la nécessaire dose d'autodestruction absolument nécessaire, mais bigrement absente. Ça aurait été ton dernier film, tes producteurs auraient été furieux, mais qu'importe. Si j'avais été là, Edouard, je te l'aurais dit... Résumons : pour les autres lecteurs, donc, film, puis film dans le film, puis plus de film, au moins virtuellement puisqu'on ne peut pas arrêter une séance que des gens ont payée, d'où la cruelle absence du plan-séquence, et fixe encore, où il ne se passe rien et où l’on gâche de la pellicule.
Les acteurs sont souvent biens et parfois sublimes. Je laisse de côté Rochefort et Jeanne Moreaulagrandedameducinemafrançais, qui de toute façon font, ici comme ailleurs, bien ou mal, aucune importance... (enfin, on préfèrera quand même Rochefort !). Deuxième miracle en deux semaines, après Christian Clavier bon acteur, ce qui ne lui était jamais arrivé depuis le début de sa carrière (L’ANTIDOTE), Benoît Poelvoorde a une scène sublimissime, la scène où il répète Gainsbourg devant Rochefort. C'est fabuleux, ce moment. Après il le refera, et après tu l'utiliseras justement pour le faire exploser et le faire incarner le Cinéma Français (sacré rôle), bref après, il sera éventré pour que l'œuvre se fasse. Mais il y a cette scène, très courte, et le belge est superbe. Tu as su lui donner ça, Edouard, une fois dans sa vie. Beau baiser là aussi. Léa Drucker, îlot stable dans ce mess, elle est vraiment très bien pour la deuxième fois, après DANS TA PEAU. Voir le plan du dauphin, un de tes rares moments de grâce, j'y reviendrai. François Rollin est très bien. De toute façon, c'est un des rares n'ayant pas renoncé dans le bizness. On ne le prend jamais à défaut. Mais, loin du professeur, il est super chouette, passionnant et très bien coiffé (ça le change énormément, on a du mal à bien le reconnaître ; je vous verrais bien, Professeur, dans un biopic sur le groupe SUICIDE), et en plus il incarne le cinéaste art et essai dans toute sa splendeur, perdu, souvent vrai et souvent en plein cliché, les deux en même temps, ce qui fonctionne d'autant mieux qu’on le voit moins que les autres. Calcul ou accident, on s'en fiche, c'est bon. Chiara Mastroianni est bien dans le rôle de Brigitte Bardot, mais autrement, ben... Quand on la maltraite, avec amour, quand on lui fait des bisous barbus, elle est très bien. Exemples : NOWHERE de Gregg Arraki avec sa scène ultra-courte et drôle de castratrice SM (en France, aurait-elle osé ?), ici donc en Bardot de loin, et dans LA LETTRE de Manuel de Oliveira. Son best dans ces trois films, le reste.... Pffff.... Et si le film ne valait que pour une seule chose, et c'est même probable, ce serait pour l'explosion nucléaire dans le paysage cinématographique mondial de celui qui va devoir compter désormais comme le plus grand acteur européen (avec Tilda Swinton), voire plus : Francis van Listenborgh. Lui, et là, pour ceux qui en doutent, je parle enfin au premier degré, lui c'est la révélation du siècle. [Les plus attentifs ou les plus réguliers d'entre vous savent que, malgré le style, je parle toujours au premier degré.] Francis van Listenborgh, tu m'as fait pleurer dans ce film, car quand c'est bon, je pleure au cinéma, et tu es superbe, très loin, très très loin devant tout le monde. Ta dernière scène à la buvette est l'événement le plus important dans le cinéma français depuis la mort de Duras (encore une fois, je ne plaisante pas). Je t'apprécie beaucoup, Fabrice, car je t'ai vu aux temps glorieux des DOCUMENTS CONTEMPORAINS..., et je sais que tu es un grand... Mais là, tu m'as assis violemment. Lui seul, malgré un second rôle, vaut le prix du ticket, et très largement, ce qui est assez étonnant et scandaleux dans ce film où, justement, le prix du ticket est le problème insolvable du film. Francis van Listenborgh, si tu lis ces lignes, sache qu'il faut absolument que nous nous mettions en communication, toi et moi. Je passe, car plus j'insiste, plus je perds en crédibilité, je le sens bien, mais tout ce que j'ai dit sur toi est vrai.
Le scénario, alors. Ce texte qui n'est qu'un objet de communication, comme le grand public le sait sans se l'avouer, au moins depuis DUEL de Steven Spielberg, où l’on voit, c'est un exemple, qu'un scénario, dans l'acception populaire du terme, peut tenir sur un timbre poste. Le scénario qui ne devrait, en toutes circonstance, que rester un objet de communication entre les membres de l'équipe technique et le réalisateur. Le scénario, qui, contrairement à la légende urbaine, n'a jamais, aucune fois dans l'histoire du cinéma, fait un bon film, et qui en a fait naufrager une quantité astronomique. Ici, le scénario... Comment dire, tout pourrait être dedans, et l'est sans doute. Aïe ! Ton projet, Edouard, tu l'as écrit. On peut faire un film avec ce projet. Tu as l'intelligence, bien sûr, nécessaire. Et ici, c'est peut-être le seul espoir de cinéma, de ton métrage, tout est là, point de vue, scénario puisqu'il y en a pas ou peu, ou peut-être plutôt parce que tu le méprises, stratégie convenable. Et il n'a aucune importance, car, comme tu vas le voir ci-dessous, dans le paragraphe suivant, qu'on pourrait intitulé "le nerf de la guerre", le problème est vraiment ailleurs, et c'est une question de cinéma.
Le problème de ce film, Edouard, sans doute beaucoup plus réussi que le premier (j'imagine, du moins), c'est que tu repousses quasiment plus loin les frontières de certains films, français pour la plupart, dénoncés très justement ici. La mise en scène est encore plus calamiteuse. Il n'y a pas de montage (hormis peut-être la séquence opportuniste et auto-dynamitée, et des plus intrigantes, de la reprise de Cold Song de Purcell par Klaus Nomi), mais alors pas de montage du tout, et bizarrement, encore moins que dans le camescopage de l'anniversaire de Tata Jeannette. La lumière est hideuse, et même dégueulasse (encore une fois je parle ici sans méchanceté). Comme chez Mocky, des fois, le point est à peine fait. Aucun jeu sur le son, bien sûr. Et un cadre où une fois sur cinq, les acteurs sont coupés par les bords, et le reste du temps sont hideux. AKOIBON fait mal aux yeux, et empêche l'exploitation d'un système qui a quelques petites choses miraculeuses, comme je l'ai dit plus haut. Vénères-tu les dialogues ou les acteurs, je ne veux même pas le savoir. Comme pour le scénario, ces questions n'ont pas une importance primordiale. Mais la mise en scène, Edouard, comment peux-tu renoncer, comment peux-tu potachiser tout, réduire tes ambitions pourtant là, semble-t-il, tout abandonner et laisser aller, jusqu'à détruire irrémédiablement tes qualités ? Ta mise en scène paralyse nos yeux, nos cerveaux et nos cœurs, empêche tout, égorge la femme et l'enfant qui est en nous. Les DOCUMENTS CONTEMPORAINS... étaient drôlement plus intéressants de ce point de vue.
Ton film, Edouard, parle de l'impossibilité de dérouler le film, de le faire, et semble parler, mais moins certainement, de parodie du cinéma (film de chambre, film de banlieue, comédie, etc. Ton film est aussi un film sur la situation du Cinéma). Mais faire du cinéma, c'est faire de l'Art, même mineur. Il faut que ce soit beau, d'une manière ou d'une autre, et c'est pécher de renoncer à son sacerdoce. Toutes tes idées seront réduites à néant sans mise en scène. Deux hypothèses par conséquent. Un, tu veux montrer que le cinéma ne peut plus exister, que tous les films sont voués à l'échec, et que le cinéma français ne peut aboutir qu'à une parodie de lui-même, ce qui justifierait le fait de tout faire exploser et de trahir ta commande. Dans cette première hypothèse, tu montres qu'on peut arnaquer le système, et que de toute façon, le seul fait d'être venu de la télé peut te permettre, dans le système de production actuel, de sortir n'importe quoi, tout bankable que tu es, et de ce point de vue, ton film est une critique du système qui accouche de BRICE DE NICE et autres Eric et Ramzy. Hypothèse haute.
Deuxième hypothèse. T'en as rien à foutre, de tout ça, la mise en scène, tu l'emmerdes. Je pense que si c'est le cas, tu trahis, au minimum, tes idées de comédie. Et on serait tentés de te mettre dans le camps des Cyniques qui sont juste là pour prendre l'argent et s'enfuir. Si c'est le cas, t'es mort, au sens spirituel ou dans n'importe quel sens, sauf biologique, et ce film est un enterrement dans la plus grande tristesse. Si c'est le cas, ne reviens jamais. Au moins, fais ça pour tout ceux qui ont vu les émissions L’ŒIL DU CYCLONE, désormais loin dans ce cas, de tes préoccupations, et reste à la télé, comme ton compagnon Ariel Wizman.
Ton film AKOIBON est pour l'instant juste un métrage qui exige une concentration énorme pour être un tant soit peu touché devant cette hideuse carapace pointue, toute en laideur. Et on aimerait savoir ici ce qu'est ton projet, et si vraiment le cinéma te passionne ou au moins t'intéresse.
Et je ne saurais le dire mieux. Sans menace, évidemment, entre gentlemen, il faudrait savoir, et ceci est un bisou barbu, loin d'un enterrement cynique et vindicatif, qu'on te donne, dans l'espoir que tout ce qui fut fait à l'époque glorieuse ne soit pas un coup d'épée dans l'eau, ou un prétexte à gagner sa vie. N'oublions jamais qu'un film qui se fait, surtout avec quelques moyens financiers, c'est dix films qui ne se font pas, actuellement, dans ce système qui ne vit que de lobbying marketing, et de concentration industrielle.
 
Amicalement,
Dr Devo.
 
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Vendredi 15 avril 2005

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi



(Photo: "Spaghetto Syndrome" par Loui, qui a offert à Matière Focale ce dessin, parce qu'en ce moment il nage dans le Western (deux ou trois par semaine). Quand c'est italien il aime bien, et il nous propose de trouver le film qui a inspiré le dessin. N'hésitez pas à déposer des commentaires, et à rendre visite au site de Loui (ici), où vous trouverez d'autres dessins et quelques tranches de vie. Merci Loui pour ton cadeau!)

Chers Amis,
 
Comme on l'a déjà dit sur ce site, on s'en fout un peu, et même complètement, de savoir si tel ou tel artiste est un gars sympa ou non dans la vie normale. Qu'il soit un emmerdeur, voire un salaud, ou le type le plus brave de la terre, quelle importance ? Aucune, car ici c'est l'œuvre qui nous importe. Ayant travaillé quelques heures pour Brian de Palma (pas d’affolement les amis, je lui ai juste projeté un film), et donc ayant croisé le bonhomme, je peux vous assurer que c'est un ours, plutôt gros, et surtout très mal léché, une porte de prison arrogante et pas sympathique pour un rond. Et alors ? Ben, on s'en fout. [Bernard RAPP était aussi présent, et il pourra vous confirmer que ma description du réalisateur du magistral ESPRIT DE CAIN est exacte !]
 
Des artistes, sympas ou gros cons, nous qui ne fréquentons pas les stars, on s'en moque. Comme on s'intéresse à l'Art, on juge sur pièce, et on laisse le reste aux lecteurs de Gala. Mais par contre, il y a un truc qui m'a toujours amusé, c'est essayer de deviner ce que serait un artiste sympa. Cette réflexion m'est venue à une époque où j'aurais bien été discuter une heure avec un ou deux artistes pour parler Art et Travail pendant une heure. Et il y a, dans ce type de spéculations sans importance, deux types d'artistes. Ceux dont vous pensez que vous pourriez les amener aller boire un verre au Bar Des Sports (BDS), en bas de chez vous, et les autres. Les Artistes BDS sont des gens qu'on ne prend pas forcément pour de grands artistes, mais des artistes assez intéressants et sympas pour qu'on puisse les amener Chez Monique pour tailler le bout de gras. Par exemple, j'aurais bien bu un demi avec Brian Eno au bar des sports, car j'ai des questions à lui poser, même si je ne suis pas spécialement un grand fan de son œuvre, et parce qu'il donne l'image de quelqu'un qui ne serait pas effrayé de passer une heure Chez Monique. Il y a aussi deux ou trois autres artistes à qui je ferais volontiers subir le même processus, mais ce sont des artistes que j'ai aimés dans ma jeunesse, et plus beaucoup aujourd'hui, et donc par pudeur et auto-censure, je ne révélerai pas leur nom, ou alors contre de l'argent, ou sous la torture ! Par exemple, ce gros ours de De Palma, il est pas BDS du tout. Tilda Swinton est BDS sans problème. Roger Corman, que j'ai croisé étant petit (Le Marquis était là d'ailleurs, mais nous ne nous connaissions pas encore à l'époque !) est BDS. Ken Loach est BDS. Mais Tarantino, je pense, ne l'est pas du tout. Toi aussi, fais ton classement BDS chez toi.
 
Sandra Bullock est sans doute une star et une grande bourgeoise, certes, mais elle n'en est pas moins une actrice intéressante dans son genre, et malgré tout, rien à faire, on a vraiment l'impression d'une actrice BDS. Si elle devait faire un tour par ici, on lui réchaufferait une pizza et on n'irait pas au restaurant, et ça serait très bien comme ça. En réalité, elle est sûrement propriétaire d'une villa immense avec 20 domestiques mexicains, mais bon, rien à faire, elle donne une image un peu contraire. [Nicole Kidman est anti-BDS par excellence.]
Et il faut vous dire un truc. On a tous nos faiblesses. Nos petits secrets honteux. Un peu. Maintenant que vous connaissez Le Marquis, fidèle collaborateur de ces pages, il faut que je vous dise un truc sur lui. Il ADOOOOOOOORE Sandra Bullock. Sans vouloir caricaturer son bel esprit, on peut quand même dire que s'il a une actrice chouchou, en dehors de ses qualités artistiques, c'est bien elle. Le Marquis la trouve marrante comme tout, trouve qu'on peut toujours regarder ses films, même les plus mauvais, avec plaisir, et qu'elle dessine, sans être la meilleure actrice du monde, un joli parcours, décalé et loufoque, d'actrice de genre. Elle a de la personnalité, elle est sympa et elle fait des films un peu louf', et le Marquis l'adore. S'il avait le choix entre ressusciter Orson Welles et inviter la Bullock à venir manger une pizza chez lui, le gros barbu pourrait rester rôtir en enfer ! Ceci dit, pas d'ironie dans mes propos, juste un sourire attendri peut-être face au culte décontracté que Le Marquis voue à Annette (c'est son deuxième prénom, comme dans PREMIERS BAISERS). Et du coup, du Bullock, j'en ai mangé. Le Marquis m'a fait voir tous les films qu'il avait d'elle, ou presque. Les sympas et les beaucoup moins bons. Et il se marre Le Marquis, à nous faire voir des machins comme LOVE POTION No9 ou L’AMOUR À TOUT PRIX ! C'est un joueur, Le Marquis !
 
Sandra Bullock est effectivement un personnage sympathique, et j'apprécie l'actrice qui me paraît très douée pour la comédie (je suis moins conquis par son volet "romantique"). Parmi les films bien fichus de sa filmographie, un de ceux que j'apprécie particulièrement est MISS DETECTIVE (MISS CONGENIALITY en VO). Bon casting, mise en scène relativement nerveuse (relativement), histoire loufoque et originale, et plaisir évident des acteurs à jouer là-dedans, on passe avec ce film un très bon moment, pas trop bête en plus. Que demande le peuple ?
 
MISS FBI est la suite de MISS DETECTIVE, voilà. Les distributeurs français étant très doués, c'est bien connu, ils ont délibérément gommé la franchise du titre pour faire moins d'argent, mais ce film est bien la suite de MISS DETECTIVE. [Chapeau pour l'affiche, les gars, elle est encore plus laide que la première et propre à faire fuir tout le monde.] Evidemment, c'est la cerise sur le gâteau dans cette semaine cinématographique, et je suis d'autant plus content que mon ciné Pathugmont, où j'ai une carte illimitée, passe le film (sans faire de pub et sans même montrer un film-annonce !). Grâce à ce film, j'échappe provisoirement à Catherine Frot et aux pygmées de Régis Wargnier, alors, un peu que j'y cours, cheveux au vent et sourire aux lèvres. Miam !
 
Sandra Bullock bosse toujours au FBI, mais elle a un gros problème. Les événements de MISS DETECTIVE lui ont apporté une grosse popularité à travers tout le pays, et c'est très gênant pour un agent du FBI, forcément incognito sur le terrain. Une opération tourne mal parce qu'on lui a demandé un autographe. On lui propose alors un poste placardisé. Elle refuse. Mais, dans le même temps, son nouveau boyfriend lui fait faux bond et met fin à leur relation, pour des problèmes liés au sexe, sous-entend le film! Effondrée, la belle accepte finalement le placard proposé par son patron. Elle devient, par conséquent, "le visage du FBI", c'est-à-dire une poupée médiatique, pour communiquer avec les journalistes. Elle fait tous les talk-shows, sort un livre, etc. Adieu le flingue et le terrain, et bonjour les tailleurs Chanel, les stylistes et le strass. Dix mois plus tard, Miss America, une bonne copine à elle (Cf. MISS DETECTIVE), et l'organisateur du concours Miss America (William Shatner, que j'adore sans être fan de STAR TREK) sont kidnappés à Las Vegas. Bullock est appelée sur place, mais, à son grand dam, pas pour enquêter mais pour communiquer avec la presse qui s'affaire autour de ce kidnapping. Il faut dire qu'en dix mois, la Bullock est devenue une Barbie Mondaine prétentieuse et superficielle, chose que personne ne lui pardonne parmi ses collègues. Elle essaie néanmoins de sortir de son placard doré, et de se mettre au travail, et sur le terrain cette fois.
 
Sans problème, c'est donc le film de la semaine, et on s'installe avec délice dans son fauteuil, content de voir un film léger mais bien fichu, avec du caractère, comme l'était MISS DETECTIVE qui brillait encore plus grâce à ses acteurs pétillants et précis. Les USA, d'ailleurs, c'est bien pour ça : la comédie, pour eux,  ça n'est jamais potache, même si le sujet l'est. C’est une affaire sérieuse et on s'applique drôlement, très loin des comédies françaises dont je parlais récemment. Si Michael Caine a décliné l'offre de jouer dans cette suite (dommage, il était en forme le vieux !), William Shatner, lui, rempile. Chic !
Malheureusement, après un démarrage gentiment couci-couça, les choses se gâtent assez vite. La mise en place est, en effet, assez longue, mais on ne sait pas à ce moment-là que cette première bobine est sans doute la meilleure. En voyant Sandra Bullock se transformer en Barbie Pétasse, on se dit qu'on va bien rire, mais en fait, non, pas du tout. Tous les choix de scénario sont calamiteux. Les seconds rôles sont affligeants (le styliste et les assistantes), au moins en VF. Rien ne fonctionne et tout se grippe, et on s'aperçoit avec horreur que la pétillante Miss Detective du premier épisode n'est pas déguisée en Barbie Média, elle l'est devenue !!!!! Et tout le ressort comique s'effondre, par manque de point de vue et manque de décalage. Bon, si ça vous fait rire de voir comment c'est difficile de courir avec des bijoux, vous allez vous poiler. Sinon... Bref, tous les aspects incisifs du premier volet sont perdus dans une masse de mauvaises idées qui essaient de brasser sur le thème de l'embourgeoisement de son héroïne.
Le problème, c'est qu'on a perdu dans ce deuxième acte le gros enthousiasme des débuts. Tout le monde a l'air de s'embêter sec. Bullock joue un cran en dessous, de manière un peu plus raisonnée, et perd de sa force comique. Aucune fantaisie chez les seconds rôles. Shatner est quasiment absent, et a l'air de s'embêter drôlement dans ses rares scènes. Côté mise en scène, c'est également beaucoup plus médiocre que le premier, tout en exploitant les mêmes gimmicks. [Un ciel de studio très raté a particulièrement retenu mon attention. Ça devient, pour le meilleur (dans THE MACHINIST, par exemple) et pour le pire une spécialité hollywoodienne.] Donc, montage laborieux, bien évidemment sans échelle de plans, photographie horrible, etc. Le scénario, bête comme chou, enchaîne les mauvaises idées, dont le final en boîte transformiste est sans doute la plus calamiteuse. Finalement, on rit très peu : une ou deux allusions aux merveilleux disques de William Shatner, dont je ne saurais que vous recommander le dernier album (HAS BEEN), et la scène de la fausse poitrine, ça c'est très drôle. Le reste est quand même un peu nullosse. Finalement, le contraste joue bien mieux quand la dichotomie FBI-Monde des Barbies est portée par Bullock toute seule, sans sa partenaire kick boxeuse.
De plus, la dernière scène, une fois l'intrigue achevée, est carrément ignoble. Bullock abandonne complètement son personnage pour jouer son propre rôle, et la conclusion contredit complètement l'esprit du premier, en prônant, sans rire cette fois, que le monde a besoin de la Paix Universel. Beurk ! Où est passée l'ironie de ce film ?
En fait, le film s'est complètement embourgeoisé, et je pensais, en sortant de la salle, qu’on n’était pas loin de l'horrible BE COOL, vu récemment et dans la même salle. A la réflexion, comme me l'a bien fait remarquer notre ami de Kuhe im Halbtrauer, BE COOL est de loin beaucoup plus antipathique, car c'est un film pourrave avec des toutous de luxe, pas BDS pour un rond, et que ce film pue l'arrivisme à plein nez. Ici, ce n'est pas tout à fait le cas. MISS FBI est plus sympathique, parce qu'on sent finalement que tout le monde dans l'équipe a senti venir le film pourri. BE COOL, lui, essayait de nous faire croire avec arrogance qu'il était le film le plus drôle du monde. Ici, c'est plus modeste et c'est déjà ça. Ce qui m'amène à dire : je me demande vraiment ce qu'en penserait Le Marquis, de ce nouveau Sandra Bullock. Gageons qu'il nous donnera son avis.
Quant à vous, Miss Bullock, on vous pardonne, et on attend sagement le prochain, une comédie romantique où vous aurez la lourde tâche de dérider Keanu Reeves. Ce n’est pas gagné, mais bon, on ira voir ça quand même, car on vous aime bien. Ceci dit, même si vous avez déjà utilisé le procédé, arrêtez la chirurgie esthétique, car vous ressemblez de plus en plus à Michael Jackson, comme disait quelqu'un, et que vous êtes très bien comme ça. Vous n'en avez pas besoin. Si on vous retrouvait refaite à neuf dans votre prochain film, customisée comme le semi-remorque Madeleine Stowe (qui a décidé il y a quelques années de devenir physiquement Julia Roberts, et qui est devenue un monstre), on serait très triste. Et lâchez-vous un peu plus, comme autrefois !
Vivement votre prochain film!
 
Congénialement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Jeudi 14 avril 2005

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi

(photo: "Hardcore Good" par Dr Devo)

Chers Concitoyens,
 
Revenons au "Corpus Analogia". Je me souviens, il y a quelques années, mais pas tant que ça, nous vîmes avec Le Marquis LES VOITURES QUI ONT MANGÉ PARIS sur une copie VHS antédiluvienne de vidéoclub, en VF, au format recadré et au son délavé. Et mon dieu, par miracle ou par auto-conviction, nous avions trouvé ça vraiment pas mal, même s'il était évident que ça sentait le charcutage de plans façon jambon de York, mais avec le couteau industriel, grande largeur.
C'était une autre époque. On pouvait dénicher des perles sublimes au détour d'un rayon, fantasmer sur les jaquettes prometteuses en estimant le décalage avec le film, etc. Les vidéoclubs gardaient tout, les séries Z comme les films de Herzog. Mmmmmm... Et le meilleur rayon, c'était sans nul doute le rayon fantastique, puit sans fin rempli de délices. Maintenant que les stocks n'existent plus dans les vidéoclubs, qu'on y trouve énormément moins de films qu'à l'époque, et que dans ceux qu'on peut louer, il n'y a que du prévu, que de l'identifié, comment faire des découvertes imprévues, comment tomber sur le boîtier qui vous fait rêver pour de bonnes ou mauvaises raisons.
 
Mes conseils aux plus jeunes d'entre nous : si chez vous il y a encore un vidéoclub avec des cassettes à gros bords thermoformés, de bonnes vieilles calamités des années 80 et après, précipitez-vous et essayez de tout voir, au moins dans le rayon fantastique. Il y a des choses qu'on ne verra plus jamais. Comment ne pas regretter un joli film comme NEXT OF KIN de Tony Williams, film australien aussi, de 1982, que nous découvrions, le Marquis et moi, avec émotion, et depuis disparu. [À ne pas confondre avec le NEXT OF KIN de Atom Egoyan, deux ans plus tard, ou avec le NEXT OF KIN avec Patrick Swayze !] Je me rappelle encore la fabuleuse actrice principale, Jacki Kerin. Quelle émotion, rien que d'y repenser. Ce film s'appelle parfois MONCLARE RENDEZ-VOUS AVEC L'HORREUR en VHS. C'est moins discret, c'est sûr.
 
Donc, on avait vu le film de Peter Weir, dans une copie assez pourrie. Or, depuis peu, pour un peu plus de trente euros, vous pouvez acquérir le coffret Peter Weir et ses 4 films. Une sublime affaire : LA DERNIERE VAGUE, le fabuleux PIQUE-NIQUE À HANGING ROCK, et un téléfilm sublimissime THE PLUMBER, une sorte de DOGVILLE à l'envers, très beau et très sombre ! Que du bon, les Amis.
 
Peter Weir, c'est un drôle de bonhomme. Il a réalisé des choses sympas, comme TRUMAN SHOW, par exemple, mais il a fait des grosses bouses demi-fachistes (LE CERCLE DES POETES DISPARUS) ou nulles (GREEN CARD). C'est une terre de contraste à lui tout seul. Et puis, avant tous ses films américains, il y a la période australienne. Et je dois dire, même s'il m'arrive d'apprécier les films de la période américaine, que les films australiens de cette première période sont largement, très largement au-dessus. C'est le jour et la nuit, comme disait le poète. Alors, dès que Peter Weir sort un film, je suis gêné. Quand c'est bon, je suis très content, sachant qu'il peut faire pire, mais je n'arrive jamais à me sortir de la tête que, dans les années 70, ça avait quand même une autre gueule !
 
Mr le Marquis avait raison : revoir LES VOITURES QUI ONT MANGÉ PARIS, en VO, dans le format, dans l'étalonnage et avec du son, ça vous change tout ! J'ai redécouvert le film quasiment de A à Z. Accrochez les ceintures.
Ça raconte l'histoire d'un jeune gars, Arthur, qui sillonne l'Australie de village en village, de petite ville en petite ville, à la recherche d'un petit job de courte durée dans l'agriculture ou le bâtiment. Ce sont des brassiers comme on disait pendant l'Ancien Régime, qui voyagent en voiture et caravane gentiment pourries. Un soir, alors que la nuit est déjà tombée, le frère d’Arthur décide de s'arrêter car il se fait tard et que la route a été longue. Un petit chemin en terre devrait les mener à Paris, un petit bled, vraiment minuscule. Un parfait endroit pour installer la caravane pour la nuit.  Sur la route, une étrange et puissante source de lumière aveugle le frère d'Arthur, et c'est l'accident. La voiture et la caravane chutent dans la vallée. Le lendemain, Arthur se retrouve à la clinique du village, avec quelques contusions. Le médecin, puis le maire lui apprennent que son frère est décédé dans l'accident. Arthur, passablement déprimé, est alors hébergé au village, où d'étranges choses se passent, notamment un nombre incalculable d'accidents de voitures...
LES VOITURES QUI ONT MANGÉ PARIS est vraiment un drôle de film. Une sorte de version terre à terre et semi-réaliste du PRISONNIER croisée avec MAD MAX (cette dernière comparaison étant outrageusement exagérée), un film qui nous fait danser, et pas qu’un peu, mais sur un rythme complètement de guingois. Ce qui frappe d’abord, c’est sur quel pied on va être mangés, si j'ose le néologisme. Film politique, fantastique, comédie, parabole ? Impossible à dire vraiment. Peter Weir s’amuse  à renvoyer tout le monde dos à dos pour ainsi dire. Il enfreint toutes les règles du bon goût, en nous annonçant dès le départ que les accidents réguliers  qui ont lieu sur le chemin de terre menant à Paris n’ont rien de fortuit, et que les villageois vivent dans un système qu’ils ont eux-mêmes créé, où les accidents et le pillage des voitures sont un mode de vie, et où le secret, partagé par tous, est un système politique. Plus qu’une métaphore sur un système politique ayant dégénéré, car autocrate et absurde, ce qui fascine dans le film est bel et bien son aspect microcosmique : ce village n’est pas un village de fous mais notre pays, ni plus ni moins ! Et le moins que l’on puisse dire, c'est qu’on s’en paye une bonne tranche, dérangeante à souhait, bien sûr, mais drôlissime (en quelque sorte, je nuancerai plus bas). Le parcours d’Arthur et de son intégration forcée est sublime. D’abord étranger, il sera villageois (ce qui pose l’effrayante question : parmi les villageois, combien sont de souche, et combien sont d’anciens accidentés qui ont intégré le système ?). On lui fait bien comprendre qu’il a des problèmes mentaux (sa phobie des voitures, et donc, sa dépression), qu’il est sans le sou, et on finira par lui donner des fonctions officielles dans le village (gardien de parking, ce qui est quand même le comble pour un village de 40 habitants !). Soit le discours paternaliste de toute bonne démocratie autocrate qui se respecte ! Rien de tel que d’abaisser l’individu d’abord, pour l’intégrer généreusement ensuite. Ce qui mine le village, c’est finalement son manque de second degré ! Trou paumé qui joue à la Grande Ville (Cf. les fabuleuses scènes de conseil municipal) jusqu’à l’absurde. Le meilleur exemple étant donné par la Fête des Pionniers, soirée villageoise avec bal, pour retracer l’esprit fondateur du pays et du village, et soirée déguisée où au final, tout le monde joue son propre rôle : le maire est déguisé en maire, le policier en cow-boy justicier, et notre pauvre Arthur endosse encore une fois un rôle inutile : capitaine de bateau, chose étonnante pour un patelin enfoncé au plus profond des terres australiennes !  
Peter Weir joue donc un drôle de jeu sur fond de secrets de polichinelle. Tout est largement annoncé. Le héros est une sorte d’idiot, perdu donc influençable, une espèce de pauvre et brave type, très sensible mais sur lequel le spectateur a presque toujours une longueur d’avance. Le village est très autoritaire, mais génère quand même de la contestation chez les jeunes, qui déboulent dans des voitures grotesques et customisés, effrayantes et ridicules à la fois (la preuve que même ce régime autoritaire et basé sur le secret, secret auquel tout le monde participe et que personne ne remet en cause, n’a pu empêcher la révolte rock ‘n roll de la jeunesse, ce qui est très drôle : les vieux et les jeunes sont également ridiculisés !). Weir multiplie les hommages baltringues aux westerns spaghetti (de manière complètement pathétique, jusqu’à parodier le thème à l’harmonica de IL ETAIT UNE FOIS DANS L’OUEST !), et les nuances contradictoires. La nature, comme dans tout film australien ou néo-zélandais qui se respecte, est omniprésente, mais les voitures tueuses sont annoncées avec des grognements d’animaux sur la bande-son ! Le film fait très peur, la sensation de danger est omniprésente, alors qu’il ne se passe quasiment rien et que les villageois les plus actifs sont complètement ridicules. Et c’est bien là la force du film.
L’année dernière, j’ai pu revoir une partie de EVIL DEAD en salle, et je fus surpris, des années après, de constater que si le film faisait très peur, c’était parce qu’il utilisait une logique basée sur le cauchemar et sur sa composante principale : le grotesque. Ici, c’est pareil, l’onirisme en moins. Tout cela semble complètement absurde et improbable, et pourtant dans le même temps, c’est très terre à terre, et surtout très grotesque. Et là où il y a du grotesque dans la réalité, la peur est toujours palpable. C’est ce qui se passe ici : un film futé, ironique et hilarant à bien des égards… mais on a trop peur devant tant de grotesque accumulé pour rire de ce village si réalistement improbable. Du coup, le descriptif politique n’est pas vraiment au premier plan. Il nous hante pendant toute la vision du film, il est omniprésent, mais sous la peau. Ça innerve tout le métrage, sans qu’on en parle directement. La classe !
Pour bien comprendre, au final, il faut dire un mot sur le rythme du film, lui aussi basé sur deux temps incompatibles : d’une part, le film est lent, ou plutôt langoureux, avec des espèces de drôles de débrayages, et d’autre part, nous sommes en alerte permanente ! Le résultat est un slowburn assez hallucinant. La mise en scène est impeccable : très bonne gestion du son (notamment de la musique. Je note d’ailleurs que le son est assez carré, assez sec, comme quoi les temps ont bien changé !). Le cadre est très beau, avec plein de choses bizarroïdes sans en avoir l’air, notamment des plans légèrement en plongée que j’ai dégustés avec gourmandise. Montage impeccable, photographie magnifique, acteurs sensationnels mais sans en faire des caisses (chose perdue là aussi). Ce n’est que du très bon. Au final, le film n’a, 30 ans après, absolument rien perdu de sa vigueur, et nous semble complètement contemporain. Pas de doute, comme dit plus haut, c’est bien notre société qui est décrite, et dans l’agitation politique que l’on sait, en ce moment, autour d’une certaine question qui n’a rien à faire sur ce site, le film devient un perle délicieuse à savourer sans fin. Quelles que soient vos affinités, comparez le niveau du débat actuel avec les conseils municipaux du film, et vous le verrez : on est en plein dedans ! Un film beau, effrayant, et complètement délicieux donc. Savourons, savourons.
 
 
Gourmandisement Vôtre,
 
Dr Devo
 
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Mercredi 13 avril 2005

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(photo: "Label Devo" par Dr Devo)

Chers Gens,
 
L'étrange intérêt d'un site comme Matière Focale n'est-il pas de passer sans transition de TOUT POUR PLAIRE, le film de Cécile Machin-Truc, au MIROIR de Andrei Tarkovski ? C'est-à-dire de couvrir le vaste champ entre l'alpha et l'oméga, dans un même regard généreux ? LE MIROIR, donc. Dans cette salle où je suis déjà allé maintes fois cette année, salle neuve et assez superbe d'un grand centre d'Art Contemporain de province où, en général, on ne croise pas plus de 15 personnes par séance pour aller voir des films aussi beaux qu’ALPHAVILLE, DU JOUR AU LENDEMAIN (des époux Straub), LES YEUX SANS VISAGE, LAST OF ENGLAND, EDWARD II, etc. Pour la modique somme de rien du tout, c'est-à-dire gratosse, qui plus est. Un peu plus de monde, ceci dit, pour Tarkovski. Une bonne quarantaine, ce qui est un exploit. Même si la programmation n'offre que très peu de séances, et encore, toutes uniques, et offre une fois sur deux des films dispensables (l'ignoble Nanni Moretti, Aki Kaurismaki période médiocre, ou une soirée Lynch où l’on devra se contenter d’UNE HISTOIRE VRAIE), malgré cela, donc, on ne crachera pas dans la soupe, loin de là. Même si on ne rechignerait pas à payer un ou deux euros, somme qui permettrait de faire un peu plus de pub pour ces séances, où avant chaque film, on a droit à la diffusion d'un épisode de CINEASTES DE NOTRE TEMPS, ce qui permit à votre bon Docteur de voir OU GIT VOTRE SOURIRE ENFOUI ?, le beau documentaire sur les époux Straub, justement. Nous eûmes le droit, à ce titre, à un documentaire de Chris Marker avant le Tarkovski, à savoir UNE JOURNEE D'ANDREI ARSENEVITCH, très visible, où nous vîmes notamment un Tarkovski en plein tournage du dernier plan du SACRIFICE. Gâté-pourri, nous sommes.
 
Quelle belle année quand même. Si les nouveaux films sont pâles et rachitiques (il faut quand même en voir 15 pour trouver un film visible qui fait honnêtement son boulot, et encore une fois, l'année 2005 sera sans doute pauvre en très bons films), les reprises m'ont offert des choses sublimes : des Bergman, Fassbinder, L'ANNEE DERNIERE À MARIENBAD (vu la première fois sur grand écran, quelle richesse), Peckinpah, etc. Et le FIRE WALK WITH ME de Lynch la semaine prochaine. Que demande le peuple ? Ajoutez à cette liste les joyaux du premier paragraphe. Ça tue, évidemment. L'avantage de vivre dans une grande ville : récupérer au ramasse-miettes, le peu de culture qui reste. Quant aux villes moyennes et aux petites villes, on sait de toute façon qu'elles sont, depuis longtemps, considérées comme des bourgs crasseux sans eau courante. La honte.
 
Pas de résumé du début de l'histoire pour LE MIROIR, car justement, le film ne s'y prête pas. Ou alors ceci : un homme (ou plusieurs ?) naufragé de ses propres souvenirs, et de ceux des autres personnages qui s'influencent les uns les autres, dans une logique abstraite et indéchiffrable, dans un montage de cinéma, c'est-à-dire un ordre où l'image précédente corrige et dévie la suivante qui, à son tour, fera subir le même outrage à la suivante. C'est tout. Il est bon, remarquera le bon Docteur, de se perdre dans un film plutôt que de le suivre. Ici, toute linéarité étant explosée de manière quasiment nucléaire, le métrage ne tient que sur une seule chose, ou plutôt deux : le montage et la mise en scène. Point final. La perte des informations, puisque montées de manière elliptique et imprécise, est ici la règle du jeu, sans jeu de mot. Ouf, respire-t-on, enfin un film non-linéaire. La narration classique étant évidemment le cancer du Cinéma, ce qui l'empêche de devenir un art adulte, ou tout au moins, de reprendre la piste des autres arts (musique, peinture, etc.) qui, eux, ont vécu le XXe comme une période abstraite. Le cinéma a feint que non. Et y a sans doute perdu sa gloire populaire, car il en serait sorti plus libre. Dis-narration, donc, dans le film de Tarkovski. Ouf ! Plus tu te perds, plus tu comprends, ce qui devrait être la devise de n'importe quelle œuvre, cinématographe ou autre.
 
Et le Tarkovski n'y va pas par le dos de la cuillère. A sa manière, ça bulldozerise quand même pas mal. Le film se déploie dans un format 1.37 à vous foutre des complexes pour vous et les sept générations qui vous suivront. Sans parler de mise en scène et de montage, rien que le cadre est quasiment magique, ultra-composé, que ce soit de manière picturale (classique on dirait), ou de manière décalée, voire à l'arrache, le Tarko tente tout. Suit le montage, qui utilise à la pipette tous ces sortes de plans avec une gourmandise cosmogonique. Et il y a de quoi faire. Des plans fixes, des travellings très nombreux, à des vitesses variables (jamais stables si on les compare les uns aux autres), des ralentissements légers ou plus forts qui nous feront douter de la vitesse de plans tout à fait normaux, etc. Autre levier de ce jeu d'orgue immense : le changement des supports – couleurs, noir et blanc, sépia, désaturations, etc. Même l'étalonnage est source de perdition, et donc de richesse, de nuances à la table de montage. Étalonnage sublimissime, épaulé par des idées de photographie quasi-incessantes. Exemple : sans changer de plan, faire varier l'éclairage de la scène à l'image d’un tableau, comme ça, gratosse, si on peut dire. Au résultat, une avalanche de sensations phénoménales, appuyées sans doute par un des meilleurs montages de cinéma, et le film n'est que saillies, pics et décompressions douloureuses, brutales et toujours sentimentales.
 
Et c'est là que le film envoie balader nombre de réalisateurs, notamment ceux "du réel" (le cinéma comme "fenêtre sur le monde", comme disait le Bazin). LE MIROIR est sans doute le film le plus sensuel et le plus sentimental au monde. Le plus proche du réel, bien qu'étant aussi réaliste que SOLARIS, c'est-à-dire bien peu, tout en artificialité. Les masturbateurs européens réalisateurs devraient se couvrir de honte, se cacher de ne pas reprendre une à une les expérimentations de Tarkovski, ne serait-ce que pour explorer une piste. Là, on prouve une de mes grandes théories (présente aussi dans les paragraphes précédents) : dans 98% des cas, les films sont au cinéma ce que Harlequin est à la littérature, sa forme la plus bête et sans doute la plus crasseuse. Trente ans après, les réalisateurs n'ont pas renoncé à ces schémas, et n'ont retenu que ce qui les arrange. En vérité, je vous le dis, le cinéma c'est l'abstraction. Donc, tous les Kings du cinéma d'auteurs, vous êtes des imposteurs. A quelques exceptions près, voir plus bas pour quelques exemples. Il n'y a pas de débat possible. Tout le monde tresse des lauriers à Tarkovski et personne n'intègre ses leçons. Imposture. Cqfd.
 
Nager dans l'abstraction la plus complète, oublier le fait même qu'on regarde un film, car l'objet est ici beaucoup trop nouveau, et rester collé au cœur le plus sombre des sentiments, ici très douloureux, voilà ce qu'est LE MIROIR. Point à la ligne. Et il va falloir se contenter de ça, et me croire sur parole. Comme L'ANNEE DERNIERE À MARIENBAD, la critique ne sert absolument à rien ici. Mais à rien du tout. Pourquoi ? Parce que tout est dans le film, et à moins de se lancer dans une description précise de ce qui se passe à l'écran (ce serait rigolo, remarque...), écrire sur ce film est impossible, car 1) tout est dedans, en touches presque imperceptibles (on a constamment l'impression que Tarkovski, comme Robbe-Grillet d'ailleurs, met sans cesse le doigt dessus, sur les sentiments les plus abstraits ou les plus enfouis), et 2) la mise en scène ne tient que par le film. En cela, c'est un film fragile paradoxalement. Le processus est tellement énorme qu'on est souvent face à un éléphant dans un magasin de porcelaine : la moindre maladresse et tout devrait s'effondrer ! Un peu comme s'il fallait parler ici d'une chanson de Gérard Manset. Quoi dire ? Montrer un peu les paroles ? Mais sans la musique, elles sont affaiblies et ne veulent presque rien dire. Faire écouter le morceau ? Oui, mais on revient à la case départ... Pas besoin de critique, donc. On peut parler, par exemple, de point précis, comme le sous-mixage de la musique contemporaine utilisée dans le film, opposé aux grandes saillies tarantinesque (argentiennes en fait) de Purcell ou Bach.... Mais à quoi bon ? Le critique ne jette pas l'éponge, il s'incline, nuance !
 
Qu'a laissé Tarkovski ? Sinon une horde d'admirateurs contrits qui l'écoutent d'une oreille et le dénigrent par la bouche.  [Anecdote de Bernard RAPP, sur Syberberg en rétrospective à Beaubourg. On les voit, les Jean N., gagner leur fauteuil le plus lentement possible, saluant un maximum de mains aux passages... et disparaître de la salle au bout de 3 heures de projection (les films de Syberberg sont très longs). Ce n’est pas leur truc, et c'est tout.]
 
 
Lars von Trier d'abord. Tarkovski, c'est son père. Point. Pareil, pour Derek Jarman. Syberberg sûrement. Herzog aussi, dont j'ai le WOYZECK encore en tête, et dont les ruptures de rythme sont assez similaires. Je serais curieux de savoir ce qu'en pense Argento (et si les deux se sont rencontrés pendant l'exil italien de Tarkovski). On serait tenté également de penser à Fassbinder, parce que pour les deux hommes, le rythme tient sur pas grand chose ; ou plutôt les deux font du rythme aussi bien avec pléthore de matériaux qu'avec quasiment rien. Les deux font du montage, quoi !
 
Voilà, cher lecteur, quand tu auras vu LE MIROIR, tu penseras à moi, on ira boire un café et on discutera. Tu seras heureux comme Crésus (euh...). Mais pour l'instant abdiquons. Pour parler de ce film, si tant est que ce soit utile, un site ou article n'est pas le support.
 
Eblouissement Vôtre,
 
Dr Devo
 
 
PS: l'interprétation est à tomber sur le fût ! Notamment Margarita Terekhova. Jamais vu ça de près ou de loin. Et puisque qu'on parle d'Espagne, où es-tu Emma Suarez? 
 
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Mardi 12 avril 2005

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(photo:"Negativland" par Dr Devo)

 

Chers Messieurs Dames,
 
Chemin de croix, la suite. Curieusement, après vérification, il s'agit de la station XIII, ce qui est fortement illogique, mais bon. N'est-il pas ici, après tout, question d'art ? On va donc s'occuper de TOUT POUR PLAIRE, puisqu'il le faut, le premier film de Cécile Telerman, vu en dépit du bon sens, ce film n'étant a priori pas pour moi, mais que voulez-vous... J’ai une bande de petits requins mignons comme tout (Vous!) à nourrir ! Ils ont toujours faim, ils sont avides et c'est bien pour ça que j'ai pris l'engagement de les chouchouter. Et puis, cette splendouillette métaphore marine me permet sans doute de cacher mon sado-masochisme rampant, dont je me dis, après tout, que j'ai au moins le bon goût de le déplacer sur le terrain cinématographique plutôt qu'un autre. Comme Dalida, tout ça c'est pour vous, cher public. Passons.
 
Et puis non ! Ne passons pas. J'avais le choix entre deux dessins animés en synthèse : ROBOTS et VAILLANT. Sinon j'avais tout vu. Mais, bêtement sans doute, imaginant une salle remplie de petits chiards en train de hurler au moindre mouvement de personnages, j'ai renoncé, au moins provisoirement. Sur ce plan précis, et non sur le plan cinématographique, je m'en suis mordu les doigts. Essayez d'imaginer pourquoi... Mais ne précipitons rien et restons précis.
 
En tout cas, avec TOUT POUR PLAIRE (encore une fois, permettez-moi d'insister, quel titre anonyme pour un film français : dans deux semaines, il faudra faire un effort pour s'en souvenir), on n'est pas pris au dépourvu. Film annonce et promotion télé disent bien ce que c'est. A savoir, les aventures, ou plutôt le moment de vie qui réunit trois copines en période transitoire, auxquelles on aimerait donner un âge d'ailleurs, chose rendue un  peu impossible, chaque actrice étant presque équidistantement (oh lala ! Ça, c'est Paris !) espacée. Trois copines qui passent une passe difficile, en quelque sorte, et tant qu'à faire, question style. Anne Parillaud, qui est quand même Mme Jean-Michel Jarre, l'artiste mondial multimédia (cette note ici pour sourire avec JMJ, et nullement ironique vis-à-vis de Dame Parillaud), Parillaud, dis-je, est mariée avec un gros con (dans le fim !), on peut le dire, qui travaille dans le super-top de la finance. Le stupide, dans son premier plan, est déjà condamné à la connerie, d'ailleurs. Mais de façon moins extraordinaire que Billy Zane dans TITANIC. Je n'ai jamais rien vu de tel que dans ce plan de James Cameron. Souvenez-vous ! Un pied, de profil, en gros plan, qui sort d'une voiture et vient se poser sur le bitume. A cet instant précis, on sait exactement que le personnage de Billy Zane sera un con stupide, méchant et velu ! Bien sûr, la caméra remonte le long du corps et le plan s'élargit, mais rien que ce pied montre que les jeux sont faits. Ce qui fait de ce plan assez stupéfiant un des exemples les plus forts de charactérisation (du terme anglais character) de l'Histoire du Cinéma, ce qui, à mes yeux de spectateur, n'est pas forcément un gage de qualité, mais passons. Parillaud, donc, est mariée à un stupide, avec qui elle a eu un petit Juju. Elle même travaille dans la pub, maltraitée par un directeur aussi laid qu’odieux. Pas facile pour elle, assurément. Mathilde Seigner, elle...
 
[Une anecdote. J'étais au téléphone, le 9 avril, jour de mon anniversaire et du mariage du Prince Charles, avec Uso Dorsavi, qui laisse souvent des petits commentaires pas piqués du hanneton sur ce site. Il a son franc-parler, le bonhomme, un franc-parler qui s'allie souvent à une rigueur féroce et dentue qui n'épargne jamais ceux (les gens de cinéma, bien sûr) qui fautent. Passons. Je disais à M. Dorsavi que j'avais été voir ce film, ce qui provoqua un râle de souffrance chez cet homme très sensible et très à cheval sur les principes. Je lui dis que "Seigner" jouait dedans. Il répondit avec grossièreté et classe mélangées, et avec son accent d'aristocrate italien (ce qu'il est d'ailleurs !) :"La bisexouelle ou la Voulgoss' ?". J'étais éclaté de rire. Je répondis, avec humour, mais vachardement (ce sont deux actrices qui me sont sympathiques): "Une des deux est bisexuelle ?". Il ajouta que la "Voulgoss", c'était Mathilde, et dans un souffle gourmand mais respectueux, il ajouta, dans une imitation de Salvador Dali (manie qu'il partage avec Bernard RAPP d'ailleurs) : "Je l'adoooorrrrrrr'-euh!". Étonnant, non ?]
 
Mathilde Seigner, donc. Fraîche avocate indépendante, elle plaide pour un grand groupe alimentaire, mouillé dans un scandale de "carottes au mercure". Elle bosse depuis des mois pour eux, et elle attend toujours le chèque pour ses honoraires, ce qui provoque un immense découvert que ne manque pas de lui reprocher son banquier d'ailleurs, lui qui pourtant essaye de l'aider avec une belle volonté. Côté cœur, elle vient de se faire larguer par son thésard de boyfriend au moment où ils devaient s'installer ensemble, ce qui ne manque pas de provoquer d'autres soucis financiers. Seigner, dans le groupe, c'est celle qui n'a pas froid aux yeux, celle qui a le verbe franc, celle qui ne se fait pas d'illusions sur les mecs, même si ça la mine, et pas qu'un peu. Et puis, il y a Judith Godrèche, mère de famille, la plus et la mieux casée des trois, des chiards partout donc, médecin dans le public, et mari artiste (croûtiste abstrait au début du film, puis figuratif quand il peint sa femme) qui n'en fiche pas une, se lève tard, et ne vend aucune toile. Sympa, mais bon... est-ce suffisant ? La question taraude finalement les trois femmes...
 
Tranches de vie, entre crise de la trentaine et/ou quarantaine, mariage, engagement, et les hommes bien sûr, TOUT POUR PLAIRE est sans doute ce que sa réalisatrice appellerait un film de l'air du temps. Femmes des années 2000, pourrait-on dire, en actualisant le texte d'un célèbre poète.
 
TOUT POUR PLAIRE vient surtout grossir le rang des comédies françaises qui se divisent, grosso modo, en deux catégories : les gros machins grand public, genre IZNOGOOD, ASTERIX, etc., et les comédies orientées vers un public plus mûr, à partir de trente ans (LES SŒURS FACHEES, par exemple). Les deux styles sont d'ailleurs distribués, dans leur division respective, au sens footballistique du terme, avec des moyens assez conséquents, notamment en ce qui concerne la promotion télé. Ici, on est exactement dans le schéma. Qu'y trouve-t-on ?
 
Exactement la même chose. C'est gai, c'est léger et c'est dans l'air du temps. Et tout pour les actrices. Et on retrouve également mes sempiternelles plaintes, toujours associées aux mêmes remarques... Est-ce moi qui me répète ? Non, ce sont les scénarios qui se répètent, et donc, malheureusement, les films. A savoir : montage plan-plan suivant le principe numéro 1 des films télés et cinés populaires, "je parle, je suis à l'écran" (bêtes champs/contrechamps), lumière pas belle, blanchâtre et grisouille, sans aucun but sinon que l'on puisse voir les acteurs (ce qui est aussi l'ambition des films familiaux tournés au caméscope. Cf. Videogag. De toute façon, 'manquerait plus que ce soit sous-exposé, la lumière!), cadre sans expression voire laid, où les actrices doivent se pousser pour être dans le champs (Cf. la scène, encore une fois, un vrai poncif, à chaque fois ils nous font le coup, du tube sur lequel les actrices dansent, ici "I will survive" ou "it's raining men", je ne sais plus. C'est insupportable de nous prendre pour des imbéciles de la sorte, en nous resservant toujours la même idée ! Cf. également le dernier plan où les deux actrices bord-cadres disparaissent par alternance !), et donc échelle de plans catastrophique, en conséquence.
Rien, absolument rien d'artistique, dans ce film. Oui, mais c'est du divertissement tout ça, c'est sans prétention, etc. Mais bien sûr !  Allez vous distraire, braves gens, avec des films sans prétention. On en voit si peu. Il y a si peu de téléfilm de divertissement à la télé.
En tout cas, on ne répétera jamais assez que le cinéma de cette sorte vous fait les poches en moins de deux (7 euros la place quand même, il ne faudrait pas l'oublier), squattent les commissions de financement, et par conséquent n'ont pour but que d'éloigner la concurrence. Combien de films à vocation artistique, avec un peu de montage et un peu de cadrage, ne sont pas financés, ou restent dans les limbes, tournés mais sans distributeur et donc sans public, pendant que ces films sortent, et avec quels moyens publicitaires ? On essaie de vous les vendre comme des petits films sympas, mais ce sont, bien sûr, des machines de guerre.
 
[On notera que ces films sont l'exact doublon du cinéma du réel, si cher au cinéma art et essai.]
 
Pas étonnant alors de retrouver dans ce film les thématiques qui le fondent. On passera, par pudeur, les détails. Bourgeoisisme ahurissant ("mais dans quel monde je vis ?", me dis-je, en entendant les héroïnes parler d'argent dans le film), misandrie complète, anti-intellectualisme primaire, etc. De là à dire que le film est réalisé par une grande bourgeoise qui s'ennuie, il n'y a qu'un pas, que le film nous incite lui-même (quel cynisme !) à franchir (regardez bien les ostensibles ouverture du magazine ELLE dans le film).
 
Bref, ce film, tout sauf cinématographique, n'incite qu'à deux choses : la lutte Women vs Men (comme disait David Byrne dans sa chanson éponyme, tout ça finira par des batailles rangées dans les parkings !), la  lutte du cinéma en tant qu'Art avec le bourgeoisisme le plus effréné. Qu’on ne s'y méprenne pas, c'est exactement ce qu'on pourrait appeler du cinéma d'en-haut.
 
Si tu dépenses 600 euros (sic) à Habitat chaque semaine, et que tu es prêt(e) à mettre 360 euros (sic) dans un pantalon, alors oui, ce film est pour toi. Vas-y, tu vas rire, c'est cocasse. 
 
Si tu veux voir une comédie sans prétention, mais plutôt bien foutue, va voir L'ANTIDOTE. Si tu veux voir un essai convaincant de Cinéma du Réel, fais pareil.
 
Si tu veux voir des machins pour te divertir, sans te prendre la tête, fais des économies et allume ta télé. Garde l'argent des tickets et de l'essence et des pop-corns, mets-le dans une tirelire, et à la fin, au moins, tu pourras inviter ton (ta) bien aimé(e) au restaurant, ou lui faire un très beau cadeau.
 
Si tu aimes les films truculents ou forts, où l’on admire des acteurs sublimes, repasse-toi un Cassavetes ou un Woody Allen.
 
Les autres peuvent passer.
 
 
Amicalement,
 
Dr Devo.
 
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Lundi 11 avril 2005

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(photo: "Bannière" par Dr Devo et Le Marquis)

Réalisé en 1984, LA COMPAGNIE DES LOUPS est un film à part. C’est à la fois l’œuvre la plus aboutie de son réalisateur, l’une des rares réussites du film à sketches, le meilleur film consacré au mythe du loup-garou, une adaptation inégalée du conte du Petit Chaperon Rouge, et l’un des plus beaux films fantastiques des années 80. Réalisateur d’une piètre adaptation du beau roman d’Anne Rice avec ENTRETIEN AVEC UN VAMPIRE, Neil Jordan est un cinéaste qui vaut mieux que cet opus académique et maladroit, et son approche, qu’elle plaise ou pas selon les cas, se caractérise toujours par une belle inventivité visuelle et narrative – on lui doit notamment MONA LISA, CRYING GAME, BUTCHER BOY ou le sous-estimé PREMONITIONS. Avec LA COMPAGNIE DES LOUPS, il propose une relecture particulièrement originale et audacieuse du conte du Petit Chaperon Rouge, récit illustrant les rêves de Rosaleen, adolescente boudeuse enfermée dans sa chambre.
Le conte en question s’inspire à la fois de la version de Charles Perrault et de celle des frères Grimm, mais aussi de versions antérieures de tradition orale, comportant des éléments plus ouvertement érotiques. L’influence de l’ouvrage de Bruno Bettelheim (« La psychanalyse des contes de fées ») se fait également ressentir via une imagerie explicite – jamais forêt n’a paru plus turgescente. Et pour parfaire le tableau, la grand-mère du Chaperon Rouge (excellente Angela Lansbury, qui a fait d’autres belles choses en dehors d’ARABESQUE) lui raconte, dès que l’occasion se présente, des légendes sur la lycanthropie qui font l’objet de séquences isolées oscillant entre la grivoiserie, l’humour, l’épouvante ou l’émotion (pour la superbe séquence de la fille louve). Ce matériau narratif extrêmement dense trouve une illustration visuelle (décors, photographie, cadrages) d’une beauté à couper le souffle, portée par la musique sensationnelle de George Fenton. Le thème musical, majestueux, explose littéralement lors de la séquence finale, accompagnant la meute dans sa course effrénée à travers les décors rencontrés depuis le début du métrage, course qui se poursuit jusqu’au seuil de la chambre de Rosaleen. Une séquence qui suscite l’émerveillement avant de s’achever – et de conclure le film – dans un hurlement de terreur. Quelques animations un peu mécaniques lors de quelques plans d’effets spéciaux ne ternissent pas le film admirable en tous points. « Et la blessure guérit, car ce n’était qu’une jeune fille qui s’était écartée du sentier, et qui se souvenait de ce qu’elle y avait trouvé. »
Le film était mine de rien devenu assez rare. Un DVD est proposé depuis quelques mois dans une « collection frisson » pas très alléchante, il est sorti sans fanfare et ne remplit pas les rayons du supermarché du coin. Mais la copie est de très bonne tenue et le carton-titre, en allemand, rassure tout de suite : il s’agit bien de la version complète du film, amputé de nombreux plans lors de sa dernière diffusion en France. Pour ceux qui ne l’ont encore jamais vu, je ne peux que vous enjoindre à le découvrir, vous constaterez par vous-mêmes que ça a quand même une autre gueule que VAN HELSING ou UNDERWORLD.

Mais que de dithyrambe… Allez, pour conclure, quelques mots sur un film d’une toute autre portée. Juste quelques mots pour saluer le RAPTOR de Jim Wynorski, un simili-JURASSIC PARC produit par Roger Corman en 2001, avec Eric « frère de » Roberts et Corbin « le dentiste » Bernsen. Un savant fou travaille, pour des raisons passablement obscures, à recréer des dinosaures (c’est un projet dénommé « Jurassic Storm »). Il y en a quelques uns qui s’échappent et le shérif du patelin d’à côté travaille d’arrache-pied avec sa co-équipière pour y mettre le holà parce que bon, ça va un moment. C’est complètement fauché, mais les dinos sont plus rigolos que ceux de Spielberg (surtout quand ils courent très vite), c’est joyeusement gore, ça va très vite, c’est très, très con, les dialogues sont ridicules et la chute est sûrement une des fins de film les plus idiotes qu’il m’ait été donné de voir depuis une bonne paye. Donc c’est nul ? Alors ça, ça ne coûte vraiment rien et ça m’a souvent fait rire. Nul pour le meilleur. J’ai besoin de films comme ça. Merci Jim. Pour vous faire goûter, voici en substance les deux premières minutes du métrage.
Un 4x4 trace dans le désert, dedans une bande de trois jeunes qui s’éclatent.
- Attention au ravin !!!! (Le 4x4 stoppe brutalement).
- Eh ben, c’était à un poil de cul près.
- Bon, j’vais faire pleurer popaul.
Dès que le personnage est parti (vous m’excuserez, je n’ai pas retenu son prénom), le couple resté dans la voiture s’enlace.
Elle : Oh oui, sois bestial avec moi !!!
Pendant ce temps, Toto fait pleurer popaul en buvant une bière. Il rote. A cet instant précis, un petit raptor se rue sur popaul, et Toto hurle.
Je vous laisse deviner la suite. C’est tellement mieux que LES CHORISTES que ça me donne envie de boire.


Salutations.

Le Marquis.

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Dimanche 10 avril 2005

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