(photo: "Car Rien n'est plus Dangereux qu'un Désir qui Soit Faux" par Dr Devo)

Chers Animaux, Chers Gardiens du Zoo,
 
Retour chez Le Marquis, lui-même de retour de Rome et de canonisation ! Il est très fort. Il faut choisir parmi les 1500 DVD, et ce n'est pas facile. Une pile de 90 galettes que je n'ai pas vues trône en toute majesté devant mes yeux ébahis, et il faut bien le dire, on hésite. Choisir un Z, un petit B merveilleux ou un A plein de promesses, la tâche est dure.
 
Oh, mais quel est ce film ? PUMPING IRON II, avec un Arnold Schwarzenegger souriant en pochette, acheté 1,25 euros au Cash-converters local. Chic ! C'est quasiment le film le plus bas du marché et il fallait, à mon sens, tenter l'expérience, analyse qui rendait déjà plus dubitatif le Marquis. Et puis, lui dis-je, c'est vrai que sur Matière Focale, on parle trop peu des documentaires. Et ce n'est pas parce que le genre est très pauvre en films de qualité qu'il ne faut pas mettre le soin qu'il convient à l'analyser.
 
Un peu d'histoire pour les plus jeunes. Avant d'être gouverneur de la Californie (Lalalalalahhhh...), Arnorld Schwarzenegger, qu'on va appeler dans cet article Arnie, pour des raisons purement pratiques, Arnie donc était acteur. Et avant d'être TERMINATOR, c'était une sorte de Stallone bis, qui cherchait sa voie dans la série B de plus ou moins bonne qualité, comme l'ignoble-mignon LE CONTRAT, ou le délicieusement pré-fasciste COMMANDO. Et avant ça, c'était un petit gars venu d'Autriche (Lalalalalaaaah...) qui faisait du culturisme. Ben oui ! À partir de maintenant, autant vous prévenir pour continuer cet article, il est indispensable, qu'on soit fille ou garçon, de ne pas être allergique aux slips ! Si vous ne jurez que par le boxer ou par le string suspensoir, si la simple évocation d'un slip kangourou vous dégoûte, passez votre chemin car ce qui suit vous paraîtra, à bien des égards, insupportable.
En 1977, le premier PUMPING IRON sort sur les écrans. On y retrouve Arnie, Lou Ferrigno, un jeune sourd très célèbre pour avoir incarné HULK à la TV, et une tripotée d’autres bodybuilders, ou plutôt culturistes comme on dit par chez nous, en lice pour le concours de Mister Universe, la crème des concours spécialisés dans le domaine. Bon, bien que le film soit, à l’époque, sorti en salles (du moins, je crois), je n’ai pas vu ce splendouillet documentaire. Il n’empêche, la chose eut un certain succès.
On trouve donc, dans les bas-fonds des bacs de DVD d’occasion ce PUMPING IRON II (LES SUPERSTARS DU MUSCLE), encore une fois chez l’éditeur Prism Leisure dont on a déjà longuement présenté les films ici (MAC ET MOI notamment) et dont le Marquis nous avait expliqué le fonctionnement à la limite de la légalité (ici). La jaquette nous présente un Schwarzie smart de la fin des années 80, photo donc bien postérieure au film ! Ce n’est pas grave, Prism Leisure a déjà fait bien pire. Je vous rappelle que MAC ET MOI (le seul film de ce site à bénéficier d’une rubrique à lui tout seul !) qu’on trouve partout dans les trocantes de France, est édité sous le titre NUCKY ET MIKO, avec l’affiche d’un autre film, et que seules les photos sur le quatrième de couverture [Et encore, pas toutes ! NdC] nous permettent d’identifier le film vraiment gravé sur le support, et encore, c’est un exercice que seuls les spécialistes en Films Improbables peuvent faire ! Bref. Il faut aussi préciser au lecteur spécialiste de la discipline que ce film, bien qu’il soit jaquetté PUMPING IRON II, n’est pas PUMPING IRON II ! Il s’agit en fait de THE COMEBACK, un obscur documentaire dont je vais vous raconter la genèse. Le vrai PUMPING IRON II s’appelle aux USA PUMPING IRON II : THE WOMEN, et est consacré aux femmes championnes de bodybuilding !  En apprenant la nouvelle, il est évident que je me suis fait la promesse intérieure que, quoiqu’il en coûte, un jour, je verrai ce film qui doit être complètement hallucinant. Pour l’instant, concentrons-nous sur THE COMEBACK.
 
Depuis PUMPING IRON, Arnie a quitté le monde du bodybuilding, après avoir obtenu nombre de prix, pour se concentrer sur le cinéma. Entre deux, il est devenu acteur grand public reconnu aux USA, notamment grâce aux films THE JANE MANSFIELD STORY, téléfilm en fait, et surtout CONAN LE BARBARE qui devait le lancer comme la grande star internationale que l’on sait. Donc, depuis, Arnold est devenu célèbre, dix ans après son premier film, le splendouillet HERCULE À NEW YORK, monument de bêtise intergalactique que j’ai eu la chance de voir quand j’avais 7 ans. CONAN est passé par là, et Arnie débute sa carrière de star. C’est Paul Graham, bodybuilder australien, alors Mr Universe, qui demande un jour à Arnie de se remettre à la compétition, le temps de ce documentaire. Graham l’invite, et lui propose de tourner ce come-back, à l’occasion du grand concours international pour le titre de Mr Olympia qui, cette année-là, devait se dérouler à Sydney. Arnie accepte, et Paul Graham confie le montage à Geoff Bennett. Et c’est parti ! [Note : tous ces renseignements ne proviennent pas de mon immense culture, mais des informations glanées sur le net. Un lecteur de imdb.com précise même que THE COMEBACK, dont nous parlons aujourd’hui, ne doit pas être confondu avec le film d’horreur anglais éponyme, dans lequel joue Jack Jones, célèbre crooner qui chanta notamment le splendouillet générique de LA CROISIERE S’AMUSE. Ça, c’est de l’info.]
 
Oui, mais alors, c’est quoi ce titre de Mr Olympia ? Et bien figurez-vous que c’est la crème de la crème en matière de culturisme. En effet, le règlement de Mr Olympia est absolument strict : seuls les culturistes ayant une fois dans leur vie gagné le titre de Mr Univers ont le droit de participer ! C’est le concours over the top (héhé) par excellence. Schwarzie ayant déjà été plusieurs fois Mr Universe, il peut donc légitimement concourir au titre. Mais les choses ne sont pas faciles pour lui. D’abord parce qu’il a arrêté la compète depuis plusieurs années. Et puis, les culturistes qui participent à ce concours se préparent toute l’année ! Or, Schwarzie n’a qu’un mois pour se préparer. Mais ce n’est pas ça qui va l’effrayer !
 
Le film est un délice complet, bien sûr. Comme vous pouvez vous en douter (quoique...), je n’ai aucune affinité avec le monde du culturisme sous toutes ses formes. Je n’ai absolument rien contre le sport (d’ailleurs, j’adore le curling), mais la simple vue d’une salle de gym, comme il en fleurit partout dans notre beau pays, me donne des boutons. Ces endroits hors de prix, excluant d’office les plus modestes d’entre nous, ont selon moi remplacé la Culture depuis les années 90 ! Vous remarquerez que traditionnellement, dans l’Histoire, les élites économiques étaient aussi les élites en matière d’Art et de Culture. Dieu merci, l’accès à l’Art s’est démocratisé, et encore heureux. [Quoique, avec une place de cinéma à 7.50 euros en moyenne, le cinéma tend à être une activité de luxe !] Par contre, les élites économiques ont déserté le champ de la culture au profit des salles de musculations, je pense. Ce qui explique pas mal de choses, notamment chez les professionnels de l’Art (organisateurs de festivals, critiques, commentateurs...), dont le niveau culturel est souvent bien inférieur au nôtre, c’est-à-dire vous et moi, les « amateurs » passionnés.
Donc, le culturisme, ce n’est absolument pas mon univers, si j’ose dire. THE COMEBACK est pourtant délicieux. D’abord parce que c’est Prism Leisure qui l’édite ! Comme à son habitude, l’éditeur n’a fait aucun travail de restauration et s’est contenté de faire un simple transfert de la bande VHS de l’époque. C’est splendouillet : image fabuleusement crasseuse (la VHS repiquée devait avoir déjà servi 1000 fois), son d’origine avec souffle analogique intégré 1.0, auxquels il faut rajouter la touche personnelle de Prism Leisure qui, comme à son habitude, a recadré le film au format 4:3, en zoomant le plus possible dans l’image, en offrant par-là même des tractopelles de plans complètement absurdes. C’est sublime. À la fin du film, le Marquis et moi avons laissé défilé le DVD après le générique de fin, qui s’est éternisé sur un plan noir pendant deux minutes, puis nous vîmes apparaître le logo de la société de distribution Proserpine (!!?!) La célèbre boîte d’édition des années 80, ce qui prouve que Prism Leisure pille sans aucune vergogne dans les éditions VHS des années 80, et édite des films dont ils n’ont absolument pas les droits ! Prism Leisure est le seul éditeur pirate officiel, le seul à avoir pignon sur rue ! C’est fabuleux. Déjà, un film sur le bodybuilding est une expérience complètement extra-terrestre pour moi, mais la facture de l’édition et du transfert décuple le plaisir, et rend l’expérience de ce film complètement fabuleuse.
 
[Une petite parenthèse ici pour les cinéphiles les plus extrémistes parmi nous. Achetez vous ce DVD d’urgence, pour toutes les raisons que je viens de citer, mais aussi pour une autre raison. Regardez le film, et donc après le générique, laissez le DVD continuer sa lecture. Puis, une fois que vous aurez vu le logo Proserpine qui, pour ma part, m’a quasiment tiré des larmes d’émotion nostalgique, LES ANNEES 80 !!!!!!!! Mortes et perdues à jamais. Quel drame ! Revenons à nos moutons. Après le logo Proserpine, il y a un écran noir d’une ou deux minutes. Puis après, il y a une merveille sublimissime. Il s’agit d’un « déchet » de copie VHS complètement bizarre. En fait, c’est un bout du premier plan du film (voir plus bas) : un plan qui démarre sur un flou qui progressivement se « met au point ». Sauf que là, l’image ne cesse de se répéter comme un sample irrégulier et arythmique pendant une bonne minute, et avec le son en plus. C’est, et je pèse mes mots, extraordinaire ! Cela donne un petit court-métrage expérimental de toute beauté, complètement hallucinant de perfection, et qui justifie à lui seul l’achat du DVD ! Pour 1.25 euros, ne vous en privez pas. Cet accident de copie est absolument merveilleux.]
 
Et le film ? Et bien, on a beau avoir une idée de ce qui nous attend, c’est assez extraterrestre, cette expérience. Le film commence par un générique très beau et très troublant et, disons le tout de suite, bien meilleur que le reste du film, aussi sympathique et étrange soit-il. Ça commence donc par un plan flou qui rapidement devient net, sur un culturiste noir qui prend des poses de concours. C’est filmé en gros plan, voir en très gros plan permettant de découvrir avec force de détails les différents muscles, en les parcourant d’une manière quasi-abstraite. Cette petite scène dure pas mal de temps. En plus, et là je dois dire, les amis, que j’étais sur les fesses, cette scène utilise une musique de Talking Heads, groupe superbe que j’adore ! La collision des deux, le monde du culturisme et l’univers branché, intello et expérimental du groupe de David Byrne, est assez extraordinaire... et belle ! (Et drôle aussi !). En plus, délice suprême, la chanson utilisée est DRUGS ! C’est extraordinaire !!!! D’abord parce que cette musique est très belle et agit en complet décalage sur les images, rendant ainsi la chose magnifique. De plus, la chanson s’appelle DRUGS !!!! Ce n’est pas possible, ils n’ont pas dû s’en rendre compte ! Et pourtant, Dieu sait que le culturisme a mauvaise réputation, vu de l’extérieur du moins, sur la question du dopage. Bref, en moins de temps qu’il n'en faut pour épeler Schwarzenegger, j’avais déjà l’impression que ce film n’avait été fait que pour moi, ce qui confirmerait, après le générique de fin, les incidents décrits ci-dessus, notamment ce petit film expérimental.
 
La suite du film sera moins esthétique. De toute façon, la quasi-totalité des documentaires sont d’une indigence esthétique complète, à part quelques exceptions comme le splendide ENQUÊTE SUR LE MONDE INVISIBLE de Jean-Michel Roux ou les documentaires de Georges Franju. Je n’ai jamais compris, sous prétexte qu’on faisait un documentaire, que l’image et le cadrage doivent être au mieux banals, et le plus souvent dégueulasses. Par exemple, voir MONDOVINO en salle, assez intéressant par ailleurs, est une épreuve physique épouvantable, et pourtant je ne suis pas douillet (les filmages à la Dogma, par exemple, ne m’ont jamais dérangé). Bref, ce « cinéma de la réalité » est sans doute contaminé par la théorie du « cinéma du réel » qui empoisonne la fiction. Quand les documentaristes auront compris que le documentaire doit être mis en scène (avec parti pris de montage, de photographie et de mixage sonore), le cinéma fera un bond en avant, et les documentaires, enfin, ne ressembleront plus à des reportages télés. De plus, le sens de ces films, la subtilité de ces enquêtes en seront sans nul doute grandement améliorés ! Passons.
 
Le film est donc assez basique et bien conforme aux canons du genre, en plus rêche, ce qui peut avoir son charme. Notons qu’imdb.com annonce un métrage de 78 minutes, et que la copie Prism Leisure (enfin, je devrais dire Proserpine !) ne dure que 45 minutes, sans doute une version  télé. Le film se base sur trois axes. D’abord le déroulement du concours lui-même, filmé à deux caméras dans la salle de l’Opéra de Sydney ! La classe. Deuxième axe, une caméra en coulisse qui nous montre l’attente et la préparation des compétiteurs. Il s’agit d’échauffements, d’huilage des corps (sur lequel, bizarrement, on passe vite), et sur quelques brefs commentaires des athlètes. Enfin, le troisième axe se concentre sur des interviews en extérieur. Il s’agit principalement du héros Schwarzenegger, et d’un de ses malheureux rivaux, bien sympathique, dont j’ai oublié le nom. Arnie explique ses motivations et sa préparation, très gêné par une mouche qui fait exprès de lui voler autour du visage (ce qui provoque de lents mouvements de paluche chez l’artiste !) et qui, dès qu’Arnie n’y pense plus, prend un malin plaisir à atterrir sur son visage, ce qui est très drôle. Le culturiste blond, lui, explique sa philosophie de la vie, du sport et du culturisme, ce qui nous vaut des répliques d’anthologie, dont le fameux « faire grandir l’enthousiasme à l’intérieur du muscle » et autres « j’ai besoin de ce grand achèvement », répliques déjà cultes à la rédaction de Matière Focale, aidées il est vrai par une traduction souvent hasardeuse, se plantant systématiquement dans la translation des faux-amis. Saupoudrez le tout de quelques scènes de gymnasium, et vous aurez un documentaire sublime, d’une splendouilletterie galactique.
Les propos font la part belle à « l’achèvement » de soi, et à ce sentiment, et même à cette passion, qui pousse à franchir ses limites, et à essayer de tendre à la perfection. Ces interviews sont faites devant une fresque murale dont nous ne voyons qu’un détail, une femme culturiste qui défile en tenant un drapeau, détail qui nous rappelle sans cesse l’aspect « total » de cette philosophie et le lyrisme wagnérien ou rifensthalien de la chose. On est, par ces propos, à la base du sport dont on peut dire que, de toute façon, la théorie fondatrice et ontologique du dépassement de soi à toujours pour but la compétition et le classement, et donc le culte de la supériorité. C’est comme ça. Ici, cet aspect est précisément décrit, et en même temps dé-dramatisé, si l’on peut dire, par l’aspect gauche et vraiment passionné de ce culturiste blond, finalement touchant. Un sportif d’en bas en somme, gentiment ringard, évoluant dans une discipline que beaucoup d’autres sportifs ou amateurs de sport considèrent comme non-noble. Le décalage temporel, plongeant la discipline en question dans la ringardise presque totale, contribue également à rendre touchant ce grand bonhomme timide, condamné à rester un champion de deuxième catégorie, derrière un Schwarzie nettement plus féroce et héros auto-proclamé.
 
Passer une heure dans l’intimité des bodybuilders est quelque chose d’un peu spécial. Je me souviens avoir fait un rêve un jour où je me retrouvais à brûle-pourpoint, et sans que je puisse expliquer pourquoi, dans un rassemblement militaire, une sorte de rassemblement style « Nuremberg-1933 », avec leader charismatique au micro ! C’est très anxiogène et complètement dérangeant, et comme diraient les Talking Heads dans leur célébrissime chanson ONCE IN A LIFETIME : « Well, how did I get here ? ».
Ici, c’est pareil, on se dit, que fais-je ici, au milieu de ses surhommes en slip qui passent leur temps à se complimenter sur le détail microscopique de muscles dont je ne soupçonnais même pas l’existence. Des golgoths aux déformations surréalistes, dont chaque muscle  semblent avoir été forgé au prix d’immondes souffrances, des mecs qui pourraient tuer une dizaine d’autres à mains nues, dont la seule volonté permettrait d’envahir et de soumettre des continents entiers, des mecs qui sont la réplique exacte des « macho-men » guerriers, et hypnotiques des couvertures du groupe hard-rock Manowar... Car c’est cela, THE COMEBACK : un monde de mecs en forme de demi-dieux, qui passent leur vie en slibard, à se huiler chaque centimètre carré de peau avec le soin maniaque d’un top-model ! Drôle de mélange.
Si l’on ajoute à cela la bande-son aux tonalités VHS, et dont on peut légitimement penser qu’elle ne devait pas être piquée du hanneton, même sur une bonne copie (cf. le montage dodécaphonique de la chanson des Talking Heads dans la première partie), la vision de ce documentaire devient carrément plus exotique que la vision d’un CONAN LE BARBARE !
 
Et la prochaine fois que vous voyez Schwarzenegger en costume de gouverneur, rappelez-vous le mec en slip qu’il était. Rappelez-vous cette phrase qu’il prononce dans ce film. "On boit toujours un petit peu d’alcool car c’est ultra-riche en protéines. Le dosage par contre doit être ultra-précis ! » Il prend alors la bouteille de gnôle à 50 cents, verse l’alcool dans le bouchon en fer de la bouteille, et avale le breuvage, avant de crier : « Il n’y a rien de meilleur que ce bon vieux Johnny ! »
Et la prochaine fois que vous voyez un de nos hommes politiques, imaginez-le à un concours de culturisme !
Mélange de grâce et de lourdinguerie, mélange de naïveté et sauvagerie, mélange de culturisme et de Talking Heads, ce film est d’abord celui d’une immersion extra-terrestre dans un monde qui nous est complètement étranger, et d’un exotisme sans borne. Dans expérimental, il y a expérience. C’est bon, mangez-en. Complètement laid, et complètement ultime dans son désir de perfection, THE COMEBACK est un film passionnant, car là au moins, on est sûr de voir des images qui vont nous étonner, et bizarrement nous renvoyer à nous-même et à notre perception de nous-même. Car ici, comme chez Antonioni, c’est bien de notre regard qu’il s’agit.
 
Fatalement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Mercredi 1 juin 2005

recommander publié dans : Corpus Analogia

Chers Amis,

Allez, pour le plaisir, comme disait le poéte, on se refait un petit coup du jeu du film mystérieux. Je rappelle les règles de ce grand jeu où il n'y a rien à gagner.

Je vous proposer trois photos issues de trois films différents. Le jeu consiste à reconnaître le film dont chaque photo est extraite. Pas compliqué, hein?

Pour répondre, utilisez les commentaires.

Oui, mais bon, moi je suis nul, j'ai pas vu tant de films que ça, et patatati et patatata. C'est pas grave, tu peux jouer quand même. Même si on n'a pas reconnu le film, on peut faire des estimations comme des experts. Ce serait un film de quelle année? Quelle nationalité ? C'est qui ces acteurs ? Ce serait un film de quel genre, qui raconterait quel type d'histoires ? Ça pourrait être un plan filmé par quel réalisateur ? etc.

Ce qui veut dire qu'en cherchant tous ensemble, vous allez pouvoir bien vous marrer, sans doute (je ris souvent en lisant vos délicieux commentaires), et surtout peut-être réfléchir ensemble et faire des réponses collégiales, comme on dit sur certaines radios.

Les réponses seront données en commentaire dans quelques jours.

Attention, ces photos sont issues de DVD que j'ai dans ma petite collection. Il se peut qu'il y ait autres choses que des films de fiction, voire autre chose que des films. Documentaire, séries, etc... S'il s'agit d'une série, n'hésitez pas à trouver le titre de l'épisode... enfin, dernière consigne, pour corser un peu le tout, les photos ne sont pas forcément au format original du film, et je me garde la possibilité de recadrer dans l'image. Je passerai voir comment tout cela évolue, et peut-être vous donnerai des indices.

C'est parti pour la neuvième série.

 

diapo N°901: on commence par une facile, chose assez rare dans ce jeu. Allez, on répond comme un seul homme...

  

Diapo N°902 : un peu plus dur, mais trouvable, d'autant plus que ces gens sont connus...

  

Diapo N°903 : Oh, comme c'est mignon ! C'est mignon, mais c'est la plus dure, si j'ose dire... Quoique...

Amusez-vous bien, spéculez comme des petits fous, les commentaires sont à vous!

Dr Devo

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Mardi 31 mai 2005

recommander publié dans : Ethicus Universalis

(photo: "L'Amour Vrai" par Dr Devo)

Chères Filles, Chers Gars,
 
Remontons un peu dans le classement et quittons notre salon cosy, pardon splendouillet, pour la salle obscure de classe prestige. Après deux jours passés à regarder du Z, on s'approche de l'autre extrémité du spectre en allant voir LA MAISON DE CIRE, dont le B ostensiblement affiché s'inscrit comme une promesse de transition douce et efficace. Passer des AVENTURES GALANTES DE ZORRO dont nous parlions hier à un film à budget conséquent ou à un film de maître aurait pu nous effrayer (quoique), et il semble donc plus "convenable" d'une certaine manière de passer par la case genre, une nouvelle fois.
 
LA MAISON DE CIRE par Jaume Collet-Serra est le remake du film homonyme d’André de Toth (joli nom) avec Vincent Price en 1953 [L’HOMME AU MASQUE DE CIRE, un film tourné en relief, un comble pour un cinéaste borgne ! NdC]. Et c'est bien normal, dans la mesure où Dark Castle, producteur de la nouvelle version, ne fait que ça, racheter les droits de petits classiques, et produire des remakes plutôt bon marché mais pouvant fournir d'honnêtes films d'exploitation, en surfant sur la vague internationale d'un certain retour au fantastique. Malheureusement, "quatre fois sur cinq" comme dirait le Marquis, c'est quand même bien raté ! Pour le mauvais, on peut se coltiner 13 FANTÔMES, insondable d'ennui et de répétition, à l'originalité gravée dans le papier carbone. Pour le plus sympathique, on notera LA MAISON DE L'HORREUR de William Malone, plutôt pas mal et soigné, avec Jeffrey Combs en cameo sanglant et Geoffrey Rush en maître de cérémonie. Pas de quoi descendre dans la rue et faire la révolution, mais quand même un moment assez sympathique sur lequel on ne crachera pas (vraiment).
 
Et puis, c'est sympa, c'est marrant (mais on sera combien...), en ce moment le Fantastique grand public, celui qui sort en salles et qui est distribué de manière à peu près convenable, surfe sur une vague, à moitié marketing à moitié réelle, du retour au old school, du back to the roots. Des effets spéciaux "moins" numériques (façon de parler), des budgets plus modestes (un trompe l’œil en fait), et surtout axer le film sur l'ambiance plus que sur la débauche d'effets. Enfin, retour aux Classiques et aux concepts qui ont fait l'histoire du cinéma fantastique et ses belles heures. Une autre société que Dark Castle, la société de production de Brian Yuzna, exilé volontaire en Espagne où il a été accueilli les bras ouverts (il ne fait bosser que des espagnols), adopte un peu la même technique. Un retour aux sources, mais sémantique cette fois,  avec une lecture cinématographique et artistique plus profonde, moins ouvertement « d'exploitation » en somme, le but étant d'aller au-delà du divertissement (paradoxe en apparence seulement) et de faire du beau cinéma. Yuzna a compris, en plus, que l'Exil lui permettait de monter les projets facilement (participation du CNC local, subventions...), et d'éviter les galères de l'impitoyable industrie US où il n'avait qu'une place de figurant. Bien vu. Au final, ses films, tirent de plus en plus vers des produits originaux et assez gonflés et non pas vers la reprise d'idées remises au goût du jour. Citons les très beau DARKNESS, qui vaut sûrement mieux, par exemple, que certains bons Shyamalan,  qui vise loin, et n'hésite pas devant l'abstraction, avec un sens de la lenteur et du casting absolument judicieux et jouissif (Lena Olin, et Anna Paquin ayant légèrement grossie (150 grammes), ce qui lui confère une aura et une grâce exceptionnelles ! Cela dit sans rire, car elle est solaire ici).On peut citer aussi le (plus B) DAGON, adaptation de Lovecraft, moins aboutie que le précédent sans nul doute, mais dont le rythme assez particulier noircissait délicieusement l’atmosphère, la rendant glauque et dangereuse. Le film était lent mais terriblement anxiogène, avec des poursuites ankylosées, comme dans un cauchemar qui dure, et dont la force était impressionnante. Pas mal.
Chez Dark Castle, donc, c’est plus carré, et les affaires sont les affaires. C’est un choix et a priori, ça n’empêche pas les sentiments, ni le cinéma.
 
Un groupe de jeunes qui se perd en cherchant un raccourci, qui se heurtent aux ploucs rednecks locaux, mi-psychopathes mi-malpolis (les jeunes aussi sont très arrogants, mais pas de la même manière, ce qui amène la méfiance), les tueurs avec couteaux qui tranchent les gorges et mutilent le reste, la nécessaire recomposition du groupe après leur séparation, avec son cortège de recompositions affectives et sociales, un grand mystère, un passé mystérieux, et tout le reste... C’est du connu, c’est de l’éprouvé, c’est du classique. L’intérêt sera donc dans le soin de la mise en scène et, éventuellement, de la narration. La mise en place, comme d’habitude, révèle les acteurs et leur personnage.  
 
La trame est classique. C’est un groupe de jeunes, LE groupe de jeunes à eux tout seuls. Des filles et des garçons américains donc, qui nous ressemblent car le film se passe là-bas, chez nous, en Amérique, comme les détails technologiques nous le rappellent sans cesse (portable, GPS dans la voiture...). Les garçons emmènent les deux filles à une grande finale de football (hors-champ, c’est peut-être du soccer !) Parce qu’ils aiment le sport et qu’ils jouent eux-mêmes en équipe universitaire. On y va à deux voitures. La nuit venue, on campe dans un champ. Evidemment, on a voulu prendre un raccourci et on s’est un peu paumé.  Qui sont ces jeunes ? D’abord un frère et une sœur. Le frère, petit loulou à la mauvaise réputation, est facteur de discorde, car il rejette le petit ami de la sœur. Un autre mec, moins beau, plus banal, à peine drôle, mais qui a une caméra numérique pour s’amuser en l’absence des filles. Une pépé blonde, ici campée par Paris Hilton, la petite millionnaire bimbo. Elle sort avec un noir de service, d’ailleurs. On campe, disais-je, on boit un peu, on joue au ballon. Une voiture énigmatique vient les narguer, puis s’en va sans qu’on sache l’identité du conducteur. On se couche (pas de scène de sexe). Et le lendemain, au moment de partir, une des voitures ne démarre pas. Nous, on sait que c’est la caméra subjective qui a fait le coup en espionnant les dormeurs, mais Shhhhh, on ne dira rien. Il manque une courroie. L’équipe se sépare le mieux qu’elle peut, enfreignant toutes les consignes de sécurité. Deux resteront au camp, deux iront au match, et la sœur et son copain vont aller au village voisin chercher la courroie (du 40 !). C’est un vieux village à disposition western, et aux maisons décrépies. Personne. Ils cherchent le garagiste et le trouve à l’église, en plein enterrement. Le garagiste leur demande d’attendre, après, il s’en occupe. Pendant ce temps-là, le couple découvre un beau bâtiment art-déco, lui aussi décrépi, entièrement fait en cire, même les murs, et pour cause : c’est un musée de cire, apparemment fermé au public, mais dans lequel ils pénètrent, nos jeunes, et découvrent d’étranges statues dans des postures quotidiennes et effroyablement figées. Aucune célébrité bizarrement, c’est n’est pas très Tussaud. Le village va bientôt livrer ses épouvantables secrets, et sans le savoir, tous sont enfermés avec le Diable (façon de parler), et n’ont jamais été aussi prêts de la mort. Ils n’auraient pas dû se séparer. La nuit tombe et le cauchemar commence... Elisha Cuthbert joue la petite sœur. Fille de Kiefer Sutherland dans la série 24 HEURES CHRONO, elle est ici brune ou châtain, et c’est mieux, plus convaincant, plus singulier, plus terre à terre. Son copain est un mec bien en apparence. Son frère, le belle-re de service,  c'est Chad Michael Murray, non pas fils de, mais aperçu quand même dans l’attachant FREAKY FRIDAY. Un petit minet en fait, pas spécialement antipathique, mais plutôt casté pour les filles de 16 ans. Les autres n’ont rien fait de transcendant. Paris Hilton, insupportable idole des jeunes et moins jeunes, dont le seul but dans la vie est d’acheter des caleçons Calvin Klein et des jeans diesel, c’est tellement chic, tout en restant fringué, pour le reste, comme une prostituée albanaise des années 80, déesse de la condescendance, adulée par un peuple trop heureux qu’on lui fasse les poches et qui en redemande... Ben là, même si elle ne fait pas spécialement des prouesses, même si elle n’étonne pas, elle ne détonne pas non plus, complètement fondue (ha ! ha !) dans le reste du casting. C’est déjà ça sans doute. C’est elle, la sexy du groupe. Il aurait mieux fallu qu’elle joue le rôle de la sœur, ce qui aurait été plus attirant. À part une scène où elle arrive à nous vendre sa nouvelle collection de strings et de sous-vêtements de la collection « Salope-Chipie 2006 », à part ce petit dérapage donc, on oublierait presque que c’est elle, si de temps en temps on n’était pas frappé par l’effroyable laideur de son visage, défiguré il est vrai par la chirurgie et par des options cosmétiques qui se révèlent désastreuses et VRAIMENT vulgaires. Quand on a un nez aussi affreux et des lèvres aussi laides, on évite. Bref, sans cette horrible cosmétique kawai-glitter, ça serait passé à l’aise. Là, c’est juste anonyme, la Paris. C’est déjà ça, à la limite. Je vous mets personnellement au défi de pouvoir regarder trois minutes consécutives de sa série SIMPLE LIFE (en hommage à Hal Hartley sans doute !). Une terrible envie de suicide, une terrible envie de devenir serial killer vous prendra aussi sec. Ici, elle n’énerve même pas. Je trouve ça bien.
 
De toute manière, les qualités du film ne se feront pas sur le casting, anonyme. Même si on peut regretter l’absence d’un peu de charisme. Elisha Cuthbert est la plus convaincante, la plus crédible. Pas grave donc, juste un peu dommage. Le film se déroule, la mise en place se fait, les dialogues s’enchaînent. Tiens, ma voiture ne démarre plus, pourtant elle sort du garage, tiens la courroie a pété, tiens, je vais au village, chérie viens avec moi. Bonne idée, nous, pendant ce temps-là, on va faire un tour dans cette forêt. Oh, t’es vraiment trop con, t’es asocial. Répète ça, petit intello, et je te brise. Les garçons, arrêtez tout de suite, essayez de vous entendre. Etc. Vingt minutes après le départ pour le village, on arrive, après trois tonnes de dialogues, au village. Montage parallèle, pendant ce temps-là, les autres attendent. Bref, c’est de l’attente et c’est du long.
Et là, je fais une chose que je ne fais jamais. Pendant la séance, je rallume mon portable. Je n’ai pas de montre, mais je voulais savoir l’heure. Ça fait une heure que le film est commencé, et il ne se passe rien. Une heure pour présenter des personnages que la série DAWSON mettrait trois minutes à décrire dans les moindres détails. Une heure et trois annuaires de dialogues d’ascenseur. Une heure pour un triste bilan : pas de conversation valable, un phare cassé, une courroie cassée et une chute sur un talus (un peu de mercurochrome et il n’en paraît rien, plus de peur que de mal !). Après, ça se met un peu à bouger, avec encore des longues plages d’attente.
La photographie est travaillée, mais je trouve que les intérieurs sombres le sont trop, détruisant tout effet de stylisation au profit d’un effort réel pour le spectateur de scrutation de l’image, ça fait raté, à l’opposé de THE RELIC, réalisé et éclairé par Peter Yates, dont la partie finale se passait dans le noir, mais avec quel style, et surtout en jouant avec ce noir, loin de l’impression de technique hésitante qu’on ressent ici. Un journaliste a parlé de photo magnifique, mais je ne comprends pas. Admettons qu’on ait vu le film dans une copie pourrie, ce qui est très possible. La mise en scène n’a rien d’extraordinaire. Les dialogues (la moitié du film, donc) sont montés avec une banalité affligeante, du billard froid. Cadrage quelconque, voire gentiment médiocre, sauf dans les parties "action" où là, on va te la prendre par l’épaule, la caméra, et secouer un peu tout ça dans tous les sens pour ce que ça ait l’air rythmé, en faisant des plans plus courts ! Bien les gars, c’est révolutionnaire ça !
Bref, c’est banal, banal, banal, banal... Aucun soucis n’apparaît de faire quelque chose qui ait la moindre originalité. Le fait que le film soit long (1h50 pour un scénario bête comme chou et avec peu d’action, c’est long) fait passer de l’indifférence à l’énervement. Tout ça pour ça. Mon dieu.
Et puis le tout devient franchement antipathique dans le final (expédié rapidement). Et là, c’est la débauche. Le fric jaillit de toutes parts dans le plan, les effets spéciaux se multiplient à foison, c’est l’apocalypse dramatique. Le fait de jouer dans un décor qui fond amène quelques détails amusant, mais la réalisation n’en est pas meilleure, c’est juste qu’ils ont tout mis dans cette fin au niveau des moyens. On se dit qu’effectivement, ce bouquet final aurait pu être plus laid, que ça en jette légèrement, que c’est moins laid que LA REVANCHE DES SITH, etc., mais quelle colère ! On a fait tout ce chemin,  lent comme un Derrick  et aussi intéressant que de faire un puzzle 1000 pièces « photo en gros plan d’un morceau de désert », aussi amusant que ça à regarder et à faire, tout ça pour ça ! Une heure quarante d’ennui et de personnages en contre-plaqué pour ça ! Ça pue l’arnaque, et on regrette les quatre pièces de monnaie qui brillaient dans notre poche deux heures plus tôt. En tout cas, on se dit que le film n’existe pas, que les pubs finissent dix minutes avant la fin, et que le vrai  réalisateur du film,  c’est vraiment la boîte qui a fait les effets spéciaux.
Tout ça n’est donc que du calcul. On reste pantois une fois de plus devant la presse professionnelle, qui a encore, après CREEP, salué le film en célébrant le retour aux sources, à la bonne vieille série B d’antan. En cela, ils démontrent qu’ils n’ont, une fois de plus, aucune culture, que ce qui les intéresse, ce sont les stéréotypes et que le cinéma fantastique, ils s’en balancent. Les jeunes qui aiment ce cinéma, eux, ont vu assez de films en salles ou chez eux, diablement plus efficaces, qui ressemblent en tout points à cette MAISON DE CIRE. Ils ont déjà vu beaucoup mieux. Dans la salle, ils s’ennuient ferme. Le journalisme de cinéma a  encore frappé. C’est désespérant.
 
Pour ceux qui doutent, ou ceux qui veulent voir une série B efficace et bien troussée sur ce thème, ils pourront revoir l’étonnant DETOUR MORTEL, film au titre idiot certes, mais qui fichait la trouille et qui était d’une grande gourmandise visuelle, malgré un prédicat des plus classiques. Là, il y avait de la personnalité, là, il y avait de l’envie, comme dit le poète, là, il y avait un désir même de faire quelque chose de beau, d’effrayant et d’original, avec pourtant des personnages aussi carrés qu'ici,  mais bien développés et avec un casting très chouette. Voyez DETOUR MORTEL, comparez avec LA MAISON DE CIRE et vous verrez, il n’y absolument pas photo, ni de près, ni de loin.
 
LA MAISON DE CIRE n’est qu’un film mécanique, mal écrit, et surtout d’un arrivisme antipathique. Et on peut le juger à l’aune de vieux grands-pères comme HALLOWEEN ou DUEL, qui eux aussi jouaient sur peu, mais qui n’avaient pas oublié qu’un film doit d’abord contenir deux choses : de la poésie et de l’émotion. Choses absentes de ce film qui semble généré par un ordinateur ou par un banquier, et jamais par un réalisateur.
 
Poétiquement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Lundi 30 mai 2005

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(photo : "Perfect World" par Dr Devo d'après une photo du film LES AVENTURES GALANTES DE ZORRO)

 

Chères Mesdames, Chers Messieurs,
 
Que faire ce dimanche après le vote ? Que faire le dimanche ? Que faire ? Quoi ?
 
Pour tous ceux que la vie intrigue, mais qui n'ont pas encore renoncé à se l'expliquer, on ne saurait que trop conseiller la chose suivante : aller dans une brocante ou une trocante, inspecter le rayon des vieilles VHS et des DVD bon marché, et acheter LES AVENTURES GALANTES DE ZORRO de William Russel, film hispano-mexicano-franco-italo-belge de 1972, dont Georges Sadoul notait dans son célèbrissime DICTIONNAIRE DU CINEMA : "Pas question que je gâche une seule ligne d'encre sur ce film, d'ailleurs il n'existe pas, car j'en ai décidé ainsi". L'Histoire du Cinéma, malheureusement et une fois de plus, a suivi le conseil de ce bon vieux Georges, et a mis à la trappe de l'Oubli le film de William Russel, et une fois que cela fut fait, lança quelques grenades dessus pour être bien sûr qu'on n'en parlerait plus jamais. Mais quelques années plus tard, il y a ce beau site, Matière Focale, justicier même pas masqué de tous les cinémas (il y a un mois, article sur LE MIROIR de Tarkovski, un peu avant article sur CHRONIQUE D’ANNA MAGDALENA BACH de Jean-Marie Straub, et hier, article sur LE COUTEAU SOUS LA GORGE, incunable film avec Brigitte Lahaie). Ici, on répare toutes les injustices du Temps et tous les bobos de l'Histoire. Les gros et les petits. Quel autre site peut vous proposer une critique exhaustive des ces AVENTURES GALANTES DE ZORRO, et consacrer un article à Renoir ? Matière Focale ! Il n'y a qu'un site qui fait ça au monde, et c'est ici, et tout ça, c'est pour vous et rien que pour vous que je le fais. Vous et rien d'autre. Le seul "journaliste" de cinéma qui prend soin de vous, c'est moi (et mes collaborateurs : le Marquis et Tournevis).
 
Je parlais donc hier du COUTEAU SOUS LA GORGE  de Claude Mulot (joli nom), avec Brigitte Lahaie qu'on adore. Je vous disais que j'avais vu le film avec le Marquis, au profit de quelques jours de vacances dans le pays qui est le mien, quelque part à l'Ouest de l'Europe. Dans la même soirée, nous enchaînâmes avec ces improbables AVENTURES GALANTES DE ZORRO dont la relativement classieuse jaquette ne promettait que le meilleur par ce joli sous-slogan (vous savez, le sous-slogan, c'est la petite phrase sous le titre pour vendre le film ; un jour, on consacrera un article aux sous-slogans (ou "accroches"), car c'est un monde fascinant) : "Avec Jean-Michel Dhermay et des tas de jolies filles !" Voilà qui promet, et voilà une splendouillette et absurde accroche. Pendant que je fumais classieusement une cigarette menthol extra-longue importée d'Angleterre, avec une lenteur posée pour ne rien laisser soupçonner au Marquis, affichant ainsi une apparente décontraction toute flegmatique, dans mon cerveau, c'était la grosse panique, me disant, ha ! oui, Jean-Michel Dhermay, oui, bien sûr, voyons...  je l'ai sûrement déjà vu dans... ha ! zut ! ça m’échappe, etc. Ben oui, Jean-Michel Dhermay, quel argument de vente ! Il est presque absolument inconnu. Acteur du célèbre LACHEZ LES CHIENNES ! (les mails d'insultes sont à envoyer à : DrDevo at matierefocale.com) de Bernard Launois (1972, la même année que ce ...ZORRO), de PIGALLE – CARREFOUR DES ILLUSIONS  de Pierre Chevalier l'année suivante, et du célèbre et véridique SERRE-MOI CONTRE TOI J'AI BESOIN DE TENDRESSE de Jean Lévitte (Oh non ! Formidable !), film également connu en France sous le titre sublimissime, complètement véridique et absolument ininventable : AVEC QUOI SOULEVES-TU L'EDREDON ? Il termine sa carrière avec le rare LA PENSION DES SURDOUES de Pierre Chevalier en 1980. Une carrière assez courte mais très riche : 19 films entre 1972 et 1980. Mais attention, ne vous moquez pas du bonhomme. On l'a vu aussi dans LA BANDE A BONNOT en 1969, aux côtés de Jacques Brel et d’Annie Girardot, dans le très sérieux L'ÉTRANGLEUR de Paul Vecchiali, et surtout dans LE CHARME DISCRET DE LA BOURGEOISIE et LE FANTÔME DE LA LIBERTE, les deux chefs-d’œuvre de Luis Buñuel !!
Alors, on se moque moins, hein ? C'est facile de se gausser, hein ? Enfin, on l'aura compris, l'accroche sur la jaquette des AVENTURES GALANTES DE ZORRO n'a qu'un seul but : rameuter en masse les fans hardcore du génial Buñuel ! Je trouvais le slogan débile et racoleur, mais en fait, c'est un slogan art et essai ! Pour tous ceux qui ne sont pas spécialistes du cinéma érotique franco-italien des années 1972-1980, et ceux qui ne connaissent pas par cœur le nom des tous les acteurs qui apparaissent dans les génériques des films de Buñuel, ce qui est mon cas, dans les deux cas, "avec Jean-Michel Dhermay et plein de jolies filles" est le slogan le plus absurde jamais apposé à un produit qu'on essaie de vendre !
 
Quelques minutes après avoir vu la jaquette, le Marquis me montra la jaquette d'un autre DVD acheté au prix de 1,50 euros, dont l'accroche disait : "Quand l'angoisse finit, la terreur commence !" C'est pas mal non plus.
 
Il est assez difficile de résumer LES AVENTURES GALANTES DE ZORRO, surtout près de 36 heures après son visionnage, mais je vais quand même essayer. Comme tout bon Zorro qui se respecte, la historia se passa en California. [Une parenthèse (ce sont des crochets, chef. NdC) pour dire que ceux qui m'ont déjà entendu parler de ma théorie "chez nous en Amérique" ne vont pas être décus. J'y reviens.] Nous sommes au XIXème siècle. A la derecha puedemos ver une jeune fille. Elle s'appelle Virginie. Jeune et jolie fille de bonne famille, elle va se marier avec le Gouverneur peut-être, je ne sais plus trop... Est-ce que c'est dit ? Bref, elle va se marier, et donc arrive en Californie, si bien chantée jadis par le poète, en calèche, accompagnée par sa gouvernante, une dame d'une cinquantaine d'années qui la chaperonne et qui a un prénom complètement absurde dont je serais bien incapable de me rappeler. Sur le chemin, la calèche est arrêtée par des bandits de grand chemin. Ça commence à sentir le roussi, et la longue marche à pieds à cinquante degrés à l'ombre dans les déserts californiens où il fait très froid la nuit, quand tout à coup, venu de nulle part, un fringuant cavalier surgit en plein jour. Il est masqué, il a un superbe cheval noir comme son costume, et en moins de temps qu'il n'en faut pour explorer la filmographie d'un Jean-Michel Dhermay sur Imdb.com, le bel inconnu met en déroute ces affreux mexicains avides de biens matériels. Virginie, qui a reçu une éducation impeccable et pleine de la candeur qui sied à son âge, dit à l'inconnu masqué que, merci beaucoup de nous avoir sauvées, voici mon collier de diams’ qui vous paiera de vos efforts, et que si vous voulez, il y a sur le toit de la diligence une mallette pleine de bijoux, c'est bon mangez-en et servez-vous. Bon prince, le mystérieux justicier, dont le sourire affiché est d'une vitalité qui fait plaisir à voir, décline la proposition et dit :"Ne vous inquiétez pas, ma chère Demoiselle, ma récompense, je l'ai déjà eue, et au centuple", et il la regarde droit dans les yeux. Il repart sur son beau destrier. La classe. Selon toute vraisemblance, c'est le célèbre Zorro.
Scène suivante. Une vieille dame grosse et laide, et visiblement ne possédant pas toute ses facultés, déambule en disant (quasiment à la caméra) : "Vous n'avez pas vu mon Zorro ? Je cherche Zorro !".
Scène suivante. Virginie arrive chez le Gouverneur, son hôte. On s'échange des politesses, venez, je vais vous montrer vos appartements, etc.
Scène suivante. Virginie, au petit matin, va se balader dans les magnifiques alentours de la résidence du gouverneur, pour une petite promenade matutinale de bon aloi. Elle trompe malicieusement la vigilance de sa chaperonne, et au détour d'un arbre apparaît Zorro, toujours fringuant, et visiblement les deux avaient rendez-vous. S’ensuit un petit dialogue splendouillet et sans intérêt, si ce n'est qu'on apprend que les deux tourtereaux se voient déjà depuis plusieurs jours ("Vous n'êtes pas venu hier", dit-elle), ce qui est absolument étonnant, car la scène d'avant, elle arrivait tout juste en Californie ! Ben ouais, c'est comme ça, c'est de l'ellipse et c'est de la brutale ! Ce sera ici la première "dis-cohérence" d'un film absolument improbable, dont la narration échappe à toute logique et toute description.
Vous pouvez oublier Virginie, on ne la verra plus du tout du film (sauf une apparition à la fin), malgré le fait qu'on a passé dix bonnes minutes à introduire son personnage. [Façon de parler. NdC]Au suivant !
Une vieille dame grosse et laide, et visiblement ne possédant pas toute ses facultés, déambule en disant (quasiment à la caméra) : "Vous n'avez pas vu Zorro ? Je cherche mon Zorro !".
C'est dans une auberge, genre la Cantina del Boracho, ou l'auberge della cappela negra. Une serveuse sublime (voir photo) sert à boire à des soldats du gouverneur, en goguette. Ils boivent énormément et de temps en temps maltraitent, en rigolant bruyamment, un natif d'origine mexicaine. La serveuse s'approche et les soldats imbibés lui réclament une chanson. Qu'à cela ne tienne, la serveuse, qui sait ce qu'elle veut, se met à chanter, et c'est le début d'un curieux montage parallèle. Car dans une chambre, à l'étage, qui est là ? Zorro ! Et il est très occupé à honorer une dame brune, de cette manière splendouillette et érotico-soft propre aux productions françaises ou italiennes de l'époque. Déshabillage, embrassage et surtout caressage, les deux amants, nus (enfin surtout Madame, car on va s'apercevoir que Zorro, ou l'acteur qui joue Zorro, a bien du mal à faire glisser son pantalon noir super serré, et au final, il ne dévoilera qu'une demi-fesse, le pantalon restant désespérément indécoinçable). Et ça s'embrasse, et ça rigole, et ça fait des ha ! et des ho !  Mais on appelle Madame pour servir en bas, et elle doit partir. Ça n'entame pas le sourire de Zorro, qui a une drôle de tête sans son masque (en fait c'est Jean-Michel Dhermay, le Troy McClure français). Madame sort et va servir quelques cervoises bien tièdes à des soldats qui ont de plus en plus de mal à faire honneur au langage articulé qui les distinguent du petit gorillon des pampas, le singe le plus répandu dans la région. Pendant ce temps-là, Zorro sourit, seul dans sa chambre à l'étage. C'est à ce moment là que passe la femme de chambre, visiblement d'origine philippine. Zorro a remis son pantalon, mais il est quand même torse nu, ce qui fait rougir la servante. Mais leur timidité ne dure qu'un temps, et Cupidon sait rapprocher le cœur des timides. Zorro décide d'honorer la bonne sur le champ, tandis que cette dernière, bonne âme, n'en demandait pas temps et cède facilement sous les caresses de son amant expert. Caresses, baisers, déshabillage, mains timides qui de temps en temps effleurent une paire de fesses, et des ha ! et des ho ! encore, one more time.
Ça barde pendant ce temps au rez-de-chaussée de l'auberge. Les soldats sont ronds comme des queues de pelles, et des paysans muchachos du cru ont le malheur de se plaindre aux soldats, incarnations musclées de la politique extra-dure du Gouverneur. Une bataille commence dans l'auberge, mais après que la belle servante ait chanté sa belle chanson d'amour, en entier et avec mariachis, bataille dans laquelle le "peone" leader de la mutinerie sera sévèrement ridiculisé.
De son côté, à l'étage, la petite servante donne tout son amour, et bien volontiers, à Zorro assis sur un fauteuil-Emmanuelle. "Ho", soupire-t-elle. Zorro sans son masque a décidément une drôle de tête. Il est joué par le célèbre acteur buñuelien Jean-Michel Dhermay. C'est classe.
En bas, les petits paysans natifs à la peau bronzée par le travail au soleil sont en train de prendre une sévère raclée. Ça barde. Les mariachis craignent pour leurs instruments et rangent leur guitare dans les étuis.
Au 1er, Zorro remet sa chemise. La petite servante affiche un sourire béat, un peu comme si elle avait appris que demain, on passait à l'heure d'hiver et qu'on gagnait une heure de sommeil. "Ce petit repos de l'âme n'a pas de prix", dit-elle, ou du moins pense-t-elle assez ostensiblement. Zorro, lui, pense à raison, au plus profond de lui-même, qu'il ne va sans doute pas devoir payer sa nuit d'hôtel, et que dans 15 minutes, on l'attend sur le plateau du CHARME DISCRET DE LA BOURGEOISIE, il est temps qu'il se dépêche.
En bas, dans la salle de l'auberge, les moqueries et les coups pleuvent comme la misère sur le pauvre monde. L'alcool, s'il décuple les coups des soldats, n'est d'aucune aide au dos des pauvres paysans qui sont en train de se manger une raclée sévère. Les jeux de mots des soldats sont de plus en plus lamentables, et ça sent le bouquet final pour les paysans. Hola ! Que tal ? Una cerveza por favor ! Chiquitita, tell me what’s wrong ! C'est à ce moment là que ZORRO surgit de nulle part et d'une porte, et arrive au rez-de-chaussée de l'auberge, ça va barder. Une bataille assez logique s'ensuit, dans laquelle le vengeur masqué, armé d'un fouet et d'une épée, venge l'honneur de l'agriculteur local. En deux temps trois mouvements, c'est plié, Zorro met en déroute les soldats et a même le temps de leur faire la leçon.
 Scène suivante. Une vieille dame grosse et laide, et visiblement ne possédant pas toute ses facultés, déambule en disant (quasiment à la caméra) : "Vous n'avez pas vu mon Zorro ? Je cherche Zorro !".
Etc, etc, etc. Pendant 85 minutes.
 
Ce beau film de William Russel enchaîne les scènes de films de Zorro et les scènes érotico-super-soft-mais-à-oilpé quand même, dans une joyeuse farandole dont le moins que l'on puisse dire est qu'elle fait plaisir à voir. Le parti pris du film est donc ambitieux. D'abord, faire du softcore avec Zorro donc, et de deux, rendre pourtant compte de la terrible oppression du gouvernement U.S sur les populations natives et pauvres. Dans une sorte d'utopie politique et poétique, comme dirait Georges Sadoul qui, dans son fameusement célèbre DICTIONNAIRE DU CINEMA, disait de Jean-Michel Dhermay (acteur ayant également joué dans des films de Buñuel, voire d'autres films non-mexicains) : "Ce type n'existe pas ! D’ailleurs, ses films n'existent pas et le cinéma non plus ! Laissez-moi tranquille et ramenez-moi dans ma chambre", comme disait Sadoul donc, LES AVENTURES GALANTES DE ZORRO mêle le récit politique et la romance dans une même utopie qui verrait non seulement le héros hollywoodien entièrement au service des pauvres et du peuple, certes, comme dans la version de Disney, mais où le peuple aussi participerait à sa libération en aidant Zorro, et en préparant des actions avec lui. C'est beau, des hommes qui s'entraident. Les femmes, elles, récompensent Zorro.
 
Bon, il faut amener quelques précisions. Ce film est donc réalisé par William Russel, cinéaste qui n'a aucune parenté avec Ken Russell, le fabuleux cinéaste anglais du film LES DIABLES (un des plus beaux films du monde), et pour cause : William Russel n'existe pas. C'est un honteux pseudo derrière lequel se cachent Gilbert Roussel et le cinéaste italien Bruno Mattei, l'homme aux mille pseudos qui, depuis 1970, a réalisé 47 films, tous plus fauchés les uns que les autres, dont le cultissime LES RATS DE MANHATTAN, film dans lequel Manhattan est envahie par des rats voraces, et dans lequel on doit voir, au grand maximum, euh... une dizaine de rats dans tout le métrage ! Je n'ai toujours pas vu ce film ! C’est pas juste.
Par contre, de Bruno Mattei, j'ai vu VIRUS CANNIBALE (réalisé sous le pseudo Vincent Dawn, c'est plus chic), où l’on combat les zombies mutants nucléaires en s'habillant en tutu vert (véridique). [Le film est d'ailleurs, et très curieusement, très bien cadré !] Vu aussi le célèbre ROBOWAR, avec l'improbable Reb Brown dans le rôle principal, acteur sublime qui aurait aussi fait malheur dans le domaine de la Boucherie-Charcuterie. Le film est un croisement osé entre PREDATOR, ROBOCOP et VOYAGE AU BOUT DE L'ENFER. Le design du cyborg est magnifique, et richement doté (il porte un casque de moto dont la visière se ferme toute seule !). C'est tourné aux Philippines en plus ! Que demande le peuple ?
LES AVENTURES GALANTES DE ZORRO est une coproduction franco-belge dont il va falloir que je vous explique le principe. En fait, le film utilise les images d'un film de Zorro déjà existant et complètement inconnu, dont je n'ai pu retrouver la trace nulle part. Ce film-matrice est sans nul doute un film espagnol ou mexicain au technicolor fané. Le but du jeu a été, pour Mattei, de tourner des scènes érotiques encore une fois très softs, et de les inclure tant bien que mal dans le métrage original pour faire un nouveau film. Les scènes tournées par Mattei sont cadrées épouvantablement (c'est très drôle), et ont une couleur absolument fadasse, sûrement du 16mm, qui contraste nettement avec le technicolor rachitique et hispanisant de départ. Le tout atteint des niveaux d'absurdisme délirant, Mattei ayant dû sabrer comme un sagouin dans le film original pour obtenir un film de moins de 90 minutes. On s'aperçoit très vite que le Zorro original ne ressemble pas du tout au Zorro de Mattei, que les deux acteurs ne se ressemblent pas du tout. L'histoire est bien sûr, du coup, totalement incohérente. Non seulement Zorro défend le peuple, mais en plus les femmes de paysans se prêtent facilement à l'insatiable appétit amoureux du justicier !
Toutes les 10 minutes, une grosse bonne femme cherche Zorro (voir plus haut), comme une sorte de running gag, parfois dans des séquences complètement incongrues. Pourquoi cherche-t-elle Zorro ? On ne sait pas. Elle finit par le trouver. Elle arrive devant Zorro et demande :"Vous n'auriez pas vu Zorro ?". Ce à quoi Zorro répond : "Ha ! c'est moi !" Et c'est tout ! [Sans parler de la réplique finale : « Zorro tient toujours ce qu’il promet ! » NdC.]
 
La dernière scène est hallucinante. Il s'agit du bal du Gouverneur (on y mange plein de Ferrero), bal masqué où plusieurs invités n'ont rien trouvé de plus intelligent que de se déguiser en Zorro (notamment la serveuse de l'auberge, qu'on n’avait pas revue depuis !). Vous imaginez le Bazar quand Zorro, le vrai, se pointe lui aussi. Surtout que, parallèlement, pendant la bataille qui s'ensuit, un type très laid mais très malin couche avec des soubrettes et des dames du monde en se faisant passer pour Zorro. Dès qu'elles voient le masque, les femmes succombent, et le bougre en profite bien.
Le montage est splendouillettement incohérent. Le film est également sonorisé de manière sublime. Une éponge lancée dans une bassine d'eau double astucieusement une poursuite à cheval et à 20 personnes dans la rivière. Deux fourchettes frottées l'une contre l'autre vous fourniront un splendide son de duel à l'épée (ce qui est très drôle car le budget fourchettes du film devait être très modeste : du coup, que Zorro se batte en duel ou contre trente soldats, c'est toujours le son des deux mêmes fourchettes).
Un dernier pont. Je remarque que, dans ce film, Zorro est toujours Zorro et n'est jamais Don Diego de la Vega. Pas de Bernardo, et pas de sergent Garcia !
Bref, ce film absolument improbable est délicieusement Z, et ne peut que ravir le vrai cinéphile. On rit jusqu'à ce qu'on s'arrête, du début jusqu'à la fin, devant tant d'incongruité. On trouve le film d'occasion à 5 euros en DVD. Ne laissez pas passer cette chance.
 
Passionnément Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Dimanche 29 mai 2005

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(photo: "La Zone" par Dr Devo d'après une image du film LA NUIT DES TRAQUEES de Jean Rollin)

Chers Amis,
 
Le vote c'est bon, mangez-en. À l'occasion du vote de demain et, il faut bien le dire, par négligence et ne m’étant pas réinscrit sur la liste électorale de ma nouvelle commune (car j'ai déménagé cette année, comme ça vous savez tout), me revoilà dans les Territoires de l'Ouest, région de mon enfance. Mais les nuages ont des contours argentés, et voilà, par ce voyage, l'occasion de passer quelques temps chez le Marquis, et de se faire quelques bonnes petites soirées à regarder quelques chefs-d’œuvre et autres incunables, et à constater les proportions gargantuesques qu'est en train de prendre sa dévédéthèque qui contient plusieurs milliers de volumes maintenant. Il y a du Bergman, il y a du Welles, mais aussi du rare (José Mojica Marins, le génial brésilien),  de la série B, de la série A et de la série Z en veux-tu en voilà, faisant de son chez lui l'endroit le plus éclectique, et à mon sens le plus complet du monde. La Cinémathèque Française est là, bien cachée. Et il a du talent, le Marquis, bien qu'il vive dans une ville moyenne, pour dénicher des DVD à des prix défiant toute concurrence sur le marché de l'occasion. Quand il va au Cash-converters local, on lui dit "Bonjour Monsieur", et on lui montre les DVD pas encore en rayon, sous le comptoir, tel Jacques Fabre allant chercher les meilleurs arômes, au fond du magasin du péon local !
 
Dans les nouveaux arrivages en ce moment, mais ce n'est pas toujours le cas, peu de série A chez le Marquis, et beaucoup de films plus improbables les uns que les autres, petits bijoux inconnus ou gros ratages flamboyants, il y a de tout et pour tous. Homme de goût et homme de classe, le Marquis laisse choisir l'invité, moi en l'occurrence. Pour cette soirée splendouillette, où fut d'ailleurs servi du pop corn sucré (la classe), voilà ce que je découvris, tel un héros de chez Lovecraft, n'en croyant pas mes yeux devant de tels monstres... et perdant à moitié et délicieusement la raison.
 
La jaquette du COUTEAU SOUS LA GORGE, le film de Claude Mulot (jamais entendu parler, "ce n'est pas son meilleur" dit un lecteur américain de IMDB.com !) avec Brigitte Lahaie, nous promet un "suspense dans la lignée des premiers giallos d’Argento", rien que ça ! Ainsi, il y avait un type en France, il s'appelait Mulot quand même, et il réalisait des chefs-d’œuvre dans la lignée de L’OISEAU AU PLUMAGE DE CRISTAL et des FRISSONS DE L’ANGOISSE, et je n'en savais rien ! Scandale ! Il fallait réparer cette lacune et rendre hommage à ce réalisateur bien ignoré dans son propre pays.
En plus, Brigitte Lahaie est une femme tout à fait sympathique, non pas parce qu'elle a été la première actrice porno médiatisée, mais parce que, et on le sait peu, dans les années 80, parallèlement à sa carrière dans le cinéma X, elle faisait du cinéma traditionnel (B ou Z), du cinéma de genre, notamment grâce à notre ami Jean Rollin (Bonjour Jean, j'espère que vous allez bien) qui prit très au sérieux son potentiel d'actrice (sans ironie, même si Rollin a aussi utilisé son potentiel érotique, mais plutôt dans une perspective "gothique", disons à défaut de mieux, que dans une perspective salace ou commerciale). Et cette année, lorsque je vis CALVAIRE de Fabrice Du Welz, force était de constater que, malgré le petit rôle qu'elle avait dans le film, elle était excellente. Bref, Lahaie est quelqu'un de très sympathique.
 
Ça commence par une femme qui court, qui court, qui court dans les rues de Paris, en criant, poursuivie par d'invisibles poursuivants. La séquence dure trois bonnes minutes ; elle trouve refuge dans un commissariat où elle annonce qu'elle vient de se faire violer par trois hommes. Tout le monde dans le commissariat lui rigole au nez ! Apparemment, c'est déjà la troisième fois ce mois-ci ! La jeune fille (Florence Guérin, vue dans LE BOURREAU DES CŒURS avec Aldo Maccione, LE DECLIC, et DEMONS 6, quand même), à moitié nue sous son imper, est une grave mythomane. Brigitte Lahaie est directrice artistique dans un magazine érotique aux photos "scandaleuses". Et Florence Guérin est l’une de ses deux modèles favorites, qu'elle fait prendre en photo par un photographe acariâtre, humiliant et boiteux (ben oui), au caractère détestable, mais qui sait s'y prendre pour faire des photos qui se vendent. Un soir, la petite troupe (Lahaie, les deux mannequins et le boiteux photographe), vont faire des photos olé-olé (très softs) dans un cimetière, sous les yeux du Conservateur (sic !???! En fait, le gardien ou l'administrateur du cimetière, je suppose) qui a bénéficié d'un gros pot de vin pour laisser Lucie faire et pour fermer les yeux sur la séance de poses clandestines. Le Conservateur regarde la séance de travail mi-horrifié, mi-dégoûté et mi-attiré ! Le lendemain, il agresse une jeune femme, encore tout chamboulé de désir, la tue et se jette sous un camion. Euh...ouaip. Bon, ça fait 25 bonnes minutes que c'est commencé et on ne sait toujours pas de quoi ça parle ! Ca vient, ça vient, t'inquiète pas petit. Les jours suivants, Florence Guérin se fait agresser dans son appartement, ou du moins c'est ce qu'elle croit, par un homme inconnu. Evidemment, Lahaie, sa patronne ou Natasha Delange, sa collègue, ne la croient pas. À force de crier au loup, plus personne ne la prend au sérieux. Mais elle continue à recevoir des coups de fil anonymes (assez hilarants en fait), et surtout le photographe se fait tuer ! Le début d'une étrange traque commence…
 
Comme vous le voyez, c'est assez difficile à résumer correctement, l'intrigue ayant du mal à se lancer, et surtout l'aspect incertain de la narration nous laissant souvent dans le flou artistique. Pendant deux bonnes bobines, les scènes s'enchaînent comme dans un épisode de VOISINS VOISINES, sans que l’on sache très bien où il veut en venir, notre ami Mulot, dont c'est le dernier film. Il perdit la vie cette même année 1986 en se baignant (ce qui rend LE COUTEAU SOUS LA GORGE bien prémonitoire !). Réalisateur des films SEXYRELLA (RIEN FAIRE ET LES SEDUIRE) en 1968, son premier film, on lui doit également C'EST JEUNE ET ÇA SAIT TOUT (en 1974, avec Jean Lefebvre, Michel Galabru, Darry Cowl, Michel Audiard (!), Daniel Ceccaldi et l'oubliée Christine Fabréga, fabuleux casting), LE SEXE QUI PARLE (en 1975, avec des gens), et le fameux LE JOUR SE LEVE ET LES CONNERIES COMMENCENT (en 1985, avec Maurice Rich, Jacques Legras, Philippe Castelli toujours excellent, Jane Chaplin (fille de ?), Henry Guybet et Johnny Hallyday, excusez du peu, et dont vous pouvez ne pas aller voir QUARTIER V.I.P, que je suis allé voir pour vous et qui est complètement nul !).
Mais Claude Mulot, c'est aussi le célèbre scénariste de MARCHE PAS SUR MES LACETS (magnifique, ce titre, un film du regretté sinon regrettable Max Pécas !), le fameux ENTRECHATTES déjà évoqué ici (quel autre site internet peut vous parler aussi bien de Tarkovski que de Claude Mulot, et peut se permettre de citer deux fois, et dans deux articles différents, le film ENTRECHATTES, hein ? C'est pas beau, ça ? C'est pas dans Positif ou Les Cahiers que ça arriverait !), ON EST VENU LÀ POUR S'ECLATER (en 1979, et dont le titre allemand est, je vous le rappelle, HOTDOG AUF IBIZA, mon titre de film allemand préféré avec ZOMBIE UNTER KANNIBALEN), et bien sûr EMBRAYE BIDASSE ÇA FUME (1978) de Max Pécas, avec Coralie Clément (dont la biographie dit qu'elle est née en 1982 alors que ce film est de 1978, ce qui fait d'elle le plus jeune pré-fœtus de l'histoire du cinéma !). N'oublions pas non plus les beaux scénarios de ILS SONT FOUS CES SORCIERS (1978, de George Lautner quand même, dont le titre international est WHO IS THAT SPLASHING IN THE MEDITERRANEAN, je cite), MIEUX VAUT ÊTRE RICHE ET BIEN PORTANT QUE FAUCHÉ ET MAL FOUTU (1980, du regretté Max Pécas) et le célébrissime ON SE CALME ET ON BOIT FRAIS À SAINT-TROPEZ (1987, encore du regretté Max Pecas).
 
Si avec ça, Google ne m'apporte pas 1000 lecteurs supplémentaires par semaine, c'est à n’y rien comprendre.
 
Revenons, après ce vibrant hommage, au COUTEAU SOUS LA GORGE. Le film est tourné avec assez peu de moyens, mais quand même plus que chez Jean Rollin (que, très sérieusement cette fois, le Marquis et moi-même adorons, et que nous avons même rencontré !). Le scénario donc est bien confus pendant 20 ou 30 minutes, ce qui plonge le spectateur dans un état second pas désagréable, émaillé de répliques assez splendouillettes dont ma préférée, anonyme sur le coup et complètement improbable à la réflexion, cinq secondes après : "Je t'en prie, ne sois pas exaspérée" !  Ensuite, l'intrigue se tourne vers le thriller ou suspense, sans qu'on pense forcément au fantastique, malgré une étiquette giallo surlignée en gras, et même une citation d’INFERNO de Dario Argento. Le montage est souvent fait de manière gentiment improbable, avec des coupes très sèches et quelquefois impromptues, assez amusantes, comme on n’en fait plus. Question photographie, les scènes de nuit, plutôt nombreuses, sont très sombres et peu réussies, tandis que, par-ci par-là, les scènes de jour ont de bons moments (l'agression de la jeune fille par le conservateur, ou les abords de l'appartement de Florence Guérin avec de jolies couleurs automnales et plutôt bien cadrées au grand angle). Le rythme global est assez improbable, plutôt lent, avec des scènes de meurtre un peu sous Prozac ou tout du moins pas spécialement nerveuses et étonnantes (question de budget là aussi, sans doute), et en tout cas très loin de ses modèles italiens. Le cadre est assez anonyme, mais on peut citer quand même un tic hypnotique  et très incongru consistant, dans les plans larges en extérieur, à faire systématiquement un panotage de la caméra vers le ciel ! La musique a son importance, au synthé d'époque (comme on en trouve souvent aussi dans les productions TROMA), se basant sur des phrases semi-mélodiques d'une douzaine de notes (quasiment de la musique dodécaphonique, quoi !) qui se répètent en variant quelque peu, ce qui contribue à cette impression de limbes à moitié charmante, à moitié endormante, et auxquelles les plus extrémistes d'entre nous pourront trouver du charme.
 
Les actrices et les acteurs sont tous très improbables, débitant des dialogues souvent complètement splendouillets, voire ineptes, pour notre plus grand plaisir. Brigitte Lahaie est quand même largement en dessous de ses prestations chez Rollin. Par contre, j'ai un faible pour l'actrice qui joue l'étrange concierge, avec son physique normal (les autres actrices ont des physiques plus avantageux) et son visage grêlé. Il ressort de tout cela un film assez improbable et plutôt charmant. À la fin du film, la première séquence est reprise intégralement. L'héroïne se remet à courir, poursuivie par le tueur mystérieux, et prend refuge au commissariat. Claude Mulot reprend les plans qu'il avait tournés au début, sans faire de nouvelle prise, et pendant quelques secondes, on se dit que le film va simplement redémarrer sans se conclure, un peu à la manière de la boucle de Moebius du LOST HIGHWAY de David Lynch. Malheureusement non. Le film se résout, le mystère (complètement à trois balles) est expliqué, et même la queue de poisson finale si chère aux films de genre est présente ! Dommage, cette ultime audace nous aurait bien plu.
 
LE COUTEAU SOUS LA GORGE est le rescapé d'un maigre cinéma de genre (fantastique) français, qu'on peut voir en archéologue du cinéma, au profit d'une collection DVD très bon marché, de ces collections à très faibles moyens qui ressortent des films improbables et oubliés qui, sans cela, seraient passés à la trappe de l'Histoire (et révélant quelquefois de magnifiques surprises, comme LA NUIT DE LA MORT, film fantastique français sublime dont le Marquis ou moi-même finiront sûrement par vous parler). Le film de Claude Mulot, à l'érotisme très, très soft et désuet, malgré ce qu'on aurait pu supposer au vu du pedigree de son réalisateur, et malgré la présence de Brigitte Lahaie, se trouve à des prix  défiant toute concurrence, genre trois ou quatre euros neuf et beaucoup moins en occasion (!). Ce film peut être une curiosité dans un paysage cinématographique français qui, contrairement à l'Italie, à l'Angleterre ou à l'Espagne de l'époque, n'a jamais eu, si l’on excepte l’œuvre de Jean Rollin, de courant fantastique marqué. Les curieux pourront quand même tenter cette expérience assez drôle (involontairement) et assez énigmatique de  voir ce film entre la série B fauchée, et sans doute très proche de la série Z. Enfin, on évitera de lire le résumé au dos du DVD, car il dévoile l'intrigue et l'identité du tueur mystérieux, ce qui est plus qu'embêtant pour un film se prétendant être un giallo !
 
Passionnément Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Samedi 28 mai 2005

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(photo: "Le Carafon" par Dr Devo)

 

 

LA FELINE, de Jacques Tourneur (USA - 1942) / LA MALEDICTION DES HOMMES CHATS de Robert Wise (USA - 1944), LA FELINE, de Paul Schrader (USA - 1982) : goûté et approuvé.

Une jeune femme perturbée par les légendes de son pays d'origine et une ancienne malédiction supposée peser sur sa famille, est persuadée qu'elle ne peut aimer (comprenez "coucher", nous sommes en 1942), car elle se transformerait alors en panthère. On dit souvent de LA FELINE qu’il a sauvé la RKO du naufrage suite au bide de l’onéreux CITIZEN KANE d’Orson Welles. Rien ne nous oblige pour autant à comparer les deux métrages, mais j’avance malgré tout qu’à mes yeux, le film de Jacques Tourneur n’a pas à rougir face au classique de Welles. LA FELINE est le chef-d’œuvre de Tourneur, et l’un des plus beaux fantastiques produits par la RKO avec KING KONG. Par manque de moyen (d’abord) et par volonté de se démarquer des studios Universal (qui enchainaient à l'époque les Frankenstein, Dracula et consorts), la RKO avait choisi de mettre en scène un cycle de films fantastiques se distinguant par leur originalité et surtout par leur sens de la suggestion, suggestion ici portée à son plus haut niveau. LA FELINE est l’un de ces films parfaits, qui n’a jamais su vieillir malgré la désuétude de certains dialogues, par la grâce d’une mise en scène profondément fascinante (l’arrêt de bus, la piscine), la rigueur de son écriture, la richesse sonore, la beauté de sa photographie, et l’intelligence de son sous-texte, éminemment sexuel. Et malgré mon affection pour le loup-garou en goguettes campé par Lon Chaney Jr à la même époque, force est de constater que la lycanthrope campée par Simone Simon, pour être moins démonstrative, n’en est que plus classieuse et troublante. Troublante comme l’éphémère apparition de l’actrice Elizabeth Russell ("moia sistra…"), au visage toujours aussi étrange, beau et inquiétant.
 
 La méthode RKO était ce qu’elle était – et elle a d’ailleurs admirablement fonctionné pendant quelques années. Le producteur Val Lewton commandait un scénario sur la seule base d’un titre attrayant, type « faîtes moi un film s’intitulant I WALKED WITH A ZOMBIE ». Le splendide LA FELINE (CAT PEOPLE) ayant rencontré un énorme succès, il n’en fallut pas plus pour que Lewton passe commande d’un film intitulé CURSE OF THE CAT PEOPLE. Une suite a donc été rédigée et tournée dans la foulée du succès de l’original. On y retrouve le fantôme de Simone Simon, errant autour de la maison familiale de Kent Smith et Jane Randolph, mariés suite au dénouement de LA FELINE, et parents d’une petite fille à l’imagination débordante. Bien évidemment, le fantôme d’Irena va très vite s’intéresser à la petite Alice… En réalité, cette MALEDICTION DES HOMMES-CHATS a ceci de particulier que le film ne présente ni malédiction, ni hommes-chats !!! Et ce n’est sans doute pas plus mal. Exit la lycanthropie mélancolique et l’épouvante suggestive, place à une forme de conte merveilleux aux contours sombres, mêlant magie et mélancolie, instants de poésie et séquences d’angoisse lorsqu’apparaît le personnage superbement campé par la mystérieuse Elizabeth Russell, qui revient ici dans un rôle plus conséquent. Plus rien à voir avec l’original, le film ne constitue une suite qu’en apparence. Entamé par le cinéaste allemand Gunther von Fritsch (viré parce qu'il travaillait trop lentement) et bouclé par un Robert Wise débutant qui n'avait pas encore réalisé LE JOUR OU LA TERRE S'ARRETA ou LA MAISON DU DIABLE, le film n’en est pas moins une petite merveille visuellement superbe et à l’écriture extrêmement riche et nuancée.

Le remake, par Paul Schrader, du chef d’œuvre de Jacques Tourneur, pour sa part, ne parvient pas à l’égaler, c’est vrai, mais n’en demeure pas moins un film original et respectable. Exit la puissance de suggestion du film original, le remake se montre très explicite dans les séquences gore comme dans les métamorphoses (d'ailleurs assez belles). Le film y perd en évocation ce qu’il gagne en spectaculaire – et allez, enfonçons des portes ouvertes. Mais il se distingue surtout par la noirceur de son récit, et par son érotisme assez subversif (inceste, sang virginal…). Le résultat est dans l’ensemble très intéressant, quelques séquences sont superbes (la ballade nocturne dans le bayou), d’autres un peu plus kitsch(l’arbre aux panthères). Les panthères justement sont plus présentes que dans la version des années 40, elles sont admirablement filmées et fascinantes. En essayant de moderniser le récit original écrit par DeWitt Bodeen, Paul Schrader s'en tire avec les honneurs. Il reproduit certaines séquences de l'original (dont la panthère rôdant autour d'une piscine plongée dans le noir), restitue au film ses aspects les plus dérangeants qui n'avaient pas pu être tournés dans les années 40 (un peu comme le ferait plus tard John Carpenter avec LE VILLAGE DES DAMNES), propose un dénouement plus ouvert, moins noir que l'original, et rate, quand même, le coche à plusieurs reprises, principalement à cause de concessions au style toc des années 80. A ce titre, on est en droit d’émettre de grosses réserves sur la partition de Giorgio «Bontanpi » Moroder, dont les synthétiseurs détruisent littéralement la poésie de certaines séquences. On se console avec un casting soigné et parfois tout nu, dominé par la très belle Nastassja Kinski, convaincante et moins "nunuche" que Simone Simon. Je ne suis pas un anti-remake primaire, je prends toujours beaucoup de plaisir à en voir, et je ne déteste pas celui-ci; je précise par contre qu'il serait dommage de déflorer (miaooouu!) les belles surprises du film de Jacques Tourneur, et qu'il est préférable de voir les trois films dans leur ordre chronologique.

Le Marquis.

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Vendredi 27 mai 2005

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(photo par Dr Devo)

Chers Gens,
 
On ne critiquera pas les distributeurs dans cet article. Enfin, peut-être un peu à la fin.
 
Commençons par une bonne nouvelle : Elvis est vivant ! Ce n'est pas une métaphore mais un fait. Elvis est vivant, il a vieilli certes, mais il est vivant. Bonne nouvelle, je vous le disais. Et un bienfait n'arrivant jamais seul, Don Coscarelli, le mystérieux et culte réalisateur de PHANTASM, son grand chef-d'œuvre au montage et au sujet aussi singuliers que magnifiques.
 
Elvis est donc vivant. Il est tout vieux, il faut bien le dire. Disons même qu'il a, pour être plus précis, l'âge de ses artères. Il vit dans une maison de retraite aux USA, une petite maison de retraite pour pensionnaires peu fortunés. Le visage un peu bouffi par l'âge (mais moins qu'on ne pouvait le supposer), creusé de rides, c'est bien normal, mais les favoris et une vague coupe rappellent que c'était lui, le King, le roi du rock n' roll. Que reste-t-il de notre idole ? Bah, pas grand chose. Il a du mal à se déplacer, reste tout le temps dans son lit ou presque, regarde son mutique voisin de chambre tousser à la mort. Mais le cerveau fonctionne à peu près dans les moments de lucidité où il commente et s'interroge sur sa drôle de destinée, qu'il finit là, éloigné de tous, et éloigné de sa propre image. Un petit vieux qui trouve bien cruelle la fin du parcours. Le reste du temps, il a la tête dans le coltard. Plusieurs facteurs déclencheurs vont avoir lieu. La mort de son voisin de chambre mutique, devant ses yeux, sans que cela ne suscite de drame : la mort à l'œuvre, tranquillement et même banalement. Quelques jours après, la fille de cet ex-cothurne vient chercher les affaires de feu son père. Elle récupère quelques vêtements et met à la poubelle les quelques vieilles photos et la Purple Heart (médaille militaire) du paternel. Elvis demande à les récupérer. Premier choc. La nuit qui suit, Elvis (et le film) a un flash. Une des pensionnaires aurait été tué par une sorte de scarabée monstrueux caché dans une boîte de chocolat ! La vieille dame est effectivement morte le lendemain. Pour une fois, Elvis décide de prendre son déambulateur et d'aller voir un de ses camarades, le seul qui le prenne encore vraiment et de tout cœur pour Elvis. Ce copain, un peu foufou, c'est Jack. C'est un petit noir moustachu. Jack a une sérieuse vision de son existence : on a essayé de l'assassiner en 1963 ("Ils" ont essayé de l'assassiner). Comme ça n'a pas marché, "ils" ont récupéré son corps agonisant, l’ont remodelé grâce à la chirurgie esthétique, et l'ont "peint en noir", et ainsi il était neutralisé : qui croirait que Jack, ce petit noir moustachu, c'est... Ben oui, le meilleur pote d'Elvis est un petit noir élégant qui est persuadé d'être John Fitzgerald Kennedy ! Elvis n'y croit pas une seconde, mais JFK est le seul à le respecter encore en tant qu'Elvis. Bah, ce n’est pas un mauvais bougre. En attendant, Elvis s'ennuie, et sa seule et désagréable distraction dans la journée, c'est la visite de l'infirmière ironi