Enfin un film Q !

 

Une jeune étudiante infirmière en stage dans le service chirurgical d’un hôpital, sujette à de fréquents malaises, est intriguée par le comportement inquiétant d’un médecin suite à la disparition d’une patiente.

 

Film de genre français, mais plus sage et bien plus classique que les dernières tentatives visionnées, qui oscillaient entre le semi-raté sympathique (ATOMIK CIRCUS) et le foirage en règle (BROCELIANDE). La prise de risque consiste surtout ici à élaborer une atmosphère de tension sur la base d’un sujet simple, direct et sans fioritures scénaristiques superflues. De ce point de vue, le film de Gilles Marchand, auparavant scénariste de HARRY, UN AMI QUI VOUS VEUT DU BIEN de Dominik Moll, ne rate pas sa cible avec un métrage qui présente sensiblement les mêmes qualités narratives et visuelles. QUI A TUÉ BAMBI ? est un film fort bien photographié – le cinémascope, sans grandes audaces de cadrage mais conçu avec un soin méticuleux, sait mettre en valeur les décors froids, déserts et blafards de cet hôpital le plus souvent visité de nuit. A ce soin porté à la photographie s’associe un excellent travail sur la bande sonore (c’est l’œuvre de Frédéric Ullmann, à qui l’on doit aussi la bande son du gore RABID GRANIES distribué par Troma, amusant non ?), usant à merveille du bourdonnement quasi constant des néons dans une ambiance feutrée assez étouffante, qui, une fois n’est pas coutume (mais ça devrait…), n’est pas démolie la musique du film, rare et utilisée avec beaucoup de retenue, ce qui change agréablement de ces films saturés d’effets et de compositions inutiles. Hôpital : silence… Le scénario exploite cette atmosphère astucieusement, en jouant sur les phobies et le malaise générés par le milieu hospitalier par le biais de petits détails jamais trop appuyés. Les critiques ont beaucoup comparé la mise en scène à du Kubrick ou à du David Lynch : il faudra ici calmer un peu les enthousiasmes tout de même – et arrêter de lire les dossiers de presse avant de pondre des critiques aussi douteuses. L’architecture et la géographie des plans peut évoquer, de loin et de dos, le travail de Kubrick, mais elle naît surtout du cadre dans lequel se déroule l’intrigue. Quant au rapprochement à Lynch, on évoque souvent une séquence dans une boîte de nuit dont l’éclairage évoque effectivement celui de TWIN PEAKS – FIRE WALK WITH ME ; la mise en scène de cette séquence n’a par contre par grand-chose à voir avec celle qu’a réalisée Lynch, elle fait davantage penser à une séquence de L’ECHELLE DE JACOB. Pour le reste, le travail sur le son, déjà évoqué plus haut, est très certainement influencé par Lynch, mais le film développe un univers aux thématiques et à l’esthétique sans réels rapports avec le cinéaste américain.

Puisque nous sommes en territoire français, patrie de l’exception culturelle, parlons un peu du casting. Dans le rôle principal, Sophie Quinton, actrice au visage singulier, s’en sort très honorablement. Le rôle du médecin est tenu par Laurent Lucas, un acteur qui m’a toujours paru assez terne et monolithique – il joue d’ailleurs le rôle du bourreau exactement comme il interprétait dans HARRY… celui de la victime : sans faux pas, mais sans nuances non plus. Belle gueule, mais le film aurait probablement gagné à confier ce rôle à un acteur moins « calibré », un choix un peu trop évident pour un personnage qui aurait supporté une plus grande ambiguïté. Reste qu’on ne peut pas vraiment cracher ici sur le travail de Laurent Lucas, dont l’inexpressivité sert, d’une certaine façon, un rôle assez opaque… même s’il le sert sur un mode de jeu et un seul. En complément de casting, on offre un bouquet de roses à Catherine Jacob, actrice très « typée » qui s’intègre sans accrocs à l’univers du film sans jamais donner l’impression de débiter des dialogues écrits sur mesure : de la classe et une belle précision dans son interprétation. Le reste du casting est d’une belle sobriété, le film n’étant d’ailleurs pas très bavard.

A l’exception d’une séquence onirique sans emphase, adroitement insérée dans la conclusion, le film suit avec rigueur la ligne droite du genre, sans se perdre dans les séquences démonstratives ou les effets de mise en scène faciles, et s’attache à son ambiance de malaise et de silence jusqu’à sa conclusion. Chapeau bas pour n’avoir pas cédé aux sirènes du crescendo prévisible et du suspense pré-mâché. Cependant, le film n’évite pas par moments une certaine monotonie, étirant son récit comme du chewing-gum – pour un sujet aussi simple et resserré, le film dure tout de même deux bonnes heures. Je ne sais pas trop quoi en penser : l’atmosphère particulière du film fonctionne bien, très bien même parfois, mais elle ne connaît que peu de variations de tonalité et semble, dans la première partie du film surtout, se nourrir d’elle-même avec une légère mais persistante complaisance, qui n’évite pas toujours des aspects poseurs un peu irritants. Gilles Marchand semble marcher sur des œufs, et il évite d’ailleurs les écueils majeurs du film de genre à la française, mais il ne sort hélas jamais des sentiers battus, se contentant (mais c’est déjà beaucoup diront certains) d’une mise en scène élaborée… Un peu à l’image d’un autre film très estimable, CETTE FEMME-LA : on est face à un travail qui force le respect, mais ne prend pas assez de risques pour vraiment enthousiasmer, un film honorable qui donne envie de voir le cinéaste enchaîner sur un projet moins verrouillé.


Le Marquis

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Mercredi 31 août 2005

recommander publié dans : Corpus Analogia
 



(photo: "Ranger" par Dr Devo)

Le décalage entre les scénarios imaginables et la réalité des votes, s’il surprend toujours, invite à l’humilité. Ces aventuriers dégainent plus rapidement que les neurones du Shériff. Le duel entre PIERRE et FRANCIS n’a pas eu lieu, l’unité des ex-KUMO a volé en éclat avec le vote de CLEMENCE. COUMBA, emportée par les flots, a abandonné la lutte. Les candidats de KHO-LANTA ont écarté la jeune fille, qui souffrirait selon ses dires du très moderne sentiment d’imposture. Pas à sa place, parmi ceux qui briguent la victoire. On croit revoir la première éliminée, AUDE ! Une maladie qui fait des ravages dans cette génération. Nous, on a été « eus ».

L’ambiance du groupe a-t-elle glissé vers une nouvelle étape : le choix des finalistes ?  Mais alors, on n’a pas tout vu ! Une heure et quelque de grimaces de PIERRE, de menaces de FRANCIS, et quoi, quelques secondes de COUMBA. Procédé grossier de la part des scénaristes, coup de théâtre trop facile ; j’avoue, à froid, c’est presque décevant... Mais ça marche bien. Les ex-KANAWA n’ont pas d’état d’âme, FRANCIS est un requin sans poisson-pilote, réellement imprévisible. Il ne doit pas gagner, même si son fan-club devient menaçant, même si mes certitudes son ébranlées. PIERRE abandonne VERONIQUE, qui est la seule à voter contre leur ancien « ennemi ». Et puis on aura eu, sans s’en rendre compte, peut-être, des éléments pour les prochaines éliminations. Pour les survivants, rien n’est anodin, leur mémoire est plus affûtée que la nôtre puisque leur survie est en jeu. Mardi, deux heures d’émission, deux éliminations et le vote des survivants. Les bulletins attendront la finale, à PARIS, cachés dans un volumineux coffre de rotin. Dans ce chaos soudain, difficile de visualiser Le-La Survivant(e). Même le Docteur DEVO semble touché par la grâce : son poulain n’a pas été éliminé.
 
VERONIQUE, isolée. PIERRE et FRANCIS, stratèges et traîtres. MOHAMED, l’homme-fort selon DENIS BROGNIART, donne des signes de faiblesse et accorde généreusement la victoire (« Tu la mérites » à CLEMENCE,  juste avant de lâcher prise...) CLEMENCE, discrète sprinteuse, qui double devant la ligne d’arrivée. ALEXIS, moins discret, concurrent présent et régulier, joue la franchise pour sécuriser les autres.
 
Le luxe du feu malhonnêtement accordé aux survivants (je n’en suis pas encore revenu), TF1 embrouille violemment l’affaire pour que cela soit vite-vite oublié. Un loft eût tout aussi bien fait l’affaire que cette île des Pins, et ses Canaques si discrets. Pas de JOSE BOVE pour causer du tracas ici ! Les amis des Bénitiers (les coquillages), eux non plus,  n’ont pu faire plier la prod’. A KHO-LANTA , les vrais maîtres sont les assureurs et leurs clauses contractuelles. Pas de sang, mais de la surprise. Ça marche bien, mais c’est décevant. Certes, c’est facile à dire, peinard à la maison, mais cela devait être écrit
 
Le Shériff
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Mardi 30 août 2005

recommander publié dans : Lucarnus Magica

Bonjour les Amis,

Avant de partir à l'Etrange Festival qui débute cette semaine à Paris, au Forum des Images, et d'où je vais vous rapporter des films pas piqués du hanneton, faisons un petit jeu du film mystérieux !

Pour ceux qui ne connaissent pas les règles de ce grand jeu où il n'y a rien à gagner, je les rappelle. Je vous propose trois photos issues de trois films différents. Le jeu consiste à reconnaître le film dont chaque photo est extraite. Pas compliqué, hein ?

Pour répondre, utilisez les commentaires.

Oui, mais bon, moi je suis nul, j'ai pas vu tant de films que ça, et patatati et patatata. C'est pas grave, tu peux jouer quand même. Même si on n'a pas reconnu le film, on peut faire des estimations comme des experts. Ce serait un film de quelle année? Quelle nationalité? C'est qui ces acteurs? Ce serait un film de quel genre, qui raconterait quel type d'histoires? Ça pourrait être un plan filmé par quel réalisateur? etc..

Ce qui veut dire qu'en cherchant tous ensemble, vous allez pouvoir bien vous marrer, sans doute (je ris souvent en lisant vos délicieux commentaires), et surtout peut-être réfléchir ensemble et faire des réponses collégiales, comme on dit sur certaines radios.

Les réponses seront données en commentaire dans quelques jours.

Attention, ces photos sont issues de DVD que j'ai dans ma petite collection. Il se peut qu'il y ait autre chose que des films de fictions, voire autre chose que des films. Documentaire, séries, etc... S'il s'agit d'une série, n'hésitez pas à trouver le titre de l'épisode... Enfin, dernière consigne, pour corser un peu le tout, les photos ne sont pas forcément au format original du film, et je me garde la possibilité de recadrer dans l'image. Je passerai voir comment tout cela évolue, et peut-être vous donnerai des indices.

C'est parti pour la seizième série...



diapo 1601: allez, on commence par le plus dur, même si c'est trouvable... Qu'est-ce qui lui arrive au pauvre Monsieur ? A vous d'imaginer...




diapo 1602 : en principe, ça c'est relativement facile... Qu'en pensez-vous ?




Diapo 1603 : un peu de douceur et de farniente pour terminer, avec cette photo hyperfacile... J'ai choisi celle-là car c'est le seul plan du film qui ne vous donne pas la réponse ! Sinon, c'est plus du jeu !


Et voilà, la rubrique commentaires est à vous pour rêver ou pour trouver...


Dr Devo.


PS: le jeu du film mystérieux N°15 vous ayant causé du soucis, je vous laisse y réfléchir encore un peu...
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Lundi 29 août 2005

recommander publié dans : Ethicus Universalis


(photo: "Bitter Dregs" par Dr Devo)

Chères Focaliennes, Chers Focaliens,
 
Adrien Brody n'a décidément pas de chance ! Après avoir été déporté et s'en être sorti de justesse dans le médiocre LE PIANISTE de Roman Polanski (film à costumes, encore une fois, CQFD), le voilà dans la peau d'un vétéran de la première guerre du Golf, où il est abattu une première fois en 1991. Quelques minutes plus tard, dans l'hôpital militaire de campagne, alors même qu'on est en train de remplir son certificat de décès (!), un médecin s'aperçoit qu'il n'est pas mort. C'est la fin de la guerre pour lui, et le voilà renvoyé chez lui. On le retrouve alors qu'il marche sur le bord d'une petite route départementale enneigée (encore une fois, comme dans ILSA, TIGRESSE DE SIBERIE) des USA. Il croise une voiture en panne sur le bas côté. Une maman alcoolique est en train de vomir son petit déjeuner, et sa petite fille explique à Brody que le véhicule est en panne. Il la répare, et pour distraire la petite fille, pour l’empêcher de voir sa mère dégueuler tripes et boyaux, il lui donne ses plaques d’immatriculation militaires et s’en va… Un peu plus loin, il se fait prendre en stop par un gars sympa mais étrange. Ils se font arrêter par un policier. Et là, tout bascule très vite… Le conducteur sympa tire sur le policier et le tue. Le policier a le temps de tirer une fois, mais loupe le conducteur et atteint Adrien ! À son réveil, il est amnésique et accusé du meurtre du policier. Il évite la prison à cause de ses « troubles psychiques » (il ne sait plus qui il est), et se retrouve en hôpital psychiatrique où on le met entre les mains de Kris Kristofferson, un psychiatre qui enferme ses patients dans des tiroirs de morgues (là où on met normalement les cadavres). Dans ses séances d’enfermement, Jack hallucine et se retrouve projeté dans une autre réalité où il découvre une jeune fille alcoolique. Elle a une vingtaine d’années et le recueille chez elle. Là, Adrien retrouve ses plaques d’immatriculation militaires. Le doute n’est plus possible : lors des séances d’enfermement du Dr Kristofferson, Brody voit le futur, et la jeune fille est la petite fille à la mère alcoolique ! Elle lui apprend qu’on n’est pas en 1991 mais en 2007, et qu’il est déjà mort une dizaine d’années auparavant à l’hôpital psychiatrique !
 
Et bien non, ça ne rigole pas. Et pour une fois, voilà un sujet plutôt original pour un film grand public, et on ne va pas s’en plaindre. On rentre dans le vif du sujet très vite, et avec élégance comme on le verra. L’histoire est à la fois caricaturale (un peu) et presque naïve. Voilà qui est loin d’être rédhibitoire aux yeux de votre bon Docteur ! Assez vite, on se rend compte qu’elle est moins complexe qu’il n’y paraît, et que le paradoxe « moebiusien » du film est très simple et plutôt lyrique. Pourquoi pas, après tout… Maintenant que j’ai mis la charrue avant les bœufs en guise de préambule, vous allez mieux comprendre comment j’ai ressenti cet étrange film… Ouvrons le capot !
 
On est vite happé par le film et par sa séquence de générique en vidéo militaire nightshot (plans infraverts pour ainsi dire), sur lequel apparaissent les titres en lettrages rouges. Montage heurté, fantomatique, avec superposition de plusieurs sources de rushes (faux plans nightshot de studios, plans en couleurs de studio, plans d’images télé filmées directement sur écran vidéo, et donc images d'archives militaires). C’est très beau et incroyablement « assis » sur une base de montage où se mêlent chaotiquement des inserts ultracourts, des plans longs mais où l’on ne voit quasiment rien (vidéo embarquée à bord des avions de chasse par exemple), et où le son est étrangement liant, bien que fait de samples quasiment abstraits à force de coupes (procédé répété plus loin dans le film). L’échelle de plans  et les axes sont d’ailleurs déconstruits avec lyrisme et tristesse. C’est extrêmement pathétique et prenant. Le générique ne s’arrête pas, pour ainsi dire, et la séquence avec la petite fille, celle du meurtre du policier (séquences qui seront reprises et développées plus loin), celle du procès, puis celle de l’internement, sont construites avec une économie de plans qui marche fort bien sur le plan narratif. Plastiquement c’est superbe, narrativement c’est très excitant, et physiquement, il nous semble ressentir un enfermement et une froideur qui font froid dans le dos, et nous anéantissent en même temps que le héros. Cette extrême stylisation, bien plus forte qu’une simple démonstration clipesque, et encore une fois d’une beauté hallucinante, dure bien 15-20 minutes. On sent bien que le réel et le fantasmé vont se mélanger, et que des plages plus directement narratives et classiques vont émerger, mais nous sommes pris dans ce maelström de sentiments avec une force subjuguante. C’est beau à pleurer, et encore une fois, malgré le fait qu’on anticipe un mélange narratif / abstrait, on ne craint rien, on se dit « ça y est, ce gars a réussi la quadrature du cercle », en réalisant un film abstrait mais linéaire et grand public. Sublime.
[Petite pause pour dire qu’on comprend vite que le jeu d’acteur sera époustouflant quoique assez rentre-dedans.]
 
Lyrisme et originalité donc. Bravo ! L’histoire se profile avec intérêt, même si on la devine plus simple qu’il n’y parait, mais là encore, ce n’est pas un défaut. [Une fois le paradoxe du film avalé, si vous voulez, on est dans un film qui, bizarrement, a une structure moins complexe que DONNIE DARKO par exemple.]
On est bien loin de la carte de visite arty, bien loin d’une esbroufe (même si on y pense). Le projet est cohérent, beau et original. On se dit que notre ami réalisateur va peut-être perdre le rythme, et finir comme c’est parfois le cas par redevenir terre à terre et trop explicatif. Pourtant, ça tient la route. La pression initiale, hélas, va quand même baisser, mais pour faire surgir notre prémonition initiale : le film va jouer entre cette abstraction fantastique et lyrique et des scènes narratives (et piégées par le son, le montage et les plans de coupe qui vont dynamiter discrètement, sous nos pieds, l’aspect réaliste de ces scènes). Pourquoi pas après tout faire cohabiter et fusionner les deux…
 
Et c’est un peu là que, paradoxalement, le bât blesse, non par excès de simplification (même si c’est un peu le cas, on a un peu l’impression que le plus dur a été fait et que le film se relâche et souffle un peu), mais plutôt par déséquilibre, chose bizarre pour un film qui a démarré de manière si déstructurée et brillante ! Ce déséquilibre subtil est construit, malgré lui bien sûr, au carrefour de plusieurs défauts. Certes, on se dit que sur la piste de la première bobine, on aurait pu construire un film extrémiste et sublimissime. On y a cru pendant 20 minutes en se disant que le tourbillon de la mort n’allait jamais s’arrêter, avec son cortège de fantômes esthétiques, tous plus beaux les uns que les autres. Petite déception, plus ou moins non-rédhibitoire. Les problèmes sont les suivants. D’abord, un énorme déséquilibre de la première partie « futuriste » (séquence avec la petite fille devenue jeune femme). Adrien Brody se donne à corps perdu. Je reviendrai sur les acteurs, tous excellents… sauf Keira Knightley (la jeune fille justement) ! J’attendrai de voir un autre film avec elle pour voir si elle est vraiment moyenne. Ce n’est pas sûr. Je m’explique : elle est entourée de monstres ! Kris  Kristofferson (chanteur country réputé et sublime acteur, héros du chef-d’œuvre de Michael Cimino, HEAVEN’S GATE, dont je vous rappelle que la version courte de 2h40 est ignoble, et c’est hélas celle éditée en France en DVD, et que la version longue de 3h30 est un des plus beaux films du monde), Adrien Brody qui vraiment, même si je l’ai un peu pris en grippe à cause du PIANISTE (il a payé pour Polanski je crois !), est un acteur extraordinaire, et surtout l’immense Jennifer Jason Leigh !!!! JENNIFER JASON LEIGH ! Bon sang de bois, cette fille est vraiment loin, très loin devant tous les autres acteurs du monde ! À la manière de sa seule concurrente directe, Tilda Swinton, on la connaît sous toutes ses coutures, on l’a vue des dizaines de fois, mais force est de constater qu’elle nous pulvérise le cœur encore et toujours, et que, encore mieux, elle s’améliore de film en film. Ses choix sont d’ailleurs de plus en plus judicieux. Malgré, encore une fois, un second rôle, elle était à tomber dans THE MACHINIST dont je vous avais parlé, et qui est quoi qu’il arrive un des grands films de cette année 2005. Passons.
La petite Keira Knightley  m‘a paru d’une lourdeur assez pachydermique, et surtout d’un hollywoodisme complètement déplacé dans ce film. La chose est forcément aggravée par le fait qu’elle joue une alcoolique, avec tout ce que cela implique en sur-mimiques et « détails qui tuent » (à croire que dans tous les films hollywoodiens, les alcoolos tiennent le verre avec la paume de la main tournée vers le visage, à la Hamlet ! Il est temps de renouveler ce code ridicule et suranné). Brody fait tout ce qu’il peut, et ça passe. Mais quand  succède à une scène Brody / Knightley une scène Brody / Jason Leigh, alors là, on prend une grosse, énorme, superbe baffe dans la figure : rien à faire, la petite Keira ne joue pas dans la même division, elle ne boxe pas dans la même catégorie, ce qui est bien dommage et se voit d’autant plus que les petits seconds rôles (notamment le parano Daniel Craig, aperçu dans le désagréable et m’as-tu-vu LAYER CAKE, thriller auteurisant anglais d’une banalité affligeante et d’un arrivisme patibulaire, sorti en catamini cet été, et dont je n’avais même pas eu le courage de vous parler !) …? Qu’est-ce que je disais ?!? Ah, oui ! La petite Keira et toutes ses manières se voient d’autant plus que le reste du casting, pas forcément sobre d’ailleurs mais toujours précis, est impeccable.
 
Dès cette première rencontre Keira / Brody, on s’apercevra aussi d’une autre chose. La faute n’est pas à mettre entièrement sur le dos de Keira Knightley. Bien loin de là. Le problème, bizarrement, c’est son personnage et l’importance de celui-ci dans le scénario. Accrochez-vous, ça va être subtil, tant l’erreur est ambiguë !
Pas de problème, ce personnage de la jeune fille est bien sûr le deuxième personnage principal. Pas de soucis. Malgré tout, il faut admettre que son poids dans la narration du film est disproportionné bien que logique, d’une part, et tire le film dans une direction qui ne lui appartient pas d’autre part.
Ben oui, bien sûr qu’il y a histoire d’amour, bien sûr que ce personnage est important. Mais pourquoi doit-il détruire la mise en scène du film ? Le réalisateur, en effet, détruit de moins en moins sa « fausse » mise en scène réaliste quand ce personnage est là. Le timing de ces scènes est beaucoup trop long, et de plus, grosse erreur mais qui n’était pas évidente à déceler avant de marcher dedans : il aurait été plus malin de traiter ce personnage principal comme un personnage secondaire. Deux avantages à cela : les scènes réalistes avec Knightley auraient été plus fortes, plus sèches. Ces scènes n’auraient pas éclipsé la quête de Brody, qui est avant tout de comprendre ce qui lui arrive, et n'aurait pas brisé l'impression physique ressentie par le spectateur de maelström sans fin, de spirale folle. Enfin, et c’est là que l’erreur est la plus meurtrière, le personnage de la jeune fille aurait pu retrouver dans la dernière partie, très naïve, son statut de second personnage principal. La fin n’en aurait eu que plus de force si ce faux personnage secondaire s'était révélé majeur in fine ! Là, avec ce choix de la mettre (le personnage s’entend) en avant d’entrée de jeu (en plus d’avoir pris une actrice plus faible : pourquoi ne pas avoir choisi Clea Duvall ou Fairuza Balk ?), la production ET le réalisateur ont commis une erreur des plus stratégiques.
 
Du coup, le film a tendance à s’enliser dans un réalisme où la mise en scène est beaucoup moins riche esthétiquement, et où la narration est plus bancale. La mise en scène, d’incroyablement iconoclaste, devient simplement maline. Beauté et Poésie s’en ressentent…
 
Et pourtant… le film engrange les paradoxes. Car en effet, jamais il ne se passe plus de deux minutes sans qu’on se dise « Ah ! oui, ça c’est original » ou « ça, c’est vraiment très bien ». Ainsi, même dans ses derniers trois quarts, même si on est « sorti » de force du film, il y a toujours quelque chose pour piquer notre  curiosité ! Curieux, non ? Il faut remercier pour cela les acteurs, vraiment exceptionnels, je l’ai déjà dit. Et l’autre grand support du film, c’est le son, toujours en alerte, toujours hyper-construit, étonnement original pour un film de cette envergure commerciale. C’est sans doute dans le son que le film est vraiment le plus beau, jouant sur tous les leviers créatifs : samples paradoxalement « liants », réverbération, changement d’équalisation, jeu sur les timbres, etc. C’est formidable.
Quelques séquences "réalistes" sont d'un rythme et d'une beauté impressionnantes, à l'image de cette conversation dans la neige entre Brody et Jason Leigh. D'autres scènes sont incroyablement ratées, comme l'inexcusable scène de sexe de 10 secondes, d'une banalité à crever et qui m'a fait gémir de douleur et de souffrance. Certains détails sont très beaux, notamment dans l'excellente photographie (superbe photo du plan qui mène Brody du camion de la police à la porte de l'hôpital psychiatrique, ou plan sublime d'un "réveil" avec un gros plan de Jennifer Jason Leigh les mains devant le visage) ! D'autres sont d'un mauvais goût étonnant, notamment dans le choix d'une musique à la AIR période VIRGIN SUICIDE, qui sonne avec autant de classe et d'élégance qu'un pet à la Cour d'Angleterre.
 
Ainsi, on est entre deux chaises, comme souvent dans les productions Clooney / Soderbergh (et c’est le cas ici). On hésite entre la frustration face à l’évidente maladresse stratégique du film, face à ce renoncement, et peut-être à cette volonté nocive et honnie de ne pas perdre son public (toujours, dans toute l’histoire du cinéma, un mauvais choix), et face à ces qualités indéniables dues au son et aux acteurs. Quoi qu’il en soit, on ne pourra jamais faire complètement le deuil de ces premières vingt minutes, et des nombreuses belles séquences du film (dont la simpliste conversation entre Kristofferson et Brody devant l'église, ou le destin mélodramatique de Babak, dont on se dit qu'il est vraiment dommage qu'il ne soit pas un américain de souche, ce qui aurait allégé cette scène superbe). Il reste beaucoup de scènes réussies par la suite, mais le film reste un film, et curieusement ne devient jamais un univers. Pêché de frilosité ? En tout cas, on ne veut pas détester ce film… même si on préfère l'imaginer dans sa tête plutôt que de le regarder tel quel. À la manière du fait que mes nuits sont plus belles que vos jours, peut-être que mes exigences sont plus belles que votre film ! L'abîme le plus terrible du film n'est pas dans le film : il est en moi. C'est quelquefois comme ça : l'art du cinématographe est fantomatique, et je me transforme quelquefois en cimetière. Je vous laisse donner du fouet ou faire des bisoux à ce film, et garde le deuil en dedans, au cas où cela pourrait resservir.
 
Ubiquement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Dimanche 28 août 2005

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(photo: "Le Monde dans la Bouche" par Dr Devo)

Cher Ilsa,
 
Oui, tu l'auras, toi la madone des militaires aux galons violents, toi la Sainte patronne des camps de regroupement et aussi de travail, dans la glace et la neige, oui, tu l'auras toi aussi, ton article. Un seul parmi les millions de blogs sur la terre pour te consacrer une lettre ouverte faisant aussi office d'article, et c'est moi, ton bon Dr, pas Menguele pour un rond, merengue à la limite, et encore, chanté par David Byrne sinon rien. Ensemble, faisons-le, dans un ultime hommage à Bernard RAPP, mon ami de toujours au regard et au verbe barbus si doux, faisons-le dis-je : arrêtons de faire du sens !
 
D'aucun diront que cela est de mauvais goût, que ces choses-là ne se font pas, disons que je suis une Mauvaise Source (si, si), mais laissons-les, laissons-les, laissons-les détester, comme disait le poète. Ils détestent comme des enfants, et peut-être ne comprennent-ils rien, et même sûrement d'ailleurs, à la poésie, la seule la vraie, la Poésie des Goulags en quelque sorte, car je dis ça pour te faire rire, pour voir tes yeux s'illuminer, car tu aimes rire, quel que soit le régime, quel que soit le pays. Le rire, c'est chez toi, partout.
 
Aussi bien je déteste ce poète falot qui proclamait qu'il ne connaissait pas de femmes futiles (imagine si une poète avait dit ça d'un homme !), aussi bien je t'aime parce que tu es une des "La Femme" au cinéma. Toute une série de films pour toi toute seule (trois quand même, et même un 4e officieux par Jess Franco. Tu es le Portrait de Femme incarnée, héroïne Jamesienne du pauvre, mais quelle femme peut se vanter d'avoir eu des premiers rôles si tôt et déjà si féministe. Osons le mot. Féminisme à l'envers, car tu adores ça, mais féminisme quand même, car ce n'est pas une femme courageuse mais meurtrie que tu as incarnée, une femme qui kommande, une femme qui dirige, une femme qui a le dessus, indépendante, et peut-être belle, ça je ne sais pas, disons belle dans l'absolu du moins.
 
Lettre ouverte, donc, lettre à exigence, alors ouvrons. Ilsa, personnage d'une trilogie quand même, ça n'est pas rien. Trilogie érotico-politique, mais de divertissement, pas sérieux, disons au second degré, bien que ce film soit sérieux, tout cela, on le sait, même si aujourd'hui en début de XXIème siècle, ça choque forcément et que ces trois films ne pourraient pas se refaire car la politique est désormais correcte, cliché, mais bon, on le sait, dis-je, c'est pas Tavernier, c'est du Cinéma, et donc du divertissement. Ici réalisé par Jean Lafleur... Bien. Ilsa a été SS, dans le premier film, et SS Médecin (urgences seulement !) puisqu'elle devait prouver à ces obtus nazis dont elle avait rejoint, sans rechigner, le club, à l'aide d'expériences mengeliennes, que la Femme supportait mieux la souffrance, était plus dure, et qu'en cela, elle pouvait combattre par devant et par derrière, sur le front Ouest et sur le front Est. Une révolutionnaire, la Ilsa, et comme je le disais, certainement une féministe, oui, oui, mais à l'envers. Pas vu le film, mais j'imagine avec quelle belle rigueur elle déploie des expériences sur deux échantillons, deux groupes cobayes, femmes d'un côté et hommes de l'autre... Ça fait rêver...
 
Ici, changement de registre, et en même temps pas vraiment. Nous sommes à la fin des années 50 dans la Sibérie enneigée. C'est beau la Sibérie en hiver. Ilsa, elle aime les CDI, pas les petits contrats, fût-elle obligée d'accepter un poste moins prestigieux que chez les SS. Ce sera gardienne d'un camp de travail qui ne dit pas son nom, ou plutôt si, mais d'une manière plus poétique, plus imagée : camp de rééducation. On y jette bien sûr les opposants, les durs des durs anti-Staline, et aussi ceux qui ont fauté aux yeux du parti. Ilsa dirige le camp selon des rituels précis. Pour les découvrir, prenons le Héros, dont j'ai oublié le nom bien sûr. Je m'en veux. Héros est un farouche opposant à Staline et à la doctrine communiste, dont il sait très bien que c'est un régime totalitaire. On aurait pu l'appeler Soljenitsyne, comme j'ai oublié son nom, ça serait commode, mais c'est long à écrire et je ne suis pas sûr de l'orthographe du célébrissime dissident. Héros est donc un défenseur-charbonnier de foi de cette belle idée de liberté. Alors, normal de le retrouver dans cette charrette sur skis equinotractée qui le mène vers le camp d'Ilsa. Il a le profil type de la caricature propagandiste de l'époque. Dans la charrette, on trouve un jeune homme, vingt ans à peine : Dimitri je crois, mais je ne suis plus sûr. Lui est fils de général ! Voilà qui est plus original. Quel est ton crime, mon jeune ami, interroge Héros. Un soir où j'avais bu, à l'académie militaire où je travaille, j'ai cassé un carreau. Et hop, get on the charrette ! Dimitri, naïf comme sa jeunesse, dira que, bah, ce n’est pas grave, dans quelques semaines tout au plus, en se conduisant bien, il se rachètera et reviendra chez lui et à l'académie. Beware my friend, beware, contre-déclare Héros, plus expérimenté. Ces deux-là auront à peine le temps de devenir amis...
Ilsa la Louve, maîtresse du camp, fait régner une discipline de fer. Atelier abattage de troncs morts en pleine toundra par – 40°, atelier diététique stalinienne (de l'eau tiède, un vieux quignon, des morceaux de machins), atelier rééducation avec un spécialiste des méthodes de brainwashing les plus modernes (un appareil diapo qui diffuse des images de Staline : si tu dis "quel con !", un coup de knout !), et le soir, atelier méditation dans les cabanons en bois pourri qui servent de dortoirs, assez froids à vrai dire.
Le soir venu,  dans la datchka du camp où vit Ilsa, elle dîne avec ses cosaques-soldats, de grands gars costauds de 30 à 50 ans, avec chemise à col fermé rond dans couleurs satinées mais chatoyantes. [À une fête masquée, un jour où j'étais avec le Sheriff, il a porté un costume cosaque qui lui allait à ravir.] On mange, on boit, on chante des tubes d’Yvan Rebroff, un petit trio local fait de la musique, et pendant que les deux serveuses, une femme mûre et une jeune femme à peine jolie, débarrassent la table, on boit de la vodka et on jette les petits verres dans le grand feu de cheminée en invoquant Lars Von Trier (Lars Drovié en russe). Puis, c'est non pas une lecture du CHOIX DE SOPHIE, mais le moment attendu du Choix de Ilsa. Elle regarde ses 4 ou 5 cosaques et en choisit deux avec lesquels elle passe une folle nuit d'amour et d'érotisme torride.  Les deux malheureux qui n'ont pas été choisi, mais ils le seront demain, se saoulent. Une fois cramés, les deux serveuses en profitent pour unir leurs corps modestes à ces grandes carrures avinées, avant quelquefois, quand le désir étale plus loin sa faim, de se laisser aller à quelques exquis et modestes égarements saphiques, car on sait en Sibérie qu'il est bon de temps en temps de sacrifier aux dieux de la Poésie, fussent-ils des déesses d'ailleurs.
 
Le lendemain, c'est souvent des prisonniers ronchons et réfractaires qui accueillent Ilsa et ses Cosaques dans la cour enneigée, pendant l'appel. Des fois, ça fuit, ça se révolte. Mais Ilsa, brillant esprit, femme médecin bien avant l'autre greluche du cabaret western télévisé (complètement anti-féministe), délicieuse amoureuse, est aussi une redoutable guerrière, et sur son cheval, elle te rattrape le dissident en fuite en deux coups d'éperons, et le transperce de son javelot (symbole) avec lequel sa dextérité frôle la maestria. Bah, au javelot, dira le cinéphile cynique et désabusé, les russes ont toujours été bons... J'y viens, j'y viens...
 
Comme on peut le constater, Ilsa, c'est tout un poème, dit avec la voix grave du russe, avec cette façon toute particulière qu'ils ont de parler anglais (car tout cela se passe en anglais russe) en roulant les R, en les marquant le plus possible, avec cette intonation bizarre qui fait qu'on se croirait dans une production internationale, vous savez, ces scènes avec huit stars qui parlent 5 langues différentes. Là pareil. Pas un vrai russe dans le lot du casting, que du canadien, et pourtant, on s'y croirait. Ils s'appellent tous Boris, comme dirait Fassbinder (La Peur manger l'Âme), même le tigre. Le tigre Boris, c'est l'atelier ultime de ce Disneyland Siberia. Il ne mange rien dans les cinq mètres carrés de sa fosse, "rien que" des prisonniers récalcitrants. Héros, par exemple.
 
Paragraphe. Etonnant. Le film marche. Les décors sont pauvres mais soignés, kitsch un peu, mais terre à terre surtout. L'histoire est simple mais crédible, enfin "crédible" plutôt, dans un certain univers "in diégèsio" comme dirait moi-même si j'inventais des mots. Et puis, voilà la force : y'a pas assez de moyens pour que ce soit kitsch et flamboyant. Du coup, on est dans un univers terre à terre (répétition, c'est donc important), avec une histoire comme une eau de rose à l'envers, certes, mais dans une sobriété de décorum, à défaut d'une sobriété scénaristique. Un documentaire en quelque sorte. Une sorte de documentaire. Ça marche donc, d'autant plus que les thèmes de la Grande Guerre, dans la fiction hollywoodienne, sont traités avec un karikaturisme des plus enflés, surtout quand il s'agit des russes, confère James Bond. Ici, grâce au décor, grâce au mélange des tons, bah, ça fonctionne, et tu la sens la Russie qui monte ? Oui, je la sens... C'était beau finalement, les films en pellicule, étalonnés à la main, cadrés à la main, même ici dans la série Bzzz (ces films entre le B et le Z), ça ne fait pas pitié... Les temps ont changé... [L'année dernière, j’ai vu VIRUS CANNIBALE de Bruno Mattei qui, comme son nom ne l'indique pas, est un film de zombies nucléaires... Ma surprise était assez grande : le cadre en scope n'était pas indigent du tout...] La Russie nous pénètre, me dis-je, on est loin, dieu merci, on est loin, on est loin, loin des slaves de loin, loin des slaves comme le veut la caricature art-et-essai du style alcool / folie / bande-son tonitruante / pauvreté / surréalisme de pacotille, dans le genre Kusturica entre autres, si vous voyez ce que je veux dire. Ilsa est ridicule ? Allez regarder UNDERGROUND et dîtes moi qui est le plus caricatural. Dur à dire. L'univers est plus intéressant, moins factice chez Ilsa. Les temps ont changé, et souvent le Slave, lorsqu'il est cinéaste, re-cultive le cliché qui lui permettra de s'exporter en festivals, le réinvente, se rapprochant ainsi toujours plus du Russe Espion de OPERATION TONNERE, bête et sauvage, ce que ce même slave haïssait de tout son cœur dans les périodes encore plus troublées... Signes O' Des Temps... C'est bête, non ?
 
Mais bon, tout passe même la réforme, même la fin des camps, même l'après Staline. Héros était en pleine fosse de Boris (Le tigre !!!!!! Comme dans la chanson de Devo où on entend cette étrange ligne de paroles : "Django... THE BEAR !!" Django… attention à l'ours, ou Django… l'ours ?), et allait se faire boulotter en moins de temps qu'il n'en faut pour voir une adaptation de Tolstoï par Bernard Rose, que j'adore et salue. Héros, dans la fosse de Boris Le Tigre, spécialement féroce et réaliste, bien loin encore une fois de son stupide homologue hollywoodien, le trisomique Tigrou, Héros en bien mauvaise posture : dans trois minutes, il sera mort... C'est à ce moment là que le régime stalinien tombe, c'est à ce moment-là que la réforme se met en branle, car les Russes aussi aiment leurs enfants. Ilsa comprend vite, il faut brûler le camp maintenant, faire disparaître les preuves dans la minute, geste un peu absurde mais sublimement cinématographique, une logique de cinéma, une belle urgence. C'est très beau, cet homme, Héros, sauvé des dents de la Mort par la chute du stalinisme... à la minute près ; et c'est encore plus beau de voir qu’Ilsa doit brûler le décor dans une séquence assez absurde mais efficace où tous les prisonniers ou presque sont abattus, où tout le monde efface tout le monde... Putain de bois, c'est du cinoche !! Vous entendez ? TOUT LE MONDE EFFACE TOUT LE MONDE !! Comme si les protagonistes de ce film voulaient vider la pellicule des autres personnages, pour jouer son rôle d’homme isolé et perdu, seul dans la toundra et la neige de cet univers polyester... Dimitri, le jeune fils de général, mourra dans la débâcle sous le feu d’Ilsa et de ses sbires. Séquence absurde et belle, j'aime bien. La Russie, surtout celle-là, fabriquée au Canada (Oh zut ! Je l'ai dit !), c'est aussi l'autre pays du fromage. Oh, donne-nous en un peu... Cette Russie est généreuse.
 
C'est encore plus beau parce que nous sommes surpris de cette chute du camp, cette chute du tout-totalitaire. On pensait que le film s'arrêterait là, mais non... L'aventure reprendra plus tard, dans les années 70, plus loin, aux USA, avec Héros devenu sportif de haut niveau (tiens ! dans le 1000 que je disais), et un réseau de fous dangereux qui font des expériences ken-russelliennes en caisson d'hypnose,  basées sur les peurs des participants (brrrr...), avec une Ilsa recyclée dans d'autres activités criminelles, avec un autre réseau de fous mafieux (le réseau Pasolini ! Je vous jure !), bref, avec moult aventures, et avec moult ondulations d’Ilsa, vieillissante mais érotiquement toujours aussi gourmande. Deux périodes, deux films en un presque, USA et URSS réunis enfin et déjà... C'est beau, on est bien, comme dans une paire de pantoufles en sirotant un bon vieux whisky. Le cinéma est là, précisément. Le frileux ira faire la dangereuse expérience du film érotique du troisième âge des frères Larrieu, et il reviendra en criant dans les bras d’Ilsa. Je vous ai compris ! Vive le cinéma libre !
 
Que sont-ils devenus ? Rien. C'est la fin d'une série. Dyanne Thorne, qui avait déjà 44 ans à l'époque, et qui est quand même Docteur en Anthropologie, n'a pas été très loin après Ilsa. Son dernier film est ARIA, le film à sketches de 1987 réalisé par Godard, Ken Russell, Nicolas Roeg, etc., dont je vais parler très bientôt. Elle y jouait aux côtés de son mari Howard Maurer, qui joue ici un des cosaques, et dont ARIA fut aussi le dernier film... Dyanne est retournée chez elle à Las Vegas ou pas loin, où elle est pasteur d'une petite paroisse ! Jean LaFleur, le réalisateur canadien, n'a pas fait grand chose sinon les effets spéciaux du film WITCHBOARD III, que le Marquis a sûrement vu [Pas encore, non… 01/02/2006. NdC]. La même année que ce film (IILSA, TIGRESSE DE SIBERIE), il était réalisateur de seconde équipe et monteur du film RAGE de David Cronenberg...
La Russie d'alors (1977) reste dans le paysage devenu aujourd'hui poussière, dans les traits délavés, s'abîmant petit à petit, inexorablement, accessible uniquement dans de gros et vieillissants et superbes boîtiers thermoformés qui renferme la VHS gorgée de plaisir, surplus, sousplus plutôt, d'un ancien vidéoclub, la jaquette vous fait les yeux doux, adoptez-moi, comme un petit chiot à la SPA... Elle est là, la vidéocassette, elle vous attend, dans une vieille trocante, dans un carton au fond d'un magasin. À quoi ça tient, la mémoire du cinéma...
 
Rigoureusement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Samedi 27 août 2005

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(photo: "Ô the Pain" par Dr Devo)

Au commencement, encore le Verbe. Quelles personnalités, des Gens, avec une majuscule ! L’épuisement aidant, l’aventure KOH-LANTA s’épure du contingent (après tout JEROME est réformé) pour ne garder que l’Essence, la substantifique moëlle sociale. A une exception près, à mon avis, on est dans le Divin, il n’y a plus vraiment de gesticulations ni de postures, les aventuriers sont plongés dans l’action pure.

Une exception, vous l’avez deviné, ce serait ..., pour ne pas le nommer. Non qu’il soit innommable, il est simplement répugnant (en tant que candidat sur l’échiquier, comprenons-nous bien). C’est le seul à dire ouvertement, c’est-à-dire face à la caméra, qu’il a une stratégie, et qu’elle doit le mener loin. Un candidat à garder encore, siouplaît, il semble décalé par rapport aux autres qui, eux, nonon, n’y touchent pas ! Auto-comparaison avec le (trop)lointain requin, sourire carnassier, bien que sa bouche soit en « cul de poule ». Il veut entrer dans la lignée des RAPHAEL, c’est son droit, mais il devrait lire mes articles. Je prends les paris, il ne peut gagner, c’est ludiquement impossible.
Coup de bambou après avoir éliminé avec ses seules petites mains le «gendarme d’élite », materné par CLEMENCE, le lion intercepte la déclaration de la jeune étudiante, et pousse un rugissant «pas encore mort», douche froide pour les gens qui s’intéressent à sa santé. La donzelle, elle, a bien récupéré, et trouve tout «joli». Complice pragmatique, elle refuse de brûler en public le dessin naïf de sa nièce, mettant en danger tous les candidats, qui auraient pu bénéficier d’un bon feu ; mais ça, DENIS BROGNIART a choisi de ne pas insister dessus au Conseil. Peuh, comprenne qui voudra.
Oui, ce joli Conseil où, après une risette d’ALEXIS, promu délégué de classe malgré sa faiblesse diplomatique si décriée, l’animateur accorde avec un sourire empressé une lampe tempête aux naufragés. J’éxagère avec ALEXIS, il a un bon esprit de synthèse et semble être un bon camarade. Oui, mais...
Une nouvelle fois, dussent les Dieux nous en vouloir, toute l’équipe réactionnaire de Matière focale crie «ça ne se fait pas !». Tel le chercheur d’or ou l’alchimiste, DENIS, vous deviez dissoudre les scories grâce aux éléments déchaînés. En brandissant la flamme, PROMETHEE télévisuel, ALEXIS bafoue les Lois Hardcore de l’Univers. Sans larmes, rhumes, chocs et peur du noir, nulle pépite hystérique, l’Essence humaine risque de rester hors de portée des micros et caméras.
 
La jolie CHRISTINE ne profitera pas de ce luxe, elle mérite un hommage appuyé. Auto-proclamée reine de la plage car trop attentive à son apparence, c’était elle qui cherchait à s’affirmer, à travers cette aventure. Que restera-t-il de vous, CHRISTINE ? L’image d’une candidate «tatouée», odieuse avec ELIANE et FRANCIS, qui s’appuyait sur VERONIQUE et JEROME (les «parents») ? Ou bien cette femme pleurant seule sur le sable, avant d’être, trop naïve (sic), trahie par celui en qui elle avait toute confiance... FRANCIS ? Les larmes partagées avec VERONIQUE, dernière survivante de son sous-groupe, offertes ensuite à la fin du générique, sont troublantes. Hé oui les enfants, on n’est ni tout noir ni tout blanc. Beau moment de télévision, si on y pense.
 
Luxe et volupté chez MARIE-PAULE,  membre de la famille du «grand-chef» (le terme exact en langue Canaque, svp ?) de l’île des Pins, où l’on voit que les CANAQUES protègent jalousement leurs chèvres et offrent à tour de bras des langoustes. Véritable parenthèse culturelle (robes missionnaires pour cacher la semi-nudité), certes, mais trop rapide ; attention aux clichés, foi d’autochtone. Comme dans un conte (et/ou un jeu vidéo), une information sur les fruits est recueillie par COUMBA. Que de splendouillets cadeaux, c’est Noël ! Combien parmi vous ont eu une pensée émue pour le Ranger SILVER, adjuvant des malhonnêtes candidats lors d’une précédente aventure kholantesque. A-t-il été licencié ou remercié (ahah) aussitôt par la prod’?  Ce serait bon qu’on s’intéresse à son sort, cet homme a des choses à dire. En tout cas ALEXIS et COUMBA ont mérité leur récompense de confort, nul ne peut leur jeter la pierre.
 
Et sur cette pierre, qui bâtira son empire ? Je vous l’écris, soeurs et frères Focaliens, en vérité, un homme porte une sombre lumière. Il est le verbe incarné, il est le don pour soi. Cet homme semble avoir berné MOHAMED («sincère, pas de la stratégie») ; copier-coller des illusions sur JEROME. Mais le mari de SHEREAZADE n’a-t-il pas d’autre destin que d’être berné ? VERONIQUE a reconnu en PIERRE un collègue, formé et formaté pour  séduire. Un petit côté «grand frère» avec des conseils d’homme arrivé, l’animal vise le coeur de cible des anciens KUMO. Cela pourrait marcher, son débit de parole ressemble, grosso-modo, à la tchatche. Un Sophiste, dirait SOCRATE ? Episode fort édifiant, que de tensions !
 
Avant, quand feue ma grand-mère insultait les méchants des FEUX DE L’AMOUR, je ne comprenais pas. Avant, quand je voyais les enfants prévenir GUIGNOL du danger, je ne comprenais pas. Aujourd’hui, je sais.
 
Amis Focaliens, réagissez, et retrouvez-nous donc quelques phrases-choc, siouplaît. C’est tellement bon. Moi, à mon âge, je les oublie trop vite.
 
Le Shériff.
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Jeudi 25 août 2005

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(carte du Liechtenstein) 

Chères Focaliennes, Chers Focaliens,
Ce n'est pas pour me vanter, mais quel beau travail que ce nouvel article. Enfin, voici l'index de TOUS les films critiqués, abordés, disséqués dans le beau laboratoire de Matière Focale. Cet outil excellent sera remis à jour quotidiennement.
Comment ça marche ? C'est très simple. Les films sont mis en ordre alphabétique selon la méthode de (feu) le Dr. Ferdinand Schultz (1847-1942), né en Bavière et mort au Liechtenstein, méthode plus connue sous le nom de Système de Schultz. Nous empruntons également sa technique de classification par appendices nodales chromatiques. Ainsi, pour chaque film, cette méthode, adaptée à notre sauce et à notre site, vous permettra de retrouver via un premier lien l'article concernant le dit film.
Autre avantage, ce formidable index schultzien vous permet de lire un article, les jours de disette, longs comme une nuit sans sommeil, quand le blizzard fait claquer la vieille porte en bois un peu délabrée qui clôt fort mal votre petite maison isolée dans la steppe. Troisième avantage : les cadeaux. Vous êtes invités chez des gens sympas, très cultivés, et vous n'avez pas beaucoup d'argent. Vous êtes invités chez des gens très bêtes, aux goûts désastreux, et vous n'avez pas envie de claquer 30 euros dans un cadeau, genre horrible lampe design. Je ne sais pas vraiment s'il vaut mieux être pauvre et bien entouré ou riche et envahi par les imbéciles, mais je peux vous dire ceci haut et fort, et sans honte : dans le premier cas, vous pourrez trouver un cadeau chic et sublime, un film supra-cosmique comme on en croise souvent ici, et dans le deuxième cas, vous pourrez choisir un film intelligent à offrir à vos crétines de relations sociales, ça leur changera du DVD des CHORISTES, ça ouvrira leurs horizons. Dans ce dernier cas, vous ferez alors une bonne action, et vous gagnerez sans doute quelques mois, voire plus, de purgatoire.
Enfin, quatrième avantage, cet index fonctionne très bien en tant que répertoire ! Astucieux, certes, mais il fallait y penser.
Bref, cet article est plus qu'un article, c'est un outil performant, gratuit et splendouillet qui convient à tous les âges et à toutes les catégories sociaux-professionnelles. Ah ! oui, c'est bien beau, mais où il est, mon article du jour, nous demande Constance, 12 ans, du Loir-Et-Cher... Chère Constance, laisse moi te dire que c'est très impoli d'interrompre les grandes personnes, et que ta question est simplissime : ton article, t'as qu'à le choisir toi-même dans l'index !
Voici donc, Mesdames et Messieurs, l'Index Schultzien Universel des Films Analysés ! Longue vie à l'ISUFA ! [Izooffah !]
Cet article est dès à présent régulièrement mis à jour. Merci de nous signaler les liens cassés qui auraient échappé à notre vigilance. L'ISUFA contiendra bientôt les caractéristiques temporelles et géographiques des œuvres abordées, et sera sans doute complété par un autre index concernant les films évoqués au fil des articles, mais là on va se reposer, parce que le Marquis et moi-même avons sué sang et eau pour vous livrer ce bel objet...
Devolutionnement Vôtre,
Dr Devo.

 
(Ferdinand Schultz, en 1885, à Bocuse-Bernau)

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Mercredi 24 août 2005

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Elles veulent jouer avec vous.

 

Un soir d’orage, un manoir perdu au milieu de nulle part, habité par un couple de vieillards ; fort hospitaliers, ils accueillent les voyageurs en perdition. Ne survivent à « la plus longue nuit du monde » que les enfants, et les adultes ayant su garder leur cœur d’enfants. Un sort funeste (et doucement ironique) attend les autres.

 

Produit par Brian Yuzna et réalisé par Stuart Gordon en 1986, dans la foulée de RE-ANIMATOR et de FROM BEYOND – la grande époque, quoi – DOLLS se distingue par un scénario original, en rupture de Lovecraft, donc. Stuart Gordon, cinéaste qui s’est par la suite un peu discrédité (mmmm, FORTRESS – mais il est en convalescence depuis) au profit de son producteur Brian Yuzna, signe ici une petite perle de série B unique en son genre, à l’atmosphère très frappante. DOLLS parvient à mêler avec originalité – et jusqu’à les rendre indissociables, le merveilleux et l’épouvante. Inclassable, le film met en scène d’inquiétantes poupées animées d’une vie propre, qui chuchotent dans la pénombre, et sur lesquelles veillent les deux petits vieux (dont Hilary Mason, la médium aveugle du superbe NE VOUS RETOURNEZ PAS de Nicolas Roeg), qui apparaîtront, selon le personnage qui les observent, comme un couple charmant de grands-parents ou comme une paire de désaxés promenant leurs poupées dans des berceaux à travers les couloirs plongés dans l’obscurité. De la même façon, les poupées ont un aspect enchanté et poétique, mais peuvent s’adonner dans l’instant qui suit à des agressions brutales et diablement inquiétantes.

 

Mais ces semblants d’assassinats, malgré leur aspect très macabre, réjouissent plus qu’ils n’effraient : les adultes victimes ont effectivement perdu leur sensibilité d’enfants. Le père froid et indifférent qui traîne sa fillette comme un poids mort la gronde en la surprenant plongée dans la lecture de Hansel & Gretel ; sa belle-mère, forcément acariâtre (excellente interprétation de Carolyn Purdy-Gordon, l’épouse du cinéaste), lui arrache son ours en peluche des mains et le jette dans les fourrés sous prétexte qu’il ralentit leur progression. La violence qu’ils subissent par la suite semble par certains aspects née du désir de l’enfant, qui imagine un instant, sous le coup de la colère, son nounours surgissant des bois pour venir mettre en pièces papa et belle-maman. D’ailleurs, ils ne meurent pas « en vrai » : en se transformant en poupées après avoir passé l’arme à gauche, ils prennent la forme littérale de cette part d’enfance qu’ils n’ont pas su préserver.

 

Dans ce film qu’on a trop vite classé dans le seul registre de l’épouvante, la petite fille traverse les événements, se promène durant la nuit en côtoyant les poupées sans jamais être inquiétée. Tout juste murmure-t-elle un doux reproche à la poupée à l’effigie de son père avant de le ranger sur une étagère aux côtés de ses nouvelles « camarades de jeu ». Elle comprend tout aussi naturellement les motivations des poupées que les torts des adultes, assistant sans sourciller au devenir de ses parents, qui n’ont pas la sympathie du spectateur non plus, de toute façon.

 

Ne s’inspirant d’aucun conte, DOLLS en retrouve pourtant le ton et l’atmosphère des meilleures pages d’Andersen ou des frères Grimm, avec une aisance et une conviction que bien des productions récentes peuvent lui envier. Il ne s’agit donc pas d’un récit classique de poupées maléfiques (rien à voir avec Chucky), d’autant plus que les poupées ne sont pas foncièrement malveillantes : elles sont innocentes, au sens premier du terme, elles n’ont pas conscience de la cruauté de leurs actes, qui interviennent toujours comme des punitions infantiles radicales venant sanctionner les comportements qui ont suscité leur mécontentement. Le scénario, brillant, évite d’ailleurs la caricature qui aurait pu rendre le film trop manichéen en introduisant des personnages extérieurs au cercle familial égaré dans le manoir, avec l’irruption d’un automobiliste naïf et de deux punkettes auto-stoppeuses, lesquelles vont connaître un sort particulièrement sadique et douloureux. Ces séquences permettent au film de sortir du seul créneau de la « restructuration familiale » passant par la case décès : les deux adolescentes ont « fauté » mais la réaction punitive des poupées ne leur laisse aucune possibilité de faire machine arrière – leur sort sera aussi pathétique que cauchemardesque. Le film parvient ainsi à élaborer une ambiance ambivalente où se dessine, avec une subtilité inattendue, un portrait de l’enfance qui a le bon goût de ne pas en faire un âge rêvé de la gentillesse et de la bonté d’âme dégoulinantes et illusoires en préservant ses zones d’ombre et sa noirceur candide.

Bref, DOLLS est une petite série B tournée en deux temps, trois mouvements, sans moyens financiers conséquents, mais qui est fort bien mise en scène et bénéficie à la fois d’une superbe musique (dont le magnifique thème composé par Victor Spiegel), d’une très belle photographie et d’effets spéciaux fascinants lorsqu’ils sont confiés à l’animateur David Allen, les poupées mécaniques de John Carl Buechler étant moins convaincantes. Extrêmement séduisant et vivement recommandé.


Le Marquis


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Mercredi 24 août 2005

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A
 
ABANDONNEE, de Nacho Cerda (Espagne, 2006): Article
A BITTER SWEET LIFE, de Kim Jee-Woon (Corée du Sud, 2005): Article
A DIRTY SHAME, de John Waters (USA, 2005): Article
A HISTORY OF VIOLENCE, de David Cronenberg (Canada, 2005): Article 1, Article 2
AKOIBON, d’Edouard Baer (France, 2005): Article
A LA POURSUITE DU DIAMANT VERT, de Robert Zemeckis (USA/Mexique, 1984): Article
ALEXANDRA, d'Alexandre Sokourov (Russie/France, 2007): Article
ALEXANDRE, d’Oliver Stone (USA, 2005): Article
ALICE N'EST PLUS ICI, de Martin Scorsese (USA, 1973): Article
ALICE OU LA DERNIERE FUGUE, de Claude Chabrol (France, 1977) : Article
ALIEN APOCALYPSE, de Josh Becker (USA, 2005): Article
A LIFE IN SUITCASES, de Peter Greenaway (GB, 2005): Haïku
ALLIGATOR, de Sergio Martino (Italie, 1979): Article
AMERICAN COLLEGE, de John Landis (USA, 1978): Article
AMERICAN MURDER, d’Anson Williams (USA, 1992): Article
AMERICAN NIGHTMARE, d’Adam Simon (USA, 2000): Article
AMERICAN NIGHTMARE, de Jon Keeyes (USA, 2002): Article
AMERICAN PARTY, de Walt Becker (USA/Allemagne, 2002): Article
AMERICAN PERFEKT, de Paul Chart (USA, 1997): Article
AMERICAN WAY, de Maurice Phillips (GB/USA, 1986): Article
LES AMITIES MALEFIQUES, d'Emmanuel Bourdieu (France, 2006): Article
AMITYVILLE, LA MAISON DU DIABLE, de Stuart Rosenberg (USA, 1979) : Article
AMOUR ET AMNESIE, de Peter Segal (USA, 2004): Article
ANGEL, de Harley Cokeliss (GB, 2002): Article
ANGEL-A, de Luc Besson (France, 2005) : Article
LES ANGES EXTERMINATEURS, de Jean-Claude Brisseau (France, 2006): Article
A NIGHT TO DISMEMBER, de Doris Wishman (USA, 1983): Article
ANIMAL, de Roselyne Bosch (France, 2005) : Article
L'ANNIVERSAIRE, de Diane Kurys (France, 2005) : Article
L'ANNULAIRE, de Diane Bertrand (France, 2005) : Article
ANTHONY ZIMMER, de Jérôme Salle (France, 2005) : Article
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APPLESEED, de Shinji Aramaki (Japon, 2004): Article
APPORTEZ-MOI LA TÊTE D'ALFREDO GARCIA, de Sam Peckinpah (USA/Mexique, 1974) : Article
L'ARBRE, LE MAIRE ET LA MEDIATHEQUE, d’Eric Rohmer (France, 1993) : Article
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ARRIVEDERCI AMORE CIAO de Michele Soavi (Italie-2006): Article
ATOMIK CIRCUS, de Didier & Thierry Poiraud (France/Allemagne, 2004): Article
A TON IMAGE, d’Aruna Villiers (France, 2004) : Article
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AU PAYS DE LA MAGIE NOIRE, de Lu Chin-Ku & To Man Lo (HK/Philippines, 1982) : Article
AU SERVICE DE SATAN, de Jeff Lieberman (USA, 2004): Article
AUTO FOCUS, de Paul Schrader (USA, 2002): Article
AUTOPSIE, de Michael Kriegsman (USA, 1999): Article
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B
 
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BATMAN,