RESUME DE L'EPISODE 1 :
Mark est sur le point de conclure une grande  opération  financière lorsqu'il reçoit la visite de  la jeune mais  alerte Pélagie  qui doute à propos du vote, mais se trouve vite rassurée...


EPISODE 2:
Pendant ce temps-là, Marcus, frère aîné de Marc, est également assailli de doutes et se confie à sa maîtresse boudhiste Belinda, avec qui il entretient une liaison encore gardée secrète. A-t-il bien fait de s'engager publiquement comme il l'a fait ? En servant le Peuple avec vertu, ne s'est-il pas corrompu, comme le laisse présager la rumeur... ?





































A Suivre...
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Mardi 27 juin 2006

recommander publié dans : Potens, Ira et Eschatologhia
[Photo : "Event Cow-girls Get Hairy" d'après une photo du before du BILL YELEUZE ANNUAL SWIMMING POOL SHOW de 2005, à Ackron, Ohio, USA]




Hello Les Kemosabes,

La critique qui sent bon le désert et à l'haleine de cheval revient dans cet article pour suppléer in extremis à ce bon docteur trop accaparé au service des urgences. Changement de costume donc. Dans mon dernier Zédécédaire, j'avais tenté de faire état des films vus lors de mon dernier passage dans le ranch du Marquis, l'homme qui murmure à l'oreille des DVD les plus sauvages. Corpus Analogia, donc. On ne m'appelle que dans les cas désespérés, quand des critiques se sont échappées du corral. Il y a aussi du retard de chroniques dans les films au cinéma (Corpus Filmi), et on va donc essayer aujourd'hui de récupérer une partie du troupeau.

Oui, maintenant que vous me le dites, j'ai vu le film 16 BLOCS, réalisé par cette vieille ganache de Richard Donner (SUPERMAN). Poulet cuit et recuit dans le saké, mariné quoi, Bruce Willis, entre une légion d'honneur et une inauguration de Fête du Cinéma, joue ici le flic imbibé, foutu, largué et donc goulu comme un évier, le rapprochant encore plus, mais avec une moustache, de son rôle génial dont je rêve depuis des années : Homer Simpson dans la version live et long-métrage du dessin animé ! [Voir ici. On peut rêver, disent les plus sceptiques d'entre vous, mais ils n’ont pas encore vu le fabuleux BREAKFAST OF CHAMPIONS d’Alan Rudolph !] Flic à la ramasse donc, Willis doit escorter un petit délinquant du commissariat au palais de justice où il doit comparaître à 10h. Willis râle, il a déjà une nuit de service dans les pattes, et le dit prisonnier est aussi inoffensif que casse-bonbons (Mos Def). Au premier carrefour, bien entendu, le policier plus Johnny que Texas Walker va essuyer en plein New York un déluge de coups de feu. Il sauve in extremis son prisonnier, mais c'est sûr, il y a du flic ripoux sous France Roche. Il va falloir faire le chemin jusqu’au tribunal à pieds.
Bah ! De la petite série B, voilà tout. C'est plutôt soigné : photo bleutée-thriller, of(f) course, un peu de cadre, décors sympas et petits retournements de situations bienvenus. Flic pété, gueule de bois et bedaine en avant, Willis fait son numéro sans trop faire de demi-cercle de la tête avec la bouche en cul de poule (de 3/4), ce qui repose. La situation est bien pourrie, ça pourrait être sympa comme tout. Les scènes d'actions sont souvent plus hésitantes, avec caméra sur gigotis de rigueur, modernes quoi, et donc excessivement impersonnelles. Ça trainasse assez vite dans la dernière longueur, plus attendue et en même temps pas du tout, mais un peu frelatée par l'ambiance Butch Cassidy en position sacrifice, histoire de faire sortir, un peu, les kleenex. Mouais. Mos Def est doublé en casse-rouille zyva insupportable, dévoilant enfin ce que pensent les responsables du doublage : en banlieue, on parle zyva, façon les Inconnus ! Très crédible, surtout dans un thriller un peu glauque. On se croit dans le PRINCE DE BEL AIR, horreur ! Donc, dès qu'il ouvre la bouche, on se casse, fuyant le doubleur zélé et pénible qui mérite largement le licenciement. À part ça, on passe un moment qui passe devant cette série qui ne flatule pas beaucoup plus haut que ce qu'elle est. Ça passe le temps, et ça vaut mieux qu'un BRONZÉS 3 ou un CAÏMAN. Ça permet de rester digne, donc ! À noter ici la présence du toujours improbable David Morse (le flic bizarre de DANCER IN THE DARK, ici en flic ripou, décidément !). Regardable. Un peu dans la veine OTAGE, précédent Willis, mais sans expression personnelle, contrairement au film de Siri qui par moments (et pas les plus moches) arrivait largement à tirer son épingle du jeu.

Le lendemain, je vais voir FIREWALL de Richard Loncraine, vieux compagnon de petite date. J'y vais pour Loncraine. C'est exactement pareil que 16 BLOCS, policier du dimanche soir, Hollywood Night soignée mais de série B quand même, en quelque sorte (seulement). Ici Harrison Ford, King de la protection informatique des données informatiques (logique, somme toute), qui voit sa famille se faire kidnapper chez lui et qui doit, en échange des vies sauves, vider les comptes en banque, sinon on les tue. Non, non, ne touchez pas à ma famille, s'il arrive quoi que ce soit à ma fille, etc., menaces d'impuissant. Papy Ford (moins décati qu'en vrai, épuisé par ALLY Mc BEAL sans doute, le bonhomme parait 75/80 ans facile en interview) paraît assez alerte et smart, un peu comme dans la pub Toyota. Le sujet est rebattu, l'originalité étant que Ford est buggé à mort de micros espions et qu'il est surveillé par des caméras cachées au travail. Les ravisseurs du petit Juju (le gamin de POSÉÏDON, brrrr...) peuvent donc vérifier en direct si Ford joue le jeu et dévalise bien les comptes ! Je ne vois pas trop ce que les critiques du bureau pros (opposés à la critique sauvage de cow-boy que je pratique) ont trouvé là dedans qui leur fasse penser que la chose ressemblât (Mon dieu !) à 24 HEURES (faut pas déconner, quand même) ? En tout cas, si la photo léchouille à mort, et ô surprise, en privilégiant les teintes bleu-thriller (comme 97,54% des thrillers !), est soignée, pas grand chose sinon : cadre gentil vite détruit par une échelle de plans téléfilmesque et rapprochée donc, scène d'action montée en tirant à la courte paille et sur gigotis une fois de plus. Beaucoup moins plouc que 16 BLOCS, on préférera donc le Willis, surtout que Ford, franchement, faut se le farcir ! Quel plat de nouille ! Donc, FIREWALL est banal à crever, mais avec un embryon de départ sympa et une photo léchouillante. Et un casting sympa de seconds rôles : Robert Foster, la sublimissime Virginia Madsen (fabuleuse dans CANDYMAN, le chef-d'œuvre à moins de 5 euros neuf en DVD, qu'attendez-vous, bon sang ???) dans le rôle de la maman du Petit Juju et Mary Lynn Rajskub (formidable folle de Roswell dans MYSTERIOUS SKIN, très bonne actrice), ici un peu sous Prozac quand même. Aucun intérêt donc. Je crois même qu'il y a à la fin une scène avec Médor, le chien de la famille. Au secours !
Richard Loncraine, disons-le, est un bon réalisateur, ou l'était du moins. Il réalisa le superbe LE CERCLE INFERNAL (FULL CIRCLE), film fantastique méconnu avec Mia Farrow. Ce film est sublimissime ! Il vient de sortir en France en DVD, mais ne l'achetez pas : le film est au format 1.85... alors que le vrai format est 2.35 (scope). Donc, c'est recadré. Quel dommage, car le film est désormais introuvable. Mais par pitié, n'achetez pas le DVD : LE CERCLE INFERNAL est film tellement splendide que ça vaut le coup d'attendre de le voir dans de bonnes conditions. [Ceux qui veulent essayer le DVD peuvent aussi regarder un tableau de Van Gogh sur une photocopie noir et blanc et en pliant la moitié de la feuille !]

On continue avec des pouliches françaises de race, élevées à Saint-Cloud dans le plus grand luxe. Mais ne vous laissez pas surprendre, elles ont des mœurs de coyotes texans ! LES BRIGADES DU TIGRE, quelle bonne idée, me dis-je ! Vivement TOURNEZ MANÈGE LE FILM, ou SAMANTHA LE FILM (ce dernier va vraiment être réalisé ! Bonne journée à vous !). Film français de série A, film à costumes, film adapté d'une franchise, et film avec Clovis Cornillac (dire que les américains ont Elijah Wood ou Wentworth Miller, ou James Spader... Nous, on a Cornillac ! Mangez du bœuf !), LES BRIGADES DU TIGRE cumule à peu près ce qui se fait de pire dans votre beau pays !
Bref, ça sent l'arnaque à douze mille kilomètres, et encore plus la naphtaline. On est largement aussi excités que d'aller voir en avant-première ASTÉRIX 4 en présence de l'équipe du film. Bon, on peut le dire, c'est moins pire que prévu, et il y avait même là quelques maigres ambitions. Premier "atout", le scénario très peu réaliste et très exagéré (notamment une Princesse Russe, noble de sang donc, qui prend fait et cause pour la révolution gauchiste la plus violente !), et un vrai effort, en plus, dans les dialogues qui recréent un parler Seconde République des plus artificiels et gouleyants, qui rend la chose assez drôle et un peu non-sensique parfois. Voilà qui sert le casting. Cornillac est Cornillac, l'acteur ACDC (position off ou on, pas de nuance, égal à lui-même, sans saveur). Edouard Baer s'en sort le mieux, avec un rôle incisif, souvent méchant. Bien. Olivier Gourmet, lui, se sort enfin des Dardenne, du Nord et des corons pour investir la comédie, ce qui lui va très bien, le bonhomme étant, je trouve, largement sous-exploité tant par le cinéma commercial que celui dit "art et essai". Bon. Les seconds rôles par contre sont sans intérêt. Les plus pervers d'entre nous se rueront sur Thierry Frémont, ici russe (ouiiiiii !), et totalement splendouillet jusqu'à la moelle !
Côté mise en scène, première surprise, on sent que le scénario a été écrit justement, par endroits seulement mais c'est déjà assez exceptionnel, dans une perspective de mise en scène, et pas seulement dans une perspective narrative ! Sur le papier, c'est déjà un exploit ! Chose doublement bizarre, car dans les séquences qui révèlent ce trait, il y a un réel effort d'aller chercher l'inspiration chez les Ricains, et pas n'importe lesquels. Ça concerne essentiellement deux séquences. La première est celle de la poursuite à 40 à l'heure (cf. JADE de William Friedkin, très bon film) entre Cornillac en voiture et Jacques Gamblin (Ghostbusters !!!!!) en vélo ! Là, l'inspiration est nettement marquée. C'est une tentative de mise en scène à la Sam Peckinpah ! Oui, oui ! Et je dis ça sans rire ! Ralentis, la farine à la place de la poussière, etc. Étonnant, non ? Deuxième séquence, très longue, celle où le même Gamblin (who’re you gonna call ?), est reclus dans la petite maison dans la prairie. C’est un hommage direct à LA PORTE DU PARADIS de Michael Cimino (avec la même charrette enflammée). Ici, c'est plus intéressant, cette séquence étant bien intégrée à l'aspect non-réaliste du scénario (la foule de bourgeois vient voir la scène comme à un match de foot, bonne idée...).
Hélas, dans ces deux séquences, toutes les intentions tombent largement à plat. Le découpage est ignoble dans la première, l'échelle de plan est désespérément réduite et toute la spatialisation de l'action tombe forcément à l'eau ! Bref, on arrive exactement au résultat inverse d'un Cimino ou d'un Peckinpah ! Et c'est d'ailleurs sur ces aspects de la mise en scène que le film échoue. Le montage ne décolle forcément jamais, bien trop plombé par un découpage sans queue ni tête et un choix de cadrages trop frileux. Bien que le film soit assez richement doté (décors notamment) et en scope, les plans rapprochés (notamment dans la séquence de la poursuite) foutent tout en l'air, et empêchent le film de trouver sa logique de réalisation. Le plan rapproché, c'est à peu près le contraire de ce que font les deux maîtres américains. On reste donc bien en France se dit-on dans un soupir. On reste donc bien en France franchouille même, et le film redevient vite anonyme malgré ses bonnes intentions. Alors évidemment, par rapport à
L'EMPIRE DES LOUPS et autres séries Z de luxe qu'on produit chez vous, c'est mieux. La marge de progression est énorme :  changement = améliorations ! Bon, on se dit qu’au moins, un gars en France a vu Peckinpah et Cimino, c'est déjà ça. Ça n'empêche pas le film de sentir la naphtaline, mais c'est un progrès, en plus de dialogues entre brigadiers plutôt travaillés. Raté, donc, mais un peu réfléchi.

Ne reculant devant rien, il fallait voir JEAN-PHILIPPE avec l'ignominieux Johnny Hallyday. Pour le Marquis, c'est le film du Diable. Il déteste Luchini et Hallyday. Le cauchemar le plus ignoble, et d'autant plus flippant qu'il est réaliste, consiste pour le Marquis à être en territoire français le jour où Johnny mourra ! Et je dois dire que cette perspective m'effraie aussi. Tu le sens, le deuil national qui monte ?
Ici, on s'est déplacé car l'histoire, même si elle concerne l'affreux Jojo, rappelle carrément un scénario de Harold Ramis. Je suis donc allé jeter un œil à cette comédie fantastique.
Bah... Que dire ? On sent que le scénario a été réécrit plusieurs fois, dans un esprit de rationalisation et de polissage narratif à l'américaine. Bon, ça aussi c'est un progrès. La scène d'ouverture entre vite dans le lard, c'est agréable, et semble être un montage alterné entre parc des princes et Ploucville, ce qu'elle n'est pas. Cette première scène, réalisée de manière anonyme mais regardable, est simplement triste, voire un peu glauque : ça marche. Luchini luchine ensuite, mais plutôt sotto voce, conte toute attente. Cependant, le soufflet retombe vite. L’intérêt de ce scénario, c'est le conflit Luchini-Hallyday une fois que les deux se sont rencontrés. C'est l'affrontement entre le genre fantastique et la comédie (donc le réalisme). Comment convaincre un pauvre plouc (Johnny) de l'histoire impossible de Luchini, coincé dans un décalage temporel ? Impossible bien sûr ! Et donc intéressant. Malheureusement, cette option est vite résolue. Johnny accepte sur le champ ! Quelle mauvaise idée ! Évidemment, Johnny fera quelques remarques de principe du genre "comment j'ai pu suivre un fuuuuuh pareil !" mais sans conviction. Du coup, le film cherche simplement à déployer un poussif développement en trois actes, un peu too much, et perd tout son intérêt. On est loin au final d'un quelconque effet Harold Ramis. La mise en scène est assez laide, avec des pointes médiocres notamment dans la scène finale très TF1 dans l'esthétique, et la très bizarre scène montée entre Luchini et Jackie Berroyer (qui ne sont jamais rencontrés, à l'évidence), qui fait quasiment mal aux yeux et dont on se dit qu'il a dû y avoir un problème technique ou des pertes de rushs ou je ne sais quoi. Ça sent la bricole... Pour le reste, je ne me souviens absolument pas ou peu de la mise en scène... Une belle idée qui accouche d'un film plan-plan. Mouais... On est bien en France.

Quatre films, deux systèmes semblables avec divers régionalismes. Sur le plan artistique, l’avantage est quand même aux états-uniens, bien sûr, dont les films reflètent un facteur technique bien supérieur, la moindre série A étant au minimum éclairée avec des pincettes, et la spatialisation étant quand même plus efficiente. Ces choses-là, ça se joue finalement à peu !

[Le docteur me signale que le juke-box, dans la colonne de droite, remarche, Hiiiiii Yaaaaaah, et sans qu'on soit intervenu ! Merci Dieu !]

Bill Yeleuze.
 

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Lundi 26 juin 2006

recommander publié dans : Corpus Filmi
(Photo : "Poésie de Kholkoze" par Dr Devo)




Chers Focaliens,
 
On va se remettre de nos émotions. Faire la révolution est assez épuisant. Et je l'ai quand même faite deux fois en quelques semaines. Dans la REVUE DU CINEMA (disponible dans toutes les maisons de presse), je créais ni plus ni moins qu'un nouveau courant critique, à travers la rédaction d'un article sur le merveilleux KLIMT de Raul Ruiz. Courant absolument novateur, car cette nouvelle façon de faire de la critique est absolument inédite à ma connaissance. Pour l'instant, je suis le seul critique de ce mouvement. [Je ne vous dit pas de quoi il en retourne, mais ce n'est pas rien...]. Hier, je décidais enfin de mettre au point une Charte de la Critique, c'est-à-dire une série d'engagements pour améliorer la qualité de la critique mondiale ! Et je suis sûr que ça marche ! [Mr Mort a, tout de suite après avoir lu l'article, pris son téléphone et m'a proposé d'envoyer la Charte à tous les critiques professionnels ! C'est vrai que ça serait marrant.]
 
Changement d'herbage réjouit les veaux. Et c'est ainsi que j'ai regardé hier le documentaire de Pierre Carles, PAS VU PAS PRIS. Un petit documentaire, voilà qui va me reposer, me dis-je de manière totalement méprisante. J'ai déjà évoqué ce que devrait être selon moi un documentaire. Disons pour faire court que je pense que le doc devrait être mis en scène, superbement éclairé, magnifiquement cadré, et au besoin, on devrait pouvoir refaire des prises avec les interviewés, voire réécrire leur texte. Au final, on aurait une approche du Réel beaucoup plus véridique et intéressante. Et les documentaires prendraient enfin leurs distances avec leurs cousins dégénérés : les reportages télé (qui sont l'étalon du documentaire, et le modèle à suivre, d'où l'appauvrissement du genre). Bref, en général, les documentaires, malgré les qualités d'investigation (parfois), et malgré les sujets abordés, sont souvent des objets poussifs et laids ! On en a déjà parlé dans ces pages.
 
En 1995, lors des cérémonies commémorant le cinquantième anniversaire du débarquement allié sur les plages normandes. François Léotard est alors Ministre de la Défense. Les télévisions suivent l’événement et lui consacrent une journée spéciale. Léotard doit faire une interview en duplex de Normandie pour TF1. On l'a préparé : maquillage, micro, etc. Il attend le début du duplex. Etienne Mougeotte, vice-patron de TF1, profite de ce petit temps de pause où le ministre attend sagement son tour pour venir le saluer. Une conversation s'engage. Les deux hommes se connaissent bien de toute évidence. Ils sont à tu et à toi. Ils commentent un peu l'actualité politique. Ils débinent quelques hommes politiques. Mougeotte explique que les lois anti-terroristes sont bien vues de l'opinion ("Même mon fils de 18 ans qui est assez anti-flics et tout ça, il trouve ça bien..." dit Mougeotte), patati, patata... Une conversation entre deux gars qui se connaissent très bien quoi ! Et puis, Léotard prend des nouvelles de TF1. Comment ça marche LCI ? Bien, bien, un vrai succès... patata patata... Mougeotte finit par aborder un sujet épineux : la révision du cahier des charges concernant les publicités sur les services public et privé ! On est très inquiet, explique Mougeotte, que le gouvernement ne prenne des mesures défavorables à TF1 !
Ce que les deux hommes ne savent pas, c'est qu'ils sont dans le champ de la caméra et que le micro de Léotard est branché. Bien sûr, la scène ne sera pas diffusée sur TF1. Mais la régie a déjà ouvert le canal satellite, ce qui veut dire que la conversation filmée et enregistrée passe du car régie en Normandie à la régie parisienne de la chaîne ! Et un petit malin a enregistré la conversation en piratant le canal ! Quelques jours plus tard, le journal LE CANARD ENCHAÎNÉ révèle l'affaire !
Pierre Carles se procure le document. Ça tombe bien, car Canal Plus prépare une émission spéciale de plusieurs heures sur les rapports entre politique, pouvoirs et médias. Ils ont demandé à quelques réalisateurs, dont Carles, de faire une sujet de 10 minutes / un quart d'heure sur le thème. Carles imagine alors un dispositif original. Il décide d'aller interviewer des grands responsables d'émissions politiques ou de reportages. De tous bords, services publics et privés. À chaque fois, le scénario est le même : Carles, au milieu de l'entretien, leur montre la conversation Mougeotte-Léotard et leur demande de réagir à l'aune ce leur expérience et de leur intime conviction. Il leur pose la question suivante : pourquoi ce document, largement abordé dans la presse écrite, n'a jamais été diffusé sur une chaîne de télé française ? Les réactions des interviewés sont quasiment unanimes : ils sont plus ou moins furieux !
Carles monte son reportage (PAS VU À LA TÉLÉ), et l'envoie à Canal Plus. La réaction est assez brutale : pas question de diffuser un tel brûlot aux méthodes "staliniennes" (dixit Alain De Greef, numéro deux de la chaîne et responsable des programmes). Carles remonte le sujet, mais fait face à un nouveau refus de la chaîne cryptée. Motif : son sujet n'analyse pas le thème abordé !! Le reportage ne passera jamais sur la télé française...
 
Bon sang de bois, me dis-je en éteignant le magnétoscope à la fin du documentaire ! Quelle histoire ! On l'aura compris, PAS VUS PAS PRIS est un documentaire sur l'histoire de ce premier reportage de 12 minutes commandé par Canal plus, et les déboires qui s'en sont suivis pour Pierre Carles. Et c'est tout bonnement passionnant. Carles a bien fait les choses en toute logique. Il montre les interviews des responsables télé, leur réaction lorsqu'ils voient la cassette Léotard-Mougeotte, et la suite de la conversation qui en général tourne au vinaigre. Puis il montre la réaction de Canal Plus dans tous les détails. Enfin, il analyse la réaction des émissions de télé parlant de la télé (notamment une émission de Canal Plus animée par Denisot), alors que cette affaire de censure est révélée dans la presse écrite (Libération, Le Monde et encore une fois l'impeccable CANARD ENCHAÎNÉ). Ensuite, il élargit le sujet en analysant les différences entre le discours de principe sur les médias et leur rôle indépendant, et les faits, notamment de la part des journalistes qui ont été invités par Chirac quelques temps plus tard pour l'interviewer. Voilà.
 
Le procédé de ce documentaire est simple. C’est quasiment du home-movie ! Carles, par précaution, a enregistré toutes les conversations téléphoniques qu'il a eues avec les responsables de chaînes pendant toute cette aventure. Il dispose là d'une mine d'informations vertigineuse ! On assiste donc à un véritable bal des faux-culs, tout en off bien sûr, où les différents responsables éditoriaux, de Canal Plus notamment (dont l'épouvantable Philippe Dana, responsable de la journée thématique de Canal sur les médias et le pouvoir !). En enregistrant ces conversations à leur insu, Carles a accumulé un matériau passionnant, car il couvre toutes les étapes de la fabrication du reportage, des pressions exercées sur lui puis de la censure dont il a été victime.
 
Et c'est une véritable galerie des horreurs. Ce qui est absolument étonnant, c'est l'homogénéité des réactions. Les producteurs d'émissions et les journalistes qui reçoivent Carles disent tous plus ou moins la même chose. D’abord, ils se vautrent dans de grandes déclarations passionnées sur l'indépendance des médias, leur farouche volonté de liberté éditoriale, et patati et patata... Puis Carles leur montre la cassette, et là le discours change du tout au tout.
Ce qui est extraordinaire dans ce film, c'est la violence des réponses, à la vue du document lui-même. Carles n'a pas choisi de révéler un scandale immense. Cette conversation entre Mougeotte et Léotard n'est pas le nouveau Watergate ! Je dirais même plus, c'est du pipi de chat comparé aux affaires qui agitent le gouvernement en ce moment (Clearstream bien sûr, ou encore le scandale des ventes d'actions Airbus, très ubuesque !). C'est juste un petit document anodin mais qui révèle non seulement la connivence de deux mondes censés être distincts, au moins sur le papier. Les journalistes sont en principe un contre-pouvoir, et devraient plus ou moins garder leurs distances et leur indépendance face à l'influent monde du politique. Et d'une. Ici, on voit bien que la connivence est réelle. La conversation piratée n'est rien d'autre qu'une petite séance de travail impromptue et off. C'est déjà hallucinant. Mais là où il y a un tout petit scandale dans les faits, mais symboliquement ahurissant, c'est lorsque Mougeotte parle de cette révision du cahier de charges du service public par rapport aux coupures pub. Il se dit inquiet, et demande sans vergogne à Léotard de faire remonter l'infirmation. En clair, on assiste à une opération directe et sans ambiguïté de lobbying ! Un journaliste (ici un responsable éditorial) fait pression sur un politique qui ne s'en offusque pas, car il en a l'habitude. Dans les faits, c'est peut-être un épiphénomène, mais dans le principe c'est scandaleux ! La disproportion des deux est déjà intéressante, mais lorsque Carles recueille et montre les interview qu'il a réalisées, c'est d'une violence exemplaire. Les réactions sont d'autant plus violentes que l'événement semble banal ! C’est très étonnant.
 
Si vous êtes un peu cynique, les réactions des présentateurs et producteurs d'émissions d'information vont être du miel pour vos yeux et vos oreilles. Quel délice ! Tous ces responsables sont finalement pris la main dans le sac. De superbes déclarations d'indépendance, suivies dans la minute d'un déni immédiat, suivi dans la minute d'une violente attaque envers Carles qu'on traite grosso modo de salaud, de menteur et d'incompétent. Le bal des hypocrites est ouvert, et il y a du monde sur la piste. Ça saigne sur le dance-floor !
 
Premier point frappant, l’unanimité des visages. Ils viennent d’horizons très différents. On retrouve Patrick de Carolis et Bernard Banyamin (de France 2), Michel Denisot, Alain Duhamel (qui, à l’instar du Professeur Rollin, a toujours quelque chose à dire en tant que roi du cacheton éditorial politique), Guillaume Durand, Anne Sinclair et feu le pas du tout regretté François-Henry De Virieu, producteur et présentateur de la défunte HEURE DE VÉRITÉ. Enfin, Charles Villeneuve. Tous les horizons, privé et public, et quasiment tous les âges sont représentés. Et unanimement, on voit leur visage se décomposer pendant qu’ils voient la fameuse cassette pirate proposée par Pierre Carles. Si certains sont gênés et bouillent intérieurement (Sinclair par exemple, Carolis, etc.), d’autres sont nettement agressifs, tels Villeneuve, Banyamin, Duhamel et le champion du monde De Virieu. Eux ne vont pas tourner autour du pot, trouvant la question honteuse, et vont montrer au grand jour leur personnalité fondée sur l’expérience, bien sûr, ce célèbre argument quand il s’agit de faire fermer sa trappe à quelqu’un, et jouer de leur "pouvoir", entre guillemets, c'est-à-dire mettre en boîte le timide Pierre Carles, lui faire bien comprendre qu’il n’est rien, et que tu vois, Coco, si on est encore là après tellement de temps, c’est qu’il y a une raison.
Mais Carles est un type têtu peut-être, et surtout rigoureux. Il sait que sa question est bonne. Et il sait que la décomposition des visages, qui progressivement tournent à l’agressivité hiérarchique, n’est qu’un prélude. La défense tient en deux points pour ces grosses huiles de la télé. D’abord, les journalistes tutoient les politiques et réciproquement, et c’est tout à fait normal. Les deux parties font partie du même monde professionnel et, bien sûr, ça crée des liens. Ce sont des confrères en quelque sorte. On les tutoie en privé et on les vouvoie sur le plateau, il n’y a pas de scandale.
Premier glissement sémantique. En jugeant vite, et puisque Carles veut faire preuve de justesse morale, l’argument, si on le survole, tient. Mais, cher lecteur, tu le sens, qu'il s’envole ? Ben oui ! Il y a glissement sémantique. Bien sûr, Carles est effaré par la connivence entre Mougeotte et Léotard. Bien sûr. Mais ce n’est pas le point qui choque Carles en premier lieu. C’est un symptôme, et non pas la maladie. Ce qui est ahurissant dans ces images, c’est la tentative éhontée de lobbying que Mougeotte tente auprès de celui qui est, à l’époque, Ministre de la Défense, et donc membre du gouvernement ! Il est là, le mini-scandale ! Et ça, bien sûr, nos amis de l’audiovisuel, qui il y a cinq minutes nous disaient qu’ils n’avaient aucun tabou et qu’au nom de la liberté de la presse et celle du public à savoir, il n’y avait pas de limites à avoir si on se disait journaliste, tous bottent en touche et déplacent le centre de gravité de l’affaire. "CE TUTOIEMENT N’EST PAS GRAVE". Voilà. Belle effet de manche, les gars, bel effort de rhétorique spécieuse ! Tous n’ont pas compris que le scandale dans cette bande vidéo, c’était la tentative de lobbying ! Je pense qu’ils le font à moitié sincèrement d’ailleurs, ce qui est encore pire ! De là à dire qu’ils ne voient pas du tout ce en quoi ce lobbying peut être choquant (ils ne retiennent que l’accusation de connivence personnelle), il n’y a qu’un pas qui fait carrément plus peur encore ! Premier point, déjà très sympathique.
 
[Entre deux, Carles montre un extrait d’un des rares reportages télévisés sur la télé et les politiques, où l’on voit Anne Sinclair rencontrant Laurent Fabius avant un 7/7 : oui, ils se vouvoient, mais en plus, Sinclair vient préparer l’émission en demandant carrément au bonhomme quels sont les thèmes qu’il veut voir abordés, dans quel ordre et dans quelles perspectives ! Le temps de George Marchais est révolu ! Vous vous souvenez de ce sketch de Bernard Mabille Le Luron imitant le patron du PCF ? "Mr Marchais, ce n’est pas question !" Et George de répondre : "Oui, mais ce sont mes réponses ! J’ai compris le truc ! Vous venez avec vos questions, et moi, je viens avec mes réponses !". Ici, loin de cette fiction, et dans une réalité bien moins drôle (quoique… si on a de l’humour noir !), Sinclair et Fabius vont plus loin : ils préparent les questions et les réponses ensemble !]
 
Deuxième point complètement soufflant, les argumentaires de Denisot, Duhamel, Sinclair, et surtout (dit de manière plus explicite) de De Virieu et Villeneuve. Pourquoi ne pas montrer ces images à la télé ? Mais mon brave Mr Carles, on adorerait les montrer, mais elles n’ont aucun intérêt (1er argument) et en plus, les français, ils ne veulent pas savoir ça (deuxième argument). Ça n’intéresse pas le public. D’ailleurs, nous journalistes, nous aimerions bien les passer, ces images, mais c’est le public qui s’en fout. Moralité (tenez vous bien et même tenez-vous mieux) : le public fait pression sur les contenus éditoriaux des grandes chaînes pour qu’on ne parle pas de faits qu’il ignore ! SUBLIMISSIME ! J’adore ! À ce moment du documentaire, j’ai véritablement pleuré de rire ! Comme dit Denisot à Carles : "on s’en fout de que je pense de ces images, et on s’en fout de ce que vous en pensez". [On = toi et moi, cher lecteur !] Ou encore mieux, De Virieu à qui Carles fait remarquer que la presse écrite (dont on peut supposer que le lectorat coïncide un tant soit peu avec ceux qui regardent les émissions politiques et d’information) avait parlé de cette affaire, De Virieu répond donc : "Mais si le CANARD ENCHAÎNÉ dévoile l’affaire, c’est bien et même très bien ! C’est leur rôle de journal de contre-pouvoir". Mes Amis, la messe est dite.
 
Les deux seules personnes qui ont un peu les pieds sur terre et qui parlent sans langue de bois sont curieusement le présentateur de CULTURE PUB (très bonnes analyses !) et Jacques Chancel ! Lui, il m’a sidéré. Voilà un type que je n’aime pas. Ecoutez la RADIOSCOPIE de Salvador Dali (qui est un grand moment de radio, absolument merveilleux) et vous comprendrez pourquoi. Il y a un Michel Drucker qui sommeille en lui. Mais je dois dire qu’il a ici largement remonté dans mon estime, en répondant franchement, d’une part, et sans essayer de donner forcément une bonne image de lui. Sa parole est franche, l’analyse pas conne du tout (il revient sur le syndrome du tutoiement évoqué par Anne Sinclair, mais en mettant le paradoxe sous une lumière bien plus simple et bien plus passionnante), et c’est à peu près le seul, avec le gars de CULTURE PUB, qui semble avoir du respect pour son camarade journaliste et son enquête. En clair, c’est le seul qui ne le prend pas pour un con, notre ami Carles ! Bravo.
 
Je passe sur le reste. Le documentaire que je vous laisse découvrir insiste beaucoup également sur les réactions des journalistes interviewés quelques jours après (ils vont tous se plaindre à Lescure, patron de Canal Plus ! Belle solidarité !), sur les tentatives patientes de Carles pour remonter son reportage, et enfin sur l’incroyable lavage de cerveau que la télé, et notamment Canal Plus (qui a pourtant commandité le doc de Carles !) va opérer en se présentant comme victime de l’infâme Pierre Carles, ici décrit un peu à la Hitler, et donc avec la finesse que vous imaginez !
 
On rie énormément face à ce documentaire, et on a également très envie de pleurer. Si les enregistrements sont basiques (pas de lumières, pas de cadrage, etc.), on soulignera ici l’inventivité de Carles dans la facture de son projet. Les articulations sont subtiles et les passages qui utilisent le montage de manière singulière sont nombreux. Voilà qui, en plus du sujet édifiant, font de PAS VU PAS PRIS un film complètement indispensable. Et encore, nous sommes en 2006, soit huit ans après, et dieu sait que la situation journalistique à la télé s’est encore dégradée… En tout cas, en analysant un micro-fait sans conséquence autre qu’éthique, en tirant les fils de sa pelote sans en avoir l’air, Carles découvre une abysse monstrueuse de bêtise et de cruauté…
 
[Un mot avant de partir. Karl Zéro est un personnage très intéressant dans le film. Je crois qu’il veut faire sincèrement travailler Carles. Mais il représente lui aussi une des briques du mur ! Zéro, qui finalement ne passera rien de rien, est exactement le portrait d’une impertinence contrôlée et "autorisée", comme disent les anglo-saxons. Lui aussi est complètement à la solde du système, et donc muselé. On est, là encore, dans le faux.
Tout cela m’a rappelé la photo, il y a quelques mois, de Serge July, patron de Libération pris en flagrant délit de bisous à Nicolas Sarkozy ! Qu’on soit de gauche ou de droite (là n’est pas la question), comment peut-on souhaiter encore que le journal Libération continue à publier, à l’heure où sa mort approche ? Peut-on vraiment être désolé pour eux ? Allez voir ce film, et réfléchissez bien avant de répondre…]
 
Librement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Vendredi 23 juin 2006

recommander publié dans : Corpus Analogia

 (Photo : "Critiques Evaluant Leur Pertinence" par Dr Devo)



Chers Focaliens,

Voilà un peu plus d'un an et demi que nous parcourons ensemble les terres cinématographiques les plus diverses. Nous avançons quelquefois dans des territoires à peine défrichés, où l'homme ne met quasiment jamais les pieds, et nous explorons de la même manière les endroits les plus surpeuplés, tout ça dans un bel élan de générosité. Rien que pour vous. Bon.

À votre disposition, Mesdames et Messieurs, votre serviteur, créateur de la chose. Et bien entouré, le bougre ! Le Marquis d'abord, co-directeur de l'agence, homme de sagesse, passionné de la cinématographie naniste (avec des nains ; pas de jeux de mots, s'il vous plait !) et directeur de la Dévédéthèque Nationale. Mr Mort, esprit totémique, Dieu de la réconciliation par le chaos, plume acerbe et toujours passionnante, conscience anarchiste de la Geste Focaliseur. Tournevis, l'homme de l'intérieur, féru de cinéma de genre et héritier indirect de la lignée Starfix. [Ici, arrêtez-vous et faîtes hommage aux années 80, déjà défuntes...] Le Sheriff, théologien, puissant analyste de la chose politique et vecteur d'une lecture saine de la chose audiovisuelle, qui nous gratifia de superbes analyses métaphysiques et morales sur Koh-Lanta, et qui très sûrement recommencera cette année. Anne Archy, celle qu'on appelle quand plus rien n'est possible, dans les situations les plus désespérées, et qui, sur ce site, hérite des articles dont personne ne veut. Ce qui l'a propulsée comme spécialiste du cinéma kung-fu, elle qui ne jure que par celui de Marguerite Duras. Tchoulkatourine, enfin, impériale magnificence du commentaire en bas de pages qui se révèle toujours être d'une splendide beauté intellectuelle et littéraire (voir son premier article ici). La classe. Enfin, en coulisse, Bernard RAPP, esprit fin, cappeloesque parfois, juste comme le couperet de la guillotine toujours, esprit unique dont on a cassé le moule, mais néanmoins ne refusant jamais une bonne joute en forme de fritage. Guerrier sanguinaire pour les uns, mais chirurgien de l'Amour et de l'Esthétique pour les esprits bien nés.

Tant de talents, si peu de temps. On me demande souvent, par sacs postaux entiers : "Quel est votre secret ?" C'est vrai, quand on y pense, ce n’est pas évident, la chose. Le talent ne fait pas tout. Le travail en fait encore moins. Ce qu'il faut pour faire d'un site critique une chose sublime et merveilleuse, c'est... de la morale ! La critique est affaire de morale !

Nous avons beaucoup esquinté les professionnels de la profession dans ces pages. Tout le monde en a pris un peu pour son grade, toujours avec pertinence et justesse. Et sans colère, malgré ce qu'ont pu penser quelques visiteurs. À l'exercice pratique, nous avons souvent également ajouté l'exercice fondamental, la recherche quoi, notamment dans cet article, toujours en cours de réécriture et d'approfondissement, dont il se trouve que je suis, humblement, l'auteur.

Producteurs, acteurs, réalisateurs, distributeurs, exploitants de salles, tout le monde en a pris pour son grade. Quand cela se méritait, bien entendu. Par contre, si dans l'article sus-évoqué, j'ai proposé à toute la profession (sur le plan universel) une solution pour améliorer durablement et de manière très tangible la qualité du Cinéma Mondial (ici pour les distraits), nous ne nous étions pas intéressés à la Critique. Peur de fâcher le confrère ? Peur de se critiquer soi-même ? Peur de dévoiler les recettes du succès ?
Il fallait que le trou soit comblé. Nous avons ici largement démontré que, à 98,57% du temps, le travail des critiques professionnels et amateurs était complètement lamentable. Si ces gens-là étaient architectes, sans conteste, la cause de décès la plus populaire dans le monde serait la mort sous effondrement d'immeubles.

Maintenant que cela est dit, il est temps d'arrêter le massacre. C'est ce que propose ce texte, qui est en fait une charte. En 69 points, voici un guide pour tous, amateurs, professionnels, critiques de comptoir ou de merguez-party. Celui ou celle qui respecte ce code est sûr de devenir l’un des meilleurs critiques au monde. Pourquoi ? Parce que le niveau est tellement bas que la marge de progression ne peut qu'être énorme. Parce que seulement 1,43% des critiques font leur boulot, non pas de manière génialissime, mais décemment. Ce n'est pas un jugement, ce n'est pas non plus de la voyance (je ne suis pas marabout), ce n'est pas une révélation religieuse, c'est du bon sens, de la morale. En suivant ces commandements et en ne les trahissant jamais, on devient possiblement un critique digne de ce nom, et avec un peu de chance et d'indépendance, un Grand Critique.

Mesdames et Messieurs, voici la Charte Devo de la Critique et ses 69 Points Grandioses (C.D.C.69.Points.G).


[Nota Bene : Certains points paraîtront peut-être redondants, mais en fait, il n'en est absolument rien. En fait, quelques uns sont reliés entre eux mais développent à chaque fois un problème et une nuance différents. Le CDC 69 Points G ne contient pas 69 points. C’est normal. Il y a sûrement des choses oubliées ou auxquelles nous allons penser en discutant de cet article. À l'instar de mon article SI J'ÉTAIS PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE..., cette charte en est à sa première version. Elle évoluera.]

AVANT LA PROJECTION

1) Ne jamais accepter de cadeau de la part de l'équipe de production ou de collègues critiques ! À la limite, les repas et tout ce qui se mange. Mais alors, concentrez-vous sur la nourriture.


2) Dans la salle, placez-vous de manière à être au centre de l'écran et prenez garde à pouvoir embrasser d'un seul regard la totalité de la toile. Comment allez-vous parler de mise en scène ou de cadrage sinon ?

3) Allez aux toilettes juste avant que le film démarre. Là aussi, c'est l'expérience des projections de presse qui parle. Le nombre de journalistes qui s’absentent cinq minutes est hallucinant. De la même manière, si vous êtes fumeur, allez vous en grillez une avant le film.

4) Évitez de regarder quelle est la longueur du film avant de le voir. Le cinéma est un jeu sur le temps. Laissez-vous surprendre en bien ou en mal. Mettez votre montre dans votre poche.


5) Ne jamais entrer dans une salle si le film est déjà commencé. Vous viendrez à la prochaine projection.

6) Allez voir des films de tous genres, de toutes époques et de toutes nationalités. Un critique est avant tout un spectateur. Alors aiguisez votre esprit et sortez des sentiers battus.

7) Ne jamais lire de critiques, résumés ou autres articles concernant le film avant de l'avoir vu. Le critique amateur pourra éventuellement écouter les avis de ses amis ayant vu le film, et ne choisira le métrage à voir qu'en fonction de l'affiche et des noms qui y sont inscrits. Ou alors il choisira au hasard, méthode que le critique professionnel s'efforcera de suivre également. Par exemple, il ne se battra pas pendant les conférences de rédaction pour avoir le droit d'écrire sur tel film. Qu'il laisse le hasard décider pour lui. L'adage selon lequel plus on choisit ses films de manière sélective, plus on en voit de bons n'est pas forcément vrai. De la même manière, le choix au hasard, couplé à une fréquentation assidue des salles, est excellent pour l'acuité du regard, et favorise l'esprit critique, justement.

8) Ne jamais s'estimer ignorant. Vous n'avez pas vu tous les films de Dreyer ? C’est dommage, car en général, c'est très bon ! Mais ce n'est pas un péché, et de toute façon, un bon film tient tout seul. Pas besoin d'avoir une thèse en Histoire du Cinéma. L'indépendance face au film est de toute façon toujours un atout. [Ceci dit, attendez-vous à ce qu'on vous reproche de ne pas avoir cette thèse.]

9) Approchez toujours les Classiques de manière circonspecte, toujours avec méfiance. Quitte à être surpris que ce soit si bon. Mais a priori, soyez soupçonneux envers les Classiques.


PENDANT LA PROJECTION

10) Un Critique est un spectateur avant d'être critique. Dans la salle, soyez un spectateur, n'essayez pas d'analyser outre mesure, n'élargissez pas votre point de vue pour embrasser une vision mondiale et historique du cinéma, et n'essayez pas de présélectionner ce qui est important. Un film s'apprécie subjectivement, comme une source de plaisir potentiel. Si le film a quelque chose à dire, il en restera quelque chose quand vous rédigerez votre article quelques heures après. Le critique n'est pas un marabout ni un sorcier, c’est un type qui regarde un film, un spectateur, et dans ce cadre, il doit faire son travail de spectateur, c'est-à-dire ne rien faire, et de se laisser aller.

11) Ne jamais partir avant la fin du film. Jamais ! [Cette maladie est également très répandue chez les critiques, et en général les fauteuils claquent en projection de presse !]

12) Interdiction de parler pendant les génériques  de début et de fin. [Vous êtes critiques, bon sang ! Ne faites pas comme le client lambda !]

13) Interdiction de prendre des notes pendant la projection. Le critique est d'abord un spectateur. Un film est justement un défilement de sons et d'images qu'on ne peut arrêter et dans lequel on peut et doit se perdre. Un spectateur normal ne prend pas de note. Vous, critiques, non plus ! Encore une fois, le critique n'est pas au-dessus de la masse et ce n'est pas un prêtre vaudou. Et puis, on n'écrit que des conneries dans le noir. Louper un point de montage est plus gênant que d'oublier tel ou tel élément prétendument important. Encore une fois, on ne dissèque pas le film pendant la projection. Laissez-le vivre, bon sang ! [Le nombre de journalistes prenant des notes pendant la projection est absolument effarant. Quiconque est déjà allé à une projection de presse sait que cette note sent le vécu. Pas plus tard que la semaine dernière, j'ai vu un journaliste prendre des notes pendant le film ! Il faut vraiment ne pas être sûr de soi !]

14) S'habiller en noir. Je ne sais pas pourquoi, mais je sens que c'est important.

RENCONTRER L'ÉQUIPE DU FILM

15) Si vous êtes invité à une fête ou à une réception pour la promotion d'un film, surtout ne parlez pas du film avec vos hôtes. Ou alors parlez leur de films qui sont le plus opposés possibles au film défendu par cette fête. Vous apprendrez sûrement des choses intéressantes en observant la réaction de vos interlocuteurs. En général, concentrez-vous sur le buffet et les petits fours. Mangez le plus possible. Un bon critique écrit le ventre plein.

16) Toujours vouvoyer l'équipe du film. Toujours !

17) Évitez au maximum l'attaché(e) de presse et le distributeur. Ces gens-là sont des marchands et font leur boulot, mais à l'instar du dossier de presse, ils ne vous serviront à rien dans votre travail. Sauf pour demander un petit café pendant l'interview. Ou demander un cendrier pour pouvoir fumer.

18) Si, pendant une interview, l'acteur ou le réalisateur vous dit quelque chose qui semble contrarier votre vision du film, faites le lui remarquer impérativement. Non pas dans un esprit guerrier, mais pour observer sa réaction et sa réponse. C'est dans celle-ci que vous aurez les réponses les plus originales et surtout les plus significatives.

19) Ne faites une interview que si vous y êtes obligés.

DANS L'ARTICLE

20) Interdiction de discuter longuement du film avec ses collègues critiques avant d'avoir écrit l'article. Fuyez les influences !

21) Interdiction d'écrire l'article tout de suite après la projection. Laissez mariner. Incubez. Allez faire vos courses d'abord. Ne jamais écrire moins de trois heures après avoir vu le film.

22) Interdiction d'écrire un article plus de 48 heures après avoir vu un film. Il faut se jeter à l'eau.

23) Utiliser au moins une fois dans l'article le mot « je ».

24) Si possible, dire toujours un mot dans votre article sur les conditions de projection.

25) Ne jamais prétendre à la Beauté Universelle. Cela n'existe pas, à l'instar des fourmis de 15,000 kilomètres. Quelqu'un, et encore plus un critique, qui vous somme de vous agenouiller devant une œuvre est un menteur, un malfaisant ou un imbécile. Par exemple : je vous bassine en vous répétant que les films de Greenaway sont sublimissimes. Si vous trouvez que c'est d'une laideur épouvantable, et bien dites-le. Vous voyez, c'est simple. [Pensez aux films encensés unanimement par la critique et qui sont des étrons : AUTANT EN EMPORTE LE VENT, LE PETIT LIEUTENANT, SIDEWAYS, SCARFACE de De Palma, etc.] Il n'y a pas de Beauté Incontestable et Intrinsèque. C’est un mythe, certes répandu, mais c'est un mythe !

26) Interdiction de lire les dossiers de presse. C'est la plaie de l'industrie cinématographique contemporaine. En plus de vanter les films sur le même mode et sur les mêmes arguments, le dossier de presse pré-mâche le travail et distille la substantifique moelle du film. En théorie ! Car en fait, il sert bien souvent à formater la vision du film et à vous persuader que le film a telle ou telle thématique, telles ou telles intentions, qui de fait, à 97,58%, sont concrètement absentes du film. De plus, le dossier de presse est la pire matrice pour les "critiques dialectiques" (voir plus bas), et ça c'est mal ! Vous êtes assez grands pour avoir votre propre avis. Et un film ne mène pas à une univocité de points de vue. Chaque spectateur peut avoir une vision du film. [Souvent pourtant, tout le monde est d'accord pour dire la même chose.] En évitant les dossiers de presse comme la peste, vous vous apercevrez que TOUS les journalistes ou presque puisent leurs idées dans ces dossiers, et logiquement recrachent tous ou presque la même copie, avec diverses nuances de j'aime/j'aime pas.

27) Interdiction de regarder les bonus des DVD. Soyez indépendants !

28) Toujours citer le nom du directeur de la photographie ou du monteur.

29) Toujours mettre ou le mot "sublimissime" ou "médiocre" ou "mauvais" dans un article.


30) Ne faites pas de critiques exhaustives. Vous courez à l'échec. Ça n'existe pas. C'est un mythe. Ne soyez pas paniqué par l'oubli, au contraire. Voyez cela comme une chance, comme un filtre subjectif. Il faudrait vraiment qu'un film soit médiocrissime pour qu'on puisse le faire entrer en entier dans un article.

31) Chaque critique doit contenir un ou plusieurs des mots suivants : montage, ellipses, photographie, échelle de plans, axe, son, coupe. Dans l'idéal, on doit retrouver tous ces mots ! Si ça n'est pas le cas, c'est que votre article n'a aucun intérêt. Refaites-le !

32) Éviter le plus possible de parler des acteurs. Ou alors autorisez-vous ce bonus uniquement si vous avez utilisé TOUS les mots du point précédent. Les acteurs sont les éléments les moins intéressants dans le processus de mise en scène.

33) Résumez l'histoire au maximum. Et surtout, ne basez pas votre analyse sur l'histoire du film. Un film, ce n'est pas en premier lieu un endroit où l’on raconte une histoire ! Si votre article est basé sur l'histoire du film et ses conséquences, c'est que votre article est mauvais et sans intérêt. Refaites-le.

34) Si votre article ne parle que de l'histoire, des thématiques abordées et des acteurs, c'est sans appel : jetez-le à la poubelle. N'essayez pas de le modifier, reprenez tout à zéro. C'EST UN MAUVAIS ARTICLE ! Un article de cinéma doit d'abord et avant tout parler de mise en scène. Le reste vient après.

35) Interdiction de faire de la Dialectique. Alors là, c'est le plus gros défaut du monde. La plupart des critiques font des articles dialectiques. La dialectique consiste à écrire une critique qui se base principalement sur les relevés topographiques des sujets abordés dans le film, de l'histoire et des éléments symboliques censés faire sens. Il est souvent de bon ton d'y ajouter une référence hors-cinéma (c'est mieux : philosophie, littérature, etc.) pour élargir l'analyse. Un réseau d'idées théoriques, de symboles, bref un réseau sémantique n'a jamais fait un bon film ! Ce n'est pas parce qu'un film est cohérent sur le plan thématique qu'il est un bon film. [Et ce n'est pas parce que vous avez dégagé un réseau sémantique du film que votre vision correspond à sa réalité !] Au contraire, 96,68% des mauvais et très mauvais films ont une cohérence thématique exemplaire. Par exemple, la plupart des bouses les plus infâmes du cinéma hollywoodien (Michael Bay, Ron Howard, Pedro Almodovar par exemple) sont extrêmement cohérents dans leur thématique et dans le réseau d'idées et de sens. POSÉÏDON est un film extrêmement construit et cohérent thématiquement ! Et c'est un étron ! Quel que soit le genre du film, son époque, son style, etc., la cohérence sémantique de son propos n'a jamais rien prouvé. La plupart des navets sont construits ! Un article qui ne fait qu'exprimer le maillage des idées du film est un mauvais article. Un film logique est loin d'être un bon film. Ça peut l'être, mais ça ne prouve rien !

36) N'essayez pas de prouver que le film est bon. Il n'y a jamais de preuve qu'un film soit bon ou mauvais. C'est votre avis qui est intéressant.

37) N'essayez pas de plaire ou de ménager le lecteur. Un bon critique est un critique dont l'article attire l'attention du spectateur potentiel, pique sa curiosité sur des éléments positifs ou non. Le spectateur potentiel doit avoir envie de se positionner par rapport à votre critique (par envie ou par réaction), à l'aune de son expérience passée en salle. Traitez-le spectateur comme un bel inconnu. Soyez aimable, ouvert. Mais n'écrivez pas pour lui plaire.

38) Écrivez des critiques lisibles à la fois pour un lecteur de Première, pour un lecteur des Cahiers ou de Positif et pour un prof de philo en fac... et pour ceux qui ne lisent jamais de critiques !

39) Écrivez des articles qui soient plus intéressants à lire après avoir vu le film qu'avant.

40) Ménagez la surprise des spectateurs. On ne raconte pas la fin. On ne raconte pas le milieu. Juste les prémisses. Si vous voulez parler d'une scène centrale du film qui dévoile des éléments importants, utilisez des métaphores et des formulations qui soient compréhensibles par ceux qui ont vu le film. ["Parler en codé" dit-on sur ce site.] Le spectateur qui ne l'a pas vu pourra vous comprendre sans savoir de quoi il s'agit précisément, si c'est bien écrit. Si vous devez parler de quelque chose qui pourrait dévoiler des éléments importants du film, et bien tant pis, n'en parlez pas. Sois vous parlez en codé, soit vous trouvez une image abstraite, soit vous éliminez de votre article cet élément crucial. Pensez au spectateur !

41) Glissez toujours dans votre article un trait d'humour ou un trait d'esprit. Ou un peu de désinvolture. Même si vous parlez du CHOIX DE SOPHIE ou de VOYAGE AU BOUT DE L'ENFER. [Oh mon dieu, qu'est-ce qu'il m'arrive ? MERYL STREEP, SORS DE CE CORPS !] Voilà un bon moyen de descendre de son piédestal et de se rappeler qu'on n'est pas des gourous. Et de prendre conscience qu'un article n'est pas gravé dans le marbre, mais qu’il n’est qu’un témoignage d'un instant T sur un film.

42) Toujours glisser dans votre article quelque chose de totalement faux ou d'inventé. Que ce soit un détail ou pas. Voilà qui devrait calmer les défenseurs de la Beauté universelle.

APRÈS L'ARTICLE

43) Ne jamais se justifier sur le fond quand on critique un de vos articles. Si on vous attaque et que votre article est bien fait (s'il respecte cette charte), on ne doit pouvoir l'attaquer que sur la forme. Votre jugement ne sera jamais, mais alors jamais, indigne. Ceux qui le prétendent se trompent ou sont malhonnêtes. Mais avant tout, respectez cette Charte.

Dr Devo.

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Mercredi 21 juin 2006

recommander publié dans : Ethicus Universalis
[Photo : "C'était pourtant simple (les 7 Commandements)" Par Dr Devo.]





Chers focaliens,

En fait, il n'y pas tellement de règles. Aucune même lorsqu'il s'agit de mettre son auguste séant dans un fauteuil et d’apprécier un film. On peut être ému par un grand film merveilleusement mis en scène. On peut s'ennuyer et ne pas accrocher à un beau film très bien mis en scène, comme nous l'expliquait il y a peu le Marquis par exemple à propos de LA BALLADE SAUVAGE. Ce n'est même pas une question d'attention ou de disponibilité (l'appétit pour le cinéma est quasiment toujours là), c'est une question... de goût, ou plutôt de jugement. On peut aller voir un nanar de l'espace et s'y amuser franchement, comme je l'expliquais hier. On peut aller voir un film un peu mal foutu et être transporté par tout le cinéma qu'il contient, comme on l'a vu avec REEKER. On peut être ému aux larmes par une série Z qui, à force d'incongruités, de bricolage et de stratégies de contournement, devient un film sublimissime et expérimental de toute(s) beauté(s), y compris plastique, comme dans ce film fabuleux de Doris Whishman, A NIGHT TO DISMEMBER, dont je vous parlerai bientôt et qui est sûrement un des plus beaux films que j'aie vus ces dernières années.

Wolgang Petersen, réalisateur à qui il est arrivé de tourner de petits films sympatoches (ENEMY MINE dont le Marquis nous avait parlé... ah ben non, tiens !) et pléthore de films sans intérêt (EN PLEINE TEMPÊTE, film débile, ou AIRFORCE ONE ; mon dieu, ce type n'a fait que des petits étrons !), revient sur le devant de la scène avec ce POSÉÏDON, qui est en fait un remake, encore un, du beau film de Roy Ward Baker, A NIGHT TO REMEMBER (vous comprenez maintenant l'aspect parodique du film de Wishman !).[Roy Ward Baker est un très grand réalisateur anglais ; à part son MONSTER CLUB, ennuyeux film à sketches, on peut se jeter sur tout le reste avec avidité, par exemple les épisodes qu'il tourna pour CHAPEAU MELON ET BOTTES DE CUIR, ou encore le merveilleux DOCTOR JEKYLL AND SISTER HYDE, film inoubliable que je recommande particulièrement.]
Remake encore, donc, comme hier. C'est ma série.

Un énorme paquebot. Une immense vague digne du tsunami des petites pièces jaunes de David Douillet. Vague sur flanc du bateau. Accident. Le bateau se retourne et se retrouve la tête en bas et la quille à l'air. Après l'accident, panique à bord parmi ceux qui ne sont pas morts. Les équipements du navire sont dévastés. On essaye de s'organiser. Un petit groupe de sept personnes décide de ne pas rester dans la salle de bal qui sert de refuge aux survivants, et essaie de regagner la surface à travers les couloirs dévastés du paquebot. Plus le temps passe et plus le choix de ces aventuriers semble le bon, car peu à peu, le bateau semble se disloquer. Ce n’est pas gagné...

Aussi bien les esprits focaliens les plus pervers pouvaient s'amuser à observer à la loupe atomique les micros-choix désastreux de 666, LA MALÉDICTION avec un certain amusement, autant ce POSÉÏDON garde lui beaucoup moins de mystère. La faute sans doute à une séquence de générique absolument désastreuse mais totalement franche. Il s'agit d'un plan séquence qui démarre sous l'eau, images de synthèse à fond les ballons. Puis la quille du bateau arrive dans le champ, la caméra tourne autour puis remonte à la surface sur un coup de cymbale, et zou, tour du bateau, aussi synthétique et hideux que celui de TITANIC. Bon, tout ça, c'est du déjà vu, bien sûr. L'impression dès les premières minutes de ce générique d'avoir déjà vu le film 200 fois résonne comme la promesse d'un ennui solitaire et cosmique.
La caméra continue son déplacement, nous montre le héros qui fait son jogging sur le pont, et hop, hop, je passe de la synthèse à la prise de vue réelle, nouvelle mode débile (un bon coup de ciseau et un bon scotch donnent de bien meilleurs résultats, remarque que j'avais déjà faite pour le KING KONG de Peter Jackson). Non seulement l'image est suprêmement laide, mais ces raccords et cet immense plan-séquence sont catastrophiques, et disons-le, un peu indignes. Car ils ne révèlent qu'une série de choix tous aussi désastreux : transition avec acteurs réels antinaturelles, étalonnage désastreux (le héros finit par regarder le majestueux coucher de soleil qui lui aussi est en synthèse, et qui est ignoble ; un plan qui est vide en plus ! Plouf, c'est raté !), effets de reflets sur immense verrière (il n'y a pas mieux pour rendre un plan aussi crédible qu'un effet spécial de TRON !), monstration d'une piscine à ciel ouvert avec nageurs, et là je me dis : non, ce n'est pas possible, non. Comment un des producteurs n'a-t-il pas pu remarquer que ce détail de la piscine plaçait cette séquence d'ouverture sous le signe de son défaut le plus fondateur ? Ben oui, cette piscine en synthèse avec ses personnages de synthèse : c'est SIMS ! Le jeu vidéo. Voilà, on y est, me dis-je. Cette séquence, c'est SIMS. C'est à peu près aussi beau, et le jeu vidéo qui a servi de source d'inspiration à ce générique a au moins l'avantage d'être plus cohérent ! [Remarque : comment peut-on aboutir à des résultats si calamiteux alors que dans CARS par exemple, la séquence de la course en début de film est quasiment photo-réaliste ?! Décidément, Petersen n'a aucune excuse !]

Mmmmmm ! Que des bons choix. Ensuite, la séquence d'ouverture qui suit, relativement rapide, nous présente les personnages de la manière la plus classique qui soit. They bump into each other. Oh pardon, je ne vous avais pas vu. C'est à vous, ce joli garçon, là ? Laissez passer Johnny Fiamma. Papa, je peux aller à la discothèque ? Oui, oui mais ne bois pas d'alcool. Et maintenant, laissez moi accueillir Mariah Carey. Pardon, cette chaise est libre ?

Etc. Désastreux ! Car on peut résumer la réalisation de POSÉÏDON en quelques lignes. Un décor hideux, rempli d'écrans bleus. Costumes atroces. Casting improbable. Échelle de plans, connais pas. Gigotis de la caméra dès que possible. Aucun jeu sur les axes. Mixages DTS désastreux (que des médiums hauts et des aigus !). Musique qui ferait presque regretter les complaintes larmoyantes des films d'Almodovar ("Piensaaaaa en Meeeeeeuuuuuuh"), mais tout à fait teutonne et absolument adéquate pour envahir la Pologne. Montage débile, scénario linéaire, photographie globalement hideuse, et mauvais tirage de la copie sur ce point (teinte vert de gris caractéristique). C'est nul. Il n'y a aucun rythme, aucune nécessité quelle qu’elle soit, et les scènes peuvent très bien être remontées dans le désordre que ça n'y changerait rien.
Bien maintenant que nous avons parlé de la forme, voici le fond.

Bah, c'est simple, c'est un échantillon représentatif IFOP qui essaie de sauver sa peau et dont les membres vont nous servir de héros. Soit : Kurt Russel, ancien maire de New York (ben tiens), divorcé et ancien pompier (ouais !!!! Comme quoi le 11 septembre ne les a pas tous tués !) Il chaperonne sa fille, mais vous n'avez pas envie de connaître son nom. Encore une qui n'a pas du mettre les pieds très loin de Central Park. La fille est là avec son copain, et Papa Russel est très inquiet qu'ils "le fassent" ! [Oh Mon Dieu !]. Le copain de la fifille est  un bellâtre insipide que l’on verra bientôt dans RAMBO 4 (véridique). Le héros, c'est Josh Lucas, acteur monstrueux, sorte de Ralph Fiennes d'extrême droite, méchant et jouant comme une patate. Jaw-acting, moulinets avec la tête en criant "Nooooooooooon" dès qu'il y a un mort (technique empruntée à SANTA BARBARA et autres FEUX DE L’AMOUR, et très utile dans les séries médicales du type URGENCES, comme les créateurs de SOUTH PARK l'ont bien noté !), plissage williamsien des yeux, lips acting, tout y passe, un vrai festival. Ensuite, la Maman du petit Juju, avec son petit Juju. C'est bon ça, un petit garçon et sa maman, pour faire monter les enchères. La maman, c'est Jacinda Barrett, une tarte encore. Une femme qui n'a jamais ouvert une boite de thon avec un ouvre-boîte. Le Petit Juju, c'est Jimmy Bennet, ici complètement épouvantable. On aimerait que Seamus, le gamin de 666, LA MALÉDICTION, lui file une raclée. Bennett est connu : je l'avais déjà vu dans OTAGE et FIREWALL. Je vais relire l'article concernant le premier film pour vérifier si j'avais remarqué sa nullité galactique (il est très moche en plus).
Les minorités sont représentées. Ici, une chicanos de service dont je n'ai même pas envie de citer le nom. Et enfin, Richard Dreyfus. Tiens, me dis-je, dans le deuxième plan où il apparaît, il a un diamant dans l'oreille, c'est bizarre. Effectivement, il est gay, richissime et architecte ! Tu la sens, la charactérisation qui monte ? Encore une très bonne idée que ce personnage. J'ai cru dans le premier plan où il apparaît qu'il était sous acide, mais il se calme ensuite jusqu'à paraître presque sobre face aux autres. Ceci dit, son rôle n'a aucun intérêt. L’important était de remplir l'échantillon IFOP.
Il y a sinon trois rôles intéressants et splendouillets dans le film : le capitaine du bateau, un noir, et donc promis à mourir rapidement. Cet acteur est formidable, bourré de tics improbables : un délice ! Surtout qu'il sort avec la chanteuse du bateau, une sorte de Britney de 50 ans, bombasse vulgosse, délicieuse et refaite de partout, un peu dans le style Jennifer Coolidge, mais beaucoup moins drôle. Les deux forment un couple basé sur le sur-jeu le plus surréaliste. On les voit peu, mais ça repose. Enfin, Kevin Dillon, le personnage ringard du lot, qui est absolument un transfuge, une transposition du personnage de Matt Dillon (son frère) dans MARY À TOUT PRIX. Il joue le rôle d'un joueur looser, alcoolique et méchant ! Quelle bonne idée que d'inviter un personnage de MARY À TOUT PRIX (même costume et même petite moustache de looser) dans un film-catastrophe ! Dire que les mecs qui ont écrit et produit ça ont tous Bac +5 !
Évidemment, le noir, l'alcoolique ringard et la chicanos (passagère clandestine en plus ! Nonnonon, ce film n'est pas raciste !) vont tous mourir ! À la fin donc, on aura une équipe bien blanche de gens très vertueux qui ne boivent pas, ne couchent pas et savent reconnaître une classe d'extincteur. Le maire de New York (Kurt Russel, complètement éteint ; il a dû être condamné à un travail d'intérêt général !) saura se sacrifier pour son pays !

J'avais deux fins alternatives. La première est : après 100 minutes de film, les héros s'en sortent, trouvent un canot de sauvetage mais se font écraser par le bateau qui se retourne avant de sombrer. Ils sont tous morts. Générique.
Deuxième option : ils grimpent dans le bateau de sauvetage, attendent les secours. Les hélicos arrivent, mais ne voient pas le canot (il fait nuit), et nos héros doivent se manger les uns les autres pour survivre. On commence par l'homosexuel, puis l'enfant ! Finalement, ils dérivent sans fin et se suicident.

Sinon, ça va, vous ? Moi, ça va... Vous avez bien raison de regarder la coupe du Monde, c'est vraiment plus intéressant que ça... Bon ben, ça y est, j'ai fini de bosser moi... Allez, une petite clope et un café !

Somnambulement Vôtre,

Dr Devo.

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Vendredi 16 juin 2006

recommander publié dans : Corpus Filmi

 

(Photo : "Ambivalence du Plaisir" par Dr Devo)


Si chers Focaliens,

Insistons une peu, avouons-le : le jardin focalien est petit, mais c'est le mien, et donc, par conséquent, celui de qui voudra bien se sentir chez lui dans ces lignes. La période est peu propice aux belles sorties, avouons-le aussi, et ce malgré les deux ou trois choses très visibles, voire recommandables, qui sont disponibles : REEKER, ISOLATION et AMERICAN DREAMZ (sur lequel je reviendrai sans doute). Mais pour les deux premiers, on incitera les spectateurs voulant tenter l'expérience à se dépêcher pour aller les voir, si ce n'est pas déjà trop tard, les deux films ayant ici, d'où je vous parle, déjà quitté l'affiche après une semaine ou deux d'exploitation. Ça démâte sec, le monde de l'exploitation cinématographique est sans pitié. Les films ne s'installent plus. Ils restent ou ils partent.

Période calme donc, mais conjointement à ce constat, faisons-en un autre : le nanar galactique est de retour, sous couvert de remake ! Chic ! Ou désespérant aussi, ce que je peux comprendre. Et de ce point de vue, on est servi. Le cinéma de nos jours nous prive des séries très B ou Z sur grand écran. [Ça m'a toujours étonné, au fond, qu'un distributeur n'achète pas les droits d'une des pires séries Z et tente le coup de distribuer la chose sur un ton ironique ou malicieux...] Pour le Z ou juste au-dessus, il faudra se tourner vers la vidéo, pardon, le DVD... En salles, la série ne peut plus être Z, comme elle ne peut plus, intrinsèquement, être totalement B. Le haut du pavé de la série B, c'est généralement du A dans les moyens. Quoique, le revival fantastique actuel permette de voir de vraies séries B (REEKER, HORRIBILIS) se frayer un chemin de temps... Rendant par là même ce paragraphe bien peu pertinent, voire confus... Passons ? Oui passons.

Liev Schrieber est un jeune diplomate, attaché à l'ambassade américaine et en poste en Italie. Il y a six ans, six mois, si jours et six heures, sa femme accouchait, et ça se passait mal. Avant qu'il ne la retrouve allongée sur son lit d'hôpital, Schrieber est abordé par un prêtre, en soutane bien sûr, soyons sérieux. Le curé lui propose un marché. L'accouchement s'est mal passé et le fils de Schrieber est mort-né. Dans la foulée, l'utérus de sa femme est endommagé et la conclusion tombe comme un couperet (euh...) : elle ne pourra plus jamais avoir d'enfant. Schrieber est désespéré et serre la mâchoire. Le prêtre lui propose alors ceci. Un autre enfant, de mère du peuple, sans famille, est né cette même nuit, sa génitrice décédant dans la foulée. Le curé propose alors d'échanger le cadavre et le nourrisson bien portant de mère morte (haha !). Le père accepte, et arrive dans la chambre de sa femme Julia Stiles avec le bébé d'une autre dans les bras. Bien entendu, il ne dit rien à sa femme.
6 ans plus tard, Schrieber prend du galon et devient consul. Il se voit attribuer un nouveau poste à Londres. Son fils Damien a grandi, enfant taciturne et splendouillet, on le verra. Après la mort mystérieuse de son supérieur hiérarchique et de la nounou de Damien, qui décidément a un regard très inquiétant, Schrieber gravit encore quelques échelons hiérarchiques. Julia Stiles, la mère du petit Juju pas rassurant, commence à se détacher progressivement de son fils. Dépression ou intuition que quelque chose ne va pas avec le petit Damien, qui ne supporte pas de voir une église ou un crucifix (comme si ça l'effrayait... C'est très bizarre !) ? Dans le même temps, le couple engage une nouvelle gouvernante, la vieille Mia Farrow, old school english style (et non pas Stiles, héhé !), qui est quand même la mère du bébé de Rosemary, et je me demande si c'est vraiment une bonne idée de l'engager...

Je ne sais pas si John Moore est le fils de Roger Moore, mais en tout cas, 666, LA MALEDICTION est bien le remake du film de Richard Donner, que je n'ai pas vu, et qui rend le geste d'aller voir volontairement le remake complètement dévolutionniste. On avait parlé dans les premiers âges de ce site de DAMIEN, LA MALEDICTION 2, cependant.
Bah, après un générique maniériste mais rigolo, et en V.O dans la V.F, italien oblige, on comprend très vite, dès la scène de l'hôpital en fait, ce qui va nous arriver. Ça sent le brûlé plus que l'encens, et ça sent même carrément le "garzi" comme on dit par ici, c'est-à-dire le cramé (de chez cramé, me souffle-t-on). Le noir de charbon recouvre largement la tartine, et la chair blanche de l'aliment originel est bien enfouie, réduite à l'épaisseur d'une feuille de papier de riz.
Ce qui frappe dans ce remake, c'est son incroyable volonté de casting. Côté seconds rôles, c'est plutôt bien. On retrouve Pete Postlethwaite, qui décidément devient un acteur spécialisé dans les rôles de curé, un David Thewlis plus sobre et plutôt décontracté,  plus à l'aise ici que dans son caméo dans BASIC INSTINCT 2, et même un petit Michael Gambon des familles dans un mini-sketch. Bien. Ajoutons à cela une nounou suicidaire qu'on voit bien 30 secondes et qui avait une chouette tronche (Amy Huck, inconnue au bataillon, voir photo).
Plus on se rapproche des premiers rôles et plus ça se gâte. Mia Farrow d'abord, chouette actrice disparue [actrice de le CERCLE INFERNAL, dont je vous rappelle qu'il est inutile d'acheter le DVD et c'est bien dommage, le film étant très rare et peu connu des aficionados – la copie DVD est au mauvais format, c'est ignoble – et de le ROSEMARY'S BABY, si je veux], qui joue ici avec son ami After Effects le rôle de la nounou maléfique. Ben oui, il y en a un qui n’a pas dû chômer pendant la post-prod, c'est le petit grouillot payé au SMIC qui a dû faire la retouche numérique de la Farrow, sans doute exigée par elle-même. Mia Farrow doit bien avoir dans les 65 ans. Et dans tous les plans, elle en parait 20 de moins, à grands coups de ripolin numérique. Dans un plan même (ma scène préférée et sublimissimement splendouillette des fraises), on essaie même de nous la vendre comme une actrice de 40 ans. Bah, pour ça les gars, il fallait prendre Julia Roberts ! Là, ça se voit un peu qu'on est face à une créature mi-actrice mi-cyborg. Voilà qui renforce énormément le potentiel comique du film, lui donnant un petit côté CARS (voiture volée et maquillée) très rigolo, surtout que la pauvre Farrow, complètement paumée dans un rôle dont les intentions scénaristiques sont soulignées au stabilo atomique, est absente, absente, présente, absente, et défigurée au naturel par une opération, très concrète elle, des lèvres, qui défigure l'actrice et lui donne pour l'éternité un air de vieille dame richissime et ultra-friquée prompte à se payer des petits gigolos bodybuildés. Triste. Mais drôle. Cette opération de chirurgie esthétique (quel gâchis, elle qui était une si belle femme, même à un âge avancé) et le lifting numérique extravagant sont assez hypnotisants et parfaitement spendouillets, donc.

Ne pas croire cependant que ce soit la Farrow la plus visiblement à côté de la plaque. Oh ! que non. Julia Stiles est assez nullissime, et sur-joue comme dans un épisode de ALLY McBEAL ou tout autre feuilleton soapesque. C'est pas de la dentelle de Limoges, comme dirait l'autre. Là aussi, c'est délicieux, car les scénaristes lui ont donné le personnage d'une conne supra-bourgeoise, au mépris galactique, une sorte de femme hautaine et méprisante qui broie tout sur son passage. Un personnage d'un égoïsme monstrueux. Je pense que les scénaristes voulaient donner l'image d'une mère-courage, d’un modèle, d’une femme moderne et à l'affût. C'est raté, c'est une conne. La première scène de ménage avec son mari est infecte, et dans la réalité, si le mec a un peu de jugeote, il part en courant devant cette manipulatrice malhonnête que rien n'intéresse sinon son propre intérêt. Julia Stiles, insignifiante et qui porte sur le front un tatouage à peine invisible ("Je suis née à Beverly Hills") est très mauvaise, c'est délicieux.
Mais à côté de son mari Liev Schrieber, la Stiles, c'est Liv Ullmann ! Mon dieu ! Qu'est-ce qui a bien pu passer par la tête des investisseurs lorsqu'ils ont accepté le casting d'un film aussi coûteux ? Ce type est nullissime. Serrage de gencives, regards absents, ton monocorde, personnage de vieille lavette à courbettes, le gars se noie en deux minutes dans son rôle. Jaw acting, eyebrow acting, fist acting, ear acting, tout y passe ! Un festival d'inexpressivité ou d'effets désamorcés. Pour la première fois, un acteur américain a réussi à s'approcher de la qualité Cours Florent... Je crois qu'il a réussi une synthèse, avec un soupçon de mollassonnerie ostentatoire... Un grand moment.

Le meilleur pour la fin : Seamus Davey-Fitzpatrick ! Retenez ce nom, car c'est sa fin de carrière ! [Mmmm… Il peut encore en enchaîner quelques uns, comme l’atroce Miko Hughes ! NdC] Dommage, car là, on touche carrément au sublime ! Bébé star programmé pour la gagne (premier rôle à l'âge d’un mois quand même : dans ton annu, Dakota !), le garçon est fabuleux. Teint blanchâtre de rigueur, chevelure corbeau et yeux bleus intenses. Et ce petit regard qui dit : "Giflez-moi ! T’en as envie, hein ? Ça te démange, pas vrai ? Mais je suis un enfant, t'as pas le droit ! T'as envie de m'en mettre une, hein ?... Qu'est-ce que je t'énerve..." Etc. Le Damien est mutique comme dans l'original, mais ici peut-être encore plus. Ça sent là aussi le miscasting, comme dirait Delon. Je pense que les producteurs ont dû réduire la voilure au minimum, et expliquer au gamin qu’il ne fallait pas trop en faire et jouer la sobriété. Ce qu'il fait. Enfin, il essaie. Il minimise ses effets, ne les lance qu'à moitié, mais il transpire tellement de puissance soapienne qu'on sent qu'à l'intérieur, le petit Seamus, il couve la lave du Sur-jeu. Il se retient et fait durer le plaisir, l'animal ! On le voit dans les demi-effets que ça brûle en dessous ! Résultat : même s'il est sobre et en deçà de ses capacités de nain cabot, son jeu est aussi sobre que celui de Klaus Kinski. [En fait, pour être précis, on est dans ce demi-choix stratégique entre Klaus Kinski et un acteur bressonien.] Je reformule : on sent qu'il se retient tellement fort qu'on sait qu'il est à 3% de ses capacités racoleuses, mais déjà, c'est une bombe atomique, ce gosse ! On n'a pas envie de le gifler : on a envie de le découper à la hachette et de donner les morceaux au chien ! Splendouille absolue et vertige des Abymes sans fond, espace de jeu lovecraftien, puissance attilesque de la non-intention ostentatoire... Quel délice et quelle torture ! Ce qu'il y a de bien avec Hollywood, c'est la puissance de ses accidents industriels. C'est merveilleux !

Dans ces conditions, vous imaginez qu'on est assez loin de l'ambiance originale. Et pourtant, il y a un peu de soin. Si les décors sont épouvantables (des raccords extérieur/studio hideux notamment), dans certaines séquences, il y quand même une photographie assez soignée (notamment la scène de l'orage mortel). Le cadre est gentil, le montage insignifiant mais quelquefois plus ample. Mêmes remarques pour le cadre et l'échelle de plans, qui va de l'anonyme indigent au pas trop mal, un (tout petit) peu surprenant. [Sans doute sont-ce là les scories de l'orignal...] Par contre, je signale un excellent mixage et un joli travail sur les timbres, même en VF !

Mais que sont ces qualités face à la tractopelle Seamus ? Qu'est-ce que toute cette facture à côté d'un scénario symbolique dans ses détails jusqu'à en vomir (Schrieber qui rentre pour la dixième fois dans la chambre éclairée au feu de bois de son fils, et qui remarque que, étrangement (C'EST LE DIABLE !!!) l'interrupteur pour la lumière ne marche pas, tu le sens le malaise qui monte ?) ? Pas grand chose... Car devant cette volonté splendouillette de tout miser sur les pires éléments du film (les acteurs principaux), c'est une stratégie de looser, tout disparaît ! Sans que ce soit vraiment une série Z des plus drôles, on reste là, devant ce remake, pendant un bon ¾ d'heures, à se gondoler franchement. J’ai ri énormément, et ce jusqu'à ce que je m'arrête. Bon, après on rigole un peu moins, c'est quand même usant à la longue.

666, LA MALEDICTION, c'est le retour du Grand Nanar de Luxe, avec options de série, toutes designées dans le but d'être les plus désastreuses. C'est un voyage en limousine grand luxe qui ne servirait à rien, sauf à manger des nounours en guimauve et chocolat pendant le trajet jusqu'à en avoir presque envie de vomir. Ce n'est rien, ce n’est pas bon pour la ligne, mais on ne regrette pas d'avoir acheté le paquet.

Film pour les pervers, donc. Je prends.

Cordialement Vôtre,

Dr Devo.

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