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(Photo : "C'est Lui-Même..." par Dr Devo)

Chères Scruteuses, Chers Scruteurs,
 
Continuons à rattraper le temps perdu et les  films en retard, comme j'avais commencé à le faire l'autre jour.
 
Allez, et si on revenait au Japon ? Dr Devo est-il en train de se transformer en Yamakasi (en samouraï des temps modernes, quoi !) ? Après APPLESEED et LA BÊTE AVEUGLE, voici le troisième film japonais vu en salles en deux semaines ! Ce n’est pas tous les jours dimanche, et on en profite.
 
LA MORT EN LIGNE est le presque nouveau film de Takashi Miike, le mythique réalisateur d’AUDITION, que je n'avais pas trop apprécié à l'époque, mais dont tout le monde m'assure que c'est effectivement très bien. Du coup, j'aimerais bien y jeter un œil (cliquez sur "Idées-cadeaux pour le Dr Devo"). Dans TROIS EXTREMES, l'inégale compilation de films asiatiques sortie il y a quelques mois, le dernier sketch était également de Miike. Mais, mal placé de toute façon dans le programme (il aurait dû ouvrir le bal), son style semi-sobre et son histoire classique ne m'avait pas non plus convaincu.
Miike ici s'essaie à la commande, en quelque sorte. LA MORT EN LIGNE est... Attendez un peu. LA MORT EN LIGNE ???? Aaah, mes amis, je sens qu'ici se présente une nouvelle fois l'occasion de saluer mes amis les plus proches de la Profession. Les kings du bizenesse... Les King-Kong de la trouvaille et du marketing... Les Pic de la Mirandole du flair et de l'instinct... Saluons encore une fois l'extraordinaire sens du cinéma de nos amis les distributeurs. LA MORT EN LIGNE ! Chapeau, les gars. Plus anonyme, c'est la non-existence assurée. Est-ce un DVD à 1 € avec Chuck Norris ? Est-ce un téléfilm de la défunte série de TF1, Hollywood Night ? Est-ce un film sur l’un des passagers des avions du 11 septembre qui appelle une dernière fois sa femme avant de s'écraser ? Est-ce un film sur la drogue ? Est-ce une série Z réalisée par Robert Englund ? Est-ce une comédie anglaise à base de trois secrétaires-copines qui font leur Bridget Jones ? Est-ce l'adaptation au cinéma de la série URGENCES ? Est-ce un film de guerre dont le héros est un sniper ? [Il aurait mieux valu dans ce cas-là l’appeler LA MORT EN LIGNE DE MIRE !] Bref. Ce titre est anonyme, et bien sûr confère une aura de film naze, voire de nanard, au travail de Miike. Ils sont vraiment très forts, ces distributeurs. J'espère qu'un jour, je lirai un blog rédigé par la femme d'un distributeur. Ça ne doit pas être triste.
Bon, c'est fini la rigolade. LA MORT EN LIGNE (hahahahaha !) est donc, disais-je, ouvertement une commande. Le principe est simplissime. C'est RING 10 ans après, mais avec des téléphones portables. Alors évidemment, dans ce contexte, on y va un peu à reculons. Les japonais, me disais-je il y a un peu moins d'un an, c'est bon, ils commencent à nous gonfler légèrement avec leurs histoires de fantômes avec soupe de cheveux, leur photographie grisouille, etc. Y'en a marre. De toute façon, avec eux, c'est ça ou les films de fantômes dans la coquille cyberpunk. Et c'est vrai, même sans ma mauvaise foi, on est bien obligé de se dire qu'on pédale un peu dans la même semoule depuis de nombreuses années, sans compter ceux, parmi les nippons, qui ont "chédé" leur âme à l'oncle Sam, allant parfois jusqu'à réaliser eux-mêmes leur propre remake, comme ce fut le cas avec le cynique, commercial et surtout ennuyeux, THE GRUDGE.
Donc, tu reçois un coup de fil qui vient de ton propre portable. Ça laisse un message sur la boîte vocale, où tu t'entends toi-même mourir dans trois jours ! Plutôt marrant, non ? Plutôt marrant si on n'avait pas la flemme d'en revoir, du RING 24, le premier était suffisamment réussi merci. Mais, vous le savez, étant abonné à vie à MON cinéma Pathugmont, il est de mon devoir d'aller à votre place voir tous les films. Donc j'y vais.
Et bien les amis, ça démarre plutôt pas mal. Jolie scène dans un restaurant. Le son est ludique (notamment cette disparition des ambiances pour faire passer un dialogue), et nous entraîne facilement dans ce que les japonais savent bien faire : nous baigner dans une atmosphère effrayante, alors que rien encore ne s'est passé, en nous faisant nous demander si c'est du lard ou du cochon, c'est-à-dire : est-ce que nous avons assez d'indices pour nous inquiéter ? Ça marche toujours très bien, et permet une sorte d'identification froide mais prenante aux personnages, toujours extrêmement stéréotypés. Là, ça fonctionne d'entrée de jeu. Les axes sont formellement bien équilibrés, puis bien contrariés dans une espèce de faux rythme anxiogène basé uniquement, donc, sur le montage. Miike, par la suite, essaie de casser au maximum l'enfermement du champ / contrechamp (comme dans cette scène qui s'interrompt pour reprendre plus loin, mais sur la même question, après ellipse donc, sur le pont avec les collégiennes). Bon point. Et puis, après cette très sympathique introduction, assez longue d'ailleurs, on développe tranquillement l'intrigue sans se fatiguer. Il n'y a donc rien d'exceptionnel, c'est presque sans heurts. Les collégiens meurent de manière métronomique, un personnage plus âgé vient aider l'héroïne, comme d'hab. Il y a deux ou trois idées gourmandes ou amusantes. Si l'idée de la contamination de RING a disparu, Miike fait des scènes assez drôles (dont une en plongée très laide) sur la pression sociale exercée sur les jeunes filles par elles-mêmes, de vrais Barbie-girls pétasses qui n'ont qu'une hâte, se faire enlever du répertoire de la prochaine victime. Marrant. Une des héroïnes se fait exorciser à la télé, ce qui est là aussi assez drôle, même si Miike ne se défoule pas vraiment dans cette partie pourtant prometteuse. Bref, c'est de l'ennui léger qui nous est proposé, bien loin de l'atmosphère rigoureuse du premier ¼ d'heure. Arrive la fin, très, très longue, qui n'en finit plus, comme un jour sans pain. Là, on manque de se mettre en colère, mais à la fin de la fin, si j'ose dire, une idée. Des plans noirs viennent s'interposer et le film se termine sur un paradoxe ultra-absurde et très abscons qui a son charme, et qui fait oublier le fait qu'on assiste à la célèbre queue de poisson finale, le tout d'une manière osée. Dommage qu'il n'ait pas cassé, notre Miike à grandes oreilles (bon, ça c'est fait...), son jouet plus tôt, ou qu'il n'ait pas découpé tout le film comme le début. Bref, on est à la limite de l’ennui, et ça n'a pas énormément de personnalité. Mais par contre, un jour où il n'y a rien au ciné, ou si vous avez déjà vu le magnifique REVOLVER, LA MORT EN LIGNE peut être un divertissement au-dessus de la moyenne, appréciable pour un dimanche après-midi sans applaudissements, par exemple. On retiendra deux gourmandises que je n'ai pas encore citées. Le plan sur le cadavre de la première victime, dans la morgue où le mouvement de caméra montre la nudité de la macchabée en ayant l'air de la cacher ! Très joli ! Et également ce très beau montage d'une conversation téléphonique entre deux personnages, où Miike, curieusement, se met tout à coup à faire un stupide champ / contrechamp, avant qu'on ne s'aperçoive très vite que ça n'en est pas un, car les deux personnages ne se répondent pas et ont chacun un interlocuteur différent. Ça ne mange pas de pain, mais c'est rigolo. Bah, on peut aller voir ce petit film, même s’il ne faut pas s'attendre à être étonné...
 
Changement de décor avec LE PARFUM DE LA DAME EN NOIR de Bruno Podalydès, le versaillais comme disait l'autre, deuxième adaptation, avec les mêmes d'ailleurs, de Gaston Leroux, si cher à notre ami le cinéaste Jean Rollin (que je salue d'ailleurs). Bon, ben, n'ayant pas vu LE MYSTERE DE LA CHAMBRE JAUNE,  je vais gagner du temps. Rouletabille est reparti sur une enquête qui en fait n'en est pas une. Il va au mariage de la dame en noir (Sabine Azéma, époustouflante jadis ici), sans doute sa mère, mais ce n'est pas sûr. Huis clos à l'extérieur avec galerie de personnages intégrés sur le toit du véhicule, LE PARFUM... raconte l'histoire d'une enquête qui ne commence pas à se déclencher, mais qui a lieu quand même, sur une mort qui ne l'est pas mais dont on cherche le cadavre, et d'un mystère à résoudre dont tout le monde ignore même l'existence ! Absurde et Non-Sens, nous voilà !
Les personnages sont forcément hauts en couleurs, ou voulus comme tels, les dialogues sont très écrits, et le déroulé est absurde. Dans un cinéma français ultra-balisé, où le scénario est Général-Panzer über Alles (... mon dieu !), dans un pays où les films ciné sont encore moins narrativement développés qu'un bon épisode de JOSEPHINE, ANGE GARDIEN, la célèbre série télé, évidemment, rien que pour la forme, ça fait plaisir. Voilà un film dont la narration est quasiment illogique, subjective, et où l’on est plus perdu qu'autre chose, où enfin on s'affranchit de la lecture spectatrice omnisciente à la 3e personne ! Le public sait qu'il ne sait rien, et donc il ne contrôle rien, et n'est jamais sûr que les gens à l'écran parlent vraiment de ce dont lui, le spectateur, croit qu'ils parlent. Un peu de non-sens, légèrement (mais alors, très légèrement) poétique, et bien ça fait du bien, bon dieu de bois, et c'est déjà ça de gagné, d'autant plus que le film est ouvertement commercial et grand public. Comme quoi, c'est possible, comme quoi, quand on veut donner du flouze à des projets plus atypiques, ça peut le faire... à condition d'être versaillais, et d'avoir un frère à la Comédie Française (que je ferme illico dès que j'arrive au pouvoir, en même temps que j'interdis le théâtre de rue), bref c'est possible, si ça peut t'aider à vendre ton image d'auteur décalé, coco, et si tu collabores "avec le système" comme diraient nos amis rappeurs. [Comment ça, j'exagère ? Allez donc lire, bande de petits malpolis qui interrompent les gens quand ils parlent, allez donc lire la couverture médiatique du film, honteusement hagiographique comme disait le collègue KUHE IM HALBTRAUER, quels que soient d'ailleurs les défauts ou les qualités du film ! Une telle absence de critique est toujours suspecte, et a toujours une bonne vieille raison bien concrète !]
Bon, j'en étais où ?  
Donc, un bon vent d'absurde et surtout de dis-narration souffle gentiment sur le film, qui en fait son principe. Il ne faut pas cracher dans la soupe, pourrait-on dire. Côté acteurs, évidemment, il faut supporter. Ce sont encore les seconds rôles les plus convaincants, notamment cette espèce de docteur (évidemment, si c'est un collègue...) qui ressemble furieusement à Alain Chabat du temps où il me faisait rire, dans le rôle du professeur qui nous incitait à envoyer des s(i)oux à l'ARC, c'est vachement dur. Sinon, Podalydès, l'autre, Denis, est un peu moins crispant que d'habitude dans le rôle de Rouletabille. C'est marrant, il y a des types, ils ne t’ont rien fait, mais rien qu'à leur tronche, je ne leur confierais pas la garde de mes enfants ou de mon portefeuille d'actions. Podalydès Denis en fait partie, outre le fait que je déteste ses choix de films, vraiment calamiteux en général. Un vrai tue-l'amour. Mais bon, là, ça passe, même si on ne peut pas dire que ça casse la baraque et que ça nuance à tour de bras. Je t'enverrais ça en stage chez Zulawski moi, ça ne traînerait pas et ça décrisperait peut-être l'animal ! Arditi arditte, Azéma azème, et Olivier Gourmet gourmette. Un aspro et au lit ? Non, pas tout de suite... La Zabou par contre, là je dis non. Je la trouve complètement artificielle, malgré le contexte, et au théâtre ce soir, ça va cinq minutes. Quant au collègue de Rouletabille, c'est clair, lui, on ne s'en souvient plus quinze minutes après la séance. Michael Lonsdale, le Klaus Kinski durassien (pas jurassien, hein ?) est dans un rôle de hors-jeu qui fait merveille dans des films de Robbe-Grillet. Ici c'est du gentil sans plus. C'est encore Vincent Elbaz le plus sympathique (décidément), car lui au moins y va à fond, presque sur un mode télévisuel, ce qui n'est pas forcément un mauvais calcul. Bref, outre ma mauvaise humeur (et encore, ce casting est bien plus digne que celui du dernier Diane Kurys sur lequel ma charge va m'obliger à écrire, quelle horreur !), on peut considérer froidement que ce casting contribue largement à la théâtralité du film, son plus gros défaut. On misera donc plutôt sur une direction d'acteurs désastreuse parce qu’infernalement attendue, sans beaucoup de nuances, toujours à la même vitesse.
De toute façon, le problème n'est pas vraiment là. Si la dis-narration du film donne un charme indéniable à quelques plans furtifs, notamment les trois ou quatre plans qui entourent le premier lancer de canne d’Arditi, le scénario, par contre,  vient ça et là contrecarrer l'asburdisme (si je veux !) du principe qui fonde le film, notamment dans cette désastreuse scène de flash-back très appuyée sur l'enfance de Rouletabille. Quelle mauvaise idée, et là encore, relisons Bresson et son exemple de l'ambulance ! Non seulement le gamin (un "fils de", probablement issu d'une famille dans le cinéma bizenesse, vu sa tronche, mauvais comme un cochon dès l'éprouvette) est ignoble, mais en plus la scène, absolument non poétique, et qui sent très fort la "bonne idée" de scénario, sur le papier quoi, contribue largement à désincarner le personnage de la fameuse dame en noir (Azéma, donc).
Si on farfouille dans le moteur, on trouve les problèmes essentiels. La photo, relativement soignée c'est vrai, n'est absolument pas ludique. Mais ça n'est pas très grave. Le gros problème du film, c'est qu'il n'est jamais beau, et qu'il n'est esthétiquement jamais dans la fantaisie intrinsèque du projet. En un mot, c'est cadré un peu n'importe comment (même si on a vu plus infamant ; we're coming to get you, Diane Kurys !). Surtout, le montage est complètement anonyme, c'est-à-dire sans vraie personnalité, et impose au film un certain rythme je suppose (...à voir), mais absolument constant, c'est-à-dire métronomique... et donc plat. Sans relief. Au final, on a donc un film pas très beau, même si on a vu plus laid, et surtout monotone au possible, ce qui est quand même un peu le comble pour une adaptation du fantaisiste Gaston Leroux.
La saviez-vous ? Jean Rollin, estampillé à tort comme le Ed Wood français, donc le plus mauvais de tous (dixit les gens qui n'ont pas vu le dernier Diane Kurys), est un fan absolu de Leroux, dont il connaît l'œuvre sur les bouts des doigts, et dont il est l'exégète des adaptations cinématographiques. Rollin adore le surréalisme de l'écrivain, et une fois qu'on a dit ça, bien sûr, on trouve ça complètement logique au vu de ses films. Outre son dernier film, LA FIANCEE DE DRACULA, hommage explicite et textuel malgré le sujet, le cinéma de notre ami Jean en est imprégné. Et vous pouvez regarder un de ses films au hasard, ou presque (évitez le calamiteux LAC DES MORTS-VIVANTS quand même !), et vous vous trouverez en face d'une adaptation bien plus fidèle à Leroux que celle qui est ici officielle et autorisée. Ce qui céquhefdise complètement ce que je vous disais l'autre jour sur les adaptations littéraires, dans mon article sur LA BÊTE AVEUGLE. Allez, si on filait un centième du budget du PARFUM DE LA DAME EN NOIR à Rollin, afin qu'il tire des copies neuves et restaurées de ses films (dont beaucoup n'existent plus que sur bandes vidéos, les masters ayant disparu ou s'étant dégradés, ce qui est un scandale) ? Si on faisait ça ?
 
Ah, bah oui, y'a qu'à demander son soutien à la critique française, et signer des pétitions.... Mouais, on peut rêver ! Ça serait bien n'empêche, aussi, de temps en temps, de redistribuer les bénéfices de l'économie aux plus pauvres. Cinématographiquement parlant, bien sûr. Et peut-être, comme ça, on empêcherait la production de films terriblement petit-bourgeois comme celui-ci (ma remarque restant sur le plan artistique, bien sûr !). Le plus désespérant, c'est que ce sont toujours les mêmes qui en profitent, de cet argent, c'est-à-dire les "réalisateurs" les plus installés. Et quand on voit le peu de zèle qu’ils mettent dans leur travail, ces gros feignants, franchement, ça nous donne plutôt envie d'aller donner nos sous à l'étranger. Le Japon, par exemple ?
 
Ironiquement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Vendredi 30 septembre 2005

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi

(Photo :"Merci M. Besson" par Dr Devo)

Cher Luc Besson,
 
Je suis désolé de vous interpeller comme ça, mais j'ai un message à vous faire passer, et je suis sûr que mes lecteurs ne m'en voudront pas de leur voler l'incipit habituel de l'article, à votre profit. On dit, cher Luc, que vous êtes soupe au lait, et très méchant avec la critique. C’est sans doute vrai, ou alors complètement faux, là n'est pas mon problème. Si jamais (soyons prudents) vous passiez sur cette page et que vous la lisiez, PLEASE, allez jusqu'au bout. Je ne suis pas en guerre contre vous (ni ne suis votre défenseur d'ailleurs ! Héhé !), mais je crois que cet article va vous intéresser. C'est une vision particulière et franchement, ne vous arrêtez pas aux premiers paragraphes un peu insolents (et totalement justes !) sur le monde du cinéma. Allez au bout, ou alors sautez les trois paragraphes après celui-ci. Je ne vous dois rien et vous ne me devez rien, bien sûr (ce qui est extrêmement logique puisqu'on ne se connaît pas !), mais je ne pense pas que vous regrettiez votre temps de lecture, non pas dans le sens d'une éventuelle flatterie ou au contraire d'un portrait méchant. Vous ne le regretterez pas, parce que cet "avis" que je vais vous donner est... euh... Peut-être, et même sûrement, on ne vous l'a jamais donné. [Si avec ça, votre curiosité n'est pas piquée...]. Merci bien.
 
Chic, hier, c'était mercredi. Le jour des sorties. Je ne sais pas ce qu'ils ont dans mon ciné Pathugmont, donc d'exploitation commerciale. Ils passent en ce mois de septembre énormément de films en VO. Dans certains cas, ça se comprend, comme BROKEN FLOWERS ou MOI, TOI ET TOUS LES AUTRES qui sont ce qu'on pourrait appeler des films "art et essai grand public". Mais là, COLLISION, REVOLVER dont nous allons parler aujourd'hui, NIGHT WATCH le film djeunz et fantastique russe à la MATRIX, FRANKIE WILDE et RIZE (deux films de djeunz encore),etc. 40% des films sont en VO ! J'en parlais lundi à mon ami Bernard RAPP. "Peut-être veulent-ils tout doucement imposer la VO", prophétisa-t-il calmement en tirant une bouffée de sa Belga d'import. Je crois surtout qu'ils essaient de concurrencer une fois pour toute, c'est-à-dire jusqu'à la mort, les cinémas art et essai juste à côté. Mmmmm... Si on est à Paris, rien d'étonnant à ce qu'un Pathugmont fasse de la VO, c'est dans les habitudes. Mais ici, en province, même si on est dans une grande ville, c'est plus étonnant. Ils en ont fait, de la pub pour REVOLVER, lancé comme le dernier blockbuster branchouille, et le voir débarquer là en VO, voilà qui me fait réviser mon jugement. Peut-être veulent-ils faire les deux en même temps : concurrencer l'art et essai et préparer le tout VO, ce qui serait une grande nouvelle magnifique, mais ne rêvons pas trop, même si ce serait une excellente initiative, économique aussi d'ailleurs (faire une VF est ruineux par rapport au tirage d'une copie VO), comme je l'ai très bien expliqué dans mon article où je briguais le Ministère de la Culture, intitulé SI J'ETAIS PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE.
 
Je vais donc prendre ma place pour REVOLVER, même si j'étais parti pour aller me frotter à NIGHT WATCH, la roublardise russe. Le film de Guy Ritchie ayant l'avantage de démarrer plus tôt, je me suis dit qu'il fallait battre le fer avant qu'il ne se casse, et puis autant commencer par la corvée.
Guy Ritchie, ancien anglais désormais américain, est un type ultra célèbre. Bon, d'accord, il fait des films, mais surtout, il est in bed with Madonna, dont il partage désormais l'existence. [Note : penser, le jour où je me marie, à expliquer à Brad Pitt que je veux bien l'inviter, mais sans Angelina.] Le monsieur est donc aussi réalisateur accessoirement, enfin, 5 longs métrages quand même, et je n'en ai vu qu'un (dans une galerie d'art contemporain !), SNATCH, avec le Brad Pitt en magouilleur gitan que tu ne connais pas. Pas génialissime d'ailleurs, la bobine, sorte de petit-malinisme, maladie fort répandue qui a plusieurs souches, assez branchouille, clamant haut et fort son originalité (un des symptômes de la maladie) tout en suivant complètement les traces de Quentin Tarantino, dont il prend les effets sans en comprendre la cause. [Parce que Tarantino est le petit-fils cinématographique de Marguerite Duras (la cinéaste), même s'il ne le sait pas, le Tarantino, mais ça, vous pensez bien que ça lui passe au-dessus de la tête, à notre ami Guy Ritchie.]
 
Bon, j'avais vu le film-annonce assez casse-bonbon. D’ailleurs, une anecdote révélatrice à ce sujet. Mon Pathugmont a commencé à passer le FA (film annonce, ou bande annonce quoi, mais c'est tellement plus chic comme ça) en version française, et on y entendait, je cite (c'est quasiment la phrase telle quelle) :"J'ai pas besoin dans mon casino d'un Scarface cocaïné qui tire sur tout ce qui bouge entre deux shoots" ! Rien que ça ! À l'époque, je me suis dit :" Les pauvres acteurs, je les critique durement, mais ils ne sont pas aidés. Qu'est-ce que tu veux faire avec un dialogue comme ça ? Sortir la phrase sans l'égratigner, ça doit déjà être un exploit sportif !". Bien.
Quatre jours après, voici le FA en VO, peu ou prou :"J'ai pas besoin d'un type excité qui tire sur tout ce qui bouge !" Bon là, manifestement, il y a problème. Ouais, c'est bon ça coco, la référence à SCARFACE (un des pires films de De Palma, soit dit en passant, et ce malgré sa réputation. Une vraie copie de travail, surtout la fin mythique, qui est filmée n'importe comment et absolument pas montée ; vos réactions dans la rubrique LIENS, sur la droite, sous-rubrique insulter le Dr Devo). Y'a bon le culte dans ta face de spectateur. Benz Benz Benz !
Vous savez que j'aime nos amis les distributeurs ! Je les adore ! Toujours de bonnes idées, une culture énorme et un sens du marché extraordinaire ! Un titre comme CRAZY KUNG FU, c'est une trouvaille de distributeurs ! Sortir DONNIE DARKO, film qui avait cartonné dans tous les pays, avec 40 copies en France, c'est encore une idée de distributeur ! Bref, ils sont géniaux, je les adore. Et là, encore plus fort, ils inventent le concept complètement devolutionniste de, tenez vous bien, PREVISIONISME, qui est du révisionnisme artistique avant que l'événement n'arrive. Avant que le film ne sorte ! Chapeau, les gars ! Vous êtes vraiment les meilleurs. Vous avez gagné, je me rends.  Gardez cette anecdote en tête, et repensez-y à la fin de l'article. Ça vous fera encore plus marrer.
 
Bon, ben pour résumer le début de l'histoire du film, je suis pas au bout de mes peines, devant résoudre la double contrainte de résumer une intrigue tordue au possible, sans bien sûr en dévoiler les surprises pour ceux qui auront le courage d'aller le voir. On va essayer, soyez indulgents.
Jason Statham est un joueur. Jeux de casino, de stratégie, de hasard, d'échecs, c'est son dada, comme dirait Omar Sharif. Après avoir fait sept ans de prison, il s'est bâti une énorme fortune personnelle. On ne sait pas trop comment, mais une chose est sûre : il a gagné son fric dans des activités mafieuses ou quelque chose comme ça – jeux, prêts, blanchiment, etc. Et en ce début de film, il en veut à Ray Liotta (Ray Liotta !), patron de casino aux mœurs mafieuses, lui aussi. Un soir, il va dans un des casinos de Liotta pour le rencontrer et pour lui piquer, devant ses yeux, un gros paquet de fric ! Et Jason y arrive, et à la loyale en plus, si j'ose dire, en emportant avec lui un énorme pactole gagné à une table de jeu ! Dans l'escalier qui le mène vers la sortie, Jason a un malaise et s'écroule. Bilan médical. Les analyses sont formelles : son sang est "contaminé", et il lui reste, au mieux, trois jours à vivre ! Au même moment, il rencontre André Benjamin (alias André 3000 du groupe Outkast ! Ben ouais !) qui lui propose l'absurde marché suivant. Il protège Jason pendant ces trois derniers jours de vie, en faisant barrage entre lui et Ray Liotta qui, bien furieux d'avoir perdu autant de fric en une seule fois, ne manquera sans doute pas de lancer des tueurs à gages à ses trousses. En échange, Jason doit donner à André tout son fric, mais alors tout, et doit en plus faire quelques "courses" pour lui, courses qui l'occuperont jusqu'à ce qu'il meure. C’est absurde, mais c'est comme ça. Jason, un homme réfléchi, calme et froid, véritable machine à penser, doté d'un grand instinct, lui qui a toujours un coup d'avance, lui qui est le champion de l'anticipation, est complètement désarçonné ! Non seulement par la récente nouvelle de sa mort proche, mais aussi par le marché que lui propose André 3000 ! Et Jason est d'autant plus surpris qu'il sait qu'il y a deux choses insupportables dans la vie : ne pas être son propre patron, et surtout, surtout, donner son argent ! Jason est donc en enfer, comme dirait l'autre ! Curieusement, il accepte. Une machination étrange se met alors en place...
 
Bon, ben, vu le film et son histoire, ça n'est pas trop mal ce petit résumé. Second défi pour moi : arriver à analyser le film, tout en vous laissant vierges devant lui, si jamais vous vouliez aller le voir. Ce n’est pas gagné, amis, on va essayer, quitte à parler un peu en codé ! Maintenant, vous en avez l'habitude !
 
[Note au passage : André 3000, c'est vraiment formidable comme nom d'artiste...]
 
Bon, ben, il faut se rendre à l'évidence, ça commence comme un film de Guy Ritchie en quelque sorte. Si j'ose dire. Bon, le gars Ritchie n'est pas le plus mauvais réalisateur du monde, c'est juste, il me pardonnera, un type un peu frimeur. Je m'explique. Dans SNATCH, on était, comme je le disais, face à un film de petit malin branchouille. Beaucoup d'effets, de jeux très bavards avec des dialogues montés en inserts redondants, énormément d'effets sonores, sur-jeu de personnages dits "hauts en couleurs" mais déjà vus mille fois, le tout à la sauce anglaise cockney pour faire local chic. Dans le fond, le jeu, peut-être inconscient, consistait à faire quelque chose de "délirant" à la Tarantino ou à la TRUE ROMANCE. "Regardez comme je suis original !" semblait bramer le film. Là où on pouvait voir un énième film de mafieux, ni meilleur ni pire que les autres, mais terriblement suiveur. Pas de quoi en faire un fromage. Le gars Ritchie est un recycleur.
 
Ça commence un peu comme ça ici, ambiance ricaine à mort à la place du five o'clock tea de SNATCH. On remarque assez vite la touche pompière du bonhomme (dont la chute dans les escaliers en entrée de jeu, moitié  casinesque scorsesienne, moitié mauvais goût, la chute se passant quand même sous le patronage du requiem de Mozart !). On est par contre agréablement surpris de voir que l'intrigue est gentiment absurde (le marché de départ avec André 3000), et que le moteur du film (tu vas mourir dans 3 jours) est un recadrage du mythique D.O.A, film dont nous avions déjà parlé ici. Le principe de D.O.A est un joli concept, qui marche, je trouve, très bien au cinéma. Pendant la première scène entre Jason Statham et Ray Liotta, on se dit qu'il pousse, ce Guy Ritchie. Je râle souvent ici sur la durée ultracourte des plans qui sévit dans le cinéma populaire contemporain (comme dans l'affreux BATMAN BEGINS). Ici, ce n'est pas tout à fait le cas, du moins en début de film. Par contre, lors de cette scène (un dialogue à quatre voix), Ritchie construit sa mise en scène avec UNIQUEMENT DES PLANS RAPPROCHÉS ! Pendant trois minutes, ce qui est extrêmement long en plus, c'est le même plan (de face, les 4 personnages étant cadrés tous de la même manière ! Curieux...) qui se répète ! Je me dis, il pousse un peu le gars. Il revendique l'absence de mise en scène ! Le film se poursuit gentiment. On a un peu de mal à saisir pourquoi Jason Statham accepte l'absurde contrat qui le lie à André 3000 de la manière la plus contraignante possible. C’est bizarre, et ça donne un bon petit effet de curiosité. Le film continue son bonhomme de chemin. On se dit que l'intrigue est un peu plus complexe que SNATCH quand même.... Dans la scène très fabriquée et jouée en roue libre, notamment par Liotta (pas un parangon de la sobriété pourtant !), où apparaît la "femme de main" de Sam Gold, on se dit que là, il charrie, il charge la mule... Pour ne rien en faire en plus...
Et puis, un plan aux proportions gentiment absurdes a commencé à piquer ma curiosité (le plan où, je crois, Liotta sort d'une pièce pour se retrouver en plan d'ensemble en plongée, minuscule dans une salle trop grande). S'il continue avec des petites gourmandises comme ça, la pilule passera mieux, diagnostiquais-je immédiatement.
 
Et puis... Et puis... L'intrigue, au fur et à mesure qu'elle se déploie, s'enfonçant sans vergogne dans les chemins branchouilles et ritchieens, devient paradoxalement de plus en plus complexe. Les dialogues deviennent un peu plus opaques à chaque scène, et surtout on se dit que, finalement, pour un film Europa Corp (la boîte de Luc Besson), il est étrange d'avoir relativement peu de scènes d'action.
Là dessus, un peu avant la moitié du film (souvenir subjectif), une scène le fait, à mes yeux, basculer définitivement. Celle du "faux dialogue" entre Ray Liotta et le parrain chinois. Guy Ritchie s'amuse à faire du montage et laisse filer un couloir de trois minutes où tous les dialogues forment un commentaire cohérent, alors qu'ils sont dits, ces dialogues, par plein de personnages différents ! Halleluyah ! Du Montage !  Et en plus, il monte des phrases qui n'ont pas lieu en même temps chronologiquement, détruisant malicieusement le faux semblant du montage parallèle. On voit dans cette séquence en même temps la préparation de l'action, l'action, et son analyse après coup en même temps. Et là, on assiste à un petit déluge baroque. Filtre rouge, filtre bleu, montage d'inserts (qui sont un mot dans la phrase que construisent ensemble, sans le savoir, tous les personnages, mais qui en même temps nous apparaissent individuellement comme des vociférations, des grognements !), sous-titres baladeurs sur tout l'écran, et la scène qui dure, qui dure, qui dure... Et Ritchie qui nous balance du Vivaldi, tiens, et l'incroyable citation de KILL BILL. Et là, je suis sur les fesses ! Ben oui, il cite KILL BILL, Guy Ritchie, mais de manière complètement opposée à ce qu'il faisait dans SNATCH, où il singeait du sous-Tarantino version canada dry, juste pour la frime, et sans s'en rendre compte en plus, puisqu'il était persuadé de faire quelque chose d'original !
Ici, c'est différent. Ritchie cite sa source très ostensiblement, en reprenant le principe d'un des morceaux de bravoure de KILL BILL. Et en plus, sublime gourmandise, il introduit malicieusement cette reprise tarantinesque avec un effet de narration simple mais très, très beau, et très drôle. Encore plus étonnante que l'original (ceci dit, c'est facile de passer après, mais quand même...). Le tout noyé dans une séquence ultra-baroque remplie de surprises.
Là, mon coco, me dis-je, le film est en train de se dérober sous tes pieds. Tu le sens le vertige qui monte ?
Et effectivement, à partir de là, le film se barre complètement en sucette devant mes yeux médusés, à moi qui était venu là pour faire tranquillement la sieste comme on regarderait un Derrick.
L'intrigue s'enfonce encore plus dans les Ténèbres, devenant de plus en plus abstraite, jusqu'au point de non-retour. Les dialogues aussi deviennent absurdes, de plus en plus denses, de plus en plus abscons, jusqu'à la limite de la compréhension, et, osons le mot, jusqu'à une certaine forme de poésie. Le montage se libère encore plus. Les gourmandises sont nombreuses. Et hop, je te balance la Sonate au Clair de Lune (deux fois dont une à moitié techno ! Il ne manque plus que l’hymne à la joie ou la marseillaise !) Des sons se baladent absurdement dans le dolby digital. À un moment, le film semble se dévoiler en une sorte de révélation SIXIEME SENS Vs USUAL SUSPECTS, mais en fait, la révélation (assez belle d'un point de vue "littéraire") ne change rien et ne retourne pas le film comme une crêpe, c'était un piège. D’ailleurs, lors de cette séquence faussement révélatrice en trompe-l’œil et en forme de flash-back explicatif, Ritchie va même jusqu'à placer des plans qui ne sont pas dans le film, et nous les présente comme des preuves ! Superbe, non ? À un autre moment, Ritchie arrête le film, et le stoppe pendant, à vue de nez, trois longues minutes qui durent une éternité et qui sont l'occasion d'un montage uniquement rythmique, où il réalise le fantasmes superbe et inconscient de nombreux réalisateurs populaires : casser le champs / contrechamps, et même l'annuler. Le film repart, puis se re-bloque dans un dialogue plus attendu, mais dont il fera le remake dans la dernière scène ! Et puis, dans une autre scène (d'action celle-là), il y a un faux split-screen ! Bref, le film bascule complètement dans l'abstraction la plus fofolle, et dans le baroque le plus marqué.
 
Dr Devo, les mains moites, n'en croit pas ses yeux. Il a devant lui un film de structure, un film de montage. Il déguste avec délice. Il a l'impression de tomber constamment sur les fesses d'étonnement. Dans la salle, peu peuplée (environ 15-18 personnes), les sièges claquent. On ne sera plus que huit à la fin de la séance, après cette nouvelle tentative d'arrêter le film, et de nous violer cette fin après un plan d'insert qui aussitôt embrayera sur le générique de fin. Générique superbe, drôle, malpoli et hypra-gonflé, totalement punk, totalement punk (oui, deux fois !) qui renvoie tous les réalisateurs dans leur cuisine, notamment les réalisateurs art et essai européens et leur films souvent fadasses. Ce générique superbe m'a profondément ému. Ça, mes amis, me dis-je intérieurement, ça c'est du cinoche !
 
Et cette leçon est entièrement financée, produite et distribuée par Luc Besson ! Oui Madame ! C'est à lui le métrage ! Etonnant, non ? Chapeau bas en tout cas...
 
Bon, pour ceux qui sont restés, continuons notre analyse. Bon dieu de bois, que s'est-il passé ? Ben, t'as vu un film baroque, grand public et abstrait, mon coco... Ceci dit, il faut préciser encore deux ou trois choses, sans quoi, tout cela n'aura pas été précis.
Guy Ritchie n’est pas une petite chenille qui se serait transformée en De Palma ou en Greenaway pendant la nuit ! On l’a dit, c’est un réalisateur qui, jusqu’ici, était médiocre, au sens étymologique du terme, un suiveur de plus en quelque sorte. Donc, si vous allez voir le film, ne vous attendez pas à la maestria de L’ESPRIT DE CAIN.  Guy Ritchie déploie son étonnant film sur un prédicat autre, celui d’une certaine vulgarité esthétique, là aussi au sens étymologique du terme. Tout cela est bien éclairé et photographié, certes, mais dans les canons de la mode actuelle (lumière jaune et noire principalement). Mais l’échelle de plans n’est pas belle, et son sens du cadrage n’est pas splendide, loin de là. On a donc bien affaire au même Guy Ritchie que SNATCH. Ce n’est pas non plus l’esthétique du vulgaire, aussi délicieuse soit-elle, de Tim Burton, axe dont j’avais parlé à propos de CHARLIE ET LA CHOCOLATERIE. Il ne s’agit pas pour Ritchie, contrairement à Burton, de casser son jouet pour mieux se renouveler. REVOLVER est, au contraire, dans la lignée des précédents. On a plutôt l’impression de lire la copie de cet élève frimeur, dont la moyenne annuelle est de 9,5/20, mais qui ici, curieusement, a lâché les chiens pour livrer un film plus original et étonnamment plus personnel. Alors il n’y va pas avec le dos du tractopelle. Le montage est brutal et malpoli, et comme je l’ai dit, fonce vers une tendance à ne faire que du rythme. Oui, c’est ça, un montage rythmique. Les acteurs aussi ne sont pas sobres. Jason Statham joue les laconiques (pour mieux se lâcher dans le passage où le film s’arrête, et où là, par contre, il lâche les chiens ; c’est délicieux, on a presque l’impression de voir tous les rushes). Ray Liotta est en fonctionnement johnlithgowesque complet, démultiplie les effets jusqu’au pathétique (bien vu !), et se soumet complètement à son rôle de personnage vulgaire et médiocre, sans doute le négatif de celui de Statham.
On suit le film en complète surprise, tellement outrageux, mêlant les références les plus arrivistes (FIGHT CLUB, CASINO, D.O.A, KILL BILL) aux plus inattendues (la citation de ALICE AU PAYS DES MERVEILLES, constante mais complètement sous-marine). Et au final, on se retrouve avec un objet atypique et délicieux, quoique assez noir et absolument abstrait, une sorte de fantaisie baroque à des millions de kilomètres du film qui nous était vendu par le film annonce. Et d’ailleurs, on peut se demander ce qui pousse Besson, qui a mis ses billes dans le machin, à faire autant de pub. L’affichage en ville est omniprésent. Or il est évident que ce film va absolument décevoir tout le monde. La critique lui est tombée dessus, bien sûr, à bras raccourcis, quitte à être d’une malhonnêteté complète. Télérama parle d’un film sans humour, ce qui est scandaleux ! Mais ils ne sont pas les seuls. Allez voir  ! J’ai rarement vu une telle levée de boucliers, de Première à Positif ! [Ce qui n’est pas illogique d’ailleurs…Lisez notamment la citation de Télé 7 Jours, absolument hilarante !] Vous comprenez, c’est tellement chic de taper sur Ritchie. Le procédé est une fois de plus infect. Mais au-delà de ça, je pense aussi aux spectateurs grand public, qui vont avoir beaucoup de mal à adhérer (notamment parce que le film envoie balader les films du genre USUAL SUSPECTS), et qui vont avoir beaucoup de mal à supporter la « trahison ». Et les fans du TRANSPORTEUR II (déjà avec Statham), eux, vont être sans doute perdus très vite.
En tout cas, on ne démordra pas devant l’attitude courageuse de ce film, qui finalement tente le banco perdu d’avance (comme c’est parti, le film aura du mal à devenir culte !), se lâche et tente enfin quelque chose de baroque, et même d’expérimental, si j’ose dire, pour un film populaire à grand budget. Et de ce point de vue, le film est quand même une sacrée surprise !
 
Comme quoi tout arrive, et soyons honnêtes et beaux joueurs : bravo M. Besson !
 
Devolument Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Jeudi 29 septembre 2005

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi

Photo : "Le Pôle (hommage à Olivia Adriaco)" par Dr Devo

Chères Spectatrices, Chers Spectateurs,
 
Matière Focale, le site rien que pour vous, est plus que jamais une terre de contrastes. C'est pour ça que tous les matins, il fait bon se mettre au travail, dans un réflexe hallydaysque, et tel Sisyphe. Hier, érotisme inédit et japonais, et avant cela, animation japonaise de science-fiction et polar pulp américain. Tout cela entre des chroniques de SAN KU KAÏ (en forme d'hommage à Allen Ginsberg, quand même !). Tout est faisable ici, du moins en principe, et enfin, on peut parler du meilleur (Von Trier), de l'inédit (Schlingensief), du commercial, de l'art et essai : de tout, quoi, dans un même sac et dans un seul but, finalement : parler vraiment de cinéma. Dans la presse, ce refus du chapellisme mais sans chouchou, où tout le monde, bons et mauvais, commerciaux ou confidentiels, sont traités dans la même marmite, on n'en trouve pas. Sur internet, c'est un peu plus le cas déjà. Vous trouverez dans la rubrique LIENS d'autres sites, tous assez différents, qui œuvrent en territoire iconoclaste.
 
Retour en France. Ça n'est pas tous les jours, et d'une. Et se retrouver rassasié après un film français, ça arrive finalement peu. Est-on plus imbécile que les autres ? Non bien sûr, et on pourrait remplacer l'adjectif français par européen. Le niveau est assez médiocre en général, traversé ça et là par de brillants soleils (INNOCENCE, par exemple). Comme pour le marché américain, tout pareil, la somme de déchets est énorme, les USA ayant le léger avantage de n'avoir pas sous-estimé certains genres, aussi industriels soient-il, comme le film de college par exemple, formidable territoire de petites mais décisives expériences, et incroyable école de formation des acteurs. [C’est par l'absence d'un équivalent français du genre que nous avons un cheptel si pauvre en acteurs... J'en parlais récemment.] À part ça, on est chez nous en Amérique, comme le dit la formule extra-lucide souvent employée dans ces pages. En fin de compte, France, Europe, USA, tout ça c'est presque pareil, peut-être. C'est ça, après tout, être sans a priori. Et libre ! De toute façon, loin de tout sectarisme, ici, tout le monde est nourri pareil, à l'aune d'une seule échelle : poésie über alles !
 
Mais ne faisons pas grise mine. C’est comme ça, c'est notre donne. Ce n'est pas spécialement révoltant. Et on arrive bien sûr à voir des choses belles ou au moins sympathiques, en étant un minimum curieux (ou fortuné, dit ma petite voix intérieure, le cinéma étant quand même un sport de luxe !).
Retour en France, donc. Par moments, quand l'esprit cesse d'être lucide (quand on est un peu énervé, par exemple), on se demande vraiment qui fait avancer le schmilblick en France. Qui essaie d'aller défricher de nouveaux territoires, qui se risque ? Ben, y'en a pas des masses, mais il y en a. Je faisais le compte en allant chercher mon journal tout à l'heure. Voici ma playlist, comme qui dirait... [Au fait, ça vous plaît, ma musique dans le Juke Box à droite ?]
 
Dans les petits jeunes, Philippe Grandrieux, véritable miracle ambulant qui semble remettre toujours en jeu sa mise. Chapeau. Gaspar Noé. Sa compagne Lucille Hadzihalilovic, réalisatrice de INNOCENCE, sans doute un des plus beaux films de l'année (avec J'ADORE HUCKABEES, bien sûr, que je n'avais pas cité depuis longtemps, et que je laisse tomber ici, comme par hasard, comme un billet tombé par inadvertance de ma poche, pour que vous le ramassiez, comme une sorte de don faussement involontaire, la classe !). Bruno Dumont, bien sûr, dont je n'ai toujours pas vu TWENTY-NINE PALMS. Et dans les vieux sorciers, les époux Straub, loin devant, loin... Robbe-Grillet, l'imbécile, est en retraite, ce qui est fort dommageable car c'est sûrement l’un des plus grands réalisateurs que nous ayons. Blier aussi, tiens, qu'on enterre vite, je trouve... Il y en a sûrement quelques autres... Ils m'excuseront.
 
Et puis, parmi les joyeux brigands de grands chemins, il y a le petit père Cavalier. Lui aussi est évidemment aux avant-postes. Je me suis précipité avec lenteur sur LE FILMEUR, sorti mercredi dernier, en me disant que, cette semaine, il allait soit disparaître de l'écran, soit avoir deux horaires de projection tout pourris, et bien sûr ça n'a pas loupé. Dans la ville où j'exerce, il est passé de 5 séances à 2 séances par jour ! [Le nerf de la guerre, c'est vraiment la distribution, plus que jamais. Que votre cinéma s'appelle "art et essai" ou "commercial" n'a strictement aucune importance.]
Et c'est marrant pour moi de voir ce film à ce moment précis. D'abord parce que je suis en train de monter un de mes kitchen-movies, qui n'est pas basé sur la même démarche que le film de Cavalier (Kavaliere ! Kavaliere ! Ecoutez de toute urgence sur ce site la chanson de Die Tödliche Doris, à droite dans le juke-box), mais qui est un lointain cousin en quelque sorte, car il s'agit de récupérer de vieilles cassettes... Non je ne dis rien. Je garde la bonne idée pour moi. Et puis, ce n’est pas fini après tout. Passons.
Autre bonne raison de voir ce film à ce moment-là, c'est mon récent article sur le beau FREAKSTAR 3000 de l'allemand Christoph Shlingensief, dont je vous parlais l'autre jour. Allez jeter un œil au début de l'article. Je me plains de l'incroyable médiocrité du monde du documentaire, et analyse les simples raisons structurelles qui clouent le genre dans la grisouille. Et d'une.
Et puis, je défendais le principe de base du Kitchen-Cinéma dans mon récent article sur TOI MOI ET TOUS LES AUTRES. Une caméra, un logiciel de montage, et c'est parti. Le cinéma n'est vraiment plus une question de moyen (à condition de faire le deuil de pouvoir en vivre).  Si on peut faire un film comme THE AVIATOR, sombre bouse, on peut évidemment faire mieux dans sa cuisine, chez soi.  Et ce n’est pas vous, Alain Cavalier, qui allez me contredire, hein ?
 
[J'entends déjà des gens protester, à juste titre : "Oui mais moi, ce que j'aimerais, c'est faire des films d'invasion extra-terrestre, et ça, Docteur, dans sa cuisine, on ne peut pas le faire !", ce à quoi je réponds "Faux !", bien sûr on peut le faire. Allons, un peu de réflexion. Non ? Vous ne voyez pas ? Bon, alors allez chercher le passage sur l'exemple de l'ambulance dans le beau livre de Robert Bresson, NOTES SUR LE CINEMATOGRAPHE, même si on n'aime pas les films du bonhomme d'ailleurs, ce livre est forcément le meilleur livre écrit sur le cinéma. C’est d'ailleurs le seul que j'aie lu, et je soupçonne que ce soit le seul vraiment utile !]
 
Sous ses airs très sérieux, Cavalier est un type complètement foufou. Il se ballade avec son caméscope mini-DV absolument partout ! Et il filme, filme et filme tout, sans jamais s'arrêter, sinon pour dormir. Et encore, je le soupçonne d'avoir des insomnies exprès. Et ça fait un moment que ça dure. LE FILMEUR est le résultat de cette prise de notes vidéo. Le principe est simple mais gonflé. Il s'agit de compiler, en quelque sorte, dix ans de captation vidéo en un peu moins d’une heure et demie. Et Cavalier s'y prend d'une drôle de manière. Toujours dans l'entre-deux, il nous met dans une drôle de position : on hésite en effet à dire si le montage est chronologique ou pas. Et on ne peut pas dire qu'il soit thématique non plus ! En fait, je le soupçonne d'être chronologique dans son entier, mais on n'en est jamais sûr. Et outre, le procédé de filmage, sur lequel je vais revenir plus bas, c'est là un des principaux fondements de ce film étrange. La temporalité est curieuse et impromptue au possible. On a l'impression d'être dans un territoire inoccupé du cinéma (ce qui n'est pas tout à fait vrai, mais c'est l'impression ressentie), une sorte de One Man's Land curieux. Le sentiment de plongée dans un monde qui n'est pas vraiment le nôtre, puisque que terriblement intime, est totale, et le dépaysement, en quelque sorte, est assuré. La preuve en est que, même si on ne connaît pas le réalisateur, on peut complètement nager dans cette océan vidéo avec délice. Ce qui ne veut, et c'est un paradoxe, pas dire non plus que Cavalier ne parle pas de son travail, par exemple. Mais que vous le connaissiez ou non, ce travail, la communication, fonctionne quand même, et pas qu'un peu. Ça a, vous vous en doutez, un charme fou. Car Cavalier a compris une chose simple (et que j'adore) : les choses arrivent par la petite bande ! Jamais directement. C'est aussi, bien sûr, une conséquence logique du dispositif. Le fait de compiler des centaines de cassettes en 87 minutes (je crois) aboutit forcément à un travail tout en ellipses, la cohérence du film étant faite de trous. C’est une lapalissade, mais c'est vrai.
Et puis non, ce n'était pas si évident que ça. Cavalier aurait pu faire un montage chronologique des moments importants et décisifs de sa vie (chose qu'il fait sans doute d'ailleurs, en loucedé et à notre insu, ce qui est assez classe). Mais il choisit pourtant une non-hiérarchisation de ces événements, voire une chronique sans événements du tout ! On est là aussi dans un superbe entre-deux, très courageux. Le banal côtoie l'existentiel, sans jamais en avoir l'air. Non pas que le film soit sans rythme, mais Cavalier, au  contraire, regarde ces images avec une certaine distance, forcément lucide donc, et finalement en s'amusant. Il n'a pas le nez scotché à une certaine forme d'encyclopédisme (qui aurait pu s'exprimer dans une sorte de "Moi, Alain Cavalier, Ma Vie, Mon Œuvre"). Et en même temps, ce n'est pas non plus un montage de vidéos familiales. On est dans une espèce de tout, où le parcours personnel bien sûr a son importance, mais où aussi l'objet lui-même (le film) impose sa contrainte, sa vision des choses. Tu la sens la richesse qui monte ? Bref, c'est du malin.
 
Alors, n'allez pas imaginer non plus une sorte de déballage, un peu dans le style de l'affreux OMELETTE de Rémy Lange. Pas du tout. Et il y a aussi un sentiment étrange, justement, dans cette juxtaposition construite du banal et des moments plus forts. Une sorte de dédramatisation (dans le joyeux comme dans le triste, d'ailleurs), très pudique et plus encore, réflexive. On est toujours très proche du sentiment, sans jamais avoir cette impression de déballage qu'on trouve souvent dans ce genre de projet. Ici, on met les patins, et tout se fait dans une espèce, non pas de langueur, mais de calme. [Ce qui n'exclut pas des réflexions très fortes, qui surgissent par endroits, "comme un baleine qui remonte furtivement à la surface pour respirer". Désolé, la métaphore est pourrie !] Une nette impression de pudeur se dégage mais, en fait, ce n'est sans doute pas ça. Cavalier a de la bouteille. Il sait ce qu'il est en train de faire : un film. Et c'est donc le montage qui importe, si j'ose dire. Pas les événements, ou plus exactement, pas le déballage du sac. Il s'agit, avant de faire passer "le message Cavalier, sa vie, son œuvre", de faire un film, bon sang de bois. Voilà d'où elle vient, cette sensation d'entre-deux, de rebonds, de choses arrivants par la petite bande. De fait, le film a la qualité de n'être jamais "sociologique" mais complètement impressionniste. Le voyage est subjectif, complètement dépaysant et ne ressemble à rien (sans doute à Cavalier, mais moi, je ne le connais pas) sinon à un film ! Cinéma über alles. LE FILMEUR est un film de structure.
 
Alors, on dira au spectateur éventuel d'y aller sans crainte. Je vais zapper volontairement les événements un peu graves du film, pour ne pas donner l'impression d'un film spécialement austère, et surtout pour ne pas donner l'impression qu'il faut aller voir le film avec une mine sérieuse, voire déconfite "devant la tragédie du Monde", et en portant un bonnet de nuit ! La réflexion sur certaines images est grave par endroits (et pour cause !), mais elle n'implique pas une mise en scène au tragique ostentatoire et dramatique. C'est pas du mélo, ni vraiment un spectacle. [Et ce n’est peut-être pas complètement un documentaire d'ailleurs !]
 
Bref. Cavalier n'y va pas de main morte, en tout cas. Le dispositif est brut de décoffrage (au moins dans le principe, car le résultat est complètement monté et plutôt poétique). Ce n'est pas filmé en caméra HD !  C'est en 1.85 d'ailleurs, pendant que j'y pense. Ce qui a son charme. Le son est également très "bisou barbu". On entend ostensiblement le son des moteurs de la caméra, si caractéristique et que j'adore (et qui permet, je vous le dis, de faire de superbes liés sonores, ce qui est toujours utile quand on monte de la vidéo ! Mais le répétez pas, c'est un secret), même si le film est sans aucun doute très mixé. Les images sont donc d'une qualité "inférieure" pour ainsi dire, mais c'est très beau. Cavalier filme des plans assez serrés en général, sur des objets du quotidien et sur ses proches quand il y en a. C'est le dispositif minimum : une caméra grand public et un micro pour le son, tout ce qu'il y a de plus banal, quitte à ce qu'il y ait du souffle. Bref, ma brave dame, c'est du CINEMA avec zéro francs ! Et ça les amis, si vous saviez comme ça me fait plaisir ! Qu'on se le dise une fois pour toute : celui qui veut faire du cinéma peut en faire, sans aucune contrainte ! L'argent n'a rien à voir là-dedans (ou presque).
Car, au delà de ce que je viens de dire, c'est le sens de l'accident qui est beau chez Cavalier, et cette incroyable énergie pour aller capter des choses, quitte à les rater d'ailleurs (j'imagine...). Au final, LE FILMEUR est une petite mine de plans rigolos, et de temps à autres très beaux. L'esthétique du film ne tient pas seulement à son dispositif (notamment, étalonnage direct de la caméra, sons impromptus, commentaires en direct (tourné-commenté), point automatique quelquefois).  C'est un choix, et surtout c'est un regard qui transcende largement la qualité "anniversaire chez tata Jeannette" qu'aurait pu avoir le film (Cf. OMELETTE d'ailleurs, à ce sujet). Comme dirait l'autre en rigolant : "Le pire, c'est que c'est beau !" Ben ouais ! CQFD ?
 
Il en ressort l'image d'un bonhomme plutôt pudique, ou plus justement timide, mais aussi déterminé sans doute. Et d'une malice et d'une gourmandise complètement délicieuses. Cavalier s'émeut certes, mais s'amuse aussi avec une jeunesse absolument folle et un appétit dont le moins que l'on puisse dire est qu'il fait plaisir à voir. Le gars est lucide, rigoureux et construit son film comme un jeu. On sent qu'il en a encore sous le pied, et on se réjouit de le voir si frais, si assoiffé et si volontaire. Cavalier est anti-aigri et d'une rare délicatesse. C'est un sentimental, loin d'être bête (pour reprendre le poète), toujours au service de son film, d'abord et par dessus tout. On est loin, en quelque sorte, et pas qu'un peu, de la (je déteste cette expression mais bon) "masturbation cérébrale" ou sentimentale d'ailleurs que ce genre de projet, fort risqué, peut engendrer. Chapeau bas !
 
[Je m'aperçois que je ne vous ai pas décrit de quoi parlait le film exactement, mais en même temps, les journaux se sont repus d'analyses personnelles sur Cavalier. Vous trouverez ces renseignements sur le net. Et encore une fois, cela m'évite de vous donner l'impression d'un film tragique qui déballe à tous vents ses egos et pleurniche à tout va. Et ça permet de rentrer au cœur du film, encore plus que de Cavalier. Ce n’est pas plus mal.]
 
Passionnément Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Mercredi 28 septembre 2005

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi

(Photo extraire du clip "Kavaliere" du groupe Die Tödliche Doris, morceau que l'on peut écouter sur l'interface radioblog, sur la droite de l'écran !)

Chères Voyeuses, Chers Voyeurs,
 
D'aussi loin que je me souvienne (fin décembre dernier, date de création de ce blog), je crois que cela ne nous est jamais arrivé. Le 14 février dernier, je vous parlais de LA BÊTE AVEUGLE, le beau roman d’Edogawa Rampo (à qui on a consacré un film, RAMPO, superbe parait-il, mais que je n'ai pas vu !). Et le hasard fait bien les choses, puisque dans la ville où je vis, le cinéma art et essai principal fait une rétrospective "cinéma érotique japonais". Je vois la plaquette sur le comptoir et je ne la prends même pas, pensant que ce serait encore L'EMPIRE DES SENS et sa suite L'EMPIRE DE LA PASSION qui passeraient, comme d'hab, c'est toujours les mêmes films qui passent dans ces rétrospectives, etc. Grave erreur de ma part ! D'abord parce que les films étaient vraiment rares (même si, effectivement, on retrouvait les deux films d'Oshima), et parce que cette absence de curiosité m'a fait louper LA FEMME DES SABLES, le fabuleux film de Teshigahara, adapté du roman du génialissime Abe Kobo. J'ai déjà vu ce film, superbe à tout point de vue, en vidéo il y a quelques années, mais c'était l'occasion sans doute unique de voir la chose sur grand écran. Puni, le Docteur ! Et bien fait pour lui, ajouterai-je !
 
J'ai pu néanmoins, dans cette rétrospective qui en plus, double faute, avait le bon goût de durer 15 jours, voir LA BÊTE AVEUGLE, adaptation du susdit roman par le réalisateur Yasuzo Masumura, réalisateur que je ne connais ni d'Eve ni d'Adam. Je me suis dit, à raison, que j'avais de la chance dans mon malheur, et que le hasard faisait diaboliquement bien les choses, moi qui avais lu le roman original cette même année ! Donc, pour la première fois dans l'histoire de ce blog, vous allez pouvoir disposer de la chronique concernant le film, en plus de celle, déjà existante, concernant le bouquin. Vous êtes vraiment pourris-gâtés, non ?
 
Autre intérêt de ce film, il va être pour moi l'occasion de parler d'un sujet qui m'est cher, et dont je pense que bien souvent, il véhicule une cohorte d'idées préconçues absolument fausses : la difficile question de l'adaptation littéraire au cinéma.
Je passe sur les insupportables théories apprises au lycée, du genre "Balzac ou Zola ont inventé l'échelle de plans avant la création du cinéma". Ça, bien sûr, c'est n'importe quoi. Ou alors Cro-Magnon avait inventé l'ampoule en découvrant le feu, ou alors Bach faisait déjà du Jazz. Passons sur ces lectures à-rebouristes, intrinsèquement absurdes et absolument sans fondement.
 
Il est intéressant de parler en France de l'adaptation littéraire, genre très pratiqué, parce que c'est le pays du Scénario avec un grand S, c'est-à-dire considéré, dans notre beau pays du moins, non pas comme une nomenclature technique visant à servir de repère à toute l'équipe de fabrication du film (c'est ça le scénario, en principe, et rien de plus), mais plutôt comme la colonne vertébrale et narrative du film. Derrière cette vision, il y a deux fantasmes. D'abord, le scénario serait l'objet ultime de la réalisation d'un film. Fantasme sur lequel vit en symbiose, comme un bernique sur le rocher, la fameuse phrase de ce grand metteur en scène (Hitchcock ?) : "Un bon film, c'est d'abord une bonne histoire, une bonne histoire et une bonne histoire." [Non, ce n’est pas Hitchcock, mais c'est qui, alors ? Si vous le savez, mettez un petit commentaire.]  C'est le scénario du mythe parfait, de l'histoire qui tue, etc. Bien sûr, c'est complètement faux. Par exemple, voici le scénario de l'excellent DUEL de Spielberg (réalisateur dont je ne suis pourtant pas spécialement fan) : "un homme rentre chez lui après une journée travail, mais est poursuivi par un camion, apparemment sans conducteur, qui veut sa mort !" C'est parti pour 90 minutes. Autre exemple avec HALLOWEEN de Carpenter, qui est, peu ou prou, l'histoire d'un mec qui poursuit une fille avec un couteau ! En écrivant petit, le scénario du Spielberg tient sur un timbre-poste ou sur deux feuilles A4. Autre preuve : on est entouré de scénarios parfaits ! Ben oui ! Je n'ai jamais vu autant de scénarios parfaitement développés. STAR WARS III : LA REVANCHE DES SITH est un superbe scénario, rien à dire. Et un très mauvais film. COLLISION, dont nous parlions il y a quelques jours, est un film horrible, avec un scénario parfait. [Note : en fait, les gens qui essaient de nous vendre le mythe du scénario parfait cherchent à nous imposer le schéma aristotélicien de la POETIQUE, schéma qui est loin d'être bon pour tout le monde, et qui, j'en suis sûr, castre encore pas mal de créateurs !] Troisième élément de réponse : JADE de William Friedkin est un film palpitant, sur un scénario complètement nul (une sorte de resucée de BASIC INSTINCT). Et, à l'opposé du spectre, Agnès Varda ne fait-elle pas de films sans utiliser de scénario ?
 
Deuxième mythe : le scénario, c'est la narration du film, son histoire. Ben non, bien sûr. En un mot, le scénario est un outil de communication entre techniciens, et ne contient pas toute la narration du film en lui ! Ben oui ! Pour la bonne et simple raison qu'un film n'est pas une histoire. Un film, c'est de la MISE EN SCENE. Sans mise en scène, on ne fait pas de cinéma. D'ailleurs, on remarque que les papes du scénario font souvent des films (en France du moins) avec quasiment pas de mise en scène : Sautet, Tavernier, par exemple.
 
Ceci dit, s'il vous reste encore quelques crocs, abordons le délicat problème de l'adaptation littéraire. De la même manière (parce que la narration n'est pas contenue dans la simple histoire d'un livre, mais aussi dans son style et sa structure), on constate une chose marrante, qui a des exceptions, Dieu merci, mais très rares. Plus un film est fidèle au bouquin qu'il adapte, plus c'est mauvais ! C'est tellement vrai que c’en est drôle. OUT OF AFRICA, ce grand film nullosse et splendouillet adapté au pied de la lettre, envoie toute la noirceur du bouquin de Karen Blixen à la trappe. Ah ! le GERMINAL de Claude Berri ! Formidable, l'extrême nullité d’AUTANT EN EMPORTE LE VENT ! Magnifiques, les énièmes adaptations de Philip K. Dick dont presque aucune ne contient ne serait-ce qu'un air de ressemblance avec l'univers de l'auteur (sauf CONFESSIONS D'UN BARJO de Jérôme Boivin, sans doute).
Quand je vois une adaptation, je me poile d'avance. Derrière tout ça, il y a encore un mythe : celui de l'adaptation impossible ! Le livre, qui en général a une narration chahutée (et donc un style particulier). Inadaptables, par exemple, VOYAGE AU BOUT DE LA NUIT de Céline, LA CONSPIRATION DES IMBECILES, MOBY DICK, LES 1001 NUITS, LA BIBLE (héhéhéhé, ça fait du bien de plaisanter...).  Oui, bien sûr. À part les lecteurs de télé 7 Jours, chacun sait bien que c'est faux, ou alors on peut venir à cette conclusion en réfléchissant un peu.
 
Un des romans les plus "inadaptables" a fait l'objet d'un film sublime, qui est aussi une adaptation fidèle. Et son seul exemple envoie tout balader. Il s'agit bien sûr du FESTIN NU de Cronenberg, d'après William Burroughs. Encore plus fort, toujours chez Cronenberg, l'adaptation de CRASH, absolument fidèle au bouquin et rempli de trahisons narratives qui ont fait hurler les fans hardcore du roman culte. On pourrait aussi citer une autre adaptation "impossible", celle d’AMERICAN PSYCHO, dont le film, qui est bien obligé de se démener pour rester un film grand public malgré l'ultra-violence du bouquin, est orfèvre en matière de contournements, de sabrages, et finalement d'extrême précision dans la restitution.
 
On résume : les adaptations impossibles n'existent pas. Et en général, plus on est infidèle au bouquin, plus l'adaptation est intéressante et proche du livre.
 
[Un mot quand même sur BLADE RUNNER, pour dire que c'est un film réussi, mais qui, en matière d'adaptation, est absolument raté, notamment parce que le film est dépourvu du moindre humour et de second degré... Un des films les plus proches de Dick, et même carrément dickien, est la magnifique adaptation de BREAKFAST OF CHAMPIONS, par Alan Rudolph, tiré du bouquin de l'excellentissime Kurt Vonnegut, film extraordinaire avec Nick Nolte survolté et travesti, Albert Finney poignant, Barbara Hershey phénoménale et, tenez vous bien, tenez-vous mieux, un Bruce Willis absolument parfait ! Etonnant, non ?]
 
Maintenant que ces nuances (à la tronçonneuse, je vous l'accorde) sont faites, revenons à LA BÊTE AVEUGLE.
Masumura a fait le choix de l'iconoclaste en adaptant le bouquin de la manière suivante.
L'héroïne est mannequin. Alors qu'elle visite une expo photo qui lui est consacrée (dans un style bondage, version sixties anglaises, donc très slpendouillet), celle-ci surprend un aveugle dans une drôle de posture. En effet, au milieu de l'expo trône une statue du mannequin, et l'aveugle est en train de la caresser de manière ostentatoire et ouvertement "érotique". Notre héroïne en est fortement troublée autant que gênée, et prend la fuite. Quelques jours plus tard, après une épuisante journée, elle fait venir chez elle un masseur. Et ce n'est pas son masseur habituel, mais un aveugle, le même bien sûr, qu'elle ne reconnaît pas tout de suite. Lorsqu'elle identifie l'homme, c'est déjà trop tard : celui-ci l'endort au chloroforme et la kidnappe. Il l'emmène chez lui et l'enferme dans une sorte de grand hangar en pleine pénombre, où sont disposées d'immenses statues monumentales en forme de jambes, de bras, de seins, de bouches, grossis et démultipliés. Au centre de la pièce trônent deux immenses statues représentant le corps d'un homme et celui d'une femme. Drôle d'endroit pour un kidnapping ! Très vite, le sculpteur s'explique. Il a kidnappée la modèle pour faire une statue d'elle. Un terrifiant huis-clos commence, sous l'œil de la mère de l'aveugle, où petit à petit l'atmosphère va changer pour devenir un voyage au bout du plaisir et de l'amour physique le plus fort : celui qui ne fait appel qu'au toucher. Repus de sexe et de volupté, le couple finit par se fatiguer des limites conventionnelles de leurs deux corps, et veulent connaître un type plus ultime de jouissance...
 
La première chose qui frappe en voyant le film, c'est son aspect assez provoquant pour l'époque. Le film est glauque certes, mais également ouvertement érotique, et on imagine bien qu'à l'époque, la chose a dû faire scandale. On se demande même comment ce film a pu sortir. Un parti-pris sûrement courageux dans le Japon de 1969 !
Masumara, le réalisateur, tranche donc dans le vif du livre. Il n'a pas peur, contrairement à ce que je disais plus haut, de se réapproprier le livre d'une manière assez personnelle, et à sabrer dedans beaucoup de choses. Pas grave, me dis-je, c'est aussi le cas de CRASH, et en aucun cas, et même bien au contraire, on ne perd la sève originale (en étant complètement cronenbergien du reste). Dans le livre, l'héroïne était une femme mûre, un peu moins de quarante ans, vedette de music-hall très orgueilleuse. Ici, c'est un jeune mannequin. Bon. Et surtout, le film est un huis clos. Exit donc l'intrigue policière légère mais constante du livre, et bien plus, exit les multiples victimes de l'Aveugle. Ben oui, parce qu'il en tuait un paquet dans le livre, et alors que tous les indices menaient à lui, une chance insolente l'épargnait des enquêtes policières (avec des scènes très drôles de découverte de morceaux de cadavres dans les lieux publics, notamment une tête "volant" parmi les ballons d'hélium qu'on vend aux enfants ! Sacré Rampo !). Et puis, variation assez considérable, le personnage de la mère, dont je ne me souviens absolument pas dans le livre, a ici une place primordiale.
Du courage donc, face à la censure éventuelle, et surtout face au bouquin, ici largement remanié. Voilà qui promet d'être intéressant.
 
Et ce n’est vraiment pas bon, malgré l'excellente réputation du film. On se demande d'ailleurs pourquoi le film se considère comme une adaptation de Rampo, tant cela n'a rien à voir. Masumara est quelqu'un de diaboliquement sérieux, et on peut dire adieu à cet étrange mélange de sentiments profonds, de sensations corporelles dérangeantes mais enivrantes et d'humour à froid mais grotesque de Rampo. Le huis clos est étouffant, mais est parasité par plusieurs choses. D'une part, le personnage de l'aveugle est ici un nouveau personnage. Vivant en vase clos avec sa mère (et toute les suggestions incestueuses que cela implique), sorte de grand dadais puceau et niaiseux, on est carrément à l'opposé du masseur machiavélique et malin du roman. Et plus grave, le masseur aveugle ne conquiert plus sa victime parce que c'est un amant fabuleux que la cécité a rendu expert du toucher. Du coup, c'est elle qui le déniaise, et, contresens complet, c'est elle qui le manipule ! Dans ces conditions, on peut enlever, sans que ce soit un scandale, le nom de Rampo du générique.  Car un des intérêts du roman était justement que la femme succombe à l'aveugle et devient sa maîtresse volontairement, après avoir accepté sa soumission et sa séquestration.
 
Alors, est-on en plein syndrome Blade Runner, c'est-à-dire celui d’une adaptation ratée pour un film réussi ? Pas du tout. Le film est très soigné, en couleur, dans un format 2.35 pas laid. Le péché principal vient du fait que c'est la voix-off (celle de la femme) qui fait évoluer le récit, c'est-à-dire qui explique ses changements de sentiments ou de situation aux spectateurs, sans que ceux-ci ne les sentent du tout dans le film lui-même, par la mise en scène. Ces variations sont donc désagréablement ex-machina. Il n'est pas étonnant alors que le métrage soit très bavard, et nous gave de grandes tartines de dialogues, assez ampoulés d'ailleurs. Très vite, ces choix deviennent nuisibles au film en tant que tel. Si l’on apprend beaucoup de choses au niveau sonore par le dialogue (le son en lui-même, par contre, est assez pauvre), rien ne se passe dans la mise en scène. Le cadrage est sans gourmandise, et surtout le montage très plat, totalement soumis à notre vieil ennemi, cet animal fougueux qu'il faut toujours dompter : le scénario ! Le film, qui prend le parti, et pourquoi pas d'ailleurs, d'être assez lent, voire langoureux, n'est qu'alors qu'un horizon monotone, sans beaucoup de personnalité.
Et le contenu n'est pas non plus à la hauteur. Une fois le deuil de Rampo passé, on est extrêmement déçu du propos. Simple histoire de sadomasochisme et de violence traitée dans un premier degré d'une grande naïveté, le film devient au final quelque chose, c'est curieux, de complètement... cucul ! Ben oui, c'est carrément niais. Évidemment, ça parle de mutilation, d'amour qui tend vers la mort, etc. Evidemment, c'est violent, plein de sexe (pour l'époque !), et le personnage de la mère elle-même est d'une noirceur et d'une méchanceté profondes. Mais intrinsèquement, structurellement, c'est d'une naïveté complète. On a presque l'impression que le film est écrit par un adolescent de 16 ans qui ne serait pas cucul dans une tendance romantique à la Rimbaud, mais tendance plus punk. Romantique cucul à la Masoch ! C'est tellement premier degré que ça en devient presque drôle par moments, chose aggravée de manière conséquente par les rapports du couple avec la mère, qui font passer un vent de psychanalyse mal digérée et guydescarsienne sur le film. Les acteurs, en plus, y vont à fond les ballons, ce qui se comprend, mais surtout ne sont pas très bons et contribuent, avec Masumura, à rendre le film encore plus théâtral.
 
Il ne faut pas alors parler d'une adaptation de Rampo, on l'aura compris. Ce n'est pas grave, même si l’on devine ce que le réalisateur y a trouvé (et c'est confondant de bêtise !). En tant que simple film, LA BÊTE AVEUGLE est répétitif, sans surprise et réalisé de manière grisâtre, là où lui-même annonçait un film provocateur. Or, il ne suffit pas de montrer des seins et des petites culottes pour cela. Le film n'est qu'un objet de plus. C’est encore une fois un film d'intentions, de pré-production, de scénario, en un mot, c'est un film horriblement littéraire.
 
Je ne déconseillerai cependant pas à ceux qui ont lu le livre d'aller y jeter un œil, tant le résultat final est un désastre. C’est un objet d'étude intéressant. Et un film médiocre. Un film dont l'éclatante vérité nous aveugle : le livre était bien plus gonflé et provocateur, plus baroque et fou. N'oublions jamais qu'il faut se méfier des réalisateurs qu n'ont pas d'humour. En fin de compte, le livre est beaucoup plus étonnant et iconoclaste, 38 ans avant, en 1931 !! L'attitude du réalisateur face à l'érotisme revendiqué du film nous parait bien délavée et bien opportuniste, maintenant que le temps a fait son ouvrage.
 
[La conclusion du film, dite par le masseur, fera hurler de rire tous les fans de L'EMPIRE DES SENS.]
 
Drôlement Vôtre,
 
Dr Devo

 
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Mardi 27 septembre 2005

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi

(Photo : "Soupirs, il y a..." par Dr Devo)

Chères Consommatrices, Chers Consommateurs,
 
Aujourd'hui, faisons sa fête à l'esprit de synthèse à travers cette note de rattrapage. J'ai vu beaucoup de films ces derniers temps, mais je n'ai pas pu parler de tous. Les journées ne font pas trente-six heures, ce qui est fort dommage, et donc, par voie de conséquence, il a fallu choisir les films chroniqués, vous privant ainsi du plaisir (ou pas) de lire quelque avis sur tel ou tel métrage. En même temps, c'est la vie. Et puis, il faut bien avouer qu'il aurait été difficile de faire un long article conséquent pour certains d'entre eux ! Après tout, j'ai pu faire un article entier et long sur TOUT POUR PLAIRE ou THE GRUDGE, version américaine, alors pourquoi pas ces films-là ? La peur de se répéter sans doute. Démonstration...
 
Mesdames et Messieurs, aujourd'hui, le Dr Devo dans "C'est un peu court, Dr Devo !"
 
Résumé des épisodes précédents : Dr Devo est bien embêté, car peu de films aux allures sympathiques sortent. Après avoir hésité un moment, il en est presque à vouloir choisir ses films d'après le numéro de la salle. "Voilà qui serait fort incongru, assez drôle et complètement décadent", monologua-t-il. Il venait à cette époque de voir MA VIE EN L'AIR, à un moment où la polémique n'avait pas encore fait rage.
 
"Tiens, pourquoi pas ce film d'animation japonais ?", affirma-t-il pour lui-même, "après tout, le cinéma français, je lui ai donné sa chance." Et me voilà dans APPLESEED de Shinji Aramaki. Autant le dire tout de suite, je n'ai pas lu le manga original et fortement populaire. L'histoire est complexe. La jeune héroïne est une supra-guerrière qui tombe dans un guet-apens dans les ruines du monde détruit, 3e guerre mondiale oblige. Sauvée de justesse par les forces spéciales d’Olympia, elle découvre cette ville où cohabitent ensemble humains pacifiés et humains de synthèse appelés bioroïds. Ces derniers ont été créés afin de canaliser la tension entre humains de souche. Ils réagissent en effet de manière à compenser les débordements. Dans cette cité gérée par un gigantesque ordinateur, la paix et le bonheur règnent. Mais de sombres complots s'ourdissent backstage, complots où l'armée régulière, fortement anti-bioroïds, aura son rôle destructeur à jouer.
Intrigue politico-guerrière complexe, fantômes dans la coquille, robots humanoïdes aux sentiments émergents mais à durée de vie limitée, APPLESEED déploie une histoire aux ramifications sombres, jusqu'à une révélation du complot en dernière partie, où tout n'est pas blanc, tout n'est pas noir, révélation à laquelle, bien sûr, l'héroïne sera mêlée au plus profond de sa vie personnelle. Et pourtant, on est assez loin de la joute philosophique de GHOST IN THE SHELL, le film privilégiant autant l'action que la réflexion, cette réflexion ne portant pas sur l'aspect humain de la situation, mais plutôt sur le dévoilement du complot. Plus brut de décoffrage en quelque sorte, bien qu'on puisse s'étonner que le cinéma japonais n'hésite jamais à perdre son spectateur, à rendre opaque le déroulement narratif de l'histoire et à entrer dans les détails les plus ramifiés, si j'ose dire, de l'aventure. On est décidément loin du "tout simpliste" du cinéma populaire français, ou du manichéisme bipolaire américain (de MATRIX à THE ISLAND récemment).
La technique utilisée pour l'animation est assez curieuse. Décors et scènes d'action doivent beaucoup à la modélisation par ordinateur, avec certes des effets puissants, mais pêchant parfois par trop de photo-réalisme, ce qui plonge le film dans une esthétique au final bizarrement splendouillette. Pour les personnages, la technique est encore plus troublante. Tous les personnages sont "enregistrés" par des acteurs, puis modélisés par ordinateur, le tout avec un rendu 2D (avec un rendu de film d'animation classique). [Rotoscopie ? NdC] C'est assez troublant. Ça donne de plutôt surprenants résultats (quoique...) dans les scènes d'action. Mais dans les scènes de dialogues, par contre, les personnages ont des gestes un peu trop majestueux, comme trop amples, et se déroulant non pas au ralenti mais dans une espèce de suite ouateuse de mouvements sur-décomposés, presque jusqu'au pantomime. Curieusement, chaque personnage perd en gestuelle individuelle, tant les mouvements du corps sont archétypaux. Bizarre. Du coup, tout ce qui est animé par ordinateur se voit très bien, d'une manière complètement ostentatoire, se mêlant difficilement avec la volonté de la direction artistique de vouloir rester dans un rendu classique dans le même temps, paradoxe. C'est un peu la bouillabaisse esthétique, donc.
La mise en scène est classique sinon. Avec, encore et encore, des mouvements de ralentis à la MATRIX justement, effets piqués, volés, utilisés, sur-utilisés depuis presque dix ans, jusqu'à la parodie (SCARY MOVIE par exemple). Voilà qui est bien curieux pour un film qui se veut innovant. Et puis, les réalisateurs, on ne va pas faire du MATRIX pendant encore dix ans, non ? C'est franchement énervant ! Deuxième point faible, la musique, soit orchestrale très classique, soit technoïde du plus mauvais métal. Elle infantilise souvent un film plutôt mature (on ne s'adresse pas ici aux enfant de dix ans !). Enfin, l'intrigue, étonnement complexe pour des yeux occidentaux, certes, pêche par excès de simplisme dans le sens où chaque thématique semble battue, rebattue et épuisée par les films ou mangas précédents. C'est toujours la même histoire, en quelque sorte. On se lasse assez facilement de cette énième resucée de Blade Ghost in the Innocence Shell (hey, c'est pas mal ça comme titre !). L'ensemble est un peu inégal, étrange dans ses partis-pris esthétiques contradictoires, fadasse dans son histoire sur-repassée et répétitive. Comme pour le fantastique à la THE GRUDGE, on se lasse, et on suit gentiment le film sans vraiment entrer dedans. Il y a un paradoxe à faire tant d'efforts pour sortir des sentiers battus, et aussitôt y retourner, et sourire aux lèvres encore ! Du neuf avec du vieux, en quelque sorte. Pas infamant, le APPLESEED, juste un peu frimeur, et grisouille. Au final, c'est vite oublié. Dommage.
 
Après un détour par VIRGIL, film français déjà traité dans ces pages, et par l'horripilant COLLISION (film Europe 1 !) dont on a également déjà parlé, Dr Devo, un peu énervé par ce dernier ("C'est toujours les plus poujadistes et les plus poseurs qui raflent la mise", axioma-t-il en allumant une cigarette), alla se perdre dans KISS KISS BANG BANG, de Shane Black. C'était en VO, comme un nombre étonnant de films en ce moment dans SON cinéma Pathugmont.
On change de registre, et pas qu'un peu. Robert Downey Jr. est un voleur raté qui, en fuyant la police après un casse désastreux dans un magasin de jouets (il téléphone à son petit-neveu parce qu'il ne trouve pas le modèle de Big Jim qu’il lui a promis !), il atterrit sans le vouloir dans un bureau où se déroule un casting, et, bien obligé, pour ne pas se faire repérer, il essaie de décrocher le rôle. Pétri par la peur d'être découvert par les flics qui le recherchent dans le couloir, il fait forte impression et il est embauché ! Le soir même, il participe à une fête entre gens du cinéma sur les hauteurs de MULHOLLAND DRIVE (mange, Google !), et fait la connaissance d'une superbe brune, ainsi que de Val Kilmer, ami du directeur de casting, et du reste complètement gay. Kilmer est aussi détective privé. On conseille à Robert Downey Jr, donc, d'aller le lendemain avec Kilmer pour suivre une banale filature, car son rôle sera justement celui d'un détective privé ! Entre-deux, Downey essaie de charmer, de manière assez catastrophique, la belle brune, mais tellement bourré, il finit par se tromper de femme et  se réveille le lendemain dans le lit de la meilleure amie de celle-ci ! La belle brune est furieuse, bien sûr, mais Downey n'a pas le temps de souffler et doit le soir même rejoindre Kilmer. Evidemment, comme dans tout mauvais polar, la filature se passe mal et se solde par la mort étrange d'une jeune fille. Lessivé, Downey rentre à son hôtel et découvre justement, dans sa douche, le cadavre de la même jeune fille qu'il a pourtant vue se noyer 20 minutes plus tôt au fond  d'un lac... Le traquenard commence, et Downey sera obligé, malgré lui, de jouer les détectives...
Bon, ici, intrigue classique me direz-vous. C'est assez vrai. Ce qui l'est moins, c'est le traitement ! Le film se construit en effet sur deux principes concomitants : d’une part une allégeance explicite au roman « pulp », variation hardboiled et baroque du roman noir façon roman de gare foufou, allégeance qui est explicite, disais-je, puisque c’est la colonne vertébrale de la narration, et aussi le fondement des personnages, eux-mêmes fans de pulp ayant parfaitement conscience qu’ils jouent dans un film pulp ! D’autre part, le film est narré par le sur-bondissant Robert Downey Jr., qui commente en voix-off le film de façon pas forcément explicative (il est souvent friand d’anecdotes parallèles et complètement inutiles, mais très jouissives), et à la manière d’un Ferris Bueller (le héros de LA FOLLE JOURNEE DE FERRIS BUELLER, le très gourmand film de John Hugues dont il faudra qu’on parle un de ces quatre), puisqu’il s’adresse directement au spectateur et d’une, et qu’il se poste en tant que personnage d’un film, et de deux ! Le tout donne au film une nette impression de loufoquerie pas du tout monty pythonesque (le film n’est pas basé sur le non-sens à la sauce anglaise), comme lu dans la presse, mais encore une fois, basée sur la littérature de gare qui, en quelque sorte, aurait conscience d’elle-même, ce qui est plutôt orignal [Euh, original, plutôt ? NdC]. La narration est donc alambiquée, tordue, et le spectateur est joyeusement baladé dans une intrigue qui devient de plus en plus absurde et ramifiée au fur et à mesure qu’elle avance. La narration avance avec une logique que nous, spectateurs, acceptons complètement comme maligne et intelligente, alors qu’on serait bien embêté de dire ce qu’on a vraiment compris, tant les événements arrivent de façon abracadabrantesque. On a l’impression de comprendre tout, et en même temps de ne rien piger du tout. Jeu de dupe basé sur la confiance du spectateur, directement interpellé. C’est donc malicieux et assez loufoque, un poil ouvertement provocateur dans certaines situations, là où le simple dispositif  narratif aurait sans doute suffit. Mais ne gâchons notre petit plaisir !
La mise en  scène est plutôt soignée en ce qui concerne la photo, très correcte, et la direction artistique. En ce qui concerne le montage, c’est du fonctionnel (les bonnes idées venant souvent du scénario). Le cadre ne casse pas la baraque, mais ne fait pas mal aux yeux non plus ! L’échelle de plans, encore une fois trop serrée, est sans doute le point le plus médiocre du film, au sens étymologique, mais on n’a vu pire, notamment cette année (cf. THE AVIATOR ou BATMAN BEGINS).
Alors, bien sûr, il faut supporter Robert Downey Jr. Car le film est fait pour lui, et c’est un véritable show, en général plutôt soigné, mais ça et là trop appuyé. Le capital sympathie du film lui doit beaucoup. Mais ceux qui ont un peu de mal avec cet acteur, très écrasant pour le meilleur et pour le pire, un peu comme un Al Pacino burlesque, passeront sans doute leur chemin, parce que là, il franchit les bornes avec gourmandise et séduction, ce qui doit être particulièrement crispant pour eux. Val Kilmer est très bon. Michelle Monaghan est bonne sans plus, un peu fiérotte, comme toutes les nouvelles actrices du moment, mais sans exagération. On peut admettre que son rôle est, ceci dit, le moins surprenant. Les seconds rôles sont de très bonne tenue.
Là où le film, outre le dispositif global dont je vous parlais, est le plus excitant, c'est dans les séquence d’action les plus « loufoques », basées sur les quiproquos, mais qui sont des quiproquos de thriller et d’action, ce qui est original et marche à fond les ballons. Toute la sève pulp prend là son ampleur, et on aimerait presque que le film ne fasse que ça. On pense quelquefois, toutes proportions gardées bien sûr (le film est plus modeste que ma comparaison !) à une version mineure et à la limite de la caricature des grandes scènes d’action lyriques des films de De Palma, mise en scène flamboyante et géniale en moins, bien sûr. Au final, on a un film gentiment iconoclaste pour un film grand public, soigné dans son genre et tout à fait jouissif, à l’heure où le cinéma populaire se contente en général de nous re-bassiner avec des remakes stériles qui ne disent par leur nom, réchauffage de SEVEN et autres serial-killeries ! Au moins, ici, il y a tentative de faire quelque chose de différent et de plus ambitieux, loin des recyclages commerciaux de rigueur. Bon point, même s’il est un peu ironique que le réalisateur, Shane Black, ait fait son beurre et sa carrière en écrivant des bouses répétitives, fières et ennuyeuses comme la série de L’ARME FATALE, dont il est le scénariste. Ceci dit, on ne vas pas râler : les films frais, gentiment originaux et sans prétention comme KISS KISS BANG BANG ne sont quand même pas légion. Du vraiment bon cinéma de divertissement ! Bien.
 
Bon, ben j’avais dit : "aujourd’hui, je rattrape mon retard", mais je suis déjà trois pages. Allez, on continuera les séances de rattrapage demain ou après-demain !
 
Devolument Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Lundi 26 septembre 2005

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(photo : "Et à chaque fois que je vois un escalier, je pense à toi" par Dr Devo)

Chères Sœurs, Chers frères,
 
Reprenons le cours de nos aventures après l'interlude musical que je vous ai imposé hier... [Ça a plu à quelqu'un, KAVALIERE ?] Nous nous étions arrêtés à KEANE de Lodge Kerrigan, que nous congédiâmes fermement mais avec douceur, car nous avions très faim et que notre ventre était encore vide. Et avant d'attaquer les deux ou trois films sérieux qui approchent sur mon agenda (suspense...), je me suis dit qu'il serait temps que quelque chose d'un peu excitant sorte, parce que là, je n'en peux plus. Réflexe d'enfant gâté bien sûr, ou conséquence d'une nourriture trop riche en trois semaines. LE JOUR DU FLEAU, dont je vous parlais, hantait le bon docteur comme un spectre lugubre et déchirant (quel film !). Le lendemain, j'ai quand même vu THE CARD PLAYER, de Dario Argento : quel brio, et surtout quelle malice ! On oublie de dire, avant de l'enterrer, que ce film est d'une espièglerie et d'un humour absolument remarquables ("Croire à une histoire de serial killer en 2005, c'est comme croire que le Yam's est un jeu de stratégie !", me suis dis-je, si je veux, pendant le film). Beau sens du détail également. Dès que j'ai vu que le policier qui se ballade avec un caméscope dans le commissariat (Que c'est drôle !! C'est le peintre qui va au musée regarder les gens qui regardent son tableau !) plaçait sa caméra hors du champs haut, j'ai su que c'était la partie de poker la plus importante. Et le bar où va le jeune prodige ! Sensationnel, non ? Très bon film. Et les prochains seront délicieux, maintenant qu’Argento sait qu'il ne retrouvera jamais son public (qui lui crache à la gueule en général). Tu ne vas pas avoir beaucoup d'amis, Dario, mais on sera de ceux-là ! [Stefania Rocca est formidable, ajouta-t-il in petto, en buvant une gorgée de café trop tiède.]
 
Bon. Ce sera MOI, TOI ET TOUS LES AUTRES de Miranda July, dont j'avais vu l'innommable film-annonce. Encore un truc art et essai, une grande nunucherie nostalgique et fleur bleue, Harlequin pour semi-intellos avec histoire d'amour breluche avec des gens moches, bref, que du propre à rassurer les petits bourgeois de spectateurs ("Ces laids sont touchants et drôles !"), en attendant le Patrice Chéreau. Bref, je rentrais d'humeur lucide, pensais-je, anticipant par avance mon sentiment de supériorité et de déception.
On a beau être un vendredi après-midi, c'était bien vide, avec seulement quatre sièges occupés. En même temps, la chose passait en VO pour faire la nique au cinéma art et essai juste à côté. Ça commence bien, voilà ce que je me dis quand apparaît le logo signalant, en début de film, que le métrage a remporté la caméra d'or à Cannes. Quelle horreur, j'aurais dû aller voir MR & MRS SMITH (qui passe encore !), pensais-je.
 
Miranda July est une drôle de bonne femme. Son métier, c'est taxi pour vieux. Et dans son appartement, son loisir, c'est de filmer des photos sur son caméscope puis de doubler la bande avec des dialogues qu'elle réenregistre par dessus avec un petit micro (en passant par la sortie son de sa télé, ce qui est très drôle, pour pouvoir jouer sur les aigus et les graves !). Bref, son dada, c'est la vidéo et le Kitchen-Movie (que je pratique moi-même d'ailleurs... Le Kitchen-Movie, c'est le cinéma que font les gens qui tournent leurs films chez eux, dans leur cuisine ou dans leur chambre, et qui assure toute la fabrication du film de A à Z en toute autonomie... et sans budget !). Une douce rêveuse, juste un tantinet fofolle, mais c'est très léger...
John Hawkes est marchand de chaussures dans un shopping-mall. Récemment séparé de sa femme (j'ai déjà vu cette actrice noire quelque part...), il emménage dans une nouvelle (et assez piteuse) maison avec ses deux enfants : un de 14/15 ans et l'autre beaucoup plus petit. Hawkes, lui, est assez fou-fou et complètement à la dérive sans en avoir l'air. Il rêve que quelque chose se passe, et la vie quotidienne a tendance à le déborder un peu. Pendant ce temps, ces deux gamins vont tchater sur les forums pour adultes !
Miranda emmène un de ses vieux clients acheter des chaussures. Entre elle et John, une espèce de coup de foudre bizarroïde a lieu...
 
Je suis un peu désolé, mais je ne peux pas vraiment faire mieux. À l'instar du polémique COLLISION dont nous avons parlé la semaine dernière, MOI, TOI ET TOUS LES AUTRES est un film choral, mais avec un nombre de personnages plus réduit, ce qui peut empêcher le scénario de tomber dans une sorte de grandiloquence cosmique ! En tout cas, il est difficile de décrire comment se sont passées les choses.
Le film s'ouvre sur la séquence de doublage vidéo, qui déjà est la colonne vertébrale du film annonce ("I'm gonna be free, I'm gonna be free..."), et tout de suite, c'est très horripilant, et je me dis, amis, qu'est-ce que je fais là, c'est quoi ce machin tout rose, c'est quoi ce kitsch cucul, homondieumondieumondieu, sortez-moi de là. Heureusement, ça ne dure pas longtemps. Je me dis que cette Miranda July a un sacré look, qu'elle a vraiment chargé la mule en mettant des ceinture supra-fines sur ses chemisiers de satin rayés des années 80 ! Puis vient la scène du poisson rouge, qui m'a donné envie de hurler (un poisson rouge qui est coincé dans son sac sur le toit d'une voiture... Si la voiture accélère ou freine, il tombe sur la route et meurt ! Tu le sens, le symbole qui monte ?), c'est pas vrai, elle charge quand même. La grosse métaphore de la vie à deux balles. Et en plus, elle se met à prier pour le poisson ! Je suis les chez fous, me dis-je.
 
Le problème, c'est que... Je n'aime pas du tout le kitsch. Pas du tout. J'adore l'incongru, le malpoli et le surprenant, mais alors le kitsch, non désolé, je ne peux pas. C'est pour ça que je n'aime pas : la movida espagnole, Claude François, François Ozon ou le revival Casimir. Pour moi, le kitsch est une opération de groupe. C’est comme chanter dans un stade, je ne peux pas, c'est au-dessus de mes forces.
 
Ça commence fort, me dis-je. Dieu merci, ça se calme ensuite, au moins un petit peu. Je me dis alors qu'on voit vraiment que c'est du cinéma, que c'est fait avec trois bouts de machin, que rien ne colle vraiment, qu'on sent les coupes dans le moindre champ / contrechamp, que des fois la lumière est rigolote et d'autres fois complètement laide, etc. Et puis, n'est pas Hal Hartley qui veut, me dis-je.
La moitié des situations sont quand même attendues. Peut-être même toutes. Et puis cette musique low-fi est un peu trop frimeuse, il aurait fallu mettre du Solex (colleuse de samples néerlandaise avec une voix qui devrait être plus qu'irritante, mais qui par miracle fait un élégant contrepoint à la musique ; j'en rajoute deux dans le FocaleBox pour vous montrer). Tiens, qu'est-ce que je disais, on commence par du low-fi, et dès qu'on peut, on place un gros thème à la Air-Coppola qui, eux, avaient déjà piqué plein de choses de mise en scène chez Peter Weir (dans son PIQUE-NIQUE À HANGING ROCK), etc. Ce thème, ce n’est vraiment pas juste, c'est dégueulasse.
 
Et puis, mine de rien, on reste dans la salle, et mine de rien, on ne trouve pas le temps si long. Ben alors, que se passe-t-il ? C'est assez dur à dire. On va commencer par le tangible. La mise en scène ne casse pas trois pattes à un canard. Le montage est classique. La lumière est inégale, mais avec de beaux moments. Question cadrage, en général, ce n’est pas extraordinaire sans être complètement infamant. La musique est peu énervante, surtout dans le thème principal. Voir plus haut. [Un ou deux passages sont quand même assez ratés, pour des raisons purement techniques, comme la conversation sur le trottoir où John et Miranda discutent longuement).
Ce qui est assez troublant, outre l'espèce de constance de la direction artistique à enlaidir, et volontairement, les personnages (décors et encore plus vêtements et maquillages), c'est l'incroyable côté bébête, et pour ainsi dire "idiot", du tout. C'est à la fois complètement calculé (dans le sens ou le cinéma "dit indépendant" a aussi ses moyens de racoler), et complètement stupide, tellement stupide qu'on se dit : "Non, c'est pas possible, elle ne va intéresser personne avec ce truc, elle est en train de se ridiculiser, ça ne plaira à personne" ou "c'est complètement concon" ou "elle a quel âge, 14 ans ou 40 ?". C'est un film idiot, dans le sens où Miranda July semble complètement inconsciente.
Au fur et à mesure, et même si certains de ces moments ne sont pas particulièrement stupéfiants d'originalité, certaines scènes trouvent complètement leur rythme (bizarre !) et s'avèrent même assez pertinentes. Ce sont principalement les passages sur le tchat des enfants de John, qui excitent des mecs sur les forums ! Choses qui devraient être d'un glauque immonde, mais sont doucement curieuses. Cette partie du film se terminera de manière absolument splendouillette et inattendue. Les autres passages les plus intéressants concernent tout ce qui touche à la galerie d'Art Contemporain. Tout cela est extrêmement drôle et touchant. Peut-être la présence de Tracey Wright dans ces scènes y est pour quelque chose. [D'ailleurs, cette actrice-là, je la connais, mais d’où ?] L'Art est un piège, fait pour les gens beaux et riches, où plus que tout ne compte que l'apparence. Ces passages sont richement illustrés, sentent sans nul doute le vécu, et malgré leur grande naïveté, font passer des idées toujours agréables à entendre (le papier de hamburger qui va un peu plus loin que le célébrissime exemple du radiateur, la séance diapo, la scène d'ascenseur, la cassette de Miranda...). Tout cela est vraiment bien, notamment cette vidéo avec le ghetto-blaster. [Le seul défaut de la partie "contemporaine" est sans doute la vidéo finale qui est exposée, et qui n'a vraiment pas l'air bien du tout. Je préférais justement le ghetto-blaster !]
Il finit donc, par intermittences seulement, par se dégager une sorte de tendresse complètement cucul, un peu gênante, mais entrecoupée par des passages d'une noirceur inattendue (le tchat, la petite voisine, la scène d'ascenseur, etc.). La laideur globale de l'ensemble finit par avoir une espèce de charme, loin de la guimauve léchouillée que semblait nous promettre l'affiche.
 
Et puis il y a quelques acteurs très bons. Notamment, exceptions qui confirment la règle,  les enfants, vraiment chouettes (à part la scène de la chanson dans la rue, mais que voulez-vous, il faut toujours une chanson lyrique dans un film art et essai !). Mention spéciale à l'extraordinaire petite fille obsédée par les ustensiles ménagers : beau personnage, et bien joué. Tracey Wright est sensass'.  Quant à Miranda July, c'est un peu les montagnes russes : on ne sait pas si elle est irritante ou pas, si elle ne se paie pas un peu notre tronche ou pas... Je vous laisse juges, mais...
 
Au final, même si on sent par moment le calcul (ou on croit  le sentir), on peut être assez conquis ou réjoui de voir un film qui semble également se foutre de paraître smart ou pas, et qui ne pose pas la question de savoir ce qui est laid ou pas, ce qui est idiot ou pas. Une sorte de franchise, mais totalement fabriquée. C'est très bizarre.
 
En tout cas, j'ai passé un excellent moment (après 5 minutes éprouvantes, quand même !), à me laisser glisser là-dessus. Peut-être aurais-je peur de dire : c'est peut-être bizarre, mais c'est cent fois moins prévisible que le Lodge Kerrigan ! Scandale ! Bref, j'ai malgré moi choisi mon camp. Kerrigan est sans nul doute un type plus intéressant que Miranda  July, infiniment plus doué aussi sans aucun doute, mais n'empêche... Allez, MOI, TOI ET TOUS LES AUTRES, ça m'a fait rire ! Je sais que les gens vont l'aimer pour de mauvaises raisons sans doute, et je culpabilise, mais il n'empêche, ça m'a fait marrer ! Voilà, c'est dit, ça va mieux !
 
Et puis un film qui dit que l'art, c'est pour les débiles, et que ça ne se fait bien que dans sa chambrette ou dans sa cuisine ne peut pas être totalement malsain !
 
[Parce que ça, c'est être vraiment indépendant. Quant Télérama fait un dossier sur le cinéma des "fauchés" et des indépendants, ça me fait rire. Entre TARNATION, produit par Van Sant, et CAPTAIN SKY ET LE MONDE DE DEMAIN où le réal' sans le sou a fait, dit la légende, son film soi-disant tout seul (quelle que soit la qualité du film, d'ailleurs) mais a quand même réussi à engager Gwyneth Paltrow, Jude Law et Angelina Jolie... C'est louche, non ? En vérité, ces gens-là sont déjà installés. Ce n'est pas du cinéma fauché ou indépendant ! C'est faux : ces deux mecs-là ont déjà reçu le soutien d'investisseurs, et ce sont des pros ! Par contre, si moi je fais un film dans ma cuisine, je peux vous assurer que, même si le scénario est bon, Paltrow ou Law ne viendront jamais tourner dans mon appartement ! Or, MOI, TOI ET TOUS LES AUTRES rappelle quand même que le cinéma, on peut en faire dans sa chambre ! C'est très agréable à entendre... Mais qu'on arrête de nous bassiner avec ces soi-disant petits prodiges venus de nulle part, parce que le système n'a aucune envie de les financer. Ces gens-là sont des pros qui ont réussi à vendre un projet, et non pas des petits génies qui ont réussi à percer avec leurs seuls moyens et talents. Ce qui, d'ailleurs, n'empêche pas que leur film soit bon ou mauvais. C'est un simple constat. Voilà tout.]
 
[Encore une parenthèse. Je ne vais pas vous le dire, mais ce que font les deux garçons de John sur les chat-rooms est... assez hallucinant. Et la conclusion de cette partie du film vaut son pesant de cacahuètes ! C'est excessivement drôle. Je soupçonne Miranda July de n'avoir le fait que pour raconter cette histoire !]
 
Tranquillement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Dimanche 25 septembre 2005

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi

(photo extraite du film MA PATRIE, MA BATAILLE, réalisé par Dr Devo)

Chers Fidèles Lecteurs,
Alors là, on peut le dire en toute modestie : Matière Focale fait un grand bond en avant, comme disait le poète. Aujourd'hui, place à la musique.
Certains de mes vieux lecteurs se souviennent de la rubrique MUSIKA DEGENARATA, rubrique qui existe toujours du reste (voir dans le module CATEGORIES), mais qui est tombée en désuétude, faute d'un docteur assez sérieux pour l'alimenter. Cette rubrique avait été créée pour LA CHANSON DE LA SEMAINE, article récurrent dans lequel je vous proposais de découvrir, par vos propres moyens, des artistes que j'aimais bien. Malheureusement, je n'ai pas persévéré. Grave erreur.
 
Maintenant regardez la photo de Plastic Bertrand [qui a depuis laissé la place à une autre illustration ! NdC] sur la gauche de cette page. Juste en dessous, vous trouverez une petite merveille de technologie : le RadioBlog ! Grâce à elle, vous allez pouvoir écouter de superbes chansons à n'importe quel moment de la journée en visitant ce site. C'est astucieux, et encore mieux, c'est très facile d'emploi. Soit vous positionnez votre souris sur le morceau à écouter. Première méthode. Soit vous mettez votre souris (et vous faîtes un petit clic aussi !) sur le premier morceau. Puis le juke-box focalien passera directement au deuxième et ainsi de suite. Deuxième méthode, ma préférée ! C’est pas beau, ça ?
 
Voici la première fournée de ce Juke-box focalien. Voici ce que je vous ai concocté !
 
Die Tödliche Doris : Kavaliere
Le meilleur groupe du monde, les Marguerite Duras du rock, les Salvador Dali de la musique industrielle. Ces gens sont le plus grand groupe ayant jamais existé. Vous allez comprendre maintenant pourquoi j'ai mis des Kkkkkkk sur toutes mes photos !

William Shatner, avec la participation de Henry Rollins : "I can't get Behind That"
J'adooooore. Le capitaine Kirk a une double vie depuis longtemps. Mauvais chanteur selon lui-même, il fait de la musique, et ce titre est issu de son album HAS BEEN, sorti l'année dernière, très belle chose. Et drôle qui plus est. À mi-chemin entre la chanson et la performance. Très belle entrée en matière (focale, bien sûr). Evidemment, quand vous aurez écouté la chose, vous comprendrez pourquoi les albums de Shatner font hurler de désespoir les fans hardcore de Star Trek !
Ce juke-box a été installé sur le site grâce aux conseils avisés de Mr Cre, dont le blog est en lien sur ce site et que je remercie à genoux, et sans qui j'aurais été incapable de faire quoi que ce soit. Qu'il en soit remercié. Ça  a pris du temps, mais Cre, qui ne me connaît que par blog interposé, a eu l'incroyable gentillesse, et la non moins grande classe, de passer tout ce temps à m'aider, et qu'il en soit remercié ! Allez voir sur son site, parce qu'il est très bien écrit, et allez aussi dans son radioblog, vous pourrez écouter COMMON PEOPLE, non pas l'ignoble ex-tube de Paul Young, mais un autre extrait de l'album de Shatner. C’est une chanson encore meilleure que celle-ci, avec une hénaurme sublime arrivée de... Non, je ne dis rien et je vous laisse découvrir...
 
Einstürzende Neubauten : "Silence is Sexy"
C'est le slow du juke-box. Le célèbre groupe teuton, ici sans marteau piqueur. Très beau. Tiré de l'album éponyme.
 
David Byrne : "Wicked Little Doll"
Ah, David Byrne ! Amour de jeunesse, toujours fidèle... L'ex-leader de Talking Heads s'est depuis longtemps lancé dans le solo, avec plutôt de la réussite, si l’on omet son grisâtre dernier album (GROWN APART). Par contre, pour ceux qui écoutent tous les groupes néo-new-wave (genre Bloc Party ou Franz Ferdinand) : arrêtez ça tout de suite, et allez vous acheter, ou empruntez à votre médiathèque des albums de Talking Heads. Mieux vaut l'original que la médiocre bouillabaisse revivalesque, opportuniste, et marketing bien sûr.
J'avais choisi à l'époque, pour la Chanson de la semaine, une autre chanson de Byrne, issue du même album (FEELINGS). Mais finalement, je choisis celle-là, plus iconoclaste et produite par Mark Mothersbaugh, et les frères Casale qui sont... Allez, je ne vais pas tout vous dire non plus. Disons que ça peut vous faire penser à quelque chose... Sinon, ne pas oublier que Byrne est aussi un génial réalisateur qui n'a fait qu'un film : TRUE STORIES. Et c'est une merveille absolue (dont il faut éviter l'édition DVD américaine, qui est honteusement recadrée !).
 
Laurie Anderson : Example #22
Ah oui ! Là aussi, amour de jeunesse !  Anderson, désormais connue pour être Madame Lou Reed (!!?!), est à la fois performeuse et chanteuse. J'ai beaucoup de mal avec son album STRANGE ANGELS, mais tout le reste est très beau. Ici, c'est issu de son premier album (BIG SCIENCE) où l’on trouve son seul tube, O SUPERMAN, que je vous ferai écouter un de ces quatre. Pour ceux qui veulent tenter de jeter une oreille sur les spectacles "spoken words" de la dame, qui sont renversants, ils pourront louer le bel album THE UGLY ONE WITH THE JEWELS.
 
a;GRUMH : "Drama in the Subway"
Alors là, les gens, là, on touche à mes amis ! Il faut absolument redécouvrir a;GRUMh (ça s'écrit comme ça), les rois belges de la musique industrielle. C’est un groupe toujours intéressant, toujours bondissant d'inventivité et de malice. Sur scène, ce sont de vraies bêtes ! De grands messieurs ! Spécial dédicace à mes amis de Charleroi et des environs. Tiré de l'album NO WAY OUT (1986). Un beau site leur est consacré : ici.
 
Drahomira Song Orchestra : "Singing in the Brain"
Là aussi, c'est chez moi. Grand groupe méconnu, véritable branche musicale armée de l'Institut Drahomira, le Drahomira Song Orchestra (DSO) est composé d'un nombre incertain d'artistes pluri et disciplinaires. C’est protéiforme, mais toujours monstrueusement inventif. Il faut absolument aller voir le site de l'Institut Drahomira, qui est sans doute le plus beau que je connaisse sur le web : ici. Il y a des extraits de leur discographie fleuve, et des extraits de leur films (SU-BLI-MES !) dont des extraits du superbe long-métrage KILOMETRES. Et aussi une section art graphique de toute beauté. Ces gens là sont de très grands, doués en tout, médiocres en rien, dont le manque de popularité en France est absolument SCANDALEUX ! [Note : le son n'est pas dégradé, il est exactement comme ça ou presque sur album ! Vive l'Industriel !]
 
Vomitron : Ghostbuster
Je ne connais rien du groupe Vomitron, mais j'adore leur nom ! [Comme je trouve génial que des groupes qui s'appellent Elvis Hitler, Charles Bronson, Sissi Spacek, L'Eglise Du Mouvement Péristaltique Inverse ou encore Wewie Stonder existent !] Ici, Vomitron est en reprise de la célèbre et splendouillette chanson de Ray Parker Jr. L'exploit est à la hauteur de l'enjeu : ils pulvérisent l'original de très, très loin !
 
Ah ! oui, une dernière chose : décochez l'option crossfader, qui coupe la fin des morceaux ! Et si vous ne voulez pas que ça saute à chaque fois que vous changez de page, utiliser l'option pop-up.
 
Et bien voilà, on a fait le tour. Amusez-vous bien, bonne écoute et n'hésitez pas à réagir dans la rubrique "commentaires", car ça m'intéresse !
 
Hyperement Vôtre,
 
Dr Devo.
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Samedi 24 septembre 2005

Recommander - Publié dans : Musika Degenerata

(photo : "Paradis Perdu" par Dr Devo)

Chères Focaliennes, Chers Focaliens,
 
Mais non, ne vous inquiétez pas, on ne va parler ni de théâtre, ni de Jean-Paul Belmondo.
 
Tiens, quand on y pense c'est assez bizarre. Il y a deux réalisateurs américains dont je cherche à voir les films depuis des années, avec un succès mitigé ! Ce n'est pas faute pourtant d'avoir fait des efforts. Et régulièrement, j'entends mes amis faire de nombreuses éloges à ces deux-là sans que je ne puisse rien y  faire, sauf les croire sur parole et être secrètement jaloux !
 
Le premier d'entre eux, c'est Todd Haynes. Impossible, durant toutes ces années, de voir POISON ou SAFE, ou encore cet incroyable (dit la rumeur) moyen métrage tourné avec des poupées Barbie, SUPERSTAR : THE KAREN CARPENTER STORY (qui raconte l'histoire vraie d’une playmate très populaire qui sombra dans la drogue et la déchéance... le tout avec des Barbies, donc). Non, non, non, ces films-là ne veulent pas arriver jusqu’à moi. Heureusement, j'ai réussi à voir le sympathique VELVET GOLDMINE (plongée dans la musique glam-rock des années 70, un remake de CITIZEN KANE en fait, plutôt sympathique). Mais toujours pas le mythique SAFE ! Puis, j'allais en salles découvrir LOIN DU PARADIS (avec la belle Julianne Moore et le splendouillet Dennis Quaid), mais rien à faire, c'était vraiment pas très bon, le compteur sur le régime "gentille feignasse" du moteur, pas de quoi fouetter un chat, me disais-je, avec ce film de festival juste prompt à financer de nouveau des projets destructeurs et iconoclastes, comme au bon vieux temps, disent-ils, ce bon vieux temps de Todd Haynes que j'ignore donc, faute d'accès aux dits films. Grrr... Et pas de chance. Pas de chance pour moi, et pas de chance pour Todd Haynes qui vit avec LOIN DU PARADIS son plus bel accueil public en France, bien que ce fut assez médiocre. [Note : les réalisateurs iconoclastes ont tendance à mal vivre la présente période, qui les "oblige" à tourner du consensuel et à abandonner leurs projets de départ, à moins que tout cela, finalement, ne soit un choix. L'Europe, et sans doute surtout la France, qui ont coproduit dans certains cas, et / ou soutenu ces réalisateurs dans d'autres, doivent sûrement y être pour quelque chose. Le marché du film art et essai français se standardise à grande vitesse, et il faut bien admettre qu'un film comme SAFE ou POISON ne sortirait sans doute plus dans les années 2000. Gardons cela à l'esprit et continuons.]
 
Pour Lodge Kerrigan, c'est à peu près la même histoire, mais en moins catastrophique : le bonhomme ayant fait trois films seulement, j'ai pu quand même, avec KEANE dont on va parler aujourd'hui, en voir deux, mais là aussi, impossible, après des années d'efforts, de voir son premier film, CLEAN SHAVEN ! Boudiou ! Par contre, j'ai eu la chance de voir à la fin du siècle dernier, et en salles s'il vous plaît, le très beau CLAIRE DOLAN, film superbe et risqué habité de toute part par feu Katrin Cartlidge – Katrin, tu nous manques, même si Jennifer Jason Leigh est toujours vivante. Quel deuil ! Bon, passons. Très beau film que ce CLAIRE DOLAN.
 
Et donc, voici KEANE. Je délaisse, fait exceptionnel, ma carte et MON cinéma Pathugmont, ben oui, et je décide, non de nom, de me payer un carnet d'abonnement de cinq places dans chez le concurrent art et essai, alors que la carte illimitée Pathugmont me coûte presque les yeux de la tête. (C'est intéressant, hein ? Ce soir, je mange de la dorade, au fait). Changement d'herbage réjouit les veaux. Cette fois-ci, c'est sûr, décida-t-il, je ne louperai pas le Lodge Kerrigan ! Et donc, en ce bel après-midi de jeudi, je m'enferme dans une salle dépeuplée.
 
William Keane (Damian Lewis) est un type comme vous en avez sûrement déjà croisé. Vous savez, le genre de gars qui marmonne des trucs à lui-même, qui parle tout seul dans la rue et qui erre dans les lieux publics. Keane est de ceux-là. Non pas qu'il ait l'air complètement cinglé. Mais le bonhomme a un drôle de parcours. [Je livre ici le résumé officiel que j'ai lu partout en préparant cet article, bien que je ne sois pas tout à fait d'accord. Mais on verra qu'il vaut mieux, encore une fois, vous laisser vierges de toute interprétation de ma part, ou alors j'essaierai de la glisser en loucedé dans le fil de l'article !] Il y a quelques mois, Keane a vécu un drame terrible. Alors qu'il avait rendez-vous avec la mère de sa petite fille dans une gare routière, la gamine a disparu, sans doute enlevée. Depuis, Kean erre dans la ville, passe, repasse et repasse encore dans la gare routière qui fut le lieu du drame, essaie de se concentrer, de réfléchir, de trouver ne serait-ce qu'un début d'embryon de début d'indice qui lui permettrait de suivre une piste. Avec un article de journal où l'on voit le visage de la petite fille disparue, il aborde même les passants en leur montrant la photo, mais sans succès. Evidemment. Et puis, très vite, Keane se met à chercher des indices de plus en plus absurdes (bouts de papiers chiffonnés laissés par les passants par terre, par exemple), et à perdre un peu pied, à moins que ce ne fût déjà le cas au moment où le film a commencé. Le petit vélo tourne très vite dans la tête du papa perdu, et ses divagations le mènent dans une ville voisine où il est plus ou moins persuadé de faire avancer sa désastreuse enquête. Après une période d'errance, il fait la connaissance de... Non, je vais m'arrêter là !
 
KEANE fait partie de ces films avec un tournage (plus ou moins) léger, fait "à l'arrachée" comme dirait l'autre, en occupant le décor de la ville de manière sauvage, semble-t-il. À la Cassavetes, pour ainsi dire. Système D. C'est le parti-pris esthétique que choisit Lodge Kerrigan, partant du principe, sans doute, que le procédé sied probablement bien au portrait de cet homme à la dérive. Le métrage est donc filmé avec une seule caméra (très bien, c'est toujours une bonne idée, ça !), et à l'épaule. Et Kerrigan ne croit pas si bien dire, en quelque sorte. Puisque c'est non seulement du filmage à l'épaule (avec des plans quelquefois assez longs, et des coupes cut marquées), mais aussi, si vous me permettez, un filmage de l'épaule. On colle littéralement aux basques du personnage, cadré quasiment tout le temps de trois quarts dos (ou approchant) avec quelques profils. Le processus est obsessionnel. Keane déambule, s'agite, cogite, généralement calmement mais frénétiquement (ce n'est pas forcément un paradoxe), et on suit le fil de ses obsessions, non pas en temps réel bien sûr, mais avec un sens assez prononcé du temps en forme de no man’s land. Il marmonne, réfléchit à voix basse et commente sa réflexion.
 
Et c'est bien là le problème, dans un premier temps. Ben oui, on a un peu la désagréable sensation que le monologue de Keane vient un peu expliquer sa démarche (pour nous spectateurs en quelque sorte), Kerrigan ayant choisi de ne pas faire de voix-off intérieure. On est donc dans une espèce d'entre-deux, avec d'un côté un filmage plutôt terre à terre, naturaliste en quelque sorte (mais pas tout le temps, j'y reviens tout de suite), et cette voix en forme de commentaire, très fabriquée. On voit bien le but du réalisateur. Nous perdre, en insufflant une espèce d'errance quasiment fantastique, dans les faits, car la réflexion du personnage est complètement absurde. Par contre, et c'est un paradoxe, le jeu d'acteur semble tendre vers un certain réalisme, pas fantastique du tout. Et surtout, ce sont ces marmonnements qui me dérangent, car trop facilement assimilables à un "truc" facile en quelque sorte pour ne pas ennuyer le spectateur, et surtout pour lui faire comprendre ce qui aurait été très difficile à expliciter si le personnage ne parlait pas à voix basse. Du coup, la réflexion se fait par le monologue, et non pas (ce qui aurait été très difficile à faire, mais carrément passionnant) par la mise en scène. Non pas que le procédé paraisse arrogant. Juste facile, en quelque sorte. Trop lisse peut-être. Ceci dit, certaines choses marchent plutôt bien, notamment cette impression physique très nette (dans la construction du film et non dans l'interprétation, ce qui est assez malin), que le personnage est sorti de sa vie, et surtout vit "au dehors". L'utilisation des toilettes publiques dans le film marche très bien de ce point de vue. Et si je n'aime pas du tout la séquence où il descend du bus (trop symbolique, avec son petit tunnel final, trop attendue de manière générale), celle-ci (cette séquence) a l'avantage de faire passer une très belle idée, pas réaliste pour un rond, et même joliment fantastique : celle de la parka violette (vous verrez). Autre défaut à mes yeux, même si le mot défaut est un peu fort (disons que le procédé me laisse sur la faim, qu'il n'y a pas grand chose à manger point de vue mise en scène), l'absence presque totale d'échelle de plans (puisqu'on est toujours en gros plan ou en plan rapproché) et le cadrage. Les plans de trois-quarts saoulent au plus haut point. Et d'ailleurs, les plans de face, plus construits, même si toujours tournés à l'épaule, sont plus intéressants, en plus d'avoir l'avantage d'aérer la mise en scène de cette première partie (assez longue d'ailleurs). Faut-il vraiment avoir une mise en scène fermée pour décrire l'enfermement ? Faut-il vraiment se passer de spatialisation et de contrechamps (contrechamps qui auraient pu aussi être absurdes, ce qui aurait servi le personnage) ?
 
Première partie claustro donc, sur un ton volontairement monocorde. Ça marche quelquefois, soyons honnêtes. Notamment dans les béances, voire les incohérences du personnage et de son parcours passé (hors-film). [Ces incohérences sont assez belles parfois, et surtout complètement assumées. Voilà pourquoi je ne suis pas du tout d'accord avec la façon dont la presse a résumé l'intrigue du film, comme je vous le disais tout à l'heure !] Dans la deuxième partie, après une transition en forme de légère décadence (car le film joue assez avec une espèce de suspense quant à la condition matérielle de Keane : a-t-il assez d'argent, va-t-il prendre son ex-femme en pleine poire, est-ce un gros drogué, est-il en train de sombrer, etc.), on s'installe dans une seconde partie plus posée et plus découpée, même si elle est toujours légèrement glauque-amère. Évidemment, c'est dans cette partie, dans l'hôtel, que se joue la seconde variation du film, et  c'est là que va se nouer l'enjeu. Le film semble alors légèrement contredire, ou plutôt surprendre, la première partie, ne serait-ce, tout bêtement, que parce que d'autres personnages apparaissent enfin, je dois le dire à mon grand soulagement. Les plans rapprochés sont toujours favorisés, mais avec, je le disais, un montage plus ferme, moins centré sur le travail de l'acteur lui-même, qui frôlait d'ailleurs le dustinhoffmanisme en première partie, et qu'on retrouve là, plus présent, et en quelque sorte plus sobre, moins sur la performance (comme une des plus mauvaises scènes du film : celle du bar, qui aurait mieux fait de rester à l'état de rushes, mais que voulez-vous, il faut toujours une chanson populaire dans un film art et essai !). On comprend vite, dans cette deuxième partie, à quelle sauce on nous mange, et où vont être les pierres d'achoppement sémantiques du film.
 
[Mon Dieu ! Les pierres d'achoppement sémantiques ! Appelez l'ambulance, s'il vous plait !]
 
Au final, curieusement, on se retrouve avec un film assez naïf. Une sorte de belle histoire, logiquement développée. On n'est pas du tout en plein trekking cinématographique, mais sur un sentier de moyenne randonnée, et on sent, tous les cinq cents mètres, ou à chaque fois qu'on va prendre un virage, la petite balise qu'on a tracé à la peinture rouge sur les petits panneaux, à peine masqués par la végétation alentours. Et c'est peut-être là, aussi touchante que soit l'histoire, que le bât blesse. D'abord parce que la mise en scène, même si elle change quelque peu de tonalité au fil du métrage, reste en deçà. D'abord en deçà de l'acteur, dans la première partie, véritable motivation du film. C’est lui le sujet du film (je dis bien du film, pas de l'histoire ! On appréciera la nuance !). La mise en scène ne fait que le suivre, très naïvement. Dans la deuxième partie, cette mise en scène est cette fois inféodée à mon vieil ennemi de toujours : le scénario... qui n'est pas exécrable d'ailleurs, loin de là, notamment parce qu'il joue sur des suspenses rendus fantastiques car mi-allégoriques mi-réels (exemple : la maman est-elle partie ?). Mais c'est le scénario qui mène la barque, quoi qu'il arrive. Et la mise en scène suit, soumise au possible, sans qu'il ne se passe quelque chose (dans le montage par exemple) qui la rende judicieuse ou signifiante pour elle-même.
Aïe ! On est donc assez loin de ce petit vent subjectif (que j'appelais fantastique tout à l'heure) qui semblait souffler de temps à autres. Le couperet est assez lourd : on est en plein Cinéma du Réel ! Oh bien sûr, par la petite bande, par le prisme assez arty, assez rough du cinéma indépendant. Mais ça reste du cinéma du réel, pas le moins bon d'ailleurs, mais avec toutes ces limitations, notamment esthétiques et grammaticales (cinématographiquement parlant s'entend !). On reste dans un nuancier fait de plusieurs couches de la même couleur, mais sans vraiment utiliser toute les possibilités de la palette. Il est évident que Kerrigan en a sous le pied. C'est donc terriblement décevant. Ce n'est certes pas l'incommensurable bêtise de LA CHAMBRE DU FILS, et Kerrigan avance en territoire plus subtil. Mais intrinsèquement, on est peut-être dans le même type de cinéma, un cinéma où l'émotion passe d'abord par le scénario, c'est-à-dire par les idées sémantiques et narratives signifiantes sur le papier, et après seulement, une fois que scénario a été servi à pleine gamelle, quelques miettes pour la mise en scène elle-même, et au sens large (montage, son, cadrage, direction artistique...). Et dans un troisième temps, au bout du compte, on se rend compte, comme disait la poète, que la mise en scène n'est même pas passée au second service (Ohlalala, ça c'est Paris ! De la métaphore dans le filet, s'il vous plait !) : elle a été affamée !
 
Je ne sais pas ce qui est vraiment en train de se passer dans le cinéma indépendant. Mais ça ne va pas bien. Tout le monde, notamment aux USA, et notamment les réalisateurs les plus singuliers, se lancent dans une espèce de processus de simplification et d'épure qui est souvent la marque d'un reniement light de leurs propres talents de mise en scène. Sur le fil, ça peut marcher, à l'exemple de BROKEN FLOWERS qui, ceci dit, est incroyablement plus fainéant et moins abouti que les autres films de Jarmusch.  Mais il semblerait bien que les indépendants (terme que je n'aime pas d'ailleurs, car c'est un critère économique, comme on dit "art et essai"), ou disons les iconoclastes, soient en train de se perdre gentiment (Jarmusch), ou, comme Todd Haynes et son LOIN DU PARADIS, complètement.
 
Finalement, Gus Van Sant, avec LAST DAYS, petite chose certes mais quand même, est celui qui s'en sort le mieux. Rappelons que ce film, comme je l'avais écrit, est une comédie sombre, mais une comédie, et surtout que ce film avait une béance vraiment fantastique pour le coup (pas d'apparence, comme ici). Sa construction était basée, pour le meilleur et pour le moins bon, sur la mise en scène, bon sang de bois, la mise en scène. Et quelques scènes étaient formidables du coup, comme par hasard. Parmi ces béances, citons la scène avec le Velvet Underground (même si c'est toujours un coup gagnant et sans risque, c'était bien vu et bien amené), la scène de "confession" de Lukas Haas, ou celle de la composition des boucles musicales. Au moins, il y avait ça, et au moins Van Sant (ce qui n'est pas toujours le cas chez lui !) domestiquait son scénario, jouait avec et le faisait rentrer dans sa niche.
 
Et aussi, comment ne pas penser à Todd Sollondz qui, cette année, dans son merveilleux PALINDROMES, un des trois ou quatre grands films de l'année rappelons-le, malgré un scénario très présent et sans doute moins de moyens en tant que metteur en scène, arrivait à nous pondre quelque chose de beau et d'inédit.  Et bien, entre les deux, Kerrigan et Sollondz, il y a un gouffre qu'on peut juger sur ces récentes pièces. Il y a quelque chose en train de pourrir, je vous dis. Un type comme Kerrigan, qui se standardise à ce point, après CLAIRE DOLAN quand même, ce n'est pas bon signe. D'ailleurs, KEANE est un film, je cite, "France Inter". CQFD ?
 
On se cotise pour acheter un recueil de Mallarmé à Kerrigan ?
 
Sublimement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Vendredi 23 septembre 2005

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi

Bonjour Les Amis, petits et grands!

Un peu de maintenance, pour commencer. je le fais rarement, mais de temps en temps tous les deux trois mois, pour les nouveaux qui débarquent !

Un petit mot d'abord pour vous dire que, s'il n'y a pas d'articles aujourd'hui, vous pouvez toujours aller vous perdre dans la rubrique INDEX où vous trouverez la liste des anciens articles, il y en a sûrement un que vous n'avez pas lu mais qui vous plaira !

On peut trouver aussi dans la rubrique LIENS de jolis sites séléctionnés dans les meilleurs plantations, pas des sites qu'on vous propose dans la devanture des magasins, mais vous savez, des sites que, comme Jacque Fabre, il y a quelques années, je suis allé chercher pour vous, directement chez le producteur, et encore dans le fond de l'arrière-boutique, là où il cache ses meilleurs sacs. Il y de tout : du cinéma sympa, de la critique radicale (et délicieuse), de la musique à écouter, des arts graphiques, des extraits de films sublimes et inconnus, des saxophonistes en robes de soirée absolument merveilleuses, des théories sur l'invasion des extra-terrestres, des analyses de religons qui n'existent pas, des sultans turcs ou présumés tels, des samples de C. Jérôme à vous faire pleurer d'émotion, de la musique croate, des patates de la musique industrielle, des analyses économiques du marché de la lunette de toilettes, etc. Qui dit mieux ?

Moi ce que j'aimerais, c'est ne pas louper d'articles ? Ça se comprend ! Abonne-toi à l'option NEWSLETTER, tu recevras des infos (pas souvent) et surtout tu seras averti par mail à chaque fois qu'un nouvel article sera posté ,et ce, quasiment en temps réel !

Tu veux laisser ta marque indélébile sur le site ? Facile ! Clique sur la photo de Plastic Bertrand et dépose-toi sur la joli mappemonde / livre d'or !

Est-ce qu'ils ont déjà évoqué  Mireille Matthieu sur ce site ? Ont-ils déjà parlé de  CHAPEAU MELON ET BOTTES DE CUIRS ? A-t-on déjà fait allusion à mon réalisateur préferé ?Comment trouver tous les articles écrits par le Shériff ? Comme vous le savez, sur ce site, on pratique le jeanclaudebrialisme, et on cite à tous vents le plus de noms et de titres possibles, comme font tous les incultes du reste (que nous sommes). La fonction RECHERCHE est là pour vous aider. Ça marche comme un moteur... de recherche ! c'est bien foutu, hein ? Tout ça, c'est du pensé, du réfléchi !


Hahaha, ma tante Jeanette, si elle lisait ce site, elle s'ennuierait moinst! Pas de problème, utilise la fonction RECOMMANDER qui te permettra de lui envoyer un petit message personnalisé rien que pour elle. Chic, non ? [Bon, je devrais pas le dire mais cette option marche aussi parfaitement de manière anonyme ! Faites découvrir ce site à vos meilleurs ennemis !]

Comme les journées sont trop courtes en ce moment ! Ça file, ça file, et on ne voit pas les semaines défiler. Aujourd'hui encore, pas le temps de faire un bel article complet.

Et vous savez comment ça se passe dans ces cas-là. On va jouer.

Donc, voici le Grand Jeu du Film Mystérieux N°19 déjà, quand je vous dis que le temps passe vite. Il s'agit de reconnaître les photos, c'est-à-dire de dire de quels films elle sont extraites. Pour cela, appuie sur le lien commentaire, là, juste en bas, et donne ta réponse.

Oui, mais c'est pas juste! avec des fêlés de ciné, genre Le Marquis ou Bernard RAPP, j'ai aucune chance de gagner moi ! Rassure-toi, gentil lecteur qui se sous-estime, le jeu est aussi pour toi. On adore tous spéculer et rêver. Alors lâchez-vous ! Essayez d'imaginer à quelle époque a été tourné le film, dans quel pays ? Essayez d'inventer des courtes histoires, des synopsis, ou des résumés de films imaginaires où ce plan irait parfaitement bien ? Allez-y par déduction, posez-moi des questions pour avoir des indices, etc... Comme disait un groupe de poètes célèbres: "No, No, No, No, No, No, There's No Limit !".




Diapo 1901: Le numéro de la diapo est-il aussi celui de l'année où le film se passe? Je vous laisse juge... Bon, comme d'ab, la première photo c'est l'échauffement.





Diapo 1902 : Ohlalala ! On dirait chez moi ! Même si je suis pas une jeune fille, je partagerais bien cet appartement ! il y a de la place pour toute la famille. J'adore cette scène et j'adore cette actrice...





Diapo 1903 : Ce Blog est trop petit pour nous deux ! En tout cas, il faudra trouver le titre. Allez, un indice, car je suis de bonne humeur : il y a un petit piège, d'une part, et d'autre part, j'ai fait exprès de recadrer la photo pour une raison précise... Mais attachez-vous surtout au premier indice...


Ben voilà, on a fait le tour. Allez, à vous de jouer les petits Mozarts !


Dr Devo

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Jeudi 22 septembre 2005

Recommander - Publié dans : Ethicus Universalis

(photo: "Bist du traurig ?" par Dr Devo)

Chères Dames, Chers Sirs,
 
Bon, il faut annoncer la couleur tout de suite. Tout d'abord, il va être assez difficile de parler de ce film de manière complète. Je ne savais pas du tout le sujet avant de le voir, et je l'ai emprunté à la médiathèque locale à cause des acteurs, Karen Black et Donald Sutherland, que j'adore tous les deux, sans savoir véritablement où je mettais les pieds, intrigué quand même par le titre certes, mais aussi par l'affiche originale, à la fois drôle, grotesque et inquiétante, mélange de nuances assez inattendues. Quel film pouvait oser se vendre avec une telle affiche ? Ça sentait gentiment le singulier. Et d'une. Deuxièmement, il va falloir vous prévenir : si jamais vous avez le DVD entre les mains (publié chez MGM, qui nous ressort de temps en temps des raretés oubliées sur un coup de tête), surtout, par pitié, surtout, ne lisez pas le résumé en quatrième de boîtier ! Il annonce un flash-back qui n'existe pas dans le film, et dévoile la fin. Une de ses qualités est sa propension à dévier lentement et à devenir autre chose, à s'imposer de manière inédite. Faire un article sur ce film sans dévoiler la dernière partie va être très dur. Mais je ne peux rien vous dire, et vous me remercierez à genoux, le jour où vous verrez le film, de ne pas vous avoir dit de quoi il en retournait, et d'être arrivés devant ce film comme l'agneau qui vient de naître. Même si l'intrigue ne dévoile pas de secret révélateur à la SIXIEME SENS, il faut faire le parcours du film, qui dialogue souvent avec le spectateur, et savoir la fin avant de le voir peut être désastreux car la posture de l'histoire et de la mise en scène est incroyablement gonflée, franche et hénaurme. Il faut rendre à ce film cette volonté de tout risquer sur le dernier coup de dés, et ce pari de proposer une telle conclusion qui ose affronter le ridicule, ou disons, qui prend le risque de l'être. Devant "l'incroyabilité" (je fais une faute qui est à la hauteur de cette fin, croyez-moi) de la dernière partie, il faut être vierge, s'y confronter et décider soi-même si cela est grotesque ou pas (ça paraîtra ridicule, mais on peut dépasser cette première impression et atteindre ainsi la sève du projet). Et puis, le film perdrait un enjeu considérable et sombrerait dans le syndrome du "bonnet de nuit" cher à Isabelle Huppert. Savoir le contenu de la fin, même vaguement, aplatirait votre vision du film et gâcherait les ouvertures nombreuses et constantes qu'il propose. Vous verrez, vous me léguerez entièrement tous vos biens par testament lorsque vous verrez le film, tellement vous serez reconnaissants à l'égard de Matière focale de vous avoir évité cette erreur fatale.
Quant à MGM qui ose mettre un tel résumé sur le boîtier de son film, c'est surréaliste ! Soit personne ne l'a vu depuis longtemps à MGM France, soit ils se foutent complètement de rendre à ce film son aura fabuleuse (et donc, ils s'en foutraient dans cette hypothèse de vendre ou pas le DVD, ce qui est assez plausible vu l'anonymat dans lequel le film est sorti). Et d'un geste majestueux du pouce, il appuya sur la touche ENTER, signalant ainsi un nouveau paragraphe qui marquerait à ses lecteurs que l'introduction, aussi délicieuse soit-elle, était bel et bien finie.
 
"Résumé", conclua-t-il dans sa tête.
Les années 30. William Atherton (acteur que je ne connaissais pas, vu aussi dans SUGARLAND EXPRESS de Spielberg) débarque à Hollywood. Il a été engagé par la Paramount, au département de Direction Artistique. Artiste graphique de talent et observateur attentif, il intègre une équipe de 5 ou 6 autres dessinateurs. Ils sont chargés de faire des dessins préparatoires qui serviront de bases pour les décors, les costumes, le cadrage et le look global des futurs films. Paramount, via l’un de ses producteurs exécutifs (John Hillerman, plus connu pour avoir joué le rôle de Higgins dans la série MAGNUM, ben oui, et ici très bon, avec une voix totalement douce, c'est étonnant), a embauché ces 6 dessinateurs mais n'en fait travailler qu'un à la fois (!), les autres s'occupant à faire des mots croisés dans leur bureau et à s'ennuyer ferme en étant payés à rien faire. [C'est l'Hollywood de l'âge d'or, industrieuse, surpuissante et ne rechignant pas à la dépense.]
William s'installe donc dans un petit regroupement de maisons-appartements, du style de ceux qu'on voit dans le MULHOLLAND DRIVE de David Lynch. Ce lotissement est uniquement occupé par des acteurs ou performers venus à Hollywood pour faire carrière : un vieux nain, une maman qui pousse son petit garçon de 10/11 ans à devenir la nouvelle Shirley Temple (horrible mais fabuleux personnage), vielles actrices à la retraite, etc. On croise même un couple d'esquimaux venus faire des extras pour NANOUK, et qui depuis sont restés là ! William fait aussi la connaissance de Karen Black, une belle fille blonde,  apprentie actrice qui fait de la figuration en attendant de décrocher un rôle, et qui vit avec son père, légèrement alcoolisé, ex-performeur de music-hall au chômage, et qui en est réduit à faire du porte à porte dans les villas luxueuses de Hollywood pour vendre des produits miracles ! [Rôle tenu par l'excellent Burgess Meredith, plus connu, malheureusement, pour avoir été l'entraîneur de Stallone dans la série des ROCKY !]. William tombe immédiatement amoureux de Karen, pourtant frivole et superficielle (tout le contraire de lui), grande flirteuse devant l'Eternel, mais qui refuse toujours les avances des garçons.
La chance ne tarde pas à tourner pour William, qui décroche rapidement sa première mission importante à Paramount : préparer la direction artistique du prochain Cecil B. DeMille, un film sur Waterloo...
 
LE JOUR DU FLEAU (en VO, THE DAY OF THE LOCUST, soit le jour de la sauterelle, parabole biblique plus ambiguë !) décrit avec une force certaine, sans vraiment en avoir l'air, le Hollywood omnipotent de l'époque, grand vecteur de rêves et bien sûr grand briseur d'espoirs. À travers le personnage de Karen Black, on découvre l'archétype de ce rêve que le réalisateur John Schlesinger décrit avec un talent littéraire quasiment, mais sans oublier de faire de la mise en scène, plutôt soignée, voire luxueuse. La première partie du film se déroule donc sur un ton plutôt doux, jouant un peu, mais sûrement, l'air de la nostalgie de l'âge d'or, et du rêve hollywoodien qui sommeille en chacun de nous. Après une ouverture assez majestueuse sur un plateau de tournage, Schlesinger, chose assez étonnante avec ce prédicat, dresse un portrait plutôt réaliste et pas forcément féerique de ce microcosme. Il préfère curieusement, donc, évoquer la vie quotidienne et banale de ces apprentis d'Hollywood, plutôt que de tresser les mailles dorées de la fascination qui sied souvent à la description de l'Usine à Rêves.
Karen Black, ou plutôt son personnage, est haute en couleur. En attendant de décrocher le rôle de sa vie, elle est dans la vie comme elle sera peut-être à l'écran, c'est-à-dire une sorte de pré-clone de Marilyn Monroe (le cliché de l'actrice blonde, et je parle ici du personnage de Marilyn plus que de la femme, justement !). Schlesinger fait bien les choses. La chronique de ces petites mains d'Hollywood est douce-amère, très légèrement ironique, et on sent bien qu'il suffirait de peu pour que le vernis se craquelle et dévoile une face plus morose. À travers la découverte du métier par William, on découvre aussi, mais seulement en surface, les occupations du tout-hollywood (nababs comme acteurs ratés), notamment la visite assez surréaliste et feutrée d'une très chic maison close dont on préfère ne pas imaginer d'où viennent les girls !
La mise en scène est donc soignée, avec une jolie photo et une très chouette direction artistique (un miroir en forme de cercueil par exemple), discrète mais personnelle.
 
Et puis il arrive quelque chose de très surprenant. Un personnage, Homer Simpson (!) (interprété par Donald Sutherland) arrive malgré lui dans le film (dans le rôle d'un ancien comptable, très éloigné des milieux du cinéma). Et là, en quelques plans, le film bascule, sans rien brusquer, dans une tonalité qui ne sera plus douce-amère. La séquence où Sutherland apparaît tire dans deux sens opposés (on ne sait pas s'il est en train de se faire arnaquer, et ce qui est véritablement en train de se passer). La scène suivante, incroyablement montée, toute en ellipses, fabuleusement impressionniste, installe comme mètre-étalon la tristesse et l'existence rongée de solitude de ce personnage. Indubitablement, le film a changé de ton. Enfin, une troisième scène (celle du feu de bois, avec son cow-boy de rodéo), bizarrement construite sur une série de plans rapprochés et frontaux, fait entrer définitivement cette fêlure presque fantastique  dans le métrage. C’est très impressionnant.
 
Le film a basculé dans une immense tristesse certes, mais il reprend quand même son cours. Sutherland s'incruste, plus ou moins malgré lui, dans le métrage, pièce rapportée qui en principe n'a rien à faire là, vampirisée par Karen Black. Le vernis ne cache plus vraiment la véritable identité de ce microsome : des gens qui finiront sans doute sur une voie de garage, ou qui le sont déjà, sans qu'on quitte cette douceur triste, à la différence près qu'on devine dans les interstices que ce film construit,  dans les ellipses générales de la narration et dans les visions subjectives de ce petit monde à travers le regard de William (le seul à réussir dans le bizness), que c'est un univers bien dur, même si feutré, cet Hollywood, espace de fascination aussi populaire et global que le nombre d'élus est désespérément minuscule face au nombre d'appelés.
Le vernis se fendille, la situation des personnages, sentimentale et professionnelle, n'est pas facile, les heurts sont nombreux, et malgré tout rien ne semble déstabiliser la marche tranquille et certaine des candidats motivés, et aussi de l'Industrie Cinématographique elle-même, qui tourne à plein régime. Rien ne semble, malgré les épreuves, atteindre cette bulle, ni la rudesse du climat social américain de l'époque, ni la politique chahutée de ces temps troublés. Les Etats-Unis sont une chose, mais Hollywood n'est qu'un état indépendant, une enclave dorée.
 
On est bien loin cependant des cycles de fascination / décadence fitzgeraldien  et tavianesque du style DERNIER NABAB, tant c'est le quotidien, banal mais pas forcément tranquille, qui est décrit ici, de manière, il faut bien le dire, pas forcément naturaliste, le film ouvrant notamment des béances énormes derrière les ellipses, comme par exemple cette séquence proprement ahurissante de radio-évangélisme qui débute, comme souvent les grandes scènes de ce film, comme une séquence onirique, alors que nous sommes en pleine réalité, subjective certes, mais palpable et tranchante comme un rasoir. Pas de fascination nostalgique chez Schlesinger, mais un sens aigu d'une certaine violence, encore une fois feutrée, anodine, où le grotesque, la passion, et la vie simple se mêlent naturellement. Pas non plus de scénario dans le style "grandeur puis décadence du grand Hollywood", même si on en est, théoriquement seulement, très proche. C’est bien plus fin que ça, beaucoup moins pétri de l'hollywoodisme de ce genre de films, et incroyablement plus touchant. Exit donc les Altman et les Taviani.
 
Et puis il y a cette hallucinante dernière partie, parce que la sauterelle est dans le fruit, si j'ose, ce fabuleux retour de boomerang qui donne à ce film pas vieux certes (mais bon, déjà trente ans quand même !), une incroyable actualité. Fascination de la masse (dans laquelle le film souligne avec nuance que les travailleurs d'Hollywood, comme les spectateurs, en font partie... Quelle intelligence !), dérapage de la Société dans son entier, tout y est. Le grain de sable finit par révéler ce qu'est NOTRE société, détruisant le mythe de la bulle, et l'heure absurde des comptes vient avec une logique malheureusement implacable, révélant ce que sont nos sociétés développées : fascination du spectacle, horreur intrinsèque du groupe dévorant l'individu, et consommation au final, même si le mot n'est jamais prononcé. La société est anthropophage, le Groupe est construit sur une bestialité non-humaine, ou trop humaine, et une situation inattendue de tension fait ressortir non pas nos instincts les plus bas (puisqu'il s'agit quand même un peu de ça), mais nos propres fondements, notre nature intrinsèque ! Quelle horreur ! L'incident nous dévoile, chacun pour sa peau, et dévoile deux vérités encore plus grandes, et d'une lucidité terrifiante, deux scoops en somme : nous sommes fondamentalement fascistes et totals, d'une part, et d'autre part, l'artiste dit ce qui est en train d'arriver, ou plutôt ce qui va arriver, sans forcément s'en rendre compte. Il ne dépeint donc pas le milieu qui l'entoure (cinéma du réel, mon beau cliché) mais bien malgré lui le futur le plus inéluctable ! Tout était vrai, mais nous lisions la partition à l'envers, confondant le début avec la fin. Hollywood, société du spectacle, c'est bien et définitivement chez nous à Hollywood, chez nous en Amérique : corruption, écrasement de l'individu (notamment le rôle fabuleux de cette femme avec des lunettes dans la scène finale, qui apporte la nuance sans en faire un message, sans complètement insister, comme en passant pour ceux qui ont encore envie de voir malgré le chaos ; le personnage le plus anonyme du film (c'est une figurante du film de Schlesinger) mais aussi l’un de ses plus importants), vols, meurtres, tu tueras ton prochain pour t'en sortir, guerre, totalitarisme en prévision, etc. Le Mal est absolu et technique.
 
La force du JOUR DU FLEAU est absolument fabuleuse, non pas qu'il nous écrase et nous ratisse comme un gigantesque rouleau-compresseur, mais parce qu'au contraire, il pique une simple aiguille à l'exact endroit du cœur, dans cet atome abyssal, ce trou noir que laisse la Masse dans l'individu. C'est l'Apocalypse avec la précision d'un chirurgien.
Tous les risques sont pris par Schlesinger, poussant son désespoir dans les derniers retranchements, offrant un film finalement baroque, outrancier, prenant le risque du ridicule, de l'absurde et de la logique, jusqu'à détruire physiquement le film (c'est montré à l'écran !), dans une mise en scène de plus en plus iconoclaste. C'est, en fait, la définition même du cinéma du réel, le seul qui vaille, le seul vrai cinéma du réel : celui qui prédit (j'insiste), celui qui défigure, reconstruit, déconstruit et jamais ne dépeint, celui qui touche à la composition même du cœur humain ou de l'âme humaine.
 
La mise en scène est à la hauteur de l'enjeu. La photographie de Conrad Hall est très belle, notamment en extérieur, et même d'un soin maniaque sur certaines séquences (celle du radio-évangélisme, par exemple), le cadre est sublime et souvent original. Le son avance tout en nuances, et encore une fois, le montage, diaboliquement efficace avec ses airs de ne pas y toucher, révèle de superbes ellipses. C'est vraiment un travail passionnant et passionné. Quant à la dernière séquence, elle est extraordinaire, complètement ahurissante, sans doute l’une des scènes les plus sauvages du cinéma. C'est un moment extraordinaire, d'une puissance folle, qui vous touche, incroyable paradoxe, au plus profond de votre intimité de spectateur. Il est même étonnant que ce film, rien que pour cette séquence, ne soit pas cité plus souvent. C'est d'une noirceur extraordinaire, bien rare dans un film de studio.
Schlesinger est un esthète, on le savait à travers son très beau mais inégal LES ENVOÛTÉS (avec Martin Sheen, film aux cadrages et au son très travaillés). Je ne jugerai pas ici son MACADAM COWBOY que j'ai vu étant très petit, et qu'il faudrait regarder une nouvelle fois avec des yeux adultes. C'est aussi un très bon directeur d'acteurs. Les acteurs vont très loin, tout à tour nuancés ou outranciers, toujours dans un travail au scalpel. William Atherton est très bon, et son visage dans la dernière séquence sera imprimé sur votre rétine pendant pas mal d'années. Karen Black, une fois de plus, est extraordinaire. Là aussi, rengaine connue, il faudrait quand même lui rendre hommage et reconnaître cette femme comme une des plus grandes. [Elle était très bonne aussi dans le dernier film dans lequel je l'avais vue, le beau HOUSE OF 1000 CORPSES réalisé par le hard-rockeur Rob Zombie !]. Bref, LE JOUR DU FLEAU, terriblement humaniste, est très éprouvant, certes, mais c'est effectivement un film dont il ne faut surtout pas faire l'économie. Un grand film.
 
[Curieusement, George Romero semble avoir vu le film, véritable cousin, curieusement, de son ZOMBIE réalisé quatre ans plus tard. C'est particulièrement flagrant dans certains enchaînements de plans, et dans certains cadrages.]
 
Apocalyptiquement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Mercredi 21 septembre 2005

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi

(photo: "George et Lewis" par Dr Devo)

Chères Scrutatrices, Chers Scrutateurs,
 
L'actualité nous porte bien évidemment vers l'Allemagne. Et donc, par voie de conséquence, vers Christoph Schlingensief, dit Le Superbe par nos propres services, puisque nous l'avions déjà signalé en parlant de son superbe UNITED TRASH il y a peu.
Schlingensief, bien sûr, fut la révélation de cet Etrange Festival 2005. Distribué nulle part ici, même pas en DVD (c'est un scandale total bien sûr, on y reviendra), inconnu de tous sauf de notre collaborateur Tournevis (dernier article en date ) qui avait été bien étonné d'entendre parler de l'Iconoclaste sur Arte, je crois. Arte, la chaîne galico-prussienne qui, si j'ai le temps et le courage, devrait également en prendre pour son grade d'ici la fin de l'article.
 
Admettons que tu sois trop fatigué pour lire l'article sur UNITED TRASH, et bien tant pis pour toi. Va jeter un œil quand même sur les derniers paragraphes pour avoir une idée. Ce film nous avait lessivés, certes, mais émus (et fait rigoler !). La mort de Robert Wise l'autre jour m'a fait naturellement penser à LA MELODIE DU BONHEUR, film avec lequel j'ai un rapport ambivalent, quelles que soient ses qualités ou pas, mais immédiatement, je repensais à cet incroyable reprise, dans UNITED TRASH donc, d'un des morceaux (et de sa séquence !) les plus édifiants du film de Wise, à savoir EDELWEISS ici repris en instrumental et au tuba. Brrr... J'en ai encore froid dans le dos.
 
Le petit Schlingensief est un prolifique, on peut dire.13 films en 20 ans, c'est pas mal, et à voir le bonhomme qui était présent lors de l'Etrange Festival, on pouvait se douter que le petit vélo intérieur tournait sans cesse, promesse de nouveaux projets.
Son dernier film, FREAKSTARS 3000, a fait couler pas mal d'encre et de salive outre-alsace, et on peut l'imaginer sans problème au simple énoncé du principe du film. C’est à la fois un documentaire et mockumentaire comme disent nos amis anglo-saxons, c'est-à-dire également une parodie de documentaire, sans le dire.
Dieu que j'exècre le documentaire. Pour une seule et simple raison. En effet, pourquoi le documentaire ne serait pas mis en scène, c'est-à-dire fait avec : du montage, du jeu sur le son, de la musique, et surtout avec différentes prises, et, encore plus, avec du montage ? Bref, pourquoi le documentaire, injustement raccroché au "cinéma du réel", ce pieux et vénéneux mensonge, n'est-il jamais mis en scène, à une poignée d'exceptions près (Peter Watkins notamment, ou le très beau ENQUÊTE SUR LE MONDE INVISIBLE) ? Ben parce que c'est comme ça, mon gros bêta, serait-on tenter de répondre. Evidemment, la coutume n'est jamais un principe juste, et je reste sur ma faim. Les documentaires sont en général d'une indigence cinématographique absolue, et au mieux sont montés avec une certaine indigence. Alors évidemment...
Une parenthèse ici. Tout le monde s'est réjoui des films "légers", tournés à l'arrachée, de Cassavetes à Von Trier. Incursion du documentaire dans le cinéma, avec de belles remontrances à ceux qui auraient osé faire le contraire (rappelons notamment les cris épouvantés des Gardiens du Temple au début de la vidéo lorsque les documentaristes voulaient abandonner le support pellicule). Du coup, des années plus tard, c'est-à-dire maintenant, le documentaire n'est quasiment plus rien. À part les journaux qui sont tout contents de voir des "docs" sortir sur grand écran depuis l'effroyable succès de ÊTRE ET AVOIR, force est de constater que le genre, à force de camper sur ses positions théoriques, a pourri jusqu'à l'os. Notamment parce que le genre est un des musts de la télévision (c'est un genre populaire). Au final, le documentaire est devenu... du reportage ! Du reportage télé ! Belle ironie. Et les documentaristes, pour survivre, sont obligés de prévoir le pire, c'est-à-dire des versions de 52 minutes de leur reportage d'une heure et demi. À vouloir protéger le temple saint, le doc est maintenant un espace soumis de déchéance. Les documentaires sortent en salles, certes, mais ils se ressemblent tous ou quasiment, et surtout il en sort encore peu. Ce sera sans doute le dernier sursaut d'un genre mort ou presque. Triste, mais c'est bien fait.
 
[Il faut être juste cependant, et admettre que le diktat prévisible des télés et du 52 minutes rend bien médiocres des films déjà assez anonymes.]
 
Passons. Schlingensief, lui, n'a pas fait du documentaire au sens de reportage dans ce FREAKSTAR 3000. Le film que nous avons vu à l'Etrange Festival fait 1h30 ou un peu moins, et il est le résultat d'une émission en plusieurs parties, plus de six heures en tout, qui est passée sur la télé allemande. C'est donc un remontage, et plutôt astucieux.
Schlingensief a été dans un institut qui s'occupe d'handicapés physiques et mentaux, et leur a proposé le projet suivant : faire une parodie de jeux télévisés, genre POPSTAR ou STAR ACADEMY. Dès le départ, les choses étaient claires. Ça ne passerait a priori pas à la télévision, et il n'y aurait rien à gagner (tout cela a été diffusé, mais bien après le projet fini et monté). Le but était de s'amuser et de monter ensemble (l'équipe de Schlingensief et les handicapés) un joli projet amusant. Le film raconte le projet en entier en train de se faire, et aussi le résultat, l'émission factice. C'est donc à la fois une fiction et un documentaire sur le work-in-progress, au sens  étymologique du terme.
 
Evidemment, malgré le peu de moyens, Schlingensief (qu'on va maintenant appeler Christoph, ce sera moins pénible à écrire !) déclenche une vague d'enthousiasme sans précédent dans l'Institut, et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il met le paquet, le garçon. Après une brève explication du dispositif, il balance un générique en synthèse, mais délabrée, dans le meilleur style des collages des Monty Python. Ce dispositif servira de chapitrage des diverses séquences du film, et sera une sorte de présentation des différentes rubriques de l'émission (le dispositif ne se limitant pas à STAR ACADEMY, mais aussi au débat politique, à la météo et bien sûr au téléachat, avec une vague de produits totalement impossibles à vendre, un siège de toilettes en plastique notamment). Evidemment, nombreux sont les volontaires, d'autant plus nombreux que l'équipe médicale a joué le jeu en laissant chacun, quel que soit son handicap, participer ou pas. La première séquence (avec voix off très chic et réaliste) nous montre le premier tour des sélections, où les candidats doivent chanter ou réciter des poèmes. Du coup, on entend énormément de chansons tristes (épouvantablement tristes, genre SOMBRE DIMANCHE, ou des chansons d'amours impossibles) qui sont sûrement des trucs populaires en Allemagne. Certains ont beaucoup de mal à chanter bien sûr, mais Christoph est à l'affût, à la fois émerveillé par ses collègues (puisqu'ils le sont désormais) handicapés, et absolument poilé devant le chaos induit, chaos qu'il ne cesse de canaliser avec une patience phénoménale et une énergie lucide. À ce premier stade, tout le monde ou presque est sélectionné, Christoph jouant aussi avec les fantasmes de nous tous, les spectateurs, à savoir "ils ont tous gagné ! 10 ! 10 ! 10 !", comme pour les enfants fanés de jadis. Le deuxième tour, où les candidats défilent par trois devant Christoph et ses deux assistantes, sera plus dur, mais bientôt certains émergent du lot. Ils sont tous différents, et ce serait très long de vous les décrire. On retient Sabrina, une petite trisomique vite éliminée malheureusement, mais qui continuera de participer au film, et qui aide tous ceux qui ne peuvent pas participer aux épreuves (ce qui nous vaut une série de duos sublimes) ; Horst, incroyable showman qui finira présentateur de l'émission et qui est formidablement compétent, avec son énergie folle furieuse, et sa gouaille hallucinante ; Helga, qui est visiblement moins lourdement handicapée que les autres (et qui aura une sublime scène, j'y reviens) ; et Mario, entertainer né qui jouera dans plusieurs films de Christoph (notamment le rôle du réalisateur dans le film LES 120 JOURNEES DE BOTTROP).
 
Le film se décompose donc en plusieurs rubriques télé, comme je le disais plus haut : notamment le hit-parade (incroyable apparition de Nana Mouskouri dans cette séquence), les différentes phases de sélection, la préparation physique des futures stars, le faux direct 24/24 (avec un des candidats qui prend l'Institut en otage et menace de tout faire sauter ! Ou encore l'hospitalisation factice de Werner l'alcoolique en plein enregistrement de l'album !) Et la fameuse cabine de confession intime. Le plus impressionnant reste sans doute le Press Club, où nos acteurs se lancent dans de phénoménales impros, toutes absolument marquées par un humour dévastateur, et qui révèlent au mieux l'incroyable ressenti, l'incroyable impression de violence et de déchirement que leur renvoie la société contemporaine. On croise là les dialogues les plus splendides du film, mélange de poésie et de questionnement (politique et moral principalement). Cette rubrique, d'abord très désordonnée, s'organise très vite sans que Christoph n’ait rien à faire sinon compter les points. On comprend alors ce que ce FREAKSTARS 3000 induit.
 
Vous l'aurez compris, Christoph n'a pas voulu faire un STAR AC' avec des handicapés par provocation, mais il a voulu faire un projet avec eux, c'est-à-dire une vraie collaboration. Une grille de cases / rubriques leur est proposée, et après tout, c'est eux qui les remplissent en improvisant et en se fendant la gueule. Il n'est donc pas accessoire de dire que ce sont eux, les handicapés, qui font le film. Et il est absolument renversant de voir comment ils se sont approprié la chose. Il est évident que le projet de Christoph est complètement dépassé.
Pour nous spectateurs, le résultat est bouleversant. D'abord, évidemment, parce que nous éclate à la figure la présence d'une société qui, pour nous, n'existe pas les autres jours de l'année parce qu'elle est invisible. C’est une lapalissade bien sûr, mais il faut vraiment s'asseoir 90 minutes dans la salle et voir ce film pour réaliser qu'il y a une autre cité, sous la nôtre ("sous" dans tous les sens du terme, cette cité est diaboliquement inférieure), un société complètement lucide sur la nôtre, et qui notamment renvoie avec une puissance atomique le peu d'Histoire (avec un grand H) que nous partageons ensemble. [Ce sont les passages les plus bouleversants, où nos héros racontent sans le dire le passé de l'Allemagne (ce chant nazi chanté de nos jours dans un bus, brrrr...), la périclitation de la Société, le vide politique... Ben oui ! Je vous assure, c'est absolument fabuleux !]
La vie s'écoule en une joyeuse parodie de la télé, mais aussi d'elle-même. Cet institut fourmille d'histoires, et c'est une société à part entière, avec ces questions (au hasard) de couple, de travail, d'alcool et que sais-je... Et enfin, une fois qu'on est moins secoué (parce que c'est quand même fabuleusement bouleversant, et humainement absolument chargé), on voit avec quelle intelligence et gourmandise (là où on ne s'attendait qu'à de l'instinct brut de décoffrage), ils construisent et écrivent le show.
 
[Je note au passage que les chansons, au fur et à mesure, sont moins tristes et même carrément plus déconnantes !]
 
Bon, évidemment, on n’est plus dans la beauté cinématographique de UNITED TRASH. Ce film est clairement destiné à la télé. Mais il n'est jamais complètement potache. On a aussi des moments de pause superbes, notamment à travers Sabrina, la jeune trisomique qui, après son élimination, la truffe humide et le regard embué, se fait rattraper par Christoph qui lui demande "tu es triste ?". Non, dit-elle. "Tu es déçue" ? Elle marque un temps très court, la buée augmente dans ses yeux, mais sans déborder au prix d'une incroyable seconde d'effort, et elle dit : "Oui, je suis déçue". C'est un petit morceau de rien du tout dans l'iconoclaste maelström du film, mais n'empêche. Dans ce moment, il y a un vrai dialogue et un véritable moment ensemble. Parce que justement, Sabrina, la positiviste de la bande, la Boucle D'Or du groupe, admet qu'elle est incroyablement déçue, et elle saisit au vol la fabuleuse nuance entre les deux termes (triste et déçue). Quelle force, et sans insister, comme en passant en plus ! La classe.
 
Enfin, Schlingensief loue un théâtre pour le spectacle final (en public), après la parodie très belle (et cosmiquement drôle et non-sensique) de l'enregistrement de l'album des finalistes. Christoph fait chanter tout le monde sur scène. Tout le monde a un instrument, même ceux qui ne savent pas jouer, et il balance des versions karaoké de chansons. Helga, "la nouvelle Nico" je cite, se met au micro, et là, un miracle divin intervient : le morceau (chant et instrument) sonne comme la plus belle musique industrielle des années 80 ! C'est fabuleux. En plus, ce plan est dix fois plus beau que tout le reste esthétiquement parlant, et c'est là que Christoph commet la seul faute du film : il coupe au bout de cinq secondes ! Alors que la musique était sublimissime ! Ce sera la seule faute de goût du film. Gageons que le spectacle soit en entier dans la version de 6 heures. En tout cas, on entend des sons fabuleux pendant le spectacle, et l'enregistrement de l'album (notamment grâce à Horst qui demande à faire cracher son retour en studio ce qui donne un résultat époustouflant).
 
Bon, vous avez compris, le film est très dur à décrire mais complètement formidable. Je crois que c'est le seul machin audiovisuel où j'ai vraiment vu notre société et la leur se rencontrer, bien loin des ignobles reportages télés sur le handicap (genre ÇA SE DISCUTE ou ENVOYÉ SPECIAL, ou encore l'ignoble Téléthon qui est aussi une belle façon de mettre les handicapés sous le tapis de notre société comme de la mauvaise poussière). Car c'est là que le scandale est double, et qu'on voit bien que Christoph a fait un travail zusammen. En effet, ce film n'a été diffusé qu'en Allemagne. Et d'une. Que fait Arte ? Que font nos élites culturelles, toujours prêtes à se faire des bisous pour le tsunami sur le parvis de la Mairie (les indonésiens doivent être super-contents!), mais qui disparaissent lors des grandes causes fondamentales : par exemple, éditer l'intégrale de Schlingensief en DVD en France (d'autant que ces films sont intrinsèquement populaires). Ou encore mettre des handicapés moteurs ET mentaux partout, partout, partout à la télé ! On s'en fout que le journal ou la météo soient présentés par un Blanc, un Noir ou un Arabe (et les Asiatiques d'ailleurs... On a bien été content de les trouver aussi les Asiatiques ! Pourquoi personne ne milite pour les Asiatiques ?!!!). Nous, ce qu'on veut, c'est des handicapés tout le temps, même dans les émissions de grande écoute, toute l'année, et sur toutes chaînes ! Comme ça, enfin, on pourra se débarrasser de cet ignoble Téléthon, éthiquement parlant, qui en fait arrange bien tout le monde ! Encore une façon de mettre la société des handicapés sous le tapis... Quelqu'un veut signer la pétition ?
 
Fraternellement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Lundi 19 septembre 2005

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi

(photo: "Until my Signal !" par Dr Devo)

Chères Camarades, Chers Camarades,
 
Aujourd'hui, on va apprendre un nouveau mot, et encore mieux, un nouveau concept ! C'est déjà pas mal pour un dimanche...
 
Ah ! oui, je me souviens de quand j'étais petit, ou disons, je me rappelle il  y a longtemps, en 1989. À l'époque, j'aimais beaucoup SEXE MENSONGE ET VIDEO. [Et comme je ne l'ai pas revu depuis longtemps, il n'y a aucune raison que ça change !] Ça va paraître étrange, mais à l'époque je m'étais dit en voyant le film de Soderbergh que cette actrice était vraiment très belle. Et que les quatre acteurs du film m'étaient de toute façon extrêmement sympathiques... [Pour ceux qui sont plus jeunes et qui s'étonnent qu'on puisse trouver Andie MacDowell particulièrement belle, il faut se rappeler le contexte des années 80 : pas de bimbos partout (dans la rue, dans la moindre émission de télé, etc.), les filles mettait des pulls géants qui descendaient à mi-cuisse sur leur jean (c'était vraiment cool), et les actrices ne sortaient pas forcément de Beverly Hills ou de la salle de gym. C'était très différent à l'époque.]
 
En préparant cet article, je tombe des nues ! En voyant LE DERNIER SIGNE, avec Andie MacDowell donc, je me suis dit pendant toute la séance : "Elle doit être super grande... Faudra que j'appelle mon article "la grande gigasse contre-attaque !". [La grande gigasse est le surnom que j'ai choisi pour Jeanne Balibar, et c'est aussi un morceau du Drahomira Song Orchestra (voir ici, puis cliquer sur la section "music").] Ben non, c'est faux, MacDowell fait seulement 175 cm, ce qui est tout à fait commun. Un mythe tombe. Si ça se trouve, notre Grande Gigasse Nationale fait 1.65m, allez savoir. Si Mlle Balibar passe par là, qu'elle nous dise sa taille.
Autre mythe qui tombe. Pendant le film, je me disais aussi que, bondelà, elle a pris un petit coup de vieux la Andie. Elle fait vraiment 50 ans, même si bien conservée. Ben oui, les amis, c'est quasiment le cas ! Elle a 47 ans, et avait déjà 31 ans sur SEXE MENSONGE ET VIDEO.  Je me disais aussi, en la regardant, que malgré son vieillissement (très honorable d'ailleurs, c'est toujours une belle femme, même si le temps, et surtout dans ce film, augmente son Taux de Splendouilleterie, on le verra), elle avait toujours de temps à autre une expression juvénile... Presque de teenager, c'est étonnant. On peut aimer ou ne pas aimer l'actrice (qui incarne désormais aussi la grande bourgeoise), mais pour moi, elle est celle qui incarne le passé et le présent en même temps, car elle semble avoir 55 ans et 18 ans en même temps !
Ça faisait longtemps que je ne  l'avais vue dans un film, me dis-je. Souvent, le Marquis et moi-même plaisantons à ses dépends. Dès qu'on voit une pub pour l'Oréal, vous imaginez bien qu'on la regarde d'abord religieusement, sans mot dire, puis qu'on la commente comme si c'était son dernier film, ce qui, dans les faits, est vraiment le cas. Elle nous fait rire, la Andie !
 
[Bon, c'est n'importe quoi cet article... On disait quoi ?... Au fait, quelqu'un a des nouvelles de Geena Davis (l'anti-MacDowell) ? Depuis qu'elle a laissé tomber le cinéma pour le tir à l'arc (Véridique ! Ne vous moquez pas : elle a failli être sélectionnée aux Jeux Olympiques, mais elle a été recalée de l'équipe américaine à une place près, alors qu'elle ne s'était mise à ce sport que 2 ans plus tôt, mais en même temps, elle n'a aucun mérite, elle est surdouée il paraît...), on ne  la voit plus. Dommage. 1,83m, la Davis ! Là, c'est sûr, Andie est une naine. Et pendant qu'on y est : que deviens Judy Davis (1.65m) ?]
 
Bon, on le fait cet article ou pas ?
 
On pourrait écouter le morceau AVANT LA GRANDE GIGASSE ? Non ? Allez, ce sera la bande originale de l'article ou du non-article ! Ceci dit, ne sachant pas comment intégrer un morceau de musique à cet article, on va faire autrement. Clique ici, puis sur le point d'interrogation, puis sur "music" , puis sur "audio sample". Ne ferme pas la fenêtre et reviens lire l'article, c'est parfait. [Vous me direz en commentaire quel morceau va le mieux avec cet article !]
 
Canada. De nos jours. Andie MacDowell n'a pas de chance. Elle vit dans une superbe propriété avec deux maisons dessus, et avec ces trois enfants : deux petites filles et un grand ado presque adulte (un acteur délicieusement improbable qui ressemble à une version juvénile de Matthew Perry !) . Elle est veuve depuis quelques années, son mari Tim Roth (ancien médecin alcoolique ayant travaillé dans l'humanitaire) s'étant tué dans un accident de voiture. Parce qu'elle rencontre des difficultés financières, elle loue sa deuxième maison, qui jouxte la maison principale, à un français (Samuel Le Bihan ! Ben tiens !), plutôt "beau gosse" comme dirait le scénario. Le Bihan est un type charmant (dans le film !), mais au même moment, Andie commence à avoir des hallucinations et à entrapercevoir son défunt mari. En un mot comme en cent, elle n'arrive pas à faire son deuil. Elle rencontre dans l'entreprise où elle travaille une femme plus âgée, Margot Kidder, qui devine tout de suite qu'elles ont toutes deux le même point commun : elles sont veuves ! Kidder essaie de se rapprocher de MacDowell, et finit par lui proposer de rentrer en contact avec l'esprit de son défunt mari. Dans la maison d’Andie, des faits étranges commencent à envahir le quotidien...
 
Ben voilà, c'est court pour une fois, ce résumé. Très bien.
 
Et bien, les petits gars, malgré tout ce qu'on peut penser sur ce film, il faut admettre un truc : il va falloir inventer un nouveau mot pour le définir !
On connaissait le giallo, magnifique sous-genre italien dont on a déjà souvent parlé ici (à propos de Lucio Fulci, Mario Bava ou Dario Argento, qui furent les plus talentueux dans cette discipline : jetez un œil !). Pour ceux qui ne connaissent pas, voilà ma définition : le giallo est un film qui mélange thriller et fantastique sans qu'on puisse dire tout au long du film si on est dans un style ou dans l'autre, réel et fantastique étant toujours mêlés et indissociables. Le nom giallo vient de l'italien et désigne, je crois, la couleur jaune [Couleur des couvertures de romans de gare policiers qui ont souvent inspiré le genre. NdC].
Malgré le résumé que je viens de vous faire, il faut imaginer LE DERNIER SIGNE comme un drame sentimental plus qu'un film fantastique. Et pourtant... Là aussi, tout est mêlé, plus ou moins volontairement. J'ai donc inventé un nouveau genre (ou plutôt, j'ai mis un nom sur ce genre inconnu) qui désignera ce genre de films, mi-sentimentaux mi-fantastiques, et auquel je rajoute une nuance : la splendouilleterie totale et ridicule. Donc, sachez dès à présent qu'un film qui contient 33% de fantastique, 33% de film sentimental et 33% de splendouilleterie s'appelle un... BLUASTRO ! [Ce terme veut dire bleuâtre en italien !]. Ça ressemble à rien, c'est délicieux, et c'est complètement improbable : c'est le BLUASTRO, ma contribution personnelle à l'histoire du cinéma, ma petite pierre à l'édifice de la Sagesse Occidentale, mais mon grand bond en avant en matière d'Art !
 
Le film commence par un assez beau générique (sur la fin), quoique classique. On comprend très vite de quoi il va en retourner.
Côté mise en scène, c'est assez bizarre. Sans être totalement cheap, le film dégage un incroyable relent d'improbable à tous les niveaux. Les flash-back notamment, assez incessants,  arrivent souvent comme un cheveu sur la soupe. Ceci dit, deux d'entre eux sont absolument beaux. Le premier a lieu pendant la visite des deux agents immobiliers. C'est très étonnant. Juste avant que le flashback / hallucination ne commence, il y a ce plan, une espèce de travelling bizarre, cadré on ne sait comment mais étrangement, et Andie MacDowell qui perd le fil. Les trois nuances ensemble sont déjà étonnantes, mais en plus le plan dure un peu trop longtemps. C’est donc lui qui est mis en exergue par la mise en scène, et non le plan suivant (l'hallucination) qui devrait être normalement l'événement principal. C'est complètement improbable, mais très déstabilisant.
D'ailleurs, la première bobine, même si elle fait craindre, à juste titre, le pire, est assez marrante et même ludique dans le sens où le montage y est très lâche, un peu de guingois, ce qui a beaucoup de charme.
Le deuxième plan assez beau, et là aussi grâce au montage, est la première utilisation du plan où Tim Roth lance une pierre dans le pare-brise. C'est là aussi complètement IM-PRO-BA-BLE, mais vraiment surprenant. Ce n'est sans doute pas tout à fait volontaire. Du moins, le doute persiste (pendant tout le film d'ailleurs). Le film a au moins cette constance, celle du bizarre, avec un matériau qui ne l'est jamais et qui est même toujours banal, l'Ange du Guingois planant sans cesse au-dessus de nos têtes. Comme dit souvent mon ami Bernard RAPP : "C'est pour toi Docteur ! C'est tout faisandé !" Ben oui ! C'est peut-être ça, au fond, le Bluastro.
 
Qu'on ne se méprenne pas. L'histoire du film est archi-prévisible. Mais on reste dans la salle quand on est un peu pervers et / ou passionné. Andie MacDowell, en début de film, mélange dans le même plan les bonnes répliques et les phrases complètement fausses. Elle peut être, dans la même phrase, incroyablement juste (ça arrive une fois ou deux) et incroyablement à côté de la plaque.
Nos repères vacillent donc, d'autant qu'on est jamais sûr, malgré le full sentimental (t'as vu comme on nous filme ?), qu'on ne va pas basculer, et c'est quand même exotique, dépaysant et inconcevable, dans le style "fantôme japonais à la THE GRUDGE" ! Je sais que c'est dur à expliquer... Mais les faits sont là : ombres sur les murs la nuit durant, effets sonores, bague qui disparaît et réapparaît dans la machine à laver, coups de téléphone mystérieux, dialogues avec les morts et règlements de comptes avec fantômes... C'est complètement THE GRUDGE RINGS ALWAYS TWICE, non ? On se noie donc dans cet océan inconcevable mais réel (puisqu'on est en train de voir le film). Y-a-t-il des images ou des sons subliminaux, est-ce en fait un film sataniste déguisé en GHOST ? Toujours est-il que je flotte dans la salle, dans un No Man's Land unique, totalement bluastro, en pleine nébuleuse d'un autre monde.
Margot Kidder (géniale actrice, voir ici), qui reprend du service après s'être auto-mutilée dans les toilettes de l'aéroport de Los Angeles (histoire vraie), revient sous une autre forme : celle de la grand-mère décatie mais en forme, façon Danielle Evenou. Elle n'a que dix ans de plus qu’Andie MacDowell, mais en paraît 25 de plus. Elle est méconnaissable... si ce n'était cette incroyable énergie qui la pousse à aller à fond, à fond, à fond, nous faisant presque croire que le film  a été tourné dans l'ordre chrono-illogique, totalement en phase avec la Andie, elle aussi plutôt sobre au début et  perdue à la fin. Margot Kiddder (1.69m) a compris ici quelque chose que le réalisateur n'a pas saisi : elle joue dans un giallo ! [Non, elle joue dans un BLUASTRO (copyright Matière Focale) – mais comment le saurait-elle au moment du tournage, cette chère Margot, car je viens de définir le concept ce matin ?] Et comment se fait-il que sur la photo illustrant l'article d'hier (ici), on trouve les mots "contre Margot". Étonnant, non, d'autant plus que je ne savais pas quand j'ai fait cet article hier que 1) Margot Kidder jouait dans LE DERNIER SIGNE, et que 2) j'irai voir LE DERNIER SIGNE. Tout cela est étrange, et nous sommes aussi, quantiquement parlant, en plein entre-deux ! Finalement, cet article est incroyablement logique...
 
Tim Roth est parfait dans le rôle du fantôme : ni nullosse, ni bon, il hante le film d'une non-présence glacée et inutile. Bravo ! Samiouelle The Bihan se retrouve là par on ne sait quel miracle, et dans le tourbillon non-sensique, mais totalement prévisible du film, sa présence (je ne pensais jamais dire ça un jour), est une bénédiction d'une justesse hallucinante (et d'ailleurs, que tout le monde présente ses excuses tout de suite au Christophe Lambert anglophone). Il a compris qu'il était le pendant scénaristique du personnage de Roth, mais attention, que paradoxalement, lui était vivant. Il choisit alors l'inclinaison la plus géniale de sa carrière : dire toutes les phrases de dialogues sur un seul modèle (déjà hautement improbable) d'intonation, et en anglais s'il vous plait. Il est tellement improbable lui aussi qu'on se demande pendant tout le film s'il est doublé ou non en post-synchro ! C'est sublime. Le sourire est là toujours, et la même phrase toujours prononcée, mais avec des mots différents. [N'importe quel De Niro (Oh No !) ou Brando aurait joué "à la Tim Roth", et Le Bihan a le génie de faire non pas une reprise du jeu de l'acteur anglais, mais une variation ! Génial ! C'est le plus grand rôle de sa carrière, et son nouveau physique de Musclor ne déplaira pas, en plus, à ces dames...] Nous sombrons, au fur et à mesure. Ennui et passion, prévisible mais improbable, intentionnellement mais hasardeusement, LE DERNIER SIGNE est le film ultime qu'il nous faut.
 
Si vous n'avez pas de carte illimitée, n'y allez pas. Si oui, faites comme moi ! Allez-y deux fois (car je vais y retourner) avec un walkman en écoutant l'album LA NEBULEUSE BRANDUARDI (Part II) du groupe Drahomira Song Orchestra (en vente !). Et ce sera superbe ! Le film est VO en plus, on pourra même suivre l'histoire en lisant les sous-titres.... Moins bon que le courageux et surprenant (mais intentionnel !) MEMORIES, superbe film avec Ryan Phillippe sorti l'année dernière dans l'anonymat le plus total, LE DERNIER SIGNE, comme Andie MacDowell (dans le film), mélange des couleurs dans son labo, sans raison. C’est moins bon que MEMORIES, mais c'est paradoxalement encore mieux. Il faudra revoir le film en écoutant du DSO dans le walkman (l'album sus-cité contient aussi des morceaux très violents, ce qui va créer des sensations très fortes !) pour vérifier que le rêve était bien sublime, que le chef-d'œuvre n'est jamais à l'écran mais à mi-chemin entre la pensée (dans le sens d'intention) du réalisateur et l'œil du spectateur (ici : moi !). Ce film existe et n'existe pas. C'est absolument le film de l'année, et non, pas du tout en même temps.
 
Bénissons tous Douglas Law, sans qui nous n'aurions jamais découvert ce bluastro.... Merci à Margot Kidder qui y va à fond, et qui est kinskienne dans la dernière scène d'incantation spiritique... Merci à Andie MacDowell de mesurer 1.75m... Merci à Samuel Le Bihan d'être... dans ce film, plutôt qu'au bistrot d'en face.
 
Merci à tous.
 
Désintégration.
 
Galactiquement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Dimanche 18 septembre 2005

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi

(photo: "Pour en finir une fois pour toutes avec Margot" par Dr Devo)

Chères Focaliennes, Chers Focaliens,
 
Allez, la peur n'évite pas le danger, et certaines fois, il faut s'y coller. C'est un sale boulot et quelqu'un doit le faire. Moi. Comme je le disais lors du précédent article (ou celui d'avant), pas de quoi pavoiser au cinéma cette semaine et la semaine à venir. C'était mon pronostic, et je m'apprêtais à écumer tous les petits films français ou autres, tous les petits machins sans conséquence que je ne serais pas allé voir s’il n'y avait pas eu pénurie de films attirants dans les salles. La sécheresse en sorte. En fait, je fus surpris. Non pas par l'exceptionnelle qualité des sorties dans mon cinéma Pathugmont, où j'ai mes habitudes (et dont je suis co-propriétaire grâce à ma carte illimitée !), mais par le nombre incroyable de films en VO, et ce malgré l'orientation volontairement commerciale du dit cinéma. 6 ou 7 films en VO pour ce type de multiplexe, c'est exceptionnel. Ça tombe bien, me dis-je, voilà qui est un critère de sélection de films. [Je rappelle que j'en étais, il y a quelques jours, à me demander si je n'allais pas choisir les films en fonction du numéro de la salle ! D'abord le film de la salle 15, puis la 14, et ainsi de suite ! Ça aurait été rigolo !]
 
Premier film choisi cette semaine donc, ce COLLISION que j'allais voir de bonne grâce, ne sachant absolument pas de quoi il en retournait et d'une, et salivant à l'avance de faire mon rapport au Marquis, grand fan de Sandra Bullock devant l'Eternel ! Bref, il ne s'est pas fait prier, le Docteur.
 
Chez nous, en Amérique. À Los Angeles de nos jours. Sandra Bullock (je commence par elle pour faire plaisir au Marquis) est l'épouse du Gouverneur (ou du Maire plutôt, je crois), Brendan Fraser. Alors qu'ils marchent tranquillement sur l'une des plus grandes et des plus fréquentées avenues de la ville, deux jeunes noirs débarquent, sortent des revolvers et piquent leur voiture. Bullock est traumatisée par l'événement, ce qui est bien normal après avoir été menacée par une arme à feu ! Le signalement de la voiture est donné à la police. Matt Dillon et Ryan Philippe, deux flics en uniforme, croient apercevoir la voiture (un gros 4x4). Finalement, ce n'est pas la voiture volée, mais celle d'un réalisateur noir de sitcom, qui conduit alors que Madame, sur le siège passager, lui fait une petite gourmandise. Dillon fait arrêter la voiture : vérification des papiers, dialogue musclé, etc. Il est évident que Dillon n'aime pas les Noirs, et qu'il va saisir la moindre occasion pour les charger au maximum. Lors de la fouille réglementaire du couple, Dillon fait des attouchements sexuels sur la femme. Le mari n'ose protester de peur que tout cela dégénère, même s'il est dégoûté d'être tombé sur un énième flic ripou et raciste. Ryan Philippe, jeune rookie de la police, n'ose pas intervenir malgré sa droiture morale. Il se plaindra du comportement de Dillon auprès de sa hiérarchie, sans succès. Don Cheadle, inspecteur de police noir, arrive sur les lieux d'une fusillade au cours de laquelle un policier blanc, déjà soupçonné plusieurs fois de bavures racistes, a tué un de ses collègues, flic et noir. Stupeur, le flic noir avait caché dans sa voiture un demi-million de dollars en petites coupures. Il ne fait aucun doute que ce flic black était un corrompu de première, que son collègue blanc n'a fait que son travail en l'interpellant. Mais le maire (Brendan Fraser) cherche à se rapprocher de son électorat noir, et ses collaborateurs poussent Cheadle à mentir pour faire accuser le policier blanc, en échange de quoi on blanchira son jeune frère délinquant qui n'arrête pas de faire du car-jacking... C'est lui qui a volé le 4x4 du couple Bullock-Fraser. Tout est en dans tout.
Il y a aussi ce petit commerçant Georgien, victime de vandalisme et de racisme (tout le monde le prend pour un arabe) qui achète un pistolet pour défendre son magasin, un serrurier chicanos qui bosse dur pour que sa petite fille vive dans un quartier décent, etc. Une grosse galerie de personnages qui ne devraient pas se rencontrer en principe, mais qui sont tous reliés, et dont le parcours pendant quelques jours va être décisif. Car tous vont avoir, qu'ils le sachent ou non, une influence directe sur la vie des autres. Derrière la galerie de personnages juxtaposés, c'est le destin d'une ville qui se joue...
 
Personne ne s'en cache, aussi bien chez les concepteurs du film que chez les spectateurs, COLLISION, qui vient de gagner le Grand Prix au festival de Deauville (ah ouais !), marche tranquillement sur les traces de MAGNOLIA et autres SHORT CUTS (et LES UNS ET LES AUTRES, hahaha !). Comme on dit dans le bizenesse, c'est un film chorale, c'est-à-dire un film avec beaucoup de personnages et d'historiettes détachées les unes des autres, et dont les nœuds vont se resserrer jusqu'à former une trame et une destinée communes.
Je ne suis pas grand fan de MAGNOLIA, qui n'est pas vraiment ma tasse de thé, et qui me semble bien sur-coté. Malgré tout, le film est indéniablement très populaire, et je dois reconnaître que ça se regarde gentiment. Par contre, le début de ce film est d'une splendeur absolue, et je vous recommande chaudement cette introduction, "à la Greenaway". Ben oui !
Ici, dans COLLISION, le réalisateur Paul Haggis choisit un angle d'attaque particulier pour dérouler ses hasards et coïncidences. Le sujet du film, c'est la ville de L.A. et ses tensions, notamment communautaires et raciales. Le panel de personnages est étendu et couvre quasiment tous les milieux, du bas au haut de l'échelle, et toutes les communautés. Certes, on insiste davantage sur la tension permanente entre communautés blanche et noire, mais le microcosme est complet. Simple flic, inspecteur, politique, grande bourgeoise, jeunes adultes de la rue, artisan, commerçant, infirmière, etc. Et Los Angeles ne va bien, elle est mal dans ses baskets. Tout le monde s'énerve, tout le monde théorise sur la vie de la cité, tout le monde a son avis sur les communautés, les délinquants délinquent, et les autres ont peur. Plus que jamais, dans ce film, L.A. est la cité des peurs et des abus de pouvoirs. L'insécurité est partout, à plus ou moins grande échelle, et les gens se retranchent donc derrière le peu de réflexion qu'ils leur reste. Au final, ils lisent les événements autour d'eux à l'aune de ces peurs, et interprètent, de travers quasiment toujours, les événements qui se déroulent sous leurs yeux, même pas conscients que c'est leur peur aussi qui engendre tensions et violences, qu'elles soient volontaires ou non. Dans une ville qui ressemble à une Tour de Babel où tout le monde parlerait anglais, mais pas le même anglais (si j'ose dire), c'est le chaos des perceptions qui domine. Chacun est enfermé dans la certitude de ce qu'il voit, alors que les vraies causes et les vraies conséquences sont toujours cachées...
 
Côté mise en scène, on est carrément sur les traces de la stylisation "soignée", gentiment hollywoodienne mais "indépendante". La musique est une sorte de mix d’AMERICAN BEAUTY versus TRAFFIC. L'image suit d'ailleurs d'assez près ce dernier film (dans les parties américaines) et bien sûr MAGNOLIA. Ce n'est pas infamant, mais sans grande personnalité non plus. Et on essaie de privilégier gentiment le filmage à l'épaule et léger, sans pour autant chahuter le montage. Bref, c'est du tranquille et du gentiment anonyme, avec une tendance suiviste évidente. Haggis se concentre beaucoup plus sur le jeu d'acteur d'une part, et sur le déploiement de son scénario, d'autre part.
Et c'est bien là que les choses se gâtent. Côté acteurs, c'est plutôt sérieux. Les interprètes sont plutôt expérimentés et rodés. On notera que Sandra Bullock est plutôt bien filmée (Mr le Marquis), c'est-à-dire en évitant de mettre en perspective sa bouche nouvellement plastifiée (exhibée récemment dans MISS FBI). Plutôt convaincante dans ses premières scènes, on est plus, par la suite, sur le registre de l'attendu. Brendan Fraser, sans doute pour la première fois, est mauvais comme un cochon, et pas du tout à l'aise dans deux de ses trois scènes. C'est très étonnant. Les autres s'en sortent bien, même si les rôles du serrurier et du Géorgien sont plus caricaturaux et donc forcément moins intéressants. Ryan Philippe et Matt Dillon assurent, comme d'habitude.
Je n'ai rien contre les films aux ambiances artificielles, vous le savez, mais il y a quand même un truc qui m'énerve au cinéma, c'est le syndrome du Pot de Fleur.
Un type marche dans la rue. Il fait beau, il fait chaud, et disons, par exemple, qu'il est très heureux d'aller rejoindre sa fiancée qui est une fille formidable. En passant sous un balcon, un gros pot de fleurs lui tombe sur la nuque. Envoyez la musique ! Le pauvre garçon meurt ou devient tétraplégique ! Tu croyais avoir une comédie romantique et en fait, tu as un affreux drame psychologique !
C'est ça, le syndrome du Pot de Fleur. L'intervention toute ex-machina et griffue du scénario qui vient broyer les personnages, comme ça, gratosse et au bon vouloir du metteur en scène. Et ça, je déteste. Le procédé est en général employé pour faire pleurer Margot, et personne évidemment ne résiste, ce qui est bien normal. Ici, évidemment, le réalisateur vise l'allégorie, en nouant à l'extrême et jusqu'à l'absurde les destinées d'une galerie de personnages qui n'auraient jamais dû se rencontrer. Le scénario les lie tous sans exception, et chaque action d'un personnage aura des conséquences sur un autre, dont les propres actions auront des conséquences sur un autre, etc. Le tout ne suivant pas une ligne droite (une action A menant vers une action B, etc.), mais, au contraire, formant un maillage bien plus complexe.
 
Là où COLLISION devient insupportable, c'est dans son recours incessant, dans les moments cruciaux, à l'usage du fameux pot de fleur. Machine parle au téléphone, raccroche, loupe une marche et devient paralysée ! C'est absolument insupportable. Pour plusieurs raisons d'ailleurs. D'abord parce que, qu'on le veuille ou non, le spectateur est constamment pris en otage par un scénario qui contredit son extrême logique, même si elle est basée sur un paradigme absurde (ici : tous les personnages sont liés sans le savoir, ce qui n'arriverait pas "dans la vraie vie", baser une logique sur un fondement absurde n'étant pas une contradiction dans le domaine de la fiction d'ailleurs, comme on l'avait vu par exemple récemment dans THE JACKET). De plus, le procédé est d'un cynisme total envers les propres personnages du film. Un tel est un type super-droit, défenseur de la Veuve et de l'Orphelin, et boom ! Arrivée du pot de fleur qui le transforme en brute sanguinaire sans le faire exprès ! C'est ça, le fameux et véritable cynisme que beaucoup reprochent d'ailleurs à certains réalisateurs (Lars Von Trier d'ailleurs, qui lui justement n'utilise jamais le pot de fleur comme une fin, mais comme un début, et en plus en désamorçant en général le procédé en l'annonçant longtemps à l'avance, annulant du coup et avec franchise l'effet de surprise). De plus, l'effet pot de fleur dans ce film ne mène à rien : si encore, après que tel personnage ait reçu son pot de fleur, on s'occupait des conséquences sur son existence, sur ce que va changer cet événement etc. Mais là, non. Le pot de fleur tombe uniquement pour l'effet. À savoir rendre pathétique une scène ou une situation. C’est un pot de fleur in fine, et non pas un pot de fleur a priori, starter de l'action à suivre. Son utilisation est donc purement manipulatoire sur le plan narratif. Et ça, c'est toujours un peu dégoûtant. Se "débarrasser" d'un personnage beau comme celui de Ryan Phillippe en lui coinçant de force la tête sous le caca, ce n'est pas fair-play. Et puis, réfléchissons. On verrait ça dans un téléfilm sur TF1, on hurlerait à la manipulation et au scandale ! Déjà, voilà un très mauvais point. Ceci dit, dans une perspective pragmatique, c'est très bien joué, car en salles ça marche toujours, et le nombre de mouchoirs dépliés pendant les deux dernières bobines du film sont là pour le prouver. Et le talent éventuel du réalisateur n'a rien à faire là-dedans : ça marche à tous les coups, dans n'importe quel type de films !
 
[L'utilisation des pots de fleurs et autres procédés ex-machina n'est pas forcément irrecevable. D'abord comme je viens de l'expliquer, dans le cadre d'une intervention qui va relancer l'action et non pas, comme ici, de manière conclusive. Ou alors dans le cadre d'une fiction annonçant clairement son sens du baroque. Le cinéma d’Argento, Fulci ou Robbe-Grillet, par exemple, est entièrement construit sous le signe de la "gratuité" scénaristique et de l'intervention ex-machina. Et ici, je fais une petite parenthèse : on remarque dans ce type de film que, d'une part le scénario est toujours soumis à la mise en scène, et d'autre part la mise en scène de ces réalisateurs fondamentalement absurdes est toujours très aventureuse et originale.]
 
Mais, tout cela n'est rien, comparé à l'incroyable contenu du film, à son supra-splendouillet message ! Et là, par contre, permettez-moi d'être extrêmement sévère, quoique juste.
D'abord une remarque d'ordre pragmatique. Le film parle bien sûr des tensions entre communautés. Il y a dans le film peu ou pas de tensions entre individus, et si les personnages souffrent dans cette ville violente, c'est que leur perception des choses se situe constamment dans le cadre social ou "ethnique", et jamais dans le cadre d'une relation d'un individu à un autre. Le film en fait le constat. Soit. Par contre, aussi bien Paul Haggis semble stigmatiser et dénoncer ces tensions, aussi bien il entérine complètement le fait qu'elles soient inéluctables. C’est comme ça, et c'est un fait établi ! Du coup, tout le métrage devient très gênant pour moi, dans le sens où, s'il déplore que la ville ne soit qu'un monceau de violences intercommunautaires, il accrédite de la même manière les thèses les plus réactionnaires ou les plus sécuritaires. Pour caricaturer, un militant du tout policier et un militant anti-raciste seraient tous deux en mesure d'apprécier le film à la même échelle ! Voilà qui est moyennement franc du collier, et qui pose la question du manque ou de l'absence de point de vue personnel de la part du réalisateur. La petite mémé de 70 ans persuadée que son quartier est investi de dealers et qu'elle risque sa vie à chaque fois qu'elle va acheter du pain sera sensible au message. Mouais.
Le film est également d'un cynisme total sur le fond. C'est comme ça et pas autrement. On voit bien alors l'utilité de se servir d’un pot de Fleur de manière si systématique, et, osons le mot, totale ! Cette manière d'entériner les antagonismes de manière si (volontairement ou non) réactionnaire, et d'utiliser pour faire passer "le message" par les interventions ex-machina du scénario (ce pot de fleur est vraiment l'article 49-3 du Cinéma, un véritable passage en force), est proprement propagandiste, chose inacceptable et ici rendue ambiguë par le caractère normé du film, pouvant se lire en palindrome, dans un sens comme dans l'autre. Du coup, le film joue sur une ambiguïté fondatrice : il semble réaliste, documenté et proche du réel, en même temps qu'il est le fruit d'un arbitraire construit a priori. Il mélange, pour dire les choses autrement, une sorte de cinéma du réel, et le mélo le plus absolu, chose complètement incompatible. Faire du Ken Loach et du Joel Schumacher (période 8MM !) en même temps, voilà qui est, au bas mot, bien curieux, pour ne pas dire franchement louche. Si ce n'est pas de la manipulation, ça...
 
Enfin, sur le plan humain, et là ça n'engage que moi, et ça n'a pas de portée universelle, COLLISION fait exactement le contraire de MANDERLAY. Von Trier montre une société nuancée, où rien n'est blanc ou noir (et c'est le cas de le dire !). Il brise ainsi nos appartenances identitaires ou communautaires, rendant impossible l'usage d'une grille de lecture pré-établie, et obligeant le spectateur à considérer les faits non plus à l'aune de son appartenance ethnique ou sociale, mais à l'aune de l'individu lui-même. En un mot, Von Trier renvoie tous les groupes et communautés dos à dos pour dialoguer avec l'homme, l'individu qu'est chaque spectateur. Paul Haggis fait le contraire : son message s'adresse à tous, au groupe, à nous les humains (ou nous les spectateurs) et détruit notre individualité, puisque le film est privé d'enjeux (merci le pot de fleur). On est considérés comme tous différents mais faisant partie d'un même groupe, tout en entérinant le fait que nous soyons séparés par des barrières communautaires infranchissables. Bref, d'un côté, on a un film qui renvoie dos à dos les groupes pour parler aux individus, et de l'autre côté, on a un film qui nie l'individu au profit du groupe !
Au final, le film piège ses personnages dans des impasses proprement dégueulasses (les personnages de Ryan Phillippe, Sandra Bullock et Don Cheadle). Et le message (puisque  c'est bien là le problème : c'est un film à message !) finalement est d'une bêtise ahurissante et violente : des fois, on est tolérant, et des fois, on est raciste. Des fois, on sauve une vie, et des fois, on est un meurtrier. Des fois, on est énervé, des fois, on est cool. Au secours ! Un enfant de 8 ans s'apercevrait que le discours est contradictoire et mensonger. Le film, finalement, en dit plus sur le réalisateur-scénariste que sur les personnages, et cet esprit simpliste, teinté du pire new-age, fait froid dans le dos. Comme dirait Dali, ça sent largement le "bourgeoisisme". Tant qu'à faire, on préfèrera regarder un "C'est mon Choix" spécial insécurité !
 
Justement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
PS: On remarquera que j'ai eu la gentillesse de passer sur les scènes les plus infectes du film, notamment l'accident de voiture, vraiment ignoble. Pour être digne et ouverte, cette scène aurait dû montrer  Dillon secourir la voiture sans que le feu ne se déclenche. Une fois la femme sauvée, là, le réalisateur pouvait faire exploser la voiture. Une fois de plus, le couteau est sous la gorge du spectateur.
Par contre, j'ai oublié de parler de la seule scène belle et juste du film. Celle où le producteur télé parle à Tony Danza (MADAME EST SERVIE !!! Chic !). Il y a là un petit instant de grâce, et un véritable enjeu, d'homme à homme. C'est beau mais très court. Tony Danza est incroyable, très juste, et apporte un vraie émotion au film. Et quelle tête ! Espérons le revoir très vite !
Troisièmement, ne vous fiez pas à l'affiche mensongère du film. Si vous y allez pour Brendan Fraser ou Bullock, sachez que chacun a au maximum trois minutes à l'écran. Publicité mensongère, donc.
Enfin, j'ai opposé intrinsèquement ce film avec MANDERLAY de Lars Von Trier, mais j'aurais peut-être dû, sur les mêmes arguments, plutôt choisir le film BLACK / WHITE, qui parle justement des tensions entre communautés. Tous les arguments que je prête à Von Trier sont aussi valables pour ce film.
Désolé d'avoir peu parlé de cinéma dans cet article. Je le dis clairement : la faute au film, qui est un film... de scénario.
 
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Samedi 17 septembre 2005

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi

Chers Amis,

Aujourd'hui votre bon docteur n'a pas le temps de faire un article pour des raisons professionelles. Alors on va jouer !

Pour ceux qui ne connaissent pas les règles de ce grand jeu où il n'y a rien à gagner, je les rappelle. Je vous propose trois photos issues de trois films différents. Le jeu consiste à reconnaître le film dont chaque photo est extraite. Pas compliqué, hein ?

Pour répondre, utilisez les commentaires.

Oui, mais bon, moi je suis nul, j'ai pas vu tant de films que ça, et patatati et patatata. C'est pas grave, tu peux jouer quand même. Même si on n'a pas reconnu le film, on peut faire des estimations comme des experts. Ce serait un film de quelle année ? Quelle nationalité ? C'est qui ces acteurs ? Ce serait un film de quel genre, qui raconterait quel type d'histoire ? Ça pourrait être un plan filmé par quel réalisateur ? etc.

Ce qui veut dire qu'en cherchant tous ensemble, vous allez pouvoir bien vous marrer sans doute (je ris souvent en lisant vos délicieux commentaires), et surtout peut-être réfléchir ensemble et faire des réponses collégiales, comme on dit sur certaines radios.

Les réponses seront données en commentaire dans quelques jours.

Attention, ces photos sont issues de DVD que j'ai dans ma petite collection. Il se peut qu'il y ait autre chose que des films de fictions, voire autre chose que des films. Documentaire, séries, etc. S'il s'agit d'une série, n'hésitez pas à trouver le titre de l'épisode... Enfin, dernière consigne, pour corser un peu le tout, les photos ne sont pas forcément au format original du film, et je me garde la possibilité de recadrer dans l'image. Je passerai voir comment tout cela évolue, et peut-être vous donnerai des indices.
C'est parti pour la dix-huitième série...

Diapo 1801 : Bon, révisons nos classiques, c'est assez facile... Si ça coince vraiment, je donnerai un indice !

Diapo 1802 : dans le mouvement, c'est un très joli plan, peut-être le plus beau du film qui en compte pourtant un bon paquet. Je suis sûr que le Marquis et notre ami Bernard RAPP vont tout de suite identifier la chose. Allez, en fait, c'est pas très dur...

Diapo 1803 : Serais-je d'humeur enjouée ? Suis-je fondamentalement gentil ? [Qui a dit non ?] Allez, c'est vraiment pas dur... Cette série est juste ce qu'il faut pour aller tranquillement en week-end.

Allez, je vous laisse jouer !

Dr Devo.

"Oui mais moi je voulais lire un article aujourd'hui !" Pas de panique ! Matière Focale pense à toi, gentil lecteur. Clique ici et accède à l'Index des Films Abordés : il y a sûrement un article que tu n'as pas lu !

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Vendredi 16 septembre 2005

Recommander - Publié dans : Ethicus Universalis

Avant-propos

Cet article écrit par Mr Mort et sa tronçonneuse à bisous a été le 1er Mars 2005 publié sur feu son site Cinémort, site que nous hébergeons sur Matière Focale avant sa destruction totale ! L'article suivant fait allusion à un de mes propres articles : Si j'étais Président de la République (10 mesures pour améliorer la qualité du cinéma mondial). Vous pouvez le lire ici.
Ça décape ! Mais c'est beau !
Dr Devo.


(photo :"Edelweiss Zusammen" par Dr Devo)

Je sais que tout cela a déjà été dit et, de fort belle manière, sur un site voisin seulement correct, mais quand même fréquentable, surtout par les temps qui courent. Suivez mon regard. Il n'empêche, il faut quelquefois rappeler certaines évidences, et le grand public, ignorant de tout et bon en rien, doit être régulièrement remis sur le droit chemin par des Esprits éclairés, sans quoi d'autres s'en chargeront, et avec quels moyens, tel le joueur de flûte (ici, de champagne) qui mène les affreux petits rats vers la mort cérébrale et certaine. Dans cette perspective, arrêtons le pipeau et parlons leur avec nos mots pour les mener à plutôt réfléchir sur le concept le plus novateur de ce début de siècle, il est vrai encore jeune (tant de choses à accomplir...) : Le CinéMort.

Ainsi donc, rappelons quelques évidences. Rien ne sert de s'appauvrir, il faut prévenir à point. Plaidons ainsi pour la disparition des genres suivants.
LES FILMS DE PLUS DE DEUX HEURES : Comme pour tout autre produit, il convient de se méfier des vendeurs qui proposent à leur ignorante clientèle des films au kilo. Un film de plus de deux heures est souvent mauvais, et à quelques exceptions près (une dizaine pour toute l'histoire de feu le cinéma), un film de deux heures quinze ou plus est toujours un innommable étron. Dehors ! Ce qui implique...
LES FILMS BIOGRAPHIQUES : ou biopics. Toujours très longs, ils appartiennent à la précédente catégorie. Et pour reprendre mon plus proche confrère (I Know what you did...)[Ici, Mr Mort fait allusion à moi-même. NdDr], le biopic, comme nous l'avions déjà souligné hier nous aussi, est toujours un gage d'imitationnisme. C'est-à-dire toujours un gage de la plus naïve sorte de CinéMort. Ne vous faîtes plus piéger. Quand le cinéma était la chasse gardée des horribles et débilisants Frères Lumière, on pouvait encore croire que le train de la gare de LA CIOTAT (quelle faute de goût... Si seulement ils avaient eu l'intelligence de filmer un train en gare de PERPIGNAN) allait se jeter sur notre figure. Si le grand public est si pertinent qu'il prétend l'être, pourquoi céder alors aux sirènes de l'Internationale Imitationniste, dont le seul but est d'auto-satisfaire les faisants hollywoodiens et d'ailleurs, pour mieux nous revendre les mêmes produits, forcément primés entre temps ? Là encore, on pourrait parler de vol manifeste d'argent, si le volé, c'est-à-dire le public, n'était pas si consentant.
LES FILMS DE PROCES : mal filmé toujours, le procès est la preuve du manque d'imagination des faisants, toujours. Capables de faire une thèse aussi bien qu'un autre, les films de procès ne préparent l'audience que dans un seul but : répandre le fascisme dans son essence, c'est-à-dire par forcément dans les idées (quoique, que ce soit le cas souvent, se référer à l'avant-dernière saloperie de Clint "N'oublie pas que Tu Vas Mourir" Eastwood), mais surtout dans la forme, ce qui est plus efficace et plus radical. Les démocrates de tout poil disent non aux films de procès.
LES FILMS AVEC DES ENFANTS : Le travail des enfants est interdit, et ce à juste titre, surtout dans les pays du Tiers-Monde. En Occident développé, il est de bon goût de les faire participer à la création des films. Sans doute pour mieux nous rappeler qu'ils sont formidables et innocents. Ces deux acceptions sont fausses, et le vrai but des films avec des enfants est d'oublier que la plupart d'entre eux sont nos esclaves. Première raison.
Il convient ici de rappeler que les enfants développés des pays développés sont la cause de la mort des parents, très souvent, que les jeunes enfants qu'on voit en général à l'écran sont déjà des adultes propriétaires de stock options et prêts à tuer pour être en couverture d'un magazine. Leur seul but est de faire semblant d'être les potes de nos enfants (et dieu sait que c'est, encore une fois, naïf, encore plus naïf que de croire que le train va nous écraser... Un adulte digne de ce nom devrait pourtant savoir qu'un enfant, fut-il célèbre, ne PEUT PAS être le copain de millions d'autres ! Réfléchissez ! Vous le saviez, non ?). Ainsi, nos enfants peuvent faire pression sur nous pour qu'on dépense une fortune pour acheter des produits hors de prix (films, t-shirts, disques et autres produits dérivés). Et nous, parents, ayant trop peur que nos enfants soient malheureux s'ils n'ont pas vu le dernier film fasciste de Léni Disney (ou un autre), on ne peut pas résister. On paye. Il faut que cela s'arrête.
LES FILMS DITS "PSYCHOLOGIQUES" OU "SOCIAUX" OU DITS "DU REEL" : Ces catégories n'existent pas, malgré ce qu'on essaie de nous faire croire (cf. Les Césars). Par contre, il est vrai qu'il existe une autre catégorie de films qu'on appelle "les films nuls sans mise en scène". Reposez-vous un instant, réfléchissez et réapprenez cette expression : "un film nul". Il n'y a pas de cinéma du réel, il n'y a que de mauvais films.
LES FILMS EN COSTUMES : Hahahahaha, je ris de vous voir si laids... Allons, ce subterfuge pour faire des films où on s'échine à filmer des objets et des vêtements supra-luxueux (au détriment des acteurs, remarque, c'est vrai que ça repose) ne sert qu’à une chose : vendre plus cher le prix du ticket.
LES FILMS QUI PRONENT L'EMERVEILLEMENT ET LE TRIOMPHE DE L'IMAGINATION : Les films "merveilleux" !!! Laissez-moi rire ! EN ART L'IMAGINATION N'EST RIEN. Règle universelle et absolue que rien, dans l'histoire entière de l'humanité, n'a contredit. Picasso avait-il de l'imagination ? Non ? Et bien, vous voyez...
LES FILMS QUE TOUT LE MONDE A TROUVE GENIAUX : Si vous êtes assez bêtes pour croire que ces films sont ne serait-ce que regardables, il est temps de faire une retraite spirituelle, ou de consulter un psychiatre, ou d'ouvrir un livre d'histoire.
C'est déjà pas mal. C'est dur, c'est lourd, mais souvent notre monde est comme ça, et c'est le seul prix possible à payer pour accéder à votre liberté. Maintenant, allez aux toilettes et méditez.
Mr Mort.
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Jeudi 15 septembre 2005

Recommander - Publié dans : Cinémort

(photo: "La Mort d'Orion" par Dr Devo)

Chères Focaliennes, Chers Focaliens,
 
On continue le butinage commencé hier, butinage en forme de session de rattrapage pour critique ayant du retard. Bah, ce n'est pas grave en fait.
 
Evidemment, il y a des périodes de vaches maigres au cinéma, comme ailleurs. L'été fut, pour ce site, une saison pas si mauvaise que ça, dans le sens où les activités professionnelles me tinrent éloigné, un peu, de Matière Focale, et que l'intérim stakhanoviste fut assuré par celui qui n'est jamais un intérimaire mais un élément essentiel : le Marquis. Il nous fit découvrir, encore et encore, avec une gourmandise non feinte, des perles et des "choses" extraites de son immense Dévédéthèque Nationale (appelée ainsi parce que la mémoire non exhaustive du Cinéma, elle est bien chez lui, parmi les milliers de volumes engrangés à des prix qui, en général, frisent l'indécence, mais par le bas, prouvant ainsi qu'une dévédéthèque peut être un sport populaire et, de toute façon plus populaire que le cinéma en salles, sport pour riches). Du coup, grâce à lui, l'été ne fut pas ennuyeux ni dépressif, bien au contraire. C'est brillant. Hommage.
 
Ici, la France donc. D'un point de vue mondialiste, même pas alter, c'est les vaches maigres, donc. On épuise le quota de films plus ou moins excitants en salles, et c'est vite fait. Restent, et vous l'aurez compris dès hier, les petits films d'exploitation qu'on n’a pas eu le temps de voir, et sur lesquels on se jette au ralenti avec un brin, voire beaucoup, de perversité (article d'hier), et puis ensuite, il ne reste que le rien. J'avais choisi une tactique pour choisir les films dans MON cinéma pathugmont (là-dessus aussi, article d'hier). Je pensais commencer par le film en salle 15, puis le film en salle 14, puis en salle 13, etc. Choisir son film par la salle. Y a-t-il procédé plus dégradant et régressif, me dis-je ? Et plus drôle, ajoutais-je in petto ? Oulipiste un jour, oulipiste toujours, je trouvais le procédé exquis, et sûrement très cinéphilique, puisqu'il s'agit de s'exposer au film tel qu'on est et quel qu'il soit. On appelle ça la générosité. Je me marre comme une baleine, conclus-je. S'ensuivit alors une visite, toujours dangereuse, sur le site Allociné (et oui !), pour jeter un œil aux sorties prochaines. Et là, catastrophe : les vaches seront maigres pendant encore quinze jours, soit trois semaines en tout avec la présente. Le cancer allait durer, et le Dr se dit que finalement, le choix par salle attendrait encore 7 jours. Mais je le ferai, je le ferai.
 
Quoi voir ? Il alla voir APPLESEED, dont il vous parlera plus tard sans doute, sans sentir en lui le vent de l'excitation et de la découverte souffler. Et puis, derrière, rien. Il y aurait bien eu, tant qu'à faire (voir hier), MR & MRS SMITH, mais il ne supporte pas Angelina Jolie, femme laide (d'ailleurs, Scarlett Johannson veut à tout prix lui ressembler, voir article d'hier je vous dis, ce qui est quand même un indice qui devrait faire réfléchir assez vite les fans respectifs des deux actrices), dont la vue lui fait craindre pour son portefeuille et son intelligence. Plus vulgaire, tumeur. En plus le film durait 120 minutes, et je sortais déjà de THE ISLAND (voir où vous savez...) avec ses 40 minutes de trop. Et le film passait à 16h30, quand même, ça fait tard. Allez, hop, retournons un peu en France. Dit-il. Pourquoi pas ? Comme disait le petit-fils spirituel d'Hergé, "il faut donner la chance" aux films français. C'était parti.
 
Devinette : quel est le rapport entre MA VIE EN L'AIR et VIRGIL? Philippe Nahon, les amis, Philippe Nahon. Pour ceux qui ne le connaissent pas, il s’agit de l'acteur fétiche de Gaspar Noé, sublime dans le diptyque CARNE et SEUL CONTRE TOUS. Gardons Nahon en tête pour lire la suite.
 
Rémi Bezançon réalise MA VIE EN L'AIR. J’avais vu les films annonces, très franco-français, bof. J'avais vaguement hésité, en rêve flemmard, à aller à une avant-première près de chez moi parce qu’une des actrices, Elsa Kikoïne, était la fille de Gérard Kikoïne, et que malgré moi, avec mon bon cœur tendre et sincère, j'aimais beaucoup son adaptation du Dr JEKYLL & Mr HYDE (EDGE OF SANITY). C'était maigre. La fille fait beaucoup de télé, me dit le Marquis, mais c'est bien la fille de son père. "C'est déjà ça", me dis-je en tendant mon ticket à l'ouvreur (Usher en anglais !), pour me donner du courage, comme un enfant superstitieux.
Ça raconte. Ça raconte l'histoire. Ça raconte l'histoire de Vincent Elbaz (Oh no !), qui est né dans un avion et qui, à ce titre, bénéficie de voyages gratuits, où il veut, quand il veut, pendant toute sa vie. Mais, problème, il a la phobie de l'avion (sa mère est morte en lui donnant la vie, ah oui !). Ce n’est pas de bol. C’est cocasse. Il a, par contre, un super-métier : spécialiste en sécurité aéronautique. Sans jamais avoir été dans un avion depuis son jour zéro, Elbaz fait donc des tests en simulateur pour les pilotes de ligne, tests qui sont souvent des torture-tests, afin de tester sang froid et acquis techniques des pilotes en cas d'urgence. Bien. Vincent vit avec un pote d'enfance qui tape l'incruste dans son appartement, le genre de pote qui glande dans la vie, et n'attend rien en buvant de la kro et en se levant à 11h tous les matins. Gentiment à la masse, gentiment looser. Vincent a connu Elsa Kikoïne lors d'un plan incruste dans une fête. Ils tombent amoureux, mais la belle doit filer un an en Australie. Tu me rejoindras à Noël. OK, répond-il. Et évidemment, il n'ose pas prendre l'avion, phobie oblige. Rupture. Dix ans après, il tombe amoureux de sa voisine du dessus, Marion Cotillard, sorte de jeune Macha Béranger qui, par voie de conséquence, en toute logique et bien évidemment, bosse à la radio. Elle vit avec un type mutique plus âgé qu'elle. Entre le souvenir douloureux mais fondateur d'Elsa et le sentiment nouveau pour Marion, le cœur balance...
 
Vous reprendrez bien un peu de purée ?
 
Bon, le sujet est nullosse, déjà vu 100,000 fois. Film annonce à l'avenant. Comédie trentenaire certes, de gueule déjà énormément moins m'as-tu-vu que l'atomique prétention d'un Klapisch et ses Poupées Espagnoles, films conchiants et arrogants. Dieu merci, ça ne ressemble pas à ça. Mais Dieu que c'est débandant ces sujets-là !
Un des problèmes de la France au Cinéma, ce sont les acteurs. Quelques ténors (Lonsdale, Huppert, etc.), mais structurellement, ça coince. Ça coince parce que tout les films se ressemblent, que même les ténors viennent à se compromettre dans les pires bouses (LES SŒURS FÂCHEES), parce que les avances sur recettes et autres systèmes de financement ne favorisent structurellement, comme le disait déjà Duras dans les années 80, QUE des films de merde ou médiocres... Ça coince structurellement. Exception culturelle oblige.  C'est déprimant.  Aux USA, soit "chez nous, en Amérique", comme vous le savez, au moins, les acteurs ont structurellement plus de chances de faire des choses nuancées. En jouant dans des films de college par exemple. Tout le problème français vient de là : il n'y a pas de films de collège en France. Je vous laisse deviner pourquoi. Un indice : on encense le premier débile qui fait un film qui marchote au box-office. Et après, on se les traîne pendant des années, ces acteurs : Elbaz, Le Bihan, Duris et tous les autres sont traités comme des stars, avant même un rôle marquant. Un rôle marquant aux USA, ce n'est pas un rôle dans un gros succès au box-office. Tous ces jeunes mecs n'ont rien fait de sensationnel, et ce sont quand même des stars. Du coup, ils deviennent officiers sans avoir fait leurs classes. La discipline et l'absence d'ego nécessaires à faire un film de college, ils ne connaissent pas.
Exemple : Ryan Philippe. Minet transparent au début. Sept ans plus tard, acteur formidable ! Voilà qui est impossible en France. Rappelez-vous qu'il y a peu, un journaliste osait dire, au vu de DE BATTRE MON CŒUR S'EST ARRÊTÉ, que Romain Duris était le nouveau Robert De Niro (époque TAXI DRIVER, bien sûr).
 
Passons. Et bien curieusement, MA VIE EN L'AIR n'apporte rien ! La narration se fait grâce à une voix-off, ni bonne ni mauvaise, qui fonctionne style Klapisch justement, en un peu moins bête, et sur une seule métaphore : les impossibles probabilités. [Nouvelle maladie des mises en scènes et scénarios qui n'avancent pas d'eux-mêmes ça, les voix-off !] Bon. La comédie sentimentale ne casse pas trois pattes à rien ni à personne. La mise en scène est assez plate, mais il y a un peu de photographie, loin des bandes grissouilles auxquelles on est habitué (au moins en intérieur). C'est déjà ça de pris. C'est en scope, pourquoi pas... [Un plan complètement raté quand même : le travelling arrière pendant le jogging dans le parc qui tremble de partout, grrrr...]
Malgré tout, on suit sans trop s'ennuyer la chose pour trois raisons. D'abord, parce que, miracle, Elbaz est plutôt sympathique. Je n'aime pas cet acteur du tout pourtant. Mais là, il la joue plutôt en retrait, plutôt sur la discrétion, un peu niaise. Et déjà, pour moi, c'est un exploit. Les acteurs français jeunes sont si arrogants (surtout aux vues des résultats), que là, voir Elbaz y aller sotto vocce, presque timidement, et bien ça marche ! Ce n'est pas le nouveau Philippe Nahon, bien sûr, mais ça fonctionne. Bon point. Et puis il y a aussi Marion Cotillard, actrice que je n'aimais pas non plus, mais qui, depuis quelques rôles, prend vraiment de la bouteille. Elle est vraiment impeccable, notamment dans un des deux ou trois plus beaux films de l'année, INNOCENCE, dans un univers opposé pourtant à ce qui se fait dans notre beau pays. On dirait qu'elle monte en puissance. Tant mieux. Elle n'a ceci dit  pas grand chose à faire ici. Mais bon, elle est sympathique, la Marion. Et puis, troisième minuscule avantage du film : le réalisateur a casé un maximum de scènes en simulateur d'avion ! Et ça, ça marche, j'aime bien.
Sinon, rien à dire, c'est gentiment plat : pas de jeu de montage particulier, ni de choses dans le son. Un téléfilm sympa, quoi. C'est déjà ça. Ceci dit, si j'avais payé 8 euros pour voir ça, j'aurais peut-être sorti mon disque de Michel Sardou plutôt que ces petits compliments.
 
VIRGIL. La boxe. Troisième film de boxe dans l'année après le Clint Eastwood MILLION DOLLAR BABY, (qui fit polémique sur ce site, 80 commentaires indignés !), et le Ron Howard (hahahaha !). Bon, ici aussi, comédie sentimentale sur fond social-un-peu, pas de quoi déclencher les sirènes d'alarme, c'est du morne. Malgré tout, prenons ces quelques détails en note.
D'abord, je me plains souvent qu'en France, c'est le pays du plan rapproché. On plaisante souvent avec le Marquis à ce propos. Je me demande parfois si le jeu de focales disponible à la location en France (parce qu'il y en a qu'un, c'est évident) n'est pas sous-loué, en plus, à d'autres pays. "Le grand angle doit être en location en Italie", me dis-je parfois avec le Marquis ! Et bien là, non ! Le réalisateur de VIRGIL a fait le contraire de ses petits camarades : tout (ou presque) en grand-angle ! Gros plan ? Grand angle ! Plan rapproché ? Grand angle ! C'est très amusant ! Laid, mais très amusant. Surtout quand cette "fantaisie" est alliée à des gourmandises loufoques mais encore une fois laides (et mal réalisées) telle cette caméra fixée sur une portière de voiture qui se ferme et s'ouvre au bon vouloir de l'acteur qui la manipule. Allons, Monsieur le réalisateur, allez voir un film de Julio Medem. Ça élargira vos horizons.
 
Evidemment, on le sait, même si c'est une maladie mondiale, en France, "Echelle de plans, 'connais pas !".
 
Râlons encore sur l'emploi de la musique. Ici, de beaux tubes oubliés de soul music, très beaux effectivement, mais beaux sans le film. Le procédé est putassier et consiste à faire passer une émotion que la mise en scène (j'ai dit la mise en scène, pas le reste !) ne sait pas faire passer. Tout le monde ici fait ça, et le réalisateur aurait tort de se priver en quelque sorte. Mais c'est vraiment insupportable. On n'est pas des gogols, et ce genre de procédé est manipulatoire et anti-généreux. Question : c'est quoi, un film honteusement manipulatoire ? VIRGIL ou MANDERLAY ?  
Il reste néanmoins quelques beaux passages, pour deux raisons. D’abord grâce à Léa Drucker, une bonne actrice qui n'a pas forcément peur du ridicule. Je conseille d'ailleurs sa belle prestation dans DANS MA PEAU, le beau film auto-mutilatoire de Marina De Van (un chouette film, très ambitieux). Elle est vraiment pas mal ici (exploit au vu de l'ensemble du film !), voire très bonne dans une scène où "ça joue" avec son père dans le film, Philippe Nahon, impeccable comme d'habitude, ultra-magnétique.
Sinon ? Ben, sinon rien.
 
Les Drucker, Nahon et Cotillard (et même Elbaz !)  méritent quand même mieux que ça. MA VIE EN L'AIR est certes plutôt soigné et modeste, mais dans les deux cas, ces films ont en commun le pire des maux en matière de cinéma : avant toute chose, ce sont des films de scénario, de scénario et de scénario. Hors, on sait tous que le cinéma, c'est avant tout une histoire de mise en scène. Béatifier de la sorte le scénario reviendrait, en peinture, à béatifier le sujet du tableau : "j'aime bien ce tableau parce que c'est une descente de croix". On n'oserait jamais dire ça dans un musée, alors pourquoi ne pas être aussi exigeant au cinéma ?
Du cinéma de scénario, c'est peu ou prou ce que fait la télévision. Et effectivement, on aimerait que le cinéma populaire français vise un peu plus haut que le niveau du téléfilm. Un peu comme si c'était un art...
 
Gentiment Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Mercredi 14 septembre 2005

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi
(photo: "Hommage à Wenders" par Dr Devo)
 
Chers Amis,
 
Tiens, c’est marrant, dans le nouveau TELERAMA (j’ai zappé celui de la semaine dernière, et ne l’ai même pas ouvert quand j’ai vu qu’il osait faire la couv’ sur Bill Murray, ces salauds, alors qu’il ne l’avaient pas faite il y a quelques années sur RUSHMORE de Wes Anderson), il y a une enquête intitulée : « Y-a-t-il trop de films qui sortent ? ». Télérama + cette question = un gros éclat de rire en prévision, bien sûr. Mais c’est encore plus drôle quand on ouvre le tabloïd (parce que c’en est un, en toute honnêteté, et ceci dit sans méchanceté), lorsqu’on s’aperçoit qu’ils ont été interroger Marin Karmitz, le patron de MK2, qui est quand même le nouveau nabab de la distribution française, au même titre qu’UGC et Gaumont ! Il y a de l’indépendance dans l’air ! Autant demander au patron de la FNAC ce qu’il pense de la production musicale de la scène industrielle des années 80 (c’est tellement chic), pendant qu’il est train de nous fourguer du Calogero et du Star Academy à tout va. Le bonhomme se trahit deux fois au moins, malgré sa réputation de défenseur du cinéma art et essai de qualité (…alors qu’on sait, sur ce site, que les cinémas commerciaux et art et essai, je le rappelle, ne se distinguent que par le nom de la salle où le film passe !).
D’abord, il passe très vite sur le fait qu’il ait projeté MYSTERIOUS SKIN (film dont il est aussi le distributeur) en numérique à Paris, à partir d’un simple DVD  ou d'une cassette DV ! Il dit qu’il n’avait pas assez de copies, et que le film, sinon, n’aurait pas été visible en Province. Si Gaumont, UGC ou MK2 n’ont plus assez d’argent pour tirer dix copies de plus, la France va mal ! C’est un mensonge complet bien sûr. Karmitz a les moyens de se payer ses copies, et il a été juste pris la main dans le sac. D’ailleurs, Télérama omet généreusement de préciser que le Marin K. avait omis de dire à ses spectateurs qu’ils ne verraient pas le film sur support pellicule, mais en numérique. Et qu’il avait omis également de demander la permission à Gregg Arraki, le réalisateur. Enfin, pour rappel, un film comme le dernier HARRY POTTER se tire à 1000 copies peu ou prou, LE PARFUM DE LA DAME EN NOIR sera sûrement distribué avec 400-500 copies, et FIVE OBSTRUCTIONS de Lars Von Trier n’a pourtant pas même 20 copies quand il sort sur les écrans…
Deuxièmement, Télérama lui pose une question très intéressante (comme quoi, je suis impartial !). Il lui demande si le nombre de copies justement n’est pas un problème. Allez voir comment Karmitz ne répond pas à la question !  Etonnant, non ? CQFD plutôt, je dirais…
 
Pour régler définitivement tous ces problèmes, j’ai la solution, et elle est  ! Maintenant, parlons un peu cinéma.
 
Aujourd'hui on va butiner un petit peu et essayer de rattraper le retard. Grâce à ma carte illimitée Pathugmont, je peux aller au cinéma sans rien payer, et aller voir les pires comme les meilleures choses. Déjà 80 films vus depuis la fin janvier. Pas que du bon bien sûr, étant en Province et étant limité par la programmation plutôt grand public (mais ce n'est pas la seule raison) de MON cinéma Pathugmont. MON cinéma, car quand même, je paye chaque mois des traites pour pouvoir aller au ciné, et donc petit à petit, j'ai l'impression de rembourser l'achat du cinéma lui-même. Les autres détenteurs de la carte sont des co-propriétaires en somme. [D'ailleurs, à ce titre, je devrais avoir mon mot à dire sur la programmation, non ?]
 
Commençons par LE TRANSPORTEUR II, de Louis Leterrier, dont j'avais déjà parlé ici à l'occasion de son dernier film, DANNY THE DOG, film oubliable et oublié certes, mais qui m'avait paru relativement honnête, en un certain sens, car sa projection suivait celles de THE AVIATOR et d’ALEXANDRE qui eux, par contre, étaient des boursouflures immondes, dans le sens où leurs réalisateurs avaient beaucoup plus de talent sans doute que Leterrier, mais n'avaient aucune lucidité sur leur film, et en avaient fait des monstres cinématographiques d'une indigence bien supérieure et bien plus impardonnable que ce qu’on pouvait trouver dans DANNY THE DOG.
Leterrier est un protégé de Luc Besson, qui ici produit encore via sa société Europa Corp. On reproche beaucoup de choses à Besson, soit dit en passant. Je n'aime pas du tout ce qu'il fait (à part JEANNE D'ARC, qui me semble être, enfin, du cinéma et de la mise en scène avec point de vue, même si ce n'est pas un grand film). Mais je trouve assez normal qu'il rafle la mise, dans le sens où il affiche clairement la couleur, loin de certaines prétentions. Quand vous voyez un film comme IZNOGOUD ou LES SŒURS FACHEES, je trouve logique que Besson fasse plus d'entrées avec DANNY THE DOG, même si on peut mettre ça sur le compte de l'américanisme de la production (ce qui est assez faux du reste, DANNY... étant un film anglais en fait !). Au moins, il y a de la lumière, des décors et un certain soin. Même si c'est de mauvais goût, ils ont essayé de soigner la copie. On est bien loin de l'indigence d'IZNOGOUD donc...  En plus, Besson semble avoir renoncé à ses productions les plus médiocres, du type TAXI  ou YAMAKASI, ce qui plutôt une bonne chose. Passons.
Je n'avais pas vu LE TRANSPORTEUR. Bon. Ça raconte l'histoire de Jason Statham, une sorte de mercenaire qui adore les voitures et accepte toutes les missions de protection ou de livraison. Là, il s'occupe d'une famille dont le père, Matthew Modine (très bon acteur qu'on va retrouver chez Ferrara, mais qui là, pour la deuxième fois après l'épouvantable LE DIVORCE de l'ignoble James Ivory, joue encore ici le rôle du "sale con qui ne comprend rien sur simple décision du scénariste", le "con ex-machina" en quelque sorte !) est une sorte de sénateur US qui a décidé d'organiser une conférence sur le démantèlement des cartels de la drogue sud-américains. C'est un job tranquille pour Jason : il emmène Madame faire des courses et conduit le fiston à l'école ! Un méchant narco-trafiquant colombien s'en mêle, et inocule un virus mortel au petit gamin histoire de faire chanter le papa ! Jason va tout faire pour récupérer le vaccin et faire la peau du Méchant. Pour se faire, il sera aidé par un inspecteur de police français, personnage issu du premier épisode sans doute, joué par François Berléand qui, malgré un rôle trop carré, est plutôt pas mal.
Bref, on l'aura compris, c'est du carré, c'est du bolino à consommer en plateau télé. Ce n’est pas du Ronsard, mais ce n'est pas de l'amerloque non plus, comme mon collègue de KUHE IN HALBTRAUER le faisait remarquer sur son site. C'est un film français ! La preuve irréfutable étant : bien sûr, Berléand joue dedans ! Du coup, c'est relativement agréable. Le film est assez con-con mais sec, ça dure 87 minutes et basta, on rentre chez soi et on mange un Miko parce qu'il fait chaud. Je confirme ce que je disais à l'époque de DANNY THE DOG sur Leterrier : il fait des plans un peu plus longs que ses camarades metteurs en scène de films d'action, ce qui est un peu moins saoulant. Malheureusement, c'est encore un peu court, et le mal du siècle cinématographique (la mauvaise spatialisation) revient au grand galop. Vous me rallongerez tout ça ! Bon, donc, ça ne casse pas trois pattes à un canard, surtout dans les parties "sentimentales" et familiales, mais ça se regarde sans se fâcher, en dormant gentiment. Il y avait sans doute plus à manger dans DANNY THE DOG... Par contre, la "méchante tueuse" est incroyablement caricaturale, une sorte de monstre épouvantable (où ils ont trouvé cette fille ??). Avec elle, on rigole franchement, car ils n'y sont pas allés de main morte pour charger la mule. Le résultat est un personnage d'une vulgarité ahurissante et vraiment drôle. C'est évidemment le point fort du film. Un mot enfin pour dire que la photo, très voyante et toute en contrastes, a l'avantage d'être précise, sans effets de flou comme c'est souvent le cas. C'est propre. Je note aussi que la scène avec le camion qui va rouler sur le vaccin m'a paru plutôt rigolote.
 
Ah, Michael Bay ! Le poète d'Hollywood. J'étais tombé bien malgré moi sur des articles sur THE ISLAND au moment de la sortie du film. Surprise, les journalistes trouvaient que, pour une fois, ce n’était pas trop mal. Bizarre, me dis-je. Puis je lus l'article de Libération, qui disait, en somme qu'ils détestaient Michael Bay, mais que là, le gars avait signé son chef-d'œuvre, le film de sa vie ! Un sommet d'anticipation dépressive et de psychologie superfine, un peu comme LA GUERRE DES MONDES de Spielberg quelques semaines plus tôt ! Ben tiens ! Aussi bien, j'aurais cru les autres journalistes, pourquoi pas (Adrian Lyne n'a réalisé que des petites bouses, et du jour au lendemain il a pondu L'ECHELLE DE JACOB, avant de retourner à son fond de commerce habituel). Mais voir Libé qui crie au génie... Là coco, je me suis dit, tu peux y aller, c'est sûrement très mauvais ! Effectivement, je n'avais pas complètement tort !
Ça se passe dans un futur proche. La Terre a été contaminée, et les survivants vivent dans un complexe big brotherisé fait de tours hermétiques. Tout est contrôlé, de la qualité de vos urines à votre emploi du temps, de votre santé mentale à votre régime alimentaire. Tout le monde est heureux et sain dans le meilleur des mondes, monde d'ailleurs totalement asexué (ce qui nous vaudra une scène de sexe débutant absolument splendouillette !). Chaque jour, une loterie est organisée. Le gagnant a le droit de partir sur l'Île, la seule région du monde préservée de la contamination, qui est aussi un lieu paradisiaque où l’on peut vivre enfin à l'air libre. Ewan McGregor, ceci dit, a des doutes. Il y a ce rêve récurrent où il se voit en train de s'enfuir en bateau, et puis cette question qui le taraude : est-ce qu'il n'y a que ça à espérer, l'Île est-elle le seul rêve accessible ? En se baladant (illégalement) dans les sous-sols de la ville pour voir son ami Steve Buscemi (hey !), il découvre un insecte miraculeusement préservé de la contamination. Le doute s'installe. Et si on leur avait menti depuis le début ? Et si le tirage au sort cachait une vérité bien plus horrible ?
On découvre assez vite à quelle sauce on va être mangé. Ça sent le SOLEIL VERT vs. L'ÂGE DE CRISTAL à trois milles lieues à la ronde, et effectivement, on ne va pas être déçu. Remettre au goût du jour les fictions paranoïaques des années 70, pourquoi pas... Malheureusement, tout ça ne va pas très loin. D'abord à cause des personnages, trop lisibles, trop caricaturaux. Ils ne changeront pas d'attitude d'un pouce, du début à la fin du métrage, malgré les horribles découvertes qui s'enchaînent. L'erreur stratégique quant au personnage de McGregor est particulièrement parlante : ce type sait que tout ça est faux depuis le début, ce qui laisse peu de place à l'effroi par la suite. De plus, ses rapports avec les autres personnages (notamment les dirigeants) sont logiquement faussés. Au final, les "méchants" sont si caricaturaux que rien qu'à leur trogne, avant même qu'ils n'ouvrent la bouche, on sent bien qu'ils nous cachent quelque chose. Reste à savoir quoi, sans se faire des palpitations, sans mettre notre cerveau à profit, mais en suivant tranquillement le loooooonnng  déroulé du film, qui nous dira où est le pot aux roses, sans que l'on soit, du coup, vraiment concerné. Michael Bay signe donc un film paranoïaque effectivement, mais surtout pour les 6-7 ans. Les autres savent bien que tout cela est un film d'action, et même de poursuite, assez poussif au niveau du rythme. Bref, THE ISLAND est aussi surprenant que la série des MATRIX est ambiguë ! Donc, le coup du scénario fouillé psychologiquement, cher à Libération, est une des arnaques de l'année, ou alors, le journaliste incriminé a 7 ans, ce qui soit dit en passant expliquerait bien des choses. Évidemment, Bay essaie de placer des personnages secondaires ou des remarques "ambiguës", au moins dans l'intention, mais avec de si gros sabots que, justement, l'ambiguïté, tel l'amour propre, ne le reste jamais longtemps ! [Par exemple, ce personnage qui croit avoir la preuve que la loterie est truquée, ou encore la cruelle question des "originaux" qui ont vraiment besoin de leur "police d'assurance".]
Côté mise en scène, c'est du Michael Bay sobre. Façon de parler. Il s'est un peu calmé sur sa destruction massive de l'échelle de plans, ou alors il a fait tellement école à Hollywood que ça ne se voit plus. Le montage est légèrement moins frénétique, très légèrement, mais ressemble encore à du gros gloubiboulga avec des grumeaux. Il faut dire que la garçon n'est pas aidé par un scénario poussif (voir plus haut) et, qui en plus fait traînasser la narration pendant près de 2h20, ce qui est excessivement long et révèle cruellement l'alternance des scènes poursuites / dialogues / poursuites... dont le principe est bien sûr de ne pas lasser le spectateur, en le secouant puis en lui laissant le temps de souffler. Mouais. Mais ceci est trop long, et le scénario place de toute façon le spectateur en position omnisciente, ce qui est très dommageable pour un film paranoïaque ! D'un certain côté, LE TRANSPORTEUR II  a le même sens de l'esbroufe, mais au moins paraît largement plus sec, ce qui est tout à son avantage.
Le film, sinon, est d'un luxe absolu, richissime, notamment au niveau de la photo sur-léchouillée, même si elle ne prouve ni son bon goût ni son originalité. Ce luxe ne sera contredit que par deux facteurs : les horribles effets spéciaux (notamment cette archaïque poursuite en moto-jet) et les splendouillettement ridicules vêtements techno-branchouilles, du pire effet dans la partie "contemporaine", et rétro 70 dans la partie "anticipation". Que cela est laid ! L'autre problème, c'est également le film-annonce qui annonce clairement de quoi les personnages sont victimes (autant dire qui est Kayser Sozé dans USUAL SUSPECTS dès la bande-annonce!), et comment le film va se terminer ! C'est gonflé ! Et un peu kamikaze.
McGregor est ici looké djeun's. Un peu moins fadasse que d'habitude, mais sans plus. Steve Buscemi porte un écriteau "je vais mourir en début de bobine 3" sur le front, ce qui est, là aussi, un peu gênant. Et Scarlett Johansson est en train de dilapider son capital sympathie à très grande vitesse ! Déjà fade dans le fade EN BONNE COMPAGNIE (dont j'avais parlé ici, encensé par la critique en dépit de sa médiocrité galactique, et auquel, sur le même terrain, il faut préférer BLACK / WHITE), elle confirme ici son manque complet de personnalité et surtout son absence totale de conviction. La scène où elle se retrouve en face de sa propre image télévisée est un grand moment de splendouilletterie décadente ! Et attention, je vais céquhefder grave : elle est déjà passée sous le scalpel du chirurgien esthétique ! C'était visible dans le plan dans l'ascenseur, déjà présent dans le film annonce, plan pendant lequel je vous mets au défi de la reconnaître. C'est évident aussi pendant la durée du film (et Dieu sait qu'on a le temps) : la petite s'est fait refaire lèvres et yeux, et peut-être la bouche ! Adieu Scarlett, et bienvenue au club des bimbos berverlyhillsées d'Hollywood. Elle joue, ceci dit, le jeu du film dont la devise semble être : "Hâtons-nous de nous dépêcher de rentrer dans le rang des anonymes !" Bah...
 
On aura compris en tout cas qu’on préfèrera emmener son petit cousin de 9 ans aller voir LE TRANSPORTEUR II plutôt que THE ISLAND, s’il faut choisir, le film de Leterrier étant nettement plus franc du collier !
 
Bon, il fait combien de pages, cet article ? J'ai le temps de vous parler de FURTIF ? Ça va être un peu juste peut-être… Allez, on va en garder un peu pour demain !
 
Salutairement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Mardi 13 septembre 2005

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi

Photo: "Essai de Méfiance Jubilatoire" par Dr Devo.

Chères Focaliens, Chères Focaliennes,
 
Lors de mon bref passage à l'Etrange Festival, qui se tient pour encore une semaine au forum des images à Paris, je vis le 3e jour le superbe MANDERLAY de Lars Von Trier, qui sortira en novembre prochain, et dont je vous ai déjà parlé. Le même jour, je vis deux autres superbes films que je ne pouvais décemment pas passer sous silence (j'aborderai le deuxième un jour prochain d'ailleurs).
 
Comment ça se passe dans la tête et dans le quotidien d'un artiste ? Bonne question de Constance, 11 ans, dans le Loir-et-Cher. Et bien, chère Constance, permets-moi, si ces questions t'intéressent, de te donner quelques conseils de lecture. D'abord, ne jamais lire une autobiographie d'artiste, ce sont en général d'horribles pensums m'as-tu-vu où tu n'apprendras rien, sinon la composition et le nom de quelques uns des plus appréciés petits fours. Bien. Ensuite, puisque je te soupçonne de t'intéresser au cinéma, il faut que tu lises absolument NOTES SUR LE CINEMATOGRAPHE de Robert Bresson. Tu n'y apprendras rien de ce qui se passe dans la tête d'un artiste, puisque ce n'est pas du tout le propos et que le livre est un ouvrage que beaucoup qualifieraient de théorique, à tort d'ailleurs. Tu n'y apprendras rien non plus sur le quotidien d'un artiste, pour la même raison. Et même si tu détestes Bresson, tu auras entre les mains le plus grand livre jamais écrit sur le cinéma. C'est admirable de bout en bout, ça respire l'intelligence, le style est d'un classieux des plus chics, et en plus, ça te permettra de te poser les vraies questions et de trouver les bonnes réponses, si un jour tu veux faire du cinéma, chose que je ne te souhaite pas vraiment, sauf si tu peux te passer longtemps de nourriture ou si tes parents sont démesurément riches ! Déjà, lis ça. Ensuite, tu peux lire le JOURNAL de Brian Eno. Bon, ce n'est pas un cinéaste, c'est certain, mais c'est très drôle, souvent à la limite du davidnivenisme (cette maladie bien connue des artistes et des autres, qu'on appelle en France le jeanclaudebrialisme) mais sans jamais y tomber vraiment. Il y a même une scène où il rencontre Björk dans un sauna ! C’est très drôle, notamment les pages sur l'horrible Pavarotti que le style poli et pince-sans-rire d’Eno n'épargne pas, enfin ! Continuons par ordre croissant d'intérêt. Il faut que tu lises le JOURNAL DES IDIOTS de Lars Von Trier, qui raconte, comme son nom l'indique, le journal dictaphoné du gentil danois pendant le tournage de ce fameux film. C'est fabuleusement subjectif, et c'est passionnant. Ensuite, tu pourras lire n'importe quel livre de Salvador Dali. Et là, de très loin, c'est le meilleur conseil que je te donne.
 
Aussi bien je trouve la peinture de Dali absolument inintéressante, aussi bien je pense que Dali est un artiste absolument primordial, un maître qu'il faut repenser sans l'image d'Epinal qui lui colle à la peau (le génie du chocolat Lanvin bourré de fric), mais aussi à travers et par delà cette image. Tout ce qu'on t'a dit sur Dali est vrai, sauf en ce qui concerne sa peinture, mais étant absolument incompétent et inculte en la matière, passons. Le Dali écrivain est sublimissime. Et ce à tous les niveaux. D'abord parce que c'est formidablement écrit, dans un style précieux et précis, certes, mais sur le ton d'une formidable jubilation autocentrée. C'est un délice à lire, extravaguant souvent, sincère tout le temps, et surtout, surtout, chose qu'on omet très souvent, c'est d'une drôlerie et d'un humour absolument constants. Quelle chose formidable ! Tu prends un de ses livres au hasard, tu lis et tu pleures devant tant de beauté et d'intelligence. Dali, c'est avant tout un cerveau superbe et original, et n'ayons pas peur des mots, même s'ils confortent la légende, sur le plan artistique, c'est un génie complet, peut-être la plus grande pensée du XXème et de très loin, malgré son horrible peinture, mais qu'importe. Ce type est un bouleversificateur de l'Art, comme Einstein le fut pour la science. Il y a un avant et un après. Et se confronter à ces livres, c'est enfin dépasser et aussi comprendre le personnage public, intransigeant et cohérent du début jusqu'à la fin, hormis sa peinture, mais je crois que ça, je l'ai déjà dit. En tant que cinéaste, ce n’est pas n'importe quoi non plus. Et figure toi, Constance, figurez-vous chers lecteurs, que grâce à l'Etrange Festival, bénis soient-ils ces petits gars-là (ils ne me paient même pas pour dire tout le bien que j'écris ici ! Une honte !), je vis IMPRESSIONS DE LA HAUTE MONGOLIE, film que Dali réalisa pour la télévision !
 
Ben oui, les amis, c'est comme ça : à l'époque, la télé, c'était une heure et dix minutes de carte blanche à Dali, si je veux. À part Michel Drucker, qui peut se payer un luxe pareil de nos jours ? Le service public de maintenant préfère Mireille Dumas ou ENVOYÉ SPECIAL (la seule émission du PAF qui devrait être interdite, tellement c'est affligeant, démagogique et ennuyeux... DES RACINES ET DES AILES aussi d'ailleurs !). Passons. Le film est d'abord et avant tout un hommage respectueux à l'écrivain Raymond Roussel, auquel d'ailleurs il ne sera fait, en 60 minutes, quasiment aucune allusion, et dont pourtant le film dans son ensemble, comme dans ses parties les plus petites, porte la marque indélébile.
On commence par rentrer dans un tableau impressionniste dont je serais bien incapable de dire de qui il est (Renoir peut-être... Je vous avais dit, je suis inculte). Lent travelling sur son lit de petits zooms indécelables, qui petit à petit nous fait rentrer jusqu'à l'abstraction dans les traces de coups de pinceau, puis jusqu'au grain même de la toile. Le décor est planté et on est prévenu : il ne va pas falloir être coincé du micro ou du macrocosme pour voyager avec Salvador, car c'est de cela qu'il s'agit. On n'est pas volé sur le titre, car nous allons effectivement voyager jusqu'en Haute Mongolie. Et vous ressortirez, je vous le promets, si jamais vous avez l'immense et improbable chance de voir le film (parce que bien sûr, la télé ne rediffuse jamais ce genre de choses), vous aurez de la terre mongolienne sur la toile de vos chaussures. Impressionnant.
 
Comment voyager en Haute-Mongolie, et aussi pourquoi ? Dali nous explique que là où il vit, en Espagne, superbe villa donnant sur la crique magnifique et splendueuse (ce mot a été inventé par le mec qui a inventé le terme splendouillet, M. Ferdinand Schultz, également créateur du classement alphabétique schultzien dont j'ai déjà parlé ici) sur un petit port de pêche. Là, Dali peint Gala, sa femme éternelle, dans un superbe sur-sur-cadrage. On voit le Maître peindre la toile, et calculer les perspectives avec une baguette et le manche du pinceau (sur-cadrage sur la toile in progress), on voit Gala poser en face d’un miroir, les deux éléments étant cadrés par le bord droit du plan (re-surcadrage), et enfin on voit la fenêtre qui cadre elle-même la vue sur la baie, le port de pêche et la montagne au loin, sur-cadrage final. Plus tranquillement baroque, tu meurs. [Evidemment, plus loin dans le film, Gala se lèvera pour admirer le tableau en cours, bousculant joyeusement ce cadrage multiple, c’est gourmand !]
Par la suite, Dali nous fait visiter sa maison en caméra subjective (seule concession narrative d’ailleurs). Ce jour-là, explique-t-il en voix-off, il allait tranquillement à son atelier, quand tout à coup il aperçut cette vieille carte postale encadrée dans le vestibule, comme si elle n’avait jamais été là. La carte postale représente la Haute Mongolie. Dali fait lever une expédition scientifique sur le champ, afin d’explorer l’endroit décrit par la carte postale. Il affrète une équipe des meilleurs scientifiques du moment, comme nous le « prouvent » malicieusement les coupures de journaux que nous montre le montage (si c’est dans le journal, c’est donc vrai, d’ailleurs les gros titres montrent bien que les journalistes sont critiques devant cette nouvelle idée de ce fou de Dali, et les piques sont sarcastiques. Réaliste, non ? Donc, c’est une preuve). Sur place, l’équipe trouve un stupéfiant champignon blanc géant (plusieurs mètres de haut) incarnation totale du cerveau de Dali. Macro et micro se rejoignent encore. CQFD. Sans le savoir, nous sommes déjà en Haute Mongolie, à la source du souvenir et, accessoirement, du cerveau du Maître. Sans quitter l’Espagne, on voyage.
La suite est forcément toujours du voyage, car seul le voyage par la pensée existe, avec ou sans déplacement physique, et Dali remplit facilement son contrat, car le dépaysement de cette Mongolie affective (et jamais vécue par Dali, comme de bien entendu) est total. Le voyage est dickien, et roussélien bien sûr.
Pendant tout le film, Dali va nous perdre dans des plans de plus en plus microscopiques sur la toile ou sur la carte postale, déployant son film dans une joyeuse abstraction, totalement logique du reste.
 
Le voyage nous emmènera non seulement en Mongolie, mais aussi dans le Musée personnel de Salvador (son cerveau, bien sûr), voyage fantastique dans tous les sens du terme. Enfin, puisque nous sommes passés par le corps de Dali, le film commence à se clore, si j'ose dire, sur une manifestation incroyable où Dali organise pour les Mongoliens (je cite !) une gigantesque geste plastique. Des toiles géantes sont déployées dans la rue (macro !) et les Mongoliens s’emparent de lances à eau remplies de peintures de différentes couleurs, et ils aspergent  joyeusement en se marrant comme des baleines mongoliennes les toiles géantes, dans un mouvement éjaculatoire stupide, crois-je au premier abord, mais non… Dali va nous montrer qu’il s’agit d’un mouvement urinatoire. J’y viens. Avant de souiller les toiles de gribouillis peinturesques proprement débiles, Dali est sorti d’un hôtel de luxe, acclamé par la foule qui scande son nom et brandit des pancartes où l’on peut lire le nom « boligrafo » (si ma mémoire est bonne), c'est-à-dire stylographe en espagnol, je suppose. La manifestation est donc à la gloire du Maître, mais plus encore à la gloire de ce stylo ! Mouais… Où veut-il venir, me dis-je en regardant les Mongoliens (des madrilènes en fait, car la scène est tournée à Madrid) asperger les toiles en se bidonnant comme les acteurs de VidéoGag se bidonnent en jouant avec le tuyau d’arrosage dans le jardin.
Dali, généreux, se confie. Il montre à la caméra le fameux stylo, stylo promotionnel d’un hôtel, en plastique blanc, mais cerné d’un anneau central en cuivre. Il explique que ce «bolographe» contient tout l’univers, et surtout tout le film que nous venons de voir. Tout les plans de Mongolie, d’Espagne, et tous les plans sur les toiles y sont contenus également. Sacré Dali, me dis-je en rigolant devant cette énième pirouette micro / macro… Et il n’empêche, la démonstration qui suit est hallucinante. On y voit un technicien en train de filmer en vidéo, via un énorme microscope, la plaque de cuivre du stylo. Sur l’écran de contrôle, on retrouve les plans magnifiés, le détail du stylo invisible à l’œil nu, et, émus, nous constatons que ces images « collent » parfaitement avec les micro-plans sur les toiles de peinture ! La démonstration est faite. Toute la peinture tient dans ce stylo, et même tout le film que nous venons de voir.
Outre la beauté plastique générale du film (incrustations, cadrages, montage, et mouvements), nous sommes ébahis, sur les fesses et émus encore, d’avoir été dans la confidence généreuse (et drôle !) du Maître.
Dali explique que s’il n’était pas aussi pudique, il se mettrait nu devant le stylo et déposerait sur la minuscule partie cuivrée une goûte d’urine « sortie de [son] petit sexe ». Le film se conclut en remontant à l’envers le premier plan (la toile que j’attribue à Renoir).
 
Drôle. Sublime. Dali.
 
Généreusement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
PS : Je crois qu’on trouve sur le net l’interview de Dali par Jacques Chancel, honteusement remontée d’ailleurs par ce dernier. Allez écouter ça, vous rirez aux larmes (d’émotion, d’humour, et d’intelligence !) et vous verrez clairement la ligne qui distingue le Médiocre Arriviste de l’Esprit Brillant. Edifiant…
 
Retrouvez d'autres articles sur d'autres films, en accédant à l'Index des Films Abordés : cliquez ici !
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Lundi 12 septembre 2005

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi

AVANT-PROPOS

Chers Amis,

C'est à une requête bien inhabituelle que j'ai dû faire face hier ! Certains connaissent peut-être le site Cinémort, qu'on peut retrouver dans la rubrique LIENS de ce site. Depuis quelques temps déjà, ce site que j'apprécie beaucoup est plus ou moins en mort clinique. Mr Mort, son créateur (quel pseudo !), n'alimente plus la chose depuis déjà pas mal de temps, et c'est bien dommage.
J'avais, au début de l'été, envoyé un mail à Mr Mort, pour lui donner un peu de courage et surtout pour savoir si, oui ou non, il allait reprendre son splendouillet et macabre site. Il répondit que ses occupations professionnelles ne lui laissaient que peu de temps, et qu'il n'osait plus alimenter son site, car à ses yeux, un blog doit proposer des articles quotidiennement ou presque, et que lui ne pouvait écrire un billet que de temps en temps. Il m'annonçait par la même occasion qu'il allait fermer son site. Triste.
Et puis hier, il me propose une autre formule. Il veut toujours fermer son site, mais me propose d'héberger ses vieux articles (délicieux !). De plus, il me propose de rejoindre les rangs de mes collaborateurs, aux côtés du prolifique Marquis, du Shériff, de Tournevis, de Captain Pangol' Inn et de Aretha Wyat-Sends, et à ce titre, d'envoyer un article par mois au moins. Evidemment, étant grand fan du Monsieur, j'accepte, et donc Mr Mort rejoint l'équipe pour mon plus grand plaisir, et j'espère le vôtre ! Je vais donc rapatrier petit à petit ses articles, et j'attend son prochain avec impatience.

Mr Mort est dur, malpoli, iconoclaste, mais toujours drôle et lucide. C'est une sorte d'extra-terrestre, et à ce titre, il a sa place ici. En guise d'apéritif, je vous livre son premier article, assez délicieux ! Vous retrouverez donc désormais ces articles dans une catégorie à part (vous allez comprendre pourquoi) qu'on appellera du nom de son ancien site : "Cinémort".
Accrochez vos ceintures, ça va secouer, et faites un accueil triomphal à Mr Mort. Bon Dimanche sous vos applaudissements !
Dr Devo.



(photo:"Là où nous avions enterré la Hachette" par Dr Devo)



A TOUT SAIGNEUR

(article originellement paru sur le site Cinémort le 20 février 2005)

Puisqu'il faut commencer quelque part, souhaitons Longue Mort à cette rubrique.

Le cinéma vit ses derners instants. Sans doutes admis. Un site se devait de saluer cette mort à juste titre et enterrer ce qu'on a nommé le Septième Art, dans un accès de fièvre finalement très court.

Le cinéma étant mort, certains de ses artisans les plus médiocres également. Saluons les et bon débarras:

Bertrand Tavernier

Jeanne Moreau

Ken Loach

Mike Leigh

Jean Renoir

Abbas Kioristami

Woody Allen

Yvan Reitman

Arnaud Desplechin

Roland Joffé

James Ivory

Gérard Oury

Raymond Depardon

Pedro Almodovar

Jean-Pierre Mocky

David Lean

Steven Spielberg

Josée Dayan

James Cameron

Pier Paolo Pasolini

Yasujiro Ozu

Chantal Akerman

Agnès Varda

Nanni Moretti

Les Frères Lumière

William Friedkin

Jean Rochefort

Agnès Jaoui

Joel et Ethan Coen

Roberto Begnini

Sam Raimi

Gérard Depardieu

Aki Kaurismaki

Roberto Rossellini

Im Kwon-Taek

Marlon Brando

Luchino Visconti

Claude Chabrol

Emir Kusturica

Wong Kar-Wai

Sydney Lumet

Kevin Spacey

John Woo

Isabelle Adjani

Christophe Gans

Park Chan-Wook

Luc Besson

Clint Eastwood

etc...

La vie sera plus facile sans eux. Longue Mort à ce site et Longue Mort à eux.

Mr Mort

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Dimanche 11 septembre 2005

Recommander - Publié dans : Cinémort

Chers Amis,

Aujourd'hui votre bon docteur se repose et c'est vous qui travaillez. On va reparler de l'Etrange Festival, au forum des images à Paris (où aura lieu ce soir un fabuleux concert avec Big, puis Alexander Haacke, le bassiste de Einstürzende Neubauten, et enfin People Like Us, le sublime, émouvant et drôle groupe de Vicki Bennet, si vous êtes sur Paris, allez-y, ça va être magnifique).
En attendant d'écrire le prochain article, je vais mettre les doigts de pieds en éventail ! Alors, hop, c'est à vous avec ce grand jeu du Film Mystérieux No 17 !

Pour ceux qui ne connaissent pas les règles de ce grand jeu où il n'y a rien à gagner, je les rappelle. Je vous propose trois photos issues de trois films différents. Le jeu consiste à reconnaître le film dont chaque photo est extraite. Pas compliqué, hein ?


Pour répondre, utilisez les commentaires.

Oui, mais bon, moi je suis nul, j'ai pas vu tant de films que ça, et patatati et patatata. C'est pas grave, tu peux jouer quand même. Même si on n'a pas reconnu le film, on peut faire des estimations comme des experts. Ce serait un film de quelle année? Quelle nationalité? C'est qui ces acteurs? Ce serait un film de quel genre, qui raconterait quel type d'histoires? Ça pourrait être un plan filmé par quel réalisateur? etc..

Ce qui veut dire qu'en cherchant tous ensemble, vous allez pouvoir bien vous marrer, sans doute (je ris souvent en lisant vos délicieux commentaires), et surtout peut-être réfléchir ensemble et faire des réponses collégiales, comme on dit sur certaines radios.

Les réponses seront données en commentaire dans quelques jours.

Attention, ces photos sont issues de DVD que j'ai dans ma petite collection. Il se peut qu'il y ait autre chose que des films de fictions, voire autre chose que des films. Documentaire, séries, etc... S'il s'agit d'une série, n'hésitez pas à trouver le titre de l'épisode... Enfin, dernière consigne, pour corser un peu le tout, les photos ne sont pas forcément au format original du film, et je me garde la possibilité de recadrer dans l'image. Je passerai voir comment tout cela évolue, et peut-être vous donnerai des indices.

C'est parti pour la dix-septième série...





Diapo 1701 : Oolha, il a pas l'air content le chat, et je ne lui confierais pas la garde de mes enfants ! Bon, ça a l'air dur comme ça mais en fait pas du tout... Echauffement !






Diapo 1702 : Je le connais lui ! Oh encore du sexe, du sexe et du sexe... Vous les jeunes vous ne pensez qu'à ça ! Alors, je ne vous demande pas le nom de l'actrice blonde (trop facile !), mais le nom du film. Si vous l'avez vu, dîtes-moi si c'est bien, je ne l'ai pas encore regardé ! Indice inutile : c'est le Marquis qui m'a offert le dvd pour mon annif' ! [Ce qui explique le côté outrageusement sexuel de ce photogramme !]





Diapo 1703 : Scandale sur Matière Focale ! Tentative de corruption, que j'accepte! Non, ce n'est pas l'agent de Nanni Morreti qui me paie pour que je dise du bien du bonhomme (il en faudrait plus !). Non, ce n'est pas le Dr Devo qui paie au noir le Marquis (je n'ai pas de moustache, et sans me vanter je suis plus jeune !). Non, ce n'est pas le directeur de l'Etrange Festival qui me paie pour parler des films que je n'ai pas eu le temps de voir ! C'est un peu dur, mais bon... En fait c'est un test de perversité ! Si vous trouvez ça, c'est que votre cinéphilie tend vers le psychotisme, et que je vous adore pour ça !



Bon, on va rentrer le troupeau à l'étable et vous laissez travailler ! N'hésitez pas à vous exprimer (même pour inventer les histoires qui vont avec les photos !) grâce à la rubrique commentaire de cet article.
Je vais de ce pas donner les réponses du jeu du Film Mystérieux N°17, et après je mets mes tongs !


Dr Devo.
 
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Samedi 10 septembre 2005

Recommander - Publié dans : Ethicus Universalis

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