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Photo : Le Marquis



La belle relation que Lucia entretenait avec le romancier Lorenzo s’est brutalement dégradée, sans explications. Lorenzo a sombré dans la mélancolie et Lucia ne sait plus quoi faire pour le sortir de sa dépression. Un soir, elle apprend que son amant a été renversé par une voiture. Bouleversée, elle décide de partir sur une île dont il lui avait souvent parlé pour s’y faire oublier.

 

Nous avons parfois parlé du cinéaste Julio Medem sur ce blog sans jamais nous arrêter sur l’un de ses films : une lacune à combler, car Julio Medem, encore trop méconnu malgré le succès relatif de LUCIA Y EL SEXO, est un des meilleurs cinéastes européens actuels, et mériterait très largement une véritable reconnaissance, d’autant plus que ses talents d’écriture et de mise en scène surpassent aisément ceux d’un Pedro Almodovar abonné au succès, qui s’est détourné du cinéma personnel et inventif d’autrefois (voir son superbe MATADOR) pour enchaîner les mélos dans une formule de plus en plus figée et répétitive.

Medem, pour sa part, fonctionne sur le succès d’estime avec des films distribués de façon plus ou moins anonyme, tous d’une inestimable qualité : ludiques, troublants, émouvants, drôles, poétiques, VACAS, L’ECUREUIL ROUGE, TIERRA, LES AMANTS DU CERCLE POLAIRE restent des films trop confidentiels au regard de leur potentiel et de leur originalité.

 

Pour découvrir Julio Medem avec LUCIA Y EL SEXO – si vous avez la malchance de ne pas encore connaître son cinéma, il vous faudra faire abstraction d’un emballage promotionnel absolument désastreux et purement mensonger : la bande-annonce française ferait passer le film pour le dernier Zalman King, les accroches critiques encadrées au marqueur sur la jaquette du dvd relèvent du racolage le plus imbécile (« une grande et belle partouze des sens », « bandant et émouvant ») tandis que le texte au verso présente le film comme un « thriller psycho-érotique vertigineux ». Mais oui, carrément : LUCIA Y EL SEXO est un thriller. Et LOVE STORY est un film-catastrophe, et LE PARRAIN est un western, et KING KONG est une comédie romantique, et RÊVES DE CUIR est le dernier Pixar. « Tout est possible dans ce monde de fous », comme chantait Edouardo. Si les plus sceptiques ne me font confiance qu’une seule fois, que ce soit pour ce film magnifique.

Construit sur une structure narrative disloquée, à la fois complexe et évidente, LUCIA Y EL SEXO s’inscrit pleinement dans le style si personnel de son réalisateur, mêlant avec intelligence et sensibilité le drame, l’humour, l’onirisme et la sensualité. Une sensualité accrue pour un film où l’érotisme est le moteur du récit, son énergie. On est pourtant bien loin des films à la BASIC INSTINCT auxquels le distributeur voudrait tant affilier l’œuvre de Julio Medem. La sexualité peut être montrée de façon parfois très démonstrative, mais Medem évite sans peine de sombrer dans la gratuité.

L’érotisme n’est ici jamais instrumentalisé, et son approche évolue d’ailleurs constamment dans le déroulement du métrage. Dans la première partie du film, l’érotisme est montré du point de vue de Lucia, et il ressemble profondément au personnage incarné par Paz Vega, un personnage lumineux, optimiste, énergique, toujours associé par la mise en scène au soleil et à l’air : la sexualité est alors joyeuse, ludique, drôle, franche, intense, naïve. Lorenzo, auteur d’un premier roman dramatique, écrit un second roman durant cette période de plénitude, un roman issu de sa relation claire, simple, avec Lucia. Celle-ci en est presque déçue, s’attendant à retrouver les aspects tragiques qui l’avaient séduite. Alors que le récit, tortueux et inattendu, progresse, l’écriture de Lorenzo va devenir plus sombre, plus torturée, plus trouble, à l’image de la relation qu’il entretient avec une jeune fille délurée et très branchée porno et jeux érotiques (Elena Anaya, une des harpies de VAN HELSING – un film porno à sa façon, soit dit en passant). A l’image aussi de la mise en scène de l’érotisme, qui devient soudain ténébreuse, inconfortable, irrépressible, incontrôlable. Cette liaison fait basculer la chronique délurée vers la tragédie la plus sombre, et provoque une cassure dans le récit avec la mort atroce d’une petite fille, la dégradation des relations, l’accident et la fuite vers l’île.

L’île est le lieu où se recoupent les différentes intrigues, le lieu où s’échouent les personnages brisés, et où les conflits se dénouent. Le lieu où les larmes longtemps ravalées peuvent couler. Un endroit ensoleillé, lumineux, mais dont le sol creux s’ouvre parfois sur des trous profonds, des cavités sombres et inquiétantes. Lucia y fait la rencontre de la mère de la fillette, Helena, sans savoir qu’elle est la femme avec qui Lorenzo a eu une liaison quelques années auparavant. Un personnage superbement interprété par Najwa Nimri, auquel Julio Medem associe, en opposition à Lucia, la Lune et l’eau.

On retrouve ici l’immense talent de Julio Medem, sa capacité rare à utiliser un symbolisme visuel fort mais dénué de lourdeur ou d’analyses pré-formatées, à la fois parce que ce symbolisme reste obscur, impalpable, plus poétique que démonstratif, et parce que le cinéaste n’hésite pas à le décliner jusqu’à l’absurde, avec une inventivité parfois déconcertante (plutôt que de pousser le bouchon jusqu’à mettre en scène une éclipse, Medem associe une larme de Lucia et un bouton blanc dans le creux de sa main pour annoncer sa rencontre avec Helena dans un plan culotté mais touchant que je vous laisse le plaisir de découvrir). La mise en scène des éléments, comme c’était d’ailleurs déjà le cas dans les films précédents du réalisateur, fait irrésistiblement penser à leur omniprésence dans l’univers de Dario Argento (auquel Julio Medem se référait souvent dans L’ECUREUIL ROUGE).

De la même façon, en mettant en scène le processus créatif à travers les séances d’écriture de Lorenzo, le cinéaste part d’un procédé d’écriture cinématographique pour le moins classique (Lorenzo s’inspirant de son quotidien pour créer une œuvre de fiction), mais sa mise en scène pour ces séquences se complexifie au fur et à mesure du métrage, laissant peu à peu s’effacer la frontière entre la fiction et le récit pour aboutir à une étrange boucle temporelle, un voyage dans le temps qui se passe de machineries ou même de justification ouvertement fantastique, fonctionnant miraculeusement par la seule grâce, la poésie d’une mise en scène intensément originale et implicante, soutenue par la très belle musique de son compositeur Alberto Iglesias.

C’est, avec TIERRA, le meilleur film de Julio Medem, une œuvre d’une richesse et d’une densité soufflantes. Le jeu des hasards et des coïncidences, si artificiel, forcé et ridicule chez Lelouch, s’impose ici avec une admirable maîtrise, une réelle sensibilité, une vitalité unique. « C’est un conte plein d’atouts, car à la fin, il y a un trou pour revenir en son milieu et en changer le cours, si on le lui permet, si on lui laisse le temps. »

Le Marquis.

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Dimanche 31 juillet 2005

Recommander - Publié dans : Corpus Analogia

Photo : "Un clandestin chez le Marquis" (Cyrano)

Chers Cinédrocéphales,
 
Bon, on ne pas faire notre Cosette non plus, mais quel été tristounet en salles ! C'est un phénomène un peu récurrent certes, mais cette année l'absence de films de college notamment fait cruellement défaut. Les distributeurs, peuplade primitive bien souvent, vous diront que, "mais oui, mais vous savez ma brave dame, les films de college, c'est pas notre culture, ça ne prend pas en France". Si un jour vous vous trouvez dans cette situation de blocage avec un distributeur, rappelez-lui l'exemple de SLACKERS dont nous parlions sur ce blog il n'y a pas si longtemps que ça. Une affiche hideuse, un slogan pourri, pas de bande-annonce en salles, et surtout une VF lamentable qui aurait presque pu faire passer celle des FEUX DE L'AMOUR pour un drame shakespearien ! Ce n'est pas palace du tout. Malgré mon admiration sans bornes pour Jason Schwartzman (ici), l'acteur le plus gigantesque de la galaxie, qui est présent dans SLACKERS, il aura fallu plusieurs années et un bac à soldes dumpinguant tout ce qu'il pouvait pour revoir le film en DVD. VO à la deuxième regardure, et devinez quoi : c'est très bon ! En pleine période AMERICAN PIE, le film pouvait évidemment trouver son public, si on n'avait pas cherché à tout prix à l’en dégoûter. CQFD. Evidemment, si la critique faisait son travail... Mais je n'ai pas envie de leur taper dessus aujourd'hui (même s'ils le méritent), ni envie de leur gâcher leur vacances au soleil, payées chèrement à la sueur de leur front (cocktail, voyage à Los Angeles, cassage des ongles sur le clavier du Mac, etc.).
Passons. Avant le gros cadeau dans quinze jours (LAND OF THE DEAD ou LE TERRITOIRE DES MORTS de George Romero, yummy, yummy), passons à l'apéro avec SHAUN OF THE DEAD, film anglais qui, lui aussi, s'est fait un peu attendre dans nos contrées. On ne va bouder, au moins c’est sorti, et pas directement en vidéo, c’est déjà ça.
Ah ! Shaun… Jeune trentenaire londonien, Shaun a une vie tranquille. Une jolie petite blonde, et pas conne, pour copine, un petit boulot de vendeur dans un magasin d’électroménager et de hi fi (genre Boulanger ou Planète Saturn, en plus petit ; vous savez, le genre de magasin où ce ne sont que des petits jeunes en contrat précaire qui bossent, encadrés par des plus vieux  sur une voie de garage…). Il vit dans les faubourgs de Londres dans un appartement modeste, avec Pete, un jeune cadre à peine plus âgé que lui, et Ed, un ami d’enfance (ils se connaissent depuis le C.E) dont la principale occupation semble être de jouer à la X-Box et de dealer un petit de shit. À la maison, ça va mal pour Shaun. Ed ne fait rien dans la maisonnée, boit de la bière, fait des parties de DOOM, et laisse des cannettes et des vêtements sales traîner partout. Une espèce de gros (physiquement) feignant  en somme, doublé d’un gros lourd aux blagues répétitives et vaseuses qui ne font rire que lui (genre, tire-moi le doigt et je pète) et Shaun à la limite, et encore, par nostalgie plutôt qu’autre chose. Pete ne le supporte plus, ce Ed qui, en plus de salir l’appartement, ne ramène pas beaucoup d’argent dans le foyer, d’où les pressions sur Shaun : si Ed ne change pas de comportement, il faudra l’expulser !
Côté cœur, ça ne va pas fort non plus. Liz, la petite amie de Shaun, se plaint, sans doute à juste titre, du manque d’envergure de leur petite relation stagnante et de l’omniprésence d’Ed, toujours présent lors de leur rendez-vous. Il faut bien dire que de toute façon, quand les deux amoureux se voient, c’est au pub, au pub et encore au pub. Là aussi, il faut que ça change. Shaun promet d’amener sa belle au restaurant le lendemain.
Le lendemain, Shaun se prend les pieds dans le tapis du quotidien, une nouvelle fois. Il doit remplacer un des ses supérieurs malade, est pris pour un looser et un con accessoirement par les petits branleurs qu’il a en formation au magasin, se prend la tête avec Ed, et bien sûr, foire la réservation de la table au restaurant. C’en est trop : à contrecœur, sa copine le plaque. Sale journée. Pas envie de regarder la télé ni rien, encore une journée qui va se terminer à se beurrer la tronche au pub avec Ed, à entendre ses blagues les plus nulles, etc. Ce que Shaun ne remarque pas, c’est qu’une mystérieuse grippe s’étend sur les habitants de Londres.  Ce qui ne le bouleverse pas outre mesure, il est deux heures du matin, Shaun est bourré et s’endort tout habillé. Le lendemain matin, avec son lot de cheveux qui poussent dans la tête, Shaun s’aperçoit qu’il y a deux morts-vivants dans le jardin…

Annoncé comme une parodie de films de zombie à la Romero, SHAUN OF THE DEAD est quand même un peu plus que ça, et n’est pas vraiment une espèce de « chose » à la SCARY MOVIE ou à la Zucker-Abraham-Zucker. L’affiche annonce « une comédie romantique avec des zombies », c'est déjà plus sympathique, mais c’est plus que ça aussi. Edgar Wright, le réalisateur, et Simon Pegg, l’acteur principal, ont écrit le film ensemble. Les deux se connaissent bien. Ils ont travaillé ensemble longtemps pour la télé anglaise (la série SPACED, parait-il riche en parodies justement).
SHAUN OF THE DEAD déplace donc le film de zombies sur le terrain de la comédie, plus que sur celui de la parodie. Les deux gars connaissent sans doute bien le sujet, et ça sent cette belle jeunesse élevée dans les années 80, à une époque où les vidéoclubs avaient encore en stock de gros boîtiers VHS thermoformés en stock, et où le rayon fantastique permettait de se cultiver et de voir des films superbes qu’on ne pouvait pas voir ailleurs. Ah, temps bénis ! Celui des autodidactes de la culture, où l'on avait encore la possibilité de voir des films d’horizons très différents, de genres et de styles hétérogènes, et où les réseaux parallèles de distribution permettaient des créations cinématographiques iconoclastes. Les plus jeunes lecteurs de Matière Focale doivent se dire : « ça y est, il est reparti à faire son vieux con, comme si c’était notre faute à nous. » Ils ont complètement raison ! Mon désarroi est quand même sincère. Si des gens comme Cronenberg, Carpenter, Romero ou Argento ont pu faire une carrière internationale et ont pu trouver des financements, même dans les temps les plus difficiles, c’est parce qu’ils traînaient dans leur sillage des aficionados passionnés qui les soutenaient depuis le début. C’est facile aujourd’hui pour la profession et pour le public de dire « Romero, c’est du classique » ou « SUSPIRIA est un film sublime et fondateur », mais sans leurs fans de l’ombre, années après années, ces réalisateurs n’auraient peut-être pas eu les mêmes « facilités » ou opportunités. Ce qui m’inquiète beaucoup, c’est qu'aujourd’hui, alors que les réseaux de distribution vidéo ou cinématographique ont tous disparu et que l’offre en termes de films et de styles se raréfie et s’homogénéise de plus en plus, c’est de savoir comment vous, les plus jeunes, espoir de la France de Demain, allez pouvoir vous bâtir une culture alternative (ça vous y arriverez sans doute, bien sûr), et où vous pourrez voir ces films hors circuit commercial. Car pour défendre les classiques de demain, encore faut-il pouvoir les voir. Et quand je lis l’ex-superbe magazine MAD MOVIES, les « classiques » qu’ils sont en train d’installer semblent confirmer mes doutes. La culture est aussi une question d’accessibilité. Il n’y a jamais eu plus de DVD dans les petites FNAC de province et dans les grands Virgin parisiens, mais il n’y a jamais eu, paradoxalement, aussi peu de choix ! Voilà qui me rappelle une anecdote (je ressemble de plus en plus à John Hillerman, ne trouvez-vous pas ?). Il y a quelques années, TELERAMA a demandé à une grosse poignée de réalisateurs de répondre à la même batterie de cinq ou six questions. Les réponses constituaient un splendouillet mini-dossier pour le numéro qui devait sortir juste avant le festival de Cannes. S’il y avait plusieurs questions, elles tournaient toutes autour de celle-ci : en quoi pensez-vous que les technologies numériques sont en train de changer le cinéma ? On était alors en pleine période Dogma d’un côté (toujours pas comprise d’ailleurs, ni par TELERAMA, ni par leurs confrères), et en plein boom des tout nouveaux effets spéciaux numériques. Les tournages à base de vidéo pullulaient en quelque sorte des deux côtés de la frontière cinéma commercial / cinéma art et essai. Tout le monde se prête au jeu et répond. Un seul refuse : Terry Gilliam. Il répond que la question est assez mauvaise en fait, et que le numérique ne va rien changer du tout ! La vraie question, et le vrai bouleversement que va connaître le cinéma, c’est le raccourcissement de la chaîne conception – production – distribution – exploitation ! Gonflé le bonhomme… et terriblement lucide : on est en plein dedans, le processus n’est sans doute pas complètement à son terme. Et c’est cela, au-delà de mes airs de vieux con, dont j’essayais de parler plus haut !].

Comme on le disait avant ce long aparté, Edgar Wright et Simon Pegg viennent de la télé. Autant le dire tout de suite, vu de ce côté d’ici de la Manche, rien que sur ces seuls faits, il y a de quoi être jaloux. Notre ami Bernard RAPP (familier de ce site) nous rapportait il y a quelques temps que le film de Kad et Olivier, QUI A TUÉ PAMELA ROSE ?, était plutôt visible à défaut d’être renversant. Mais à part eux, les transfuges télévisuels n’apportent rien de bon au cinéma dans l’Hexagone. Les films sont nuls proportionnellement à l’épaisseur du tapis rouge et vert (comme le dollar) qu’on leur propose de fouler. Qu’ils soient instigateurs d’un sujet « personnel » ou incorporés dans une production préexistante (voir IZNOGOOD ou ESPACE DETENTE), c’est lourd, lourd, lourd, et bien souvent, ceux qui avaient du talent au petit écran le perdent rapidement (ex : LA CITÉ DE LA PEUR). [Sur les questions concernant la France, ses comiques et leurs films, jetez un œil ici chez Pierrot, et sur l’article ATOMIK CIRCUS proposé par le Marquis : c'est vraiment intéressant !]
Donc, ici, rien de tout cela. SHAUN OF THE DEAD est bien un projet de cinéma. Et le résultat, donc, est bien supérieur à ce dont nous sommes capables, nous les grenouilles ! Loin du délire parodique annoncé, les deux compères britanniques décident de placer leur film « au même niveau » que ceux de Romero, et ce en toute modestie. Entendez par là qu’ils ne cherchent pas à faire entrer du zombie dans une comédie parodique, mais qu’ils essaient sincèrement, et avec une certaine malice, de faire « un vrai film de zombie ». C’est peut-être un détail pour les comiques professionnels français, mais pour moi, ça veut dire beaucoup. Ça veut dire qu’ils sont libres, comme disait la poète, et surtout qu’ils sont relativement rigoureux.
Pour ceux qui n’ont pas eu la chance de voir les films de la trilogie des Morts-Vivants
de Romero (et même tétralogie donc, dans 15 jours), répétons ce que le Marquis disait fort bien – ainsi que dans son article sur le documentaire AMERICAN NIGHTMARE, (et lisez les commentaires de l’article sur la trilogie : un débat édifiant s’y trouve, c’est terriblement instructif). Ces films ont une formidable puissance de mise en scène, une rigueur remarquable et une gravité immense qui brise les cœurs les plus durs et les remplit d’une solide tristesse et d’une fabuleuse angoisse. Ce sont des films incroyablement politiques, dans le sens où ils nous mettent face à des enjeux vitaux, et devant la réalité palpable de ce l’être humain peut avoir de plus noir. Romero, avec un petit groupe de personnages dans chacun des trois films, faisait de cette microsociété plongée dans l’horreur de la plus désespérée des guerres (le combat étant perdu d’avance) une réflexion sur l’humanité de la société, et sur celle enfouie au plus profond de chacun de nous. Et le bilan est sombre. Grâce à ce dispositif, et par une sorte d’Humanisme à l’envers (ou par l’absurde), le réalisateur américain mettait en cause l’individu ET la société, les repoussant dos à dos. Un microcosme pour parler de l’Humanité entière en quelque sorte. Un terrain éminemment politique, donc.
Pegg et Wright construisent leur film sur un prédicat légèrement différent. Et c’est là que leur film fait vraiment mouche (en plus d’autres qualités, comme on le verra). Ils déplacent en fait le rayon d’analyse du film. On est toujours dans un microcosme : à savoir Shaun, Ed, Liz et le couple d’amis qui vit avec Liz. Un tout petit groupe, mais dont les relations s’intéressent d’abord à la sphère amicale. On est loin d’un échantillon hasardeux qui représente le monde comme chez Romero. Enfin, pas si loin en fait. Si les relations sociales ont lieu dans la sphère amicale, SHAUN OF THE DEAD ne devrait pas analyser les choses et délivrer un message à l’Humanité, c'est-à-dire valable pour tous. Mais bien vite, on se rend compte que, même dans le cercle de ses « amis », ce sont exactement les mêmes enjeux qui ont court que dans le cercle sociétal ! Et, chers Amis c’est une horreur !
On s’attache vite à Shaun, héros médiocre, complètement piégé dans un quotidien en forme de boucle qui ne cesse de se répéter. Une des nombreuses qualités du film est de montrer parfaitement que le Temps n’a aucune prise sur la vie de Shaun, vie qui va le mener droit au cimetière dans 60 ans, au même rythme et sans qu’il s’en rende compte. Cette fameuse soirée où Ed et Pete ont pris une murge à la vodka, c’était quand ? Hier, le mois dernier, il y a cinq ans ? Depuis quand Shaun sort avec Liz ? Trois jours ou trois ans ? Ça fait combien de temps qu’il bosse à Planète Saturn ? Etc. C’est absolument effrayant. Aucune perspective n’est possible, la vie sera un échec programmé, mais rassurez-vous, tranquille. Il s’ensuit une assez jouissive première partie, où les zombies pullulent de plus en plus dans les rues de la ville, mais où Shaun ne se rend compte de rien.
Il est également assez déconnecté de la Société de consommation ou de l’information. De toute façon, il n’a pas d’avenir. Son job ne lui apporte rien, dans tous les sens du terme. Et tout est immuable. Si Shaun paraît sympathique, c’est parce que le quotidien s’acharne sur lui, et pourtant, Shaun met du sien à essayer de faire les choses bien (ex : la délicieuse scène où les gamins en formation dans son magasin sont parfaitement odieux avec lui !). Et c’est bien le seul d’ailleurs. En fait, on s’aperçoit assez vite que son entourage est proprement infect ! Et c’est là, sur ce point précis, que le film est formidable. Les « amis » de Shaun ne sont pas pires (ou à peine plus) que les miens ou les vôtres. Et la grande idée est de montrer combien ceux-ci peuvent être vraiment dégueulasses au quotidien avec lui. Un vrai jeu de massacre. Shaun est méprisé par tous. Premier point. De ce fait, étant inférieur, il est assez normal de le presser au maximum, comme un citron, soit par plaisir d’humiliation (et ainsi montrer combien on est tellement mieux que ce pauvre Shaun), soit pour en obtenir des avantages matériels, sentimentaux ou autres. Shaun n’a aucune chance, et Shaun sera toujours l’éternelle victime d’un champ d’amis persécuteurs. Une manière pour eux de bien veiller, plus ou moins consciemment, à ce que Shaun reste pour l’éternité un inférieur. Heureusement, l’invasion des zombies tombe à point nommé, non pas pour remettre les choses à leur place, mais plutôt pour permettre, premièrement, à Shaun de prendre les choses en main (c’est lui qui assurera la survie du groupe), et deuxio, cela va également permettre à l’humiliation dont Shaun est constamment victime de montrer son vrai visage (y compris, j’en suis certain, à quelques spectateurs qui ont dû bien se marrer en voyant Shaun se faire humilier… et finalement trouver ça normal). Le couple d’amis de Liz sont des gens assez bêtes (surtout elle, lui est vraiment un être immonde). Ed, mine de rien, malgré son statut de copain du héros, est lui aussi un être innommable, bien plus sinistre que drôle et aussi médiocre que les autres. Il y a, malgré tout, énormément de nuances. Dans le couple d’amis, la jeune femme s’avère relativement gentille sous sa cruchitude, et en tout cas bien moins conne qu’avant que les morts-vivants n’interviennent. Son mec, très, très antipathique, m’a semblé plus nuancé à mesure que le film avance (et il a quand même diablement raison sur une scène sur laquelle je vais revenir, tellement raison qu’à son tour il sera châtié très durement, surtout par le scénario !). Ed, par contre, reste pareil à lui-même. L’ambiguïté atteint souvent son comble avec Liz, la petite amie, la seule qui, au final, attende vraiment quelque chose de Shaun et lui fasse un chouïa confiance. On se dit qu’elle pourrait devenir le pendant féminin de Shaun. Une autre scène, sublime, nous donne tort (j’y reviens).

SHAUN OF THE DEAD, film vraiment drôle par endroits, est donc très agréable, certes, mais c’est aussi un film absolument et définitivement sinistre et déprimant (chouette !), dans le sens où il dépeint une société d’une noirceur absolue. Une des forces du film est de se permettre énormément de répétitions. Et on a vraiment l’impression de se prendre constamment le mur dans la tête, tellement ces gens sont bornés. On souffre encore plus que Shaun lui-même. Plus noir, tu meurs. Avec ce film, en même temps que vous allez rire, et pas qu’un peu, vous allez aussi toucher le fin fond de la Fosse de la Dépression, vous savez, celle qui est dans la mer des Désespoirs. En tout cela, le film est vraiment un hommage sincère à Romero et à ses films, et une variation originale.
On rit aussi beaucoup donc. Je vous laisse découvrir tout ça. J’ajoute quand même quelques bémols assez flagrants. D’abord, sur quelques scènes (la zombie « trouée » dans le jardin par exemple), il y a un peu trop de gags, et surtout des gags plus potaches. La potacherie est une dimension intrinsèque du projet, mais j’avoue que, de temps en temps, cela m’a sorti un peu du film. Certaines idées, comme le lancer de disques, sont très bonnes, mais assez mal exploitées, et brossent un peu le public dans le sens du poil (on aurait préféré voir sauvée une édition de Joy Division, non ? Et dire que la BO de BATMAN par Prince est une sous-merde comme Sade, là je dis non, c’est très populiste, ça, et pourtant je ne suis pas fan de Prince !). Simon Pegg, contrairement aux autres, est un acteur de mimiques. Bon, il n’y va pas à fond comme Jim Carrey, très loin de là même, puisque son jeu comporte d’autres nuances, mais sur une prise ou deux, je n’aurais pas gardé certains trucs dans son jeu (il faut dire aussi que la VF est lamentable et gâche peut-être une nuance plus subtile ou plus paradoxale). Donc, de part et d’autres, ça et là, la potacherie semble, à mon seul et unique goût, déséquilibrer le propos.
Par contre, il y a des choses superbes, notamment le personnage de l’amie lointaine, très belle idée, sublime même, de communion désespérée. Le passage où les troupes se croisent est formidable ! [Le personnage de l’amie est sublime, de toute façon.] Une autre très belle idée est le climax dans le pub, où tous les personnages se menacent les uns les autres dans un beau mouvement de connerie ! À ce moment-là, le langage se bloque (le personnage d’Ed y est formidablement bien écrit), la scène se répète encore et encore et encore. Le film semble s’arrêter, et j’ai pensé qu’il allait se terminer là, dans une répétition de 20 minutes (ça aurait été génial, ça !). Dans ce moment de blocage absolu, c’est le personnage le plus antipathique qui a  raison à 100%, et tous les autres ont tort. Mais ce personnage a fait trop d’erreurs auparavant, et plus personne n’a envie de lui accorder une quelconque attention. En un mot, il a pris le rôle de Shaun. Ce dernier d’ailleurs est aussi immonde que les autres dans cette scène. Le bonhomme sera châtié avec une extrême dureté. [D’ailleurs, dans cette scène, Shaun est habillé strictement à l’identique de Christopher Walken et De Niro dans VOYAGE AU BOUT DE L’ENFER. C’est trop spécifique pour être un hasard. Wright a-t-il voulu nous dire que Shaun se tirait une balle dans le pied ou dans la tête à ce moment là ?] [Deuxio : je mets ça là mais ça n’a rien à voir : par moment, mais seulement par intermittence, le film est d’une maniaquerie absolue : avez-vous vu, comme je l’ai vu, par exemple dans un tout petit détail, une critique de l’Angleterre du football, terre à zombies ? Ici, je ne parle pas du garçon qui joue au ballon dans la rue en plus !]
Il y  a de très belles choses aussi dans la dialectique « les vivants sont morts et les morts sont vivants ». Héritage romeroesque direct. Bref, on est souvent en plein Kho-Lanta de l’horreur, mais attention, nuance, entre amis, ce qui est encore pire ! Bon, j’arrête là pour vous laisser interpréter ça à votre manière. Une fois le film terminé, une conclusion arrive. La première partie de cette conclusion est sublimement drôle. C’est ce qui m’a fait le plus rire, et je trouve que c’est un des passages les plus intelligents aussi. C’est évidemment complètement déprimant. La deuxième partie de la conclusion est plus potache malheureusement, plus moralisatrice peut-être (mais pas sûr). Cette dualité exprime bien la dualité du film, qui a tendance donc à me gêner un peu aux encornures. [Peut-être que la deuxième partie de la conclusion n’est pas une sorte de happy end marrant, mais au contraire une sorte de cauchemar le plus absolu. C’est peut-être ça, le pire qui pouvait arriver à Shaun et Liz, à la différence près que le salon de la maison a remplacé le pub !]
Enfin, un mot pour vous dire que tout ça est tranquillement mis en scène, sans plus. Le début me semble plus rigoureux et mieux cadré. Le gros milieu est un ventre mou, un peu en forme de n’importe quoi, surtout dans le cadre et les échelles de plans, souvent bien laids. Dommage, ça commençait mieux dans la première partie. Ceci dit, on a vu des mises en scène encore plus laides, et je crois que si le film avait été français, on aurait peut-être salué le travail de Wright.
Les acteurs, eux, sont vraiment très bons. Le mec qui joue Pete (le cadre) est formidable notamment. On l’avait aperçu dans les séries anglaises SMACK THE PONEY et FRENCH AND SAUNDERS. Les autres sont très bons aussi, et très attentifs, bien loin là aussi de nos pauvres critères.
 
Alors si vous avez le courage d’affronter la déprime de l’année, n’hésitez pas, vous allez beaucoup rire. Il y a des moyens largement plus bêtes de se divertir. L’intelligence habite de l’autre côté de la Manche, mais ça, on le savait déjà.

Désespérément Vôtre,
 
Dr Devo.
 
PS: Le film est aussi très social. Il y a beaucoup de détails, notamment financiers, très humiliants. L'histoire est basée finalement sur le fait qu'il faut être trois pour louer un appartement, dans les quartiers excentrés de Londres.
 
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Samedi 30 juillet 2005

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi

Un sommet de l'art lyrique, le must du 45t.

Skotlettville est en pleine ébullition alors que se prépare le Festival de la Tarte à la Vache. Mais les festivités vont être perturbées par le retour de James Bataille, un cascadeur amoureux de la fille du maire qui vient de s’évader de prison… puis par une invasion de créatures venues d’une autre dimension.

La France et le cinéma fantastique. Le cinéma fantastique et la France. Tout un chapitre… Le genre n’a longtemps semblé exister en France qu’à travers la tradition du « réalisme poétique », une aubaine pour les fiches-cinéma de Pierre Tchernia, mais un héritage assez poussiéreux à quelques rares réussites près. Quelques petites perles isolées (LES YEUX SANS VISAGE, ALICE OU LA DERNIERE FUGUE), la carrière souvent passionnante du persévérant Jean Rollin (enfermé dans une réputation de cinéaste Z avérée par les budgets mais largement démentie par la cohérence et la poésie de son approche), quelques tentatives d’épouvante à la française oscillant entre le très estimable (LA NUIT DE LA MORT de Raphaël Delpard), le piètre (LE DEMON DANS L’ÎLE) et le gros Z qui tâche (les productions Eurociné, ou des oeuvrettes hilarantes comme LA REVANCHE DES MORTES-VIVANTES). A la fin des années 80, on a vu émerger une nouvelle génération de cinéastes tentés par le genre, et l’on oublie parfois à quel point certains ont tapé dans le mille avant de disparaître dans les limbes (Alain Robak et son honorable BABY BLOOD, Jérôme Boivin et ses excellents BAXTER et CONFESSIONS D’UN BARJO d’après Philip K.Dick, voire même le semi-raté mais appréciable 3615 CODE PERE NOËL de René Manzor). Ces dernières années, les tentatives visant à développer le film de genre fantastique à la française, soutenues par les travaux plus « officiels » de Jeunet & Caro, Jan Kounen, Christophe Gans ou Enki Bilal, se sont multipliées (BROCELIANDE, PROMENONS NOUS DANS LES BOIS, BLOODY MALLORY) avec des résultats excédant rarement la modeste petite réussite (SAINT-ANGE, le curieux LES 1000 MERVEILLES DE L’UNIVERS et paraît-il MALEFIQUE que je n’ai pas encore vu). Les jeunes réalisateurs semblent se casser les dents les uns après les autres à vouloir tout donner dès leur premier long-métrage (d’où des films, qu’ils soient aboutis ou pas, qui sont toujours ultra-démonstratifs), et surtout à essayer d’aborder le genre en courant après le modèle anglo-saxon dans un pays ou ni l’infrastructure, ni la culture ne favorisent la réussite et l’implantation de ce cinéma, d’autant plus que les œuvres issues de ce courant tablent sur la technicité mais manquent cruellement de personnalité et de spontanéité. La greffe semble avoir bien du mal à prendre, comme c’est d’ailleurs le cas pour la tentative parallèle de développer des sitcoms ou des soap sur le modèle américain : difficile d’égaler un modèle fondé sur des traditions d’écriture et de mise en scène totalement étrangères à notre mode de production, car de la volonté de  singer un modèle ne résultent que des films américains dans l’âme (LE 5e ELEMENT, UN AMOUR DE SORCIERE, au secours) ou de pâles copies sans âme (JEUX D’ENFANTS). Pourtant, par principe, l’effort est louable, d’autant plus qu’il débouche parfois sur de très belles réussites.
Je n’essaierai pas de vous faire croire ici que ATOMIK CIRCUS est une très belle réussite. Mais il me semble que ce film a une âme, qu’il y a une vraie tentative d’appropriation des canons du genre fantastique dans un projet certes influencé par le cinéma américain (mais quelles références existe-t-il en France ? LES GENDARMES ET LES EXTRA-TERRESTRES ? GAVIN ?) mais qui parvient à trouver un ton original et assez encourageant pour la suite, s’il y en a une.
Dommage que le film se traîne quelques boulets qui l’empêchent de prendre son essor. Les frères Poiraud se sont engagés sur la pente savonneuse de l’humour non-sensique et du cinéma de l’absurde ; il est assez difficile d’entrer dans l’univers dépeint par ATOMIK CIRCUS, mais passées les 20 premières minutes, le film fonctionne correctement. Malheureusement, un dénouement bien mystérieux dissimule mal une panne d’inspiration dans la dernière partie du film, qui se termine un peu en queue de poisson, comme si les réalisateurs n’avaient pas su où mener leur engin après avoir laborieusement réussi à le mettre en branle, ce qui confère au film un arrière-goût insatisfaisant. Mais le plus gros problème réside, est-ce une surprise, dans le casting. Si Jason Flemyng (BRUISER) s’en sort avec les honneurs, Vanessa Paradis ne fait pas vraiment d’étincelles, d’autant plus qu’elle incarne une chanteuse – les passages musicaux ayant parfois tendance à phagocyter le projet, surtout si l’on est pas très sensible à son petit filet de voix. Même reproche pour Benoît Poelvoorde : il n’est pas mauvais, au contraire, mais sa forte personnalité l’amène à écraser le métrage à chacune de ses apparitions, et reste figée dans un jeu qui reste décidément immuable de film en film. Je l’aime bien, il est assez drôle, mais j’en viens petit à petit à ne plus le supporter du fait qu’on l’utilise toujours sur le même registre – qu’il s’appelle M. Chiasse (comme c’est le cas ici !) ou M. Manhattan, le résultat est le même et tend le plus souvent à paralyser le récit. Pourquoi faut-il toujours laisser autant de place et de marge de manœuvre aux interprètes en France ??? Pourquoi des acteurs très capables (Depardieu en est un très bon exemple – je précise qu’il ne joue pas dans le film des frères Poiraud, ceci dit) finissent par devenir des espèces de trous noirs ambulants qui réduisent à néant les films dans lesquels ils évoluent ??? C’est là le principal défaut d’ATOMIK CIRCUS, qui se prend régulièrement les pieds dans ses acteurs en leur laissant trop de champ libre, les performances ne servant parfois en rien le récit – quand elles ne le mettent pas complètement en pointillés. Le meilleur exemple de ce problème ? Une séquence interminable montrant Poelvoorde au volant de sa voiture, draguant lourdement l’assistante à ses côtés : la « contamination » du personnage est l’objectif narratif de la séquence, mais cet objectif n’est atteint (en deux minutes) qu’au terme d’une scène longue, inutile et qui ne donne à voir que l’acteur en train de faire son show (show, du reste, qu’il nous ressert en boucle depuis des années, avec talent, mais pour quoi faire ?). Pendant ce temps, le film n’existe plus, et c’est d’autant plus dommage : il est déjà si difficile de rentrer dans son atmosphère atypique, fallait-il vraiment nous en sortir si régulièrement pour laisser le casting en roue libre et justifier ainsi des noms accrochés sur l’affiche ? La question est mine de rien assez délicate, d’autant plus que sans noms, le film n’aurait probablement pas été produit dans les mêmes conditions (pour peu qu’un film aussi étrange trouve des financements sans vedettes rattachées au projet, ce dont je doute), et qu’en France, ces noms renvoient à des acteurs habitués à ce qu’un film se construise autour de leur numéro et non l’inverse, hélas.
Mais attention, le film comporte aussi de véritables qualités. Une atmosphère étrange et agréablement bordélique quand le scénario la laisse respirer, qui fait irrésistiblement penser à l’univers des rednecks américains, avec ces bouseux toujours prêts à sortir leur fusil de chasse, ce désaxé vivant avec sa grand-mère empaillée (coucou, MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE !), le tout dans une ambiance de saleté, d’abrutissement et de décadence. A ce titre, comme tout redneck qui se respecte, ceux-ci attirent les mouches… mais des mouches énormes venues d’un autre monde, naturellement, les extra-terrestres ayant des allures plutôt insectoïdes. Leurs attaques (très beaux effets spéciaux) sont mises en scène avec un réel talent et achèvent de plonger le film dans le chaos intégral, notamment dans une dernière demi-heure assez réussie. Le film, d’une belle inventivité visuelle, bénéficie en outre d’idées vraiment décalées et bizarres, tel cet homme usant de son chien (en animatronique volontairement foireux, avis aux amateurs des Muppets) comme d’un instrument de musique dans des séquences cruelles et furieusement drôles.
Si le film, dans son ensemble, laisse une impression mitigée, il reste pourtant honorable et original. J’ai souvent pensé en le voyant à un autre film chaotique et inabouti, bourré de défauts mais prometteur : ACCION MUTANTE de Alex de la Iglesia, qui a depuis fait ses preuves avec des films comme MES CHERS VOISINS ou PERDITA DURANGO. Les frères Poiraud vont-ils rectifier le tir et connaître une aussi belle suite de carrière ? C’est tout le mal que je leur souhaite !

Le Marquis

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Vendredi 29 juillet 2005

Recommander - Publié dans : Corpus Analogia


(photo:"But true dear" par Dr Devo.)

Chères Sœurs, Chers Frères,

SAN KU KAÏ, épisode n°6, ça commence bien. Sur les chapeaux de rouille même. Comme dans l'épisode n°2, ça expérimente dès la première seconde de l'épisode, et sur le même principe. On s'attend, d'après la jaquette, à voir l'épisode intitulé « Le Roi Golem ». Le menu animé (et pourtant si peu) nous promet le même titre. Quand l'épisode commence, le titre en surimpression en surprendra plus d'un : « Le Roi Golden » ! L'affreux tyran du XVe Système Solaire voit méchamment, et d'entrée de jeu, son aura se transformer en vulgaire slogan de supermarché. De là à le prendre pour la reine des pommes, il n'y a qu'un pas que le malheureux ou l'insultant ne manqueront pas de franchir pour se gausser. Le fidèle lecteur, lui, sait à quoi s'en tenir : SAN KU KAÏ est une série expérimentale de cinéma pour la télévision.

Golem XIII, souverain des Stressos, figure maléfique suprême certes, mais aussi figure énigmatique. À bord du Kosmausor, le vaisseau mère des Stressos, même les plus hauts gradés dans la hiérarchie Stressos ne lui parlent qu'à travers un dispositif incongru mais assez génial, sur lequel il convient que nous nous attardions. Comme le Gouverneur d'Analys le rappelait dans l'épisode IV, Golem XIII, je ne sais pas qui c'est, je ne l'ai jamais vu, d'ailleurs on ne lui parle que par micro interposé. Ben oui, mais en même temps, pas seulement. Arrêtons-nous un instant dans la salle de contrôle du Kosmosaur. A l'opposé de l'endroit où se trouvent les splendouillets ordinateurs de commande du vaisseau (vaguement inspirés par STAR TREK sans doute, et par BricoMarché certainement), on trouve le siège de communication avec Golem XIII. Le dispositif est simple mais malin. Une affreuse tête de mort cuivrée trône au-dessus d'une multitude (facilement une quinzaine) de boutons luminescents à cadences aléatoires et arythmiques. Quand Komenor parle à son maître (Golem XIII, donc), il le fait par cette interface. Ainsi donc, la communication se fait par micro effectivement, c'est-à-dire principalement à l'oral. Ça n'empêche pas Komenor, l'acteur et le personnage le plus "capé" de l'histoire du cinéma, de faire de grands mouvements de cape justement (avec doublage du frou-frou absolument apocalyptique, qui serait gentiment grotesque s'il n'était pas aussi angoissant) et de s'agenouiller à qui mieux mieux en signe de soumission absolue. Quand j'étais petit et que je n'avais vu que quelques épisodes de la série, je me demandais pourquoi Komenor et ses sbires mettaient tant d'apparat dans leur conversation avec leur dieu-chef Golem XIII alors que celui-ci, apparemment, ne communiquait qu'à l'oral. La tête de mort rend l'appareil d'audio-transmission terriblement imposant (dans les limites financières imposées par la production) : il joue le rôle à la fois de transmetteur audio, certes, mais aussi de statue divine, d'autel semi-incarné du quasiment dieu-vivant Golem XIII. C'est un appareil de communication, et aussi un objet de culte, un objet du divin, à la fois hors d'atteinte et présent. Par cette présence-absence, Golem XIII investit un champ inédit où trois niveaux cohabitent pour la première fois : le Militaire, le Religieux, et le Technique (le dispositif étant également un appareil de  transmission, comme nous venons de le voir). Il y a aussi un quatrième niveau : le Chef d'entreprise. Non, pas dans le bâtiment, bande de petits pervers (nous allons voir que Golem XIII continue de veiller à la construction de son palais démesuré). Entrepreneur dans ses méthodes manageriales plutôt. Car oui, je ne le savais pas quand j'étais petit samouraï en culottes courtes, faute d'avoir vu les bons épisodes : la statue-autel-transmitteur audio est aussi... Un appareil enregistreur vidéo ! Et oui ! Ça fait aussi webcam ! Golem XIII peut voir et fliquer ses sbires ! Komenor, chef supérieur avisé, fait donc bien de s'agenouiller et tout le toutim. On sent la sagesse pragmatique et l'expérience. [C'est dans des épisodes prochains que nous verrons que Golem XIII peut voir à travers l'appareil. Note pour les puristes et les pervers qui bien souvent sont les mêmes.] [Par ces quatre fonctions réunies en un seul lieu ou appareil, les auteurs mettent le doigt sur l'essence même de la domination totalitaire, ce qui, une fois encore dans le cadre d'un feuilleton pour les enfants, est quand même drôlement fort, et bien plus efficace qu'une LISTE DE SCHINDLER, paresseusement hollywoodienne...]

Revenons à l'épisode VI. Bon, comme toujours, ça va mal, et même pas bien du tout. On le sait depuis deux épisodes, Golem XIII a ordonné la construction d'un gigantesque palais en son honneur. La poigne Stressos s'étend à tout le système, et la résistance faiblit. Ayato, le jeune pilote fougueux et quelque peu inconscient, Siman, l'homme-singe tendance macaque-Hernandez, Sidéro, le robot de génération beat (voir article sur l’épisode IV), et enfin Ryu, sourire aux lèvres, regard et posture du héros qui n'a pas froid au yeux, nos quatre compères donc seraient le seul mais bien faible espoir contre l'empire golémien.

"Je veux voir un homme qu'on appelle Ayato. Celui qui a osé me défier." Ainsi vitupère Golem XIII, en tête de gondole de cet épisode. Komenor assure qu'il "en sera fait selon ta volonté", activant ainsi les niveaux militaires et divins de soumission à son souverain. Et là, très vite, quelque chose de très intéressant se passe. Derrière la cape tendu de Komenor, on peut apercevoir les cornes du casque de Volcor, l'homme du terrain et des sales besognes, mais inférieur hiérarchique. Volcor proteste et abaisse, de force, le bras de Komenor ! Le petit outrecuidant ! L'effronté !  "Non, c'est bien trop risqué" dit-il. C'est intéressant à double titre. Parce que dans ce détail, c'est à la fois l'acteur et le personnage Volcor qui se rebelle, proteste et dit à voix haute son ras le bol et son avis face à l'acteur-personnage de Komenor. Les deux personnages, comme les deux acteurs, sont donc bien en conflit. Le cinéma, c'est aussi le réel. Et SAN KU KAÏ est, à cet égard, complètement en plein dans le Cinéma du réel. CQFD. Voilà qui devrait définitivement asseoir les admirateurs de Ken Loach. Passons. En tout cas, l'acteur qui joue Komenor (euh.. Comment il s'appelle déjà ? Je suis bête ! Il ne s'appelle pas !) est très irrité, et même carrément furieux, et il refait en fin de plan un gigantesque mouvement de cape pour cacher Volcor-l'acteur ! Vous pouvez vous repasser ce plan en boucle : vous verrez que ça a dû barder sur le plateau à la fin de la prise. L'histoire ne dit pas si ces deux géants de la scène dramatique japonaise se sont mis sur la gueule après le cut !  Komenor rassure le boss. Tout est déjà prévu. Il a envoyé des troupes dans le village d'Ayato, et ce dernier, en conséquence, va sûrement réagir. Bien vu !
Il ajoute : "regardez !", dans un mouvement de menton vers la droite du champ. Cut. Gros plan sur Furya, délicieusement mise en exergue et introduite avec gourmandise par cet effet de montage. [Contrairement à 98% des films vus en salles, art et essai ou commerciaux, ici, dans SAN KU KAÏ, une coupe, ça ne se fait pas n'importe où.]
Et ce n’est pas fini. Furya, l'actrice, marque un temps de pause (comme absente, j'y reviens) un peu trop long, mais juste un chouïa, c'est un effet remarquable d'ailleurs puisque la production, je le répète, exigeait qu'il ne fût fait qu'une seule prise ; puis elle reprend le geste du menton de Komenor au plan précédent et détourne elle aussi le regard vers la droite. [Les deux plans, celui sur Komenor et celui sur Furya, étant donc mis en parallèle : ils marchent ensemble.] Cut. Plan moyen sur l'écran de transmission, sur lequel on voit un nouveau méchant Stressos (avec un casque terrifiant), couplé à un zoom vers gros plan assez sobre (dans le canon de la série du moins), gros plan texturé vidéo, ce qui est assez magnifique, quoique court (soin dans le détail donc). Le plan est court et est suivi d'un cut. Le même méchant est sur Analys, on revient au support pellicule. Dans un plan encore plus court (accélération), le méchant Stressos casqué tourne lui aussi le menton vers la droite (reprenant le mouvement introduit par Komenor, puis Furya), en même temps qu'un horrible gaz s'échappe du dit casque. Cut. Plans sur les villageois gazés, en train d'agoniser, toute douleur dehors, dans les vapeurs toxiques !

C'est terrifiant. Et très bien mis en scène, avec quatre plans courts. Le 1er et le deuxième plan sont mis en parallèle, et tendent vers le suivant, qui ne viendra pas tout de suite mais sera "bousculé" par le zoom (montage par le mouvement) vers ce gros plan vidéo dont la texture souligne l'incroyable caractère anxiogène du méchant casqué. Au troisième plan, on est complètement bousculé par cette suite de mouvements brisés et pourtant, comble de la surprise, le méchant fait le même mouvement de menton : la mise en scène nous dit par là :"Et bien non, le plan horrible qui fait peur, ce n'est même pas celui-là, qui vous terrifie déjà, ce n'est pas fini, c'est le suivant". Le plan pellicule avec le gaz qui sort du casque : Ho-rri-ble ! Mais bien court, sans répit, vers les plans sur les villageois gazés. Construction rythmique, corrélation de la mise en scène et du jeu d'acteurs très dirigés (la direction d'acteurs devrait TOUJOURS se faire comme un élément de mise en scène et non d'intention, comme tous les réalisateurs idiots de la terre ne l'ont pas compris), jeu sur l'échelle des plans et même sur le support image (vidéo vs Pellicule)... Le tout a duré peut-être dix secondes, si on compte le long dialogue entre Komenor, Volcor et Golem XIII. Trois tonnes de mise en scène en cinq secondes, aucun plan inutile, du montage partout ! Je n'ai qu'un mot : c'est sublime. Alors si certains continuent de préférer Tavernier, je ne comprends plus rien et pose la question : qu'attendez-vous du cinéma ? Ou plutôt, qu'attendez vous de spécifique du cinéma, qui ne soit pas du théâtre, de la littérature ou du journalisme, par exemple. Plus que de longs articles dans les Cahiers ou dans Positif, ces cinq secondes vous en disent plus sur le cinéma. En 5 secondes, vous en avez plus appris là qu'en un an de lecture de magazines dits "professionnels". En 5 secondes, vous avez fait plus pour votre préparation au concours d'entrée à Louis Lumière ou à la FEMIS qu'en un an de préparation à vous farcir des livres de Jean-Claude Carrière.

C'est aussi pour ça que ce blog existe. Pour rappeler que le cinéma, ou plutôt le Cinématographe, est ailleurs que dans les attitudes stériles, ancestrales et culturelles du monde du cinéma. Soyez Focale chez vous. Soyez Cinématographe dans votre cuisine.

Après cela, on revient sur Furya. Et on constate qu'elle est strange aujourd'hui, notre Furya. Tristesse, fatigue semblent se lire sur son visage. En général, Furya porte terriblement bien son nom : vénéneuse, agressive et d'un sex-appeal sub-atomique. La Furie et le Corps. Mais là, il semble qu'il y ait une brèche, presque émouvante si on en avait le temps. Elle n'a jamais été plus belle (et pourtant...), mais la fissure est là. Sera-t-elle, cette fissure, exploitée plus tard ?

Et puis le gazage des villageois, ce n'est quand même pas rien ! Quelle violence, surtout quand on sait que le Stressos casqué et gazeux se tient dans l'axe d'un drapeau Stressos qui  n'est rien de plus qu'un drapeau nazi à peine retouché. Quel passage terrifiant ! Le Stressos casqué-gazeux annonce à tous que les villageois sont prêts à être déportés "dans les camps".

Pendant ce temps, sur Chetah, planète d'origine de notre ami Siman, l'homme-singe. Chetah. Singe. Tant qu'à faire.
Ryu passe le temps en faisant s'entraîner Ayato le rookie (on se calme ! Rookie, et pas W...). L'entraînement consiste à sauter du haut d'une falaise vertigineuse (belle contre-plongée), à atterrir les deux pieds sur le sol, puis à rebondir dans le mouvement en quintuple salto groupé avant, et de retomber sur ces deux pieds vingt mètres plus loin. Là aussi, la Force est du côté du montage. Ryu est vraiment un pédagogue exceptionnel. "C'est facile, fais comme moi" ou encore le splendouillet "fais comme si tu étais un aigle royal". Ben ouais. Le tout avec d'affreux petits plans de coupe (en gros plan, en plus !) et des zooms à tire-larigot. Wer will, der kann. "Tu peux tout faire si tu le veux de toutes tes forces", avec petite frappe sur l'épaule et sourire enjôleur. Sacré Ryu. Juste à côté, Sidéro et Siman se disputent. Siman essaie de faire la cuisine (encore du poulet, comme dans l'épisode précédent) mais Sidéro fait du bruit en réparant le vaisseau. Tout d'un coup, des voix d'enfants :"Les Stressos ! Les Stressos !" Tous nos héros se précipitent à la rescousse. Fausse alerte : ce sont des enfants (humains et singes Mobalpa) qui "jouent à la guerre contre les Stressos" (répète, je le répète, Sidéro) sous l'œil amusé et goguenard de leur maîtresse qui, tiens donc, porte une robe complètement années 80, couleur marron-beige avec motifs à fleurs du même métal ! Ayato conclue : "c'est pour eux [les enfants] qu'il faut se battre et chasser les Stressos hors du système solaire." Pas très fin comme dialogue. Y'a qu'à chanter Des Millions de  Copains, pendant qu'on y est... Ryu recentre le débat : "dis, tu as vu la fille là-bas ? Bon sang qu'elle est jolie !" J'adore le style de Ryu, vraiment bath et enthousiaste. Ryu va à la rencontre de la maîtresse. S'ensuivent des présentations assez débiles, avec des zooms à chaque champ / contrechamp. Là où il y a de la gêne... Tout cela se finit par un bon repas partagé avec les enfants. Le poulet à la broche de Siman fait des merveilles. Tant qu'à faire, la maîtresse s'appelle Aguna !
Cette scène bucolique sur le sol volcanique de Chetah, hommage à Renoir et Renoir, est interrompue par les bruits hostiles de trois vaisseaux de combat Stressos (les fameux laserolabs). L’escadrille est dirigée par le Stressos casqué, super-méchant de l'épisode, qui déclare aussitôt : "Allez, on s'entraîne sur les enfants !", installant de façon définitive son statut de Méchant ultra-sauvage et sympathique. Les tirs de lasers fusent, nos héros protègent les enfants et, de justesse, le sang ne coule pas. Ryu s'en va avec Siman pour embarquer dans leurs petits vaisseaux  détachables et respectifs, afin que le combat ait lieu dans les airs, loin des enfants. Pas d'effusion de sang donc, mais c'était moins une. Quoique, il y a une ellipse de mise en scène par un plan en insert sur la Maîtresse Aguna qui tient un enfant dans ses bras, comme Ayato à ses côtés, et qui dit, à la dérobée, noyée dans le bordel monstre de cette séquence épileptique : "Mais où sont les autres ?". La réponse est apportée par nous, spectateurs : les autres enfants ont sans aucun doute été massacrés, lazérisés et déchiquetés hors-champ ! Leur absence sonne à nos oreilles comme le silence du trou d'un tombeau, ou plutôt d'une fosse commune vu le nombre d'enfants manquants.
Le combat a lieu dans les airs, avec sa volée de petits plans à la whallygaine, caméras basculées et pivotantes (à 300 degrés !), et bande-son mêlant allègrement la musique française à la musique japonaise de la série dans un chaos indescriptible de sons, d'images et de mauvais goût délicieux, le tout sous l'œil attentif d'Ayato et d'Aguna, qui suivent la chose d'en bas, au sol, au côté des enfants.

Tous les laserolabs sont détruits, sauf celui du Méchant Casqué. Siman le force à se poser. Et c'est là que Ryu a une idée géniale. Il enfile le costume du gazeur facho et se casse, en refusant de dire à ses compagnons où il va, ce qui ne lui ressemble pas. Gazman le méchant casqué, est pendant ce temps-là scrupuleusement entravé. En fait, Ryu veut en profiter pour "faire un essai du matériel des Stressos". Il s'envole dans l'espace à bord d'un laserolab. Tout va bien, jusqu'à ce qu'il  voie le Kosmosaur en approche. Il saisit l'occasion et en profite pour pénétrer le vaisseau-mère des forces du mal (mmmm....). Les japonais ont parfois un sens de la pertinence et de l’action désespérée qui m’échappe. Tout cela n’est-il pas un peu risqué ?
Enfin, c’est comme ça, et dans la salle de contrôle du Kosmosaur, Volcor, souvent pertinent, est formel : « il ne rentre qu’un seul laserolab ! » Komenor, curieusement assis (l’acteur avait dû se fouler une cheville dans un mouvement de cape, ou alors est-ce une suite de la bagarre qui l‘opposa dans les loges avec l’acteur qui fait Volcor ?), Komenor, assis donc, déclare : « Je veux voir le pilote ! [Il se lève !] Furya, apporte-moi le pilote tout de suite ! » Cut. Plan sur la porte de la salle de contrôle, et Furya revient avec Ryu caché sous le costume Stressos. Voilà, ça c’est du cinéma, ça traîne pas ! Avis aux réalisateurs : cessez d’éviter les ellipses, et lâchez nous les sabots avec vos histoires de réalisme, de narration, et de réalisme narratif ! Ou alors, écrivez des romans !

Bon. Quand Ryu arrive déguisé en Gazman, voilà Komenor qui pique un fou rire, dîtes donc. Et Furya aussi. C’était un piège. Volcor, l’homme des basses besognes physiques, se précipite sur Ryu pour le tuer. Bataille dans les 6 mètres carrés de la salle de contrôle (allez, hop !). Dans la bataille, Ryu enlève son costume de Stressos, et en profite pour revêtir son costume de Staros. Hey, les réals français ! Vous savez combien de plans ça lui a pris, à Ryu, pour se changer : DEUX ! Pas huit, pas douze deux… Bon.
Je suis Staros et je viens du fond de la galaxie, comme d’hab…Mais vous, vous m’appelez Ryu (l’identité secrète ne l’aura pas été longtemps). Tu vas regretter d’être venu sur le Kosmausor. Voilà, ça c’est fait. Plus étrange, en s’inclinant, Ryu dit : « Je veux voir votre souverain, Golem XIII, sinon tu peux dire adieu à ton poste ». Non mais, il a pété un câble le Ryu ! Komenor replace le jeune fou : « C’est moi qui donne des ordres ici !! », pas très original mais assez pertinent dans les circonstances. « Tu crois que j’ai peur de toi ? Tu ne verras pas notre roi, il n’y consentira jamais ». Après ce joli mot de plus de trois syllabes, le mouvement de cape obligatoire, à côté duquel les mouvements de toges de la Comédie Française paraîtraient presque sobres. « Je vais t’envoyer dans un camp sur Analys. Tu y pourriras avec les autres. » Ça, par contre, c’est bon.

Golem XIII intervient alors par interphone cosmique. « Qu’est-ce qui se passe ? » Komenor lui résume la situation, en concluant par ces mots : « Il s’appelle Ryu et insiste pour te voir, et bien entendu j’ai refusé. » Dès qu’il entend le nom de Ryu, Golem se fâche, et la caméra aussi qui se met à tourner à 360 degrés. Cut Contrechamp en filtre rouge sur Ryu, prisonnier du mouvement spiralique de la caméra, comme dans un mouvement d’hypnose. Cut. Ryu se retrouve dans une vaste étendue onirique et sombre comme le néant, et où les fumigènes abondent par contre. Pourquoi pas ? Cut. Contrechamp. Derrière un voile (ridicule, mais ça marche ! Le réalisateur est homme de goût…parfois) apparaît la silhouette immense et lovecraftienne de Golem XIII et des deux globes luminescents qui lui servent d’yeux. Cut, même plan en plan large. La silhouette de Golem XIII grandit encore. Sans rire, un très joli effet spécial. Cut. Champ en plongée subjective sur  Ryu : on voit le sol de cet étrange no man’s land. Ryu est debout sur une plaque en forme de cible hypnotique noire et blanche. Pas moche non plus, ça, avec une petite pointe de CHAPEAU MELON ET BOTTES DE CUIR dedans. Bien. Ryu, qui pourtant ne devrait pas trop la ramener, déclare : « Je viens du fond de la galaxie (sans blague) pour te détruire ! » Il sort son épée érectile, et au moment de frapper Golem : Cut. Plan sur Ryu enfermé dans une bulle en verre enchâssée sur une sculpture de bronze représentant une main de fer empoignant avec fermeté la dite bulle. [Oh mon dieu, pardonnez moi pour la construction de cette phrase…]
Komenor et Volcor apparaissent alors dans le piège cosmique de l’espace (j’essaie de rationaliser  ce que je vois, mais c’est dur). Ils se gaussent, et plutôt deux fois qu’une. Komenor : « Tu prétends t’appeler Staros et venir du fin fond de la galaxie ? Tu vas être content parce que je te renvoie là-bas. Hahahahaha ! ».
Cut. Ryu-Staros dérive effectivement dans le cosmos infini. Hommage à 2001, L’ODYSSEE DE L’ESPACE. Fermez le banc. Euh non… Le problème, avec Komenor, c’est qu’il est trop grandiloquent. Alors que Ryu dérive dans l’Infini, il dit : « Ne reviens plus jamais ici, ou tu pourriras dans les mines. » Le mieux, décidément, est vraiment l’ennemi du Bien.
 
Sur Chetah, Siman avoue ce que Ryu voulait faire : entrer dans le Kosmosaur en se faisant passer pour un Stressos ! Ayato n’en croit pas ses oreilles devant un plan aussi stupide. À partir de ce moment, la mise en scène devient n’importe quoi. Répétition de plans en jump-cut formant un zoom (oui, c’est abstrait, mais je ne sais pas le dire autrement), superposition de la même image plusieurs fois avec léger décalage, etc. Amis du Kitsch, bonsoir. Le pompon galactique est décroché haut la main par Ayato, qui s’avance au milieu de la nuit et de nulle part  pour crier, crier : « Ryuuuuuuuu ! Ryuuuuuu ! » pour qu’il revienne. N’importe quoi à fond les ballons, ça pédale fort, même dans les descentes, toutes les dents sur le grand braquet. Cut. Tiens, le vaisseau d’Eolia, l’Azuris. Il ne manquait plus que ça ! Musique d’Eolia au synthé Bontempi (jeu N°7 : space harpischord). Un pertinent monologue très court d’Ayato suit : « c’est l’Azuris. » Là, on se dit qu’on est pas arrivé ! Eolia sort son machin habituel : va sauver ton copain Ryu, il faut te battre Ayato, la paix de la galaxie en dépend, etc, etc. Tout ça avec des petites étoiles électriques, la musique de la pub Tampax, et avec encore toujours plus de jump-cuts zoomés. Bergmanien en somme.
Pendant ce temps-là, le vrai Gazman, pourtant sous la surveillance de Sidéro et Siman, se libère de ses liens, et des Stressos débarquent de partout : c’est la bataille… Gazman retrouve son costume de Gazman (que Ryu lui avait pourtant emprunté), il gaze Siman, Sidéro s’évanouit (?!!?) et tout le monde se rebat de plus belle. Les Stressos essaient de piéger le San Ku Kaï avec de la dynamite et de le faire exploser. Furya approche en laserolab. Quel cirque ! Et là, hop ! Ayato débarque dans un costume d’alias qui ressemble furieusement à celui de Staros-Ryu (voir épisode 4),  à deux différences : le maillot de bain mono-pièce pour femme n’est pas rouge mais argenté, et les lunettes pare-soleil de ski (mono-pièce aussi) sont teintées en vert et non pas en rouge. Il se présente, tel Staros, mais en plus sobre : « Je m’appelle Ayato ! Ecartez-vous ! » Tiens… Même pas un petit « je viens du fin fond du cosmos intersidéral pour vous botter les fesses ». Non. Et Ayato, jeune chiot fougueux et plein de sève, n’a pas encore bien compris le rôle d’un héros masqué. Zorro, Spiderman, Batman, Légume-man, tous savent que leur identité secrète sert à… protéger leur anonymat si j’ose dire. Pas Ayato, qui n’a même pas choisi un pseudo correct et dévoile sa vrai identité. Un peu trop post-moderne, je trouve. Passons.

Allez, on se bat ?
Ça ne se refuse pas, on remet le couvert : saut en trampoline, paire de seins explosifs de Sidéro (voir article sur épisode IV) ; Siman qui accomplit des gags en se battant, qui soulève un énorme rocher volcanique, etc, etc, etc. Les Stressos sont malmenés. Gazman, qui sent que le vent est en train de tourner, envoie un message radio à Furya, qui plane toujours dans l’espace et dans le laserolab, beau zeugma. « Va détruire Ryu. » Sous-entendu : comme ça, en le tuant, on n’aura pas totalement perdu notre journée, parce que là, ça commence à sentir sérieusement le roussi. Furya s’exécute avec une belle fougue. Siman suit tout le monde en queue de peloton et aura du mal à la rattraper, la Furya. Finalement, un des lasers de Furya atteint Ryu, toujours enfermé et dérivant dans l’espace infini, prisonnier de son étrange capsule de verre… Un laser atteint Ryu, c’est la fin. De Ryu. De la résistance anti-Stressos. De l’épisode. De la série…

Furya n’a pas le temps de se réjouir. Car voici Eolia à bord de l’Azulis, qui ex-machine fait une nouvelle fois tout ce qu’elle peut. Ryu est sauvé par la Grasse. Il peut aller se battre avec Ayato. Le combat dure d’ailleurs, car maintenant il fait jour, et Ayato est toujours en train de mouliner son kung-fu contre les Stressos. Ryu, donc, arrive en renfort, et le combat enfin s’achève par l’explosion de Gazman. Après le combat, Ryu s’approche d’Ayato dans sa tenue de super-héros toute neuve et lui dit, la main droite sur l’épaule, et l’autre parcourant les résilles pectorales de son co-équiper : « Dis donc, elle te va bien cette tenue ! Mais tu as des progrès à faire : si tu ne t’entraînes pas, tu ne seras jamais de taille !» Allez, on fera nos secret-boys dans le vaisseau. Le San Ku Kaï décolle vers de nouvelles aventures. Cut. Plan en plongée sur la maîtresse et les enfants, appuyé par un zoom arrière (comme le vaisseau qui décolle, capiche ?). Aguna regarde carrément la caméra et dit (à nos héros dans le San Ku Kaï et aussi au spectateur ! Mise en Abîme !) : « À bientôt les Amis ! Et si vous repassez par là, revenez nous voir ! »

Mon dieu. Générique enfin. C’était sublime (surtout le tout début), puis, il faut le reconnaître, un peu n’importe quoi. Le critique rentre chez lui, épuisé. Sa femme et ses enfants dorment déjà depuis longtemps. Personne pour l’accueillir. Mais il sait au fond de lui-même qu’il a fait son devoir.

Dr Devo.

Ici sévissent les si sadiques Stressos :
Episode 1 : Un vaisseau dans l'espace
Episode 2 : Les Ninjas
Episode 3 : L'envoyée de la Terre
Episode 4 : Le Camp
Episode 5 : L'école abandonnée

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Jeudi 28 juillet 2005

Recommander - Publié dans : Lucarnus Magica


(photo: Le Marquis)


Suite à la disparition d’une équipe d’anthropologues au cœur de l’Enfer Vert, une seconde équipe est chargée de partir à sa recherche. Elle rencontre bientôt une tribu de cannibales avec qui elle parvient, laborieusement, à établir la confiance et avec qui elle finit par sympathiser. Découvrant que l’équipe disparue a été tuée et dévorée par la tribu, les hommes parviennent à négocier les bandes vidéo tournées par les documentaristes consommés, et retourne au pays pour y chercher les raisons qui ont poussé des sauvages plutôt débonnaires, au fond, à mettre la première salve de visiteurs au menu.

Voilà, c’est fait, j’ai enfin vu le titre phare de ce sous-genre qu’était, fin 70’s début 80’s, le film de cannibales. Il m’aura auparavant fallu endurer un doublé grotesque, parfois drôle mais il faut bien le dire fort ennuyeux, supervisé par Eurociné : MONDO CANNIBALE de Jess Franco en (très) petite forme (1981) et TERREUR CANNIBALE, d’Alain Petit & Julio Perez Tabernero (1980), films où les tribus de sauvages sont constituées de demandeurs d’emploi passés au cirage, dont certains sont hilares et d’autres refusent de quitter leurs baskets pour marcher dans la forêt. J’ai encore en stock, non visionnés, les films CANNIBALIS – AU PAYS DE L’EXORCISME, d’Umberto Lenzi (1980) et son jumeau AMAZONIA – L’ESCLAVE BLONDE de Mario Gariazzo (1985). Je ne suis d’ailleurs pas très pressé de les découvrir, car il faut bien l’avouer d’entrée de jeu : le film de cannibales m’ennuie profondément. Ces interminables traversées de la jungle, ces tribus cannibales de pacotille très affairées à faire mumuse avec des abats achetés chez le boucher du coin, penchés au-dessus de squelettes en plastique, ces séquences seins nus sur fond de musique sirupeuse, ces récits poussifs et nébuleux, et occasionnellement, dans les « grands classiques », des séquences gratuites et souvent révoltantes d’animaux tués pour les besoins – bien douteux – de l’intrigue. La séquence du singe dévoré par un serpent dans LA MONTAGNE DU DIEU CANNIBALE (1978) me reste encore sur l’estomac d’ailleurs, bien que le film en question soit visuellement bien supérieur aux ridicules productions Eurociné – son réalisateur Sergio Martino n’est d’ailleurs pas très fier de la séquence en question. D’autres titres classiques sur lesquels je ne me suis pas encore rué : CANNIBAL FEROX, LE DERNIER MONDE CANNIBALE, AMAZONIA – LA JUNGLE BLANCHE… Bref, c’est un univers qui ne me parle pas, orchestrant la rencontre du film d’aventures exotique et de la mode italienne du gore bien complaisant, s’essayant parfois à un pseudo-réalisme documentaire qui masque bien mal l’extrême indigence de la mise en scène, du montage et de l’écriture de la plupart de ces films.
De réputation et pour son important succès commercial (notamment au Japon), CANNIBAL HOLOCAUST se pose un peu comme le prototype du genre, le film référentiel, voire son chef-d’œuvre pour certains. Au passage, cette histoire de groupe de réalisateurs disparus dans la forêt et dont on retrouve les rushes évoque irrésistiblement LE PROJET BLAIR WITCH – film que je n’aime pas beaucoup, mais c’est une toute autre histoire. Voyons voir ça de plus près.
Le film est réalisé par Ruggero Deodato, piètre cinéaste dont les BODY COUNT et autres OFF BALANCE (sans oublier le cocasse BARBARIANS) n’auront pas marqué les esprits, loin de là. Il est pourtant l’auteur d’une très belle réussite, pour le moins inattendue dans une carrière si médiocre :
THE WASHING MACHINE, déclinaison vulgaire, onirique et visuellement admirable de l’univers de Dario Argento, un film que je recommande vivement. Autant le dire tout de suite, les qualités formelles et narratives de WASHING MACHINE sont absentes de ce CANNIBAL HOLOCAUST qui présente, dans ses grandes lignes, les mêmes défauts que les autres films du genre : rythme poussif, montage parfois calamiteux, scènes de violence bien complaisantes, et une mise en scène « façon documentaire » qui fait souvent mal aux yeux – mais se justifie ici par le fait que beaucoup de séquences sont supposées être effectivement tournées par les documentaristes. J’apporterais quand même un bémol de taille à ce choix esthétique : si, dans le cadre de la fiction, ces documentaristes sont aussi brillants qu’on veut bien nous le faire croire, pourquoi sont-ils alors si incompétents en ce qui concerne la manipulation de la caméra et les cadrages ???
Mais bon, admettons : CANNIBAL HOLOCAUST n’a pas pour ambition de faire de la mise en scène jolie pour les yeux. Et, pour une fois, il y a un véritable propos derrière ce projet a priori commercial : qu’est-ce qui définit la barbarie ? Quelle est la frontière entre la civilisation et la sauvagerie ? Deodato y répond à sa façon, tout d’abord en établissant un parallèle entre ces questions, plus ou moins énoncées de façon didactique par une voix-off, et les images de notre civilisation moderne et de sa jungle de béton : pourquoi pas… Ceci dit, l’idée de ce parallèle me semble quand même être un peu volée au superbe WALKABOUT de Nicolas Roeg.
La structure du scénario est par ailleurs plus solide que la moyenne de ce genre de films, et sa justification, quoiqu’assez didactique et démonstrative, tient plutôt bien la route. Le film se divise ainsi, grosso modo, en trois parties distinctes. La première montre l’aventure de l’équipe chargée de retrouver les disparus et sa rencontre avec la tribu des cannibales. Bonne surprise, malgré les clichés usuels et plusieurs maladresses, le film évite au moins de sombrer dans un racisme caricatural auquel n’ont pas échappé les productions précédentes, et dépeint les coutumes de la tribu avec une relative distanciation : les cannibales ne sont pas ici des primitifs sanguinaires et cruels, leurs traditions paraissent barbares, mais n’éclipsent pas leur curiosité, leur bienveillance à l’égard des visiteurs, lesquels finissent d’ailleurs par les respecter – en clair, ils ne sortent pas leurs fusils pour tirer dans le tas quand ils découvrent les restes des personnes qu’ils sont venus chercher, et décident au contraire de tout mettre en œuvre pour récupérer les bandes vidéo et tenter de comprendre ce qui s’est passé avec la première expédition, quitte, du reste, à s’adonner eux-mêmes au cannibalisme, mais du bout des lèvres. Quand on est invité à manger, qu’est-ce que vous voulez, on essaie de rester poli même si ce qu’on nous sert nous retourne l’estomac – et si vous ne voyez pas de quoi je parle, allez donc manger chez ma tante Maryvonne.
La seconde partie raconte le retour à la civilisation, la découverte du contenu des bandes vidéo et le dilemme du chef de l’expédition, un anthropologue profondément choqué par les méthodes des documentaristes tartare, lequel va s’opposer violemment à ce que ces images soient exploitées par la chaîne commanditaire, qui tente pour sa part de fermer les yeux sur le peu d’humanité dont ont fait preuve leurs réalisateurs, n’ayant en tête que l’aspect sensationnel des rushes en question et leur potentiel commercial. Intéressant, mais hélas, la mise en scène et l’interprétation sont à ce stade devenues d’une platitude insondable.
La dernière partie, de très loin la plus crue, détaille les exactions et les méthodes pas très orthodoxes qui ont amené les cinéastes à leur perte. Il y avait une réelle volonté d’originalité dans la démarche consistant à nous présenter l’homme blanc comme la dernière des ordures, martyrisant les indigènes, les tournant en ridicule, les exploitant, les violant, en tuant quelques uns à l’arme à feu juste pour affirmer leur supériorité. Face à lui, le « sauvage » terrifié à juste titre va décider au bout d’un moment que ça commence à bien faire : la vengeance est un plat qui se mange froid, contrairement à l’homme que l’on peut accommoder à toutes les sauces. Cette vengeance confère aux derniers instants du film une réelle énergie et une assez belle intensité. Cependant, cette frénésie anthropophage ne fait pas oublier ce que l’inversion des valeurs proposée par Deodato a de profondément simpliste : à mon sens, son film est tout aussi manichéen, la caricature est toujours présente et s’est simplement déplacée vers un autre point de vue. Si la tribu est présentée avec un certain réalisme (toutes proportions gardées, on est quand même loin de Levi-Strauss !), le portrait des documentaristes paraît avoir forcé le trait. Le problème n’est pas tant que leurs réactions puissent être plausibles, aussi excessives soient-elles : certains plans font d’ailleurs passer leur inhumanité avec une certaine finesse, notamment dans ce plan d’un des hommes en train de sourire devant le corps empalé d’une indigène, qui est alerté par son collègue (« attention, tu es dans le plan ») avant de retrouver un semblant de retenue face au spectacle qui se présente à ses yeux. Le problème réside plutôt dans la relative maladresse avec laquelle Ruggero Deodato fait de ses anti-héros des figures bien caricaturales de journalistes prêts à toutes les extrémités pour obtenir des images vendeuses. Le discours semble alors bien verrouillé, figé et un peu vain, dépourvu de nuances. L’aventure se clôt du reste sur une dernière note plus plausible et agréablement ironique nous informant, par un carton, après la décision des dirigeants de la chaîne de faire détruire les rushes,  de leur disparition et de leur mise à prix sur le « marché parallèle ».
Une allusion aux snuff-movies pour un film que les plus naïfs, encouragés par une campagne publicitaire totalement racoleuse, auront à une époque associé au phénomène en question, au point que Ruggero Deodato allait devoir se présenter aux autorités avec les membres de son casting pour prouver qu’il n’avait pas payé une tribu de cannibales pour dévorer ses acteurs. Anecdote amusante qui renvoie à l’originalité (toute relative, voir PUNISHMENT PARK de Peter Watkins en 1971 par exemple) du procédé du faux-documentaire appliqué au cinéma de genre. Un procédé ici fonctionnel, mais malheureusement limité par le manque de talent et de véritable pertinence du cinéaste. Si CANNIBAL HOLOCAUST dépasse le simple intérêt historique ou encyclopédique, c’est davantage grâce à ses intentions et à son audace que pour ses qualités cinématographiques, assez limitées.

Le Marquis.

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Mercredi 27 juillet 2005

Recommander - Publié dans : Corpus Analogia

Photo : Jennifer Lopez nue sans kookaï (Le Marquis)

Tout va mal !
Afin de mener à terme le projet de construction d’un palais impérial sur Analis, les Stressos délèguent un cargo spatial pour déporter des esclaves kidnappés sur Belda – oui, c’est tellement plus simple d’aller les chercher sur une autre planète plutôt que d’asservir les habitants déjà sur place…
Les Stressos embarquent donc les hommes de Belda de force, menés par un capitaine Stressos (flèches blanches sur les pommettes) qui déclare « Ils vont sur Analis bâtir un palais à la gloire de Sa Majesté, j’espère que vous êtes sensibles à cet honneur ! » ; alors que ses soldats sont en train de les rouer de coups et qu’ils en fusillent même un récalcitrant (qui s’écroule dans un ralenti parfaitement ridicule), je doute qu’ils soient très sensibles à cet argument.
Toujours là où il faut qu’ils soient, Ryu & Ayato observent. Comme toujours, le fougueux Ayato veut foncer dans le tas tandis que le sage Ryu le retient :
Ayato : « Qu’est-ce qu’on fait alors ?
Ryu : Je vais essayer quelque chose ! »
Quel fin stratège…

Nos héros décident donc d’intercepter le cargo spatial dans l’espace afin de l’obliger à rebrousser chemin. Le plan fonctionne comme sur les roulettes de Sidéro (je répète : Sidéro), et Siman rit de contentement, ce qui est un peu dommage car parfois, comme c’est le cas ici, on distingue clairement la bouche de l’acteur derrière la rangée de dents du masque de singe…

Derrière eux plane le Cosmosaur. Alors que Volkor & Koménor voit leur cargo rentrer au port sur Belda, Golem XIII intervient, mécontent, et leur ordonne de détruire le San Ku Kaï, parce que bon, ça commence à bien faire.
A ce stade, la cape sonore de Koménor trouve enfin une justification scénique, mais aussi un léger inconvénient. L’inconvénient, c’est qu’à chaque fois que Koménor dresse sa cape et son sabre comme un acteur de Kabuki, il cache Volkor dans le plan (le comédien n’a pas l’air content, mais il ne sait pas encore ce qui l’attend dans un prochain épisode !). Par contre, cela permet de faire apparaître « magiquement » Furia, bien planquée hors-champs, et que l’on imagine très bien sur le plateau trottiner à quatre pattes à point nommé pour se poster derrière la cape en attendant que Koménor daigne enfin la baisser et laisser ses comparses apparaître dans le plan. Car Koménor convoque Furia, et lui ordonne d’envoyer un mystérieux Cyclotor sur Belda pour régler leur compte à nos héros.

Pendant ce temps-là, le San Ku Kaï ramène les prisonniers dans leur village sur Belda. Mais Ryu n’est pas pleinement satisfait : pour une poignée d’esclaves libérés, combien travaillent au fond des mines ? Question pertinente à laquelle on pourrait adjoindre la suivante : pourquoi les Stressos font-ils travailler leurs esclaves au fond des mines si c’est pour édifier un palais ?
Ayato s’inquiète alors du sort des professeurs de son ancienne école de Belda – comme nous le ferions tous en pareille occasion (si ! si ! j’essaierais par tous les moyens de localiser Mme Treguer pour savoir ce qu’elle est devenue si j’étais à la place d’Ayato !).
Ayato : « Et si on allait à l’école ?
Sidéro : D’accord ! ça ne peut pas nous faire de mal ! »
Et le San Ku Kaï de décoller – c’est toujours amusant de voir décoller le San Ku Kaï : où qu’ils soient, c’est toujours le même stockshot dans le même décor…

Arrivés sur place, ils découvrent une école abandonnée, mais une bannière Stressos est installée à l’entrée : prudence, donc ! D’autant plus que le petit groupe a à peine mis les pieds dans l’école que surgit Furia, qui fait signe au mystérieux Cyclotor, dont on ne voit qu’un immense œil en plastique s’ouvrir, emplissant l’écran.
Tout en visitant les locaux de l’école (pleine de magnétos à bande et d’ordinateurs), Siman semble fort troublé et croit voir dans le reflet d’une vitre la méchante Furia puis la silhouette de Cyclotor dont l’œil jaune brille dans le noir.
Mais Ryu & Ayato y prêtent peu d’attention, d’autant plus qu’ils tombent soudain sur un groupe d’enfants cachés dans une salle de classe (qui contient la maquette du Cosmosaur, il ne faut pas chercher à comprendre, les locaux de la Toei ayant fréquemment servi de décors à la série). Parmi ces enfants, il y a la petite Célia (eeeeh ! oui ! Ce n’est pas encore la mignonne petite Anna, qui n’apparaît pas avant l’épisode 7), fille du professeur d’Ayato, ravie de retrouver celui-ci. Mignons tout plein ces charmants enfants, surtout que la plupart d’entre eux sont doublés de façon passablement saugrenue. Ils se montrent très intrigués par Siman l’homme-singe.
Célia : « Enchantée Siman ! Tu n’es pas un monstre, tu sais ? » (Va, je ne te hais point ?) Siman est très ému (ce qui se traduit par des « oooh ! yoyoyoyo !!! ») et décide sur le champs de concocter un bon repas aux chérubins affamés et reconnaissants.

Pour faire un bon repas, il faut de l’eau. Siman va en chercher à la rivière voisine. Comme d’habitude, l’acteur sous le masque en fait des caisses dans le registre simiesque et, toujours très coquet,  se « recoiffe » dans le reflet de la rivière (???) avant d’y puiser de l’eau. Mais un bras tentaculaire s’empare alors de son poignet et s’apprête à lui faire boire la tasse, et je le sais tout de suite, car on voit distinctement la caméra postée sur l’épaule du monstre afin de filmer le visage du pauvre Siman sous l’eau, ce qui arrive dans la seconde. Mais était-ce vraiment une bonne idée ? Car on voit alors Siman, le visage plongé sous l’eau, se débattre alors que des bulles lui sortent… des yeux ! Ben oui, un masque, ça se remplit d’eau, qu’est-ce que vous voulez. Comme le plan est fort cocasse, on en conclue logiquement que c’était une très bonne idée.
Surgissant hors de l’eau d’un bond qui le propulse jusqu’à un pont non loin de là, Cyclotor apparaît enfin au grand jour et en pied, et autant dire qu’on n’est pas décus : à peine a-t-on eu le temps de mesurer l’ampleur du désastre quant au costume du monstre, premier d’une série de figures kitsch qui inscrit dès lors SAN KU KAÏ en précurseur des figures maléfiques d’une série future (je pense ici plus à Légume-Man de Téléchat qu’à X-Or), que Cyclotor ouvre la bouche (façon de parler car il n’en a pas vraiment), et là, la VF atteint des sommets de ridicule dans une série pourtant déjà richement achalandée de ce point de vue :
Cyclotor : « Je suiiîiis CCCCyclotoooooôôôôrrr !
Siman : C’est toi qui a embarqué toute l’école !!!
Cyclotor : On ne peut te cââcher !!!
Siman : Tu vas me dire où, grrrr !!
Cyclotor : Ha ! Hââââaaaa ! »

Pendant ce temps-là, dans la salle de classe, les enfants pleurent, et ils ne sont plus mignons du tout. De vrais petites crevures, en réalité : « J’ai faim !!! J’ai mal au ventre !!! Et votre monstre, qu’est-ce qu’il fait depuis le temps ??? ». Et Célia de rajouter l’air de rien : « Vous êtes sûrs qu’il sait faire la cuisine ? ». Bande de morveux. Mais personne ne semble s’inquiéter du sort du pauvre Siman…

Pourtant, il est en mauvaise posture : Cyclotor l’a suspendu par les pieds au bout d’une corde sous le pont. Intervient alors une scène qui, je dois bien le confesser, m’avait fait très, très peur quand j’étais môme – plus du tout à la revoyure, mais quelle madeleine ! Cyclotor entreprend d’hypnotiser Siman. Gros plan sur son gros œil glauque qui tournoie dans l’image (et l’équipe a l’air tellement contente de cet équipement qu’elle va dès lors en user et en abuser pendant tout l’épisode et plus si affinités), suivi d’un plan façon kaléidoscope (qui semble tout droit issu d’un clip de ABBA), avant que Cyclotor ne jette un œil portable qui vient se coller sur la nuque de Siman : les yeux de celui-ci disparaissent, il n’y a plus qu’une lumière jaune qui sort de ses globes occulaires. Voilà Siman asservi au pouvoir des Stressos !
La scène se conclut par un joli plan de Siman, suspendu par les pieds ; l’image fait une rotation à 180°, et le voilà sonné, debout au bord de la rivière, avec l’air de sortir d’un mauvais rêve… Il est redevenu lui-même, mais un œil fluo maléfique brille dans son cou.

Plus tard, nos amis sont en train de manger avec les enfants dans la classe, tout en réfléchissant à un moyen de délivrer les professeurs probablement prisonniers dans une mine voisine (ben alors ? On ne va plus sur Belda ? Et mes bagages qui étaient prêts, c’est malin…)
Comme à son habitude, Ryu concote un plan dont la logique défie les confins de la galaxie : après avoir pénétré dans le camp stressos pour y dérober un plan du camp stressos dans l’épisode précédent, il a cette fois l’idée brillante de se faire capturer par les Stressos avec Ayato et de devenir leur prisonnier afin de délivrer les prisonniers de l’intérieur ! Aucun doute, ça va marcher du tonnerre, et nos amis mettent immédiatement leur plan à exécution – mais sans Siman, qui est un peu patraque (son irruption occulaire n’a l’air d’intriguer personne, ceci dit…)

Dans SAN KU KAÏ, il faut le souligner, l’action va toujours très vite et les scénaristes manient l’art de l’ellipse avec passion et frénésie. Un épisode de 20mn contient ainsi autant de bonnes choses qu’une grosse série Z d’une heure et demie. Après avoir jetté des cailloux sur les Stressos (clin d’œil, clin d’œil, pffffff hi hi hi), les voilà emprisonnés au fond de la mine où ils retrouvent Kamiji. Est-il prisonnier lui-aussi ? Meuh non ! Le chef des résistants a eu exactement la même idée que Ryu, tellement elle est bonne. Ils sortent alors les grosses mitrailleuses à étincelles cachées sous leurs tuniques (les Stressos ne fouillent jamais leurs prises avant de les envoyer au camp, c’est sot) et tentent d’entraîner à se rebeller les professeurs de l’école. Hélas ! Ceux-ci sont secs, pardon, ceux-ci sont sous le pouvoir hypnotique de Cyclotor, et se retournent comme des zombies contre leurs libérateurs. Comme dans INDIANA JONES ET LE TEMPLE MAUDIT, tiens, maintenant que j’y pense : comme quoi, SAN KU KAÏ est véritablement une œuvre matricielle. Une seule solution pour Ryu & Ayato : attaquer le problème à sa racine en éliminant Cyclotor, venu les narguer dans la mine de sa voix insupportablement criarde.

Pendant ce temps-là, Furia se touche, je suppose…

En quelques bonds, les voilà sortis de la mine et au centre d’une plaine idéale pour les bagarres (ils ne devaient pas travailler très loin de la sortie de la mine, à moins qu’une ellipse nous ait privés du spectacle de Ryu remontant les tunnels pendant cinq minutes en faisant la roue).
« Qui es-tuuûûûuu ???, s’écrie… vous savez qui.
Ryu : On m’appelle Staros, et je viens du fond de l’univers !
Cyclotor : Tant pis pour tooââââââ !!! »
On soulignera à ce stade du récit la façon dont Ryu (puis Ayato) vont se super-héroïser d’épisodes en épisodes, mais de façon très maladroite et incertaine, tant ils ont l’air indécis sur le nom qu’ils doivent porter, sur la nécessité ou pas de préserver leur anonymat. Remarquez, de cette façon, leur présentation n’est jamais la même et ne risque donc pas de lasser…

Pas fier, Cyclotor profite de la ruée de soldats Stressos pour se faire la malle à bord d’un lazerolabe. Le San Ku Kaï le prend en chasse, et Ryu & Siman tentent de détruire leur ennemi. C’est le moment que choisit Cyclotor pour « enclencher » l’œil planté dans le coup de Siman, afin de lui ordonner de tirer sur Ryu, à la stupéfaction d’Ayato et de Sidéro (je répète : Sidéro), lequel s’exclame, indigné : « Je savais qu’on ne pouvait pas avoir confiance en un monstre ! » Pauvre Siman, s’il se croyait pleinement intégré et accepté dans le clan des humains, manifestement, c’est pas gagné !
Ryu tente désespérément de se défendre, mais il n’ose pas tirer sur le module piloté par Siman, les flashes-back l’en empêchent – ému et troublé, Ryu se remémore d’images de lui et Siman copains comme cochons, et pousse même le vice jusqu’à se souvenir d’un plan de Siman dégustant un poulet avec un bébé homme-singe sur les genoux, plan qui n’intervient que dans l’épisode suivant ! En attendant, ses scrupules coûtent cher à Ryu, qui est atteint par les tirs de Siman. Son vaisseau est sur le point de s’écraser…

Quand soudain, si douce, si divinement blonde, Eolia survient telle une Déesse sortie de la machine et sauve l’appareil de Ryu. « Réveille-toi, Ryu ! Tes amis courent un danger mortel, il faut les sauver ! » Parce que Ryu, lui, n’était pas du tout en danger. J’ai quand même souvent l’impression qu’Eolia est surtout préoccupée du sort d’Ayato, mais bon, pour ce que j’en dis…
En pleine forme à bord de son engin fraîchement réparé par Eolia (garantie pose et main-d’œuvre), Ryu comprend enfin que Siman est contrôlé par Cyclotor (oui, malgré ce qu’il a vu dans les mines, mais bon, Ryu est un peu lent – très gentil ceci dit), et profite de la tentative de ce dernier pour abattre le San Ku Kaï pour détruire le lazerolabe de Cyclotor. Siman est guéri, la situation est reprise en main, les anciens instituteurs d’Ayato lui font coucou avec Célia, la joie et la bonne humeur règnent. Si l’on excepte Sidéro (je répète : Sidéro), qui ronchonne dans son coin : « A moi, on ne dit pas au revoir ! On a tout de même sa dignité même si on est un tas de boulon, malpolis !!! » On ne le plaindra pas, il vient tout de même de traiter un compagnon de route de monstre et ne s’est pas excusé.


Le Marquis.

Si vous avez raté les épisodes précédents, les épisodes précédents, eux, ne vous rateront pas :

Episode 1 : Un vaisseau dans l'espace

Episode 2 : Les Ninjas

Episode 3 : L'envoyée de la Terre

Episode 4 : Le Camp

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Mardi 26 juillet 2005

Recommander - Publié dans : Lucarnus Magica

Chers Gens,

Je sais que vous aimez ça, et nous aussi, alors on va se refaire un petit coup de Jeu du Film Mystérieux, voyage ludique mais aussi simplement onirique dans quelques jolis cadres du 7ème Art, pour les érudits ET pour ceux qui aiment voyager à peu de frais.

Pour ceux qui ne connaissent pas les règles de ce grand jeu où il n'y a rien à gagner, je les rappelle. Je vous propose trois photos issues de trois films différents. Le jeu consiste à reconnaître le film dont chaque photo est extraite. Pas compliqué, hein?

Pour répondre, utilisez les commentaires.

Oui, mais bon, moi je suis nul, j'ai pas vu tant de films que ça, et patatati et patatata. C'est pas grave, tu peux jouer quand même. Même si on n'a pas reconnu le film, on peut faire des estimations comme des experts. Ce serait un film de quelle année? Quelle nationalité? C'est qui ces acteurs? Ce serait un film de quel genre, qui raconterait quel type d'histoires? Ça pourrait être un plan filmé par quel réalisateur? etc..

Ce qui veut dire qu'en cherchant tous ensemble, vous allez pouvoir bien vous marrer, sans doute (je ris souvent en lisant vos délicieux commentaires), et surtout peut-être réfléchir ensemble et faire des réponses collégiales, comme on dit sur certaines radios.

Les réponses seront données en commentaire dans quelques jours.

Attention, ces photos sont issues de DVD que j'ai dans ma petite collection. Il se peut qu'il y ait autre chose que des films de fictions, voire autre chose que des films. Documentaire, séries, etc... S'il s'agit d'une série, n'hésitez pas à trouver le titre de l'épisode... enfin, dernière consigne, pour corser un peu le tout, les photos ne sont pas forcément au format original du film, et je me garde la possibilité de recadrer dans l'image. Je passerai voir comment tout cela évolue, et peut-être vous donnerai des indices.

 

C'est parti pour la douzième série.

 

 

Diapo 1201: Bon, on commence par la moins dure ! Ça va surement dire quelque chose à certaines personnes. Si vous avez vu le film, vous allez même vous rappeler illico à quel film ce photogramme appartient... Sinon, laissez votre imagination deviner quelle est la nationnalité du film et ce qu'il raconte. Car dans ce jeu, quand on ne sait pas, ça n'a aucune importance, on peut imaginer (dans les commentaires) le film qui va avec (et la musique, etc...).

 

 

Diapo 1202: Héhé, ça se corse, non ? En même temps vous êtes tellement fort. Vous trouvez tout ce que je vous propose. Est-on dans le cabinet du Dr Devo, accompagné ici du Marquis (ou le contraire) ou est-on dans un film et si oui lequel ?

 

 

Diapo 1203: Allez, un indice : c'est pas Nicole Kidman ! Une image qui devrait vous en rappeler une autre... Non ? Ho que si... En tout cas, j'ai hésité entre beaucoup de photos de cette actrice et de ce film, mais j'ai choisi celle-là parce que justement ça me faisait penser à un décalco d'un autre film que vous avez tous vu... Un décalco mais en négatif en somme....

 

 

Allez, assez discuté. Mes cher archéologues du Cinéma, et mes doux rêveurs, c'est à vous de jouer ! On commente, on prospecte et spécule à tire-l'arigot dans les commentaires! C'est fait pour ça! Amusez-vous bien...

Dr Devo.

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Lundi 25 juillet 2005

Recommander - Publié dans : Ethicus Universalis

(photo: "Ancen Testament" par Dr Devo) 

Episode 3 : positionnement stratégique

Voilà un épisode 3, tout en action virile (à part un petit string, vous l’avez vu comme moi ; ça y est, maintenant ça va s’intensifier ?) et « élimination-évacuation sanitaire» de MARIE-CECILE. JEROME a été dérobé aux Kanawa en guise de cadeau de Confort. Cet épisode vous aura-t-il laissé(e) sur votre faim, comme moi ? Il n’y a qu’à se repaître de l’humour lourdingue de Laurent, en seconde partie de soirée.

Episode 4 : le Mal Français

Les Kanawa nous sont présentés comme un groupe en pleine dépression. Inaction, apathie et grognements, les signes ne trompent pas, nous avons affaire à un mouvement profond de révolte. PIERRE veut nous « prendre en otages », nous les malheureux téléspectateurs, en réclamant des aménagements après une nuit humide. THIERRY veut « s’arranger » avec la prod’ en proposant de planquer une bâche ; bien sûr, ça ne marche pas, et des commentaires OFF plus une série de questions au Conseil replacent les Rouges face à leurs responsabilités et face aux téléusagers. Tf1 veille sur nous. Le boucher est renvoyé à son manque de leadership, le graphiste a droit à un portrait mettant en avant une certaine irascibilité. Tout cela dans le désordre, mais avec la magie du montage, au Générique Final, il n’y a que le bilan des souvenirs embrouillés qui compte. Une petite madeleine au DONAO pendant les pubs ?

VERONIQUE, pourtant si mesurée d’habitude (elle est bien cette fille), lâche un mot désobligeant sur les deux exclus. La petite CHRISTINE dévoile sa douceur. Oui, bien sûr, vous avez remarqué avec moi la polémique sur les mensonges d’ELIANE (l’a-t-on traitée de « gouine » ?), mais en face cette phrase infâme ...(« apprends d’abord à être maman ! ») Ah, c’est du bon, on tient la phrase de l’année. Oui, les aventuriers mangent des Buffins et des bénitiers, espèces protégées (nous saluons respectueusement la Ligue de Protection des Oiseaux), mais en faisant accoucher la candidate d’une telle phrase, comment dire, ...

Le sacrifice de ces héroïques autochtones n’aura pas été totalement inutile.

Le gendarme parti, c’est le Désordre, le couvercle de la marmite vide de Pandore est soulevé. FRANCIS peut toujours parler, on ne l’écoute plus. La créature féminine non-maternelle tente de se rapprocher ? On s’en fiche, elle part. Après le blues, c’est l’absence de dialogue, le désintérêt, l’indifférence. La spirale descendante de la sinistrose...

Je fais un doux rêve... La prod’ prend acte de la situation et du scrutin, et remet en jeu CAROLINE. Pour protéger les animaux, pour éviter des procès !

Et pendant ce temps-là, le gendarme perd son camouflage bien lisse, assénant des soupirs nostalgiques. Et révélant avec ses nouvelles alliances une fracture banlieue-france de souche ; avez-vous noté comme moi qu’un Kanawa, à des kilomètres de là, s’attend à une telle tactique ? Simple spéculation innocente d’après le voyage initial, ou bien est-ce que des informations circulent (colportées par les équipes de tournage) ? Je dois, moi aussi, devenir paranoïaque ; c’est bon signe. En tout cas, ce JEROME, c’est un bon Cheval de Troie au milieu de « naïfs » dixit DENIS BROGNIART. Faussement naïf, cet ALEXIS, il nous en cache des choses celui-là !

Esprit d’analyse sans cesse mis en avant par la prod’, lui il sait dialoguer ; redoutable pour un KUMO, il va aller loin. A bout de souffle, mais il s’assagit, SAKHONE, on peut dire qu’il vient de loin, si les seules lettres qu’il reçoit sont griffonnées avec chaleur (« fais pas ton crevard, partage avec les autres » ). Je suis content pour lui, sincèrement, KHO-LANTA va, paradoxalement, faire du sauvage un homme civilisé. Feu l’Empire Français est représenté également par COUMBA, bien servile et mal servie par le courrier, et MOHAMED, égal à lui même, faisant comme si l’arrivée de JEROME ne le menaçait pas. Les nerfs tiendront-ils ?

Très Vieille France ; cet épisode, non ? Très moderne, donc.

NOTA BENE : surprise, vous l’avez noté comme moi, le prochain éliminé sera un KUMO(image faussement subliminale du générique). Pourquoi nous l’a-t-on dévoilé ? Oulà, j’arrête le délire.

Le Sheriff. 

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Dimanche 24 juillet 2005

Recommander - Publié dans : Lucarnus Magica
(photo: "Hardcore, she said" par Dr Devo)
 
Chers gens de la Terre,
 
Qui n'ont jamais connu les transes du... Et du... Ah ! oui, mais bon forcément ! Hommage à Luc Plamondon (espérons non nu et sous aucune douche). Hommage à Plamondon, voir plus bas.
 
Nomenclature idem, et même semblable, pour ce quatrième épisode de SAN KU KAÏ, rappelons-le, série pour enfants de jadis qui n'ont jamais connu les transes (utilité de la série, ici noire, qui empêche bien sûr aux enfants de la Rance de tomber dans le n'importe quoi, chose qu'on déteste ici), et pourtant, épisode sobrement intitulé "le Camp". Oui monsieur, parfaitement Madame, un épisode pour les enfants intitulé « le camp », confère de la mort, bien entendu. Dorothée, cette ignoble et délicieuse sotte, avait mis cette année-là de la politique dans sa valise, sans doute sans le savoir car elle ne regardait pas les séries qu'elle achetait à l'époque, la petite sotte, à moins qu'elle ne vit (Mmmm... Non, pas pour elle, sans doute...) la série, et qu'elle la programmât (si je veux) afin de préparer, déjà, en pleine gloire, sa propre rédemption, à moins, dis-je, que l'achat de cette série qui ne marcha bien qu'en France au final, ne fût qu'un aveu, une résignation, une proclamation triste et regrettée de l'empire télévisuel ET musical qu'elle avait créé. Un peu comme si, la pauvrasse, elle avouait : "désolée, je suis une stressos" sans pouvoir dire si c'était elle Golem XIII ou non, car elle l'ignorait, la pauvre, comme le prouve la programmation de la série, qui était elle-même la programmation de sa propre mort (télévisuelle au moins), de son propre sabordage à elle, Dorothée. Figure pathétique et, ici donc, geste désespéré de celle qui, schizophrène obligée par sa propre faute et par sa propre ambition (pêché suprême, l'ambition), schizophrène obligée donc, à la fois Koménor (lieutenant en chef), Furya sans aucun doute (voir ses prestations hystériques, ses sauts de lapin et d'humeur, ses incendies involontaires de carbonisation (cf. la scène de la douche de LA LISTE DE SCHINDLER) des jouets-cadeaux pour les enfants [comme le quatuor rouge de Koh-Lanta jette l'igname au feu parce que mal cuisiné, au lieu de donner la denrée précieuse à leurs propres camarades], anecdote véridique, cet incendie de jouets, et Eolia aussi, un peu dans le geste d'achat de la série. Alors qu'elle entubait des milliers de petits enfants qui devaient pressuriser les parents, surtout les plus pauvres (là aussi, pêché suprême, et dégueulasse même), "comme" un pressentiment qui, tout à coup, "est passé sur moi" [comprendre : elle], elle se dénonce elle-même en loucedé, se rangeant dans le camp totalitaire. Oh, bien sûr, elle ne démissionna pas au lendemain de la diffusion de cet épisode, le ver étant trop bien planté dans le fruit, une pomme bien sûr, mais ce geste lucide presque, inconscient presque, elle l'a quand même fait, comme un Sakhone au milieu de tous les joueurs de Koh-Lanta qui jurent comme des charretiers (dont une "C'est trop ma femme, cette lettre" du pourtant Jérôme) et détruisent le français à coup de bâtons et de dynamite, celle de leur inculture (Pathétique Pierre). Dorothée, dis-je, inconsciemment lucide pour résumer, qui comme Sakhone en pleine tranchée meurtrière de la syntaxe française, en plein chez les porcs de la langue, déclara, magistrale, humble et aristocratique : "La faim me gagne". Que cela ne nous les rend pas plus sympathiques (Dorothée et Sakhone, c'est une analogie), ah non ! Mais le geste fut noble. Dans le geste (Dorothée) et dans la parole, Parole pardon (Sakhone, le japonno-laotien comme un petit parfum de kiwi-banane-pêche-mangue des bois), à 30 ans d'écart. Disons leur merde, aux dealers. Enfin, dealeuses !  L'enfant de la rance, c'est moi !
 
[C'est pas du Batave, c'est du Gustave ! Nuance quand même, et chapeau moi-même. "I was an art-ist !!!!!!", comme disait le poète anglais, mais n'anticipons pas, Plamondon n'aimerait pas, en fait.]
 Le camps, donc. Épisode 4. Calendrier solaire. Pardon Solaire.
 
Et maintenant, HOWL, mon ami, Howl tout ce que tu peux. Ayato, jeune héros courageux mais surtout inconscient de son inexpérience (Cf. Eolia, dit-elle, oh Ouiiiiii... Oh oui.), Ryu, roi de la coolitude sur fromage blanc, Mmmm c'est très bon (mangez-en), pilier de la série au final, Siman l'homme-singe, ou plus précisément l'homme-macaque, dont les gants mappa qui lui servent de maquillage commencent déjà à se flétrir (mais c'est trop cher de s'acheter une autre paire, dit le producteur de la série) – et dire qu'il reste encore 23 épisodes, et enfin Sidéro, robot hydro et céphale, yeux lumineux et francs, véritable William Burroughs de l'équipe, et hop ! Burroughs et Sidéro dans la même phrase (je répète : dans la même phrase) mais dont on ne verrait jamais la prose, on la devinerait, circulant comme un battement de sang dans ses circuits imprimés (que ses camarades et co-héros, les ignorants, appellent d'ailleurs roulements à billes ! Le poète est toujours seul), oui, on la devine derrière la narration des épisodes. On les devine même, cette solitude du poète et cette création poétique, on les devine par leur absence, tellement si forte ("quand elle dort", comme disait le poète). Rangeant (si je veux, une phrase avec QUE un participe présent)... [Et des points virgules après une parenthèse, oui, si je veux... Vous savez que la typographie est importante chez moi : Arno, c'est moi ! (Ah ! non, pas le chanteur Arno, aussi belge soit-il, et ça j'adore, car j'adore les chanteurs belges, mais sortez de chez vous, Arno quoi ! Non ? Bah, débrouillez-vous et nourrissez-vous ici, c'est déjà ça et je m'en contenterai, comme humblement en quelque sorte). Rangeant SAN KU KAÏ... Quoi, tu comprends plus ? Remonte au dernier embranchement. Rangeant SAN KU KAÏ indubitablement, et sans contestation possible, au rang des Robbe-Grillet et Duras, surtout ceux-là, allez, Greenaway si vous voulez mais c'est un peu exagéré. Il y a du Baroque et du Concret (concret au sens musical) dans cette série, et dans ce personnage de Sidéro, le seul personnage, du reste, ayant vraiment existé (NY60), dans cette série complètement fictionnelle par ailleurs. Et voilà où je voulais en venir : tout ce petit monde vole à bord du San Ku Kaï (le vaisseau, et SAN KU KAÏ, read my topographie et do some gémissements de plaisir, la série aussi : CQFD ci-dessus, phrase précédente), vole, dis-je, dans un mouvement de scandage propre (et en hommage !) aux travaux de Nietzsche sur la dramaturgie antique, tout ce petit monde vole, allez encore un "pour le plaisir", pour rendre hommage à Julien L. (à la fois présentateur evergreen du PAF et musicien expérimental),  vole vers Analys, qui est la planète deuxième du XVe Système Solaire (Funfzig Solarus System, en Allemand original dans le texte, et sachez que "system" se prononce "Suce Taime", en insistant sur le U, vas y, now repeat after me), planète donc, et pas dernier modèle de téléphone fax, ce qui serait ridicule dans une série de science-fiction.
 
Il y a moins de monde déjà. C'est pourtant simple. Nos héros sont en route vers Analys, où se trouve Kamiji (Kamégi ?), le Résistant Bédouin enfermé dans les geôles stressos, c'est-à-dire dans le camp, justement. Comme quoi tout se recoupe. C'est simple, et efficacement écrit, non ?  Dans le camp N°5 (tu la sens, la critique du commerce de luxe ? Moralité : la consommation bourgeoise mène aux geôles totalitaires, sans contestation).
 
Ça ne va pas être une mince affaire (à faire), il faut réfléchir, mais d'abord on se pose. Atterrissage, incrustation terrible du museau du vaisseau, aggravée et ripolinée comme il ne fallait pas (ils sont cons aussi, les gens qui font le mastering des DVD...), sortie du vaisseau, sur la plage abandonnée. Siman, l'homme-macaque, se précipite vers le rivage et se jette de l'eau salée sur le masque prothèse mappa, cherchant volontairement à le dégrader (rappelons que la production refusait de faire deux masques, car c'était trop cher ! Et pas de deuxième prise non plus pour les mêmes raison !). Par ce geste, on apprend que l'acteur sous le masque (Joe Siman), cherchait à se faire licencier. Pas de masque, plus de Siman, et hop ! enfin libre, à la porte. Et de là, on peut conclure que Joe Siman était moins bien payé que ses collègues (mais plus que Sidéro). Fracture spatiale sociale.
 
Comment est-ce qu'on va faire pour délivrer le Bédouin de l'Espoir ? Ryu dit :"Ah, ben oui ! Bravo Ayato ! On a qu'à aller au camp et dire, "Bonjour ! on vient chercher Kamiji". Non, ce n'est pas sérieux. Ce qu'il nous faut, c'est une carte du camp". Ah ! oui, ça c'est très fort, se dit Clotilde, 9 ans, dans le Val de Marne. Ayato répond :" Mais où la trouver ?". Judicieux, se dit Aurélie, 10 ans et demi, Seine Maritime. Et là, Ryu répond :"Dans le camp." SAN KU KAÏ, Burroughs, Robbe-Grillet : CQFD, 2 fois ! Bien joué.
Je résume : pour retrouver Kamiji, prisonnier dans le camp N°5 ("Belle ironie", doit se dire Golem XIII en rigolant !), il faut un plan du camp n°5 qu'on va aller chercher dans le camp N°5 ! C'est complètement Nouveau Roman ! "La geste est ainsi. Cos-Mo-Go-Nique" dit Salvador. C'est vrai.
Ellipse. Extérieur jour. Prison stressos du camp N°5. Deux séries de plans. Dans le champ : Volcor et des stressos s'apprêtant à exécuter trois malheureux résistants dont on peut s'étonner de les voir porter d’incroyables survêtements chatoyants ("gay" en anglais, voir plus bas si j'y pense), pour l'exemple bien sûr. Contrechamp : plan unique sur Kamiji et ses co-détenus qui regardent l'exécution à travers les barreaux de la cellule.
 
I saw the best men of my generation destroyed by...  
"Préparez l'execution", hurle Volcor.
madness, starving hysterical naked...
"Vous ne pouvez pas faire ça !", crie Kamiji.
 dragging themselves through the negro streets at dawn....
"Voilà ce qui arrive à ceux qui résistent !" conclue Volcor.  
Looking for an angry fix...
"Nous ne nous soumettrons jamais !" déclame Kamiji.
 Angelheaded hipsters burning for the ancient heavenly...
 "Alors vous mourrez..." simplifie Volcor.
connection to the starry dynamo in the machinery of night...
"..!!!", dixit Kamiji.
 and tatters and hollow-eyed and high sat  
"Tu seras exécuté demain matin !", décide Volcor
Up smoking in the supernatural darkness of cold-water flats floating accross the tops of cities
Mitraillage. Morts. Dont un n'en finit plus de mourir. Ça se passe comme ça chez les Stressos.
C'est comme ça. Je répète : c'est comme ça.
 
Ellipse. Dans les bureaux-appartements vaguement derrickiens du camp N°5. Un gradé stressos qu'on a jamais vu, étrangement affublé d'une perruque Louis XVI, déjà ça choque. Gras comme un poulet, il s'enfourne des victuailles à n'en plus finir, dont de la charcutaille qui réveilla même mon appétit en cette fin de matinée. Le plus étrange est le tag, visiblement tracé et bâclé à la bombe aérosol blanche pour décorer le sapin de Noël, qui va de sa tempe gauche à sa tempe droite en passant sur et sous le menton. La vache, ils ont voulu faire quoi avec cet aérosol en guise de maquillage ?, me dis-je. Le vieux gradé s'offre une grosse bouteille de vin ! Ça y est, j'ai trouvé. Cette trace blanche peinturée est en fait... Comment vous dire ? Ils avaient déjà (les producteurs, j'entend) explosé le budget Marlboro de Joe Siman (qui fume des Marlboro, comme le montre le générique, si ! si, le Marquis vous en a déjà parlé, regardez mieux). Plus de sous pour acheter une postiche pour faire la barbe, et plus de sous pour acheter de la peinture. Margaret Tanaka, assistante-esclave sur la série, alla en bus (elle paya elle-même ses tickets) pour rentrer dans le studio avec eau froide, flottant au-dessus de la ville où elle habitait, non loin du lieu de tournage, sous la menace de se faire licencier personnellement par les producteurs. Elle ne trouva que l'aérosol pour le sapin de Noël. Dieu merci pour elle, elle était catholique, ce qui est rare au Japon mais pas impossible comme le démontrait le film ELEGIE DE LA BAGARRE, de Seijun Suzuki, dont je fis l'éloge jadis, et qui était déjà, vingt ans plus tôt, bien travaillé par le sous-fascisme rampant de la société japonaise. Un peu de machin blanc, et hop, ma chère Julie, c'est très simple, vous obtenez une barbe à zéro euros galactiques, sans problème. Et bon appétit bien sûr.
 
Le vieux comédien alcoolique et bouffi joue le gradé, qui est le gouverneur d’Analys. Mis en place despotiquement par les stressos. Et qui adore la galantine, ça vaut du Brecht largement, me dis-je, c'est dans ce genre de détails qu'on reconnaît une œuvre (contrairement au filmage des autres), de la même manière que Spielberg arrive en ce moment à nous faire croire avec talent que Tom Cruise Nu Sous La Douche (Au pied, Lycos, au pied !) est un docker détesté de tous (article ici chez moi, et ici chez lui). Débarquent dans la pièce où le vieux cabot se goinfre tout seul, Volcor, bon, comme d'hab, normal, et Koménor enfin, qui a trouvé la porte de sortie du Kosmosaur (le vaisseau-mère stressos) et se trouve donc, exceptionnellement, sur le terrain. Il en oublie d'ailleurs de faire un mouvement de cape pour son entrée. Bah, il s'est déplacé, c'est déjà ça !
 
Il faut dire qu'il y a une bonne raison à ce déplacement. Tiens, j'ai oublié une scène. Avant celle-ci. Qu'importe, le cinéma, c'est l'ellipse, car ici, dans SAN KU KAÏ (la série et le vaisseau donc ; d'ailleurs Sidéro ne quitte quasiment jamais le vaisseau, preuve de son statut de poète-narrateur-miroir du spectateur), c'est de cinéma qu'on parle. Vous le saviez déjà, non ?
 
Oui, j'ai oublié une scène, et après tout, on n’est pas dans TELE STAR. On sait déjà pourquoi Komenor s'est déplacé. Il vient apporter le plan du Palais Impérial de Golem XIII, le chef suprême, qui réclame un palais suprême (voir épisode précédent). Un palais majestueux, pharaonique, qui devra être bâti en un mois ! Bah, après tout, cette série de vingt-sept épisodes a été tournée ultra rapidement, avec une seule prise (obligatoire), alors pourquoi pas un palais sur douze mille hectares en un mois, hein ?
Un méga-palace (joli nom pour un cinéma multiplexe), à la démesure des stressos, rendant, et je cite Golem XIII, "gloire à ma Splendeur et à mon Génie", une phrase que je suis assez jaloux de ne pas avoir trouvée moi-même pour me qualifier. Volcor et Komenor arrivent donc chez le Gouverneur bouffant, et ils le mettent au parfum en rentrant une cartouche dans un "ordinateur" qui marche à cartouches et à bandes magnétiques. Sur l'écran de diapo et de contrôle apparaît le dessin d'architecte du palais, et ça a de la gueule. Voilà le but de la scène. Un détail important se produit cependant, si j’ose dire. Volcor saisit la bouteille et se met à picoler à même le goulot, le petit barbare ! "C'est excellent, c'est vraiment un premier cru". Komenor s'énerve : "J'ai étudié les ressources stratégiques d’Analys, je connais parfaitement ce vin !" Splendouillette réplique. Un mouvement de cape sonore en 1.0, et tous les deux se barrent ailleurs dans un autre décor, ou dans leur loge, ou dans un endroit isolé du plateau pour picoler un peu de mauvais whisky en se disant "Mon Dieu ! Plus jamais ça !". Ou "J'aurais dû écouter ma mère et faire du théâtre". Qu'avons-nous appris dans cette scène ? Le sot a compris que Golem XIII va se faire construire son Taj Mahal. L'érudit que nous sommes (joli !), sait que l'important, c'est d'aimer, et aussi le fait que Volcor ait montré ostensiblement une volonté de prendre une grosse cuite. Rappelons-le, Volcor, c'est l'homme du terrain, celui qui mouille sa chemise et qui exécute. Il la voit, lui, la putain de jungle infestée de bédouins sanguinaires. Il sait ce que c'est, ça use, ça le tue à petit feu. Damned.
 
Pendant ce temps, Ryu arrive dans le bureau du Gouverneur (ben tiens !) et hop ! Mais cette fois, comment dire, il a changé de tenue. A savoir : pantalon élastogène blanc sur bottes noires cuir et souples, veste-maillot de coupe féminine (comme une femme en maillot de bain une pièce, mais sur vêtement), rouge en plus, avec résille apparente, grand maillage, le tout sur T-shirt manches longues blanc en coton. Pour la tête, lunettes de ski mono-pièce teintées en rouge sur couvre-chef style bédouin, en tissu fin blanc. Serre-tête horizontal, aspect métal. C'est beau. C'est Ryu sous son nouvel alias : "Je suis Staros ! Je viens du fond de l'Univers pour vous donner une leçon". Naissance d'un super-héros. Ryu-Staros menace le gouverneur avec énergie. Il brandit l’espèce de petite étoile qui lui sert de shuriken très souvent et déclare : « Elle peut faire mal si je l’enfonce ». Moment d’érotisme gériatrique (en un seul mot) intense et rare, encore une fois, surtout dans une série pour enfants, et même d’autant plus rare qu’il révèle un sous-texte gay externe à l’œuvre (pour l’instant, comme nous le verrons dans l’épisode 14, je crois). Passons. Le gouverneur lui dit ceci :" Si je ne finis pas le palais dans un mois, je serais lazérisé !" Brrrr.... Ça fout les jetons de présence. Ryu-Staros-Ryu lui demande qui est Golem XIII. Le gouverneur répond : "je n’en sais rien, on ne lui parle que par un micro", ce qui, pour le coup, est complètement véridique. Staros-Ryu l’assomme, mettant ainsi un terme définitif à la carrière d'acteur de la vieille ganache, fut-ce d'acteur raté. Il (Ryu-Staros, puisque l’autre est assumé. Suivez ! Un peu de prose balzacienne ne vous fait pas de mal, j’ai eu raison…) fouille son bureau et trouve le plan des cellules. Et il rentre au vaisseau ! Tranquillement, en sifflotant. Bon, il aurait pu directement aller chercher Kamiji pour le délivrer, mais non. 
 
Stupeur et tremblement (normal, on est au Japon !) au retour au vaisseau, car le San Ku Kaï a disparu. Siman pique un somme, à moins qu’il se soit fait un shoot à la Marlboro en intraveineuse. Il est accroupi, la tête dans la main, regardant dans le vague. Comme déjà mort, en sorte. Ryu (qui a enlevé son costume de Staros) passe la main devant son regard, mais rien n’y fait, aucune réaction. 
 
Tiens, j’ai encore oublié une scène. Bah, je vais la mettre là, personne ne remarquera. C’est qu’en fait, Ayato, foufou comme un jeune chiot, il s’ennuyait pendant ce temps là. Profitant d’un moment d’égarement de Siman qui, au même moment, se masturbait peut-être sous une cascade, nombreuses en cette période de l’année au Japon, Ayato a pris les commandes du San Ku Kaï (le vaisseau, la série, le T-shirt) pour aller faire un tour dans l’espace, histoire de s’entraîner sur un des deux petits vaisseaux détachables dont je ne me rappelle plus le nom, mais dont vous devriez vous souvenir puisque j’en ai parlé lors de mon article, très beau d’ailleurs, sur l’épisode 2. Les jours rallongent, et il n’y a pas qu’eux. Et hop, on est déjà sur la cinquième page (précision topographique rigoureusement exacte que vous pouvez vérifier, pour les plus pervers et oulipiens d’entre-vous, sous Word, avec une marge gauche pas tout à fait à 17, police Arial taille 10 !). Ayato donc s’envole dans l’espace à bord du San Ku Kaï, sous le regard luminescent et affligé de Sidéro (Je répète : Allen Ginsberg ! Grand ami de Burroughs comme on le sait…) qui trouve la chose bizarre. « Où sont les autres ? Tu pourrais me répondre, malpoli !… » Ayato ne répond pas, sinon qu’il lui confie les commande du SAN KU KAÏ pendant que lui va détacher le petit vaisseau détachable dont je parlais pour s’entraîner. Quel abruti cet Ayato ! Le petit vaisseau en mousse est repéré par les radars stressos de Komenor lui-même, qui ordonne d’envoyer l’escadron 112 sur le champ abattre l’insolent. Volcor dit que, non, c’est inutile, je m’en charge moi-même blah blah blah… Voilà donc Volcor aux commandes de son laserolab, petit vaisseau de combat.
 
Revenons sur la plage. Siman est donc en catatonie post-tabagique. En fait non. Il regarde le vaisseau d’Eolia, blondesse princesse de l’espace. Arrêtons-nous un instant. [Cet article a-t-il une fin ? (Question from Constance, 13 ans et demi, Finistère sud)]. Le vaisseau d’Eolia, comme vous le savez, est le seul vaisseau spatial de l’histoire du monde à être en forme de galion. Voiles déployées, majestueux comme un vol de vachettes, virginal mais qui n’en pense pas moins, à l’image d’Eolia, la divine Blondeur Spatiale. Bon, ça vous le saviez. Mais aussi bien le voir flotter dans l’espace noir et intersidéral est très beau, aussi bien de le voir là, à quelques mètres du sol d’Analys (« la deuxième planète du 15e système solaire, heure de Tokyo »), voir ce vaisseau spatial en forme de voilier planer en vol stationnaire (« hey non, je suis spécialiste de STAR WARS, et planer en vol statio… » Ta gueule !) au dessus de la mer, et bien c’est carrément bouleversant. En rapprochant le vaisseau-bateau de son objet sémantiquement logique, en le frôlant sans l’y faire flotter, l’image devient sublime et bouleversante, entre dans votre cœur et laboure votre âme de mille étincelles. Je ne suis pas un putain de bouddhiste [Mais si, justement ! NdC], mais ça, c’est de l’illumination (et moins tu m’en donnes, et plus j’ai d’espace !), comme disait la poète. Magnifique. Premier point. De plus, Eolia apparaît sur le sable, magnifique. Et c’est la voix parfaite de Nathalie Baye qui la double. J’en suis sûr à présent. C’est à tomber. Je ne suis pas fana de l’actrice (bah, disons qu’elle a l’air sympa), mais sa voix toute seule, c’est l’expérience incarnée de la félicité éternelle qui nous attend à la droite du Christ Cybernétique et Rédempteur. Deuxième point, fermez le banc.
 
Eolia apparaît, et je dirais même qu’elle apparaît pour la première fois à Ryu. Elle lui explique en des termes élégants qu’Ayato s’est barré pour faire son cake (recette , dans les commentaires), et que maintenant, il risque de rejoindre son créateur avec 60 ans d’avance sur le Calendrier Spatial. « Viens Ryu, je peux te mener à lui » dit-elle en tendant la main. Cut. Ryu tend la main vers la caméra aussi. Cut. Ryu est dans le San Ku Kaï. On appelle ça le montage, mes jeunes amis. Une coupe signifiante dans un champ / contrechamp, ça n’arrive qu’une fois par décennie à la télé. Prenez en de la graine !
 
Ryu branche la radio du San Ku Kaï. Horreur, c’est du Chimène Bady qui envahit les coursives du vaisseau. Il décide de couper et prend la cibi pour communiquer avec Ayato, poursuivi méchamment, lentement mais sûrement, par un Volcor décomplexé. « Fais exactement ce que je te dis. Tire le manche vers toi », dit Ryu. Mmmmmm…. Tire ton manche vers toi… Ça fait rêver, mesdames, hein ? Ayato, filmé en contre-plongée dans le cock… pit du vaisseau détachable, tire sur son manche. « J’y arrive pas » dit Ayato dans un râle d’effort. « Tire sur ton manche ! ». Finalement, le manche énorme, vu sous cet angle de prise de vue, commence à bouger. Le jeune pilote impétueux le ramène à lui avec délice, et suit le reste des instructions de Ryu, toujours attentif à la cibi, un coup à droite, un coup à gauche, et « Tire ! Maintenant ! Tire !». Le coup part, sssssssssss, le vaissssseau de Volcor est …explosé. Ce dernier s’éjecte au dernier moment dans la capsule de secours. « Cette fois, tu as gagné !», dit-il en direction d’Ayato (qui, de toute façon, est trop loin pour l’entendre !) à travers le hublot, un grand classique de la série.
Retour à bord. Hommage à Jean Genet. Ayato reçoit une correction de la part de Ryu pour lui faire la leçon de son imprudence. Puis il redevient le personnage doux et souriant qu’on connaît et dit : « Enfin… tu es là, c’est le principal… » La délicatesse du sourire de Ryu est belle à voir. La métaphore se développe même dans le filet, avec une remarque de Ryu toujours : « Question femmes, nous avons les mêmes goûts. Eolia est superbe. » Et pas que question femmes, diraient certains, et alors, ils ont le droit de vivre en paix quand même, l’espace est assez grand…
 
Bon, ce n’est pas qu’il se fait tard mais on arrive bientôt à la sixième page.
Hop ! nous y voilà. Maintenant, il faut aller chercher Kamiji. Grâce au plan dérobé dans la base stressos, nos héros arrivent à pénétrer la base stressos ! C’est vraiment débile. Siman fait diversion et tire à la mitraillette laser. Ayato et Ryu soulèvent une plaque d’égout qui débouche dans la cellule, oui oui, dans la cellule de Kamiji et de ses potes de prison, heureusement tous habillés. Fuite. Retour au San Ku Kaï. Sidéro est sorti du vaisseau ! Il dit en plus : « C’est un piège ! ». En effet, Kamiji enlève son masque…. C’est FURYA !!!!!! Déguisée en Kamiji !!!! Et ses copains bédouins, en fait, ce sont des stressos. Skandal ! Kkkkkkkk ! C’est complètement Kavaliiiiiiiere !
 
Embuscade, et donc combat à suivre. Pif Paf Boom. Sidéro, qui a une jolie poitrine jaune avec deux seins, nous montre en fait que ce ne sont pas des mamelons pointés  de désir vers l’aventure, mais de redoutables missiles sol-sol. Ça barde drôlement, et Furya attaque dans le montage avec des inserts d’une rare violence, faisant d’elle la seule méchante de l’histoire du cinématographe (acception bressonienne) à utiliser le montage comme arme de guerre. Ayato fait des ronds de jambes fatals et fauche les stressos à qui mieux mieux. Ryu disparaît du montage… pour mieux revenir sous la forme de Staros. Là, surgi de nulle part, un super-vilain qui ressemble à Naruto dragon Ball Z Manga Spectreman apparait : visage bleu ridiculosse, avec cheveux rouges dressés sur la tête, très haut, à la SanGoku, mais rouges, sorte de mélange folasse entre n’importe quoi et le David Bowie de la pire époque ! [Ben oui, parce qu’on peut préférer la période Berlin et Oustide quand même.] Evocation du pire de Bowie, mais aussi du meilleur de Luc Plamondon ! La grande fofolle de sexe masculin, peint à la bombasse et super-vilaine, elle est complètement homosexuelle. Elle repousse les assauts de Staros-Ryu et d’Ayato à l’aide de son sabre lance-flammes, comme ça c’est clair. Allez, hop, ça fait déjà 19 minutes d’épisode, faut pas traîner, un shuriken dans le bras une fois que le message crypto-gay est bien compris du jeune public, destruction de la super-vilaine… qui explose, ben oui, tant qu’à faire. Faut pas jouer avec le napalm, tout le monde sait ça.
 
Le symbole de leur homosexualité latente étant détruit, Staros redevient Ryu et rejoint Ayato. Poses viriles. On est des mecs, ouais. D’ailleurs, mettons nous tout de suite en route sur les traces du vrai Kamiji. Mais ça, les amis, c’est le Marquis qui vous en parlera.
 
Epuisement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Samedi 23 juillet 2005

Recommander - Publié dans : Lucarnus Magica


(photos par Le Marquis)

Il y a quelques jours, mon article consacré à la « trilogie des morts-vivants » de George Romero était l’objet d’une critique plutôt venimeuse dans le cadre d’un forum sur la nouvelle adaptation de LA GUERRE DES MONDES. Je n’ai d’ailleurs pas résisté à l’envie de faire apparaître cet échange sur la page des commentaires de l’article en question – après tout, ce n’est pas tous les jours que je me fais traiter de raciste anti-américain primaire. Mais si je souhaitais faire paraître cette polémique à deux balles sur le blog, en plus du fait qu’elle m’a fait rire, c’est avant tout parce que les propos tenus à mon encontre m’ont semblé extrêmement parlants sur l’amnésie sélective et la superficialité de certains spectateurs aujourd’hui qui déteint (ou provient, la poule et l’œuf…) du révisionnisme actuellement en cours dans les grands studios US (avalanche de remakes) et de la relative fadeur des films fantastiques à gros budget qui inondent nos écrans ces dernières années. Non pas que ces films soient particulièrement mauvais (certains d’entre eux sont tout ce qu’il y a de plus distrayant), mais il faut bien le constater, le fantastique actuel, dans ses grandes lignes, semble enfermé dans une démarche purement fonctionnelle. C’est comme ça, passons, mais il reste difficile à admettre de voir les grands films des années 70 réduits ainsi à de simples tours de manège (ce que sont leurs remakes). Ce qui m’a fait penser à cet extraordinaire documentaire découvert parmi les bonus de l’édition 2 DVD du film JEEPERS CREEPERS, une douloureuse mais incontournable piqûre de rappel à ceux qui ont la mémoire courte.

Curieux parcours que celui du cinéaste et scénariste Adam Simon… Sa carrière débute en 1990 par un film singulier produit par Roger Corman, BRAIN DEAD, avec Bill Pullman, Bill Paxton (une aubaine pour ceux qui tendent à les confondre) et le bon Bud Cort (jamais vraiment sorti de son rôle de HAROLD ET MAUDE) – rien à voir avec le film de Peter Jackson, mais pour éviter toute confusion, le film allait être renommé pour sa sortie en vidéo en France par un très subtil « Sanglante Paranoïa » (la grande classe !). Une œuvre étrange et déconcertante récemment ressortie en DVD sous son titre véritable, ce qui n’est pas un luxe… L’étroitesse du budget et la sortie directement en vidéo n’ont pas vraiment constitué un tremplin pour le cinéaste qui allait par la suite signer deux films d’épouvante totalement anodins pour Roger Corman (dont le rigolo CARNOSAUR), ainsi que le scénario du très estimable BONES d’Ernest Dickerson. Bref, un parcours intéressant et honorable, mais assez ordinaire, hormis un documentaire très réputé consacré au cinéaste Samuel Fuller (THE TYPEWRITER, THE RIFLE AND THE MOVIE CAMERA), ne préparant pas au choc de son documentaire écrit et réalisé en 2000, THE AMERICAN NIGHTMARE. Son dernier travail à ce jour…

 

AMERICAN NIGHTMARE se donne pour ambition de dresser un portrait des Etats-Unis de 1968 à 1978 à travers six œuvres phares du cinéma d’épouvante américain de la période en question.

Le film démarre par la séquence d’ouverture de MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE de Tobe Hooper (1974) : un écran noir, une bande-son particulièrement dérangeante, des flashes sur un corps en décomposition, parmi lesquels viennent peu à peu s’insérer des images d’actualité de l’époque (Vietnam, violences policières, noirs passés à tabac, Kent Park…), puis des plans extraits de LA NUIT DES MORTS-VIVANTS (informations télévisées, milices en marche) et de RAGE de David Cronenberg (extermination des corps contaminés)…  Adam Simon impose d’emblée un ton inhabituellement sombre et inconfortable, qui met en perspective la violence graphique très crue des films évoqués et celle, viscérale et bien réelle, d’images d’archives révoltantes et parfois très choquantes ; le montage du son renforce le malaise en entremêlant les sources réelles et fictionnelles au gré des illustrations visuelles. Dès l’ouverture, nous en sommes informés : AMERICAN NIGHTMARE ne se donne pas pour objectif de faire plaisir aux fans d’épouvante (on est bien loin des making-of promo et hagiographiques), de même qu’il ne fera pas l’impasse sur des images – et des idées – profondément inconfortables. Son documentaire ne frotte pas le nostalgique dans le sens du poil : il vaut mieux avoir le cœur bien accroché et les oreilles grandes ouvertes.

Ce qui ne prive pas le réalisateur de faire preuve d’une ironie assez mordante, et ce dès l’introduction. Nous voyons Nixon déclarer sur un poste de télévision : « Le Vietnam du Nord ne peut en aucun cas battre ou humilier les Etats-Unis. » Brève coupe et insert du Leatherface de MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE brandissant son marteau. Nixon : « Seuls les Américains en sont capables. »

Il faut également souligner l’intelligence dont fait preuve Adam Simon dans la structuration de son propos. L’introduction à AMERICAN NIGHTMARE est une forme de rêverie mélancolique sur la nature de l’image cinématographique, sa double valeur de réalité et de représentation qui a amené les premiers spectateurs à la fin du 19e siècle à voir une forme d’immortalité dans cette captation d’instants de vie. Défilent alors des images extraites du DRACULA de Tod Browning avec Bela Lugosi (1931), choix particulièrement judicieux qui dresse un parallèle entre le thème du vampirisme et la vie de ces silhouettes d’acteurs décédés depuis déjà des lustres, silhouettes enfermées dans l’éternelle répétition des mêmes gestes : « Ce qui semblait être une promesse d’immortalité a fini par engendrer des fantômes. »

LA NUIT DES MORTS-VIVANTS de George Romero (1968) est le premier l’objet d’une belle analyse sur la fascination de Romero pour le concept même de mort qui marche, sur la peur infantile d’être dévoré, s’arrêtant naturellement sur la fameuse séquence de matricide avant de montrer comment les milices destinées à exterminer les morts-vivants trouvent leurs sources dans des images extraites des actualités de l’époque, montrant des flics passer à tabac des manifestants noirs (quand ils ne lâchent pas leurs bergers allemands sur eux) lors de manifestations pacifiques pour l’intégration. Je l’ai déjà signalé dans mon article consacré à la trilogie de Romero : il ne faut pas oublier (ou nier comme le font certains !) l’implication de George Romero lorsqu’il confie le rôle principal de son film à Duane Jones. C’est le premier film de genre américain confiant le rôle principal à un acteur noir, et c’est aussi la première fois qu’un cinéaste fait interpréter par un acteur noir un rôle qui n’a pas été écrit  spécifiquement pour un personnage noir. Le cinéaste John Landis évoque d’ailleurs sa stupéfaction lors de la sortie du film quand il a découvert le héros. Alors que le film semblait devoir se concentrer sur le parcours de Judith O’Dea, celle-ci tombe littéralement en catatonie, et c’est donc à Duane Jones que le spectateur va s’identifier jusqu’à un dénouement intolérable. Son exécution à la fin du film peut sembler accidentelle, la situation n’en est pas moins dérangeante et se fait l’écho d’actualités troubles : le corps de l’homme noir est traité sans une once d’humanité par des hommes qui le traînent jusqu’au bûcher avec des crochets pour ne pas avoir à le toucher. Contexte de contamination et d’état d’urgence dans le cadre rassurant du film de genre, certes, mais ces images renvoient immanquablement à celles, présentées par Adam Simon,  de milices jumelles en pleines séances de lynchage, posant avec le sourire devant des corps incendiés. « Ce sont des réalités auxquelles nous avions pu être confrontés, précise Romero. La réalité de ce qu’on vit s’infiltre, qu’on le veuille ou non, dans ce que l’on crée, c’est d’ailleurs de là qu’est née l’idée du film. » Comme les autres cinéastes évoqués par la suite, Romero n’est pas un anarchiste livrant des films à thèse; mais comme il le souligne lui-même, il est simplement influencé par la société dans laquelle il a grandi et évolue, et cette société, en 1968, était profondément ébranlée et chaotique (assassinat de Kennedy, puis de Martin Luther King à la fin du tournage de LA NUIT DES MORTS-VIVANTS, entrée du pays dans la guerre du Vietnam), plongée dans un climat de stupéfaction et de fatalisme.

C’est d’ailleurs parce qu’il est enrôlé pour aller se battre au Vietnam que Tom Savini ne participera pas au tournage de LA NUIT DES MORTS-VIVANTS. Savini s’exprime d’ailleurs sans complaisance sur l’inspiration qu’il a puisée à travers cette expérience dans sa future carrière de maquilleur – inspiration qui a amené certains à voir en Savini un personnage morbide et désaxé. Des réactions qui le font sourire lorsqu’il évoque le profond sentiment de déconnection, la peur constante qu’il a ressentie, et la distance qu’il a été amené à adopter face à une horreur quotidienne que n’égaleront jamais à ses yeux les pires maquillages gore. Evoquant les charniers du Vietnam, Tom Savini, interrogé sur la conclusion de LA NUIT DES MORTS-VIVANTS, précise : « Vous savez comment ils déplaçaient les corps ? Pas avec les mains. »

Wes Craven raconte qu’à la sortie de LA DERNIERE MAISON SUR LA GAUCHE (1972) aux Etats-Unis, il a été accusé de faire partie d’un complot communiste visant à démoraliser l’Amérique. Il faut dire que son film est particulièrement dur et inconfortable. Rien à voir avec les séries Z gore de Herschell Gordon Lewis (inventeur du genre) : LA DERNIERE MAISON… est un film véritablement violent, sec, il renvoie à un contexte réaliste, dérangeant car trop radical pour n’être contenu que dans le cadre formel du film de genre ou du cinéma d’exploitation. La peur ici n’a rien de confortable, elle met le spectateur à rude épreuve. Wes Craven situe la création de son film dans un contexte sombre, à une époque où il se disait dégoûté et révolté par son propre pays, par la prise de conscience du fait que les Américains étaient capables du pire – un contexte au cours duquel ceux-ci étaient confrontés aux images de villages entiers exterminés pendant la guerre du Vietnam (Me Lai), mais aussi à celles de l’armée US ouvrant le feu sur une manifestation pour la paix organisée par les étudiants à Kent Park. Il avoue d’ailleurs clairement s’être inspiré de cette image des actualités de l’époque montrant un prisonnier vietnamien, les mains liées, être abattu froidement d’une balle dans la tête pour la douloureuse séquence de la mise à mort de Mary dans le lac au milieu de son film. Une scène superbe qui met un terme à la première partie de LA DERNIERE MAISON SUR LA GAUCHE, avant une seconde partie montrant comment les parents de celle-ci, un couple modèle qui n’aurait pas dépareillé dans MA SORCIERE BIEN AIMEE, vont sombrer dans la barbarie en accomplissant leur vengeance.

Longtemps avant David Lynch et BLUE VELVET en effet, d’autres cinéastes se sont à leur manière intéressés à l’angoisse liée à ce qui dort derrière la façade de la normalité – et sur l’envie peut-être plus forte encore d’ouvrir la porte sur ces zones d’ombre : une idée qui a inspiré Tobe Hooper dans la réalisation de son MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE (1974). Tourné en pleine crise pétrolière, alors que les Etats-Unis sont confrontés aux pertes d’emploi et au chômage, Hooper évoque sa peur d’une « famille toujours ensemble » dont le film présente une version cauchemardée : « Mothra ne me fait pas peur. Godzilla ne me fait pas peur. Ce sont les gens qui me font peur. » Le film de Tobe Hooper se détourne des excès graphiques du film de Wes Craven pour se concentrer sur l’élaboration d’une atmosphère quasiment putride, soutenue par une mise en scène privilégiant le hors-champ et la suggestion en effectuant un remarquable travail sur le son et sur les cadrages, jusqu’à frôler parfois le cinéma expérimental lors de la scène du repas de famille auquel est « conviée » Marilyn Burns, bâillonnée, attachée à une chaise décorée d’ossements humains. La séquence est d’ailleurs ici l’objet d’une analyse assez pertinente montrant comment les larmes du personnage, moquées par les membres de la famille texane, renvoient à des sentiments quasi infantiles d’impuissance. Carol J.Clover, intervenante régulière sur le documentaire, ce qui surprend au premier abord chez cette dame aux cheveux blancs qui a plus le profil à fondre devant SUR LA ROUTE DE MADISON, évoque la puissance évocatrice de cette séquence et du film en général, en précisant : « les films ne sont pas là pour être gentils et aimables, ils sont là pour mettre en scène le domaine de la fiction, de l’imaginaire, et l’imaginaire est souvent le lieu où peuvent  s’exprimer des sentiments inconscients qui relèvent aussi parfois de notre propre sadisme. » [...]

Les temps changent, les crises, le « cauchemar historique » évoqué par le documentaire, s’estompent aux Etats-Unis, et tout le monde danse le disco ; mais leurs effets persistent dans la société. AMERICAN NIGHTMARE, le cauchemar américain, renvoie alors au pire des cauchemars, celui dont il est impossible de se réveiller : vous vous réveillez, et le cauchemar, c’est le monde réel. Sur ces propos, naturellement, vient se greffer le plan d’ouverture de ZOMBIE (1978), montrant l’actrice Gaylen Ross se réveiller en plein cauchemar sur le chaos total régnant dans les locaux d’une chaîne de télévision : à l’extérieur, l’invasion des morts-vivants, amorcée dans LA NUIT DES MORTS-VIVANTS, est sur le point de submerger la société entière. Sortie d’une période particulièrement sombre de son histoire, l’Amérique plonge à corps perdu dans l’insouciance et le consumérisme. L’injustice sociale est pourtant toujours présente, mais elle est reléguée au placard, oubliée, déniée, et les esprits contestataires s’éteignent. L’analyse proposée de ZOMBIE est en ce sens particulièrement intéressante, montrant comment le propos de Romero, loin de s’adoucir, s’adapte à ce nouveau contexte social : plus que jamais pour Romero, le zombie, c’est nous. Cette partie consacrée au film de Romero intéressera les amateurs du cinéaste à plus d’un titre : le documentaire travaille en effet à partir du montage américain de George Romero, et présente donc des extraits comportant la bande originale américaine, très différente de celle du montage européen, ainsi que certains plans absents de cette dernière  version supervisée par Dario Argento – dont un plan superbe montrant Gaylen Ross plonger mélancoliquement son regard dans celui d’un mort calmement assis de l’autre côté d’une vitre.

Adam Simon a l’excellente idée de proposer un montage de la séquence montrant les déserteurs ayant pris possession de l’étage d’un centre commercial, observant les créatures errant dans le supermarché en contrebas. « Qui sont-ils ? », murmure Gaylen Ross. En contrechamps, des images actuelles du supermarché dans lequel le film a été tourné, au sein duquel flânent les consommateurs… Les images d’archives montées en parallèle avec les séquences montrant les zombies mettre en pièce les pilleurs venus dévaster le centre commercial sont toujours présentes, mais elles proposent cette fois des images d’émeutes tournées… pendant les soldes !

La vie est belle, rien de tout cela n’est arrivé… Romero souhaite réveiller les consciences, et s’il multiplie les scènes gore extrêmes, c’est dans un but avoué « d’insensibiliser les spectateurs à cette violence » (« comme je l’ai été au Vietnam », rappelle Tom Savini) afin de les amener à baisser la garde pour mieux s’ouvrir au propos, assez sombre, sur « les âmes perdues que nous sommes devenus » dit le cinéaste. Pour lui, nous avons pris conscience de notre propre mortalité, et dans la mesure où nous suivons le mouvement sans plus rien remettre en question, « nous sommes tous des morts-vivants ». Les déserteurs au centre du récit luttent autant contre une invasion de ghoules que contre leur apathie, leur propre inertie.

A ce stade, Adam Simon aurait également pu citer Rod Serling, le scénariste de la QUATRIEME DIMENSION, pour son segment « Where the Dead are », dans lequel il souligne la nuance de taille entre « vivre » et simplement « rester en vie » (Staying Alive, Staying Alive, ha-ha-ha-ha…). Et la vie passe également par la sexualité, elle-même en pleine révolution dans les années 70, notamment par la lutte pour le droit à l’avortement (qui, encore aujourd’hui, n’est pas pleinement rentré dans les mœurs américaines – ou d’ailleurs), mais pas seulement.

Avec FRISSONS (1975), David Cronenberg s’intéresse à sa façon à la révolution et à la libération sexuelle, qui se manifeste dans son film sous la forme d’une contamination répandue par un répugnant parasite transformant ses hôtes en annihilant toutes leurs inhibitions érotiques. Un film puritain ? Pas vraiment ! Cronenberg ne se positionne pas comme un cinéaste contestataire prônant la révolution, mais admet volontiers qu’elle est souvent incontournable et nécessaire. Dans FRISSONS, les notions contraires (terreur/attirance, beauté/horreur, dangereux/merveilleux) se confrontent à un niveau primaire (primal pourrait-on dire). La contamination dans le film est une source d’angoisse et de malaise, mais elle est également, d’un certain point de vue, libératrice. Cronenberg, dans la conclusion atypique de son film, souhaite que le spectateur, consciemment ou pas, se range du côté de la foule contaminée, dans ce qui constitue pour lui un happy-end… Sur le papier, le dénouement de FRISSONS est sombre, inconfortable, inquiétant… mais dans la forme, il distille une forme mystérieuse de soulagement, d’apaisement, d’apothéose tranquille.

Sur quoi débouche cette révolution sexuelle à la fin des années 70 ? Quelques acquis sociaux et un vif retour au puritanisme bon teint en forme de retour à l’ordre. « Si je suis responsable d’avoir mis fin à la révolution sexuelle, je le regrette sincèrement », plaisante John Carpenter. Son film HALLOWEEN (1978), qui rencontre un énorme succès et va engendrer une considérable descendance, illustre en effet d’un certain point de vue cette forme de retour à l’ordre. D’un certain point de vue seulement, car s’il est vrai que le personnage prude et timide incarné par Jamie Lee Curtis survit au terme du métrage alors que ses copines « faciles » ont toutes succombées, elle est tout de même la cible du tueur masqué pendant toute la dernière demi-heure, et c’est même vers elle que semble se concentrer toute l’attention de celui-ci. Les VENDREDI 13 et autres déclinaisons décérébrées adopteront ce profil moral au pied de la lettre : si vous couchez, vous mourrez.

Mais le film joue avant tout sur un versant plus psychologique que viscéral, et ce dès sa séquence d’introduction, montrant un personnage masqué en vision subjective pénétrer dans une maison, monter jusqu’à l’étage et poignarder une adolescente après le départ de son petit ami. Une scène étrange et dérangeante (filmer en caméra subjective une scène aussi longue n’était pas monnaie courante à l’époque), nous amenant à nous identifier à l’assassin en adoptant son point de vue sans connaître sa nature, révélée à la fin de la séquence lorsque les parents de l’adolescente surviennent et lui enlèvent son masque : c’est un enfant.

Dans HALLOWEEN, le tueur masqué habite littéralement la ville entière, une paisible petite ville américaine qui devient peu à peu le cadre agressif, l’environnement endormi, apathique (personne ne vient en aide à Jamie Lee Curtis alors qu’elle hurle de terreur en pleine rue), le lieu dont on doit se protéger pour pouvoir y évoluer.

Que reste-t-il de cette période, de la rage qu’elle a pu nourrir et des films qui l’ont exprimée à leur façon ? « La colère, quand on découvre que le rêve américain, dans sa perception à la Walt Disney, ne correspond en rien à la réalité », répond Wes Craven, qui évoque le sentiment ressenti à la fin des années 70, alors que les dogmes des années 50 avaient été jetés aux orties : un sentiment d’espoir, et l’illusion que chacun allait œuvrer à faire de l’Amérique un monde meilleur… « Aujourd’hui, conclut Carpenter, les gens de ma génération ont vieilli, et tout ce qu’ils veulent, c’est faire de l’argent : génial, non ? »

AMERICAN NIGHTMARE est un travail passionnant, dense, auquel on pourrait reprocher d’être trop court (1h10 pour développer une telle quantité de thèmes à la fois cinématographiques et historiques). Cependant, sa vision est si impressionnante et sombre qu’elle laisse le spectateur à bout de souffle au terme de son exposé. Adam Simon, qui n’a rien fait depuis (?), a su trouver une distance juste et parvient à analyser les films évoqués sans forcer leur lecture pour en faire des films à thèse, ce qu’ils ne sont pas, mais en les situant habilement dans le contexte de leur création, issue plus ou moins consciente d’un environnement et d’une révolte, d’une rage exprimée avec force dans le plan final de MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE sur lequel se clôt AMERICAN NIGHTMARE.


Le Marquis.

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Jeudi 21 juillet 2005

Recommander - Publié dans : Corpus Analogia

(photo sélectionnée par Le Marquis)


En préparant un article consacré au documentaire THE AMERICAN NIGHTMARE, j'ai réalisé que quatre des six films autour desquels le propos du documentaire en question se construit ont été chroniqués sur le blog (LA NUIT DES MORTS-VIVANTS, MASSACRE A LA TRONCONNEUSE, ZOMBIE, HALLOWEEN). En guise d'avant-propos (et parce que je suis très en retard sur la rédaction d'AMERICAN NIGHTMARE!), je vous propose donc aujourd'hui un bref regard sur les deux films qui complètent le programme.

Premier long-métrage du cinéaste Wes Craven, LA DERNIERE MAISON SUR LA GAUCHE, qui dépeint le récit du kidnapping et du meurtre brutal de deux adolescentes, puis la vengeance des parents de l'une d'entre elles (tout aussi brutale), reste aussi l’un des meilleurs films d’une carrière très inégale. Le film est pourtant loin d’être parfait, et comporte de nombreuses maladresses visuelles, souffrant également d’un scénario bizarrement charpenté en deux actes distincts. L’intérêt du film réside dans l’énergie viscérale qui s’en dégage à travers des séquences souvent dérangeantes, voire franchement bouleversantes : la mise à mort de Mary par ses tortionnaires, au cœur d’une forêt et au plein centre du récit, est une des plus belles séquences tournées par le cinéaste, et l’une des images les plus frappantes du cinéma américain des années 70. Mettant un terme à de longues séquences de sadisme et de violence gratuite, cette scène désarçonne totalement le spectateur par ses tonalités singulières, mêlant douleur, honte, tendresse et infinie tristesse, pour la victime comme pour les bourreaux, la furie laissant soudain place à un silence pesant, proche du reccueillement. La dernière partie du film, mettant en scène la vengeance – sadique au dernier degré – des parents de la jeune fille est intéressante en ce qu’elle montre que la violence humaine n'est pas le seul fait de désaxés, confrontant aux actes barbares des kidnappeurs la violence réfléchie, calculée, savourée, orchestrée par un couple d’âge mûr aux allures paisibles et tout-à-fait respectables. Une dernière partie surprenante, mais plus maladroite : le cœur du film, qui justifie pleinement sa vision et son statut de film culte, reste bien situé autour de Mary. Un film étrange.

Avec FRISSONS, qui est également son premier long-métrage "officiel" et distribué en salles, David Cronenberg pose déjà les bases du cinéma et des thèmes qu'il développera tout au long de sa carrière, à travers cette histoire de parasite contaminant les habitants d'appartements luxueux, les transformant peu à peu en détraqués sexuels. Loin d’être un petit film d’horreur, FRISSONS étonne constamment par la froideur de sa mise en scène et par le trouble soulevé par ses idées et par certaines séquences. Récit proche des histoires de zombies et de contamination lancées par le succès de LA NUIT DES MORTS-VIVANTS, FRISSONS intègre à son scénario un propos ouvertement érotique – les victimes du parasite se transformant en déments lubriques, ce qui passe par de très belles scènes suggestives (le monologue de Lynn Lowry, la femme mariée séduite par sa voisine lesbienne – campée par la divine Barbara Steele) et par des scènes choc très déviantes (deux enfants nus promenés en laisse, un homme violé par une femme et par sa fille de huit ans…). Le tout est conçu avec le plus grand sérieux, et parvient souvent à faire naître un bon malaise, jusqu'à un dénouement à la tonalité inédite, en forme d'apocalypse silencieuse - et presque heureuse, apaisée. Sans être maîtrisé comme le seront CHROMOSOME 3 ou SCANNERS, FRISSONS s’avère en outre mis en scène avec intelligence, parvenant à ne pas trop souffrir des ravages du temps malgré son cadre très seventies. Impressionnant.

Le Marquis.

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Mercredi 20 juillet 2005

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(photo dénichée par Le Marquis)


Une psychanalyse un peu musclée amène une femme à se suicider dans le cabinet du psy en question, lequel, traumatisé au point de perdre la perception de la couleur rouge, va chercher soutien et réconfort auprès d'un collègue. Mauvaise idée ! Responsable d'un groupe de thérapie, celui-ci est assassiné peu après l'arrivée du psy, lequel est alors contraint à reprendre au pied levé le pilotage d'un groupe au sein duquel se dissimule manifestement un tueur en série...

L’affiche n’a rien d’alléchant, le sujet est passablement débile, Bruce Willis tient la tête d'affiche dans le rôle du psychanalyste, bref, le produit n’a franchement rien d’engageant. Pourtant, pour des raisons diverses, COLOR OF NIGHT retient l’attention.
Sur la base d’un scénario de thriller alambiqué et truffé de clichés, le cinéaste Richard Rush livre une espèce d’ovni. Difficile souvent de faire la part des choses entre les trouvailles visuelles et narratives constantes et le mauvais goût anthologique, entre les accumulations de poncifs usés jusqu'à la corde et les vraies singularités de mise en scène, entre l’inspiration abstraite et le pompage affiché. COLOR OF NIGHT est un film que l'on pourrait balayer du revers de la main sans même y penser. Je l'ai d'ailleurs découvert purement par hasard, un soir, alors qu'il fallait absolument que je me couche tôt (ce qui veut dire 23h/minuit chez moi) : je m'apprêtais à éteindre le poste et suis resté scotché devant la première séquence de meurtre. Et malgré la durée du film (tout de même 2h15), je n'ai pas pu m'en décoller, ce qui m'arrive très rarement. Captivé par un bon gros film de Bruce Willis traquant le tueur psychopathe, avec un récit aux très grosses ficelles et un visuel tapageur et presque racoleur ? Bizarre...
Manifestement, Rush connaît l’œuvre de Brian de Palma sur le bout des doigts – de même qu’il s’inspire ouvertement de Dario Argento à plusieurs reprises (voir la mort de Scott Bakula, ou SUSPIRIA copule frénétiquement avec PHENOMENA, le tout s'achevant sur fond de soleil couchant avec un hélicoptère passant élégamment dans le plan, tant qu'à faire). Si De Palma a décliné l’œuvre d'Hitchcock dans un projet formaliste et baroque, il est assez étonnant de voir sa propre filmographie ainsi déstructurée, dans le cadre du film de studios chaussé de rangers, par un cinéaste qui a déjà, du reste, été tenté par le cinéma expérimental comme en témoigne son étrange THE STUNT MAN.
Et les images bizarres fusent, de même que les impolitesses : le jeu esthétique et artificiel sur la couleur rouge, les angles tordus, le lyrisme extravagant (tant sur un plan musical que visuel, avec photographie savonneuse à la David Hamilton à l’appui), un plan rien moins que subjectif sur le sexe décalotté de Bruce Willis (avis aux amateurs s’il en existe), les retournements de situation à la mord-moi la chose en question... C'est bien simple, ça n'arrête pas.
Le casting en roue libre avec grand écart à la clef est lui-même anthologique : parce que c’est quelque chose, le groupe de névrosés dont s’occupe Bruce Willis, avec cette brochette d’acteurs célèbres pour leur cabotinage (Brad Dourif, Kevin J.O’Connor, Lance Henriksen et Lesley Ann Warren), au sein de laquelle vient se greffer un personnage qui flaire bon le latex et le travestissement – hum, je me demande qui est l’assassin… Qu'en penses-tu, Scooby-Doo ? Le fin du fin, et c'est d'ailleurs ce qui justifie la longueur du métrage, c'est que Richard Rush va exploiter ce casting chargé sur un ton surprenant de parodie pince-sans-rire qui rend le film parfois totalement imprévisible.
Le cinéaste ne se préoccupe guère de préserver le mystère, mais se décarcasse pour mettre en scène des séquences complexes et totalement désarmantes de futilité (aaah ! les deux deltaplanes qui s’entremêlent dans l'encadrement de la fenêtre pendant que le couple vedette fait l’amour...). Selon le point de vue et la disposition d’esprit, COLOR OF NIGHT pourra passer pour le plus caricatural des navets hollywoodiens, ou pour un objet formel atypique et quasi-expérimental. C’est selon. Personnellement, j’assume entièrement la présence du film sur mes étagères, car quel que soit le point de vue dans lequel on s'inscrit, le film est perpétuellement déstabilisant, drôle, captivant, bizarre, chaotique et incontestablement décadent.

Le Marquis.

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Mardi 19 juillet 2005

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(photo: "beautiful pigs" par Dr Devo)

Chers Petits Nenfants,
 
C'est reparti pour de nouvelles aventures, et pour les salles obscures, quelquefois trop désertées, surtout en cette période d'été où les sorties n'ont rien de réjouissant ni même de sexy. Il y a bien quelques films sur lesquels je serais bien aller jeter un œil (le nouveau Danny Boyle, par exemple), mais les horaires, dès la première semaine, sont réduits à peau de chagrin, ce qui ne facilite pas l'accès aux choses. Pour le reste, pas grand chose à se mettre sous la dent dans les prochaines semaines, à part peut-être SHAUN OF THE DEAD, et sûrement LE TERRITOIRE DES MORTS, nouvel opus de George Romero.

Parmi les cinéastes américains un peu originaux de ces dernières années, je ne sais pas ce que vous en pensez, mais pour la plupart d'entre eux, ce n’est pas la grande forme. Sam Raimi (petit faiseur quand même, moins prestigieux que les autres, même en forme) est perdu pour la science, noyé dans le succès et les images de synthèse. Soderbergh commence sérieusement à tourner à vide : OCEAN'S 11 et 12, SOLARIS, c'est quand même du médiocre, et surtout très nettement en-dessous de ses autres films. Les frères Coen s'obstinent à refaire plus ou moins le même film depuis O' BROTHER, là aussi ça tourne en roue libre, et sacré symptôme terriblement significatif : la direction des acteurs (qui jusque là ne ressemblait à rien et faisait énormément pour l'originalité de leurs films) est en train de se standardiser ! Holly Hunter et John Goodman, deux des plus grands acteurs américains, chouchous des frères Cohen, ont des rôles absolument attendus dans O' BROTHER. Par exemple... Scorsese, avec THE AVIATOR, nous a sorti un film indigne, de très loin son plus mauvais (avec l'ignoble KUNDUN, bien sûr). Allen et Coppola ne sont plus que l'ombre d'eux-mêmes, et ne font plus de cinéma depuis déjà pas mal de temps. Leur exemple est donc un peu hors sujet ici.

Dans le tas, celui qui s'est le plus débattu, c'est encore Tim Burton. Personnellement, et pour une fois, le Marquis est carrément, mais alors carrément pas d'accord avec moi, Burton, ça fait un moment qu'il se cherche. Je confesse un vrai attachement à MARS ATTACKS. Mais les films suivants... Comment dire.... Ça ne me passionne pas. SLEEPY HOLLOW est pour moi un film très intellectuel, un film sur la littérature sans doute. C'est beau, mais froid. Quant à LA PLANETE DES SINGES, malgré deux ou trois  belles séquences (et encore), c'est son moins bon film sans doute, même si ses producteurs sont sans doute plus responsables que Burton dans cet échec. Notre ami Tim a eu beaucoup de problèmes sur le tournage, énormément de pressions. Ceci explique cela. Quant à BIG FISH, je ne l'ai pas vu... (désolé !)

SLEEPY HOLLOW est plastiquement superbe, et il y a du boulot. C'est peut-être là la différence entre Burton et les autres cinéastes de sa génération qui sont en panne : Burton se bat et ne se rend pas. Aussi bien chez Soderbergh et les frères Coen, on a l'impression que ça frise l'indigence (OCEAN'S 12), voire la fainéantise désespérée, alors que chez Burton, non. Et ça, je m'en suis de nouveau aperçu en allant voir CHARLIE ET LA CHOCOLATERIE. Laissons-là ces considérations, nous les retrouverons peut-être plus tard, dans un halo de lumière étonnement pertinente !

Ah ! Roald Dahl ! Si tu plantes celui-là, mon petit Tim, tu n'as plus aucune excuse, me disais-je. Dahl, c'est de la balle (MC Solaar, prends des notes !). Et c'est d'une noirceur étonnante. Dahl et Burton, même si le temps les sépare, sont quasiment deux âmes sœurs. Voilà qui est intéressant, approchons-nous...
 
Le petit Charlie vit dans une maison déglinguée où la neige traverse les trous du toit, avec ses parents et ses quatre grands-parents. Le papa (Noah Taylor, aperçu dans LA VIE AQUATIQUE, en ingénieur synthé je crois) travaille à la chaîne dans une usine de dentifrice pour un salaire de misère qui suffit à peine à faire de la soupe aux choux à tous les repas, et encore, sans trop forcer sur le chou. Charlie est un gamin absolument normal à part sa pauvreté, et plutôt sympathique. Dans la ville se trouve la plus grande usine de chocolat du monde, celle du magnat de la confiserie, Willie Wonka (Johnny Depp). Un des grands-pères de Charlie travaillait là une vingtaine d’années auparavant. Les inventions chocolatées géniales de Wonka lui assuraient une immense gloire et des parts de marché conséquentes qui attirèrent alors la convoitise des confiseurs concurrents. Et très vite, ces concurrents firent en sorte que des espions à leur solde se fassent embaucher dans la fameuse usine du génie chocolatier. Et ce qui devait arriver arriva : les concurrents, dès lors au courant des recettes secrètes de Wonka, le copièrent tant et si bien que Wonka décida de fermer l’usine. C’était il y a vingt ans, et tout le monde fut licencié, y compris le grand-père de Charlie. Or l’usine tourne toujours, et Wonka exporte encore des chocolats dans le monde entier. Sans ouvriers, comment diable tourne l’usine ? Charlie, qui voue une fascination certaine à cette usine, se le demande bien !
Willie Wonka va refaire parler de lui en organisant un concours. Parmi les millions de tablettes de chocolat produites par sa mystérieuse usine, il a glissé un ticket en or dans cinq d’entre elles. Les cinq enfants qui trouveront un ticket en or pourront visiter la fameuse chocolaterie où plus personne n’a mis les pieds depuis des années, et Willie Wonka sera leur guide ! Les médias s’emparent de l’affaire et les tablettes se vendent comme des petits pains.
Dans quelques jours, c’est l’anniversaire de Charlie. Comme chaque année, il recevra le même cadeau : une tablette de chocolat Wonka (le seul jour où il ne mangera pas de choux !). S’il a peu de chances de gagner, ce prix exceptionnel, en tout cas, le fait rêver…

Dès le générique, Burton attaque de front et prévient le spectateur d’une étrange manière. Le générique de début est en effet une séquence en images de synthèse, mais pas n’importe laquelle : un concentré de tous les « clichés » de l’univers de Burton. Chaîne de montage mécanisée jusqu’à l’absurde et musique de Danny Elfman à fond les ballons dans les demi-tons et les chœurs, jusqu’à plus soif !
Burton balance sa purée d’entrée, « voilà qui est bien étrange, Watson », me dis-je. Evidemment (et que celui qui en doute me rejoigne demain sur le pré à l’aube avec le témoin et les armes de son choix !), j’avais raison.

L’introduction rassure. Loin de tout folklorisme burtonnien… Je fais une pause pour être bien clair. TOUS les réalisateurs ont leur folklorisme. Ce n’est pas une critique !
Loin de tout folklorisme burtonnien, la première partie est surprenante à souhait : sobre, totalement conforme à l’esprit de Dahl (ça, ce n’est pas une surprise), très bien découpée, bien jouée, et sobre. Et surtout, incroyablement noire, déprimante et cruelle. Le petit Charlie a une vie atroce de A à Z. Tout cela est très bien présenté, sans fard, avec un sens très drôle de la narration. Bravo. C’est très soigné, mais très intuitif, et pas chichiteux pour un sou (ni mièvre) comme pourrait l’être une adaptation de Roald Dahl avec beaucoup d’argent. [Il faudrait que Disney nous en fasse un, qu’on rigole !]  Rigueur, esprit et un humour qui nous ferait bien rire si l’histoire n’était pas si dure ! Bien, bien. « Burton est de retour, Watson », me dis-je. Evidemment, ce n’était pas complètement ça !

Là où les choses prennent un tour bizarre, c’est une fois que le film s’est mis en branle. La présentation des gamins vainqueurs du concours Wonka nous mettait la puce à l’oreille, en faisant glisser progressivement le métrage vers un « autre chose » indéfinissable… Je n’allais pas être au bout de mes peines. La visite de l’usine commence, Johnny Depp arrive, et à ce moment-là je me dis :  «Cette fois, nous sommes partis, mon bon vieux Milou !».

En effet, CHARLIE ET LA CHOCOLATERIE n’est pas tout à fait conforme à la très belle première partie de son histoire. Et si vous me permettez, attaquons tout de suite avec la mise en scène.

Dans l’exposition, couleurs grisâtres soignées  de la photographie, signée Philippe Rousselot (responsable aussi de la photo chez Blier). Bien, Bien. Cadre très sympathique, montage alerte, écriture drôle et serrée qui nous donne presque envie de pleurer (Dieu que c’est noir, même si c’est la troisième fois que je le dis).
Une fois dans l’usine… Comment dire ? Bon, on ne va pas y aller par quatre chemins, et qui m’aime me suive, après tout. La direction artistique du film change, en surface ET en profondeur. Tous les visages enfantins (et un peu Depp) sont souvent retouchés par ordinateur pour devenir quasiment pastels. La photographie est d’un kitsch multicolore hallucinant, d’une laideur repoussante, le cadre est souvent d’une grande indigence. Même moi qui suis à demi fâché avec Burton, j’étais excessivement surpris !!! C’est quoi cette horreur ? De la synthèse partout, partout, partout !!!!!!

Alors là, t’es sorti de la salle, êtes-vous en train de vous dire… Ben non ! Car si le montage, lui, faisait semblant d’être indigent, la narration était toujours aussi pointue, et surtout les acteurs très, très précis. Je remarquais une chose significative. Depp, en roue libre mais en forme, sortait SYSTEMATIQUEMENT du plan de manière complètement bizarre, juste avant le point de montage, soit en ayant l’air de réfléchir pour lui-même (c'est-à-dire que Depp lui-même semblait réfléchir, et non pas son personnage), soit en ayant également l’air de sortir de son rôle et de laisser tomber le masque (subtil pourtant), comme s’il allait sortir son petit carnet rhodia et son stylo pour barrer le numéro de la scène en disant : « Bon, ça, c’est fait… »
En effet, dans les interstices, dans les détails, on sent bien que Burton, le magnifique petit salopiaud que j’adore, joue un double jeu. Le rythme ne s’essoufflant pas, au contraire, jusqu’à devenir bourratif dans une overdose d’effets synthétiques tous plus vulgaires les un que les autres, l’histoire poursuivant son bonhomme de chemin (avec des personnages très intéressants et des acteurs souvent brillants), j’ai vite compris ce qui était en train de se passer…

Et ça ne va pas être facile de vous l’expliquer sans prendre d’exemples, car je ne voudrais pas vous gâcher des surprises, le film jouant et misant sur la surenchère.
Burton était en train de casser son jouet, ni plus ni moins. Il était en train de livrer le blockbuster le plus infâme, du plus mauvais goût, tout en faisant un de ses films les plus personnels. Tout ça, c’est du calcul, certes, et c’est de l’auto-analyse. Burton plus que de livrer un jouet sur mesure à la superstar Johnny Depp (qui lui est soumis d’une manière assez remarquable, avec une précision malade), peint ici un autoportrait des plus sévères ! Willie Wonka, c’est Burton, et pas qu’un peu.

Dès qu’on a compris ça, le film devient dix fois plus drôle et beaucoup plus émouvant que sa première partie (curieusement). Puisqu’il a perdu son mojo, les affaires Wonka vont mal. Burton s’allonge sur le fauteuil, littéralement. Je vais casser la machine, mais ça va être un sublime bordel, bien plus créatif qu’on ne pouvait l’espérer (en ce sens, la scène fondamentale de la première partie est bien sûr le manège qui prend feu de manière gore). Burton ne fait aucune concession à l’esthétique qu’il a choisie pour la visite de l'usine. Le but affiché est très clair : faire quelque chose avec des éléments esthétiques d'une rare vulgarité visuelle ! Du coup, pas de complexe, on mélange les couleurs les plus criardes, on « designe » les objets les plus horriblement kitsch, et on fout de la synthèse dès que c'est possible. [À cet égard, je me disais pendant la projection qu'à l'instar des BATMAN de Joel Schumacher, CHARLIE ET LA CHOCOLATERIE était bel et bien un film de hangar, c'est-à-dire filmé dans un hangar, et ça se voit (ici, c'est même dit dans le plan final ! Petit salopiaud espiègle, Tim !). La différence, c'est que Schumacher faisait tout pour le cacher, de manière désespérée d'ailleurs, là où Burton intègre la chose à son projet esthétique.]
Donc, des images de synthèse, il y en a partout, jusqu'au ré-étalonnage des visages ! Et à chaque fois, ces effets numériques sont travaillés de la manière la plus feignasse possible, c'est-à-dire de façon à montrer leur laideur et leur artificialité le plus possible. Le summum étant les oompas-loompas, véritable armée de clones dont Tim Burton a voulu que leur captation d'après l'acteur (Deep Roy, excellent d'ailleurs) ne soit faite qu'en une seule prise ! Même dans les scènes chorégraphiées ! Au final, rien de plus mécanique et vulgaire, bien sûr. Les seuls moments où les oompas-loompas font des mouvements indépendants les uns des autres, c'est dans les plans où il n’a pas fallu faire de prise avec Deep Roy, c'est-à-dire les plans où les ommpas-loompas sont uniquement numériques, sans intervention humaine !
Evidemment, c'est dans ce matériau non noble que Tim Burton pose l'esthétique de son film. Il place des petits plans de coupe malicieux vers Johnny Depp, et même de temps en temps, un plan beau et étonnant qui n'aura que peu d'importance dans le montage et la progression de la scène ! Tout ça n'empêche pas le montage, même dans les moments les plus ingrats comme celui de la pirogue, où n'importe quel tâcheron aurait oublié les acteurs dans la barque pour lâcher les chiens numériques. Pas de ça ici.
Tout ça est ponctué de séquences musicales où, là aussi, le kitsch, telles les feuilles mortes, se ramasse au tractopelle. Durant ces scènes, c'est le pompon ! Les paroles de Dahl sont très drôles, les chorégraphies sont  le plus simplettes (et indigentes)  possible, et chacune de ces scènes replace la musique (et donc le cinéma) dans des perspectives parodiques et publicitaires, là aussi d'une vulgarité étonnante, mais absolument jubilatoire. La musique, toujours signée Danny Elfman, est complètement dans le style de Oingo Boingo, le groupe "rock" de Danny Elfman, ce qui convient à la perfection et ajoute beaucoup à l'humour sauvage du film. Ces séquences sont, pour ainsi dire, le clou du spectacle, les moments les plus jouissifs.
 
Faire du malin et du cinématographique avec le pire de Hollywood et de sa technique pour casser son jouet, voilà le pari étonnant de Tim Burton. Le résultat est scandaleusement édifiant : c'est très réussi, et sans doute CHARLIE ET LA CHOCOLATERIE est à ranger parmi ses films les plus personnels. Comme le dit mon ami Bernard RAPP (dont vous pouvez retrouver les commentaires un peu partout sur ce site), il faut en tout cas résolument ranger ce film sur l'étagère des bizarreries et des grands films malades (et réussis). Je vous laisse découvrir les personnages de l'histoire tout seuls. C'est en tout cas très bien joué. Johnny Depp incarne un Wonka sur plusieurs registres, mais il est HALLUCINANT de voir qu'il peint son personnage comme une sorte de Michael Jackson (qu'il semble même imiter par moment). Une sorte de grande fofolle, complètement homosexuelle et ambiguë à souhait. C'est très étonnant, et ça fournit un bâton de dynamite supplémentaire à Burton. Une chose est sûre en tout cas : si un jour le Marquis réalise son rêve (mettre en scène un film sur Bambi [aka Michael Jackson, je précise ! NdC]), il faudra qu’il embauche Johnny Depp dans le rôle titre ! Les autres acteurs sont également très bons, notamment les enfants. On y retrouve, dans le rôle de Charlie, le petit Freddie Highmore déjà aperçu dans NEVERLAND en petit chouchou, déjà, de Johnny Depp, et qui confirme mes soupçons de l’époque : la VF de NEVERLAND était criminelle ! D’ailleurs ici, c’est pareil, c’est VO obligatoire. Dans un rôle étonnant, on retrouve aussi Missi Pyle [Rhaaaaaa ! Je l’adooooooore ! Whoops. Excusez-moi. NdC], actrice incroyable dont il faut guetter les moindres apparitions (vue dans JOSIE ET LES PUSSYCATS, BIG FISH, GALAXY QUEST et récemment DODGEBALL). Elle est en pleine forme et casse la baraque, en mère majorette et curieusement blonde.

On l’aura compris, en s’amusant à mettre le feu à la maison Hollywood et en mettant le feu à sa propre maison, Tim Burton nous revient en super-forme (comme on dit dans Première !), et, dans le paysage décevant des grands réalisateurs américains, il affiche même de nouvelles ambitions. Ce film pourrait bien être un tournant dans sa carrière. Quoi qu’il en soit, c’est un bien joli doigt, tendu très haut, que Burton tend à la face du Cinéma, du bon goût et de ses fans hardcore qui ne manqueront sans aucun doute pas d’être déçus, là où ils s’attendaient à se voir resservir les plats de la veille. L’univers de Roald Dahl fait le reste, comme on dit à Studio. CHARLIE ET LA CHOCOLATERIE est, notamment dans sa sublimissime dernière demi-heure, complètement siphonné, le zizinoscope complètement dans le rouge qui révèle bien l’ambition du film : être un film d’horreur sur le cinéma et sur Burton l’Artiste. Vivement le prochain. Quant aux frères Coen, Soderbergh et les autres, ils feraient bien d’en prendre de la graine avant qu’il ne soit vraiment trop tard…

Loufoquement Vôtre,

Dr Devo.

PS: Si j'avais été honnête, j'aurais dû parler  de la dernière demi-heure... C'est quand même là le plus intéressant. À la fin du film, il y a un curieux carton. C'est après le générique. On peut lire PLAN B. Bizarre, bizarre... Si quelqu'un sait ce que c'est, qu'il ne se prive pas de nous instruire dans les commentaires !
 
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Lundi 18 juillet 2005

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Sainte Zelta, priez pour Ryu.

"Sainte Zelda, priez pour Ryu !"  par Le Marquis.


Après le traditionnel générique disco-castagnettes, nous retrouvons nos amis dérivant dans l’espace. Ryu et Siman s’entraînent à piloter les modules détachables du San Ku Kaï, pendant qu’Ayato glande à bord aux côtés de Sidéro (je répète : Sidéro). Celui-ci capte soudain un SOS émis par un vaisseau en provenance de la Terre, pourchassé par les Stressos. Le San Ku Kaï vole à la rescousse, mais le vaisseau terrien s’écrase sur Sheta.
Des simians (dont les maquillages sont encore plus rustiques que celui de Siman – ils sont donc prudemment filmés de loin) leur indiquent l’endroit où s’est écrasé le vaisseau, sur une plage non loin de là. Ils la retrouvent sans difficultés, et se retrouvent donc face à une épave si grossièrement incrustée dans l’image qu’elle renvoie à la grande époque de Télétactica et de ses formes en plastique à coller sur l’écran de la télé (même si j’ai toujours trouvé plus conceptuel de regarder l’émission en question sans le gadget).
A ce stade du récit, on sent entre Ryu et Ayato une certaine tension (qui n’est pas de nature sexuelle). Ryu, qui est déjà à la base un personnage narquois et d’une incroyable suffisance, traite son cadet en sous-fifre, et lui demande de rester faire le guet sur la plage pendant qu’il visite l’épave déserte avec Siman. Ayato boude et serre les dents, mais semble soudain en alerte. Il fonce à l’intérieur de l’épave et fait sursauter Ryu (qui a une réaction d’agacement qui frôle la distribution de paires de claques).
Ryu : « Qu’est-ce qui se passe ?
Ayato : Quelque chose ! »
Ayato semble en effet percevoir un son en provenance du ciel, que ni Ryu ni Siman ne perçoivent, ce qui amène Siman à conclure : « Ayato a une perception sidérale ! »

A n’en pas douter. Car dans l’espace, il y a des machines : les lazerolabes survolent la plage pour vérifier que le vaisseau terrien est bien amoché. Ils sont menés par Volkor en personne.
Petit rappel : Volkor, commandant des Stressos, a deux cornes sur son casque et des flèches vertes sur les pommettes. Cela permet de ne pas le confondre avec Koménor, qui lui, en plus d’avoir une petite barbichette pointue, a six cornes aux casque et des flèches rouges sur les pommettes, car il est tout de même général. Il va sans dire que Koménor est également équipé d’une cape-qui-claque, et après tout, peut-être bien qu’il a besoin de la faire claquer pour respirer ?
Pour la forme, les lazerolabes torpillent la plage avant de se retirer. Nos héros ont échappé aux tirs en se réfugiant dans l’eau de mer – une très mauvaise idée pour Siman, qui a l’air bien embarrassé par l’eau de mer qui a rempli son masque d’homme-singe…
De retour à bord du Cosmosaur, Volkor se réjouit fort de la mort des occupants du vaisseau terrien (Koménor est content), et signale au passage qu’il a aperçu les trois rebelles qu’il a laissé patauger sur la plage (Koménor n’est pas content) – mais Volkor rassure alors son général : « Ne t’inquiète pas : nous avons la Force ! » D’ailleurs, Volkor aurait tort d’avoir des remords : Furia (nue sous la douche avec Eolia, ça marche aussi pour Google ?) est sur le coup pour régler leur compte à ces résistants… Koménor et Volkor sont interrompus par la voix de Golem XIII, qui se dit très satisfait de ce 15e système solaire si riche en fibres. Koménor fait alors une suggestion à Golem XIII (suggestion dont il se mordra les doigts dans de futures aventures) : pourquoi ne pas édifier un Palais Impérial sur Analis ? Comme s’il ne relevait pas la confusion (Golem XIII est roi, pas empereur), celui-ci s’exclame : « Excellente idée ! Je m’installerai sur Analis ! Ha Ha Ha Ha Ha Ha !!! »

Mais revenons sur la planète Sheta, planète majestueuse qui regorge de kiwis. Siman en fait la cueillette pour ajouter la touche finale au pique-nique qu’il est en train de préparer pour ses comparses – dans la petite famille qu’ils forment, il faut le savoir, c’est Siman qui gère la popote. Ils sont installés en forêt, dans un chalet qui serait presque typique si un arc-en-ciel n’était pas peint en travers de sa façade. L’absence de drapeau multicolore ne nous cependant permet pas d’affirmer qu’ils se sont installés dans le Coffee Shop du coin. Ryu lance à Siman : « Bravo ! ça ne sent pas le brûlé pour une fois ! »  Si j’étais Siman, il va sans dire que j’aurais fait pipi dans la marmite sans délai, mais là n’est pas la question.
La question est celle d’Ayato, qui veut en savoir plus sur les liens mystérieux tissés entre son père décédé et Ryu : pourquoi ont-ils le même sabre rétractile, par exemple ? Mais Ryu esquive le sujet et propose à Ayato de lui enseigner l’art du lancer de poignard. Ils s’éloignent donc jusqu’à une cascade non loin de là et s’entraînent à lancer le couteau sur des kiwis (un zoom violent sur un kiwi déjà embroché fait alors très bien l’affaire). Il faut ici souligner la pertinence et la finesse pédagogique de Ryu : « Il faut te concentrer sur la cible que tu vises. Allez, à toi ! » Malgré des conseils techniques aussi précis et avisés, Ayato manque sa cible et effarouche quelqu’un derrière les rochers : mais qui ??? Qui ???

Ma foi, il s’agit d’une jolie fille.
Ryu, sur ses gardes : « Tu es une stressos ?
Elle : Surtout pas ! »
Elle s’appelle Vocéane, elle est l’envoyée de la Terre, avec laquelle Shin, papa d’Ayato (papadayato, le nouveau tube de l’été ! – « ça veut dire enfulte »), était entré en contact dans le premier épisode. Ayato a la douleur de lui faire part du décès de son père. Vocéane est d’autant plus consternée qu’elle devait lui apporter en personne la réponse du Conseil Supérieur de l’Union Terrestre à sa demande d’aide, et que cette réponse est négative !
Faut-il préciser que notre trio est rigoureusement dégoûté ? Même Sidéro (je répète : Sidéro) déclare que les êtres humains ne sont que des égoïstes. Et Siman de renchérir : « Il a raison !!! J’ai appris leur Histoire : ils ne sont bons qu’à se dandiner dans les Salons ! (Siman entame alors quelques trémoussements simiesques qui, il faut bien le dire, ne renvoient que de très loin aux danses de salon.)… Ce sont des pingouins !!! ».
Inutile de dire que devant ce taulé, Vocéane est très embêtée, oh la la… Sidéro (je répète : Sidéro) les informe qu’un vaisseau terrien doit venir récupérer Vocéane le lendemain matin. L’ambiance est morose, et Siman prend sur lui pour détendre l’atmosphère : « Allez ! Je vous offre à boire, pour oublier ! », dit-il en brandissant une bière et deux assiettes. Une ellipse ne nous permet pas de vérifier si la tradition sur Sheta, planète des kiwis, consiste à laper la bière dans une assiette – mais l’idée de laper à quatre dans deux assiettes semble en tout cas troubler Ayato, à moins qu’il n’ait attrapé un vilain coup de soleil, car il est littéralement cramoisi pendant toute cette séquence…

Mais revenons à nos moutons. Ellipse donc, il fait nuit, Ayato, pensif, monte la garde à l’extérieur du chalet. Soudain, dans le ciel, apparaît l’Azuris, alors que résonnent dans nos oreilles le thème musical d’Eolia. Un nuage d’étoiles surgit de l’Azuris et vient se matérialiser près d’Ayato : il s’agit bien d’Eolia et pas de la Fée Clochette, qui n’apparaîtra jamais dans l’univers de SKK. Que vient-elle faire là, cette Eolia si douce, si divinement blonde, qu’Ayato avait pris pour un mirage, une illusion ? Elle est venue pour lui dire de ne pas se décourager : « Il faut te battre, Ayato… » Elle disparaît soudain alors que Ryu s’approche. Il voit l’Azuris s’éloigner dans le ciel, ce qui confère indubitablement à Eolia et à son petit-bateau une réalité tangible et réconfortante pour tous. Dire qu’elle a fait tout ce chemin juste pour dire ça, si c’est pas de l’abnégation, je ne sais pas ce que c’est. Mais cet instant de paix et d’espoir est bientôt troublé par un effet sonore débile dans la forêt : les Stressos attaquent !

Alors que Ryu reste lutter à l’extérieur, Ayato se précipite dans le chalet pour protéger Vocéane. Siman sort du chalet et plonge dans la mêlée, il empoigne un soldat stressos et s’exclame : « Alors, on veut m’apprendre à faire la grimace, hein ??? »
Pendant ce temps-là, dans le chalet, Ayato lutte férocement contre un soldat Stressos. Profitant de cette diversion, surgissant gracieusement d’une trappe au sol, Furia fait son entrée en scène et prestement, enlève Vocéane qu’elle entraîne avec elle dans la cave. Coup d’œil perfide à gauche, coup d’œil perfide à droite : c’est bon, Furia peut traverser les limites de la indécence et de la cruauté : elle applique un slime peu ragoûtant sur le visage d’une Vocéane évanouie en commentant à l’attention du téléspectateur amnésique : « Je peux prendre les traits de qui je veux ! ». Elle décole le slime et l’applique sur son propre visage, sans même rajouter des tranches de concombre, et l’affaire est faite : Furia est devenue Vocéane !

Le jour s’est levé. Ryu et Siman cherchent Ayato et Vocéane dans la forêt – je note que personne ne se préoccupe de Sidéro (je répète : Sidéro), qui a bien du mérite. A peine ont-ils retrouvé une Vocéane blessée que Ryu hisse sur son dos, étonné qu’Ayato l’ait laissée seule et sans défense, que surgit Ayato ; il déclare fièrement : « J’ai mis Vocéane à l’abri. » Elle se tient derrière lui, le petit prétentieux. « Deux Vocéanes ! C’est pas possible ! J’ai rien bu pourtant ! », s’exclame Siman – qui semble déjà avoir oublié la bière et les assiettes.
Ayato réagit lentement mais sûrement : il pointe son doigt vers la Vocéane vautrée sur le dos de Ryu : « Attention, c’est Furia ! ». D’un jet de cuisse, celle-ci s’enfuit sans demander son reste, le regard mauvais : elle est de ces femmes qui n’oublient jamais un affront. Bien sûr, si elle avait éliminé la vraie Vocéane, elle n’aurait pas eu l’air aussi gourdasse…
Vocéane remercie chaleureusement Ayato qui l’a secourue. « J’ai fait mon travail, c’était pas compliqué. », répond-il modestement. Vocéane est sur le départ, elle promet à nos héros de tout faire pour amener le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel à allouer à la série des délais de tournage plus confortables, et surtout de convaincre le Conseil Supérieur de l’Union Terrestre d’accepter de venir en aide au 15e Système Solaire, par exemple.

Le vaisseau qui ramène Vocéane vers la Terre n’est pas encore tiré d’affaire, car le Cosmosaur tente de le détruire. C’est compter sans le San Ku Kaï qui veille au grain. Pendant que Ryu et Siman cassent du lazerolabe comme on sort les poubelles, Ayato fait coucou à Vocéane et lui dit au revoir – elle lui répond depuis le hublot de son vaisseau comme si elle était dans la même pièce, ce qui était peut-être bien le cas sur le plateau. Vocéane parvient à s’enfuit et prend la direction de la Terre : va-t-elle réussir à convaincre ses supérieurs ? Reste-t-il de l’espoir ?
Vaines questions, car dans l’immédiat, Ayato et Ryu se concentrent déjà sur leur prochaine mission : libérer Kamiji, le bédouin chef de la Résistance, rencontré dans l’épisode précédent, prisonnier du camp n°25 sur la planète Analis (pas le camp 24, pas le camp 26, le camp n°25, attention). Eeeeeeeeeeeet couuuupez !

Le Marquis.

Et pour quelques fleurs spatiales de plus :

Episode 1 : Un vaisseau dans l'espace

Episode 2 : Les Ninjas

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Dimanche 17 juillet 2005

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(photo: "Mat et Brillant" par Dr Devo)

 

Le premier long-métrage du talentueux John McNaughton (MAD DOG AND GLORY, WILD THINGS) est un sacré choc, un film unique en son genre, qui se souvient de métrages comme LES TUEURS DE LA LUNE DE MIEL ou MANIAC, mais parvient à trouver un ton très personnel. C’est un film noir comme l’ébène, inspiré par les crimes du serial killer Henry Lee Lucas et de son comparse Ottis. McNaughton livre un film réaliste, cru, sombre, violent, d’aspect faussement documentaire, bien qu’il ne s’encombre pas à vouloir restituer les faits réels, préférant construire un scénario de fiction, une réflexion sur le mal, un portrait du tueur en série qui ne s’enlise jamais dans la caricature ou la gratuité. Le cinéaste a l’intelligence de ne pas enfermer son récit dans une monotonie esthétique qui plombe lourdement certains métrages réputés inconfortables (comme le film COMBAT SHOCK, sinistre, relativement ambitieux, mais tout aussi figé, laborieux et insipide) : faire dans le malsain, c’est facile. Construire une progression visuelle et narrative dans le cœur d’un métrage dépeignant le quotidien dépressif d’un tueur psychopathe, c’est une autre paire de manche. John McNaughton joue dans la première partie sur le hors-champs et surtout sur la bande-son avant de détailler des séquences de meurtres de plus en plus crues ; le retour à la suggestion dans un dénouement assez traumatisant distille un malaise presque insoutenable, non pas parce que le réalisateur met le paquet sur les effets, mais parce que ce bout de chemin que nous venons de faire avec Henry nous permet, à défaut de compatir, de pleinement appréhender la portée de cette conclusion mêlant la monstruosité et le pathétique.

L’interprète du rôle principal, Michael Rooker, est sensationnel, et parvient à donner à son personnage une dimension humaine sensible et tourmentée sans laquelle le film ne serait pas ce qu’il est. En orientant peu à peu le récit vers la confrontation de Henry et d’Ottis (qu’il initie au meurtre mais qui le surpasse vite en perversité), le cinéaste développe un propos intelligent, consistant, dérangeant mais constamment juste, qui évite à son film de ne rester qu’un constat brut, de donner dans le glauque pour le glauque. A ce titre, l’apparition d’une caméra DV lors de virées sanglantes est une idée superbe, permettant au scénario de déclencher la confrontation, et en cela d’amorcer à la fois une réflexion sur l’image et une exploration psychologique de la névrose psychopathe d’une subtilité vraiment inédite et inégalée à ce jour. Une idée superbe, donc, dont McNaughton n’abuse pas (la caméra est vite brisée par accident), une idée qui devrait faire pâlir d’envie les concepteurs de C’EST ARRIVE PRES DE CHEZ VOUS, qui sur un sujet similaire utilisaient la présence d’une caméra-meurtre sur 1h30 sans effleurer une seconde la finesse du propos de HENRY, s’enlisant au contraire dans une complaisance, une absence de distanciation faisant de leur long-métrage une expérience voyeuriste débouchant sur une impasse stylistique et scénaristique, un métrage corsé mais un peu vain. Tout ce que n’est pas ce HENRY-PORTRAIT OF A SERIAL KILLER riche et pénétrant, fait de répulsion, d’angoisse, de désespoir et même de tendresse. Henry est un monstre, mais un monstre qui souffre. Atrocement. Constamment. Un film très sombre, mais incontournable.

Le Marquis.

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Samedi 16 juillet 2005

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(photo: "Les souris dansent" par Dr Devo)

Chers Gens,
 
Et oui, on est un peu comme ça nous, à Matière Focale, le jeudi c'est SAN KU KAI, et le vendredi c'est cinéma français, art et essai, comme on dit. Et même, c'est le retour en arrière vers l'année 1977, un retour surprenant en quelque sorte. Approchons-nous.
 
On ne peut pas dire que je sois un grand fan de Claude Chabrol. Réalisateur atypique "de fait" pour ainsi dire, ce n'est pas le gars en France qui déclenche des élans de passion de ma part. Il y a des choses très regardables (comme LA CEREMONIE, bon souvenir), des choses plus bancales, voire indigentes sur les bords (RIEN NE VA PLUS), et des choses complètement ratées (LE CHEVAL D'ORGUEIL). Faut bien dire qu'en quasiment 50 ans de carrière et 67 films (diantre !), le niveau suit plus une courbe qu'une progression en segments. Le dernier que j'avais vu, c'était LE BOUCHER, regardable sans déclencher des torrents d'admiration esthétique. On avait même loupé le dernier, sous le signe de la flemme, un peu refroidi par une esthétique morne des derniers opus vus en salles. Un peu sur-coté certainement, mais sans que cela ne déclenche de rancœur particulière ni d'intérêt particulier, on pourra dire de Chabrol que ce n'est pas vraiment mon truc, et que de fait, je préfère très nettement un Blier ou un Zulawski par exemple. Sans qu'il y ait photo, et même s’ils ne sont pas a priori comparables, les trois bonhommes.
 
[Une petite anecdote sur LA CEREMONIE. Il y a quelques années, je passais un concours pour entrer dans une petite école de cinéma en Belgique. Comme d'habitude, quelques élus pour beaucoup d'appelés ! Les épreuves se passent plutôt bien. Vient le moment de l'entretien avec le jury. Bien. L'homme qui mène le débat me demande ce que j'ai vu au cinéma dernièrement. Isolé dans la ville belge, lui dis-je, je n'ai eu que ça à faire, aller au cinéma. Les derniers films vus, c'était CASPER et LA CEREMONIE. Curieusement, il ne m'interroge pas sur CASPER ("C'est bizarre, hein ?"), souvenir sombre en forme de petit étron, mais sur le Chabrol. Question réponse, tout se passe bien. Pourquoi, d'après vous, Bonnaire se cache dans la gare au début du film ? Blah blah blah... Les rapports hiérarchiques et sociaux entre Bonnaire et Huppert, blah blah blah... Sur ce dernier point, le questionneur me demande quel détail de la mise en scène montre la réserve de Bonnaire, et presque sa peur, devant le monde bourgeois de Huppert. Je cherche, un peu, encore, et encore... Un détail de mise en scène ? J'active ma mémoire bionique... Rien à faire, je ne trouve pas. Réponse : Bonnaire refuse de rentrer dans la pièce qui sert de bibliothèque ! Kooa ? J'étais estomaqué ! Loin d'être un détail, cette scène, et la façon dont Chabrol insistait, était un point fort du film, un centre névralgique ! Evidemment que je l'avais vu, mais pour moi, ce point précis, loin d'être un "détail", était une des pierres d'achoppement du film ! Moi qui cherchait un cadrage précis, ou un détail d'accessoire... J'étais es-to-ma-qué ! J'ai raté l'entrée dans cette école ! Il est évident cependant que je ne tiens pas rigueur à Chabrol pour cette mésaventure !]
 
Ça commence assez étrangement. Première scène en intérieur dans un grand appartement, qu'on devine vaguement parisien. Sylvia Kristel (!?!) écoute longuement, sans qu'il y ait eu aucun générique (à brûle-pourpoint pour ainsi dire), la conversation de son mari trentenaire. Un peu grande gueule, désinvolte, c'est le mâle 70’s, en quelque sorte. Il lui raconte des histoires de boulot. Ça n'en finit plus. Kristel écoute et ne bronche pas. Et ça dure, ça dure, ça dure. Le type n'est pas spécialement sympathique. On sent presque déjà poindre la charge anti-bourgeoise de Chabrol. Quand le mari a fini, Sylvia Kristel lui annonce avec son accent anglo-saxon qu'elle le quitte, parce qu'elle ne le supporte plus. Le mari, affolé par cette déclaration inédite et inattendue, change d'attitude et essaie de la retenir avec de pauvres arguments (notamment : "Attends demain pour partir, tu seras reposée et il ne pleuvra plus, ça sera moins dangereux si tu prends la voiture !", un peu pauvre quand même). Elle, presque désinvolte, forte, ou alors c'est le jeu de Kristel, ne bronche quasiment pas, même quand, derrière les arguments du mâle, on devine un machisme sous-cutané pas atrocement ignoble, mais juste un peu banal. Dialogue de sourds : Kristel ne justifie rien, et ne peut que lui dire :"Je ne peux plus te supporter", très calmement du reste. Scène en demi-teinte, presque vidée, opposition même pas caricaturale, juste bizarre et un peu désincarnée. Bizarre. Chabrol ne fait rien pour argumenter, et du coup, Monsieur parait plus antipathique devant le superbe visage de Madame. Elle fait sa valise. Ça découpe sévère au niveau du montage et la scène se termine sur un plan fixe, presque noir, qui montre Monsieur et Madame, chacun dans l'embrasure d'une porte, en silhouettes expressionnistes. Générique !
 
Mazette... Sylvia (Alice du nom de son personnage), un peu fragile, un peu perdue, roule sous la pluie battante en se remémorant ou en imaginant les arguments de son ex pour qu'elle ne parte pas. Le pare-brise de la voiture se fendille. Sylvia le perce d'un coup de poing emmitouflé dans un chiffon, mais rien n'y fait, avec cette pluie, on n’y voit rien, avec ou sans pare-brise. Elle s'arrête dans une propriété où elle est accueillie par Charles Vanel (cette vieille ganache), grand bourgeois, châtelain même, et son majordome, Jean Carmet. On lui offre couvert et gîte pour la nuit. Dans la nuit justement, Sylvia est réveillée par des bruits (la bande son !) et hop, regarde par la fenêtre pour ne voir que des ombres qui passent sur les champs. Elle prend un somnifère et dort. Le lendemain, le petit château est vide, le petit-déjeuner est préparé. Alice prend sa voiture et part. Elle ne trouvera jamais la sortie de la propriété, entourée de bois et d'un mur d'enceinte... La voilà piégée !
 
Fichtre, fichtre ! Le Marquis m'avait prévenu. Ben oui, s'il ne m'avait pas parlé de ce film, je ne l'aurais pas emprunté à ma médiathèque ! Et il avait encore raison (c'est énervant !), le bougre.
 
On est loin, très loin de l'imagerie d'Epinal de Chabrol. Balancez tout ce qu'on vous a raconté sur lui aux orties. Et si, comme moi, vous avez vu quelques uns de ces films de ces 15 dernières années, et notamment les derniers, vous allez prendre une sacrée claque !
 
Finis les petits cadres tranquilles, le découpage pépère et narratif, bref, la petite somnolence du Chabrol habituel. [Qu'il nous excuse s'il passe par là : nous sommes jeunes, un peu foufous et un peu insolents !] Dès le départ et la scène d'intro, qui en éludant le générique ne nous laisse aucun répit, on sent qu'il y aura du découpage et du décalage. La scène de la fuite en voiture, par exemple, est quelque chose de simple et sublimissime. Un plan à la LOST HIGHWAY (route et lumières jaunes des phares depuis l'intérieur de la voiture), version Loir-et-Cher (ça te gêne ?). Sur le pare-brise apparaissent en surimpression des scènes avec le mari qui lui parle, d'abord face caméra, puis une scène entre Sylvia et lui, puis coupe où l’on revient dans l'appartement (illogique, puisque ce morceau de scène aurait dû apparaître sur "l'écran" du pare-brise), puis retour sur le pare-brise qui se brise ! C'est très beau, et on est prévenu. Ça ne va pas être de la mise en scène banale ou naturaliste à la petite semaine.
 
En fait, ça n'arrête pas. Le sujet, ouvertement fantastique sans qu'on n’y croie totalement, est bien sûr largement et ouvertement inspiré de ALICE AU PAYS DES MERVEILLES, sans que ce soit un décalque. On y retrouve le sens de la logique de Carroll. [Chabrol enfonce même le clou en faisant se présenter Vanel ! Tout ça pour faire dire à Kristel :"Alice. Je m'appelle Alice Carroll". Faut oser quand même ! Quel chenapan !] C'est dans la mise en scène que c'est le plus étonnant.
 
Le cadre est vraiment beau, mais semble dans le même temps "terre à terre", sans chercher le lyrisme. Chabrol construit un labyrinthe logique et spatial. Géographiquement, le montage est très efficace et spatialise les décors en deux coups de cuillère à pot, avec une efficacité redoutable, mi-fantastique, mi-simple, mi-roublarde, le cul entre trois chaises en quelque sorte. Déjà, ça, c'est étonnant (cette mise en valeur du décor). Et cinématographiquement, le Chabrol enfonce carrément le clou dans un jeu complexe qui tient en une espèce de simplicité des situations qui débouche sur un fantastique aux abysses vertigineuses. Le décor est beau, mais simple. Pas d'effets spéciaux compliqués. Chabrol utilise un jeu de leviers de mise en scène rigoureux : chorégraphie des entrées et sorties d'acteurs dans le plan, mais jeu assez naturel à l'intérieur de celui-ci ; utilisation systématique du champ / contrechamp (maladie moderne, aujourd'hui encore), mais pas du tout de la façon médiocre de beaucoup car lui utilise ce découpage frontal en sachant que "quelque chose ou rien" habite le contrechamp, justement. Je m'explique : les champs sur Sylvia Kristel sont mis en opposition à des contrechamps sur... rien. Ou sur un observateur étranger, ou sur l'œil de la caméra... Un champ / contrechamp avec un seul personnage en quelque sorte ! Intéressant. Dans ce jeu de champ / contrechamp, Chabrol biaise le système en introduisant des répétitions de plans (jamais tout à fait les mêmes, d'ailleurs), décalage des axes jusqu'à ce qu'ils se contredisent, décalage du rythme des coupes. En un mot, chacun des paramètres se complète furieusement bien. Un système simple dans ses bases de départ, qui se développe dans des arcanes ludiques mais complexes de mise en scène. On prendra pour exemples les champs / contrechamps entre la voiture qui fuit et la fenêtre qui la regarde ! Sublime ! Ajoutez là-dessus quelques mouvements de caméra parfois rigoureux, parfois gratuit, un très beau jeu de lumières (ombres et éclairages artificiels, très beaux, signés Jean Rabier), et vous obtenez un film arythmique, c'est-à-dire au rythme contemporain (concret, si vous préférez) avec de fabuleuses sautes ou enlisements. En dix minutes, on serait bien incapable de dire où le film va nous amener !  C'est rigoureux souvent, gratuit parfois, mais toujours malin comme un singe, et on se perd comme Alice dans ce joli système dont l'incroyable force est moins étonnante que les armes basiques sur lesquelles tout cela repose. Avec trois décors, une poignée d'acteurs, deux ou trois principes de bases et une excellente paire de ciseau, c'est-à-dire, que des moyens cinématographiques et sans effets coûteux, avec cette simplicité de moyens, Chabrol nous pond un film sublime qui nous surprend quasiment à chaque instant. Au fur et à mesure, le décalage entre le son et l'image, entre le montage et les axes, etc., nous englobe dans une abstraction violente.
 
Ajoutons aussi que ce voyage hallucinant est porté par une bande-son superbe et très ludique. Notamment parce que les musiques du films viennent toujours d'éléments présents dans le champs (en son ON, quoi !) : platines disques, radio, télévision. On remarque notamment une utilisation complètement drahomirienne de la boucle (voir l’Institut Drahomira, rubrique LIENS).
 
Les acteurs sont très bons, utilisés avec intelligence et espièglerie. Sylvia Kristel (qui avait déjà deux EMMANUELLE au compteur) balbutie le français, mi-improbable mi-touchante, mais toujours avec une belle dévotion et une belle énergie, comme on en retrouve quelquefois chez certaines actrices de Jean Rollin, c'est-à-dire dans un mélange de timidité et de confiance absolue dans le metteur en scène. Bizarre et drôlement efficace.
 
Des morceaux de bravoure, il y en a des dizaines. On notera la fuite en voiture, l'effet déformant (effet spécial sublime et simplissime), l'horrible dernier dialogue avec Carmet, le disque qui passe dans la scène avec l'homme de 40 ans, l'incroyable contournement du mur qui se termine par une scène complètement fofolle avec un André Dussolier en play-boy à qui on ne la fait pas, etc.
 
Il y a bien un truc ou deux que je reprocherais au film, mais ce sont des détails devant son extrême maîtrise. [Notamment sur l'étrange longueur de la scène de banquet... Et encore, même là, Chabrol finit la scène en faisant intervenir la pluie derrière Sylvia Kristel (au lieu de la faire pleurer, je suppose), ce qui est pétrifiant de beauté ! D'ailleurs, si Fabrice du Welz repasse par là, je lui pose la question : avez-vous pensé à cette scène pour CALVAIRE ? (...ce qui serait tout à votre honneur, bien sûr !)]
 
De fait, c'est très largement, de très, très loin, et sans contestation, le plus beau film de Chabrol, son chef-d'œuvre absolu. Et il va falloir maintenant se mettre à regarder TOUS ses films, de peur de louper un autre titre de sa filmographie qui soit aussi beau et expérimental ! En tout cas, comment la critique, plutôt agréable avec Chabrol, peut-elle faire l'impasse sur un tel film ???? Pourquoi ce film est-il inconnu à ce point ??? Il y a là un mystère que je ne m'explique pas, et déjà le soupçon du voile de l'incompétence, je crois percevoir.
 
Lâchez tout, précipitez-vous vers ce film édité chez René Chateau en DVD. [Profitez-en pour acheter le sublime LA RESIDENCE, de Narcisso Ibanez Serrador, splendeur luxueuse et espagnole, film à tomber par terre, et matrice, sans doute, du cinéma d'Argento...].
 
Hey, M'sieur Chabrol.... Tu nous en refait quand, un autre comme ça ?
Passionnément Vôtre,
Dr Devo.
PS : Même si les deux films sont différents, je parierais ma chemise que Lucille Hadzihalilovic a vu (ou s’en est souvenue) ALICE OU LA DERNIERE FUGUE avant de réaliser son sublime INNOCENCE...
 
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Vendredi 15 juillet 2005

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M

 

MAC ET MOI de Stewart Raffill (USA, 1988): article 1, article 2

LA MACHINE À EXPLORER LE TEMPS, de Simon Wells (USA, 2002) : Article

THE MACHINIST de Brad Anderson (USA, 2005): Article

MACISTE ET LES FILLES DE LA VALLEE, de Tanio Boccia (Italie, 1964): Article

MADAGASCAR de Tom McGrath & Eric Darnell (USA, 2005): Article

MADAME IRMA, de Didier Bourdon & Yves Fahnberg (France, 2006): Article

MAD JAKE, de Tucker Johnston (USA, 1990): Article

LE MAGICIEN D'OZ de Victor Flemming (USA, 1939): Article

MAGIC WARRIORS, de Ronny Yu (USA/Chine, 1997): Article

MAIS NE NOUS DELIVREZ PAS DU MAL de Joël Séria (France, 1971): Article

LA MAISON DE CIRE
de Jaume Collet-Serra (Australie/USA, 2005): Article

LA MAISON NUCINGEN de Raoul Ruiz (France/Chili, 2009): Article

LA MALEDICTION (666), de John Moore (USA, 2006):
Article

LA MALEDICTION DES HOMMES CHATS de Robert Wise et Gunther Von Fritsch (USA, 1944): Article

MALEFICES, de Maurice Devereaux (Canada, 1998): Article

MAMAN KUSTERS S'EN VA AU CIEL de R.W Fassbinder: Article

MAMBA (FAIR GAME), de Mario Orfini (Italie, 1988): Article

MANDERLAY de Lars Von Trier (Danemark/Suède/Pays-Bas/France/Allemagne/Angleterre-2005): article 1, article 2, Article 3

THE MANSON FAMILY, de Jim van Bebber (USA, 2003): Article

MAN TROUBLE, de Bob Rafelson (USA, 1992): Article

THE MAN WHO CRIED de Sally Potter (Angleterre/France-2000): Article

LE MARIAGE DE MARIA BRAUN de R.W Fassbinder: Article

MARIE ANTOINETTE, de Sofia Coppola : Article

MARTYRS de Pascal Laugier (France-Canada, 2008): Article.

MARY
de Abel Ferrara (USA-2005): notre haïku

MA SORCIERE BIEN AIMEE de Nora Ephron (USA, 2005) : Article

MASSACRE A LA TRONÇONNEUSE de Tobe Hooper (USA-1974): Article

MASSACRE A LA TRONÇONNEUSE de Marcus Nispel (USA-2003): Article

MASSACRE AU CAMP D'ETE de Robert Hiltzik (USA-1983): Article
MASTER OF HORRORS (série télévisée, USA-2006):
index des épisodes

THE MATADOR de Richard Shepard (USA-2005): Article

MATCH POINT de Woody Allen (USA-2005): Article, notre haïku

MATRIX de Larry & Andy Wachowski (USA-1999): Article

MA VIE EN L'AIR de Rémy Besançon : Article

MEMOIRES D'UNE GEÏSHA, de Rob Marshall (USA, 2006): Article

MESRINE, L'ENNEMI PUBLIC No1 de Jean-François Richet (France, 2008): article 1, article 2

MESRINE
,  L'INSTINCT DE MORT de Jean-François Richet (France, 2008): article

MESSIAH OF EVIL, de Willard Huyck (USA, 1973):
Article

LE MEXICAIN, de Gore Verbinski (USA/Mexique, 2001): Article

MIAMI VICE, de Michael Mann (USA, 2006): Article

MICHAEL CLAYTON, de Tony Gilroy (USA, 2007): Article

MILLION DOLLAR BABY de Clint Eastwood (USA, 2005): Article, Courrier des Lecteurs

LE MIROIR de Andrei Tarkovski: Article

MIRRORS de Alexandre Aja (USA-France, 2008): Article.

MISERY
de Rob Reiner (USA, 1990): Article

MISS FBI de John Pasquin (USA, 2005): Article

MOI TOI ET TOUS LES AUTRES de Miranda July: Article

MOLIERE, de Laurent Tirard (France, 2007): Article

MOLLY de John Duigan (USA-1999): Article

LA MÔME, d'Olivier Dahan (France/Angleterre/République Tchèque, 2007) : Article

MON BEAU PERE, MES PARENTS ET MOI de Jay Roach (USA, 2005): Article

MON HOMME de Bertrand Blier: Article

LE MONSTRE EST VIVANT de Larry Cohen (USA, 1973): Article

LES MONSTRES SONT TOUJOURS VIVANTS de Larry Cohen (USA, 1978): Article

LA MONTAGNE DU DIEU CANNIBALE de Sergio Martino (Italie-1978): Article

MORSE de Tomas Alfredson (Suéde-2008): Article
LA MORT AUX TROUSSES, d'Alfred Hitchcock (USA, 1959) :
Article

MORT DE PEUR (SCARED TO DEATH), de Christy Cabanne (USA, 1947): Article

MORTEL TRANSFERT, de Jean-Jacques Beineix (France/Allemagne, 2000): Article

LA MORT EN LIGNE de Takashi Miike (Japon-2003): Article

LE MORT VIVANT de Bob Clark (USA/Canada-1972): Article

MOTHER de Joon Ho-Bong (Corée d Sud, 2009): Article

MOTHER OF TEARS de Dario Argento (Italie/USA, 2007): Article
LES MOTS RETROUVES de Scott McGehee et David Siegel (USA, 2005) :
Article

MULHOLLAND DRIVE de David Lynch (USA-2001): Article

MUNICH de Steven Spielberg (USA-2006): Article

LA MUTANTE II, de Peter Medak (USA, 1998): Article

MUTANTS de David Morlet (France-2009): Article

MY BLUEBERRY NIGHTS
, de Wong Kar-Wai (USA/Chine, 2007):
Article

MY LITTLE EYE de Marc Evans (Angleterre/USA/Canada/France-2002): Article

MYSTERIOUS SKIN de Gregg Araki (USA-2005): Article

 

N

 

NECROMANCER, de Dusty Nelson (USA, 1988) : Article

NEKROMANTIK, de Jörg Buttgereit (Allemagne de l'Ouest, 1987): Article

NEMESIS II : NEBULA, d'Albert Pyun (USA, 1995): Article

NEMO, d'Arnaud Sélignac (France/Angleterre/USA, 1984): Article

NE REFERMEZ PAS MA TOMBE, de S.F. Brownrigg (USA, 1976): Article

LES NERFS A VIF de Martin Scorsese (USA-1991): Article

NEVERLAND de Marc Foster (USA-2005): Article

NE VOUS RETOURNEZ PAS de Nicholas Roeg (Angleterre/Italie, 1973): Article

NEW YORK, 2H DU MATIN, d'Abel Ferrara (USA, 1984): Article

NEXT OF KIND de Tony Williams (Autralie/Nouvelle-Zelande, 1982): Article
NIGHTMARE DETECTIVE 2 de Shinya Tsukamoto (Japon-2008): Article
NIGHT TERRORS, de Tobe Hooper (Canada / Egypte / USA, 1993):
Article

NIGHT WATCH de Timur Bekmambetov (Russie-2004): Article

NINJA INVASION de Yossi Wein (USA, 1993): Article

NO CONTRY FOR OLD MEN de Joel et Ethan Coen (USA-2007): Article

NO SUCH THING de Hal Hartley (USA-2001): Article

NOTHING, de Vincenzo Natali (Canada, 2003): Article

NOTRE DAME DE PARIS, de Wallace Worsley (USA, 1923): Article

NOTRE HISTOIRE, de Bertrand Blier (France, 1984): Article

LES NOUVEAUX BARBARES, d'Enzo G. Castellari (Italie / USA, 1982): Article

LA NUIT DECHIREE, de Mick Garris (USA, 1992): Article

LA NUIT D'HALLOWEEN de Chris Angel (Canada-1999): Article

LA NUIT DE L'IGUANE, de John Huston (USA, 1964):
Article

LA NUIT DES MORTS-VIVANTS de George Romero (USA, 1968): Article

LA NUIT DU CHASSEUR, de David Greene (USA, 1991): Article

NUITS DE PLEINE LUNE de Clive Turner: Article

NUMERO 17 d'Alfred Hitchcock (Angleterre, 1932): Article

 

O

 

OBJECTIF TERRIENNE de Julien Temple (Angleterre/USA-1988): Article

OBSCENITE ET VERTU de Madonna (UK-USA, 2008): Article.

OBSESSION
, de Brian De Palma (USA, 1975): Article

OCEAN'S 12 de Steven Soderbergh (USA, 2005): Article

OCTOPUS II de Yossi Wein (USA-2001): Article

L'ŒUF DU SERPENT de Ingmar Bergman (Suède/Allemagne de l'Ouest/USA-1977): haïku

OH ! QUEL MERCREDI !, de Preston Sturges (USA, 1947): Article

OLD JOY de Kelly Reichardt (USA-2006): Article

LOS OLVIDADOS
, de Luis Buñuel (Mexique, 1950): Article

ONCE, de John Carney (Irlande, 2007) : Article

THE ONION MOVIE deTom Kuntz et Mike Maguire (USA-2008): Article
OPEN WATER, de Chris Kentis (USA, 2003):
Article

OPERATION PEUR, de Mario Bava (Italie, 1966): Article

OSS 117 : LE CAIRE NID D'ESPIONS, de Michel Hazanavicius (France, 2006): Article

OSS 117 : RIO NE REPOND PLUS de Michel Hazanavicius (France-2009): Article

OTAGE
de Florent Emilio Siri (USA, 2005):
Article

THE OTHER MAN de Richard Eyre (USA/UK, 2009): Article
L'OUBLIE, de Phillip Badger (USA, 1990):
Article

OU GIT VOTRE SOURIRE ENFUI ? de Pedro Costa: Article

OUTLAND, de Peter Hyams (Angleterre, 1981) : Article

OXYGEN, de Richard Shepard (USA, 1999): Article

OZ, UN MONDE EXTRAORDINAIRE, de Walter Murch (USA-1985): Article

 

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Jeudi 14 juillet 2005

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(photo: "No One Will Tell What This is All About" par Dr Devo)

Chères Françaises, Chers Français, Chers Ressortissants des Pays Etrangers,
 
San Ku Kaï ? D'accord. Ça marche. La partie de tennis, ou le match de boxe, entre le Marquis et moi-même a commencé, à cause de moi, qui ait imposé le système, et un peu malgré moi, il faut bien le dire, ne m'étant pas rendu compte que je m'accaparais la série du Marquis. En m'imposant, dis-je, je m'invite de force sur son terrain privé, dans son pré carré, comme un imbécile vient squatter une soirée mondaine. C'est ainsi. Et bien malgré moi. Voici l'article complet sur l'épisode 2 de San Ku Kaï, la formidable série expérimentale, plus inventive en 27 épisodes de 20 minutes et une seule saison réalisée à toute berzingue que 40 ans de série COLUMBO, ou que 30 ans de gestation-accouchement de la saga STAR WARS, le modèle de départ de cette série.
En bon oulipien que je suis et que je serai toujours, à moi donc les numéros pairs, et au Marquis les numéros impairs. C'est beau. Comme un alignement de mégalithes sur le sol d'une terre landulaire (ouais, landulaire si je veux !) fouettés par les embruns dans l'après-midi d'un automne anonyme. Beau comme un salon de danse surdimensionné dans le château de Versailles, beau comme un George Clooney nu sous la douche, pour vous et rien qu'ici, Mesdames.
Ça barde sec dans le 15e système solaire. Quinzième si ma mémoire est bonne, car parfois je doute. Je dirais même plus, à l'instar de certains collègues homosexuels (maintenant on peut le dire, le temps est passé, les mœurs ont changé) de l'inspecteur Columbo justement, avec chapeau melon et malheureusement sans bottes de cuir, je dirais même plus, dis-je, que ça barde en l'an 70 du Calendrier Spatial, avec des majuscules, Marquis, avec des majuscules. Le Calendrier Spatial ! Rendez-vous compte ! Voilà bien une expression qui doit avoir des majuscules. D'ailleurs, je reviendrai sur un point typographique, mais plus loin dans cet article... Parce que je sais, chers lecteurs, que vous adorez ça, la typographie.
Année 70 du Calendrier scolaire, pardon Solaire, pardon Spatial. 15e système solaire. Ça barde. Les Stressos... Ben oui, vous n’avez peut-être pas lu la chronique de l'épisode 1 par le Marquis. C'est beau, mangez-en (voir coordonnées de l'article au bas de cette page). D'ailleurs, à la fin de chaque article de notre saga SAN KU KAÏ, nous ferons en sorte de vous signifier par un lien hypertexte les épisodes précédents. Typographie là encore, typographie internet de webmeister moribond (jeu de mot archangélien et gabriélien me rappelant ma jeunesse, là, tout à coup, impromptu alors que,, merdre de Dieu, nous sommes quand même en l'an 70 du calendrier spatial, pardon, Calendrier Spatial, déjà ce n'est pas rien, mais en plus nous sommes dans le 15e Système Solaire, pardon, système solaire, rendez-vous compte, qu'est-ce que ma jeunesse comparée à ça, d'autant plus que ça barde hic et nunc ???). Qu'est-ce que je disais ? Si l'article n'est pas clair, n'hésite pas à faire un paragraphe, qui isolera le dit passage brumeux, le transformera en entité isolée, et lui donnera un brin de mysticisme que le lecteur lambda, de préférence de passage, prendra comme un bloc ésotérique qui lui échappe, un bloc culpabilisant dans lequel il ne verra pas que c'est le rédacteur de l'article qui s'est perdu.
Année 70. Calendrier Spatial. 15e. Prise et système solaire. Ça barde drôlement. Tu le sens, que ça barde et que ça monte ? Ça barde. Les Stressos, comme l'avait dépeint le Marquis dans l'article consacré à l'épisode 1 de cette série, puisque, je vous le rappelle, on parle de SAN KU KAÏ, article que tu peux lire ici, cher lecteur, les Stressos (observez la typographie ; j'y reviens), ont envahi le système. Le système solaire, je veux dire. Parce que le système, dans le sens de "société", ils s'en foutent, les Stressos, et pas qu'un peu, comme nous le montrent les premières images de cet épisode 2 en forme de flash-back, "si vous avez raté le début" comme dirait Télé Star. Les Stressos n'infiltrent pas le système, ils le bousculent et le détruisent en son entier, nuance ! Le Marquis le montrait très bien. Le Kosmosaur (c'est pas mal, avec un K), vaisseau mère de l'armada stressos (nue sous la douche avec Penelope Cruz, hein mon petit Google ?), arrive sur une planète en faisant du rase-mottes et diffuse dans ses haut-parleurs : "Nous sommes les Stressos, et ceci n'est pas un exercice mais le Kosmosaur, et soumettez-vous tout de suite, sinon on prendra des mesures de force." Là-dessus, le Marquis, aristocrate donc très attentif au peuple, remarquait (dans son précédent article sur l'épisode 1 de San Ku Kaï, voir plus bas) que le dit peuple n'avait pas le temps de se mettre à genoux et de se soumettre, parce que de toute façon, les stressos leur tiraient dessus avant qu'on leur ait donné la possibilité d'accepter cette offre généreuse. Les Stressos, ils sont comme ça, ils aiment les mesures préventives. Pour bien soumettre un peuple, il faut exécuter d'abord quelques uns de leurs gens. Peut-être maintenant, de nos jours je veux dire, ils feraient mieux : à savoir, tirer dans le tas d'abord puis diffuser le message d'invitation à se soumettre ensuite ! Bah, autre temps, autre mœurs, Lars Von Trier n'était pas encore passé par là avec son DOGVILLE, et puis Grace, l'héroïne de DOGVILLE, était d'extraction divine et noble, tandis que les Stressos, ne sont pas des démons extraterrestres mais des hommes, des humains, des humains de l'année 70 du Calendrier Spatial certes, mais des humains. Mine de rien, se dit le lecteur, je crois que le Dr Devo, à ce moment de l'article, pose un accord important, un jalon qui trouvera un peu plus tard sa résolution, sa conclusion. Et c'est ça qui est bien avec le Dr Devo, le fond ET la forme, et ce sans qu'on s'en rende compte, sous les divertissements de bonnes anecdotes bien choisies et personnelles, qui rendent agréable la lecture (à mi-chemin, en cela, entre LES CAHIERS DU CINEMA et le syndrome Bridget Jones, qui pullule pour le pire et le moins bon sur le net), sans qu'on ait l'impression de lire un gros pavé analytique... Ce que cet article est aussi, d'ailleurs !  Bravo l'artiste ! Pour mettre cette conclusion cliffhangerienne en valeur, faisons un changement de paragraphe.
Les Stressos ont débarqué. Le jeune et fougueux Ayato a vu sa famille exterminée, et pas qu'un peu : mère, petite sœur qui ne connaîtra jamais les joies de ces splendouillettes fleurs spatiales que Ayato allait lui offrir, et surtout le Père, villageois plouc en apparence, mais sûrement chef d'un quelconque réseau de résistance. Massacre donc, Ayato arrive trop tard. Il se bat contre les stressos et manque de se faire exécuter de justesse (redondance !), sauvé par Ryu, plus expérimenté, aventurier aguerri, dans un style décidément décontractosse, et son compère Siman, l'homme-singe de latex et de bakélite, qui ne risque pas cependant de vous surexciter, Mesdames. On s'échappe en vaisseau, mais là, patatra, évacuation d'urgence, Ayato veut combattre avec un vaisseau spatial déjà endommagé, il explose, Ryu et Siman dérivent dans les capsules de secours. La situation est désespérée, et Ayato va mourir dans le vaisseau. Il est sauvé ex-machina par la belle et blondaire, mais alors complètement blondaire, Eolia, à bord de son vaisseau, l'Azuris, le seul vaisseau spatial de l'Histoire en forme de voilier ! Tu la sens, la poésie qui monte ? Eolia sauve miraculeusement Ayato, et d'une, et en plus, lui file gratosse, comme ça – si ! si ! c'est possible – un portrait de Raymond Barre (habillé, pas nu sous la douche) et un vaisseau spatial pour l'accrocher dedans : le SAN KU KAÏ. Fin de l'épisode 1.
Le lecteur dira : c'est du vol, il dit qu'il fait l'épisode 2, et il répète ce qu'a dit le Marquis, c'est de l'arnaque ce type, remboursez-moi jusqu'au bout de la terre ("il me semble queeee la critiqueee serait plus facile au soleil..."). Ben non. Je n'ai pas tout redit, j'ai replacé certains éléments importants qui, vous allez le voir, vont me servir dans l'épisode 2. Attention, épisode 2.
Ça commence mal. La voix-off, délicieuse et veloutée comme un plat lyophilisé Bolino, nous avait promis que l'épisode 2 serait celui des "ninjoses". Après, La Voix a dit "ninjazz", et puis finalement, le carton d'entrée de cet épisode 2 est marqué "Les Niyas", et la voix-off nous donnent du "Nijas" ! Vous aurez compris que ces termes, évoquant le destin du célèbre Li-Mo-Gné, héros d’AU PAYS DE LA MAGIE NOIRE), ces termes, dis-je, désignent en fait des ninjas ! Ben oui, c'est tout bête. Ça commence fort au niveau lexical, et vous allez voir que l'horreur est partout.
[En fait, le début de l'épisode 2 commence par un flash-back récapitulatif du N°1, en cela, j'ai repris la structure du N°2 dans le présent article, en revenant sur les faits évoqués par le Marquis. En cela, j'épouse (oui !!!!!!) complètement la structure même, au niveau atomique, de l'épisode N°2. Tout cela est fortement logique, et mon esprit de rigueur m'étonne moi-même. Et maintenant, quelque chose de complètement différent...]
Ah ouais, petit jeune égaré né dans les années 80, elle était ringarde, ma série, hein ? Elle puait du museau à tes yeux de fan de POKEMON et de DRAGON BALL Z, pas vrai ? Placidement et en vérité, je te le dis, jeune et bien aimé lecteur, SAN KU KAÏ est une série très noire, sinistre presque, grave en un mot. Pas du divertissement sans enjeux comme ensuite. Il y a des larmes, de la souffrance, du sang et des morts. En cela, les années 80 commencent en 1979, très clairement.
On retrouve le foufeux (si je veux) Ayato en pleine syncope, à bord de son vaisseau, le San Ku Kaï, miraculeusement sauvé par l’étrange et splendouillette Eolia. Le réalisateur n'a peur de rien et re-balance les images de "rêves" où Ayato voit sa défunte famille lancer des appels au secours trop tardifs (ils sont morts, donc) en surimpression avec des images de flammes de l'enfer. C'est dur. Ayato se réveille. Eolia apparaît rétro-éclairée par derrière à travers sa robe diaphane. Pour une fois, ce n'est pas la splendeur blondesque d'Eolia qui nous étonne, mais cet éclairage splendouillet (encore, et si je veux !). La photo, c'est important au cinéma, même pour le cinéma fait à la télé. Et là, pour la première et dernière fois, l'éclairage improbable de ce plan nous montre une Eolia dont on devine les jambes sous la mousseline. Stupéfaction : a-t-elle une culotte ? En tout cas, ses jambes laiteuses et divines sont là, troublantes d'érotisme, d'autant plus troublantes que le moment ne s'y prête pas et que la question suscitée des sous-vêtements (ou non) est diaboliquement impossible à résoudre. Enfin, ça a quand même plus de classe que Naomi Watts nue sous une cascade d'eau fraîche, et il faut vite passer à autre chose, car les choses vont vite, contrairement à cet article, en tant de guerre. Eolia fait faire le tour du propriétaire à Ayato. Là, c'est le petit vaisseau détachable à droite. Idéal pour combattre les stressos. Et là, c'est le petit vaisseau détachable à gauche, idéal aussi également. Vite, Eolia disparaît, fantomatique comme une déesse sublime, et Ayato met les pleins gaz pour la planète Belda, dont il suppose qu'elle est déjà envahie par les stressos, et que même, ça tombe bien. Ayato est foufeux comme un pou, et il a envie d'étrenner son vaisseau fissa. Dieu merci, les scénaristes vont l'empêcher de se lancer à corps perdu dans la bataille spatiale et de détruire le San Ku Kaï d'entrée de jeu, à trois minutes du début de l'épisode 2, ce qui, quand même, la foutrait mal.
Sur Belda. 70-15-0 : les mensurations idéales de SAN KU KAÏ. Ayato avait raison, les stressos ont déjà débarqué. Et les premières scènes sont horribles ! Ils ont envahi les villages de la planète caillouteuse où tout le monde est habillé en bédouin, saison automne-été 70 (du Calendrier Spatial !), c'est-à-dire avec bandana chatoyant sur bure marronâtre, limite franciscaine, avec recouvrement de la tête (sans quoi, le bandana ferait ressembler les villageois au QG des fans de Dire Straits, chose très handicapante dans une série de SF !).
Les Stressos, ce ne sont pas des marantosses, et ils ne sont pas là pour manger des bananes frîtes (sans faute d'orthographe), comme disait le poète. Ils vont dans les villages, capturent des innocents, les ligotent. Le premier plan montre un groupe de civils beldaïens attachés en rang d'oignons. Une bédouine chute et se retrouve à terre. Le Stressos est rigoureux : il la remet sur ses pieds, puis ils exécutent tous les ligotés ! Ils auraient pu l'exécuter à genoux ! Ben non, justement, le stressos est rigoureux, premier indice. Et bing, ta série jeunesse commence son épisode 2 sur un massacre gratuit de civils ! Dans les dents !
La terreur règne sur Belda. Devant cette exécution, Ayato, toujours jeune, toujours plus fougueux et kamikaze, oh ! oui, le Japon oh ! oui, sort son épée rétractile et s'apprête à rentrer dans le tas, déguisé en bédouin indigène. Un autre bédouin bandanané l'en empêche. La vache ! Non de non ! C'est Ryu ! Ainsi, tu as réchappé à l'expulsion dans la navette de secours, et tu as évité une dérive infinie dans l'espace sans fin ? Ben oui. Mais je n'ai plus de nouvelles de Siman ! Décidément, on n’est jamais tranquille.
Scène suivante. Le marché du village, rempli de bédouins indigènes à bandana parmi lesquels se cachent Ayato et Ryu. Un concours a lieu. Un concours de lancer de fléchettes. Celui qui gagne remportera le dernier robot de la planète détruite et réduite à la misère économique par l'invasion stressos. Ce robot, mesdames et messieurs, c'est Sidéro ! Sidéro ! Sidéro ! Sidéro !
Fabuleux petit Sidéro !  Cousin hydrocéphale de R2D2, Sidéro possède de nombreux atouts que le primitif lego de George Lucas n'a pas. D'abord, il parle ! En vrai français ! D'une belle voix métalo-informatique. Et avec la voix de Michel Hernandez, le sublime, le talentueux. Hommage. Hernandez : pilier du doublage ultra-précis et multi-personnages du Muppet Show avec Micheline Dax (hommage là aussi). Hernandez, qui a mouillé sa chemise plus d'une fois dans SAN KU KAÏ, doublant Siman, Sidéro, villageois et j'en passe. La classe, donc, ce Sidéro, avec sa belle voix d'ange bennyHillo-krafterwerkien. Et ce n'est pas tout. Autre option : la tête ! Avec, à la place des yeux, un écran électronique avec des pixels gros comme des pavés. Sidéro pourrait en profiter pour faire défiler la date ("Aujourd'hui, 14 junambre de l'an 70 du Calendrier Spatial, il est 28 heures 72 minutes"), mais non, Sidéro, sous ces allures débonnaires, est plus complexe et fait passer sur sa bande electronico-lumineuse (couleur orange sombre) des  formes abstraites et carrées qui viennent souligner ses "émotions". La classe. Enfin, troisième option, il peut lever les bras. Ainsi, quand il les lève vers le ciel, les enfants peuvent s'amuser à lui jeter des cerceaux en plastique, sur ce dit bras. Bon, en plantant un bâton dans la terre, ça le faisait aussi, mais avec un robot, c'est quand même plus fun, non ? En tout cas, là aussi, George Lucas est battu très largement, mais par KO technique cette fois.
Donc, Sidéro est à gagner au concours de fléchettes. Un preux villageois (on le retrouvera plus tard, c'est bien foutu !), tente sa chance, sous contrôle stressos. À 15 mètres de la cible, il tire, sous les commentaires désespérés et vitriolés de Sidéro, à la fois enjeu et commentateur, comme si le but d'INTERVILLE (car c'est un peu de ça qu'il s'agit, si on décrypte ce bizarre concours) était de gagner Léon Zitrone ! Ça me donnerait quasiment une érection ! Quelle joie, un Léon Z. chez soi ! J'adore.
 
Le preux villageois est quand même battu par Volcor, le sous-sous chef stressos. Je rappelle qu'il est sous les ordres de Koménor, lui-même sous les ordres de Golem XIII. Arrêtons-nous quelques instants (oh non, ça va jamais finir cet article...). Koménor, je pense, s'écrit en vérité Khoménor, non ? Je l'ai toujours vu avec ce H supplémentaire, ça jette toujours dans une série SF qui le propulse au rang de double fantasmatique du défunt Khomeny, célèbre ayatollah des années 80. D'ailleurs, les deux sont sur le terrain, alors que les vrais commanditaires (Golem XIII, la C.I.A...) pilotent de loin. On résume : Khoménor, c'est Khomeny, et Sidéro, c'est Léon Zitrone. C’est comme ça, taisez-vous Simone.
 
Volcor, redoutable homme à tout faire, celui qui va sur le terrain quand ses supérieurs hiérarchiques boivent du thé à bord du Cosmosaur (Kosmosor ?). Avec une jolie abnégation dans le travail. Il montre donc ostensiblement la supériorité de l'esprit stressos en jouant aux fléchettes avec les villageois et en remportant haut le nain le concours, même pas en trichant. Mais Ryu intervient, et propose un défi à Volcor (Volkor ?) : il lance une pièce en l'air, et Volcor doit la transpercer de deux fléchettes. Après, Ryu fera pareil. Celui qui gagne remporte Sidéro. "Guy, un nouveau candidat, s'approche... Non, Monsieur Ryu, vous n'êtes pas inscrit dans une des deux équipes, c'est absoooooolument impossible au vu du règlement !" Si Ryu perd, il propose de devenir l'esclave personnel de Volcor. Chic, se dit-on, j'aimerais voir ça : Ryu, apportez-moi ma robe de chambre, etc. Volcor réussit le défi, mais Ryu plante trois fléchettes à la place de deux, il a gagné, Volcor s'incline. Ryu et Ayato se cassent, laissant le petit et énorme Sidéro derrière eux. [Sidéro s'incrustera jusqu'à la fin de l'épisode ! "Tu n'avais qu'à pas me gagner, je te suis entièrement soumis maintenant", dit-il de sa belle voix de stentor vocoderisée.]
Blah blah blah... Deux choses importantes se passent. Petit Hun, une mendiante bizarre et bédouine aborde Ayato. Celui-ci sort tout l'argent qu'il a pour le lui donner, mais Ryu l'en empêche, non pas parce qu’il considère que si elle est mendiante, elle n’a qu'à lever ses grosses fesses et bosser comme tout le monde, mais parce qu'il sent qu'elle est vendue à la solde des stressos. Ayato ne comprend rien, mais derrière un pilier, la mendiante enlève son masque ! Par un miracle sublime et  surprenant de montage, en enlevant seulement son masque, la vieille mendiante défigurée change aussi de vêtements ! Et là apparaît... FURYA !!! (Furia ?). Belle et vénéneuse. Je m'explique : bottes jusqu'en dessous des genoux, bas quasiment résillés tendant vers le noir, mais laissant deviner la chair de cuisses fermes et fournies, short-combi noir bordé de vert avec échancrure  sur les hanches, et sexy buste en haut. Maquillage bombasse (fait à la bombe aérosol) et casque serre-tête avec son ornement de fléchettes (justement !), là aussi bordées de verts et avec un poil de rouge ! En un mot, ça a de la gueule. À l'armée stressos, on appelle ça (excusez la vulgarité que je réprouve à 200%) une "Chiennasse de l'Espace". Mais ne nous arrêtons pas là : Furya est un personnage sombre, complexe, cruel envers les autres et envers elle-même. On en reparlera, bien sûr. Mais dès cette apparition, l'espionne kamikazo-ninjaze sera, on le sait, un personnage fondamental de la saga. Pas seulement la terreur sexy qu'elle semble incarner. En tout cas, dès lors, elle va espionner tout le monde, tout au long de l'épisode. Dans la chaîne de commandement stressos, elle est en dessous de Volcor.
Ryu et Ayato sont invités à aller dans la grotte du villageois bon joueur de fléchettes, mais quand même moins que Volcor, lui-même moins bon que Ryu. Là, un débat a lieu. Rejoignez la résistance. Oh ouiouiouioui, dit Ayato en se levant d'un bond, en jeune chiot fou. Ryu, curieusement, refuse, malgré son goût et son expérience de l'aventure. C'est désespéré, dit-il, ils sont trop nombreux. Il part. Kurichi (ou Kurégi, ou quelque chose comme ça, la VF étant là aussi en plein syndrome Li-Moi-Gné ; on vérifiera dans les prochains épisodes) le laisse partir et empêche ses hommes de le trucider sur place. "C'est son choix, respectons-le, même si on n'est pas d'accord !" explique Kurichi. Dehors, un petit enfant (fils du villageois, bon aux fléchettes mais moins bon que...) joue avec Sidéro, et avec, donc, des anneaux en plastique multicolores. C'est un piège. Furya et Volcor s'emparent de l'enfant et vont l'exécuter ! Les villageois résistants s'engagent dans un féroce combat aux cotés d’Ayato. Ryu est déjà loin... Cling cling, Bang bam, Booom... Ça sent le roussi pour les gentils. Les stressos prennent le dessus. Mais c'est sans compter sur Ryu. Il revient, et fait basculer le combat dans le camp des villageois. Les stressos survivants déguerpissent. L’homme aux fléchettes est mort, laissant derrière lui un petit orphelin avec ses anneaux plastiques multicolores. Et Ryu se trouve engagé, par la force des choses, dans le combat contre les stressos. On ne pas rester immobile face à l'Histoire. Il aura fallu un mort de plus pour s'en rendre compte. La guerre est belle, elle est sauvage, la guerre est dure pour ces otages...
L'épisode ne s'arrête pas là. Retour au San Ku Kaï, superbe engin de l'Espace. Siman, l'homme-singe botoxé au collagène galactique, Sidéro et son leitmotiv "Malpoli ! Malpoli !", répété au moins cinq fois, Ayato et Ryu, s'envolent dans l'espace, vite rattrapés par des stressos plus énervés que jamais. C'est l'heure du combat. Ayato est sommé de rester aux commandes du San Ku Kaï. "On ne t’a pas tout appris à l'école spatiale ! Je t'apprendrai un jour !" dit Ryu, sourire constant et béat aux lèvres car, au fond, il adore ça, les batailles de l'espace, l'ami Ryu. Le vaisseau à gauche est pour Ryu. On apprend qu'il s'appelle le Stratojire ! Celui de droite, c'est pour Siman : il s'appelle le Getiscope. Premier combat spatial digne de ce nom.  Effets très spéciaux, loopings fatals, victoire, générique.
Qu'avons-nous appris ?
1) On ne peut rester neutre en temps de guerre.
2) Les stressos incarnent une forme de totalitarisme, et de fascisme (les deux !), comme le prouve leur modus operandi. Mais, contrairement à LA LISTE DE SCHINDLER, on sent bien que dans le camp stressos, les choses pour les individus (Furya, Volcor, ...) ne sont pas si simples.
3) SAN KU KAÏ analyse aussi bien le côté résistant et le côté oppresseur, c'est bien foutu.
4) La vague érotique entamée par Eolia a été balayée comme un ouragan qui est passé sur nous par l'apparition de Furya. Là aussi, on sent que les choses ne seront pas si simples, et que cet érotisme un peu concon sera d'une grande noirceur, d'une profondeur abyssale, et intéressant sur les plans de l'enjeu moral.
5) Dans l'espace, la guerre est effectivement sublime. Noire, mais sublime.
 
Vive le 15e système solaire, Vive Matière Focale, Vive la France !
 
Dr Devo

A vous, Coganc-Jay !

Dr Devo.

articles connexes:

1) San Ku Kai épisode 1: ici

2) AU PAYS DE LA MAGIE NOIRE : pour comprendre tout sur le syndrome Li-Moi-Gné. Ici.

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Jeudi 14 juillet 2005

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P

 

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LES RÊVEURS, de Tom Tykwer (Allemagne, 1997): Article

REVOLVER de Guy Ritchie (USA-2005): Article

RICKY de François Ozon (France-2009): Article Video
RICKY BOBBY: ROI DU CIRCUIT de Adam McKay (USA-2005): Article-video
LE RIDEAU FINAL, de Patrick Harkins (Angleterre/USA, 2002): Article

RIEN A PERDRE, de Steve Oedekerk (USA, 1997): Article

RIEN NE SERT DE CRIER, de John Laing (USA, 2001): Article

RIVER KING, de Nick Willing (Canada, 2005): Article

LA RIVIERE SAUVAGE de Curtis Hanson (USA-1994): Article

ROBERTO SUCCO de Cédric Kahn (France/Suisse-2001): Article

ROCKY BALBOA, de Sylvester Stallone (USA, 2006) : Article

ROLLERBOYS, de Rick King (USA/Japon, 1991): Article

ROMANZO CRIMINALE, de Michele Placido (Italie, 2006) : Article

ROMEO IS BLEEDING, de Peter Medak (Angleterre/USA, 1993): Article

THE ROOM de Tommy Wiseau (USA-2003): Article

ROXANNE, de Fred Schepisi (USA, 1987): Article

 

 S

 

SAHARA de Breck Eisner (USA/Espagne/Allemagne, 2005): Article

LES SALOPES VONT EN ENFER de Lucio Fulci (Italie, 1971): Article

SATAN'S SLAVE, de Norman J. Warren (GB, 1976): Article

SAW, de James Wan (USA, 2004): Article

SAW II de Darren Lynn Bousman (USA-2005): Article, notre haïku

SAW III, de Darren Lynn Bousman (USA, 2006): Article

LA SCIENCE DES RÊVES, de Michel Gondry (France, 2006): Article

SCOOP, de Woody Allen (USA, 2006): Article

THE SEA de Baltasar Kormàkur (Islande, 2002): Article

LE SECRET DE LA PYRAMIDE de Barry Levinson (USA/Angleterre, 1985): Article

SEDUCTION EN MODE MINEUR de Gary Winick (USA, 2005): Article

7 ANS, de Jean-Pascal Hattu (France, 2006): Article

SEPT JOURS de Roni et Schlomi Elkabetz (Israël, 2008): Article

SESSION 9
, de Brad Anderson (USA, 2001) : Article

SEULS TWO de Eric et Ramzy (France, 2008): Article

SEXE ET AUTRES COMPLICATIONS de Don Roos (USA, 2005): Article

SEXE INTENTIONS de Roger Kumble: Article

SHADOW CREATURE, de James Gribbins (USA, 1995): Article 1, Article 2   

SHALL WE DANCE
de Peter Chelsom (USA, 2005): Article

SHAUN OF THE DEAD de Edgar Wright (Angleterre/France, 2004): Article

SHEITAN, de Kim Chapiron (France, 2006): Article

LE SHERIF ET LES EXTRA-TERRESTRES, de Michele Lupo (Italie, 1979) : Article

SHORTBUS, de John Cameron Mitchell (USA, 2006): Article

SICK GIRL, de Lucky McKee (USA, 2005) : Article

SICKO, de Michael Moore (USA, 2007) : Article

SID ET NANCY de Alex Cox (UK/USA, 1986): Article.

SIDEWAYS
de Alexander Payne (USA, 2005): Article

SILENCIO, de F.J. Ossang (France/Portugal, 2007): Article

SILENT HILL de Christophe Gans (USA, Canada, Japon, France, 2006): Article

SIMETIERRE de Mary Lambert (USA, 1989): Article

SIMETIERRE II de Mary Lambert (USA, 1992): Article

SIN CITY de Frank Miller, Roberto Rodrigez & Quentin Tarantino (USA-2005): Article 1, Article 2

SISTERS (SŒURS DE SANG) de Brian De Palma (USA, 1972): Article

SISTERS (SOEURS DE SANG) de Douglas Buck (USA, 2006): Article

16 BLOCKS, de Richard Donner (USA/Allemagne, 2006): Article

SLACKERS de Dewey Nicks: Article 1, Article 2

SLASHERS de Maurice Devereaux (Canada, 2001): Article

SLEVIN, de Paul McGuigan (USA / Allemagne, 2006): Article

SLUMDOG MILLIONAIRE de Danny Boyle (UK/Inde, 2008): Article
SPANGLISH de James L.Brooks: Article
SMILEY FACE de Gregg Araki (USA-2008): Article

SOCIETY
, de Brian Yuzna (USA-1989) : Article

LES SŒURS FACHEES de Alexandra Leclère (France, 2004): Article

LE SOLEIL, d'Alexandre Sokourov (Russie/Japon, 2006): Article

SOMBRE de Philippe Grandrieux (France, 1998): Article-vidéo
SOUDAIN LE VIDE de Caspar Noé (France-2009): Article

SOUNDS LIKE
de Brad Anderson (série Masters Of Horror, saison 2, épisode 4, USA-2007): Article

SOUPE AU CANARD de Leo McCarey (USA-1933): Article

SOUS LES BOMBES de Philippe Aractingui (Liban-France, 2008): Article

SOYEZ SYMPAS, REMBOBINEZ
 de Michel Gondry (USA, 2008): Article

THE SPIRIT de Frank Miller (USA-2008): Article

SPIRIT OF THE NIGHT
, de Mark S. Manos (USA / Roumanie, 1995): Article

SPONTANEOUS COMBUSTION, de Tobe Hooper (USA, 1990): Article

LE STADE DE WINBLEDON de Mathieu Almaric (France-2001): Article

STARSLYDERZ, de Garrin Vincent (USA, 2005) : Article

STAR WARS III, LA REVANCHE DES SITH de George Lucas (USA-2005): Article

STAR WARS : THE CLONE WARS de David Filoni (USA, 2008): Article.

STEAK
, de Quentin Dupieux (Canada/France, 2007): Article

STEREO de David Cronenberg (Canada-1969): Article

STICKS AND STONES, de Neil Tolkin (USA, 1996): Article

STITCHES, de Neal Marshall Stevens (USA, 2000): Article 1, Article 2

STRAYS (KILLER CATS) de John McPherson (USA-1991): Article

STREET TRASH de Jim Muro: Article

SUBTERANO de Esben Storm (Australie/Allemagne, 2003): Article

SUNSHINE, de Danny Boyle (UK, 2007): Article

SUPERGRAVE, de Greg Mottola (USA, 2007) : Article

SUPERMAN, de Richard Donner (USA, 1978) : Article

SUPERSTITION, de James Roberson (Canada, 1982): Article

SURVEILLANCE de Jennifer Lynch (Canada-USA, 2008): Article

LE SURVIVANT
de Boris Sagal (USA, 1971): Article

SUSAN A UN PLAN, de John Landis (USA, 1998): Article

SUSPICIOUS RIVER, de Lynne Stopkewich (Canada, 2000): Article

SVETLONOS (THE TORCHBEARER), de Vaclav Svankmajer (République Tchèque, 2005) : Article

SWEENEY TODD de Tim Burton (USA-2008): Article

SYRIANA
, de Stephen Gaghan (USA, 2006) : Article

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Mercredi 13 juillet 2005

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(photo: "Explosure (OUT IN THE OPEN)" par Dr Devo)


AVANT-PROPOS

Il y a deux ans, notre ami Tournevis, collaborateur de ce site, voyait CETTE FEMME-LA, le film de Guillaume Nicloux, malheureusement passé un peu inaperçu auprès du grand public. N'écoutant que son courage, Tournevis pris sa plume et décida d'écrire au réalisateur ! Deux ans plus tard, on s'est dit que ça ferait un bon article. Alors on publie, coco, fais tourner les rotatives.

Pour la petite histoire, Guillaume Nicloux a répondu et une correspondance entre le réalisateur et notre collègue Tournevis s'en est suivie. Une belle histoire, comme dirait l'autre... (héhéhé!)

Dr Devo.

Guillaume,
Je tenais à vous écrire personnellement pour vous dire combien j'adore " Cette Femme Là ". Je pourrais en parler pendant des heures. J'ai conscience que ma démarche ressemble à celle d'un fan de 17 ans alors que j'en ai 20 de plus et que je bosse moi-même dans le cruel monde du cinéma, mais c'est la première fois que je ressens ce besoin quasi-viscéral d'exprimer à l'auteur d'un film français toute mon admiration et mon enthousiasme. Je comprends tout à votre film. Je suis en parfaite adéquation avec cette œuvre : sa noirceur, son ton, son humour, sa narration, sa réalisation, sa photo, son son (arf !), son propos, sa musique, ses comédiens. voilà un film qui dénote dans notre cinéma français de pétomanes.
J’ai cru comprendre que la critique avait plutôt bien aimé le film mais que le public, par contre, l’avait boudé comme on dit. Pas grave tout ça (enfin bon, qui suis-je pour dire " pas grave " à un réalisateur de longs-métrages ?), car je suis intimement convaincu que votre film laissera plus de traces indélébiles dans l’esprit de quelques milliers de spectateurs chanceux qu’un film soi-disant subtil, intelligent et tellement " confortable " à 3 millions d’entrées france. Ça, ça n’a pas de prix et c’est pas donné à tout le monde, croyez-moi.
Ce qui m’énerve aussi profondément c’est que tout le monde ne parle que des seins flasques de Balasko, de son contre-emploi et blablabla, mais que personne ne parle de votre mise en scène tirée au cordeau, du cadre, du scénario truffé de fausses pistes volontaires et bienvenues (génial la chaussure !), du design son. Personne ne parle de cinéma en fait. c'est exaspérant...
Et puis, il y a la photo. pas esthétisante pour un sou contrairement à ce que j’entends à gauche ou à droite (surtout à droite). Elle sert ici son sujet. J’adore vos noirs très denses, noyés dans une ambiance très colorée, presque chatoyante. J’ai rarement vu des " forêts extérieur nuit " aussi troublantes, humides et glaçantes, sans qu’on sente les gros projos tout derrière pour " décoller le fond " comme disent les hommes d’images. Un chef opérateur, comme des comédiens, ça se dirige.
Les forêts, parlons-en. On en voit peut dans les films français, comme si aucun cinéaste du pays aux 1000 fromages ne comprenait ce qu’un lieu comme celui-là peut évoquer à notre inconscient collectif, à nos phobies primales ou, plus simplement, peut nous foutre la pétoche.
Les rêves. Voilà encore une autre grande idée du film. Comme chaque spectateur a tendance à vouloir rationaliser ce qu'il voit ou à essayer de prendre toujours un peu d'avance sur le réalisateur, on se dit  : "ok, on a vu deux ou trois cauchemars, le mec va quand même pas nous refaire encore le coup". Et ben si, justement, vous refaites le coup et c’est là que ça devient génial, car le spectateur est largué ou du moins, il comprend inconsciemment que c'est tout le film qui est un cauchemar. Tout peut arriver. Impossible de faire la différence. C’est la vérité ? Perdu, c’est un rêve. C’est un rêve ? Encore perdu, c’est la réalité. J'adore ça ! Ça me fait penser à la phrase de Bunuel qui disait : "si mon film est trop court, je rajouterai un rêve".
Je sens également une vraie intuition dans votre démarche d’écriture à l’heure où il est de bon ton de participer à des séminaires de rédaction Robert Mac Kee et de co-écrire un script à 5 pour le bétonner comme à Hollywooooood. Le scénario de " Blue Velvet " tient-il la route ? Of course not ! L’alchimie est ailleurs. Peut-être (sans doute ?) dans les détails, dans l’ambiance, dans le mariage délicat et fugace d'une musique bien choisie et d'une image précise. J’en sais trop rien. Je cherche moi aussi. Ça m'obsède tout ça... Votre film est impressionniste. Il impressionne (n'est-ce pas le propre du cinéma que d'impressionner... la pellicule ?) d'emblée dans le sens spectaculaire du terme (par son ambition picturale et narrative) et donne des impressions. Il secoue, remue, sans qu'on arrive à rationaliser, à analyser nos émotions. J'ai toujours pensé que le cinéma entretenait plus de liens étroits avec la peinture ou les arts plastiques qu'avec la littérature. Vous en faites, me semble-t-il, la preuve. Il faut monter au cinéma. Votre film est un choc pictural. Voilà, je l'ai dit... Et puis on sent que le polar c'est votre truc.

Bravo d'être fidèle à vos goûts, à votre univers, même si le genre à du plomb dans l'aile en France (contrairement aux USA dont il est bienvenu de critiquer le cinéma). On vous sent à l'aise dans le registre. On sent que vous savez de quoi vous parlez. Aucune concession à la comédie facile, au casting évident, à l'esthétique grand public. C'est là la marque d'un vrai et grand cinéaste. Comment faire autrement ? Préméditer ? Renifler l'air du temps comme on dit ? Donner aux spectateurs ce qu'il attend alors qu'après "Bad Boys 2" ou "Tais-Toi !" il n'attend plus rien ? Autant devenir trader à la bourse et porter des slips dolce gabana en soie.
Bon, j'arrête mes bêtises. Pour résumer votre film me donne espoir. Espoir d'échapper aux canons commerciaux imposés par les chaînes télé. Espoir de pouvoir fouiller dans le cerveau malade d'une flic aliénée en super 35. Espoir de faire un film adulte aussi...

Tournevis.

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Mercredi 13 juillet 2005

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