Suite et fin de cet épisode 6 à rallonge, qui n’est au fond que la dernière ligne droite avant l’épisode 7, même si je ne dois pas pour autant négliger le fait que la balle est dans mon camp Stressos pour faire avancer le compte-rendu détaillé de la série SAN KU KAÏ – tant de choses à faire et si peu de temps. Bonne lecture !
 
T comme… TRICHEURS, de John Stockwell (USA, 2000)
Coiffé au poteau par le Dr Devo qui a consacré un article à cet excellent téléfilm lors de sa dernière visite, je procède comme d’habitude en complétant sa critique par quelques petites remarques annexes – en précisant, bien évidemment, que TRICHEURS a bien été vu dans le cadre de l’Abécédaire : je l’ai donc revu une seconde fois à la demande du Dr Devo, car, je le rappelle, l’invité fait loi. La première, qui s’est imposée à moi comme une évidence puisque je l’ai vu tout de suite après, c’est que TRICHEURS distille un suspense infiniment plus haletant que le très mauvais SAW. Le réalisateur John Stockwell (ancien acteur qui tenait le rôle principal de CHRISTINE de John Carpenter) n’est pourtant pas un esthète, mais sa mise en scène reste solide et parvient à maintenir un rythme particulièrement efficace, une tension soutenue sur toute la durée du métrage. Beaucoup de bonnes idées, comme celle de replacer la musique de ROCKY lors du triomphe des tricheurs, ce qui semble dans un premier temps un peu appuyé et caricatural… jusqu’à ce que le thème soit repris dans la foulée par la fanfare du lycée, dans une version cacophonique assez drôle et doucement ironique. Pour le reste, et comme le disait le Dr Devo, le propos est brillant, étonnant de maturité, et apporte au film une envergure que peuvent lui envier bien des films distribués en salles, loin des clichés attendus sur un sujet aussi risqué : ce qui motive le récit, c’est la lutte contre l’apathie environnante, l’amertume trop longtemps couvée, la cruauté d’un combat où tout le monde est perdant (le délateur par dépit tabassé par les mêmes élèves qui sifflaient les tricheurs), la balance entre le mensonge ouvert et l’hypocrisie silencieuse, équilibre sur lequel le film lui-même joue en prenant de petits arrangements avec les faits dans sa conclusion (Jena Malone va en fac et envisage de se tourner vers l’enseignement, alors que le personnage qu’elle interprète a en réalité trouvé sa voie dans la restauration). Très bon film.
 
U comme… UN JOUR SANS FIN, de Harold Ramis (USA, 1993)
La malédiction est enfin levée. Oui, j’étais jusqu’à présent victime d’une étrange malédiction visant à m’empêcher de voir ce film. À de nombreuses reprises, j’ai pourtant essayé, mais à chaque fois, passées les premières vingt minutes du film, un événement se produisait, me contraignant à interrompre la projection : coup de fil urgent et important, visite surprise d’invités ayant déjà vu le film, panne brutale du poste de télévision… J’avais fini par me faire une raison, en trouvant poétique l’idée de toujours voir en boucle les mêmes vingt premières minutes d’un film lui-même construit sur l’idée de la répétition – celle d’un homme cynique prisonnier d’une journée appelée à se répéter encore et encore, parcours au terme duquel, comme dans un conte de Dickens (Bill Murray fait exactement la même prestation dans le médiocre FANTÔMES EN FÊTE) ou plus encore un épisode de la QUATRIÈME DIMENSION, il va retrouver humilité et humanité. En glissant le DVD dans le lecteur, j’étais saisi de mille appréhensions : ma maison allait-elle imploser ? Mon chat allait-il me sauter à la gorge ? Allais-je être abducté par de belliqueux extra-terrestres ? Mais non, rien ne s’est passé : de deux choses l’une, soit une Entité Supérieure a décidé que j’étais enfin prêt à cette expérience, soit la malédiction était enfin levée.
Ah, oui, et le film dans tout ça ? Pas mauvais, même s’il est très nettement en-dessous des dithyrambes un peu grisées par l’enthousiasme qui allaient parfois jusqu’à me promettre une œuvre de la trempe de CITIZEN KANE, rien que ça. En réalité, le film d’Harold Ramis, porté par un casting parfait (quoique, Andie McDowell…) et par un scénario ingénieux qui, comme dans le meilleur de Joe Dante, parvient à explorer un sujet prometteur sous toutes ses coutures, n’est pas formidablement bien réalisé : la mise en scène est fonctionnelle, à la fois impersonnelle et efficace, illustre proprement mais sans imagination (visuellement parlant) un récit vraiment séduisant. C’est d’ailleurs plus sur le plateau que semblent s’être portés les efforts d’Harold Ramis : on devine un travail énorme dans la gestion des figurants, et bon nombre de séquences menées par un Bill Murray en grande forme relèvent presque de la chorégraphie, platement filmée mais franchement sympathique.
Harold Ramis persiste et signe dans le registre du cinéma dérivé de Frank Capra, souvent agrémenté d’une astuce d’ordre fantastique, mais il bénéficie ici d’un scénario plus solide, qui fait de UN JOUR SANS FIN son film le plus abouti – meilleur que MES DOUBLES, MA FEMME ET MOI, pas très convaincant, ou l’inégal ENDIABLÉ (dont les meilleurs segments ont été coupés au montage). Une bonne partie du charme de cette histoire réside du reste dans le mystère de cet argument fantastique, qui cette fois n’est jamais justifié ou explicité. Excellente comédie.
 
V comme… VELVET GOLDMINE, de Todd Haynes (Angleterre / USA, 1998)
Le meilleur film, et de très loin, de cette sélection dans l’ensemble assez faiblarde, est aussi le premier film de Todd Haynes qu’il m’a été donné l’occasion de voir – non pas par mauvaise volonté de ma part, mais simplement parce que ses films (POISON, SAFE) sont peu diffusés et assez difficiles à dépister. Et contrairement à LA BALLADE SAUVAGE qui, malgré sa rigueur – ou à cause d’elle ? – m’a assez déçu, l’effet piédestal ne joue pas ici en défaveur de ce film musical splendide, visuellement renversant et d’une densité assez folle.
Portrait d’une star du glam-rock de ses débuts à sa déchéance (pour faire simple et court, ce qui ne rend pas justice à la constante inventivité du scénario), VELVET GOLDMINE tourne résolument le dos aux clichés attendus sur un sujet pareil (vu quelques jours plus tard, HEDWIG AND THE ANGRY INCH a énormément souffert de la comparaison !), et ce dès son introduction fantastique, montrant un OVNI déposer un nourrisson devant la demeure des Wilde : Oscar Wilde, dont l’esprit et les mots vont constamment colorer le récit, vient donc d’une autre planète, idée saugrenue et poétique, pourtant très incarnée. Le médaillon accroché à sa layette va par la suite être perdu, retrouvé, volé, offert, passant de main en main, don ou malédiction marquant son possesseur d’une singularité qui le porte et le marginalise, lui procure célébrité et solitude.
Que le film s’inspire en partie de la carrière de David Bowie et de ses relations avec Iggy Pop n’a au fond pas la moindre importance. Dans sa construction complexe et déstructurée en saynètes crues, violentes, érotiques, drôles, touchantes, dans sa frénésie visuelle et thématique, VELVET GOLDMINE retrouve, pêle-mêle, l’originalité du cinéma de Spike Lee ou de Jane Campion, de même qu’il évoque souvent – en soutenant fièrement la comparaison – Brian de Palma (PHANTOM OF THE PARADISE) ou Ken Russell (TOMMY), notamment bien sûr dans son versant musical, passionnant, jamais monotone, où se succèdent concerts déliquescents ou scopitones contaminant la mise en scène par leur exubérance (pellicule brûlée, cadrages extravagants, cartons, direction artistique hallucinée). Le récit progresse toujours sur le fil du chaos, tenant miraculeusement debout en suivant la progression de l’enquête d’un journaliste (Christian Bale) lancé à la recherche du chanteur disparu après un revers de carrière spectaculaire, et qui va un à un interroger les membres de l’entourage personnel et professionnel de celui-ci (dont son ex-femme, excellente Toni Collette). Une structure narrative qui évoque sans doute CITIZEN KANE, mais plus encore un autre film d’Orson Welles, Mr ARKADIN, du fait de l’implication personnelle de l’enquêteur dans le cours des événements et dans l’aboutissement de son enquête, et parce que la figure recherchée, populaire et opaque, n’est pas morte. Juste invisible, introuvable, présente et absente à la fois. Je n’ai pas le souvenir d’avoir vu un film musical aussi intense, original, troublant et fascinant depuis une éternité.
 
W comme… WATCHERS II, de Thierry Notz (USA, 1990)
Je n’ai jamais vu le premier WATCHERS, petite série B de réputation recevable, adaptée d’un roman de Dean Koontz (écrivain que je conspue, mais on s’en fout un peu). Facile cependant d’ouvrir le feu avec cette séquelle qui semble ne reprendre aucun récit en cours, et qui démarre par la visite impromptue de deux agents fédéraux s’introduisant dans une pièce confidentielle d’un laboratoire expérimentant comme une bête sur des animaux – d’ailleurs, les fédéraux sont fraîchement accueillis par une jeune scientifique (je crois que nous tenons une héroïne) occupée à apprendre à lire à un labrador (je crois que nous tenons un héros). Car Médor est un chien suprêmement intelligent (manifestement plus que vous et moi), mais là n’est pas le problème, l’enjeu du film n’étant pas de montrer un chien ayant appris non seulement à aller chercher le journal sur le perron chaque matin, mais aussi à en faire la lecture pendant que les tartines grillent. Non, le problème, c’est que ce chien savant n’est que l’étape précédant une autre expérience similaire, visant à gonfler le QI d’un monstre denté et griffu qui ne fait d’ailleurs qu’une bouchée des deux agents. Lorsqu’il découvre les corps, le directeur du laboratoire donne l’alerte, tout en savourant une glace à l’eau (je ne galège pas, c’est à l’image). L’affaire est étouffée, mais la créature doit être détruite. Ne pouvant s’y résoudre, le directeur organise son évasion en ouvrant ses portes à un commando anti-vivisection, espérant naïvement pouvoir en garder le contrôle. Pour des raisons un peu confuses, le monstre et le chien sont liés par un contact télépathique, et le monstre veut absolument tuer le chien (ce n’est pourtant pas un fox-terrier).
Voilà pour les premières minutes de cette série B idiote, mais correctement troussée. WATCHERS II n’échappe cependant pas au ridicule, qui prend vite le dessus et tire le métrage vers les rives de l’invraisemblable cocasse. Matt « V » Singer, militaire en fuite car il est soupçonné des meurtres commis par la créature, adopte Médor, et découvre que le chien est intellectuellement supérieur en commandant des pizzas. « Aboie une fois pour oui et deux fois pour non » (tu aimes ce film ?) : Singer réalise alors que Médor ne veut pas d’une pizza à la banane flambée. Quelques séquences hilarantes viennent ainsi épicer le récit. J’apprécie tout particulièrement les scènes où le chien tape des messages au clavier d’un ordinateur : le labrador tient un crayon entre ses dents, et un assistant dissimulé par un cadrage serré lui appuie sur la tête (mais pas trop fort !) au-dessus du clavier – mais le meilleur, c’est quand, une fois son message museaugraphié est saisi, Médor roule des yeux effarés vers la caméra avec son crayon coincé dans la gueule. Ceci dit, la scène où Médor grimpe une échelle vaut son pesant de cacahuètes – trucage classique du mur horizontal, hélas l’illusion s’effondre dès que le chien se redresse ! Mais dans son genre, le monstre, entiché d’un nounours (il peut se glisser pacifiquement au milieu de clochards pour boire un coup, mais massacre tout le monde si on touche à son Paddington), n’est pas mal non plus. Bref, en tant que film d’épouvante, WATCHERS II est vraiment désastreux, mais il y a par ailleurs largement de quoi s’esclaffer, c’est toujours ça de pris.
 
X comme… X FILES : LE FILM, de Rob Bowman (Canada / USA, 1998)
Retour sur le long-métrage inspiré de la très populaire série créée par Chris Carter (création pas bien originale du reste, très largement inspirée de la série « The Night Stalker » initiée par Dan Curtis au début des années 70 – et dont l’interprète, Darren McGavin, est récemment décédé), apogée d’un programme qui semble avoir périclité par la suite. Je dis bien « semble », car j’avoue ne pas m’être plongé dans cette série dont les quelques épisodes visionnés m’ont franchement déplu : c’est un avis qui n’engage que moi et va sans doute en vexer certains, mais j’ai trouvé ce que j’ai vu assez terne, pas très bien réalisé, souvent mal interprété et reposant sur des scénarios quelconques moulinant en boucle une paranoïa de surface un peu facile et systématique. La façon dont l’engouement pour cette série s’est à l’époque souvent accompagnée de discussions sur la véracité des faits évoqués (conversations sur les « vrais dossiers », « courage » de Chris Carter de dévoiler la vérité) a suffi pour me détourner de X-FILES, même si je dois préciser que d’une façon générale, la majorité des séries TV me laisse de marbre (j’ai détesté LES 4400, par exemple).
Pourquoi alors tenter une revoyure de ce film déjà aperçu à l’époque sur Canal + ? (Ou : « si t’aimes pas ça, n’en dégoûte pas les autres ! »). D’une part parce que les films en X sont une denrée rare et que X-TRO reste pour le moment introuvable. D’autre part parce que le réalisateur Rob Bowman (dont il a ici été question pour ELEKTRA, que je n’ai pas vu) ne me paraît pas totalement incapable : j’ai plutôt aimé son curieux LE RÈGNE DU FEU, film soigné, original et bien moins bourrin que ce que laissait présager l’affiche de sa sortie en salles, une œuvre imparfaite, mais qui optait pour des choix relativement courageux, dont le moindre n’est pas d’avoir réduit le nombre et la présence à l’écran des dragons (images de synthèse raisonnées et peu démonstratives, parfois très belles) là où je m’attendais à une version reptilienne d’INDEPENDANCE DAY – détail amusant, dans X-FILES : LE FILM, David Duchovny pisse dans une ruelle sur l’affiche du film de Roland Emmerich, une forme de déclaration d’intention pas tout à fait infondée, puisque l’univers de X-FILES, malgré ses propres travers, choisit effectivement une approche plus mature de la science-fiction. Bref, bien qu’il n’ait pas de style personnel très défini, Bowman cherchait moins à en mettre plein la vue qu’à élaborer une mise en scène véritablement structurée, une atmosphère singulière, pari à moitié tenu, ce qui est déjà énorme pour un film jouxtant la laideur d’un DONJONS ET DRAGONS de piètre réputation.
On retrouve cet indéniable savoir-faire dans la mise en scène soignée de ce long-métrage pourtant inégal, qui crée la surprise en s’ouvrant sur un prologue préhistorique amusant mais un peu bancal, un peu cheap et pas vraiment nécessaire à un film déjà trop long. La suite s’avère plus intéressante et par moments plus convaincante, le film bénéficiant de quelques séquences de suspense (ou plus rarement d’action) fort bien réalisées, qui viennent régulièrement relancer l’intérêt d’un scénario dense mais hautement inégal et déséquilibré. Cinématographiquement parlant, la première partie du film, au cours de laquelle un médecin tente de convaincre Mulder-Duchovny de la réalité du complot étatique visant à étouffer une sombre affaire de parasites extra-terrestres, est très bavarde, plate et laborieuse, occupant tout de même près de 45 longues minutes avant que l’agent du FBI ne se décide à y croire et à réagir. Par ailleurs, les fréquentes allusions à la sœur abductée de Mulder, révélant sans doute quelques éléments inédits aux fans de la série, n’a pas la moindre utilité dans cette intrigue et ne présente donc pas l’ombre d’un intérêt pour celui qui n’a pas suivi X-FILES sur le petit écran. Séquences peut-être nécessaires pour maintenir un lien thématique et formel avec la série portée à l’écran, mais c’est sans doute là que ça coince en ce qui me concerne : ce qui m’a ennuyé sur le poste de télévision m’ennuie tout autant dans le long-métrage. J’ai par ailleurs un problème avec cette abeille mutante piquant l’agent Scully (Gillian Anderson, que je trouve assez fade) des heures et des heures après une visite périlleuse dans un laboratoire expérimentant sur les chieuses de miel, et à point nommé, juste quand elle s’apprêtait (pour la première fois manifestement) à embrasser Mulder (suspense et piaffements dans la salle) : cette abeille ex machina serait restée cachée dans le col de chemise de Gillian A. pendant des heures avant de se décider à user de son dard empoisonné ? Un peu dur à avaler.
Ceci dit, les amateurs y ont probablement trouvé leur compte, je suppose, et le film a ses moments, pas trop mal réalisé dans l’ensemble. Mais très honnêtement, je m’y ennuie assez : pour ma part, ce n’est vraiment pas mon truc et le classement des dossiers X sera vertical.
 
Y comme… Y A-T-IL UN FLIC POUR SAUVER L’HUMANITÉ ?, d’Allan A. Goldstein (Canada / Allemagne, 2000)
Emporté par la frénésie comique, l’éditeur minimaliste et fauché DVDY, partisan du moindre effort, se fend ici d’un petit gag pour faire passer sa page d’avertissements administratifs (qui a toujours le mérite d’être plus courte que cet insupportable clip « Pirater c’est du vol » qui contamine les DVD récents, et qui me donne une envie furieuse de passer à l’ADSL par simple esprit de contrariété). L’éditeur ne pousse pas l’enthousiasme jusqu’à proposer une piste sonore en version originale, ceci dit. Mais une VO ne relèverait pas un film pareil, de toute façon.
Le titre français de ce 2001 : A SPACE TRAVESTY en rajoute une couche dans la volonté des auteurs de cette comédie épouvantable de la faire passer pour un nouvel opus de la série des Zucker-Abrahams-Zucker, NAKED GUN (dont le premier long-métrage a été évoqué ici). Leslie Nielsen n’interprète plus le lieutenant Drebin, mais l’inspecteur Dix, et en dehors de la cruelle absence de drôlerie de cet étron filmique, c’est bien la seule différence tangible (les ZAZ n’ont pas porté plainte ?). Je ne vais pas m’étendre sur ce navet d’une indescriptible vulgarité, atrocement laid, monté avec les pieds et pas drôle du début à la fin (bruits de pets sur le générique, comme c’est impertinent). Ophélie Winter vient promener sa choucroute dans cette parodie poussive et nauséeuse, et pousse la chansonnette pop (popo, oui !) à l’occasion. À ce stade, le métrage est déjà devenu intolérable. Plus jamais ça, merci.
 
Z comme… ZONE PARALLÈLE, de Worth Keeter (USA, 1997)
Cet Abécédaire s’achève mollement avec une petite série B pas folichonne, interprétée par le never-been C. Thomas Howell (HITCHER), l’oublié Judge Reinhold (LE FLIC DE BEVERLY HILLS) et par Jennifer Rubin, bonne comédienne vue dans l’intéressant PLANÈTE HURLANTE, qui n’a jamais vraiment percé et s’est perdue dans les productions de seconde zone – elle n’est ici pas très à son avantage, et apparaît tristement bouffie et fatiguée.
Il est ici question d’un monde parallèle au nôtre, où un scientifique (Reinhold) cherche à entrer en contact avec nous. L’idée est que le passage peut être contrôlé par le biais d’une implication émotionnelle, ce qui est assez original, mais le développement tire d’emblée vers les rivages du film d’action pas très malin : le savant a l’idée brillante d’utiliser comme cobaye un dangereux criminel, sous prétexte qu’il est désespérément amoureux d’une morte dont le double (Jennifer Rubin) existe toujours dans notre dimension. Mais comme elle s’apprête à se marier, le tueur décide sans grande surprise d’échapper au contrôle du laboratoire, et surgit dans notre monde pour enlever la mariée en pleine église et en assassinant tous les invités et le marié (Howell) – heureusement qu’il ne débarque pas dans LE MARIAGE DE MA MEILLEURE AMIE, vous imaginez le boxon ? Bref, le savant se trouve soudain très con, et rejoint à son tour notre univers pour tenter de réparer les dégâts : il réanime le marié et, avant de trépasser, lui offre un bracelet d’immortalité qui lui permet de ressusciter sept fois. Et voilà notre marié lancé à la trousse du kidnappeur.
C’est donc du pur cinéma de série B, pas très inspiré cependant malgré quelques petits efforts, principalement portés sur les effets visuels. Montage, cadrage et musique transpirent la médiocrité. Le profil classique de ce genre de produit en somme. Le film s’enlise rapidement dans une interminable course poursuite en voiture (le record de William Friedkin est battu au chrono) avant de végéter dans sa dernière partie dans un huis clos mou du genou, le tout étant rythmé à coups de mort du marié / résurrection du marié. C’est un peu court (thématiquement parlant, hélas) et pas du tout mémorable.
 
C’est ainsi que s’achève une sélection un peu tiède, sensiblement plus faible que la moyenne. Beaucoup de mauvais films, plus encore de films plats, le menu n’aura pas été très affriolant cette fois-ci, et seul VELVET GOLDMINE aura vraiment suscité mon enthousiasme. C’est un très, très beau film, qui aurait de toute façon occupé le haut du classement, même s’il triomphe donc ici sans gloire. Je ne recommanderais au spectateur motivé que la vision des huit premiers titres du classement, le reste étant d’un intérêt bien plus modéré – même si, comme toujours et dans le registre du second degré, WATCHERS II ou L’ÎLE DE L’ANGOISSE peuvent vous faire passer un moment agréable, de préférence en groupe. Vous remarquerez par ailleurs la bonne place occupée ici par LA BALLADE SAUVAGE, envers lequel je n’ai pourtant pas été très tendre : j’ai beau ne pas vraiment aimer ce film, je ne peux pas lui enlever ses qualités formelles et l’intérêt de sa démarche. Même si j’ai pris infiniment plus de plaisir devant l’étrange HISTOIRE D’O ou le passionnant TRICHEURS, le film de Terrence Malick est tout simplement plus riche et maîtrisé.
Mais la bonne nouvelle dans tout ça, c’est que je vous promets un prochain Abécédaire – déjà visionné dans son intégralité, j’ai du pain sur la planche – nettement plus riche, une sélection de bonne qualité, qui aura démarré en fanfare avec six très bons films d’affilée, ce qui est rare.
 
VELVET GOLDMINE
LUNES DE FIEL
LA BALLADE SAUVAGE
L’EMPRISE
TRICHEURS
UN JOUR SANS FIN
HISTOIRE D’O
LE CROCODILE DE LA MORT
KAOS 2
LA MUTANTE II
X FILES
LE RIDEAU FINAL
THE GLADIATOR
DANTE’S VIEW
L’AUTRE ENFER
SAW
WATCHERS II
L’OUBLIÉ
ZONE PARALLÈLE
JOHNNY MNEMONIC
POWER RANGERS : LE FILM
L’ÎLE DE L’ANGOISSE
LA NUIT DU CHASSEUR
Y A-T-IL UN FLIC POUR SAUVER L’HUMANITÉ ?
 
Et la traditionnelle bande-annonce du prochain épisode, de qualité donc, se doit de vous faire saliver. Qu’y croiserons-nous ? Terrorisme audiovisuel, nécrophile romantique, invasion de robots géants, fessées administrées devant le cinématographe, magret de serial-killer, Hollywood détraqué, androïde chercheur d’or, vedette transsexuelle, fellation dans les toilettes d’un bar, sordide bal de fin d’année, télé-réalité déviante, femme vampire sur une plage, pistolet légendaire, bossu éconduit, enterrée vivante, locataire démembré au fond du bois, nazisme sur patins à roulettes, atavisme surnaturel, panne de marée, trisomique cinéphile, vampires orientaux, ouija mortifère.
 
Et dans quelques heures, au moment où j’écris ces lignes, le verdict cannois : je me contrefous du palmarès, presque toujours sans intérêt, mais la cérémonie est souvent un très bon moment à passer.
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Mr President, who has won la première place de l'Abécédaire n°6 ?

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Mercredi 31 mai 2006

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We are the winners (Lordi)
Elle se sera fait attendre, cette seconde partie : il faut dire qu’il m’a été donné de recevoir, ces derniers temps, ce qui a à la fois suspendu momentanément le visionnage alphabétique et en a ralenti la rédaction. Quinze jours de suspense pour un Abécédaire à vrai dire un peu terne dans l’ensemble, ce qui, je l’espère, n’en rendra pas la lecture de ce compte-rendu moins intéressante. Bien sûr, l’événement cinématographique (?), c’est l’achèvement du festival de Cannes. Mais la cérémonie de clôture n’a pas encore eu lieu à l’heure où je vous parle, et je reste donc sur le souvenir du concours de l’Eurovision diffusé la semaine dernière, l’une de mes rares entorses télévisuelles.
Je passe toujours un assez bon moment devant ce spectacle anachronique et aimablement ringard, et ce malgré les commentaires français en off, stupides et purement parasites. Froides salutations à Michel Drucker, incarnation de ce que la gentillesse peut avoir de sinistre, et à l’illustre inconnu qui lui renvoyait la balle – leur déconvenue lors du couronnement des hard-rockeurs finlandais (« Hard Rock Hallelujah » !!!) qu’ils voyaient bons perdants était du miel pour mes oreilles. Pour votre gouverne, ma préférence allait cette année aux Lithuaniens, brochette de mines masculines assez improbables entonnant avec une belle conviction un « We are the winners of Eurovision » délicieusement vulgaire. Mes favoris ne sont arrivés que cinquièmes, ce qui n’est pas si mal, mais je suis tout de même très satisfait : les finlandais, grimés comme des Klingons de l’Enfer, étaient mon second choix, et je garde à l’esprit l’image saugrenue de ce monstre patibulaire se voyant remettre par l’animatrice grecque un somptueux bouquet de fleurs. Pensée émue pour Virginie Pouchain, qui, avec un nom pareil, aurait pu taper dans la farce façon « Papa Pingouin », mais qui est arrivée avant-avant dernière, classement mérité pour une chanson plate, pas très bien interprétée et consternante de nullité, malgré tout vaillamment défendue par le père Drucker en plein élan, typiquement « eurovisionnien », de chauvinisme gras et forcené. Tout cela est copieusement artificiel, filandreux, naïf, grotesque et fort long, mais, allez savoir pourquoi, l’exégète du groupe ABBA que je suis passe toujours un très, très bon moment devant cette école des fans pubère et sans frontières. Mais revenons à nos moutons avec un film qui ne dépare pas trop avec le strass, les paillettes et le champagne, un film en I comme…
 
L’ÎLE DE L’ANGOISSE, de William Riead (USA, 2001)
Après les gosses de riches et leur week-end dans la demeure familiâââle de l’assommant PETIT MASSACRE ENTRE AMIS, voici le fruit de ce qui pourrait être l’accouplement de LIAISON FATALE et d’un roman Harlequin. Catherine Gaits (Olivia Hussey, à gifler) et son richissime époux Parker sont partis sur une île s’acheter un yacht, mais quelques heures avant la transaction, Parker est appelé d’urgence dans sa clinique de Santa Barbara. Catherine doit donc rester sur place et se charger de l’acquisition – mais qu’elle ne s’inquiète pas : « je vous laisse l’hélicoptère, ma chérie, vous serez rentrée à temps pour le gala de charité ! » Catherine fait connaissance avec le vendeur de yachts, un bel homme romantique qui lui sert une coupe de champagne qu’elle commet l’erreur fatale de boire : elle ne résiste pas longtemps à son charme, d’autant plus que, déloyal, il a mis en fond sonore une sirupeuse soupe à la Richard Clayderman (« C’est du David Benoît ? » - « Oui, son dernier album, c’est si beau ! » « Oh oui, c’est magnifique, ça donne à méditer… »). Extrait de dialogue avant la faute de Madame :
Lui : « Je peux vous poser une question personnelle ?
Elle : Oui, d’accord, à condition que ce soit très personnel.
Lui : D’accord. Ce sera tout ce qu’il y a de plus personnel. Entre vous deux, c’est comment ?
Elle : Ça, c’est un peu trop personnel. »
Elle perd son élégance, la duchesse, et accepte une petite saillie entre amis. Personnellement, je ne connais personne dans mon entourage qui puisse ainsi sauter de l’hélicoptère dans la décapotable pour se rendre au club faire du cheval, non sans avoir donné des instructions aux domestiques pour qu’ils n’oublient pas de joindre monsieur son mari au golf avant son départ : il faut absolument faire nettoyer la piscine. Leur vie est-elle à ce point inepte ? Ce thriller à l’eau de rose, où l’harmonie d’un couple friqué, épris et distingué est menacée par l’amant de madame, un vulgaire parvenu qui tire son apparat chic de l’assurance vie de son ex-femme, est d’une bêtise nunuche et arrogante à se pendre et ferait passer LES NUITS AVEC MON ENNEMI pour du Cassavetes, quoi qu’il puisse être assez drôle au 36e degré – personnellement, j’aurais choisi pour slogan sur l’affiche : « Pas besoin d’un yacht pour venir mouiller sur cette île ! »
 
J comme… JOHNNY MNEMONIC, de Robert Longo (Canada / USA, 1995)
L’univers cyber de William Gibson trouve ici une illustration assez désastreuse, malgré les promesses d’un récit au potentiel relativement intéressant – dans un avenir proche, et alors que la planète est ravagée par un virus mystérieux, l’information, le communication sont quasiment devenues une nouvelle forme de religion. Johnny Mnemonic travaille comme un livreur de pizza, à ceci près que ce sont des informations qu’il livre, stockées dans son cerveau et protégées par des codes qui lui bloquent l’accès à sa propre mémoire. Et, je vous le donne dans le mille, il est un jour chargé de transmettre une information capitale (qui concernerait un certain virus que je connais que ça ne m’étonnerais pas), et se retrouve poursuivi par des tueurs qui veulent sa tête (littéralement), alors que l’horloge tourne : son cerveau est saturé, et il risque la mort s’il ne met pas la main sur les codes lui permettant d’extraire les documents stockés. Cyber, donc, pour un film qui traîne une réputation plutôt tiède, et pour cause…
Le casting est probablement le meilleur (ou le seul) atout du métrage, bien qu’il soit mené par un Keanu Reeves exécrable, en pleine répétition avant la générale de MATRIX, qui m’a paru ici tout particulièrement mauvais. On croise ainsi Udo Kier (qui a parfois l’air d’être absolument partout) en patron de Keanu qui règne en grande follasse sur un night-club à thème (je dirais, Starmania, à tout hasard), Barbara Sukowa (EUROPA) en Ghost in the Shell, le sympathique Dolph Lundgren en roue libre dans le rôle d’une espèce de Prêtre Fanatique Serial Killer Raspoutine, conception totalement idiote qui a le mérite d’être spectaculaire, Ice-T en leader rebelle ou Takeshi Kitano en yakusa mélancolique, comme c’est original.
Pour le reste, en dehors de quelques idées cocasses (dont la découverte du pirate informatique le plus doué de la planète – un dauphin !), le film est résolument creux et superficiel dans son approche des thèmes (si peu) développés, mais il est tout aussi indigent en tant que divertissement pur : clinquant d’une direction artistique douteuse, apogée du récit sous forme de dernier quart d’heure indescriptiblement hideux qui donnerait la nostalgie des effets visuels du COBAYE (mais si la technique a évolué et n’a plus cet aspect cheap aujourd’hui, ce type de séquences n’a pourtant pas évolué d’un pouce en termes de non-mise en scène), incompétence d’une mise en scène médiocre ne parvenant jamais à générer une once de rythme ou d’atmosphère, avec une séquence dans un hôpital clandestin où Johnny découvre le pot aux roses, subitement saisie d’agitation, avec un dialogue filmé à grands coups de mouvements de caméra circulaires (Russell Mulcahy est venu faire un tour sur le plateau ?). Très, très mauvais film.
 
K comme… KAOS II, de Paolo et Vittorio Taviani (Italie, 1998)
Après mon premier Terrence Malick (LA BALLADE SAUVAGE), voici mon premier frères Taviani. Les grands noms n’ont décidément pas de chance, je ne peux pas dire que ce film m’aura vraiment bouleversé non plus. En VO intitulé TU RIDI, le film devient en France KAOS II, en référence au KAOS de 1984, déjà adapté de nouvelles de Pirandello. C’est donc un film scindé en deux segments différents, « Felice » et « Deux enlèvements », qui n’entretiennent aucun rapport mais sont d’un niveau égal.
Le premier segment est une farce cruelle, racontant les déboires d’un chanteur d’opéra raté passé dans les coulisses pour devenir comptable. Une vie amère, sinistre, face à un collègue et ami handicapé, martyrisé et humilié par ses supérieurs. Pourtant, quand la nuit tombe, le comptable est hilare dans son sommeil, ce qui trouble sa compagne au point qu’elle décide de le quitter. Il ne comprend absolument pas la cause de ce rire franc, jusqu’au jour où son collègue se suicide… Le second segment met en parallèle deux enlèvements : celui d’un enfant de nos jours, et un autre enlèvement un siècle auparavant : deux enlèvements aux motivations évasives et aux dénouements radicalement opposés.
Résultat inégal. Si quelques plans séquences complexes font parfois penser à Argento (notamment dans l’opéra), le film est dans l’ensemble cadré très sagement, avec une prédilection pour les plans larges et fixes, pour l’observation neutre, parfois teintée d’ironie. S’appuyant constamment sur un climat lourd et légèrement onirique, la mise en scène est plate, sèche et rectiligne, comme pour valoriser par effet de contraste le surgissement de plans soudain très démonstratifs (premier plan de la scène onirique sous l’arbre, plan effectuant une lente rotation à 360°) – ce qui ne fonctionne malheureusement pas toujours. J’ai bien peur que les qualités premières du film soient au fond très littéraires : malgré quelques belles séquences et un ton décalé souvent séduisant, la sobriété de l’ensemble frôlant de beaucoup trop près une afféterie assez poussiéreuse, un manque de point de vue qui se fait particulièrement ressentir dans les conclusions des deux segments (rêves d’opéra du comptable visualisés par un effet de montage alterné très conventionnel, ambiguïté creuse du plan final de « Felice », sérieux tassement visuel après la conclusion de l’enlèvement contemporain). À la fois sensible et formaliste, intelligent et vieillot, KAOS II vaut néanmoins le coup d’œil.
 
L comme… LUNES DE FIEL, de Roman Polanski (France / Angleterre, 1992)
Nouveau retour sur Polanski après son extraordinaire LOCATAIRE, pour un film reçu fraîchement par la critique lors de sa sortie en salles, adapté d’un roman de Pascal Bruckner – un auteur que je n’apprécie pas, mais qu’importe : un film est un film. Et celui-ci en rajoute une couche dans le registre du sado-masochisme, déjà abordé dans cet Abécédaire via l’intéressant HISTOIRE D’O, mais sur un registre narratif et esthétique radicalement différent, à la fois plus extrême dans ses enjeux et moins raffiné dans ses manifestations, Polanski ne cherchant jamais à composer de belles images type papier glacé (comme celles d’un BASIC INSTINCT résolument anti-érotique à mes yeux), et assumant pleinement les débordements grotesques et la vulgarité des jeux sexuels du couple au centre du récit (cuissardes et maquillage de pute morte, homme déguisé en cochon…). Une vulgarité également présente dans un dispositif de « placement produit » éhonté (Contrex, confiture Bonne Maman, et surtout 36 15 : Ulla !).
Le casting du film n’aurait pas pu être mieux conçu : c’est sur un cargo parti en croisière qu’un couple de jeunes mariés un peu naïfs (Hugh Grant et Christine Scott-Thomas) rencontre un autre couple aux relations opaques (Peter Coyote et Emmanuelle Seigner). Cloué à une chaise roulante, Peter Coyote entreprend de raconter à un Hugh Grant perplexe, qui ne cracherait manifestement pas sur un petit adultère « hygiénique », le récit de sa relation avec Emmanuelle Seigner, et le glissement progressif de la passion idéaliste à la lassitude, de la lassitude au mépris et à l’humiliation, brièvement oubliés dans l’intensification des jeux érotiques, de plus en plus pervers, jusqu’à ce que le point de non-retour ne soit franchi. Et alors que progresse le récit, les relations entre les deux couples deviennent de plus en plus complexes. Bref, la croisière s’abuse.
Le film est admirablement bien réalisé, s’engouffrant, dès son générique (la mer et la révélation du hublot derrière lequel elle s’agite), dans une reprise quasi permanente de l’image de la paroi, du reflet (fenêtres du studio parisien de Peter Coyote, vitres d’un bus, écran d’ordinateur, vitrine d’un magasin, jusqu’au premier rendez-vous du couple Coyote-Seigner durant lequel Emmanuelle se met à imiter les gestes de Peter comme face à un miroir). Avec, bien sûr, une progression narrative nous entraînant en cours de métrage à un renversement spectaculaire du point de vue, alors que le récit semble opter pour une lente et cruelle vengeance, qui n’est au fond qu’un nouveau jeu de l’humiliation où les rôles se sont inversés sans réellement rompre avec l’interdépendance mortifère. Vases communicants dont l’étape suivante semble avoir pour objet le couple en apparence uni et propre sur lui, mais avec des enjeux souterrains plus complexes, plus mystérieux que ceux auquel on a fréquemment été confronté dans la vogue éphémère des thrillers érotiques du début des années 90. Bien qu’ayant émergé dans cette veine, LUNES DE FIEL nage à contre-courant et s’impose, par son élégance, sa crudité et son énergie comme le meilleur film du lot, et comme l’un des derniers très grands films de son auteur.
 
M comme… LA MUTANTE II, de Peter Medak (USA, 1998)
Plutôt piteuse, cette série des MUTANTE. Petite série B inoffensive, moyennement distrayante et sans grand intérêt, le premier opus n’avait pour atout que les effets spéciaux conçus par H.R.Giger (pas très bien mis en valeur par la mise en scène strictement fonctionnelle de Roger Donaldson) et un vague alibi sexy, occasion d’admirer la plastique de la très belle Natasha Henstridge (GHOSTS OF MARS), comédienne sans doute pas fabuleuse, mais attachante et bénéficiant à l’image d’une belle présence qui n’est pas due qu’à ses mensurations. Et au regard de la médiocrité de LA MUTANTE III, si vous ne devez en voir qu’un, c’est cette première suite que je vous conseille, d’autant plus que, surprise, le film est réalisé par le bon Peter Medak (L’ENFANT DU DIABLE, ROMEO IS BLEEDING). Peter Medak avoue s’obliger régulièrement à accepter des films de commande « pour garder les pieds sur terre », et effectue ici un travail honnête, en imposant d’emblée le choix de lever le pied sur les effets en images de synthèse, option intéressante qui confère à son film un aspect plus viscéral (et moins laid !) que ce qu’on peut croiser dans les deux œuvrettes qui le prennent en sandwich.
L’argument de départ (de retour d’une mission sur Mars, un des cosmonautes ramène avec lui un organisme extra-terrestre qui va provoquer sa mutation) évoque beaucoup LE MONSTRE, premier film de la série anglaise des « Quatermass », ce qui permet, en faisant de l’homme contaminé le fils d’un influent sénateur, d’introduire un sous-texte social et politique amusant, bien qu’il ne soit jamais très approfondi. Natasha Henstridge revient quant à elle sous la forme d’Eve, clone de la Sil du premier film, isolée de toute présence masculine afin d’éviter qu’elle ne développe le même instinct de reproduction qui avait fait des ravages avec sa sœur génétique : résultat, elle ne devient pas lesbienne, mais juste moins agressive, plus en phase avec la partie humaine de sa psyché, dirait le magazine Femme Actuelle.
Un bon film de série B, sans plus, il faut bien l’avouer, mais réalisé avec un certain talent, et surtout dans une approche un peu moins formatée qui permet des séquences gore un peu plus généreuses et un traitement de l’érotisme nettement plus riche, où les audaces ne naissent pas de simples scènes de coucherie / métamorphose comme dans le premier épisode, très limité. Medak introduit même quelques éléments assez corrosifs (dont une scène où le jeune homme contaminé cède aux avances de deux sœurs, ou une rencontre impromptue de celui-ci avec un transsexuel, séquence coupée au montage), et une avalanche d’effets et de plans hautement suggestifs, l’aspect graphique extrême étant à peine atténué par les effets spéciaux qui leur servent de couvertures (langue fouineuse d’Eve, créature étouffée par une fellation mortelle), jusqu’à un dénouement a priori stupide, mais très bizarre et toujours inscrit dans un double langage visuel extrêmement allusif, vulgaire et assez drôle. Je ne cracherai pas le morceau, mais posez-vous tout de même la question : pourquoi Peter Medak nous fait-il le coup du chat qui surgit pour nous faire sursauter à l’intérieur d’une ambulance ? Malin.
 
N comme… LA NUIT DU CHASSEUR, de David Greene (USA, 1991)
Oui, alors, voyez-vous cette NUIT DU CHASSEUR est un très grand classique que tout un chacun se doit d’avoir vu au moins une fois dans sa vie, ne serait-ce que pour apprécier la performance stupéfiante, dans le rôle du pasteur meurtrier, de l’extraordinaire… Richard Chamberlain ???
Car c’est bien du remake télévisé qu’il est question aujourd’hui – oh, quelle bonne idée ! Ou peut-être devrait-on dire, pour être plus juste, qu’il s’agit d’une nouvelle adaptation du roman de Davis Grubb, déjà adapté en 1955 par Charles Laughton, un merveilleux mélange de genres assez avant-gardiste dont l’insuccès a mis un terme à la carrière de réalisateur de Laughton, dont c’est malheureusement le seul long-métrage. Inutile de préciser que cette version de David Greene ne souffre pas la comparaison – elle a déjà bien du mal à supporter une seule vision, pour tout dire. On connaît déjà l’histoire (ou alors on stoppe tout de suite la lecture de cet article pour aller faire l’acquisition du film de Laughton) : pauvreté, papa braqueur condamné, enfants laissés sous la responsabilité de leur mère, à qui ils ne confient pas leur gros secret : papa leur a confié le pactole. Mais un pasteur meurtrier ayant croisé papa à la prison se met en tête de faire ce qu’il fait le mieux : séduire la veuve et la trucider pour filer avec sa fortune.
Le contexte est actualisé, pour le pire : « Dès que papa aura trouvé du travail, promet son jeune fils à sa petite sœur (atrocement doublée en VF, mais elle m’a l’air assez tarte de toute façon), il nous achètera des baskets et on ira au Mac Donald. » Youpi. Mais papa passe l’arme à gauche, non pas parce qu’il est condamné à la peine de mort (ce serait trop cruel), mais parce qu’il est assassiné par le vilain pasteur, campé en roue libre par le cardinal de Bricassard en personne, le bon Richard Chamberlain (LA DERNIERE VAGUE) ici mauvais comme un cochon et dont personne ne semble l’avoir prévenu qu’il ne jouait pas dans un Fu Manchu. Ce qui donne d’emblée du personnage une vision purement machiavélique, totalement simpliste, illustrant un anti-cléricalisme au tout premier degré assez crétin. Exit la sexualité réprimée, Harry Powell n’est ici qu’un fourbe tueur obsédé par l’argent. Quant à la pauvre maman, elle est interprétée par Diana Scarwid (excellente dans PSYCHOSE III et ici vraiment cruche), et travaille durement dans une usine de rembourrage de poupées, ce qui fera ricaner les amateurs du film de 1955.
La transposition de larges pans de dialogues extraits du film original est résolument désastreuse, et le film est d’une platitude que viennent relever, au 36e degré, des passages foncièrement ridicules (dont une hilarante séquence située dans une église pas très catholique où l’on chante et on danse en se brandissant des serpents) et une conclusion où Chamberlain se prend soudain pour Jason Voorhees et surgit du lac pour une grotesque dernière frayeur. Seule véritable initiative des scénaristes : le dernier acte du récit (la fuite en barque et la rencontre avec la sévère et bienveillante fermière autrefois superbement interprétée par Lillian Gish) est tout simplement escamoté, ce qui prive le récit de toute substance ou du moindre intérêt. On touche le fond…
 
O comme… L’OUBLIÉ, de Phillip Badger (USA, 1990)
… et ça donne du courage pour embrayer sur cette obscure série B, qui pourra difficilement faire pire. Je note que, comme BELIEVE, ce film est retitré dans son générique francisé « Fantômes d’amour », titre qui semble décidément frapper l’imagination des distributeurs, à défaut de la stimuler. Le sujet du film rappelle un peu celui de L’ENFANT DU DIABLE : Bob (Terry « Stepfather » O’Quinn) est un écrivain mortifié après le décès de son épouse ; il quitte sa région pour se changer les idées et s’installe dans une maison qui va vite s’avérer hantée par la présence d’une femme assassinée qui prend Bob pour son amant.
Film fauché mais qui fait de petits efforts de cadrage et de photographie dans un ensemble pas trop formaté, bénéficiant d’un ton insolite, où les manifestations du fantôme sont sèches, sobres, étranges, surgissant dans un quotidien très banal. Mais le film s’enlise vite dans une démarche d’un classicisme assez poussiéreux, et tout ça est plutôt mal écrit (pourquoi, quand il découvre derrière un mur le cadavre de la femme jadis assassinée, le héros s’empresse-t-il de l’enterrer en cachette ?). Non pas que les classiques histoires de fantômes soient trop galvaudées pour pouvoir encore séduire, mais il faut alors une mise en scène irréprochable et un scénario extrêmement rigoureux, ce qui est loin d’être le cas ici. Le film, générant bien plus souvent de l’indifférence que de l’amusement, de la peur ou une émotion pourtant très recherchée, est au bout du compte parfaitement oubliable, sans faire de mauvais jeu de mot (ce n’est pas mon genre).
 
P comme… POWER RANGERS : LE FILM, de Bryan Spicer (USA / Japon, 1995)
Je n’ai jamais vu un seul épisode de la série POWER RANGERS, dont je sais juste qu’il s’agit d’un produit bâtard visant à américaniser une série japonaise en remplaçant le casting japonais par des acteurs ricains, et en n’utilisant que les séquences d’action originales, insérées à la va que je te pousse dans le montage – mais avec le succès rencontré, les stock-shots se sont asséchés, et la production japonaise a fini par tourner spécialement des séquences pour la série américaine. Mouais. Tout ça ne vaut pas SAN KU KAÏ, à mon humble avis.
Ce premier long-métrage des Power Rangers est donc aussi leur première aventure à n’utiliser que du matériau « pur », ce qui n’empêche pas le métrage de baigner dans un foutoir relatif, hélas pas aussi chaotique que ce que les premières minutes (les Power Rangers sautent en parachute et atterrissent en roller, tiens, j’ai envie d’un chewing-gum) laissaient espérer. Le film est relativement luxueux, coloré, joyeux et débile, accumulant les effets spéciaux rétro volontairement kitsch et les méchants d’opérette. La direction artistique évoque souvent des perles du 7e Art comme LES MAÎTRES DE L’UNIVERS, dont ce film retrouve aussi le rythme un peu assommant et l’écriture foncièrement linéaire. Il ne reste à vrai dire plus grand chose des séries japonaises dont cet univers très formaté s’est inspiré : l’humour est davantage porté sur des effets pseudo-cartoonesques, la technique est nettement plus démonstrative, les acteurs sont nuls d’une façon différente, bien plus tiède, et le tout est noyé dans une musique orchestrale pompière et passablement futile. Bref, je n’en ferai pas mon quatre heures, même si je me prends à rêver à un cross-over intitulé Walker Texas Power Ranger.
 
R comme… LE RIDEAU FINAL, de Patrick Harkins (Angleterre / USA, 2002)
Nous passons maintenant à une petite comédie noire anglaise sur les milieux frelatés de la télévision, film qui n’a semble-t-il convaincu personne puisqu’il n’a pour finir pas été distribué. Peter O’Toole est l’animateur vedette d’un jeu genre « Une famille en or », personnage cynique et assez odieux qui décide d’embaucher un nègre (littéralement puisque son interprète, excellent Adrian Lester, est noir) pour écrire sa biographie après avoir appris qu’il était atteint d’un cancer incurable. En côtoyant Peter O’Toole, Adrian Lester découvre un univers vénal et assez malsain au sein duquel son employeur livre une guerre sans merci à un jeune loup sur le point de l’envoyer à la retraite, Aidan Gillen, lui-même animateur d’un jeu télévisé nettement plus trash.
Film platement réalisé, qui s’enferme un peu trop vite dans un imbroglio familial dissimulant une sombre histoire de vengeance. Un peu gratuit, très fabriqué, le film se regarde néanmoins avec un relatif plaisir, ne serait-ce que parce qu’il s’adonne complaisamment à une véritable méchanceté, d’une cruauté extrême, ce qui n’a certainement pas contribué à le rendre populaire : pas question d’adoucir le propos dans la dernière ligne droite ou d’aboutir à une morale instaurant un ordre dans ce chaos trempé dans l’amertume la plus noire. LE RIDEAU FINAL est plus cynique qu’ironique, c’est d’ailleurs sa limite (en plus de ses qualités plastiques très modestes), mais il a en tout cas le mérite d’aller au bout de sa démarche destructive, salissante et assez inconfortable, qui pousse parfois le bouchon assez loin. Et comme le casting est solide (avec notamment la sympathique Julia Sawalha, fille de Jennifer Saunders dans ABSOLUTELY FABULOUS), le moment passe aimablement. Sans plus.
 
S comme… SAW, de James Wan (USA, 2004)
La révélation, le renouveau de l’horreur, l’un des meilleurs films du genre en 2004… Ça ??? Je vais avoir du mal à prendre des gants avec une oeuvre aussi exécrable, et je pense qu’il faut vraiment avoir de la crotte dans les yeux pour apprécier un film aussi lamentable, tant sur le plan de l’écriture que sur celui de la mise en scène.
Bon, d’accord, le Dr Devo m’avait prévenu, mais je trouve toujours utile d’aller vérifier sur pièce, ne serait-ce que parce que je ne partage pas toujours son point de vue – CREEP, par exemple, me paraît plus quelconque que vraiment mauvais, et j’ai même assez apprécié LA MAISON DE CIRE dont je n’attendais rien, même s’il y a de sérieux bémols à émettre, nous sommes bien d’accord. Mais SAW, pour le coup, me semble relever de ce que j’ai vu de pire dans le genre ces dernières années – et sans commune mesure avec l’intéressant CURSED presque unanimement conspué à sa sortie en salles. J’en devine qui doivent sortir les armes en lisant ces lignes – je m’explique.
Elle est bien mignonne, cette situation de départ (et d’arrivée, mais je ne le savais pas encore), même si elle fleure le recyclage peu inspiré du CUBE de Vincenzo Natali. Huis clos infernal dont on imagine mal une porte de sortie, un petit challenge de mise en scène que James Wan va prestement esquiver. Très vite, le film révèle sa structure à tiroirs, où les questionnements des deux prisonniers, la découverte progressive de la nature du piège qui s’est refermé sur eux, vont être constamment saucissonnées de flash back, essentiellement organisés autour de l’enquête menée par Danny Glover sur le tueur en série dont les deux héros sont les prochaines victimes. Pas l’ombre d’une complexité narrative cependant, et ce fonctionnement on/off du huis clos, une fois amorcé, ne se risquera à aucun moment à quitter ce chemin tracé et rectiligne. Le problème étant que l’enquête en question est d’une affligeante banalité, que son morcellement ne parvient pas à dissimuler, empêtrant le récit dans un bout à bout de séquences souvent inutiles, guère mises en valeur par un montage maladroit et laborieux, qui finit par nourrir un ennui insondable. Le scénario est plus que bancal : il donne la très nette impression d’un court-métrage (à chute, naturellement) artificiellement gonflé d’à-côtés pour arriver en soufflant et en transpirant jusqu’à la durée d’un long-métrage, ce qui est perceptible dès le premier quart d’heure. Le résultat est filandreux, poussif et pénible, échouant à déstabiliser son spectateur, à le perdre. Un semblant de structure qui finit par n’être qu’un montage alterné d’une heure et demie. C’est long. À ce problème d’écriture, on peut ajouter d’autres défauts : la chute est affreusement prévisible, et le fameux compte à rebours auquel sont soumis les deux personnages principaux, annoncé en fanfare, est par la suite quasiment inexploité.
Autre problème majeur : l’interprétation. Si je suis très content de retrouver (dans un tout petit rôle) l’actrice Shawnee Smith (héroïne du BLOB !), je suis nettement plus perplexe face au manque d’envergure dont fait ici preuve Danny Glover, qui ne dégage rien et semble, comme moi, s’ennuyer ferme. Mais ce sont les rôles principaux qui pèchent, en particulier Cary Elwes. Je me demandais parfois ce qu’il était devenu après le joli PRINCESS BRIDE. Il suffit de voir la nullité de son interprétation dans SAW pour comprendre les raisons pour lesquelles il s’est vite fait rare sur les écrans. Extrêmement embarrassant pour un personnage central au sein d’un huis clos, vous en conviendrez.

Cerise sur l’étron, la mise en scène est d’une laideur soutenue. Plats tunnels de champs/contrechamps, gestion répétitive de l’espace dans la partie en huis clos, monocorde et pas claustrophobe pour un sou, travail sur le son quasi inexistant, cadrages souvent hideux, et pour parfaire le tableau, on essaie une fois de plus de faire style et de rompre avec la monotonie du storyboard studieusement transposé à l’écran en agitant sa caméra à peu près n’importe comment (poursuite en voiture) ou surtout, puisque l’effet, ringard au possible, est répété jusqu’à plus soif, en accélérant l’image – encore une idée brillante pour mettre en valeur le compte à rebours auquel sont soumises les victimes des flash back, en les faisant se déplacer comme dans un sketch de Benny Hill. Une cuillérée d’adrénaline dans un bol de verveine, tu parles d’un style !

Des difficultés techniques ont rendu la publication de cet article très laborieuse et m'obligent donc à scinder la seconde partie en deux : il y aura donc, exceptionnellement, une troisième partie, et cette fois-ci, elle ne se fera pas attendre 15 jours ! Pour accéder à la première partie, cliquez ici ; pour accéder à la troisième partie, cliquez ici !

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Mardi 30 mai 2006

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(Photo : "On peut rêver..." par Dr Devo)



Hello les Cow-Boys, Hello les Squaws,
Lors de ma récente et courte visite dans le Far-West, j'ai eu l'occasion, comme vous le savez, de visiter le joli ranch du Marquis, ranch disposant de tout le confort moderne, et notamment un écran télé et un lecteur DVD, ce qui nous a permis de voir moult petites choses assez gouleyantes que, faute de temps, j'ai dû passer sous silence. C'est pourquoi il a fallu créer ce nouvel article, ce Zédécédaire, afin de vous donner un aperçu très bref de ces visionnages hautement intéressants. Vous allez voir, ce n'est pas triste. J'ai donc mis mon costume de super-héros (un ensemble de garçon vacher), me suis drapé dans mon identité secrète, mon nom d'alias dans Hollywood désert (Bill Yeleuze, donc), et m'apprête à vous livrer mon petit compte-rendu. Je traiterai ici des films vus à cette occasion, non pas dans l'ordre de visionnage mais dans l'ordre alphabétique inverse des titres !
 
On commence par VOUS AIMEZ HITCHCOCK ? de Dario Argento (Italie, 2006), réalisé pour la télé italienne, et dont le Marquis avait déjà parlé (ici). Il serait assez malhonnête de dire que je n’attendais pas de voir ce film, le père Argento étant très en forme (si tant est qu’il ait eu des baisses de régime, ce qui est loin d’être prouvé !), même dans les commandes, ce qui est ici le cas. Le film narre les aventures d’un étudiant en cinéma qui, de sa fenêtre, a une vue plongeante sur l’appartement sublime de ses voisines, à savoir une mère et sa fille. Cette dernière, une espèce de mannequin des plus "canon", n’est pas farouche pour un sou, et le soir venu notre héros, un peu grand dadais, peut observer la plastique enfin dévoilée de la fille en question. Fille qu’il croise en compagnie d’une autre dans le vidéoclub où il a ses habitudes. Elles louent toutes les deux L’INCONNU DU NORD-EXPRESS de Hitchcock. Et quand la mère de la voisine se fait assassiner, notre héros ne va pas chercher midi à 14 heures, et voit dans l’événement une reprise du principe de "double meurtre réciproque" du film d’Hitchcock. L’enquête démarre à fond les pédales sur le petit vélo de notre étudiant en cinéma…
Très curieusement, il faut bien le dire, voilà un Argento, et c’est un fait exceptionnel, dans lequel je ne suis pas vraiment rentré. Le film prend logiquement sa place dans la partie récente de la filmographie de notre ami italien. Comme d’habitude, et même s’il y a enquête, Argento semble déployer toute son énergie, ce qui est toujours délicieux, à explorer les à-côtés et à désamorcer la progression que devrait lui imposer le genre. Il lui fait un doigt, au genre, comme d’habitude ou presque, et développe jusqu’à plus soif, presque jusqu’à saouler, les moments parallèles : disputes avec la petite amie, mise en place rigoureuse du personnage de la mère du héros (mère poule en quelque sorte, dont la présence me fera échafauder pendant le film des hypothèses stupides et délicieuses), rencontre et surveillance anodine et presque stupide de la voisine et de son étrange amie, etc. C’est assez délicieux. On ne sait pas vraiment où on va, comme les prémices d’une toile logique dont la géométrie complète nous serait cachée. Ça redonde dans tous les sens, et Argento s’en donne à cœur joie en ne plaçant dans son film QUE des acteurs qui essaient de décrocher l’improbable palme d’interprétation splendouillette ! C’est un des aspects les plus aguichants du film : Argento peut travailler avec la crème des acteurs, mais il aime aussi les plus improbables. Et sur ce dernier point, on est largement servi, c’est délicieux. Notamment le personnage de la mère, ou la fabuleuse trouvaille de l’acteur qui joue son nouveau fiancé ! Le plus étonnant sur ce point est que ce choix de casting n’est pas juste une façon de dire que les acteurs n’ont aucune importance (ce qui est absolument vrai, du reste), c’est aussi un élément de mise en scène, et finalement de trouble. Ils font partie de la direction artistique, tous ces gens improbables.
Malgré tout, je reste à la porte du film et, chose quasiment inédite dans mon rapport avec Argento, j’ai l’impression de voir un séduisant projet… sur papier pour ainsi dire ! On voit le maillage, on voit la construction (miam !), mais en ce qui me concerne, je vois également le projet se dessiner devant moi, tout seul. C’est très frustrant, surtout pour moi qui rentre dans les projets les plus improbables d’Argento comme dans du beurre ! Je vois le projet, mais je l’observe du dehors, non sans intérêt d'ailleurs. Mais à aucun moment le trouble ne me saisit. Je crois notamment avoir été piégé par un rythme en faux plat, plus pentu que prévu. Le montage m’a paru correct sans plus, le cadrage ne m’a jamais ému, et la photo, très correcte, ne m’a pas ébloui (la scène sous la pluie est très bien éclairée notamment). Malgré tout, en écrivant ces lignes, j’ai une furieuse envie de le revoir. C’est grave, lecteur ?
[La poursuite en scooter, qui n’en est pas une, est un moment très délicieux et résume assez le modus operandi (OUI !) de l’ami Dario !]
 
VA TE FAIRE FOUTRE FREDDY, de Tom Green (USA-2001)
Tom Green est fou. Réalisateur, acteur principal et scénariste du film, Green est connu au Etats-Unis pour son show TV iconoclaste. Le type ne fait pas dans la dentelle. D’un physique très différent de Jim Carrey (il ressemble plus à Monsieur Tout-le-monde), Green cultive une espèce d’outrance similaire, mais attention, une outrance qui ne cherche jamais à faire classe ni punchy : une outrance toute pourrie, bien plus intéressante. [La comparaison avec Carrey, fut-elle explicative, est désastreuse, je m’en rends bien compte !] Le bonhomme est très sympathique pour plusieurs raisons. D’un humour plus proche des exagérations à la AMERICAN PIE (en beaucoup plus absurde et surréaliste), Green est quand même l’homme qui a été marié à Drew Barrymore (qui fait ici une apparition),  et qui a embrassé sur la bouche (et je parie en essayant de lui fourrer la langue) Pierce Brosnan lors d’une conférence de presse ! En 2000, il annonce publiquement qu’il a un cancer des testicules ! Joli gag ! Sauf que c’est vrai, et il en fera même une émission de télé (le TOM GREEN CANCER SPECIAL !). Encore mieux, c’est une des trois seules personnes à avoir été chercher son Razzie, célébrissime cérémonie des anti-oscars où il a été nominé pour le Pire Film de l’Année en 2001 ! [Je trouve ce geste sublime ! Et même si je n’avais pas énormément de sympathie pour eux, je dois dire que les autres vedettes à être allé chercher leur Razzie ont nettement remontées dans mon estime ; on va les citer, parce que rien que pour ça, ils ne peuvent pas être totalement mauvais : Paul Verhoeven (pire film avec SHOWGIRLS) et Halle Berry (la sœur de Marylou Berry, merci, de rien, je vous en prie, élue pire actrice pour CATWOMAN !)]
Le distributeur français de VA TE FAIRE FOUTRE FREDDY a très mal traduit le titre, et pour une fois, comme l’a justement fait remarquer le Marquis, il aurait fallu écrire littéralement FREDDY S’EST FAIT DOIGTER, car c’est effectivement l’événement principal du film, et pas le moins courageux du reste.
Le film suit les pérégrinations de Tom Green (qui ne joue pas Freddy mais son frère), trentenaire azimuté vivant toujours chez ses parents (Rip Torn, ici absolument fabuleux et réduisant sans doute à néant sa longue carrière hollywoodienne, et Julie Hagerty), au grand désespoir de ceux-ci. Freddy dessine des cartoons débiles, c’est sa passion. Ses parents l’envoient tenter sa chance à Los Angeles (on les comprend !). Malheureusement, l’expérience est désastreuse et Tom Green doit revenir squatter chez eux, ce qui lui vaut l’incompréhension de Freddy, son frère (fabuleux Eddie Kay Thomas, le célébrissime Shit-Break de AMERICAN PIE ; grand, grand acteur, et je pèse mes mots), qui lui a quitté depuis longtemps le cocon familial, travaille dans une banque et gagne sa vie tout seul ! Freddy rencontre quand même une fille complètement bizarre et très mignonne, Marisa Coughlan (que je ne connaissais pas, mais qu’il va falloir surveiller), dont il s’apercevra après lui avoir filé un rencard qu’elle est en fauteuil roulant, et que ces mœurs sexuelles sont… étonnantes ! Mais les rapports entre Tom et son père sont de plus en plus tendus, et il continue de glander en griffonnant, n’arrivant même pas à faire de ses dessins un projet cohérent et un vrai travail… Le conflit est tel que Tom finit par accuser son père devant les services sociaux pour attouchements sexuels et viols sur sa personne et celle de Freddy, son frère… Jolie ambiance. Évidemment, comme le sujet peut peut-être le laisser supposer, VA TE FAIRE FOUTRE FREDDY est une sorte de comédie noire, franchement loufoque, qui pourrait passer pour une espèce d’AMERICAN PIE 10 ANS APRÈS, où les héros seraient trentenaires et perdus. Ce qui marque dans le projet de Tom Green, c’est l’aspect profondément non-sensique de son film, très libre, et qui vire même par instants au plus grand des "n’importe quoi". Lors du voyage à L.A, Tom arrête sa voiture près d’une ferme où l’on est en train de préparer un étalon à la saillie. Il arrive près de l’animal, le masturbe en regardant la caméra et en disant : "Regarde Papa, regarde le cheval !". Évidemment, cette scène n’a aucun intérêt, le père n’est pas présent et n’en saura rien, et voilà qui ne sera plus du tout évoqué dans le film.
En tout cas, le film devient à force d’incongruités un objet assez bizarre, et surtout surprenant et très libre. On entend parfois un lointain écho des frères Farrelly. Ici aussi, le casting est absolument parfait et permet au métrage de dépasser la farce pour révéler des racines sans doute plus noires. Il y a là un vrai pessimisme, allié à un humour visuel et presque slapstick, tendant vers l’Idiotie Totale qui en fait un grand capharnaüm. En tout cas, on se demande comment Tom Green a pu réussir à faire passer un tel film devant des producteurs. Malgré une mise en scène anonyme, VA TE FAIRE FOUTRE FREDDY est un vrai film extra-terrestre et ultra-libre qu’on regarde avec un plaisir fou. Évidemment, à sa sortie, le film a été descendu par tous ! En tout cas, ne serait-ce que pour les scènes avec Marisa Coughlan, il faut avoir vu ce film. Green écrit en ce moment un docu-fiction-comédie-thriller-film-d’horreur sur lui-même, film où il joue son propre rôle. J’ai hâte de voir ça.
 
UN WEEK-END EN ENFER (S.I.C.K, ou GRIM WEEK-END) de Bob Willems (USA-2003)
Ah oui, si vous devez voir UN WEEK-END EN ENFER ou S.I.C.K. (pour SERIAL INSANE CLOWN KILLER), c’est vraiment aujourd’hui le jour de la remise des prix à Cannes ! Bob Willems est le réalisateur de cette chose splendouillette et directement tournée pour et en vidéo. Et la vidéo, il connaît, car il travailla sur AMERICAN BOUNTY HUNTERS, l’émission de télé qui suit en direct les repris de justice et les fuyards en tout genres aux U.S.A (unsane serial anarchist ?).
Bidule est cadre dans une boîte qui fabrique des choses. Il organise un week-end dans une maison que sa famille possède à la campagne. Il invite donc Josh ou John, ou Jo, son collègue de bureau, lui aussi cadre. Josh invite sa copine Ashley.  Bidule en profite même pour enfin inviter la petite Alistair, une collègue aussi, avec qui il n’a jamais osé conclure. Arrivés sur place, tout se passe très bien jusqu’au barbecue ! Après, ça se gâte : Alistair ou Larkin ou Channing, ou je ne sais plus qui, a disparu ! Les voilà bien embêtés, surtout que, comme l’affiche américaine le rappelle dans un hurlement, la maison est vraiment coupée du monde car elle se trouve à 15 km de toute civilisation ! Tout le monde part chercher Kelly dans la forêt, où de temps en temps on entend un étrange borborygme ! C’est le CLOWN ! SAUVE QUI PEUT !
Vous ne trouverez pas ce DVD à la Fnuc, mais bien dans les meilleurs bacs de soldes de votre trocante, au prix imbattable de 1 euro, et c’est une affaire. Commençons par ce qu’il y a de bien dans le film. La lumière est tout à fait fonctionnelle… Et absolument sans intérêt. Mais c’est le seul signe distinctif qui vous permettra de ne pas confonde ce film avec un film amateur. Qu’on me comprenne bien : ce n’est pas un film amateur, mais un vrai film produit. Cependant, même dans le cadre d’une production destinée au direct-to-video, on peut se poser des questions sur ce qui pousse des gens à mettre de l’argent, du temps et de l’énergie dans un machin aussi improbable. Néanmoins, on prend un plaisir non négligeable à la vision de la chose. Filmé dans le plus strict des formats 4/3, c’est un festival. Casting à brushing pour les messieurs, profils sexuellement actifs et à peine sexy pour les dames, les interprètes ont facilement dix ans de plus que leur rôle, et on se demande pourquoi ils n’ont pas fait une carrière dans le soap-opera où ils feraient pourtant merveille. La mise en scène est anonymissime, plate et illustrative, suivant un scénario éculé de slasher à la lettre. Et malgré tout, on regarde le tout sans déplaisir. Le film va à trois à l’heure, et il faut bien l’avouer, c’est à cause de sa construction pourtant bien classique. Car tout cela pourrait durer une demi-heure. Mais les personnages ont un problème : le scénario. L’essentiel du film consiste en effet à chercher les personnes disparues dans la forêt qui entoure la maison. Malheureusement, ou heureusement d’ailleurs, la recherche de Ashley, première victime du clown psychopathe de la forêt (moi, j’aurais appelé le film comme ça, C.P.D.L.F) durent quasiment une heure ! Soixante minutes ! Non pas que cette recherche soit remplie de rebondissements incessants, mais… Comment dire… Il faut aux personnages dix minutes de dialogues pour savoir qui part en exploration dans la forêt, puis ils partent et se baladent pendant cinq minutes, puis un des personnages dit : "Il faut mieux prendre de l’eau avec nous" et va chercher une gourde. Cinq minutes de perdues. Puis, alors qu’il remplit la gourde, il entend un cri, revient vers ses amis, puis il explique qu’il a entendu un cri, puis un dit que c’est pas prudent, alors on ferait mieux d’appeler la police, puis ils reviennent à la maison, puis ils s’aperçoivent que le téléphone est coupé, puis ils décident de repartir en forêt mais sans les filles, c’est trop dangereux. Puis un des mecs dit : "OK, je vais chercher ma lampe torche dans ma chambre, car la nuit va bientôt tomber", et là, dans la chambre, il trouve une poupée ensanglantée, et là il dit aux autres : "venez voir", etc. L’action se déroule à trois à l’heure, et en plus, pour encore ralentir la chose, les dialogues font dix ou quinze pages à la moindre occasion, les personnages résumant à chaque fois la situation dans une espèce de synthèse sans fin. Ainsi, au lieu de dire "J’ai trouvé cette poupée ensanglantée dans mon lit", on dira plutôt : "Mais que fait cette poupée dans mon lit, que j’ai découverte alors que je cherchais ma lampe torche qui devait permettre à moi et Steve d’explorer la forêt pour retrouver Ashley, forêt d’où nous avons entendu un cri étrange qui pourrait bien être celui d’Ashley, ou peut-être pas, vite dépêchons-nous avant qu’il ne soit trop tard, c’est toi Brenda qui a mis cette poupée dans mon lit alors que le téléphone est mystérieusement coupé ?". Alors, oui évidemment, le film prend un temps complètement dingue, ce qui devient à la longue assez délicieux, car la VF est d’une splendeur galactique, effectuée en deux secondes par des intermittents qui en même temps devaient remplir leur feuille d’impôt ou faire du sudoku ! Les pervers cinéphiles de la pire espèce devraient donc largement apprécier ce film, qui est le premier, je crois, dont la narration n’avance pas mais semble au contraire reculer. Le temps et l’espace sont abolis, et ça pourrait durer trois heures de plus, ou trois jours, ou trois semaines… C’est fabuleux de connerie, c’est fait avec les pieds, et surtout la récompense est au bout du chemin : le Clown Tueur de la Forêt est désopilant et aussi crédible que le Panda du Harcèlement Sexuel que les amateurs de SOUTH PARK connaissent bien. Quant au twist final, c’est du débilissime pur jus, c’est du splendouillet total. Pour un euro, on n’est pas volé, le film semblant durant huit heures ! Au poids, donc, ça vaut le coup. Si on est un pervers cinémaniaque, bien sûr. Les autres peuvent passer leur chemin. À regarder au moins à deux, sinon je pense que c’est la pendaison avant le générique ! [Oh, j’ai survécu – voir ici – et c’était donc la deuxième fois que je le voyais, ce qui devrait me valoir une médaille je pense. NdC]
Ben voilà, on va s’arrêter là…. Je pensais faire plus court, en fait. Il y a encore des choses à dire, et mon zédécédaire vous réserve plein de surprises. Mais pour aujourd’hui, ça suffit. Vous avez déjà assez dans cet article pour patienter jusqu’à la remise des prix du festival (on va bien rire, je le sens !).
Bisous et Bon Dimanche !
Bill Yeleuze.
 

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Dimanche 28 mai 2006

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(Photo : "Plan de Carrière" par Dr Devo)



Chers Focaliens,
 
Remarquez comme on peut faire un blog sur le cinéma en plein festival sans jamais parler de Cannes, et pendant une bonne semaine encore. Étonnant, non ? Dans ses MÉMOIRES, Ferdinand Schultz (à qui j'avais déjà consacré un article) notait : "Ici, à la Biennale, le champagne coule à flot, et la coco flotte en apesanteur sur des nez en trompette que dans d'autres circonstances, ou à une autre époque, j'aurais fort appréciés. Qu'ils me semblent ou carnassiers ou inconsistants aujourd'hui ! Rien n'est désagréable, une fois ceci noté. Ni agréable d'ailleurs. J'occupe l'essentiel de mes journées dans ces cocktails, en passant devant les œuvres, une bouteille de bière d'ouvrier à la main, et flotte ainsi de salle en salle. Le temps s'est arrêté, et ma "cannette", comme ils disent ici, ne fait même pas scandale. Rien n'a d'importance, et malgré mes yeux ouverts, l'impression que me laisse tout cela est celle d'une scrutation infinie du sonore qui monte dans les plafonds hauts des galeries. J'écoute les oreilles en l'air en quelque sorte, le monde en train de s'immobiliser avec rigueur. Quelque part, je les envie. Je décide néanmoins de rester à ma place".
[Je voulais mettre un extrait plus court, mais ça a quand même de la gueule, et sur le net le papier ne coûte rien !]
Marie-Antoinette (Kirsten Dunst donc), fille de la Reine d'Autriche (Marianne Faithfull), est envoyée en France où elle doit se marier avec le dauphin de fils du roi Louis XV, joué par le meilleur acteur du monde, Jason Schwartzman (empressez-vous de voir ce film). Elle doit abandonner tout derrière elle, amies, chiens et tout ce qui est autrichien...
Arrivée en France, sous l'œil bienveillant de Louis XV (Rip Torn), elle rencontre donc son futur mari, complètement timide et distrait, et découvre le protocole extraordinaire qui est en vigueur à Versailles, guidée en cela par sa tutrice (Judy Davis, que l'on revoit enfin au cinéma), et sous la surveillance délicate de l'Ambassadeur d'Autriche (Steve Coogan, rigoureux comme d'hab'). Antoinette a un peu de mal à s'adapter à ce nouvel univers. Dès qu'elle a pris ses marques, elle développe son goût pour les fêtes, et profite d'une grande vie faite essentiellement d'essayages de vêtements coûteux. Malgré tout, sous le vernis, l'ennui pointe...
Et ce n'est pas le plus grand de ses soucis. La future reine est là pour procréer et assurer au futur Louis XVI une descendance mâle. Malheureusement, le tranquille Jason est un peu coincé en ce qui concerne les choses de l'amour physique. Ce n’est pas gagné...

Sofia Coppola, bien entendu, était attendue par la presse et les fans comme le loup blanc avec ce richissime film en costumes que beaucoup attendent avec impatience, en cela bien aidé par un film-annonce depuis longtemps déjà dévoilé, film-annonce bougrement malin où les images de cette riche production étaient mixées avec un iconoclaste New Order ! Qu'en est-il au final ?

Effectivement, Sofia a mis les petits plats dans les grands. Tournage à Versailles, décors et costumes somptueux et nombreux, casting suréquipé de série (élément le plus alléchant d'ailleurs), etc. Le générique, assez malpoli et d'un kitsch glamour en quelque sorte (un plan sur la belle alanguie, puis l'avalanche des noms sur fond noir et sur musique pop), place d'entrée le film sur le ton de l'iconoclasme. La séquence d'ouverture est plus calme que prévu. C’est la période autrichienne (assez courte puisque c'est un départ) avec une Marianne Faithfull, excellent comédienne, ici affublée de lourdes robes de reine, ce qui est assez rigolo. Voyage en carrosse jusqu'à la France, sur un rythme mélancolique et calme, et séquence différant les premiers mots du personnage, vague représentation de la Marie en jeune femme qui regarde le portrait de son futur mari avec ses copines, qui joue aux cartes, et qui regarde par la fenêtre des paysages qui finissent déjà par lasser. Une arrivée sous tente où l’on découvre la Judy Davis pincée au maximum et grisonnante, collet extrêmement monté. Passage en France, rencontre avec le dauphin et zouh, c'est parti, accélération, et musique pop ! Le voyage a servi de transition entre la translation de la vierge et ce film, présentement.

La mise en scène est relativement soignée. Une photo sans faute de goût (à part quelques plans de localisation avec un filtre maronnasse des plus vulgaires sur deux ou trois plans, mais bon, ce n'est pas gravissime) qui joue sur deux tableaux qui tendent parfois à se mélanger : photo blanche et mordorée très fine, ou alors photo plus sombre et bougrement contrastée (pas mal) tirant sur les teintes beige/marron sombres. C'est ce que le film a de meilleur.
Le reste par contre... Côté cadrage, même si on est loin d'être dans l'indigence la plus complète (le cadrage est un peu plus expressif, par exemple, que les insignifiants plans de rue de LOST IN TRANSLATION), rien qui nous fasse sauter au plafond, mais rien non plus de spécialement laid, à part là aussi quelques plans à l'épaule