[Photo : "La Ballade de Bruno" par Dr Devo d'après une photo du réalisateur Bruno Mattei.]

 

 

Chers Focaliens,


C'est assez rigolo, l'autre jour je discutais avec un type qui est la connaissance d'un collègue en fait, et très vite, la conversation se porte sur le cinéma. La question fatale finit par tomber : "T'as vu quoi de bien dernièrement ?" Et il se trouve que la dernière chose bien au cinéma était L'ÉCOLE DES DRAGUEURS. Grimace en face, bien sûr, quand j'ajoute que j'aime énormément les films de college. [Entendu dans la bouche d'un autre collègue, à mon propos, sans aucune agressivité d'ailleurs : "Ouais, mais lui, il aime bien les films de college...", la partie importante de la conversation étant les trois points de suspension...] Tout auréolé de mon article sur THE PICK-UP ARTIST de James Toback, et de la dialectique prettywomanienne que j'y développais, je me suis à réfléchir tout haut, et en suis venu à la conclusion suivante qui, bien des jours après, me paraît d'une justesse absolue et d'une formulation exacte, prenez des notes : "Au final, les films de college sont les seuls films populaires, et même les seuls films tout court à prendre de manière complètement [le mot important ici est complètement] adulte, réaliste et lucide les relations sentimentales et tout ce qui va avec (flirt, amitié, amour, rapport homme/femme, et sexe bien sûr), là où le cinéma traite ces sujets uniquement sous la forme romantique, ou en opposition à la forme romantique". Je persiste et je signe. Si les films de college sont sentimentaux, et pas qu'un peu, ils évitent en général tout romantisme, toute approximation et se concentrent sur l'essentiel de la vie amoureuse et/ou de flirt, et font montre dans presque tout les cas d'une délicatesse, d'une franchise douce et/ou dure, et d'une pertinence que le cinéma en général a largement vidé de son sens, a stylisé à l'extrême jusqu'à en rendre caduques les codes ancestraux en la matière. Ce n'est pas dans les bluettes de Julia Roberts et autres QUATRE MARIAGES... (Souvenez-vous de l'incroyable putasserie concernant le traitement de certains personnages, la loufoque et les homos notamment, là où seul le couple royal Roberts-Grant avait accès à l'amour chevaleresque hollywoodien, classant ainsi la population en deux catégories : hommes et femmes parfaits d'un côté, et moches irrécupérables de l'autre...), ce n'est pas là, dis-je, qu'on va trouver un regard adulte qui ne nous prenne pas pour des neuneus ou des lecteurs Harlequin. Maintenant comparez avec un ...FERRIS BUELLER ou encore un BREAKFAST CLUB. Il n'y a aucunement photo. Mais ce n'est pas tout. Dans une de ses dernières notes, Zohillof, webmestre de l'indispensable site (à peu près le seul décent) sur le cinéma KUHE IM HALBTRAUER, met carrément le doigt sur ce paradoxe, d'une manière décalée mais essentielle. Le vrai cinéma du réel, en quelque sorte, le seul qui crée une réalité mature, le seul qui soit "un regard porté sur le monde contemporain" (pour reprendre la fameuse chimère dégoûtante des dossiers de presse des films art et essai), c'est sans nul doute le film de college, et basta. Il y a plus de choses pertinentes, voire touchantes et bouleversantes, plus de choses qui parlent de notre vraie vie réelle et difficile dans un film avec Ben Stiller que dans n'importe quel autre film social ou sentimental ! Une parenthèse : la théorie se confirmait quelques jours plus tard lorsque je voyais UN DUPLEX POUR TROIS (les distributeurs français sont formidables ! Quel titre nullasse !) avec Stiller justement et Drew Barrymore, réalisé par le décidément excellent Danny DeVito (qui, au passage, est en train de faire, loin de tout sunlight ou de toute protection critique, un parcours de réalisateur vraiment très bon, et qui ne sera sans doute jamais défendu par les CAHIERS... et consort). DUPLEX (titre en V.O., plus acceptable) parle d'énormément de choses fondamentales qui nous sautent à la figure tous les jours, dans la vie quotidienne dès l'instant où l’on pose un pied hors de son lit : pression sociale, pression humanitaire (la petite vieille qui demande qu'on fasse ses courses) et bien sûr, le gros problème de ce XXIe siècle, celui par qui tout arrive : le scandale absolu de la crise du logement ! Et bien, les amis, ce n’est pas chez Bonitzer ou dans le cinéma français qu'on trouverait une telle pertinence. En plus le film est drôle et mis en scène de manière complètement propre... Suivez mon regard...

Rattrapons-nous donc, vite fait, pour qu'il reste une trace sur ce site... Nous avons pu voir ces dernières semaines trois choses affiliées au film de college (bien que ce ne soit que des film affiliés à ce genre dont je propose qu'on ne les appelle plus college ou teenage movie mais "adult movies", ce qui pourrait permettre au genre de trouver, enfin, une issue et de sortir du mépris public et critique dans lequel on le plonge quasiment unanimement... Ceux qui doutent peuvent faire l'expérience, comme moi, de dire qu'ils adorent les films de college et que ça leur paraît être un des genres les plus importants, et vous verrez la galerie de grimaces ou encore le silence qui accueillent la proposition... Ce qui prouve aussi que les adult movies ne sont pas prêts d’être acceptés pour ce qu'ils sont de sitôt, comme l'ont été les films d'horreur, les comédies, la science-fiction, etc.).

Tout d'abord CLERKS II de Kevin Smith, suite du film "cultissime" que je vis à l'époque et dont je ne gardais pas un souvenir mémorable. Depuis, plus récemment, je regardai, sur l'invitation du Marquis, les films de la série des Jay et Silent Bob (les fameux personnages issus de CLERKS 1 qu'on retrouve bien sûr ici), films commerciaux malins, très non-sensiques, mis en scène de manière assez propre. Ce fut assez bizarre de me retrouver devant CLERKS 2 pour ces raisons.
Les personnages ont vieilli depuis le premier épisode. Dante et Randall, maintenant largement trentenaires, continuaient de travailler à la supérette de CLERKS 1, jusqu'à ce que ce que Randall, abruti geek sur le mode grungo-skattiste, y mette involontairement le feu. On retrouve nos deux héros un peu plus tard. Ils ont retrouvé du travail dans une espèce de petit sous-MacDo local, managé par la pétillante Rosario Dawson (qui est une des bonnes raisons d'aller voir le prochain Tarantino, la semaine prochaine !), avec qui d'ailleurs Dante a une relation très complice. Les deux sont potes. [Tiens, au passage, citez-moi un film français ou américain où un mec et une fille du même âge sont potes et qui ne soit pas traité sous le mode gnan-gan... Bon courage... Ne cherchez pas trop longtemps !] Et pour Dante, les choses vont changer. Il va se marier avec une femme de son âge, assez jolie et très sexy, qui bizarrement s'intéresse sincèrement à lui. Avec une telle compagne, très largement sur-coté au "Marché de la Viande" (très belle expression de notre ami Bernard RAPP que je reprends ici à mon compte), Dante partage s'apprête à partager sa vie avec une femme dont personne n'aurait soupçonné qu'elle puisse s'intéresser à lui. Elle est issue d'une famille riche (en plus !), et Dante est sur le point de quitter le New-Jersey pour aller s'installer avec elle, et bien sûr, le film commence quelques jours avant le déménagement, et quelques mois avant le mariage probable. Au grand dam de Randall, bien entendu, qui sait très bien qu'il va perdre son plus grand (son seul ?) pote. Une page va se tourner, sans doute celle de l'entrée définitive et tardive dans le monde adulte. Mais même à 30 ans bien passés, voilà qui ne se fait pas sans problème... Il va falloir un peu nettoyer la poussière sous le tapis.

Pour me faire plaisir, uniquement à moi, après la petite saynète d'introduction, Kevin Smith fait son générique avec une chanson de TALKING HEADS dévolutionniste (dans le texte du moins ; il s'agit de NOTHING BUT FLOWERS en l'occurrence), et en ce qui me concerne, c'est un peu comme si je me retrouvais chez moi, sensation pas si commune au cinéma. Plus sérieusement, même si CLERKS 2 n'est pas un chef-d'œuvre, comment ne pas tomber sous le charme bedonnant de la chose ? En ce qui concerne la mise en scène, il n'y a pas grand chose à dire, ce n'est pas inventif, c'est soigné sans plus. Le cadrage n'est pas très beau, la lumière fonctionnelle (hormis les plans entre chien et loup quand Dante prend sa voiture pour se mettre à la recherche de Rosario Dawson). Le dialogue, c'est du champ/contrechamp tout bête. Bref, c'est du film de série, pas d'étincelles de ce côté là. Les films de la série JAY ET SILENT BOB sont plus richement dotés de ce point de vue. Pour le reste, même si on garde, à la grande satisfaction des fans hardcore, les conversations anecdotiques du premier épisode, les choix sont plutôt bons. Rosario Dawson est très bonne (avec un jeu précis mais un poil ouvert peut-être) et place le film sur le terrain sentimental ave beaucoup de délicatesse. Le sujet permet aussi par rebonds de mettre le doigt sur quelque chose de peu abordé : l'insertion difficile et douloureuse des petits mâles sans intérêt et sans qualité [les ploucs comme vous et moi (et j'inclue là-dedans les lectrices de Matière Focale également), quoi !] qui, en plus, ont la malchance d'être au plus bas de l'échelle sociale. Car CLERKS 2 est principalement, et ça fait du bien, un film sur les ploucs, et sur le monde ouvrier et pas du tout sur le modèle petit-bourgeoisiste habituel. Premier bon point. L'autre chose étonnante est la délicatesse absolue, voire la classe totale de la scène d'amour. Alors là, c'est tout bonnement à pleurer. Smith, bien malin et plein de tact, a fait ce que personne ou presque ne fait, et avec la tendresse la plus absolue, en plaçant la scène de la déclaration d'amour dans un endroit hautement stratégique. Et on se retrouve avec une scène qui est sans doute une des plus touchantes déclarations de l'histoire du cinéma. C’est en effet en plein show zoophile (oui oui !) que Smith fait se déclarer son personnage principal. Rosario Dawson, de son côté et c'est ça, c'est la cerise sur le magnifique gâteau, ne s'arrête pas de jouer, et ne tombe pas dans l'acceptation gnan-gnan. Elle lui dit : "Je t'écoute, c'est très important ce que tu me dis, mais je veux voir ce show !". Vulgarité extrême et sentiment noble au même moment, je dis "la classe !". C'est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup. Ce faisant, Smith prouve qu'il a absolument tout pigé au cinéma. Pas de violons, pas de surenchère émotive, pas d'exaltation dégueulasse et opportuniste du sentiment amoureux. Par ce choix, le réalisateur envoie balader tout les films hollywoodiens (dont certains et même beaucoup sont réalisés en Europe, ne l'oublions pas ! Le terme "hollywoodien" désigne un genre et non pas une situation géographique). On appelle ça la pudeur, un peu comme celle de Blier d'ailleurs. Débarrassé de tout chantage affectif ou à l'émotion, laissant son spectateur libre de toute pression, Smith donne une force incroyable à ces paroles d'amour, qui du coup, par la multiplicité des actions (le show zoophile et la déclaration) crée une vrai dynamique autour de sentiments mêlés (car le système hollywoodien ne met jamais le doigt ni sur l'ambivalence, sur le mélange des sentiments que pourtant nous ne cessons d'expérimenter dans la vie de tous les jours. Un sentiment n'est jamais seul, et s'accompagne d'autres sensations ou réflexions. Le cinéma hollywoodien, et spécialement le cinéma français et européen, ne savent exprimer au mieux qu'une idée ou qu'un sentiment à la fois (le plus souvent un ou deux, par film je veux dire, pas par scène !). Ce qui se retrouve dans le jeu d'acteurs d'ailleurs, très fade de ce côté de l'Atlantique. Ici, un acteur n'exprime jamais qu'une émotion. Aux USA, pays béni de ce point de vue, c'est rarement le cas, même dans les films de série. Ceux qui veulent approfondir cette question peuvent le faire en regardant (par pitié, en V.O. !), la série FREEKS AND GEEKS, série de college fabuleuse produite par Spielberg (!), où les acteur souvent jeunes (entre 12 et 20 ans) expriment toujours et sans jamais s'arrêter une foultitude de sentiments, écrasent sans aucune forme de contestation possible nos meilleures comédiens. On peut aussi voir dans l'édition Criterion du magnifique RUSHMORE de Wes Anderson, pour une fois, les bonus passionnants concernant les auditions camescopées des futurs acteurs du film, notamment celle de l'actrice Sara Tanaka, qui vous fera comprendre en quinze secondes tout ce que j'essaie de vous expliquer ici laborieusement, fermons la parenthèse). Pour en revenir à notre scène, Smith fait, en fait, ce qu'il faut et gagne sur tous les plans : il montre que la Dawson est avant tout la pote de Dante et que c'est dans cette complicité que se joue la chose. Il montre un personnage féminin, loin du gnan-gnan habituel, loin de la caractérisation en mode "Sissy Impératrice", c'est-à-dire qu’il montre, enfin, enfin, enfin (ENFIN !!!!!!!), un personnage féminin crédible et sensible, et non pas un archétype. De plus, la scène est évidemment reliée aux scènes parlant des pratiques sexuelles bucallo-annales, très potaches, qu'on a vues en amont. De la potacherie naît le diamant. C'est magnifique. Et d'une franchise, d'une, osons le mot, maturité tout à fait remarquables. Rien que pour cette scène, le film vaut le déplacement. Inutile de préciser qu'elle est extrêmement touchante, et qu'elle provoque une émotion incroyable. Les plus sensibles pourront apporter un kleenex. [Et puis, tout bêtement, ça fait du bien de se faire traiter en adulte au cinéma !]
Sinon, signalons le soin apporté aux personnages secondaires. Le personnage du puceau jacksonnien et religieux est formidable et très bien joué. C'est bien vu. Ça et là aussi des moments de comédie et de jeu vraiment superbes : comme par exemple le conflit avec le couple noir, grand moment d'acteurs. [Où ils ont trouvé cette bonne femme ? Elle est géniale !] Dans ce soin aux seconds rôles toujours placés à des points décisifs, on retrouve une certaine filiation entre Smith et les frères Farrelly, ce qui n'est guère étonnant, mais va mieux en le disant. [Chose qu'on retrouvera dans L'ÉCOLE DES DRAGUEURS, et que je développerai dans un prochain article : la réintégration des corps normaux au cinéma, sujet très très important, aussi bien sur le plan cinématographique que sur les plans social ou démocratique !]

Pour le reste, je vous laisse découvrir CLERKS 2, qui est un bon film de divertissement tel que ces films devraient toujours l'être dans un monde focalien : adultes, respectueux de l'intelligence du spectateur, drôles et touchants. C'est déjà pas mal.

Sentimentalement Vôtre,

Dr Devo.
 
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Mardi 29 mai 2007

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[Photo : "Ma Riposte (Mes Bisous Barbus sont  plus Beaux que Nos Jours)" par Dr Devo,

tirée de la série de photos "Goethe Feeling (allegence to the fact that you are wise enough to walk away)"] 

 

AVANT-PROPOS
Chers Focaliens,
En octobre dernier, LA REVUE DU CINÉMA, à laquelle je participe, me proposait de concevoir un hors-série entièrement écrit par l’équipe de Matière Focale et sur lequel nous aurions une totale liberté éditoriale. Si nous n’avons pas pu choisir la couverture et son intitulé (le numéro s’appelant, malheureusement, officiellement en kiosque UN FORMIDABLE RENOUVEAU : VERS UN SECOND SOUFFLE DU CINÉMA TRICOLORE ?, titre très éloigné, voire contradictoire, de ce qui est dit dans ce numéro), il est vrai que nous avons pu, enfin, dire tout ce que l’on pensait de la situation du cinéma français. Je vais reproduire sur Matière Focale l’intégralité de ce hors-série. Je rétablis le titre original CINÉMA FRANÇAIS : L’EXCEPTION CULTURELLE SORT DU BOIS. La couverture que nous avions proposée était un dessin qui représentait dans des traits qui rappellent les eaux-fortes, un daim majestueux qui effectivement bondissait hors de la forêt. La pose le montrait en plein bond, regard majestueux et triste tourné vers le lecteur qu’il regardait droit dans les yeux. Une auréole rayonnait derrière sa tête en toute subtilité. Derrière lui, un énorme véhicule 4x4 qui s’apprête à le tamponner mortellement ! Le dessin a lieu 0.23 secondes avant l’impact ! Imaginez la punkitude absolue et la beauté irrépressible de cette couverture… [Elle fut remplacée par une petite mosaïque d'affiches absolument laidissime !]
Je présente donc maintenant ce dossier "français" en intégralité sur Matière Focale. Comme le menu est copieux, voilà qui se fera sous forme d’épisodes. Pour ceux qui n’ont pas eu le numéro entre les mains, sachez qu’il y aura du beau linge, des interviews exclusives de réalisateurs rien que pour vous (dont une sublimissime de Bruno Dumont), et de multitudes d’autres surprises… Voici donc l'éditorial de ce hors-série, soit l’épisode 1 de la fabuleuse saga du cinéma français contemporain. Enjoy…

Dr Devo.
 
Un des objectifs avoués lors de la conception de ce hors-série de la Revue du Cinéma était aussi délicat à aborder que nécessaire : il s'agissait en effet de tester et de faire le point sur la situation du cinéma français. Et derrière ce phrasé technocratique, il s'agissait plus prosaïquement de se poser la question suivante : le cinéma français marche-t-il bien, en terme de qualité artistique ?
Et oui, quand on se pose la question calmement, seul, le soir dans sa chambrée, une plage de silence infini, peut-être un peu gêné, s'installe, me diriez-vous, chère lectrice. S'il est vrai que la question est souvent posée par les journaux culturels (ou ayant une page culture) ou ( mais pas "et" ?) de cinéma, cela ne veut point dire qu'elle est bien traitée, justement, cette question, ni qu'elle échappe aux sempiternels clichés qui servent généralement de conclusions à ce genre d'enquêtes (ponctuées en plus d'innombrables portraits et listes de jeunes espoirs confirmés, liste en général remplie de lieux communs, de clichés, et sans aucune prise de risque, comme persister à mettre un acteur tel Romain Duris dans ces espoirs, alors que c'est sans doute, pour le meilleur ou pour le pire, l'acteur le plus populaire de France !). Les médias culturels, eux aussi, ont renoncé depuis longtemps à leur rôle d'information, de réflexion et de mises en perspective, le tout sous le double sceau, la double promesse d'honnêteté et d'indépendance, et tout cela est à peu près normal : tous arrivent à la même conclusion, chose déjà douteuse au vu des prérogatives de ces enquêtes, conclusion valable pour les deux divisions de ce sport qu'est le cinéma français (ligue A : cinéma commercial classique, et ligue B : art et essai classique). Cette conclusion est invariablement la suivante : le cinéma français a des difficultés, mais il se battrait, disent-ils, de fort belle manière, ce serait le seul cinéma d'auteurs (d'Europe ?) qui n'ait pas été brisé par les puissances mercantiles à la solde du grand capital (hypothèse A) ou par le cinéma américain "anthropophage", disent-ils (hypothèse B).
Nous vous conseillons bien sûr, dès les premières pages de ce hors-série, de ne plus lire la presse, au moins celle qui parle du cinéma (cf. article "Vade Mecum", in LA REVUE DU CINÉMA N°3).

Avant de suivre notre conseil et de jeter cette revue à la poubelle, peut-être sa vraie place dans le contexte historique qui a vu sa création, je vous propose cette réflexion pertinente : toutes les idées répandues sur le cinéma français, idées admises et avalisées depuis des lustres, sont toutes fausses. Reprenons et clarifions la situation.

1) Le cinéma français va bien financièrement.
2) Les autres cinémas européens, d’auteurs notamment, n'ont pas forcément été brisés, et ceux qui ont eu des difficultés reviennent quelquefois avec force.
3) Le Grand Capital n’a jamais voulu manger le cinéma français. C’est le cinéma français qui a voulu l’intégrer.
4) Le cinéma américain n’a jamais mangé le cinéma français, c’est ce dernier qui s’est offert en offrande au cinéma américain.
5) La division entre cinéma art et essai, et cinéma commercial n’existe pas. C’est une frontière factice et de pure forme.

Au moins, voici quelques doutes dissipés. Le cinéma français, c'est-à-dire les films français, mais aussi le(s) système(s) français de financement du cinéma et les distributeurs français se portent très bien, merci. Le volume de spectateurs est énorme, les bénéfices sont conséquents. Evidemment, la fréquentation des salles, et l’intérêt du public pour le cinéma en général, fonctionnent par cycles, et c’est vrai que ce cycle est ascendant depuis déjà quelques années, ce qui veut dire que le retour de manivelle est sans doute pour bientôt, et nous verrons alors comment les "acteurs du marché" réagissent, ce qui va sûrement être d’une grande drôlerie comme à chaque fois en temps de crise. Passons.

Le cinéma français va donc bien. Il se porte comme un charme. Les gens vont en salles. Le cinéma dit "art et essai" n’a jamais aussi bien marché. De nouveaux comédiens s’installent dans le paysage et gagnent vite en popularité, etc. De son côté la critique estime que les choses bougent également. Que ce soient les revues historiques (Positif, Les Cahiers…) ou les Première et autres, la critique remarque largement le dynamisme de la production hexagonale. Il y a des chouchous dans tous les camps, il y a des réalisateurs "à suivre".

Voilà pourquoi, il nous apparaissait important de consacrer un dossier spécial à notre cinéma. Parce que de notre côté de la barrière, le son de cloche n’est pas vraiment le même si j’ose dire. Le box-office, la télé, les Cahiers du Cinéma, Première, etc., toute la branche, toute la profession ont beau dire ceci ou cela, pour le cinéphile qui arpente les salles désespérément, la situation est tout autre. Il y a la guerre menée par les généraux autour du panneau tactique (avec ses petits magnets aimantés !), et puis, il y a la tranchée, les pieds dans la boue, où malgré l’amour de la patrie, il faut bien le dire, il arrive qu’on n’ait vraiment pas envie de sortir et de donner l’assaut. Il fait froid, ça pue, on est mal nourri et ça fait mal. Le Général donne l’ordre d’attaquer, sort la menace de la Cour Martiale, mais on n’hésite à sortir quand même, le plus souvent.

Sur le terrain, le cinéma français a une autre tête, et ce n’est pas joli à voir.
Les sujets des films sont tous absolument identiques. En ligue A, ce sont surtout des adaptations de franchises (livres, séries télé, remakes, etc.), ou alors des adaptations se basant sur des personnages ou de comédiens comiques issus de la télévision. Hors de ces chemins, il n’y a pas énormément de choses qui émergent. En ligue B, on fait feu de tout bois. On laisse, en général, la comédie à la ligue A (comme par hasard), et on privilégie les sujets suivants :
- le film à thèse, le "film sur", façon dossiers de l’écran.
- le film dramatique lacrymal (film de maladie, par exemple, au moins un tous les deux mois !)
- le fameux film de chambre, drame du couple sur air du temps, sur son lit de sentences, souvent sauce aigre-douce .
- le "film du réel", qui bien souvent "interroge notre regard jeté au monde" avec sujet social et politique, "traité avec pudeur".

En fait, tous les films de ligue B répondent à chacune de ces catégories. On classera ensuite le film selon sa dominante. Bien sûr, le produit le plus recherché est celui qui peut être vendu dans les deux ligues. Et ça, le cinéma français sait faire. Il y a quelques semaines, par exemple, le film JE VAIS BIEN NE T’EN FAIS PAS remplissait remarquablement les deux cahiers des charges. [Chose que les poids lourds de l’art et essai font aussi : Almodovar, Loach, Eastwood, etc. Tout ça est calibrable.]

Et pour sauver le cinéphile Gérard, dans ce contexte, il faut souvent faire beaucoup de contorsions. Les projets un peu différents se plantent quasiment systématiquement. Parmi les films français qui ont la chance de rencontrer leur public, ils sont très peu, ceux qui ne ressemblent pas, soit à un film préexistant, soit qui ne fassent pas partie d’un genre bien identifié. On le verra dans ces pages, notamment en ce qui concerne le film INNOCENCE de Lucille Hadzihalilovic, que l’accueil fait aux productions qui sortent du moule est désastreux, voir scandaleux en ce qui concerne INNOCENCE, sans que cela ne choque absolument personne, hormis le troufion Gérard.
En conclusion, entre la caricature du film de chambre où Dialogue et son sbire Scénario règnent en maîtres, et la grosse bessonnerie (ce qui est injuste envers Luc Besson qui n’est pas le plus grand convoyeur d’imbécillités, contrairement à la légende, même s’il a contribué, bien sûr, au visage moderne du cinéma français), hors de cette dichotomie donc, point de salut. Et le résultat en salles est terrifiant, car après calcul, on s’aperçoit que 97,63% des films français :
- se contentent uniquement de filmer les dialogues et d’illustrer le scénario, la forme la plus audacieuse d’expression filmique étant le champ/contrechamp (celui qui parle est à l’écran, bien entendu !),
- ont une photographie d’une grande laideur ou complètement anonyme (ce qui, une fois sur deux, est le résultat aussi d’un mauvais tirage de la copie, chose dont les critiques ne peuvent s’apercevoir que s’ils vont au cinéma en Province ou tout bêtement s'ils vont voir les films en dehors des projections de presse, en salles avec les autres !),
- n’utilisent jamais le montage de manière signifiante,
- n’utilisent le son que de manière illustrative,
- ont abandonné toute velléité d’utiliser l’échelle de plans (cf. l’interview de Brisseau dans ce numéro, et qui fera l'objet d'un prochain épisode ; on ne fait que du plan rapproché ou du gros plan, et bien sûr, on débute sa séquence par un plan d’ensemble géographique !),
- ne font par voie de conséquence aucun effort de spatialisation,
- sont d’une laideur ou d’un banal effarants en ce qui concerne le cadrage,
- n’expriment en général qu’un sentiment univoque,
- ne contiennent de manière concrète, tangible et visible à l’écran, pas 2,37% des intentions contenues dans le dossier de presse.

Pas de son, pas montage, pas de cadre, le bilan est sans appel : 97,63% des films français ne sont pas des films de cinéma, mais au contraire peuvent être considérés aussi bien comme des téléfilms, des Opéras, de la Bande Dessinée, de l’Architecture, des Plats Cuisinés ou du Théâtre filmé. La quasi-totalité des films français n’utilisent pas le langage cinématographique. En fait, on peut le dire : le cinéma français va mal, très mal, et son mildiou est en phase terminale. Parce qu’il est impossible de voir un film français qui soit un tant soit peu original ou qui utilise, même classiquement, le langage approprié, il était urgent de publier ce dossier.

[Ne pas croire qu’on fait là preuve d’une volonté affirmée de brûler le drapeau. Le cinéma européen en général suit largement cette tendance, mais il semble que ce soit en France que les choses aient pris une allure aussi caricaturale ! Dans le domaine de l’anonymat artistique, là aussi, on est des champions, semble-t-il.]

Résumons. En ligue A, le cinéma français fait tourner la sacoche du facteur en criant HÉLICOPTERE ! "à l'américaine". En ligue B, on n’a jamais été autant en pleine Nouvelle Vague, bien plus que par le passé. Cinéma du réel, caméra stylo, stylo-caméra, caméra dans la rue, rue-caméra, cinéma de l’expérience personnelle et du petit pathos, etc. Le doute n’est plus permis : la Nouvelle Vague n’a jamais eu autant de représentants (une théorie très intéressante à laquelle nous consacrerons un prochain hors-série. Le cinéma français est-il devenu, pas forcément dans le statut social (quoique…), mais surtout dans les mœurs, absolument petit-bourgeois ? Où sont les iconoclastes ? Où sont les inventeurs ? Où sont les ludiques ? Où sont les cinéastes ? Qui fermera la parenthèse ?

C’est simple, les réponses à ces questions, vous les avez entre les mains, grosso modo. Bien sûr, il n’a pas été possible de faire entrer tout le monde dans ce numéro. Il manque par exemple l’excellent Philippe Grandrieux, ou encore Gaspar Noé. Elle n’est pas française complètement, mais elle fait partie de notre univers : Carole Laure, admirable réalisatrice (si, si !) n’est pas non plus dans ce numéro. Qu’ils nous pardonnent et qu’ils sachent, ces trois-là, qu’aucune page de ce numéro n’a été écrite sans qu’on pense à eux. De la même manière, nous avons écarté quelques réalisateurs installés que nous adorons (Blier, les époux Straub, Treilhou, etc.) pour nous intéresser à la jeune garde, si on peut dire, ou bien alors à ceux que le système a fini par ignorer (F.J Ossang, défendu par personne et interdit de cinéma pendant 10 ans). Et comme la rentrée 2006 a été riche, et c’est exceptionnel, en films français absolument atypiques, nous avons invité Bruno Dumont (dont l’interview dans ses pages devrait servir de serment d’Hypocrate à tous les étudiants et tout le corps enseignant de la FEMIS ou de Louis Lumière), Jean-Claude Brisseau et Benoît Delépine à venir se confier ici.
Pour tout dire, il existe un cinéma français qui bosse. Il y a des réalisateurs qui font avancer les choses et proposent des formes nouvelles de cinéma, la plupart absolument populaires potentiellement. Il y a une série de petits Mozart ou de petits Van Gogh qui en général se sont déjà coupés pas mal d’oreilles. Il fallait donc arrêter le massacre et que soient dites au moins une fois certaines choses. Vous allez le voir, non seulement ces jeunes cinéastes dont nous allons parler font des choses absolument merveilleuses, mais leurs propos sur leur Art sont passionnants et mettent justement en question notre vision étriquée du cinéma (et dans leurs films, ils ne se contentent pas "d'interroger le regard", comme on dit dans les dossiers de presse, ils font voir). C’est pourquoi nous avons privilégié également la forme de l’interview. C’est parce qu’il fallait dépasser le scandale du contexte cinématographique français, parce qu’il fallait sortir des ornières de la critique française qui, depuis bien longtemps, a renoncé à entériner les formes nouvelles de cinéma et a consacré l’actuel néo-cinéma de Papa (en cela, la critique française est devenue une véritable farce puisqu'elle n'est plus que morale et ne juge quasiment jamais un film sur sa mise en scène, où sur l'organisation de sa force diégétique dans son expression esthétique), que ce numéro nous a paru indispensable.

Et en toute prétention, nous avons poussé le bouchon encore plus loin. Nous pensons que ce numéro contient les noms de trois grands cinéastes de demain (en même temps, nous n’avons aucun mérite puisqu’il le sont déjà, grands cinéastes !). Nous faisons en effet ce pari de vous donner la liste des trois meilleurs réalisateurs français de 2009. Il s’agit de Antonin Peretjatko, l’homme qui défraya la chronique lors d’un récent festival du court de Clermont-Ferrand, de Benoît Forgeard et de Jean-Christophe Sanchez. Trois noms plus ou moins inconnus mais dont le travail est complètement impressionnant. C’est sans doute grâce à eux que demain, chère lectrice, ce numéro de LA REVUE DU CINÉMA te sera acheté à prix d’or par les collectionneurs. Vous tenez entre les mains la seule revue qui ait, des années à l’avance, déniché ceux qui ont réinventé le cinéma français, et la seule revue qui ait mis fin au scandale et fait, ligne après ligne, une proposition nouvelle de cinéma. C’est peut-être là le plus impressionnant : ce numéro est le premier qui fonde et reconnaisse ce qu’il a bien fallu appeler dans les années suivantes : la POST-NOUVELLE VAGUE !


A suivre...

Dr Devo. 
 
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Dimanche 27 mai 2007

recommander publié dans : Ethicus Universalis

[Photo: "Secret Message, Sadness", créée pour Matière Focale 

par Bertrand, webmeistre du site Multa Paucis]

 

 

Chers Focaliens,
 
Dieu bénisse les trocantes et autres magasins de farfouille ! Le monde magique du DVD, depuis son ouverture, et peut-être pour moins de temps qu'on imagine (les ventes de films baissent, et le marché pourrait se retourner; c'est du moins mon intuition), a ouvert de sacrées portes. Il est bien loin le temps où il fallait dénicher les précieuses mais rares VHS (support béni) en V.O. Si, comme avec chaque changement de support, un nombre phénoménal de pierres précieuses filmiques n'ont jamais été rééditées, il faut bien avouer que la multiplication des petits distributeurs, et parfois l'irrationalité bizarre mais bienvenue des gros, permettent de revoir ou de découvrir des films qu'on croyait disparus ou qui n'ont jamais soulevé une quelconque attention.
 
Ce vendredi, surprise, dans un magasin d'occasion, sa gracieuse majesté focalienne (j'ai besoin de réconfort et d'autosatisfaction aujourd'hui), c'est-à-dire moi-même, suis tombé avec surprise sur trois films sympatoches. LE MORT-VIVANT, film poignant de Bob Clark [récemment décédé. NdC] dont on vous avait dit ici le plus grand bien et définitivement mal étiqueté, et donc vendu pour un prix dérisoire, un autre Bob Clark mais de la période commerciale par contre (car le gars a toujours fait films underground et petits blockbusters), et donc à l'opposé du MORT-VIVANT, à savoir PORKY'S 2, suite du carton populaire hallucinant, film de college ultra-célèbre aux statesses, et que je me suis empressé de prendre parce que d'une part, c'est pas tous les jours qu'on trouve deux Clark à quarante secondes d'écart (signe du destin), et que d'autre part le prix un peu élevé (8 euros) était quand même largement compensé par l'erreur de prix sur l'autre Clark. J'ai d'ailleurs jeté un œil sur les premières minutes de ce PORKYS 2, et je sens déjà que ça va être assez difficile à supporter, malgré mon affection, non pas perverse, mais indulgente (sentimentale) envers le film de college.
 
Une bonne surprise n'arrivant jamais seule, je trouve une minute plus tard THE PICK-UP ARTIST, film avec Molly Ringwald [superbe égérie du John Hugues excellente période, et flirt cinéphile de tous ceux qui ont eu la chance de la croiser dans le merveilleux BREAKFAST CLUB ou encore dans le touchant (bouleversant?) SEIZE BOUGIES POUR SAM (SIXTEEN CANDLES en V.O) films qu'on trouve en DVD d'ailleurs] et Robert Downey Jr., alors tout jeunôt, et sans doute avant le passage sur le billard de la chirurgie esthétique ou/et avant le burinage gracieux des ans. En tout cas, je n'aurais sans doute pas pris le film, vendu à un prix normal, et malgré mon affection céleste et sans faille pour Molly Ringwald, si je n’avais pas jeté un œil au nom du réalisateur, qui n'est autre que James Toback ! JAMES TOBACK ! Quoi, ça ne vous dit rien ? Alors arrêtez de lire cet article, allez à la trocante la plus proche et achetez-vous HARVARD STORY, très très beau film rashomonesque qui est en fait un thriller de college (si j'ose) tout à fait étonnant et très bien casté (un délice : Sarah Michelle Gellar impeccable dans un rôle superbe, Eric Stolz, et la délicieuse Rebecca Gayheart). Un très très bon film injustement critiqué à sa sortie il y a quelques années (sur à peu près la même argumentation que le film GO ! de Doug Liman avec Sarah Polley, qui est aussi un petite merveille). Il faut avoir vu HARVARD STORY car c'est complètement enthousiasmant et mis en scène de manière originale (je me souviens notamment d'une scène de dialogue coupée rythmiquement (sur un tempo de guingois mais précis, une boucle de trois motifs rythmiques en fait), sans en avoir l'air, prouvant ainsi qu'on peut, même dans un simple dialogue, faire en sorte que le film soit beau et gonflé esthétiquement. On peut aussi voir, même si c'est moins impressionnant, BLACK AND WHITE, sorte de thriller bizarre avec notamment Bijou Phillips (aperçue dans BULLY de Larry Clark) et Mike Tyson ! Ce n'est pas tous les jours qu'on a l'occasion de voir du Toback, donc là aussi j'achète, d'autant plus que le film date de 1987, soit deux trois ans après BREAKFAST CLUB, et que je n'avais jamais vu un Toback de cette période.
 
Robert Downey Jr. vit dans les années 80 à New York dans un minuscule appartement avec sa vieille grand-mère dont il prend énormément soin. Malgré son job de prof (doué d'ailleurs) dans une école primaire, les temps sont un peu durs et il lui manque bien souvent un dollar ou deux dans la poche. Plus important encore, Robert est un dragueur invétéré. [Il faut s'imaginer Downey Jr. avec un visage moins smart qu'aujourd'hui, juvénile même, plus proche d'un Matthew Broderick en mode mineur que d'un Al Pacino !] Robert aborde les femmes magnifiques dans la rue. Son sketch est bien rodé ! C'est quasiment toujours le même texte très rentre-dedans ("on va déjà dit que vous aviez le visage d'un Botticelli et le corps d'un Degas ?", vous voyez le genre...), la même routine d'introduction, ponctuée ça et là de réactions à brûle-pourpoint. Tchatcheur certes, mais un peu ringard, Downey Jr. voit son système de drague systématique (il n'arrête pas !) marcher à cause de deux choses : les statistiques d'abord (évidemment, quand on aborde 70 femmes dans la rue, on arrive presque mécaniquement à engager bon gré mal gré la conversation avec six ou sept d'entre elles !), et également l'humour dû à la maladresse touchante dudit système ! Généralement, Robert arrive à empocher quelques numéros de téléphone !
Il finit par croiser, dans une boîte de nuit, la très mimi Molly Ringwald alors même qu'elle est en bien mauvaise posture. Elle essaie en effet d'obtenir un délai de paiement auprès d'un mafieux abruti et violent (Harvey Keitel, comme par hasard !). C’est que Molly, enfin surtout son père (Dennis Hopper), a emprunté 25000 dollars à Keitel, et que celui-ci est exaspéré de ne pas voir le remboursement arriver. Il propose à Molly de rembourser tout en une fois, en couchant avec un client de Keitel (une grosse huile colombienne, sans doute narco-trafiquant), ce qu'elle refuse. Du coup, elle a 24 heures pour retrouver l'argent.
Dans le même temps, Downey Jr visiblement bien accroché (lui et Molly ont fait l'amour dans sa voiture, en plein jour, en plein Central Park ! Très belle scène d'ailleurs...) continue son numéro auprès de Molly qu'il colle à la moindre occasion. Malheureusement, Molly se refuse à lui et ne veut entamer de relation suivie. Son sixième sens, absolument extraordinaire, c'est vrai, lui souffle à l'oreille que cette histoire n’a ni queue ni tête... Mais l'ami Robert va s'accrocher, tandis que la deadline de Keitel approche...
 
Il est toujours intéressant de faire un tour en arrière, Toback ou pas Toback, ce n’est pas la question, et de regarder un peu ce que valait la comédie romantique il y a quelques années, et plus encore, voir comment elle a évolué, dans sa structure, dans son rythme et dans son ton. Et les choses sont assez étonnantes à mes yeux, même sans parler de la qualité ou non de ces dites comédies. Je pense qu’il y a pour moi une grande rupture, un avant et un après PRETTY WOMAN. Non pas que le film (assez médiocre en fait) soit particulièrement original, loin de là. Mais il a tracé définitivement un chemin, même malgré lui. Le succès phénoménal et incontestable du film a marqué le paysage commercial. Le ton du film, calme, un peu décontracté et très à l’eau de rose, avec une structure sans surprise et des enjeux tellement clairs que le plaisir éventuel du spectateur ne se fait que dans le "déroulé" du film (un peu comme si le film était LE "film de repassage" (iron movie ? Hey, les gars, j’ai inventé un concept !), ce qui d’ailleurs donne le champs libre à la star ou aux stars qui jouent dedans, vers qui l’attention entière se tourne. [On voit alors un Julia Roberts ou un Meg Ryan, et non pas tel ou tel film spécifiquement.] Ainsi, la comédie romantique contemporaine, genre omnipotent depuis le film de Garry Marshall, l’iron movie donc (encore, encore…) a marqué le paysage de son rythme tranquille, de sa prévisibilité totale, de son format bluette revendiqué, mâtiné en général d’une situation qui puisse faire rêver la ménagère de moins de cinquante ans (personnages riches ou dans une position professionnelle et sociale de rêve, comme dans LOVE ET SES PETITS DESASTRES ou personnage "du peuple" rencontrant le prince charmant pété de thunes, ou au métier rare et passionnant). Et ce rythme, ce rythme assez monotone, tranquille qui serait un peu comme un sitcom du style FRIENDS adapté pour le grand écran, sans la nécessité de la punchline systématique, format oblige. [Oui, je sais, ça fait une sacrée différence avec le sitcom, mais en même temps quand je vois un épisode de FRIENDS, impossible de ne pas penser au Iron Movie…]
 
THE PICK-UP ARTIST est film ouvertement commercial et populaire, mais qui se développe sur un ancien modèle et dans des tonalités qui ont maintenant disparu ou presque. [Je vous défie de trouver une comédie romantique populaire et récente qui ressemble à ce que je vais décrire ci-dessous. Les seuls films arrivant à garder un peu de cette atmosphère étant les college movie, L'ECOLE DES DRAGUEURS récemment par exemple, film d'ailleurs tout à fait louable...] Le film de James Toback, lui, est clairement ancré dans les années 80, période de transition où les règles du blockbuster romantique ne sont pas encore totalement établies, ou plutôt se cherchent. D’une part, si le film est quasiment contemporain de PRETTY WOMAN (réalisé seulement trois ans plus tard), on est encore dans le schéma eighties. Le film de Toback, en plus d’être romantique (comédie de flirt, mais aussi film drôle), présente deux héros "d’en bas", plutôt à la cool (personnage de Robert Downey Jr., typiquement 80 jusqu’au bout des manches de veste que, tenez-vous bien les jeunes, on retournait à l’époque (l’intérieur des manches étant souvent imprimé !), comble du chic d’alors et du coolisme absolu). Ce sont de petits paumés sympas. Une petite histoire policière par là-dessus pour amener non pas le suspense, mais un peu de loufoquerie supplémentaire, et qui sert de perturbateur de scénario. Les deux tourtereaux sont également, et là c’est très différent de maintenant, des esprits originaux, des personnages particuliers qui, s’ils appartiennent comme le spectateur aux classes modestes (ils ne sont pas rédacteur adjoint à ELLE, ou patron d’une librairie dans un quartier de Manhattan), n’en sont pas moins loufoques. Ils ont le sens de la répartie, et une vision du monde décalée. On reconnaît là, peut-être, le récent succès des comédies de John Hugues, BREAKFAST CLUB entre autres (réalisé en 1985, vraiment un film culte aux USA) où là aussi les personnages sont assez hors normes. Et ce schéma auquel appartient le film de Toback est clairement influencé par un autre film qui a obtenu un succès monstre à l’époque : RECHERCHE SUSAN DÉSESPÉRÉMENT (1985) de Susan Seidelman, avec Madonna qui avait déjà bien entamé son ascension. THE PICK-UP ARTIST répète exactement le même schéma que …SUSAN, sans aucun doute. C’est en cela un vrai film d’exploitation.
 
L’analyse sociologique, c’est bien beau, mais que vaut le film. Toback, comme je le disais, est un type assez à part. Peu connu, il s’attaque semble-t-il toujours à des genres assez bien définis, mais les traite à chaque fois avec un certain goût, que le film soit très réussi ou non. Au fond, et c’est assez rare chez les gens qui sont des réalisateur de genre honnêtes, Toback est un esthète. Ses films sont en général soignés techniquement : belle photo, montage vif, cadre plus que sympathique, etc. Et plus encore, il essaie toujours de glisser quelque chose de très original dans la composition de son film. Ici, on est assez loin de la gourmandise iconoclaste et constante de HARVARD STORY. THE PICK-UP ARTIST est beaucoup plus calibré, plus prévisible. Néanmoins, Toback arrive à placer dans chacune de ses scènes une petite bizarrerie ou quelque chose de très joli. Car c’est ça l’important avec lui : ses films ont toujours quelque chose de beau et d’inhabituel, et pour lui, la mise en scène est vraiment quelque chose de primordial, et non pas juste un filmage de scénario. Ici, si l’attention est un peu plus portée sur les comédiens et sur le scénario justement par rapport à HARVARD STOY et BLACK AND WHITE, on retrouve cette volonté de soin. Son film n’est donc jamais anonyme. Il y a de belles choses. Dans la scène où Downey Jr. arrive à Coney Island pour voir où habite Molly Ringwald, on a un bel aperçu de la méthode Toback. Ça s’ouvre sur un plan d’ensemble magnifique sur la fête foraine et le RER. Puis la photo est superbe (fin d’après-midi orageux et un peu sombre, mais dont on sent bien la chaleur, avec les néons des magasins qui ressortent un tout petit peu, très beau moment graphiquement). C’est très découpé, en deux trois plans on comprend le travail sur les axes. Toback ne fait pas que des gros plans et des plans rapprochés. Il sait utiliser l’échelle de plans et aérer son cadre qu’en général il soigne beaucoup. Il sait aussi caractériser les décors de manière discrète mais belle (les scènes au musée d’histoire naturelle). Rien que pour ça, ceux qui s’intéressent à la mise en scène et se posent la question "comment mettre en scène mon film avec malice et sans en avoir l’air" doivent voir le film de Toback. [Il n’y a jamais chez lui des couloirs de champs/contrechamps vides qui bloquent la mise en scène pendant cinq minutes. Même dans ce film très bavard, il se passe toujours un petit quelque chose…]. Ici, je note une utilisation assez fracturée et tout à fait originale (notamment en termes de rythme et de longueur qui par moment tirent presque le film vers un aspect un peu déconstruit) du montage alterné qui donne quelques pistes de téléscopage assez intéressantes.
 
Les deux personnages sont attachants, et relèvent la sous-comédie policière un peu convenue (où on croise Keitel en mafieux, et même feu Paul Calderon, que les amateurs de Ferrara reconnaîtront tout de suite, dans le rôle minuscule d’un policier en tenue, ou encore feu le talentueux et oublié Joe Spinell !). Celui de Molly Ringwald est définitivement bien troussé, loin de la niaiserie féminine habituelle du film romantique : caractère sensible, mais forte personnalité, et loufoquerie sous-jacente. C’est pas de la bimbo de Beverly Hills, c’est une fille avec un très beau cerveau (rappelons que le cerveau, comme je l’ai déjà dit ici, est définitivement, et à mes yeux sans conteste, la partie la plus sexy du corps !). Elle joue impeccablement, et prouve une fois de plus qu’elle est une comédienne délicieuse. Je serais un peu plus sévère avec Robert Downey Jr. Ce n’est pas un mauvais acteur, loin de là, même si son revival récent montre aussi que le gars est toujours employé dans le même genre de rôle (en gros l’excentrique, le foufou, et c’est encore le cas dans ZODIAC), et que le bonhomme pèche souvent par hand-acting, ou eyebrow-acting, dans une perspective trop ouvertement ostensible pour être honnête. [J’y reviendrai, mais dans ZODIAC Downey Jr. est à peu près à l’opposé de Mark Ruffalo qui, au contraire, a un jeu délicieux, très droit, sans aucune fioriture ! Evidemment, c’est passionnant, bien plus que le Robert Downey Show !] Ici, Downey, très jeune, essaie très ostensiblement de marcher sur les plats de bande d’un Matthew Broderick tendance LA FOLLE JOURNÉE DE FERRIS BUELLER (encore un film de John Hugues, encore un film très beau !). Malgré cela, même si ça n’empêche pas THE PICK-UP ARTIST d’être sympathique, je trouve que Downey alourdit nettement le film. C’est aussi parce que le scénario et son personnage sur le papier sont déjà assez loufoques. Les dialogues et les situations sont quand même assez hors normes, voire absurdes, malgré le caractère d’exploitation du film et son intrigue assez terre à terre (flirt entre deux jeunes gens). Et c’est d’ailleurs un reproche que je ferais au film. On aimerait y retrouver un grain de folie supplémentaire, peut-être à la Alex Cox, réalisateur du très beau REPO MAN. Si REPO MAN était clairement une comédie hors norme, absurde et incroyablement iconoclaste, ce que le film de Toback n’est pas totalement, on retrouve ici dans les dialogues cette façon décalée de faire circuler la parole dans le film, et cette étrange façon de penser et de ressentir qu’ont les personnages qui souvent ont une sensibilité et un ton proches de celui du film de Cox qui n’a, sinon, rien à voir avec le film qui nous intéresse aujourd’hui. Et aussi bizarre que cela puisse paraître, justement, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à Cox pendant le film. Il y avait là une opportunité pour Toback de pousser son film un peu plus loin et de s’affranchir de la commande. Si les personnages sont bien troussés, si les dialogues et les péripéties de scénario sont assez loufoques malgré un déroulé plus attendu, on a du mal, quand même, à casser le moule. Et pendant tout le film, notamment quand les options prises sont belles ou quand la mise en scène justement s’affranchit un peu (la scène à Coney Island encore une fois, ou la superbe scène d’amour dans la voiture qui est quand même quelque chose que je n’avais jamais vu, et que je vous laisse découvrir ! C'est très beau !), on pressent que le film va décoller hors des sentiers battus et trouver son indépendance. En fait, ça n’arrive jamais complètement, et THE PICK-UP ARTIST, malgré la sympathie qu’il dégage, ne s’envole jamais vraiment. On passe un bon moment devant un film qui ne nous prend pas pour des atrophiés du bulbe et qui joue nettement sur la malice des personnages et sur la nôtre. Malheureusement, le personnage de Downey Jr. a vraiment vieilli, et je crains que ce ne soit un peu la faute du comédien, bien moins précis que sa partenaire. Et d’autre part, le petit frisson pressenti n’arrive pas vraiment. Il est là, il apparaît ça et là comme un feu follet, mais il n’inonde pas le film. Il reste donc un film honnête, de commande, plutôt bien emballé et fait par un homme de goût qui, décidément à une place assez unique et assez bizarre dans le paysage cinématographique hollywoodien. On passe avec THE PICK-UP ARTIST, un chouette moment, parfois un peu émouvant et émaillé ça et là de petites choses très belles. On sent qu’on est entre de bonnes mains et avec des gens de bon goût, assez originaux pour capter notre attention et nos sentiments. Ce n’est quand même pas rien, me diriez-vous et vous n'auriez pas tort, du reste. Mais pour les plus sentimentaux d’entre nous, il y a Molly Ringwald ! C’est plus qu’un argument.
 
Tranquillement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Jeudi 24 mai 2007

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[Photo : "Je Suis Amoureux du Procureur de la République" par Dr Devo]

 

Chers Focalien,
 
Si le mois d'avril ne nous avait donné avec pingrerie que très peu de bons films et quasiment trois semaines d'affilée sans rien pouvoir se mettre sur la dent (si l’on excepte l'excellent IDIOCRACY de Mike Judge avec Luke Wilson, excellente comédie politique, mais malheureusement sortie sur 3 écrans en France et retirée logiquement de l'affiche au bout d'une semaine, ce qu'on appelle entre cinéphiles de bonne compagnie "le scandale des sorties techniques"), le mois de mai est plutôt celui de la transition, et il faut un peu gratter sous le sable pour trouver la petite pépite (AMER BETON) ou simplement le film agréable (CLERKS 2). Et puis, du côté des gros distributeurs, c'est cette semaine une nouvelle période de transition, personne n'essayant de prendre de risque entre les deux tours que sont SPIDERMAN 3 et ZODIAC. Cette semaine, c'est LA FAILLE de Gregory Hoblit qui essaie de tirer son épingle du jeu. [Intro classique, public content, arrivée du deuxième tableau...]

Petit polar (pas si pauvre que ça d'ailleurs) comme on en voit pas mal, LA FAILLE, comme peut-être prochainement 88 MINUTES (avec Al Pacino), font partie de ces films qui essaient de faire un petit polar de formule du midi, plat+dessert+café, pas de la grande cuisine donc, mais un truc efficace qui nourrit et qui cale, et qui soit plutôt bien fichu ! Ici, c'est Anthony Hopkins qui s'y colle, et le très populaire acteur américain compte rameuter sa horde de fans, et faire en sorte que ce thriller qui comptera beaucoup sur son travail pourra tirer son épingle du jeu.

Hopkins y campe un ingénieur en aéronautique absolument brillant et vivant avec une femme plus jeune que lui et superbe, mais qui a le fâcheux défaut d'être tombée amoureuse d'un lieutenant de police plutôt jeune lui aussi et totalement fringuant. Et le soir où le film débute, après être ostensiblement rentré plus tôt chez lui, Hopkins s'enferme dans sa maison, attend patiemment sa femme et l'abat froidement d'une balle dans la tête. Il nettoie le revolver, déplace le cadavre dans une autre pièce, et attend sagement la police.
C'est le lieutenant-amant qui s'occupe de l'affaire et arrête Hopkins. Lors de son procès, ce dernier veut se défendre lui-même ! Ryan Gosling, jeune avocat brillant au palmarès (un peu truqué) impressionnant au service du bureau du procureur général, accepte de s'occuper de l'affaire, la semaine même où il est embauché dans un cabinet privé. Pour un temps, il travaille à la fois pour le ministère public et pour le privé, montrant ainsi à tous que ses jeunes dents sont très aiguisées et que l'ambition le dévore. En préparant le dossier avec arrogance et par dessous la jambe, Gosling se retrouve piégé par Hopkins qui lui a préparé le meurtre de sa femme et le procès à suivre dans les moindres détails. Et notre Hopkins national met rapidement la pression en déclarant d'entrée de jeu qu'il plaide non-coupable au motif que l'arme qui a servi à tuer sa femme n'est pas le pistolet qu’il avait dans la main ce soir-là ! Et c'est vrai, même si Hopkins semble être resté chez lui toute la soirée du meurtre, la police n'a en fait pas de preuve matérielle contre lui. Gosling sent que l'affaire lui échappe et qu'il a toutes les chances de perdre ce procès qui semblait pourtant gagné d'avance. Un bras de fer juridique et psychologique s'engage entre les deux hommes...


LA FAILLE joue d'emblée la carte du thriller classique mais alambiqué, et comme je le disais, le film se veut un écrin bien fichu pour acteur de prestige en recherche de petits films qui lui permettront d'avoir totalement le champ libre. Le but n'est pas de faire du Ronsard, mais du consommable bien ficelé. La première surprise vient du fait que le film, qui démarre effectivement avec un show Anthony Hopkins, dévie assez rapidement dans son deuxième tiers non pas au profit du face à face avec le personnage de Ryan Gosling, comme le suggère l'histoire, mais au profit du personnage de Gosling lui-même. Petit à petit, la narration glisse et c'est Gosling qui devient le personnage principal. Personnage qui n'est pas si banal que ça (dans le contexte du moins), car le jeune avocat est un héros très antipathique, immodeste, ambitieux jusqu'à l'absurde, et sans être tricheur, au moins magouilleur. Ce jeune loup roulant en Mercedes, passant des soirées chez les plus riches et les plus influents, et envoyant balader tout ce qui ressemble à du travail d'équipe ou ce qui est autorité, devient très vite négatif. Ce type roule pour lui, fait bosser les autres pour lui, et est d'une arrogance complète avec ses collaborateurs qu'il traite, comme de bien entendu, d'incapables. L’affaire Hopkins sera pour lui l'occasion de faire face à son système et il se fera piéger par sa propre "mal-compétence" en quelque sorte.

C'est le point un peu original du scénario que ce glissement progressif vers le personnage antipathique de Gosling. [Toujours répéter trois fois la même info, si possible de suite, pour que les jeunes lecteurs et les vieilles personnes comprennent bien de quoi on parle. Bien marquer les transitions.] 

Sinon, on est largement en terrain connu. On comprend pourquoi Hopkins s'est précipité sur un tel rôle ! Son personnage est une énième variation hannibaliste et le dépeint en vilain surdoué, machiavélique mais surtout d'une intelligence hors-norme, ici teintée d'un humour cynique. Rien de bien neuf donc, pour ceux qui suivent l'acteur. La bonne surprise, c'est que Hopkins, qui n'a pas toujours bien choisi ses rôles ces dernières années et est souvent empreint de suffisance, assurant fréquemment le service minimum par quelques attitudes et mimiques usées jusqu'à la corde, Hopkins, disais-je, propose, malgré l'extrême "charactérisation" de son personnage taillé sur mesure, une interprétation curieusement très sobre, qui n'empêchera pas ça et là de légères pointes entendues en forme de clin d'œil. Mais grosso modo, l'acteur semble enfin débarrassé de ses scories habituelles, et rentre, encore une fois malgré la banalité de son rôle, avec un certaine sobriété dans l'exercice, et je me suis surpris, chose qui ne m'est pas arrivé depuis longtemps concernant cet acteur, à me laisser gentiment guider, sans que je sois plongé dans l'extase non plus (quand même !), mais agréablement.
Malheureusement, la joie sera de courte durée. Si on retrouve dans un second rôle l'excellent David Strathairn (à l'époque papa de DOLORES CLAIBORNE, et dont je conseille le rôle superbe dans le LIMBO de John Sayles, film hallucinant par ailleurs !) qui n'a ici que peu de choses à se mettre sous la dent, on peut regretter la fadeur des autres personnages, notamment celui de la belle avocate interprétée par Rosamund Pike (rôle sans intérêt défendu logiquement sans éclat, voire ridiculement par endroits) et celui du flic-amant joué de manière complètement fadasse et sans aucune saveur par Billy Burke. Mais tout cela, ce sont les risques du métier ! Et cela n'aurait pas été grand chose sans la présence de Ryan Gosling ! Le jeune acteur américain, qui incarne ici un ancien pauvre devenu un des plus grands avocat de la place à la seule force de son travail (un self-made man quoi !), est absolument épouvantable. Fier comme un pou, toujours en sur-jeu, il débarque dans le film avec la sobriété gestuelle et la discrétion corporelle, souvenez-vous, d'un jeune Brad Pitt par exemple qui ne se gênait pas du tout à l'époque pour débarquer dans un film tendu et triste comme L'ARMEE DES DOUZE SINGES de Terry Gilliam en imitant la gestuelle de Eminem ! Ici, c'est un peu pareil. A force de vouloir trop "charactériser" son personnage, Gosling lui invente plein de "gestes symbolico-représentatifs" terriblement lisibles, et qui alourdissent l'interprétation et le film jusqu'à le faire basculer dans le parodique et/ou dans le show. Exit le personnage donc, et bonjour la performance. L’acteur compte se faire ici sa carte de visite. Il dresse alors son personnage dans une démarche de "jeune à la cool, man", croisé de "je suis trop classe et je t'énerve car tout me réussit", qui sont d'une bêtise attendue (alors que lui a clairement l'impression d'inventer le fil à couper l'eau chaude) et/ou d'une arrogance phénoménale ! On est content pour lui et sa maman, il est arrivé au top, le Gosling ! Malheureusement, nous spectateurs, on a payé huit euros pour voir ce HOLLYWOOD NIGHT, et le cinéma étant un sport coûteux, on aimerait, au moins, s'il vous plait, et sans vouloir vous commander, on aimerait bien que les acteurs cessent de balancer leur personnage hors du train pour nous faire une bande-démo de leur one-man-show. En plus, pas de chance pour Gosling, le jour où j'ai vu le film dans la métropole lilloise, Harvey Weinstein n'était pas dans la salle ! Tout ça, toutes ces surabondances de mimiques et de trucs, n'ont donc servi à rien. On aurait bien aimé accompagner ce personnage, mais Gosling l'acteur a décidé de l'expulser du film : ainsi soit-il ! Soit. Du coup, LA FAILLE est totalement insupportable. Gosling n'a, comme bien des acteurs d'ailleurs, que deux nuances à son répertoire : ici "je suis super intelligent et je suis super-efficace", et aussi "je suis en rage tellement tu m'énerves". Ça en devient presque comique ! Jamais une nuance ou encore mieux, soyons fous, deux sentiments contradictoires exprimés en même temps. Dans CLERKS 2 par exemple, film assez potache ceci dit, mais excellemment interprété, le personnage de Dante est très bien joué et souvent on sent ostensiblement que l'acteur exprime la colère et la fureur, quand il regarde le personnage d'abruti qu'est Randall, mais qu'en même temps il y a une affection sublime qui est en jeu. Deux sentiments contradictoires : la colère noire, et l'amour ! Et bien, si vous voyez CLERKS 2, vous vous apercevrez que l'acteur Brian O'Halloran (Dante donc) n'en fait pas des caisses et fait passer cet énorme travail avec une décontraction et un naturel sidérant ! Et ce n'est pas le meilleur acteur du monde : juste un type qui fait son boulot sans se prendre pour le nouveau Pacino ! Donc LA FAILLE est déjà rendu insupportable par le tractopellique Ryan Gosling, trop occupé à regarder dans Variety si sa côte de popularité est en train de monter, pour pouvoir se concentrer sur son rôle.

Moi qui me disais que j'allais pouvoir tranquillement suivre Hopkins ! J'en ai été pour mes frais.
 
Pour ceux qui arrivent à supporter Gosling (je plaisante..), il y a aussi le reste. On pourra regretter que le scénario soit finalement assez démonstratif, ou plutôt un peu attendu. Bon, en même temps, on savait qu'on allait être mangé à la sauce "série", c'est le jeu. Malheureusement, la mise en scène n'a pas beaucoup de personnalité. Malgré une production assez aisée, rien de renversant ne se profile. La lumière, élément le plus laid, est très caricaturale et attendue. Le cadrage est banalissime. Et enfin, le montage manque absolument de rythme et privilégie encore de bêtes champs/contrechamps qui ne mettent rien en relief. Bref, c'est du pépère, du gros téléfilm, quelquefois rattrapé même par la faiblesse du scénario dans certaines scènes (en général celles qui concernent l'avocate, notamment la splendouillette scène de séduction à distance à l'Opéra, rendu quasiment comique par l'autre malfaisant dont je parlais plus haut). On peut pas dire que LA FAILLE soit un puit sans fond de surprises plus étonnantes les unes que les autres. On aimerait bien, de temps en temps, que ce genre de film prenne plus de risque et essaie justement pendant qu'il est encore temps de sortir du carcan, et d'imposer un polar bien fichu et ayant de la personnalité. On en est loin. En essayant de faire un objet soigné, Hoblit pèche, contrairement à son héros, par manque d'ambition et surtout par une volonté étonnante pour un artiste de faire le moins de vagues possible et de rentrer très vite dans le troupeau de moutons ! Ceci dit, quels qu'auraient pu être ses efforts, le film est trop largement piétiné par son jeune acteur principal pour que très vite, le gentillet téléfilm ne se transforme en ignoble séance de torture. 

Légalement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Mardi 15 mai 2007

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[Photo : "La Scientologie guide le peuple", par Le Marquis]

 

Bonjour à tous et à toutes !
 
Avant toute chose, mille excuses pour mon absence prolongée sur le site, mais la station Mir de Paco m’est finalement tombé sur la tête en ce début d’année 2007 fort agité et très occupé. Je n’ai donc été en mesure que de corriger les articles, et laisser ici ou là quelques commentaires, tout en suivant l’actualité de Matière Focale d’un œil attentif. Alors que je commence à émerger et que je m’apprête à faire un envoi top secret à Bertrand ex-Nadjalover, qu’il m’excuse lui aussi pour mon retard au passage, l’envie de revenir en ces pages se fait impérieuse, d’autant plus que l’Abécédaire, même s’il progresse à un rythme un peu ralenti, n’a pas été mis en parenthèses, et qu’il me reste encore plusieurs articles en retard, qui devraient prochainement apparaître sur le site.
 
Mais dans l’immédiat, le Docteur Devo me confie une mission fort délicate : rendre publics les résultats d’un concours lancé il y a plusieurs mois, bien que les votes du Jury aient été dépouillés par mes soins depuis le début du mois de janvier 2007 – la preuve qu’il y a une vie en dehors de Matière Focale et que le site n’est pas rédigé par des robots !
 
Excuses renouvelées auprès des participants aux deux concours conjoints, concours de pitches d’une part, concours d’haïkus (ou plutôt aillequoux !) d’autre part, excuses auxquelles nous pouvons tous adjoindre de vifs remerciements pour leur aimable participation et leurs belles contributions.
Procédons simplement et sans cérémonie, si quelqu’un veut bien pousser vers les coulisses la vieille dame en robe Christian Lacroix qui s’apprête à agresser sexuellement le micro d’un suave et caverneux « Le cinémaaaaaaaaaa… ».
 
Les membres du Jury ne m’ont pas toujours facilité le décompte en optant chacun pour un mode d’attribution de notes spécifique et parfois très sélectif. Mais à mon grand soulagement, de quelque façon que je fasse les calculs, les deux gagnants sont toujours resté les mêmes.
 
Pour le concours de Pitches, c’est Christelle B. qui obtient la meilleure moyenne, 7,13/10 en l’occurrence, et ce malgré que le pitch le plus apprécié soit l’œuvre de Rub, intitulé « L’Anti-Vampire ». Excellente contribution, fort appréciée par l’ensemble des membres du Jury, la production de Miss B. se voit donc ici fort justement mise en exergue, et c’est un concept que Cannes devrait peut-être adopter – imaginez, l’ensemble de l’assistance du festival obligée de se farcir les trois heures d’UNDERGROUND à l’annonce de la remise de la Palme d’Or… Je vous rassure, les compositions de Mademoiselle B. sont à la fois plus courtes et bien meilleures ! Les voici.
 
La frange profonde
Nadine, apprentie coiffeuse-visagiste, participe à un concours de coiffure dans le Haut Doubs.
 
Y a-t-il un pauvre pour sauter dans l’arène ?
(Film interdit aux - de 18 ans)
Dans un futur proche, où la pauvreté est en voie de disparition, une chaîne de télévision propose une émission de sauvegarde des derniers pauvres. James Kergouat est chargé de sillonner le pays pour dénicher les perles rares qui vont faire pleurer dans les chaumières.
 
La soupe aux choux, 30 ans après
"Le Glaude" et "Le Bombé" reviennent au village après un long voyage intergalactique, pour régler quelques affaires de succession. Ils promettent à leur ami extraterrestre de lui faire signe – utilisant la bonne vieille méthode des flatulences – quand tout sera en ordre, afin qu’il revienne les chercher. Malheureusement, la nourriture aseptisée et les légumes OGM ne permettent pas de telles réactions physiologiques, il leur faut trouver un autre moyen s’ils ne veulent pas rester sur Terre…
 
ASKETILL ou le chaudron des dieux
Dans la Normandie des Vikings, une famille de normands moyens est victime d’un corbeau. Les parchemins anonymes sont toujours signés de la lettre A…
 
« Selon moi, Les pitches de Christelle B. sont ceux avec le plus fort potentiel comique, tragique, lacrymal, sublime et cinématographique, et aussi lamentable. "La Frange profonde", premier haut la main. On peut faire tout avec ça. Une bouse ou un chef d'œuvre. C'est le principe incertain du piche. Celui avec un monde sans pauvres est aussi très étonnant. Donc, personnellement, je pense qu'elle mérite le prix. »
Emmanuel Lautréamont, membre du Jury, qui a également apprécié certains piches de Norman Bates et de El Borrado.
 
Concernant le concours d’aillequoux, les choses sont bien faites, puisque c’est Rub, décidément très inspiré lui aussi, qui sort du lot, en particulier pour son haïku sur le film THE RALLY 444, qui a obtenu la meilleure moyenne.
 
A History of Violence 
Plouf dans le lac 
Permet mieux que le désert 
Aux fleurs de vivre 

Manderlay

Le nœud c’est le nœud

Des champs à perte de vue 
L’univers est clos 

Pirates des Caraïbes, le secret du coffre maudit
La robe qui flotte 
On n’est venu que pour ça 
Malgré le luxe/lux 

The Rally 444
Piano sur le pré 
Si c’est ça la musique 
Alors oui oui oui
 
« Pour les haiku, un seul m'émeut. Celui de Pirates aux Caraibes par Rub. Poignant. Et inattendu par rapport au film. Cet haïku apporte vraiment quelque chose, et fait critique. »
Emmanuel Lautréamont.
 
Nos deux lauréats reçoivent donc les félicitations du Jury, leur estime inaltérable, leur admiration éperdue, ainsi bien sur que leur récompense, qui sera accompagnée d’une photo dédicacée du Docteur Devo, je le décide comme ça, là, dans mon coin, sans avoir consulté l’intéressé.
 
Vifs remerciements encore au reste des participants, dont les œuvres sont désormais offertes à votre propre appréciation.
 
***
1. Concours de Piches
 
Contribution de Norman Bates.
LE 7e SOT
Dans un monde conquis par un informaticien milliardaire ayant hypnotisé le monde entier grâce a des économiseurs d'écrans, un groupe de rebelles tente de s'opposer à la corruption dans les prix littéraires.
COLLANT LE BARBU
Un vigile de supermarché, victime d'une agression, décide de se reconvertir dans le cinéma expérimental : pour cela il réalise un remake de SISTER ACT filmé uniquement avec des caméras de surveillances.
UNE VERITÉ QUI DÉRANGE
Un prêtre accusé de pédophilie se justifie en disant avoir confondu la bible avec l'autobiographie de Jean-Marc Lalanne.
 
 
Contribution de Megalomanu
PRUNEAU CRU
Un patron décide de délocaliser les pruneaux d'Agen à Shanghai. Bernard Menez, militant européen, décide de ne plus manger que des olives en signe de protestation.
LE DIABLE S'HABILLE EN FOUCAULT
Lors de l'émission "Les 100 plus grands sosies de stars françaises des années 90", le sosie attitré de Jean-Pierre Foucault révèle publiquement qu'il est en fait celui de Benjamin Biolay.
T'AS LA SIX ?
Lors du tournage d'une émission Thalassa, George Pernoud recueille Pinh-Ô-Chen, jeune vietnamien égaré à l'insu de son plein gré sur un boat people. Racheté par M6, Super Nanny le prend en charge, décide de lui faire oublier ses parents pauvres et cons et lui fait signer un CNE de dictateur chilien.
LA VIE DE LAURA
Laura est une jeune étudiante en première année de sociologie. Rêveuse et romantique, saura-t-elle faire la part des choses entre ses études, l'amour et son engagement auprès des animaux orphelins du refuge de Cathy ?
 
Contribution de Laurent D.
Galipodzilla
Un ancestral notable du Puy de Dôme souhaite marquer son règne sur la région en ordonnant la construction d'un parc à thème sur la cure thermale et les bienfaits des émanations de composants sulfurés. Les premiers travaux de forage dans les entrailles des volcans d'Auvergne réveillent un monstre géant oublié depuis la nuit des temps : Galipodzilla. Quelques kilomètres plus loin, dans une immense usine, un Bibendum géant gonflable s'anime, habité par l'âme du défunt industriel philanthrope qui lui avait donné naissance. Le combat sera titanesque !
 
Contribution du Cheyenne.
L'ILLUSION IRREELLE D'UN SOIR D'ETE
Une fête de famille Croate se passant sur l'île de Stupre est bouleversée par l'arrivée d'un mystérieux individu dopé aux phéromones. Quinze an plus tard, la famille se réunit à nouveau et tente de reconstruire l'histoire de cette fameuse nuit bachanalienne afin de connaître les liens de parentés des 25 nouveaux adolescents. Cependant, le cas de Grégoire, l'oncle de sa sœur et petit-fils de son père pose problème...
DRACULWARS, les vampires contre-attaquent
Alors que tout espoir est perdu pour la cause des rebelles, un obscure nain propage une technique secrète pour faire fuir les vampires. Petit à petit, sa technique de lancer de gousse d'ail s'étend à la galaxie toute entière. L'ultime combat opposera l'empereur es-plantage de canine contre le nain maître de jet d'ail.
MACROCOSMOS
Les insectes peuplent la Terre, depuis les forêts jusqu'a nos habitations en passant par la Lorraine. Venez découvrir ce merveilleux film documentaire sur les soldats de l'infiniment petit filmés depuis la Station Spatiale Internationale à l'aide de macro-caméras d'une résolution de 20cm, véritable prouesse technique.
VA TONDRE LA PELOUSE, JE FAIS CUIRE UNE PIZZA
Dans l'univers tropézien des années 70, trois amis d'enfance partent en camping quand ils tombent en panne devant un camp de naturisme suédois. C'est l'occasion pour nos larrons de s'en payer une bonne tranche jusqu'a ce que la police découvre qu'un dangereux receleur de gastronomie italienne se cache dans ce même camp. Nos trois héros décident de mener l'enquête. Une comédie légère et savoureuse à déguster en famille.
 
Contribution de Rub
Je pense donc je sue
Un chercheur d’une certaine corpulence se déshydrate à une vitesse folle lorsqu’il travaille, si bien qu’il sort toujours trempé de son bureau. Il consacre sa vie et ses recherches à tenter de solutionner ce problème.
Les commandos de la ciné-mort
Genre : policier/suspense. Un réalisateur iranien crée un buzz à Cannes en remportant plusieurs prix dont la Palme d’or avec un film où tous les acteurs jouent en djellaba et le visage intégralement voilé. Inutile de préciser que toute l’équipe du film est arrivée au festival pareillement vêtue.
Peu de hontes
1492, Christophe C. pose le premier pied européen sur le sable blanc des plages caribéennes. Son second lieutenant, Don Juan Inigo del Pastencia y Vuneyez, tombe rapidement amoureux du sorcier shaman de la tribu indigène qui les accueille.
 
[À ce piche, Isaac Allendo, membre du Jury, propose une variante : la voici.
Les derniers sacrements
1789, Christophe C. pose le premier pied européen sur le sable blanc des plages caribéennes. Son second lieutenant, Don Juan Inigo del Pastencia y Vuneyez, tombe rapidement amoureux du sorcier shaman de la tribu indigène qui les accueille. La royauté d’anglaise essaye alors de convaincre le nouveau couple d’implanter des cabanes à frites sur l’île pour redynamiser le commerce extérieur chez les homosexuels.]
 
 
Gothic International
Un groupe de métal québécois, exaspéré par les refus chroniques des programmateurs de salles de les produire sur scène du fait que leur batteur est sourd, crée un syndicat hautement protestataire.

Si les trois films suivants sont réalisés par le même cinéaste, les critiques de presse, ravis de pouvoir appliquer leur politique des auteurs, s’empresseront de les regrouper sous le nom de "triptyque des bigleux", ou encore "les 3 bigleuses".
Black In
Pour avoir fixé trop longtemps le soleil, un homme se retrouve avoir une tache sombre permanente au centre du champ de vision, lui empêchant de voir les visages des personnes qu’il regarde.
The (daily) night we called it a (mighty) day
Un soir, le petit Juju, en faisant de l’aquarelle, renverse de la peinture noire sur les lunettes de son père. Ce dernier part le lendemain au travail sans s’en rendre compte. Amateur d’ésotérisme à ses heures, voyant la nuit en plein jour, il croit le jour du jugement dernier arrivé.
Le rouge et le bleu
2029. L'homme n'a plus aucun self-control, ne peut plus décider de ses états d'esprit, est incapable de changer naturellement d'humeur; le système des émotions est complètement déréglé; c'est l'apathie générale sur Terre. Pour pallier à ceci, les industries pharmaceutiques (plus riche consortium mondial depuis le tarissement des sources de pétrole et l'effondrement de l'OPEP qui s'ensuivit) ont développé toute une gamme de pilules génératrices d'humeurs, qui sont rapidement devenues au XXIe siècle ce que le préservatif était au XXe siècle : une révolution médico-sociale qui ne tarda pas à s'intégrer dans les moeurs. Tout le monde en a et s'en sert tout le temps.
Ivan (prononcer "ivanne") Dupois, citoyen ordinaire de ce monde futur, se préparant en hâte (il a pris pour le déjeuner une pilule jaune/frénésie pour avaler plus vite les détestables aubergines au paprika de la cantine) pour un premier rendez-vous amoureux, oublie dans la foulée qu'il est daltonien et avale une pilule rouge/sarcastique au lieu d'une bleue/de bon goût.
[Ce précédent film, s'il voit le jour, donnera lieu à une relecture psycho-physio-sociologique de MATRIX, initiée par les Cahiers du Cinéma, qui bouleversera l'histoire des théories cinématographiques.]
Croissant fertile année zéro
2047. Depuis près/plus d’un siècle maintenant, le conflit israélo-palestinien perdure. Parallèlement, suivant la règle du développement exponentiel de la technique, la science est parvenue à des résultats concrets concernant les recherches sur l’espace-temps et les univers parallèles. Un projet aussi improbable qu’étonnant est voté à l’unanimité à l’ONU et mis en place : la séparation de la Palestine (au sens géographique) en deux espaces-temps disjoints, en deux univers parallèles. Lors du franchissement de la frontière la séparant du reste du monde, il faut désormais choisir quel état rejoindre : la Palestine ou Israël.
L'anti-vampire
Désespéré par l’écart sans cesse grandissant entre ses aspirations et la vie qu’il mène (ou plutôt qu’il subit), un philanthrope décide de se suicider en donnant son sang dans des centres de collecte partout dans le pays jusqu’à ce que mort s’ensuive.
Tales of a lion
La fantastique lutte pour la survie de deux lions siamois liés par la queue.
The screens from which come the screams
Le vidéodrome est un nouveau concept de complexe sportif, réservé aux étudiants. Fruit de la collaboration des ministères de la culture, de la jeunesse et des sports et de l’environnement, c’est un vaste parc naturel sis aux pieds des Alpes, où sont implantés un grand nombre de centres sportifs en plein air, dont un long parcours santé sillonnant tout le parc. La spécificité du site est qu’y sont implantés de nombreux écrans géants permettant de voir de tout endroit et pendant toute activité sportive (après s’être procuré une oreillette à l’accueil) les films diffusés 24h/24, films programmés par la cinémathèque française, partenaire du projet. Le système fonctionne à merveille et l’affluence est forte, jusqu’à ce que des films de Dario Argento commencent à être diffusés...
Ou bien que n’ai-je pourquoi donc pu
Film français. Juliette tombe amoureuse de Jean, qui lui aime en secret Barthélémy. Mais Jean a le sida et Barthélémy sort de prison. Draguée par Joséphine, une kenyane sans papiers, et encore bouleversée par son dernier avortement, Juliette se demande si elle ne ferait pas mieux de se faire nonne.
Bridge over the abyss of indifference
La poignante lutte pour l’intégration de deux éléphants siamois liés par la trompe.
Cry me your mother
Un jeune rappeur de la banlieue de Chicago trouve un soir dans un carton en bas de chez lui un vieux 33 tours de Frank Sinatra. Il l’écoute sur la platine de son pote DJ, et c’est la révélation : il décide de tout envoyer balader pour devenir crooner.
L’écume d’Eden