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[Photo: "ERTUEM!, ERTUEM!, and vegetables" par Dr Devo.]

Chers Focaliens,


Il aura fallu que l'ami Bill Yeleuze me fasse la leçon pour que j'aille en salles malgré un emploi du temps surchargé ne me laissant que peu de place ne serait-ce que pour exécuter les tâches basiques (manger, dormir...). Il aura aussi fallu une grande dose de courage pour enfiler un vêtement et affronter les condensations collantes du vêtement contre le bonbon, phénomène inévitable en ces temps de grandes chaleurs lourdingues comme celles-ci...



On avait déjà parlé ici de Louis Letterier à propos de son DANNY THE DOG, film pas formidable mais légèrement au-dessus de la moyenne des films que je vis cette semaine-là, jadis, ce qui ne veut pas dire grand chose, je vous l'accorde ! Breeeeeef.


Ça ne va pas bien du tout pour Banner, mais alors vraiment pas. Depuis qu'il a été exposé aux rayons gamma, suite à une expérimentation scientifique sur laquelle il travaillait, les choses vont de mal en pis. Pourchassé par le Général William Hurt, il se fait oublier dans une favela du Brésil tandis qu'il essaie de trouver un moyen de guérir de la terrible mutation qui le frappe : quand il s'énerve, il devient Hulk, créature monstrueuse et verte qui détruit tout sur son passage. Banner apprend donc à rester cool en toute circonstance et se cache parmi la population la plus pauvre qui soit.

Mais les meilleures planques ont une fin. Suite à un accident stupide, William Hurt retrouve la trace de Banner et envoie à ses trousses un commando sur-épuipé de l'armée mené par Tim Roth, soldat d'élite, spécialisé dans les missions ultra-difficiles et supra-confidentielles. Voilà la légion qui débarque dans la favela et il s'en faut de peu pour que Banner se fasse capturer. Cela dit, c'est fini la bonne planque et les pinas colladas à volonté. Banner doit rentrer aux USA pour retrouver des données qui pourront peut-être le sauver. Pour cela, il doit revenir chez lui et éviter de crois Liv Tyler, son amoureuse, afin qu'elle ne court aucun danger... Évidemment ça rate : Banner recroise Liv et en plus, le général Hurt lui a préparé un sacré comité d'accueil.



Par où commencer ? Tiens, si on essayait par ce qui fonctionne le mieux. Ça tombe bien, c'est le générique. A l'aide de nombreuses petites ellipses, pas extraordinaires mais assez rigolotes qui fonctionnent comme un vignettage, Leterrier fait un bon résumé de l'histoire, sans parole et en laissant place à la musique banalement pompière de Craig Armstrong. Rien d'extraordinaire, mais plutôt agréable.



Maintenant, le reste. BaaaaH... On sait assez vite à quelle sauce on va être mangé. HULK commence donc au Brésil, et encore plus à Closeupland, le pays du gros plans. Vous avez l'impression qu'on répète souvent les mêmes choses sur Matière Focale ? Vous avez raison ! Pour autant ne tuez pas le messager et attaquez vous directement à la source, à savoir les "réalisateurs" (le mot pose problème, on le verra plus bas). Comme la majorité des productions et la quasi-totalité des blockbusters, HULK à ce défaut fatiguant de ne faire quasiment que du gros plan. Bien sûr, on aura le droit à des plans de demi-ensemble "géographiques" pour présenter tel ou tel décor. Mais dans l'ensemble et particulièrement dans les dialogues, ici omniprésents, les tunnels de plans rapprochés n'en finissent plus. Et du coup que se passe-t-il ? (Allez, tous en chœur !) "Bah, y'a pas d'échelle de plans !" Bingo, vous avez gagné un yoyo en bois précieux du Japon avec une ficelle du même métal, comme disaient les poètes.  Pas d'échelle de plans, ou alors sans cohérence ni point de vue, et un montage en conséquence, généralement très mal goupillé, transformant notamment les scènes d'action (la première poursuite par exemple) en chapelet de plans individuels et indépendants dont je vous mets au défi de dire quelles sont les raisons de leur place et de leur agencement. Cette poursuite haletante donne clairement l'impression, par exemple, que Banner-Norton (ha oui, je vous ne l'avais pas dit, c'est Edward Norton, le gentil Hulk) et les militaires qui sont à ses trousses comme deux groupes faisant partie de deux films différents et qui ne se rencontrent jamais. Bref, dans ce contexte, c'est déjà cuit, adieu cinéma rêvé, il n'y a pas de mise en scène mais seulement de la mise en image. Rajoutez par là-dessus une photo désastreuse, vraiment très laide, tentant sûrement de cacher la misère du tournage en studio, et vous obtenez les bases du cocktail indigeste. Le paroxysme est atteint, dans un ensemble déjà médiocre et sans aucune personnalité, par les scènes d'actions à effets spéciaux, et là accrochez-vous, car ça ne rigole pas du tout.



Que se passe-t-il dans la tête des producteurs et du personnel réalisant dans ce type de production ? Comment peut-on se vautrer à ce point dans l'erreur sans que personne ne fasse de remarques quant à la médiocrité des effets ? Entraînement de groupe ? Atomisation du travail des effets entre trop de mains qui ne voient pas ce que leurs collègues font ? Inconscience pure ? Bon, on le sait, les effets spéciaux numériques ne sont pas vraiment ma tasse de thé. Je râle même devant les effets du KING KONG de Peter Jackson par exemple, dont la direction artistique me paraît douteuse. Ceci dit, ici, on est très loin, mais alors très très loin, de la qualité des effets dans le film que je viens de citer ! Bon, déjà, et ça n'aide pas, comme je l'ai dit, le découpage est absolument affreux, et bien sûr, par voie de conséquence, n'induit aucun rythme ni aucun point de vue original. On se demande même ce qui préside à la volonté de filmer telle scène d'action de cette manière plutôt qu'un autre, tant la mise en scène globale est hasardeuse. Évidemment, ça pue le story-board à plein nez ! On sent que ce sont les équipes d'effets spéciaux et le story-boarder, donc, qui président à la destinée de la réalisation. C'est vraiment une très mauvaise option tant ces gens ne connaissent absolument rien au cinéma. Ce sont en fait des graphistes, des relookers. Et là, on est gâté, car presque tout est complètement raté. Pas un peu, mais vraiment beaucoup. Et ...HULK finit par concentrer tous les modus operandi, et donc les défauts des grandes productions, ici réunis dans un grand cocktail de choses à ne pas faire.


Très embêtées par le cahier des charges concernant le monstre, les équipes d'effets spéciaux se trouvent devant un gros problème : comment rendre moins synthétique cette créature qui n'a pas de poils (le grand soucis de ces gens-là, en matière d'animation numérique) et qui n'est pas fait non plus de métal, ni en bois précieux du Japon ?   Bah, c'est très dur ! Alors la solution c'est le rendu-image. Rires. L'option choisie est de créer dans tous les plans spéciaux un effet de tremblé ! C'est tout. En fait c'était simple, la solution était sous nos yeux! Le résultat est édifiant. Les personnages ou les objets numériques n'apparaissent jamais nets et bien sûr, quand on couple ce fait aux options de mise en scène et de montage hasardeux où le plan s'atomise lui-même sans aucune conséquence sur ses petits camarades (les autres plans, quoi !), on obtient un mélange des plus drôles :  c'est au mieux très laid, c'est souvent cheap, et puis dans beaucoup de plans, et même de plus en plus à mesure que l'on avance dans le film, on comprend de moins en moins se qui se passe à l'écran. Ha bah oui, dans la séquence finale, on voit un truc vert qui se bat (ou qui fait l'amour... Dur de distinguer quoi que ce soit dans ces circonstances) contre une masse beige. On entend du bruit dans la bande-son. Une explosion par exemple. Alors on se dit : "tiens, quelque chose a du explosé" et effectivement on distingue une tache jaune dans le fond du plan suivant. Au bout de trente secondes de ce régime, l'ennui profond s'installe. Ça devient de la radio. On pourrait passer des extraits du dernier clip de Britney Spears que ça n'en serait pas moins absurde. C'est laid, c'est illisible et surtout on ne sait pas du tout ce que ces gens font. Si ça trouve ils font des roulades ou jouent à pierre-feuille-ciseau. Comment savoir ?

Il y a même une très rigolote série de plans, très courte (une dizaine de secondes), absolument hilarante. Tim Roth vient de se transformer en monstre mutant. Il détruit un building et saute dans la rue. Deux soldats le suivent. Et là, j'ai cru que j'allais pleurer de rire en voyant le plan en caméra subjective qui suit. Et il résume tellement bien le problème de ce film (on peut donc apprendre en s'amusant ! Merci docteur !). Dans ce plan, on voit une ruelle qui débouche sur une autre rue perpendiculaire. Quand il commence, Roth le Monstre s'échappe. Premier effet pourri, comme d'habitude, le plan tremblote sa mère, comme votre mamie Jeannette avec son parkinson ! Premiers rires. Le monstre s'engouffre dans la rue perpendiculaire et disparaît du champ : immédiatement le plan cesse de trembler et devient net ! Gag ! Puis on entend des bruits de pas du monstre, des pneus qui crissent et là on voit au bout de la ruelle deux pauvres voitures (pas numériques, elles) s'encastrer mollement l'une dans l'autre, dont une avec le capot enflammé comme dans un bon vieil épisode de L'AGENCE TOUS RISQUE. La messe est dite. Incapable de faire cohabiter deux actions conséquentes et consécutives, HULK se vautre dans une surenchère numérique, mouais, mais surtout d'une laideur incommensurable, et dés qu'un effet "réel" arrivent dans le champ, on voit comme le nez au milieu de la figure qu'ils ne savent plus du tout quoi faire, ni comment, ces pauvres gens. On peut se moquer des incrustations et des fonds bleus des époques passées, mais il est très clair que le cinéma d'effets spéciaux d'aujourd'hui a vraiment perdu en qualité, paradoxalement, à l'heure ou débarquent tous les outils informatiques  les plus puissants et qui devraient, sur le papier, aboutir aux effets les plus soufflants du monde. L'avancée technologique, encore une fois, est placée aux mains de gens qui n‘ont aucune sensibilité artistique, et la complexité des systèmes de productions (trop de commanditaires, trop de producteurs, trop d'équipes avec beaucoup trop de gens, et manque global de coordination, manque de temps, puis manque d'un capitaine qui dirige l'aspect artistique du navire) fait que, d'un strict point de vue d'efficacité, en utilisant les dernières inventions technologiques, on obtient des résultat très en dessous de n'importe quelles productions à gros budget ! Quelle horreur !



Bon, il y a quand même des passages de bravoure ! Certaines scènes sont encore plus croquignolettes que d'autres. La première bataille sur le campus est hilarante. (À un moment, Hulk balance un truc. On se demande bien ce que c'est. Puis, on voit un autre machin rouler sur la pelouse du campus. Puis, on voit un truc exploser ! La classe!). Dans cette séquence, la photo est particulièrement immonde, je vous la conseille ! Le passage avec Liv Tyler et Hulk sous la pluie est très drôle aussi. Après un premier plan assez joli (sans rire... quand on les voit remonter la rivière), c'est un festival en deux minutes : situation très très mal écrite, jeux désastreux de Tyler (mais que pouvait-elle faire d'autre, la pauvre), photos immondissimes, gros problèmes de proportions (qu'on retrouve pendant tout le film... Évidemment quand on se débarrasse de l'échelle de plans, ça complique les choses ; sur le campus, on s'aperçoit que Hulk ou William Hurt ont exactement la même taille !), hommage maladroitissime et opportuniste à FRANKENSTEIN, incrustations immondes (bien loin de la qualité des effets de productions bien plus modestes des années 80, cqfd), et situation débile ! Un must ! Voyant que le rendu est désastreux, nos faiseurs ont donné à l'image un aspect volontairement artificiel, sans doute pour cacher la synthèse sous un hommage à la bande dessinée qui anéantit la cohabitation de l‘actrice et du monstre de synthèse dans le même plan. Dans cette scène, on est assez proche de la direction artistique de VAN HELSING ! Il fallait oser relever le défi ! LA séquence finale, assez inconséquente, très attendue, est pas mal non plus et ose tout, mais malheureusement on en voit rien de compréhensible... Quel dommage ! Les mateurs de faisan au caviar vont être ravi.



Apparemment, la post-production a été une sacrée paire de manches. Leterrier et Norton se sont bien opposés. Ça arrive souvent, ce n'est pas extraordinaire. Dans l'affrontement entre l'acteur et le réalisateur, on apprend quelque chose, de la bouche même de Leterrier qui dit, grosso modo, que le premier montage du film qu'on lui a proposé durait trois heures et était super-lourd. Bon. On aimerait bien voir ça, nous, pervers focaliens! Mais dans cette anecdote, l'intéressant est ailleurs. Letterier avoue par cette phrase qu'il n'a pas participé au montage ! En fait, dans ce genre de productions, le réalisateur n'est qu'un yes-man ou une sorte de consultant qui va se contenter de dire "là c'est trop long, là ça manque de rythme, ça on peut couper », etc... Question : Leterrier est-il encore le réalisateur du film dans ces conditions ? c'est pourquoi dans cet article, je mets dans son titre que HULK est réalisé (contractuellement) par Letterier, ET par ses monteurs ! Restons juste et précis. Je ferme la parenthèse.



Côté scénario, si on sent effectivement la coupe brute, que dire ? L'ensemble est fadasse, gnangnantissime et absolument dénué d'enjeu dramatique de quelque sorte. Les acteurs sont complètement enfermés. L'intrigue est allégée au maximum et ne contient aucun paradoxe. Comme dans beaucoup de films du genre (chose très conteporaine que j'avais remarquée dans le premier SPIDERMAN d'ailleurs), le moindre enjeu dramatique est désamorcé et lissé. Aucune noirceur n'apparaît, et la narration finit par ressembler à celle d'un roman Harlequin (je ne parle pas du contenu évidemment, mais du découpage narratif). C'est là aussi, d'une pauvreté affligeante, et d'un romantisme insupportable. Tout est utilitariste au possible, avec même une mention spéciale aux seconds rôles, totalement mongoliens et qui réapparaissent dans l'action dans une grande vague splendouillette (le méchant ouvrier, la voisine-collègue...). Le film finit même par  endroits à ratiboiser large, en incluant des scènes débilistiques de haut vol, comme ce passage en taxi, destiné à séduire le jeune spectateur par l'humour et qui arrive comme un cheveu sur la soupe (au faisan !) tant le film est d'un absolu premier degré. Un paradoxe pour un film dont la cible effective est les enfants de 6 ou 7 ans. Contrairement à leurs réputations, ces gros blockbusters coûteux ne s'adresse pas à la masse ou aux teenagers mais bien aux jeunes enfants. À huit euros la place, HULK est très clairement une escroquerie, et très largement un des très mauvais film que j'ai pu voir cette année, pourtant riche en choses ratées ou insupportables. Allez, ho, dehors les clowns !



Sympathiquement Vôtre,



Dr Devo.   



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Jeudi 31 juillet 2008

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi

[Photo: "...and it feels like home." par Dr Devo.]



Baaaah, non, pas question de capituler alors que le beau temps s'installe, et de céder aux oukases des braves gens et d'aller se dorer le cancer on the beach. Matière Focale vous évite cette corvée et y substitue des plaisirs bien plus intéressants et jouissifs, comme le meurtre par exemple.


Alors, difficile de dire ce qui s'est passé dans la tête de Chuck Parello, ici réalisateur et scénariste, en se lançant dans cet improbable projet qu'est HENRY PORTAIT OF A SERIAL KILLER 2. En voilà une bien étrange idée. Pour ceux d'entre vous qui ne connaissent pas l'original, réalisé par John McNaughton, je vous conseille de lire le bel article du Marquis qui, à l'époque, nous vantait à juste titre toute l'originalité et la splendeur de ce film surprenant qui avait su si bien nous prendre à contre-pieds par son ambiance glaciale, rêche, parfois grotesque et toujours bouleversante. Ça fait beaucoup de paradoxes, autant que de raisons de voir ce très grand film. Parello a longtemps bossé pour la boîte de production de McNaughton, et le voilà sur les traces de son aîné à travers ce projet un peu stupide, raison suffisante pour qu'on jette un œil à cette bobine improbable d'autant plus que les bacs à soldes regorgent de copies de ce HENRY... 2 qu'on peut acheter neuf à 2 euros !



On retrouve donc Henry le serial killer, alors qu'il est on the road, dans un hiver bien froid et bien humide d'une petite ville des alentours de Chicago. Sans le sous, naviguant de soupes populaires en centres d'hébergement d'urgence, Henry finit par échouer devant une entreprise qui installe des toilettes mobiles en plastiques (le genre qu'on trouve dans les concerts ou les grandes manifestations publiques), entreprise qui cherche justement un ouvrier. Henry obtient le job, absolument non qualifié, et passe son temps à charger et décharger des toilettes, voire à les siphonner et les nettoyer. Il rencontre là Kai, un ouvrier non qualifié aussi qui lui propose un toit et le couvert. Henry cohabite donc avec son nouveau collègue, sa jolie femme, et la sœur de celle-ci, plus jeune encore, dessinatrice complexée et marginale. Henry ne tarde pas à découvrir que Kai, bourru mais relativement généreux, ne fait pas que récurer les WC publiques. Pour arrondir les fins de mois, il met le feu à des bâtiments et des usines dont les propriétaires veulent arnaquer leur assureur. Très vite, il propose à Henry de l'accompagner dans ces escapades pyromanes, tellement mieux payées que les jobs ouvriers...



Il faudrait faire un jour la liste des films dont la possibilités d'une suite serait ridiculement absurde. Il paraît qu'un DONNIE DARKO 2 est dans les tuyaux, d'ailleurs, soit dit en passant. JULES ET JIM 2, INDIA SONG 3, par exemple. On sent venir ici le coup cupide de l'exploit' sans complexe, visant à nous refourguer un sous-produit alors que la production n'a fait qu'acheter la "licence" de départ, histoire de vendre du dvd à tout va et pour pas cher. (Cela dit, rappelez-vous de l'article que nous avions consacrés à PSYCHOSE et à ses belles suites !) Le film original de McNaughton est un véritable chef-d'œuvre, et malgré son sujet, le film est effarant tant il arrive, avec un sujet aussi essoré que celui des séminoles-qui-leurrent, à nous plonger dans un univers mental d'une rare émotion et d'un dépaysement total. Alors, vous pensez bien, l'idée d'en faire une suite cheap pour le direct-to-video, n'est pas une perspective très ragoûtante.


Parello, malgré tout, trompe gentiment son monde. Michael Rooker, sublimissime dans le film original est ici remplacé par un acteur de télé, Neil Giuntoli qui, du reste, lui ressemble assez vaguement pour faire une jolie jaquette qui trompera l'acheteur pressé qui, le confondant avec le dit Rooker donc, encore frissonnant du très grand travail de l'acteur achètera cette suite les yeux fermés. Comme Rick Komenich qui joue Kai, Giuntoli propose un jeu borné mais franc du collier qui permet de jouer sur des nuances relativement antinomiques que permet le sujet. Carri Levinson qui joue la sœur freak, elle, y va encore plus à fond, de manière presque caricaturale en assurant au final, et c'est un paradoxe réussi, à donner pas mal d'ampleur à son personnage hautement improbable.


Plus qu'une suite, ce HENRY 2 est une variation presque totale sur les thèmes du premier épisode. Les créatures souffrent, on initie au meurtre, et on détruit au hasard ou presque. La grande différence de ce canevas semblable, et elle est de taille pourrait-on dire, est que l'initié loin de dépasser son Pygmalion pathétique, a bien du mal à encaisser le processus, même s'il se donne à la tache. De son côté Parello tient à placer son film dans une ambiance non pas de grande ville sale, mais plutôt dans le contexte des faubourgs des villes moyennes ouvrières, ici joliment décrites comme des sortes de mouroirs froids où aucun espoir n'est permis sinon de toucher son chèque (si on a la chance de travailler à un emploi sinistre) pour pouvoir acheter de la bière bas de gamme et des cigarettes. L'effet de microcosme marche bien, les personnages étant dressés de manière assez rapide et sans beaucoup de chichis pour les rendre relativement attachants. Parello place là-dessus une musique très années 80 de série B (synthés symphoniques, et un joli thème bien interrompu par une guitare électrique). Et c'est là le charme du film, en plus de ces personnages. C'est effectivement un budget et un mode de production de série B, et à bien des égards, la narration suit aussi cette démarche. Mais dans le même mouvement, Parello s'attache à ne pas transformer son film en simple film d'exploitation. L'ambiance est sèche, les décors simples. On ne cherche pas à faire passer les vessies pour des lanternes ou à singer le thriller séduisant. Le tout reste banal et glauque, mais donc dans un cadre moins underground et moins brut de décoffrage que le film de McNaughton. C'est donc plus balisé, et c'est une des raisons pour laquelle le casting fonctionne plutôt bien. En éloignant un peu la série B, Parello garde la froideur de son sujet, évite de faire son petit malin, et livre un récit assez ouvert. Les ellipses sont assez nombreuses et les meurtres souvent cachés ou camouflés, ou alors, mais plus rarement, frontaux quand les personnages sont en situation de grands malaises. (Regardez un peu le making-off où on voit des plans dans le meurtre du couple qui ont été tournés mais pas montés ; le choix de Parello avec le plus gore des effets du film est vraiment intéressant puisqu'il s'agit d'introduire une part de grotesque plutôt que d'insister sur la violence elle-même. Le  plan sur la tête du mari, entre voyeurisme artistique et ridicule est bien mis en exergue.) Le scénario suit tranquillement ce genre de pistes en confrontant les idées de réalité et de figuration, qui, et c'est troublant, n'expliquent en rien le passage à l'acte. Henry, ici décrit d'abord de manière pathétique, est progressivement décrit comme de plus en plus lointain et froid. Pas grand-chose n'est expliqué. La fraternité  a un goût des plus rêches. On détruit les existences anonymes, et se faisant, soi. La haine est une survie.  On euthanasie l'autre sans rien lui demander pour éviter de se suicider soi-même. Très vite, le thème de l'identité est amené sur le tapis, balayé ensuite par les questions de la violence sociale et celle des rapports de force.


Si le scénario manque un peu d'huile, ou mélange un peu les thèmes quelquefois de manière moins adroite, la mise en scène, sobre, est plutôt soignée. Le montage est sans chichi, mais en contrepartie, les décors sont bien exploités. On  a e droit à une photo plutôt travaillée avec quelques points plus originaux, et le cadre et les mouvements de caméras, sobres également mais présents, sont assez délicats et soignés. Ici ou là, par endroits, on observe même un joli plan ou deux.


Si on est trèèèèèès loin de l'impact émotionnel du premier opus et de la souffrance insupportable et exacerbée que mettait en scène McNauhgton de manière si pathétique et bouleversante, HENRY... 2 reste un petit film assez atypique dans son genre, sans avoir vraiment l'air d'y toucher, et même s'il développe une ou deux idées plus originales, il reste une version light, modeste du sujet original, loin d'égaler la violence métaphysique et cosmique de l'original, mais fait avec suffisamment de tact ici pour toucher. Le film de Parello paraît donc soigné et est très loin de faire le trottoir comme le sujet pouvait le laisser supposer.



Bill Yeleuze.





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Mardi 29 juillet 2008

Recommander - Publié dans : Corpus Analogia


[Photo: "Qui c'est le Babru..?" par Dr Devo d'après des dessins tirès de la bande-dessinée GHOST WORLD de Daniel Clowes.]



Pour ce nouvel article, acceuillons sans plus tarder un nouveau rédacteur dans l'équipe de Matière Focale... Bienvenue à l'intéressé, et bonne lecture à vous, chers focaliens...

Dr Devo.







L'an 2067. Une banlieue chic du comté de Jackson and Son's. Un Beau pavillon à trois étages.
Ding Dong (La sonnette). Tac tac tac tac tac (Des talons sur le parquet). Kikac'  ( Ouverture de la porte). Une blondasse (Fausse) bien apprêtée (Quoique ça dépend), le regard éberlué, s'écrie juste après un petit gémissement ; « Oh ! L'Ultime Saut Quantique ! ». Après quoi s'évanouie t-elle. Et oui, tu ne t'attendais pas à ma visite maintenant ma petite.



Résumé d'un précédent épisode :



C'est l'été 2008, les jeunes filles sont en fleurs, et comme je suis célibataire et aux abois, cela ne peut me laisser indifférent. C'est pour ça que je t'avais donné rendez-vous ce mercredi 25 Juin 2008. Je t'avais appelé en te disant "tu voudrais pas ..." et tu m'avais répondu "bah ouais carrément, ça kiffe ...". Je t'ai attendu une vingtaine de minutes en face du Balto où nous nous étions donné rendez-vous, le temps de refuser à deux reprises un enrôlement forcé à Tistou et la Paix Verte et Amour-Action-Générations-Futur. (C'est d'ailleurs la même petite brunette qui m'interpella les deux fois, avec un tee-shirt différent of course, peut-être avais-je un ticket to ride avec elle, auquel cas si j'avais su que tu ne pointerai pas ton petit minois, j'aurai tenté ma chance, une jolie jeune fille qui défend autant de nobles causes, ça ne se refuse pas !) "Hein Gwendo !". Et finalement tu n'es pas venue et tu ne m'as même pas rappelé, chienne. Sous un beau soleil d'été (Vous sentez cette bonne odeur de vécue! Bah en fait non, mais c'est pour habiller), après dix minutes d'attente supplémentaires, je me suis dit qu'il était grand temps d'agir, ni une, ni deux je me rend au cinéma le plus proche pour aller voir les sorties de la semaine. SEULS TWO d'Eric et Ramzy, très bien, leur dernier film, STEAK, réalisé par Quentin Dupieux (Mr Oizo pour les intimes) avait été une bonne surprise. Il faisait partie de ces films français, trop rare, qui tentent de nous proposer autre chose. Maintenant je me demande, pourquoi tu n'ai jamais venue à ce rendez-vous et pourquoi n'as tu jamais répondu à mes appels ? Quelle est ton problème Gwendo, mise à part ton prénom de merde, (mais pour ça, on peut pas t'en vouloir). J'ai évidemment une réponse à proposer, et là le lecteur, amateur de blog intimiste où l'on en dit long sur soi même, et que ça intéresse tout le monde, se demande bien laquelle est-ce, il bave même sur son clavier le cochon, à moins qu'il n'ait en même temps ouvert une page PornHub en même... Mais, le blog ayant bien voulu m'héberger, à savoir Matière Focale, étant un blog de cinémA (Avec un grand A comme Anu...) torchicolons vite cet article sur le film d'Eric et Ramzy pour en revenir à des choses beaucoup plus sérieuses ensuite. En fait, on dirait bien que les deux compères (Je veux dire Eric et Ramzy qui sont à la réalisation cette fois) hésitent à lâcher les chiens complètement pour nous offrir quelque-chose de complètement absurde et de délicieux. Ce qui nous donne une comédie bien fade, pas vraiment drôle et bigrement mal mise en scène. Pourtant la trame scénaristi-queue - fermer la parenthèse - était plutôt alléchante ! Cela doit être d'ailleurs très plaisant d'aller voir le film sans en avoir rien entendu... Ce qui me paraît néanmoins difficile. Enfin si ce n'est pas le cas...


Vous pouvez fermer les yeux.


Eric est un policier minable qui n'arrive à rien. Ce dernier à pour objectif de mettre la main sur Ramzy un gangster beau gosse mais pas très futé qui arrive cependant à berner systématiquement le policier. Un jour, les deux bonhommes sont amené à errer, pour une raison que je vous laisse découvrir, et jouer au chat et à la souris dans les rues désertifiées de Paris. La raison du pourquoi est au demeurant assez belle dans le fond et cela aurait pu donner quelque-chose de très touchant si le film n'avait pas retenu les rênes de l'absurde et de la poésie siouplé ! (Et si la mise en scène avait était soigné et un peu ambitieuse, mais on peut pas trop en demander non plus!). Grâce à cette « aubaine » ils vont tenter de sortir Ramzy d'une mauvaise passe avec des gangsters plus fort que lui et à qui il doit de l'argent... 


Vous pouvez rouvrir les yeux.


Donc une trame plutôt sympathique, malheureusement entachée par une sous intrigue toute pourrie et bien peu originale, histoire de donner un peu de "sens" au film qui aurait pu s'en passer, comme ce fut le cas pour STEAK. Justement, une chose qui m'avait particulièrement intéressé dans STEAK, que je vous invite vraiment à voir, c'était l'utilisation des comiques Eric et Ramzy tels qu'ils peuvent être dans leur spectacles ou à la télévision, mais là dans un contexte totalement décalé, où leurs petites frasques comiques n'étaient plus si drôle que ça. Elles étaient parfois même dérangeantes (Notamment cette séquence en début de film où Eric se débat comme un autiste parce qu'il ne veut pas qu'on lui fasse de piqûre... A partir de là un sentiment très étrange t'avait alors parcouru Gwendo, et qui c'était poursuivi tout au long du métrage, et même encore après... ce n'était pas moi) Ainsi dans STEAK, on ne peut pas dire que Mr Oizo ai fait joué E & R à contre-emploi, c'est en fait l'environnement dans lequel il les a plongé qui rendait le film si étrange et absurde. Aussi dans SEULS TWO retrouve t-on, un tantinet, ce jeu assez particulier des deux acteurs, qui jouent sur plusieurs niveaux, parfois à la limite du grotesque et du ridicule (comme si ils faisaient exprès de mal jouer) et d'autres moments plus "justes". Malheureusement l'habillage étant tout à fait insipide cette fois, cela ne marche pas, ou plutôt, cela marche comme une petite comédie bien franchouille et bien ratée comme il se doit. A noter que nous nous serions tout à fait passés des caméos d'acteurs tendances tel que les Omar et Fred Burger, Benoît Magie-Magimel et vos idées ont du bon goût - (bien à côté de la plaque ici !) ou encore Edouard Baer. C'est cool de faire jouer les potes, mais à part le fait que ce soit "cool", je vois pas trop l'intérêt dans le cas présent. K.Scott Thomas, elle, pue. A la limite seule Elodie Bouchez m'a paru sympathique dans le lot des acteurs secondaires, d'autant plus plaisant que je ne l'avais pas reconnu au début! Retour en l'an 2067, Paf (petite tape amical sur les fesses liftée de Gwendo) . "T'es pas d'accord avec moi Gwendo ?". Gwendo : "Si si, bien sûr". "Bon, bah voilà, je passais juste te dire bonjour. A plus Gwendo !"



Salutations
 


L'Ultime Saut Quantique.







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Mardi 22 juillet 2008

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[Photo: "...une voix s'éleva au fond de la salle pour réclamer une abolition quelconque au nom du respect culturel, tandis que Jesus s'incarna simplement sans que personne ne le remarque dans un collier, ce qui ne provoqua aucune réaction, fut-elle modeste, tant il était évident pour tous que, ce soir là, qu'il fallait faire la fête et célébrer le chaos factice, pour ne pas dire virtuel, tellement prisé, à l'époque, dans les milieux favorisés.] 



Photographie par Mek-Ouyes.




 

 

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Lundi 21 juillet 2008

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[de gauche à droite: l'empereur se réveilla de mauvaises humeurs (gauche), il avait encore faim (droite)]






Photographie par Mek-Ouyes. 

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Vendredi 18 juillet 2008

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[Photo, de gauche à droite: la foule se pressant aux soldes et saluant l'ambassadeur du N.]







Photographie par Mek-Ouyes.






 
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Lundi 14 juillet 2008

Recommander - Publié dans : Photographies de Mek-Ouyes

(Et bien pour une fois, voici une photo directement issue du film VITAL !)




 

Encore une fois laissons tomber la blouse blanche et allons nous fourvoyer dans les vastes contrées de l’Est Sauvage. De tout de façon, au vu du temps pourri qui s’annonce, avons-nous réellement quelque chose de mieux à faire ? D’autant plus que nous retrouvons notre ami Shinya Tsukamoto, ami japonais de longue date que nous n’avions pas visité depuis trop longtemps, presque un an en fait et la possibilité heureuse, je m’en souviens de revoir TETSUO 2 en salle, deuxième partie donc du binôme industriel et merveilleux qui valut à notre Japonais adoré de connaître ses (courtes) lettres de noblesse internationale. Comme ses films ne sortent pas en salle, ce qui est proprement – wait for it- scandaleux, nous nous réfugierons sur ce dvd qui semble-t-il est anglais et qui propose justement un sous-titrage dans la langue de Britney Spears et de Shakespeare. Voici donc, mes petits cocos, VITAL…

 

 

 

Notre héros est un jeune japonais qui a malencontreusement été victime d’un accident au volant de sa voiture (l’accident a déjà eu lieu lorsque le film commence…), et qui l’a rendu, goddammit, amnésique. Le voilà donc allongé dans son lit d’hôpital sans avoir la moindre idée de qui sont les gens qui se disent être ses parents, et même incapable de dire quels sont ses goûts ou quelle est sa personnalité ! Il apprend par ses géniteurs qu’il était en troisième année de médecine, études qu’il s’apprêtait à abandonner. Par hasard (il est fasciné par la lézarde sur le placard qui renferme ses anciens livres !), il décide de reprendre ses études pour lesquelles il se montre plus que brillant, puisque le voilà au bout de quelques mois avec un niveau de troisième année et avec beaucoup plus de disposition que dans sa précédente vie. A la fac de médecine, il fait la rencontre avec une jeune fille, également ultra-brillante et réservée qui semble avoir une fascination sans limite pour le mystérieux et mutique jeune homme. Mais, la tentative de flirt ne va pas loin puisque que lui ne dit jamais un mot et semble complètement impénétrable. En tout cas, voici la 4éme année qui commence. Et le premier semestre est consacré à la dissection complète d’un cadavre. Notre héros s’avère ultra-doué. Peu à peu des souvenirs remonte à la surface. Et c’est là que les choses se compliquent : il s’aperçoit que la jeune fille médusée, avec qui il sort désormais et qui fait partie du même groupe pour la dissection du cadavre, est sans doute aussi son ancienne petite amie, morte dans l’accident de voiture qui l’a rendu amnésique. Et la jeune fille est aussi la fille qui hante des souvenirs enfouis qui ont l’air trèèèès incertains pour ne pas dire complètement inventés ! Notre héros apprend alors que le cadavre qu’il dissèque n’est autre que celui de son ancienne petite amie morte dans l’accident de voiture, suivez un peu donc, je viens de le dire. Je résume : la jeune femme est une femme de sa mémoire, sa nouvelle petite amie, son ancienne petite amie décédée, et le cadavre qu’il dissèque ! Ce sont les fans de James Ivory et de Jean Renoir qui vont être content !

 

 

Houlalala, on ne panique pas et on respire un bon coup. Ça commence très très fort avec une même image, totalement indus' (des cheminées d’usine), qui se décale et superpose à elle-même tandis qu’une sublime bande-son mélange plusieurs musiques dans un chaos qui ne l’est pas moins, indus’ ! Bon, ça va se calmer ensuite. Et les premières scènes ressembleraient presque à un film normal. C’est tout de suite très stylisé et moderniste (notamment dans les décors et les choix de cadrages), mais c’est tout de même très beau. Puis au bout de quelques minutes, on s’aperçoit que le montage narratif et opératoire est plus que simplement chic et soigné : ça transitionne à qui mieux-mieux dans une logique abstraite, la lecture d’éléments symboliques reste totalement poétique puisqu’on ne sait pas vraiment à quoi ils font références (ce qui nous laisse seuls avec nos sensations, processus qui sera répété avec des déplacements de symboliques pas si éloignés des méthodes de Julio Medem), et encore plus, on s’aperçoit que le dispositif de champ/contrechamp est complètement disfonctionnel. Pour permettre de déployer un tel dispositif, Tsukamoto fait feu de tout bois en utilisant des éléments signifiants et bougrement fulgurants sur tout le clavier de la mise en scène : formes graphiques abstraites répétées et contradictoires,  jeu construit/déconstruit de couleurs, répétitions de gestes chez les acteurs, apposition de phrases qui se répondent sans faire partie du même dialogue, transitions sonores, couleurs des décors et des objets qui se répondent dans de simples évocations abstraites, décors mutants et changeant parfois d’une scène à l’autre, exploitation des éléments de confusion présents dans le scénario, sons absents, répétitions à la chaîne d’un même plan coupé différemment, etc.... C’est un petit festival, très bien ficelé, qui n’hésite pas, très souvent à faire des choses peu appréciées du publique mais magnifiques comme des retours en arrière, des redondances, des pistes stériles, des débrayages de rythme, voire même inversion de personnages (les deux couples de parents sont complètement interchangeables, magnifique dée). La photographie est souvent belle, quelquefois très vulgaire dans les parties les plus oniriques (grotesques, même discrètement), et joue elle-même un rôle de perturbation énorme. Quand on croit que tel éclairage marque telle époque de la vie du héros on s’aperçoit alors que non, pas du tout. Bleu pour le présent, et rouge pour le passé, finissent par s’inverser, puis s’opposer selon les sentiments et les confusions du héros. Bref, Tsukamoto s’en donne à cœur joie. Pour suivre, il faut se perdre et en même rester à l’affût des logiques sensuelles et de fulgurances qui font qu’un dispositif d’éléments contradictoires et abstraits peuvent devenir un tableau sensible de la perdition et de la douleur des éléments passés ou présents, ou tout simplement du Sentiment.

 

 

Curieusement, le film n’est pas aussi abstrait que cela. La progression narrative est aussi globalement linéaire, et les éléments que je viens de décrire sont plus des éléments de brouillage. On est dans une forme moins « indus’ » que les TETSUO, mais n’empêche… Tsukamoto a peut-être réussi la quadrature du cercle. Il sait que ses films auront peut-être peu de chance de voir le jour, et il adopte une tactique simple : utiliser des sujets attractifs et simples, (presque) vendeurs, pour les déconstruire au possible ou plutôt pour les rendre très proches de ses velléités d’artiste. Le résultant est donc totalement intransigeant mais ouvert. On sent que Tsukamoto attend son heure, et proposerait plus volontiers des sujets moins balisés. Cela dit, aucune honte à avoir, tant le réalisateur japonais enfonce le clou et ne base le développement de son film que sur la mise en scène. Il ne se refuse aucune abstraction, et reste digne quelque soit le combat, plaçant haut les exigences artistiques, et traitant le public, même si ce n’est pas son public, de la manière la plus intelligente et sensible qui soit. VITAL est donc bien sûr un grand film, même si on peut préférer d’autres films du réalisateur, et il se place à mille coudées au-dessus du reste de la production, asiatique ou pas, qu’on peut trouver dans nos salles art et essai… En même temps, on le savait et ce n’est pas un scoop. Mais ça va mieux en le disant.




Bill Yeleuze. 

 

 

 

 
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Dimanche 13 juillet 2008

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[Photo: tandis que la sueur perlait sous sa nouvelle tenue de combat X14, Steve se demanda ce qu'il faisait ici, et si Colin et Taylor étaient vraiment ses amis...]



Photographie par Mek-Ouyes.



 
 
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Mercredi 9 juillet 2008

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[Photo: "...alors même que la fête battait son plein, il était évident qu'il serait impossible pour Jean-Séverine (à droite) ou sa jumelle sombre (à gauche) de ne pas penser à la Pile qui l'attendait sur son bureau, et Ulla (à droite) et sa jumelle sombre (à gauche) pensaient qu'il fallait les Préserver quoiqu'il en coûte, les réconforter même, malgré la dangereuse puérilité de leurs gestes respectifs et les affreuses Conséquences qui pouvaient en découler."]






Photographie par Mek-Ouyes.





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Dimanche 6 juillet 2008

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[Photo: "...bizarrement, malgré son absence, la soirée battait son plein, et elle fut surprise de sa propre réaction devant le cortège devant elle, ne sachant au fond pas très bien s'il s'agisait là de son passé ou son futur. Il avait les ongles assez longs."]




Photographie par Mek-Ouyes.








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Vendredi 4 juillet 2008

Recommander - Publié dans : Photographies de Mek-Ouyes


[Photo: "Bring Out Your Living" par Dr Devo.]






Chers Focaliens,


Y-a-t-il une alternative à ce soleil venant cancériser notre peau forcément douce, et aux soldes de la société occidentale consumériste ? Je dis oui, et ça s'appelle la fête du cinéma. Malheureusement, les films ne sont pas vraiment sexy, du moins en apparence, si on excepte le DIARY OF THE DEAD de George Romero dont on parlera sûrement dans ces pages un de ces quatre matins. En attendant, rattrapons avec le nouveau Shyamalan, qu'ici nous avons toujours appelé Chien Malade, avec un ton taquin mais affectueux, et je ne vois pas pourquoi ça changerait...



Mark Whalberg ne chante toujours pas (plus) mais le voilà prof de science dans un lycée de New-York. Et ce matin-là, il y a comme un étrange ver dans la grande pomme. (Cette image vous était offerte par le Centre National de la Métaphore). Tout commence à Central Park quand les joggers et autres passants s'arrêtent soudain en pleine action, semblent avoir le regard vide, puis se mettent à répéter en boucle des phrases banales et incohérentes. Vous me diriez, jusque-là rien de très anormal. Certes. Le soucis c'est que dans la minute qui suit, tous ces ébahis se mettent à se suicider derechef et sans prévenir, en utilisant tous les objets qui se trouvent à leur portée. Là, c'est anormal, vous en conviendrez. Les cours sont interrompus, bien entendu, et les New-Yorkais fuient en masse. C'est ce que propose John Leguizamo, cette vieille ganache, ici prof de mathématique et collègue de Whalberg qui propose à ce dernier et à sa femme, Zooey Deschanel d'aller faire un tour dans leur famille à Philadelphie où les choses ne semblent pas avoir pris le tour macabre qu'elles ont pris à N.Y.C. Whalberg appelle sa femme Zooey, plus jeune et qui semble un peu planer à cent mille, et voilà tout ce petit monde (plus la fille de Leguizamo) qui part en train vers Philadelphie. Malheureusement les nouvelles sont très mauvaises : l'épidémie mystérieuse de suicides se répand sur toute la côte est. Les autorités avancent la piste grandiloquente de l'attaque terroriste et chimique qui débloquerait les molécules présentes dans le cerveau qui nous empêchent de nous faire du mal (sauf si vous êtes maso, mais dans ce cas-là, ça ne sert à rien de vous raisonner, je ne vous cause même pas !) et de nous autodétruire. Mouais. En tout cas, les choses vont de mal en pis puisque le train est arrêté en pleine cambrousse et que l'épidémie gagne encore du terrain. Leguizamo très inquiet de ne pas avoir de nouvelles de sa femme, part à sa recherche, tandis qu'il confie au couple pourtant mal au point Whalberg-Deschanel, la petite Kévina, sa fille. Voilà nos héros bloqués en pleine cambrousse américaine dans la zone exacte où l'épidémie progresse. Ce n'est pas gagné...



Ha, quel drôle de bonhomme que ce Chien Malade... Comme disait Soderbergh en recevant sa palme d'or dés son premier long-métrage, bah, c'est pas facile et c'est même impossible à résoudre que d'avoir du succès immédiatement tout de suite. C'est également le syndrome qui touche Chien Malade, le pauvre, quicartonna jadis dés son SIXIEME SENS, et n'arrêta pas par la suite d'ailleurs. Le monsieur affectionne les sujets relativement originaux et ménageant à la fois pas mal de suspens et des intrigues à mystère un peu tordues qui bien souvent se résolvent dans des twists improbables et quelquefois séduisants. Bien. L'année dernière ou 'année avant, le petit gars avait donné déjà un peu dans le faisan en nous livrant LA JEUNE FILLE DE L'EAU, assez poussif mais tellement à côté de la plaque transitionnelle que la chose boursouflée pouvait avoir son charme malgré un casting pas toujours séduisant (dont l'ignoble machin bidule dont j'ai oublié le nom qui jouait déjà dans cet horrible film sur le vin dont j'ai oublié le nom...).


Alors, avant toute chose, il va falloir que je précise un détail de la plus haute importance, et qui brouilla considérablement la lecture du film : j'ai vu PHENOMENES en v.f. Et là, les amis, permettez-moi de m'insurger, et ensuite d'émettre une remarque nuancée. Primo, ayant la chance d'être dans une métropole où il y a beaucoup de films en V.O, je fus absolument terrifié de me retrouver devant un doublage aussi promptement dégueulasse ! Voix nulloses (les gamins qui parlent avec un accent banlieue ce que, et je parie ma chemise et mon boxer,n'est très certainement pas le cas en V.O), Whalberg doublé comme Shia LaBeouf, c'est à dire comme s'il avait 22 ans, aucune nuance, patatage totale et constant pendant tout le film, traductions hallucinantes de médiocrité (avec des lignes entières incompréhensibles pour le français normal, dont un directeur d'école qui dit aux profs que les cours sont interrompus et rajoute : "Bon pensez à faire vos agendas, et à vous de vous en occupez pour quand les cours reprendront "), alors même que le moindre fan-sub est en général de bien meilleure qualité et pas avare en formules percutantes, absence de rythme totale, mixage médiocre de la V.I (version internationale : c'est la bande son du film débarrassée des dialogues quels qu'ils soient afin de fournir aux distributeurs locaux un background sonore fidèle à l'originale et permettant en principe d'y apposer la VF sans casser le mixage global), et un doublage globalement fait en trois minutes, sans aucune direction artistique, et, là aussi je parie mon boxer, fait en un temps ridiculement court par des comédiens qui découvrent le texte et ont bien décidé de s'en foutre ! On retrouve ces traits dans les films de genre en général : de moins en moins pour le cinéma fantastique, mais très souvent par exemple dans les films de collège ou les comédies du même acabit, où il est évident que la direction du doublage se fait dans la perspective suivante : "C'est de la merdre de cinéma industriel, c'est mal joué, pas la peine de se fouler". hélas, même si ces films sont des films de consommation de masse, en général ils sont très bien joués, avec des comédiens tout en débrayages et en nuances, n'hésitant pas à jouer dans des nuances fortes ou, au contraire, tout en understatement. Bref, si dans AMERICAN PIE, par exemple, ou dans VAN WILDER PARTY LIAISON, autre délicieux exemple, il s'agit d'avoir un rapport sexuel avec un gâteau, ou de remplir de semence des viennoiseries, et même si les acteurs forcent le body acting, et bien il s'agit toujours d'un équilibre et d'un  gros travail et en général, les voix ne sont ni outrancières ni surjouée, bien au contraire. Pour voir ça, il faut avoir de la bouteille, voire des films, apprécier les comédiens nuancés et chirurgicaux que sont les Américains, et aimer les paradoxes. Et encore plus considérer tous les films et je dis bien tous, même un Vin Diesel ou un Nanni Moretti comme une œuvre à part entière. Les doubleurs et surtout les gens qui produisent et dirigent les VF (car les doubleurs travaillent dans des conditions pénibles, les pauvres) devraient garder ça à l'esprit, déjà au nom de l'Art dont ils se gargarisent, et aussi au nom du respect du spectateur qui rappelons-le paye sa place entre 7 et 10 euros. Vous le savez grâce à ma fabuleuse CHARTE POUR AMELIORER LE CINEMA MONDIAL que si j'étais ministre de la Culture, j'interdirais tout de suite la VF (hihi !) non seulement pour améliorer le niveau scolaire des jeunes français, mais aussi et surtout parce regarder un film en V.F c'est comme embrasser sa copine ou son copain au téléphone ou visiter un pays étranger sans descendre du car : c'est absurde ! Malgré tout, je trouve scandaleux qu'on traite le grand public populaire avec autant de négligence et de je-m'en-foutisme. Le spectateur du Pathugmont comme celui du cinéma art et essai indépendant (ou non) à le droit à une projection nickelle (une belle copie, par exemple, ce qui ne fut pas le cas non plus ici) et à un travail irréprochable quant à la restitution du travail artistique que représente le film. Après, que ce soit un navet ou un Derek Jarman ne change rien à l'affaire. C'est une question de respect du pauvre type qui paye une fortune sa place (et qui bien souvent est privé du choix de pouvoir voir le film en V.O), et une question de respect du cinéma. Pour PHENOMENES, film sans doute difficile à doubler (j'y reviens), le travail est ouvertement médiocre et fait entre deux apéro chez Mimi, le bar du coin. Le résultat est catastrophique. Une vraie honte. Et donc cette critique devra être affinée, peut-être dans quelques temps, lors de la sortie dvd, car il a fallu toute mon expérience en matière de connaissance d'acteurs, de connaissance du cinéma américain, et en matière de connaissance des (piètres) habitudes des comédiens français, et même ma connaissance du cinéma en général (chercher des indices dans la mise en scène) pour essayer de deviner quelles pouvaient être les nuances originelles du film du Chien Malade qui justement joue sur les ruptures de tons et parfois sur l'apposition d'éléments apparemment antinomiques. Bref, cher Chien Malade, si tu lis ces lignes, fais un procès à ton distributeur !


Donc, une fois ceci posé, revenons au film, ou à ce qu'il en reste après que les petits sagouins locaux l'aient souillé de toute part (c'est du viol en fait !). Et bien, c'est là le problème. Car comme je viens de le dire, il en a fallu du talent pour ne pas tourner en bourrique et pour déchiffrer la partition. Chien Malade continue son bonhomme de chemin, et en même temps commence à emprunter sans avoir l‘air d'y toucher une autre voie bien plus étrange. PHENOMENES est effectivement assez proche de ce qu'on en dit ses détracteurs. Le suspens est très étrange. Là où le réalisateur américain avait tendance à nous prendre la main pour mieux nous mener en bateau dans des scénarios twisté à Saint-Tropez, il fait désormais quasiment le contraire. Il y a un mystère bien sûr, mais très vite on est mis sur la piste, et la bonne en plus. Ou plutôt, très vite, au bout d'un gros quart d'heure ou vingt minutes, on émet une hypothèse possible. Maintenant, quant à savoir pourquoi le phénomène en lui-même se déclenche, on n'en sera rien. D'ailleurs je note que la fable écologique dénoncée ça et là n'existe pas vraiment. N'ayant aucun élément scientifique en main, Whalberg utilise une métaphore : "on dérange la nature" qui explique les symptômes sans vraiment expliquer quoi que ce soit, bien au contraire même. La conclusion (assez maladroite et qui sent bon la décision de studio), ramène le film dans une queue-de-poisson répétitive comme l'affectionne le cinéma fantastique populaire plutôt que de marteler un quelconque message. On peut penser à un sous-message ou à une sous-métaphore écologique, mais c'est vraiment annexe. La métaphore du couple provoquant des catastrophes, naturelles ou non, est forcément beaucoup plus forte.

Ce qui est très étonnant dans le film de Chien Malade, c'est le traitement, et l'étrange ton qui se dégage de toute l‘affaire. Côté mise en scène, il semble adopter une posture assez bizarre. Le cadrage n'a rien de mirifique, le découpage est assez plan-plan mais sait ménager quelques coupes bienvenues qui, notamment, mettent en avant avec habileté d'ignobles gros plans, nombreux et très mal cadrés, beaucoup trop proches qui font penser à ce fameux gag des ZAZ où les acteurs finissent par se cogner à l'objectif tellement ils sont proches de la caméra ! C'est d'ailleurs dans les premières bobines du film que la mise en scène est la plus médiocre ou la plus banale. Ensuite petit à petit, les séquences s'organisent mieux (première balade en petit groupe, la maison à la balançoire, scène chez la vieille puis enclenchement de l'hénaurme dernière scène avant la conclusion) et que la mise en scène se déploie avec plus d'assurance. Mais dans l'ensemble, on est assez proche d'un niveau "série B de base", avec ici et là quelques morceaux de bravoure assez réussis.


Du côté des autres leviers de narration, que c'est étrange également! Évidemment, on voit tout de suite ce qui a pu énerver tout le monde : il ne se passe, à strictement parler, rien ou presque. Si les suicides individuels à échelle collective semblent une base alléchante, ils sont aussi splendouillets et hésitent entre détails macabres voire un poil gore dans le champ, à l'ellipse totale. La séquence la plus dans cet entre-deux est sans doute celle du chantier avec sa contre-plongée splendouillette (volontairement je pense) où Chien Malade utilise un effet numérique très gauche mais du coup assez inquiétant et grotesque, et où le reste (la réaction du chef de chantier) est monté de manière efficace. Sinon que se passe-t-il ? Rien ! Du vent dans les feuilles des arbres, des héros qui traversent des champs et encore de champs, et c'est à peu près tout car très vite on sait ce qui se passe et ce qui déclenche les fameux suicides. Le modousse operandaille de l'élément fantastique est le moins spectaculaire du monde : pas d'invasion extraterrestre, pas de cyclone ruant sur nos héros à toute berzingue, pas d'effets spéciaux impressionnants, pas de monstres, ni rien. Ici, la menace est vague, pas spectaculaire pour un sou et même comme disait la Môme Néant : A' existe pas ! Ce qui tue les gens c'est l'air, donc le vide, le rien ! Alors évidemment tout le monde est déçu. Faire un film apocalyptique avec un cataclysme qui s'appelle le rien ! Rendez-vous compte ! C'est un scandale. D'autant plus qu'au fur et à mesure, la mort spectaculaire sera hors champs ou alors montré de manière frontale mais assez sobrement (la vieille dame). Ça provoque d'ailleurs un paradoxe intéressant que la scène de la maison à la balançoire nous révèle : alors que les morts physiques sont très présentes mais très à la woualliguène en début de film, elles semblent vouloir de plus en plus se cacher, comme dans la belle idée de la séquence du revolver baladeur.Et puis, plus la mort semble avoir d'enjeu et devient insupportable en ne s'attaquant plus à la masse mais aux individus, plus elle semble se montrer frontalement et sobrement. Une thématique reliée à celle de la petite fille à qui tout le monde essaie de cacher la réalité physique de la catastrophe et qui brutalement assistera à la Mort en marche sous la forme bien plus cruelle qu'est celle du meurtre (très très bonne idée). Bref, plus on avance et qu'on se concentre sur le registre de l'intime et plus les morts ont du poids.


Quel dommage que nous vivions en France, pays des doubleurs malotrus ! Car il est évident que Chien Malade, notamment dans sa direction d'acteurs mais pas seulement, joue sur la rupture de ton voire sur le mélange des genres. Les comédiens sont assez précis mais semblent régulièrement jouer du décalage ou de la bêtise outrée, passant de l'ébahissement mongolien à une plus grande sobriété. Bref, Chien Malade change tout le temps de nuance, du grotesque au juste décalé, du sérieux et sobre au décrochage presque drôle (tant que le sujet le permet) et il mêle ainsi les enjeux les plus sérieux aux séquences les plus incongrus. Les acteurs, Deschanel en tête, font tour à tour les gros yeux (presque comme dans une bd manga) ou sont simplement sobres. Et c'est là que PHENOMENES marque des points. Un sujet étrange qui opère sur le Rien. Un décalage incessant. Et plus encore une histoire dont il est particulièrement difficile de dire de quoi il parle véritablement. C'est un peu comme dans BOULEVARD DE LA MORT. Bon, ok, c'est un type qui tue les filles en voiture mais en même temps ce n'est pas ça. Ici, c'est pareil. Ok, ici il s'agit d'une catastrophe apocalyptique et en même temps non, pas du tout. Chien Malade visiblement s'amuse bien. Plus que de passer un autre sujet en contrebande, il s'amuse même à mettre directement le doigt sur les coutures et à bien mettre sous les feux des projecteurs tous les partis-pris les plus artificiels. Le train doit s'arrêter en pleine campagne (deus ex machina), et Chien Malade fournit une très belle anti-explication ! Les deux gamins débarquent dans la ballade sans prévenir et même sans qu'on les ait vus venir ! Et puis cette fabuleuse explication finale lors de a séquence finale où l'héroïne explique en voix-off (déjà c'est fort) et pendant le fondu au noir conclusif (encore mieux!), à l'extrême clôture du plan que finalement, "ça a dû s'arrêter juste avant" ! Que c'est malpoli ! Comme les corps qui se suicident sur le chantier, Chien Malade semble intéressé uniquement par la rupture, l'échafaudage et la couture visible. C'est vraiment charmant.


Le film raconte quoi alors ? Je ne sais pas, mais c'est abstrait en tout cas. Et bien soutenu par une écriture très réussie : scène du revolver donc, scène du carrefour qui est aussi celle de l'immobilisation du film (très robbe-grilletien et même tarantinien ça!), très belle scène de la maison à la balançoire, magnifique idée (sans doute la plus belle) où toute la société engueule le héros et lui reproche de ne rien faire pour sauver les suicidaires, là où lui essaie, au contraire, de réfléchir pour en venir à la conclusion qu'il ne faut rien faire (ça c'est vraiment sublime!), joli mouvement dans la séquence finale chez la vieille (de sa ballade dans le jardin au dévoilement pourtant annoncé de la deuxième maison), etc.... Il y a quand même énormément de chose à manger dans PHENOMENES. Quand tout déraille, que le collectif devient absurde, est-on condamné à rester seul, seul et seul ? Peut-on construire quelque chose à plusieurs ? La vie est-elle logique ou complètement absurde et faisandée ? Peut-on devenir adulte ? Que se passe-t-il quand on est un pauvre mec et une pauvre fille et qu'on se voit confier la responsabilité du Monde ? On en fait quoi ?

Difficile de mettre le doigt dessus. (Je pencherai pour ma part pour l'histoire d'un couple, le Dernier Couple ,dans tous les sens du terme, à qui l'on confie la mission de garder le Monde intact, ou encore à une hypothèse plus "film de collège" à savoir un couple qui, devant l'absurdité ambiante se demande si ça vaut le jus de continuer et à quel prix, et qui du fait entre dans l'âge adulte). En tout cas, Chien Malade n'a jamais autant prôné la rupture, et creuse encore le sillon qu'il avait tracé dans la voie de INCASSABLE. Tout le film joue sur l‘auto-persuasion et le jeu enfantin. Et si ceci se passait, ou, on dirait que tu étais un super-héros, ou, on dirait que tu avais la maladie des os de verre. Pas étonnant que tout se passe dans le vide et que tout vienne du vide. Le jeu a valeur de révélateur et de réalité. Si on dit que les choses sont comme ceci, alors c'est qu'elles sont comme ça. Quoi qu'il en soit, avec ce film étrange et faisandé, Chien Malade semble organiser lui-même son propre suicide grand public, et pousse ses envies vers le cassage du jouet qu'on lui a confié. Qu'il continue dans cette voie absurde, il finira bien par nous pondre quelque chose qui lui ressemble totalement et qui soit enfin complètement iconoclaste. La suite logique voudrait qu'il fasse un film totalement atypique, et qu'après avoir fâché tout le monde en devenant très malpoli, il soit enfin totalement libre et foufou. À suivre !
 

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Jeudi 3 juillet 2008

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[de gauche à droite: ce qu'il ne faut également pas faire...]





Photographie par Mek-Ouyes.




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Mercredi 2 juillet 2008

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[de gauche à droite: non, oui, ne se prononce pas...]





Photographie par Mek-Ouyes.





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Mardi 1 juillet 2008

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