Photo : "C'est malin" (Le Marquis, d'après LISA ET LE DIABLE)

 

Après une première partie dominée par la belle adaptation de CHARLIE ET LA CHOCOLATERIE par Tim Burton, on reprend la suite du programme et on démarre en fanfare avec le meilleur film de la sélection, à la carrière pourtant bien malheureuse.
 
L comme… LISA ET LE DIABLE, de Mario Bava (Italie/Allemagne/Espagne, 1973)
L’un des meilleurs films de Mario Bava est aussi l’une de ses œuvres les plus malchanceuses. Lorsqu’il tourne LISA ET LE DIABLE pour le producteur Alfredo Leone, avec qui il avait déjà collaboré (notamment sur BARON BLOOD), Bava dispose exceptionnellement d’une carte blanche, lui laissant le champ libre pour écrire et mettre en scène dans une totale liberté de création dont il ne va pas se priver. Malheureusement, LISA ET LE DIABLE ne convainc personne et ne trouve pas même de distributeur : trop personnel, abstrait, déconcertant. Pour se rembourser et sauver le film du désastre complet, Leone propose à Mario Bava de tourner des séquences additionnelles visant à transformer le métrage en un démarcage lointain de L’EXORCISTE. Profondément frustré, Bava s’exécute et tourne quelques séquences de possession dans un hôpital (dont une scène où son interprète Elke Sommer a pour réplique : « Je ne suis pas Lisa. »), avant de jeter l’éponge devant les conflits qui l’opposent à son producteur autour du sauvetage de sa « carte blanche ». C’est donc Leone lui-même qui achèvera le nouveau métrage, intitulé LA MAISON DE L’EXORCISME, avec au total 50 minutes tournées pour en faire le film que l’on connaît aujourd’hui : plus démonstratif, plus horrifique, le film se détache presque totalement de l’univers gothique de LISA dont il conserve pourtant dans son montage un bon tiers, d’où un résultat incohérent, tant sur un plan esthétique que narratif. Un film-monstre en somme, comme il en existe, et que j’ai eu l’occasion de voir longtemps avant de découvrir le véritable LISA ET LE DIABLE, fût un temps extrêmement rare (il n’a toujours pas de fiche sur Imdb, site pourtant très complet), et depuis déterré. Dommage ceci dit que l’édition disponible en France souffre d’une compression de médiocre qualité.
Dans sa splendide première partie, le film nous présente le personnage de Lisa, jeune femme en vacances à Tolède, qui décide de s’éloigner du groupe de touristes qui l’accompagne et se promène dans les rues de la ville. Dans une petite boutique, elle croise un mystérieux personnage (Telly Savalas) dont la ressemblance frappante avec le Diable sur une fresque admirée quelques minutes auparavant la trouble profondément. Reprenant son chemin, elle se perd dans les ruelles : attention les yeux, l’exploration de la ville est filmée de façon magistrale, Bava parvenant à faire naître l’insolite de plans d’une apparente banalité, qui nourrissent pourtant une puissante sensation d’étrangeté. Lorsqu’elle croise à nouveau Telly Savalas, transportant avec lui un mannequin, le premier d’une véritable galerie inanimée peuplant le métrage, elle surmonte son angoisse irrationnelle et lui demande son chemin : à cet instant, avec une élégante nonchalance, Savalas lui indique ce qui semblait n’être qu’une impasse, alors que le cadre, par un travelling subtil mais soufflant, révèle la présence d’une rue cachée. Plus loin, agressée par un homme qui la prend pour une certaine Elena, elle provoque sa chute dans un escalier. La nuit tombe. Paniquée, elle est recueillie par les passagers d’une voiture… qui tombe très vite en panne devant une villa isolée. En quelques scènes très ramassées, Bava fait basculer à la fois le récit et l’esthétique de son film d’un univers contemporain subtilement décalé à un monde nettement plus irréaliste, marqué par l’influence baroque de ses films des années 60.
Je préfère ne pas vous dévoiler la suite du récit, complexe, sombre et foncièrement subjective, labyrinthe superbement photographié, habité par des personnages hantés (dont Alida Valli dans une de ses plus belles performances), guidé par le thème du double et de l’illusion, toujours autant pictural que narratif, curieusement ponctué de références singulières à Lewis Carroll (la montre à gousset). LISA ET LE DIABLE est une pure merveille, et c’est un des quelques incontournables de Mario Bava, possiblement son meilleur film, celui qui parvient le mieux à associer l’inventivité plastique et la finesse de l’écriture cinématographique.
 
M comme… MAMBA, de Mario Orfini (Italie, 1988)
Giorgio Moroder n’est pas seulement le compositeur hors pair dont les classiques type Midnight Express donnent plus d’ampleur aux randonnées en auto-tampons des fêtes foraines. C’est aussi un producteur avisé, si avisé qu’il ne produit de films que dans la mesure où cela lui permet de les truffer de ses propres productions – souvenir ému de sa version kitsch colorisée du METROPOLIS de Fritz Lang. De ce point de vue, MAMBA (ou FAIR GAME) est emblématique, tout le métrage se structurant autour d’une musique électronique de piètre qualité, omniprésente jusqu’à l’absurde, et ce dès l’introduction avec ce clip en bonne et due forme, alors que l’héroïne range ses courses, quelle merveille…
Le support de cette compilation réside dans l’histoire de cette femme (Trudie Styler, madame Sting en personne) ayant commis l’erreur de plaquer un compagnon (Gregg Henry, vu dans BODY DOUBLE) aussi fortuné qu’il est mortellement possessif. Fou de rage, il décide d’introduire dans le loft de son ex un mamba très agressif avant de l’y enfermer : libre à lui de suivre les déplacements de la proie et du prédateur sur un moniteur, confortablement installé dans sa limousine.
Pas de VO sur cette édition économique, mais tout de même un format respecté, ce qui est assez heureux, car le très beau cinémascope supervisé par Dante Spinotti est indéniablement la plus grande qualité d’un film qui s’efforce, parfois avec succès, de trouver des astuces de mise en scène permettant de rendre ce petit suspense très banal vraiment spectaculaire. MAMBA en tire par instants une certaine efficacité, mais il finit hélas par paraître très ampoulé à force de technique froide (plans en vision subjective du serpent, à grands renforts d’objectifs déformants, atrocement répétitifs) et d’initiatives un peu tirées par les cheveux, qui confinent parfois au ridicule – lorsque Trudie Styler escalade son frigo et bombarde le serpent avec de la farine, des œufs et des pommes, on ne peut s’empêcher de penser qu’un incendie nous ferait presque une bonne tarte. Heureusement, le film ne dure pas près de deux heures comme annoncé sur la jaquette, mais une raisonnable heure et quinze minutes. Tant mieux : le sujet est ténu et tourne vite en rond, et la surcharge musicale totalement aberrante, aux tonalités rarement appropriées, insérée avec une confondante gratuité (notamment lorsque le serpent glisse sur la télécommande de la chaîne hi-fi !), tape vite et très fort sur le système. Quelques qualités plastiques donc pour un petit film soigné mais froid, énième jeu du chat et de la souris dénué de caractère, littéralement vérolé par une bande originale imposée et envahissante, et pour cause. Mieux vaut probablement revoir le VENIN de Piers Haggard, ne serait-ce que pour le mémorable duel Oliver Reed / Klaus Kinski.
 
N comme… NEW YORK 2H DU MATIN, d’Abel Ferrara (USA, 1984)
Après un télévisuel GLADIATOR, on retrouve ici un Ferrara de la première période, avant la reconnaissance critique de KING OF NEW YORK. À cette période, et après un essai assez radical (DRILLER KILLER), Ferrara enchaîne assez rapidement les films de genre, dans une approche assez personnelle qui ne se démarque pourtant pas des principes du cinéma populaire, dont il respecte les codes les plus élémentaires, que ce soit dans le film de gangs (CHINA GIRL) ou dans le « rape and revenge » (L’ANGE DE LA VENGEANCE, à mon sens le meilleur des films de cette période). On retrouve beaucoup de cette approche dans le FEAR CITY dont il est ici question, et qui nous parle d’un tueur psychopathe s’attaquant aux strip-teaseuses des boîtes de nuit (dont Rae Dawn Chong, également maîtresse du personnage de Melanie Griffith, et Ola Ray, la petite copine de Michael Jackson dans « Thriller » !). Le personnage du tueur est très représentatif de l’inspiration de Ferrara dans les années 80 : présenté sans mystère dès le début du film, il est à la fois romancier, ses meurtres nourrissant l’écriture de son roman très torturé « Fear City », et adepte des arts martiaux puisqu’il ne lâche sa machine à écrire que pour s’entraîner aux nunchakus.
À son image, FEAR CITY ne cherche jamais à voiler ou à rendre nobles des éléments purement populaires (film d’action truffé de séquences érotiques), tout en les insérant dans un métrage d’inspiration plus dure, plus sèche, plus introvertie (nombreux flash-back détaillant le parcours du héros, ancien boxeur reconverti dans la police après avoir accidentellement tué un adversaire sur le ring, mais des flash-back le plus souvent détachés du récit lui-même, qui annoncent déjà la teneur de la carrière future du cinéaste). C’est en quelque sorte une relecture du MANIAC de William Lustig (voir l’inquiétante séquence dans le métro) dotée d’enjeux de salles de quartier. Le cocktail est curieux et pas toujours très équilibré : les tonalités très sombres du récit (toxicomanie de Melanie Griffith, décadence urbaine détaillée dans ses détails les plus sordides) et les qualités de la mise en scène (ambiances nocturnes parfaitement maîtrisées) se marient bizarrement avec des gags contextuels assez saugrenus (le désistement des strip-teaseuses angoissées provoque l’embauche de femmes pas très jolies, et c’est un doux euphémisme) et une conclusion reposant entièrement sur un combat aux poings aux enjeux transparents. Un film brut, pas très affiné, mais relativement intéressant, même s’il n’est pas très représentatif du grand talent de Ferrara.
 
O comme… OPERATION PEUR, de Mario Bava (Italie, 1966)
Le manque de films en O me contraint à enchaîner deux Mario Bava, qui plus est deux de ses films les plus réputés. C’est un peu dommage pour la variété des styles et des saveurs, mais très honnêtement, c’est bien loin d’être désagréable.
Le récit est cette fois plus classique, ancré dans l’inspiration baroque italienne, sous influence gothique des productions anglaises de l’époque. L’angoisse enveloppe de ses mains glacées un petit village isolé, hanté par le fantôme d’une inquiétante fillette. Qui la voit est rapidement victime d’un accident mortel. Un médecin appelé à la rescousse par un collègue terrifié va découvrir les superstitions de la communauté et chercher à enquêter sur ces apparitions. Malédiction pesant de tout son poids sur un village de campagne, clients de l’auberge méfiants à l’égard du nouvel arrivant, clef du mystère dans le château dominant le hameau, les ressorts du scénario sont de pures déclinaisons des classiques de la Hammer (on pense notamment beaucoup à LA FEMME REPTILE sorti la même année), mais si la narration épouse des formes éprouvées et traditionnelles, c’est dans son approche maniériste que Bava se réapproprie ce matériau.
Et quel travail phénoménal, tant sur la direction artistique très fantasmagorique (Bava n’hésitant jamais à filmer des décors quasi surréalistes) que dans les éclairages extrêmement composés ! Le film est visuellement sensationnel – et cette fois-ci, la copie est irréprochable. Constamment inventif (scènes de la balançoire), OPÉRATION PEUR bénéficie de certaines des plus belles trouvailles de Mario Bava. Son fantôme sort des sentiers battus et des clichés d’alors – au point d’ailleurs que la petite fille en question est interprétée par un garçon portant une perruque blonde ; l’image troublante de cette fillette au regard glaçant et de son ballon rouge a particulièrement marqué les esprits, et on la retrouvera fréquemment par la suite, sous forme d’hommage ouvert (le sketch de Fellini, « Toby Damnit », de très loin le meilleur segment de l’inégal HISTOIRES EXTRAORDINAIRES, co-réalisé par Louis Malle et Roger Vadim) ou de lamentable plagiat (TERREUR.COM). Difficile de ne pas mentionner également une séquence hallucinante, l’épisode le plus fou et le plus beau du film, au cours duquel le héros poursuit un homme à travers une série de pièces du château, et le rattrape pour réaliser que l’homme en fuite n’est autre que lui-même, idée dérangeante et mystérieuse dont David Lynch se souviendra dans l’épisode final de sa série TWIN PEAKS. OPÉRATION PEUR détient un pouvoir de séduction presque hypnotique, et son indescriptible beauté plastique en fait, avec LISA ET LE DIABLE, l’une des œuvres qu’il ne faut pas laisser passer. Comme le montre le récent SILENT HILL de Christophe Gans, le film distille une influence durable, et sa beauté, sa poésie noire restent longtemps à l’esprit.
 
P comme… PATLABOR, de Mamoru Oshii (Japon, 1990)
Tiens, un film d’animation ! Ça faisait longtemps, ma foi ; le dernier film visionné (le sud-coréen WONDERFUL DAYS) n’était pas fameux, et ne m’a laissé pour souvenir que celui d’un ennui appuyé. Ce PATLABOR étant signé par le talentueux Mamoru Oshii, on sait d’avance que le film présentera des qualités – et qu’il y aura des chiens, bien entendu. Par contre, je vous oriente vers les sites spécialisés pour l’historique de la chose, ne connaissant strictement rien à la série dont le film est adapté : je ne sais qu’une chose, Mamoru Oshii rêve d’en faire une version live prolongeant les expérimentations du magnifique AVALON, mais l’idée reste actuellement à l’état de projet.
Le film développe, comme toujours chez Oshii, un récit dense, vif et relativement complexe (sans atteindre néanmoins les strates quasi conceptuelles des œuvres récentes du cinéaste), construit autour des ravages d’un virus informatique, Babel. Les robots-outils contaminés s’autonomisent et deviennent destructeurs. Mais ce qui est d’abord restreint à quelques incidents isolés menace, avec l’approche d’un cyclone, de se généraliser et de mener la cité à sa perte. S’ouvrant sur le suicide du concepteur du virus (scène splendide, soit dit en passant), PATLABOR présente une animation parfois sommaire et des personnages parfois un peu trop stéréotypés dans leur physionomie comme dans leur personnalité, mais sur le plan de la mise en scène et du découpage, c’est admirable et parfois très impressionnant. Le film mêle des aspects de comédie et d’action assez directs, sommaires mais correctement emballés, et en filigrane un ton plus méditatif, marqué par un goût pour l’abstraction. Le mélange est curieux mais pas déplaisant, et le film parvient peu à peu à se construire une personnalité forte, mémorable et attachante, parfois nourrie par des emprunts inattendus (référence aux OISEAUX de Hitchcock dans la dernière partie). Sans être vraiment ce que Oshii a fait de plus abouti, PATLABOR porte la marque de son style, de ses obsessions et de son caractère assez singulier. Un assez beau film, en somme.
 
R comme… RENCONTRES DU TROISIEME TYPE, de Steven Spielberg (USA, 1977)
Pour une fois, j’ai une bonne excuse pour revoir un film qui m’avait profondément déplu à la première vision : comme d’autres cinéastes indécis (et je pense qu’un artiste qui revient constamment sur ce qu’il a créé vingt ans plus tôt au lieu de se consacrer au pain qu’il a sur la planche est d’une certaine façon un artiste malade – non, je n’en remettrai pas une couche sur le révisionnisme de William « Je suis pour » Friedkin), Spielberg semble obsédé par le besoin de retoucher certains des films de sa filmographie. Il a défiguré un E.T. déjà bien sirupeux, et je serais surpris qu’il ne nous mitonne pas un jour prochain une version expurgée de son INDIANA JONES ET LE TEMPLE MAUDIT. Mais c’est avec RENCONTRES DU TROISIÈME TYPE qu’il semble rencontrer le plus d’hésitations, puisque le film en est aujourd’hui à sa troisième version, celle de 1998, le film ayant déjà été remonté dès 1980. C’est cette troisième version que j’ai découvert ; autant le dire d’entrée de jeu, à mes yeux, les énormes problèmes de rythme sont toujours là – et François Truffaut acteur est toujours aussi à côté de la plaque !
Ceci dit, je dois bien admettre que la première partie du film est dans l’ensemble assez remarquable. Multipliant les points de vue et les personnages, Spielberg parvient, par le biais d’une mise en scène assez irréprochable dans la première heure du métrage, à faire naître un sentiment intense d’inquiétude sourde et d’émerveillement, par instants très impressionnant, et pas nécessairement dans les séquences les plus spectaculaires d’ailleurs : le son, le cadre et les éclairages fonctionnent au mieux dans les séquences d’attente, développant un climat fébrile et un rien oppressant. Lors d’une de ces séquences, plusieurs personnages se rencontrent en pleine nuit sur une route au sommet d’une colline, dans l’attente du passage d’OVNI : un très jeune enfant ayant échappé à la surveillance de sa mère tombe ainsi nez à nez avec des péquenauds plutôt bienveillants au demeurant, mais j’étais frappé de voir sur un forum de l’Imdb que plusieurs spectateurs s’étaient persuadés que la scène suggérait une menace pédophile pour le garçonnet !!! Lecture totalement erronée, mais qui en dit long, je pense, sur la qualité singulière de l’atmosphère instaurée qui, alors que les intentions des visiteurs restent encore mystérieuses et incertaines, se caractérise par son ambivalence, mêlant angoisse et fascination. C’est sans conteste la partie la plus intense et la plus intéressante d’un film qui développe par la suite un suspense plus fonctionnel et parfois très laborieux, avant de sombrer en fin de course dans une guimauve vaguement new-age, une espèce de concert de Jean-Michel Jarre avec débarquement des Enfoirés au cours de laquelle les effets spéciaux ne se donnent plus à contempler que pour ce qu’ils sont, la mise en scène devenant alors extrêmement plate.
Étrange aboutissement pour un film qui ne prenait pas forcément des directions évidentes (l’obsession de plusieurs personnages pour l’image du volcan, longuement développée), mais s’assèche, se simplifie et s’appauvrit au fur et à mesure que les attentes sont satisfaites et que les questions trouvent de décevantes réponses. Reste que la réelle maîtrise de ses prémisses font de RENCONTRES DU TROISIÈME TYPE un film à (re)voir. On souhaiterais même pouvoir le mélanger dans la même assiette avec LA GUERRE DES MONDES : pour un même climat d’inquiétude et d’insécurité, les personnages de RENCONTRES… sont autrement plus riches et attachants.
 
S comme… SUPERSTITION, de James W. Roberson (Canada, 1982)
Bien qu’il soit aujourd’hui tombé dans les oubliettes, SUPERSTITION a marqué les esprits et conserve une petite réputation chez les spectateurs qui ont eu l’occasion de le découvrir à l’époque. J’étais moi-même enchanté d’avoir l’occasion de revoir ce petit film vu à la fin des années 80 sur Canal + à l’époque lointaine où la chaîne faisait encore l’effort de proposer une programmation variée et en VO.
Non pas que le film soit une perle méconnue à ranger aux côtés d’un CERCLE INFERNAL ou d’un LONG WEEK-END, loin de là : la mise en scène est sans éclats, plutôt impersonnelle et cantonnée dans un mode fonctionnel, gentiment efficace ; et le scénario, histoire très classique de maison hantée par le fantôme meurtrier d’une sorcière brûlée quelques siècles plus tôt, ne sort jamais des sentiers battus. Mais le film dégage une atmosphère atypique, d’un pessimisme typique des petites productions du début des années 80 – le Mal y est suprême, invincible, et aucun personnage n’a l’once d’une chance de sortir vivant de cette aventure. Les influences oscillent entre le slasher à la VENDREDI 13 (avec cette bande d’adolescents décimés dès l’introduction et ces très nombreux plans en caméra subjective, régulièrement de fausses alertes d’ailleurs) et l’horreur à l’italienne, tant celle d’Argento (avec de très beaux emprunts à INFERNO notamment) que celle de Lucio Fulci, le film étant incroyablement « généreux » en gore et en mises à mort, d’une régularité de métronome, nettement plus fréquents que la moyenne – le film donne l’impression de tuer un de ses nombreux personnages (dont Lynn Carlin, la maman du MORT-VIVANT) toutes les cinq minutes (dont un fameux accident de scie circulaire).
James Roberson, qui n'a pas fait grand chose depuis en dehors de sa carrière de directeur de la photographie, ne fait pas dans la dentelle. Sa réalisation est marqué par une radicale absence de point de vue (meurtre à la fenêtre filmé indifféremment des deux côtés de la paroi en fonction de la photogénie des plans). Son rythme très vif rend le sujet, pourtant simpliste, relativement confus et le scénario, parfois involontairement comique, donne l’effet bizarre d’un ensemble incohérent, illogique et très permissif. Dépourvu de réelle maîtrise, SUPERSTITION bénéficie pourtant d’un charme indéniable, et sa très belle photographie, ainsi que quelques séquences originales (dont un rêve mêlant dans le même mouvement les atrocités du passé, celles que nous réserve la suite du métrage… et celle en train de se produire non loin de là), lui confèrent une réelle personnalité. Très agréable.
 
T comme… THÉORÈME, de Pier Paolo Pasolini (Italie, 1968)
THÉORÈME vient combler une petite lacune, d’autant plus que je ne connais presque pas le cinéma de Pasolini, dont je n’avais vu que L’ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU, sans vraiment l’apprécier d’ailleurs. Voilà donc un classique abordé avec une certaine méfiance, mêlée d’une curiosité renforcée par la présence de l’intéressant Terence Stamp. Très beau sujet, montrant l’intrusion d’un étrange invité, dont on ne connaîtra jamais vraiment la nature ou les origines, au sein d’une famille bourgeoise dont il va séduire tous les membres, avant de disparaître, les plongeant dans un désarroi aux conséquences variées mais radicales, qu’elles soient de nature sexuelle (la mère, Silvana Mangano), artistique (le fils), dépressive (la fille), ou spirituelle (le père et la domestique). Terence Stamp est magistral : impassible, opaque, ni bienveillant ni vraiment inquiétant, il se pose dans ce microcosme comme un mystère incarné, d’une présence physique, charnelle, quasi magnétique ; il accepte les avances de chacun avec détachement, sans jamais chercher à les séduire lui-même.
Le film souffre sans doute d’un schématisme symboliste auquel il n’est pas certain que tout le monde puisse adhérer : bien plus porté sur la métaphysique que sur l’érotisme, le film adopte la forme d’une démonstration assez plaquée et guidée par une forme de logique qui justifie pleinement son titre. Ceci dit, aussi schématique soit-il, THÉORÈME n’est manifestement pas réalisé par François Ozon, et la beauté, la finesse de la mise en scène de Pasolini parvient à rendre cette démonstration extrêmement séduisante, mystérieuse et d’autant plus intelligente qu’elle ne se dispense pas d’humour et de distanciation – l’inconnu dort dans la chambre du fils (hum, cette soupe est un peu fade, passez-moi la palme d’or s’il vous plaît), et lorsque celui-ci, totalement fasciné, se décide enfin à enlever son pantalon, la bande son silencieuse et intimiste laisse brutalement place à un rock psychédélique totalement déconcertant. Très belle réalisation donc, marquée par une introduction chaotique aux textures visuelles et sonores mouvantes (réalisme et stylisation, échappées oniriques – superbe musique de Morricone, séquences muettes), avant de se poser lors de l’arrivée de Terence Stamp pour composer des saynètes fascinantes, souvent passionnantes, notamment dans l’exposition des dérives individuelles dans la seconde partie du métrage. Un film profondément singulier.
 
U comme… UNDER THE SKIN, de Carine Adler (GB, 1997)
Pour avoir l’envie de découvrir ce petit film anglais dont je n’avais pas entendu parler, il aura fallu un prix très réduit. Le film étant édité par MK2, dont les tarifs en DVD sont assez aberrants, c’est donc dans un bac d’occasions bradées que je suis allé pêcher ce UNDER THE SKIN, brève histoire du parcours de deux sœurs après le décès de leur mère, l’une d’entre elles (excellente Claire Rushbrook) étant enceinte, et l’autre, sur laquelle se focalise le scénario, étant très infantile, immature. La présentation du film nous promet d’ailleurs une « descente aux enfers » pour ce personnage, correctement interprété par Samantha Morton, le film ayant du reste pour principal (et seul ?) intérêt d’être un véhicule pour la comédienne.
Descente aux enfers ? Vraiment ? Les errances érotiques et introspectives de la jeune fille sont pourtant bien plates et inoffensives, petite fugue dépressive et nombriliste piètrement portée à l’écran par une réalisatrice empêtrée dans des afféteries de style d’un goût franchement douteux – photographie saturée, ralentis ineptes, penchant prononcé pour les plans basculés, petite voix off à la Jane Campion pour faire prendre la sauce et nous jeter à la figure la sensibilité et le cran d’une cinéaste au film pourtant affreusement dévitalisé et quelconque. Mal réalisé et empesé par un scénario filandreux et démonstratif, UNDER THE SKIN m’a surtout donné l’occasion de penser à DEUX FILLES D’AUJOURD’HUI, le très sous-estimé Mike Leigh, d’une toute autre trempe, et de me dire que, dans ce bac d’occasions, j’aurais probablement gagné à plutôt mettre la main sur DANS MA PEAU de Marina de Van.
 
V comme… VAMPIRES II, de Tommy Lee Wallace (USA, 2002)
Venons-en donc maintenant à cette nouvelle séquelle du « spécialiste » Tommy Lee Wallace, cantonné dans ce registre très limité (voir l’article sur HALLOWEEN IV dans la première partie de cet article), ce qui est un peu injuste : le réalisateur, sans faire vraiment preuve de talent, dispose d’un petit savoir-faire estimable qui surpasse les doigts dans le nez la franche médiocrité de certains succès récents (SAW, re-belote, je pense que je ne soulignerai jamais assez à quel point ce film m’a paru exécrable et mal fichu).
Tommy Lee Wallace accepte ici la commande de son ami John Carpenter en prolongeant son VAMPIRES, très bon film, plus proche que jamais chez Carpenter du genre western, et qui a déçu une partie de son public dont je ne fais pas partie (des déçus, pas de son public). Le film ayant déjà été largement pillé (on peut mentionner un plagiat d’assez belle facture, LES VAMPIRES DU DÉSERT de J.S.Cardone, qui n’est pas à mon sens le navet que certains ont torpillé aveuglément), VAMPIRES II est conçu pour le marché de la vidéo, ce qui ne l’empêche pas de disposer de moyens relativement confortables assurant un lien esthétique avec le premier opus, pour un résultat visuellement agréable, à quelques faux-pas près (dont une scène tentant maladroitement de faire la synthèse entre l’horripilant effet bullet-time et les ralentis à la DePalma). Bon, le scénario n’innove guère, et Jon Bon Jovi en tête de casting (avec son arsenal dissimulé dans une planche de surf !) livre une performance assez médiocre. Mais le reste du casting est soigné et compose une nouvelle galerie de personnages assez attachants. Le résultat, un peu cheap mais plutôt agréable, est clairement l’œuvre d’un modeste artisan, qui livre un honnête divertissement en mode mineur, sans plus.
 
W comme… WARLOCK III, LA REDEMPTION, d’Eric Freiser (USA, 1999)
Curieusement, et malgré la boulimie qui me caractérise, particulièrement dans le registre du fantastique, je n’ai encore jamais vu le premier WARLOCK, discrètement distribué en salles à sa sortie, une petite série B dont je n’ai donc jamais pu vérifier l’aimable réputation. J’avais par contre découvert sa suite, toujours avec Julian Sands, réalisée par Anthony Hickox, autre petit artisan intéressant (une tradition familiale chez les Hickox, voir le très beau THÉÂTRE DE SANG signé par son père Douglas), et le film s’était avéré être une assez bonne surprise, solidement rythmée, inventive, un très bon film de genre qui faisait des merveilles avec un budget manifestement restreint.
De quoi en tout cas me donner l’envie de pousser jusqu’à l’opus 3, dont le budget semble encore plus réduit (Julian Sands cède la place à un Bruce Payne pas très convaincu et pas très convaincant non plus), et dont la mise en scène est confiée à un quidam. Pour le coup, WARLOCK III sombre illico dans la banalité et dans la médiocrité du film de série produit à la chaîne, qui ressemble du reste bien davantage à un épisode de WISHMASTER qu’à ce que j’ai vu dans le film d’Anthony Hickox. Dans cet ensemble fade et conventionnel, on peut relever quelques idées sympathiques qui peinent à passer du papier à l’écran : la découverte des principaux protagonistes (une poignée de mauvais acteurs menés par Ashley Laurence en panne de HELLRAISER) dans un travelling sur le couloir d’un campus, un fondu nous révélant ce qu’il se passe derrière chaque porte passant dans le champ ; et le meilleur passage du film, la fuite de l’héroïne s’échappant de la maison dont elle a hérité (bien oui, quoi, elle est hantée) par un trou dans le mur, pour se retrouver enfermée dans une boucle filmique étrange. Pour le reste, c’est mou, c’est lent, ça n’a aucun caractère, et j’estimerai ma mission accomplie si, en ayant ainsi gâché 90 minutes de mon existence, je peux les préserver chez une majorité de lecteurs passant par là : ne perdez pas ce temps précieux, profitez-en plutôt pour téléphoner à votre grand-mère, pour lire un bon livre, pour ressortir votre vieille boîte de Mako Moulage et voir si vous n’avez pas perdu la main, n’importe quoi plutôt que d’ingérer cette ratatouille de poncifs et de clichés fatigués.
 
Et bien, c’est fait, l’épisode 8 est rédigé. 8, ça suffit ? Bien sûr que non, j’attaque dans la foulée la rédaction de l’épisode 9, dont vous trouverez en bas de page la bande-annonce. On se retourne un instant et on fait le point : quatre très bons films, possiblement cinq, ce n’est pas énorme, et Mario Bava vient généreusement relever le niveau avec, coup sur coup (c’est un peu gourmand, j’avoue), deux de ses films les plus réussis. Je retrouve avec un certain plaisir le bon vieux SUPERSTITION et l’amusant JUMPIN’ JACK FLASH, sans avoir l’impression de perdre mon temps. Le cinéma d’animation fait un retour modeste mais très valable avec l’intéressant PATLABOR. Spielberg ne me convainc qu’à moitié, mais la moitié qui me convainc me convainc totalement, ce qui n’est pas si mal. Au rayon Z, puisque ALLIGATOR tire plus vers l’estimable série B, seul BLOODGNOME peut valoir le détour. Je prête attention à mon appétit… Oui, il est toujours là. Alors, bon appétit.
 
Le Marquis
 
LISA ET LE DIABLE
OPÉRATION PEUR
CHARLIE ET LA CHOCOLATERIE
THÉORÈME
PATLABOR
SUPERSTITION
NEW YORK, 2H DU MATIN
JUMPIN’ JACK FLASH
RENCONTRES DU TROISIÈME TYPE
FOR THE CAUSE
EVIL CULT
ALLIGATOR
VAMPIRES II
MAMBA
UNDER THE SKIN
KISS KISS (BANG BANG)
BLOODGNOME
WARLOCK III
GARGOYLES
HALLOWEEN IV
L’INSPECTEUR GADGET
DAYDREAM BELIEVERS
 
Bande-annonce de l’épisode 9 : romancière Harlequin perdue dans la jungle, la plus longue grasse matinée du monde, une île flottante pas trop sucrée ; les nouvelles exactions du docteur et de monsieur, phallocrates, tendres et romantiques, et celles de la redoutable Comtesse Wandesa Darvula de Nadesky ; le premier long-métrage d’un philosophe bilingual, les larmes de Michael Myers, un trouble traité d’éducation pour jeunes filles, une partie de Taboo qui tourne mal, une armée de cyborgs battue par une blonde, un adultère mélomane, l’échoppe du premier garagiste-chirurgien, un Mad Massimo on the road again, l’introspection d’un pornographe, un braqueur kidnappé par sa victime, une manipulatrice qui rêve de zombies, la résistance sur les planches, un heureux événement qui se passera de faire-part, une cure de désintoxication fleur bleue, un flic adepte de philosophie amérindienne.
 
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Mister can you tell me where my man has gone, he's a Japanese Boy... (Le Marquis)

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Lundi 31 juillet 2006

recommander publié dans : Chroniques de l'Abécédaire
(Photo : "Adhésion Princière dans le No Man's Land" par le Marquis
d'après des photos du film PREY de Norman J. Warren)


Chers Focaliens,

C'est bien beau, l'esprit de curiosité, mais ça ne suffit pas, et quelquefois, il faut que l'esprit de rigueur reprenne un peu le dessus et réorganise les choses de manière plus rationnelle. Je me suis aperçu hier, avec Madame, que je n'avais pas vu tous les épisodes de la collection MASTERS OF HORROR, jolie série TV américaine qui ne va d’ailleurs pas tarder à débarquer à la vente en France, et qui doit même être disponible dans les bonnes boucheries à la location.

Bon, me suis-je dit, sur les 12+1 épisodes, il t'en manque 3, c'est pas la mer à boire. On commence, dans tous les sens du terme, par le plus petit numéro, avec l'épisode N°9, réalisé par William Malone. Alors ça, c'est rigolo. Je comprends soudain pourquoi j'avais abandonné, malgré un avis plutôt positif, la collection MASTERS OF HORROR ! Allez, hop, un John Landis, le Carpenter et le Argento ! Là, on se précipite, bien sûr. Par contre, après, les petits réalisateurs, tout le monde s'en fout et la série prend la poussière dans un tiroir.

William Malone ! Quel poème, ce mec ! Loin d'être un grand maître, voilà un réalisateur qui, à son meilleur, est quelqu'un de tout à fait capable, et qui peut vous trousser des films fantastiques assez malins, toujours très soignés techniquement et souvent un peu bizarres malgré le "classicisme" des sujets abordés. Quand c'est bon, ça donne LA MAISON DE L'HORREUR, série B tout à fait ironique, au casting soigné, au ton décalé, drôle, et angoissant, et qui se terminait, si ma mémoire est bonne, par une terreur abstraite d'une noirceur absolue. Et puis, au pire, c'est TERREUR.COM, un des films les plus pénibles de la Terre, et encore, je dis peut-être ça car rien qu'en repensant à l'ennui éprouvé en salle, j'ai de nouveau envie de me suicider ! Bref, je n'attends plus rien du Malone, même si on le sait capable. [En plus, dans TERREUR.COM, le rôle principal était tenu par Natasha McElhone, une actrice bien au-dessus de mes forces !]

De nos jours, "chez nous" en Amérique. Lindsay Pulsipher (une inconnue au bataillon, sorte de mélange entre Angela Bettis (voir ici) et Reese Whiterspoon, plutôt bien) est une lycéenne comme les autres, sauf qu'elle est minée par la timidité et passe pour une asociale. Une "freak" comme dirait l'autre. Alors qu'elle rentre chez elle en vélo après les cours, en passant par la forêt, elle a un accident. À son réveil quelques minutes plus tard, elle appelle à l'aide, avant de s'apercevoir qu'elle est en train de se faire kidnapper ! Son agresseur la shoote au chloroforme.
Elle se réveille bien plus tard dans la chambre d'une clinique privée, incapable d'expliquer ce qui s'est passé. La voilà sauvée, en tout cas, même si cette infirmière (Lori Petty) a l'air bien étrange...

Je ne vais pas en dire trop, car non seulement l'intrigue de FAIR-HAIRED CHILD est de celles qu'on déflore plus facilement qu'on ne le pense (ça me rappelle quelqu'un, aurait dit malicieusement Mr Mort), mais bien plus, le début du film étant pour moi la partie la plus étonnante, je préfère qu'on en reste là pour le résumé.

Après quelques plans énigmatiques mais orientant le sujet, un classique dans ce genre d'exercice, FAIR-HAIRED CHILD commence véritablement, et de manière plutôt jolie, en troussant une espèce de film de college en dix plans dont le réalisateur ne marquera qu'à peine, sans le dire, dans une autre scène (l'appel téléphonique), les liens que celle-ci possède avec le reste de l'histoire. Pour l'instant, on n'en sait rien. Le déroulé de cette séquence de début étant un peu bouleversé par l'arrivée de la photographie de Lindsay Pulsipher sur fond de 7e de Beethoven.
On va causer un peu de Beethoven, voulez-vous ?
Ha-ha, que cela est fort joliment fait, me dis-je dans les premières secondes où j'entends la musique de Ludwig. Tiens, c’est marrant, là il fait tomber le mixage, on n’entend plus rien. Tiens, là ça reprend ! Et là, encore plus fort : tandis que l'héroïne à vélo entre dans la forêt, il sous-mixe ostensiblement Beethoven pour le faire passer sous le bruit du pneu de vélo qui roule sur les feuilles d'automne ! Joli ! Et là, bing, il re-balancera la musique à fond, et là, il baisse le volume pour laisser passer un thème moderne de film d'horreur (en superposant, miam miam), et là, il coupe la musique de Ludwig presque à fond, juste en laissant un tout petit peu, à peine audible. Etc.
Ça découpe, ça joue avec les axes, et c'est guidé par Beethoven ! Et j'étais sur les fesses, les amis. Car la mise en scène, et donc la musique, annoncent complètement ce qui est en train de se passer. Bien plus que l'image encore. Et quand, au détour d'un point de montage, la musique s'éclipse, je vous assure qu'on a, l'espace de deux secondes, la trouille de sa vie et qu'on se dit : "Oh-oh, là, il y a quelque chose qui ne va pas du tout !" On sent la peur, mais pas le temps de formuler la chose : l'accident a lieu et là, vous avez l'impression de faire le grand huit ! Ce n'est rien, juste deux secondes, mais ça fait très peur. Ça commence donc par une très belle idée de mise en scène sonore, utilisée avec énormément de savoir-faire et d'intuition, et d'une manière qui plus est très peu commune, ce qui ne gâche rien. C'est même sans doute l’une des plus belles scènes de toute la série. [J'adore les sous-mixages, ça marche toujours, et là, évidemment, j'ai marché à fond.] La scène n'est d'ailleurs pas finie, une fois Lindsay Pulsipher à terre, le découpage est encore très bon, sous Beethoven qui se déchaîne. Tout cela est très bien amené, affreusement plausible et d'une grande violence. Brrr...

Évidemment, quand ça part comme ça, la barre est placée bien haut. Et on peut le dire, malgré de très bonnes choses par la suite, cela reste ma séquence préférée.
Qu'importe. En tout cas, voilà trois minutes formidablement efficaces et perspicaces qui vous plongent dans le film de manière irrémédiable et en deux coups de cuillère à pot. FAIR-HAIRED CHILD fera partie des épisodes de MOH pas drôles du tout, et relativement glauques, malgré un sujet non pas classique (certains développements ou certaines idées sont assez personnelles) mais disons, malgré un sujet remplissant complètement le cahier des charges basique de la série, et qui ne la prend pas à contre-pied comme le HOMECOMING de Joe Dante, par exemple.
Un épisode de fort belle facture, donc. La lumière, signée Brian Pearson, est très bonne. La direction artistique est particulièrement soignée : très beaux décors, parfois inventifs à peu de frais (le poêle), costumes surprenants, etc. Voilà qui donne une impression de luxe tout à fait adéquate.

Malone découpe bien en général, malgré une ou deux maladresses (une espèce de jump-cut avant l'apparition du personnage de Johnny). Le gars sait utiliser le montage et ne rechigne pas, par exemple, à faire des ruptures de rythme ou à utiliser la répétition d'un même plan (l'héroïne observée entre deux planches, répétition anti-naturelle qui fait très peur), tactique assez peu commune, peu à la mode pour ainsi dire. Le cadre est rigoureux également. Le son suit, et devient un élément plus simple de narration par la suite, mais il continue, ceci dit, de faire partie des nombreux éléments non verbaux qui constituent malgré tout des facteurs importants de narration, voire de thématique (par exemple, sans le dire, la musique classique des parents provoque le chaos concret chez les enfants ; cf. les thèmes ressemblant à du faux Arvo Part).
Car c'est cela qui étonne chez Malone. La trame, en fait, est classique. Mais le réalisateur sait broder quelques thèmes qu'il mélange et développe tout au long du film, sans jamais s'arrêter. Ces thèmes pris individuellement sont assez simples, mais ensemble, et du fait que Malone ne cesse jamais de les tisser, ils finissent par créer une trame, certes très symbolique, mais assez riche. Ce qui sert d'autant mieux son propos que FAIR-HAIRED CHILD est, tel qu'il est réalisé (il aurait pu en être autrement), complètement un conte merveilleux, au sens littéraire du terme, et donc incroyablement noir et violent. [Le Marquis rappelait hier la noirceur sans fond des contes merveilleux originaux, quasiment toujours mal adaptés et édulcorés, à propos du film CHARLIE ET LA CHOCOLATERIE.] FAIR-HAIRED CHILD est sous le patronage évident de Hans Christian Andersen, et on retrouve ça et là des motifs du genre (traversée de la forêt, transformations, le poêle (allusion directe à un conte célèbre), etc.). On peut dès lors reprocher au film un côté un peu carré, mais l'enchevêtrement de thématiques est suffisamment riche. En racontant une histoire, Malone en raconte en fait plusieurs : celle des parents, celle du couple d'enfants, celle de Johnny, etc. En filigrane, sans insister, Malone trace des liens symboliques forts, là aussi proches de l'esprit du conte, comme par exemple l'ironie distillée dans des détails infimes sur le choix de la jeune Lindsay comme victime (qui la lie déjà à Johnny avant qu'ils ne se rencontrent, et malgré l'expérience qu'ils vont vivre ensemble).

Des idées, Malone en a de belles : la poursuite dans les conduits est très maline, le passage sous l'espèce d'arcade végétale dans le jardin (malheureusement un peu défiguré par un morphing ; j'aurais fait deux plans ostensiblement découpés...), les ignobles graffitis sur les murs de la cave (qui changent de statut au fur et à mesure), la corde, le bris de verre qui mène à la sous-couche de peinture, les prémisses telluriques de l'arrivée du monstre, etc. Tout cela est opposé à un "geste d'amour", tel qu'il est souvent employé dans le cinéma ou la littérature fantastique, que Malone dénonce ici largement comme un geste de mort, envoyant ainsi balader les romantismes potentiels de l'histoire et celui des personnages à Winnipeg ! Très bonne tactique.

Signalons aussi la séquence de flash-back, la première du moins, tout à fait scotchante. Elle commence en noir et blanc, dans le pire des clichés, et finit par un délire graphique assez phénoménal, et d'autant plus jouissif qu'il ne se pose jamais la question d'être ou non ridicule. Ça aussi, c'est ahurissant et magnifique. Du coup, la convention du flash-back (dans la série) est largement explosée, et ce qui aurait dû être le plus cliché devient un des passages les plus iconoclastes du film. C’est très étonnant. Le deuxième est forcément moins réussi, mais Malone semble le faire pour jouer avec la photo, un peu à la Dreyer ! Impossible de vendre la mèche plus avant en ce qui concerne ce fameux flash-back sans vous gâcher le plaisir.

Enfin, un dernier mot pour saluer la belle utilisation du monstre, volontairement gauche et enfantin, mais précis et effrayant. Il devrait rappeler, outre son look, des souvenirs à ceux qui ont vu la MAISON DE L'HORREUR. En tout cas, son utilisation est largement maline là aussi, et je pense que Peter Jackson peut-être largement jaloux !

Évidemment, on peut être légèrement déçu par la fin que, personnellement, j'aurais développée avec une idée, la plus simple et la plus sombre, idée que d'ailleurs Malone dévoile lui-même. Il choisit pourtant la pirouette rebondissante, souvent présente dans la série, qu'il exécute d'ailleurs de façon fort logique et avec une distance assez belle (la réplique sur Brahms, le jeu de Johnny, et l'effet gore final presque ridicule et qui fonctionne parfaitement). Entre le retour de bâton, et le refus de jouer (ma solution), Malone choisit le retour de bâton. Pourquoi pas ? En tout cas, j'aurais carrément choisi la noirceur anarchique du refus de jouer (ceux qui ne voient pas, après visionnage, la fin que j'envisageais avec Malone, qui la refuse donc, peuvent m'envoyer un mail et je leur expliquerai ; impossible d'en dire plus ici sans dévoiler quoi que ce soit).

Mine de rien, donc, Malone signe ici ce qui pourrait être assez largement son meilleur film, pas le plus mauvais, en tout cas, de la série MOH. En attachant de manière déterminée son film à l'univers du conte (d'une manière plus premier degré que son aîné, mais qui rappelle la belle utilisation qu'en avait fait Wes Craven dans LE SOUS-SOL DE LA PEUR), Malone a choisi une option symbolique, marquée, mais largement travaillée, qui place son film sous le sceau d'une intelligence certaine, et d'une volonté de faire du cinéma personnel (plus qu'un SICK GIRL par exemple, c'est curieux). Deux séquences surnagent largement dans ce film de fort belle tenue, et font penser que 1) Malone en a largement sous le pied et hésite encore à lâcher complètement les chiens, et 2) s'il continue comme ça, il pourrait faire extrêmement mal ! Cerise sur le gâteau, les comédiens sont formidablement choisis. On retrouve une Lori Petty vieillie,  fardée, gothique mais aussi naturelle et précise. Bien que son personnage soit haut en couleur, elle refuse finalement tout pathos du syndrome "Maman du Petit Juju", choix subtil. L'idée géniale a été de lui associer un acteur pas glamour, un type que personne n'aurait choisi pour figurer à ses côtés : William Samples (excellent). Le couple fonctionne fabuleusement, et ce choix gonflé se révèle des plus pertinents.
On a hâte de voir Malone retourner aux affaires et au long-métrage, car à continuer dans cette nouvelle voie qu'il se trace, il peut gagner, avec un peu moins de timidité encore, des territoires exquis. Il faudra en tout cas surveiller le bonhomme. FAIR-HAIRED CHILD, quoi qu'il en soit, est peut-être la plus belle surprise de cette série. [Ce qui ne m'empêche pas de préférer les épisodes de Carpenter, Argento et Landis !]

Chaudement Vôtre,

Dr Devo.

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Dimanche 30 juillet 2006

recommander publié dans : Lucarnus Magica

Photo : "L'horreur est un luxe trop cher pour les désespérés" (Le Marquis)

Alors que je cavale pour rattraper mon retard dans la rédaction des Abécédaires, les visionnages se poursuivent avec entrain, complétés en cette période de vacances estivales par de plus fréquents à-côtés. Petite excursion en salles tout d’abord pour aller juger sur pièce, en compagnie focalienne de Tchoulkatourine, des très belles qualités de BUBBLE, le dernier film de Steven Soderbergh : épuré, sec, émouvant sans une once de sensiblerie et d’une redoutable acuité. Les visites ensuite. Celles notamment du Dr Devo et de Tchoulkatourine donc, qui viennent briser le rythme de l’Abécédaire pour la bonne cause et permettent de découvrir de redoutables navets comme AMOUR ET AMNÉSIE, quelques gourmandises assez faisandées comme LA FORCE D’AIMER, extrait de la collection Harlequin, mais aussi, l’honneur est sauf, de beaux morceaux de cinéma comme le singulier PREY de Norman J. Warren ou le FORBIDDEN ZONE de Richard Elfman. Une mention spéciale pour ma part et dans ce contexte pour le film KILLER COP, inédit fauché présenté dans une copie recadrée mais en VOST, qui aurait pu être un thriller social très sombre si le scénariste n’avait pas lâché les chiens en orientant incessamment le propos, et de manière parfois très inattendue, vers la comédie la plus absconse, en roue libre, cet aspect du métrage étant porté à bout de bras par l’acteur Wade Williams, qui livre ici une des performances les plus spectaculairement absurdes qu’il m’ait été donné de voir récemment. Mauvais film, peut-être, mais sur un versant hautement atypique qui en fait un objet assez hors-norme. À part ça, je viens enfin de recevoir le coffret « 50 Chilling Classics », qui me promet, sinon de belles découvertes, au moins de vraies perspectives de prospection, de quoi éveiller ma plus vive curiosité. Je souligne au profit de ceux qui peuvent être intéressés par l’objet que tous les films proposés sont en VO non sous-titrée, que le format est exclusivement en 1.33 y compris pour les films tournés en cinémascope, et que les copies accusent la rareté de métrages manifestement issus de vieilles VHS usées jusqu’à la corde. Il est donc déconseillé d’en faire l’acquisition si c’est pour s’offrir des copies de GOTHIC, des FRISSONS DE L’ANGOISSE ou du SPECTRE DU PROFESSEUR HITCHCOCK (elles sont recadrées et très laides), dites-vous bien que le rapport qualité-prix est explicite, et que c’est la grande rareté des titres qui doit vous motiver. Je précise enfin que l’éditeur a rectifié le tir concernant la bourde de THE BLOODY BROOD, thriller des années 50 avec Peter Falk qui avait été remplacé sur le disque par GOD TOLD ME TO de Larry Cohen ; et que l’éditeur en a profité pour supprimer trois films (problèmes de droits ?), à savoir THE CAPTURE OF BIGFOOT, CHRISTMAS EVIL et THE MILPITAS MONSTER, remplacés par THE LEGEND OF BIGFOOT (pour le coup, un documentaire !), WEREWOLF IN A GIRL’S DORMITORY (mieux inconnu sous le titre LYCANTHROPUS) et DEVIL TIMES FIVE, film jadis distribué en VHS sous le titre CINQ FOIS LA MORT. Vous voilà informés. Me voilà bien loti. Et si nous parlions de cinéma ? Disons, un film en A comme…

 

 

 

ALLIGATOR, de Sergio Martino (Italie, 1979)

Les sauriens sont décidément de vraies saloperies, toujours prêtes à venir dévorer les nôtres, et dans le cadre du film d’agression animale, où, il faut bien le dire, on croise plus rarement des hamsters, ils sont si nombreux qu’ils finiraient presque par former à eux seuls un sous-sous-genre. On aura ainsi évoqué sur ce site les exactions du CROCODILE DE LA MORT, et celles, nettement plus Z, d’un mémorable KILLER CROCODILE II.

Le film ALLIGATOR de Sergio Martino était une Arlésienne : j’en entendais beaucoup parler sans jamais avoir l’occasion de juger sur pièce. C’est chose faite avec la sortie d’un DVD de facture moyenne et en VF, laquelle nous annonce pour sa part que nous avons affaire en réalité à un caïman géant – mon oncle Hubert me souffle d’écrire que c’est caïman la même chose, mais je refuse de l’encourager.

Il est ici question du développement en pleine jungle d’une sorte de parc d’attractions à thème (le bien nommé pont du crocodile, ou un « radeau de Tarzan » qui va tenir le premier rôle dans la dernière partie du film). Bien sûr, cette construction implique une déforestation sauvage à visée touristique, qui se fait naturellement au détriment des indigènes locaux, les Kuma, dont l’histoire ne nous dit pas s’ils détiennent le totem symbole de leur immunité – et même si certains d’entre eux ont trouvé un emploi dans le parc. Alors qu’arrive le premier flot de touristes, ainsi qu’une équipe de photographes de mode parmi lesquels nos scénaristes vont piocher des héros pour l’intrigue (dont la jolie Barbara Bach), les tam-tams d’inquiétude et de contrariété résonnent perpétuellement en fond sonore : les Kuma sont mécontents de voir leur territoire ancestral souillé par l’homme blanc porteur de bob et mangeur de glace, et surtout ils craignent que cet affront à la nature suscite la colère de leur redoutable dieu-alligator, Kruna – et d’ailleurs, le moindre tronc d’arbre flottant provoque la panique chez les employés Kuma. Ces employés, payés avec des jeans, quelle condescendance, ont pourtant raison de se faire du mouron, et Thena, superbe mannequin noire, et son amant d’un soir, partis faire trempette en pleine nuit, sont les premières victimes de l’alligaïman.

ALLIGATOR dément rapidement sa réputation très Z en imposant un rythme étrange, de beaux efforts de montage, des cadrages soignés. Bien qu’il souffre parfois d’effets spéciaux un peu limites (rarement montré dans le détail et souvent sagement dissimulé par l’obscurité, Kruna l’alligator est assez grotesque en plein jour), le film tire moins vers le Z que vers la série B de bonne facture, et s’avère au final être un assez bon film d’aventures, preste et soigné. Quelques stock-shots animaliers tendance snuff, très à la mode dans le cinéma bis italien de l’époque (voir LA MONTAGNE DU DIEU CANNIBALE du même Sergio Martino, ou CANNIBAL HOLOCAUST de Ruggero Deodato), semblent ici avoir été écourtés au montage (scène du singe jeté aux crocodiles), ce qui, pour être tout à fait honnête, ne me semble pas dommage. Le film connaît un petit tassement en cours de route lorsqu’il se prend les pieds dans les poncifs du film catastrophe, mais relance astucieusement l’intérêt en nous montrant la troupe de touristes partir en mini-croisière sur le lagon à bord du « radeau de Tarzan », bien vite pris d’assaut par le vilain caïgator : lorsqu’ils tentent de rejoindre la berge, ils réalisent que les Kuma, excédés, ont décidé de mettre le holà, ont massacré le personnel de l’hôtel et exécutent à vue tous ceux qui tentent de quitter le radeau – autant vous dire que la croisière ne s’amuse guère, et que cette portion du film est particulièrement réjouissante. ALLIGATOR se regarde plus qu’agréablement, et bénéficie autant de la présence de Barbara Bach, très sexy lorsqu’elle est entravée sur un radeau en offrande à l’alliman, que de celle de ce personnage de fillette mal embouchée, interprétée par Silvia Collatina (LA MAISON PRÈS DU CIMETIÈRE), répondant au prénom de Minou, et passablement salasse quand elle mate les mensurations du héros avant de faire un clin d’œil appuyé à Barbara Bach. Aux innocents les mains pleines…

 

 

 

 

B comme… BLOODGNOME, de John Lechago (USA, 2004)

Nous restons dans le domaine du scabreux avec ce tout petit film tourné pour le marché de la vidéo, se déroulant dans les milieux sado-masochistes, comme l’annoncent ouvertement un générique bondage et une première séquence nous montrant les ébats d’un couple cuirs et chaînes, soudain lacéré par des créatures invisibles – ils étaient branchés scarifications, ils sont servis ! Et ces meurtres se multiplient dans les milieux SM. La police est perplexe, mais pas autant que le journaliste chargé de filmer les investigations : après une vilaine chute, son caméscope parvient à capter sur les lieux l’image de gnomes invisibles et voraces. Doutant de sa fragile santé mentale, le journaliste contacte une adepte SM qui va l’assister dans son enquête – non sans l’initier à des pratiques diverses et variées. Ils vont découvrir qu’une maîtresse SM très en vue et accessoirement dealeuse d’une drogue étrange (Julie Strain, grrrr miaou) détient dans son arrière-boutique une créature monstrueuse, sorte d’énorme vagin denté crachant des bébés gnomes lorsqu’il a été nourri de chair humaine et répondant au nom de « Maman », et que la drogue qu’elle distribue dans le milieu est secrétée par Maman, rendant la chair des sado-masos consommable pour ses gnomes.

Oui, c’est un peu compliqué et un rien tordu. Les gnomes en question ne risquent pas de rivaliser avec le Golum de Peter Jackson (bien qu’il soit un peu trop cabotin pour mon goût – j’ai un peu regretté que sa conception ait changé en cours de route, sa première apparition reste la meilleure, fermons la parenthèse), mais leur animation, effectuée sur le plateau, est correcte dans les limites de cette petite production, du reste plutôt mal réalisée mais emballée avec enthousiasme, et nettement plus érotique que la moyenne. Dommage que l’éditeur, Antartic Video, dont le catalogue est assez varié, ne propose pas plus souvent de la VO.

 

 

 

 

C comme… CHARLIE ET LA CHOCOLATERIE, de Tim Burton (USA, 2005)

Alors que les adaptations de contes, qu’ils soient littéraires ou de tradition orale, laissent le plus souvent franchement à désirer (les relectures par Disney sont à vomir), il est intéressant de constater que l’œuvre passionnante de Roald Dahl est globalement plutôt bien servie par le cinéma : sans être parfaits, JAMES ET LA PÊCHE GÉANTE de Henry Selick (malgré une musique pas fameuse), MATILDA de Danny DeVito (malgré la pénible petite Mara Wilson qui en fait des caisses) ou le remarquable et malchanceux LES SORCIÈRES de Nicolas Roeg (et son happy-end stupide imposé par la production – ce qui n’a pour autant pas aidé le film à être distribué !) restent des adaptations fidèles à l’esprit généreux, sardonique et impertinent de l’auteur, et des films plus qu’estimables. Pour faire plus court, je n’ai encore pas vu d’adaptation de Roald Dahl piétinant le matériau pour n’en extirper que la guimauve, comme c’est si souvent le cas pour un Hans Christian Andersen bien maltraité par le 7e Art – si les petites fans d’Ariel, la sirène qui chante avec des crabes, passent par là : mes petites chéries, en vrai, votre héroïne se suicide à la fin ; bonne journée.

Venons-en maintenant à cette nouvelle adaptation de « Charlie et la Chocolaterie » par Tim Burton (avant d’aborder prochainement celle de Mel Stuart). Deux mots sur Tim Burton pour commencer. L’impact de son très beau ED WOOD semble plutôt lui avoir joué des tours, suscitant par la suite des déceptions chez ceux qui attendaient de lui qu’il enchaîne sur une carrière d’auteur (quoi que ça puisse bien vouloir dire). Les déçus de MARS ATTACKS, SLEEPY HOLLOW ou BIG FISH, leur reprochant souvent leur maniérisme, semblent oublier qu’avant ED WOOD, Burton avait aussi réalisé BEETLEJUICE ou PEE WEE’S BIG ADVENTURE : Tim Burton a toujours travaillé avant tout sur la forme, faisant naître l’émotion de figures graphiques et très épurées (VINCENT), teintées d’une amertume plus ou moins accentuée, mais toujours sur un plan formel, qu’il soit esthétique ou narratif. Les faveurs tendent plutôt vers ses œuvres les plus noires (ED WOOD, BATMAN RETURNS), œuvres admirables et fortes qui sont pourtant minoritaires dans sa carrière, plus portée vers un divertissement dissipé, vif et par dessus tout graphique. MARS ATTACKS ne me paraît absolument pas plus creux que BEETLEJUICE, SLEEPY HOLLOW ne me semble pas plus artificiel qu’EDWARD AUX MAINS D’ARGENT – mais je n’ai personnellement jamais trouvé le cinéma de Tim Burton creux ou artificiel, même dans ses productions les plus récentes, déplorant simplement qu’il se soit perdu à deux reprises (BATMAN, LA PLANÈTE DES SINGES) dans de grosses productions dont la maîtrise lui a échappé. Je ne comprends donc pas vraiment en quoi son cinéma, qui a toujours été inégal, tant dans son inspiration que dans ses aboutissements, aurait régressé ou patiné dans la semoule ces dernières années, et je pense qu’il a sans doute été trop intellectualisé au début des années 90, ce qui le dessert aujourd’hui.

Mais puisqu’on parle de dessert, concentrons-nous maintenant sur l’adaptation en question. Tout d’abord, et contrairement au Dr Devo (voir son article), je ne suis pas convaincu par l’idée qu’il ait voulu « casser son jouet » en poussant jusqu’à ses dernières extrémités la laideur, le mauvais goût, l’artificialité, pour la simple et bonne raison que ces éléments sont en amont constitutifs de l’univers imaginé par Roald Dahl. Je pense au contraire qu’en jouant sur une esthétique saturée, bariolée et totalement irréaliste, Tim Burton est parvenu à transposer à l’écran les inventions totalement surréalistes du roman, abordant la direction artistique et la photographie comme de pures extensions des confiseries aux couleurs vives et aux saveurs fabriquées qui emplissent l’écran – qui est sucré quand on le lèche, j’en suis certain, même si je n’ai pas vérifié. En comparaison avec le développement de cet univers visuel improbable et constamment inventif, le générique d’ouverture en images de synthèse fait un peu triste figure – en contresens plastique avec ce qui s’ensuit.

La saturation jusqu’à l’écœurement oppose un contraste extraordinairement violent à la longue introduction, fondée sur une imagerie et une esthétique plus classiques, et bien entendu sur l’attente de la découverte du ticket d’or, sur laquelle Burton joue à merveille avec la déception et un suspense malheureux particulièrement efficace. Cette saturation visuelle a le grand mérite de ne pas se contenter de transposer fidèlement à l’écran l’intégralité des descriptions de Roald Dahl, Tim Burton faisant particulièrement preuve d’invention dans sa version très personnelle des oompas-loompas (qui a fait râler les intégristes du roman original) ; elle marque aussi le pas de la lassitude du personnage de Willy Wonka, dont Tim Burton a parfaitement bien compris la nature, et que Johnny Depp interprète à la perfection, sur un registre corrosif, profondément décalé et ostensiblement inspiré par la personnalité de Michael Jackson, option surprenante mais, il faut bien le reconnaître, franchement efficace.

Le traitement de ce personnage est sans doute ce qu’il y avait de plus difficile à développer, et c’est la plus grande qualité de cette excellente adaptation, qui parvient à conserver son ambiguïté (ses répliques cinglantes sont bien celles du roman) en la poussant complaisamment dans une direction cauchemardesque et hilarante, bizarrement pathétique et attachante. C’est aussi avec ce personnage que Tim Burton s’approprie véritablement le matériau d’origine : démarquant Edward aux Mains d’Argent dans sa première apparition en flash-back, Willy Wonka est l’objet d’un prolongement de l’intrigue imaginé par Tim Burton (son enfance auprès du sévère Christopher Lee, puis ses retrouvailles avec celui-ci), qui rejoint les thèmes déjà abordés dans BIG FISH et apporte au film un traitement et une résolution décentrées, moins focalisées sur Charlie lui-même, qui semble moins intéresser Burton. Cette relecture du personnage était un pari fort risqué, qui risquait de dénaturer le personnage et de faire sombrer le film en fin de course dans la guimauve qui, heureusement, ne s’étale que sur l’écran : par un savant dosage (voir la séquence assez brutale au cours de laquelle Charlie refuse le marché proposé par Wonka), Tim Burton et Johnny Depp ont su renforcer subtilement l’étrangeté un peu dérangeante du personnage, et plus encore la maintenir solidement dans la prolongation du récit qu’un autre cinéaste (ou un autre interprète) aurait tirée vers une émotion sucrée et moralisatrice. C’est assez prodigieux de voir le cinéaste insérer le personnage dans son propre univers sans jamais l’altérer ou le dénaturer, ce qui fait de CHARLIE ET LA CHOCOLATERIE un excellent film et une adaptation qui, une fois n’est pas coutume, donne véritablement le sentiment d’une rencontre artistique, harmonieuse et intelligente.

 

 

 

 

D comme… DAYDREAM BELIEVERS, de Neill Fearnley (Canana/USA, 2000)

Passons maintenant à cette biographie télévisuelle des Monkeys. Pour ceux qui ne les connaissent pas, les Monkeys est un groupe monté de toute pièce pour le développement d’une série TV mongoloïde (diffusée il y a quelques années sur Arte), dans une tentative de réponse américaine au phénomène des Beatles. Le film essaie d’ailleurs de temps à autres de faire aussi débile que la série en question (gags crétins à base de déguisements, accélérés à la Benny Hill), ce qui est humainement impossible. Le projet évoque irrésistiblement DANS LA GROTTE DE BATMAN, qui imaginait à la fois une aventure saugrenue mettant en action Adam West et Burt Ward à la recherche de la Batmobile dérobée dans une exposition, en parallèle avec la genèse de leur vieille série TV. Le résultat est loin d’être aussi sympathique.

On note quelques tentatives de mise en scène (l’introduction contemporaine glissant sans changement de plan dans le flash-back), et même une vague ébauche de propos social (Jimmy Hendrix sifflé, image des affiches des concerts collées par-dessus celles des militants de l’intégration), une poignée de scènes perdues dans un océan de stupidité – passe encore, et surtout d’ennui (interminables atermoiements des membres du groupe, en quête de reconnaissance artistique et de respectabilité). Superficiel, atrocement mal interprété (mention particulière pour le pauvre acteur chargé d’incarner Jack Nicholson, à pleurer de rire), le film ne se pose jamais les bonnes questions et s’embourbe peu à peu dans le « biopic » terne, linéaire, décérébré. Lassant, laid, pénible, le film ne nous prépare pourtant pas à l’ignominie de sa conclusion, nous montrant les Monkeys, amers, déçus, parachutés dans une visite d’enfants malades dans un hôpital qui les amène à relativiser très fort leurs propres déconvenues. C’est à vomir.

 

 

 

 

E comme… EVIL CULT, de Wong Jing (Hong-Kong, 1993)

Retour au cinéma hong-kongais après un VAMPIRE HUNTERS de sinistre mémoire. Ce n’est pas forcément la panacée, mais ça va déjà beaucoup mieux. Par contre (mais ça, c’est une composante de la production locale), ça va très, très vite, et il faut vite accepter de se laisser porter sans forcément chercher à comprendre les différentes implications d’un récit trop touffu, sans chercher non plus à mémoriser les noms des très nombreux personnages, au risque dans le cas contraire de vite baisser les bras et d’attraper une aspirine. Mais contrairement au mauvais film de Wellson Chin, EVIL CULT sait calmer le jeu et structurer, au sein de son chaos esthétique et narratif, de superbes séquences d’action ou de comédie.

Le film nous plonge dans l’univers des contes chinois, dans une intrigue construite autour d’une épée légendaire, objet de toutes les convoitises, et d’un orphelin (Jet Li) blessé à la mort de sa mère qui va suivre un parcours initiatique pour trouver la guérison et rompre enfin le vœu qui lui interdit de se battre. Pas toujours très maîtrisé, le film va puiser son inspiration dans le fameux ZU, LES GUERRIERS DE LA MONTAGNE MAGIQUE de Tsui Hark, parfois un peu complaisamment (il lui vole notamment le personnage de ce vieillard enchaîné à un rocher au fond d’un gouffre hanté). Il bénéficie par contre d’un sous-texte érotique malicieux qui permet de beaux passages de comédie, et de quelques morceaux de bravoure et de spectacle pur : les effets spéciaux, réalisés sur le plateau (pas d’affreuses images de synthèse comme dans VAMPIRE HUNTERS), sont parfois hallucinants, et quelques séquences superbes sortent vraiment du lot – dont une nous montrant Jet Li agressé par les cordes du luth d’une très belle renarde. Il faut probablement mieux être un peu client de ce type de cinéma pour pouvoir vraiment apprécier, d’autant plus qu’EVIL CULT n’est pas forcément ce qui s’est fait de mieux dans le genre, mais malgré une fin à l’emporte-pièce (après l’insuccès du film, la suite programmée n’a jamais été tournée), le spectacle est d’assez bonne tenue dans l’ensemble.

 

 

 

 

F comme… FOR THE CAUSE, de David & Tim Douglas (USA, 2000)

Retour à la série B avec ce FOR THE CAUSE qui ne paye pas de mine, mais s’avère de plutôt bonne facture, malgré un récit sans doute un peu trop inspiré par le scénario de l’intéressant PLANÈTE HURLANTE. Dans un futur indéterminé, notre monde est en guerre depuis près d’un siècle. Deux cités s’affrontent, très éloignées l’une de l’autre. L’ennemi est invisible et omniprésent, et l’une des deux cités livre le combat en envoyant des soldats au front et en utilisant la technologie des « sorcières », femmes livrant le combat à distance via des espèces de consoles générant à distance des créatures virtuelles et des barrières de protection – mais virtuelles ou pas, leurs armes peuvent aussi leur coûter la vie. Un groupe de soldats et de sorcières est chargé de traverser des contrées désertiques en direction de la cité adverse. En chemin, les traîtrises vont se dévoiler, et les enjeux, la cause en question, vont s’avérer de plus en plus dérisoires, ne servant que des intérêts d’état.

Malgré le manque de moyens évidents d’un film qui souffre un peu de son aspect cheap, les deux réalisateurs issus des effets spéciaux mettent le paquet sur une direction artistique ambitieuse, de plus en plus étrange au fur et à mesure que progressent les protagonistes : lorsqu’ils doivent enfin traverser la montagne qui sert d’enceinte à la cité ennemie, les décors deviennent totalement improbables, grottes obscures éclairées par des rochers aux couleurs vives et fluorescentes. Si les effets infographiques ne sont pas très beaux, la mise en scène, quoique très impersonnelle, reste soignée, et le film aborde son sujet avec sérieux et non sans une certaine finesse, ce qui est rarement le cas dans ce type de petites productions. Des ambitions louables qui font de FOR THE CAUSE une estimable petite série B, ni plus ni moins, et c’est déjà pas si mal, ce qui fait regretter une fois de plus l’absence de VO.

 

 

 

 

G comme… GARGOYLES, de Jim Wynorski (USA, 2004)

Jim Wynorski poursuit vaillamment sa petite carrière insignifiante, et après un Z sympathique (RAPTOR et son hilarant dinosaure-marionnette) et une série B à dormir debout (PRÉDATEURS MUTANTS et ses hideux lézards en images de synthèse), il enchaîne sans grande originalité avec des gargouilles sévissant en Roumanie, encore des images de synthèse pourries malheureusement. Emprisonnées grâce à une arbalète sacrée au XVIe siècle, les créatures ressurgissent lors d’un tremblement de terre, venant semer la mort, et accessoirement le trouble sur une affaire de trafic impliquant des agents du FBI.

Jim Wynorski soigne de plus en plus sa mise en scène (séquence du zoo très composée – sur le papier du moins), et parvient à se hisser péniblement au stade de la médiocrité, ce qui est sans doute un mauvais calcul, car son film perd totalement en caractère et n’a même plus le mérite de faire rire. Son film est donc d’une grande banalité, et il est du reste totalement dépourvu de mystère, ses créatures, pas très convaincantes pourtant, étant d’emblée et complaisamment dévoilées. Prêtre comploteur travaillant à l’avènement des créatures démoniaques, visite du repère sous-terrain des créatures plagiant ALIENS à deux sous de l’heure et grosse explosion finale – avant que les héros du FBI apprennent l’apparition d’OVNI en Sibérie (gag), le film se regarde à peine pour une séquence cocasse en roumain non traduit sur une grande roue, et pour sa direction artistique passable ; il s’oublie aussitôt après nous avoir ennuyé. Ça peut soigneusement s’éviter.

 

 

 

 

H comme… HALLOWEEN IV, de Dwight Little (USA, 1988)

Le Dr Devo a récemment éclusé les trois premiers films de la série des PSYCHOSE et l’étrange remake de Gus Van Sant, les deux suites imaginées respectivement par Richard Franklin et Anthony Perkins étant tout ce qu’il y a de plus honorable, et s’est arrêté à l’opus trois, faute d’avoir vu un quatrième volet de piètre réputation, signé, si ma mémoire est bonne, par Mick Garris. À défaut, je me propose de revenir sur une série nettement moins intéressante, celle qui s’est construite – à grands renforts de contresens et de pannes d’inspiration – autour de l’admirable HALLOWEEN de John Carpenter.

Nous glisserons brièvement sur les deux premières suites. HALLOWEEN II, réalisé par le tâcheron Rick Rosenthal (également aux commandes des OISEAUX II !), initie d’emblée la grossière erreur d’interprétation assimilant le croque-mitaine sublimé de la conclusion du Carpenter à un tueur masqué à la VENDREDI 13 en reprenant le récit à l’exact instant où le premier film trouvait sa superbe conclusion. Non, Michael Myers n’a pas disparu, il s’est juste relevé pour aller tuer les voisins, comme ça, pour faire joli. S’ensuit une traque ensommeillée dans les couloirs de l’hôpital, Myers poursuivant encore et toujours la pauvre Jamie Lee Curtis (brièvement confinée dans les slashers type LE BAL DE L’HORREUR ou LE MONSTRE DU TRAIN, dont elle aura par la suite su s’extirper avec un immense talent). Comble du comble, le scénario, écrit du bout des doigts par un Carpenter peu convaincu qui en a refusé la réalisation, se pique soudain de faire de Jamie Lee Curtis la sœur de Michael Myers, idée un peu stupide qui contribue encore davantage à affadir un sujet déjà bien ténu, qui ne fonctionnait (à merveille) dans HALLOWEEN que par la grâce du style de Carpenter, qui aura rarement été aussi épuré et percutant, et par la force de conviction qu’il avait su conférer au personnage de ce psychopathe échappé d’un asile, simple tueur masqué au début du film, littéralement transcendé dans une dernière demi-heure soufflante pour devenir le « boogeyman » des terreurs enfantines, immatériel, indestructible, irrationnel, doué d’ubiquité. Piètre prolongement.

Consterné par le résultat, Carpenter ne cède aux pressions pour rallonger la sauce qu’à la condition d’abandonner le personnage de Michael Myers. Il propose donc de poursuivre la série en imaginant pour chaque nouvel épisode une intrigue différente, la fête d’Halloween devant servir de simple fil conducteur, et confie la réalisation de HALLOWEEN III à son ami Tommy Lee Wallace (accessoirement spécialisé dans les suites casse-gueule, puisqu’il a également réalisé VAMPIRE, VOUS AVEZ DIT VAMPIRE II et un VAMPIRES II sur lequel nous reviendrons dès la deuxième partie de cet article, les choses sont quand même bien faites). Le film doit probablement sa réputation désastreuse à l’absence du tueur masqué et à la vive déception des fans du personnage, manifestement pas dégoûtés par la franche médiocrité de l’opus 2. Maladroit mais très original, singulier, très estimable, HALLOWEEN III reçoit une volée de bois vert à sa sortie, c’est un échec commercial cuisant, et Carpenter décide sagement de passer à autre chose. Le producteur Moustapha Akkad, détenteur des droits de la série, l’entend d’une autre oreille et compte bien raffler quelques billets verts de plus en prolongeant une série qui a fini par concurrencer en longévité celle des VENDREDI 13, pour ne devenir qu’une franchise sous respiration artificielle de plus.

Nous voilà donc arrivés à HALLOWEEN IV, qui marque naturellement le retour très dispensable de Michael Myers. Bon, bien sûr, c’est un peu difficile : il a tout de même fini dans les flammes, embrasé avec le brave Donald Pleasence dans l’incendie de l’hôpital. Qu’à cela ne tienne, sept ans ont passé à ne pas réfléchir, et les fans ont la mémoire courte. Michael Myers est donc bien vivant et interné, c’est comme ça, pas de questions, vous parlerez à mon avocat. À l’approche de la fête d’Halloween, comme c’est pratique, il doit être transféré dans un autre établissement. Dans l’ambulance, deux infirmiers évoquent l’existence d’une petite nièce du tueur fou vivant dans les environs, ce qui ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd : Myers sort tout à trac de sa somnolence, trucide les infirmiers et s’en va à la chasse à la nièce, à défaut de sœur, Jamie Lee Curtis ayant trouvé mieux à faire ailleurs, pas folle la guêpe. Entre donc en piste la petite Jamie (ha-ha), fille de Jamie Lee Curtis, elle-même balayée du récit d’un discret revers de la main gauche – on dirait qu’elle serait morte et que sa fille aurait été adoptée, d’accord ? (Bon, son grand retour dans le piètre HALLOWEEN, 20 ANS APRÈS, désastreuse tentative de rénovation d’une franchise mourante par un des réalisateurs de la série VENDREDI 13, tiens, tiens, nous apprendra qu’en réalité, elle vit plus loin, heureuse avec un grand fils, et qu’elle a en conséquence juste abandonné sa première fille, parce qu’elle était trop moche et ne sentait pas très bon). Jamie est une petite fille très malheureuse, car elle n’arrête pas de faire des cauchemars où elle est poursuivie par un Michael Myers qu’elle n’a pourtant jamais rencontré et dont elle redoute le retour, tout cela est très logique. Quant à Donald Pleasence, et bien, on dirait qu’il n’est pas mort non plus, oh, il est juste un peu brûlé sur la joue, mais le personnage était si cool, pourquoi s’en priver, coco ? Et il revient donc derechef prévenir la ville de la menace qui la menace, d’un ton sentencieux appuyé par de grands roulements d’yeux effarés.

Les bases de l’intrigue se voyant solidement (hem) posées, l’interminable et répétitif jeu de cache-cache peut commencer, long tunnel de « fuyons, il est ici ! » qui se caractérise par l’imbécillité d’un procédé consistant à nous montrer les personnages claquer des portes sur le tueur et cavaler comme des dératés, ce qui n’empêche jamais Myers de venir leur taper sur l’épaule dès qu’ils s’arrêtent pour souffler un peu. Le summum de la bêtise est d’ailleurs atteint dans la dernière partie, lorsqu’un groupe de personnages s’enfuit à bord d’une camionnette sans réaliser que Myers est à bord, le film appliquant avec la dernière des facilités le procédé facile et déjà usé jusqu’à la corde du surgissement – « fuyons, il est ici ! » – qui, par sa proximité avec les procédés cartoonesques d’un Chuck Jones période Vile Coyote, risque bien plus de faire rire que de susciter l’effroi.

Le médiocre Dwight Little tente bien d’utiliser son joli cinémascope pour placer des ponts stylistiques avec la mise en scène de Carpenter, mais il oublie l’essentiel : jouer de la profondeur de champ ! Sa réalisation s’assèche en deux temps, trois mouvements, coquille vide pompant certaines séquences de l’original (bavardages entre filles dans une voiture filmés à travers le pare-brise) et s’efforçant pitoyablement de reproduire de timides scènes filmées en caméra subjective qui évoquent bien davantage les rives de Crystal Lake par leur manque d’à propos et d’inspiration. Et après un climax foireux, le film tente une conclusion spectaculaire mais très tirée par les cheveux, en forme de boucle avec l’introduction du film de Carpenter. C’est ravissant, mais cette image choc sera prestement occultée dès l’amorce d’un HALLOWEEN V sur lequel je reviendrai une fois prochaine. En bref, un slasher de plus, et pas du meilleur cru, loin de là.

 

 

 

 

I comme… L'INSPECTEUR GADGET, de David Kellogg (USA, 1999)

Retour sur un film cordialement détesté à la première vision. Pourquoi perdre ainsi son temps, me direz-vous ? Et bien, le fait est que le Dr Devo apprécie ce film, pour des raisons qui, même à la revoyure, m’échappent totalement.

Adapté du célèbre dessin animé, le film démarre en fanfare avec un générique assez ignoble : passe encore sur l’animation en images de synthèse, d’une franche banalité, mais la reprise de la célèbre chanson du générique ici utilisée fait partie de ces rares assemblages de sons et de voix capables de me donner envie de me pendre ou de faire du mal à un animal. Passons, donc. Dès l’introduction, le film se lance dans ce qui me semble être une cause perdue d’avance : la restitution live de gags issus du cartoon. À l’exception notable de Joe Dante, qui est souvent parvenu à en tirer le meilleur parti du fait d’une mise en scène élaborée et bien plus fine qu’elle n’en donne l’air (voir LES BANLIEUSARDS), je trouve en général le résultat poussif et à ce point dénué de drôlerie qu’il en devient sinistre. L’espace d’un instant, alors que la première séquence s’achève sur la révélation fracassante qu’il s’agissait d’un rêve, je me dis : bon, fausse alerte, le réalisateur a balancé la sauce, maintenant il va affiner et faire partir le film dans une direction plus cinématographique. Eh ben non, il a trouvé son sac de café, et il mouline, il mouline.

Résultat, le film, déjà pas bien finaud (allo, finaud ?) – voir la scène du gourou, copieusement débile – en plus d’être ultra prévisible et convenu (double maléfique, lutte d’arrache-pied pour accéder à la reconnaissance de la communauté), s’enferre dans l’exploitation systématique d’effets visuels prenant le relais d’une mise en scène aux abonnés absents pour mieux générer des gags à la THE MASK qui feraient passer les SCOOBY DOO pour du Tarkovski. Bon, je concède au Dr Devo la présence effective d’un très vague sous-texte sexuel, bien qu’il ne soit en réalité pas très drôle et bien peu assumé, production Disney oblige (mais je pourrais faire le même reproche à l’ironie de surface du scénario, absolument sans relief). Mais rien n’y fait. Je trouve toujours le film laid à vomir, bête à manger du foin, empesé par une bande originale consternante et respirant le bâclage à plein nez. Allez, je vais faire un petit effort et faire un compliment au film : il a le mérite d’être court, une heure et dix petites minutes douloureuses.