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Chers Amis,

Allez, pour le plaisir, comme disait le poéte, on se refait un petit coup du jeu du film mystérieux. Je rappelle les règles de ce grand jeu où il n'y a rien à gagner.

Je vous proposer trois photos issues de trois films différents. Le jeu consiste à reconnaître le film dont chaque photo est extraite. Pas compliqué, hein?

Pour répondre, utilisez les commentaires.

Oui, mais bon, moi je suis nul, j'ai pas vu tant de films que ça, et patatati et patatata. C'est pas grave, tu peux jouer quand même. Même si on n'a pas reconnu le film, on peut faire des estimations comme des experts. Ce serait un film de quelle année? Quelle nationalité ? C'est qui ces acteurs ? Ce serait un film de quel genre, qui raconterait quel type d'histoires ? Ça pourrait être un plan filmé par quel réalisateur ? etc.

Ce qui veut dire qu'en cherchant tous ensemble, vous allez pouvoir bien vous marrer, sans doute (je ris souvent en lisant vos délicieux commentaires), et surtout peut-être réfléchir ensemble et faire des réponses collégiales, comme on dit sur certaines radios.

Les réponses seront données en commentaire dans quelques jours.

Attention, ces photos sont issues de DVD que j'ai dans ma petite collection. Il se peut qu'il y ait autres choses que des films de fiction, voire autre chose que des films. Documentaire, séries, etc... S'il s'agit d'une série, n'hésitez pas à trouver le titre de l'épisode... enfin, dernière consigne, pour corser un peu le tout, les photos ne sont pas forcément au format original du film, et je me garde la possibilité de recadrer dans l'image. Je passerai voir comment tout cela évolue, et peut-être vous donnerai des indices.

C'est parti pour la neuvième série.

 

diapo N°901: on commence par une facile, chose assez rare dans ce jeu. Allez, on répond comme un seul homme...

  

Diapo N°902 : un peu plus dur, mais trouvable, d'autant plus que ces gens sont connus...

  

Diapo N°903 : Oh, comme c'est mignon ! C'est mignon, mais c'est la plus dure, si j'ose dire... Quoique...

Amusez-vous bien, spéculez comme des petits fous, les commentaires sont à vous!

Dr Devo

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Mardi 31 mai 2005

Recommander - Publié dans : Ethicus Universalis

(photo: "L'Amour Vrai" par Dr Devo)

Chères Filles, Chers Gars,
 
Remontons un peu dans le classement et quittons notre salon cosy, pardon splendouillet, pour la salle obscure de classe prestige. Après deux jours passés à regarder du Z, on s'approche de l'autre extrémité du spectre en allant voir LA MAISON DE CIRE, dont le B ostensiblement affiché s'inscrit comme une promesse de transition douce et efficace. Passer des AVENTURES GALANTES DE ZORRO dont nous parlions hier à un film à budget conséquent ou à un film de maître aurait pu nous effrayer (quoique), et il semble donc plus "convenable" d'une certaine manière de passer par la case genre, une nouvelle fois.
 
LA MAISON DE CIRE par Jaume Collet-Serra est le remake du film homonyme d’André de Toth (joli nom) avec Vincent Price en 1953 [L’HOMME AU MASQUE DE CIRE, un film tourné en relief, un comble pour un cinéaste borgne ! NdC]. Et c'est bien normal, dans la mesure où Dark Castle, producteur de la nouvelle version, ne fait que ça, racheter les droits de petits classiques, et produire des remakes plutôt bon marché mais pouvant fournir d'honnêtes films d'exploitation, en surfant sur la vague internationale d'un certain retour au fantastique. Malheureusement, "quatre fois sur cinq" comme dirait le Marquis, c'est quand même bien raté ! Pour le mauvais, on peut se coltiner 13 FANTÔMES, insondable d'ennui et de répétition, à l'originalité gravée dans le papier carbone. Pour le plus sympathique, on notera LA MAISON DE L'HORREUR de William Malone, plutôt pas mal et soigné, avec Jeffrey Combs en cameo sanglant et Geoffrey Rush en maître de cérémonie. Pas de quoi descendre dans la rue et faire la révolution, mais quand même un moment assez sympathique sur lequel on ne crachera pas (vraiment).
 
Et puis, c'est sympa, c'est marrant (mais on sera combien...), en ce moment le Fantastique grand public, celui qui sort en salles et qui est distribué de manière à peu près convenable, surfe sur une vague, à moitié marketing à moitié réelle, du retour au old school, du back to the roots. Des effets spéciaux "moins" numériques (façon de parler), des budgets plus modestes (un trompe l’œil en fait), et surtout axer le film sur l'ambiance plus que sur la débauche d'effets. Enfin, retour aux Classiques et aux concepts qui ont fait l'histoire du cinéma fantastique et ses belles heures. Une autre société que Dark Castle, la société de production de Brian Yuzna, exilé volontaire en Espagne où il a été accueilli les bras ouverts (il ne fait bosser que des espagnols), adopte un peu la même technique. Un retour aux sources, mais sémantique cette fois,  avec une lecture cinématographique et artistique plus profonde, moins ouvertement « d'exploitation » en somme, le but étant d'aller au-delà du divertissement (paradoxe en apparence seulement) et de faire du beau cinéma. Yuzna a compris, en plus, que l'Exil lui permettait de monter les projets facilement (participation du CNC local, subventions...), et d'éviter les galères de l'impitoyable industrie US où il n'avait qu'une place de figurant. Bien vu. Au final, ses films, tirent de plus en plus vers des produits originaux et assez gonflés et non pas vers la reprise d'idées remises au goût du jour. Citons les très beau DARKNESS, qui vaut sûrement mieux, par exemple, que certains bons Shyamalan,  qui vise loin, et n'hésite pas devant l'abstraction, avec un sens de la lenteur et du casting absolument judicieux et jouissif (Lena Olin, et Anna Paquin ayant légèrement grossie (150 grammes), ce qui lui confère une aura et une grâce exceptionnelles ! Cela dit sans rire, car elle est solaire ici).On peut citer aussi le (plus B) DAGON, adaptation de Lovecraft, moins aboutie que le précédent sans nul doute, mais dont le rythme assez particulier noircissait délicieusement l’atmosphère, la rendant glauque et dangereuse. Le film était lent mais terriblement anxiogène, avec des poursuites ankylosées, comme dans un cauchemar qui dure, et dont la force était impressionnante. Pas mal.
Chez Dark Castle, donc, c’est plus carré, et les affaires sont les affaires. C’est un choix et a priori, ça n’empêche pas les sentiments, ni le cinéma.
 
Un groupe de jeunes qui se perd en cherchant un raccourci, qui se heurtent aux ploucs rednecks locaux, mi-psychopathes mi-malpolis (les jeunes aussi sont très arrogants, mais pas de la même manière, ce qui amène la méfiance), les tueurs avec couteaux qui tranchent les gorges et mutilent le reste, la nécessaire recomposition du groupe après leur séparation, avec son cortège de recompositions affectives et sociales, un grand mystère, un passé mystérieux, et tout le reste... C’est du connu, c’est de l’éprouvé, c’est du classique. L’intérêt sera donc dans le soin de la mise en scène et, éventuellement, de la narration. La mise en place, comme d’habitude, révèle les acteurs et leur personnage.  
 
La trame est classique. C’est un groupe de jeunes, LE groupe de jeunes à eux tout seuls. Des filles et des garçons américains donc, qui nous ressemblent car le film se passe là-bas, chez nous, en Amérique, comme les détails technologiques nous le rappellent sans cesse (portable, GPS dans la voiture...). Les garçons emmènent les deux filles à une grande finale de football (hors-champ, c’est peut-être du soccer !) Parce qu’ils aiment le sport et qu’ils jouent eux-mêmes en équipe universitaire. On y va à deux voitures. La nuit venue, on campe dans un champ. Evidemment, on a voulu prendre un raccourci et on s’est un peu paumé.  Qui sont ces jeunes ? D’abord un frère et une sœur. Le frère, petit loulou à la mauvaise réputation, est facteur de discorde, car il rejette le petit ami de la sœur. Un autre mec, moins beau, plus banal, à peine drôle, mais qui a une caméra numérique pour s’amuser en l’absence des filles. Une pépé blonde, ici campée par Paris Hilton, la petite millionnaire bimbo. Elle sort avec un noir de service, d’ailleurs. On campe, disais-je, on boit un peu, on joue au ballon. Une voiture énigmatique vient les narguer, puis s’en va sans qu’on sache l’identité du conducteur. On se couche (pas de scène de sexe). Et le lendemain, au moment de partir, une des voitures ne démarre pas. Nous, on sait que c’est la caméra subjective qui a fait le coup en espionnant les dormeurs, mais Shhhhh, on ne dira rien. Il manque une courroie. L’équipe se sépare le mieux qu’elle peut, enfreignant toutes les consignes de sécurité. Deux resteront au camp, deux iront au match, et la sœur et son copain vont aller au village voisin chercher la courroie (du 40 !). C’est un vieux village à disposition western, et aux maisons décrépies. Personne. Ils cherchent le garagiste et le trouve à l’église, en plein enterrement. Le garagiste leur demande d’attendre, après, il s’en occupe. Pendant ce temps-là, le couple découvre un beau bâtiment art-déco, lui aussi décrépi, entièrement fait en cire, même les murs, et pour cause : c’est un musée de cire, apparemment fermé au public, mais dans lequel ils pénètrent, nos jeunes, et découvrent d’étranges statues dans des postures quotidiennes et effroyablement figées. Aucune célébrité bizarrement, c’est n’est pas très Tussaud. Le village va bientôt livrer ses épouvantables secrets, et sans le savoir, tous sont enfermés avec le Diable (façon de parler), et n’ont jamais été aussi prêts de la mort. Ils n’auraient pas dû se séparer. La nuit tombe et le cauchemar commence... Elisha Cuthbert joue la petite sœur. Fille de Kiefer Sutherland dans la série 24 HEURES CHRONO, elle est ici brune ou châtain, et c’est mieux, plus convaincant, plus singulier, plus terre à terre. Son copain est un mec bien en apparence. Son frère, le belle-re de service,  c'est Chad Michael Murray, non pas fils de, mais aperçu quand même dans l’attachant FREAKY FRIDAY. Un petit minet en fait, pas spécialement antipathique, mais plutôt casté pour les filles de 16 ans. Les autres n’ont rien fait de transcendant. Paris Hilton, insupportable idole des jeunes et moins jeunes, dont le seul but dans la vie est d’acheter des caleçons Calvin Klein et des jeans diesel, c’est tellement chic, tout en restant fringué, pour le reste, comme une prostituée albanaise des années 80, déesse de la condescendance, adulée par un peuple trop heureux qu’on lui fasse les poches et qui en redemande... Ben là, même si elle ne fait pas spécialement des prouesses, même si elle n’étonne pas, elle ne détonne pas non plus, complètement fondue (ha ! ha !) dans le reste du casting. C’est déjà ça sans doute. C’est elle, la sexy du groupe. Il aurait mieux fallu qu’elle joue le rôle de la sœur, ce qui aurait été plus attirant. À part une scène où elle arrive à nous vendre sa nouvelle collection de strings et de sous-vêtements de la collection « Salope-Chipie 2006 », à part ce petit dérapage donc, on oublierait presque que c’est elle, si de temps en temps on n’était pas frappé par l’effroyable laideur de son visage, défiguré il est vrai par la chirurgie et par des options cosmétiques qui se révèlent désastreuses et VRAIMENT vulgaires. Quand on a un nez aussi affreux et des lèvres aussi laides, on évite. Bref, sans cette horrible cosmétique kawai-glitter, ça serait passé à l’aise. Là, c’est juste anonyme, la Paris. C’est déjà ça, à la limite. Je vous mets personnellement au défi de pouvoir regarder trois minutes consécutives de sa série SIMPLE LIFE (en hommage à Hal Hartley sans doute !). Une terrible envie de suicide, une terrible envie de devenir serial killer vous prendra aussi sec. Ici, elle n’énerve même pas. Je trouve ça bien.
 
De toute manière, les qualités du film ne se feront pas sur le casting, anonyme. Même si on peut regretter l’absence d’un peu de charisme. Elisha Cuthbert est la plus convaincante, la plus crédible. Pas grave donc, juste un peu dommage. Le film se déroule, la mise en place se fait, les dialogues s’enchaînent. Tiens, ma voiture ne démarre plus, pourtant elle sort du garage, tiens la courroie a pété, tiens, je vais au village, chérie viens avec moi. Bonne idée, nous, pendant ce temps-là, on va faire un tour dans cette forêt. Oh, t’es vraiment trop con, t’es asocial. Répète ça, petit intello, et je te brise. Les garçons, arrêtez tout de suite, essayez de vous entendre. Etc. Vingt minutes après le départ pour le village, on arrive, après trois tonnes de dialogues, au village. Montage parallèle, pendant ce temps-là, les autres attendent. Bref, c’est de l’attente et c’est du long.
Et là, je fais une chose que je ne fais jamais. Pendant la séance, je rallume mon portable. Je n’ai pas de montre, mais je voulais savoir l’heure. Ça fait une heure que le film est commencé, et il ne se passe rien. Une heure pour présenter des personnages que la série DAWSON mettrait trois minutes à décrire dans les moindres détails. Une heure et trois annuaires de dialogues d’ascenseur. Une heure pour un triste bilan : pas de conversation valable, un phare cassé, une courroie cassée et une chute sur un talus (un peu de mercurochrome et il n’en paraît rien, plus de peur que de mal !). Après, ça se met un peu à bouger, avec encore des longues plages d’attente.
La photographie est travaillée, mais je trouve que les intérieurs sombres le sont trop, détruisant tout effet de stylisation au profit d’un effort réel pour le spectateur de scrutation de l’image, ça fait raté, à l’opposé de THE RELIC, réalisé et éclairé par Peter Yates, dont la partie finale se passait dans le noir, mais avec quel style, et surtout en jouant avec ce noir, loin de l’impression de technique hésitante qu’on ressent ici. Un journaliste a parlé de photo magnifique, mais je ne comprends pas. Admettons qu’on ait vu le film dans une copie pourrie, ce qui est très possible. La mise en scène n’a rien d’extraordinaire. Les dialogues (la moitié du film, donc) sont montés avec une banalité affligeante, du billard froid. Cadrage quelconque, voire gentiment médiocre, sauf dans les parties "action" où là, on va te la prendre par l’épaule, la caméra, et secouer un peu tout ça dans tous les sens pour ce que ça ait l’air rythmé, en faisant des plans plus courts ! Bien les gars, c’est révolutionnaire ça !
Bref, c’est banal, banal, banal, banal... Aucun soucis n’apparaît de faire quelque chose qui ait la moindre originalité. Le fait que le film soit long (1h50 pour un scénario bête comme chou et avec peu d’action, c’est long) fait passer de l’indifférence à l’énervement. Tout ça pour ça. Mon dieu.
Et puis le tout devient franchement antipathique dans le final (expédié rapidement). Et là, c’est la débauche. Le fric jaillit de toutes parts dans le plan, les effets spéciaux se multiplient à foison, c’est l’apocalypse dramatique. Le fait de jouer dans un décor qui fond amène quelques détails amusant, mais la réalisation n’en est pas meilleure, c’est juste qu’ils ont tout mis dans cette fin au niveau des moyens. On se dit qu’effectivement, ce bouquet final aurait pu être plus laid, que ça en jette légèrement, que c’est moins laid que LA REVANCHE DES SITH, etc., mais quelle colère ! On a fait tout ce chemin,  lent comme un Derrick  et aussi intéressant que de faire un puzzle 1000 pièces « photo en gros plan d’un morceau de désert », aussi amusant que ça à regarder et à faire, tout ça pour ça ! Une heure quarante d’ennui et de personnages en contre-plaqué pour ça ! Ça pue l’arnaque, et on regrette les quatre pièces de monnaie qui brillaient dans notre poche deux heures plus tôt. En tout cas, on se dit que le film n’existe pas, que les pubs finissent dix minutes avant la fin, et que le vrai  réalisateur du film,  c’est vraiment la boîte qui a fait les effets spéciaux.
Tout ça n’est donc que du calcul. On reste pantois une fois de plus devant la presse professionnelle, qui a encore, après CREEP, salué le film en célébrant le retour aux sources, à la bonne vieille série B d’antan. En cela, ils démontrent qu’ils n’ont, une fois de plus, aucune culture, que ce qui les intéresse, ce sont les stéréotypes et que le cinéma fantastique, ils s’en balancent. Les jeunes qui aiment ce cinéma, eux, ont vu assez de films en salles ou chez eux, diablement plus efficaces, qui ressemblent en tout points à cette MAISON DE CIRE. Ils ont déjà vu beaucoup mieux. Dans la salle, ils s’ennuient ferme. Le journalisme de cinéma a  encore frappé. C’est désespérant.
 
Pour ceux qui doutent, ou ceux qui veulent voir une série B efficace et bien troussée sur ce thème, ils pourront revoir l’étonnant DETOUR MORTEL, film au titre idiot certes, mais qui fichait la trouille et qui était d’une grande gourmandise visuelle, malgré un prédicat des plus classiques. Là, il y avait de la personnalité, là, il y avait de l’envie, comme dit le poète, là, il y avait un désir même de faire quelque chose de beau, d’effrayant et d’original, avec pourtant des personnages aussi carrés qu'ici,  mais bien développés et avec un casting très chouette. Voyez DETOUR MORTEL, comparez avec LA MAISON DE CIRE et vous verrez, il n’y absolument pas photo, ni de près, ni de loin.
 
LA MAISON DE CIRE n’est qu’un film mécanique, mal écrit, et surtout d’un arrivisme antipathique. Et on peut le juger à l’aune de vieux grands-pères comme HALLOWEEN ou DUEL, qui eux aussi jouaient sur peu, mais qui n’avaient pas oublié qu’un film doit d’abord contenir deux choses : de la poésie et de l’émotion. Choses absentes de ce film qui semble généré par un ordinateur ou par un banquier, et jamais par un réalisateur.
 
Poétiquement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Lundi 30 mai 2005

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi

(photo : "Perfect World" par Dr Devo d'après une photo du film LES AVENTURES GALANTES DE ZORRO)

 

Chères Mesdames, Chers Messieurs,
 
Que faire ce dimanche après le vote ? Que faire le dimanche ? Que faire ? Quoi ?
 
Pour tous ceux que la vie intrigue, mais qui n'ont pas encore renoncé à se l'expliquer, on ne saurait que trop conseiller la chose suivante : aller dans une brocante ou une trocante, inspecter le rayon des vieilles VHS et des DVD bon marché, et acheter LES AVENTURES GALANTES DE ZORRO de William Russel, film hispano-mexicano-franco-italo-belge de 1972, dont Georges Sadoul notait dans son célèbrissime DICTIONNAIRE DU CINEMA : "Pas question que je gâche une seule ligne d'encre sur ce film, d'ailleurs il n'existe pas, car j'en ai décidé ainsi". L'Histoire du Cinéma, malheureusement et une fois de plus, a suivi le conseil de ce bon vieux Georges, et a mis à la trappe de l'Oubli le film de William Russel, et une fois que cela fut fait, lança quelques grenades dessus pour être bien sûr qu'on n'en parlerait plus jamais. Mais quelques années plus tard, il y a ce beau site, Matière Focale, justicier même pas masqué de tous les cinémas (il y a un mois, article sur LE MIROIR de Tarkovski, un peu avant article sur CHRONIQUE D’ANNA MAGDALENA BACH de Jean-Marie Straub, et hier, article sur LE COUTEAU SOUS LA GORGE, incunable film avec Brigitte Lahaie). Ici, on répare toutes les injustices du Temps et tous les bobos de l'Histoire. Les gros et les petits. Quel autre site peut vous proposer une critique exhaustive des ces AVENTURES GALANTES DE ZORRO, et consacrer un article à Renoir ? Matière Focale ! Il n'y a qu'un site qui fait ça au monde, et c'est ici, et tout ça, c'est pour vous et rien que pour vous que je le fais. Vous et rien d'autre. Le seul "journaliste" de cinéma qui prend soin de vous, c'est moi (et mes collaborateurs : le Marquis et Tournevis).
 
Je parlais donc hier du COUTEAU SOUS LA GORGE  de Claude Mulot (joli nom), avec Brigitte Lahaie qu'on adore. Je vous disais que j'avais vu le film avec le Marquis, au profit de quelques jours de vacances dans le pays qui est le mien, quelque part à l'Ouest de l'Europe. Dans la même soirée, nous enchaînâmes avec ces improbables AVENTURES GALANTES DE ZORRO dont la relativement classieuse jaquette ne promettait que le meilleur par ce joli sous-slogan (vous savez, le sous-slogan, c'est la petite phrase sous le titre pour vendre le film ; un jour, on consacrera un article aux sous-slogans (ou "accroches"), car c'est un monde fascinant) : "Avec Jean-Michel Dhermay et des tas de jolies filles !" Voilà qui promet, et voilà une splendouillette et absurde accroche. Pendant que je fumais classieusement une cigarette menthol extra-longue importée d'Angleterre, avec une lenteur posée pour ne rien laisser soupçonner au Marquis, affichant ainsi une apparente décontraction toute flegmatique, dans mon cerveau, c'était la grosse panique, me disant, ha ! oui, Jean-Michel Dhermay, oui, bien sûr, voyons...  je l'ai sûrement déjà vu dans... ha ! zut ! ça m’échappe, etc. Ben oui, Jean-Michel Dhermay, quel argument de vente ! Il est presque absolument inconnu. Acteur du célèbre LACHEZ LES CHIENNES ! (les mails d'insultes sont à envoyer à : DrDevo at matierefocale.com) de Bernard Launois (1972, la même année que ce ...ZORRO), de PIGALLE – CARREFOUR DES ILLUSIONS  de Pierre Chevalier l'année suivante, et du célèbre et véridique SERRE-MOI CONTRE TOI J'AI BESOIN DE TENDRESSE de Jean Lévitte (Oh non ! Formidable !), film également connu en France sous le titre sublimissime, complètement véridique et absolument ininventable : AVEC QUOI SOULEVES-TU L'EDREDON ? Il termine sa carrière avec le rare LA PENSION DES SURDOUES de Pierre Chevalier en 1980. Une carrière assez courte mais très riche : 19 films entre 1972 et 1980. Mais attention, ne vous moquez pas du bonhomme. On l'a vu aussi dans LA BANDE A BONNOT en 1969, aux côtés de Jacques Brel et d’Annie Girardot, dans le très sérieux L'ÉTRANGLEUR de Paul Vecchiali, et surtout dans LE CHARME DISCRET DE LA BOURGEOISIE et LE FANTÔME DE LA LIBERTE, les deux chefs-d’œuvre de Luis Buñuel !!
Alors, on se moque moins, hein ? C'est facile de se gausser, hein ? Enfin, on l'aura compris, l'accroche sur la jaquette des AVENTURES GALANTES DE ZORRO n'a qu'un seul but : rameuter en masse les fans hardcore du génial Buñuel ! Je trouvais le slogan débile et racoleur, mais en fait, c'est un slogan art et essai ! Pour tous ceux qui ne sont pas spécialistes du cinéma érotique franco-italien des années 1972-1980, et ceux qui ne connaissent pas par cœur le nom des tous les acteurs qui apparaissent dans les génériques des films de Buñuel, ce qui est mon cas, dans les deux cas, "avec Jean-Michel Dhermay et plein de jolies filles" est le slogan le plus absurde jamais apposé à un produit qu'on essaie de vendre !
 
Quelques minutes après avoir vu la jaquette, le Marquis me montra la jaquette d'un autre DVD acheté au prix de 1,50 euros, dont l'accroche disait : "Quand l'angoisse finit, la terreur commence !" C'est pas mal non plus.
 
Il est assez difficile de résumer LES AVENTURES GALANTES DE ZORRO, surtout près de 36 heures après son visionnage, mais je vais quand même essayer. Comme tout bon Zorro qui se respecte, la historia se passa en California. [Une parenthèse (ce sont des crochets, chef. NdC) pour dire que ceux qui m'ont déjà entendu parler de ma théorie "chez nous en Amérique" ne vont pas être décus. J'y reviens.] Nous sommes au XIXème siècle. A la derecha puedemos ver une jeune fille. Elle s'appelle Virginie. Jeune et jolie fille de bonne famille, elle va se marier avec le Gouverneur peut-être, je ne sais plus trop... Est-ce que c'est dit ? Bref, elle va se marier, et donc arrive en Californie, si bien chantée jadis par le poète, en calèche, accompagnée par sa gouvernante, une dame d'une cinquantaine d'années qui la chaperonne et qui a un prénom complètement absurde dont je serais bien incapable de me rappeler. Sur le chemin, la calèche est arrêtée par des bandits de grand chemin. Ça commence à sentir le roussi, et la longue marche à pieds à cinquante degrés à l'ombre dans les déserts californiens où il fait très froid la nuit, quand tout à coup, venu de nulle part, un fringuant cavalier surgit en plein jour. Il est masqué, il a un superbe cheval noir comme son costume, et en moins de temps qu'il n'en faut pour explorer la filmographie d'un Jean-Michel Dhermay sur Imdb.com, le bel inconnu met en déroute ces affreux mexicains avides de biens matériels. Virginie, qui a reçu une éducation impeccable et pleine de la candeur qui sied à son âge, dit à l'inconnu masqué que, merci beaucoup de nous avoir sauvées, voici mon collier de diams’ qui vous paiera de vos efforts, et que si vous voulez, il y a sur le toit de la diligence une mallette pleine de bijoux, c'est bon mangez-en et servez-vous. Bon prince, le mystérieux justicier, dont le sourire affiché est d'une vitalité qui fait plaisir à voir, décline la proposition et dit :"Ne vous inquiétez pas, ma chère Demoiselle, ma récompense, je l'ai déjà eue, et au centuple", et il la regarde droit dans les yeux. Il repart sur son beau destrier. La classe. Selon toute vraisemblance, c'est le célèbre Zorro.
Scène suivante. Une vieille dame grosse et laide, et visiblement ne possédant pas toute ses facultés, déambule en disant (quasiment à la caméra) : "Vous n'avez pas vu mon Zorro ? Je cherche Zorro !".
Scène suivante. Virginie arrive chez le Gouverneur, son hôte. On s'échange des politesses, venez, je vais vous montrer vos appartements, etc.
Scène suivante. Virginie, au petit matin, va se balader dans les magnifiques alentours de la résidence du gouverneur, pour une petite promenade matutinale de bon aloi. Elle trompe malicieusement la vigilance de sa chaperonne, et au détour d'un arbre apparaît Zorro, toujours fringuant, et visiblement les deux avaient rendez-vous. S’ensuit un petit dialogue splendouillet et sans intérêt, si ce n'est qu'on apprend que les deux tourtereaux se voient déjà depuis plusieurs jours ("Vous n'êtes pas venu hier", dit-elle), ce qui est absolument étonnant, car la scène d'avant, elle arrivait tout juste en Californie ! Ben ouais, c'est comme ça, c'est de l'ellipse et c'est de la brutale ! Ce sera ici la première "dis-cohérence" d'un film absolument improbable, dont la narration échappe à toute logique et toute description.
Vous pouvez oublier Virginie, on ne la verra plus du tout du film (sauf une apparition à la fin), malgré le fait qu'on a passé dix bonnes minutes à introduire son personnage. [Façon de parler. NdC]Au suivant !
Une vieille dame grosse et laide, et visiblement ne possédant pas toute ses facultés, déambule en disant (quasiment à la caméra) : "Vous n'avez pas vu Zorro ? Je cherche mon Zorro !".
C'est dans une auberge, genre la Cantina del Boracho, ou l'auberge della cappela negra. Une serveuse sublime (voir photo) sert à boire à des soldats du gouverneur, en goguette. Ils boivent énormément et de temps en temps maltraitent, en rigolant bruyamment, un natif d'origine mexicaine. La serveuse s'approche et les soldats imbibés lui réclament une chanson. Qu'à cela ne tienne, la serveuse, qui sait ce qu'elle veut, se met à chanter, et c'est le début d'un curieux montage parallèle. Car dans une chambre, à l'étage, qui est là ? Zorro ! Et il est très occupé à honorer une dame brune, de cette manière splendouillette et érotico-soft propre aux productions françaises ou italiennes de l'époque. Déshabillage, embrassage et surtout caressage, les deux amants, nus (enfin surtout Madame, car on va s'apercevoir que Zorro, ou l'acteur qui joue Zorro, a bien du mal à faire glisser son pantalon noir super serré, et au final, il ne dévoilera qu'une demi-fesse, le pantalon restant désespérément indécoinçable). Et ça s'embrasse, et ça rigole, et ça fait des ha ! et des ho !  Mais on appelle Madame pour servir en bas, et elle doit partir. Ça n'entame pas le sourire de Zorro, qui a une drôle de tête sans son masque (en fait c'est Jean-Michel Dhermay, le Troy McClure français). Madame sort et va servir quelques cervoises bien tièdes à des soldats qui ont de plus en plus de mal à faire honneur au langage articulé qui les distinguent du petit gorillon des pampas, le singe le plus répandu dans la région. Pendant ce temps-là, Zorro sourit, seul dans sa chambre à l'étage. C'est à ce moment là que passe la femme de chambre, visiblement d'origine philippine. Zorro a remis son pantalon, mais il est quand même torse nu, ce qui fait rougir la servante. Mais leur timidité ne dure qu'un temps, et Cupidon sait rapprocher le cœur des timides. Zorro décide d'honorer la bonne sur le champ, tandis que cette dernière, bonne âme, n'en demandait pas temps et cède facilement sous les caresses de son amant expert. Caresses, baisers, déshabillage, mains timides qui de temps en temps effleurent une paire de fesses, et des ha ! et des ho ! encore, one more time.
Ça barde pendant ce temps au rez-de-chaussée de l'auberge. Les soldats sont ronds comme des queues de pelles, et des paysans muchachos du cru ont le malheur de se plaindre aux soldats, incarnations musclées de la politique extra-dure du Gouverneur. Une bataille commence dans l'auberge, mais après que la belle servante ait chanté sa belle chanson d'amour, en entier et avec mariachis, bataille dans laquelle le "peone" leader de la mutinerie sera sévèrement ridiculisé.
De son côté, à l'étage, la petite servante donne tout son amour, et bien volontiers, à Zorro assis sur un fauteuil-Emmanuelle. "Ho", soupire-t-elle. Zorro sans son masque a décidément une drôle de tête. Il est joué par le célèbre acteur buñuelien Jean-Michel Dhermay. C'est classe.
En bas, les petits paysans natifs à la peau bronzée par le travail au soleil sont en train de prendre une sévère raclée. Ça barde. Les mariachis craignent pour leurs instruments et rangent leur guitare dans les étuis.
Au 1er, Zorro remet sa chemise. La petite servante affiche un sourire béat, un peu comme si elle avait appris que demain, on passait à l'heure d'hiver et qu'on gagnait une heure de sommeil. "Ce petit repos de l'âme n'a pas de prix", dit-elle, ou du moins pense-t-elle assez ostensiblement. Zorro, lui, pense à raison, au plus profond de lui-même, qu'il ne va sans doute pas devoir payer sa nuit d'hôtel, et que dans 15 minutes, on l'attend sur le plateau du CHARME DISCRET DE LA BOURGEOISIE, il est temps qu'il se dépêche.
En bas, dans la salle de l'auberge, les moqueries et les coups pleuvent comme la misère sur le pauvre monde. L'alcool, s'il décuple les coups des soldats, n'est d'aucune aide au dos des pauvres paysans qui sont en train de se manger une raclée sévère. Les jeux de mots des soldats sont de plus en plus lamentables, et ça sent le bouquet final pour les paysans. Hola ! Que tal ? Una cerveza por favor ! Chiquitita, tell me what’s wrong ! C'est à ce moment là que ZORRO surgit de nulle part et d'une porte, et arrive au rez-de-chaussée de l'auberge, ça va barder. Une bataille assez logique s'ensuit, dans laquelle le vengeur masqué, armé d'un fouet et d'une épée, venge l'honneur de l'agriculteur local. En deux temps trois mouvements, c'est plié, Zorro met en déroute les soldats et a même le temps de leur faire la leçon.
 Scène suivante. Une vieille dame grosse et laide, et visiblement ne possédant pas toute ses facultés, déambule en disant (quasiment à la caméra) : "Vous n'avez pas vu mon Zorro ? Je cherche Zorro !".
Etc, etc, etc. Pendant 85 minutes.
 
Ce beau film de William Russel enchaîne les scènes de films de Zorro et les scènes érotico-super-soft-mais-à-oilpé quand même, dans une joyeuse farandole dont le moins que l'on puisse dire est qu'elle fait plaisir à voir. Le parti pris du film est donc ambitieux. D'abord, faire du softcore avec Zorro donc, et de deux, rendre pourtant compte de la terrible oppression du gouvernement U.S sur les populations natives et pauvres. Dans une sorte d'utopie politique et poétique, comme dirait Georges Sadoul qui, dans son fameusement célèbre DICTIONNAIRE DU CINEMA, disait de Jean-Michel Dhermay (acteur ayant également joué dans des films de Buñuel, voire d'autres films non-mexicains) : "Ce type n'existe pas ! D’ailleurs, ses films n'existent pas et le cinéma non plus ! Laissez-moi tranquille et ramenez-moi dans ma chambre", comme disait Sadoul donc, LES AVENTURES GALANTES DE ZORRO mêle le récit politique et la romance dans une même utopie qui verrait non seulement le héros hollywoodien entièrement au service des pauvres et du peuple, certes, comme dans la version de Disney, mais où le peuple aussi participerait à sa libération en aidant Zorro, et en préparant des actions avec lui. C'est beau, des hommes qui s'entraident. Les femmes, elles, récompensent Zorro.
 
Bon, il faut amener quelques précisions. Ce film est donc réalisé par William Russel, cinéaste qui n'a aucune parenté avec Ken Russell, le fabuleux cinéaste anglais du film LES DIABLES (un des plus beaux films du monde), et pour cause : William Russel n'existe pas. C'est un honteux pseudo derrière lequel se cachent Gilbert Roussel et le cinéaste italien Bruno Mattei, l'homme aux mille pseudos qui, depuis 1970, a réalisé 47 films, tous plus fauchés les uns que les autres, dont le cultissime LES RATS DE MANHATTAN, film dans lequel Manhattan est envahie par des rats voraces, et dans lequel on doit voir, au grand maximum, euh... une dizaine de rats dans tout le métrage ! Je n'ai toujours pas vu ce film ! C’est pas juste.
Par contre, de Bruno Mattei, j'ai vu VIRUS CANNIBALE (réalisé sous le pseudo Vincent Dawn, c'est plus chic), où l’on combat les zombies mutants nucléaires en s'habillant en tutu vert (véridique). [Le film est d'ailleurs, et très curieusement, très bien cadré !] Vu aussi le célèbre ROBOWAR, avec l'improbable Reb Brown dans le rôle principal, acteur sublime qui aurait aussi fait malheur dans le domaine de la Boucherie-Charcuterie. Le film est un croisement osé entre PREDATOR, ROBOCOP et VOYAGE AU BOUT DE L'ENFER. Le design du cyborg est magnifique, et richement doté (il porte un casque de moto dont la visière se ferme toute seule !). C'est tourné aux Philippines en plus ! Que demande le peuple ?
LES AVENTURES GALANTES DE ZORRO est une coproduction franco-belge dont il va falloir que je vous explique le principe. En fait, le film utilise les images d'un film de Zorro déjà existant et complètement inconnu, dont je n'ai pu retrouver la trace nulle part. Ce film-matrice est sans nul doute un film espagnol ou mexicain au technicolor fané. Le but du jeu a été, pour Mattei, de tourner des scènes érotiques encore une fois très softs, et de les inclure tant bien que mal dans le métrage original pour faire un nouveau film. Les scènes tournées par Mattei sont cadrées épouvantablement (c'est très drôle), et ont une couleur absolument fadasse, sûrement du 16mm, qui contraste nettement avec le technicolor rachitique et hispanisant de départ. Le tout atteint des niveaux d'absurdisme délirant, Mattei ayant dû sabrer comme un sagouin dans le film original pour obtenir un film de moins de 90 minutes. On s'aperçoit très vite que le Zorro original ne ressemble pas du tout au Zorro de Mattei, que les deux acteurs ne se ressemblent pas du tout. L'histoire est bien sûr, du coup, totalement incohérente. Non seulement Zorro défend le peuple, mais en plus les femmes de paysans se prêtent facilement à l'insatiable appétit amoureux du justicier !
Toutes les 10 minutes, une grosse bonne femme cherche Zorro (voir plus haut), comme une sorte de running gag, parfois dans des séquences complètement incongrues. Pourquoi cherche-t-elle Zorro ? On ne sait pas. Elle finit par le trouver. Elle arrive devant Zorro et demande :"Vous n'auriez pas vu Zorro ?". Ce à quoi Zorro répond : "Ha ! c'est moi !" Et c'est tout ! [Sans parler de la réplique finale : « Zorro tient toujours ce qu’il promet ! » NdC.]
 
La dernière scène est hallucinante. Il s'agit du bal du Gouverneur (on y mange plein de Ferrero), bal masqué où plusieurs invités n'ont rien trouvé de plus intelligent que de se déguiser en Zorro (notamment la serveuse de l'auberge, qu'on n’avait pas revue depuis !). Vous imaginez le Bazar quand Zorro, le vrai, se pointe lui aussi. Surtout que, parallèlement, pendant la bataille qui s'ensuit, un type très laid mais très malin couche avec des soubrettes et des dames du monde en se faisant passer pour Zorro. Dès qu'elles voient le masque, les femmes succombent, et le bougre en profite bien.
Le montage est splendouillettement incohérent. Le film est également sonorisé de manière sublime. Une éponge lancée dans une bassine d'eau double astucieusement une poursuite à cheval et à 20 personnes dans la rivière. Deux fourchettes frottées l'une contre l'autre vous fourniront un splendide son de duel à l'épée (ce qui est très drôle car le budget fourchettes du film devait être très modeste : du coup, que Zorro se batte en duel ou contre trente soldats, c'est toujours le son des deux mêmes fourchettes).
Un dernier pont. Je remarque que, dans ce film, Zorro est toujours Zorro et n'est jamais Don Diego de la Vega. Pas de Bernardo, et pas de sergent Garcia !
Bref, ce film absolument improbable est délicieusement Z, et ne peut que ravir le vrai cinéphile. On rit jusqu'à ce qu'on s'arrête, du début jusqu'à la fin, devant tant d'incongruité. On trouve le film d'occasion à 5 euros en DVD. Ne laissez pas passer cette chance.
 
Passionnément Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Dimanche 29 mai 2005

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(photo: "La Zone" par Dr Devo d'après une image du film LA NUIT DES TRAQUEES de Jean Rollin)

Chers Amis,
 
Le vote c'est bon, mangez-en. À l'occasion du vote de demain et, il faut bien le dire, par négligence et ne m’étant pas réinscrit sur la liste électorale de ma nouvelle commune (car j'ai déménagé cette année, comme ça vous savez tout), me revoilà dans les Territoires de l'Ouest, région de mon enfance. Mais les nuages ont des contours argentés, et voilà, par ce voyage, l'occasion de passer quelques temps chez le Marquis, et de se faire quelques bonnes petites soirées à regarder quelques chefs-d’œuvre et autres incunables, et à constater les proportions gargantuesques qu'est en train de prendre sa dévédéthèque qui contient plusieurs milliers de volumes maintenant. Il y a du Bergman, il y a du Welles, mais aussi du rare (José Mojica Marins, le génial brésilien),  de la série B, de la série A et de la série Z en veux-tu en voilà, faisant de son chez lui l'endroit le plus éclectique, et à mon sens le plus complet du monde. La Cinémathèque Française est là, bien cachée. Et il a du talent, le Marquis, bien qu'il vive dans une ville moyenne, pour dénicher des DVD à des prix défiant toute concurrence sur le marché de l'occasion. Quand il va au Cash-converters local, on lui dit "Bonjour Monsieur", et on lui montre les DVD pas encore en rayon, sous le comptoir, tel Jacques Fabre allant chercher les meilleurs arômes, au fond du magasin du péon local !
 
Dans les nouveaux arrivages en ce moment, mais ce n'est pas toujours le cas, peu de série A chez le Marquis, et beaucoup de films plus improbables les uns que les autres, petits bijoux inconnus ou gros ratages flamboyants, il y a de tout et pour tous. Homme de goût et homme de classe, le Marquis laisse choisir l'invité, moi en l'occurrence. Pour cette soirée splendouillette, où fut d'ailleurs servi du pop corn sucré (la classe), voilà ce que je découvris, tel un héros de chez Lovecraft, n'en croyant pas mes yeux devant de tels monstres... et perdant à moitié et délicieusement la raison.
 
La jaquette du COUTEAU SOUS LA GORGE, le film de Claude Mulot (jamais entendu parler, "ce n'est pas son meilleur" dit un lecteur américain de IMDB.com !) avec Brigitte Lahaie, nous promet un "suspense dans la lignée des premiers giallos d’Argento", rien que ça ! Ainsi, il y avait un type en France, il s'appelait Mulot quand même, et il réalisait des chefs-d’œuvre dans la lignée de L’OISEAU AU PLUMAGE DE CRISTAL et des FRISSONS DE L’ANGOISSE, et je n'en savais rien ! Scandale ! Il fallait réparer cette lacune et rendre hommage à ce réalisateur bien ignoré dans son propre pays.
En plus, Brigitte Lahaie est une femme tout à fait sympathique, non pas parce qu'elle a été la première actrice porno médiatisée, mais parce que, et on le sait peu, dans les années 80, parallèlement à sa carrière dans le cinéma X, elle faisait du cinéma traditionnel (B ou Z), du cinéma de genre, notamment grâce à notre ami Jean Rollin (Bonjour Jean, j'espère que vous allez bien) qui prit très au sérieux son potentiel d'actrice (sans ironie, même si Rollin a aussi utilisé son potentiel érotique, mais plutôt dans une perspective "gothique", disons à défaut de mieux, que dans une perspective salace ou commerciale). Et cette année, lorsque je vis CALVAIRE de Fabrice Du Welz, force était de constater que, malgré le petit rôle qu'elle avait dans le film, elle était excellente. Bref, Lahaie est quelqu'un de très sympathique.
 
Ça commence par une femme qui court, qui court, qui court dans les rues de Paris, en criant, poursuivie par d'invisibles poursuivants. La séquence dure trois bonnes minutes ; elle trouve refuge dans un commissariat où elle annonce qu'elle vient de se faire violer par trois hommes. Tout le monde dans le commissariat lui rigole au nez ! Apparemment, c'est déjà la troisième fois ce mois-ci ! La jeune fille (Florence Guérin, vue dans LE BOURREAU DES CŒURS avec Aldo Maccione, LE DECLIC, et DEMONS 6, quand même), à moitié nue sous son imper, est une grave mythomane. Brigitte Lahaie est directrice artistique dans un magazine érotique aux photos "scandaleuses". Et Florence Guérin est l’une de ses deux modèles favorites, qu'elle fait prendre en photo par un photographe acariâtre, humiliant et boiteux (ben oui), au caractère détestable, mais qui sait s'y prendre pour faire des photos qui se vendent. Un soir, la petite troupe (Lahaie, les deux mannequins et le boiteux photographe), vont faire des photos olé-olé (très softs) dans un cimetière, sous les yeux du Conservateur (sic !???! En fait, le gardien ou l'administrateur du cimetière, je suppose) qui a bénéficié d'un gros pot de vin pour laisser Lucie faire et pour fermer les yeux sur la séance de poses clandestines. Le Conservateur regarde la séance de travail mi-horrifié, mi-dégoûté et mi-attiré ! Le lendemain, il agresse une jeune femme, encore tout chamboulé de désir, la tue et se jette sous un camion. Euh...ouaip. Bon, ça fait 25 bonnes minutes que c'est commencé et on ne sait toujours pas de quoi ça parle ! Ca vient, ça vient, t'inquiète pas petit. Les jours suivants, Florence Guérin se fait agresser dans son appartement, ou du moins c'est ce qu'elle croit, par un homme inconnu. Evidemment, Lahaie, sa patronne ou Natasha Delange, sa collègue, ne la croient pas. À force de crier au loup, plus personne ne la prend au sérieux. Mais elle continue à recevoir des coups de fil anonymes (assez hilarants en fait), et surtout le photographe se fait tuer ! Le début d'une étrange traque commence…
 
Comme vous le voyez, c'est assez difficile à résumer correctement, l'intrigue ayant du mal à se lancer, et surtout l'aspect incertain de la narration nous laissant souvent dans le flou artistique. Pendant deux bonnes bobines, les scènes s'enchaînent comme dans un épisode de VOISINS VOISINES, sans que l’on sache très bien où il veut en venir, notre ami Mulot, dont c'est le dernier film. Il perdit la vie cette même année 1986 en se baignant (ce qui rend LE COUTEAU SOUS LA GORGE bien prémonitoire !). Réalisateur des films SEXYRELLA (RIEN FAIRE ET LES SEDUIRE) en 1968, son premier film, on lui doit également C'EST JEUNE ET ÇA SAIT TOUT (en 1974, avec Jean Lefebvre, Michel Galabru, Darry Cowl, Michel Audiard (!), Daniel Ceccaldi et l'oubliée Christine Fabréga, fabuleux casting), LE SEXE QUI PARLE (en 1975, avec des gens), et le fameux LE JOUR SE LEVE ET LES CONNERIES COMMENCENT (en 1985, avec Maurice Rich, Jacques Legras, Philippe Castelli toujours excellent, Jane Chaplin (fille de ?), Henry Guybet et Johnny Hallyday, excusez du peu, et dont vous pouvez ne pas aller voir QUARTIER V.I.P, que je suis allé voir pour vous et qui est complètement nul !).
Mais Claude Mulot, c'est aussi le célèbre scénariste de MARCHE PAS SUR MES LACETS (magnifique, ce titre, un film du regretté sinon regrettable Max Pécas !), le fameux ENTRECHATTES déjà évoqué ici (quel autre site internet peut vous parler aussi bien de Tarkovski que de Claude Mulot, et peut se permettre de citer deux fois, et dans deux articles différents, le film ENTRECHATTES, hein ? C'est pas beau, ça ? C'est pas dans Positif ou Les Cahiers que ça arriverait !), ON EST VENU LÀ POUR S'ECLATER (en 1979, et dont le titre allemand est, je vous le rappelle, HOTDOG AUF IBIZA, mon titre de film allemand préféré avec ZOMBIE UNTER KANNIBALEN), et bien sûr EMBRAYE BIDASSE ÇA FUME (1978) de Max Pécas, avec Coralie Clément (dont la biographie dit qu'elle est née en 1982 alors que ce film est de 1978, ce qui fait d'elle le plus jeune pré-fœtus de l'histoire du cinéma !). N'oublions pas non plus les beaux scénarios de ILS SONT FOUS CES SORCIERS (1978, de George Lautner quand même, dont le titre international est WHO IS THAT SPLASHING IN THE MEDITERRANEAN, je cite), MIEUX VAUT ÊTRE RICHE ET BIEN PORTANT QUE FAUCHÉ ET MAL FOUTU (1980, du regretté Max Pécas) et le célébrissime ON SE CALME ET ON BOIT FRAIS À SAINT-TROPEZ (1987, encore du regretté Max Pecas).
 
Si avec ça, Google ne m'apporte pas 1000 lecteurs supplémentaires par semaine, c'est à n’y rien comprendre.
 
Revenons, après ce vibrant hommage, au COUTEAU SOUS LA GORGE. Le film est tourné avec assez peu de moyens, mais quand même plus que chez Jean Rollin (que, très sérieusement cette fois, le Marquis et moi-même adorons, et que nous avons même rencontré !). Le scénario donc est bien confus pendant 20 ou 30 minutes, ce qui plonge le spectateur dans un état second pas désagréable, émaillé de répliques assez splendouillettes dont ma préférée, anonyme sur le coup et complètement improbable à la réflexion, cinq secondes après : "Je t'en prie, ne sois pas exaspérée" !  Ensuite, l'intrigue se tourne vers le thriller ou suspense, sans qu'on pense forcément au fantastique, malgré une étiquette giallo surlignée en gras, et même une citation d’INFERNO de Dario Argento. Le montage est souvent fait de manière gentiment improbable, avec des coupes très sèches et quelquefois impromptues, assez amusantes, comme on n’en fait plus. Question photographie, les scènes de nuit, plutôt nombreuses, sont très sombres et peu réussies, tandis que, par-ci par-là, les scènes de jour ont de bons moments (l'agression de la jeune fille par le conservateur, ou les abords de l'appartement de Florence Guérin avec de jolies couleurs automnales et plutôt bien cadrées au grand angle). Le rythme global est assez improbable, plutôt lent, avec des scènes de meurtre un peu sous Prozac ou tout du moins pas spécialement nerveuses et étonnantes (question de budget là aussi, sans doute), et en tout cas très loin de ses modèles italiens. Le cadre est assez anonyme, mais on peut citer quand même un tic hypnotique  et très incongru consistant, dans les plans larges en extérieur, à faire systématiquement un panotage de la caméra vers le ciel ! La musique a son importance, au synthé d'époque (comme on en trouve souvent aussi dans les productions TROMA), se basant sur des phrases semi-mélodiques d'une douzaine de notes (quasiment de la musique dodécaphonique, quoi !) qui se répètent en variant quelque peu, ce qui contribue à cette impression de limbes à moitié charmante, à moitié endormante, et auxquelles les plus extrémistes d'entre nous pourront trouver du charme.
 
Les actrices et les acteurs sont tous très improbables, débitant des dialogues souvent complètement splendouillets, voire ineptes, pour notre plus grand plaisir. Brigitte Lahaie est quand même largement en dessous de ses prestations chez Rollin. Par contre, j'ai un faible pour l'actrice qui joue l'étrange concierge, avec son physique normal (les autres actrices ont des physiques plus avantageux) et son visage grêlé. Il ressort de tout cela un film assez improbable et plutôt charmant. À la fin du film, la première séquence est reprise intégralement. L'héroïne se remet à courir, poursuivie par le tueur mystérieux, et prend refuge au commissariat. Claude Mulot reprend les plans qu'il avait tournés au début, sans faire de nouvelle prise, et pendant quelques secondes, on se dit que le film va simplement redémarrer sans se conclure, un peu à la manière de la boucle de Moebius du LOST HIGHWAY de David Lynch. Malheureusement non. Le film se résout, le mystère (complètement à trois balles) est expliqué, et même la queue de poisson finale si chère aux films de genre est présente ! Dommage, cette ultime audace nous aurait bien plu.
 
LE COUTEAU SOUS LA GORGE est le rescapé d'un maigre cinéma de genre (fantastique) français, qu'on peut voir en archéologue du cinéma, au profit d'une collection DVD très bon marché, de ces collections à très faibles moyens qui ressortent des films improbables et oubliés qui, sans cela, seraient passés à la trappe de l'Histoire (et révélant quelquefois de magnifiques surprises, comme LA NUIT DE LA MORT, film fantastique français sublime dont le Marquis ou moi-même finiront sûrement par vous parler). Le film de Claude Mulot, à l'érotisme très, très soft et désuet, malgré ce qu'on aurait pu supposer au vu du pedigree de son réalisateur, et malgré la présence de Brigitte Lahaie, se trouve à des prix  défiant toute concurrence, genre trois ou quatre euros neuf et beaucoup moins en occasion (!). Ce film peut être une curiosité dans un paysage cinématographique français qui, contrairement à l'Italie, à l'Angleterre ou à l'Espagne de l'époque, n'a jamais eu, si l’on excepte l’œuvre de Jean Rollin, de courant fantastique marqué. Les curieux pourront quand même tenter cette expérience assez drôle (involontairement) et assez énigmatique de  voir ce film entre la série B fauchée, et sans doute très proche de la série Z. Enfin, on évitera de lire le résumé au dos du DVD, car il dévoile l'intrigue et l'identité du tueur mystérieux, ce qui est plus qu'embêtant pour un film se prétendant être un giallo !
 
Passionnément Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Samedi 28 mai 2005

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(photo: "Le Carafon" par Dr Devo)

 

 

LA FELINE, de Jacques Tourneur (USA - 1942) / LA MALEDICTION DES HOMMES CHATS de Robert Wise (USA - 1944), LA FELINE, de Paul Schrader (USA - 1982) : goûté et approuvé.

Une jeune femme perturbée par les légendes de son pays d'origine et une ancienne malédiction supposée peser sur sa famille, est persuadée qu'elle ne peut aimer (comprenez "coucher", nous sommes en 1942), car elle se transformerait alors en panthère. On dit souvent de LA FELINE qu’il a sauvé la RKO du naufrage suite au bide de l’onéreux CITIZEN KANE d’Orson Welles. Rien ne nous oblige pour autant à comparer les deux métrages, mais j’avance malgré tout qu’à mes yeux, le film de Jacques Tourneur n’a pas à rougir face au classique de Welles. LA FELINE est le chef-d’œuvre de Tourneur, et l’un des plus beaux fantastiques produits par la RKO avec KING KONG. Par manque de moyen (d’abord) et par volonté de se démarquer des studios Universal (qui enchainaient à l'époque les Frankenstein, Dracula et consorts), la RKO avait choisi de mettre en scène un cycle de films fantastiques se distinguant par leur originalité et surtout par leur sens de la suggestion, suggestion ici portée à son plus haut niveau. LA FELINE est l’un de ces films parfaits, qui n’a jamais su vieillir malgré la désuétude de certains dialogues, par la grâce d’une mise en scène profondément fascinante (l’arrêt de bus, la piscine), la rigueur de son écriture, la richesse sonore, la beauté de sa photographie, et l’intelligence de son sous-texte, éminemment sexuel. Et malgré mon affection pour le loup-garou en goguettes campé par Lon Chaney Jr à la même époque, force est de constater que la lycanthrope campée par Simone Simon, pour être moins démonstrative, n’en est que plus classieuse et troublante. Troublante comme l’éphémère apparition de l’actrice Elizabeth Russell ("moia sistra…"), au visage toujours aussi étrange, beau et inquiétant.
 
 La méthode RKO était ce qu’elle était – et elle a d’ailleurs admirablement fonctionné pendant quelques années. Le producteur Val Lewton commandait un scénario sur la seule base d’un titre attrayant, type « faîtes moi un film s’intitulant I WALKED WITH A ZOMBIE ». Le splendide LA FELINE (CAT PEOPLE) ayant rencontré un énorme succès, il n’en fallut pas plus pour que Lewton passe commande d’un film intitulé CURSE OF THE CAT PEOPLE. Une suite a donc été rédigée et tournée dans la foulée du succès de l’original. On y retrouve le fantôme de Simone Simon, errant autour de la maison familiale de Kent Smith et Jane Randolph, mariés suite au dénouement de LA FELINE, et parents d’une petite fille à l’imagination débordante. Bien évidemment, le fantôme d’Irena va très vite s’intéresser à la petite Alice… En réalité, cette MALEDICTION DES HOMMES-CHATS a ceci de particulier que le film ne présente ni malédiction, ni hommes-chats !!! Et ce n’est sans doute pas plus mal. Exit la lycanthropie mélancolique et l’épouvante suggestive, place à une forme de conte merveilleux aux contours sombres, mêlant magie et mélancolie, instants de poésie et séquences d’angoisse lorsqu’apparaît le personnage superbement campé par la mystérieuse Elizabeth Russell, qui revient ici dans un rôle plus conséquent. Plus rien à voir avec l’original, le film ne constitue une suite qu’en apparence. Entamé par le cinéaste allemand Gunther von Fritsch (viré parce qu'il travaillait trop lentement) et bouclé par un Robert Wise débutant qui n'avait pas encore réalisé LE JOUR OU LA TERRE S'ARRETA ou LA MAISON DU DIABLE, le film n’en est pas moins une petite merveille visuellement superbe et à l’écriture extrêmement riche et nuancée.

Le remake, par Paul Schrader, du chef d’œuvre de Jacques Tourneur, pour sa part, ne parvient pas à l’égaler, c’est vrai, mais n’en demeure pas moins un film original et respectable. Exit la puissance de suggestion du film original, le remake se montre très explicite dans les séquences gore comme dans les métamorphoses (d'ailleurs assez belles). Le film y perd en évocation ce qu’il gagne en spectaculaire – et allez, enfonçons des portes ouvertes. Mais il se distingue surtout par la noirceur de son récit, et par son érotisme assez subversif (inceste, sang virginal…). Le résultat est dans l’ensemble très intéressant, quelques séquences sont superbes (la ballade nocturne dans le bayou), d’autres un peu plus kitsch(l’arbre aux panthères). Les panthères justement sont plus présentes que dans la version des années 40, elles sont admirablement filmées et fascinantes. En essayant de moderniser le récit original écrit par DeWitt Bodeen, Paul Schrader s'en tire avec les honneurs. Il reproduit certaines séquences de l'original (dont la panthère rôdant autour d'une piscine plongée dans le noir), restitue au film ses aspects les plus dérangeants qui n'avaient pas pu être tournés dans les années 40 (un peu comme le ferait plus tard John Carpenter avec LE VILLAGE DES DAMNES), propose un dénouement plus ouvert, moins noir que l'original, et rate, quand même, le coche à plusieurs reprises, principalement à cause de concessions au style toc des années 80. A ce titre, on est en droit d’émettre de grosses réserves sur la partition de Giorgio «Bontanpi » Moroder, dont les synthétiseurs détruisent littéralement la poésie de certaines séquences. On se console avec un casting soigné et parfois tout nu, dominé par la très belle Nastassja Kinski, convaincante et moins "nunuche" que Simone Simon. Je ne suis pas un anti-remake primaire, je prends toujours beaucoup de plaisir à en voir, et je ne déteste pas celui-ci; je précise par contre qu'il serait dommage de déflorer (miaooouu!) les belles surprises du film de Jacques Tourneur, et qu'il est préférable de voir les trois films dans leur ordre chronologique.

Le Marquis.

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Vendredi 27 mai 2005

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(photo par Dr Devo)

Chers Gens,
 
On ne critiquera pas les distributeurs dans cet article. Enfin, peut-être un peu à la fin.
 
Commençons par une bonne nouvelle : Elvis est vivant ! Ce n'est pas une métaphore mais un fait. Elvis est vivant, il a vieilli certes, mais il est vivant. Bonne nouvelle, je vous le disais. Et un bienfait n'arrivant jamais seul, Don Coscarelli, le mystérieux et culte réalisateur de PHANTASM, son grand chef-d'œuvre au montage et au sujet aussi singuliers que magnifiques.
 
Elvis est donc vivant. Il est tout vieux, il faut bien le dire. Disons même qu'il a, pour être plus précis, l'âge de ses artères. Il vit dans une maison de retraite aux USA, une petite maison de retraite pour pensionnaires peu fortunés. Le visage un peu bouffi par l'âge (mais moins qu'on ne pouvait le supposer), creusé de rides, c'est bien normal, mais les favoris et une vague coupe rappellent que c'était lui, le King, le roi du rock n' roll. Que reste-t-il de notre idole ? Bah, pas grand chose. Il a du mal à se déplacer, reste tout le temps dans son lit ou presque, regarde son mutique voisin de chambre tousser à la mort. Mais le cerveau fonctionne à peu près dans les moments de lucidité où il commente et s'interroge sur sa drôle de destinée, qu'il finit là, éloigné de tous, et éloigné de sa propre image. Un petit vieux qui trouve bien cruelle la fin du parcours. Le reste du temps, il a la tête dans le coltard. Plusieurs facteurs déclencheurs vont avoir lieu. La mort de son voisin de chambre mutique, devant ses yeux, sans que cela ne suscite de drame : la mort à l'œuvre, tranquillement et même banalement. Quelques jours après, la fille de cet ex-cothurne vient chercher les affaires de feu son père. Elle récupère quelques vêtements et met à la poubelle les quelques vieilles photos et la Purple Heart (médaille militaire) du paternel. Elvis demande à les récupérer. Premier choc. La nuit qui suit, Elvis (et le film) a un flash. Une des pensionnaires aurait été tué par une sorte de scarabée monstrueux caché dans une boîte de chocolat ! La vieille dame est effectivement morte le lendemain. Pour une fois, Elvis décide de prendre son déambulateur et d'aller voir un de ses camarades, le seul qui le prenne encore vraiment et de tout cœur pour Elvis. Ce copain, un peu foufou, c'est Jack. C'est un petit noir moustachu. Jack a une sérieuse vision de son existence : on a essayé de l'assassiner en 1963 ("Ils" ont essayé de l'assassiner). Comme ça n'a pas marché, "ils" ont récupéré son corps agonisant, l’ont remodelé grâce à la chirurgie esthétique, et l'ont "peint en noir", et ainsi il était neutralisé : qui croirait que Jack, ce petit noir moustachu, c'est... Ben oui, le meilleur pote d'Elvis est un petit noir élégant qui est persuadé d'être John Fitzgerald Kennedy ! Elvis n'y croit pas une seconde, mais JFK est le seul à le respecter encore en tant qu'Elvis. Bah, ce n’est pas un mauvais bougre. En attendant, Elvis s'ennuie, et sa seule et désagréable distraction dans la journée, c'est la visite de l'infirmière ironique qui vient "refaire son pansement". En effet, Elvis a une sérieuse infection au pénis, qui demande à être nettoyé tous les jours, moment humiliant s'il en est. Le King pense que c'est un cancer mais que personne ne veut le lui dire. Bah, à cet âge, quelle importance ?
Et puis les flashs concernant le monstre-scarabée continuent dans la tête d'Elvis. Un autre pensionnaire meurt. Voilà qui intrigue "The Pelvis" beaucoup, ça le fait cogiter. Et ce jour-là, quand l'infirmière vient nettoyer son sexe meurtri, Elvis a une érection. Pour lui, c'est clair : c'est parce qu’enfin, il s'intéresse à quelque chose (le monstre-scarabée), et que cette chose est en train de lui redonner une raison de vivre et une vie sociale ! Pour Elvis, il est temps d'empoigner le déambulateur et d’enquêter sur cet étrange monstre qui tue les pensionnaires avec son vieux pote JFK...
 
Mon dieu, quel film ! Quelle idée de faire un film pareil ! Qu’est-ce qui peut se passer dans la tête de Coscarelli ? On ne sait pas et on s'en fout. Comment décrire l'étrange ambiance de ce film ? Ce n'est pas facile. L'humour du générique, et notre découverte dans les premières minutes d'Elvis le Vieux, voilà qui est complètement loufoque et qui paraît largement délirant. Ça le sera, et en même temps ça ne le sera pas du tout. Les premières séquences, malgré les "flashs" que subit Elvis, "flashs" sans doute dus à la fatigue et à l'ennui qui le plonge dans le coltard comme on dit, malgré ses flashs, dis-je, Coscarelli rythme drôlement son film, avec une espèce de faux rythme, de slowburn, retraçant formidablement l'apathie de cette vie de petit vieux, apathie presque fantastique où les causes sont floues, mais où le sentiment est réel, et ce sentiment s'appelle la solitude. Une des premières grandes scènes est celle où la fille de son ex-voisin de chambre vient chercher les affaires de son père. Comment peut-on jeter des photos à la poubelle, pourquoi n'est-elle jamais venue ? "Je suis déjà venue, le jour où je l'ai fait entrer ici" dit la fille. L’humour et la tristesse du film sont contenus formidablement dans cette réplique. Un humour très caustique, cruel, pas bête. Et l'aspect hénaurme du personnage d'Elvis ! Quelle idée ! Elvis retraité !
Et c'est peut-être là le plus étonnant : via ce personnage loufoque, et même supra-loufoque, par ce personnage donc, c'est là que Coscarelli réussit à construire son film, et les fondations de la maison sont très étonnantes. Même si BUBBA HO-TEP est un film fantastique, c'est le personnage d'Elvis qui pose la chronique sociale, eh oui, vous avez bien lu, la chronique sociale qui fonde son film ! Le film, qui montre Elvis en déambulateur traquer une momie sanguinaire avec son pote JFK devenu noir suite à un complot, est un film du "cinéma du réel" !
 
Un jour, vous verrez peut-être ce film. Un jour. Alors pour ne rien vous gâcher, maintenant que je vous ai donné l'étrange hypothèse de ce film (un film sur les vieux qui est aussi un film de momie), il va falloir faire vite, ne pas trop expliquer la chose, ne pas trop dire ce qu'on a ressenti, et vous laisser découvrir la chose dans toute son incongruité. Car ce film, plus qu'un autre, reste complètement étonnant. Après avoir été pris par la main dans un postulat loufoque mais touchant, le film nous fait entrer dans un monde étrange, et on serait bien malin de savoir où il va nous emmener. Et ça, c'est le vrai charme et la beauté absolue du Cinéma, une sensation trop rare qu'on s'attachera ici à ne pas trop gâcher.
 
Coscarelli est en grande forme, et pas seulement parce qu'il a pondu un chouette scénario ! Même si on est sans doute en dessous de l'incroyable virtuosité de PHANTASM, le niveau est très haut. Le film a sans doute bénéficié de moyens relativement modestes, mais il n'empêche, c'est assez beau. Le montage, assez discret, est très précis et permet de temps à autres de beaux parallèles simples et touchants (la récurrence du pont, d'un rêve à l'autre, par exemple). Les scènes dialoguées sont très bien montées. Les comédiens semblent se placer et jouer pour le montage, pour le rythme, là où d'habitude, on a l'impression que les réalisateurs en général font leur montage en fonction des prises. J'aime bien. La photo est vraiment superbe. Fantastique la nuit, très jolie, comme un réminiscence inconsciente de BARTON FINK, sauce moderne, aidée en cela par un très joli décor des couloirs de la maison de retraite. Le jour, la lumière est superbe également, avec beaucoup de caractère. Les réalisateurs devraient s'en souvenir : une lumière travaillée, même simple, donne une incroyable impression de luxe à votre film.
Le cadrage est souvent très bien, là aussi quelquefois stylisé ou quelquefois très discret, comme cette formidable scène où Elvis va "déambuler" dans le jardin avant d'être dérangé par l'infirmière. Et évidemment, une des grandes forces du film, ce sont les acteurs, tous formidables, sans exception. Bruce Campbell, ex-héros de la saga EVIL DEAD, est absolument sensationnel et d'une rare précision. Jamais il ne bascule dans la parodie, dans l'imitation ou dans le grand-guignol. Il livre un personnage très riche, à l'aise dans toutes les nuances. On savait l'acteur attentif et pas bête, mais on le découvre là absolument grandiose. On saluera aussi Ossie Davis (voir photo), romancier, acteur, dramaturge et activiste politique (!), récemment décédé, ici en JFK black. Ella Joyce, que je ne connaissais pas et qui joue ici le rôle de l'infirmière, est à tomber par terre. Je l'adore !
 
Un grand film, donc, que ce Coscarelli, grand film aussi peut-être parce qu'en tant qu'amateur (entre autres !) de cinéma fantastique, on peut voir dans BUBBA HO-TEP un formidable hommage par la bande à ce cinéma, comme MATINEE (PANIQUE À FLORIDA BEACH) de Joe Dante, mais un hommage en demi-teinte, mine de rien, sur une façon de voir le fantastique comme autre chose qu'un film d'effet spéciaux, et autre chose qu'un film "de genre", avec des histoires balisées et des thèmes qui reviennent sans cesse. Le Fantastique, c'est cela sans doute, mais c'est d’abord autre chose. Un cinéma de l'incongruité sans doute. On imagine que Coscarelli a mis beaucoup de son propre parcours dans cet Elvis vieillard, usé, qui jadis renonça à la musique (à ce titre, le passage sur la pub du Marathon Elvis en dit peut-être autant sur Coscarelli que sur le King) mais qui, dans la dernière ligne droite, se remet debout. Le réel et le fantastique sont à jamais mêlés dans ce qui pourrait être vu comme un formidable documentaire (hé !hé !).
 
Le film a été réalisé en 2002. Il est passé dans nombre de festivals, largement soutenu par le public. Bien entendu, malgré l'aspect émouvant, intelligent et populaire du film, qui aurait très bien pu se vendre sur le thème (Elvis croulant) ou sur l'image de Bruce Campbell que mêmes les jeunes connaissent grâce aux EVIL DEAD, bref, malgré tout cela, aucun distributeur n'a voulu sortir le film, maintes fois annoncé sur nos écrans et maintes fois annulé [Le film finira par sortir début 2006, probablement trop tard, ceci dit. NdC]. Même chose pour une édition DVD. C'est vraiment à se pendre, un total scandale. Pour sortir une bouse irakienne, mal montée, mal jouée, pas éclairée et au scénario beau comme un roman Harlequin, sur 6 copies / France, là ça marche, et tout le monde se bat pour le sortir (et pour toucher les subventions du ministère : on appelle ça une sortie technique, c'est-à-dire qui ne se fait que pour toucher les subsides issus de vos impôts, et dont le score en salles n'a aucune importance). Quel monde dégoûtant, Elvis a raison. Et si jamais vous arrivez à vous procurer une copie de ce film beau et très émouvant, vous comprendrez que mes gueulantes contre les distributeurs qui ne sont pas assez cultivés, qui ne savent pas vendre un film correctement et qui ne savent pas écouter les attentes de leur public (ce qui les amène régulièrement à prendre des risques financiers absurdes !), vous comprendrez mon désarroi pour ce film placé directement en maison de retraite, dans les limbes de la non-distribution, vous privant par la même de l'immense cadeau qu'il représente. On pourrait appeler ça de la censure économique.
 
Et dire que dans l'article d'hier, on voyait que le distributeur le plus passionné de France, E.D, connaissait de graves problèmes financiers...
 
Bah, je sais, je m'emballe, et sans doute BUBBA HO-TEP n'est-il pas le choc intergalactique qu'est PHANTASM, mais il n'empêche, c'est grâce à des films comme celui-là, populaires, intelligents et émouvants, que nous gardons cette passion vitale pour le cinéma, parce que c'est le genre de films dont on sait, dès le générique de fin, qu'on va les garder longtemps en nous, et parce qu'on sait, malgré tout, que c'est un des grands films qu'on aura vu cette année. Et de vous (nous) voir privés de tout cela par une poignée d'imbéciles, et professionnels en plus, ça, au-delà des polémiques, c'est insupportable.
 
Tristement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Jeudi 26 mai 2005

Recommander - Publié dans : Corpus Analogia

(photo: "Je suis Venu Prendre ta Maison" par Dr Devo)

Chères Spectatrices, Chers Spectateurs,
 
C'est assez marrant, tiens, parce que les commentaires sur l'article d'hier ont largement dérivé sur Walt Disney, l'infâme réactionnaire corrupteur de générations entières d'enfants, mais dont l'aura, bon gré mal gré, ne cesse de briller, malgré des performances techniques de plus en plus médiocre... Hein ? Ben oui, même sans être fan, on peut comparer les niveaux techniques respectifs de... Je ne sais pas, moi, LA BELLE AU BOIS DORMANT et ALADIN, et décidément il n'y a pas photo. Si Disney Company ajoute des séquences en synthèse partout (et qui, de film en film, se ressemblent toutes), il n'empêche, LA BELLE... est quand même beaucoup mieux sur les plans technique et artistique, si on peut dire. Les personnages modernes de la firme au château sont devenus, du Kawaï un peu dégoûtant de jadis, sont devenus, dis-je, très laids, et très mal animés, ce qui doit dégoûter nombre d'animateurs dans le monde qui essaient de faire des choses léchouillées.
 
Sinon, on peut dire sans complexe, et cela n'enlève rien à la splendouillette perspicacité du chapitre précédent, que le cinéma d'animation, ce n'est pas mon truc. Bah, on  ne peut pas être bon partout, me dis-je, comme pour me dédouaner, et j'ai déjà assez à faire avec la défense des films de Marguerite Duras, et celle des films de college. Bien sûr, il y a des films que j'aime bien, voire que j'adore, mais en général, l'animation, ça m'embête un peu. Dr Devo (le vétérinaire, comme m'appelle Bernard RAPP), de toute façon tu n'aimes rien, tu lui fais la gueule au cinéma, et plus c'est populaire, plus tu craches... Non, bien sûr. On a défendu ici autant de films extrêmement populaires qu'on en a descendus (toujours avec justice), et t'en connais beaucoup toi, des sites où l’on défend parfois l'indéfendable, genre MAC ET MOI (je le suis le seul site web au monde à consacrer une rubrique entière à ce film), ou DRAGONBALL LE FILM, ou le beau LEECHES de David DeCoteau et son scope à couper le souffle, qu'on trouve maintenant à 4 euros, format respecté dans les bacs, et neuf en plus ? Bon, on s'en fout de tout ça en fait, du moment qu'il y ait du cinéma dans le film ! Ici, c'est l'auberge, surtout pas espagnole, mais plutôt, comment dire ? Lichtensteinienne. Un peu exilée par rapport à la route, mais au confluent de tout, et où tout le monde est le bienvenu. C'est pour ça que je vous aime, et je n'ai même pas  "vu , au cinéma, LE BLE EN HERBE", comme disait la poète. Bisous à vous tous ! Tu es ici chez toi, tu viens quand tu veux, sous vos applaudissements.
 
Donc, l'animation, ce n'est pas mon truc, mais ça ne fait rien, le Lichtenstein est un  pays généreux. On a du cœur. Il y a des choses que j'adore quand même : KRYSAR (fabuleux), AKIRA, sublime d'abstraction et chef-d'œuvre d'adaptation, et j'aime aussi beaucoup PRINCESSE MONONOKE, par exemple. Il faut savoir raison garder : il y a quand même énormément plus de bons films d'animation que de bons films de maladie ! Tiens, un truc que j'ai vraiment aimé, c'était LAIN (SERIAL EXPERIMENT), une petite série d'animation japonaise un peu fauchée, au sujet impressionnant, et à la mise en scène (notamment sonore) très étonnante. Et PERFECT BLUE, c'est intéressant aussi... Vous voyez, en fait j'adore ça !
 
Bill Plympton est un sacré loulou qui fait de l'animation, et même du dessin animé... comme personne ! Au sens strict.  Indépendant jusqu'au bout du pinceau, et travaillant en équipe super-réduite, Plympton n'arrête pas et réalise énormément de métrage de toute longueur. HAIR HIGH est son dernier film, après des MUTANTS DE L'ESPACE plutôt sympathiques. Et vous allez voir que le Bill, pour ceux qui ne le connaissent pas, a des méthodes originales, et iconoclastes même. C'est l’un des rares à faire de l'animation pour adultes (avec les films de Satoshi Kon, ou AKIRA, qui sont clairement des films pour adultes), et en tout cas, c'est le seul à ma connaissance qui fait des films comme ça.
 
Et les sujets abordés sont bien inhabituels, eux aussi. Nous sommes dans les années 50, aux USA (voire dans les années 60, mais pas au-delà !). Un jeune couple entre dans un drugstore, histoire de manger une glace et boire un verre, car Mademoiselle est assoiffée. Le couple s'engueule, engueule les mouches, engueule le patron, mais finit par commander. Mlle est assoiffée et Mr est impatient : ils vont être en retard au bal de fin d'année (prom night). Le patron leur raconte une histoire qu'ils feraient mieux d'écouter attentivement...
C'était il y a quelques années, et c'était un couple comme vous deux... Spud (hommage direct à moi-même) vient d'arriver en ville et de fait, c'est le "nouveau dans la classe" du lycée (le terme anglais college convient mieux ici, vous traduirez tout seuls). Et justement, son  nouveau bahut, c'est le territoire de Rod et Darlene. Rod, quaterback de l'équipe de football, bricoleur de voiture émérite, propriétaire d'une Pontiac étincelante et chouchoutée, c'est le mec le plus populaire et le plus respecté du lycée. Darlene, superbe créature, cheftaine des cheerleaders, et petite copine de Rod, c'est la fille la plus populaire, et de loin. Les deux sont adulés par tous (même par l'administration du bahut !), et sans conteste, c'est eux qui font la loi. Spud, lui, c'est un type intelligent et discret, comme vous et moi, qui ne roule pas en Pontiac décapotable, mais en scooter. Et justement, dès le premier jour de classe, ça se passe assez mal ! En arrivant au bahut, Spud effleure la Pontiac de Rod avec son scooter. Scandale dans le lycée : comment a-t-il osé ? Rod le prend en grippe immédiatement, détruit son scooter et tente de l'intimider physiquement. Plus tard, Spud se fait prendre en grippe par Darlene ! Erreur fatale. Rod s'en mêle, et il est très clair avec Spud. Au prochain manque de respect, il lui arrache les ongles, rien que ça, et  d'une. Et à partir de maintenant, il sera l'esclave personnel de Darlene : il lui portera ses livres toute la journée, fera ses devoirs, l'accompagnera chez elle et lui ouvrira la porte, etc. "Et surtout, ne tombe pas amoureux d'elle, ou plutôt si, tombe amoureux d'elle, tu n'en seras que plus soumis !", déclare Rod. Une heure après son arrivée au bahut, Spud a déjà mis un pieds en enfer : un long parcours d'humiliation et de violence commence...
 
Décrire le style de Plympton à quelqu'un qui n'en a jamais vu une image est une chose un peu difficile. Avec lui, ça délire sec, et malgré le résumé du paragraphe précédent, ne vous attendez pas à une narration classique ! La mise en scène des films d'animation de Plympton est à proprement parler, c'est-à-dire étymologiquement pour ainsi dire, "irréaliste" et complètement stylisée. On se bagarre souvent chez Plympton, et si  par exemple un personnage donne un coup de poing à un autre, ce qui arrive fréquemment, le visage de la victime va se déformer dans d'atroces proportions, grotesques et surréalistes de violence. Un exemple pratique. Un des principaux personnages secondaires  de HAIR HIGH est le prof de biologie du lycée (jouissivement doublé par David Carradine !). Ce prof est un fumeur invétéré, qui fume même pendant les cours ! À un moment, il avale sa cigarette par inadvertance. Et il commence par s'étouffer (premières déformations gargantuesques), et finit après un long moment de souffrance intérieure par cracher ses poumons. Et au sens propre s'il vous plait ! Sa bouche s'ouvre grand comme la Gare du Nord, et se poumons sortent hors de son corps, bientôt suivis par le cœur, l'estomac, les intestins et toutes ses viscères ! Et la classe est envahie par des mètres cubes de chairs intérieures qui doivent peser plusieurs tonnes. Spud décide d'ailleurs de bourrer le prof avec ses gargantuesques viscères par le chemin par lequel c'est venu : la bouche ! Opération qui réussit d'ailleurs ! Comme vous le voyez, on n’est pas dans le réalisme le plus exemplaire, et même, on est en plein délire cosmique, gore en quelque sorte, et surtout très, très drôle.
 
HAIR HIGH s'inscrit en cela dans la tradition immuable des films de Plympton. Ça détonne sec, avec des gags incessants et violents, outrageusement gorgés d'un humour qui défie toutes les lois du bon goût. Le style, comme d'habitude, n'est qu'un hénaurme "comment-vas-tuyau-de-poële", chaque idée graphique ou de sens en entraînant une autre aussi énorme, dans une spirale folle et sans fin. Et le style graphique n'a pas changé, ou presque. Puisqu'il travaille, volontairement, avec des moyens limités (Disney lui a d'ailleurs proposé de financer ses longs-métrages, quand il est devenu un réalisateur culte, chose qu'il a immédiatement refusée, la classe !) en argent et en personnels, Plympton a adopté un style bien à lui. La cadence des images ne doit frôler que les dix images par seconde, et le style est une sorte de "pastel crayonné" vif et original, loin des léchouillages souvent stériles (sauf chez les japonais) des films d'animation. C'est de la bricole maniaque, du système D d'élite. Et Plympton n'a pas refusé l'offre de Disney que pour pouvoir garder ses histoires trash, sans qu'il y ait de censure. Son travail est entièrement cohérent, et la relative pauvreté de ses moyens n'est pas subie, loin de là, elle est complètement assumée et même plus : c'est le moteur de sa création. Et là où on devrait voir cette "pauvreté de moyens", on voit une véritable "économie", dans tous les sens du terme. Et le résultat final est loin de faire pitié. Le projet créatif de Plympton est complètement cohérent, de A à Z, pensé à l'extrême, avec une intégrité artistique ahurissante (et là, je ne parle pas d'argent !).
 
HAIR HIGH, comme d'habitude, est aussi un scénario assez carré mais complètement diabolique, où la satire est constante, et où les genres sont passés au vitriol. Plympton fait ici une sorte de film de college déjanté, parodiant ouvertement l'univers de James Dean, mais en affichant un discours qui n'est pas celui d'une opérette dans le style de LA FUREUR DE VIVRE. Le film met le doigt dessus comme on dit, constamment, et dresse un portrait rigoureux et ultra-violent de la société américaine et du monde des teenagers. La popularité, c'est le pouvoir. Et les forts écrasent les faibles ou les discrets avec une impitoyable violence. Et sur tous les plans, car quand on est fort, on l'est partout : au physique, au mental, et aussi dans le portefeuille. Et le pauvre Spud, aussi futé soit-il, ne peut pas lutter, et ne lutte pas d'ailleurs. L'intelligence n'a rien à voir là-dedans. L'ordre est immuable et assure sa propre pérennité. À moins d'avoir envie de se tuer, pas la peine de lutter contre. Et comme toujours chez Plympton (chez qui la société occidentale en prend quand même plein la figure, et à juste titre), ce n'est pas si manichéen que ça, même si c'est caricatural. Car, au-delà de la méchanceté des puissants, Plympton s'acharne aussi beaucoup, dans une vision drôle, noire et pessimiste, sur les Tièdes, comme dirait l'autre, c'est-à-dire les suiveurs et les consentants, toujours prêts à dire amen au système, tant qu’ils conservent leur minuscule territoire de semi-liberté (là où les puissants prennent une place tout à fait indécente, et s'octroient tout !), et ce, quitte à ce que quelques individus dussent souffrir sang et eau dans le rôle d'esclave ou de bouc émissaire. Et c'est comme ça que le système tient, comme l'a bien compris Plympton. Ça fait absolument froid dans le dos... et ça vous fera aussi pleurer de rire. [Cette thématique est complètement jumelle de ELEGIE DE LA BAGARRE de Seijun Suzuki.]
 
HAIR HIGH tire donc vers le film de college, et vers à peu près toutes les composantes du cinéma de drive-in, notamment le cinéma fantastique, ce qui est extrêmement jouissif. La mise en scène est comme d'habitude aux petit oignons, épaulée par une bande-son très riche et délicieusement gourmande. Vous y retrouverez les musique délirantes habituelles, et les voix de nombreuses "stars" : David et Robert Carradine, Beverly D'Angelo, Martha Plimpton (non, ça s'écrit pas pareil ; grande actrice qu'on ne voit presque plus, quelle injustice), Dermot Mulroney, et même Matt Groening, le créateur des Simpson, et enfin Sarah Silverman que je ne connaissais pas, mais qui est en grande forme !
 
C'est bien foutu, c'est drôle, c'est intelligent, que voulez-vous de plus ?
 
Un petit mot pour finir. Je critique souvent les distributeurs qui, régulièrement, font leur boulot comme des sagouins, persuadés que le public est une vaste population de débiles mentaux (ce qui est quand même un peu injuste !). Là, je soulève mon chapeau à E.D Distribution. Depuis des années, ils se décarcassent pour aller nous chercher des films très originaux, malgré la faiblesse de leurs moyens. Ça fait des années que ça dure, et c'est grâce à eux qu'on a pu découvrir et suivre la carrière de Plympton, certes, mais aussi celle de Guy Maddin ou des fabuleux frères Quay (ruez-vous sur leur splendide INSTITUT BENJAMENTA) ! Ce n'est quand même pas rien (ils vendent DVD et VHS également, mettez le nom dans google et vous trouverez le site). Bref, voilà des gens complètement indépendants qui, guidés par une passion énorme, se cassent le popotin depuis des années pour nous permettre de voir des films rares et inédits ! Chapeau les gars...
Mon ami Bernard RAPP m'apprend une triste nouvelle. Plympton, réalisateur culte désormais, est l’un des rares noms qui leur permet de gagner de l'argent. D’habitude la presse aime beaucoup ses films, et en parle largement. Nos critiques professionnels ont plutôt pas mal aimé aussi, mais cette fois, ont moins insisté (sans doute pour expliquer à leur lectorat que STAR WARS III, c'est pas bien, sur 10 pages !). Bref.
Toujours est-il que HAIR HIGH marche beaucoup moins bien que les autres films de Plympton, alors que la qualité est une nouvelle fois au rendez-vous, et que E.D connaît une situation critique. Spectateurs et exploitants de salle, faites un effort, et allez voir ce film qui va vous faire hurler de rire et va vous rendre plus intelligents ! Vous ferez de plus une bonne action, et vous permettrez à ce distributeur, qui au fil des années a pris tellement de risques pour nos beaux yeux, de ne pas disparaître ! Camarades Spectateurs, exigez auprès de votre cinéma de voir ce film !
 
Intelligemment Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Mercredi 25 mai 2005

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi

(photo: "Artists Only" par Dr Devo)

Chères Gentlegirls, Chers Gentlemen,
 
C'est la première fois que ça m'arrive, depuis l'acquisition à prix d'or de ma carte illimitée, mais il n'empêche, j'ai vu tous les films de mon cinéma Pathugmont local, tous sans exception, là encore aidé par ce STAR WARS III : LA REVANCHE DES SITH qui, comme je vous le disais, occupe à lui seul trois salles dont une en VO. Le grand cinéma art et essai local le passe aussi en VO ! Ce qui confirme complètement ce qu'on disait hier sur les différences entre le cinéma dit "d'auteurs" et le cinéma dit commercial. Nulle différence. Un film art et essai est un film qui passe dans un cinéma art et essai, donc LA REVANCHE DES SITH est un film art et essai, ce que tendait déjà à prouver l'interview de George Lucas par Béatrice Schoenberg, lors d'un journal télévisé sur chaîne publique, "Mr Lucas, vous qui êtes un réalisateur indépendant...", ce en quoi elle n'avait pas tort, la bougresse !
 
Tiens, il y a un truc assez extraordinaire dont je ne vous ai pas parlé. C'est le fabuleux film annonce pour le prochain Vin Diesel. C'est même sans doute un pré-film annonce, sa durée étant très courte, mais ça vaut le déplacement, et en ce qui me concerne, faire une bande annonce plus longue serait complètement obsolète. La "sublimissité" de ce film annonce tient en ce que le montage est entièrement musical, et d'une, et qu'il ne développe qu'une demi-phrase musicale, et de deux. Comme un leitmotiv sans cesse répété. Il s'agit des cinq premiers temps du riff introductif de GIRLS WANT TO HAVE FUN (ou peut-être GIRLS THEY WANT TO HAVE FUN ou GIRLS JUST WANT TO HAVE FUN ?) de Cindy Lauper. Ainsi, par saillie programmée, la bande annonce déploie ces 5 temps, et coupe. Puis, saynète comique, puis re-cinq temps. Coupe. Saynète comique, etc. C'est très beau parce que très incongru, cette phrase musicale coupée en plein milieu, ce refus de livrer la voix de la chanteuse, malgré l'utilisation de la célébrissime chanson qui a dû coûter, et c'est le cas de le dire, les yeux de la tête. Réfléchissez à cette expression. Les yeux de la tête. C'est beau. Voilà qui donne en tout cas, par ce dispositif expérimental dans l'univers frimeur et infographisé des bandes annonces (que des plans cut ici, en plus !), voilà qui donne, dis-je, une furieuse envie de voir le film. Comptez sur moi, j'irai. Le film s'appelle BABY-SITTOR, et c'est une production Disney (Arghhhh ! En même temps, c'est le producteur quasi-officiel des films des jumelles Olsen dont on évoquait ici le "bon" souvenir il y a quelques jours). Ça me fera sans doute un peu mal aux seins d'aller donner des sous à Disney, mais on fera l'effort de saluer, via devise, la pertinence de la démarche.
 
Donc, finis les films en salle, au moins jusqu'à demain, et bonjour les DVD, bonjour la médiathèque. Et bonjour les années 80, avec ce RECHERCHE SUSAN DESESPEREMENT de Susan Seidelman, film-culte de la génération Première de l'époque, au sein de laquelle, believe it or not, je fus nourri, que le temps passe. Malgré cela, on ne peut pas dire qu'une envie folle de voir le film me dévorait de mille feux intérieurs, loin de là. Bah, l'occasion est un bon larron, me dis-je. Et se replonger dans les années 80 à jamais perdues, drame des drames, ça ne se refuse pas vraiment.
Rosanna Arquette (si jeune !) est une femme au foyer dans le New-Jersey. Banlieue résidentielle, mari qui travaille (il vend des piscines) et qui la méprise gentiment. Tant que le repas est fait, hein... Rosanna s'emmerde dans sa vie bourgeoise. Elle est obnubilée, quand elle va chez le coiffeur principalement, par ces annonces récurrentes que passe dans le journal une certaine Susan à un certain Jim. Ça fait des années que ça dure, ils se donnent rendez-vous via les annonces du même journal à divers points du pays. En ce moment, ils sont à New York, de l'autre côté de la rivière quoi ! Ça la fait rêver, ce couple romantique, la Rosanna. Elle décide d'aller épier la rencontre entre les deux amoureux. Et elle les épie, Susan et son boyfriend Jim. Bon, ensuite ça se complique, et ça fait déjà quelques jours que j'essaie de trouver un moyen de vous raconter le quiproquo à la base du film. En vain. Disons cela. Susan (Madonna, débutante prometteuse quand elle signe le contrat et devenue superstar en plein milieu du tournage, d'où le succès inespéré du film !), petite arnaqueuse sympathique, ultra bien sapée, dans le style splendouillet de l'époque, menteuse pathologique, embobineuse professionnelle, se rend compte qu'un type avec lequel elle vient de coucher a été assassiné, et que le tueur cherchait deux bijoux égyptiens (des boucles d'oreille) qu'il n'a pas trouvés, et pour cause : Madonna avait fait les poches de son "one night stand" avant de le quitter au petit matin, embarquant, entre une grosse liasse de dollars et le cendrier de l'hôtel, les précieuses boucles. Bon, là ça se complique. Suite à un quiproquo inexplicable ici, donc, Rosanna est abordée par le tueur qui la prend pour Madonna. Et Rosanna a un accident, un coup sur la tête qui la rend amnésique. Un ami du boyfriend de la vraie Susan/Madonna, Dez (Aidan Quinn, dites donc !), projectionniste (un bon gars !) récupère Rosanna au sortir de sa syncope et la prend aussitôt pour Susan. Rosanna, amnésique donc, se retrouve dans la peau de Susan. De son côté, la vraie Susan/Madonna cherche à mettre la main sur celle qui lui a volé son identité... Quiproquo, inversion de l'échelle sociale et intrigues sentimentales... C'est une comédie.
Je crois bien qu'il s'agit du premier film de Susan Seidelman que je vois. La femme qui a propulsé Madonna et John Malkovich au firmament, quand même. Ça n'est pas rien. Ahahaha !
Sérieusement, ça vaut quoi ? Le film dans son ensemble est assez mou, et on peut s'étonner de le regarder sans bailler ni vraiment s'ennuyer. Cela dit, on n’est pas complètement en pleine indigence. Les intrigues autour d'un quiproquo aussi indémêlable que celui-ci marchent toujours un peu. L'interprétation est assez plaisante, surtout en ce qui concerne Arquette et Aidan Quinn. Madonna n'est ni infamante, ni remarquable. Ça fait son boulot, tout en frime, due à l'époque. RECHERCHE SUSAN DESESPEREMENT est surtout un film de mode, vestimentaire et accessoires, ce qui peut contribuer à une tendresse coupable pour les mortellement nostalgiques de l'époque, dont je suis. Les acteurs secondaires (parmi lesquels un John Turturro débutant, vraiment très drôle) ont des visages complètement différents des acteurs de nos jours, c'est vraiment très frappant, et on peut faire cette remarque sans mettre cela sur le compte du look. Les temps ont changé. Avant, pour les plus jeunes, il faut bien dire que les films n'avaient pas l'air de n'être tournés qu'avec des mannequins mâles et femelles de Beverly Hills. La frimousse d’Arquette quand elle prend une demi-cuite est vraiment charmante. Aidan Quinn est vraiment projectionniste. On le voit charger un appareil, mais la caméra est de l'autre côté du projecteur, si bien qu'on ne voit pas la manipulation, mais ça se sent, bizarrement, Quinn sait charger un film en 35mm. Salutations, collègue. Sinon, le cadrage est gentil, sans être indigent. Les efforts sont essentiellement portés sur la lumière, très artificielle, pleine de rouge et de vert mêlés (c'est quand même pas du Argento mais ça fait plaisir), et aussi quelques True Bleu, bébé je t'aime, bleu évanescent, là aussi typique d'une époque que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, où le bleu au cinéma n'était pas systématiquement lié à la nuance gris-métal ! Quant au montage, c'est gentillet sans plus. On regrettera seulement que la réalisatrice ne fasse qu'un plan en plongée sur la cage d'escalier qui mène au toit de l'appartement de Dez car c'est un bel endroit, et ça fait classe.
On peut regarder RECHERCHE SUSAN DESESPEREMENT. Surtout si c'est ça ou regarder Navarro ou PJ, n'hésitez pas. Et si vous n'avez pas profité des années 80, parce que trop jeunes, foncez, ça vous donnera une idée. La musique est remplie de tubes potentiels, la plupart interruptus, mais aussi de INTO THE GROOVE de Madonna dans une scène de discothèque très intéressante pour le chercheur et l'ethnologue, avec faciès et fringues branchouilles certifiés au carbone 14. Un chouette moment. Du coup, on entend peu la musique originale de Thomas Newman, assez charmante et complètement splendouillette. Yummy yummy !
La scénariste de RECHERCHE SUSAN..., quelques années après, devait écrire le scénario d'un film de Chantal Ackerman... CQFD ? CQFD !
 
Bah, y avait quoi à la médiathèque, sinon ? Il y avait SEDUCTION EN MODE MINEUR, de Gary Winick, bonjour monsieur, avec Aaron Stanford (ha ouais ?), Sigourney Weaver, tellement si belle on l'aime tellement si fort, et Bebe Neuwirth, cachetonneuse de talent, je trouve. Gary Winick est aussi le responsable d'un film récent avec Jennifer Garner, dont je ne me rappelle plus le titre, et qui racontait l'histoire d'une môme de 13 ans qui se réveille dans le corps d'une adulte de 30 ans ! My eyes are getting BIGger and my bank account, comme disait le poète britannique.
Ça raconte les tribulations de Aaron, un jeune gars de 15 ans (l'acteur en a 24 à l'époque du film !), super intelligent, super cultivé. Fils d'intellos, son père est docteur en histoire, et il vit au milieu d'adultes intellectuels, l'intelligentsia West Side de Manhattan, avec portier et vue sur le Park, please. À l'occasion des vacances de thanksgiving, il revient chez son père, à sa plus grande joie. Aaron, intello brillant (surréaliste même : il cite Voltaire à tout bout de champ, et connaît tous les champs d'une culture académique des Beaux Arts, qui appartient sans nul doute au réalisateur !) ne s'intéressa pas du tout aux filles de son âge, qu'il trouve puériles. Il voue une admiration sas borne, une dévotion même, à Sigourney Weaver, la nouvelle femme de son père (sa belle-mère quoi !). Une dévotion amoureuse même. Et il est bien décidé à se dévoiler pendant ces vacances. Malheureusement, elles commencent bien mal : dès le premier soir à New York, il prend une cuite et couche avec Bebe Neuwirth, à peine plus jeune que Sigourney, c'est à dire 40 ans peu ou prou ! Les choses se compliquent, et malgré ses efforts et les tourments amoureux qui l'agitent, ce n’est pas gagné pour Aaron...
Quand j'ai choisi le film, je pensais avoir à faire à un film de college, genre sublime que j'adore, et en fait ce n'est pas vraiment ça. D’abord le film est en vidéo ! Première surprise. Et il s'agit apparemment d'un film indépendant ! Si vous voulez savoir ce qui est chic et branchouille dans les milieux aisés de Manhattan, ce film est pour vous. Sinon... Ben on s'embête drôlement. Rien n'est surprenant dans le scénario, et l'acteur principal ressemble plus à un faux surdoué, plutôt chien savant (tu le sens le jeu de mot ?), qu'à un ado talentueux à la Max Fisher, le flamboyant héros de RUSHMORE de Wes Anderson. Pas beaucoup de panache ni de charisme, le bonhomme.
Et Dieu que le film met du temps à se déployer ! Le sujet aurait pu être sympathique et enlevé, mais non, là c'est du lent, c'est du poseur. Le choix de la vidéo est double : d'abord pour tourner vite (2 semaines) et ensuite pour surfer sur la vague indépendante. Bingo, car le film sera récompensé au Festival de Sundance. Peu de fantaisie donc, une première partie fadasse, un héros qui n'a aucun naturel et qui est le réalisateur (ou le scénariste) déguisé en ado, et un rythme derrickien ou presque, lorgnant sur la succession juteuse et européenne du Woody Allen d'avant la retraite. Et pas franchement drôle. La deuxième partie est un peu meilleure, avec enfin des vrais bouts de comédie dedans, et on passe difficilement la troisième. Tout est prévisible, de la francophilie de base (croissant, déjà-vu, voulez vous coucher avec moi ce soir, comme l'ont brillamment dit Lambert Wilson et Valérie Lemercier pendant la remise du palmarès de Cannes, la seule bouffée d'air frais, de classe et de bon goût de cette cérémonie d'ailleurs), du sous-sous-salingerisme beaucoup moins convaincant que le naïf mais direct hommage du célèbre groupe français : "...des fleurs pour Salinger, Wouoh-oh-oh-ho-oh-oh". Et puis Salinger chez les super-friqués de New York, contre lesquels je n'ai rien sinon leur épouvantable snobisme, ça me fait doucement rigoler, et c'est un peu le contraire du célébrissime héros du grand écrivain, non ?
La musique est horrible, remplie de fausses chansons françaises. Il y a une séquence ignoble, et avec effet sous Adobe Premiere en plus, onirique et des plus laides, plus laides encore qu'un soap américain style Feux de L'Amour, mais aussi kitsch, ce qui est un peu gênant dans une comédie à la Woody Allen. La vidéo, je ne suis pas contre, loin de là, mais ce n'est pas parce qu'on filme en numérique qu'il ne faut pas fixer la caméra sur un pied, surtout quand on cherche à faire des plans classiques et pas du FESTEN (film que j'aime bien par ailleurs, Dieu merci, on a échappé à ça). Parce que les plans semi-flottants, ça va cinq minutes. Sigourney Weaver est à côté de la plaque une bonne moitié du temps, et seule Bebe Neuwirth apporte un peu de fraîcheur. Là aussi, avec ses clips musicaux intermédiaires et une certaine putasserie, on voit bien que le cinéma indépendant et celui des majors, c'est quasiment la même chose, David ayant très envie de tuer Goliath pour prendre sa place ! CQFD !
 
Bref, ne perdez pas votre temps avec ce film pas nul, mais mauvais, et surtout très antipathique. On préférera la franchise de SUSAN...
 
Légèrement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Mardi 24 mai 2005

Recommander - Publié dans : Corpus Analogia

(Photo : "Never for Money, Always for Love" par Dr Devo)

Chers Ladies, Chers Gentlemen,
 
Retournons en salle, cinq minutes. Comme on l'avait dit lors de notre dernier passage en boîte obscure, sur les 15 ou 16 écrans de mon Pathugmont, 3 écrans sont consacrés à STAR WARS : LA REVANCHE DES SITH, et aucun film n'est sorti, ça stagne. Ayant vu énormément de bêtises déjà, on privilégie alors l'option DVD. Car c'est ça ou les fonds de tiroir. Vous m'aimez martyr et moi, j'aime que vous m'appréciez courageux, donc vas-y, petit critique, fais tes longueurs, et c'est comme ça qu'on se retrouve chez Bruce Willis, celui qui est pas cher, celui qui cachetonne en série B, tranquille. Pas le meilleur quoi, ou au moins pas le haut de gamme. Ainsi donc, OTAGE du français Florent Emilio Siri. Chez nous, là-bas en Amérique. Et ce, avec l'envie de ne pas y aller, surtout après avoir vu l'horrible bande-annonce sur-narrative, clichetonnante, avec les pires effets infographiques du moment.
 
Avant de continuer, reposons nous sur ce banc et réfléchissons.  Chez nous en Amérique, vous connaissez ma théorie là-dessus (allez jeter un oeil sur l'article sur APPORTEZ-MOI LA TÊTE D’ALFREDO GARCIA, de Peckinpah), chez nous en Amérique donc, c'est la géographie de plus en plus exacte de la carte du cœur du monde cinématographique. Hollywood, un "chez-nous-ou-presque" pour l'instant, pratique déjà le libre-échange depuis un moment: Allemagne et Pays-Bas et Australie dans les années 80, Hong-Kong, Amérique du sud, Espagne (avec un joli mouvement inverse de Brian Yuzna qui, lui, a été s'installer en Espagne pour créer sa boîte, Fantastic Factory, qui fait des films de plus en plus originaux et prometteurs, comme l'étonnant DARKNESS). Et la toute dernière vague, avec les japonais, et la France, Monsieur, LA FRANCE !  Florent Emilio Siri est le deuxième à signer pour faire son serial B à Hollywood, avec son excellence et sa modestie Jean-François Richet et son remake du ASSAUT de Carpenter.  Richet, celui qui a fait entre autres MA 6T VA CRACKER, brrrrr, j'en frissonne encore tellement c'est mauvais, le type qui nous fait des films de banlieue à trois balles, et hop ! deux films plus tard, un remake de Carpenter. C'est très crédible, comme si Bergman allait en Espagne rejoindre Yuzna pour tourner RE-ANIMATOR 5 ! Il n'empêche, c'est comme ça. On s'étonne du procédé, qui consiste à faire de l'art-et-essayisme le plus racoleur et à thèse, avec ses pauvres, sa banlieue, ses problèmes sociaux, ses avances sur recette, pour dégager au plus vite pour faire des films avec Vin Diesel... Curieux, non ? Tiens, rions un peu. Le Richet déclarait, sur l'antenne d'une radio française connue, que quand Carpenter avait su que c'était lui qui allait réaliser le remake de ASSAUT, il a dit oui immédiatement, et il a signé les yeux fermés, car Carpenter, il aime Richet ! Voilà pourquoi j'appelle Richet son excellence et sa modestie, car oui, c'est ça mon petit Rich', Carpenter c'est un grand fan du film de banlieue français, et ça le fait kiffer grave, MA 6T VA CRACKER, ça, John, il adore, c'est son film préféré. Très crédible.
Ceci dit, selon notre ami Bernard RAPP, que vous connaissez bien, ici, à Matière Focale, le remake de ASSAUT, même s'il n'avait plus grand chose à voir avec Carpenter et qu'il fallait le considérer comme un film tout seul, sans parenté, et bien il paraît que c'est pas mal du tout ! Je n'ai malheureusement pas pu aller vérifier en salle. Etonnant, non ?
 
Florent Emilio Siri, c'est la même chose. Un film sur le Nord c'était les corons et les mines qui ferment, puis une carte de visite avec NID DE GUÊPES, bien accueillie, et hop ! Bruce Willis.  Là aussi, très crédible la démarche. Voilà qui en dit beaucoup en tout cas sur ma fameuse théorie. Entre le cinéma dit "commercial" et le cinéma "art-et-essai", pas de différence, sinon le cinéma dans lequel passe le film ! C'est comme deux divisions dans un sport. On ne joue pas le même championnat, mais les règles sont les mêmes. Un film art-et-essai et un film commercial, c'est donc la même chose. Voilà qui en dit long également sur la pseudo "humilité" des réalisateurs de films art et essai.
 Et Hollywood sait bien profiter du système. Quand un français débarque, il tourne un scénario dont aucun américain ne veut vraiment, accepte de faire le yes-man, on met une star dedans, et basta. Le budget est petit, le film est tourné à toute allure, et ça permet d'avoir des cartouches à vendre aux télés, à louer au vidéo-club, et surtout, en Europe, ça fait classe Prestige !!! Vous vous rendez compte, très chère ? Notre petit Florent fait tourner, et dirige même, Bruce Willis ! La promo en France est sûre d'être bonne, donc le démarrage du film risque d'être tout à fait convenable pour un petit film comme ça, ce qui peut éventuellement servir de bonne base de chiffres pour une exploitation élargie en Europe. Mais pour Bruce Willis, c'est un des petits films qu'il fait chaque année, et c'est quasiment de l'anonymat, ces films de série vite troussés... Bah, c'est comme ça. Ce n’est pas grave, c'est juste amusant. Quand, dans deux ans, on verra le réalisateur de L'ESQUIVE réaliser le nouveau Richard Gere, on va bien rire !
 
Bruce Willis a un dur métier : il est négociateur dans les prises d'otages. Il y a quelques années, un type prend en otage sa propre famille, dégoûté de la vie. Willis prend le risque de pousser la négociation jusqu'au bout  et tente de le raisonner. Ça foire. Il perd le contact avec le gars, et a juste le temps de se précipiter dans la maison pour découvrir les cadavres de la femme et du preneur d'otage (le papa donc) qui s'est suicidé. Et le gamin a juste le temps de mourir dans ses bras. Traumatisme, responsabilité... Quelques temps plus tard, Willis s'est rangé des voitures, et travaille comme shérif de Ploucville, petite ville où il ne se passe rien. Willis fait le dos rond, exécute la routine de son job consciencieusement, en essayant de gérer une vie privée délicate, entre sa femme, presque ex, et sa fille qui le rejette. Et puis un jour, un trio d'ados vaguement délinquants tente de voler le superbe 4x4 d'un riche homme d'affaire, il pénètre dans la maison, et ça tourne mal. Ça tourne même à la prise d'otages ! Le papa, l'adolescente et le petit garçon se retrouvent enfermés avec les trois délinquants à la petite semaine. D’entrée de jeu, une flic est tuée. Et très vite, les preneurs d'otages, un peu malgré eux, ne demandent à négocier qu'avec Willis qui serait bien resté chez lui. Willis va être pris dans une machination infernale, bien au-delà du fait divers. Car en effet, des inconnus kidnappent sa femme et sa fille, et exigent que Willis  récupère dans la maison aux otages un mystérieux DVD sur lequel des données de la plus haute importance sont gravées. Coincé, Willis est obligé de reprendre les choses en main, et notamment de jouer un double jeu très dangereux, notamment avec ses collègues de la police...
 
Comme la  bande-annonce le martelait, et comme ce résumé le suggère, ce n’est pas du Ronsard, c'est de l'amerloque. C'est du sur-mesure anonyme, parfait écrin pour le cachetonnage de Willis. Soit. Et bien, malgré tout, ô surprise, le film n'est pas si mal que ça. Tout d'abord, on est surpris par le ton assez sec du trauma initial de la première prise d'otage, en intro. Là où la bande-annonce suggérait  quelque chose d'interminable et de poussif au possible, cette introduction est menée rapidement, en trois minutes, et on en parle plus. Là où la bande-annonce suggérait d'incessants flash-back sur cet événement cauchemardesque, en fait, rien du tout. Pas de flash-back, et encore mieux, dans la première partie du film, via un écran blanc, Siri nous fait croire qu'il y en aura un, mais rien. C'est malin. La situation familiale de Willis, elle aussi, ne prend pas des plombes et très vite nous entrons dans le vif du sujet. Bien, très bien. Et d'ailleurs, le début de la prise d'otages avec les trois petits loulous nous prend à contre-pieds, et la greffe avec le chantage fait à Willis marche bien, car elle est très improbable (des jeunes loulous prennent une maison en otage, malgré eux, et sans le savoir, le papa est une sorte de mafieux d'une toute autre envergure : exagéré certes, ce qui n'est pas déplaisant dans une série B, mais efficace dans son outrance).
Chouette intro donc, et sympathique mise en place. Puis, c'est un peu le ventre mou, gentil, sympa, mais mou dans la partie centrale du film. Puis la fin, très belle, lâche les chiens ! Etonnant, non ?
 
Revenons un peu là-dessus, au spectre de la mise en scène. Le scénario est donc banal dans ses fondations, mais assez surprenant dans ses détails, même si quelquefois on a de nettes impressions de déjà-vu. Au rang de ces petites exploitations d'éléments sympas, on peut compter : le fait que les délinquants soient de petits jeunes stupides et pauvres, l'incroyable bourgeoisisme de la famille prise en otage (à l'opposé du pauvre plouc qui tue sa famille en intro), le petit gamin qui s'est fait une cabane dans les ventilations de la maison, et donc peut se cacher et circuler pendant les événements, et la belle fin sur laquelle je reviendrai.
Le cadrage vaut ce qu'il vaut, gentiment anonyme, mais pas bâclé comme certains "grands maître du cinéma hollywoodien" dont on a déjà parlé ici (les derniers Ridley Scott, Scorsese, Stone, etc.). La photographie m'a paru intéressante, très rentre-dedans elle aussi, et jouant avec des éléments caricaturaux, comme le reste du film. ENFIN, enfin, pas de lumière grise-bleutée comme dans toutes les séries américaines ! OUF ! Ça fait énormément de bien. Siri fait même le contraire, avec une lumière orangée, pas naturelle du tout, et qui sent le filtre à des kilomètres, poussant même le bouchon jusqu'à jouer avec le grain de manière très exagérée, un peu gratuite, mais finalement expressive. Voilà qui change. Et c'est dans le montage qu'on a le plus de belles choses. Mine de rien, en suivant et en respectant le cahier des charges très lourd de ce genre de productions (gros plans, ralentis, musique tuante, etc.), Siri s'applique, et de temps en temps nous fait des choses superbes, parce que gratuites et... personnelles bizarrement.
Un exemple, avec le meurtre de la première flic. Alertée par l'alarme muette de la maison, la jeune flic s'approche du portail d'entrée et parle via l'interphone au Papa qui, bien sûr, a un revolver sur la tempe, juste au cas où il dirait une bêtise. Ce que la flic ne sait pas, c'est qu'un des jeunes preneurs d'otages est derrière le portail. La flic sent que quelque chose ne va pas, sort son flingue. Une succession de champs/contrechamps entre la fliquette et le délinquant se met en place classiquement. Brutalement, le petit jeune tue la fliquette, ce qui est assez surprenant. Au lieu de s'écrouler par terre, la fliquette se retourne sous l'effet de la balle (irréaliste !), tourne le dos au portail, et là... Plan subjectif sur les montagnes en face de la propriété, et elle s'écroule. Bien ! Ce plan subjectif n'avait rien à faire là, mais alors rien du tout, mais c'était très beau, inattendu et même émouvant, d'autant plus que Siri l'a placé là sans insister, sans caricaturer son effet. Du montage, nerveux, et point barre. Bien.
Les acteurs sont assez surprenants aussi. Siri, curieusement, ne leur demande pas d'être particulièrement sobres, et les pousse même, surtout pour les acteurs qui sont dans la maison, au cœur de la prise d'otage. C'est plutôt bien vu, car paradoxalement, voilà qui permet à Siri de faire deux choses. D'une part, les acteurs (sauf Willis) ont un jeu assez outrancier, mais dont on se rend compte au fur et à mesure qu'il est assez précis. Ce qui est très expressif et permet bizarrement de sympathiques nuances. Premier point. D'autre part, voilà qui permet à Siri de gérer, tant bien que mal, Bruce Willis ! Ben oui, ce n’est pas un monument de sobriété et de lucidité, le Willis. À part Alan Rudolph dans son magnifique BREAKFAST OF CHAMPIONS, ils ne sont pas nombreux, ceux qui ont dompté l'animal ! Siri le laisse faire, quasiment, et le résultat est bizarre. Willis est mauvais comme un cochon dans un plan sur deux. Et là, il fait son show, avec ralenti, penchage de la tête sur le côté, avec légère rotation sur son axe, en regardant de trois-quart (sa marque de fabrique, qu'il replace dans absolument tous ses films), il sert la mâchoire, il fronce tout ce qu'il peut. La routine quoi. Sur l'autre moitié du temps, il est pas mal, sans plus. Du Bruce Willis assez commun, quoi. Et curieusement, les autres acteurs, surtout nos petits délinquants, rétablissent la balance, car malgré le jeu sur-expressif qui leur est demandé, ils y mettent aussi de la nuance, grossière, mais de la nuance, qui donne curieusement de la vie au film. Etrange technique de neutralisation qui ne manque pas de charme.
 
Et puis, il y cette séquence pré-finale qui fait sortir le film de l'ornière. Et là, le potentiel assez rigoureux et un peu original que nous venons de décrire prend beaucoup plus d'ampleur. Ça commence par une course-poursuite dans les tuyaux de canalisation, chose là aussi déjà vue, mais ici relativement angoissante, sans doute à cause de la tonalité certaine de film d'horreur que Siri déploie alors. Le mélange, encore une fois complètement incongru, bat son plein, et effraie beaucoup plus que ne le laissait supposer le film jusqu'alors. En filigrane, à peine appuyé, on découvre alors une sorte de sous-sujet au film, assez logique, et qui n'est peut-être rien d'autre qu'une vision de votre serviteur, mais bon, je dis ce que je vois. À savoir : les jeunes délinquants un peu ploucs, il faut bien le dire, ne font pas le même film que Willis, la police et les mystérieux kidnappeurs de la famille Willis. Eux, nos délinquants, ils viennent d'un thriller à la petite semaine qui n'a besoin ni d'effet ni de sur-dramatisation, ils viennent d'un thriller "du réel", à la « festival de Sundance ». Tous les autres, c'est la grosse artillerie de la série B, avec son flot d'incohérences et de caricatures grotesques. Et lorsque, à la suite de cette reptation horrifique, tout ce petit monde se retrouve à l'intérieur de la maison (en feu en plus, c'est assez classe), c'est vraiment le film OTAGE qui prend forme, et c'est l'affrontement ontologiquement impossible des deux mondes qui a lieu au sein d'un même endroit. Les deux parties ont essayé de se neutraliser l'une l'autre, mais là, les deux camps en viennent aux mains. Et la séquence qui s'enclenche devient fortement jouissive, très triste, et même pathétique, entre les ralentis imposés par Willis sur sa propre tronche et la volonté des délinquants de faire un film sec. Les deux nuances s'interpénètrent bizarrement, et tout le monde doit sortir de ses gonds, y compris Florent Emilio Siri qui, du coup, signe là le morceau de bravoure du film, et surtout lâche les chiens comme jamais auparavant dans le métrage. La scène croise alors l'apocalyptique, l'explosion du film,  et une émotion réelle et complètement construite. C'est dans le face à face, ici dans un champ/contrechamp en forme de chausse-trappe (ce sont non pas deux personnages qui se font face, Willis et le délinquant, mais trois, à savoir Willis, le délinquant et derrière lui un soldat du commando méchant). Le jeu est donc joliment faussé par ce troisième élément perturbateur. Et là, en pleine grâce, Siri brise magnifiquement son champs/contrechamps par un troisième plan sur un cadavre qui parait "regarder"... Et là, les amis, c'est effroyablement effrayant, anxiogène jusqu’à l'hallucination. On appelle ça le montage, et ce troisième plan accidentel, et totalement calculé, est d'une grande beauté, une beauté de montage. Siri enchaîne en découpant le champ, côté Willis avec un plan sur l'adolescente peinte en madone, image complètement foireuse, icône dérisoire qui marche impeccablement entre ridicule et sur-expressionisme, pas moche non plus. Bref, une séquence sublime pendant 20 secondes et très bonne dans son ensemble. Et hybride, comme une sorte de revival inconscient des NERFS À VIF, mais qui aurait oublié le seconde degré, serait resté étrangement sur le plancher des vaches, sans cynisme et avec passion, ce qui, en soit (cette référence presque involontaire aux NERFS À VIF) est une aberration pure et simple, mais que Siri tente quand même, dans ce banco, le seul du film, mais drôlement gonflé... et réussi.
 
Une séquence de suspense vient ensuite conclure le film, mais nous sommes encore sous l'impact de la scène que je viens de décrire.
 
Alors, au final, OTAGE est un film assez bizarre. Florent Emilio Siri est complètement conscient de la sous-commande qu'on est en train de lui passer. Il en profite pour placer un certain ton, un peu triste, un peu lent, limite la musique tant qu'il peut, et trouve un petit rythme, pas révolutionnaire mais pas désagréable, tandis que son scénario, abacadabrantesque avance sans traîner. Bien. Quelques gourmandises assez sèches ici et là, dont la mort de la fliquette dont je parlais au début de l'article. Et puis il y a ces cinq minutes sublimes, osées, en presque fin de film. Alors n'allons pas prendre les vessies pour des lanternes. Il y a un gros ventre mou central. Et le film a tellement de contraintes que, quoiqu'on fasse, le parcours est pré-limité. Néanmoins, cette réelle volonté de faire du montage et ces efforts assez iconoclastes de construction font qu'on a envie d'en voir plus, et de voir le Siri plus libre encore. Et qu'est-ce qu'on aimerait le voir lâcher les chiens de la sorte sur un film entier, et non pas sur une séquence, ou au moins, on aimerait qu'il ait assez de pouvoir pour rythmer l'ensemble du film de la belle façon sèche dont on le présume capable ici et là. On ira donc voir avec curiosité son prochain métrage, en espérant qu'il s'affranchisse un peu plus, si c'est possible, et si jamais OTAGE rapportait de l'argent, qu'il soit capable de ne pas accepter un gros film, une série A, mais de soigner une série B encore, mais plus personnelle. En tout cas, on est partagé entre un choix de carrière bizarre en exil heureux, qui le condamne à terme à renoncer à son inspiration personnelle (à moins qu'il ne soit encore plus fort que ce que laisse présager ce film) et des accroches certaines, une véritable volonté de bien faire et de faire beau. Les deux mouvements s'annulent sur le papier, et il faudra être bien malin pour réussir la quadrature du cercle.
 
En attendant, loin du fond de tiroir annoncé, OTAGE est souvent un divertissement visible et gentil qui, par éclair, s'offre quelques fulgurances qui font chaud à son homme. Comme je le disais, quand on voit cette année la désastreuse moyenne des films populaires sur les écrans, et quand on voit comment certaines "pointures" du cinéma américain se débrouillent en nous livrant des films bâclés, mal montés et frisant souvent le débilissime, on ne peut que saluer le plaisir coupable que nous offre ce petit film qui ne se la pète pas autant qu'on pourrait le croire. Vraiment à suivre.
 
Surprisement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Lundi 23 mai 2005

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi

(photo: "How many people do you think I am pretending I'm somebody else?"

par Dr Devo sur une idée de Dr Devo et du Marquis)

Chers Amis,
 
Bon ben cette fois on y est. C'est fini. Comme chaque année, le palmarès de Cannes a été donné avec classe et honnêteté, ce qui fait vraiment plaisir à voir. Avant de sortir la tronçonneuse et de découper les responsables en petits morceaux, et ensuite de les donner à mes chiens, laissez-moi vous raconter une histoire.
 
Chaque année, j'organise un jeu avec mes amis pour le festival de Cannes. C’est très simple. Il s'agit de faire nous-même notre palmarès officieux. Mais là où nous sommes très forts, c'est que notre palmarès est établi et définitivement bouclé le jour de l'ouverture du Festival ! Ben oui, on vote entre la publication des films sélectionnés (en général 3 ou 4 semaines avant) et l'ouverture.
J'en vois certains qui s'arrachent les cheveux, ou mieux, qui se grattent la tête. Mais si, les amis, c'est pourtant simple : on vote avant que les journalistes n'aient commencé à parler des films (et donc, en toute indépendance vis-à-vis des rumeurs), et on vote sans avoir vu les films, bien sûr. N'y voyez pas du snobisme, mais au contraire un double défi. D'une part, il s'agit d'être pertinent, et d'autre part, de réussir à faire un palmarès beaucoup mieux, beaucoup plus beau que le Palmarès officiel. D'ailleurs, le reste de l'année, j'essaie de voir le maximum de films qui ont été primés ou écartés, et je constate depuis trois ans que nous faisons ce concours qu'à chaque fois, notre palmarès était bien meilleur et de très, très loin !
 
Ainsi, ce concours, appelé, pour des raisons trop longues à expliquer ici, Palmarès Tanaka, montre que le Jury officiel de Cannes, d'année en année, fait n'importe quoi, et a une vision prévisible et minable du cinéma puisque les professionnels de la profession qui le composent, et qui ont vu tous les films, arrivent à faire un palmarès toujours très inférieur à celui que nous faisons, nous qui ne sommes que des cinéphiles "amateurs" et qui n'avons pas vu les films !
 
Puisque je suis très joueur, je propose à mes amis trois façons de jouer. Soit ils essaient d'anticiper le palmarès officiel, soit ils font le palmarès de cœur, soit un peu des deux. À l'issue du dépouillement, il y a deux gagnants. Celui qui a donné le palmarès le plus proche du palmarès établi par la moyenne de nos votes (prix Tanaka), et celui qui a donné dans son vote le palmarès le plus proche du palmarès officiel, donc celui de Kusturica cette année (prix Toscan !). Pour les deux gagnants, j'offre un beau film en DVD. C'est pas beau, la vie ? Et moi, pendant le reste de l'année, je me contente de frimer et d'aller voir les films qui étaient à Cannes en sifflotant l'air de "je vous l'avais dit, je vous l'avais dit", et en m'apercevant invariablement que notre palmarès Tanaka est d'une splendeur absolue à côté de l'horrible consensus cannois officiel.
 
Et dans ma liste de joueurs, j'ai toutes sortes de cinéphiles, du spécimen du dimanche au spécimen maniaque. Cette année, j'en ai profité pour faire participer quelques bloggeurs qui fréquentent ce site. Sinon, ce sont des amis ou des amis d'amis. Aujourd'hui, l'heure est venue de comparer, et cette année c'est d'autant plus jouissif que notre palmarès Tanaka est ici, sur la place publique, et tout au long de l'année, vous allez pouvoir dire qui, de nous ou des professionnels, ont raison ou tort !!!!
 
Mais bon, avant toute chose, un petit rappel du palmarès officiel de ce Festival de Cannes, dont le jury est présidé par Emir Kusturica (auquel j'avais consacré un article ici, qui vous montrera la lucidité et la modestie du bonhomme, modestie à propos de laquelle je reviendrai ici, plus bas).
 
PALME D'OR :
L'ENFANT de Luc et Jean-Pierre Dardenne (Belgique)
GRAND PRIX :
BROKEN FLOWERS de Jim Jarmush (USA)
PRIX DU JURY :
SHANGHAI DREAMS de Wang Xiaoshuai (Chine)
PRIX DE LA MISE EN SCENE :
CACHE de Michael Haneke (Allemagne)
MEILLEUR ACTEUR :
Tommy Lee Jones dans LES TROIS ENTERREMENTS DE MELQUIADES ESTRADA, réalisé par lui-même (USA).
MEILLEURE ACTRICE :
Hanna Laslo pour FREE ZONE de Amos Gitaï (Israël)
 
 
Kusturica, lors de la conférence de presse en début de festival, avant le lancement de la Compétition Officielle, avait déclaré que cette année, ce serait l'esthétisme des films qui serait récompensée. La mise en scène, quoi, ce qui fait que le Cinéma est du cinéma et non du téléfilm, et non de belles histoires, etc. Ah ! Et bien Emir, pour ça, tu ne nous a pas déçu.
 
Encore une fois, les belles promesses ont été trahies dans toutes les largeurs, et pas qu'un peu, au profit d'un palmarès qui, une fois de plus, s'avère largement social et politique, comme d'habitude. Commençons par le grand vainqueur de la soirée, Tommy Lee Jones, qui reçoit deux prix, et qui a signé un film édifiant, paraît-il, sur un américain qui tue un chicanos et va au Mexique pour l'enterrer ou se rapprocher de sa culture. La presse est unanime : c'est chiant, c'est moraliste et plein de bons sentiments droit-de-l'hommistes ! Du social, du consensuel, ça valait bien deux prix. Uso Dorsavi, qui intervient souvent sur ce site en laissant des commentaires souvent bien troussés et très drôles, a commenté son vote pour mon concours Tanaka, et voici ce qu'il écrivait dans son mail : "Produit par Luc Besson, ce film fera donc une très forte impression." Impressionnant, non ? Et comme le bonhomme est toujours d'une grande lucidité et d'un grand humour, je ne vais pas paraphraser ce récent commentaire qu'il a laissé hier sur le site, et qui résume parfaitement ma pensée : "En parlant d'acteurs expressifs, mes félicitations à Tommy Lee Jones pour sa palme d'interprétation masculine à Cannes, quand un être humain est aussi articulé que lui (même ses genoux peuvent se plier), c'est ce qui doit arriver." Tommy Lee Jones est effectivement, depuis des années, aussi inexpressif qu'une bûche, comme disait les Monty Python à propos de David Hemmings, et on soulignera la malhonnêteté complète qui consiste à donner à ce non-acteur le prix d'interprétation !
 
Côté politique et social, on a bien sûr récompensé le film chinois (qui parle de la révolution culturelle et de l'arrivée des intellos aux champs du temps de Mao), et le prix pour Amos Gitaï – via son actrice – dont le moindre que l'on puisse dire est que ses films ne brillent pas par leur esthétisme ou leur expression cinématographique ! D'ailleurs, Hannah Laslo ne s'y est pas trompée en dédiant son prix à la "paix dans le monde", quasiment comme le personnage de Sandra Bullock au concours de Miss USA dans MISS FBI ! Comme chaque année, on retrouve l'actualité et les films du tiers-monde (je dis ça dans une perspective cannoise ; il faut comprendre "pays non-occidentaux" !). Kusturica n'a pas poussé le bouchon jusqu'à primer le film irakien, ce qui aurait été un juste retour des choses après la Palme de l'année dernière décernée à Michael Moore. Je passe.
 
Bon, on est content pour Jim Jarmush, bien sûr, et on jugera si son film est aussi bon que ses meilleurs, si j'ose dire. Pareil pour Haneke, grand réalisateur, mais encore faudra-t-il vérifier si ce prix se rapproche du niveau de 71 FRAGMENTS... ou de CODE INCONNU, déjà avec Binoche, et quand même largement plus faible. À vérifier. Quant aux frères Dardenne, même s'ils me sont relativement sympathiques, ce sont des réalisateurs honnêtes, mais qui font de petits films. Vu la sélection, on ne peut qu'être surpris de les voir récompensés. C’est sûrement dû à leur "fibre sociale" – vous pensez, une histoire de gamin du quart-monde, pour un jury, c'est automatique, ça prime aussi sec ! Là aussi, on vérifiera sur pièce.
 
Passons maintenant aux choses sérieuses, voici le PALMARES TANAKA 2005 ! (Applaudissez !).
 
[Un petit mot pour dire que, par fétichisme et insolence, notre liste de prix varie un peu de la liste officielle. De plus, chaque année, on s'insurge contre le fait qu'il n'y  ait pas un prix récompensant le montage et la photographie, alors qu'il y a deux prix pour récompenser les acteurs, éléments bien plus accessoires dans la réalisation d'un film que le monteur ou le chef-op' ! Passons.]
 
PALME D'OR :
A HISTORY OF VIOLENCE de David Cronenberg (Canada)
PRIX DU JURY :
LA VERITE NUE, d'Atom Egoyan (Canada)
PRIX DE LA MISE EN SCENE :
MANDERLAY, de Lars Von Trier (Danemark)
PRIX DU SCENARIO :
LEMMING, de Dominik Moll (France)
MEILLEUR ACTRICE :
ex-aequo : Maria Bello (A HISTORY OF VIOLENCE de Cronenberg) et Fairuza Balk (DON'T COME KNOCKING de Wenders)
MEILLEUR ACTEUR :
Bill Murray (BROKEN FLOWERS de Jim Jarmush)
PRIX DE LA COMMISSION TECHNIQUE :
MANDERLAY, de Lars Von Trier.
 
Ça a quand même une autre gueule, non ? Ça ressemble déjà plus à du cinéma ! Quelques explications s'imposent néanmoins.
D’abord sur l'étonnant choix de LEMMING au scénario, film complètement raté. Je crois qu'il faut voir ici un signe de notre système de jeu. Comme je vous l'ai dit, il y a deux façons de jouer : faire le palmarès de son cœur, ou anticiper le vrai palmarès. Et en général, les votants font les deux en même temps, pour avoir plus de chances de gagner un des deux prix (Toscan et Tanaka, voir plus haut). Presque tous les participants ont, au moins pour un prix, donné une récompense à un film qui serait « primable » par le Jury officiel du festival. Bon, ben là on s'est planté, parce que le Prix pour la France est allé à Haneke !
Deuxièmement, comme on peut le remarquer, on donne un prix de la commission technique. Ce prix a disparu du palmarès il y a quelques années, mais je le maintiens par nostalgie, car il servait souvent à récompenser un réalisateur avec lequel le jury était très embêté. Le genre de film qu'ils n'aiment pas, mais dont la maestria les embête. Donc, on leur donne un prix quasiment anonyme, une sorte de médaille en chocolat. Par exemple, c'est le prix qu'a remporté TAURUS, le fabuleux film de Sokourov, pendant qu'on donnait cette année-là des prix, comme d'habitude, à des bouses issues du tiers-monde, même pas dignes d'un téléfilm en termes de mise en scène.
Troisième remarque, il y a cette année deux ex-aequo chez les actrices, et c'est la première fois que ça arrive. Enfin, même si cela ne se voit pas dans le classement, nous avons le droit de voter pour les films hors compétition, car certaines années, c'est un bon moyen pour Gilles Jacob et ses acolytes d'écarter des gens dangereux qui auraient fait un film magnifique (ceci dit, cette année, c'était moins vrai !).
 
Et bien les amis, vous savez tout. J’aimerais avoir le temps et la place de noter les réflexions hilarantes de mes camarades participants qui ont émaillé leurs votes de réflexions drôles et judicieuses. Il y a, dans cette quinzaine de mails, plus de réflexions sur l'état actuel du cinéma que dans dix ans de Cahiers du Cinéma.
 
Et la morale de l'histoire est là : quelques cinéphiles font mieux leur boulot que la grande majorité, sinon la totalité, des professionnels qui votent, critiquent ou sélectionnent les films. C'est d'une tristesse à pleurer.
 
Je ne résiste pas à vous livrer un extrait du commentaire splendide et drôle de Tchoulkatourine, un de mes amis, qui a participé au vote cette année (et que je tanne comme un malade pour qu'il écrive des articles ici, dans Matière Focale, aux côtés de Tournevis, du Marquis et de moi-même). Voici ce qu'il dit en préambule de son mail de vote :
 
"Cher Dr Devo,
Déjà, un poncif en forme de tartufferie, ce qui sied à l'événement : les classements, les remises de prix me laissent froid. Pire, un film "primé", c'est idiot, me sert (trop) souvent de repoussoir. Je ne vois donc pas l'intérêt des palmarès, mis à part la mondanité, la mauvaise foi, l'autosatisfaction. C'est une manière d'absorber un souffle aussi, le normaliser. Touchons le fond du truisme, la reconnaissance, ce sont les personnes qui vont et surtout peuvent voir les films, ceci à prendre sur la durée (vive les cinés clubs et les DVD) et c'est tout. L'argument visant à dire, le seul encore plausible à mes yeux : Cannes (ou d'autres d'ailleurs) a pour prétexte de faire découvrir de nouveaux talents me semble limite panglossien, très faible. Cela est inquiétant d'ailleurs, montre que quelque chose ne tourne pas rond. Et, après tout, si... :
1- Les distributeurs, les producteurs faisaient leur boulot. Une provocation : donner un prix au producteurs, aux distributeurs, après tout c'est un festival de professionnels. Ce ne devrait pas être qu'un sale métier d'expert comptable ou un sport d'imbéciles qui mettent leur nom partout (suis mon regard ...). Quand reverra t-on une boîte comme les films Argos ?
2- Les critiques : je pense que la critique est avant tout là pour défricher, oser et rien d'autre, surtout pas pour donner une grille de lecture et tout plaquer dessus comme le font pas mal d'abrutis. Ce qui signifie que la critique n'est pas un métier à mes yeux ne devrait jamais être un métier.
3- Le public faisait son boulot (cf. ton manifeste, un peu de cirage ne fait jamais de mal) : j'insiste, ce sont des cons, moi y compris. Je l'avais bien compris quand j'étais allé voir un Sokourov, quatre dans la salle. Et puis, j'ai raté la séance d'un Peckinpah, I LOVE HUCKABEES (bravo pour ton post prophétique : il n'a tenu qu'une seule semaine) par pure paresse et je m'en veux.
Au pire alors quitte à assumer un festival mondain, de professionnels, je verrais donc bien :
- Palme du meilleur producteur
- Prix du meilleur ciné club
- Prix de la meilleure salle (jugée sur les durées où l'on tient les films à l'affiche)
- Prix du meilleur critique (vive la mise en compétition et pas de quartiers !)
- Prix de la sortie DVD la plus couillue
- Prix du meilleur découvreur d'acteurs
- Prix du meilleur diffuseur (par ex. au patron d'ARTE si l'audace lui prend de passer un film en VO)
- Prix Mabrouk : le réalisateur qui a fait du mieux qu'il pouvait (ceci uniquement dans le cadre de son film).
- Prix du meilleur cocktail (c'est hyper important un traiteur dans un festival)."
 
Bien vu, non ? Allez, professionnels du cinéma, vous pouvez aller vous jeter sur les petits fours et sur la cocaïne, vous avez bien bossé comme d'habitude ! Quant à mes amis du prix Tanaka, je me permets de les remercier chaleureusement de leur humour et de leur clairvoyance. 
 
Et quant à vous lecteurs, il ne vous reste plus qu'à vérifier, avec nous, tout au long de l'année, de la pertinence du Palmarès cannois et du Palmarès Tanaka. À mon avis, une fois de plus, il ne va pas y avoir photo !
 
Anarchiquement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
PS: Quelques remarques. Vous avez remarqué que pendant la cérémonie, Kusturica a eu la modestie d'aller poser avec les lauréats pour les séances photos ! Et en plus, il n'est pas allé poser avec Haneke, comme par hasard.
Laurent Weil, prépare au moins tes émissions et potasse tes fiches. On sait qu'à part Spielberg, rien ne t'excite, et que le cinéma c'est pas ton truc, mais quand même, tu es à la télé, et il faut faire attention : aucun réalisateur ne s'appelle Heineke ! Je sais que tu détestes ce genre de cinéma, mais quand même. Une fois de plus, un bel exemple de professionnalisme. Dire que je connais des cinéphiles au chômage qui méritent plus sa place que lui, et que le Weil affiche son mépris et son inculture fièrement à la face du Monde. Je vous laisse juge...
Chaque année, j'envoie mon concours Tanaka à des journalistes professionnels. Cette année une fois encore, personne n'a répondu, ni même participé. On a les chocottes, les gars ?
Si un mécène passe par là et a envie de claquer 10.000 euros, j'ai une idée : l'année prochaine, emmenez mon équipe de cinéphiles tanakiens à Cannes, payez leur accréditation, et faites leur faire leur palmarès. Avec le reste de l'argent, on pourra faire connaître notre palmarès aux médias, et vous vous ferez une super pub iconoclaste et provocatrice qui vous fera largement rentrer dans vos fonds. En échange, je vous livre un documentaire de 90 minutes pas piqué du hanneton sur l'expérience de notre Jury alternatif !
Enfin, spéciale dédicace aux Frangins Dardenne, qui ont osé dédier leur prix à Florence et Hussein ! Quelle honte ! Je vous ai plutôt à la bonne les gars, mais si jamais j'étais président de ce festival, je vous enlèverais le prix dans la minute. Un festival, ça parle d'Art, d'Art et d'Art. Votre philosophie politique à deux balles, vous pouvez vous la remettre dans la culotte. Et si vous avez envie de vous faire des bisous sur le parvis de la cathédrale ou de la mairie en hommage aux deux otages, rien ne vous en empêche, c'est très à la mode en ce moment ! [Ce qui fait énormément avancer leur cause d'ailleurs. C'est bien connu, si les gens s'étaient donnés des bisous en 1933, on n'aurait pas eu le XXe siècle que l'on a connu !] Mais par pitié, en tant que "cinéastes", arrêtez ces mascarades. Laissez-nous la poésie, la Poésie, la Poésie über alles. Si vous avez des messages à délivrer, changez de métier ! 
 
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Dimanche 22 mai 2005

Recommander - Publié dans : Ethicus Universalis

(photo: "Psycho" par Dr Devo, d'après une idée de Dr Devo et du Marquis)

Préambule
Il y a quelques temps déjà, je signais sur ce site un article sur MILLION DOLLAR BABY de Clint Eastwood, et la réaction des lecteurs, pour ou contre, s'est rapidement fait sentir dans une longue série de commentaires. Le débat était très vif, voire virulent par moments, et le moins que l'on puisse dire, c'est que mon article a "touché" beaucoup de gens. Et c'est très largement l'article le plus commenté de ce blog. Parmi ces commentaires, il y avait ceux de Léna. Sa vision du film était complètement opposée à la mienne, et elle s'est effectivement expliquée dans deux très longs posts, avec une passion certaine pour son sujet. Léna est étudiante en cinéma. Je ne la connais pas, et elle ne me connaît pas. Elle a découvert ce site en cherchant justement des documents sur le film de Clint Eastwood, en vue de l'écriture d'un article pour son prof d'analyse filmique. Uso Dorsavi, fidèle lecteur, a proposé malicieusement de publier un jour ce travail d’étude sur le site. J'ai donc demandé à Léna si elle voulait bien que l'on publie son travail. Je trouve en effet que le procédé est assez intéressant. Mon propre article avait beaucoup divisé le lectorat, et il me paraissait intéressant et honnête d'avoir l'autre son de cloche, surtout de la part de quelqu'un d'aussi gentil et passionné que Léna. Vous aviez eu mon avis sur le film, et donc voici un autre avis complètement différent. Avec l'article de Léna, nous ouvrons par la même occasion une autre catégorie : "Le Courrier des Lecteurs". Léna tient à préciser de bien garder à l'esprit que son texte est celui d'un devoir demandé à un cours, un exercice d'analyse, et en aucun cas un article de blog. Merci de garder cela à l'esprit pendant la lecture de son texte. Et un grand merci à Léna pour son courage, et pour avoir bien voulu nous faire part de ses idées.
Dr Devo.
 
Deux ans seulement après le dramatique MYSTIC RIVER, Clint Eastwood signe à nouveau un grand film et obtient la consécration en remportant l’Oscar du meilleur film, du meilleur réalisateur, ainsi que de la meilleure actrice et du meilleur second rôle masculin avec MILLION DOLLAR BABY. Comme le dit Scrap, interprété par Morgan Freeman : « Sa dernière pensée ; je crois que j’ai assez bien réussi » et en effet, Eastwood signe une fois de plus une réussite et une belle leçon de cinéma classique.
Frankie Dunn, brillant soigneur et entraîneur de boxe vieillissant décide malgré ses réticences d’entraîner Maggie Fitzgerald, jeune femme solitaire et déterminée. En seulement un peu plus d’un an de collaboration, Frankie amènera Maggie au sommet, jusqu'à son dernier match de boxe, contre une redoutable adversaire, prête à tout pour conserver son titre de championne du monde des poids mi-moyens, quitte à devoir porter des coups meurtriers. Maggie, touchait son rêve, mais il fût tout autre, un coup hors du temps réglementaire la projète violemment au sol, contre un tabouret. Le verdict est tout aussi violent ; paralysie totale sans aucun espoir de rémission. Commence alors un ultime match pour Maggie, celui de vivre en sachant qu’elle ne pourra plus jamais approcher son rêve, ni être autonome.
Le sujet principal du film n’est pas la boxe, mais la relation entre Maggie (Hilary Swank) et Frankie (Clint Eastwood) et le long chemin de croix de celui-ci. C'est avec une voix off que nous entrons dans le film, la voix de Scrap (Morgan Freeman), à la fois gardien de la salle d'entraînement de boxe et fidèle ami du patron Frankie. Comme souvent dans les relations fortes, celle de Frankie et de Maggie commence par un refus. Frankie ne veut pas s’intéresser à la jeune sportive par simple principe, car peu enclin à former la gente féminine. Frankie se laissera cependant toucher par le désarroi de Maggie face à l’image amère que lui renvoie son existence. Il acceptera finalement de l’aider à atteindre son but, mais sans s’apercevoir qu’elle aussi le prépare à quelque chose. Ces deux personnages, malmenés par la vie ont au démarrage pour seul point commun visible l’amour de la boxe. Cependant, leur profondeur d’âme se découvre peu à peu ; il est économe en paroles, elle est généreuse en coups. Il la rend forte, elle le subjugue et lui accorde un rôle de père. Il croit en Dieu, elle veut croire en elle. Leur relation se remplit de conseils et d’affection, mais avant tout d’une profonde humanité. Cet homme qui porte au cœur la douleur de ne pas pouvoir rétablir la communication avec sa fille, va craquer devant la ténacité, la volonté de Maggie qui, de son côté, pleure un père disparu et une famille absente.
La lumière tout en nuance de Tom Stern plonge les corps et les visages dans une photo qui frôle le noir et blanc, traduisant ainsi les contradictions et les ambivalences des personnages. Irlandais et catholique, pieux jusqu’à aller à la messe quotidiennement, Frankie entretient une culpabilité multiple, dû à son manque de contact avec sa fille, mais également à la perte d’un œil de son ami Scrap lors d’un combat où Frankie était son soigneur. Cette culpabilité le rend méfiant et hésitant pour ce qui est de prendre des risques, ce qui explique sa seule est unique devise ; « la règle principale est de se protéger ». Pourtant, il va lui-même la mettre de côté, plus le film avance et moins Frankie se protège de ce qu’il a tant souhaité et redouté : une vraie relation humaine, autre que celle qu’il s’autorise à travers les sarcasmes et chamailleries qu’il décroche au détour de son bureau à Scrap, la seule personne au monde à lui être restée fidèle et à connaître la cause de ses souffrances. Maggie au contraire a la rage de vaincre car à 31 ans elle n’a pas de temps à perdre pour réaliser son rêve. Etant issue d’une famille de « parasites » avachis dans leur caravane du Mississippi, elle voit dans sa passion pour la boxe une planche de salut, un moyen de toucher du doigt les sentiments de fierté et de réussite qui lui ont fait défaut dans sa jeunesse. Quand ces deux vies se croisent sur un ring une communion opère. Dès lors, la relation prendra forme en s’appuyant sur des séquences clés du film. Conseil sur les économies, achat d’un peignoir de satin vert sur lequel est brodé en lettres d’or l’expression "Mo Cuishle", visite dévastatrice dans la famille de Maggie, évocation des souvenirs qu’elle avait avec son père, déclaration d’amour sincère. Une figure paternelle qui prendra toute sa dimension à partir de « l’accident ». Cette seconde partie, plus intime, va plus profondément dans les relations interpersonnelles, resserre les liens et, doucement, laisse aller toute la puissance accumulée depuis le début du film. Frankie prend en charge les soins de Maggie, lui cherche une nouvelle université avant de succomber à sa demande insupportable. Le spectateur assiste à ce spectacle d’émotion pure le souffle coupé. L'inéluctable s'inscrit pourtant dès les premières images du film, dans les mots, les attitudes, les poses ; tout semble déjà écrit, presque déjà fini avant même d'avoir commencé. Cette seconde partie ne fera que conforter cette impression, jusqu'à une rupture qui paraît marquée du sceau de l'inévitable. La tragédie, avec son lot d'événements funestes, est toute proche. « Dans ce monde où un dieu hypothétique brille par son absence, l'homme est seul face à ses espoirs, ses émotions, ses choix », et il sera bien question ici d’un choix difficile à prendre sans aide extérieur possible. Nous pouvons tous nous identifier à la souffrance de Maggie : la gloire était presque sienne et cet horrible retournement de situation ne lui laissent aucun espoir. Sa demande à Frankie semble pour le spectateur intolérable car cruellement « vraie », le débat n’a pas sa place dans cette scène, ce qui pourrait être reproché à Eastwood. Cependant, il semble que ce point soit totalement hors de propos à mon sens car il s’agit bien ici d’une décision personnelle du personnage de Maggie et en aucun cas d’un plaidoyer aux accents totalitaires.
Vous l’aurez compris, ces deux personnages apparaissent comme incroyablement humanisés ce qui participe bien sûr à faire de ce film un film important. Mais là où certains autres films « oublieraient » les autres personnages, Eastwood en profite pour en dresser une galerie tout en finesse, chaque personnage, le plus modeste soit-il, est bien dessiné et imprime profondément sa marque chez le spectateur. A commencer par Scrap bien sûr, ami fidèle de Frankie et sorte de bonne fée des causes perdues. Son personnage tout en nuance possède une vraie psychologie et affirme une profonde humanité envers les autres personnages, que ce soit envers Frankie ou Maggie mais également avec Danger, personnage attachant qui bénéficie de toute son attention. C’est d’ailleurs à travers ce personnage de Danger que va s’exprimer les premières esquisses d’émotions de Frankie ainsi que toute l’humanité de Scrap. Ainsi, Danger fait office de révélateur vis à vis de ces comparses. A l’instar de ce personnage, les personnages secondaires tiennent tous une place importante dans ce film, et c’est là une de ces nombreuses forces. Frankie est lui même révélé au spectateur par son « poulain » qui préférera choisir un autre entraîneur pour continuer sa carrière. Si Danger lutte pour « s’amuser » ou même « s’occuper », l'entraîneur Frankie Dunn et la jeune Maggie Fitzgerald luttent contre l'effacement qui menace à chaque instant de les emporter. Frankie se faisant trop vieux pour entraîner, et Maggie trop vieille pour entamer une carrière de boxeuse. Seul Eddie Scrap, l'ami de toujours, boxeur fini avant d'avoir pu faire son 110e combat, accepte cette progressive disparition qu’il anticipe même en ne semblant pas sortir du gymnase. La boxe est toute sa vie, et il va jusqu’à vivre dans le gymnase, ainsi il semble savoir ce qu’il veut et ne rien regretter avec une étonnante sagesse. Ce personnage central remplit plusieurs fonctions ; celle de guide pour les personnages eux-mêmes, que ce soit Frankie, Maggie ou même Danger, mais également de guide pour les spectateurs à travers le récit de l’histoire de Frankie à sa fille. Ce film arrive à un point où il est rare que le spectateur soit entraîné ; au bout des choses et à l’accomplissement des personnages, et tout ceci semble renforcer l’idée que ce film est à part dans le cinéma d’aujourd’hui même s’il reste un film classique. Comme le déclare Clint Eastwood, "Ce qui m’a intéressé dans Million Dollar Baby, c’est le fait que ce ne soit pas vraiment une histoire sur la boxe. C’est une histoire d’amour entre une personne qui est perturbée par la relation non existante avec sa fille et qui trouve une sorte de fille de remplacement dans cette jeune femme" ceci est renforcé par une certaine économie, tout comme la musique (de Clint Eastwood) qui repose sur quelques notes interprétées à la guitare solo ou au piano, le film s’appuie sur une économie de décor et d’actions misant sur le dépouillement et une mise en scène épurée. Le scénario est également bien construit, sans faute, sans passage à réviser. Cela semble évident qu’un effort particulier a été entrepris tant sur les dialogues que sur une trame complexe, captivante et surprenante. La relation père-fille qui s'ébauche entre les deux « héros », en demi-teinte, toute en pudeur et en sensibilité ainsi que l’utilisation de la lumière en clair obscur ne peuvent que renforcer cette impression de justesse. Cette impression étant renforcée par la justesse du travail des acteurs (rappelons notamment que Hilary Swank n'eut que trois mois de préparation auprès d’Hector Roca, classé parmi les meilleurs entraîneurs mondiaux, pour le rôle de Maggie). Une pluie d'Oscars a récompensé ce film qui me en lumière la ténacité dans l'épreuve, le courage mais également l'affection et la tendresse. Je ne considérerais pas pour autant ce film comme un chef d’œuvre contrairement à beaucoup de critiques, mais comme un excellent film, excellent par sa justesse, par son émotion et la catharsis qu’il procure au spectateur, notamment au moment culminant du film qui apparaît être la scène où Frankie se décide enfin à traduire « Mo Cuishle » pour Maggie avant de mettre fin à ses souffrances; « Ma chérie, mon sang ». Lorsqu’une relation est aussi forte que celle-ci, que faire à part rester sans voix et admiratif ?

Léna.
 
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Samedi 21 mai 2005

Recommander - Publié dans : Courrier des Lecteurs

(photo: "The way we weren't is what we become" par Dr Devo, d'après une image de HALLOWEEN de John Carpenter)

 

 

 

 

AVERTISSEMENT: Le Marquis nous a préparé un formidable article sur HALLOWEEN, le film sublime du grand Carpenter. C'est un film important à nos yeux, et c'est pourquoi je me permets cet avertissement. Dans un paragraphe, Le Marquis dévoile des éléments de la fin du film. Ils nous prévient et j'ai même souligné sa phrase d'avertissement. Si tu n'as pas vu le film, s'il te plait, ne gâche ton futur plaisir. Ce film est hallucinant, joue avec simplicité et rigueur sur un trame très fine... Ça serait dommage. Donc quand tu entends la clochette, ou quad tu vois la phrase soulignée, passe directement au paragraphe suivant, que j'ai bien séparé comme il faut!

Dr Devo.  

 

 

 

 

Interné dans son enfance après avoir poignardé sa sœur une nuit d’Halloween, un psychopathe s’évade de l’hôpital psychiatrique et retourne dans la petite ville où il a grandi. Une poignée de baby-sitters font en faire les frais alors que son médecin-psychiatre tente en vain d’alerter les autorités.

C’est sur ce sujet simpliste et minimaliste que John Carpenter va réaliser l’un de ses plus gros succès public, se faire un nom et signer l’un de ses films les plus maîtrisés. HALLOWEEN est aujourd’hui un classique incontournable du cinéma fantastique. Instigateur d’un nouveau sous-genre, le slasher type VENDREDI 13, l’original vaut infiniment mieux que les innombrables copies, tout simplement parce qu’aucun slasher n’a bénéficié d’une mise en scène aussi talentueuse, épurée et puissante. Le tueur,  Michael Myers, est peu montré mais reste omniprésent à l’écran par le biais de la musique obsédante composée par Carpenter, et d’un jeu inégalable et brillant sur le cadrage. Superbement photographié, le film bénéficie en outre d’un sens de l’atmosphère assez spectaculaire auquel le film doit probablement sa popularité, atmosphère constamment renforcée par la présence en fond sonore de vieux films d’épouvante (LA CHOSE D’UN AUTRE MONDE, PLANETE INTERDITE) diffusés par la télévision pendant les deux-tiers du métrage. Le mouvement du film est en outre fascinant ; la première heure semble n’être qu’une préparation pour le tueur masqué, un dispositif pour la mise en scène de la dernière partie – dont on ne peut tirer une ou plusieurs scènes spécifiques : les trente minutes sont anthologiques. C’est dans cette dernière partie hallucinante que le film bascule dans un fantastique onirique profondément singulier, derrière une conclusion faussement anodine et extrêmement dérangeante. Une conclusion qui ne sera pas comprise par les exploitants du filon, adoptant le gimmick du tueur masqué increvable en vidant l’idée de toute sa substance.

 

Mais HALLOWEEN II ne fait pas mieux, loin de là. On a trop peu souligné l’incohérence et la bêtise de cette prolongation commerciale du film de Carpenter, je ne vais pas m’en priver ici : faites quand même attention, parce qu’à ce stade, je raconte la fin. Au début d’HALLOWEEN, le tueur, c’est Michael Myers, un fou évadé d’un asile, et rien de plus. Son médecin (Donald Pleasence) se comporte de façon obsessionnelle et presque névrotique, et passe pour un illuminé auprès du shérif du patelin, peu sensible aux arguments du bonhomme sur le fait que l’assassin est « le mal à l’état pur ». Aux yeux du flic, le docteur est paniqué et en rajoute inutilement. Michael Myers est muet, le plus souvent inerte dans le plan, et porte un masque, un visage blanc dénué de toute caractéristique définie ; c’est une forme, une coquille vide, un pantin, un réceptacle encore vide. Le scénario se concentre vite sur un groupe d’adolescents très VENDREDI 13 avant l’heure, mais Carpenter veille à présenter des personnages soigneusement définis et correctement interprétés. Le récit se focalise plus précisément sur le personnage de Jamie Lee Curtis (débutante et parfaite), une jeune fille plus timide que ses copines, plus réservée, plus mature, intellectuelle, mais également impressionnable, malléable et, pour tout dire, un peu coincée. Chargée de garder deux enfants pour la soirée, elle tente de calmer leur peur panique du croque-mitaine. Lorsqu’elle est confrontée au tueur masqué, sa frayeur va devenir tout aussi enfantine et presque régressive, exactement au point où le récit bascule dans l’insolite, le tueur refusant de mourir. Car à cet instant, Michael Myers n’existe plus, la « Forme » (comme le surnomme Carpenter) avance avec détermination vers un objectif tacite qui tient entièrement dans le statut de réceptacle, d’enveloppe sans visage qu’il s’est construit ; il ne s’interrompt d’ailleurs qu’à une seule occasion, lorsque Jamie Lee Curtis lui arrache son masque et que Carpenter nous dévoile son visage : son geste réflexe est de le remettre dans l’instant, dans la mesure où son identité, son profil de fou évadé, de tueur au couteau, doit disparaître. Le médecin survient et le crible de balles : il s’écroule. Alors que Jamie Lee Curtis demande au médecin si « c’était le croque-mitaine », celui-ci confirme et se retourne pour voir le corps. Mais le corps a disparu. Et là, ouvrez vos yeux et surtout vos oreilles. Pendant tout le film, Michael Myers a semblé hanter le décor, emplissant le film de sa présence suggérée ou subtilement dénoncée par le cadre. Lorsque son corps disparaît, le médecin est pétrifié, et Jamie Lee Curtis fond en larmes sans avoir besoin d’en être informée : Michael Myers est effectivement devenu le croque-mitaine. Carpenter sature les derniers plans du film de sa respiration rauque qui se fait entendre dans chaque coin des décors visités pendant le métrage, il suggère clairement son ubiquité, et dévoile sur le fil la nature fantastique de son sujet. Le croque-mitaine est partout et nulle part, ce n’est plus un tueur fou, il n’est plus « l’incarnation du mal » ou de la peur que craignait Donald Pleasence, il est, littéralement, devenu le mal, une sublimation des terreurs enfantines. La puissance évocatrice de ce dénouement confère ainsi une réelle poésie à un film par ailleurs exemplaire et insurpassable dans l’agencement du suspense, dans l’utilisation sèche et assez stupéfiante du cadre et du montage. Impressionnant, intelligent, c’est avec FOG et PRINCE DES TENEBRES l’un des plus beaux films de Carpenter.

 

 

 

 

Alors bon, évidemment, HALLOWEEN II (réalisé par Rick Rosenthal, un esthète à qui l’on doit LES OISEAUX II) fait très mal : le film démarre à l’instant où le premier s’achevait, et nous montre Michael Myers qui se relève et part bon pied bon œil trucider les voisins, comme ça, pour faire genre. Déni total de la belle conclusion du premier opus, ici on atterrit lourdement sur le plancher des vaches, Michael Myers redevient ce qu’il restera désormais pour le pire, c’est-à-dire un psychopathe de plus dans un genre déjà saturé à l’époque. Et histoire de bien aplatir l’originalité de son prédécesseur, le scénario (co-écrit pourtant par un Carpenter peu convaincu qui a refusé d’en assurer la mise en scène) introduit cette idée stupide, donner un motif au tueur masqué : en fait, Jamie Lee Curtis, c’est sa sœur cachée !!! Elle en est la première surprise, la pauvre chérie : c’est une bonne façon d’anéantir tout l’intérêt du personnage. Ni meilleur, ni pire que n’importe quel slasher de l’époque (TERREUR A L’HÔPITAL CENTRAL est d’ailleurs largement mis à contribution puisque Michael Myers poursuit Jamie Lee jusque dans la chambre où elle est hospitalisée), HALLOWEEN II trébuche point par point sur tout ce qui faisait le sel de l’original (le film étant piètrement cadré et monté) et sombre régulièrement dans la parodie involontaire. Il faut voir la grimace que fait John Carpenter quand on mentionne ce film, il avoue bien volontiers avoir honte d’y être associé et ne cache pas son agacement face aux rumeurs selon lesquelles il aurait réalisé certaines séquences (rumeurs démenties par lui, mais aussi par Jamie Lee Curtis et par Donald Pleasence).

 

En comparaison, alors que HALLOWEEN II a été reçu (trop) poliment, HALLOWEEN III a subi une volée de bois vert assez injuste. La logique de la suite est une logique perverse. Tout le monde s’accorde à dénigrer les séquelles, toujours perçues comme moins fortes que l’original. Mais paradoxalement, les spectateurs se montrent incroyablement intolérants si une séquelle s’oriente dans une autre direction. Carpenter souhaitait avec le 3e opus poursuivre la série en ne gardant que le contexte de la fête d’Halloween, support d’histoires possiblement variées, d’approches différentes à chaque nouvelle suite. Oui, mais personne ne lui a pardonné l’absence de Michael Myers, qui allait par la suite revenir dans des séquelles (4,5,6,7…) de plus en plus dérisoires. Le film de Tommy Lee Wallace (spécialiste des suites casse-gueule et ami de Carpenter) conserve aujourd’hui sa réputation de navet. Sans atteindre les cimes du 7e Art, loin de là, l’accueil qui lui a été réservé n’en est pas moins salement injuste. Le récit s’avère en effet plutôt original et inattendu, aborde des thèmes peu exploités du cinéma fantastique, prend des risques qui s’avèrent parfois payants, quand l’atmosphère, souvent dérangeante, prend forme, quand une idée aboutit, quand une séquence désarçonne et séduit, quand le suspense devient tangible. Handicapé par une interprétation souvent maladroite, HALLOWEEN III est une œuvre inégale mais réellement attachante, et, s’il faut que quelqu’un le dise, aussi bancale soit-elle, c’est la meilleure et la seule suite valable du chef d’œuvre de John Carpenter.

Je ne dirai rien de plus de la suite des événements, pour cause d’ennui profond provoqué par les suites que j’ai eu l’occasion de voir, oscillant entre molle banalité et ringardise caractérisée, sans le peps 80’s de la série tout aussi crétine mais plus typée des VENDREDI 13. Je n’ai pas vu HALLOWEEN VI (mais je m’en fous comme de ma première couche) ni HALLOWEEN VIII ( ? – celui avec la télé-réalité, j’ai vraiment la flemme). J’ai vu en salles le grand come-back du désastreux HALLOWEEN, 20 ANS APRES, un calvaire pour qui adore le premier HALLOWEEN et l’a visionné une bonne cinquantaine de fois comme c’est mon cas. Mais je dois signaler au moins trois anecdotes. La première, c’est la mauvaise foi du producteur de HALLOWEEN, Irwin Yablans, qui accuse Carpenter de s’être attribué le mérite du film alors que c’est Irwin qui avait eu l’idée du sujet de départ, initialement intitulé THE BABY-SITTER MURDERS ; relisez le résumé en haut de page. Oui, c’est Irwin Yablans qui est à l’origine de ce concept révolutionnaire. Le pauvre gars n’a pas l’air de soupçonner une seule seconde que la qualité du film de Carpenter, c’est sa mise en scène et son traitement brillant de ce point de départ inepte. La seconde, c’est l’exploitation dans SCREAM de l’image et de la bande-son de HALLOWEEN, que les jeunes se projettent en vidéo dans la maison ; rien à en dire, et cet empreint est utilisé relativement intelligemment, mais je me pose juste une question un peu délicate : je me demande comment « passe » HALLOWEEN, œuvre très formaliste, totalement dénuée de gore ou de second degré, auprès du public d’aujourd’hui. Mais d’ici à ce qu’ils nous en fasse un remake, de toute façon… Dernière chose : regardez la séquence où Jamie Lee Curtis est sur le point de découvrir les corps de ses amis dans une chambre de la maison d’en face, cette scène où elle monte lentement les escaliers, angoissée. (…) Bon, c’est fait ? Maintenant, allez jeter un œil sur la scène identique de TWIN PEAKS, FIRE WALK WITH ME, lorsque, sur le point de tomber nez à nez avec son Horla personnel et attitré dans sa chambre, Laura Palmer monte lentement les escaliers, angoissée. (…) Etonnant, non ? Si vous n’avez pas de copies de ces deux films et que vous voulez jouer vous aussi, tapez vous sur les doigts parce que vous devriez déjà les avoir.

 

Le Marquis.

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Vendredi 20 mai 2005

Recommander - Publié dans : Corpus Analogia

(photo: "Once in a Lifetime" par Dr Devo)

 

Chers Camarades,
 
Une bonne nuit de sommeil et le soleil se lève tranquillement sur le village des schtroumphfs. Et pas pour longtemps en quelque sorte. Une fois ma décision prise de voir STAR WARS III : LA REVANCHE DES SITH le jour de sa sortie, j'ai troqué ma casquette de spectateur quelques instants pour ma casquette d'anthropologue statisticien. Tout d'abord, je passe largement en avance au cinéma, prends tranquillement ma place en moins de trois minutes. Je m'en vais, et achète le journal. Je m'installe devant un café, je lis les comptes-rendus de Cannes... [Cette année à cannes, tout le monde est gentil. Cronenberg formidable, Jarmush formidable, les frères Dardenne formidables, SIN CITY étonnant, STAR WARS III réussite esthétique assez inégalable (dans Libé).... Tout va bien, madame La Marquise. "Est-ce que Von Trier ou Gary Sinise ont mis le feu à la remise ?" Ben Sinise, je sais pas mais Von Trier, rien. Aussi bien DOGVILLE avait déclenché les fureurs et les débats, Patrice Chéreau, cette chochotte, déclarant que le film était cynique et qu'on ne donnerait des prix qu'aux films "humains" et positive attitude, etc. [J'en profite pour donner un conseil aux gens qui n'aiment pas trop (ou n'aime plus) Von Trier : essayez quand même DOGVILLE, qui d'une étrange manière est plus décontracté, moins mélodramatiquement chargé, et qui est très, très drôle ; essayez et venez m’en parler !] Cette année, en présentant MANDERLAY, suite de DOGVILLE, rien ! Je m'attendais à ce qu'on parle du petit singe... (C'est pour ça que j'avais mis, la veille de la présentation du film, une photo de Kusturica avec le slogan "Shock The Monkey !") Rien de rien. Il faut dire que le Von Trier était présenté le même jour que le Cronenberg, et que c'est plutôt ce dernier qui a attiré l'attention. La seule chose remarquable de ce festival, c'est sans doute la bande-annonce de l'émission de Daniela Lumbroso, où toute la crème du cinéma français était présente (Jamel, Chabat, Magimel... Je sais plus trop, mais c'était des stars françaises), et aussi Gary Oldman, Cronenberg, etc.  Déjà, la perspective de voir Lumbroso en face de Cronenberg, ça me... m'intriguait, on va dire. C'est comme si le dalaï-lama rencontrait le cinéaste allemand à la réputation gore-craspec Jorg Buttgereit qui, soit dit en passant, est un des très grands réalisateurs vivants ! Il devrait être à Cannes à chacun de ses films. Passons. Cronenberg l'abstrait contre Daniela, qui est toujours d'accord quand il s'agit de faire des efforts, et pas qu'un peu : elle a récemment déclaré qu'elle avait vu presque TOUS les films sortis en salles depuis dix ans ! [Et comme disait Christophe Lemaire, de Starfix et Brazil, elle s'est donc tapé Jean Rollin en salles, elle a vu le SANG DES INNOCENTS en salles, elle a vu tous les derniers Werner Schroeter, etc. Eclectique et studieuse la Danièle... Je rappelle qu'il sort à peu près 500 ou 600 films par an en salles !] Bref, voilà une rencontre incongrue, et la voix-off de la bande-annonce termine sur ses mots :"Ce soir avec Daniela Lumbroso, c'est la soirée du rire dans Comme Au Cinéma", la seule émission au monde qui porte le titre d'une chanson d'Alain Delon !!!  Ça, tu m'étonnes John, elle va rire, elle va pouffer comme une lycéenne surexcitée, la Daniela, on va se marrer à mort, on va mouiller nos culottes comme dans les années 60 au premier rang des concerts des Beatles (tu te souviens, Daniela ?), bref, ça va être l'éclate totale avec Cronenberg, et son one-man show permanent, son sens de la punchline, le nec plus ultra du stand-up ! Je n'ai malheureusement pas pu vérifier quoi que ce soit, mais j'essaie d'imaginer combien de fois a ri Daniela, quelles blagues a sorti Cronenberg, etc.
En tout cas, le voilà, l'événement de Cannes 2005 : Daniela reçoit Cronenberg ! On a un peu discuté sur l'usage de la pipe pendant les projection (50 ans après Marushka Detmers et son pompier, ou au moins 15 ans, et après BROWN BUNNY, à qui le tour ?), on a un peu grondé Atom Egoyan, qui peut mieux faire parait-il (c'est sûrement splendide une fois de plus), mais c'est tout. Et heureusement qu'il y avait STAR WARS III pour relever la sauce, sans quoi ce serait déjà Roland Garros dans nos têtes. Une tête ronde comme un crâne d'œuf, comme le crâne de Natalie Portman, superbement sineadisée. Ça m'a rappelé les années 80, c'est cool.
 
Donc, j'étais tranquillement en train de lire mon journal. Je finis mon café et j’arrive au cinéma, billet en poche, 20 minutes avant le film, et il y avait une queue de 300 personnes ! Et ça se vide d'un coup. Et on se retrouve à 15 devant la porte de la salle pour cet EPISODE III ! 15 ! Tous les autres était montés en salle N°1 pour voir la VF. Pour la VO, on était 30 au total lorsque le film a commencé... Ah ! je ris...
 
Les choses ne vont pas bien, ceci dit, dans l'Espace. La guerre contre les Sith (Jedis noirs) est à son paroxysme, et leur Maître est toujours introuvable. Au nom de la sauvegarde la République, le sénateur Palpatine est sur le point de faire voter par le sénat galactique encore plus de pouvoirs, afin que la guerre soit plus efficace et plus rapide. Un peu partout dans la galaxie, la bataille fait rage. Côté Jedi, ce n'est pas non plus la grosse forme. Ils pressentent que quelque chose cloche, et voient d'un mauvais œil la politique en forme de surenchère de Palpatine (Ian McDiarmid), en qui ils ne font aucune confiance. Anakin Skywalker (Hayden Christensen), l'élu, l'espoir du conseil Jedi, est partagé entre son admiration pour le sénateur Palpatine, et ses collègues Jedi qui viennent de lui refuser le rang de Maître. Ebranlé par les événements tragiques qui ont eu lieu lors du sauvetage de Palpatine des griffes du comte sith Dooku (Christopher Lee), Anakin, de plus en plus convaincu de ses pouvoirs exceptionnels, vit très mal cet "ostracisme" supposé du conseil Jedi... Incapable de discerner le vrai du faux et déchiré par des sentiments contradictoires, Anakin apprend de la bouche de la princesse Padmé, qu'il aime en (demi) secret, que celle-ci attend leur enfant. Anakin, déjà bouleversé, commence à faire une série de rêves prémonitoires où la princesse Padmé meurt en enfantant... Sans qu'il s'en rende compte, la tragédie est déjà en marche...
 
Si les fans ont tant attendu cet épisode III de LA GUERRE DES ETOILES, c'est qu'il est la matrice des événements qui se déroulent dans la première trilogie réalisée dans les années 80 (enfin, 1977 pour le premier, c'est-à-dire l'épisode IV). Autant l'avouer tout de suite, je suis loin d'être un fan hardcore de la saga STAR WARS. Mon âge avancé fait que j'ai vu L'EMPIRE CONTRE-ATTAQUE (épisode V) étant petit. Je m'en souviens très bien, car malgré notre jeune âge, mon frère et moi étions allés voir le film dans une très belle salle unique, et tout seuls qui plus est. Quant au RETOUR DU JEDI, je ne le vis pas en salles, mais quelques années après en vidéo. Un peu de nostalgie rentre sans doute en jeu, et la première trilogie reste pour moi plutôt visible, comme une sorte de divertissement populaire malin, c'est déjà louable, à défaut d'être renversant. C'est un récit chevaleresque en forme de western, assez plaisant, avec une petite préférence pour L’EMPIRE CONTRE-ATTAQUE, plus sombre et plus impressionnant esthétiquement. Ceci posé, outre les joies de l'enfance évoquées ci-dessus, pas de culte STAR WARS chez moi, juste un souvenir agréable.
Les choses se gâtent à la sortie de la deuxième trilogie. Le temps a passé, et les moyens de production ont changé, propulsant chacune de ces trilogies dans leur période respective : années 70-80 (on va dire années 80) vs. années 2000, en quelque sorte.
 
Voyons ce que cette REVANCHE DES SITH a dans le ventre, ou pour employer un terme moins agressif, ce que le film nous propose en termes de cinéma, et donc d'art (et aussi de divertissement, car on aime le cinéma de genre ici, vous le savez). George Lucas n'est pas un réalisateur marquant à mes yeux. J’ai vu AMERICAN GRAFFITI il y a quelques années, et je serais bien incapable d'en extirper un quelconque souvenir. LA GUERRE DES ETOILES (épisode IV) est pour moi celui qui a le plus vieilli, et pas qu'un peu (contrairement aux deux suivants d'ailleurs), et la réalisation des épisodes V et VI, par Irvin Kershner et Richard Marquand, me paraît quand même bien plus ludique. Mais au fond, ce n'est pas à cette aune qu'il faut juger LA REVANCHE DES SITH.
En effet, il faut revenir à notre problématique de départ, à savoir : la trilogie formée par les trois derniers films tournés est fille des années 2000. Gardons cela à l'esprit, j'y reviendrai. On ne va pas faire durer le suspense plus longtemps, L'ATTAQUE DES CLONES et LA MENACE FANTÔME sont, de mon point de vue, des films complètement ratés. Ici, c'est un peu mieux. Principalement, sans doute, à cause du fait que Lucas boucle sa saga, et que cette fois-ci, les secrets de l'histoire vont être "dévoilés" (pas de révélations surprenantes, en fin de compte), et le "mythe" inscrit dans le marbre. Par conséquent, on peut sans doute dire que cet épisode final est un peu plus sombre et moins plaisantin que les deux autres. La scène d'ouverture privilégie, il est vrai, un peu l'humour et le recyclage (scène de l'ascenseur, R2D2 qui a des problèmes avec son portable ! Véridique !). Mais on passe vite à autre chose, de plus sombre.
Et c'est bien, une fois de plus, avec la mise en scène que le bât blesse. Difficile d'y aller par quatre chemins. Le verdict est malheureusement sans appel. George Lucas a perdu son sens de l'orientation, déjà bien formaté en 1977, et il ne sait plus où donner de la tête. La mise en scène évite certains écueils des deux épisodes précédents, mais retombe vite dans des travers qui, en quelque sorte, ne soignent pas les inquiétants symptômes de LA MENACE FANTÔME et de L'ATTAQUE DES CLONES. Bien au contraire, elle les fait varier, mais sans en changer la nature profonde. Ouvrons le capot.
 
La copie dans laquelle j'ai vu le film est relativement correcte pour un film tiré  à 980 exemplaires (ce qui, au passage est une vraie honte, un dumping mathématique absurde : dans ces conditions, le film ne peut pas être, et c'est mathématique, un échec. Il serait temps de créer une législation qui limite le nombre de copies. Jetez un oeil ici. Ceci dit, il faut également faire ce reproche à HARRY POTTER (plus de mille copies !), au SEIGNEUR DES ANNEAUX ou encore aux mastodontes français (LE BOULET, BRICE DE NICE) qui ont recours eux aussi aux mêmes pratiques qui de toute évidence faussent la loi de l'offre et de la demande, chose que l'industrie du cinéma en France paiera un jour ou l'autre, c'est certain). Copie correcte donc, avec des soucis d'étalonnage par-ci par-là, mais bon. Tout d'abord, je vais devoir faire un reproche que je fais souvent ici, pour les petits films (souvent) comme pour les gros films (quasi systématiquement) : le gros problème, c'est le montage et l'échelle de plans, les deux mamelles de la mise en scène, les deux mères nourricières du cinéma, sans qui rien n'existe. George Lucas a voulu stabiliser le jeu mais, comme je le disais plus haut, n'évite pas les défauts des deux films précédents. L’échelle de plans et le cadrage sont donc d'un systématisme assez remarquable. Plan d'ensemble pour une arrivée en vaisseau ou un combat spatial. Plan moyen pour descendre du vaisseau. Et tout le reste ou presque, c'est du plan rapproché ou du gros plan. Point final. Et pour le coup, Lucas s'est attaché à n'en pas démordre. Deux nuances et demie de cadrage n'ont jamais fait une mise en scène, et le résultat est à l'avenant : d'une rare "métronomie" si j'ose dire, une sorte de long fleuve tranquille que ni la musique orchestrale, ni la multitude d'effets spéciaux ne peuvent cacher. Selon l'action, donc, on peut quasiment annoncer à voix haute dans la salle "Prochain plan : plan moyen de 3/4" ou "Attention, gros plan en profil, suivi de gros plan de face en contrechamp", etc. Le verdict est sans appel : la mise en scène est désespérément anonyme et répétitive, rapprochant de ce point de vue l'échelle de plans du dispositif expérimental (qui pourrait être de donner une contrainte limitante absurde, pour provoquer des mouvements inédits des autres leviers de mise en scène, par exemple le montage ou les axes. Mais Lucas n'est pas un oulipiste du cinéma !) Le montage est, c'est logique, complètement asservi par ce dispositif. Et que ce soit pour THE AVIATOR, ALEXANDRE, BRICE DE NICE ou ici, la sanction est mécanique, fille du bon sens : le film est un grand ventre mou.
 
Mais allons plus loin. L'autre gros problème du film est un problème esthétique, dû au mal du siècle, d'un point de vue cinématographique bien sûr : les images numériques de synthèse. Il m'est toujours difficile de comprendre pourquoi les producteurs et les réalisateurs n'ont toujours pas compris que ces images, aussi sophistiquées soient-elles, sont assez laides et ne vaudront jamais, par exemple, entre autres, un bon vieux matte-painting ou une bonne vieille maquette ! [Une parenthèse ici pour dire que SIN CITY, bientôt sur nos écrans et dont on peut déjà voir la bande-annonce, semble avoir compris la chose en usant de la synthèse comme d’un outil de superposition, et de manière expressionniste. Voilà qui est iconoclaste et alléchant. On en reparlera, bien sûr.] Ici, évidemment, et encore une fois, comme dans les deux films précédents, tout le film est tourné sur écran vert, en essayant de rationaliser son utilisation (d'où, sans doute, les problèmes d'échelles de plans et de montage évoqués précédemment), et jamais vous ne verrez un plan en décor naturel (à part une montagne, je crois, perdue dans un plan de coupe sur la planète Wookie – il était où, hein, le Wookie ?), ni même un plan dans un décor "en dur". [Concernant le pitoyable jeu de mot sur le Wookie, je tiens à préciser que j'ai été mis au défi par le Marquis de le placer. Spéciale dédicace donc au Marquis.] Le résultat est sans appel : non seulement la crédibilité de l'univers de science-fiction est complètement altérée, mais le tout est d'une laideur épouvantable et véritablement cosmique. Ce qui m'amène à quelques remarques. D'abord, le système engendre des aberrations techniques, notamment, l'absence quasi-totale de profondeur de champs (ce qui enlève quand même beaucoup de lyrisme dans ce genre d'entreprise), des contrastes complètement splendouillets, quasiment jusqu'à l'absurde, et même dans certains cas, une kitscherie totale de certains décors ou personnages, comme par exemple la salle du sénat ou la planète Wookie, séquence véritablement désastreuse du point de vue technique, et très en dessous du reste du film, pourtant assez laid. [Le décor est vraiment abominable dans cette séquence, et l'apparition de l'armée wookie uniquement en synthèse est ignoble ! Aucun producteur n'aurait laissé passer ça !] Autre conséquence, les effets de flou à l'image et de "mauvaises obturations" dans les mouvements de caméras, qui rendent très confus le suivi de l'action (déjà bien mal découpée comme on l'a dit plus haut). Dès que la "caméra" panote, on sent le mouvement, mais l'image est illisible et perd complètement de son ampleur. L'importance est donc donnée au mouvement et non pas à l'action dans le cadre, ce qui est quand même un comble. On est surpris de ces aberrations techniques qui ne rendent pas justice  aux moyens techniques mis en œuvre, si l’on peut dire, ou plutôt qui ne rendent pas compte des sommes dépensées. Car à la vision, en tant que simple spectateur, force est de constater qu'on a aucune impression de luxe, et encore moins de crédibilité. Ça fait pitié.
Conséquences directes de ce parti pris technique, allié à une mise en scène mécanique et rationalisée comme une chaîne de Taylor, George Lucas a aussi un gros problème de direction artistique. Dans l'esprit, la première trilogie STAR WARS s'inscrit complètement dans le genre space opera. Son esthétique est, souvent pour le meilleur, quelque fois pour le pire (cf. les ewoks [Oooh, si, les ewoks !!! NdC]),  assez sèche et assez crédible, une esthétique années 80, plutôt viable. Lucas ici enfonce le clou, et confirme une régression bien plus grave et surtout bien plus laide : l'esthétique de ce film et de la nouvelle trilogie en général (mais bien plus ici) est désespérément années 70, et rappelle quasiment, dans les couleurs, les costumes et les accessoires, les couvertures des livres de poche SF des années 70-80, avec leur héros musculeux, leur jupette, et leur brushing ! On est en pleine opérette ! Et que c'est laid visuellement ! Ça en devient un véritable carcan pour les personnages. Sans conteste, L'EMPIRE CONTRE-ATTAQUE ou LE RETOUR DU JEDI avaient une direction artistique bien plus moderne, plus réaliste, et beaucoup plus incarnée, qui faisait contraste avec la "fantasy" et le lyrisme bon enfant de l'histoire.
Tout cela est somme toute assez logique, et le projet, bien qu'il soit d'une laideur colossale, est malheureusement très cohérent, et même d'une planification et d'une rentabilité diaboliques. Et je ne pense pas que les fans de la saga me contrediront en disant qu'il serait bon de revoir LE RETOUR DU JEDI ou L'EMPIRE CONTRE-ATTAQUE pour comparer les effets de l'époque avec ceux de maintenant. C’était bien mieux, et de très loin, à l'époque. Les effets spéciaux "en dur" ayant beaucoup plus de charme, et étant paradoxalement sans doute plus faciles à manier pour développer une vraie mise en scène. Un autre choix de direction artistique et de technologie (ou une utilisation mixte des deux technologies) aurait en plus évité à George Lucas la surenchère de personnages dans les scènes d'action avec, par exemple, trois mille vaisseaux spatiaux à la place de cent. Toutes ces scènes étaient carrément plus prenantes, et encore une fois, plus crédibles dans la première trilogie. La régression est sans appel, et Lucas a en quelque sorte tué son propre savoir-faire, acquis dans ces projets déjà très lourds à l'époque. Et il est très triste de le voir gérer par exemple un plan avec dix soldats clones, sans acteurs et uniquement en synthèse, là où dix prises avec un acteur auraient donné un bien meilleur résultat (et sans doute plus rapidement et pour un prix inférieur, surtout que ces plans sont très courts). Et quelquefois, on atteint même un résultat risible, comme ce plan où l’on voit s'avancer Christopher Lee, qui devient dans le mouvement un personnage de synthèse pour sauter par dessus une rambarde, avant de redevenir le Christopher Lee de chair et de sang et de continuer son dialogue. [Un mot aussi pour évoquer le beau travail de Frank Oz, co-papa du Muppet Show, et vrai artiste qui savait donner de la personnalité à ses marionnettes, bien plus que le responsable de l'animation synthétique de l'actuel Yoda, qui soit dit au passage combat d'une manière ridicule, plus proche en cela d'un personnage de Super Mario, le jeu vidéo, que d'un personnage d’une saga de science-fiction.] Comme quoi, évolution ne rime pas forcément avec sagesse et progrès !
 
La mise en scène est donc bêtement mécanique et sans lyrisme aucun, ce qui, une nouvelle fois, est quand même un comble. Et le découpage spatial (au sens strict et sans jeu de mot) de l’action est quasiment inexistant ; là aussi, pêché très grave. Une seule fois, George Lucas s’essaie à la mise en scène, dans une scène un peu abstraite, même si elle est très naïve. Un jeu de regard entre Anakin et Padmé. Ils sont dans deux immeubles différents et trop éloignés pour se voir l’un l’autre, mais c’est la caméra qui prolonge en champ/contrechamp ce regard, et relie les amoureux. C’est le seul moment abstrait de la nouvelle trilogie, et quasiment le seul espace de silence, sans dialogues ni autre son. Tout d’un coup, le film s’arrête et fait une pause. Dans l’incroyable bouillabaisse du film, c’est le seul instant de vraie mise en scène, le seul moment où transparaît quelque chose de personnel, comme une décision consciente et franche et, on pourrait dire, le seul moment où le film sort d’une nomenclature technicienne. Le seul moment personnel, d’autant plus étonnant qu’il est complètement inattendu forcément, voire incongru.
 
Evidemment, dans ces conditions, les acteurs ne sont pas dans une grande position de confort, les pauvres ! Seul Samuel Jackson fait froidement son boulot, sans pouvoir faire grand-chose, son rôle étant diablement carré et mécanique. Pareil d’ailleurs pour Natalie Portman, défigurée par l’horrible kitsch de son « character design » (ça fait chic !) complètement désastreux. On aurait pu l’habiller en wookie, (hein ? En wookie !) que ça n’aurait pas davantage perdu en crédibilité, c’est dire. Ewan McGregor n’est plus que l’ombre de lui-même, définitivement transformé en Kenneth Branagh d’opérette, comme l’a bien dit l’ami Pierrot sur son site (ici), accent britannique en sus, option complètement désastreuse. Christopher Lee est froid et perdu. Là où la catastrophe "actoriale" (si vous me permettez) devient cataclysmique, c’est avec Hayden Christensen et Ian McDiarmid. Alors là, pour faire dans le glamour toujours plus chic qui sied à ce site, « miscasting » complet comme dit Alain Delon. Christensen est un accident industriel incroyable, qui nous pousse à nous frotter les yeux durant tout le film, en position « c’est pas possible, je suis en train de rêver ». Il joue absolument – et ce n’est pas de la méchanceté mal placée, c’est de la constatation rationnelle – comme un acteur de soap. Regardez un épisode des Feux de l’Amour, et comparez. C’est sans appel : c’est exactement ça. C’est catastrophique. Ian McDiarmid est également improbable, poussant toujours la caricature plus loin, mais plus subtilement. Il est difficile de décrire par des mots l’épouvante de ces deux acteurs, toujours surprenants à force d’être improbables, et qui détruiront sans doute la volonté des fans les plus fidèles de la série. Ce qui m’a valu, mis bout à bout, une bonne dizaine de fous rires francs et honnêtes que les Monty Python eux-mêmes auraient du mal à m’arracher. A savoir, au moins trois séquences qui, plus que de la parodie, évoquent un univers inclassable aux limites (galactiques) de l’Impromptu, à la limite de la réalité humaine. La première séquence est celle de l’affrontement entre Jackson et McDiarmid, et le chantage à la mort qui s’ensuit. Et ça dure une éternité en plus. Ensuite viennent toutes les scènes en amont, avec Palpatine. Et enfin, la pourtant pas si catastrophique séquence qui voit Dark Vador  naître, avec une image un peu violente du corps brûlé d’Anakin. Une fois le costume enfilé, Dark Vador fait sa CARRIE en détruisant le mobilier et en criant un "Noooooonnnnnnnnn !!!!!" vu mille fois, mal joué (pourtant, mal jouer une fois le costume vadoresque enfilé, c’est un exploit !), les bras placés comme un personnage de dessin animé, avec travelling arrière en plongée, sans fin, comme dans les parodies ! Si vous ne riez pas là, je vous paye un carambar sur le champ. Ajoutons à cela le fait que McDiarmid est le sosie de Montgomery Burns, le personnage « méchant » de la série des SIMPSON, le directeur de la centrale nucléaire. Regardez la photo en tête d’article. De profil, l’acteur et le personnage de dessin animé se ressemblent comme deux jumeaux ! C’est phénoménalement drôle, et abyssalement triste quand on s’aperçoit que McDiarmid imite sans cesse son rival télévisuel, et que les deux personnages, troisième couche, jouent chacun le même rôle dans chacune des séries. Maintenant on le sait : c’est Mr Burns qui se cache sous la capuche de l’Empereur. Est-ce que monde est sérieux ? Comment se fait-il qu’aucun « executive » impliqué dans la production n’ait fait le rapport, qui pourtant saute aux yeux ? Bref, comment ont-ils pu laisser passer cela ?
 
Ainsi, à défaut de pleurer, même si votre cœur est étreint devant la disproportion entre les sommes engagées, le battage médiatique et le résultat final, même si vous avez envie de pleurer devant une entreprise aussi pathétique, vous aurez aussi, paradoxalement et pour le même prix, matière (focale) à rire jusqu’aux larmes justement, avec ce STAR WARS EPISODE III : LA REVANCHE DES SITH, film qui démontre que la question de la série Z et de la problématique du nanar est une chausse-trappe et que les critères d’admission dans telle ou telle catégorie (A ou Z) ne sont pas qu’une question d’économie. Et les plus sentimentaux d’entre nous pleureront sans doute en voyant comment un savoir-faire peut se perdre à 20 ans d’intervalle, aussi bien à l’échelle de la saga qu’à l’échelle du cinéma de divertissement populaire.
 
Logiquement Vôtre,
 
Dr Devo
 
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Jeudi 19 mai 2005

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi

(photo: "Lapin en Bouche" par Dr Devo)

Chers Collègues,
 
Allons faire un petit tour dans le sous-catalogue. Vous soupirez, vous soupirez, mais croyez-moi, quand vous aurez vu la programmation de votre ciné cette semaine (STAR WARS, STAR WARS et STAR WARS chez les commerciaux, et « j’ai loupé I LOVE HUCKABEES, j’aurais dû écouter le Docteur », en salle art et essai avec vous dans le rôle principal), vous serez bien content d'avoir ces quelques lignes pour vous guider. Et pendant que j'y suis, les prochaines semaines, c'est pire puisque qu'on pendra officiellement un Robin Des Bois pour "outrage cinématographique à la France", et vous n'aurez le droit qu'à une coprod' tournée au Pérou avec De Niro et F. Murray Abraham (encore dans le rôle de Salieri, c'est pas de chance).
 
Bref, il y a toujours de mauvaises raisons d'aller au ciné, et il faut mieux y être préparé. Moi, ma mauvaise raison, c'est mon amour pour vous, lecteurs. Vous êtes mon petit chemin de croix, mais attention, ça ne fait pas mal, c'est beaucoup de bonheur. Pour vous, je vais là où c'est la brume, là où c'est un peu marécageux, en éclaireur. Comme disait le poète belge, qui sort un film la semaine prochaine d'ailleurs, "finalement entre vous et moi, c'est une histoire d'amour" ! [Quelle honte de citer cette phrase ! Surtout que je l'ai déjà citée il y a à peine dix jours !] Allez, fouette, petit bourreau, et que ça saigne (un peu).
 
EN BONNE COMPAGNIE, de Paul Weitz, réalisateur d’AMERICAN PIE et scénariste de LA FAMILLE FOLDINGUE, le chef-d'œuvre galactique d’Eddie Murphy dans lequel on voit le doyen d'une grande fac américaine se faire outrager l'anus par un hamster de 3 ou 4 mètres de haut – à moins que ce ne soit dans LE Dr DOOLITTLE II ? – (ça, c'est comme DELIVRANCE : vous avez vu cette scène une fois, vous ne l'oubliez jamais), et film produit et écrit par un génie méprisé du cinéma populaire américain, Steve Oedekerk, dont on a déjà parlé avec le film KUNG POW... Que disais-je ? Oui ! Donc, EN BONNE COMPAGNIE, film de Paul Weitz, raconte l'histoire d'un grand cadre, Dennis Quaid (dont j'ai vu le frangin Randy dans la séquence la plus hilarante de BONJOUR LES VACCANCES de Harold Ramis, un grand moment !) qui vend des espaces publicitaires pour un grand magasine de sport américain. Tout va bien, il est marié, il a une fille et demie (en fait, il en a deux, mais la petite est complètement ostracisée par la caméra et le montage ; des fois, on l'entend parler sans la voir à l'écran. Comme si on l'avait effacée !), une belle maison, et un job, donc, qui le passionne. Sa fille, Scarlett Johansson a décroché le concours d'entrée à la prestigieuse université de New York, et sa femme, qui a déjà un bon 45 ans, attend un bébé ! Y'a pas à chipoter, Dennis doit signer un nouveau prêt à la banque. C'est à ce moment qu'il apprend qu'un des plus grands patrons des USA, une espèce de Bill Gates des Médias joué par Malcom MacDowell, rachète le journal pour lequel il travaille. Un nouveau directeur des ventes d'espaces publicitaires est nommé à la place de Dennis Quaid (qui, du coup, deviendra son bras droit). Et c'est un petit jeune de 25 ans qui le remplace, hyperactif, super-performant, positive attitude et  salle de sport. C’est le jeune cadre dynamique et sain par excellence. Il ne se drogue même pas, mais il vient de se faire larguer par Selma Blair, sa femme. On la comprend. [Selma Blair, méconnaissable et visiblement malade sur le plateau ! La pauvre. On souffre de la voir ainsi !] Bref, le petit con qui est chef se sent très seul, et un jour il se fait inviter chez Dennis Quaid, où il rencontre Scarlett Johansson... Devinez ce qui se passe ? Pendant ce temps-là, Malcom MacDowell décide de dégraisser l'entreprise. Les premiers licenciements commencent...
Ça commence très bien par une belle chanson de David Byrne (qu'on entendait déjà dans DIRTY PRETTY THING, un des seuls intérêts de la chose d'ailleurs), un peu escamotée. C'est une très belle chanson, avec un chouette mixage, et ce n'est pas vraiment une chanson à texte, enfin pas engagée en tout cas... Voici les premières paroles.
"Je, je m'éveille dès que point l'aube
Pour envoyer un peu d'argent
D'ici à la Lune".
C'est une évocation un peu à la Springsteen, côté ballades... Un type qui se lève super tôt pour aller gagner un peu d'argent qu'il envoie dans son pays, et puis il regarde la ville et ça brille "comme dans une discothèque"... Bon, c'est sympa. Pourquoi est-ce que je vous raconte tout ça ? Parce que la séquence d'ouverture utilise cette chanson d'immigré sans le sou pour montrer la journée de Quaid qui commence. Je ris sous cape. Dennis Quaid, super-cadre, père de famille nombreuse, qui a quinze personnes sous ses ordres, qui travaille dans un très prestigieux magazine de sport américain, c'est pas ce que j'appelle un ouvrier issu de l'immigration, qui bosse au noir pour envoyer chaque semaine 20 euros dans sa famille restée au pays ! Ni même ne serait-ce qu'un smicard ! HEY, les gars, C'EST UN CADRE SUPERIEUR ! Donc, dès le générique ça sent l'arnaque.
En fait, tout se passe un peu moins mal que prévu. La mise en scène est dès le départ sans appel : photographie nullosse, pas de cadre, décors hideux, etc. Aucun goût. On se dit que ça va faire mal aux yeux. Côté acteurs, il ne se passe rien. Scarlett Johansson est au mieux insipide, et au pire fardée comme une limousine volée (au moins dans deux scènes). Le petit jeune qui remplace est Quaid est complètement anti-charismatique. Il ouvre un nouveau club d'acteurs avec ce rôle. J'ai déjà dit ici que certains acteurs font partie (avec talent, souvent) du Club des imitateurs de Christopher Walken ! Vincent Elbaz, il y a peu, dans la bouse sur le rap, là, le machin, avec Béatrice Dalle... Je ne sais plus le titre (la honte !!!). MÊME PAS MAL? Non... Qu'importe… Elbaz ouvrait le Club des Acteurs qui imitent John Turturro (avec talent d'ailleurs). Et là, je ne vais pas aller chercher le nom de l'acteur, c'est inutile, il commence le Club de Ceux qui imitent Jude Law ! Pour un mec qui a autant de charisme que je ressemble à Marilyn Monroe, c'est plutôt amusant.
Je résume : il ne se passe rien dans la mise en scène (sauf deux séquences où c'est encore plus mal cadré que le reste), les acteurs sont complètement insipides, et le scénario, un peu original au départ, se désamorce très vite de toute tension ou de toutes choses drôles, et deux bobines après le début, le cerveau du métrage est mort. Tout le monde s'est arrangé pour qu'il se passe le moins de choses possibles, et ça marche ! C'est comme une rampe pour handicapés à la sortie d'un magasin, mais qui, au lieu de faire trois mètres, fait deux kilomètres... Ça descend très lentement. Le sujet, traité ainsi, c'est complètement n'importe quoi. On découvre qu’en fait les cadres se rendent compte de la concentration des entreprises et des licenciements massifs, comme un vulgaire ouvrier de chez Renault. Bref, accrochez-vous, les gars, il s'agit d'émouvoir Tata Jeannette avec une histoire de cadre qui découvre le capitalisme et l'ultra-libéralisme ! Des mecs qui bossent dans la com' en plus ! C'est très crédible bien entendu, et à part deux ou trois imbéciles, je me demande qui cela va convaincre. Cadre moyen qui sort de ton nid, va voir cette histoire de cadre supérieur qui chute de l'arbre, ça va te plaire ! Et prends tes kleenex ! Scarlett Johansson a un personnage tellement stupide qu’on a pitié pour elle (elle quitte son mec sans raison, comme ça, par nécessité floue du scénario. C’est peut-être le syndrome KINGDOM OF HEAVEN, où le héros avait tout pour régner et épouser sa dulcinée, mais qui refuse et préfère sacrifier son peuple dans une guerre qui, de fait, aurait pu être évitée, et même aurait pu être remplacée par l’amour le plus parfait ! Vous y comprenez quelque chose, vous ? Moi non plus. Si ce n’est que des scénaristes sont payés des fortunes pour pondre ce genre d’âneries, qui annulent le film même, et que des producteurs y ont englouti des millions de dollars sans que ça les gêne, au mépris de tout principe de rentabilité !).
Les autres peuvent passer cette bouse qui a réussi quand même, en plus de convaincre quelques journalistes "spécialisés", à n'être même pas énervante. C'est encore plus plat qu'un Derrick... Ce film, c'est une sieste, c'est un type dans une ville à 3000 kilomètres de chez vous : qu'il soit gentil ou méchant, vous vous en fichez, il est bien trop loin, ça n'a aucune influence et à la limite, il n'existe même pas ! Dennis Quaid nous sauve à peine de l'endormissement.
 
Evidemment, quand le lendemain on enchaîne avec SHALL WE DANCE, ce dernier bénéficie d'une certaine aura de sympathie ! Enfin, ça bouge un peu, et on peut passer la troisième.
Richard Gere (holala !) est notaire ou avocat, je ne sais plus, chargé par sa boîte de rédiger des testaments pour divers clients (tu le sens, le bouddhisme qui monte ?). Il a une belle maison, un enfant trois-quarts et une très belle femme, mûre mais toujours plus irradiante, et toujours sexy car c’est Susan Sarandon, déesse d’Hollywood. Chaque jour, après le boulot, Gere prend le métro pour rentrer chez lui. Et le métro, ben il passe devant une école de danse, dans un quartier modeste. Et à la fenêtre de l’école, tous les soirs, à chaque passage de métro, il y a une belle jeune fille (Jennifer Lopez, en fait) qui regarde tristement dans le vague, à la fenêtre. Gere s’emmerde. Il a tout pour être heureux, même une belle maison, une femme aimante, et un space wagon de chez Chrysler. Mais rien à faire, ce n’est pas l’éclate. Alors un jour, sur un coup de tête, il va s’inscrire dans l’école de danse (de salon). Malheureusement, Jennifer n’est qu’assistante de la prof de danse, une petite vieille qui boit (mais je vous rassure, le bouddhisme la sortira de l'alcoolisme). Ce n’est pas grave. Gere se pique au jeu. Une passion pour… la danse est née. Let’s dance, mets tes chaussures rouges, Richard, et Champony pour tout le monde, c’est la fête. Susan Sarandon, voyant son mari tout heureux tout à coup, est persuadée qu’il y a une femme là-dessous, et décide d’engager un détective pour en avoir le cœur net !
Bon ici, quand même, il y a du positif. Le cadrage est moins laid qu’EN BONNE COMPAGNIE, et il y a un peu de photographie, très splendouillette. Par contre, quasiment pas de montage. Ici aussi, toute tension dramatique est effacée au profit de la pente douce. Susan Sarandon poussera sa gueulante, dans le moment le plus incongru du film (après qu’elle se soit aperçue que son mari ne la trompait pas mais dansait, elle lui donne implicitement sa bénédiction, mais d’un coup, comme ça, elle décide de l’engueuler pour la même raison ! N’importe quoi, et encore une fois syndrome KINGDOM OF HEAVEN !), mais rien de plus grave. Néanmoins, SHALL WE DANCE a l’avantage d’être vu après EN BONNE COMPAGNIE, donc on a une espèce d’impression de semi-légéreté, et même une légère sensation d’extrême vitesse !
Donc, pour résumer, cette comédie sentimentale ultra-bourgeoise, comme l’autre, n’a strictement aucun intérêt, mais bon, c’est quand même mieux que de regarder LES ENFANTS DU MARAIS sur France 2. Richard Gere a un double problème, gênant d’habitude, mais qui atteint ici des proportions monty-pythonesques. Il continue de faire de la chirurgie esthétique. Problème N°1. Il a une dégaine, un corps qui fait son âge (ventripotent et cul énorme, il faut bien le dire), et il est plutôt bien conservé l’animal, mais son visage ne lui suffit pas, ce qui est très curieux pour un bouddhiste. Même si son chirurgien ne l’a pas raté, il a un visage absolument improbable de vieux beau qui essaie de paraître pathétiquement jeune. On peut le dire, Richard Gere est devenu un monstre, une sorte de Michael Jackson discret (!?!), si j’ose dire ! En plus de ça, problème N°2, il joue comme un petit sagouin. Sa voix-off est débile (et sûrement imposée par lui d’ailleurs), et il joue de plus en plus mal ! Il essaie de faire le modeste, le gars timide et marrant, mais c’est une catastrophe galactique, surtout dans les scènes musicales en ellipse (« This is the Montage ! », comme dirait Trey Parker, voir TEAM AMERICA), où il fait semblant de rire dans sa barbe (en réagissant à ce que dit la voix-off justement ! Que c’est con !). Gere, plus que jamais, joue comme un tractopelle, modèle bigfoot et bien rouillé. Ce n’est même plus du cabotinage, c’est du pantomime. Le Marquis me dira qu’il était très bien dans le film de Kurosawa, RHAPSODIE EN AOÛT, ce qui n’est pas faux. Mais le temps a passé, et c’est sans doute quand même, son seul bon rôle en une réincarnation.
Susan Sarandon, elle, a un rôle complètement bête aussi ! Mais alors complètement débile. Et pourtant, en plus du sex-appeal sauvage et racé qu’elle dégage, elle met du cœur à son ouvrage, et ce n’est pas loin de marcher. Elle soigne particulièrement les scènes avec les deux détectives, et c’est un calcul stratégique très judicieux, car ces deux personnages loufoques sont extraordinaires ! Dès qu’ils apparaissent à l’écran, c’est le bonheur. Bon, toutes leurs scènes mises bout à bout, ça dure trois bonnes minutes. Mais bon, c’est déjà ça, d’autant qu’ils sont très bien joués. D’ailleurs, ils méritent d’être cités : Richard Jenkins, célèbre second couteau de qualité, aperçu dans J’ADORE HUCKABEES, le chef-d’œuvre de l’année, et le jeune Nick Cannon. Un vieux blanc, et un jeune black hilarants tous deux. Voilà un couple qui aurait pu se retrouver chez David O. Russel ou Wes Anderson.
Ajoutons enfin que Lisa Ann Walter est plutôt pas mal. Stanley Tucci, dans un personnage sous-exploité, est un peu en dessous, mais très honorable.  Jennifer Lopez est complètement ridicule de bout en bout, mais elle est presque sobre, elle, pas comme un autre que je connais. Il est temps qu’elle arrête, elle aussi, la chirurgie esthétique. [Des fois, on revoit un vieux film d’il y a quatre ou cinq ans, et on ne reconnaît plus du tout nos acteurs ou nos actrices !!] Les admirateurs de la demoiselle seront plus avisés de revoir le beau THE CELL.
Des seconds rôles sympas, plutôt bien joués, dont deux acteurs extraordinaires, et tout le reste complètement à côté de la plaque ! Que s’est-il passé ? D’après IMDB, le film est un remake, non pas du film homonyme avec Fred Astaire en 1937, mais d’un film japonais de 1996, écrit et réalisé par  Masayuki Suo. Le rouleau compresseur hollywoodien a dû passer là-dessus avec férocité ! Je trouvais bizarre, aussi, d’avoir des seconds rôles réussis dans l’ensemble (les personnages du gay et de l’obèse black sont quand même ignobles), et tout le reste complètement raté.
 
Donc à choisir, allez voir plutôt SHALL WE DANCE, et fermez les yeux pendant les plans avec Gere, et si vous aimez la danse, fermez les yeux pendant les plans chorégraphiés ! Et pour tout le monde, bouchez-vous les oreilles, la musique est horrible ! [Notamment du Gotham Project, et un Peter Gabriel splendouillet ! Et aussi la musique de Peter Biduleski, le faux jazzman new-yorkais, et vrai franchouillard de "chez nous en Amérique", à la Harry Connick Jr., dont France 2 diffusa le scopitone pendant trois mois d'horrible propagande !] Ou alors, allez à la pêche, c’est peut-être plus judicieux !
 
Somnifèrement Vôtre,
 
Dr Devo
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Mercredi 18 mai 2005

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi

(Photo: "Il ne Passera pas par Moi" par Dr Devo)

 

Le titre original de cet article du Marquis est : "VENDREDI 13, CHAPITRE VI, VII, VIII, IX, X, et vous me rajouterez JASON CONTRE FREDDY, ce sera tout, merci, de Tom McLoughlin, John Carl Buechler, Rob Hedden, Adam Marcus, James Isaac, Ronny Yu (USA, 1986 à nos jours) : c’est quand le chat est repu qu’il trouve que le cul de la souris pue." Le titre est beaucoup trop long pour notre plate-forme d'hébergement, et j'ai du malheureusement le raccourcir. Il était cependant juste de rendre au Marquis la gloire de ce très beau titre, reflet de son excellence et de sa modestie.
Vous retrouverez sur ce site les articles sur les 5 premiers épisodes de la série VENDREDI 13, à savoir : VENDREDI 13, VENDREDI No2 (LE TUEUR DU VENDREDI), VENDREDI 13 No3 (MEURTRE EN 3D), VENDREDI  No4 (CHAPITRE FINAL) et VENDREDI 13 No5 (UNE NOUVELLE TERREUR)
Vous n'êtes pas volé au poids! Bonne lecture!
Dr Devo.
 
Je sais ce que tu as fait à Noël dernier. Tu as regardé l’intégrale de la série VENDREDI 13 (allez, docteur, défoule toi : ici, ici, ici, ici et ici). Mais laissez-moi donc vous parler d’un pêché mignon du responsable de ce blog. Cet homme a un principe dans la vie : ne jamais terminer le plat, au propre comme au figuré. Vous l’invitez à dîner ? Il vous rendra son assiette avec trois frites abandonnées sur le bord. Il réclame un café ? Il boira la moitié de la tasse. Il attrape un BN ? Il va en laisser le quart. Il commence une analyse de la série des VENDREDI 13 ? Il cale au 5e. Il s’assoit sur une télécommande ? Il crie. (Je sais parfaitement bien que ça n’a rien à voir, c’est pour ça que je n’aime pas Rika Zarai).
Et le temps passe. Vous allez voir que le temps va tellement passer que VENDREDI 13 XII va sortir et on n’aura toujours pas eu la suite de cette anthologie. J’écris donc la suite (et la fin) de cette série d’articles, et je l’écris ce jour, le 13 mai 2005, le seul vendredi 13 de l’année. Mais prenez garde : cet article est moooodiiiiiii…
Nous en étions donc restés au chapitre 5 de cette œuvre culturelle. Le petit Tommy, traumatisé par sa rencontre avec Jason, était à nouveau traumatisé au terme de la « Nouvelle Terreur », par la faute d’un homme traumatisé par le meurtre de son fils traumatisé, tué par un psychotique traumatisé : l’homme en question s’était effectivement mis dans la tête de soigner son deuil en se faisant passer pour Jason Voorhees.
VENDREDI 13, CHAPITRE VI : JASON LE MORT-VIVANT débute donc par notre bon vieux Tommy national, héros de trois VENDREDI 13 d’affilée (record à ce jour), qui trouve d’ailleurs ici un troisième interprète. Après Corey Feldman (LES GOONIES, GENERATION PERDUE, STAND BY ME) et John Shepperd (euh…), le rôle si convoité à Hollywood échoue à Thom Matthews (LE RETOUR DES MORTS-VIVANTS). Tommy est toujours traumatisé par Jason, et le copycat du chapitre 5 n’a rien arrangé. Pour être bien sûr que Jason est mort pour de vrai, il décide d’aller le déterrer et de malmener le cadavre encore un coup en lui plantant une barre de fer à travers le corps. C’est une très mauvaise idée : la foudre s’abat sur la barre de fer et Jason se réveille. Pendant ce temps-là, sur les rives de Crystal Lake, des moniteurs décident de ré-ouvrir le camp de vacances maudit. Et la grande nouveauté de ce VENDREDI 13 (le scénariste a attrapé une méningite), c’est que cette fois, le camp a l’occasion de vraiment ouvrir ses portes à une ribambelle de gamins lâchés là par leurs parents pressés de pouvoir se consacrer tranquilles aux activités de l’été (grillages, plage, échangisme, traffic de pangolins) sans avoir les gosses dans les pattes – ils n’avaient qu’à commencer par ne pas en faire, mais bon, ce que j’en dis… Réalisé par Tom McLoughlin (qui s’était fait remarquer par un intéressant ONE DARK NIGHT avec Meg Tilly avant de se faire oublier), V13.6 (vous comprenez comme ça ? Bon, parce que comme ça, pour moi, c’est plus court, surtout si je n’en rajoute pas des tartines entre parenthèses) est un des films les plus réussis de la série. Plutôt bien réalisé dans l’ensemble (si on ne le compare pas à Bergman), le film se permet surtout de fréquents écarts vers un ton parodique plutôt surprenant dans l’esthétique de la série (voir le générique d’ouverture parodiant James Bond). J’aime particulièrement cette partie de jeux de rôles en forêt, où une bande d’hurluberlus joue à la guerre ; ceux qui ont été tués dans le jeu ne vont pas tarder à l’être pour de vrai, et portent sur la tête un bandeau assez pratique sur lequel est écrit le mot « dead ». Mais on peut également citer cette réflexion d’un enfant terrorisé, caché sous son lit pendant que les éducateurs trépanent, et qui glisse à son copain : « Tu aurais voulu faire quoi si tu étais devenu grand ? ». Les esprits chagrins pourront pinailler de cet ajout d’humour, mais le film y gagne pourtant en devenant un brin moins prévisible, plus décomplexé (avec du Alice Cooper en générique de fin), tout en respectant les codes du sous-sous-genre abordé. Dans tout ça, Tommy finit par comprendre que le meilleur moyen de se débarrasser de Jason, c’est de le noyer dans les eaux de Crystal Lake où celui-ci avait péri une toute première fois de toute première fois. Et ça marche ! Bon, Tommy est toujours un peu traumatisé, mais il a affronté ses démons et va pouvoir couler des jours heureux et quelques bronzes loin du lac maudit et des sunlights des projecteurs. Next !
VENDREDI 13, CHAPITRE VII : UN NOUVEAU DEFI devait à l’origine voir se confronter Jason et Freddy (car c’est un projet de longue date). Mais suite à une mésentente entre les deux studios (respectivement Paramount et New Line), le projet va évoluer (tout de suite les grands mots) vers ceci. Tina est une jeune fille traumatisée (oh… pitié !), mais pas par Jason. La gourde avait involontairement tué son papa qui se disputait avec sa maman, en le noyant dans le lac, grâce à ses pouvoirs télékinésiques. Son médecin et sa maman l’emmènent séjourner sur les bords de Crystal Lake pour la confronter à son passé et la guérir un bon coup. En réalité, le médecin est très méchant, il se contrefout de la santé mentale de sa patiente, lui, ce qu’il veut, c’est pouvoir exploiter ses dons surnaturels. Toujours est-il que Tina, c’est son nom (à la jeune fille, pas au médecin), se recueille sur les bords du lac où papa a jadis trouvé la mort. Elle est très malheureuse, et revoit les images du drame, ce qui la bouleverse, mais on s’en fout un peu, car cela provoque également des ondes psychiques qui réveillent Jason, lequel sort du lac et reprend le massacre là où il l’avait laissé. Tina devra user de tous ses supers-pouvoirs afin d’en venir à bout. On n’a pas pu avoir Freddy contre Jason ? Va pour Jason contre Carrie. Le film est réalisé par le maquilleur (pas très doué) John Carl Buechler, qui signe les doigts dans le nez le pire film de la série. L’humour du précédent n’a pas totalement disparu, mais il est involontaire et provient ici du ridicule achevé de bon nombre de séquences bêtes à manger du foin : ne manquez surtout pas cette séquence où Tina utilise son pouvoir pour faire voler un gros pot de fleur avec une tête coupée dedans en plein dans la poire de Jason – vlan ! Mais pour ce qui est de l’humour involontaire, rien ne peut surpasser ce plan malencontreux du médecin, poursuivi par Jason dans la forêt, qui s’appuie contre un arbre pour reprendre son souffle. A cet instant, il lâche un énorme pet. Du moins, c’est ce qu’on croit jusqu’à ce que l’on comprenne que le bruit en question provenait de l’outil de jardin que Jason hors-champ essayait de démarrer pour trucider notre bon vieux docteur : Oscar au responsable du son, ça s’impose. Pour le reste, le film est d’une nullité assez assommante, et n’a pour lui que son côté très Z, qui éclate dans la conclusion grotesque (et à hurler de rire) où le fantôme ( ?) du papa de Tina surgit du lac pour entraîner Jason avec lui dans la mort. Tina a presque le temps de dire à son papa qu’elle l’aime très, très fort. Next !
VENDREDI 13 VIII : L’ULTIME RETOUR ne vole pas tellement plus haut, mais réserve lui aussi quelques séquences assez savoureuses. Après une introduction très urbaine (New York, la misère, la drogue, la survie…), nous retrouvons Crystal Lake et Jason, toujours en train de croupir au fond du lac, mais cette fois, un bâteau qui passe le réveille et le libère avec son hélice, il faut dire qu’il a manifestement le sommeil très léger – et qui, sur le bâteau, qui ? Deux teenagers en train de « le faire » tout en jouant à se faire peur avec la légende de Jason. En deux coups de machette à pot ( ?), Jason les trucide, séquence suivante. Une bande d’adolescents s’apprête à aborder à bord d’un paquebot en partance pour New York – un paquebot qui part d’un lac pour remonter vers New York, donc. Parmi eux, notre héroïne, un tout petit peu traumatisée sur les bords, mais juste un petit peu de rien du tout, suite à un épisode de son enfance au cours duquel elle avait manqué de se noyer dans le lac et était tombée nez à nez avec Jason. Un épisode dont elle a conçu une peur de l’eau qu’elle cherche à surmonter, ainsi qu’un lien télépathique avec Jason. Car Jason n’est pas loin (sans lui, pas de film) : il se hisse à bord du paquebot en ricanant. Mais oui, vous avez bien lu, Jason, pour la première fois dans l’Histoire du Cinéma, ricane, ça fait « hin ! hin ! hin ! ». Et le paquebot s’en va, avec à son bord un marin que personne n’écoute, et qui tente pourtant de prévenir : « Ce voyage est maudit !!!… ». L’idée neuve de cet opus est de transporter l’action à New York. Mais bon, New York c’est plus cher. Aussi l’essentiel de l’action se déroule sur le paquebot. Mais ça vaut le coup de pousser jusqu’à New York – même si, pour ce qu’on en voit, l’essentiel aurait pu être tourné au Havre. Parce qu’à New York, notre jeune héroïne a une bonne idée qu’elle sort de ses flashes directs (3,25 euros la minute) : il faut re-noyer Jason. Elle parvient donc à l’entraîner dans les égoûts de New York à l’instant où ceux-ci sont inondés. Et là, attention, s’il vous plaît, un peu d’attention. La Paramount était tellement persuadée que la franchise était arrivée à son terme que le réalisateur Rob Hedden a décidé de nous achever Jason une bonne fois pour toute, et dans l’émotion s’il vous plaît. Accrochée à une échelle, la jeune fille voit Jason submergé par les eaux de New York, qui doivent être très polluées car le pauvre se met à fondre en appelant sa mère !!! Si, si, Jason pleurniche avec une voix d’enfant : « Mamaaaaaan !!! Au secooouuurs !!! ». Mais toutes polluées soient-elles, les eaux usées de la Grande Pomme semblent le purifier : en effet, une fois qu’il a bien fondu et qu’il est bien mort, il gît sous la forme d’un enfant, même pas mongolien en plus. Le pipi de Woody Allen, de Laurie Anderson et de tous les new-yorkais ont lavé Jason Voorhees de tout ce qu’il y avait de mal en lui : son penchant viscéral pour le meurtre, sa trisomie 21, tout. Il a beau avoir tué tous ses copains, l’héroïne (oui, bon, j’ai oublié son nom) écrase quand même une petite larme, avant de sortir retrouver son boyfriend et son chien : le cauchemar est fini. Next !
Avec JASON VA EN ENFER, la franchise est cédée par la Paramount à New Line, productrice des Freddy, mais la confrontation n’est pas encore pour cet opus. Par contre, le scénario se permet cette fois de donner dans le n’importe quoi et dans le patchwork d’influences tout azimut. Jason est bien vivant et rôde dans les parages de Crystal Lake (il a dû sécher et se reconstituer depuis L’ULTIME RETOUR). Il s’attaque à une donzelle qui prend une douche dans une cabane perdue dans les bois. Mais la belle lui a tendu un piège : elle fait partie du FBI, et l’entraîne vers un traquenard. Quelques grenades plus tard, Jason est réduit à un amas de chairs éparses, bon à ramasser à la pelle. Le ragoût est déposé à la morgue, et un médecin légiste entreprend d’en analyser la teneur. Mais l’esprit du mal ne meurt jamais (je vais boire une petite bière moi, tiens), et le cœur de Jason se remet à battre. Hypnotisé par le pouvoir du Mal (je n’ai pas d’autre explication à fournir), le médecin attrape le cœur et le mange. C’en est fait de lui : il est possédé par l’esprit de Jason. Je ne sais pas si c’est le fait de se retrouver dans un corps tout neuf avec des synapses qui marchent, mais Jason se souvient d’un coup qu’il lui reste de la famille près de Crystal Lake, et qu’il a besoin de sacrifier sa sœur pour pouvoir se réincarner et… OK, je suis comme vous, ça me paraît un peu abscons, voire con tout court. Mais c’est assez cocasse. Jason passe d’un corps à l’autre, investit la maison de sa maman qui est un peu hantée, s’adonne au satanisme en ayant recours à des ustensiles vus dans la série des EVIL DEAD (Livre des Morts, dague…), apparaît sous la forme d’un petit démon tout visqueux qui transite d’un corps à un autre (comme dans HIDDEN) et finit entraîné en Enfer par les démons qu’il a invoqués – avec le gant de Freddy qui surgit du sol pour entraîner son masque de hockey en guise de plan final. Déjà usées jusqu’à la trame, les bonnes vieilles ficelles de VENDREDI 13 (le titre restant d’ailleurs la propriété de la Paramount) se disloquent ici totalement pour laisser la place à une série B assez débile mais plutôt amusante et plus ouvertement gore, un film crétin mais assez jouissif, une œuvre pas bien convaincante mais qui donne un sérieux coup de pied dans le mythe au rabais que constituent les faits de Jason Voorhees. Comment ils disent dans les magazines télé ? « Les amateurs du genre apprécieront. » Une aimable connerie, quoi. Next !
JASON X n’est malheureusement pas une version porno de VENDREDI 13, mais c’est peut-être le film le plus abouti de la série. Jason a été capturé par les forces de l’ordre et doit être cryogénisé, stérilisé, tatoué et vacciné (rayer les mentions inutiles). Un homme cherche bien à l’utiliser à des fins militaires (il est juste joué par David Cronenberg !), mais Jason a décidément la machette chatouilleuse, et une scientifique parvient à le mettre hors d’état de nuire. Plus tard, dans le futur, un vaisseau spatial revient visiter notre bonne vieille Terre et ses occupants, qui n’ont jamais vu ALIEN, trouvent le corps congelé de Jason et de la scientifique qu’ils ramènent à bord, pour voir, on sait jamais. Bref, c’est Jason dans l’espace. Franchement, le film est plutôt plaisant, et propose de belles surprises que je ne dévoilerai pas ici – sauf une : cette séquence absurde et hilarante où les spationautes envoient Jason dans un Crystal Lake virtuel pour le distraire pendant leur fuite. Je n’essaierai pas de vous faire croire que JASON X est un grand film fantastique ; mais il parvient à renouveler la petite chanson – de façon plus convaincante que JASON VA EN ENFER, et réussit là où la plupart des films de la série ont échoué, y compris les premiers, en nous offrant un vrai film d’exploitation.
Je ne sais pas s’il faut considérer FREDDY vs. JASON comme un VENDREDI 13 XI ou comme un FREDDY VIII. Par contre, en ce qui me concerne, je le considère comme un foirage intégral – et pourtant je n’en attendais pas grand-chose de spécial, contrairement aux fans hardcore – certains d’entre eux ont même bramé d’indignation en constatant que Jason avait changé d’interprète ! Sans exprimer la moindre animosité contre Kane Hodder (l’homme derrière le masque depuis V13.7, donc 4 fois sur 11 films), cette réaction me fait doucement rigoler au vu de ce que le rôle de Jason Voorhees exige d’un acteur. Bref. Le film étant réalisé par le bon Ronny Yu (JIANG-HU, LA FIANCEE DE CHUCKY), on était quand même en droit d’attendre un spectacle distrayant et pas trop mal réalisé. Non seulement ce n’est pas le cas, mais le film se traîne un des pires scénarios écrits ces dernières années (heureusement qu’il leur a fallu plus de 10 ans pour nous pondre une purge pareille). L’idiotie ne m’aurait franchement pas beaucoup dérangé – VENDREDI 13, ce n’est pas exactement les sœurs Bronte – mais là où je ne suis plus, c’est dans l’incohérence et l’absence totale de rythme d’un récit poussif, laborieux, qui ne décolle jamais et s’achève logiquement en queue de poisson. Les termes employés à l’instant pourrait, vous me direz, s’appliquer à la plupart des VENDREDI 13. Certes. Mais ici, le mélange indigeste rêve/réalité rend la vision du film vraiment pénible (l’interprétation désastreuse n’arrangeant rien) et le film finit par être mortellement ennuyeux. Il y avait mille et une idées possibles pour développer le mélange des deux franchises, et Ronny Yu semble avoir voulu les englober toutes sans finalement en traiter aucune. C’est une énorme pâtisserie qui fait envie dans la vitrine mais certainement pas dans l’assiette. Next !
Ha, flûte, il n’y en a plus. Remarque, comme ça j’ai l’intégrale sur mes étagères, quel pied. Allez, un dernier pour la route ?… Avant le prochain ?… On a souvent été très sévère sur cette prolongation peu inspirée d’une série exsangue. VENDREDI 13 est pourtant l’une des rares franchises contemporaines qui puissent renvoyer à celles des Frankenstein, Loup-Garou et autres Dracula des années 40/50, séries qui n’hésitaient pas, au fur et à mesure qu’elles « sombraient » dans le film d’exploitation, à confronter les grandes figures du fantastique de l’époque (FRANKENSTEIN CONTRE LE LOUP-GAROU). La suite logique serait que, comme avec ABBOTT & COSTELLO, Jason (ou Freddy) croisent la route de comiques (JAY ET SILENT BOB CONTRE JASON ? LE PERE DE LA MARIEE RENCONTRE FREDDY ?). Signe des temps, on peut tout de même modérer ces propos en constatant que, contrairement aux héros des années 30/40/50, la série des VENDREDI 13 n’a pas démarré sur un film initial de qualité ou sur un personnage original, Jason n’étant au bout du compte qu’un plagiat formaliste et insipide du tueur de HALLOWEEN, Michael Myers, lui-même décliné dans une suite de films ratés inspirés du très grand film de John Carpenter. Mais bon, les années 80 sont ce qu’elles sont et Jason fait un peu partie de mon enfance : ma mère a vomi ses huîtres pendant tout le film quand on a regardé VENDREDI 13 la première fois. Et ça, c’est un joli souvenir, non ?
 
 
Le Marquis.
 
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Mardi 17 mai 2005

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(photo: "Too Much at Stake" par Dr Devo)

Chers Amis,
 
Soyez Cannes chez vous, et faites comme moi, voyez les films de la sélection officielle avec quelques jours de retard sur le Festival, c'est tellement chic. Moi, je ne me presse pas pour voir cette sélection officielle, le temps choisi sera le temps juste. Chic, non? Bon, c'est vrai, on avait été assez refroidi par LEMMING, le film de Dominik Moll. Bien que HARRY, UN AMI QUI VOUS VEUT DU BIEN fût relativement atypique dans le paysage français (sujet ambigu et roublard, Sergi Lopez réellement bon, jolie facture générale, du montage...), LEMMING semble réalisé par un autre mec. On assiste au déroulement d'une copie de travail, sans étalonnage et surtout sans montage définitif, et tout est raté : cadrage calamiteux, montage  horrible (mon dieu, ces champs/contrechamps !), acteurs  transparents (Gainsbourg et Lucas), ou carrément en cabotinage et en roue libre (la Rampling arrive à faire des caisses, notamment dans sa deuxième scène avec Charlotte Forever ; on s'attend presque à ce qu'elle mette ses petites mains sous le menton et qu'elle couine, pour que ce soit encore plus clair), citationnisme (notamment dans le son), etc. Seul Dussolier s'en sort avec les honneurs et heureusement, sinon, ça sentait la sortie de salle avant la fin. Il est complètement honteux que Moll ait été sélectionné avec une copie en l'état. Cannes est décidément l'endroit des passe-droits. Rappelons aux plus jeunes qu'il y a quelques années, on voyait à Cannes des gens inconnus en sélection officielle, une époque où l’on découvrait  des réalisateurs. La meilleure chose qui puisse arriver de nos jours à un réalisateur, c'est d'être sélectionné un fois, seul gage d'abonnement à de futures sélections. Et encore faut-il rester le chouchou des distributeurs et des spectateurs, sans quoi, comme Hal Hartley il y a quelques années ou comme Lodge Kerrigan cette année, vous vous retrouverez noyé dans la masse des sélections parallèles. C'est triste. Passons.
 
Ah ! Gus van Sant ! Le Wes Craven de l'art et essai ! Un coup, je fais un film ennuyeux, un coup je fais un film sympathique. ELEPHANT ne m'avait pas beaucoup plu. On avait l'impression que Van Sant s'essayait aux contraintes expérimentales sans vraiment que cela le passionne ou lui ressemble. Pas infamant, mais en ce qui me concerne un peu ennuyeux, avec quelques détails très caricaturaux  et douteux (les "héros" regardant Hitler à la télé ou encore jouant à un drôle de jeu vidéo !). Du coup, je ne m'étais pas pressé pour aller voir GERRY, et l'avais loupé avant de recueillir des témoignages plus que positifs. Dommage, il parait que c'était très bon.
 
LAST DAYS raconte les derniers jours d'un chanteur, Blake, qui passe ses journées à vagabonder dans les bois, ou à glandouiller sans but. Il vit dans une grande bâtisse, un sorte de petit manoir, perdu dans la forêt. Dans la maison, il y a aussi les deux autres membres du groupe, avec leurs copines respectives. On comprend, ou croit comprendre, que Blake a fui le centre de désintoxication, et que personne dans le staff autour du groupe ne sait vraiment ce qui se passe dans cette thébaïde bizarre, alors que le groupe devrait être en train d'enregistrer de nouvelles maquettes et de préparer une tournée européenne. Blake erre autour et dans la maison comme un zombie. Ses collègues, plus en forme mais pas forcément plus lucides, se lèvent à pas d'heure, glandouillent à mort, vont se saouler en ville, reviennent pour se coucher en ignorant complètement Blake et ne lui adressant quasiment jamais la parole. Blake, dans la solitude du recueillement et dans un enfermement quasi-autiste, glisse tranquillement à la dérive. Et derrière ses jours d'une grande banalité, se cachent peut-être des jours décisifs...
 
Avec un rythme assez lent, mais pas forcément monotone, un cadrage ample et simple(t), des mouvements d'appareil simples et au plus près de son personnage, et surtout des éléments de narration très elliptiques, LAST DAYS s'inscrit dans la lignée de ELEPHANT et de GERRY, sans conteste. Van Sant n'étant pas tout à fait manchot, et même loin de là quand il veut, le film a une certaine facture. On n’est pas en plein mouvement révolutionnaire, mais il n'empêche. Le cadre vaut ce qui vaut, mais c'est cadré (contrairement à LEMMING), le montage privilégie les plans longs, et laisse souvent (et étrangement) la parole aux acteurs, mouvement paradoxal car tous sont plus ou moins fantomatiques et froids, et ne laissent pas grand chose passer (pourquoi pas, d'ailleurs). Le travail principal se fait sur le son, qui semble naturaliste, mais se brouille largement de manière complètement artificielle et déconnectée de l'image, ce qui est assez charmant, sans qu'on puisse vraiment dire s'il s'agit d'interventions narratives ou des sons subjectifs. C'est bizarre et ça marche (malheureusement, ces gourmandises sonores et collagistes deviennent de plus en plus rares à mesure que le film avance). Voilà donc le premier axe de mise en scène. Le deuxième consiste en la relecture de quelques scènes qu'on découvre à différents moments d'un point de vue différent, avec des détails microscopiques mais nouveaux, comme si, séparées dans le film, elles étaient des champs/contrechamps différés. A chacune de ses reprises, par un détail ou un dialogue, l'événement prend un sens complètement différent. Le dispositif ajoute, de plus, de la déconstruction à un scénario qui semblait linéaire. C'est avec ces deux dispositifs que le film est largement le plus intéressant. Car tout le film semble sans but et sans signification (ou alors avec des significations très caricaturales qui semblent si grosses qu'on peut les juger "irréalistes", et se dire que le propos du film est ailleurs). Et, comme je le disais une phrase avant, ces deux axes, outre le relatif désordre qu'elles apportent, permettent, mine de rien et de manière quasiment imperceptible, de mettre en place des détails très importants mais non soulignés. A savoir l'indifférence du groupe qui a renoncé à tout (scène de la demande d'argent et scène où Asia Argento vérifie le pouls de Blake pour mieux l'ignorer), le joli regard du personnage de Lukas Haas (le petit garçon de WITNESS (héhé!) et le sublime musicien loufdingue de BREAKFAST OF CHAMPIONS, grand acteur) sur Blake avec qui il y a une espèce de rapprochement, sans doute trop tardif, ou au moins un regard porté, ce qui est déjà beaucoup. [On peut aussi rapprocher ce regard à la soudaine disparition de Asia Argento, à la fin du film, élément assez rigolo à remplir d'une hypothèse subjective.]
 
Donc, il se passe deux ou trois choses. Les acteurs sont assez transparents. Michael Pitt (Blake) pourrait être remplacé par n'importe qui ou presque, tant son personnage est débarrassé de tout pathos.  Lukas Haas a de formidables lunettes, les mêmes qu’Asia Argento d'ailleurs (tu la sens la liaison ?), et son physique bizarre est toujours agréable à observer (Lukas Haas, je veux dire !), même si on voit très peu les personnages, l'action étant concentré sur Blake. Kim Gordon, du groupe SONIC YOUTH vient faire une petite scène, plutôt réussie et moins désagréable que ne le laissait supposer le film annonce.
 
Ceci posé, on tentera ici une hypothèse. Malgré les deux dispositifs décrits plus hauts, il ne se passe pas grand chose. Et le film ne sombre ni dans le chaos, ni dans la subjectivité absolue. On est toujours à la limite du Grand Rien, même si ça et là, quelques éléments, rares mais assez beaux, émaillent la vision ou plutôt la "contemplation" du film. On est donc en face d'un drôle d'objet, à moitié indigent, à moitié apathique, dont on ne sait pas trop quoi penser : panne d'inspiration, cynisme de Van Sant qui aurait bien conscience que s'il faisait des bulles en pétant dans sa baignoire tout le monde trouverait ça génial, paiement des impôts…? Dur à dire...
 
Et puis, il me semble comprendre, à la lumière de quelques scènes. La première m'avait plutôt énervé de prime abord. Deux témoins de Jéhovah sont accueillis par Lukas Haas dans la maison, et en montage parallèle,  Van Sant charge la mule en montrant Blake dans des postures qui suggèrent qu'il est en quête de rédemption. Le comportement de Blake et le discours  des témoins de Jéhovah sont mis en parallèle de façon caricaturale, et je me suis dit : le salaud, il nous refait ELEPHANT en faisant semblant de faire un truc froid et un peu "expérimental", ou tout au moins débarrassé de tout pathos, et de l'autre côté, il nous fout des symboles complètement grossiers et quasiment hollywoodiens, tout juste bons à émouvoir les ménagères de moins de cinquante ans. Voilà, ce que je pense, à chaud de cette scène. Puis, je comprends le système. La scène où Blake jouent avec des chatons qu'on a jamais vus (Oooooooh le chanteur maudit, qu'il est mignon avec les petits chats-chats !) qui vient juste après la scène la plus sérieuse du film (celle avec Kim Gordon). La scène où Blake fait cuire des pâtes. Etc.
Et là, c'est l'illumination. Le film est une comédie ! Je sens que déjà, certains d'entre-vous râlent, et se disent: "Dr Devo, il ne fait rien que balancer des horreurs pour amuser la galerie ou haranguer le chaland !" Et bien non, justement ! Je suis tout à fait sérieux. Loin de faire le film qu'on lui demande (évocation arty d'un chanteur culte, où bien sûr on reconnaît Kurt Cobain, imité d'ailleurs avec un certain zèle), ou plutôt en faisant ce film qu'on lui demande, Van Sant glisse tous les éléments détruisant le projet initial. Et il le fait en introduisant sa marque de fabrique la plus arty, la plus (in)signifiante, celle qui en imposera le plus et fera de lui un réalisateur "sérieux et respecté, et éventuellement primé". Et tout le film s'éclaire : la scène des pages jaunes, les garçons qui couchent ensemble (c'est ça qu'on attend dans un film de Van Sant, non ?), les filles qui se roulent des palots, la fabuleuse scène de la boîte déterrée (drogue, peut-être mais sur le moment rien d'évident, et en plus Van Sant construit toute sa séquence sur l'ouverture de la boite qui n'arrivera jamais : slowburn !), les allusions de Kim Gordon à la fille de Blake suivies de la scène aux chatons dans la chambre de la fille en question (avec ses toutes petites chaussures!), Kim Gordon qui engueule Blake en lui reprochant d'être tous les clichés du rock, le film comme requiem pour une chanson qui s'avère finalement splendouillette ("Le ciel est bleu / Bleu comme tes yeux", c'est quasiment ça !). Van Sant ne semble alors pas dupe. Il oppose les collages concrets de la musique du film à la bêtise rock de la musique dans le film. Il fait une très belle scène où Blake ne compose justement pas (chose qu'il fait pendant tout le film, semble-t-il) mais improvise en faisant des boucles (le passage le plus beau du film, bien qu'un petit travelling très prétentieux brouille la chose en la rendant vulgaire). Souvent d'ailleurs les scènes les plus drôles et/ou ridicules sont les plus belles : la scène du clip de R'n'B en entier avec le sous-titre sur le nom du groupe (chose que j'ai faite dans un de mes courts-métrages d'ailleurs, les grands esprits se rencontrent ! En plus, il s'agit de Boyz 2 Men, tant qu'à faire !), scène très drôle et matrice du film (puisque que c'est cette chanson qui va inspirer la chanson testamentaire de Blake), la scène de l'Echelle de Jacob, splendouillette et troublante, à mi-chemin entre le foutage de gueule et la tentation la plus naïve, etc.
 
Bref, en l'occurrence, Van Sant, esseulé lui-même (?), a fait un film, le présente, répond aux interviews, etc. Il fait ce qu'on lui dit de faire, et là où on lui dit de faire. Il n'empêche, son film est une comédie, un film en sous-marin, tourné au nez et à la barbe de tous, y compris les acteurs, un film qui satisfera tous les fans, tous les critiques, et toute la profession. Comme ces réalisateur asiatiques, victimes de la censure, il présente un scénario, le filme avec l'accord des autorités, et livre un film de genre (art et essai, un film "arty", c'est un genre) dans lequel est sous-entendu, et pas qu'un peu, tout le contraire, et surtout un propos beaucoup plus subversif ! Les fans de Nirvana devraient être furieux ! Van Sant ramène tout cela à pas grand chose, à un romantisme inutile (Kim Gordon a bien raison d'engueuler Blake), et décrit le jeune public comme des grands mous, bons à rien. LAST DAYS est sans nul doute une comédie, noire sans doute, mais une comédie, qui fait exploser un système où l'industrie attend exactement une seule chose d'un artiste. Ici en Occident, la censure n'est pas ouvertement politique, mais économique en quelque sorte. Voilà ce que raconte le film. En cela, c'est un "work in progress", quasiment un documentaire, mais sur Van Sant lui-même. Et cette censure économique des esprits artistiques n'est-ce pas, justement, ce dont pouvait souffrir un artiste, aussi bêta ou clairvoyant qu'il ait pu être, comme Kurt Cobain ?  En tout cas, Van Sant signe un film drôle et triste, complètement désespéré, qui est à mettre à côté de son projet le plus formel : le remake de PSYCHOSE ! LAST DAYS est un film complètement anti-rock 'n ' roll !
 
Tant mieux! Une comédie triste, expérimentale, loufoque finalement, comme un doigt tendu vers la profession et vers les "spectateurs". C'est assez beau.
 
Délicieusement Vôtre,
 
Dr Devo
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Lundi 16 mai 2005

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"Tintin Vs la Palme d'Or", critique du film LEMMING par Dr Devo.


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Samedi 14 mai 2005

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(photo:"Mettons les schtroumphfs à l'heure" par Dr Devo)

Chers confrères,
 
Allez, on va aller refaire un petit tour en scène, et une fois n'est pas coutume, allons voir un film espagnol. Ah !L'Espagne. Les corridas, le chorizo, Carmen et... Almodovar ! Comme vous le savez, Almodovar est le seul réalisateur vivant d'Espagne, un vrai metteur en scène qui fait des films avec de vrais morceaux de mise en scène dedans, des films iconoclastes qui n'ont pas froid aux yeux, aux thèmes qui nous prennent systématiquement à rebrousse poil. Et bien joués avec ça! Sans aucun doute possible, l'Espagne c'est Almodovar !
 
Evidemment, j'ai fait une erreur dans le paragraphe précédent. L'Espagne est aussi le pays de Julio Iglesias ! Et en ce qui concerne le cinéma, je parlais de Julio Medem, pas de Almodovar ! Lapsus !
 
Allez, on revient à Alex de la Iglesia. Je me souviens d'un farfelu ACCION MUTANTE, qui m'avait paru un peu potache mais bien sympathique. Le Marquis, fidèle collaborateur de ces pages, me fit découvrir l'année dernière le beau PERDITA DURANGO, adaptation du livre de Barry Gifford sur le personnage qu'il avait créé dans un de ses livres précédents, SAILOR ET LULA. Le film de Iglesia n'avait quasiment rien à voir avec David Lynch, mais il n'empêche que notre ami réalisateur était plutôt en forme avec ce beau film, basé sur une espèce de romantisme noir et complètement inversé. On se souviendra notamment de la belle performance de Rosie Perez. Bon, il faut être honnête, notre ami commun Bernard RAPP n'aime pas du tout le film, mais par contre, Le Marquis et Mr Rapp sont bien d'accord sur MES CHERS VOISINS, que je n'ai toujours pas vu (quelle honte !), et dont tous deux vantent les mérites avec force superlatifs. Entre PERDITA DURANGO et MES CHERS VOISINS, le père De la Iglesia est donc plutôt en forme, semble-t-il, même si aucun d'entre nous n'a vu son précédent film, 800 BALLES.
 
Et donc, voici UN CRIME FARPAIT, et je vous entends déjà d'ici, chers confrères, je vous entends déjà pousser des cris d'horreurs : "Quelle honte ! Ces distributeurs, que des incapables ! Quelle horrible affiche et surtout quel titre débile !" Je vous vois venir, mais en fait il n'en est rien. C'est la traduction parfaite du titre original. Donc, on laissera les distributeurs tranquilles pour cette fois, et on se défoulera sur eux avec CRAZY KUNG-FU qui arrive bientôt.
 
[Tiens, j'ai lu un truc ce matin sur David Lynch. Il a laissé momentanément tomber la méditation transcendantale (le nouveau métier de Lynch consistant non plus à faire des films, mais à taper du pied gauche sur le sol, avec ses copains de secte, et voir si cela a une influence sur la marche du monde ! Véridique !), et il aurait déjà commencé, et même sacrément entamé, son nouveau film : INLAND EMPIRE, avec Laura Dern, Justin Theroux, et... Jeremy Irons, qui va enfin pouvoir jouer dans un vrai film ! Deuxième scoop, c'est tourné en Europe (en partie) et en vidéo, parce que, le gars, Lynch trouve que la photo en 35mm actuellement est trop lisse ! Je vous laisse méditer transcendentalement là-dessus !]
 
Ça se passe de nos jours, dans une grande galerie commerciale espagnole, genre Galeries Lafayette. Rafael, vendeur talentueux dont on dit qu'il peut lire dans les pensées des clients, est responsable du rayon féminin. Rafael, ce n'est pas un tendre : combatif, prêt à tout pour être un winner. Pour lui, dans la vie, il ne faut pas attendre la chance, mais la provoquer à chaque instant, il faut se battre, il faut être le plus efficace, il faut être un battant, quoi ! Une sorte de Bernard Tapie immoral, si j'ose dire ! Il sait aussi s'entourer. Parmi ses vendeurs, que des femmes sublimes et plantureuses qu'il baisouille dans tous les coins et qui lui vouent une admiration sans bornes (il est beau gosse), et des petits gars ringards mais soumis, prêts  à supporter le moindre de ses caprices. Et effectivement, il n'a pas volé son poste de responsable du rayon femme : c'est vraiment lui le meilleur !  Son seul concurrent est Antonio, son homologue, responsable du rayon homme. Et dans quelques jours, un des deux sera nommé Manager Général et régnera sur tout le magasin. Seul le chiffre d'affaire de leurs rayons respectifs départagera les deux. Une lutte féroce est engagée. Mais à partir de ce moment, tout va basculer pour Rafael, qui tue sans le vouloir son rival Antonio. Et en plus, il y a un témoin : c'est Lourdes, une des vendeuses les plus médiocres, et une femme très laide, aussi laide que toutes ses autres collègues sont sublimes. Mais tant pis, la moche vendeuse et notre cadre dynamique vont devoir faire équipe ensemble pour cacher le "meurtre" d’Antonio ! Et Lourdes est amoureuse de Rafael, homme inaccessible au vu de son physique, et elle en veut plus. Sans le savoir, Rafael a mis le doigt dans un engrenage infernal et toute sa vie va basculer...
 
Bon, le résumé vaut ce qu’il vaut, mais il s'agit de ne pas en dire trop. Si hier nous étions dans l'épure et la délicatesse avec MON HOMME de Blier, aujourd'hui c'est un peu le contraire. Alex de La Iglesia n'y va pas par quatre chemins. Il ne  nous prend pas en traîtres. Son arme absolue, sans conteste, c'est le tractopelle, le gros, l'immense tractopelle. La Iglesia, c'est un bataillon de commandos suicides en train de cueillir des pâquerettes dans LA MELODIE DU BONHEUR, c'est un troupeau se sumos qui dansent Le lac des Cygnes, c'est du lourd, c'est du sérieux.
 
Après tout, il suffit d'être prévenu, et après une petite intro parodiant sans en avoir l'air une scène de MATRIX (ce qui n'est pas forcément idiot), on est vite mis au parfum, sur le mode Ferris Bueller. Le ton est donné. Et si j'ose dire, ça ne rigole pas. L’acteur principal en fait des caisses, ou plutôt des containers, et ses petits camarades font plus que l’imiter puisqu’ils jouent dans une nuance encore plus grossière et caricaturale ! Le jeu est absolument hénaurme, à un point difficilement imaginable. C’est le mode de la farce, mais de la farce titanesque, qui ferait presque passer LES VISITEURS pour un film aux tonalités bergmaniennes. Et la mise en scène suit le mouvement, et pas qu’un peu. C’est un festival du mauvais goût absolu. Ralentis sur les collègues plantureuses de Rafael, scènes de sexe et de fornication complètement irréalistes à tous les étages du magasin, caméra fixée sur l’acteur comme sur Bruce Campbell dans EVIL DEAD, rythme rapide et quasiment hystérique, courses poursuites slapstick dans les rayons, collègues masculins encore plus caricaturalement habillés que dans CAMERA CAFE, inserts gore d’un goût douteux, etc.
Ça n’arrête jamais, ça s’amplifie même, jusqu’à prendre des proportions hors du commun. Et au fur et à mesure, le scénario, de plus en plus exagéré, prend le relais. Que du mauvais goût, les amis ! Bon appétit, bien sûr !
 
Et pourtant… ça marche ! Impossible de ne pas s’identifier au personnage de Rafael (Guillermo Toledo), et de ne pas compatir devant la triste destinée qui se profile devant lui. Impossible de ne pas détester  et de ne pas jubiler devant chaque nouvelle frasque de Lourdes (Monica Cervera). Et même moi qui préfère toujours l’humour non-sensique et qui déteste 95% du temps les farces de ce type, je marche et je regarde avec délectation. Alors, que se passe-t-il ?
 
La mise en scène, encore une fois, a une franchise certaine, et abat ses cartes dès le départ. De La Iglesia a quand même fait mieux que ça, et PERDITA DURANGO ou, semble-t-il, MES CHERS VOISINS ont, esthétiquement, une toute autre classe. Ici, il n’y a quasiment que des plans rapprochés ou des gros plans, c’est cadré à la truelle, et la photo n’est pas des plus subtiles, loin de là. Ce qui surprend, c’est la franchise du metteur en scène qui ne va pas faire passer des vessies pour des lanternes. On était prévenus dès le départ, et la seule ambition du métrage, c’est de faire du potache, du caricatural et encore du potache. Point barre. On peut même déduire que Iglesia vise plus à faire du Tex Avery qu’autre chose, un peu sur le mode de MORT SUR LE GRILL de Sam Raimi. La chose délirante et sans complexe est sans doute le véritable motif de ce jubilatoire meurtre cinématographique. Peut-être peut-on voir dans ce film une sorte de « comédie noire » spaghetti, c'est-à-dire un essai qui pousse le film dans les limites du genre, puis les dépasse allègrement, jusqu’à le tuer.
 
C’est son choix. J’ai beau être sévère sur ce site, et juger tous les films à la même moulinette rigoriste, je serais un fieffé menteur si je disais que je n’ai pas ri et que je n’ai pas ri d'un plaisir certain et quasiment constant sur toute la durée du film. En sortant de la salle, je pensais bizarrement à FREAKY FRIDAY, très beau film, avec beaucoup de cœur, très sentimental et touchant, bien écrit, mais à la mise en scène indigente. Et bien ici, c’est la même chose. Transposez ces intentions de l’univers des films de college à celui des comédies noires, et vous aurez UN CRIME FARPAIT dont le titre débilosse est, a posteriori, un aveu de franchise.
Si le film marche, c’est parce qu’au-delà de tout ce que je viens de dire, le sujet est bien troussé, d’une part, et diablement intéressant de l’autre. Iglesia continue un portrait de l’Europe contemporaine sans pitié, une description d’un peuple avide, où tous les individus ont renoncé à la moindre once d’humanité et se baignent dans l’orgie de la consommation avec délectation et violence. D’ailleurs, on notera qu’une série de plans n’est absolument pas caricaturale dans ce film. Et ces plans, ils nous concernent ! Je veux parler de ceux qui mettent en scène les clients à la grille du magasin, piaffant avant l’ouverture. Ça, les amis, pour une fois, c’est du cinéma du réel. C’est exactement la réalité précise et sans fard. Et les clients qui se battent pour avoir un article en solde, c’est aussi absolument véridique. [Les journalistes de presse écrite l’ont très bien noté il y a quelques mois, lorsque Karl Lagarfeld a lancé sa collection pour LVMH !] C’est quand même bien vu et troublant que les seuls plans réalistes du film soient des plans où De La Iglesia dresse un portrait de nous, son public. Cette réflexion me fait même froid dans le dos. Le reste, évidemment, c’est de la farce, mais c’est une farce qui est justifiée et n’analyse qu’une seule chose : notre comportement de tueurs-consommateurs.
Et le film, encore plus fort, dresse aussi le portrait dérangeant et sans fard du sexe comme arme sociale. Et ça aussi, les amis, ça fait très peur. Car le film appuie exactement là où ça fait mal. Notre seul but est de consommer, et d’arriver à tout prix à faire partie de la classe moyenne, si possible dans la partie haute de la classe moyenne. Il n’y a que qu’un seul moteur à cette ascension, la loi du plus fort. Il faudra se marcher dessus et écraser les autres. Cela ne devrait pas poser de problèmes, dans la mesure où l’on est déjà prêt à le faire pour acheter une chemise en solde. Primo.
Secondo, ce qui nous discrimine, euh pardon… ce qui nous différencie les uns par rapport aux autres, en plus de notre compte en banque, c’est la Beauté ! Ben oui ! Alex de La Iglesia le montre très bien, et grâces lui soient rendues pour ça, le second facteur déterminant dans notre société moderne occidentale, c’est la beauté. Selon que tu sois plutôt mignon(ne) ou plutôt moche, ta place dans l’échelle sociale sera différente.  Et du coup, De La Iglesia fait très fort en montrant que les deux facteurs (revenus et beauté) s’interpénètrent et sont liés d’une façon inextricable, comme les deux faces d’une même pièce de monnaie.
 
Alors, oui, je suis d’accord, c’est potache, c’est de la grosse maille. Mais bon dieu de bon dieu, ça marche terriblement, parce que ce film nous fait absolument peur et que, plus que d’’une comédie noire, c’est bien d’un film d’horreur dont il s’agit (le personnage de Don Antonio est un personnage fantastique et pas de comédie, au final), et drôlement réaliste en plus ! En cela, et aussi dans le discours social, on est assez près de l’univers d’un John Waters, même si il y a de grosses nuances à faire entre les deux réalisateurs. Et peut-être, Alex de La Iglesia a fait délibérément en sorte (et nous a prouvé même) que le Cinéma du Réel existait !
 
Allez donc voir ce film avec ma bénédiction. Un film populaire aussi intelligent, ce n’est pas tous les jours qu’on en voit, surtout par ici. Et allez-y décontractés, sans vous prendre la tête avec ce que je viens de dire. Il y a suffisamment de choses hilarantes pour vous faire tortiller le popotin d’extase sur votre siège. [J’ai particulièrement adoré l’espèce de mise en scène à la De Palma sur les séquences finales, mais un De Palma fauché, ringard et mal fichu ! Et la judicieuse utilisation des Editions Atlas !]
 
Et quand vous reviendrez chez vous, vous penserez à une chose : finalement, le héros, plutôt looser en apparence, n’est-il pas celui qui a gagné ? Et là, vous aurez un grand frisson qui vous fera froid dans le dos.
 
Jubilatoirement Vôtre,
 
Dr Devo
 
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Vendredi 13 mai 2005

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi

(photo: "Placide et Muzo, Director's Short Cut" par Dr Devo)

Chers Amis,
 
Promis, là, on ne va pas parler des critiques. Ou alors un peu à la fin. On va se faire une critique entre nous, "à la fraîche".
 
Faire un site de cinéma, c'est facile. Il suffit d'un peu de temps. Ensuite, il suffit de parler de deux ou trois trucs : le montage (la mamelle d'un film, son élément le plus important, ce qui va le différencier de l'émission de tirage du Keno), le cadre (et par conséquent l'échelle de plans), la photo, et pour les plus sentimentaux d'entre nous, éventuellement, le scénario et les acteurs. Mais surtout, ne pas oublier les trois premiers éléments, et même plus, baser sa critique là-dessus. Trois petits paramètres, pour être sûr de parler de cinéma et pas de boucherie-charcuterie. Simple, non ? Premier constat.
 
Blier a une drôle d'histoire. C'est un type extrêmement populaire, et également complètement inconnu. Personne n'a oublié LES VALSEUSES et BUFFET FROID, ou encore TROP BELLE POUR TOI, mais le reste ? MON HOMME a déjà quasiment 10 ans, et je profite d'une édition DVD pour le voir pour la première fois. C'est marrant… LES ACTEURS, film monstrueux, m'avait laissé un souvenir couci-couça, avec quelques beaux moments, et puis LES CÔTELETTES passa trop rapidement, et de toute façon, il fut massacré par Besson (producteur du film) qui imposa à Blier un remontage plus "calme". Mais je me souviens avec émotion de UN DEUX TROIS SOLEIL, film culte pour moi à l'époque, et MERCI LA VIE, découvert un peu plus tard, sublime également. Et puis Blier, bon gré mal gré, sans commettre de faute irréparable, sort un peu discrètement de la scène, on n'y pense plus, on n'y fait plus référence. Voir MON HOMME, c'est revoir un vieil ami avec anxiété, en se demandant si les choses ont changé, d'autant plus que le film est classé parmi les mineurs du Monsieur. Bah... C'était ça ou UN DEUX TROIS (héhé), un Billy Wilder sur la guerre froide dont les photos hideuses sur le boîtier m'ont fait reculer. Et puis il y avait ce petit DVD tout mince, tout noir, qui avait l'air de s'excuser sur l'étagère. Le look de son maître en quelque sorte. On verra plus bas.
 
Marie, c'est une pute. Elle tapine dans une galerie. Et ce n’est pas n'importe quelle pute. Une indépendante, une heureuse, une qui est contente de faire ça, une qui gagne bien sa vie, une qui a un don et qui l'utilise avec une vocation certaine. Un soir, dans la cage d'escalier de son immeuble, elle repère un clochard qui dort dans les poubelles. Tu vas pas rester là, c'est complètement con, mon petit père, près des poubelles, y'a des rats, tu pourrais te faire mordre. Le clochard, la gueule défoncée, demande une pièce. Marie le fait monter chez elle, trop bonne, et lui offre un peu de blanquette, du vin, et finalement une place pour dormir près du radiateur. Et même un peu plus... L'amour jaillit, en coup de foudre quasiment. Marie propose à Jeannot le clochard d'aller plus loin. Elle, elle tapine, elle lui rapporte son argent, et ils vivent heureux ensemble. Jeannot dit : "Tu vas pas me donner tout ton argent ? Et si tu en as besoin ?" Ben, si elle en a besoin, elle lui en demandera. Et s’il ne veut pas lui en donner ? Bah, ça ne se passera pas comme ça... Elle lui propose d'être son "mac", mais un mac pas comme les autres, un gentil mac.  Réticent, il accepte, c'est l'amour. Marie travaille, rapporte de l'argent à la maison (elle gagne bien sa vie). La journée, Jeannot sort pour laisser l'appartement libre, il se ballade, il s'achète des fringues, il boit des petits cafés, mais il s'emmerde. Et il est beau gosse, Jeannot : grand, baraqué, prévenant dans un sens, contact et gouaille faciles... Il plaît aux femmes. C’est une sorte de don. Il leur fait tourner la tête, sans trop le vouloir. Et question amour, rien à faire, sans le vouloir, il assure. "Ça" lui répond au doigt et à l'œil, une espèce de don. Et il s'emmerde, le Jeannot, dans les grandes largeurs. Il finit par débaucher une manucure (il va à la manucure, c'est dire s'il s'emmerde), a une liaison avec elle, et c'est décidé, il veut devenir son mac...
 
On trouve sur ce site, enfin surtout quand c’est moi qui suis aux commandes de l’article, la même suite sans fin de litanies, de reproches cinématographiques. Toujours les mêmes  remarques, parce que les films se ressemblent toujours, et par conséquent, toujours les mêmes défauts, tristement auréolés ici et là de propos plus ou moins honteux qu’il s’agit de mettre en avant pour qu’on ne soit pas dupe, ou tout au moins pour qu’on réfléchisse à deux fois avant d’aller investir ses 7 euros, somme colossale à l’heure où la plupart des DVD dont on parle ici ne dépassent pas cette somme, ou alors de très peu. Ça vaut le coup de réfléchir à deux fois, et après, de toute façon, c’est chacun devant son choix. C’est ça, la liberté, il n’y a pas de porte. Litanie des défauts donc, dont on peut dire qu’ici, c’est absolument le contraire. Deuxième constat.
 
Le film est à l’image de son ouverture. Une musique sublime de Barry White (que je déteste, bien sûr, et encore plus maintenant qu’à l’époque, Barry White étant devenu l’hymne des li-li-bo-bos déguisés en secrétaires), musique sublime dis-je, car composée uniquement d’un texte parlé de quelques pauvres mots, sur une rythmique, même pas une batterie, encore plus radine. Une chanson qui se compose dans le silence, et où il y a plus, justement, de silences que de paroles. Par là-dessus, un petit jump-cut, mi-iconoclaste mi-putasso-lyrique (axe brisé sur les jambes de Grinberg, cliché presque eighties). Et voilà, le ton est donné. Le dialogue qui suivra, où Grinberg la prostituée alpague une mère de famille et lui propose de faire le trottoir avec elle (elle accepte bien sûr), ce dialogue, dis-je, ne servira qu’à centrer la tonalité chez Blier.
 
Puisque le cinéma du réel n’est qu’une vaste arnaque, morale d’abord (ou philosophique), et marketing ensuite, qui ne sert qu’à vendre plus d’Art et Essai, c'est-à-dire plus de films commerciaux passant en salle art et essai, puisque ce cinéma du réel ne sert qu’à faire du Tavernier ou du Téchiné, et bien sûr du Ken Loach (ou plutôt désormais, en 2005, du Almodovar, ça faisait longtemps !), Blier décide de faire judicieusement le contraire, comme il l’a toujours fait, et lecteur qui découvre le film par ces lignes, tu garderas à l’esprit qu’ici et malgré le sujet, point de « cinéma du réel » (expression oxymorique, si j’ose, et dans oxymoron, il y a « moron » en anglais),  point de cela, mais du Cinéma. On est en quelque sorte, et même si c’est diaboliquement exagéré, plus proche ici des Monty Python que  de TOUT SUR MA MERE (complètement absurde, cette échelle de comparaison, mais complètement juste en fait). Du brut, du décoffré, et du ciselé, aucun des trois termes ne s’annulant.
 
MON HOMME, c’est l’histoire d’un amour, et l’histoire de l’Amour quasiment, sans faire le catalogue de toutes ses formes (ce que ce serait empressé de faire n’importe cinéaste commerce-et-essai), mais l’amour en son plein.  Loin du personnage naïf qu’on a décrit, Marie, c’est une lucide, une généreuse, une droite qui sait ce qu’elle recherche, qui s’investit avec la foi du charbonnier, et souvent avec pragmatisme. Et il faut bien le dire, c’est le Coup de Foudre qui lui tombe dessus, beau et plein, le fondement de la relation d’une vie, mais contrarié, par… Vous verrez.  Un amour complet donc, mystique quasiment, et en cela proche de certains traits qu’on trouve chez Zulawski et ses personnages si purs, avec ici une nuance de taille : aussi lyrique mais moins (ouvertement) tragique. Une autre tonalité qui finit par dire la même chose, ou par dire des choses voisines. Mêmes préoccupations, quoi !
 
Comme tous les grands films ouverts et aboutis, MON HOMME ne parle pas pour ne rien dire, et son sens du dialogue, pas ambigu pourtant pour un sou, se fonde sur un langage subtil et poétique dont on a l’impression qu’il ne dit pas exactement les choses, mais tape juste à côté, comme un éclairage rendant le texte absurde ou plutôt non-sensique. Un langage propre aux dérives polysémiques riches de sens, qui rendent mille fois grâces aux sentiments mêlés qui ne manquent pas quand on parle de « ça », c’est-à-dire d’amour. On n’est pas dans la métaphore romantique et écrasante, on est dans le langage ouvert, libre et toujours en prospective, en quelque sorte. [Même éclat avec des mots différents et un rythme contraire dans J’ADORE HUCKABEES, le chef-d’œuvre de l’année, dont souvent les dialogues ne nous échappent que pour mieux nous frapper. Avec ce sentiment complètement sublime de mettre exactement « le doigt dessus », c'est-à-dire sur nos sentiments les plus forts et les plus fugaces, sur nos sentiments les plus à la dérive. Ici, nuance différente, mais même combat.]
 
On rit également énormément, Blier étant aussi cela, un homme qui rit. Le film est en décalage absurde, alors ça vient facilement. Un rire qui, et c’est plus rare, agit en fulgurance, comme l’émotion ici présente à chaque détour. De grandes saillies de rire et de grandes saillies d’émotion qui d’ailleurs, sens Barry White oblige, ne s’étalent pas, ne durent pas outre mesure. Blier n’est pas là pour faire du grand lyrisme qui dure jusqu’à épuisement. C’est dit, c’est fait, et si on passait maintenant à autre chose, comme disait la poète.
 
Et puis d’ailleurs, balançons cette analyse des sentiments, et cette description  de l’amour hors du train, si j’ose dire, le film est limpide du point de vue des choses exprimées, du point de vue sémantique, contrairement à ce qu’on avait dit à l’époque, et vous serez transpercés de toutes parts en voyant le film par la précision du Sentiment. Inutile que je me tue à vous faire comprendre le sens, ça viendra tout seul : Blier, égal à Grinberg, est d’une générosité complète et formelle de ce point de vue. Allez, revenons à la mise en scène.
 
Donc, posons nous la question : comment ce film beau et drôle à pleurer se goupille ? C’est simple, sans modestie aucune de ma part… Méthode Devo ! [Sommes-nous des Hommes ?] Comme dit plus haut, l’abstraite composition du gros Barry résume bien l’affaire. Et comme votre Bon Docteur (si vous saviez comme je vous suis dévoué) a déjà poussé le bouchon quasiment dans le cul de la bouteille (champagne, bien sûr !) en comparant MON HOMME aux Monty Pythons (Quelle malpolitesse ! C’est un régal ! Raccrochez, c’est une horreur !), osons une deuxième métaphore, et même, puisqu’on est en pleine auto-critique, osons une métaphore que PERSONNE ne fera jamais sur ce film, une métaphore que vous ne trouverez qu’ici. Rien que pour vous en quelque sorte. Ça vaut bien un nouveau paragraphe. Exécution.
 
MON HOMME de Blier, c’est un peu du Cronenberg français ! [« Ah non ! Cessez cela ! Je vous demande d’arrêter ! »] MON HOMME, sans aucun doute, c’est SPIDER, voire CRASH. Même combat de mise en scène. Loin de son image bordélique et festive, Blier ici, ce n’est que de l’épure. Tenter de faire du sublime avec très peu, après s’être sans doute baigné (hypothèse) dans un foisonnement délirant pendant les premières écritures. Beaucoup d’abord, en premier jet. Puis drastiquement, le minimum ensuite, juste avant de tourner. Comme dans SPIDER, et à l’inverse d’autres cinéastes généreux comme Von Trier (Shock The Monkey, comme disait le poète anglo-saxon ! On en reparlera) ou Zulawski, encore une fois, Blier joue avec le minimum, juste ce qui faut. Comme au XIIIe (le siècle, pas l’arrondissement), Le jeu des leviers est riche, mais on ne les bouge que si nécessaire, et l’unique obsession est l’épure. EPURE. Le mot est lâché, mes amis. Ce grand film loufoque n’est qu’épure, n’est que recherche du plan juste. L’essentiel est dit. Je peux presque m’en aller.
 
Un petit mot avant de partir. [Faire la critique de ce genre de film est complètement inutile ! A part peut-être pour accrocher un peu votre curiosité, ce que, sans doute, les témoignages de vos proches ayant vu le film ou les relents de 1996 balayeront en un clin d’œil !] Blier, le populo, Blier le respecté, et Blier le réputé, celui qu’on dit égaré (ce qui est souvent un bon signe, chez les grands réalisateurs), et au final Blier le conspué (en un seul mot), et bien, on a oublié…
 
Quoi ? Blier, le « putain » (hommage, et double en plus) de cadreur !!!! Allez me chercher un cadre aussi beau dans le cinoche actuel français… Et bon courage ! C’est sublimement cadré, la chose, et osons (tu la sens, la critique voilée ?) carrément, c’est à couper le souffle. Rien que pour ça, quasiment tous les autres (hormis, les Straub, par exemple…), peuvent aller se rhabiller. Deuxième évidence, mais peu prise en compte de nos jours : l’écriture du film se fait et dans le cadre, et dans l’échelle de plan, et dans le montage. Les trois en même temps.    Et là, l’épure prend tout son sens. Comment ne pas être éblouis devant tant de beauté ? C’est galactique, cosmogonique et sublissime. Evidemment, la photo suit, apportant une impression de luxe fabuleuse, comme par exemple dans la scène de la sortie de prison (décor effarant d’ailleurs). Cette scène et celle du coup de foudre dans l’appartement sont quasiment géniales. C’est quand même mieux que Renoir ou John Ford. Hallucinant, vous dis-je. Un sens de la durée phénoménal (bien mieux qu’un Mizoguchi), un sens de la coupe straubien, et une malpolitesse fulgurante et belle dans les transitions, hypra-calculées et à brûle-pourpoint (paradoxe), où l’on ne s’appesantit jamais : une fois qu’on a senti, on passe à autre chose, on fait coïncider les ruptures, notamment temporelles (le film est truffé d’une narration chaotique, comme des trous d’obus).
 
On parlait de la scène de prison. Vous avez vu ? Trois plans pour faire une séquence, et trois choses fabuleuses que vous ne retrouverez pas ailleurs : la légère plongée, bizarrement de ¾, sur Lanvin avec le mur de la prison dans le fond, le plan de face avec placement des acteurs au millimètre, et le plan fantastique (dans le sens du genre fantastique) sur Sabine Azéma, plan qui sert de repère chronologique et qui est en même temps, et de manière complètement contradictoire, un plan de répétition (il suffisait presque de redoubler le plan d’avant en post synchro). Rien que pour ça…
 
Le son est d’une grande richesse, à l’avenant. On murmure ici, ou on parle avec calme et recueillement. C’est très étonnant. Grand mixage des voix, avec des gourmandises délicieuses pour tous les vicieux de la mise en scène que nous sommes. Exemple : la fausse post-synchro dans la boîte de nuit où les actrices font semblant de crier pour s’entendre, gag de post-production car justement, on entend la musique. Ou la bande-son découpée au laser et génialement sous-mixée. La plupart des sons des films sont anonymes. Pas ici.
 
Un mot sur les acteurs, ici tout en précision et finesse. Anouk Grinberg est fabuleuse une fois de plus. C’est une grande dame. Valéria Bruni-Tedeschi, c’est son plus grand rôle d’assez loin. Deux révélations dans ce film : Gérard Lanvin, ici délicieux comme jamais (j’aime pas ce mec en général !), d’une précision bergmanienne (en avant les gros mots !), sans nul doute le Max Von Sydow français ! Et hop. Une que j’aime pas, qui a fait des mauvais films, et même des bons : Sabine Azéma, ici transfigurée, qui joue de son art comme un chirurgien de son scalpel. C’est le rôle de sa vie. Vous n’oublierez jamais son visage. Et au passage, mes excuses, Madame.
 
On ne discutera pas ici de la prétendue misogynie du film, parce qu’elle n’existe pas. Pour ceux qui ont un doute, demandez-vous pourquoi j’ai cité les Monty Pythons. Et devinez pourquoi Bruni-Tedeschi est le double buñuelien de Grinberg. Et demandez-vous pourquoi le film s’appelle MON HOMME ? (Ben oui, de quoi il parle, le film ?)
 
Allez, faut y aller maintenant, mon petit gars. Je sais que c’est pas facile d’avoir du style, comme disait la poète (spéciale dédicace à toi, JJJ from Belgium). Il faut faire le contraire de ce que l’on devrait, par exemple en écrivant un article sur ce film, de cette manière. Ou en allant y jeter un œil, ok ?
 
Dévouement Vôtre,
 
Dr Devo
 
PS : le film est quand même une description précise de la France de Raffarin.
 
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Jeudi 12 mai 2005

Recommander - Publié dans : Corpus Analogia

(photo : "Capitaine Critique" par Dr Devo, d'après Hergé)

Chers Concitoyens,
 
Ça fait un moment que je vous le répète, et chaque semaine apporte sa pierre à mon édifice : les distributeurs sont bêtes et ne savent pas distribuer les films. Ici, SEXE ET AUTRES COMPLICATIONS, titre franchouille destiné à marquer le film dans le domaine de la comédie, ce qu'il est, mais qui l’inscrit également dans une aura ringarde et même franchouillarde. On préférera l'élégance et la drôlerie du titre original, THE OPPOSITE OF SEX, plus ambigu, plus proche du film, plus attirant. Quant à SEXE ET AUTRES COMPLICATIONS, c'est quasiment le titre du prochain film de la réalisatrice des SŒURS FACHEES ! Et d'une.
 
L'intitulé de cet article (le match fictif entre les USA et la France) est celui que j'utilise quand on parle ici des films de college (sublime genre américain), et là, pour le coup, ce n'est pas tout à fait le cas. L'héroïne est certes jeune, et devrait être une college girl, mais bon, tous autour d'elle ou presque sont des adultes. Disons alors que c'est un film "de l'âge ingrat", pour paraphraser Todd Solondz. D'où la notation. De plus, à l'instar des films de college, voilà quelque chose que la France n'est jamais capable de faire. Et de deux.
 
Christina Ricci a 16 ans, et elle vit en Louisiane. N'allez pas vous imaginer la jolie lycéenne timide. Elle est exactement le contraire. Sexuellement très active, décolleté plus que pigeonnant, beaucoup de répartie et une maturité étonnante, en quelque sorte, qui lui permet de se jouer d'à peu près tout le monde. Une petite bonne femme qui ne se laisse pas marcher dessus, qui envoie tout le monde balader et mène sa barque avec un dextérité assez extraordinaire. Et sans scrupule aussi ! Elle vit avec sa mère, vient d'enterrer son beau-père, et les déteste tous les deux ! Ce n’est pas un milieu aisé non plus, il faut dire. Christina décide alors de tout quitter, de prendre un nouveau départ et d'aller voir son demi-frère, largement plus âgé (la quarantaine), Martin Donovan. Ce dernier est aussi un sacré personnage. Très mature, simple, discret, il est notoirement gay et enseigne dans une université ou un lycée. Il vit dans une grande maison, il est bourré de fric, mais pour une triste raison : son amant est mort du SIDA un peu plus d'un an auparavant. Depuis, il a rencontré Yvan Serguei, un type plus jeune avec qui il vit tranquillement. Christina débarque dans la maisonnée comme un chien dans un jeu de quille. Elle fait la connaissance de la meilleure amie de Martin, une prof elle aussi (Lisa Kudrow), avec qui elle noue instantanément de sérieux liens d'inimitié ! Lisa Kudrow est le contraire de Christina : prof, célibataire, ex-fille moche (ou considérée comme telle), le cœur et les nerfs à fleur de peau, et ne se faisant aucune illusion sur ses contemporains qu'elle observe avec lucidité et désespoir, ce qui en fait quelqu'un d'assez droit, de casse-pieds et de complètement Devo ! Christina s'installe donc chez son frère, qui l'accueille volontiers (il a très bon cœur), mais les choses vont se gâter quand elle met le grappin de la façon la plus vulgaire qui soit sur le petit ami de son frère - "Comment savoir si t'aimes pas coucher avec une femme sans avoir essayé ?" Elle tombe enceinte, annonce la nouvelle à tout le monde, et enclenche ainsi une spirale affolante d'événements entre le sordide et le très drôle, où elle va faire éclater tous les liens qui nouaient les personnages entre eux. Si Christina est l'opposée de Dorothy, la petite fille du MAGICIEN D'OZ, elle ressemble  quand même drôlement à l'ouragan ! [Complètement nulle, cette métaphore : je la garde !]
 
Et bien mes cocos, sous ses allures pépères, ce résumé cache en fait un film assez fou. Cupidité, chantage, manipulation des cœurs et des esprits, chaos des discours, impossibilité de se comprendre, versatilité de tous les personnages (sauf deux : Donovan et Kudrow), utilisation du sexe à des fins cupides, coups de revolver, vol de voitures et tout le reste, ce film va assez loin dans la décrépitude  des mœurs américaines, mais bizarrement sous des formes assez tranquilles, et pas ouvertement provocatrices. On pourrait s'attendre à une comédie drôle et cruelle, à la John Waters par exemple, mais malgré tout cela, le film essaie de rester assez sentimental, malgré la violence (pas souvent physique) des personnages entre eux, un peu comme... d'autres films de John Waters. La forme reprend celle des comédies américaines classiques des années 90. Compliqué, non ? Atypique surtout, et sans en avoir l'air.
 
Exemple. C'est Christina Ricci qui narre le film en voix-off. Et ça commence fort. Présentation rapide de sa "vie de merde", décision de partir, arrivée chez son frère. Dès le début, on sent qu'elle n'a pas la langue dans sa poche, et que son regard sur le monde est acide malgré son jeune âge : "Ok, peut-être vous vous dîtes ‘Oh non, encore un film où l'héroïne parle’, mais je vous assure que c'est très compliqué et que vous allez avoir besoin de mes commentaires. Et si vous croyez que je suis méchante parce que je n’ai pas rencontré l'amour, là-dessus vous vous trompez. Je n'ai jamais eu un cœur d'or. Et si vous pensez que cette intro va finir par la phrase ‘A la fin de cet été-là, je n'ai plus jamais été la même !’, vous vous mettez le doigt dans l'œil."
Elle n'y va pas par quatre chemins, la Christina. Cette voix-off, très présente pendant tout le film, va commenter effectivement les personnages et les événements, mais le réalisateur Don Roos est un malin. La voix-off est souvent utilisée de manière déstabilisante. Je me suis dit en commençant le film que cette voix qui critique tout et tous, c'est celle d'une fille à qui on ne la fait pas, et qui voit très bien ce qu'il y a d'horrible sous le vernis des gens. En fait... pas du tout ! L'héroïne narratrice du film est effectivement d'un cynisme sans nom, et elle est vraiment antipathique ! Drôle mais insupportable ! La clairvoyance qu'on prête souvent à un personnage d'une telle acidité est ici contredite, mais pas systématiquement. Ce qui fait que cette voix-off est à la fois un guide et une source de désinformation. Le procédé est drôlement ludique. Et on saluera quand même le courage d'avoir voulu présenter son personnage principal comme quelqu'un d'assez vulgaire et d'assez méchant ! 
 
Il est assez désespérant de voir  Martin Donovan et Lisa Kudrow, seuls "adultes" du film, essayer de réparer les morceaux. Tiens, parlons-en des acteurs. Christina Ricci, comme souvent, est vraiment très bien. Mature et infecte, elle est un peu la jumelle maléfique de son personnage de PECKER de John Waters. Derrière l'extravagance du rôle, on sent la précision et la rigueur du jeu. Très efficace. On retrouve avec un plaisir immense Martin Donovan, grand, grand acteur. Pour les plus jeunes, avant Jude Law, Donovan était l'acteur le plus solaire et le plus surprenant du marché. C’était le chouchou de Hal Hartley, grand réalisateur américain, lui-même chouchou des critiques dans les années 90, qui depuis l'ont abandonné comme un chien sur une aire d'autoroute, pour aller encenser de moins talentueux que lui. Hartley continue de tourner, mais ses films sont invisibles ! Il est retombé dans les oubliettes de l'Histoire, ce qui est une fois de plus un scandale complet, et qui montre le peu de compétences et de loyauté des professionnels du cinéma dans notre beau pays. Passons. Donovan jouait donc dans beaucoup de film de Hal Hartley. C'est un acteur doux, bouillonnant, précis, à fleur de peau, et qui joue avec une précision qui vous fend le cœur, en en faisant le minimum. Une sorte de chirurgien au physique éblouissant. Ici, son personnage d'homme sincère et honnête perdu dans le chaos ambigu des sentiments est assez bouleversant. C'est un très grand. Les deux amants de Ricci, puérils et plus ou moins malhonnêtes, sont aussi des personnages assez hauts en couleur, et qui eux ne dépareilleraient pas chez John Waters. L’équilibre qu'ils forment avec Donovan est assez étonnant, puisque basé sur des tonalités opposées. LA révélation du film, c'est bien sûr Lisa Kudrow, qui est absolument phénoménale et supporte ici la comparaison avec Donovan. Elle est très éloignée de son rôle de Phoebe dans « Friends » (une sorte de "marginale" branchouille). Honnête, refusant les chantages et la corruption de ce bas monde, toujours prête à se battre, sans aucune illusion sur son statut de "ringarde" et éperdument amoureuse de Donovan, un homme qui n'est, de fait, pas pour elle, elle est très émouvante. Elle apparaît en plus en faisant son âge (35-40 ans), avec rides intégrées et vêtements qui ne la mettent pas en valeur. Dans un rôle subtil, où elle n'est pas toujours à son avantage, elle se lance avec une superbe énergie et un sérieux imperturbables dans l'aventure de ce film. Elle est d'une attention constante. Je suis, je dois le dire, un peu sur le cul. Elle est vraiment impressionnante. « Friends » aura au moins servi à ça : les faire sortir, elle et Jennifer Aniston (également bouleversante dans THE GOOD GIRL), sous nos yeux ébahis. Rien que pour les scènes qu'elle a avec Donovan, vous pouvez regarder le film sans problème. Lyle Lovett dans un second rôle, est très bon également.
 
La mise en scène est soignée : joli cadre, très belle photo, montage nerveux. On ne saura alors que trop conseiller ce "petit" film, intelligent, vif, et très drôle (j'adore la conclusion de la scène d'accouchement, ou le fabuleux split-screen introduit en voix-off en plus, ou encore la voix-off qui dit "Ah ! non, ça c'est dégoûtant, on va pas voir ça !", etc.).  Et également complètement désespérant. Le cinéma américain, grâce à sa tradition des films de college et son aptitude à glisser des nuances non-sensiques un peu partout, accouche de temps en temps de petites perles comme celle-ci, chose que nous français serions incapable de faire pour plusieurs raisons. D’abord, on n’aime pas les mélanges de nuances. Puis, on ne comprend pas le non-sens. Puis, un bon dialogue pour nous, c'est du jeu de mot. Puis, on préfère tirer toutes les comédies vers le mode de la farce ! Puis, les producteurs et distributeurs ne veulent jamais innover en matière de comédie, et sont persuadés qu'en dehors d’Eric et Ramzy, point de salut. Puis, tout le monde a peur de perdre de l'argent (ce qui ne manque pas d'arriver, bien sûr). Puis, on a tellement peu de jeunes acteurs qui aient une once du talent, un dixième du talent des acteurs américains de ce film. [ Cf. les réactions des journalistes sur I LOVE HUCKABEES, chef-d'œuvre de l'année, dont le casting riche et efficace fut traité de snob ! Nous, en France, on préfère les acteurs modestes et médiocres (...si jamais ils sont modestes !)] Bref, au lieu de nous pendre, allons voir l'avance considérable des USA, en allant voir I LOVE HUCKABEES, puis ce OPPOSITE OF SEX, ce qui constituera un remarquable double-programme.
 
Vive La France ????
 
Royalement Vôtre,
 
Dr Devo
 
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Mercredi 11 mai 2005

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