[Photo : "Crime of the Element", par le Marquis]
Suite et fin de l’épisode 14, avec un taux sensiblement plus élevé de bons films. L'article étant trop long, les deux premiers titres (M, N) ont été reportés dans la première partie (lien ci-dessous) : nous commençons donc par un film en P comme…
 
LA PRINCESSE SUR LE POIS, de Boris Rytsarev (Russie, 1976)
Après la déconvenue de l’infect HANS CHRISTIAN ANDERSEN ET LA DANSEUSE, on tente une nouvelle fois de découvrir une adaptation des écrits inspirés (et adultes, bordel !) de l’écrivain danois, en touchant du bois pour que l’esprit de l’auteur et l’inspiration soient au rendez-vous de ce projet assez curieux, le conte adapté, qui n’est merveilleux que dans sa forme, étant particulièrement court : le russe Rytsarev va donc devoir considérablement rallonger la sauce, et comment va-t-il s’y prendre ?
Tout simplement en envoyant le prince en panne de princesse à la recherche d’une dulcinée de sang noble avec laquelle convoler, occasion de délayer la sauce à travers trois sketches d’inspiration très inégale : la première princesse est une idiote orgueilleuse qui finit le nez dans la boue, la seconde est une princesse cruelle envoûtée par un troll, la troisième est une esthète à la recherche du prince le plus inspiré dans le domaine artistique de son choix. Le dénouement, vous le connaissez si vous avez lu le conte, le prince rentre la queue entre les jambes chez ses royaux parents, pour tomber amoureux d’une princesse aux origines douteuses, mais qui fait preuve du bleuté de son hémoglobine en dormant très mal sur des légumes verts.
Mauvais film hélas ! L’humour russe est lui aussi très balourd, particulièrement lorsqu’il se pique de donner dans la fable morale, la bande-son est constamment bercée par les tubes de Vivaldi (pénibles Quatre Saisons trop présentes dans les prisunic et autres fast-food pour ne pas taper sur le système), et la mise en scène, engoncée dans son déballage de décors et de costumes, est franchement relâchée, le montage notamment laissant vraiment à désirer, à moins de fondre d’amour pour les grossières erreurs de raccords et pour les plans gelés juste assez pour avoir le temps de faire mal aux yeux au début de chaque nouvelle séquence.
On relèvera quand même le troisième segment (les auditions artistiques), de très loin le plus réussi ou le seul qui le soit vraiment, d’une ironie assez savoureuse, et qui comporte une scène de pantomime intéressante, le seul passage (bien trop bref) rendant un peu justice à l’humour et à l’univers d’Andersen. Ça ne pèse pas bien lourd dans un ensemble poussif et assez moche, il faut bien l’avouer…
 
R comme… LES REVENANTS, de Robin Campillo (France, 2004)
On tourne définitivement le dos au merveilleux plombé des plaines de Russie pour se lancer sans respirer dans un nouvel exercice d’équilibrisme dans le registre du fantastique made in France. Dans quelle section du fantastique français le film de Campillo (monteur du correct QUI A TUÉ BAMBI ?) va-t-il s’inscrire ? Dans le bon gros film de genre qui veut se faire plus américain que les américains ? Ou dans le fantastique propre et intellectuel qui voulait tant se faire appeler « cinéma de l’étrange » à l’époque glorieuse du lent et cocasse naufrage du défunt festival d’Avoriaz ? Plutôt dans la seconde, vous l’aurez deviné par vous-même, et on entre dans ce film en tâchant de ne pas se fermer d’emblée à la tentative, car ce serait agir purement par réaction, et être réactionnaire, c’est très mal.
Les morts reviennent sur terre, donc, et comme ils sont bien éduqués, ils ne semblent pas vouloir dévorer le contenu de la boîte crânienne de leurs proches, juste rentrer chez eux et retrouver un semblant de normalité… un semblant seulement, car ils adoptent des comportements singuliers, un étrange détachement à ce qui se passe autour d’eux. La réinsertion va être bien difficile, donc. Postulat étrange et assez irréaliste, voire symbolique – Campillo élude totalement la sortie des tombes, qui évoque fortement celui de la piètre série LES 4400 créée la même année, série au démarrage séduisant et intriguant, et au développement simpliste et franchement lassant.
Campillo pour sa part préserve son métrage du sentimentalisme de la série américaine, et maintient la part fantastique de son récit dans ce postulat de départ abstrait, gratuit et un rien opaque, sans jamais chercher à le justifier ou à l’expliciter, ce qui est une assez bonne initiative. Par contre, il n’échappe hélas pas au psychologisme un peu trop appuyé, soulignant trop souvent des enjeux explicites (le deuil vécu comme une crise mondiale) par des dialogues démonstratifs plus que par des idées de mise en scène. Visuellement irréprochable (très belle photographie), le résultat est aussi très froid, s’applique à faire sens tout en manquant cruellement d’expressivité – malgré des efforts manifestes, qui payent parfois. Au final, LES REVENANTS paraît quand même bien scolaire et appliqué, dénué d’audaces, vaguement constipé à force de retenue. Typiquement du fantastique pour ceux qui n’aiment pas le fantastique en somme, on y touche du bout des doigts, avec un excès de prudence, une trop forte volonté de signifier qui étouffe trop souvent l’implication, la neurasthénie des non-morts étant petit à petit un peu contagieuse.
Reste qu’il faut tout de même souligner le soin porté à la confection de ce film curieux et figé : quelques petites trouvailles visuelles intéressantes, une atmosphère parfois efficace (caméras infrarouges, ballons-sondes), quelques belles séquences isolées (l’enfant au balcon) dans un ensemble trop timoré pour vraiment fonctionner.
 
S comme… SUSPICIOUS RIVER, de Lynne Stopkewich (Canada, 2000)
Dommage, Lynne Stopkewich ! Remarquée pour son étonnant et nécrophile KISSED, la cinéaste canadienne aura bien vite sombré dans l’anonymat télévisuel après l’insuccès de ce SUSPICIOUS RIVER toujours interprété par l’étrange Molly Parker. Et dans la mesure où le DVD, pourtant francophone, ne propose à l’acheteur qu’une VO non sous-titrée, inutile de dire que ce film captivant, « dans l’esprit de TWIN PEAKS » nous informe Télérama (rapprochement comme d’habitude totalement erroné et superficiel, les lynchiens de prairie ont encore frappé, peut-être émoustillés par la présence fugace de l’acteur Don Davis figurant dans le casting de la série en question), ne risque pas de toucher grand-monde !
Climat étrange et oppressant pour ce film singulier construit autour du personnage d’une jeune femme, Leila (excellente Molly Parker, donc) se prostituant au bénéfice de la clientèle du motel où elle assure la réception. Stopkewich évite avec soin les clichés du type « enfer de la prostitution » en esquivant adroitement une approche réaliste et surtout un scénario à thèse. Le mot clé ici semble être Opacité. L’ambiance feutrée distille une tension, un désir et plus encore un mystère, un trouble profond renforcé par la façon qu’a la cinéaste d’embrasser la seule perception de son personnage principal, sans jamais chercher à tisser un regard objectif, moral, démonstratif, sur les événements auxquels elle est confrontée. La séquence du viol au début du film risque d’ailleurs de faire grincer des dents par le malaise que dégage cet étrange et dérangeant consentement de Leila, pourtant révélateur d’une quête intérieure que celle-ci ne parvient pas encore à identifier mais à laquelle elle s’abandonne. Au risque de s’exposer peu à peu au piège, à la violence, à la peur, à la trahison terrifiante de la dernière partie, terrifiante parce que la confusion de Leila contamine une mise en scène subtile, subjective. La conclusion du film est en ce sens remarquable, peut-être parce qu’elle ne choisit pas l’option très à la mode du twist psychologisant à deux balles : la compréhension, l’acceptation d’un élément introduit avec finesse dès le début du film, d’une étonnante délicatesse, tellement plus intense et émouvante que ces révélations assénées avec une lourdeur qui cherche si souvent à flatter l’intelligence du spectateur tout en le prenant pour un mal-comprenant. Le film ouvre ainsi une porte à son personnage, lui fait franchir une rivière et la libère sans occulter l’aspect symbolique de la séquence, sans le souligner au marqueur non plus. SUSPICIOUS RIVER éreinte les clichés attendus, ne tourne pas le dos à la part trouble de l’opacité, et y trouve une justesse touchante, une véritable singularité.
 
T comme… TOXIC AVENGER IV : CITIZEN TOXIE, de Lloyd Kaufman (USA, 2000)
Bien, la délicatesse et le tact, c’est fait. Passons maintenant à un plat plus orgiaque. La quatrième aventure de Toxie, le super-héros emblématique de la firme Troma, fait vraiment plaisir à voir : même si le personnage a acquis au fil des ans une réputation culte et populaire à la fois, au point de générer une série animée pour enfants, son créateur Lloyd Kaufman est bien loin d’avoir mis de l’eau dans son vin, et ce CITIZEN TOXIE assume avec bonne humeur une effarante vulgarité, un irrespect absolu, gore, débile et psychotronique franchement réjouissant : la férocité subversive n’a elle non plus pas été émoussée.
Autant certains Troma comme ATOMIK COLLEGE (CLASS OF NUKE ‘EM HIGH) ont le délire un peu poussif empesé par de gros problèmes de rythme, autant cet opus, en ne se donnant aucune limite dans le mauvais goût, enfonce l’accélérateur sans jamais décoller la pédale du plancher. Suite à un attentat dans une école pour « enfants différents » (le Lars von Trier des IDIOTS a certainement dû apprécier), Toxie est projeté dans un univers parallèle tandis que son double maléfique Noxie fait des ravages à Tromaville : le blanc devient noir, le bon devient mauvais, le montage alterné se fait aider du splitscreen et le bon goût se fait la malle. Casting de super-héros, mamie rendant l’âme dans un spectaculaire jet d’urine, porno gay 70’s où le gouvernement américain encule littéralement le Tiers-Monde, bad guy grimé en noir et livré en pâture au Ku Klux Klan, langue des signes revue et visitée, et j’en passe, le résultat est potache et assumé, gratuit et corrosif, débile et à hurler de rire, visuellement inepte et d’une belle vivacité.
Dommage que l’édition, comme toutes celles de la collection Troma (copies recadrées et de qualité vraiment douteuse), soit à ce point salopée par Sony – un des pires éditeurs DVD sur le marché. Mais il ne faut cependant pas passer à côté de cet opus sympathique, que sa liberté de ton et de confection rend presque anachronique : c’est une authentique série B d’une bonne santé insolente à une époque où le cinéma bis ne semble plus avoir sa place nulle part. Recommandé.
 
U comme… UNE CHAMBRE POUR QUATRE, de Jordan Brady (USA, 2002)
Rien à dire par contre de ce produit parfaitement anonyme et insipide – bonjour le contraste ! – qui n’a pour argument de vente que son casting – c’est un peu léger, doux euphémisme. Road-movie soporifique, marivaudage sage et convenu, encéphalogramme plat, et la vive impression de regarder un sitcom même pas désagréable, juste invisible et totalement dénué de talent ou de personnalité. Et c’est, dans le fond, le prototype de ce qui se fait de pire au cinéma : ce n’est même pas de la nullité, c’est juste une tiède médiocrité sans la moindre aspérité.
 
V comme… LE VAGABOND DE TOKYO, de Seijun Suzuki (Japon, 1966)
On termine cette sélection sur une note très positive avec ce film étonnant qui pourrait être au polar ce qu’a été SIX FEMMES POUR L’ASSASSIN au policier européen : Suzuki (ÉLÉGIE DE LA BAGARRE), avec cette histoire d’homme de main d’un gangster retiré des affaires qui tente de le protéger des rivaux cherchant à le dépouiller, adopte les codes et clichés du film de yakuzas, ceux qui m’ont même ennuyé dans le DEAD OR ALIVE de Miike, pourtant extrême et iconoclaste, pour mieux les malmener, les détourner, les disloquer par le biais d’une mise en scène formaliste assez impressionnante.
Narration accidentée, décors monochromes, stylisation, abstraction, l’ensemble surpasse aisément ses apparences de simple polar psychédélique. La structure du film est magnifique, et presque entièrement construite autour d’éléments occultés (ellipses vertigineuses, sans parler des séquences de confrontation – chaque affrontement s’interrompant brutalement à son apogée). Le montage s’adonne dans le même mouvement à des collages audacieux, fonctionnant par associations/appositions poétiques et assez virtuoses. Le récit mafieux ne devient que le prétexte à une expérimentation surprenante à l’artificialité assumée et revendiquée – séquences chantées, filtres obliques placés dans des décors nus, une obsession formelle qui évoque parfois la sensibilité d’un Ken Russell. Et je suis personnellement toujours assez admiratif lorsqu’un cinéaste parvient à balayer mes réticences en abordant d’une façon aussi originale et inventive un genre pour lequel je n’ai a priori pas la moindre attirance.
 
19 films visionnés, dont 9 au moins valent le détour : c’est donc presque du 50/50, on a connu mieux, on a connu pire, c’est à votre tour de découvrir !
[Photo : Le Marquis, d'après ELEMENT OF CRIME] 
ELEMENT OF CRIME
LE VAGABOND DE TOKYO
SUSPICIOUS RIVER
MESSIAH OF EVIL
NOTRE HISTOIRE
L’HOMME DE LA RUE
INTÉRIEURS
TOXIC AVENGER IV
LES DÉSASTREUSES AVENTURES DES ORPHELINS BAUDELAIRE
CRAZY KUNG-FU
LES REVENANTS
AMERICAN PARTY
LA PRINCESSE SUR LE POIS
UNE CHAMBRE POUR QUATRE
KILLER INSTINCT
LA LÉGENDE DE LA MOMIE II
GRANNY
FIRESTARTER II
BEYOND THERAPY
 
Et comme Zorro tient toujours ce qu’il promet, je vous propose comme ça, gratuitement, le Palmarès du meilleur et du pire visionné dans le cadre de l’Abécédaire au cours de l’année 2006. Comme ce fut le cas l’année dernière, mes propres habitudes de visionnage me tiennent le plus souvent éloigné des salles obscures, et m’amènent donc à vous faire part du meilleur – et du pire – de ce que j’ai vu cette année à domicile : trop peu de films vus sur grand écran, je n’ai donc pas même de quoi fournir un « top 10 ». Je relève tout de même du très peu que j’ai vu en salles les superbes TIDELAND et BUBBA HO-TEP, avec une petite tape sur la tête de Christophe Gans et des frères Quay pour les encourager à faire mieux.
Émanant de la télévision que je ne regarde à peu près jamais, le must se partagerait entre la redécouverte du MUPPET SHOW saison 1, celle de KINGDOM (L’HÔPITAL ET SES FANTÔMES) et Koh-Lanta. Sans oublier, bien évidemment, l’extraordinaire soirée passée devant VISU.
 
Les acteurs doivent aussi être flattés par nos préférences ? Tiens. C’est idiot, les seuls acteurs auxquels je pense spontanément sont les pires – Guy Boyd dans LA MACHINE À EXPLORER LE TEMPS, Sharukh Khan dans DEVDAS et KUCH KUCH HOTA HAI, Craig T. Sheffer dans LE PETIT CHAPERON ROUGE, et le zozo de MAGIC WARRIORS, Angus MacFadyen… Bon, concentrons-nous un peu…
La meilleure actrice cette année ? Je pense que le choix de Deborah Kerr s’impose, puisque trois de mes films favoris ont été édités en DVD cette année – LES INNOCENTS, LA NUIT DE L’IGUANE et LE NARCISSE NOIR.
Le choix du meilleur acteur s’impose tout aussi naturellement : la découverte des premiers longs-métrages de John Waters porte Divine à la plus haute place.
 
L’avantage certain, en constituant un best of des films visionnés dans le cadre des Chroniques de l’Abécédaire, c’est qu’en proportions, j’ai sans doute vu une plus grande quantité de très bons et de très mauvais films. Mon choix concernant les mauvais élèves exclue les nanars, dont les éléments les plus drôles ou les plus intéressants (car il n’y a pas que de mauvais films dans le lot), et pointe plutôt les films qui ont eu le don de, vraiment, m’énerver. Quatre sections donc, pour un palmarès, c’est somme toute très logique, réparti par lettres de l’alphabet – certains cinéastes pourront donc avoir la fierté de savoir que leur film est ce que j’ai vu de meilleur cette année dans les productions commençant, par exemple, par la lettre… Le lien pour chaque titre renvoie vers l’épisode de l’Abécédaire correspondant, ou, si le film n’a pas encore été chroniqué (ou l’a été très brièvement), vers l’article du Dr Devo. Les titres sans liens seront développés dans les tout prochains épisodes.
 
A comme…
Le meilleur : A HISTORY OF VIOLENCE de David Cronenberg (USA / Allemagne, 2005)
Le pire : À TON IMAGE d’Aruna Villiers (France, 2004)
Mention spéciale : AMERICAN WAY de Maurice Phillips (Angleterre / USA, 1986), AU SERVICE DE SATAN de Jeff Lieberman (USA, 2004)
Rayon Z : L’AUTRE ENFER de Bruno Mattei (Italie, 1980)
 
B comme…
Le meilleur : BLOODY BIRD de Michele Soavi (Italie, 1987)
Le pire : BEYOND THERAPY de Robert Altman (USA, 1987) – aucun respect pour les morts, tsss.
Mention spéciale : BLUE HOLOCAUST de Joe d’Amato (Italie, 1979) – très beau film.
Rayon Z : BLOOD DOLLS de Charles Band (USA, 1999), BLOODGNOME de John Lechago (USA, 2004), LE BAISER DU DIABLE de Georges Gigo (France / Espagne / Andorre, 1975)
 
C comme…
Le meilleur : LE CHÂTEAU DANS LE CIEL de Hayao Miyazaki (Japon, 1986)
Le pire : COLD AND DARK d’Andrew Goth (Angleterre, 2005)
Mention spéciale : THE CUBE de Jim Henson (USA, 1969), qui pourrait être l’ancêtre de VISU, une petite merveille dont je vous parlerai prochainement.
Rayon Z : LA COMTESSE NOIRE de Jess Franco (France / Belgique, 1973), joli film.
 
D comme…
Le meilleur : DO THE RIGHT THING de Spike Lee (USA, 1989)
Le pire : DAYDREAM BELIEVERS de Neill Fearnley (Canada / USA, 2000)
Mention spéciale : DESPERATE LIVING de John Waters (USA, 1977)
Rayon Z : rien, l’inintéressant DEAD MEAT ne mérite pas cette mention.
 
E comme…
Le meilleur : La trilogie « Europe » de Lars Von Trier (Danemark, 1984-1991) – THE ELEMENT OF CRIME, EPIDEMIC, EUROPA
Le pire : rien d’excessivement mauvais en E !
Mention spéciale : EXOTICA d’Atom Egoyan (Canada, 1994)
Rayon Z : L’ÉTALON ITALIEN de Morton Lewis (USA, 1970)
 
 
F comme…
Le meilleur : FEMALE TROUBLE de John Waters (USA, 1974)
Le pire : FLESH de Paul Morrissey (USA, 1968)
Mention spéciale : LA FIN ABSOLUE DU MONDE de John Carpenter (USA, 2005), et FRAGILE de Jaume Balaguero (Espagne, 2005), lequel aurait mérité une sortie en salles.
Rayon Z : LA FURIE DES VAMPIRES de Leon Klimowsky (Espagne / Allemagne, 1971)
 
G comme…
Le meilleur : GHOST WORLD de Terry Zwigoff (USA / Angleterre / Allemagne, 2001), le meilleur film en G bien qu’il ne casse pas la baraque non plus.
Le pire : GOUTTES D’EAU SUR PIERRES BRÛLANTES de François Ozon (France, 2000)
Mention spéciale : GOZU de Takashi Miike (Japon, 2003), bien qu’il soit très mal réalisé.
Rayon Z : THE GAME de Bill Rebane (USA, 1984), franchement improbable, celui-là…
 
H comme…
Le meilleur : L’HOMME SANS PASSÉ d’Aki Kaurismaki (Finlande / Allemagne / France, 2002)
Le pire : HANS CHRISTIAN ANDERSON ET LA DANSEUSE de Charles Vidor (USA, 1952)
Mention spéciale : HISTOIRE D’O de Just Jaeckin (France / Allemagne, 1975), l’étrange HAUNTS de Herb Freed (USA, 1977) et HEAVEN du trop méconnu Scott Reynolds (Nouvelle Zélande / USA, 1998)
Rayon Z : HERCULE À NEW YORK d’Arthur Allan Seidelman (USA, 1971)
 
I comme…
Le meilleur : ex æquo INNOCENCE de Lucile Hadzihalilovic (Belgique / France / Angleterre, 2004) et LES INNOCENTS de Jack Clayton (Angleterre, 1961)
Le pire : L’ÎLE de Kim Ki-Duk (Corée du Sud, 2000)
Mention spéciale : I BURY THE LIVING d’Albert Band (USA, 1958)
Rayon Z : IN THE WOODS de Lynn Drzick (USA, 1999)
 
J comme…
Le meilleur : LE JOUR DU FLÉAU de John Schlesinger (USA, 1975)
Le pire : JEUX PERVERS de Max Makowski (USA, 2002)
Mention spéciale : J’ADORE HUCKABEES de David O. Russell (USA / Allemagne, 2004)
Rayon Z : R.A.S.
 
K comme…
Le meilleur : KEOMA d’Enzo G. Castellari, qui m’a eu à l’usure (Italie, 1976)
Le pire : ex æquo KOLOBOS de Daniel Liatowitsch & David Todd Ocvrik (USA, 1999), dont je ne comprendrai sans doute jamais la bonne réputation, et KISS KISS (BANG BANG) de Stewart Sugg (Angleterre, 2000)
Mention spéciale : KING OF THE ANTS de Stuart Gordon (USA, 2003)
Rayon Z : LES KAMIKAZES DU KUNG FU de Yang Ching Chen (Taïwan, 1973), THE KILLER EYE de David DeCoteau (USA, 1999), KILLER CROCODILE II de Giannetto de Rossi (Italie / USA, 1990), et le premier n’est pas mal non plus !
 
L comme…
Le meilleur : LISA ET LE DIABLE de Mario Bava (Italie / Allemagne / Espagne, 1973)
Le pire : LES LOUPS DE KROMER de Will Gould (Angleterre, 1998)
Mention spéciale : LE LOCATAIRE de Roman Polanski (France / USA, 1976) et LÈVRES DE SANG de Jean Rollin (France, 1975)
Rayon Z : LA LÉGENDE DE LA MOMIE II de David DeCoteau (USA, 2000)
 
M comme…
Le meilleur : MANDERLAY de Lars Von Trier (Danemark / Suède / Pays-Bas / France / Allemagne / Angleterre, 2005)
Le pire : LE MAÎTRE D’ARME de Michael Kennedy (USA, 1993)
Mention spéciale : MESSIAH OF EVIL de Willard Huyck (USA, 1973), THE MANSON FAMILY de Jim Van Bebber (USA, 2003)
Rayon Z : MACISTE ET LES FILLES DE LA VALLÉE de Tanio Boccia (Italie, 1964) ou MALÉFICES de Maurice Devereaux (Canada, 1998)
 
N comme…
Le meilleur : LA NUIT DE L’IGUANE de John Huston (USA, 1964)
Le pire : NÉMO d’Arnaud Sélignac (France / Angleterre / USA, 1984)
Mention spéciale : NOTRE HISTOIRE de Bertrand Blier (France, 1984)
Rayon Z : NEMESIS II d’Albert Pyun (USA, 1995), LA NUIT DU CHASSEUR de David Greene (USA, 1991), NECROMANCER de Dusty Nelson (USA, 1988)
 
O comme…
Le meilleur : LOS OLVIDADOS de Luis Buñuel (Mexique, 1950)
Le pire : OBJECTIF TERRIENNE de Julien Temple (Angleterre / USA, 1988)
Mention spéciale : OPÉRATION PEUR de Mario Bava (Italie, 1966) et OBSESSION de Brian De Palma (USA, 1975)
Rayon Z : OCTOPUS II de Yossi Wein (USA, 2001)
 
P comme…
Le meilleur : PINK FLAMINGOS de John Waters (USA, 1972)
Le pire : LA PART DU SERPENT de Max Reid (Suisse / USA, 1994)
Mention spéciale : PRÉPAREZ VOS MOUCHOIRS de Bertrand Blier (France / Belgique, 1977), POMPOKO de Hisao Takahata (Japon, 1994), PALAIS ROYAL ! de Valérie Lemercier (France, 2005), PROPHÉTIE de Bigas Luna (Espagne / USA / Italie, 1981), ce dernier étant particulièrement bizarre…
Rayon Z : LE PETIT CHAPERON ROUGE d’Adam Brooks (USA / Israël, 1989)
 
Q comme…
Le Q se fait rare (ha-ha), et les deux films concernés vus en 2006 ne s’élèvent pas plus vers le très bon (le correct QU'EST-CE QUE J'AI FAIT POUR MÉRITER ÇA ? d’Almodovar) qu’ils ne sombrent vers le très mauvais (le piètre QUASIMODO – NOTRE-DAME DE PARIS de Peter Medak).
 
R comme…
Le meilleur : THE RALLY 444 de Jean-Christophe Sanchez (France, 2006)
Le pire : REIGN IN DARKNESS de David W. Allen & Kel Dolen (Australie, 2002)
Mention spéciale : ROBERTO SUCCO de Cédric Kahn (France / Suisse, 2001), ROMEO IS BLEEDING de Peter Medak (Angleterre / USA, 1993)
Rayon Z : RATS de Tibor Takacs (USA, 2003), REBIRTH OF MOTHRA II de Kunio Miyoshi (Japon, 1997)
 
S comme…
Le meilleur : SUSPICIOUS RIVER de Lynne Stopkewich – dont la carrière piétine depuis, hélas (Canada, 2000)
Le pire : SHEITAN de Kim Chapiron (France, 2006) et SAW de James Wan (USA, 2004), un diptyque à vous dégoûter du film de genre.
Mention spéciale : SIN CITY de Robert Rodriguez, Frank Miller & Quentin Tarantino (USA, 2005) et STITCHES de Neal Marshall Stevens (USA, 2000)
Rayon Z : SHADOW CREATURE de James Gribbins (USA, 1995)
 
T comme…
Le meilleur : TRAUMA de Dan Curtis (USA, 1976)
Le pire : TOUS LES MÊMES de Brian Burns (USA / Allemagne, 2002) et TERREUR.COM de William Malone (USA / Angleterre / Luxembourg / Allemagne, 2002)
Mention spéciale : TWENTY-NINE PALMS de Bruno Dumont (France / Allemagne / USA, 2003) – si tous les films ratés étaient de cette trempe ! – et TRICHEURS de John Stockwell (USA, 2000)
Rayon Z : TOXIC AVENGER IV : CITIZEN TOXIE de Lloyd Kaufman (USA, 2000)
 
U comme…
Le meilleur : UNE HACHE POUR LA LUNE DE MIEL de Mario Bava (Italie / Espagne, 1970)
Le pire : UN NOËL DE FOLIE de Joe Roth (USA, 2004)
Mention spéciale : U-TURN d’Oliver Stone (USA / France, 1997)
Rayon Z : URBAN CANNIBALS de Chad Ferrin (USA, 2003), UN WEEK-END EN ENFER de Bob Willems (USA, 2003)
 
V comme…
Le meilleur : ex æquo LA 25e HEURE de Spike Lee (USA, 2002) et VELVET GOLDMINE de Todd Haynes (Angleterre / USA, 1998)
Le pire : VERCINGÉTORIX de Jacques Dorfmann (France / Canada / Belgique, 2001) et 28 JOURS EN SURSIS de Betty Thomas (USA, 2000) – preuve de mon honnêteté, car c’est tout de même un film avec Sandra Bullock.
Mention spéciale : VIRGIN MACHINE de Monika Treut (Allemagne, 1988), LE VOLEUR D’ARC-EN-CIEL d’Alejandro Jodorowsky (Angleterre, 1990), LA VIE CRIMINELLE D’ARCHIBALD DE LA CRUZ de Luis Buñuel (Mexique, 1955)
Rayon Z : VIRUS CANNIBALE de Bruno Mattei (Italie / Espagne, 1980), LA VIPÈRE DU KARATÉ, dont je ne connais pas l’auteur, s’il souhaite se faire connaître…
 
W comme…
Le meilleur : WOLFEN de Michael Wadleigh (USA, 1981)
Le pire : WONDERFUL DAYS de Kim Moon Saeng (Corée du Sud / USA, 2003), WALKER TEXAS RANGER de Virgil W. Vogel (USA, 1991)
Mention spéciale : WENDIGO de Larry Fessenden (USA, 2001)
Rayon Z : WATCHERS II de Thierry Notz (USA, 1990), WITCHOUSE II de J.R. Bookwalter (USA, 2000)
 
X comme…
X-FILES : LE FILM se retrouve bien seul alors que tout le monde le regarde…
 
Y comme…
Le pire : Y A-T-IL UN FLIC POUR SAUVER L’HUMANITÉ ?, d’Allan A. Goldstein (Canada / Allemagne, 2000), peut-être une des pires comédies jamais réalisées.
Et ce film est le seul cité, car les autres ne sortent pas vraiment du lot : YI-YI m’a plu sans plus, Y A-T-IL UN FLIC POUR SAUVER LA REINE ? est amusant mais ne vaut pas une mention, et YONGGARY est un peu fade pour mériter d’être cité en (contre)exemple.
 
Z comme…
Le meilleur : ZOMBIE de George A. Romero (USA / Italie, 1978), dont j’évoquerai prochainement le montage américain, vu il y a peu.
Le pire : ZOMBIE HONEYMOON de David Gebroe (USA, 2004)
Mention spéciale : ZOO de Peter Greenaway (Angleterre / Pays-Bas, 1985) et ZELIG de Woody Allen (USA, 1983)
Rayon Z : ZOMBI 3 de Lucio Fulci (Italie, 1988)
 
Une année riche, en ce qui me concerne, et j’ai bien fait de vous en parler, je m’amuse.
Et vous ?
 
Le Marquis
 
 
Bande-annonce de l’épisode 15 : Une folle furieuse qui a vu trop de slashers s’attaque à une célébrité dont un météore menace pourtant déjà la vie désespérée. Et c’est l’épidémie. Alors que mamie se prend pour papy, un jeu pour milliardaires désœuvrés s’organise silencieusement, au cours duquel un parasite encombrant amateur de Ferrari est punaisé au plan meurtrier du cimetière dans lequel reposent, mais pas en paix, Janis Joplin et John Lennon. Leur assassin torturé est parti promener son spleen à Hong-Kong après la rétrocession, échappant de peu à la famille de Charles Manson et à son Démon Bleu lové près du berceau de la vie. Sa prochaine victime, transformiste notoire, est peut-être ce bossu qui communique par télépathie avec des rats mutants, qu’il préfère aux serpents exposés dans un centre de thalassothérapie déserté le soir de Noël, alors qu’on m’offrait une machine vierge capable de générer des nains par centaines.
 
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[Photo : "Affres de l'expectative", par le Marquis.]
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Mercredi 25 juillet 2007

recommander publié dans : Chroniques de l'Abécédaire
[Photo : "ABC pas trop tôt", par Le Marquis]
Il est de retour, soupira-t-il. 2007, c’est 2007, et depuis le début de l’année, je n’ai, à ma grande honte, signé qu’un seul article pour Matière Focale, et l’épisode 13 (suite et fin) remonte déjà à la fin du mois de janvier. Que vous dire, Maryse, c’est ainsi, je n’étais pas parti, je corrigeais toujours les articles de mon médecin traitant dans les meilleurs délais, réagissais parfois dans les pages de commentaires, et bien sûr je visionnais toujours des films, et toujours dans l’ordre alphabétique, selon ce système que vous avez peut-être oublié, Maryse, mais qu’un simple clic saurait vous remettre en mémoire si vous aviez la force de bien vouloir me pardonner mon manquement. Il faut dire que je n’ai pas non plus trouvé le temps de visiter les salles obscures, même pour INLAND EMPIRE ou BOULEVARD DE LA MORT qui me tentaient pourtant beaucoup, c’est tout dire. Quant à la rédactions des Chroniques, inutile de dire que j’ai un retard conséquent puisque la sélection développée dans cet épisode 14 a été visionnée au dernier trimestre – même si, là encore, le rythme de visionnage des films a lui même été en suspens pendant quelques mois, ce qui minimise la catastrophe et me donne l’espoir de pouvoir rattraper le retard sur la durée des vacances estivales. Allez, Maryse, souriez, pour faire oublier cette passade malheureuse, je vous proposerai en conclusion de cet épisode 14 un Palmarès des meilleurs et des moindres films visionnés de janvier à décembre, lequel vous consolera de l’absence, en cette année 2007 bien bousculée qu’est l’année 2007, d’autres palmarès, notamment tanakiens, et vous trouvera, je l’espère, en bonne santé.
Veuillez agréer l’expression de ce film en A comme…
 
AMERICAN PARTY, de Walt Becker (USA/Allemagne, 2002)
On démarre tout doucement avec ce dérivé de la série des “National Lampoon”, qui est aussi et surtout un dérivé de films comme AMERICAN PIE (d’où son titre en France), dont il adopte le versant faussement corrosif et caricatural en diable. Je trouve avec ce film les mêmes petits plaisirs et le même grand déplaisir ressentis à la vision de SLACKERS (défendu ici par le Dr Devo) : le film a ses moments de franche drôlerie (tout particulièrement pour une répugnante recette d’éclairs à la vanille) et un côté rentre-dedans un peu agréable, qui trottine aimablement sur les traces des frères Farrelly quand il moque cruellement les handicaps (mais sans le tact et la finesse). Et immanquablement, après avoir joué les trublions, AMERICAN PARTY (VAN WILDER : PARTY LIAISON en VO) s’empresse dans son dernier tiers de tristement rentrer dans le rang du conformisme le plus sucré, comme trop souvent. Et ce que la technique de ce film à la mise en scène un peu invisible annonçait déjà avec sa foultitude de « montages » plus porté sur la pop FM que sur Devo, le scénario l’étale complaisamment dans cette médiocre dernière partie. La charge trash fait encore un double-programme pas bien réjouissant avec cette célébration de la norme et du retour à l’ordre assez agaçante.
 
B comm… BEYOND THERAPY, de Robert Altman (USA, 1987)
Après un petit A comme amusant et antipathique, je suis franchement tombé dans la fange avec ce film de feu Robert Altman, mes excuses au décédé mais cette note ne va pas vraiment constituer un hommage flamboyant…
Altman, que j’apprécie très diversement, touche le fond avec cette petite tambouille de psychanalyse et de marivaudages bisexuels servie sur son lit de jazz d’ascenseur. Adapté d’une pièce de théâtre (ça se voit, d’autant plus que le découpage est indigent), le film étrille un casting de luxe tout au long d’une intrigue qui frise volontiers le grotesque (tous les personnages sont un peu fous sur les bords, et tous consultent chez deux psychanalystes voisins, bien vite impliqués dans l’intrigue), au lieu hélas de vraiment s’y vautrer. Les petites excentricités (fréquents bruits d’accidents de voiture hors-champ) lassent très vite, et même si la copie distribuée en DVD est manifestement un peu recadrée, cela n’explique pas la présence dans près d’un plan sur deux de l’ombre des spots, la photographie du film étant vraiment déficiente…
Bref, difficile de trouver un quelconque intérêt (ou simplement de résister à l’agacement grandissant) à cette soupe new-yorkaise (ou parisienne, Altman semble indécis, voir la « magie » - hem… - du plan final) mal fagotée, à voir pour mieux se remettre en tête les qualités du cinéma de Woody Allen pour ceux qui en seraient un peu dégoûtés. Et sans être un anti-Altman primaire, cet opus en particulier est tout particulièrement insupportable.
 
C comme… CRAZY KUNG FU, de Stephen Chow (Chine, 2004)
Moyennement aprécié par le Dr Devo (cliquez sur le titre pour avoir son point de vue complet), le film de Stephen Chow ne sera ici pas défendu becs et ongles, puisqu’il retrouve sensiblement les mêmes qualités (certaines) et les mêmes défauts (usants) de son précédent SHAOLIN SOCCER.
Bon points : un récit assez fantaisiste et imprévisible notamment, émaillé de séquences parfois assez séduisantes (je pense notamment à l’épisode de la cithare meurtrière au cours de laquelle un personnage central est brutalement mis hors jeu – mais cette séquence a été conçue et réalisée par Sammo Hung, il faut le préciser), et une bonne idée dans la structuration de la comédie – après une ouverture violente, stylisée et très irréaliste (atmosphère de film noir), c’est dans le quartier pauvre, par opposition au milieu des malfrats, que va se développer l’humour du film. Stephen Chow se perd malheureusement un peu en route et abandonne progressivement cette confrontation des genres.
C’est là que le film se délite : dans cet univers absurde où tout est possible, où tout peut arriver, eh bien, tout arrive, et CRAZY KUNG FU prend le risque de lasser et de ne plus pouvoir susciter la moindre surprise… particulièrement lorsqu’il s’enferre dans une avalanche d’effets visuels dont la conception, parfois franchement laide, reste problématique, et neutralise trop souvent la mise en scène. Le résultat est étrange et pas vraiment déplaisant, mais il n’en est pas moins bourratif et un rien fatigant.
 
 
D comme… LES DÉSASTREUSES AVENTURES DES ORPHELINS BAUDELAIRE, de Brad Silberling (USA/Allemagne, 2004)
Pas fameuse, cette sélection, pour le moment ! Au bout du compte, et alors que mes yeux étaient rivés sur le film suivant qu’il me tardait de revoir, la première bonne surprise est bien ce film de Silberling dont je n’attendais à peu près rien. Je précise au passage que je n’ai lu aucun des livres de Lemony Snicket, un peu refroidi par la lecture d’un unique volume de la série des « Harry Potter » qui m’avait fort peu impressionné à laquelle je les avais un peu assimilés. Fort peu impressionné aussi par l’unique film adapté des aventures du petit sorcier à lunettes qu’il m’ait été donné (ou plutôt imposé) de voir, c’est donc avec beaucoup de retenue que je me suis lancé dans le film de Brad Silberling, auteur de l’infect CASPER et du remake pas vu des AILES DU DÉSIR (quelle drôle d’idée).
Bonne surprise, donc, j’avoue m’y être plutôt laissé prendre. Le film s’ouvre très agréablement sur une séquence d’animation image par image, parodie du film pour enfants à la Disney avec lutin sosie de Oui-Oui et petits lapins mignons aux yeux de Bambi qui s’interrompt brutalement, une voix off très lovecraftienne nous annonçant que non, le film que nous allons voir va être bien différent. Superbe générique d’ouverture par là dessus. Le ton est donné, le film va donc jouer la carte du funeste, sans pour autant jamais jouer celle du mélodrame : le scénario évoque à la fois Dickens et Roald Dahl, non sans une certaine méchanceté assez rafraîchissante. Je ne dirai pas un mot du travail d’adaptation, n’ayant rien lu de l’auteur, mais le concept me semble en tout cas sincèrement séduisant.
Ceci dit, le film soulève tout de même une sacré question : Silberling a en fait réalisé un film de Tim Burton. Visuellement somptueux et de ce point de vue un peu au-dessus de la moyenne de la production dite familiale, le film retrouve d’ailleurs une partie de l’équipe technique de Burton, notamment Colleen Atwood pour les costumes et surtout le talentueux designer Rich Heinrichs. Ce qui m’a donné l’impression de feuilleter un très beau livre d’images, irréel et « joli », fortement teinté d’un académisme directement issu du style et de l’univers de Burton. Attention, le film de Silberling est vraiment agréable ; mais c’est aussi un produit conçu avec un style littéralement emprunté. Et la question s’adresse peut-être directement au réalisateur de BIG FISH, d’autant plus que Tim Burton a bien failli réaliser ce film lui-même (avec Johnny Depp dans le rôle de Jim Carrey) : quand sa propre personnalité créatrice devient une mode, un genre duplicable, où trouver les ressources pour avancer, évoluer ?
Mais la seule vraie grande réserve qui puisse être formulée contre cet assez bon film, c’est, une fois encore, le choix de l’acteur Jim Carrey, et sa performance à l’écran. Le rôle est difficile, d’autant plus que le personnage véhicule une somme de discrets anachronismes humoristiques, et ce qui m’agace le plus, c’est de garder en tête, tout au long du métrage, le fait que Jim Carrey soit capable de faire tellement mieux. Mais le cabotinage reste le cabotinage, et Carrey en rajoute beaucoup trop dans un registre bouffon pour ne pas nuire considérablement à la menace et au trouble que son personnage est supposé susciter : avait-il besoin de nous resservir les tics et grimaces du Grinch ?
 
E comme… THE ELEMENT OF CRIME, de Lars von Trier (Danemark, 1984)
On passe aux choses sérieuses avec le tout premier long-métrage de Lars von Trier, qui est également le premier opus de la trilogie « Europe » sortie en DVD il y a quelques mois dans une fort belle édition, que le Dr Devo a eu la brillante idée de m’offrir, qu’il en soit encore remercié. Inutile de préciser que les deux autres films de cette trilogie, EPIDEMIC et EUROPA, allaient squatter la place à la lettre E des deux épisodes suivants de ces Chroniques de l’Abécédaire, cette dernière assertion s’exprimant à l’imparfait eut égard au retard monumental pris dans la rédaction de mes articles, entre autres choses.
ELEMENT OF CRIME met en place les constantes formelles et thématiques de la trilogie en question, l’Europe bien évidemment, mais aussi la technique de l’hypnose, au centre des trois films. Ce premier épisode affirme son identité par une esthétique forte, caractérisée par une superbe photographie aux teintes monochromes, tons ocres, rouges, orangés, or… Il se caractérise surtout par une singulière direction artistique entièrement conçue sur l’idée de la verticalité : reflets au sol, trouées dans les parquets, architectures, fréquentes plongées (au sens cinématographique comme au sens propre !). Un travail formaliste impressionnant, complété par des plans-séquences souvent d’une beauté à couper le souffle, et par des effets de montage volontiers virtuoses – transition dans le plan entre une voiture jouet et celle de l’enquêteur Fisher.
Et c’est bien d’une enquête dont il est ici question, une enquête achevée lorsque le film démarre, mais qui a traumatisé son investigateur au point qu’il doit la reconstituer en étant placé sous hypnose. Les faits sont donc relus sous la lumière d’une perception singulière, développant un univers mental singulier, à la fois marqué par des images de décrépitude (eaux stagnantes, cadavre de cheval), et par la forme du film noir, ELEMENT OF CRIME évoquant parfois le cinéma d’Orson Welles ou de Fritz Lang – même s’il m’a également fait penser aux romans d’Abe Kobo ou au CURE de Kiyoshi Kurosawa.
On ressort de la vision du métrage assez lessivé, l’esprit habité par des atmosphères fortes (Fisher et la fillette dans cette cabane…), frustré par une enquête esquissée, incomplète, étrange, et dans le même mouvement comblé par cette très belle expérience sur la perception, parfaitement soutenue par une mise en scène remarquable.
 
F comme… FIRESTARTER II, de Robert Iscove (USA, 2002)
Et on retombe lourdement au sol après ces instants de flottement pour découvrir d’un œil morne la séquelle d’une plus toute jeune adaptation des écrits fleuves de Stephen King, le FIRERSTARTER réalisé en 1984 par Mark Lester, d’après le roman « Charlie ». Le film original, dont la jaquette nous apprend qu’il fit « un véritable tabac » (ah bon ?), souffrant d’une bien mauvaise réputation, n’était pas si mauvais dans le fond, surtout s’il faut le comparer à sa suite tardive, mercantile et franchement ratée.
Charlie, jadis interprétée par la toute jeune et alors pas bien bonne actrice Drew Barrymore, a grandi, elle est toujours capable d’allumer des incendies par la seule force de sa volonté, elle est toujours en fuite, toujours poursuivie par le méchant Rainbird (qui n’est plus indien, ni homme de main, ni même mort, c’est tout dire). Et elle est toujours bien mal interprétée par la piètre Marguerite Moreau, pas bien aidée il faut le dire par un scénario calamiteux – entre autres choses idiotes, je trouve assez cocasse que les dossiers des expérimentations top-secrètes gouvernementales soit stockées dans des archives universitaires où elles peuvent être consultées comme de vulgaires mémoires de maîtrise. D’ailleurs, comme c’est pratique, Charlie travaille incognito dans ces archives, cherchant quand elle en a le temps à en savoir plus sur ses origines, la gourdasse, alors qu’il lui suffirait tout simplement de prêter attention aux incessants flash-back de la première partie, nous résumant laborieusement un récit de toute façon totalement réinventé et simplifié à l’extrême. Et comment est-ce possible de les rater, ces flash-back que le réalisateur met subtilement en évidence par des passages au noir et blanc, voire à une photographie aux couleurs brûlées, ha-ha.
Mais comme cette purge adopte tout de même la durée coquette de près de trois heures (!!!), le récit embraye bien vite sur un duel entre l’adolescente chaude comme la braise et un petit groupe d’enfants mutants dirigés par les affreux hommes en noir, histoire de piller une fois de plus les idées d’AKIRA de Katsuhiro Otomo et de rappeler au (télé)spectateur que X-MEN, c’était quand même cool, non ? Pas de chance, cette soupe n’a semble-t-il pas trouvé d’échos suffisants pour générer une énième série TV.
 
G comme… GRANNY, de Boris Pavlovsky (USA, 1999)
Le film suivant est tout aussi nul, mais il a le très grand mérite de ne durer qu’une heure, et rien que pour ça, je l’adore. Enfin…
Produit par la firme bien mal nommée « Ambitious Productions Inc. », ce petit film semi-amateur n’est qu’un slasher inepte de plus, qui parvient malgré sa très courte durée à ennuyer copieusement son spectateur avant de lui asséner un twist déjà vu mille fois et mille fois mieux préparé (préférez plutôt revoir le sympathique WEEK-END DE TERREUR des années 80). On se console avec une VF bien nunuche et surtout avec un des pires travellings compensés qu’il m’ait été donné de voir sur un écran, ce qui a au moins le mérite d’être un tout petit peu drôle.
 
H comme… L'HOMME DE LA RUE, de Frank Capra (USA, 1941)
Après l’attachant LA VIE EST BELLE, découvert à l’époque de l’épisode 0 des Chroniques de l’Abécédaire, c’est L’HOMME DE LA RUE qui vient se faire chroniquer en ces pages, armé d’un beau sujet et handicapé par une copie pas bien brillante.
Beau sujet donc : en pleine crise économique à l’image du reste du pays, un journal licencie une bonne part de ses employés. Une journaliste fort contrariée fait de son dernier article une fausse lettre de suicide signée d’un inexistant John Doe. Contre toute attente, cette missive amère émeut l’opinion publique et les autorités politiques – moins pour le triste cheminement du pays que pour ce seul fantoche inventé de toutes pièces. La journaliste y voit aussitôt son intérêt, dévoile la vérité à ses employeurs et retrouve son poste avec pour mission de rédiger un bulletin régulier du très populaire John Doe. Très vite, cette popularité entraîne la nécessité impérieuse de dégoter un John Doe à montrer aux foules et à la presse, via un casting de mythomanes secrètement organisé par le journal. Au risque que le lauréat de ce rôle convoité (excellent Gary Cooper) ne finisse par le prendre un peu trop au sérieux…
Pas mal, n’est-ce pas ? Capra retrouve ici la finesse d’écriture qu’on lui connaît, supérieure peut-être à ses talents de metteur en scène. S’il sait montrer des images fortes (et ce dès le plan d’ouverture, avec le mot « free » arraché d’un mur au marteau-piqueur), sa réalisation paraît sans doute un peu plate (propre, fonctionnelle mais sans grande invention), mais elle est cependant largement compensée par un sens du rythme imparable et par une dernière partie plus soignée et surtout visuellement plus inventive. Ceci dit, le film brille sur deux heures de métrage d’une intelligence et d’une ambiguïté passionnantes : la forme est vive, humoristique, enlevée, mais le fond est étonnamment sombre, lucide. Alors que la seconde partie du film semble l’orienter vers une utopie de gentillesse et de générosité laissant derrière elle la sournoiserie et le cynisme de ses personnages principaux, le dernier acte apporte un merveilleux contrepoint noir et subtil – parvenant à faire naître une surprenante harmonie entre l’ironie désespérée et un humanisme sincère, non sans souligner à quel point les foules, tantôt solidaires tantôt déchaînées au gré des révélations et des formules, est manipulable à loisir. Et comme cette dernière partie est aussi esthétiquement la plus aboutie, L’HOMME DE LA RUE s’avère donc d’une très belle facture.
 
I comme… INTÉRIEURS, de Woody Allen (USA, 1978)
Grand admirateur d’Ingmar Bergman, Woody Allen saute le pas et réalise avec INTERIEURS son premier film dramatique, fortement sous influence, et à peu près totalement dénué d’humour, au grand dam de ses fans puisque le film aura à sa sortie en salles connu une légère déconvenue publique, accueil tiède d’ailleurs savoureusement parodié dans STARDUST MEMORIES. Le film dans ses grandes lignes n’est du reste pas sans défauts, certaines séquences ressemblant beaucoup aux mises en boîte du cinéma de Bergman : épure un rien décorative (dans tous les sens du terme), cadrages imitatifs (déjà placés dans l’excellent GUERRE ET AMOUR, mais sur un mode humoristique), symbolisme appuyé, interview des acteurs/personnages…
Revoir ce film – qui m’avait à une époque prodigieusement ennuyé – a été plutôt intéressant. INTERIEURS me semble un peu raté, mais il se démarque encore de ce qui va par la suite devenir une formule un rien immuable dans le cinéma de Woody Allen. Il est aussi marqué par une certaine naïveté renforcée par le sérieux de l’approche : tout est dans le titre ! Intérieurs vides hantés par des esprits tourmentés, enfermement constamment suggéré du personnage interprété par Géraldine Page, contrastant avec le chaos et l’ampleur du bord de mer lors de la (belle) séquence du suicide. Contraste évident également entre ce milieu aisé, intellectuel, pesant, et celui de Maureen Stapleton, belle-mère « normale », bavarde comme une pie, inculte, joyeuse… INTERIEURS paraît donc avec le recul bien simpliste et studieux, mais il faut souligner qu’il comporte tout de même quelques très belles séquences, particulièrement la dernière apparition, étrange, fantomatique, de Geraldine Page – très belle atmosphère silencieuse et subtilement onirique. Belles tranches de cinéma dans le cadre d’une œuvre sans doute un peu trop déférente envers son inspirateur, où la personnalité de Woody Allen paraît trop effacée.
 
K comme… KILLER INSTINCT, de Ken Barbet (USA, 2002)
Bon, le titre est affreusement banal, mais il s’agit au moins du titre original, à ne pas confondre donc, par exemple, avec le piètre SPLIT SECOND interprété par Rutger Hauer. Et c’est à vrai dire à peu près tout ce qu’a d’original ce petit slasher indigent, fonctionnel et sans réel intérêt. Le film s’éparpille un peu entre deux intrigues différentes sans en traiter une seule correctement, ce dont la conclusion aimablement immorale souffre beaucoup. D’un côté, nous avons Dee Wallace, journaliste lancée dans une enquête portant sur un vieux fait divers, menacée par des notables désireux de garder telle vérité dans l’ombre. De l’autre, une bande de jeunes ahuris décide de passer la nuit dans l’ancien hôpital psychiatrique désaffecté où a eu jadis lieu le fait divers en question, en profitant de l’occasion pour organiser une « chasse au slip », et pour se faire naturellement trucider par les pièges placés là par un mystérieux assassin.
Assommant et ridicule dans sa façon d’accumuler les fausses alertes toutes les cinq minutes, KILLER INSTINCT ne vaut vraiment rien, à l’exception d’une séquence vraiment idiote qui m’a fait rire : un lent travelling sur ce qu’on croit être une fellation en cours… mais le cadre finit par révéler que la jeune fille est en fait en train de sucer les doigts de pied de son copain. A ce stade, elle s’interrompt et s’exclame : « Désolée, ça marche pas pour moi : c’est… morteil ! » « It is toe much » en VO ? J’avoue que l’idée de revoir le film dans la langue de Shakespeare juste pour m’en assurer est un peu au-dessus de mes forces.
 
L comme… LA LÉGENDE DE LA MOMIE II, de David DeCoteau (USA, 2000)
Le film fait, très artificiellement, suite à un premier opus redoutablement terne, mais on essaie de se motiver en se disant que DeCoteau, sans atteindre les cimes du 7e Art, est au moins parfois capable de changer d’approche et de livrer une petite série B amusante et techniquement soignée, même si, une fois de plus, la copie proposée est en VF et surtout recadrée, dommage pour le cinémascope soigné du réalisateur, par ailleurs toujours fidèle à ses habitudes : le roi du plan basculé est toujours en forme, et toujours bien plus empressé de filmer des minets en caleçon et des torses masculins que des filles dénudées.
Bon, ceci dit, on déchante quand même assez vite : le film reste très laborieux et débouche rapidement sur une nouvelle soirée organisée par la sempiternelle bande de jeunes là où il ne faut pas, et comme je viens juste de m’en farcir une avec KILLER INSTINCT, inutile de dire que je n’étais pas forcément enchanté.
On fait le tri, nonobstant. Le film est interprété par une bande d’acteurs exécrables, et par l’actrice/productrice Ariauna Albright, fidèle des productions de Charles Band, une rouquine au physique improbable qui peut jouer indifféremment les étudiantes folles de leur corps ou les enseignantes coincées. C’est cependant le méchant teenager de la bande qui se fait remarquer, moins par ses talents d’acteur (nuls) que par sa spectaculaire tenue de descendant des prêtres aztèques (!), mi-cuir, mi-peau de léopard – avec jupe assortie. Il provoque le réveil d’une momie qui trucide mollement le casting dans un métrage au scénario vraiment inepte et à la technique rôdée certes, mais fort limitée, systématique et caricaturale. C’est un peu plus kitsch que le soporifique premier épisode, mais ça n’en est pas plus affriolant pour autant : on peut très bien s’abstenir de s’en imposer la vision sans s’en porter plus mal.
 
M comme… MESSIAH OF EVIL, de Willard Huyck (USA, 1973)
Le niveau remonte nettement avec ce passionnant et méconnu DEAD PEOPLE, premier des quatre longs-métrages réalisés par le cinéaste malchanceux Willard Huyck, dont les revers de carrière avaient été évoqués à propos de son 3e film, UNE DÉFENSE CANON. C’est aussi, sans doute, son meilleur film, et accessoirement l’un de ceux extraits du coffret « 50 Chilling Classics » qu’il me tardait le plus de découvrir – même dans une copie délavée, recadrée et en VO non sous-titrée, puisqu’il semble bien peu probable que MESSIAH OF EVIL soit jamais restauré et disponible dans une copie digne de ce nom…
Évoquant par moments le classique culte CARNIVAL OF SOULS, le film s’inscrit dans l’atmosphère du cinéma fantastique des années 70 dans ce qu’elle avait de meilleur, tout en préfigurant par son sujet le très intéressant RÉINCARNATIONS de Gary Sherman (petite bourgade à proximité de la mer dont les habitants ont un comportement étrange et pour le moins inquiétant). Et même s’il comporte quelques maladresses et souffre parfois d’une bande originale médiocre, le film impressionne et intrigue énormément par son ambiance irréelle, ses idées singulières, sa mise en scène originale et soignée, truffée d’initiatives étranges et de plans très aboutis (les autochtones contemplant la lune). Huyck privilégie le décalage musical (notamment dans l’impressionnante séquence du supermarché, passage véritablement glaçant et anxiogène), soigne une direction artistique un peu folle (particulièrement la maison du père de l’héroïne), détourne adroitement les clichés du genre (introduction du personnage de l’ivrogne du village qui forcément en sait long mais n’a jamais l’occasion d’en dire plus !) et emprunte à Hitchcock une célèbre idée de montage des OISEAUX pour une scène très forte se déroulant dans une salle de cinéma.
Sans être un chef-d’œuvre oublié, MESSIAH OF EVIL est donc tout à fait à la hauteur de la flatteuse réputation dont il avait bénéficié à l’époque, c’est un film cauchemardesque et mémorable, qui fait preuve d’une belle originalité, dans son scénario et plus encore dans sa conception aussi percutante que personnelle. Une de ces petites perles qui justifient et motivent l’exploration cinéphage de métrages enfouis sous la poussière. J'ajoute que, le film étant libre de droit, il vous est possible de le télécharger en toute légalité sur le site "Public Domain Torrents" en cliquant ici.
 
N comme… NOTRE HISTOIRE, de Bertrand Blier (France, 1984)
Comme je venais de le faire avec Woody Allen pour INTÉRIEURS, je reviens ici chez Blier sur un film qui m’avait à l’époque fait une impression un peu mitigée, éclipsé il faut le souligner par la maîtrise des films de la grande période (MERCI LA VIE en particulier) que je venais alors de découvrir.
Avec le recul, NOTRE HISTOIRE, avec sa narration décalée évoquant parfois par la petite bande celle de TRANS-EUROP-EXPRESS de Robbe-Grillet, semble déjà amorcer les expérimentations des films qui allaient suivre, une ébauche pas encore totalement aboutie dans la mesure où le film ne décolle pas vraiment : la faute sans doute à un casting un peu faible (Alain Delon et Nathalie Baye ne font pas vraiment d’étincelles), à une musique assez pénible (le classique marche tellement mieux chez Blier !), et surtout à des pannes de rythme qui rendent notamment la dernière partie un peu laborieuse, malgré quelques jolies trouvailles (le fleuriste et le frigo) et une conclusion délicate, très belle, introduisant un surprenant dédoublement de personnalité.
NOTRE HISTOIRE n’en reste pas moins très intéressant dans son humour décalé, son jeu avec la fiction, ses vagues de cruauté ou de tendresse toujours mises en abîme à leur point culminant. C’est du bon Blier, moins frontal que l’excellent PRÉPAREZ VOS MOUCHOIRS, mais pas encore aussi permissif et original qu’un film comme UN DEUX TROIS SOLEIL. En bref, c’est en tout cas un film qui va dans le bon sens – et vaut toujours bien mieux que la moyenne médiocre de la production française d’alors, et d’aujourd’hui.
 
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[Photo : "Elle va en voir de toutes les couleurs", par le Marquis]

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Mardi 24 juillet 2007

recommander publié dans : Chroniques de l'Abécédaire

[Photo : "En direct de chez la Baronne" par Dr Devo, d'après une photo tirée du MUPPET SHOW]

 

 

Chers Focaliens,

On continue les séances de rattrapage, et accessoirement le rattrapage de films français avec 2 DAYS IN PARIS, le nouveau et deuxième film de Julie Delpy, actrice française appréciable et bonne valeur à l'exportation. Elle avait déjà signé LOOKING FOR JIMMY, film quasi unanimement descendu, mais très apprécié par notre ami Bernard RAPP. Et figurez-vous qu'un jour, notre ami RAPP rencontre Julie Delpy dans les coulisses de la Cérémonie des Felix (Hilarant les Felix ! Je ne sais pas encore si ça existe : c'était la cérémonie des "oscars européens" ! Hihi !). Il s'approche d'elle, et lui dit en quelques mots, et peut-être même une phrase, que son film était passionnant, et là, Julie Delpy le regarde pendant 30 secondes avec visiblement le moteur de son cerveau en train de turbiner sur le mode "il se fout de ma gueule, ce con, ou il est sincère ?". Très gênée de ne pas trouver la solution, Delpy fit un timide merci et partit très vite. Fin de l'anecdote. [Ça faisait longtemps que je n'avais pas fait une petit crise de jeanclaudebrialisme, maladie dûment répertoriée par le docteur Chapman Graham sous le nom de "davidnivenism" : "Il se trouve que je connais ces gens-là"].

Julie Delpy, française exilée aux USA, débarque à Paris après un séjour en Italie, accompagnée par son petit-ami (enfin, son mec !) Adam Goldberg, avec qui elle vit depuis deux ans. Julie a encore un pied à terre à Paris, sous la forme d'un tout petit appartement (enfin, c'est quand même plus grand que chez moi !) dans un immeuble où vivent à l'étage au dessous sa mère et son père (joués d'ailleurs par Marie Pillet et Albert Delpy, les vrais parents de Julie Delpy dans la vie réelle). C'est la première fois qu’Adam rencontre ses beaux-parents. Et ça va être sans doute assez rock'n'roll, ou du moins pas triste du tout. Les parents Delpy sont un couple très nature, et ils n’ont pas leur langue dans leur poche. Très sympathiques et accueillants, ils sont aussi bruts de décoffrage, très francs et, par exemple, s'ils ont envie de s'engueuler l'un l'autre, ils s'engueulent à pleins poumons devant tout le monde. Et individuellement, ce sont de sacrés numéros : Madame est assez possessive et plutôt marrante, et Monsieur est une sorte de joyeux obsédé loufoque. Les deux parlent 3 mots d'anglais, et encore, ce qui ne va pas faciliter les échanges avec Adam. Bref, chez les Delpy, on passe les dialogues au gueuloir et ça bouge pas mal. C'est un énorme dépaysement pour Adam, qui découvre là les étranges mœurs culinaires, sociales, parentales des français ! C’est dur à suivre pour lui. La situation se complique encore lorsque Julie croise des anciens amis à droite et à gauche et bien sûr quelques "ex". Adam, un peu secoué par cette masse d'informations contradictoires, et lui-même personnage haut en couleur à l'esprit vif et ironique, commence à avoir du mal à suivre et se demande s'il n'est pas tout simplement en train de découvrir un autre visage de July et si son couple ne prend pas l'eau... Ces deux jours parisiens vont servir de test...

Le dispositif de LOOKING FOR JIMMY était bigrement intéressant. Le film avait été tourné en vidéo en 24 heures, à l'arrachée comme on dit, et selon un dispositif tout à fait passionnant et rigolo, puisque Delpy avait convoqué ses amis (pas tous acteurs) de Los Angeles à venir apparaître dans le film. Delpy avait une trame, mais pas de script détaillé, et ses amis devaient être à tel endroit à tel heure, et là Julie débarquait et tournait ses scènes vraiment sur le vif. Les acteurs jouaient quasiment leur propre rôle, et géraient les grandes ligne conductrices de l'histoire en improvisant. Le tout était tourné en une journée ! Ça, c'est rock'n'roll. Vraiment intéressant.
Je ne sais pas si 2 DAYS IN PARIS est tourné en deux jours, et après tout on s'en fout un peu. En tout cas, Delpy pousse quelque peu dans la même direction. Dispositif de tournage assez léger (mais pas inexistant), tournage in vivo dans la rue (mais pas tout le temps), usage de la vidéo, beaucoup de plans à l'épaule, légèreté du dispositif autant que faire se peut, et surtout tout le monde met la main à la patte pour faire la popote. Les parents Delpy y vont à fond et ont l'air de bien s'amuser, Goldberg tourne même des plans lui-même, Delpy aussi (qui signe aussi la musique et le montage d'ailleurs !), etc. Bref, ça bouillonne de partout, et on retrouve un peu cette attitude rock du premier film de Madame. Tant mieux. Si j'ai horreur des films français de couple à la sauce sauce "art-sans-essai" française, et surtout sans mise en scène, ici c'est quand même assez sympathique et largement au-dessus. Malgré une intrigue classique, on est vite emmené par une intro vive, avec voix-off, et son jeu de diapos/photos plutôt rigolo. Une fois ceci réglé, on rentre vite dans le vif, avec des personnages hauts en couleur quasiment tout le temps. On comprend vite l'enjeu : une quasi-comédie franche du collier, drôle, mais aussi très sentimentale sur le couple. Le tout est vraiment vif. Les dialogues sont assez chouettes et mine de rien, sans en avoir l'air, avec un beau mélange de naturel et de fabriqué (un des vrais plaisirs du film), ils emmènent le spectateur sur des nuances très sympathiques : Goldberg, un peu noyé sous les clichés français sur les américains, et qui a du mal à interpréter Paris et ses habitants en s'appuyant sur les idées théoriques qu'il a lui-même (c'est bien normal), a vraiment du mal à tenir l'équilibre et commence à voir le mal partout, ou plutôt à se sentir esseulé dans un monde bien étrange, où il se sent s'éloigner de Delpy sans vraiment comprendre pourquoi, ou du moins pas totalement. C'est assez enivrant, assez vif que ce propos mature dans un couple qui ne l'est pas moins, mais qui se retrouve confronté à un brouillage de lecture assez fort. Delpy utilise sans exagérer mais sur le ton de la comédie ces clichés réciproques, et surtout décrit les parisiens sur un mode assez corrosif qui les montre plutôt agressifs et/ou très sûrs d'eux. Là aussi c'est bien senti. Clichés ou vrais traits de caractère, caricature légère ou description plus "naturaliste", la frontière est floue et du coup le film va vite, nous noie un peu aussi sous les perceptions, et surtout aborde le sujet de manière très adulte, sans gnangnanterie de quelque sorte, ce qui n'arrive jamais dans les films français de chambre, et sans romantisme excessif. C'est assez drôle, vif, et donne l'impression tout à fait correcte d'être juste ! Alors évidemment, dès qu'un film est une comédie un peu rock mais adulte, dés qu'on sent que les personnages sont des gens censés et intelligents, ayant de la répartie et du caractère (et non pas des archétypes creux, cucul et romantiques comme le veut le genre), et comme personne n'utilise ce mode, on fait du davidlynchisme à propos de ce film. Nouveau concept ! Je m'explique : vous avez remarqué que quand un film ose sortir un petit peu d'une narration classique, tente vaguement le dis-narratif et le manque de repères, on dit, critiques comme spectateurs, "Ohlalalaa, ça rappelle David Lynch !". Lisez une BD de Daniel Clowes, c'est tellement lynchéen ! Ben non ! Le truc, c'est qu'il y a tellement peu de films osant des choses dans le domaine du narratif , et les gens allant voir des films tellement balisés (surtout en art-sans-essai) que du coup, tout ce qui est "bizarre" est lynchéen, même ce qui n'a strictement rien à voir ! Bref... Ici, c'est pareil, j'entends déjà les commentaires : "2 DAYS IN PARIS, c'est tellement Woody Allen !". Ben non, pas vraiment ! Et là aussi, c'est sans doute parce que les films un peu matures, terre à terre et drôles sur le couple, il n'y en a quasiment pas ! Passons !
Tout cela semble donc très agréable et fort bien écrit, notamment parce que les acteurs sont vraiment très chouettes, et insufflent une énergie et une personnalité réelles au projet. Delpy est vraiment impeccable comme d'habitude, avec un jeu précis et direct à l'anglo-saxonne. Elle a mille fois raison, et voilà qui lui permet de faire dans la nuance. CQFD. Goldberg est très chouette également et arrive facilement à donner du relief à son personnage. Notons la présence dans un petit rôle d’Adan Jodorowski (fils du poète-cinéaste de génie) dont les focaliens se rappelleront la présence, tout bambino, dans le sublimissime SANTA SANGRE de son père ! Aleskia Landeau (qui n'est sans doute pas la fille de Martin Landau !), dans le rôle de la sœur, est vraiment très bien et donne beaucoup d'énergie dans ses scènes. Ses petits moments avec Goldberg marchent très bien. Elle a du chien.
Si le film me paraît très sympathique, je serai quand même plus réservé sur la mise en scène. Je n'aime pas trop la photo (ceci dit, je crois que la copie, vraiment médiocre une fois encore, était vraiment tirée à la va-vite, si j'en crois les variations assez surréalistes de l'étalonnage), même si certains intérieurs sont assez jolis (je pense au champ sur Delpy, à la fin, après la "grosse explication"). Ce qui ne me plaît pas en revanche, c'est le cadre, très approximatif et pas spécialement beau en général, et l'échelle de plans très réduite qui empêche un peu toute tentative de montage signifiant, et cloisonne bien le film dans une perspective narrative passant par le dialogue. On pourrait dire que la mise en scène est beaucoup moins rock'n'roll que l'ensemble du film. C'est bien dommage ! Car le reste fonctionne bien. Mais il manque sans aucun doute, une vision esthétique, plus artistiquement personnelle au film. Bien qu'ayant passé un moment plutôt sympathique, et même un peu plus, il n'y a là vraiment pas assez à manger dans la réalisation, pour que je m'emballe vraiment dans le sillage du film. On reste un peu à l'extérieur, ce qui est vraiment dommage. Quand Delpy va régler le problème, je pense que son cinéma devrait largement décoller et surprendre beaucoup. Pour l'heure, voilà qui gâche un peu le plaisir, et même pas mal, quelle que soit l'aura de sympathie (et c'est le cas) que je peux avoir pour les projets de Delpy. Notre meilleure actrice (inter-)nationale (avec une ou deux autres), prépare actuellement un troisième film, un remake du film fantastique anglais COUNTESS DRACULA de Peter Sasdy avec un joli casting : Radha Mitchell, Vincent Gallo et Ethan Hawk ! C'est plutôt une bonne nouvelle que ce nouveau changement de registre, et je suis sûr que Delpy gardera son esprit purement rock'n'roll et personnel. Ça donne envie en tout cas. Mais pour l'heure, j'ai encore faim. [À noter que ça rigole énormément dans la salle, ce qui est assez normal !]

Traversons la Manche, mais sans effet. HOT FUZZ est le nouveau film de la paire Edgar Wright et Simon Pegg, couple réalisateur/acteur et aussi paire de scénaristes, dont on avait déjà apprécié le drôlissime et complètement désespérant SHAUN OF THE DEAD, beau succès populaire, et totalement mérité en plus, film qui m'avait déprimé et enthousiasmé au plus haut point !
Simon Pegg a la vocation. Depuis tout petit, il veut être policier ! Et maintenant adulte, c'est LE policier. Brillant physiquement, extrêmement entraîné et sportif, c'est aussi un remarquable cerveau, un esprit intellectuel étonnant et un sens de l'éthique irréprochable qui fait de lui le flic parfait. Il est compétent, apprécié par les citoyens, et son boulot, c'est sa passion. Malheureusement, il bosse avec des gens moins honnêtes ! Parce qu'il surclasse tout le monde au niveau professionnel et que ses résultats sont fabuleux, ses chefs le mutent à Sandford, petite ville connue pour son classement au palmarès "Village Fleuris d'Angleterre" et pour son taux de criminalité le plus bas dans le pays ! Bref, c'est un placard, mais Pegg n'a pas le choix, et il part en exil dans la ville qui a le moins besoin de policier dans toute l'Angleterre ! Sur place, il découvre des collègues complètement à l'opposé de lui-même : ils se la coulent douce, sont je-m'en-foutistes, ne se posent aucune question, voire même, sont assez stupides ! Très vite, Pegg détonne avec son sens rigoureux de la morale et du respect scrupuleux de la loi, mais le village est tellement tranquille que personne n'en prend ombrage. On lui donne pour partenaire Nick Frost (déjà copain de Pegg dans SHAUN...), un gros flic, complètement gamin sans être mauvaise pâte, et fils du chef de la police ! Bizarrement, une série d'accidents se déclenche dans le village, accidents qui finissent par la mort spectaculaire de quelques personnes sans histoire du village. Pegg est persuadé qu'il y a anguille sous roche, bien entendu, et que toutes ces morts sont des plus suspectes. Mais sa hiérarchie, habituée à une petite vie tranquille, ne veut pas se poser de questions, et refuse la thèse de Pegg selon laquelle un tueur rôde ! Et comme ils sont tous incompét