lavilliers-devo.jpg
[Photo : "Tu te foutrais pas de ma gueule ou tu prendrais pas le train" par Dr Devo]

 

Chers Focaliens, 

Tiens, aujourd'hui on va jouer à un jeu : essayer de faire dans le court et le synthétique, là où d'habitude on fait dans le détail et la longueur. Suivons les traces du Marquis et son exemple, lui qui fait les deux, toujours plus fort que les autres, dans ces fameux et délicieux abécédaires. Voilà qui sera pour moi l'occasion d'évoquer les films que je n'ai pas eu le temps de chroniquer ces derniers temps.

Ben alors, Docteur, qu'est qui ne va pas ? Une crise de masochisme aiguë ? Qu'est-ce qui vous prend d'aller voir un biopic, déjà, et en costumes en plus ? C'est vrai, ce VIVALDI... est tout ce que j'aime ! Mais pris dans les obligations professionnelles, me voilà obligé de voir le film, et mieux, figurez-vous, je fus en quelque sorte payé pour le voir ! C'est pas beau la vie ?

Cinéaste confidentiel, Guillermou, que je ne connaissais pas, ancien de l'ORTF et réalisateur de pubs, est un spécialiste du film musical. Il sortit en 2003 un IL ÉTAIT UNE FOIS JEAN-SÉBASTIEN BACH (un concurrent des CHRONIQUES D'ANNA MAGADLENA BACH des Straub ?)  Et aussi une MESSE EN SI MINEUR en 1990. On lui doit aussi la seule adaptation du PETIT PRINCE en film, toujours en 1990 (miam miam !), et DEUX CLOCHES À LA NEIGE, titre pécasien en diable, avec les ineffables Stéphane Collaro et Bouboule que les spécialistes reconnaîtront.
Bon, tu la commences ta chronique synthétique ? Ok, ok, j'arrive. Tourné pour une somme modeste à Venise même, dans des décors de rêve, bien entendu, VIVALDI... est une catastrophe sans nom, et pour une fois, la critique, complètement unanime et moi-même nous rangeons du même côté. Film biographique, sans doute assez bien documenté, VIVALDI... donne largement l'impression de lire la notice biographique de l'encyclopédie Universalis. Nous suivons donc le Vivaldi, interprété comme il peut par Stefano Dionisi, déjà vu dans le rôle titre de FARINELLI (les directeurs de casting ont de l'idée quand même !) mais aussi dans GINOSTRA et bien sûr LE SANG DES INNOCENTS de Dario Argento, compositeur mais aussi, on l'ignore, hein, on le savait pas, prêtre. Et c'est bien là le problème. Car les autorités religieuses, à savoir le cardinal Michel Serrault, goûte peu le style Vivaldi et surtout ses œuvres profanes. Vivaldi ne célébrant plus la messe, étant malade (ha oui !!!), pour se consacrer uniquement à son art, le clergé est largement fâché et lui mettra des bâtons dans les roues. Il devra se battre et trouver de riches mécènes privés. Une vie de travail, donc, et aussi de lutte contre une société hostile et comploteuse, où Vivaldi sera aidé par sa chanteuse fétiche, une femme entièrement consacrée à l'Art, qui saura défendre ses œuvres sur scène et aussi protéger les intérêt du maître de musique...
Bah oui ! Si vous voulez savoir en quelle année est né le célèbre compositeur ("Ne quittez pas, nous cherchons votre correspondant...."), ce film est fait pour vous. Que dire sinon ? Tourné en vidéo HD, ce qui n'est pas le point le plus désagréable du film et qui nous vaut quelques plans éclairés moins conventionnellement, Guillermou nous fait ici un festival. Outre le scénario, très didactique mais dégagé de toute passion (point de folie amoureuse par exemple,  le personnage étant un prêtre, et vertueux en plus !) et versant donc dans l'encyclopédisme (on est très heureux de savoir que telle pièce fut jouée en 1707 dans telle cour royale...), le réalisateur aligne les saynètes, souvent détachées les unes des autres, ou au contraire, trop reliées dans un effort de démonstration pathétique. Par exemple, Untel dira : "Vivaldi veut se lancer dans l'opéra, mais le Cardinal s'y opposera", et dans la scène suivante on verra effectivement Serrault dire : "Tant que je serais vivant, il est hors de question que Vivaldi mette un seul opéra en scène". La classe, et très instructif en plus ! Tout cela est donc fortement mal écrit, et rayonne de naïveté narrative dans un secteur du marché où les choses sont beaucoup plus glamour et où la concurrence est pétée de thunes !
Mais le mieux, c'est la mise en scène. Un festival ! Des montagnes de gros plans, des cadrages presque tous laids (une fuite dans les ruelles sombres assez réussie cependant), maladroite mise en valeur de décors pourtant assez lyriques (on est bien loin de l'expression graphique du WASHING MACHINE de Ruggero Deodato, film pourtant modeste du point de vue budget également, et qui tirait parfaitement partie de ses décors urbains "naturels"), coupes dans l'axe incessantes et avec changement d'échelles les plus absurdes, axes calamiteux, acteurs filmés comme au théâtre dans de nombreux plans, et surtout une gestion désastreuse des scènes musicales ! Alors, sur ce point c'est hallucinant ! Les "chanteurs" non-musiciens n'ont pas été coachés et respirent n'importe où, les coups d'archet ne tombent juste qu'une fois sur deux, et mieux, dans une scène où est exécutée une pièce pour orchestre à cordes et clavecin, les plans sur la claveciniste en train de jouer tombent exclusivement sur des moments où le clavecin ne joue pas ! Au fur et à mesure, Guillermou qui voit que le temps presse et qui ne sait plus comment bidouiller les scènes prévues dans le scénario se lance sans vergogne dans les saynètes qui ne sont pas reliées entre elles, sinon par les personnages du film eux-mêmes, qui se tournent vers la caméra pour nous expliquer ce que fait Vivaldi ensuite mais que nous ne verrons pas à l'écran, faute de temps ! Mon dieu ! Je passe sur le mixage souvent approximatif. Enfin, les acteurs, souvent mauvais ou complètement paumés, sont délicieux. Dionisi fait ce qu'il peut, et c'est le plus crédible. Les scènes avec les sœurs de Vivaldi (dont une est jouée par Delphine Depardieu, nom à retenir, elle est sublime, et on aurait aimé la voir dans un Bruno Mattei, poursuivie par des zombies cannibales de l'espace !) sont hilarantes et cumulent toute la maladresse du film dans un maelström atomique de sublime puissance faisandée. Moments de grâce involontaire et de rires francs, c'est le meilleur du film, d'autant plus que ce sont des scènes en général pathétiques. On est en territoire Z, vous l'aurez compris. Serrault, dont c'est le dernier rôle, est absolument épouvantable la plupart du temps, pas aidé il faut le dire par le montage qui sélectionne avec une même générosité les prises ratées et les "réussies". Un autre grand moment : une scène où Serrault, qui lâche les freins du tractopelle dans un moment très sérieux, fait rire accidentellement son partenaire qui n'arrive pas à se contenir et finit par sourire franchement, comme dans un bêtisier, à la limite du fou rire. Le gars est clairement en train de rigoler dans ce dialogue sérieux, sans doute amusé par le farceur Serrault toujours très déconneur sur les plateaux. Guillermou, alors que la scène est interrompue par ce rire à peine caché par l'acteur, il garde la prise ! On voit donc le gars rire, comme ça, à brûle-pourpoint... Je vous laisse aussi découvrir la "scène onirique" ridiculissime. Lorsqu'elle arrive, on se dit "tiens, mais c'est quoi ce truc, il essaie de dire quoi là ?!!!????", puis ça coupe, et là, Vivaldi s'éveille en sueur en disant "Quel cauchemar  horrible !", chose qui nous rassure. Ceci dit, il ne l'aurait pas dit, nous aurions cru que tout cela faisait partie de la maladresse globale du film. Bref, ce VIVALDI... est un vrai nanar des familles, de la "série Z" dotée, et si vous voulez vous éclater un bon coup, allez le voir en groupe pendant la rentrée du cinéma, dans quelques jours ! [Je passe sur les pneus qui protègent les gondoles et sur les éclairages électriques des rues de Venise.] Scénario sans ampleur et qui grince comme une porte de château hanté, acteurs complètement à côté de la plaque à une ou deux exceptions près, prises où les acteurs butent sur le texte mais retenues quand même dans le montage, coursflorentisme exacerbé des jeunes acteurs, dialogues ampoulés complètement tartempionnissime, Serrault sans aucun contrôle, cadrage hasardeux et montage catastrophique, et bien sûr désynchronisation de nombreux passages musicaux...
Que voulez-vous de plus ? Les plus fortunés d'entre nous n'hésiteront pas et iront dépenser huit euros dans cette série Z pour le cinéma, chose qui se perd... Si j'étais vous, j'irais avec un lecteur MP3, histoire d'essayer d'écouter du Motorhead pendant une scène d'opéra ! Bravo Monsieur Guillermou, c'est très bien, continuez comme ça ! Bravo ! [Bonne nouvelle : le film ne fait qu'une heure trente !]

Pas facile de concilier sa passion avec la vie réelle et notamment familiale. C'est ce que va apprendre à ses dépends Vincent Elbaz qui se découvre sur le tard une passion pour CHANTONS SOUS LA PLUIE et les claquettes, poursuivant ainsi, sans le savoir, les traces de son grand-père et de son père qui eux aussi eurent la passion des claquettes mais qui échouèrent à en vivre, et même perdirent tout (travail, famille...), comme nous l'explique ce professeur de fac en 2030 (???!!!???) pendant un cours de fac sur l'atavisme !
Ben voilà. Là aussi, on est bien. J'AURAIS VOULU ÊTRE UN DANSEUR est une chronique familiale, glissant d'une époque à l'autre, avec un poil d'anticipation werbberienne pour lier le tout, et racontant une malédiction familiale qui se transmet par les petits mensonges et autres secrets. Bon, ça c'est la note d'intention, qui nous vaut ceci dit des passages assez croquignolets, comme ce petit effet spécial où on voit une petite lumière brillante sur la nuque des différents personnages passionnés de claquette, afin de bien nous faire comprendre que le virus de la danse s'est propagé de père en fils et petit-fils, chose que l'on avait amplement comprise sinon, tant le scénario est d'une absolue simplicité, si j'ose dire. Passons.
Comme dans VIVALDI, UN PRINCE À VENISE, qui sort aussi cette semaine, J'AURAIS VOULU... est un film sur la musique et la passion, et à peine mieux réalisé ou presque. Je suis un peu dur. Berliner fait du cinéma classiquement, et avec un sérieux qui l'éloigne de fait de la catastrophe vivaldienne qui, elle, est une vraie série Z. Ceci dit, rien ne fonctionne, et là aussi, on est proche de la catastrophe, versant pathétique et triste cette fois. Bien que vu en avant-première, et souvent c'est là l'occasion de voir les films dans des copies soignées et bien meilleures que celles que nous voyons en salles (rappelons que deux copies sur trois sont déplorablement tirées, ce qui est un vrai scandale français, surtout au prix où on paye la place), la photographie est l’élément le plus triste du film. La photographie très sombre n'est sans doute donc pas aidée par un tirage médiocre, et empile les mauvaises idées notamment au travers de nombreux scènes éclairées de manière grise-bleue ou encore dans l'effet de désaturation, vu mille fois et très laid, des scènes au passé. [Parce que c'est trop ringard le noir et blanc pour les "flash-back" ? On a peur que le spectateur se perde ? Ben merci pour lui, les gars, mais on a déjà vu des flash-back ! Depuis cinquante ans, on est habitué, vous pensez bien !!!] Le cadrage, lui, favorise le plan rapproché, et le montage suit uniquement le scénario. Outre les tunnels de champs/contrechamps où on débite le dialogue tranquilou, c'est dans les séquences musicales que la mise en scène est la plus douloureuse. En plus d'une direction artistique maladroite et jamais enchanteresse, que ce soit dans les décors ou la photo qui rendent très kitsch ces scènes quelquefois "oniriques" ou fantasmées,  c'est le choix des axes et de l'échelle de plans, et le montage, qui sont très douloureux dans les scènes de danse. Le jeu consiste souvent à faire un plan rapproché sur l'acteur puis sur ses pieds, puis alterner ces champs et ces contrechamps, sans aucun travail expressif sur les axes. Les plans plus larges sont souvent mal cadrés, et le montage est de fait impossible, réduisant les maladroits efforts de mouvement d'appareil à néant. Tous les plans sentent la collure, et à aucun moment on ne sent une quelconque fulgurance. On a plutôt l'impression  de plans étriqués s'enchaînant maladroitement et qui n'arrivent pas à nous faire oublier le sentiment de captation du tournage. On est donc bien loin de la magie onirique des séquences des comédies musicales américaines classiques auquel le film de Berliner rend hommage. Empesé, illisible et sans aucune fantaisie, et même d'une extrême répétition d'un scène à l'autre (toujours les mêmes trois pauvres axes, le même petit mouvement de travelling), les scènes de danse sont sans originalité et bancales. On reverra plutôt les scènes de danse du beau CQ2 (PLUS PRÈS DU SOL), le beau film de Carole Laure, dont la mise en scène, très originale, avait bien plus de personnalité et arrivait à rendre compte avec dynamisme et musicalité des chorégraphies soignées, et ce malgré des moyens modestes. Là où Laure faisait un travail original sur le rythme et le cadrage et soignait des axes originaux et toujours beaux, Berliner essaie de copier maladroitement ses modèles, sans que ces séquences n'aient une quelconque construction dramatique dans la mise en scène. Il faut dire que la sauce est d'autant plus indigeste que la musique est désastreuse, signée d'un des membres du groupe opportuniste NOUVELLE VAGUE, et mixe les chansons les plus surprenantes dans des arrangements d'une kitscherie absolue. Les Five Young Cannibals, les Innocents... Que des bonnes idées ! La séquence musicale principale utilise la chanson dance vulgaire mais efficace (et pour laquelle j'ai, je le confesse honteusement, une grande tendresse amusée) le tube PUMP UP THE JAM, machine de guerre commerciale mais maline dont il ne reste absolument plus rien dans une version sud-américanisée déplorable. Dans ce passage par contre, on est pas loin d'un certain effet de nanardisation.
Dans les scènes "réalistes", ce n'est pas tellement mieux. Les dialogues, toujours très symboliques et manquant complètement de naturel, sentent l'encre fraîche et suivent les diktats d'un scénario très directif. La mise en scène de ces séquences est plate et anonyme, et reprend les problèmes d'échelle et d'axe des autres scènes. La reconstitution presque téléfilmesque des scènes du passé n'a aucune saveur. Et comme globalement le montage se veut assez "coulé", rien ne jaillit, rien ne fait saillie, rendant les 100 minutes du visionnage bien longues.
Les acteurs ne sont pas très à l'aise. Jean-Pierre Cassel, dont c'est un des derniers rôles, est confiné à un rôle prévisible et imposant, c'est un archétype qui lui laisse peu de place et où il ne brille pas une seconde. Curieusement, c'est Cécile de France (dont le maquillage et la coiffure font penser curieusement à la Patricia Arquette du LOST HIGHWAY de David Lynch) qui se débat avec le plus d'énergie, mais elle aussi est prisonnière de la prévisibilité de son rôle. On est donc en face d'un film de scénario, un de plus, où l'absence de personnalité dans la mise en scène, c'est-à-dire l’absence d'options de mise en scène et de choix personnels (autrement dit le refus de faire autre chose que les autres)  rend douloureux le moindre effort de lyrisme. Plus qu'un film énervant ou je ne sais quoi, J'AURAIS VOULU ÊTRE UN DANSEUR n'exprime aucune fantaisie, alors même que c'est sans doute le sujet du métrage. Le scénario quant à lui est beaucoup trop lisible ou balisé pour exprimer un quelconque sentiment de vertige passionnel. À quoi bon faire un film de plus dans ces conditions, c'est-à-dire un film qui ressemble aux autres, alors même que le sujet est la passion et le rêve ?
CQ2 de Carole Laure, qui a pourtant une base mélodramatique forte (proche de l'émotion franche et directe d'un Percy Adlon) et un sujet également balisé sur le papier, était une tentative très réussie de cinéma populaire, précis et personnel, avec de forts parti-pris artistiques et scénaristiques, un film bien plus rigoureux et bien plus risqué, dont l'écriture même, plus que de se contenter de suivre le scénario à la lettre, développait une gamme de nuances très entendues, ne rechignant pas à explorer des zones ambiguës ou imprévisibles, et par conséquent exprimait une passion qui est ici bien absente. Il serait peut-être temps que le cinéma français arrête de développer des projets qui tiennent uniquement sur des idées de scénario, sur des réseaux métaphoriques écrits, pour essayer par la suite de rendre cohérentes des idées qui ne sont jamais écrites de manière graphique ou en termes de mise en scène (cadrage et montage surtout). Car à vouloir rattraper le scénario, on ne peut que rester sur le plancher des vaches, et ramer pour illustrer les intentions de départ. Peut-être faudrait-il pour cela également arrêter de produire des projets qui ne sont que des adaptations ou des hommages à des films déjà existants, et qu'on commence, enfin, à produire des choses qui nous ressemblent, et à faire des films qui se tiennent tout seul, par eux-mêmes, sans avoir à souligner les choses uniquement dans le dialogue ou dans la continuité narrative. En gros, faire des films un peu fous qui essayent de ne "ressembler à rien" comme on dit, sinon à eux-mêmes (ce qui est toujours le plus beau compliment possible). La beauté, la fulgurance et la passion se construisent avec les ciseaux et le scotch du montage, et jamais avec le stylo et le papier du scénariste. J'AURAIS VOULU ÊTRE UN DANSEUR est un projet mort-né, parce que ça crève les yeux qu'il s'agit un projet de scénario (Berliner a d'ailleurs gagné des concours d'aide à l'écriture avec ce film), des plus conventionnels en plus. Voilà qui en dit long sur les conditions de production et sur la façon dont sont choisis les films qui reçoivent les aides nécessaires à leur réalisation. C’est très triste, et cette absence d'originalité artistique finira par coûter très cher au cinéma français. À moins que ça ne soit déjà le cas. Quelle tristesse !
 
Bon ben moi, en tout cas, en ce qui concerne mon projet de synthèse rapide et de critiques condensées, c'est encore raté !
 
Gentiment Vôtre,
 
Dr Devo.
 
ajouter un commentaire commentaires (6)    créer un trackback
Vendredi 31 août 2007

recommander publié dans : Corpus Filmi

 

anti-babas-mekouyes-devo.jpg


["On s'en bat les Cools... (ordonnance contre le mouvement baba)". 
De gauche à droite : Sharon Stone, Elijah Wood, Demi Moore, Emilio Estevez (hors-champ). Photo de Mek-Ouyes, tirée de
son site.]


Chers Focaliens,
 
Une fois n'est pas coutume, ou plutôt ce n'est pas souvent que ça arrive, mais aujourd'hui, je vais faire un peu de pub pour un site voisin et ami d'un personnage discret, lisant fidèlement Matière Focale depuis le début... Cela arrive rarement, mais cette fois, j'ai deux bonnes raisons de le faire.
Ce n'est pas tous les jours, en effet, qu'on parle ici de sites internet. Il y a quelques mois, Mek-Ouyes, webmeistre du site qui porte son nom, me brisait le cœur ainsi que celui de ses peu nombreux lecteurs fidèles, puisque son jeune site semblait avoir fermé les portes de manière définitive. Or, depuis quelques jours, Mek-Ouyes a repris du service. C'est l'occasion pour moi de parler de ce site. La deuxième est que le brave Mek-Ouyes m'a dédié une photo hilarante ! C'est bon pour l'ego et ça vaut un bon steak.
MEK-OUYES (le site !) est un endroit pas comme les autres. Des blogs qui présentent le travail photo de leurs auteurs, il y en a des milliers, en général très peu intéressants. Il faut bien dire que si on enlève les blogs photographiques consacrés aux petits animaux, à la famille de leur concepteur ou à leurs bébés, il y a déjà moins de monde. Mek-Ouyes n'a jamais clairement exposé son concept (il y a très peu de texte et aucune profession de foi, directe et franche du moins). Son site est donc un espace de présentation de ses photos. En principe, il publie une photo par jour, certes, mais avec une cadence parfois chahutée et irrégulière. [Il prépare une photo par jour, mais les publie quelquefois avec quelques heures de retard, ce qui fait que concrètement, il arrive qu'il publie la photo du jour et celle de la veille : mais en tout, ça fait une photo par jour !] La photo est en général titrée, et les titres, croyez moi, valent le déplacement. Souvent, ils sont absurdes ou surréalistes. Sous la photo, point de date, point d'indication géographique (ou alors tronquée, comme certaines photos étant  présentées comme prises en pays étrangers, alors qu'il les a visiblement prises chez lui, sans bouger de sa chaise... Le pire c'est que ça marche !), mais des légendes qui se présentent de deux manières possibles. La première est une "description" de la photo qui présente les éléments qui la composent. Le texte de la légende commence alors par "de gauche à droite", et est suivi par un texte descriptif absurde. Exemple : "de gauche à droite: Le tirage qui rend fou (interdit de publication en 1945 suite aux incidents de Malmö)" pour une photo représentant une tapisserie des années 70, intitulée LA MIRE DU COSMOS et qui se présente comme un autoportrait ! Ou encore : "de gauche à droite : oui, non, ne se prononce pas" pour une photo représentant des bimbos alignées sur un canapé, intitulée THE MILD BUNCH... Deuxième type de légendes sur le site : une petite phrase souvent prise en cours de route, commençant donc par "..." et qui livre un texte au passé simple, souvent très pesante, comme tirée d'un roman classique ampoulé mais étrange. C’est souvent complètement abscons et très beau. Exemple : "...cette sensation de déjà-vu avait un goût de grotesque, qu'aucune tristesse ne pouvait empêcher." sur une photo intitulée LE SYNDROME DAVID et représentant un personnage de dessin animé qu'on croirait tiré d'un épisode de POKEMON... Comme vous pouvez le deviner, logiquement, sur Matière Focale, on se sent un peu en famille chez Mek-Ouyes !
MEK-OUYES n'est donc pas complètement un site de photos mais aussi un lieu de collages étranges entre photos et textes abstraits et/ou drôles. Au fur et à mesure de la lecture, on finit par décoller dans une autre contrée, inexplorée et sauvage, quelquefois un peu inquiétante. On a du mal à suivre le fil de la composition du site, souvent obscure Et pourtant, impossible de ne pas penser que ces photos assez éclectiques forment un sorte de suite logique ! Moi qui suis quotidiennement le site, j'en suis persuadé. Mais Mek-Ouyes refuse de s'expliquer, refuse d'être interviewé ici et préfère l'exploration de son travail à tout autre commentaire, malgré mon insistance. MEK-OUYES, le site, est sans doute un manifeste contre la photographie contemporaine [cf. son hilarante campagne contre Diane Arbus (une photo s'intitule LA JEUNESSE EMMERDE DIANE ARBUS ! Fallait oser !), celle contre le photoshopisme ou encore son féroce combat contre "l'instant décisif" qui selon lui est une vaste supercherie pour contraindre les amateurs à faire des photos médiocres et protéger le marché professionnel !]. Mek-Ouyes semble se battre contre le polissage photographique et se vante de ne faire ses retouches, quand il y en a, qu'avec des logiciels plus que rudimentaires, genre Photofiltre ou Paint, le logiciel fourni d'office par Windows ! Les cadrages et les textures sont souvent dures, malpropres et finissent par déployer, à cause du texte aussi, un univers parfois assez noir ou inquiétant. Mek-Ouyes aime aussi les séries. LA PIN-UP DU MOIS est une série de photos pornographiques récurrentes ménagères où sont représentés des frigos ! [Mek-Ouyes se propose de venir chez vous pour photographier le vôtre !] Et que dire de la série NONOSSE à laquelle je ne comprends absolument rien, mais qui est émaillée de références politiques bizarres (voir une des nouvelles photos, sûrement une photo de vacances, intitulée HOMMAGE A RAYMOND BARRE) ? La seule concession de Mek-Ouyes a été de me déclarer, et je me l'empresse de vous reporter la citation ici : "Je fais une photo pour tous. Mon œuvre entière est faite pour être vue sur des tirages d'expert ou bien par impression, chez soi, sur imprimante jet d'encre d'entrée de gamme."
C'est donc un refus complet de la photographie contemporaine auquel se livre Mek-Ouyes. Il fait des photos dans n'importe quel format, avec des cadres impossibles. Il fait des collages dissymétriques. Il vénère la photo floue. Il refuse le photo-reportage ("une perte de temps, un vol d'argent, et une façon de faire de la photo qui ne peut déboucher que sur du médiocre") bien qu'il s'essaya à l'exercice alors que je l'emmenais sur le tournage du deuxième long-métrage de Jean-Christophe Sanchez [LA CONSPIRATION DE L'ENERGIE BRÛLANTE avec Jean-Claude Bourret dans le rôle principal. On peut voir la série sur MEK-OUYES et le film annonce du film de Sanchez ici. Gageons que le film sera distribué !]. Il recycle les images déjà existantes. Il fait des autoportraits où il n'apparaît jamais sous les mêmes traits physiques, ou alors sous forme d'objets ! Il fait rire et il fait peur. Alors, MEK-OUYES est-il un site de photos absurde mais classique ? Est-ce un journal intime ? Une chronique politique et/ou une réflexion sur la société contemporaine ? Est-ce un manifeste trash ?  Est-ce un feuilleton ? Est-ce un jeu dadaïste ? Je vous laisse juges... 
En tout cas, MEK-OUYES n'a pas d'équivalent, et ce zazou de premier ordre arrive à évoquer, avec ces collages photo-texte absurdes, de belles sensations poétiques et souvent drôles qui laissent bizarrement le sentiment de "mettre le doigt dessus" sans qu'on sache vraiment pourquoi, alors même que la base du travail repose sur le collage d'éléments hétérogènes et abscons. Avec les sites de Er-Töshtük ou LE JOUR DES VIDANGES, site canadien et frappadingue, je suis en tout cas très fier d'avoir le site de Mek-Ouyes dans mes liens sur Matière Focale. Ça faisait longtemps que je voulais vous parler du monsieur, et la réouverture officielle de son site me donne l'occasion de le faire, non sans joie. Voilà un retour aux affaires qui me paraît des plus salutaires. J’espère en tout cas que ce modeste article permettra enfin au site de notre ami d'être plus fréquenté que jusqu'ici, car il le mérite... 
Fidèlement Vôtre, 
Dr Devo. 

PS : Cet article ne fait que décrire mes perceptions concernant le site de Mek-Ouyes. Peut-être les vôtres seront totalement différentes ! Si Mek-Ouyes refuse d'expliquer sa démarche, c'est aussi sûrement parce que justement, il refuse de plaquer quelque chose de vraiment définitif sur son travail...
ajouter un commentaire commentaires (5)    créer un trackback
Mardi 28 août 2007

recommander publié dans : Ethicus Universalis
country-devo.jpg
[Photo :"Erotica Domestica" par Dr Devo, d'après une photo du groupe Country Sisters]

 

 

Chers Focaliens,

Les 'ricains, y'a pas à dire, pour le show bizness, ils sont très forts, ils débarquent avec la grosse artillerie, ils rasent tout, et puis ils reconstruisent en maousse, ça impressionne ! C'est leur truc, le ‘plus grand que nature’, le tractopelle et les sunlights. Faut que ça pète, faut que ça brille de mille feux ensuite, en technicolor et avec une musique dans le pur style Broadway qui hurle en 5.1 ! Et il faut reconnaître que pour le meilleur et pour le pire, ben ça, ils savent faire !
Alors, voilà des choses qui donnent du très beau et du très populaire, ou des produits de grande consommation dont certains sont bons, et la plupart bourratifs ou sans intérêt, et voilà qui donne aussi l'occasion à des petits malins de jouer avec le système, le contourner ou encore de se marginaliser face au système justement en produisant des choses plus atypiques. Car ça aussi, les américains savent le faire : développer la marge.
Alors, ils nous donnent de belles choses de temps en temps, des choses banales souvent et certaines fois, il faut bien le dire, on a quand même du mal à suivre. Alors que cette semaine débarque l'ignoble HAIRSPRAY d’Adam Shankman, chorégraphe et réalisateur de comédie de baby-sitting avec Vin Diesel, adaptation non pas du film original et splendide de John Waters mais de la comédie musicale de Broadway (ignoblissime) tirée du film de Waters, nuance de taille, voici que cette semaine je pus voir SISTERS, le remake du superbe film éponyme de Brian DePalma.
 
En voilà une étrange idée ! Si SŒURS DE SANG est assez différemment apprécié par le Depalmophile hardcore (je remarque que les moins de 30 ans n'accrochent pas vraiment et que les autres vénèrent, en général !), il faut bien dire que l'original du cinéaste américain iconoclaste est un de ses films les plus tordus, ou plutôt, pour être précis, des plus incongrus qui soient. Outre le fait que le film annonce avec force et une puissance étonnante les thèmes et les systèmes de mise en scène que DePalma développera par la suite dans ses films, ce qui caractérise SŒURS DE SANG, thriller foufou, angoissant et haletant, c'est ce sens de l'Incongru, avec un grand "i", ce sentiment que rien ne se déroule comme dans un film "normal" et que le réalisateur barbu peut nous emmener dans les contrées les plus inexplorées et surprenantes en deux coups de cuillère à pot, et avec une facilité déconcertante, au moins aussi déconcertante que les invraisemblables loufoqueries d'une mise en scène sublime mais fofolle. Mise en scène qui, si elle développe un étrange sens de l'humour, absolument constant ou presque, nous fait également sacrément peur, et nous ferait presque pleurer. Ceux qui ne l'ont pas vu peuvent se dire que SŒURS DE SANG est un film qui ne ressemble absolument à aucun autre, un film qui est un modèle unique et une expérience de cinéma très marquante, voire hallucinante ! Vous n'en reviendrez pas ! Ayons une pensée émue d'ailleurs pour les deux actrices principales Jennifer Salt et l'immense Margot Kidder qui propulsaient alors dans les contrées du sublimissime cosmique un film qui déjà sans elles serait une splendeur absolue. On me permettra de ne pas en dire plus pour ne rien gâcher pour vous, chère lectrice, qui n'a peut-être pas encore vu le film...
 
Les USA sont un peu perdus malgré tout et depuis quelques années, les franchises se vendent comme des petits pains, et également les remakes qu'on adapte à toutes les sauces, ou qu'on fait semblant d'adapter, pas toujours maladroitement d'ailleurs, comme la reprise du concept MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE récemment, films qui n'ont plus rien à voir avec les originaux bien sûr (et malheureusement) mais qui sont quand même des petits machins gentiment troussés. En ce moment, la grande tendance c'est d'aller fouiller dans le cinéma de genre des années 70 : L'ARMÉE DES MORTS comme faux-remake plutôt réussi mais très éloigné du ZOMBIE de Romero, LA COLLINE A DES YEUX, FOG (remake désastreux), ASSAUT (plutôt pas mal paraît-il), WICKER MAN (remake du très beau film assez méconnu en France de Robin Hardy)  et bientôt LE JOUR DES MORTS-VIVANTS, n'en jetez plus la cour est pleine. C'est donc assez logique que, dans cette perspective, les exécutives hollywoodiens se jette sur l'œuvre de DePalma. Mais quand j'appris qu'on réalisait un remake de SŒURS DE SANG, j'avoue que là, j'étais scotché... Quelle idée ! Pourquoi adapter un film aussi foufou et aussi bizarre ? Je comprendrais qu'on fasse un remake de PULSIONS ou de PHANTOM OF THE PARADISE, mais là, copier le film frappadingue de cette époque-là de DePalma, voilà un projet qui sent bizarre, et quand on a vu l'original, on voit mal comment ils vont s'y prendre, les petits gars ! SŒURS DE SANG est tellement éloigné des canons actuels (et même de l'époque) et si peu adapté pour créer les atmosphères horrifiques à la mode dans le genre des projets actuels de remake, qu'on se dit que le résultat sera sans aucun doute une catastrophe astrale du plus bel acabit !
 
Dylan (William B. Davis) est docteur, et c'est dans l'institution pour enfants psychologiquement perturbés du Docteur Lacan (si si, je vous assure, et joué par Stephen Rea !) qu'il rencontre l'étrange Angélique, une jeune femme ténébreuse qui n'est autre que l'ex-compagne du Dr Lacan, qui semble d'ailleurs d'une rare possessivité avec elle. Les deux ex-époux ont une altercation à laquelle assiste Dylan et celui-ci se voit proposer par Angélique de la ramener chez elle, en ville, loin de l'institution. Une fois devant son immeuble, Angélique propose un dernier verre à Dylan, qui accepte. Grace Collier (Chloé Sevigny), jeune journaliste tenace qui enquête sur les étranges et mystérieuses méthodes du Dr Lacan dont elle soupçonne qu'elles sont ignobles et contraires à la loi, suit le couple jusqu'à l'appartement d'Angélique et fait le guet toute la nuit. Car Dylan et Angélique vont coucher ensemble dans l'appartement de cette dernière, et ce malgré la présence d’Annabelle, la sœur jumelle d'Angélique, fort malade. La nuit se passe à peu près bien, mais le réveil est plus musclé. Dylan se fait surprendre par Annabelle qui l'assassine derechef, sous les yeux impuissants de Grace la journaliste, qu'un concours de circonstance a amenée dans un appartement de l'autre côté de la rue ! Elle assiste médusée au meurtre ! Une spirale malsaine et folle s'enclenche alors, et bien des certitudes vont être balayées...
 
Il faut bien le dire, on est assez surpris par l'entame du film de  Douglas Buck, réalisateur de FAMILY PORTRAIT, sorti dans l'indifférence générale il y a peu, et ancien scénariste pour la firme TROMA (boîte de production qui, pour ceux qui ne connaissent pas, est aussi une sorte d'école de cinéma in vivo et gratuite, où on ne fait quasiment que du cinéma fantastique très B et même souvent carrément Z, généralement très drôle). En effet, si le décorum de la fête des enfants malades nous place un peu facilement dans la symbolique enfantine (défaut qui émaillera le film ici et là), on est surpris, dis-je, par le découpage de la séquence qui se présente comme un ensemble assez ludique et assez précis, bien qu'avec de petites maladresses, de champs et contrechamps qui s'interpénètrent puis se déplacent, aidés en cela par un cadrage un peu recherché. C'est déjà pas mal. La séquence étant très sonorisée mais dans une ambiance calme voire mortifère. On est surpris de ce ton d'entrée de jeu, d'autant plus que la dite séquence, très éloignée de la loufoquerie "hénaurme" de l'ouverture depalmienne, essaie, non sans charme, d'instaurer un climat décalé morbide et un peu foufou. En bref, cette séquence d'ouverture est calme, avec un son pas courant pour un film qui se veut populaire, et un vrai découpage ! Bref, il y a de l'idée, et voilà qui dégage sa petite atmosphère.
En fait, cette séquence donne bien le ton du film. Et aussi bien dans ses gros défauts que dans ses qualités... C'est pas souvent le cas, mais j'ai vu le film dans une copie absolument superbe (la copie de présentation pour Gérardmer, m'a dit le projectionniste !) et il faut reconnaître un effort certain sur la photo aux tons sombres et changeants, ainsi que sur l'étalonnage. Si le cadre de cette première séquence est organisé, ce qui sera moins le cas par la suite, on note que Douglas Buck est, comme 98,56% de ses contemporains, un adepte du plan rapproché qu'il met à toutes les sauces ! C'est vraiment dommage et c'est le défaut principal du film qui rendra bien des plans complètement banals et sans saveur (cf. la première altercation en caméra subjective entre Stephen Rea et Lou Doillon) oui qui enlaidira beaucoup certaines bonnes idées de mise en scène. Je pense notamment à cette scène ou Chloé Sevigny entre de nuit en loucedé dans l'Institution, et où le contrechamp montre des enfants en train de se battre (belle idée, violente et douce). Les contrechamps sur les enfants sont serrés et très indigents, alors que le champ sur Sevigny est un des rares plans moyens du film, absolument superbe ! Car le chef-opérateur du film, John  Campbell (photographe doué mais méconnu des premiers Gus Van Sant et aussi d'un beau film inédit en France que je profite de citer ici : REACH THE ROCK de William Ryan) est très loin d'être un manchot. Et SŒURS DE SANG, malgré son budget modeste, lui doit beaucoup, car cette photo plus poussée que la moyenne donne une vraie impression de luxe à l'ensemble. Dommage donc que cette maudite échelle de plans soit si réduite ! D'autant plus que bien souvent, Douglas Buck essaie vraiment de faire des choses qui dépassent la moyenne du film fantastique de série ! Ainsi, on peut noter les arrivées des personnages dans les différentes pièces du film, en général superbement cadrées, ou encore ces petits jeux de micro-travelling lors des déplacements en appartement, très bien relayés par un montage soigné (au moins pendant ces travellings, et malheureusement plus banals ensuite) qui montrent que Buck veut soigner tous les postes et surtout qu'il fait de la mise en scène et pas seulement de l'illustration ! C’est un point assez remarquable pour un film populaire, et voilà qui tire la chose vers le haut. Je note également un son qui, s’il appuie souvent beaucoup les effets même s'il essaie de rester discret, est aussi, ô paradoxe, souvent réussi, voire franchement soigné. Écoutez bien les jeux d'ambiances et de grain dans le calme de la première nuit dans l'appartement d’Angélique : c'est vraiment très très beau, et ça met une belle ambiance très calme à l'ensemble du film. Résumons : des cadrages assez indigents ou banals parfois, mais un soin de la photo certain, un son trop ostentatoire mais plus réussi avec souvent un vrai travail de montage (les sonneries de téléphones dans la dernière partie) qui en fait un bel atout du film et développe une identité agréable, quelques idées de mise en scène, et une volonté générale de livrer un métrage dont le travail esthétique sera largement au-dessus de la moyenne. Ce soin réel et passionné, même s'il rate souvent sa cible, prouve la volonté artistique de Buck, son envie de faire vraiment du cinéma, et permet au film d'acquérir une ambiance qui fait son petit effet. On est effectivement surpris de voir que le remake du film de DePalma soit si calme et si pesant. Ça marche donc pas mal. Malheureusement, cette belle direction artistique frôle tout le temps une certaine convenance, c'est un vrai paradoxe, et trop de plans encore sont banals même si soignés.
Le film globalement, donc, ne décolle pas vraiment et fait un peu l'effet d'une douche mal réglée. L'eau est souvent trop tiède pour qu'on apprécie complètement la chaleur artistique du métrage par ailleurs. SISTERS est donc curieusement bancal. On pourra reprocher d'abord au montage global de ne rien faire saillir vraiment, et d'avoir du mal (c'est difficile aussi, il faut le reconnaître, dans l'ambiance feutrée du film, c'est un défi même !) à trouver un vrai rythme qui fasse oublier l'enchaînement purement scénaristique. C’est sur ce poste, après les cadrages que Buck devra soigner les choses à l'avenir.
L'autre gros problème, c'est simplement le projet, éminemment casse-gueule ! Buck veut adapter le film de DePalma, mais sans en faire un truc fun à la mode, ce que je craignais et qui aurait abouti à une horreur ! Pas de kitsch donc, mais une ambiance plus classieuse. On perd dans le même temps l'aspect vertigineux de l'original et sa loufoquerie intrinsèque pour ne garder que quelques morceaux incongrus, ce qui, vous me direz et vous n'aurez pas tort, n’est déjà pas si mal pour un film de série américain. Par contre, cette adaptation a aussi ses revers, presque structurels serais-je tenté de dire. En réadaptant le film original, Buck tente aussi de remettre l'histoire sur la piste d'un thriller fantastique plus balisé, plus conventionnel forcément que le film de DePalma qui, disons le encore une fois, était totalement incongru, et même carrément foldingue ! Et là, sur ce point précis je veux dire, c'est un peu le mariage de la carpe et du lapin, d'autant plus que DePalma, comme tous les très grands cinéastes, n'écrit pas seulement dans le scénario, et  sa narration se développe et s'enrichit dans la mise en scène brute ! Ici, nous sommes donc en présence d'un film qui cherche plus le conventionnel, mène le spectateur un peu par la main, en ce se sens qu'il ne cherche pas à le perdre totalement, ce qui est sans doute une erreur stratégique. Dans les séquences plus folles de la fin depalmesque dont Buck a beaucoup de mal à s'affranchir (notamment dans le jeu de poupées russes et de narrations enchâssées que sont les séquences oniriques finales qui sont ici reprises sur le plan scénaristique de manière fidèle, et qui broient en mille morceaux le travail de Buck qui se retrouve du coup esclave de DePalma), si Buck déploie un certain sens du grotesque propre au rêve, on est bien loin de la puissance qu'on pouvait attendre. Moitié fou, moitié classique dans son ambition narratrice, le film de Buck tourne donc à l'imbroglio artistique, et peine à trouver les chemins de l'originalité et de l'indépendance, ce qui se voit beaucoup dans la séquence finale bien entendu où DePalma avait lâché les chiens comme rarement dans sa carrière ! Là où la mise en scène faisait des efforts, même si curieusement elle est aussi remplie de choses conventionnelles (cf. l'échelle de plans dont je parlais tout à l'heure), sur le plan du scénario par contre, c'est aussi bancal mais beaucoup plus douloureux pour Buck qui accouche d'un film certes bizarre (un peu) mais surtout fabuleusement de guingois. L'échappatoire aurait pu être un montage global nerveux et personnel, mais on en est assez loin encore, comme si Buck n'osait pas vraiment pousser sa mise en scène complètement et préférait "assurer" le côté "thriller fantastique soigné" de son film. Ceci rend le choix de ce remake particulièrement délicat, car il y a un côté "je vais vaillamment au casse-pipe" un peu étonnant dans cette démarche artistique qui essaie de ménager la chèvre et le chou !
Côté casting, il faut faire quelques remarques également. Si globalement on pouvait craindre un grand numéro de Madame Foldingue de la part de Lou Doillon, on est plutôt agréablement surpris par la relative sobriété de son travail, et même une certaine froideur ce qui est loin d'être un mauvais calcul. En tout cas, on n'est pas du tout dans la tentative de reproduction de l'incroyable performance originale de Margot Kidder, ce qui était effectivement la chose à faire. [Une parenthèse ici : j'entendais Doillon parler de ses influences d'actrice l'autre jour, et ce n'est pas mal du tout : on est plus proche de Toni Collette ou de Tilda Swinton qu'autre chose, fait rare pour une jeune actrice, française de surcroît ; c'est tout à son honneur). William Davis, plus fadasse, me semble tirer le film vers son caractère neurasthénique ; c'est un drôle de choix que je ne comprends pas vraiment. Plus grave à mon sens est celui de Stephen Rea, pas mauvais acteur jadis d'ailleurs, mais qui retrouve ici un rôle qu'il a incarné trois mille fois, ce qui une vraie erreur stratégique. C’est beaucoup trop attendu et  trop largement  peu surprenant. L'acteur a bien du mal d'ailleurs à rendre vivant et sensuel son jeu (à l'exception peut-être d'un dialogue ou deux dans la scène onirique où il débite ses phrases sur un ton presque blanc, ce qui amène un décalage intéressant). Tout le contraire de Chloé Sevigny, absolument écrasante malgré un rôle bougrement balisé. Elle est d'un précision extrême et pousse même avec finesse les caractérisations assez loin, jouant avec les frontières du travail ostentatoire ce qui, pour le coup, amène un vent de décalage et de folie diffuse tout à fait ludique. Elle ballade dynamisme et tristesse avec une belle force et lance peu de missiles mais d'une manière chirurgicale. Elle entrouvre la porte sur ce qu'aurait pu être le film. Dommage qu'on la voit si peu au cinéma. Espérons qu'on lui redonne bientôt des premiers rôles. Lou Doillon doit sûrement la compter parmi ses modèles et c'est bien normal. Sevigny montre qu'elle est vraiment du niveau des actrices citées plus haut.
Douglas Buck n'est donc pas un tâcheron, et on sent chez lui, et on le voit même ici et là, une volonté de soigner la copie et de sortir du lot, notamment grâce à la photo et au son, atout majeur de ce SISTERS. Par contre, on comprend mal que quelqu'un qui veuille faire avec autant de sérieux de la mise  en scène se lance dans un projet aussi casse-gueule et qui justement essaie de trop baliser le sentier. Il y a là une contradiction assez énorme. Par contre, on ressent une certaine sincérité, même si elle ne suffit pas à en faire un film rigoureux et original, ou tout bêtement, réussi. Cette version est donc à mille lieues de celle de DePalma, sans aucun doute. Et Buck devrait, avec un projet plus personnel et plus décomplexé, montrer qu'il a quelque chose à faire de beau, comme semble le suggérer, bien timidement, certaines qualités de son film. L'ensemble est désarmant : on est à mille lieues de l'original, mais encore trop proche, on est bien au-dessus de la qualité des films américains du moment, on est en présence de quelqu'un qui se pose de bonnes questions souvent, on sent l'envie de faire décoller le medium et le respect de faire du travail luxueux et soigné en travaillant les bases, mais, en même temps, c'est encore mille fois trop timide, et beaucoup trop balisé pour que quelque chose de scotchant en sorte. Ce SISTERS est donc un objet à l'ambiance particulière, presque anti-hollywoodienne souvent, ce qui est assez rare pour être dit. Le ton silencieux et étrange du film (son générique de fin presque mutique par exemple) surprend, mais Buck se  prend les pieds dans le tapis un peu chargé du projet et rate souvent les fondamentaux qu'il utilise dans sa mise en scène, alors que dans le même film, il réussit grâce à ses mêmes fondamentaux à faire des choses assez belles ! Allez comprendre ! Il faut espérer que Buck, en fait, se mette à des projets plus personnels qui permettront d'exprimer et de faire mûrir les quelques qualités (vraiment bienvenues et je pense sincères) qu'il montre ici par instants souvent trop courts. SISTERS risque en tout cas de prendre à peu près tout le monde à contre-pied, pour le meilleur et pour le pire, en quelque sorte. A suivre.

Le film sort en France le 7 novembre prochain.
 
Fabuleusement Vôtre,

Dr Devo.
 
Retrouvez d'autres articles sur d'autres films, en accédant à l'Index des Films Abordés : cliquez ici !
 


 

ajouter un commentaire commentaires (3)    créer un trackback
Dimanche 26 août 2007

recommander publié dans : Corpus Filmi

 

propagandafocaledevo1.jpg


[Photo : "I've seen the Future and , boy, it's rough..." par Dr Devo]

 

 

Chers Focaliens,
 
Tiens, je double la mise et je dis re-banco, je remets tout ce que j'ai sur le tapis et je rejoue. Je mise encore sur le documentaire, ce qui n'est pas dans mes habitudes, vous le savez, et en plus comme il y a quelques jours, on va reparler de musique !
Jeff Feuerzeig (oh mon Dieu ! Ce nom est un cauchemar pour le critique mal réveillé !), qui apparemment se spécialise dans le doc musical (il a réalisé un truc sur le groupe Half Japaneese, qu'on croise aussi ici et que je ne connais pas, ni le groupe ni le film, je veux dire), nous propose ici de suivre les pas de l'étrange Daniel Johnston que, lui, je connais, et je m'en vais vous dire pourquoi. J'ai toujours aimé écouter des musiques un peu bizarres, mais surtout dans le sens d'improbable ou d'incongru, en parallèle des autres choses que j'écoute. Et comme souvent, j'ai découvert totalement par hasard Daniel Johnston, il y a quatre ou cinq ans, juste avant qu'il ne devienne célèbre, ou plutôt "culte", en Europe. Juste un quart de millisecondes avant, ce qui est généralement le cas, j'ai une espèce de talent pour ça, arriver dans les contrées vierges trois millisecondes avant le débarquement des cars de touristes ! Là, c'était au détour d'une célèbre compilation de musique américaine improbable. J'ai tout écouté et ai accroché à divers morceaux, surtout le formidable Langley School Project et sa fabuleuse reprise du MAJOR TOM de Bowie (quasiment mieux que l'original !), ou encore, c'est là que j'ai enfin retrouvé la piste de la très improbable Mrs Miller, grosse dame noir au jeu de piano et à la voix très approximatifs et qui tire tous les tubes des années 60 dans toutes les directions les plus inavouables. J'étais tellement heureux d'écouter de nouveau Mrs Miller que j'avais découverte par hasard sur une radio étudiante en 1996, alors qu'était à mes côtés Overfab! Je me souviens très bien de ce dimanche après-midi où nous nous sommes regardés, médusés, hilares et sans doute émus devant le rouleau compresseur de la brave dame ! Bref. Très vite je n'écoute dans la compilation que ces deux chansons.
Ce n'est que plus tard, en préparant un court-métrage, que je réécoute tout en entier et là, par contre, le seul morceau qui m'ait sauté aux yeux fut le WALKING THE COW de Daniel Johnston, un truc visiblement auto-produit, enregistré, sans doute en direct et à l'arrache, et dont j'aurais bien eu du mal à identifier la source. Là aussi, on était en pleine musique improbable, dans une sorte d'innommable souffrance, absolument dévastatrice pour mon petit cœur d'artichaut. Comme souvent dans ce cas-là, j’ai bien pris le soin de ne pas me renseigner sur le bonhomme, ce qui est sans doute le mieux à faire, le temps de digérer la chose. Ce n'est qu'après que je découvris qui était ce gars étrange, et depuis, THE DEVIL AND DANIEL JOHNSTON est venu nous raconter le personnage.
 
Johnston est né dans une famille sans vraiment de problèmes, où il vit avec ses parents et ses deux sœurs. Une personnalité un peu décalée, certes, mais dont rien ne préfigure son étrange destin. Très vite, il est attiré par tous les moyens d'expression quels qu'ils soient, du dessin (sur cahier à spirales) à l'enregistrement d'interminables cassettes sur un petit magnétophone bas de gamme. Le reste est fourni par les parents, à savoir un vieux piano et une caméra super 8. Tout se passe pour le mieux, jusqu'à ses débuts à la fac. Très actif, Daniel participe à tout ce qui est artistique, du marching-band de l'école à la collaboration aux projets graphiques d'un de ses camarades qui deviendra un fidèle ami. Ce dernier dit bien que Johnston est un autodidacte complet, qu'il n'apprend rien mais développe et perfectionne sa capacité à dessiner de manière étrange des choses souvent au feutre ou au stylo bille, inspiré de l'univers des comics ou enfantins qu'il détourne, absorbe et rejette sur le papier comme un reflet étrange de sa propre existence. Les choses se gâtent vite. Les parents Johnston sont vite avertis par la fac que leur fils ne suit pas les cours ou presque, qu'il divague quelque peu. Daniel Johnston semble complètement incompatible pour une vie autonome et solitaire. Bien que jeune adulte, il semble errer plus que vivre quand il est tout seul. Est-ce une forme de dépression ? Ou est-ce un petit grain de folie ? En tout cas, il ne peut rester seul et s'assumer normalement comme un garçon de son âge. Ses parents le ramènent chez lui, et Johnston continue là de faire ce qu'il fait de mieux, c'est-à-dire enregistrer des chansons bizarres sur une sorte de petit home studio rudimentaire fait d'un magnétophone relié à un micro, du piano familial, et de petits magnétophones monos pourris pour faire les dubs ! Il décroche un job à MacDonald où bien vite on s'aperçoit qu'il ne peut pas faire grand chose. On le met donc responsable du nettoyage des tables, le poste le plus simple. Johnston devient alors cette espèce de grand inadapté bizarre. Il produit des albums dans sa chambre qu'il enregistre sur cassettes, cassettes dont il assure le design par ses propres dessins, et qu'il ré-enregistre sans fin à chaque fois qu'il veut donner une "copie" à ses amis ou aux gens qui veulent simplement bien l'écouter, ce qui représente un travail de titan. Il acquiert une petite réputation bizarre, régulièrement des gens passent au MacDo voir l'auteur de ces chansons décalées jusqu'à ce que l'animateur d'une émission de musique locale le rencontre, et stupéfait, assiste au spectacle de Daniel Johnston lui donnant son premier album auto-produit. C'est le choc ! Certains de ses amis sont déjà sur le cul, mais pour cet animateur, au delà de l'aspect un peu foufou et dingo de son auteur, ces chansons sont quelque chose d'inclassable et de fascinant, sorte de folk déglingué qui ne ressemble à rien. L'audience de Johnston s'étend un peu plus dans la région grâce à cette émission de radio. Mais parallèlement, l'inadaptation de Daniel Johnston gagne du terrain. Le type est visiblement rongé par un trouble existentiel, et sans doute maladif, plus profond. A travers le documentaire, on suit le parcours chaotique de Daniel à mesure que ces troubles l’embrument de plus en plus. La maladie (autisme ? trouble bipolaire ?) s'étend, et la petite renommée de Johnston aussi. Il participera à un festival à Austin, pas loin de chez lui, où il médusera son public, et se fera remarquer, un peu plus tard, dans une émission sur MTV où un animateur sillonne les USA pour montrer les groupes locaux. Quand Johnston passe, c'est un premier choc, et une première audience nationale. On finira par parler de lui de plus en plus. Les Sonic Youth, premier grand soutien de Johnston, essaieront de le faire travailler, notamment, en le faisant venir à New York. Et en 1992, c'est l'explosion, un peu par hasard. Kurt Cobain, leader de Nirvana, porte un t-shirt à l'effigie d'un des premiers albums de Johnston lors d'une remise de prix sur MTV. Voilà qui intrigue le monde et le grand public. Et pendant un an, dans la presse ou dans les émissions, Cobain continuera de porter le même t-shirt qui va intriguer les fans et la profession, et qui va propulser Johnston, le sortir de l'anonymat. Et cette année-là, Johnston est interné dans un établissement psychiatrique, bien loin du buzz qu'il est en train de déchaîner dans les médias. Car pendant tout ce temps, il s'est enfoncé encore plus dans sa maladie et dans les brumes de son cerveau qui le rendent imprévisible, voire violent...
 
En regardant THE DEVIL..., si vous ne connaissez pas Johnston, vous allez effectivement tomber des nues, et pénétrer dans un univers très étrange. La personnalité de Johnston est proprement insaisissable. Bien que le réalisateur interviewe longuement sa famille et ses proches qui expliquent avec patience comment ils ont découvert sa musique (ça fait quand même un choc au début !), et surtout les parents de Johnston, dans la maison familiale, là où il vit encore de nos jours. S'il est présent ça et là dans ces images prises de nos jours, Johnston parait paradoxalement assez loin de nous. Je m'explique. Tous les protagonistes de l'histoire témoignent, bien sûr. On voit quand même Johnston en concert ou backstage, de nos jours. Dans la maison familiale, on le voit passer dans le salon ou regarder un film super 8. On le voit chanter en direct une seule fois spécialement pour le documentaire, dans sa chambre. Mais malgré cela, il ne dira rien ou presque au réalisateur, et semble toujours un peu lointain. Physiquement, Johnston (pourtant énorme maintenant, il doit bien faire 120 kilos ou quelque chose comme ça) est une sorte de présence fantomatique, une présence/absence, un coup je suis là, un coup non. On parle de lui sans jamais s'arrêter, on essaie de démêler ce qui se passe dans sa vie (qui outre sa maladie n'a pas grand chose d'extraordinaire ou plutôt se situe à la frontière du banal et de l'extraordinaire), mais alors même que l'intéressé n'est que quelques mètres plus loin, on ne le voit quasiment pas ! C'est la première qualité de ce documentaire ! On sent que le processus s'est fait sans doute assez naturellement, mais n'empêche, ça fonctionne : Daniel est là, mais loin, si loin et si proche, et la connaissance qu'on peut avoir de lui, même physiquement, semble un peu floue, un peu lointaine, et décalée, assez décalée pour qu'on ne comprenne pas totalement ce qu'on est en train de nous raconter ! C’est une grande qualité du film, je le disais. Là où dans n'importe quel documentaire, surtout sur la musique, on est censé se rapprocher de l'artiste, ici, on s'éloigne au fur et à mesure, ou plutôt on tourne autour, alors qu'il est là, juste sous notre nez. Le système fonctionne à 100%, et rend le film, malgré certains aspects formels assez classiques (dont les satanées interviews qui, ici, curieusement, passent assez bien !) bizarrement sensuel ! Ça a de la texture et de la matière. Evidemment, le système "fantomatique" nous renvoie cruellement et même avec violence la maladie de Daniel dans la figure (chose que le documentariste sait aussi désamorcer par un certain humour à froid ! J'y reviens !). Mais cette présence spectrale qu'incarne Daniel est renforcée par un autre aspect du film, très important et dont je ne vous parlais pas volontairement. En faisant ce documentaire, Feuerzeig dispose d'une chance inouïe, quelque chose qui va l'aider à faire un portrait incarné (même s'il est spectral et étrange, comme je le disais) : Johnston n'a jamais arrêté d'enregistrer des trucs. Sa passion pour les musicassettes qui lui servent autant de bandes masters pour sa musique que de journal intime sont déjà une source extraordinaire. Et là où le film devient stupéfiant, c'est à cause de la quantité astronomique de films super-8, quelquefois sonores, puis vidéo (Mmmmmmm ! Du Hi-8 en plus, le plus beau de tous les formats vidéo !). Ces films, souvent couplés au contenu des musicassettes, tordent le documentaire et le mènent dans une dimension supplémentaire étonnante. Si le Daniel Johnston contemporain hante le film, nous sommes abreuvés d'images plus ou moins vieilles de lui, de photos aussi, qui tracent un portrait mouvant du garçon. En même temps que ces images, plutôt anciennes mais pas seulement, prennent de la place dans le film et cristallisent le personnage dans sa jeunesse d’adolescent et de jeune adulte, point de départ de ses problèmes mentaux, on assiste aussi, paradoxalement, au changement et au vieillissement de cet étrange héros, on assiste médusé au travail du temps, ce qui est aussi un facteur de sensualité du film, quelque chose qui le rend étonnamment incarné et qui décuple largement son impact, et le fait dépasser ainsi le cadre d'un documentaire classique. La quantité énorme de ces documents d'époque permet de découvrir le personnage, mais aussi dessiner son énigmatique silhouette, et voilà qui nous plonge, à distance bien sûr, dans une espèce de brume mentale, brume qui nous fait ressentir avec force l'étrange mal qui ronge Johnston. C'est à mon sens la grande force du film, le fait que la chose soit complètement immergente en quelque sorte, et qu'on garde une espèce d'intimité mais aussi de distance avec le personnage qui du coup, reste impénétrable et dont la détresse touche logiquement au plus profond.
 
Un mot sur la "mise en scène". [Quoi ? On n’a pas le droit d'employer ce mot pour parler d'un documentaire ? Ah pardon, je ne savais pas !] Feuerzeig soigne beaucoup sa copie. Le cadrage des interviews est plutôt soigné, voire même très correct, et la photographie et l'étalonnage (dans la copie que j'ai vue, c'est-à-dire en DVD) est très loin de l'indigence habituelle du genre. Le travail sur les images retouchées (dont certaines pour avoir un "rendu" super-8) passe curieusement très bien. Les interviews sont toujours intéressantes, bien que certaines soient plus convenues, ce qui d'ailleurs permet d'aérer assez stratégiquement l'ensemble du documentaire. Le reste est tellement intéressant que même ce passage obligé passe très bien, c'est un bon point. Le montage des archives est souvent pertinent, et le seul split-screen du film (lorsque Johnston regarde les vieux rushes super-8 où on voit son amour de lycée) est hallucinant, car il montre à la fois la puissance de cette fille dans l'univers de Johnston et ancre notre héros dans une sorte de no man's land intense (des deux côtés du split-screen !) entre fossilisation du passé, et éternel présent. C’est un plan presque violent que Feuerzeig place assez tôt dans le film, avec un sens certain de l'intelligence stratégique. Bien vu. Sinon, certains passages sont "en reconstitution" mais selon un modus operandi assez rigolo, car il s'agit de faire des petites séquences naïves presque en caméra subjective. Le reste du documentaire est tellement mature que cette naïveté voulue, un peu fabriquée, marche d'une étrange manière et donne paradoxalement beaucoup de force aux témoignages qui accompagnent ces moments qui racontent souvent des périodes de grand désespoir, de violence et de tristesse insondable de la vie de Johnston. Le système permet de se rendre compte, mais toujours à distance, de la difficulté quotidienne de sa vie. Et puis toutes ces petites séquences se heurtent à une autre séquence, qui utilise le même dispositif (caméra subjective) sauf qu'il s'agit là d'un document réel et non-mis en scène, d'époque donc, auquel les séquences de "reconstitution" de Feuerzeig s'opposent et s'enrichissent, créant là un étrange point de vue, très riche et beau. Il s'agit de la séquence où les Sonic Youth essayent de retrouver un Johnston errant dans les rues de New York, très inquiets visiblement. Un des membres du groupe (qui n'apparaît pas à l'écran dans la séquence mais dont on entend les voix) filme les rues à travers la vitre d'une voiture, et au fur et à mesure l'image devient de moins en moins précise, jusqu'à se terminer par le moment où ils retrouvent effectivement Johnston errant sur un parking. A ce moment précis, le plan est quasiment noir, on ne voit rien sinon quelques vagues lumières. C'est le deuxième trou noir bouleversant du film (avec la séquence en split-screen). Je note aussi un beau moment dans le dernier hôpital psychiatrique où Feuerzeig cadre un distributeur de boisson ! Je vous laisse découvrir ça. [Ce passage était pour moi d'autant plus délicieux que je ne savais absolument pas ce qu'était le Mountain Dew !] Le reste, c'est l'histoire que le fait ! Il y a plein de chose bouleversantes (l'hallucinant accident d'avion) comme des choses assez anodines mais touchantes. Là aussi, je vous laisse le plaisir de la découverte.
En filigrane, on voit très bien également comment Johnston est vu par ses fans. Les archives parlent aussi d'elles-mêmes, très souvent. Daniel méduse les gens et une bonne part du public se rend à ses performances un peu comme on va au zoo, souvent incrédules, voire rigolards. [Ce que le doc n'élude pas, ce que je trouve assez honnête !] Quoi qu'il en soit, on voit bien que Johnston traîne un public fervent de fidèles, malgré la rudesse de sa musique. Car il reste aussi la musique, assez dure à décrire. Souvent brute de décoffrage, utilisant un système d'enregistrement low-fi dans les premiers temps, on pourrait la ranger du côté du folk. Johnston est extrêmement prolifique et dans le tas, je trouve que pas mal de ses chansons ne présentent que peu d'intérêt (à mes yeux !!!!!) et sont assez brinquebalantes. Pour la moitié d'entre elles, c'est vraiment étonnant ! On peut même être sur le cul ! Là c'est souvent passionnant, voire même à l'occasion totalement sublime. J’ai une préférence pour les vieilles chansons mais pas seulement, les chansons les plus tradis (les plus proches du folklore américain ancien), et celles qui ont les paroles les moins événementielles, voire les plus abstraites (WALKING THE COW encore une fois, qui est une splendeur galactique) même si, là aussi, ce n'est pas une règle absolue. Certains textes anecdotiques (au sens propre) sont vraiment beaux et offrent des ellipses ou des débrayages complètement incongrus mais superbes. Les chansons qui ont des variations rythmiques plus marquées sont souvent très belles. Quand on écoute les morceaux plus produits, on s'aperçoit qu'il ne faut pas pousser très loin cette production pour donner un habillage différent mais souvent magnifique aux chansons de Johnston. C’est quelque chose qu'il faudra que j'explore d'ailleurs. [Et encore, je dis ça, alors que ma préférence naturelle va aux chansons enregistrées sur le mode low-fi !] Comme pour n'importe quel artiste, Johnston donne dans le boire et le manger, mais quand ça frappe, ça frappe très juste, et sans chercher beaucoup vous pouvez trouver une bonne dizaine de chansons absolument sidérantes de beauté, et touchantes bien au delà du personnage, c'est-à-dire musicalement, ce qui est l'essentiel.
Le documentaire pourrait peut-être être plus un chouïa plus concis dans son extrême dernière partie, mais Feuerzeig a fait un travail soigné, souvent bouleversant mais de la bonne manière. Si on peut être légitimement ému par le personnage et son entourage qui ont vécu des épreuves assez dures, la personnalité de Johnston évite qu'on sombre dans le pathos le plus suintant. Le gars et sa maladie ne sont jamais aimables, et limitent bien le fameux syndrome Elephant Man ("c'est un humain comme nous finalement") et la condescendance qui va avec. Le documentaire, s'il peu légitimement passionner, n'est pas un parcours sympa et émouvant au pays du Joyeux Handicap, mais aussi un parcours difficile, voire douloureux. Si Feuerzeig a su aussi mettre en évidence le désarroi quelquefois amusé des proches de Johnston, souvent avec une petit pointe d'humour d'ailleurs, le personnage lui-même est suffisamment brut de décoffrage et son parcours inamical pour créer éventuellement des affinités fraternels sans jamais laisser la porte ouverte à l'apitoiement sordide, humide et convenu des spectateurs en mal de compassion. Si c'est pour verser une larme d'empathie sur le "petit génie débile" (qu'il n'est pas !) mais tellement attachant que vous regardez le documentaire, vous allez être très déçus et sans doute mal accueillis. Car la force de THE DEVIL AND DANIEL JOHNSTON est justement de garder son "héros" à distance, de réaliser la difficulté de l'approche et de nous confronter à l'énigme finalement. La brume dans le cerveau de Johnston fait écho à celle qui est la nôtre à mesure qu'on essaie de l'approcher. On ne verra le bonhomme que d'assez loin, mais il sera là pour nous hanter d'une manière rugueuse. Ses chansons étranges étant sûrement une passerelle improbable entre notre rive et la sienne. Il serait quand même judicieux à l'heure où les documentaires sont si facilement distribués en salles (malgré leur qualité souvent exécrable esthétiquement, formellement ou dans le fond, rappelez-vous de JESUS CAMP ou de l'ignoble UNE VÉRITÉ QUI DÉRANGE) que ce film bizarre, sans prêchi-prêcha, plutôt franc du collier, et pas laid en plus, trouve le chemin du public français. [D'autant plus qu’avec un bon étalonnage comme celui-là, voilà qui serait fort beau à regarder en 35mm !]
 
Scrupuleusement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
Retrouvez d'autres articles sur d'autres films, en accédant à l'Index des Films Abordés : cliquez ici
ajouter un commentaire commentaires (8)    créer un trackback
Vendredi 24 août 2007

recommander publié dans : Pellicula Invisablae

[Photo : "The Shock of Contact" par Bertrand du site Multa Paucis et Dr Devo, 
d'après une photo de Bertrand tirée de la série télévisée HOW I MET YOUR MOTHER]

 

 

"Je n'ai jamais été aussi heureux de faire quoi que ce soit depuis que nous avons monté Vasektömia, et c'est parce que c'est un groupe de non-musiciens, au moins à la base. Et c'est peut-être la seule raison valable de monter un groupe, non ? De faire de la musique, c'est-à-dire... C'est la seule façon de faire de la musique, et c'est la seule façon de faire de la musique qui en soit ! Les autres, je mets ça entre guillemets, les autres "groupes" devraient avoir honte ou au moins la décence d'envoyer leurs slips sales en offrande à David Bowie, Talking Heads et Tom Tom Club. Parce qu'on ne peut pas tous piller les deux ou trois mêmes sources, sans contrepartie. Oui, c'est ça, c'est une question de décence au fond. Une question de décence. Et si les autres, entre guillemets, "groupes" n'ont pas cette décence, qu'ils aient au moins celle d'être de véritables non-musiciens. Autrement, le rock est perdu !"

Mr Mort dans le documentaire IN THE TOILETS WITH VASEKTÖMIA, réalisé par Margaret Tanaka (FRANCE-2007).

Chers Focaliens,
 
Et bien ça faisait un petit moment que je cherchais à voir ce DiG! que j'avais loupé à l'époque de sa sortie en salles, d'abord sans doute parce que les documentaires rock ne m'attirent pas spécialement, curieusement, et aussi parce que j'ai su par la suite que tout le monde aimait le film, mais bien après sa sortie. Que ce soit pour de bonnes ou de mauvaises raisons, pour une fois, on peut le dire, les gens sont à peu près unanimes et ont été plutôt surpris, ou même carrément emballés par le film de la réalisatrice Ondi Timoner.

Et effectivement, c'est assez passionnant à plus d'un titre, et pour ce qui nous concerne, moi et ma propre personne et mon ego, je dois dire que c'est quelque chose d'assez inattendu. Sans doute parce que ma vision du rock ou de la musique électrique populaire en général est plus chaotique, ou du moins, moins évidente que pour les autres petits gars de ma génération, ce qui transparaîtra et même sera abordé dans le reste de cet article.

DiG! est d'abord un film assez inattendu dans le sens où Ondi Timoner a eu le nez creux et/ou a bien organisé sa petite affaire. Loin de faire un doc rock de plus, elle a suivi pendant 4 ans non pas un mais deux groupes de rock, alors presque débutants ou du moins assez loin des feux médiatiques, à savoir les Dandy Warhols, qui n'ont cessé depuis de connaître un succès grandissant, et Brian Jonestown Massacre (BJM pour les intimes) qui, avant que ne sorte ce film, n'avait pas connu complètement le succès et de toute façon n’en connaîtrait vraisemblablement jamais de semblable à celui de leurs collègues. Un groupe de winners et un autre de losers en quelque sorte, l'action se concentrant sur BJM et étant mise en parallèle avec la carrière des Warhols. Voilà qui est déjà une riche idée que de prendre et comparer l'évolution de deux groupes. Plus intéressant encore, les deux groupes sont, au moins au départ, des groupes amis. Ils se fréquentent, s'entendent jouer, jouent ensemble sur scène, se motivent et s'inspirent les uns les autres ! Voilà déjà quelque chose de plus bizarre encore ! La destinée fera le reste, séparant les deux groupes sur des critères surtout sociaux (et multiples). Là où Timoner marque un point et pas le moindre, c'est aussi dans le dispositif. Elle et son équipe filment énormément, accumulent des quantités sans doute invraisemblables de rushes, que ce soit de concerts, d'enregistrements d'albums ou de vie quotidienne des deux groupes. Et la réalisatrice ne s'arrête pas là car elle filme les zigotos de BMJ pendant 4 ans, période fabuleusement longue qui va faire du film une radiographie assez passionnante, (ce qui n'empêche pas la répétition d'ailleurs, mais la vie rock est sans doute organisée comme ça) de l'industrie de la musique électrique ! 4 ans, c'est long pour un documentaire, et pourtant en quelque sorte les choses vont assez lentement. DiG! retrace haut la main cette ambiance de stagnation, puis de décollage en ce qui concerne les Dandy Warhols, et dans le portrait double et antagoniste de cet univers rock, qui parfois frise l'allégorie, se dessine la fable bête et tragi-comique des groupes de rock.

Le film est ponctué, et finalement narré même si c'est de manière discontinue, par la voix-off du leader des Warhols, Courtney Taylor, qui adresse ce film comme un hommage au BMJ, curieusement, alors que les deux groupes ont une histoire commune plus que mouvementée. Un documentaire sur les BMJ au final, ponctué de parallèles avec les Warhols mais quasiment commandité par les Warhols eux-mêmes, inconsciemment ou pas, voilà qui est fort curieux ou du moins paradoxal. Qu'apprend-on grossièrement ?
Curieusement, pas de véritables scoops. Les deux groupes copains vont peu à peu s'éloigner, à mesure que d'une part, les Warhols arrivent à faire difficilement leur trou puis connaissent le succès, là où les BMJ vont s'enfermer dans une assez magnifique spirale de décollages ratés, de querelles internes incessantes et surtout dans la constance remarquable de son leader dans la consommation de stupéfiants, ce qui, notons-le, ne les empêchera pas d'être extrêmement productifs ! Les BMJ, c'est d'abord l'hallucinante emprise de son leader Anton Newcombe, bonhomme plutôt beau gosse, totalement en phase avec les canons du rock (tous les membres des deux groupes sont des gravures de l'imagerie rock en quelque sorte.... J'essaierai d'y revenir plus bas), mais très auto-centré et qui est sans doute ce qu'on peut s'imaginer de la figure rock typique du leader : doué vraisemblablement, charismatique ou du moins magnétique, dégaine de zazou, esprit bohème, égocentrique, susceptible, imprévisible et bien entendu, drug-addict ! La panoplie est complète, y compris chez les autres membres des deux groupes, et les amateurs ne seront pas déçus : tout ce qu'on vous raconte sur le rock'n'roll est vrai, ça se passe comme ça dans les faits, exactement comme le veut la légende. Alors, je ne vais pas m'étendre là-dessus, même si ça peut être intéressant (et à bien des égards, ça l'est, c'est ça le pire !), mais vous dire quand même le fond de ma pensée sur le rock ou plutôt sur ce que j'appelle la musique électrique. Les rockers sont bien habillés, choisissent soigneusement leur look pour être dans la totale attitude de l'artiste, exactement comme les étudiants des beaux arts lorsqu'ils les imitent ! Bien. Ça ne me dérange pas, mais ça m'a toujours fait bizarre, car être cool, dans la laïfe comme sur scène, voilà bien un mystère que je n’explique pas totalement même si je le comprends. On va me dire que le rock, c'est le sexe, le rock, c'est l'histoire et tout ça, et je suis partiellement d'accord, mais ce genre de décorum obligé, cette fameuse rock-attitude vantée par de grands artistes tel Johnny Hallyday, au fond, je n'aime pas du tout ça ! Je ne vais pas m'étendre mais je pense que cet état de fait qu'il serait stupide de nier de ma part fait que le rock vit autant qu'il ne se ronge de l'intérieur, créant ainsi son propre cancer. C'est ainsi qu'on arrive, quand on fréquente les concerts ou qu'on écoute cette musique, à des clichés hilarants, certes, mais complètement énervants. Je citerais les exemples de ces milliers de groupes qui ont cassé des guitares sur scène pour imiter ce qui avait déjà été fait (mille fois en plus) par leurs aînés, ou encore le sublime exemple de Michael Jackson qui fait monter une vraie-fausse spectatrice pour danser un slow avec elle, ou encore les Bono qui passent des clips pour Greenpeace au concert, ou encore David Bowie (aussi honorable soit-il) qui, lorsqu'il fait la tournée suivant un de ses plus ambitieux albums, nous ressert pour la millième fois les hits des années Ziggy, reprend au minimum ce dernier album passionnant, avant de jeter sa chemise à la foule (qui hurle de plaisir en voyant se déshabiller le papy !) tel un dieu asiatique qui offre généreusement une goûte de sa semence pour créer le monde ! Tout découle de là : la rock-attitude ! C'est stupide mais c'est comme ça, de la loge remplie de coco et de caviar par contrat, de la limousine obligatoire pour chercher la star à l'hôtel, ou encore jusqu'aux exigences de Dire Straits qui "exige" de jouer sur cordes neuves à chaque concert alors qu'ils n'accordent même pas eux-mêmes leur guitare (anecdote rapportée par je ne sais plus quel membre de Talking Heads qui s'en étonnait auprès de Mark Knopfler : "pourquoi, vous faites comment, vous ?" , ce à quoi un des Heads répondit : "ben nous on change de corde quand ça casse !"). rock-attitude, donc, sors de cet article ! Moi, ce que j'aime bien dans le rock, ce sont les petits gars qui s'en moquent (voir les concerts récents de Suicide ou d’Alan Vega en solo, d'une extrême nonchalance (je joue quasiment dos au public en mimant la virtuosité ! Très drôle), ou les Devo jouant tous collés les uns contre les autres pour occuper le moins d'espace scénique possible tout en faisant des chorégraphies robotiques et stupides, ou mieux encore, et même sans doute imbattable, Die Tödliche Doris engageant des musiciens qui ne les connaissent pas cinq heures avant le concert sans leur filer une grille d'accords (à la rigueur, les paroles !), et qui pendant le show distribue des flyers parmi les spectateurs expliquant que le line-up de la soirée n'est pas le même. Ça, c'est rigolo, et c'est rock dans l'attitude, le reste c'est du décorum, et bien qu'aimant le rock, ça ne m'intéresse pas. [Remarquez comme ces exemples de "vrais" esprit rock sont drôles... 'see what I mean, 'see what I mean ?] Ceci dit dans DiG!, on peut s'apercevoir que c'est encore ça qui régit l'esprit du rock. Bah, s'ils s'amusent après tout, pourquoi pas, mais faudra pas venir se plaindre de Bono après !

Revenons au film. D’un côté donc, des petits gars appliqués, les Dandy Warhols, un poil moins foufous et destroy, et plus stables sans doute. De l’autre, les BJM qui n’arrêtent pas de se droguer, de travailler, de besogner même, et qui désespèrent de ne rien voir bouger, persuadés que leurs petits camarades, eux, vont percer plus ou moins facilement. Côté BMJ, c’est du sérieux, c’est du gros rock’n’rollisme qui tache, et ceux qui aiment ces ambiances ou alors qui ne les aiment pas du tout (comme moi donc) vont passer un joyeux moment : sniffage de rails de coco au kilomètre, scènes de ménage nocturnes, métaphysique de comptoir, bagarre dans les salles de concert mais aussi sur scène entre musiciens, costumes extravagants, arrogance à pleine puissance, désespoir beat existentiel, dépression profonde, démission du groupe, renvoi pur et simple de certains musiciens puis retour dans le groupe, arrêt à la case police pour usage de stupéfiants, alcool et même de la cithare, n’en jetez plus la coupe est pleine à déborder. C’est le rock’n’roll tel que vous en rêviez, on nage en plein jim-morrisonisme, et il faut bien le dire, les légendes sont vraies ! C’est à la fois désespérant et drôle.

Mais l’intérêt principal du documentaire, réalisé dans un style clinquant et varié sans être d’une grande beauté ceci dit, mais relativement au-dessus de la moyenne disons, tient en deux points. D’abord, on constate le parcours du combattant hallucinant qui mène un groupe rock vers sa destinée, qu’elle soit ou non glorieuse. Quelle que soit l’issue, on frôle souvent le pathétique et pas seulement à cause du groupe lui-même. Et c’est là que DiG! est le plus passionnant, c'est-à-dire par le deuxième point abordé en conséquence. On n’apprend pas dans le film grand-chose qu’on n’ait déjà entendu, mais par contre ici, on le voit et on le vit, c'est-à-dire qu’on assiste assez clairement à toutes les humiliantes étapes obligées dans la vie d’un groupe, et on constate que la façon dont se comporte l’industrie du disque est absolument ignoble de A à Z. Incapable de gérer quoi que ce soit, les professionnels entourant les groupes, bien qu’en face de situations identiques depuis des décennies (je pense au fait de gérer le travail des groupes et les égos démesurés des artistes, car cela semble un cliché insurpassable pour les groupes aspirant à vivre de leur musique). Les groupes sont laissés à eux-mêmes, à la fois entretenus et totalement arnaqués, signés toujours au dernier moment. Le professionnalisme de ces gens-là consistant grosso modo à fournir un logement au groupe, ainsi que de la bière, et à croiser les doigts en attendant que les tubes pleuvent comme par magie. Au lieu de jouer aux courses, les maisons disques et leurs executives trouvent pertinent d’investir ainsi un peu d’argent sur des dizaines et des dizaines de groupes, perdant au total sûrement pas mal de pognon, et de tenter le truc avec 100 groupes, leur faisant miroiter une quelconque aide, alors qu’ils savent très bien que seuls un ou deux feront à leurs yeux quelque chose de potable, et que tous les autres, même certains qui ont un peu de talent, seront étouffés par ce système. Le job des responsables de maisons de disques est donc de se faire payer des disques pour écouter chez soi, sans doute serrer des poulettes (c’est pas dit dans le film, mais regardez bien le physique des gens qui traînent là dedans…), de porter des vêtements super-chics mais rock’n’roll et de manger des petits fours. C’est bien sûr totalement violent et pathétique. Le dernier maillon de la chaîne, c’est bien le groupe et encore plus la musique qui n'a pas vraiment d’importance et ne guide pas, comme ça devrait l’être, une quelconque direction artistique car il n’y en a pas ! Anton Newcombe a raison de râler : c’est quand même lui et ses confrères qui font la musique et rapportent de l'argent dans la caisse, mais ce sont eux qui ont le moins d’importance. De leur côté, les maisons de disques continuent de faire marcher la machine broyeuse d’hommes et de talents, bientôt suivis en cas de résultats par la machine marketing qui broiera le mélomane à grands coups de matraquage publicitaire sauvage ! Les vendeurs d’espaces publicitaires s’en mettent donc plein les poches ! Ce sont des executives eux aussi après tout ! Comme le dit un responsable de label de disque, l’industrie du disque est l’industrie avec le plus gros taux d’échec ! Là où 90% des albums devraient être rentables, c’est le contraire qui se passe ! 90% des groupes se plantent, et les dix autres pour cent servent à couvrir les frais démentiels de cette politique du petit bonheur la malchance. On sent également très bien dans le documentaire que les responsables des boîtes de production, s'ils sont mélomanes sincères, ne comprennent rien, essaient seulement de deviner la prochaine tendance avec le petit doigt mouillé aux vents, et n’ont aucune idée de la façon dont leurs poulains travaillent ou ce dont ils ont artistiquement besoin. Ils préfèrent, là encore, plonger ces petits jeunes ambitieux dans leurs fantasmes ados de rockers du samedi soir, espérant là aussi qu’une "attitude" ou que quelque chose de vendable en sorte ! Complètement démunis, les groupes sombrent, perdent toute notion. Et le documentaire, sur ces points précis, est implacable : on n’y parle jamais de musique ni de création, si ce n’est pour dire des trucs très intelligents du genre "les dandy Warhols sont le plus grand groupe depuis Bob Dylan" ou encore "les BMJ sont dix fois plus forts que le Velvet, c’est tellement so amazing". Et puis quand il s’agit de vendre les petits gars, là non plus, il n’y a plus personne. On essaie seulement de débourser des sommes fabuleuses dans des clips débilissimes sans aucune vocation artistique. Tendance et attitude là aussi. Les intermédiaires eux vivent très bien dans des maisons cossues pendant ce temps-là. La distribution coûte très cher et se fait parce que les sommes investies sont ubuesques et que personne ne peut suivre. Ce que dit clairement le film, c’est aussi que le succès n’a rien à voir avec le talent : c’est le hasard qui compte ! Pendant ce temps-là, les groupes trinquent. Pour les plus ambitieux lecteurs de ce site, je dis : lancez-vous dans le disque au sein d’une major, c'est-à-dire dans la bête spéculation (au sens financier du terme) artistique. Que vous n’ayez aucune culture musicale ou aucun talent pour défendre vos artistes, voire une absence totale de goût (ce qui est quasiment toujours le cas) n’a aucune espèce d’importance comme le dit très bien et dans une langue magnifique le fondateur de Throbbing Gristle, très très grand groupe lui, Genesis P-Orridge, dont les interventions, de temps en temps, vont vraiment du bien.

Côté artistes, c’est aussi souvent assez désespérant mais eux, au moins, ils bossent. Comme dit une responsable un peu plus futée que les autres, la machine tourne à l’envers, notamment en ce qui concerne la drogue : "Avant, on prenait des acides quand on était célèbre une fois le boulot fait et une fois le succès atteint, maintenant c’est le contraire !" Se dessine alors, par petites touches non appuyées, et c’est pour moi ce que DiG! a de largement plus intelligent, un portrait dur peut-être, à mes yeux, mais véridique de ce que les groupes attendent de leur musique : la gloire, mais aussi paradoxalement, la rébellion, les milliers d’albums vendus, et la reconnaissance de leur suprême génie ! Et un look d’enfer ! BMJ est vraiment un cas étonnant et moins prévisible que leurs concurrents dans le sens où justement, ils sont très prolifiques et mettent vraiment la main à la pâte en produisant albums sur albums dans l’anonymat complet et sans que cela n’ait aucune espèce d’incidence, alors même qu’intérieurement le poète Anton Newcombe ne rêve que d’une chose : être rocker, bien avant de produire des albums ! Tout ce petit monde veut faire carrière avant de se bâtir une œuvre, et ce constat est d’autant plus violent et drôle que, il me semble, les BMJ sont des types assez sincères, très certainement !
Même la documentariste est un peu piégée dans sa passion rock’n’roll (ce en quoi le film est sincère) quant elle décrit, les yeux émus de larmes (c’est une métaphore !), la légende d’un Newcombe qui préfère sa position d’artiste maudit (en fait, une bonne part de hasard intervient comme le montre très bien l’épisode avec les flics en Georgie) et, je cite et on admirera le paradoxe, de "révolutionnaire caché", plutôt que la position de punk actif en quelque sorte. Car la fascination pour le mythe est plus forte que tout. Et s’il s’agit de montrer la violence du milieu, il semble que les gens impliqués dans le business du rock, ou tout simplement les fans hardcore de rock ne puissent s’empêcher de pleurer sur le système qui broie les artistes et d’en être complètement fascinés, parfois jusqu’à l’extase. Ce n’est pas le moindre des paradoxes que révèle, même pas en filigrane mais de manière inconsciente, DiG!, et que son dispositif de tournage très long met vraiment en lumière de manière pertinente. C’est donc complètement une réussite qui a le mérite d’inscrire la destructive légende dans le quotidien le plus crasseux et le plus sordide. La musique, elle, est inconsciemment ou pas finalement, mise en arrière plan, et quasiment jamais commentée, sauf dans les termes hallucinants décris plus haut. Ça veut tout dire.

[Note : Que vous aimiez ou pas la musique des Dandy Warhols ou des BMJ n’a aucune espèce d’importance, et le film vous paraîtra quel que soit le cas d’une égale pertinence ! Pour ma part, même si cela n’est pas intéressant en soi, je ne connaissais pas les deux groupes. Les Dandy et BMJ semblent avoir une base commune bien sûr. Mais les Dandy semblent se "popiser" au fur et à mesure, là où les BMJ restent plus fidèles au rock de leur début (quoique les derniers machins folks composés par Newcombe aient l’air assez croquignolets, ce qui bien sûr n‘engage que moi ! Les BMJ me paraissent donc bien plus intéressants, même si dans les deux cas, je ne trouve quasiment rien de neuf ou de révolutionnaire dans la musique que j’ai entendue dans le film ! A vérifier ceci dit, mais voilà ma première impression…]

Docilement Vôtre,

Dr Devo.
Retrouvez d'autres articles sur d'autres films, en accédant à l'Index des Films Abordés : cliquez ici !
ajouter un commentaire commentaires (1)    créer un trackback
Lundi 20 août 2007

recommander publié dans : Corpus Analogia

[Photo : "Shoot The Mother Giving Birth" par Dr Devo]

 

 

Chers Focaliens,


A-t-elle enfin sonné, l'heure de nos retrouvailles ? En tout cas, on s'était égaré, je m'en souviens, plusieurs fois dans les salles obscures avec plus ou moins de bonheur, et même parfois sous le regard du mauvais sort qui m'écarta, contre ma volonté et sous la forme d'un planning d'enfer, du WAITER de Alex Van Warmerdam, réalisateur sublime et hollandais qui fut pour une période courte un peu chouchouté en France et dont la sortie de ce dernier film, en catimini et en plein été, histoire d'être bien sûr de ne faire aucune entrée, tenait quand même du miracle. Deux séances par jour complètement pourries en première semaine d'exploitation (genre 11h et 17h45), puis une séance la deuxième semaine et puis plus rien ! Il fallu donc me résoudre à louper le film de l'année et de ne pas pouvoir soutenir le réalisateur ! C'est injuste !

C’est de bonne humeur, malgré tout, que nous nous dirigions vers PLANÈTE TERREUR, deuxième volet du diptyque, originellement unifié, de Tarantino et Robert Rodriguez. Le film de Tarantino nous avait franchement passionnés dans son abstraction et l’efficacité de sa mise en scène. On gardait alors à l’esprit, très confiants pour le coup, que le deuxième volet réalisé par Rodriguez serait forcément très différent. C’est le cas. Changement de service, et surtout balles neuves.

Dans un petit coin paumé du Texas, de nos jours, en 1987, comme c’était déjà le cas dans BOULEVARD DE LA MORT. Une nuit comme les autres. Wray (Freddy Rodriguez), énigmatique homme à la moto, croise dans un bon petit resto de nuit du coin son ex-copine, Cherry (Rose McGowan, déjà présente dans BOULEVARD DE LA MORT). Les époux Block, tous deux docteurs dans la même clinique, s’apprêtent à prendre leur service de nuit et déposent leur gamin chez deux baby-sitters jumelles et chicanos, alors même que Mr Block, dur à cuire malin mais brutal, a de forts soupçons sur la fidélité de sa femme ! La routine quoi…
Un peu plus loin, dans un coin déserté de la campagne, une étrange compagnie de commandos militaires dirigés par Bruce Willis vient prendre possession d’étranges containers toxiques que leur amène une bande de mercenaires, semble-t-il. L’échange se déroule mal, finit dans le sang, et le chef des mercenaires répand dans l’atmosphère l’étrange gaz contenu dans les mystérieux containers.
Wray raccompagne Cherry chez elle lorsqu’il heurte quelque chose sur la route, ce qui vaut à tout deux un superbe accident au cours duquel des créatures étranges s’en prennent à la jambe accidentée de Cherry. Une fois à l’hôpital, Cherry est amputée et Wray entendu par le shérif local (Michael Biehn) qui visiblement connaît bien le jeune homme et l’arrête. Mais un étrange ballet commence dans la clinique, point névralgique du film : de plus en plus d’habitants sont victimes de morsures qui dégénèrent en de désastreuse infections purulentes ! Quelque chose de louche se passe. Et effectivement, quelques heures plus tard, toute la région est infestée de zombies avides de chair humaine…

Dès les premières minutes de PLANÈTE TERREUR, on comprend mieux ce qui s‘est passé entre Tarantino et Rodriguez et ce qu’ils ont voulu faire. Outre l’élaboration d’un projet "grindhouse", c'est-à-dire d’un double programme d’exploitation, et donc d’un hommage aux cinéma de série des années 70 et 80, c’est à un grand jeu oulipien qu’on assiste avec, presque, son lot de contraintes imposées. Le formalisme du duo n’est pas que visuel. On imagine bien qu'ils se sont bien amusés a priori pour imaginer ces contraintes. Des personnages communs ayant sans doute le même fond mais développés différemment (dont le personnage de Marley Shelton, encore une fois très bien et très à l’aise dans le mélange d’émotion et de comédie, et qui incarne une nouvelle fois la fameuse doctoresse Block), obligation de faire une scène de strip-tease, un personnage doit perdre une jambe, etc. Un petit jeu de contraintes entre amis qui fonctionne bien du reste. Voilà pour le projet.
Sinon, PLANÈTE TERREUR s’en va chasser sur d’autres terres que le slasher sentimental et abstrait qu’était BOULEVARD DE LA MORT (ça ne vous gêne pas si je dis DEATH PROOF la prochaine fois ?) pour se concentrer sur le film de zombies musclé, dans une perspective de divertissement assumée très loin de la charge politique ou sociale d’un Romero.

Rodriguez, ça aussi, c'est le projet, utilise le support film, tel qu’il était projeté dans ces années-là, et rajoute artificiellement des rayures, comme Tarantino une fois de plus, mais de manière constante pendant tout le film, lui. Rodriguez pousse le jeu plus loin de sorte qu’aucun plan n’est intact, qu’ils sont tous déformés par les aléas de la projection, ce qui inclut aussi des jeux de son, des plans coupés, des images en moins, des brûlures de pellicule, et une très bonne idée : une des bobines du film est manquante ! Cette bobine manquante est d’ailleurs un des points curieusement un peu faibles du film. L’idée elle-même suffit à réjouir le Devo qui sommeille en vous. Néanmoins, l’ellipse forcée et violente provoquée par la bobine manquante est plus douce que prévue, et ne se résume qu’à une saute. Quand on reprend le cours du film, une bobine plus loin donc, le premier plan fonctionne (une maison était calme et dans le plan suivant elle est en feu sans qu’on sache vraiment pourquoi), mais ne bouleverse pas la narration outre mesure, ce qui est un peu dommage. Le point d’amusement concernant cette bobine manquante sera pour Rodriguez d’éliminer la "révélation" twistesque concernant le personnage de Wray, dont on ne voit que les conséquences à travers un dialogue drôle parce que du coup pas vraiment explicatif… Si ce n’est que le film-annonce de MACHETTE (réalisé par Rodriguez, ce film-annonce et bien d‘autres réalisés par des réalisateurs invités dont Rob Zombie par exemple faisait partie du programme unique aux USA : car PLANET TERROR et DEATH PROOF sont projetés ensemble aux USA et non pas en deux séances distinctes comme dans le reste du monde. Devant le tollé de la part des fans non-américains des deux réalisateurs, les frères Weinstein ont finalement concédé à nous lâcher un nonosse sous la forme du film annonce de MACHETTE, piètre récompense à vrai dire, dans le sens où, si MACHETTE est très drôle, on reste sur notre faim parce qu’on en a loupé un paquet de ces faux-films annonces…), ne vende un peu la mèche sur le même sujet. Bref, cette bobine absente ne bouleverse curieusement pas grand-chose, même si le procédé reste très jouissif, et c’est bien dommage car elle est