(Photo : "Adaptation" par Dr Devo d'après une photo du film J'ADORE HUCKABEES)

Fières Gladiatrices, Dangereux Guerriers,
 
Et bien non finalement, il n'y a pas été, hier, au "cinoche", comme on dit (je crois que c'est la première fois que j'utilise ce mot dans ce blog), pour cause de série télé, scandale (!), et ce donc, afin de voir un épisode de l'avant-dernier DVD de la série 24 HEURES CHRONO, chèrement attendu puis acquis (provisoirement, je les rends quand même) à la médiathèque locale. Ça fait huit mois qu'on regarde la saison 1. C'est que les galettes numériques de cette série ne restent pas longtemps dans le bac des disponibles, loin de là, et qu'il faut se battre pour les avoir. À l'heure qu'il est, je n'ai encore jamais eu entre les mains le dernier DVD, c'est-à-dire le prochain, pour lequel le temps d'attente pourrait être absolument record.
Pas de Patrice Chéreau (ouais !) ou autre donc hier, nada, régime sec, et ce avant d'y retourner et de devoir aller piocher dans mes étrons, la réserve de petits machins visibles s'étant épuisée.
[Note. Tiens, hier, j'ai eu mon ami Bernard RAPP au téléphone, qui est allé voir REVOLVER sur mes conseils. Malgré des goûts étonnamment proches, le RAPP a trouvé ça complètement "merdique". La discussion qui a suivi fut brillante et passionnante. Sur les mêmes analyses, mais pas du tout le même ressenti, nos avis sont opposés. Belle conversation entre gentlemen. J'aime. Ma conclusion personnelle étant que le film sent le faisan, et donc par voie de conséquence, il est un peu fait pour moi. L'inconnu (pour moi, pas pour Bernard) étant de savoir si Guy Ritchie en est conscient ou pas. L'exemple de l'utilisation de la musique classique me parait assez parlant : requiem de Mozart, Vivaldi, Sonate au clair de lune, puis la même sonate mais techno, voilà une playlist qui, pour moi, sent le calcul vulgaire et légitime, là où Bernard voit un Ritchie persuadé que cet étalage musical très indiscret, comme un éléphant (qu'il est sans aucun doute) dans le magasin de porcelaine, est d'une beauté époustouflante au premier degré, quand moi je le ressens comme un jeu sur la vulgarité. Guy, si tu passes par là, délivre-nous du doute (enfin, de mon doute). Ceci dit, mon honnêteté intrinsèque m'oblige à persister et à signer. J’aime ce film aussi pour sa vulgarité, et je ne regrette absolument pas mon article. Alors même que je serais prêt à donner également raison à Bernard RAPP, dont l'avis me semble complètement logique. Paradoxe ? Oui. De toute façon, il est impératif que, dans chaque article qui paraît sur ce site, on trouve au moins une fois le mot paradoxe et le mot scandale ! Aviez-vous remarqué ?]
[Note technique : je remarque que les articles sont aussi imbuvables que délicieux, grâce à l'emploi incommensurable d'adverbes de toutes sortes et de trop nombreux adjectifs. En relisant mon tout premier article, je m'aperçois avec vanité et amusement que je l'avais déjà, à l'époque, annoncé !]
 
Pas de film hier, donc, et par conséquent, aujourd'hui suite et fin (j'espère) de mes notes de synthèse visant à rattraper le retard des reports des films vus. Sauf qu’aujourd'hui, on va essayer de faire court. Parce qu'un de ces quatre, je mettrai deux jours à écrire un article de la longueur habituelle. Il faut se restreindre. À moins que cet effet d'annonce ne soit une façon déguisée de torcher vite fait les petites choses vues, parce qu'à la longue... On répète toujours la même chose, vous savez, on fait la leçon aux réalisateurs qui, de manière générale, nous sous-estiment, vous et moi, ou qui essaient de nous piquer notre argent en faisant des petits trucs bâclés où il n'y a même pas le minimum. On répète donc toujours un peu la même chose, à savoir : l'échelle de plans ne contient pas que des gros plans et des plans rapprochés, le montage n'est pas fait pour Mabrouck, mais est l'essence même du film et son élément le plus important, le cadrage, c'est facile mais il faut quand même y passer un peu de temps, quel que soit le film, on doit essayer de faire quelque chose de beau, et le son, c'est pas fait pour Lassie non plus. Et pour faire du cinéma, il faut jouer avec le tout : un film où l'image et le montage ne contrarient pas le son au moins une fois est un film qui n'aurait pas dû être tourné. Si c'est pour voir ça, on préfère regarder tranquillement chez nous, et gratosse en plus, un vieil épisode de DALLAS !

Des articles courts, qu'il disait ! On va peut-être s'y mettre, non ?

[Note : tiens, hier on a eu notre trentième abonné, Twiggy, que je salue et que je ne connais pas ! Merci à tous de votre fidélité et de votre patience. Ceux qui veulent faire pareil peuvent aller voir sur la droite de l'écran. Tu entres ton adresse e-mail dans la fenêtre Newsletter, et tu reçois, à chaque fois qu'il y a un article, un petit mail pour t’en avertir, et de temps en temps je vous envoie un petit mot, rien que pour vous !
Ah oui, pendant que j'y pense... Vous savez que l'adresse du blog a changé ? C'est maintenant : www.matierefocale.com. Je vais demander aux lecteurs réguliers de faire une petite expérience, car j'ai des soucis avec le référencement du blog sur Google, ce qui est très fâcheux, car j'adore quand des lecteurs viennent ici par hasard. Peut-être certains d'entre-vous utilisent (via leurs favoris, ou via la mémoire cache de leur navigateur) la vieille adresse : http://matiere.focale.over-blog.com. Si c'est le cas, vous ne vous en rendez pas compte, car vous êtes automatiquement redirigés vers la nouvelle adresse. Cependant, la chose est assez fâcheuse par rapport à Google semble-t-il, qui du coup continue à recenser les pages portant le vieux nom. Si vous y pensez, ça serait sympa de vous connecter désormais en utilisant la nouvelle adresse (donc www.matierefocale.com) pour que je puisse voir si cela a une influence sur le référencement. Merci. Vous êtes beaux. Je vous adore. Bisous bisous.
Et puis, typographiquement parlant, cet article est justifié. (C'est rare, diront les mauvaises langues ! Hahahaha !). Vous préférez comme ça ? Bisous la France !]

Il y a quelques séries télés que j'adore, qui font partie pour moi de ce qu'on appelle l'ART, et qui à ce titre devraient se retrouver dans les manuels. MA SORCIERE BIEN AIMÉE n'est pas du tout de celles-là ! Je n'ai jamais accroché à ce truc. Vous imaginez donc bien que je ne me suis pas précipité complètement. Surtout que c'est réalisé par Nora Ephron (c'est bien un nom ricain ça ! Tiens, que devient l'horrible Dakota Fannings ?) qui avait déjà commis les comédies insupportables de Meg Ryan qui tombe amoureuse de Tom Hanks. [Quelles horreurs ! Ça donne envie de faire des articles... D'ailleurs, dans dix jours, je vais aller louer à la médiathèque des films de gens que je n'aime pas, histoire de voir si je suis si ouvert du bulbe que je le prétends. On va rire...]
 
Donc, la sorcière qu'on aime bien, oui, mais pas pour moi, merci. J'ai du mal à en regarder plus de trois minutes d'affilée. Je crois que ça fait rire le Marquis et Bernard RAPP. Bon. Moi, pas du tout, bien que je trouve très drôle le fait que la belle-mère appelle Jean-Pierre "Jean-Piètre", ce qui est complètement con, mais très drôle !
Et puis, je n'étais pas d'humeur pour la Kidman (qui préfère décommander Lars Von trier pour jouer dans ça ! Va comprendre !), et son petit nez de bistouri stérile. Mais bon... Tout ce que je fais c'est par amour pour vous, alors j'y vais...
Le sujet est plutôt original. Plutôt que de réadapter la série au cinéma (tels les déplorables STARSKY ET HUTCH ou CHAPEAU MELON ET BOTTES DE CUIR, dont, pour ce dernier, le scénario original était sublime, on le trouve sur internet d'ailleurs : très ambitieux, mais charcuté par la production qui en plus a imposé un casting complètement à côté de la plaque... Vous auriez pris qui, vous, pour incarner John Steed et Emma Peel ?... Vous pouvez donner des pistes dans les commentaires... Marquis : non, je ne pense pas que Sandra Bullock ferait une bonne Emma Peel !).
 
Je disais quoi...? Ah oui, la brioche du film ! [Pour comprendre le concept de brioche, reportez-vous à cet article !] Plutôt que de réadapter bêtement et nullossement la série, les scénaristes se sont un peu creusé les méninges, c'est-à-dire trois minutes au lieu de deux. [Dans l'échelle de l'évolution darwinienne, le scénariste n’est pas loin, mais quand même au-dessus, du Distributeur (voir ), ses capacités sont donc plus conséquentes... Arrêtez de m'interrompre... Laissez-moi écrire maintenant !] Le film raconte donc l'histoire d'un acteur, Will Ferrell, aperçu récemment dans SERIAL NOCEURS, un acteur que Le Marquis déteste et que Bernard RAPP adore (c'est une sorte de Louis De Funès américain, tout en nuances atomiques). [Non, Marquis, même pour vous faire peur, je ne le proposerais pas dans le rôle de John Steed, même si ma perversité me pousserait à avoir envie de voir ça ! LAISSEZ-MOI ECRIRE ! Bon sang !]
 
Will Ferrell est un acteur hollywoodien en grande voie de ringardisation (ses derniers films ont été des échecs) qui tente de faire son come-back dans une nouvelle série télé, réadaptation moderne de MA SORCIERE BIEN AIMÉE, la vieille série. [Vous saviez qu'à l'origine, c'est David Fincher qui devait faire CHAPEAU MELON... Et en scope... Et en noir et blanc ! Mazette, cela eut été beau... STOP ! STOP ! ARRÊTEZ ! LAISSEZ MOI TRANQUILLE !]
 
En tant que Commissaire à la Police du Bon Goût, je trouve que cet article, c'est n'importe quoi ! Cessez tout de suite ! (Colonel Marcus Van Tirtle, Police du Bon Goût).
 
Bon. Ça y est, je peux y aller. [Nicole Kidman s'est fait refaire tout le visage, quand elle sera vielle, ses joues...] Merdre à la fin ! Laissez-moi terminer ! [Pas question !] CHUT !
 
Acteur en perte de vitesse, donc, le Will Ferrell, qui essaie donc de s'inclure dans le projet de remake télévisé, en prenant bien soin d'être le plus tyrannique possible, et surtout d'imposer à la direction une actrice inconnue ou débutante pour jouer Samantha, histoire d'être la seule vedette, chose à peine suggérée par Jason Schwartzman... [Le meilleur acteur du Monde ! Vous avez vu J'ADORE HUCKABEES, le film de l'année ?].
 
Bon je me casse... Je reviendrai demain faire mon article.

 

[-On a gagné !
-J’ai bien rigolé moi, et toi ?
-Ouais, c’était pas mal !
-On aurait dû faire ça il y a longtemps. Il nous pompe le Docteur avec ses digressions !
-Combattre le feu par le feu ! J’adooooore…
-Tu crois qu’il est parti pour de bon là ?
-Bah, il reviendra demain, avec un film de plus de retard !
-Surtout s’il revient du Chéreau ! Il ne va pas être de bonne humeur…
-T’as vu il a rajouté un morceau des Talking Heads dans le juke-box à droite de l’écran…
-Oui, c’est bizarre, sans doute un message caché !
-Tu crois qu’il est persuadé d’être schizophrène ?
-Non, non. Espérons qu’il nous revienne avec un style sec !
-Bon allez, on se casse, on va aller emmerder un autre blog.
-Son article, ceci dit, ça démarrait de manière sublime.
-C’était incroyable.
-C’était assez beau.
-C’était juste moyen et sympathique.
-C’était médiocre.
- Ouais, ce n’était pas terrible en fait !
-C’était décevant en y repensant.
-C’était vraiment pas bon.
-Presque nul !
-C’était à chier !
-Remboursez !
-Allez viens, on se casse.]

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Samedi 1 octobre 2005

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(Photo : "C'est Lui-Même..." par Dr Devo)

Chères Scruteuses, Chers Scruteurs,
 
Continuons à rattraper le temps perdu et les  films en retard, comme j'avais commencé à le faire l'autre jour.
 
Allez, et si on revenait au Japon ? Dr Devo est-il en train de se transformer en Yamakasi (en samouraï des temps modernes, quoi !) ? Après APPLESEED et LA BÊTE AVEUGLE, voici le troisième film japonais vu en salles en deux semaines ! Ce n’est pas tous les jours dimanche, et on en profite.
 
LA MORT EN LIGNE est le presque nouveau film de Takashi Miike, le mythique réalisateur d’AUDITION, que je n'avais pas trop apprécié à l'époque, mais dont tout le monde m'assure que c'est effectivement très bien. Du coup, j'aimerais bien y jeter un œil (cliquez sur "Idées-cadeaux pour le Dr Devo"). Dans TROIS EXTREMES, l'inégale compilation de films asiatiques sortie il y a quelques mois, le dernier sketch était également de Miike. Mais, mal placé de toute façon dans le programme (il aurait dû ouvrir le bal), son style semi-sobre et son histoire classique ne m'avait pas non plus convaincu.
Miike ici s'essaie à la commande, en quelque sorte. LA MORT EN LIGNE est... Attendez un peu. LA MORT EN LIGNE ???? Aaah, mes amis, je sens qu'ici se présente une nouvelle fois l'occasion de saluer mes amis les plus proches de la Profession. Les kings du bizenesse... Les King-Kong de la trouvaille et du marketing... Les Pic de la Mirandole du flair et de l'instinct... Saluons encore une fois l'extraordinaire sens du cinéma de nos amis les distributeurs. LA MORT EN LIGNE ! Chapeau, les gars. Plus anonyme, c'est la non-existence assurée. Est-ce un DVD à 1 € avec Chuck Norris ? Est-ce un téléfilm de la défunte série de TF1, Hollywood Night ? Est-ce un film sur l’un des passagers des avions du 11 septembre qui appelle une dernière fois sa femme avant de s'écraser ? Est-ce un film sur la drogue ? Est-ce une série Z réalisée par Robert Englund ? Est-ce une comédie anglaise à base de trois secrétaires-copines qui font leur Bridget Jones ? Est-ce l'adaptation au cinéma de la série URGENCES ? Est-ce un film de guerre dont le héros est un sniper ? [Il aurait mieux valu dans ce cas-là l’appeler LA MORT EN LIGNE DE MIRE !] Bref. Ce titre est anonyme, et bien sûr confère une aura de film naze, voire de nanard, au travail de Miike. Ils sont vraiment très forts, ces distributeurs. J'espère qu'un jour, je lirai un blog rédigé par la femme d'un distributeur. Ça ne doit pas être triste.
Bon, c'est fini la rigolade. LA MORT EN LIGNE (hahahahaha !) est donc, disais-je, ouvertement une commande. Le principe est simplissime. C'est RING 10 ans après, mais avec des téléphones portables. Alors évidemment, dans ce contexte, on y va un peu à reculons. Les japonais, me disais-je il y a un peu moins d'un an, c'est bon, ils commencent à nous gonfler légèrement avec leurs histoires de fantômes avec soupe de cheveux, leur photographie grisouille, etc. Y'en a marre. De toute façon, avec eux, c'est ça ou les films de fantômes dans la coquille cyberpunk. Et c'est vrai, même sans ma mauvaise foi, on est bien obligé de se dire qu'on pédale un peu dans la même semoule depuis de nombreuses années, sans compter ceux, parmi les nippons, qui ont "chédé" leur âme à l'oncle Sam, allant parfois jusqu'à réaliser eux-mêmes leur propre remake, comme ce fut le cas avec le cynique, commercial et surtout ennuyeux, THE GRUDGE.
Donc, tu reçois un coup de fil qui vient de ton propre portable. Ça laisse un message sur la boîte vocale, où tu t'entends toi-même mourir dans trois jours ! Plutôt marrant, non ? Plutôt marrant si on n'avait pas la flemme d'en revoir, du RING 24, le premier était suffisamment réussi merci. Mais, vous le savez, étant abonné à vie à MON cinéma Pathugmont, il est de mon devoir d'aller à votre place voir tous les films. Donc j'y vais.
Et bien les amis, ça démarre plutôt pas mal. Jolie scène dans un restaurant. Le son est ludique (notamment cette disparition des ambiances pour faire passer un dialogue), et nous entraîne facilement dans ce que les japonais savent bien faire : nous baigner dans une atmosphère effrayante, alors que rien encore ne s'est passé, en nous faisant nous demander si c'est du lard ou du cochon, c'est-à-dire : est-ce que nous avons assez d'indices pour nous inquiéter ? Ça marche toujours très bien, et permet une sorte d'identification froide mais prenante aux personnages, toujours extrêmement stéréotypés. Là, ça fonctionne d'entrée de jeu. Les axes sont formellement bien équilibrés, puis bien contrariés dans une espèce de faux rythme anxiogène basé uniquement, donc, sur le montage. Miike, par la suite, essaie de casser au maximum l'enfermement du champ / contrechamp (comme dans cette scène qui s'interrompt pour reprendre plus loin, mais sur la même question, après ellipse donc, sur le pont avec les collégiennes). Bon point. Et puis, après cette très sympathique introduction, assez longue d'ailleurs, on développe tranquillement l'intrigue sans se fatiguer. Il n'y a donc rien d'exceptionnel, c'est presque sans heurts. Les collégiens meurent de manière métronomique, un personnage plus âgé vient aider l'héroïne, comme d'hab. Il y a deux ou trois idées gourmandes ou amusantes. Si l'idée de la contamination de RING a disparu, Miike fait des scènes assez drôles (dont une en plongée très laide) sur la pression sociale exercée sur les jeunes filles par elles-mêmes, de vrais Barbie-girls pétasses qui n'ont qu'une hâte, se faire enlever du répertoire de la prochaine victime. Marrant. Une des héroïnes se fait exorciser à la télé, ce qui est là aussi assez drôle, même si Miike ne se défoule pas vraiment dans cette partie pourtant prometteuse. Bref, c'est de l'ennui léger qui nous est proposé, bien loin de l'atmosphère rigoureuse du premier ¼ d'heure. Arrive la fin, très, très longue, qui n'en finit plus, comme un jour sans pain. Là, on manque de se mettre en colère, mais à la fin de la fin, si j'ose dire, une idée. Des plans noirs viennent s'interposer et le film se termine sur un paradoxe ultra-absurde et très abscons qui a son charme, et qui fait oublier le fait qu'on assiste à la célèbre queue de poisson finale, le tout d'une manière osée. Dommage qu'il n'ait pas cassé, notre Miike à grandes oreilles (bon, ça c'est fait...), son jouet plus tôt, ou qu'il n'ait pas découpé tout le film comme le début. Bref, on est à la limite de l’ennui, et ça n'a pas énormément de personnalité. Mais par contre, un jour où il n'y a rien au ciné, ou si vous avez déjà vu le magnifique REVOLVER, LA MORT EN LIGNE peut être un divertissement au-dessus de la moyenne, appréciable pour un dimanche après-midi sans applaudissements, par exemple. On retiendra deux gourmandises que je n'ai pas encore citées. Le plan sur le cadavre de la première victime, dans la morgue où le mouvement de caméra montre la nudité de la macchabée en ayant l'air de la cacher ! Très joli ! Et également ce très beau montage d'une conversation téléphonique entre deux personnages, où Miike, curieusement, se met tout à coup à faire un stupide champ / contrechamp, avant qu'on ne s'aperçoive très vite que ça n'en est pas un, car les deux personnages ne se répondent pas et ont chacun un interlocuteur différent. Ça ne mange pas de pain, mais c'est rigolo. Bah, on peut aller voir ce petit film, même s’il ne faut pas s'attendre à être étonné...
 
Changement de décor avec LE PARFUM DE LA DAME EN NOIR de Bruno Podalydès, le versaillais comme disait l'autre, deuxième adaptation, avec les mêmes d'ailleurs, de Gaston Leroux, si cher à notre ami le cinéaste Jean Rollin (que je salue d'ailleurs). Bon, ben, n'ayant pas vu LE MYSTERE DE LA CHAMBRE JAUNE,  je vais gagner du temps. Rouletabille est reparti sur une enquête qui en fait n'en est pas une. Il va au mariage de la dame en noir (Sabine Azéma, époustouflante jadis ici), sans doute sa mère, mais ce n'est pas sûr. Huis clos à l'extérieur avec galerie de personnages intégrés sur le toit du véhicule, LE PARFUM... raconte l'histoire d'une enquête qui ne commence pas à se déclencher, mais qui a lieu quand même, sur une mort qui ne l'est pas mais dont on cherche le cadavre, et d'un mystère à résoudre dont tout le monde ignore même l'existence ! Absurde et Non-Sens, nous voilà !
Les personnages sont forcément hauts en couleurs, ou voulus comme tels, les dialogues sont très écrits, et le déroulé est absurde. Dans un cinéma français ultra-balisé, où le scénario est Général-Panzer über Alles (... mon dieu !), dans un pays où les films ciné sont encore moins narrativement développés qu'un bon épisode de JOSEPHINE, ANGE GARDIEN, la célèbre série télé, évidemment, rien que pour la forme, ça fait plaisir. Voilà un film dont la narration est quasiment illogique, subjective, et où l’on est plus perdu qu'autre chose, où enfin on s'affranchit de la lecture spectatrice omnisciente à la 3e personne ! Le public sait qu'il ne sait rien, et donc il ne contrôle rien, et n'est jamais sûr que les gens à l'écran parlent vraiment de ce dont lui, le spectateur, croit qu'ils parlent. Un peu de non-sens, légèrement (mais alors, très légèrement) poétique, et bien ça fait du bien, bon dieu de bois, et c'est déjà ça de gagné, d'autant plus que le film est ouvertement commercial et grand public. Comme quoi, c'est possible, comme quoi, quand on veut donner du flouze à des projets plus atypiques, ça peut le faire... à condition d'être versaillais, et d'avoir un frère à la Comédie Française (que je ferme illico dès que j'arrive au pouvoir, en même temps que j'interdis le théâtre de rue), bref c'est possible, si ça peut t'aider à vendre ton image d'auteur décalé, coco, et si tu collabores "avec le système" comme diraient nos amis rappeurs. [Comment ça, j'exagère ? Allez donc lire, bande de petits malpolis qui interrompent les gens quand ils parlent, allez donc lire la couverture médiatique du film, honteusement hagiographique comme disait le collègue KUHE IM HALBTRAUER, quels que soient d'ailleurs les défauts ou les qualités du film ! Une telle absence de critique est toujours suspecte, et a toujours une bonne vieille raison bien concrète !]
Bon, j'en étais où ?  
Donc, un bon vent d'absurde et surtout de dis-narration souffle gentiment sur le film, qui en fait son principe. Il ne faut pas cracher dans la soupe, pourrait-on dire. Côté acteurs, évidemment, il faut supporter. Ce sont encore les seconds rôles les plus convaincants, notamment cette espèce de docteur (évidemment, si c'est un collègue...) qui ressemble furieusement à Alain Chabat du temps où il me faisait rire, dans le rôle du professeur qui nous incitait à envoyer des s(i)oux à l'ARC, c'est vachement dur. Sinon, Podalydès, l'autre, Denis, est un peu moins crispant que d'habitude dans le rôle de Rouletabille. C'est marrant, il y a des types, ils ne t’ont rien fait, mais rien qu'à leur tronche, je ne leur confierais pas la garde de mes enfants ou de mon portefeuille d'actions. Podalydès Denis en fait partie, outre le fait que je déteste ses choix de films, vraiment calamiteux en général. Un vrai tue-l'amour. Mais bon, là, ça passe, même si on ne peut pas dire que ça casse la baraque et que ça nuance à tour de bras. Je t'enverrais ça en stage chez Zulawski moi, ça ne traînerait pas et ça décrisperait peut-être l'animal ! Arditi arditte, Azéma azème, et Olivier Gourmet gourmette. Un aspro et au lit ? Non, pas tout de suite... La Zabou par contre, là je dis non. Je la trouve complètement artificielle, malgré le contexte, et au théâtre ce soir, ça va cinq minutes. Quant au collègue de Rouletabille, c'est clair, lui, on ne s'en souvient plus quinze minutes après la séance. Michael Lonsdale, le Klaus Kinski durassien (pas jurassien, hein ?) est dans un rôle de hors-jeu qui fait merveille dans des films de Robbe-Grillet. Ici c'est du gentil sans plus. C'est encore Vincent Elbaz le plus sympathique (décidément), car lui au moins y va à fond, presque sur un mode télévisuel, ce qui n'est pas forcément un mauvais calcul. Bref, outre ma mauvaise humeur (et encore, ce casting est bien plus digne que celui du dernier Diane Kurys sur lequel ma charge va m'obliger à écrire, quelle horreur !), on peut considérer froidement que ce casting contribue largement à la théâtralité du film, son plus gros défaut. On misera donc plutôt sur une direction d'acteurs désastreuse parce qu’infernalement attendue, sans beaucoup de nuances, toujours à la même vitesse.
De toute façon, le problème n'est pas vraiment là. Si la dis-narration du film donne un charme indéniable à quelques plans furtifs, notamment les trois ou quatre plans qui entourent le premier lancer de canne d’Arditi, le scénario, par contre,  vient ça et là contrecarrer l'asburdisme (si je veux !) du principe qui fonde le film, notamment dans cette désastreuse scène de flash-back très appuyée sur l'enfance de Rouletabille. Quelle mauvaise idée, et là encore, relisons Bresson et son exemple de l'ambulance ! Non seulement le gamin (un "fils de", probablement issu d'une famille dans le cinéma bizenesse, vu sa tronche, mauvais comme un cochon dès l'éprouvette) est ignoble, mais en plus la scène, absolument non poétique, et qui sent très fort la "bonne idée" de scénario, sur le papier quoi, contribue largement à désincarner le personnage de la fameuse dame en noir (Azéma, donc).
Si on farfouille dans le moteur, on trouve les problèmes essentiels. La photo, relativement soignée c'est vrai, n'est absolument pas ludique. Mais ça n'est pas très grave. Le gros problème du film, c'est qu'il n'est jamais beau, et qu'il n'est esthétiquement jamais dans la fantaisie intrinsèque du projet. En un mot, c'est cadré un peu n'importe comment (même si on a vu plus infamant ; we're coming to get you, Diane Kurys !). Surtout, le montage est complètement anonyme, c'est-à-dire sans vraie personnalité, et impose au film un certain rythme je suppose (...à voir), mais absolument constant, c'est-à-dire métronomique... et donc plat. Sans relief. Au final, on a donc un film pas très beau, même si on a vu plus laid, et surtout monotone au possible, ce qui est quand même un peu le comble pour une adaptation du fantaisiste Gaston Leroux.
La saviez-vous ? Jean Rollin, estampillé à tort comme le Ed Wood français, donc le plus mauvais de tous (dixit les gens qui n'ont pas vu le dernier Diane Kurys), est un fan absolu de Leroux, dont il connaît l'œuvre sur les bouts des doigts, et dont il est l'exégète des adaptations cinématographiques. Rollin adore le surréalisme de l'écrivain, et une fois qu'on a dit ça, bien sûr, on trouve ça complètement logique au vu de ses films. Outre son dernier film, LA FIANCEE DE DRACULA, hommage explicite et textuel malgré le sujet, le cinéma de notre ami Jean en est imprégné. Et vous pouvez regarder un de ses films au hasard, ou presque (évitez le calamiteux LAC DES MORTS-VIVANTS quand même !), et vous vous trouverez en face d'une adaptation bien plus fidèle à Leroux que celle qui est ici officielle et autorisée. Ce qui céquhefdise complètement ce que je vous disais l'autre jour sur les adaptations littéraires, dans mon article sur LA BÊTE AVEUGLE. Allez, si on filait un centième du budget du PARFUM DE LA DAME EN NOIR à Rollin, afin qu'il tire des copies neuves et restaurées de ses films (dont beaucoup n'existent plus que sur bandes vidéos, les masters ayant disparu ou s'étant dégradés, ce qui est un scandale) ? Si on faisait ça ?
 
Ah, bah oui, y'a qu'à demander son soutien à la critique française, et signer des pétitions.... Mouais, on peut rêver ! Ça serait bien n'empêche, aussi, de temps en temps, de redistribuer les bénéfices de l'économie aux plus pauvres. Cinématographiquement parlant, bien sûr. Et peut-être, comme ça, on empêcherait la production de films terriblement petit-bourgeois comme celui-ci (ma remarque restant sur le plan artistique, bien sûr !). Le plus désespérant, c'est que ce sont toujours les mêmes qui en profitent, de cet argent, c'est-à-dire les "réalisateurs" les plus installés. Et quand on voit le peu de zèle qu’ils mettent dans leur travail, ces gros feignants, franchement, ça nous donne plutôt envie d'aller donner nos sous à l'étranger. Le Japon, par exemple ?
 
Ironiquement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Vendredi 30 septembre 2005

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(Photo :"Merci M. Besson" par Dr Devo)

Cher Luc Besson,
 
Je suis désolé de vous interpeller comme ça, mais j'ai un message à vous faire passer, et je suis sûr que mes lecteurs ne m'en voudront pas de leur voler l'incipit habituel de l'article, à votre profit. On dit, cher Luc, que vous êtes soupe au lait, et très méchant avec la critique. C’est sans doute vrai, ou alors complètement faux, là n'est pas mon problème. Si jamais (soyons prudents) vous passiez sur cette page et que vous la lisiez, PLEASE, allez jusqu'au bout. Je ne suis pas en guerre contre vous (ni ne suis votre défenseur d'ailleurs ! Héhé !), mais je crois que cet article va vous intéresser. C'est une vision particulière et franchement, ne vous arrêtez pas aux premiers paragraphes un peu insolents (et totalement justes !) sur le monde du cinéma. Allez au bout, ou alors sautez les trois paragraphes après celui-ci. Je ne vous dois rien et vous ne me devez rien, bien sûr (ce qui est extrêmement logique puisqu'on ne se connaît pas !), mais je ne pense pas que vous regrettiez votre temps de lecture, non pas dans le sens d'une éventuelle flatterie ou au contraire d'un portrait méchant. Vous ne le regretterez pas, parce que cet "avis" que je vais vous donner est... euh... Peut-être, et même sûrement, on ne vous l'a jamais donné. [Si avec ça, votre curiosité n'est pas piquée...]. Merci bien.
 
Chic, hier, c'était mercredi. Le jour des sorties. Je ne sais pas ce qu'ils ont dans mon ciné Pathugmont, donc d'exploitation commerciale. Ils passent en ce mois de septembre énormément de films en VO. Dans certains cas, ça se comprend, comme BROKEN FLOWERS ou MOI, TOI ET TOUS LES AUTRES qui sont ce qu'on pourrait appeler des films "art et essai grand public". Mais là, COLLISION, REVOLVER dont nous allons parler aujourd'hui, NIGHT WATCH le film djeunz et fantastique russe à la MATRIX, FRANKIE WILDE et RIZE (deux films de djeunz encore),etc. 40% des films sont en VO ! J'en parlais lundi à mon ami Bernard RAPP. "Peut-être veulent-ils tout doucement imposer la VO", prophétisa-t-il calmement en tirant une bouffée de sa Belga d'import. Je crois surtout qu'ils essaient de concurrencer une fois pour toute, c'est-à-dire jusqu'à la mort, les cinémas art et essai juste à côté. Mmmmm... Si on est à Paris, rien d'étonnant à ce qu'un Pathugmont fasse de la VO, c'est dans les habitudes. Mais ici, en province, même si on est dans une grande ville, c'est plus étonnant. Ils en ont fait, de la pub pour REVOLVER, lancé comme le dernier blockbuster branchouille, et le voir débarquer là en VO, voilà qui me fait réviser mon jugement. Peut-être veulent-ils faire les deux en même temps : concurrencer l'art et essai et préparer le tout VO, ce qui serait une grande nouvelle magnifique, mais ne rêvons pas trop, même si ce serait une excellente initiative, économique aussi d'ailleurs (faire une VF est ruineux par rapport au tirage d'une copie VO), comme je l'ai très bien expliqué dans mon article où je briguais le Ministère de la Culture, intitulé SI J'ETAIS PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE.
 
Je vais donc prendre ma place pour REVOLVER, même si j'étais parti pour aller me frotter à NIGHT WATCH, la roublardise russe. Le film de Guy Ritchie ayant l'avantage de démarrer plus tôt, je me suis dit qu'il fallait battre le fer avant qu'il ne se casse, et puis autant commencer par la corvée.
Guy Ritchie, ancien anglais désormais américain, est un type ultra célèbre. Bon, d'accord, il fait des films, mais surtout, il est in bed with Madonna, dont il partage désormais l'existence. [Note : penser, le jour où je me marie, à expliquer à Brad Pitt que je veux bien l'inviter, mais sans Angelina.] Le monsieur est donc aussi réalisateur accessoirement, enfin, 5 longs métrages quand même, et je n'en ai vu qu'un (dans une galerie d'art contemporain !), SNATCH, avec le Brad Pitt en magouilleur gitan que tu ne connais pas. Pas génialissime d'ailleurs, la bobine, sorte de petit-malinisme, maladie fort répandue qui a plusieurs souches, assez branchouille, clamant haut et fort son originalité (un des symptômes de la maladie) tout en suivant complètement les traces de Quentin Tarantino, dont il prend les effets sans en comprendre la cause. [Parce que Tarantino est le petit-fils cinématographique de Marguerite Duras (la cinéaste), même s'il ne le sait pas, le Tarantino, mais ça, vous pensez bien que ça lui passe au-dessus de la tête, à notre ami Guy Ritchie.]
 
Bon, j'avais vu le film-annonce assez casse-bonbon. D’ailleurs, une anecdote révélatrice à ce sujet. Mon Pathugmont a commencé à passer le FA (film annonce, ou bande annonce quoi, mais c'est tellement plus chic comme ça) en version française, et on y entendait, je cite (c'est quasiment la phrase telle quelle) :"J'ai pas besoin dans mon casino d'un Scarface cocaïné qui tire sur tout ce qui bouge entre deux shoots" ! Rien que ça ! À l'époque, je me suis dit :" Les pauvres acteurs, je les critique durement, mais ils ne sont pas aidés. Qu'est-ce que tu veux faire avec un dialogue comme ça ? Sortir la phrase sans l'égratigner, ça doit déjà être un exploit sportif !". Bien.
Quatre jours après, voici le FA en VO, peu ou prou :"J'ai pas besoin d'un type excité qui tire sur tout ce qui bouge !" Bon là, manifestement, il y a problème. Ouais, c'est bon ça coco, la référence à SCARFACE (un des pires films de De Palma, soit dit en passant, et ce malgré sa réputation. Une vraie copie de travail, surtout la fin mythique, qui est filmée n'importe comment et absolument pas montée ; vos réactions dans la rubrique LIENS, sur la droite, sous-rubrique insulter le Dr Devo). Y'a bon le culte dans ta face de spectateur. Benz Benz Benz !
Vous savez que j'aime nos amis les distributeurs ! Je les adore ! Toujours de bonnes idées, une culture énorme et un sens du marché extraordinaire ! Un titre comme CRAZY KUNG FU, c'est une trouvaille de distributeurs ! Sortir DONNIE DARKO, film qui avait cartonné dans tous les pays, avec 40 copies en France, c'est encore une idée de distributeur ! Bref, ils sont géniaux, je les adore. Et là, encore plus fort, ils inventent le concept complètement devolutionniste de, tenez vous bien, PREVISIONISME, qui est du révisionnisme artistique avant que l'événement n'arrive. Avant que le film ne sorte ! Chapeau, les gars ! Vous êtes vraiment les meilleurs. Vous avez gagné, je me rends.  Gardez cette anecdote en tête, et repensez-y à la fin de l'article. Ça vous fera encore plus marrer.
 
Bon, ben pour résumer le début de l'histoire du film, je suis pas au bout de mes peines, devant résoudre la double contrainte de résumer une intrigue tordue au possible, sans bien sûr en dévoiler les surprises pour ceux qui auront le courage d'aller le voir. On va essayer, soyez indulgents.
Jason Statham est un joueur. Jeux de casino, de stratégie, de hasard, d'échecs, c'est son dada, comme dirait Omar Sharif. Après avoir fait sept ans de prison, il s'est bâti une énorme fortune personnelle. On ne sait pas trop comment, mais une chose est sûre : il a gagné son fric dans des activités mafieuses ou quelque chose comme ça – jeux, prêts, blanchiment, etc. Et en ce début de film, il en veut à Ray Liotta (Ray Liotta !), patron de casino aux mœurs mafieuses, lui aussi. Un soir, il va dans un des casinos de Liotta pour le rencontrer et pour lui piquer, devant ses yeux, un gros paquet de fric ! Et Jason y arrive, et à la loyale en plus, si j'ose dire, en emportant avec lui un énorme pactole gagné à une table de jeu ! Dans l'escalier qui le mène vers la sortie, Jason a un malaise et s'écroule. Bilan médical. Les analyses sont formelles : son sang est "contaminé", et il lui reste, au mieux, trois jours à vivre ! Au même moment, il rencontre André Benjamin (alias André 3000 du groupe Outkast ! Ben ouais !) qui lui propose l'absurde marché suivant. Il protège Jason pendant ces trois derniers jours de vie, en faisant barrage entre lui et Ray Liotta qui, bien furieux d'avoir perdu autant de fric en une seule fois, ne manquera sans doute pas de lancer des tueurs à gages à ses trousses. En échange, Jason doit donner à André tout son fric, mais alors tout, et doit en plus faire quelques "courses" pour lui, courses qui l'occuperont jusqu'à ce qu'il meure. C’est absurde, mais c'est comme ça. Jason, un homme réfléchi, calme et froid, véritable machine à penser, doté d'un grand instinct, lui qui a toujours un coup d'avance, lui qui est le champion de l'anticipation, est complètement désarçonné ! Non seulement par la récente nouvelle de sa mort proche, mais aussi par le marché que lui propose André 3000 ! Et Jason est d'autant plus surpris qu'il sait qu'il y a deux choses insupportables dans la vie : ne pas être son propre patron, et surtout, surtout, donner son argent ! Jason est donc en enfer, comme dirait l'autre ! Curieusement, il accepte. Une machination étrange se met alors en place...
 
Bon, ben, vu le film et son histoire, ça n'est pas trop mal ce petit résumé. Second défi pour moi : arriver à analyser le film, tout en vous laissant vierges devant lui, si jamais vous vouliez aller le voir. Ce n’est pas gagné, amis, on va essayer, quitte à parler un peu en codé ! Maintenant, vous en avez l'habitude !
 
[Note au passage : André 3000, c'est vraiment formidable comme nom d'artiste...]
 
Bon, ben, il faut se rendre à l'évidence, ça commence comme un film de Guy Ritchie en quelque sorte. Si j'ose dire. Bon, le gars Ritchie n'est pas le plus mauvais réalisateur du monde, c'est juste, il me pardonnera, un type un peu frimeur. Je m'explique. Dans SNATCH, on était, comme je le disais, face à un film de petit malin branchouille. Beaucoup d'effets, de jeux très bavards avec des dialogues montés en inserts redondants, énormément d'effets sonores, sur-jeu de personnages dits "hauts en couleurs" mais déjà vus mille fois, le tout à la sauce anglaise cockney pour faire local chic. Dans le fond, le jeu, peut-être inconscient, consistait à faire quelque chose de "délirant" à la Tarantino ou à la TRUE ROMANCE. "Regardez comme je suis original !" semblait bramer le film. Là où on pouvait voir un énième film de mafieux, ni meilleur ni pire que les autres, mais terriblement suiveur. Pas de quoi en faire un fromage. Le gars Ritchie est un recycleur.
 
Ça commence un peu comme ça ici, ambiance ricaine à mort à la place du five o'clock tea de SNATCH. On remarque assez vite la touche pompière du bonhomme (dont la chute dans les escaliers en entrée de jeu, moitié  casinesque scorsesienne, moitié mauvais goût, la chute se passant quand même sous le patronage du requiem de Mozart !). On est par contre agréablement surpris de voir que l'intrigue est gentiment absurde (le marché de départ avec André 3000), et que le moteur du film (tu vas mourir dans 3 jours) est un recadrage du mythique D.O.A, film dont nous avions déjà parlé ici. Le principe de D.O.A est un joli concept, qui marche, je trouve, très bien au cinéma. Pendant la première scène entre Jason Statham et Ray Liotta, on se dit qu'il pousse, ce Guy Ritchie. Je râle souvent ici sur la durée ultracourte des plans qui sévit dans le cinéma populaire contemporain (comme dans l'affreux BATMAN BEGINS). Ici, ce n'est pas tout à fait le cas, du moins en début de film. Par contre, lors de cette scène (un dialogue à quatre voix), Ritchie construit sa mise en scène avec UNIQUEMENT DES PLANS RAPPROCHÉS ! Pendant trois minutes, ce qui est extrêmement long en plus, c'est le même plan (de face, les 4 personnages étant cadrés tous de la même manière ! Curieux...) qui se répète ! Je me dis, il pousse un peu le gars. Il revendique l'absence de mise en scène ! Le film se poursuit gentiment. On a un peu de mal à saisir pourquoi Jason Statham accepte l'absurde contrat qui le lie à André 3000 de la manière la plus contraignante possible. C’est bizarre, et ça donne un bon petit effet de curiosité. Le film continue son bonhomme de chemin. On se dit que l'intrigue est un peu plus complexe que SNATCH quand même.... Dans la scène très fabriquée et jouée en roue libre, notamment par Liotta (pas un parangon de la sobriété pourtant !), où apparaît la "femme de main" de Sam Gold, on se dit que là, il charrie, il charge la mule... Pour ne rien en faire en plus...
Et puis, un plan aux proportions gentiment absurdes a commencé à piquer ma curiosité (le plan où, je crois, Liotta sort d'une pièce pour se retrouver en plan d'ensemble en plongée, minuscule dans une salle trop grande). S'il continue avec des petites gourmandises comme ça, la pilule passera mieux, diagnostiquais-je immédiatement.
 
Et puis... Et puis... L'intrigue, au fur et à mesure qu'elle se déploie, s'enfonçant sans vergogne dans les chemins branchouilles et ritchieens, devient paradoxalement de plus en plus complexe. Les dialogues deviennent un peu plus opaques à chaque scène, et surtout on se dit que, finalement, pour un film Europa Corp (la boîte de Luc Besson), il est étrange d'avoir relativement peu de scènes d'action.
Là dessus, un peu avant la moitié du film (souvenir subjectif), une scène le fait, à mes yeux, basculer définitivement. Celle du "faux dialogue" entre Ray Liotta et le parrain chinois. Guy Ritchie s'amuse à faire du montage et laisse filer un couloir de trois minutes où tous les dialogues forment un commentaire cohérent, alors qu'ils sont dits, ces dialogues, par plein de personnages différents ! Halleluyah ! Du Montage !  Et en plus, il monte des phrases qui n'ont pas lieu en même temps chronologiquement, détruisant malicieusement le faux semblant du montage parallèle. On voit dans cette séquence en même temps la préparation de l'action, l'action, et son analyse après coup en même temps. Et là, on assiste à un petit déluge baroque. Filtre rouge, filtre bleu, montage d'inserts (qui sont un mot dans la phrase que construisent ensemble, sans le savoir, tous les personnages, mais qui en même temps nous apparaissent individuellement comme des vociférations, des grognements !), sous-titres baladeurs sur tout l'écran, et la scène qui dure, qui dure, qui dure... Et Ritchie qui nous balance du Vivaldi, tiens, et l'incroyable citation de KILL BILL. Et là, je suis sur les fesses ! Ben oui, il cite KILL BILL, Guy Ritchie, mais de manière complètement opposée à ce qu'il faisait dans SNATCH, où il singeait du sous-Tarantino version canada dry, juste pour la frime, et sans s'en rendre compte en plus, puisqu'il était persuadé de faire quelque chose d'original !
Ici, c'est différent. Ritchie cite sa source très ostensiblement, en reprenant le principe d'un des morceaux de bravoure de KILL BILL. Et en plus, sublime gourmandise, il introduit malicieusement cette reprise tarantinesque avec un effet de narration simple mais très, très beau, et très drôle. Encore plus étonnante que l'original (ceci dit, c'est facile de passer après, mais quand même...). Le tout noyé dans une séquence ultra-baroque remplie de surprises.
Là, mon coco, me dis-je, le film est en train de se dérober sous tes pieds. Tu le sens le vertige qui monte ?
Et effectivement, à partir de là, le film se barre complètement en sucette devant mes yeux médusés, à moi qui était venu là pour faire tranquillement la sieste comme on regarderait un Derrick.
L'intrigue s'enfonce encore plus dans les Ténèbres, devenant de plus en plus abstraite, jusqu'au point de non-retour. Les dialogues aussi deviennent absurdes, de plus en plus denses, de plus en plus abscons, jusqu'à la limite de la compréhension, et, osons le mot, jusqu'à une certaine forme de poésie. Le montage se libère encore plus. Les gourmandises sont nombreuses. Et hop, je te balance la Sonate au Clair de Lune (deux fois dont une à moitié techno ! Il ne manque plus que l’hymne à la joie ou la marseillaise !) Des sons se baladent absurdement dans le dolby digital. À un moment, le film semble se dévoiler en une sorte de révélation SIXIEME SENS Vs USUAL SUSPECTS, mais en fait, la révélation (assez belle d'un point de vue "littéraire") ne change rien et ne retourne pas le film comme une crêpe, c'était un piège. D’ailleurs, lors de cette séquence faussement révélatrice en trompe-l’œil et en forme de flash-back explicatif, Ritchie va même jusqu'à placer des plans qui ne sont pas dans le film, et nous les présente comme des preuves ! Superbe, non ? À un autre moment, Ritchie arrête le film, et le stoppe pendant, à vue de nez, trois longues minutes qui durent une éternité et qui sont l'occasion d'un montage uniquement rythmique, où il réalise le fantasmes superbe et inconscient de nombreux réalisateurs populaires : casser le champs / contrechamps, et même l'annuler. Le film repart, puis se re-bloque dans un dialogue plus attendu, mais dont il fera le remake dans la dernière scène ! Et puis, dans une autre scène (d'action celle-là), il y a un faux split-screen ! Bref, le film bascule complètement dans l'abstraction la plus fofolle, et dans le baroque le plus marqué.
 
Dr Devo, les mains moites, n'en croit pas ses yeux. Il a devant lui un film de structure, un film de montage. Il déguste avec délice. Il a l'impression de tomber constamment sur les fesses d'étonnement. Dans la salle, peu peuplée (environ 15-18 personnes), les sièges claquent. On ne sera plus que huit à la fin de la séance, après cette nouvelle tentative d'arrêter le film, et de nous violer cette fin après un plan d'insert qui aussitôt embrayera sur le générique de fin. Générique superbe, drôle, malpoli et hypra-gonflé, totalement punk, totalement punk (oui, deux fois !) qui renvoie tous les réalisateurs dans leur cuisine, notamment les réalisateurs art et essai européens et leur films souvent fadasses. Ce générique superbe m'a profondément ému. Ça, mes amis, me dis-je intérieurement, ça c'est du cinoche !
 
Et cette leçon est entièrement financée, produite et distribuée par Luc Besson ! Oui Madame ! C'est à lui le métrage ! Etonnant, non ? Chapeau bas en tout cas...
 
Bon, pour ceux qui sont restés, continuons notre analyse. Bon dieu de bois, que s'est-il passé ? Ben, t'as vu un film baroque, grand public et abstrait, mon coco... Ceci dit, il faut préciser encore deux ou trois choses, sans quoi, tout cela n'aura pas été précis.
Guy Ritchie n’est pas une petite chenille qui se serait transformée en De Palma ou en Greenaway pendant la nuit ! On l’a dit, c’est un réalisateur qui, jusqu’ici, était médiocre, au sens étymologique du terme, un suiveur de plus en quelque sorte. Donc, si vous allez voir le film, ne vous attendez pas à la maestria de L’ESPRIT DE CAIN.  Guy Ritchie déploie son étonnant film sur un prédicat autre, celui d’une certaine vulgarité esthétique, là aussi au sens étymologique du terme. Tout cela est bien éclairé et photographié, certes, mais dans les canons de la mode actuelle (lumière jaune et noire principalement). Mais l’échelle de plans n’est pas belle, et son sens du cadrage n’est pas splendide, loin de là. On a donc bien affaire au même Guy Ritchie que SNATCH. Ce n’est pas non plus l’esthétique du vulgaire, aussi délicieuse soit-elle, de Tim Burton, axe dont j’avais parlé à propos de CHARLIE ET LA CHOCOLATERIE. Il ne s’agit pas pour Ritchie, contrairement à Burton, de casser son jouet pour mieux se renouveler. REVOLVER est, au contraire, dans la lignée des précédents. On a plutôt l’impression de lire la copie de cet élève frimeur, dont la moyenne annuelle est de 9,5/20, mais qui ici, curieusement, a lâché les chiens pour livrer un film plus original et étonnamment plus personnel. Alors il n’y va pas avec le dos du tractopelle. Le montage est brutal et malpoli, et comme je l’ai dit, fonce vers une tendance à ne faire que du rythme. Oui, c’est ça, un montage rythmique. Les acteurs aussi ne sont pas sobres. Jason Statham joue les laconiques (pour mieux se lâcher dans le passage où le film s’arrête, et où là, par contre, il lâche les chiens ; c’est délicieux, on a presque l’impression de voir tous les rushes). Ray Liotta est en fonctionnement johnlithgowesque complet, démultiplie les effets jusqu’au pathétique (bien vu !), et se soumet complètement à son rôle de personnage vulgaire et médiocre, sans doute le négatif de celui de Statham.
On suit le film en complète surprise, tellement outrageux, mêlant les références les plus arrivistes (FIGHT CLUB, CASINO, D.O.A, KILL BILL) aux plus inattendues (la citation de ALICE AU PAYS DES MERVEILLES, constante mais complètement sous-marine). Et au final, on se retrouve avec un objet atypique et délicieux, quoique assez noir et absolument abstrait, une sorte de fantaisie baroque à des millions de kilomètres du film qui nous était vendu par le film annonce. Et d’ailleurs, on peut se demander ce qui pousse Besson, qui a mis ses billes dans le machin, à faire autant de pub. L’affichage en ville est omniprésent. Or il est évident que ce film va absolument décevoir tout le monde. La critique lui est tombée dessus, bien sûr, à bras raccourcis, quitte à être d’une malhonnêteté complète. Télérama parle d’un film sans humour, ce qui est scandaleux ! Mais ils ne sont pas les seuls. Allez voir  ! J’ai rarement vu une telle levée de boucliers, de Première à Positif ! [Ce qui n’est pas illogique d’ailleurs…Lisez notamment la citation de Télé 7 Jours, absolument hilarante !] Vous comprenez, c’est tellement chic de taper sur Ritchie. Le procédé est une fois de plus infect. Mais au-delà de ça, je pense aussi aux spectateurs grand public, qui vont avoir beaucoup de mal à adhérer (notamment parce que le film envoie balader les films du genre USUAL SUSPECTS), et qui vont avoir beaucoup de mal à supporter la « trahison ». Et les fans du TRANSPORTEUR II (déjà avec Statham), eux, vont être sans doute perdus très vite.
En tout cas, on ne démordra pas devant l’attitude courageuse de ce film, qui finalement tente le banco perdu d’avance (comme c’est parti, le film aura du mal à devenir culte !), se lâche et tente enfin quelque chose de baroque, et même d’expérimental, si j’ose dire, pour un film populaire à grand budget. Et de ce point de vue, le film est quand même une sacrée surprise !
 
Comme quoi tout arrive, et soyons honnêtes et beaux joueurs : bravo M. Besson !
 
Devolument Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Jeudi 29 septembre 2005

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Photo : "Le Pôle (hommage à Olivia Adriaco)" par Dr Devo

Chères Spectatrices, Chers Spectateurs,
 
Matière Focale, le site rien que pour vous, est plus que jamais une terre de contrastes. C'est pour ça que tous les matins, il fait bon se mettre au travail, dans un réflexe hallydaysque, et tel Sisyphe. Hier, érotisme inédit et japonais, et avant cela, animation japonaise de science-fiction et polar pulp américain. Tout cela entre des chroniques de SAN KU KAÏ (en forme d'hommage à Allen Ginsberg, quand même !). Tout est faisable ici, du moins en principe, et enfin, on peut parler du meilleur (Von Trier), de l'inédit (Schlingensief), du commercial, de l'art et essai : de tout, quoi, dans un même sac et dans un seul but, finalement : parler vraiment de cinéma. Dans la presse, ce refus du chapellisme mais sans chouchou, où tout le monde, bons et mauvais, commerciaux ou confidentiels, sont traités dans la même marmite, on n'en trouve pas. Sur internet, c'est un peu plus le cas déjà. Vous trouverez dans la rubrique LIENS d'autres sites, tous assez différents, qui œuvrent en territoire iconoclaste.
 
Retour en France. Ça n'est pas tous les jours, et d'une. Et se retrouver rassasié après un film français, ça arrive finalement peu. Est-on plus imbécile que les autres ? Non bien sûr, et on pourrait remplacer l'adjectif français par européen. Le niveau est assez médiocre en général, traversé ça et là par de brillants soleils (INNOCENCE, par exemple). Comme pour le marché américain, tout pareil, la somme de déchets est énorme, les USA ayant le léger avantage de n'avoir pas sous-estimé certains genres, aussi industriels soient-il, comme le film de college par exemple, formidable territoire de petites mais décisives expériences, et incroyable école de formation des acteurs. [C’est par l'absence d'un équivalent français du genre que nous avons un cheptel si pauvre en acteurs... J'en parlais récemment.] À part ça, on est chez nous en Amérique, comme le dit la formule extra-lucide souvent employée dans ces pages. En fin de compte, France, Europe, USA, tout ça c'est presque pareil, peut-être. C'est ça, après tout, être sans a priori. Et libre ! De toute façon, loin de tout sectarisme, ici, tout le monde est nourri pareil, à l'aune d'une seule échelle : poésie über alles !
 
Mais ne faisons pas grise mine. C’est comme ça, c'est notre donne. Ce n'est pas spécialement révoltant. Et on arrive bien sûr à voir des choses belles ou au moins sympathiques, en étant un minimum curieux (ou fortuné, dit ma petite voix intérieure, le cinéma étant quand même un sport de luxe !).
Retour en France, donc. Par moments, quand l'esprit cesse d'être lucide (quand on est un peu énervé, par exemple), on se demande vraiment qui fait avancer le schmilblick en France. Qui essaie d'aller défricher de nouveaux territoires, qui se risque ? Ben, y'en a pas des masses, mais il y en a. Je faisais le compte en allant chercher mon journal tout à l'heure. Voici ma playlist, comme qui dirait... [Au fait, ça vous plaît, ma musique dans le Juke Box à droite ?]
 
Dans les petits jeunes, Philippe Grandrieux, véritable miracle ambulant qui semble remettre toujours en jeu sa mise. Chapeau. Gaspar Noé. Sa compagne Lucille Hadzihalilovic, réalisatrice de INNOCENCE, sans doute un des plus beaux films de l'année (avec J'ADORE HUCKABEES, bien sûr, que je n'avais pas cité depuis longtemps, et que je laisse tomber ici, comme par hasard, comme un billet tombé par inadvertance de ma poche, pour que vous le ramassiez, comme une sorte de don faussement involontaire, la classe !). Bruno Dumont, bien sûr, dont je n'ai toujours pas vu TWENTY-NINE PALMS. Et dans les vieux sorciers, les époux Straub, loin devant, loin... Robbe-Grillet, l'imbécile, est en retraite, ce qui est fort dommageable car c'est sûrement l’un des plus grands réalisateurs que nous ayons. Blier aussi, tiens, qu'on enterre vite, je trouve... Il y en a sûrement quelques autres... Ils m'excuseront.
 
Et puis, parmi les joyeux brigands de grands chemins, il y a le petit père Cavalier. Lui aussi est évidemment aux avant-postes. Je me suis précipité avec lenteur sur LE FILMEUR, sorti mercredi dernier, en me disant que, cette semaine, il allait soit disparaître de l'écran, soit avoir deux horaires de projection tout pourris, et bien sûr ça n'a pas loupé. Dans la ville où j'exerce, il est passé de 5 séances à 2 séances par jour ! [Le nerf de la guerre, c'est vraiment la distribution, plus que jamais. Que votre cinéma s'appelle "art et essai" ou "commercial" n'a strictement aucune importance.]
Et c'est marrant pour moi de voir ce film à ce moment précis. D'abord parce que je suis en train de monter un de mes kitchen-movies, qui n'est pas basé sur la même démarche que le film de Cavalier (Kavaliere ! Kavaliere ! Ecoutez de toute urgence sur ce site la chanson de Die Tödliche Doris, à droite dans le juke-box), mais qui est un lointain cousin en quelque sorte, car il s'agit de récupérer de vieilles cassettes... Non je ne dis rien. Je garde la bonne idée pour moi. Et puis, ce n’est pas fini après tout. Passons.
Autre bonne raison de voir ce film à ce moment-là, c'est mon récent article sur le beau FREAKSTAR 3000 de l'allemand Christoph Shlingensief, dont je vous parlais l'autre jour. Allez jeter un œil au début de l'article. Je me plains de l'incroyable médiocrité du monde du documentaire, et analyse les simples raisons structurelles qui clouent le genre dans la grisouille. Et d'une.
Et puis, je défendais le principe de base du Kitchen-Cinéma dans mon récent article sur TOI MOI ET TOUS LES AUTRES. Une caméra, un logiciel de montage, et c'est parti. Le cinéma n'est vraiment plus une question de moyen (à condition de faire le deuil de pouvoir en vivre).  Si on peut faire un film comme THE AVIATOR, sombre bouse, on peut évidemment faire mieux dans sa cuisine, chez soi.  Et ce n’est pas vous, Alain Cavalier, qui allez me contredire, hein ?
 
[J'entends déjà des gens protester, à juste titre : "Oui mais moi, ce que j'aimerais, c'est faire des films d'invasion extra-terrestre, et ça, Docteur, dans sa cuisine, on ne peut pas le faire !", ce à quoi je réponds "Faux !", bien sûr on peut le faire. Allons, un peu de réflexion. Non ? Vous ne voyez pas ? Bon, alors allez chercher le passage sur l'exemple de l'ambulance dans le beau livre de Robert Bresson, NOTES SUR LE CINEMATOGRAPHE, même si on n'aime pas les films du bonhomme d'ailleurs, ce livre est forcément le meilleur livre écrit sur le cinéma. C’est d'ailleurs le seul que j'aie lu, et je soupçonne que ce soit le seul vraiment utile !]
 
Sous ses airs très sérieux, Cavalier est un type complètement foufou. Il se ballade avec son caméscope mini-DV absolument partout ! Et il filme, filme et filme tout, sans jamais s'arrêter, sinon pour dormir. Et encore, je le soupçonne d'avoir des insomnies exprès. Et ça fait un moment que ça dure. LE FILMEUR est le résultat de cette prise de notes vidéo. Le principe est simple mais gonflé. Il s'agit de compiler, en quelque sorte, dix ans de captation vidéo en un peu moins d’une heure et demie. Et Cavalier s'y prend d'une drôle de manière. Toujours dans l'entre-deux, il nous met dans une drôle de position : on hésite en effet à dire si le montage est chronologique ou pas. Et on ne peut pas dire qu'il soit thématique non plus ! En fait, je le soupçonne d'être chronologique dans son entier, mais on n'en est jamais sûr. Et outre, le procédé de filmage, sur lequel je vais revenir plus bas, c'est là un des principaux fondements de ce film étrange. La temporalité est curieuse et impromptue au possible. On a l'impression d'être dans un territoire inoccupé du cinéma (ce qui n'est pas tout à fait vrai, mais c'est l'impression ressentie), une sorte de One Man's Land curieux. Le sentiment de plongée dans un monde qui n'est pas vraiment le nôtre, puisque que terriblement intime, est totale, et le dépaysement, en quelque sorte, est assuré. La preuve en est que, même si on ne connaît pas le réalisateur, on peut complètement nager dans cette océan vidéo avec délice. Ce qui ne veut, et c'est un paradoxe, pas dire non plus que Cavalier ne parle pas de son travail, par exemple. Mais que vous le connaissiez ou non, ce travail, la communication, fonctionne quand même, et pas qu'un peu. Ça a, vous vous en doutez, un charme fou. Car Cavalier a compris une chose simple (et que j'adore) : les choses arrivent par la petite bande ! Jamais directement. C'est aussi, bien sûr, une conséquence logique du dispositif. Le fait de compiler des centaines de cassettes en 87 minutes (je crois) aboutit forcément à un travail tout en ellipses, la cohérence du film étant faite de trous. C’est une lapalissade, mais c'est vrai.
Et puis non, ce n'était pas si évident que ça. Cavalier aurait pu faire un montage chronologique des moments importants et décisifs de sa vie (chose qu'il fait sans doute d'ailleurs, en loucedé et à notre insu, ce qui est assez classe). Mais il choisit pourtant une non-hiérarchisation de ces événements, voire une chronique sans événements du tout ! On est là aussi dans un superbe entre-deux, très courageux. Le banal côtoie l'existentiel, sans jamais en avoir l'air. Non pas que le film soit sans rythme, mais Cavalier, au  contraire, regarde ces images avec une certaine distance, forcément lucide donc, et finalement en s'amusant. Il n'a pas le nez scotché à une certaine forme d'encyclopédisme (qui aurait pu s'exprimer dans une sorte de "Moi, Alain Cavalier, Ma Vie, Mon Œuvre"). Et en même temps, ce n'est pas non plus un montage de vidéos familiales. On est dans une espèce de tout, où le parcours personnel bien sûr a son importance, mais où aussi l'objet lui-même (le film) impose sa contrainte, sa vision des choses. Tu la sens la richesse qui monte ? Bref, c'est du malin.
 
Alors, n'allez pas imaginer non plus une sorte de déballage, un peu dans le style de l'affreux OMELETTE de Rémy Lange. Pas du tout. Et il y a aussi un sentiment étrange, justement, dans cette juxtaposition construite du banal et des moments plus forts. Une sorte de dédramatisation (dans le joyeux comme dans le triste, d'ailleurs), très pudique et plus encore, réflexive. On est toujours très proche du sentiment, sans jamais avoir cette impression de déballage qu'on trouve souvent dans ce genre de projet. Ici, on met les patins, et tout se fait dans une espèce, non pas de langueur, mais de calme. [Ce qui n'exclut pas des réflexions très fortes, qui surgissent par endroits, "comme un baleine qui remonte furtivement à la surface pour respirer". Désolé, la métaphore est pourrie !] Une nette impression de pudeur se dégage mais, en fait, ce n'est sans doute pas ça. Cavalier a de la bouteille. Il sait ce qu'il est en train de faire : un film. Et c'est donc le montage qui importe, si j'ose dire. Pas les événements, ou plus exactement, pas le déballage du sac. Il s'agit, avant de faire passer "le message Cavalier, sa vie, son œuvre", de faire un film, bon sang de bois. Voilà d'où elle vient, cette sensation d'entre-deux, de rebonds, de choses arrivants par la petite bande. De fait, le film a la qualité de n'être jamais "sociologique" mais complètement impressionniste. Le voyage est subjectif, complètement dépaysant et ne ressemble à rien (sans doute à Cavalier, mais moi, je ne le connais pas) sinon à un film ! Cinéma über alles. LE FILMEUR est un film de structure.
 
Alors, on dira au spectateur éventuel d'y aller sans crainte. Je vais zapper volontairement les événements un peu graves du film, pour ne pas donner l'impression d'un film spécialement austère, et surtout pour ne pas donner l'impression qu'il faut aller voir le film avec une mine sérieuse, voire déconfite "devant la tragédie du Monde", et en portant un bonnet de nuit ! La réflexion sur certaines images est grave par endroits (et pour cause !), mais elle n'implique pas une mise en scène au tragique ostentatoire et dramatique. C'est pas du mélo, ni vraiment un spectacle. [Et ce n’est peut-être pas complètement un documentaire d'ailleurs !]
 
Bref. Cavalier n'y va pas de main morte, en tout cas. Le dispositif est brut de décoffrage (au moins dans le principe, car le résultat est complètement monté et plutôt poétique). Ce n'est pas filmé en caméra HD !  C'est en 1.85 d'ailleurs, pendant que j'y pense. Ce qui a son charme. Le son est également très "bisou barbu". On entend ostensiblement le son des moteurs de la caméra, si caractéristique et que j'adore (et qui permet, je vous le dis, de faire de superbes liés sonores, ce qui est toujours utile quand on monte de la vidéo ! Mais le répétez pas, c'est un secret), même si le film est sans aucun doute très mixé. Les images sont donc d'une qualité "inférieure" pour ainsi dire, mais c'est très beau. Cavalier filme des plans assez serrés en général, sur des objets du quotidien et sur ses proches quand il y en a. C'est le dispositif minimum : une caméra grand public et un micro pour le son, tout ce qu'il y a de plus banal, quitte à ce qu'il y ait du souffle. Bref, ma brave dame, c'est du CINEMA avec zéro francs ! Et ça les amis, si vous saviez comme ça me fait plaisir ! Qu'on se le dise une fois pour toute : celui qui veut faire du cinéma peut en faire, sans aucune contrainte ! L'argent n'a rien à voir là-dedans (ou presque).
Car, au delà de ce que je viens de dire, c'est le sens de l'accident qui est beau chez Cavalier, et cette incroyable énergie pour aller capter des choses, quitte à les rater d'ailleurs (j'imagine...). Au final, LE FILMEUR est une petite mine de plans rigolos, et de temps à autres très beaux. L'esthétique du film ne tient pas seulement à son dispositif (notamment, étalonnage direct de la caméra, sons impromptus, commentaires en direct (tourné-commenté), point automatique quelquefois).  C'est un choix, et surtout c'est un regard qui transcende largement la qualité "anniversaire chez tata Jeannette" qu'aurait pu avoir le film (Cf. OMELETTE d'ailleurs, à ce sujet). Comme dirait l'autre en rigolant : "Le pire, c'est que c'est beau !" Ben ouais ! CQFD ?
 
Il en ressort l'image d'un bonhomme plutôt pudique, ou plus justement timide, mais aussi déterminé sans doute. Et d'une malice et d'une gourmandise complètement délicieuses. Cavalier s'émeut certes, mais s'amuse aussi avec une jeunesse absolument folle et un appétit dont le moins que l'on puisse dire est qu'il fait plaisir à voir. Le gars est lucide, rigoureux et construit son film comme un jeu. On sent qu'il en a encore sous le pied, et on se réjouit de le voir si frais, si assoiffé et si volontaire. Cavalier est anti-aigri et d'une rare délicatesse. C'est un sentimental, loin d'être bête (pour reprendre le poète), toujours au service de son film, d'abord et par dessus tout. On est loin, en quelque sorte, et pas qu'un peu, de la (je déteste cette expression mais bon) "masturbation cérébrale" ou sentimentale d'ailleurs que ce genre de projet, fort risqué, peut engendrer. Chapeau bas !
 
[Je m'aperçois que je ne vous ai pas décrit de quoi parlait le film exactement, mais en même temps, les journaux se sont repus d'analyses personnelles sur Cavalier. Vous trouverez ces renseignements sur le net. Et encore une fois, cela m'évite de vous donner l'impression d'un film tragique qui déballe à tous vents ses egos et pleurniche à tout va. Et ça permet de rentrer au cœur du film, encore plus que de Cavalier. Ce n’est pas plus mal.]
 
Passionnément Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Mercredi 28 septembre 2005

recommander publié dans : Corpus Filmi

(Photo extraire du clip "Kavaliere" du groupe Die Tödliche Doris, morceau que l'on peut écouter sur l'interface radioblog, sur la droite de l'écran !)

Chères Voyeuses, Chers Voyeurs,
 
D'aussi loin que je me souvienne (fin décembre dernier, date de création de ce blog), je crois que cela ne nous est jamais arrivé. Le 14 février dernier, je vous parlais de LA BÊTE AVEUGLE, le beau roman d’Edogawa Rampo (à qui on a consacré un film, RAMPO, superbe parait-il, mais que je n'ai pas vu !). Et le hasard fait bien les choses, puisque dans la ville où je vis, le cinéma art et essai principal fait une rétrospective "cinéma érotique japonais". Je vois la plaquette sur le comptoir et je ne la prends même pas, pensant que ce serait encore L'EMPIRE DES SENS et sa suite L'EMPIRE DE LA PASSION qui passeraient, comme d'hab, c'est toujours les mêmes films qui passent dans ces rétrospectives, etc. Grave erreur de ma part ! D'abord parce que les films étaient vraiment rares (même si, effectivement, on retrouvait les deux films d'Oshima), et parce que cette absence de curiosité m'a fait louper LA FEMME DES SABLES, le fabuleux film de Teshigahara, adapté du roman du génialissime Abe Kobo. J'ai déjà vu ce film, superbe à tout point de vue, en vidéo il y a quelques années, mais c'était l'occasion sans doute unique de voir la chose sur grand écran. Puni, le Docteur ! Et bien fait pour lui, ajouterai-je !
 
J'ai pu néanmoins, dans cette rétrospective qui en plus, double faute, avait le bon goût de durer 15 jours, voir LA BÊTE AVEUGLE, adaptation du susdit roman par le réalisateur Yasuzo Masumura, réalisateur que je ne connais ni d'Eve ni d'Adam. Je me suis dit, à raison, que j'avais de la chance dans mon malheur, et que le hasard faisait diaboliquement bien les choses, moi qui avais lu le roman original cette même année ! Donc, pour la première fois dans l'histoire de ce blog, vous allez pouvoir disposer de la chronique concernant le film, en plus de celle, déjà existante, concernant le bouquin. Vous êtes vraiment pourris-gâtés, non ?
 
Autre intérêt de ce film, il va être pour moi l'occasion de parler d'un sujet qui m'est cher, et dont je pense que bien souvent, il véhicule une cohorte d'idées préconçues absolument fausses : la difficile question de l'adaptation littéraire au cinéma.
Je passe sur les insupportables théories apprises au lycée, du genre "Balzac ou Zola ont inventé l'échelle de plans avant la création du cinéma". Ça, bien sûr, c'est n'importe quoi. Ou alors Cro-Magnon avait inventé l'ampoule en découvrant le feu, ou alors Bach faisait déjà du Jazz. Passons sur ces lectures à-rebouristes, intrinsèquement absurdes et absolument sans fondement.
 
Il est intéressant de parler en France de l'adaptation littéraire, genre très pratiqué, parce que c'est le pays du Scénario avec un grand S, c'est-à-dire considéré, dans notre beau pays du moins, non pas comme une nomenclature technique visant à servir de repère à toute l'équipe de fabrication du film (c'est ça le scénario, en principe, et rien de plus), mais plutôt comme la colonne vertébrale et narrative du film. Derrière cette vision, il y a deux fantasmes. D'abord, le scénario serait l'objet ultime de la réalisation d'un film. Fantasme sur lequel vit en symbiose, comme un bernique sur le rocher, la fameuse phrase de ce grand metteur en scène (Hitchcock ?) : "Un bon film, c'est d'abord une bonne histoire, une bonne histoire et une bonne histoire." [Non, ce n’est pas Hitchcock, mais c'est qui, alors ? Si vous le savez, mettez un petit commentaire.]  C'est le scénario du mythe parfait, de l'histoire qui tue, etc. Bien sûr, c'est complètement faux. Par exemple, voici le scénario de l'excellent DUEL de Spielberg (réalisateur dont je ne suis pourtant pas spécialement fan) : "un homme rentre chez lui après une journée travail, mais est poursuivi par un camion, apparemment sans conducteur, qui veut sa mort !" C'est parti pour 90 minutes. Autre exemple avec HALLOWEEN de Carpenter, qui est, peu ou prou, l'histoire d'un mec qui poursuit une fille avec un couteau ! En écrivant petit, le scénario du Spielberg tient sur un timbre-poste ou sur deux feuilles A4. Autre preuve : on est entouré de scénarios parfaits ! Ben oui ! Je n'ai jamais vu autant de scénarios parfaitement développés. STAR WARS III : LA REVANCHE DES SITH est un superbe scénario, rien à dire. Et un très mauvais film. COLLISION, dont nous parlions il y a quelques jours, est un film horrible, avec un scénario parfait. [Note : en fait, les gens qui essaient de nous vendre le mythe du scénario parfait cherchent à nous imposer le schéma aristotélicien de la POETIQUE, schéma qui est loin d'être bon pour tout le monde, et qui, j'en suis sûr, castre encore pas mal de créateurs !] Troisième élément de réponse : JADE de William Friedkin est un film palpitant, sur un scénario complètement nul (une sorte de resucée de BASIC INSTINCT). Et, à l'opposé du spectre, Agnès Varda ne fait-elle pas de films sans utiliser de scénario ?
 
Deuxième mythe : le scénario, c'est la narration du film, son histoire. Ben non, bien sûr. En un mot, le scénario est un outil de communication entre techniciens, et ne contient pas toute la narration du film en lui ! Ben oui ! Pour la bonne et simple raison qu'un film n'est pas une histoire. Un film, c'est de la MISE EN SCENE. Sans mise en scène, on ne fait pas de cinéma. D'ailleurs, on remarque que les papes du scénario font souvent des films (en France du moins) avec quasiment pas de mise en scène : Sautet, Tavernier, par exemple.
 
Ceci dit, s'il vous reste encore quelques crocs, abordons le délicat problème de l'adaptation littéraire. De la même manière (parce que la narration n'est pas contenue dans la simple histoire d'un livre, mais aussi dans son style et sa structure), on constate une chose marrante, qui a des exceptions, Dieu merci, mais très rares. Plus un film est fidèle au bouquin qu'il adapte, plus c'est mauvais ! C'est tellement vrai que c’en est drôle. OUT OF AFRICA, ce grand film nullosse et splendouillet adapté au pied de la lettre, envoie toute la noirceur du bouquin de Karen Blixen à la trappe. Ah ! le GERMINAL de Claude Berri ! Formidable, l'extrême nullité d’AUTANT EN EMPORTE LE VENT ! Magnifiques, les énièmes adaptations de Philip K. Dick dont presque aucune ne contient ne serait-ce qu'un air de ressemblance avec l'univers de l'auteur (sauf CONFESSIONS D'UN BARJO de Jérôme Boivin, sans doute).
Quand je vois une adaptation, je me poile d'avance. Derrière tout ça, il y a encore un mythe : celui de l'adaptation impossible ! Le livre, qui en général a une narration chahutée (et donc un style particulier). Inadaptables, par exemple, VOYAGE AU BOUT DE LA NUIT de Céline, LA CONSPIRATION DES IMBECILES, MOBY DICK, LES 1001 NUITS, LA BIBLE (héhéhéhé, ça fait du bien de plaisanter...).  Oui, bien sûr. À part les lecteurs de télé 7 Jours, chacun sait bien que c'est faux, ou alors on peut venir à cette conclusion en réfléchissant un peu.
 
Un des romans les plus "inadaptables" a fait l'objet d'un film sublime, qui est aussi une adaptation fidèle. Et son seul exemple envoie tout balader. Il s'agit bien sûr du FESTIN NU de Cronenberg, d'après William Burroughs. Encore plus fort, toujours chez Cronenberg, l'adaptation de CRASH, absolument fidèle au bouquin et rempli de trahisons narratives qui ont fait hurler les fans hardcore du roman culte. On pourrait aussi citer une autre adaptation "impossible", celle d’AMERICAN PSYCHO, dont le film, qui est bien obligé de se démener pour rester un film grand public malgré l'ultra-violence du bouquin, est orfèvre en matière de contournements, de sabrages, et finalement d'extrême précision dans la restitution.
 
On résume : les adaptations impossibles n'existent pas. Et en général, plus on est infidèle au bouquin, plus l'adaptation est intéressante et proche du livre.
 
[Un mot quand même sur BLADE RUNNER, pour dire que c'est un film réussi, mais qui, en matière d'adaptation, est absolument raté, notamment parce que le film est dépourvu du moindre humour et de second degré... Un des films les plus proches de Dick, et même carrément dickien, est la magnifique adaptation de BREAKFAST OF CHAMPIONS, par Alan Rudolph, tiré du bouquin de l'excellentissime Kurt Vonnegut, film extraordinaire avec Nick Nolte survolté et travesti, Albert Finney poignant, Barbara Hershey phénoménale et, tenez vous bien, tenez-vous mieux, un Bruce Willis absolument parfait ! Etonnant, non ?]
 
Maintenant que ces nuances (à la tronçonneuse, je vous l'accorde) sont faites, revenons à LA BÊTE AVEUGLE.
Masumura a fait le choix de l'iconoclaste en adaptant le bouquin de la manière suivante.
L'héroïne est mannequin. Alors qu'elle visite une expo photo qui lui est consacrée (dans un style bondage, version sixties anglaises, donc très slpendouillet), celle-ci surprend un aveugle dans une drôle de posture. En effet, au milieu de l'expo trône une statue du mannequin, et l'aveugle est en train de la caresser de manière ostentatoire et ouvertement "érotique". Notre héroïne en est fortement troublée autant que gênée, et prend la fuite. Quelques jours plus tard, après une épuisante journée, elle fait venir chez elle un masseur. Et ce n'est pas son masseur habituel, mais un aveugle, le même bien sûr, qu'elle ne reconnaît pas tout de suite. Lorsqu'elle identifie l'homme, c'est déjà trop tard : celui-ci l'endort au chloroforme et la kidnappe. Il l'emmène chez lui et l'enferme dans une sorte de grand hangar en pleine pénombre, où sont disposées d'immenses statues monumentales en forme de jambes, de bras, de seins, de bouches, grossis et démultipliés. Au centre de la pièce trônent deux immenses statues représentant le corps d'un homme et celui d'une femme. Drôle d'endroit pour un kidnapping ! Très vite, le sculpteur s'explique. Il a kidnappée la modèle pour faire une statue d'elle. Un terrifiant huis-clos commence, sous l'œil de la mère de l'aveugle, où petit à petit l'atmosphère va changer pour devenir un voyage au bout du plaisir et de l'amour physique le plus fort : celui qui ne fait appel qu'au toucher. Repus de sexe et de volupté, le couple finit par se fatiguer des limites conventionnelles de leurs deux corps, et veulent connaître un type plus ultime de jouissance...
 
La première chose qui frappe en voyant le film, c'est son aspect assez provoquant pour l'époque. Le film est glauque certes, mais également ouvertement érotique, et on imagine bien qu'à l'époque, la chose a dû faire scandale. On se demande même comment ce film a pu sortir. Un parti-pris sûrement courageux dans le Japon de 1969 !
Masumara, le réalisateur, tranche donc dans le vif du livre. Il n'a pas peur, contrairement à ce que je disais plus haut, de se réapproprier le livre d'une manière assez personnelle, et à sabrer dedans beaucoup de choses. Pas grave, me dis-je, c'est aussi le cas de CRASH, et en aucun cas, et même bien au contraire, on ne perd la sève originale (en étant complètement cronenbergien du reste). Dans le livre, l'héroïne était une femme mûre, un peu moins de quarante ans, vedette de music-hall très orgueilleuse. Ici, c'est un jeune mannequin. Bon. Et surtout, le film est un huis clos. Exit donc l'intrigue policière légère mais constante du livre, et bien plus, exit les multiples victimes de l'Aveugle. Ben oui, parce qu'il en tuait un paquet dans le livre, et alors que tous les indices menaient à lui, une chance insolente l'épargnait des enquêtes policières (avec des scènes très drôles de découverte de morceaux de cadavres dans les lieux publics, notamment une tête "volant" parmi les ballons d'hélium qu'on vend aux enfants ! Sacré Rampo !). Et puis, variation assez considérable, le personnage de la mère, dont je ne me souviens absolument pas dans le livre, a ici une place primordiale.
Du courage donc, face à la censure éventuelle, et surtout face au bouquin, ici largement remanié. Voilà qui promet d'être intéressant.
 
Et ce n’est vraiment pas bon, malgré l'excellente réputation du film. On se demande d'ailleurs pourquoi le film se considère comme une adaptation de Rampo, tant cela n'a rien à voir. Masumara est quelqu'un de diaboliquement sérieux, et on peut dire adieu à cet étrange mélange de sentiments profonds, de sensations corporelles dérangeantes mais enivrantes et d'humour à froid mais grotesque de Rampo. Le huis clos est étouffant, mais est parasité par plusieurs choses. D'une part, le personnage de l'aveugle est ici un nouveau personnage. Vivant en vase clos avec sa mère (et toute les suggestions incestueuses que cela implique), sorte de grand dadais puceau et niaiseux, on est carrément à l'opposé du masseur machiavélique et malin du roman. Et plus grave, le masseur aveugle ne conquiert plus sa victime parce que c'est un amant fabuleux que la cécité a rendu expert du toucher. Du coup, c'est elle qui le déniaise, et, contresens complet, c'est elle qui le manipule ! Dans ces conditions, on peut enlever, sans que ce soit un scandale, le nom de Rampo du générique.  Car un des intérêts du roman était justement que la femme succombe à l'aveugle et devient sa maîtresse volontairement, après avoir accepté sa soumission et sa séquestration.
 
Alors, est-on en plein syndrome Blade Runner, c'est-à-dire celui d’une adaptation ratée pour un film réussi ? Pas du tout. Le film est très soigné, en couleur, dans un format 2.35 pas laid. Le péché principal vient du fait que c'est la voix-off (celle de la femme) qui fait évoluer le récit, c'est-à-dire qui explique ses changements de sentiments ou de situation aux spectateurs, sans que ceux-ci ne les sentent du tout dans le film lui-même, par la mise en scène. Ces variations sont donc désagréablement ex-machina. Il n'est pas étonnant alors que le métrage soit très bavard, et nous gave de grandes tartines de dialogues, assez ampoulés d'ailleurs. Très vite, ces choix deviennent nuisibles au film en tant que tel. Si l’on apprend beaucoup de choses au niveau sonore par le dialogue (le son en lui-même, par contre, est assez pauvre), rien ne se passe dans la mise en scène. Le cadrage est sans gourmandise, et surtout le montage très plat, totalement soumis à notre vieil ennemi, cet animal fougueux qu'il faut toujours dompter : le scénario ! Le film, qui prend le parti, et pourquoi pas d'ailleurs, d'être assez lent, voire langoureux, n'est qu'alors qu'un horizon monotone, sans beaucoup de personnalité.
Et le contenu n'est pas non plus à la hauteur. Une fois le deuil de Rampo passé, on est extrêmement déçu du propos. Simple histoire de sadomasochisme et de violence traitée dans un premier degré d'une grande naïveté, le film devient au final quelque chose, c'est curieux, de complètement... cucul ! Ben oui, c'est carrément niais. Évidemment, ça parle de mutilation, d'amour qui tend vers la mort, etc. Evidemment, c'est violent, plein de sexe (pour l'époque !), et le personnage de la mère elle-même est d'une noirceur et d'une méchanceté profondes. Mais intrinsèquement, structurellement, c'est d'une naïveté complète. On a presque l'impression que le film est écrit par un adolescent de 16 ans qui ne serait pas cucul dans une tendance romantique à la Rimbaud, mais tendance plus punk. Romantique cucul à la Masoch ! C'est tellement premier degré que ça en devient presque drôle par moments, chose aggravée de manière conséquente par les rapports du couple avec la mère, qui font passer un vent de psychanalyse mal digérée et guydescarsienne sur le film. Les acteurs, en plus, y vont à fond les ballons, ce qui se comprend, mais surtout ne sont pas très bons et contribuent, avec Masumura, à rendre le film encore plus théâtral.
 
Il ne faut pas alors parler d'une adaptation de Rampo, on l'aura compris. Ce n'est pas grave,