[Photo : "Attentat ou Accident ? (Rorschach I)" par Dr Devo et Anne Archy]


Chers Amis Focaliens,

C'est samedi, et il voudrait qu'on l'aime, le docteur. Il a vu des tas de choses dont il aimerait vous parler, et m'a fait cette déclaration (sous l'œil vigilant des caméras de CNN) : "It is truly amazing since 3 or 4 weeks. I've never seen such idiotic films ! Is the world turned into an asylum for dangerous teenager mongoloïds ? On the other hand, it's so exciting to see few very strange films... Yesterday, I saw a movie entirely shot with close-ups ! For 120 minutes. After the second reel, you don't even look at the character's face : you only watch the strange shades of colors, out of ficus, in the background and listen to the dialogues. It's like filming a radio show ! I love it !"

D'abord, commençons par une nouveauté dans la rubrique "Liens". Un petit nouveau est arrivé cette semaine, à savoir le blog
SPORT ET EROTISM, blog entièrement dédié au cyclisme, et fabuleux. Je vous conseille de cliquer sur le mois de juillet 2005 et de vous taper, dans l'ordre, les articles sur le tour de France, écrits par Pascal D'Huez, journaliste freelance, qui suit le tour au sens propre, car il arrive dans les villes systématiquement avec un jour de retard. Qu'on aime ou qu'on n'aime pas le vélo, c'est un site superbe.
Presque aussi beau que celui de Er-Töshtük, qui nous avait laissé seul il y a quelques mois, mais qui revient comme prévu, très en forme. Selon le docteur, c'est le plus beau site internet du Monde ! On peut en tout cas parcourir les archives de ce site, effectivement passionnant et si bien écrit !

Faisons le point, sinon. Avez-vous regardé LAÏKAPARK, le beau feuilleton dont nous parlions il y a quelques jours ? Allez jeter un œil à l'article, à la fin duquel vous trouverez le lien pour voir ce films que je qualifierai de Real-Cinema, comme on disait autrefois real politik. Dans l'épisode zéro, il y a une magnifique chanson, mais très triste. Préparez vos kleenex avant de lancer le film.

Tiens en parlant de chanson, c'est samedi, et c'est musique aujourd'hui. Le docteur m'autorise à mettre des nouveaux titres dans le juke-box (colonne de droite : activez-le avec l'option pop-up qui vous permettra de surfer tout en écoutant la musique et désactivez l'ignoble option cross-fader ; on n'est pas au Macoumeba Diskothek !).
Je sais l'honneur qui m'est fait, et je sélectionne donc attentivement, en essayant de prendre en compte les choix précédents du Docteur ! Je commence en farfouillant dans les CD et cassettes anciennes, et je tombe sur ce merveilleux morceau de Red Lorry Yellow Lorry, "Generation". C’est quand même assez beau. Ça fait bizarre de ré-écouter pareille chose. Un bon départ en douceur, mais avec noirceur pour le week-end.
Oh, et puis il y avait ça aussi, la chanson KETTIE du groupe OGRH, anciennement connu, si ma mémoire est bonne, sous l'excellent patronyme Skinny Puppy, ce qui ravivera la mémoire du connaisseur. Ici, on retrouve ce son bizarre et ces mixages précis, faits de différentes engeances dont on se demande bien comment elles peuvent cohabiter ensemble. Ce sera le morceau le plus "dance" de la sélection que je vous propose aujourd'hui ! C'est le moment d'inviter votre partenaire ! Il/Elle va adorer. Et c’est aussi un hommage au Marquis qui, je crois, aime beaucoup ce morceau.
Enfin, un morceau de Devo. Je cherchais quelque chose de très agressif, de très malpoli, quand je suis tombée sur ce SPEED RACER, morceau extrêmement inhumain, et dont les paroles m'enchantent ! Une chanson sur les spécialistes, je trouve, voilà qui devrait aider le Dr à surmonter les épreuves de la journée !

Et elle sera chargée. Le docteur sera de nouveau, et pour sa troisième participation, sur les ondes de Radio Campus, radio lilloise et associative, pour l'émission LES AVENTURIERS DES SALLES OBSCURES, ça ne s'invente pas ! L'émission qui crée la polémique ! En tout cas, le Dr vous fait passer le message : il y aura du sport, et il compte bien faire mieux que sa prestation en demi-teinte de la semaine dernière ! Il ne laissera rien passer ! Ce qui promet, car voici les films qu'il a vus cette semaine : HARD CANDY, LES AMITIÉS MALÉFIQUES (quelle horreur !) et INDIGÈNES (Notre WORLD TRADE CENTER à nous ?). Oh punaise ! C'est du gros !
Selon Tchoulkatourine, on peut écouter l'émission sur
le site de Radio Campus et en direct, aujourd'hui de 14 à 15h. [Chez moi, ça ne marche pas, mais chez lui, oui...] Sinon, l'émission sera téléchargeable à partir de demain Dimanche 1er Octobre sur le site du Quotidien du cinéma, très précisément là ! Enfin, pour ceux qui habitent le Nord ou le Pas de Calais, on pourra écouter l'émission sur 106.6 !

Sinon, les choses habituelles. On peut écrire au proprio sans problème. En général, il se fait un plaisir de répondre. Il suffit de cliquer sur la pin-up au biniou dans la colonne de droite, c'est magique. Tu veux recevoir un e-mail à chaque fois qu'il y a un nouvel article ? Rien de plus simple, abonne-toi à la newsletter dans la rubrique éponyme, toujours dans la colonne de droite. Tu es d'accord, tu n'es pas d'accord, tu as envie de parler parce que tu te sens seul(e), c'est possible : envoie un mail, une question, une réflexion ou un article au Docteur, la rubrique Courrier Des Lecteurs est toujours ouverte, même si ça ne se bouscule pas vraiment au portillon !

Et bien voilà, on a fait le tour. Le week-end focalien, chez vous, s'annonce bien.

Anne Archy.
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Samedi 30 septembre 2006

recommander publié dans : Mon Général
(Photo : "On se lève tous... (le meurtrier était là)" par Dr Devo)


Chers Focaliens,

C’est très souvent qu'on reçoit dans sa boîte à mail des pubs pour des festivals ou des courts-métrages. En général, même si je regarde toujours, je n'en parle pas en général, pour plusieurs raisons, et surtout pour des causes simples de médiocrité artistique, aussi bien chez les destinateurs amateurs que professionnels qui, dans 98,56 % des cas, font quand même rien qu'à imiter les autres (petit un), que s'imiter les uns les autres (moyen deux), et qu’imiter les trucs "qui palpent" comme on dira ci-dessous, c'est-à-dire les choses qui marchent (grand et impardonnable trois : préférer être réalisateur plutôt que faire des films, j'y reviens).

Dans ces trois causes, on retrouve : petit hun, la cause du très mauvais niveau général stagnant depuis 70 ans du cinéma mondial, moyens poussins (réfléchissez...) le très mauvais niveau qualitatif du cinéma européen, notamment art et essai, et Grande Troie, le niveau désastreux du cinéma français qui, en termes de rapport entre le nombre de films produits, les moyens mis en œuvre (en pré-production, tournage, post-production, puis marketing et distribution) et le nombre de films tout juste réussis ou supérieurs, est le cinéma le plus désastreux de la Planète.

Appendice B. Le cinéma d'animation : "Au secours !", cria-t-il en silence. [Là aussi en proportion, bien sûr, que de déchets...]

Dans mon formidable article paru dans la récente REVUE DU CINÉMA actuellement en kiosque, article intitulé VADE MECUM par d'autres que moi (oui, je fus re-titré !), je réponds en une trentaine de pages à la question désinvolte mais sérieuse "qu'est-ce que le cinéma ?", et aussi, plus curieusement, à la question "combien faut-il de surréalistes pour visser une ampoule ?". En chemin, j'en viens à cette sentence (je reformule en d'autres mots, mais avec exactitude) : "Pourquoi les frères Lumières ou Tata Jeannette n'ont jamais fait de cinéma ?" : ça, on l'a vu. [Il faut lire l'article pour comprendre l'allusion, désolé.] Mais pourquoi, alors qu'il n'a jamais été aussi facile de faire un film, fût-ce en vidéo, pourquoi y a-t-il aussi peu, et même pas du tout, de films de particuliers qui soient du cinéma ?
Laissez moi reformuler. nous en avions déjà parlé lors du Festival du Film de Téléphone Portable de Lille. Mr Mort disait en substance que ce festival était une honte et un gouffre de finances publiques (parce que c'est nous, contribuables, qui payons ça !), parce que justement, le caméscope DV, déjà, c'était un moyen de faire des films sublimes ! Et que personne n'en faisait ! Personne. Bref, ça fait déjà quelques années que le moindre caméscope est à 250 euros, et que les ordinateurs d'entrée de gamme permettent de monter un film et de le traiter les doigts dans le nez. La pratique du cinéma en France ne s'est pourtant ni démocratisée, ni étendue, ni améliorée.

Voilà pourquoi je consacre aujourd'hui un article à LAÏKAPARK (épisode zéro) de Benoît Forgeard. Pour vous dire à tous que oui, c'est possible, et non, non et non, vous n'avez aucune excuse. Si vous pensez que j'exagère, changez de site, très franchement. Mais regardez le film avant ! Hé hé ! Et puis revenez sur Matière Focale deux jours après, en pleurant : vous serez pardonnés sans problème, et on n'en parlera jamais plus, de l'Incident.

Forgeard, ce n'est même pas toi qui m’as envoyé ton court-métrage. Peut-être même pas un de tes amis.
Je crois que ton film est vraiment une très bonne nouvelle pour le cinéma français. Tu aurais pu torcher un machin vendable pour Canal Plus qui fasse deux minutes vingt-deux, tu l'aurais vendu, mais non, tu as préféré que ce soit très long (10 minutes 30), au profit de ton film, justement.

Ton film est la plus puissante évocation de l'Artiste que j'aie vue depuis des années, et encore, sûrement pas dans des œuvres françaises. J'ai pleuré plusieurs fois en dix minutes. D'abord, grâce la diction durassienne qui est celle des comédiens dans la scène de la lecture de la Lettre Syndicale et dans le choix des prénoms. Puis dans la coupure, cette sublime saillie tendre et pourtant quotidienne et vulgaire qui brise la séquence de comédie musicale (sur les paroles qui concernent "l'industrie du film", l'interruption par le plan de la caravane), et enfin quand j'ai compris pourquoi, encore plus que les textes de vidéomaton des ouvriers (déjà beaux et qui apportent pour ceux qui ne l'auraient pas compris tout l'aspect documentaire du film), ce qui était important dans ces petites annonces ("même le cinéma est tenu en échec, là", me disais-je), c'était les dates ! Les dates, bon sang ! Que la métaphore était claire ! Que c'est beau.

Du coup, cher Forgeard, toi que je ne connais pas, permets-moi de te dire que ton film est une des choses les plus pessimistes que j'aie vues, et peut-être le seul film français digne qui rendent compte de l'état de notre pays, à travers un petit pan infime de son industrie. LAÏKAPARK, épisode zéro, est peut-être le seul film valable réalisé ces dernières décennies sur la condition ouvrière. Quasiment le seul acceptable en tout cas.

Quant à toi, cher lecteur, je te bassinais souvent, c'est vrai, en disant que le cinéma documentaire est ailleurs, que le cinéma du réel tel qu'il est pratiqué est toujours, toujours et toujours, à plus ou moins grande échelle, mais toujours, une imposture et une compromission. Grâce à ce film que tu vas pouvoir regarder (lien plus bas), tu vas voir et comprendre ce que je disais. Merci de ta patience, en tout cas.

Forgeard, entre ici, toi et ton cortège d'ouvriers, car en plus, ton film prouve que l'on peut faire un film chez soi, qu'on peut faire un film sans avoir de problème d'acteurs, qu'on peut faire un film avec du montage beau (ici la bande sonore notamment, magnifique bruit de mât à la fin), et qu'on peut faire un documentaire qui peut ne pas en être un, et qui sache toujours rester poétique. Qui tente le beau, en inventant son propre code esthétique, ici plus que risqué.

Bravo.

Ceux qui veulent voir l'épisode zéro :
cliquez ici !

Passionnément Vôtre.
 
Dr Devo

PS : Remerciement à Invisible de m'avoir montré ce film. Et comme il disait d'un autre court-métrage fabuleux dont on parlera bientôt ici (encore sublime et encore français), c'est carrément "fait avec le slip sur la tête, c'est sublime".
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Mercredi 27 septembre 2006

recommander publié dans : Pellicula Invisablae

[Photo : "Mes Jours sans Kim Wilde (bach in Vulcania)"]


Et au coup de cymbales, on change de partenaire !

On ne sera pas trop de deux, aujourd'hui, pour "traiter" les films en retard, et encore, une toute petite partie. Avions-nous dit qu'il fallait aller voir 12 AND HOLDING aujourd'hui ou demain ? Ah oui, sommes-nous bêtes, c'était l'article d'hier.

Allez, on respire et on plonge dans le bas du classement au moins par ordre chronologique inverse. On commence par TAXIDERMIE, ouh la la, attention, film culte mais hongrois de György Palfi, déjà réalisateur de HIC, film sur-coté et largement tributaire du salon IMAGINA 2000, section animation pour courts-métrages. Ici, maximoume buzz dans ta face.
Voilà qui raconte les destins de trois générations de hongrois. Le premier est troufion dans une maison de militaire. Il a un sexe-lance-flamme (véridique). Il féconde une truie et hop ! on l'abat d'une balle dans la tête : le petit personnel ne couche pas avec la truie. De cette union naît un enfant qui devient (presque) champion du monde des Avaleurs d'Aliments du Monde communiste (un sport qui consiste à se goinfrer le plus possible en un minimoume de temps). Il rencontre son homologue chez les féminines. Union puis enfant, et on se retrouve de nos jours, avec un fils taxidermiste qui va tenter l'expérience ultime, irracontable ici, les enfants regardent.
Bon. Ce qu'il y a de bien avec l'Europe de l'Est, c'est qu'on est dépaysé, et en même temps pas du tout. Ça vit à côté de chez nous, mais c'est le monde à l'envers. C’est proche, et c'est loin. Comme ici, il s'agit non pas d'une Hongrie moderne, comme sous la caméra italienne de THE WASHING MACHINE (magnifique film, en plus d'être le moins cher du monde en DVD), mais d'une bonne vieille Hongrie d'obédience communiste, avec kolkhozes et abus de pouvoir, cheap dans le fer rouillé de notre regard sur l'Histoire (et donc l'histoire, petite hache, le film "interrogeant sûrement notre regard au monde" doit dire le dossier de presse, je l'entends d'ici). TAXIDERMIE, dit la rumeur (yop, mon frère !), c'est délirant, c'est trash, c'est baroque ! Délirant, oui, enfin non... Évidemment, quand on n’a jamais vu un film de Guy Maddin ou le fameux INSTITUT BENJAMENTA des frères Quay, ou quand on n’a jamais marché sur les pas de Jodorowski ou José Mojica Marins, bon, là d'accord, ça doit être sacrément délirant, mais ça concerne qui, ces catégories ? Celui qui n'a jamais vu non plus un John Waters, ou celui qui trouve SHREK drôlement iconoclaste ? Bref, pour ceux qui ne sont pas spectateurs du feuilleton PLUS BELLE LA VIE, ben non, c'est pas extrêmement délirant. Trash ? Oui, oui, bien sûr (mon petit, allez me faire un autre mug de café bien fort, merci). Tiens, je vais rendre mon article trash en une phrase.
LA NONNE s'enfonce le CIERGE dans l'oreille droite, après l'avoir MACULÉ de graisse de porc MORT depuis trois jours, PORC dans lequel l'ENFANT DE CHŒUR s'était soulagé en disant : "POIL AU CUL, CON, MERDRE, STALINE JE T'AIME". Ça vous a plu ?
Baroque, enfin. Ben non, pas du tout. Ou alors, Jeunet c'est baroque (qu'on aime ou qu’on n’aime pas d'ailleurs). Ici, TAXIDERMIE est tellement verrouillé de l'intérieur que rien n'est accidentel, tout est storyboardé. C'est le calcul absolu, sans la faille. Bref, ce n'est pas baroque pour un sou, bien au contraire. Sur un autre jeu de nuances que celui d'un film romantique avec Meg Ryan, TAXIDERMIE reproduit exactement le même schéma tactique : la reproduction ad vitam de choses qui marchent à tous les coups, comme par exemple dire NICHONS et ZOB dans la même phrase pour faire trash, c'est d'un commun et d'une facilité, pff... Ou comme dire « je vous déteste » en face de Tom Hanks, alors qu'en fait, sur Internet, on est amoureux de Tom Hanks. Elle est contente, la ménagère ! Elle kiffe un max ! Un bon film baroque dévoile toujours son échafaudage et son défaut spécieux. Que les fans de TAXIDERMIE revoient SISTERS de DePalma, et là, on en reparle. [SISTERS dont le Marquis m'apprend que le rôle principal du remake a été confié à... Tenez-vous bien... Tenez-vous mieux.... à Lou Doillon ! LOU DOILLON, SISTERS, NONNE, CIERGE ! Si ça avait été Sylvie Testud, j'aurais été furax, et là, avec Doillon, ce qui ne fait pas grande différence pourtant, je trouve ça presque beau comme idée.... On va bien rigoler en tout cas ! Qui va jouer le rôle de la vache ?]
Pour revenir à l'affaire qui nous intéresse, parlons de mise en scène, histoire de respirer un coup. Alors oui, moi aussi, j'adore les plans qui tournent à 360 degrés dans tous les vecteurs et toutes les directions, mais ça me fait rire quand on voit que le moindre champ/contrechamp est incroyablement laborieux, que la photo n'exprime rien, et que le montage suit pas à pas le scénario. Allez hop ! estocade : on t'a vu György ! On t'a vu avec ta tentative Barneyenne de cinéma concept-vodka (car dans ce film, comme dans 99,998% des films de l'Est, on boit beaucoup de vodka), et merci l'emprunt thématique à ZOO ! Et que de cynisme dans la dernière partie, cynisme facile puisqu'il consiste à taper sur l'Art Contemporain ! Bon, ben moi, j'ai très peu de pitié pour L'art contemporain (un univers très déplaisant, presque autant que le monde du Cinéma), mais de là à faire adhésion avec TAXIDERMIE, film pétri d'opportunisme, ben non ! Nous ne roulons pour personne : taper sur quelqu'un avec la meute n'est pas un motif d'adhésion, pas plus que le contraire, d'ailleurs. Dire qu'il y a des gens pour trouver que la mise en scène de TIDELAND tourne à vide ou pour dire que THE RALLY 444 est sans objet ! Allez, retourne dans ta chambre et mange tes chocapics, György, nous, les films sponsorisés par les Offices de Tourisme, on trouve ça vulgaire !

Autre contrée, autre dépaysement avec QUAND J'ÉTAIS CHANTEUR de Xavier Giannoli, déjà réalisateur, et c'est mal, très mal, d'un film de maladie, genre insupportable, avec LES CORPS IMPATIENTS, maximoume buzz dans ta face, avec Laura Smet, dont Psychologie Magazine nous dit qu'elle est un "miracle génétique" (Je n'invente rien ! On est mûr pour la dictature !).
La France, bon sang, la France ! QUAND J'ÉTAIS CHANTEUR, ne l'oublions pas, représentait la France au dernier Festival de Cannes.
Gérard Depardieu est chanteur de baluche, un des derniers de sa race. Il tourne toujours, à la tête de son orchestre, en reprenant les tubes des autres dans les comités d'entreprises, les thés dansants et les boîtes de nuit. Un soir, alors qu'il chante dans une boîte, il croise Mathieu Almaric (toujours dans les mauvais coups, mais surprenant réalisateur, voir ici), un copain, qui lui présente sa jeune et jolie collaboratrice, Cécile De France, bon sang, De France ! La jeune femme, un peu triste, un peu paumée, apprécie l'humour et la gentillesse du gros Gérard, et elle finit le soir même dans son lit, à lui, le vieux ringard. Elle part le lendemain matin en loucedé. Gérard sait qu'elle travaille dans l'agence immobilière de son pote Almaric. Il décide alors de changer de maison, histoire de revoir la belle... Et ces deux-là vont faire le parcours à l'envers : ils ont déjà couché, mais ils vont apprendre l'amitié, puis l'amour ! Et ça ne va pas être facile, croyez moi...

En quelque sorte, il n'est pas totalement illogique que ce film ait représenté la France à Cannes, tellement il est français jusqu'au bout des ongles. C'est même l'emblème du film populaire hexagonal "réussi". On rira sous cape en se disant qu'à l'époque des CORPS IMPATIENTS, le circuit art et essai avait crié à la découverte majeure et avait accueilli Giannoli toutes portes ouvertes ! Quelques années après, c'est fini les petits circuits, et hop ! Pathugmont à fond les ballons et Depardieu ! Le circuit art et essai a encore fait preuve de sa pertinence cinématographique, et encore plus de son sens des affaires ! Comme quoi, ce que nous disions hier n'est pas totalement faux !
Bon. Ce film est largement un gros mélo populaire, avec de grosses ficelles bien sûr. Et pourquoi pas, dirait ma Tata Jeanette ? Ben oui, mais le problème, c'est qu'il y a eu les américains avant. Regardez un vieux Clark Gable (NEW YORK-MIAMI, par exemple, réalisé par Capra il y a 72 ans !) ou même un Ryan / Hanks, qui ne sont pourtant pas du tout des chefs-d'œuvre, et bien en-dessous du film de Capra, et vous comprendrez comment le scénario de QUAND J'ÉTAIS CHANTEUR est feignasse et de guingois. Une seule idée, des développements poussifs (l'enfant), des contrariétés de pure forme (rien dans le film ne justifie le drame, en fait), aucun humour... Le contraire des amerloques, qui eux te font tournoyer trois quiproquos en même temps, douze quêtes parallèles, et qui ont encore du temps pour faire de la mise en scène. Ici, il y a vaguement sujet à court-métrage, et encore, un court pour gagner Clermont-Ferrand justement (si Almaric n'est pas président du Jury !), c'est-à-dire un court convenu et fadasse.
Question mise en scène, malgré le scope, rien ne se passe : mal cadré, pas découpé, aucun montage, des wagons et des wagons de plans rapprochés, des tunnels de champs / contrechamps qui nous font bien rire quand arrivent les rares velléités artistiques (ça fait des plans fades pendant 90 minutes, et il faudrait qu'on applaudisse quand il balance ensuite un travelling dans un miroir, pas beau en plus !). La lumière n'est pas belle (un peu mieux dans les scènes de bal), le son sans intérêt, etc. Je suis le scénario et je ne lâche plus. Dans ces conditions, et même si le film est très long au vu du contenu (près de deux heures), il n'y a aucun rythme qui s’en dégage bien sûr. Poésie de comptoir, et fantasme art et essai réalisé : le chanteur Christophe joue dans le film son propre rôle, là où justement un film art et essai français sur trois met une scène où les personnages chantent ou écoutent du Christophe ! Du coup, le film est gravé dans le Platine de la Mastercard. Dans un sens pratique, ce film est complètement réussi.
Dire que Depardieu est bon dans ce film pour la première fois depuis 20 ans est malhonnête. D'abord, il aurait fallu dire depuis 30 ans, et puis c'est ignorer COMBIEN TU M'AIMES de Blier, où il était sensationnel. Là, il est certes plus éveillé que dans 1492 ou dans BOUDU (ah ! Gérard Jugnot !), mais de là à dire, parce qu'il est à peine sorti du coma, que c'est le grand retour, il y a là un révisionnisme auquel je n'adhère pas... Parce que pendant que ce genre de films sort avec un nombre ahurissant de copies, on les compte sur les doigts d'une main (avec quelques doigts coupés), ceux qui défendaient à l'époque de COMBIEN TU M'AIMES la performance de notre Gégé national qui, il y a trente ans, enchaînait un Blier et un Duras, d'ailleurs ! [L’expression « Gégé National » me fait penser irrémédiablement, avec beauté mais tristesse, à Gérard De Suresnes.]
Ceci dit, le meilleur de ce film, ce sont les dix minutes financées par VGE et la région Auvergne : visite de Vulcania (dont une minute entière sur un diaporama de l'exposition), monstration du Zénith local, et ballade sur les volcans. On a beau se moquer de l'ancien Président, lui au moins, il en a eu pour son argent et il sait où investir ! Ce sont d'ailleurs les meilleurs passages de ce film documentaire.

Mr Mort et Dr Devo.
 
Retrouvez d'autres articles sur d'autres films, en accédant à l'Index des Films Abordés : cliquez ici !
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Lundi 25 septembre 2006

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(Photo : "La Nation Cherchant l'Indépendance" par Dr Devo)

Chères Focaliennes, Chers Focaliens,

On fait les choses dans le désordre en ce moment, mais qu'importe après tout, du moment qu'on ait l'ivresse. Aussi bien je me suis précipité avec lenteur pour faire l'article sur WORLD TRADE CENTER, que je suis déjà très en retard pour vous parler du film d'aujourd'hui, erreur cruciale, surtout en ces temps modernes où les films quittent l'affiche avant que vous n'ayez pu dire quoi que ce soit, ou le temps de vous gratouillez la tête. "Maman, tu m'achètes une glace ? Non, chéri, je vais voir d'abord ce film, sinon, il ne sera plus à l'affiche".

Michael Cuesta a une petite mais très sympathique aura chez les focaliens. Si nous sommes peu à avoir vu son L.I.E. (LONG ISLAND EXPRESSWAY), nous fûmes très étonnés par ce film indépendant et américain en plus. Et comme vous le savez, on est un peu fâché avec les films dits indépendants et dits américains. SIDEWAYS en était un, paraît-il, mais évidemment, tout ça était soutenu par une major ! Comme par hasard. Récemment, ECHO PARK L.A. ou TRANSAMERICA, sortis tous deux de l'incontournable et prévisiblissime festival de Sundance eux aussi, étaient autant du cinéma que ce superbe téléfilm "Au secours, mon fils est gay, drogué, prostitué, terroriste et il n'a que dix ans et demi", passé récemment sur AB1, c'est-à-dire un film pour l’après-midi des repasseuses. Bref, le niveau du cinéma indépendant américain, ou du moins ce qu'on daigne nous montrer en salles en France, est bien terne, prévisible, déjà vu 10,000 fois, et à thèse, ce qui commence à faire un peu beaucoup pour un focalien, même très patient. [On remarque au passage que le cinéma indépendant fait énormément pour ne pas dire QUE du commémo-film : film de la communauté latinos moderne, film du trans-genre, film de ceux qui disent avoir lu Robbe-Grillet mais en fait non, etc.]

Cuesta, lui, avait fait avec L.I.E. un film ayant pour thème central la pédophilie, sujet casse-gueule et encore une fois à thèse ! Mouais. Pourtant, la chose était très regardable et révélait d'étranges paradoxes comme on les aime. Tout d'abord, c'était à peu près l'opposé d'un film à thèse ! Bien. Deux, c'était cinématographiquement soigné, mais sans être génial. Moins étonnant par exemple qu'un film de Gregg Araki. Et pourtant, le film ne tombait jamais dans un anonymat habile non plus. Mine de rien, il y avait là de la personnalité, une façon de faire originale, et le tout sans en avoir l'air. Et on ressortait de là très touché ! D’autant plus qu’un des deux rôles principaux était confié à Brian Cox, qui est une sorte de Toni Collette ou de Tilda Swinton au masculin : le gars est tellement intéressant que, quoiqu'il arrive, il y a toujours quelque chose à gagner en regardant un de ses films, qu’il soit bon ou moins bon. Et que le rôle soit court ou moins court : vous pouvez le voir dans LE SIXIÈME SENS de Michael Mann (et pas celui de Chien-Malade), RUSHMORE, HIDDEN AGENDA tiens, de Ken Loach (ça ne me rajeunit pas, la chose !), ou encore mieux, RED EYE de Wes Craven, où il a un rôle accessoire et banal, certes (et encore, ça se discute !), mais où il assure sans tirer la couverture à lui, c'est très étonnant. Engager Cox sur un film, c'est un peu comme prendre le temps de faire de la photo pendant le tournage (même s'il y a peu de moyens), ou acheter les droits, pour les plus riches, d'un thème de Michael Nyman ou de Philip Glass : en deux coups de cuillère à pot, même si votre film est fauché comme les blés, ça donne des allures de grand luxe ! Un très bon investissement.
Résumons : L.I.E., très beau film, largement au-dessus de la moyenne, mais très discret, en quelque sorte. En tout cas, on est très content de voir que Cuesta n'a pas été avalé tout cru par la machine à broyer les réalisateurs, et même mieux, que son nouveau film, 12 AND HOLDING (beau titre en anglais, mais absolument difficile à prononcer sans bafouiller avec un accent français) soit sorti mercredi dernier. Enfin, sorti, façon de parler, on dira plutôt mal sorti ! Et comme la presse a été bien  tiédasse, j'y suis allé le plus vite possible. Car, disons le tout de go : la semaine prochaine, c'est-à-dire mercredi prochain, le film ne sera plus à l'affiche ! Je suis dans une grande métropole française où il y a deux gros cinémas art et essai en centre ville, et 12 AND HOLDING, la semaine de sa sortie, n'a que deux séances par jour : 14h et 21h30 ! (Au profit du machin avec Sylvie Testud ! On ne prête décidément qu'aux riche$ !) Que pouvons-nous apprendre de cette anecdote ? C'est très simple, et je m'en vais vous le dire. Le bouche-à-oreille, s'il a existé, est désormais, depuis au moins une quinzaine d'année, un mythe. Les jeux sont faits dès le tirage des copies (ici, 30 dans toute la France, c'est déjà cuit !), et dès l'accueil presse en festival, ou autre. Les professionnels de la profession n'ont aucun discernement, et ne savent plus soutenir les films fragiles. De plus, l'art et essai est devenu une industrie de distribution, et donc, les gros mastodontes, eux, continuent de prendre énormément de séances, soutenus par des spectateurs qui se déplacent, il est vrai, en troupeaux pour tous aller voir le même film. Par exemple, ici, chez moi, le dernier Ken Loach qui doit être à sa 5ème semaine d'exploitation conserve toutes ses séances, comme en première semaine ! Alors évidemment, sur le coup, les exploitants et les distributeurs sont contents. À court terme, ils ont l'impression de faire plus d'entrées. Mais à moyen et long terme, c'est une catastrophe : les gens ne vont plus voir que des films d'auteurs "labellisés" soit par le distributeur lui-même (le comble !), soit par le groupe auquel appartient le cinéma (encore mieux), soit par la presse (arrêtons de les lire, bon sang ! Si vous saviez le nombre de bons films que vous loupez grâce à eux chaque année !). Le goût se standardise, les mêmes sujets sont traités dix fois dans l'année, et c'est toujours les mêmes qui sortent les marrons du feu. Par contre, en faisant cela, on tue la curiosité chez le spectateur, on privilégie le gros coup à la fidélisation de la clientèle, et la trésorerie des distributeurs et des exploitants repose sur les  deux ou trois "gros coups", justement, qui sont prévus dans l'année. Le reste du temps, ils sortent à perte et sont très contents quand ils se remboursent sur un film ! Si des petits films originaux étaient soutenus ou distribués, les gens verraient des choses plus atypiques, avec plus de personnalité, et au bout d'une saison, commenceraient à aiguiser leur goût et à s'habituer à ces étranges saveurs. Le cinéma deviendrait un lieu où l'on verrait des choses vraiment différentes du journal télévisé ou des émissions de reportage. Étonnés, les gens ne se déplaceraient plus en masse pour les grands raouts critiques de l'année, mais toute l'année, régulièrement, et même si 12 AND HOLDING n'avait jamais fait le centième du score du CAÏMAN de Moretti (un des mammouths marketing de l'année), il aurait plus rempli les salles que les autres petits films art et essai, genre "les films avec Testud" (car c'est un genre). Pour vous en convaincre, allez un après-midi en semaine dans une salle art et essai, même dans une grande ville, et allez voir le film avec Testud : vous serez 11 dans la salle au maximum !  Et bien, avec un public éveillé et habitué à avoir des nonosses de qualité, avec un public à la truffe humide et plein de vie, il y aurait 25 personnes dans la salle ! À long terme tout le monde y gagne... "Mais on s'en sort", disent les exploitants ! Oui, oui, jusqu'à la prochaine crise de fréquentation, qui frappera d'abord l'art et essai, comme d'habitude. Et comme ça marche par cycle, on en reparle d'ici 12 ou 24 mois !

Bon. Chez nous, aux USA, dans une ville moyenne, et même dans les quartiers pavillonnaires. Là vivent deux frères jumeaux de douze ans. L’un d'eux a une tâche de vin sur le visage qui le défigure un peu (la tâche suit quasiment la partie rouge du maquillage de Ziggy Stardust !). À la suite d'un accident stupide, le frère au visage intact meurt. Les parents sont effondrés. Voilà qui chamboule évidemment le monde du jumeau orphelin, qui ne sait plus quoi faire, et aussi la (très petite) bande d'amis autour de lui : à savoir un gros garçon obèse et une fille asiatique, que sa mère psychanalyste (Annabella Sciorra dites-donc !) élève seule. Pour les trois enfants, l'accident et la mort de leur ami ou frère va tout changer, sans qu'on s'en rende bien compte. L'obèse est poussé par un prof de sport un peu moins stupide que les autres (quoique...), qui lui ouvre les portes du régime et du sport. La petite asiatique fait la connaissance et tombe quasiment amoureuse d'un ouvrier du bâtiment de 35 ans (!). Quant au jumeau orphelin, il décide d'aller rendre visite chaque semaine à la prison pour mineurs où les deux jeunes de son âge qui ont tué accidentellement son frère purgent leur peine ! Les trois pré-ados sont au bord de grands changements, c'est certain. Il semble que la mort de leur camarade/frère les ait éveillés à certaines priorités de vie, et que ce soit une occasion de rebondir, ou d'avancer. À moins que ce ne soit complètement le contraire. Une fois encore, ce n'est pas gagné...

On est bien en pleine tradition américaine ici, puisque 12 AND HOLDING s'inscrit dans le genre "film de college et dérivés", section dérivée justement, et il n'a pas d'équivalent en France.  Alors qu'ici, tout ce qui a moins de 17 ans est traité avec des tractopelles de clichés (dont on constate depuis un an ou deux la recrudescence avec les rôles d'ados qui envahissent de plus en plus les seconds rôles des films art et essai),  ou alors fait l'objet de comédies gnan-gnan et débilosses (le machin avec Jean-Paul Rouve récemment, ou les fameux CHORISTES), les américains, eux, prennent la chose tout à fait au sérieux, et les films de college constituent un genre à part entière, dont les déclinaisons peuvent être très différentes. Ici, le récit s'articule autour d'un drame accidentel, avec mort d'un des enfants héros, ce qui rend la chose absolument impossible en Europe (et qui fait se poser la question suivante : où est le pays le plus libre ? Nous finissons par avoir un cinéma qui cumule tous les défauts du cinéma américain sans profiter de ses qualités ! C'est rigolo.) Cet événement dramatique est vécu sans mélo, mais avec sérieux par les personnages adolescents ou presque. Et pour chacun, voilà qui constitue bien sûr une date, un point de non-retour. Ainsi, par la suite, chacun d'eux semble y aller de sa petite révélation et acquiert un nouveau but, plus ou moins positif. Dans un troisième temps, ce but, souvent bizarre, va se jouer dans la sphère non plus uniquement enfantine, mais dans la Société tout entière, c'est-à-dire, même si ce sont des enjeux intimes, dans le Monde qui comprend et les adultes et les enfants. La communauté, quoi.... Et là, les révélations vont être plus cruelles, et quelquefois presque comiques. En tout cas, grosse surprise, les trois enfants qui sentent qu'une "nouvelle vie" s'ouvre à eux vont peut-être être surpris. L'évolution ne se fait pas forcément dans le sens  du progrès ! Et comme leur monde était déjà cruel avant l'accident...

Deuxième point frappant : la façon dont le scénario joue avec le spectateur qui ne sait pas où est le lard et où est le cochon, en quelque sorte. Cuesta annonce très grossièrement, de manière presque vulgaire, non seulement la quête de chaque personnage, mais aussi les éléments "infimes" et sans importance.  De ce fait, en mettant quasiment des flèches clignotantes devant tel ou tel événement important qui servira deux bobines plus tard, Cuesta  fait ce que font tous les films américains et aussi (surtout ?) les indépendants : forcer le symbolisme ! Attention, là, les gars, on va retrouver ça plus loin, c'est du lourd, c'est de l'important ! Oh la la, attention, ce détail est moins anodin qu'on essaie de nous le faire croire ! Etc. Devant ces traits largement grossis, on hésite. Le film paraît par ailleurs assez subtil, et puis là, et de plus en plus, à mesure qu'il avance, les éléments grossièrement symboliques pullulent et dessinent une trame assez claire, assez prévisible elle aussi. C'est tellement mis en exergue qu'on commence à en douter. Jusqu'à ce que tout devienne plus ou moins important, ou au contraire futile. Au final, plus le récit devient balisé, moins on sait ce qui va se passer. Le sérieux, le décisif même, se mêlent inextricablement au dérisoire. Une drôle de tactique, présente dès le début, mais qui finit par prendre des proportions ambiguës. On comprend certaines choses (magnifiques, d'ailleurs) très vite : par exemple, la première fois que le masque de hockey est enlevé. C’est un geste très émouvant, car on sent déjà la séparation et la mort (alors que quand je suis rentré dans la salle, je ne connaissais rien du sujet). Le symbole est grossier et beau : l'identité qui se crée dans cet événement est déjà une mort en soir. C’est touchant. La petite et la grande histoire de ces ados se confondent dans ce symbole. Plus tard, ce qui justifie bien, je trouve, l'évocation du masque de hockey dans cet article (sans me vanter !), il deviendra son symbole principal (et clairement annoncé dans les dialogues dès que le film démarre ! Gonflé, quand même !) : le masque de Jason, le tueur de la série des films VENDREDI 13. [Au passage, je vous signale que la saga VENDREDI 13 a bizarrement fait l'objet d'une dizaine d'articles sur ce site : Allez jeter un œil dans l'Index !] Peut-être au final cette surenchère d'instants décisifs et de symboles est-elle celle des gamins, et pas celle du film. Pas totalement, du moins. Cuesta mélange les deux, artificiellement, pour brouiller nos repères et rendre bien ambigu le tout, y compris l'univers du film en son entier, y compris le film lui-même, presque. Et presque seulement, puisqu'en fait, le film, lui, est drôlement froid et implacable. Bêtement prévisible, et donc violent. La scène finale (sous la pluie, la nuit, entre les deux gamins prêts à la fugue) là encore rappelle le personnage de Jason. Le monde enfantin est un monde de persuasion (ce que rappelait ce magnifique film, de loin le meilleur de son auteur, INCASSABLE : "on dirait que 'j’avais les os en verre !’" disait-il !). Le monde adulte est bien plus simple. Et nous, ballottés entre les deux, l'espace du film, nous avons été bien troublés, ce qui doit sans doute prouver que les cicatrices sont encore loin d'être guéries.

Côté mise en scène, ça commence tout pourri : petits plans de merde super-serrés, montage trop rapide, et vraiment une esthétique globale dégueu ! Puis les plans s'élargissent, et on comprend mieux le choix de la lumière. Tourné en 16mm puis gonflé (super 16, donc), la photographie est signée Romeo Tirone, qui avait fait celle de L.I.E. Elle assez crado, bien granuleuse et finalement forte en couleurs et en contraste, un peu vulgaire mais souvent assez pénétrante. Les images de nuit (le final, l'accident, etc.) sont quant à elles magnifiques. Le cadrage est juste correct, voire un peu bizarre, notamment lorsque qu'il fait des plans américains sur les gamins qu'il place bizarrement dans le champ (ces plans sont superbes). Le plus étonnant, c'est le rythme. Au bout de 20 minutes de film, et ce pendant les dix minutes suivantes, on se dit que ça va être magnifique, ce rythme syncopé, haletant, qui joue sur une certaine vitesse et une certain imprévisibilité des coupes assez séduisantes et surtout déstabilisantes. En fait, Cuesta baisse ensuite le régime, pourtant bien anti-naturaliste. On s'aperçoit alors que les plans en rupture qui envoient balader le découpage spatial classique (et qui marchent du tonnerre) sont des transitions absurdes et brusques. 1+1=3, bien sûr, et le terme troisième, qui est la relation des deux plans collés, fonctionne et semble appeler le renversement dans un univers inédit lorsque devrait arriver le troisième plan (et donc le quatrième terme !). Hélas, ça n'embraye vraiment jamais. Le film reste surprenant, mais ne se plonge jamais dans une folie inédite que ces transitions semblent pourtant appeler. Ça se joue à peu. C'est d'un cheveu, mais encore une fois, c'est un tout petit peu timide ou maladroit. Peut-être l'envie de ne pas casser le jouet, de ne pas trop brouiller les pistes, de garder la chose lisible… Cuesta, de fait, ne crée jamais un univers, sauf dans quelques morceaux de bravoure. Et 12 AND HOLDING, du coup, a du mal à s'affranchir de son modèle, Todd Solondz. On chipote, bien sûr. Le film reste une très belle surprise, surtout en ces temps troublés. Mais on ne peut s'empêcher de regretter la chose, ou la bascule vers quelque chose de plus haut encore.

Vous avez déjà là suffisamment d'éléments pour aller voir le film. La cerise sur le gâteau, ce sont les acteurs. Tous excellents, notamment la petite Zoe Weizenbaum, formidable, et qui en plus a pour maman dans le film Annabella Sciorra, génialissime actrice, notamment chez Ferrara (THE ADDICTION, notamment), qu'il était de bon ton d'engager il y a une dizaine d'année. Ça faisait très chic ? Maintenant, on ne la voit plus ! Quelle honte ! Pourtant, elle assure encore à mort. J’ai l'habitude de dire que le moindre acteur-gamin américain est meilleur que le meilleur de nos acteurs-adultes français. Je re-signe et je re-persiste ! Regardez attentivement la scène où Sciorra engueule sa fille qui veut parler à son père au téléphone. Regardez ensuite la tête de la petite Zoé (terrifiante tant elle semble avoir peur). Puis fermez les yeux et imaginez ça en France avec les cris, les haussements de sourcils et les pleurs ! Voilà ! Ça y est , vous comprenez. [Et vous réalisez que la petite est aussi bonne que Sciorra !]. On peut signaler aussi que les deux parents des jumeaux sont très bons, et que Jeremy Renner, le gars qui joue l'ouvrier en bâtiment, malgré un physique pas facile-facile, est vraiment chouette et assez sobre.

Bon, avant de partir, je vous administre une piqûre de rappel. 12 AND HOLDING est une des surprises inattendues de l'année, c'est vraiment un beau film. Malheureusement, c'est aussi un film tiré à 20 copies pour toute la France. Ce qui veut dire que si vous habitez en province et que vous avez l'immense chance que le film passe près de chez vous, allez le voir avant mardi, car mercredi prochain, ça sera terminé. Et ne comptez  pas sur les exploitants pour être sages à votre place ! Si tout le système absurde de distribution marche comme il marche, c'est aussi et principalement parce que le spectateur se laisse endormir sans broncher et qu'il accepte que le petit film formidable se casse au bout d'une semaine, ou qu'il ne passe dès sa première semaine qu'à deux séances par jour au lieu de six ! Vous êtes prévenus !

Délicatement Vôtre,

Dr Devo.

PS : Ce film plaira particulièrement à ceux qui pensent que le monde s’est arrêté en 1987…
 
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Dimanche 24 septembre 2006

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(Photo : "The Day My Baby Gave Me Surprise, episode #3 : The Night Before The Accident)


Chers Focaliens, Chères Focaliennes,


Le temps presse, encore une fois, et le temps m'est compté. Pas d'article aujourd'hui, donc.
Ceci dit on peut se rabattre sans problème sur le fabuleux abécédaire du Marquis avant-hier (avec notamment son bijou d'orfèvre qu'est sa critique du PINK FLAMINGOS de John Waters ; un avis que vous n'avez jamais lu ailleurs).

Ceci dit, ce n'est pas parce que je n'ai pas le temps que je n'ai rien à dire. J'ai des annonces à faire.
Tout d'abord, signalons que l'un des rédacteurs de ce site (je vous laisse deviner qui) voit un de ses courts-métrages largement distribué. Il s'agit du court intitulé REPTIL, et vous le trouverez en supplément (entre autres) avec le magazine STUDIO de ce mois-ci, avec en couverture Meryl Streep me souffle-t-on dans l'oreillette. Nous espérons que ça vous plaira !

Docteur Devo (ooops, c'est moi) persiste et signe ! Je serai de nouveau cet après-midi en direct sur Radio Campus, radio lilloise bien connue, pour ma deuxième participation à l'émission LES AVENTURIERS DES SALLES OBSCURES ! Il y avait eu pas mal de sport la semaine dernière, et je crois qu'il se peut qu'il y en ait cette semaine, puisque j'ai vu quelques horreurs gratinées ! L'émission est téléchargeable dès demain Dimanche 24 Septembre sur le site du Quotidien du Cinéma, que je salue au passage, et précisément ici !

Un bon week-end Devo chez vous, c'est un week-end en musique. Ah, la musique, qui permet de réunir les petits et les grands autour du poste de radio ! Un élément important de toute famille équilibrée et épanouie. J'ai donc réalimenté le jukebox, juste en-dessous de la pin-up dans la colonne de droite. On commence par ce beau beau morceau de Diamanda Galas intitulé CRIS D'AVEUGLE, qui va plaire à tout le monde, surtout que le morceau est très court. Ensuite, pour continuer à mettre le week-end sur de bons rails, je propose un bon petit Current 93 des familles, à savoir le morceau NIEMANDS WASSER, très beau. Ensuite, la musique pour le déssert, quelques crans en dessous mais tout à fait adéquate lorsque vous recevez et que souhaitez une réception aux accents focaliens. je propose pour ce faire une horreur ignoble, à savoir le japonais Yuya Uchida et son bien nommé DO THE CLAM, le plus beau des morceaux de garage japonais que je connaisse - à moins que ça ne soit le seul que je connaisse. Enfin, j'aimerais rendre hommage à un groupe dont je ne connais rien et dont j'avais emprunté une musique pour le générique d'un des moyens métrages (les premiers d'une série de 46 sur le home video et le film de vacances : insupportable !). J'ai toujours adoré ce groupe à cause de son nom, que je trouve génial (d'ailleurs il faudra qu'on consacre un article aux groupes qui ont de chouettes noms !). Il s'agit de Wewie Stonder avec (les titres des morceaux sont souvent biens aussi): HISTORY OF DOGS, titre que je trouve magnifique au premier degré. Voilà, voilà.

Tiens, pendant que j'y suis... Je cherche le nom d'un gars qui fait des musiques complètement bizarres ou des reprises glauques et azimutées, et dont le nom est une parodie de Frank Sinatra. Si quelqu'un peut me retrouver le nom du gars, ça m'arrangerait.

Sinon, je signale que le bureau des Pleurs ou le Bureau de L'extension de Soi sont ouverts. Celui qui veut envoyer une bafouille ou un petit courrier des lecteurs à toute l'équipe de Matière Focale peut le faire. Pour cela, il suffit de cliquer sur la pin-up au biniou sur le côté droit de l'écran et notre adresse e-mail apparaît ! Magique !
Tout aussi beau et mystérieux, la newsletter, qui permet de reçevoir un petit mail quand un nouvel article est posté. Pour s'inscrire, on met son mail dans la rubrique Newsletter, là aussi sur la colonne de droite, mais plus bas. (Pour ceux que ça effraierait : la désinscription est tout aussi facile que l'inscription).

Dr Devo
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Samedi 23 septembre 2006

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(Photo : "Le Plus Grand Attentat Pâtissier du Monde" par Dr Devo)

Chers Focaliens, Chères Focaliennes,
 
C'est exténué mais content que je me présente à vous, accaparé que je suis par des projets externes qui commencent à prendre des proportions stupides, et sur lesquels nombre de focaliens sont impliqués. Je vous expliquerai ça en temps voulu. Mais en tout cas, c'est bien malgré moi, en quelque sorte, et pour des raisons assez stupides, que je suis retenu un peu loin de Matière Focale, et que je laisse la boutique aux mains de Mr Mort et du Marquis, que je salue au passage pour leur patience. En tout cas, espérons que tous ces efforts porteront leurs fruits. Suspense... Je vous tiendrai au courant.

S'il n'y a pas beaucoup de temps pour écrire des articles, j’essaie quand même de me traîner en salle, en calant des séances à des heures impromptues. Hier, ce fut donc WORLD TRADE CENTER, le nouveau film d’Oliver Stone, personnage bizarre s'il en est, petit malin mais qui sait se rendre attachant. Capable du meilleur et du pire. Le pire : JFK, WALL STREET, PLATOON. Brrrrr... Le meilleur : U-TURN, et bien au-dessus encore, TUEURS-NÉS, film absolument magnifique quoique un peu de traviole dans sa dernière partie. [Et un des plus beaux plans de cinéma au monde : la hache qui brise la vitre, avec sa bande sonore superbe !] Le dernier Stone, ALEXANDRE, était épouvantable. Dans mon article à l'époque, je rappelais cette anecdote : un proche de Matière Focale a travaillé sur le mixage sonore du film. Et il paraît que le premier montage de Stone était, très largement, complètement merveilleux et hallucinant, sans doute un de ses meilleurs films, et de loin. Malheureusement, il y a eu deuxième montage... Même si je ne suis pas fan hardcore de Stone, ALEXANDRE faisait partie de ces films boursouflés, réalisés par des gens tout à fait capables et qui se plantent bien sûr devant l'énormité et la bêtise du projet, oubliant par exemple qu'avant de raconter une épopée avec huit cents figurants et trois heures de film, le cinéma, c'était aussi mettre un plan après l'autre, coller quoi ! La palme du plus mauvais étant sans doute THE AVIATOR de Martin Scorsese, médiocrissime et qui signe surtout la mort définitive de son très inégal réalisateur, très clairement. [Règle N°72 : savoir chauffer le public !]
ALEXANDRE s'étant un peu mal vendu, Oliver Stone refait ses classes et doit sans doute se racheter une conduite. Pourquoi pas d'ailleurs, c'est le jeu. Et hop, c'est sur lui que ça tombe, donc.

Nicolas Cage est policier à Manhattan. Il fait beau ce jour-là. Une journée comme les autres. Je mets un boxer noir de marque Athéna qui a cet avantage d'assurer un maintien parfait, mais aussi une souplesse remarquable. Je me lève, je prends mon café, je te bouscule. La journée s'annonce sans problème. J’achète Porcelaine Mag au café-journaux du coin. J'achète un croissant et je me cure deux fois les trous de nez parce que ça gratte. Ça arrive, le matin. J'ai mis mon beau T-shirt Gérard de Suresnes, et je descends fièrement Broadway, jusqu'à la 42ème rue, où je tourne afin de passer devant la gare, bâtiment que j'aime bien. Puis je me dis que tiens, j'achèterai bien un DVD. Dans le magasin, j'hésite : ...SOLDAT RYAN, LE JOUR LE PLUS LONG, MALCOLM X, LUCIE AUBRAC, LA LISTE DE SCHINDLER, LA TOUR INFERNALE, PHILADELPHIA, LE GRAND MEAULNES, Y-A-T-IL UN PILOTE DANS L'AVION, LA CONCIÈRGE EST DANS L'ESCALIER ?... J'hésite. Bref, une journée comme les autres, avec ses donuts et sa chicorée sur le tableau de bord de la voiture.
A 8h43, et 22 trames, un premier avion percute la gare de Perpignan. Pas le temps d'essuyer le sucre dans la moustache, il faut y aller toute sirène hurlante. Nicolas, c'est LE spécialiste de la Tour (comme par hasard !) : il connaît toutes les répliques de Steve McQueen, il est fan des Beatles (réfléchissez...) et en plus, il a survécu aux attentats de 1993 sur cette même-dite tour. Il décide d'aller sauver les gens. Arrivé sur place, c'est pas joli-joli : des papiers partout, des figurants qui jouent mal le contrechamp, du bruit, des bonobos qui expliquent qu'ils ont oublié leur monolithe et leur portable dans leur bureau du 69ème étage...
Cage fonce et demande des volontaires pour aller avec lui, alors que la tour craque de partout dans de grands grincements sourds. Rodriguez, Kilkenny, Fibonacci, Chang, Schwartzman et Vashnerpraahathiie acceptent. Ils entrent dans la tour, Cage éternue, Kilkenny se gratte la tête, quand soudain la tour s'écroule sur eux, condamnant le pauvre Cage à un monstrueux ralenti qui sauve la vie de deux autres de ses hommes, en plus de la sienne. Voilà les trois policiers coincés sous les 500,000 tonnes de béton et de poly-titane expansé qu'avait rajoutés deux ans plus tôt l'architecte Jean Nouvel au-dessus du toit de la Gare de Perpignan, pour célébrer le bicentenaire de la puberté de Victor Hugo. "C'est malin", se dit Nicolas. Il a raison, en fait. L'opération de sauvetage a duré 17 secondes, et le résultat est édifiant : 6 victimes de plus !
Bon, en fait, ce n’est pas si grave, et tout irait pour le mieux si... Cage et ses deux compagnons d'infortune n'avaient, malheureusement, chacun une femme, voire de nombreux enfants. Et là, c'est le drame...
On va pas en dire plus, pour ne pas gâcher le suspense.

Les Américains ont inventé plusieurs genres, et pas des moindres, mais il y en a un auquel on pense moins : le film commémoratif. Ce genre se confond presque avec le "film-définitif", autre genre. Tous les commémo-films sont des films-définitifs, mais 98,58% seulement des films-définitifs sont des commémo-films. LE film sur la 2nde guerre mondiale. LE film sur Gandhi. LE film sur l'Afrique du Sud. LE film sur la famine. LE film sur le couple (QUAND HARRY RENCONTRE SALLY, bien sûr). Bref. Les films-définitifs sont ceux qui règlent une fois pour toute la question. Les mauvaises langues diront que ces films, qu'ils s'attaquent à un grand sujet collectif et mondial (LE film sur le sida !) ou à un grand sujet privé (LE film sur les mineurs drogués et prostitués et âgés de 3 ans, ou encore LE film sur le mariage : QUATRE MARIAGES ET UN ENTERREMENT), inscrivent dans le marbre la somme des pensées collectives sur le sujet, et qu'ils sont en quelque sorte une forme de révisionnisme du sentiment ou de l’historique. C’est connu, on le sait bien, ça s'est passé comme ça. Heureusement, le film commémoratif est en général une vraie catastrophe (genre auquel il est souvent lié, le film-catastrophe, je veux dire), une œuvre qui nage dans la splendouilleterie la plus dérisoire, et donc le commémo-film, en général est tellement ridicule qu'il évite soigneusement d'atteindre sa cible. Très souvent, il s'oublie vite, ce qui évite toute tentation de récupération politique directe. [Quoique... En France, on emmène facilement les élèves voir des films commémoratifs, notamment en cours d'Histoire, ce qui est quand même le comble, ces films étant en général sur-documentés, certes, mais aussi complètement tartignolles ; ce qui rend aussi utiles ces films qu’un roman Harlequin pour apprendre la physique quantique.]

Stone ouvre bien. Une jolie mise en place, classique, qui ne laisse aucun doute sur ce qui va suivre, certes,  mais marquée par quelques ellipses de bon aloi, ici et là. On sent déjà que les acteurs ne vont pas valoir tripette, et que le directeur de casting a confié son travail à IFOP qui lui a fourni un beau panel, ce qui expliquerait la présence de l'épouvantable Michael Pena, acteur monstrueux et péniblissime, révélation de ce nouveau siècle qui joue à peu près aussi sobrement que Gary Coleman ou Soleil Moon Frye (à l'époque, bien sûr). Mais, ceci dit, le cadre est joli, la lumière assez belle, les plans cut, et je me dis que je retournerais bien à New York, pour une fois que c'est filmé comme ça (en début de film, et à hauteur d'homme, en jouant avec les ombres : dire qu'il a fallu 100 ans de cinéma pour arriver à faire ça, Woody Allen excepté, et encore, dans un seul film !). Donc, ce n’est pas trop mal. On sent que le réalisateur joue à fond sur les gaz lacrymo (quel fayot !), en introduisant le café du matin et le grattage de la moustache dans le Grand Destin du Monde, impitoyable et broyeur d'hommes. Comme disait Homer Simpson : "Ce jour-là, le moindre geste avait de l'importance, et on le savait même pas ! Flûte, alors !". [Un beau plan quand même : mettre les figurants devant le poste de télé pour recadrer l'image de la tour afin de la faire ressembler à une tache maronnasse très jolie. Lors du briefing, ok ?]

Ensuite, on peut détacher les ceintures. Le film a donné son meilleur et peut maintenant atteindre son rythme de croisière.

Il y avait deux solutions. Soit Stone faisait ses 140 minutes de film dans les 5 mètres cubes où sont emprisonnés les héros, dans le noir quoi, et basta. Ça, c'était vraiment la solution sublime. Soit il montrait des scènes de la vie des proches mais avant qu'ils allument la télé, quand ils ne sont au courant de rien. Stone choisit le pire, il fait les deux !

Le problème quand tu te maries, c'est qu'à un moment donné, tu ne reconnais plus ta femme. Où est passée la fille sexy, avec des lunettes extraordinaires, avec qui tu sortais ? Celle qui était si jolie avec ses souliers vernis et son pull de cheerleader. Elle était vachement bath, rigolote, elle se marrait pour un rien, et elle avait la pêche. 10 ou 20 ans plus tard, tu t'aperçois qu'elle est dépressive, qu'elle a réclamé à corps et à cris d'arrêter de travailler pour pondre et regarder le télé-achat, et que finalement, ça l'ennuie. Elle est devenue moche, elle est blonde maintenant, elle fait la gueule et bloque toute conversation en invoquant "l'intérêt des enfants". Et autant le dire, le voilà, le vrai sujet de ce WORLD TRADE CENTER. Le héros, avec sa femme, il sent que quelque chose ne va pas, mais que cette épreuve va les rendre plus forts !
Nous, spectateurs, nous apercevons que finalement, ce qui est dit sur la Société Occidentale est effrayant. Que tout se fonde sur une valeur "couple" qui cache en fait la lie des sentiments humains. Albert Dupontel disait hier au zapping que pour lui, le plus violent de la Société, c'était de voir des gens qui pleuraient quand ils perdaient un jeu télé, ou qui sautaient de joie quand il gagnaient ! L'ensemble, quoi. Nous. Ensemble. Quand je gagne, je veux que tous les êtres humains de la Terre soient joyeux, tous ensemble, tous ensemble, tous ensemble, ouais, ouais. Mais quand je suis malheureuse, je veux que tout le monde souffre, toute l'Humanité sans exception. Et je peux me comporter de manière dégueulasse, j'ai tous les droits en tant que Maman (ou Papa) qui souffre !

Les gentils non-américains se sont inquiétés, à l'époque, que les événements du 11 septembre soient un prétexte pour les dirigeants américains de mener les pires exactions, au nom de la Liberté et au nom des Morts ! C'était, certes, un danger. Mais Stone montre que le danger véritable, le tatoué, est ailleurs. Sur le plan individuel. L'homme ou la femme qui souffre a tous les droits, personne n'ose lui rabattre son caquet, et de fait il/elle traite tous les autres comme de la merde ! En fait, les inquiets de la Démocratie ont eu un sacré instinct en voyant que cet horrible événement allait pouvoir justifier les pires exactions, et que cela allait fertiliser les graines de vengeance plantées dans le cœur humain. Ils se sont dit : "attention, politiquement, ça va faire mal." L'idée était bonne, mais n'était pas appliquée dans le bon champ d'observation. Avant d'être la pire des conseillères d'un point de vue politique, la graine de vengeance est d'abord un vrai cancer sur le plan individuel ! Ce que montre parfaitement le film de Stone, qui repose là-dessus et qui trouve cela non pas dangereux, mais tout à fait normal. [C'est le seul élément effrayant du film, mais il fait extrêmement peur, et il est résumé dans le seul plan anxiogène du film, une machine à laver qui tremble un peu trop dans un garage ! Insoutenable ! J’ai cru que j'allais crier dans la salle.]
Une scène décrit exactement ce que je suis en train de dire. Maria Bello, ici d'une laideur hallucinante, méconnaissable et à gifler, arrive dans le commissariat où travaille son mari, Nicolas Cage. On lui avait dit au téléphone que son mari était sauvé, et elle s'aperçoit que non, en fait, on sait qu'il est vivant, mais il est coincé sous des milliards de tonnes de gravats. Bello s'énerve et engueule tout le monde, les traite d'incapables, de salauds, et leur jette à la figure : "Mon mari est en train de mourir, et vous ne faites rien ! Vous me dites que vous ne pouvez rien faire !??!"
Tout est dit. Cette phrase est troublante, tant elle résume notre Société, d'une part, et tant elle résumé le mécanisme hollywoodien dans ce qu'il a de pire. Bello se comporte comme une merde, profitant un maximum de son statut de victime et débranchant son cerveau pour se plonger sans vergogne dans le tout-sentiment, le tout-émotion, comme une truie se vautre dans la boue en couinant de plaisir. Et la société (dans cette scène, une femme obèse et noire qui fait l'accueil au comptoir du commissariat) trouve ça normal, fait des petits yeux coupables et compatissants, au lieu de filer une grosse bonne baffe à Bello pour qu'elle revienne sur Terre, et lui dire qu'au lieu d'insulter le service public, elle ferait mieux de le remercier, car ce sont des couillons comme elle (la femme obèse noire) qui essaient de dégager son mari des décombres ! Mais non, il ne se passera rien de la sorte. C'est beau, une femme qui pleure, c'est beau, un humain qui souffre, et c'est forcément digne. Évidemment, le film mettra aussi les enfants en première ligne, justification extrême, là aussi, de toutes les dérives. D’ailleurs, le fils Cage est tout aussi con que sa mère. À 15 ans, lui aussi a volontairement débranché la moitié de son cerveau, réclamant, même porcinet, son auge de boue. Il fera du chantage à sa mère, la traitera de salope (c'est dit !), de conne, d'incapable. C'est donc chacun pour soi. Cage n'a pas de chance : sa famille, ce sont tous des ordures ! Aïe ! En fait, ce qui manque à ces personnages qui se vautrent dans l'inhumain, c'est précisément la culture, ce lien qui permet d'équilibrer l'hémisphère droit et gauche (thématique du beau A SCANNER DARKLY, on y reviendra), permettant d'équilibrer le Sentiment (sacralisé donc, à notre époque) et la Raison (ou l'intelligence si vous préférez).
Stone a un avantage : il a compris que le résultat de l'attentat terroriste se jouait non pas dans la force militaire, non pas dans les répliques politiques, non pas dans la manipulation ou au contraire l'information médiatique, mais dans la maison du Brave : le foyer familial américain. Où l'Épouse organise la vie, où elle sacralise les enfants (importance du lien du sang, bien entendu, par voie de conséquence), et où ces derniers en profitent pour violer toutes les Lois ! ["Tu honoreras ton Père et ta Mère", le commandement biblique, est bien absent, on le voit !]

En bref, loin d'avoir un intérêt cinématographique immense, WORLD TRADE CENTER n'est pas vraiment un film de cinéma. C’est un document audiovisuel, une photographie de notre espace contemporain. Un portrait de la Maison de la Larve. Du point de vue du cinéma, aucun intérêt : c'est de la soupe. C'est sans rythme, répétitif, et aussi persuasif qu'un téléfilm à thèse pour ménagère repassant l'après-midi. Pas vraiment de montage. Et surtout un relâchement général dès que le film démarre vraiment. Ensuite, ce sera du bout à bout sans intérêt, laissant la part belle à des acteurs unanimement mauvais et immondes. Cage, au moins, est froid comme une image de synthèse. C’est déjà ça. Les autres sont nuls et en font des caisses. C'est Fantasia avec des tractopelles. En fait, WORLD TRADE CENTER est un documentaire sur nous, les occidentaux. Si ce film ne dit absolument rien sur le 11 septembre (enfin, autant qu'un reportage télévisé en direct le jour des faits : c'est-à-dire strictement... rien !), il est indéniable qu'il s'inscrit dans le mouvement du Cinéma du Réel. Il dit en effet avec précision notre état, celui de la Désunion (alors que les apparences montrent une société fondée sur les couleurs unies de Benetton !). Je n'ai pas lu Debord, et je le regrette. Parlait-il de la Matrice de la Société du Spectacle comme étant la Mère au Foyer ? Disait-il que le Divertissement prenait sa source au sein de la Maison Familiale, Home of the Brave ?
L'apparence est devenue l'essence du réel. La fiction fonde notre logique, notre morale et notre intelligence. Ces divertissements nourrissent notre âme et notre éthique. C'est le reflet qui décrit le Réel. Le bien se justifie dans le mal, et réciproquement. C'est Wynona R. qui avait raison, sur la notion de sacrifice. C'est ce type de discours anti-drogue, disait Keanu R., qui pousse les gens à se droguer, et c'est remarquable et même admirable de voir comment on peut prôner une valeur en faisant mine de défendre son contraire, comme disait Robert D. C'est déjà foutu, on y est déjà. Le Monde est déjà enregistré et surveillé en vidéo en son entier et 24 heures sur 24, et pour cause : la fiction est désormais notre Réalité. Tout est désormais limitable. Tout fait partie du Domaine. C’est nous qui sommes le Reflet, et c'est de l'Autre Côté du Miroir que ça se passe. Nous sommes des simulacres.

Justement Vôtre,

Dr Devo.

PS : Finalement, ça y est, on l'a, cet article qui tient bougrement compte du contexte de production du film. WORLD TRADE CENTER est un documentaire. Un film art et essai. Un film du mouvement "Cinéma du réel". C’est le dernier film de la Nouvelle Vague (sortir les caméras dans la rue... On y est !). On n’en sortira décidément jamais. Un beau plan cependant, mais qui sert une cause immonde : celle de la larme. À l’hôpital, réunion des Mamans en face de la machine à café. Bello rencontre une mère (noire et obèse, encore une fois) qui raconte sa tragédie de fils enfoui à elle. Plan Bergmanien. La Noire de profil, la Blanche face caméra. À la ABBA, si vous voulez. Le point est fait sur la mère noire. Dans le flou, on voit le visage de Maria Bello se déformer et se convulser sous l’émotion, rendu presque munchien. La femme noire ne pleure pas, mais ça ne va pas tarder. Quand elle va pleurer, le point change, et c’est Bello qui devient nette et la femme noire floue. Pas mal, me dis-je. Au moins, là, il y a une idée de mise en scène, et ça rappelle un peu le magnifique plan d’ensemble qui empêche les larmes de Shirley McLaine dans IN HER SHOES. Stone se trahit malheureusement et fait le point de nouveau pour qu’on voit bien les larmes de la femme noire. La scène devient alors immonde, autant que le reste. On voit alors que le statut de maman, que le lien du sang, est plus fort que tout, même plus "que la différence raciale". [Comme si c’était un problème. Il faut toujours se méfier des gens qui nous disent que les noirs, les asiatiques, les jamaïcains ou les luxembourgeois sont des gens comme les autres.] Cette scène est reliée à la condescendante scène de la femme de ménage portoricaine, forcément enfermée dans sa croyance en un Dieu Primitif (ce sont des peuplades évangélisées et sorties de leur sauvagerie, après tout !), la preuve, elle s’agenouille, la conne (!), scène qui est reliée encore une fois à l’immonde conclusion de ce film dégueulasse et déjà potentiellement fasciste qu’était COLLISION.
En fait, le World Trade Center est le plus gros pot de fleur utilisé dans le mélo américain. Comme le petit tabouret qui venait se placer juste sous la nuque de Hilary Swank dans
MILLION DOLLAR BABY (j’aurais juré l’avoir vu se déplacer tout seul). Il y a dans cette logique de pot de fleur qui permet le sentimentalisme le plus exacerbé quelque chose de profondément réactionnaire. Je persiste et je signe, donc. [Je répète ce que je disais à l’époque pour le film d’Eastwood : cette remarque est STRICTEMENT cinématographique, et en aucun cas politique.] [Règle N°142 : toujours faire en sorte de souhaiter une bonne journée au lecteur.]
 
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Vendredi 22 septembre 2006

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[Photo : "Une bonne mère est une mère morte", d'après LOS OLVIDADOS - Le Marquis]
Suite et fin de l’épisode 10 des Chroniques de l’Abécédaire, après une première partie un peu mollassonne où se distinguait surtout L’HOMME SANS PASSÉ de Kaurismaki. Mais comme je vous le disais alors, c’est dans la seconde partie de cette sélection que se trouvent les deux meilleurs titres, deux classiques d’ailleurs, bien qu’ils soient respectivement inscrits dans des genres et dans des approches diamétralement opposées. Attaquons en douceur avec un film en L comme…
 
LIENS SECRETS, de Michael Oblowitz (USA, 1997)
De Michael Oblowitz, j’avais vu il y a quelques temps le film THE BREED, ambitieux film fantastique surfant sur la mode du vampirisme cuir modernisé et fortement teinté de MATRIX. Quand je dis ambitieux, je ne dis pas réussi, mais THE BREED tentait un parallèle entre la situation des vampires et celle des juifs pendant la seconde guerre mondiale, tout en glissant çà et là des références pour le moins surprenantes à William Burroughs. Ceci dit, le film gardait constamment un pied bien immergé dans un plein seau de ridicule, la mise en scène d’Oblowitz flirtant perpétuellement avec le grotesque et les expérimentations toc les plus douteuses : qui sait, ça pourrait même déboucher sur quelque chose un jour, prends garde Guy Ritchie !
Ce quelque chose ne sera pas LIENS SECRETS en tout cas, même si son introduction est très prometteuse : beau générique à la Saul Bass, interrompu en son milieu par un flash-back traumatique, violent et drôle… De quoi être alléché, d’autant plus que le film, adapté de Jim Thompson, bénéficie de nombreux atouts : très belle photographie à l’atmosphère rétro typée années 50, casting solide mené par Billy Zane, Gina Gershon et la trop rare Sheryl Lee, superbe titre original (« This world, then the fireworks »). Sombre histoire de meurtres et de manipulation au sein d’un triangle amoureux formé par une fliquette (Sheryl Lee) et par un couple incestueux de frère et sœur, le film dispose en outre d’un sujet prometteur.
Malheureusement, après une première partie assez séduisante, le film s’enlise petit à petit, se prenant les pieds dans un rythme langoureux qui finit doucement par provoquer l’ennui, et surtout – Michael Oblowitz, retenez bien ce nom – dans sa mise en scène arty et, oui, spendouillette, qui fait du film un objet rococo et soigné, constamment déséquilibré par d’aberrantes fautes de goût – ralentis hideux, assortiment généreux de filtres colorés, allez, un par plan quand personne ne regarde, cadrages tortueux et tape-à-l’œil, toujours sur le fil du classieux et du vulgaire. S’il n’était pas si laborieux et, au final, aussi quelconque, LIENS SECRETS serait hautement recommandable en tant qu’œuvre malade, énigme esthétique.
 
M comme… MAN TROUBLE, de Bob Rafelson (USA, 1992)
Pas grand-chose à dire sur cette petite comédie aussi sympathique qu’insignifiante, vaguement remarquée à sa sortie aux USA à cause du scandale provoqué par une affiche du film montrant l’actrice principale tenue en laisse, et qui m’a surtout motivé à cause de la présence d’Ellen Barkin et de Veronica Cartwright, comédiennes que j’apprécie beaucoup et qui font d’ailleurs ici un excellent travail. Vaudeville tourné autour des relations entre une cantatrice menacée et un éleveur de chiens de garde (Jack Nicholson), le film est à la fois anodin et amusant, correctement réalisé mais totalement dénué de personnalité, si ce n’est celle de Blake Edwards que Rafelson semble vouloir singer par moments. Disons que pour l’avoir payé un euro, j’estime que c’est une bonne affaire : c’est agréable, quelques idées saugrenues font mouche (le pervers harcelant Ellen Barkin au téléphone vole ses répliques au groupe Police !), et ça ne laisse pas le moindre souvenir, juste une vague sensation plaisante et feignante à la fois, ce qui permet de ne pas s’encombrer le cerveau de choses inutiles (parce que bon, j’ai beau avoir détesté TANGUY de Chatiliez, j’ai encore l’impression que le film a laissé quelques déchets dans ma matière grise).
 
N comme… NEMESIS II : NEBULA, d’Albert Pyun (USA, 1995)
Albert Pyun est de retour, et avec lui les cyborgs et les trilogies. Après le rigolo KNIGHTS à suivre (« on se retrouve à Cyborg City ! »), je découvre, dans le désordre, l’épisode 2 de la trilogie NEMESIS, mettant lui aussi en scène une musculeuse héroïne, et qui nous est aimablement proposé par Prism Leisure sous l’ancienne enseigne « Integral Home Video », qui se distingue toujours par ses jaquettes cocasses – mention ici pour ce slogan de la mort qui tue : « En l’an 2077, mourir veut dire revenir en force ! » C’est beau, mais si ça n’a aucune espèce de sens, le film se déroulant dans les années 80.
Alors voilà. Une introduction présente un petit montage digest du premier NEMESIS à l’attention de ceux, dont je fais partie, qui n’en auraient pas vu un photogramme : la planète (comprendre les Etats-Unis) est devenue le fief de cyborgs malveillants, qui se sont d’ailleurs empressés de renommer leur nation « Cyborg America ». Une femme est parvenue à s’enfuir dans le passé à l’aide d’une petite navette pratique à garer, emportant avec elle un bébé, futur sauveur de l’humanité. Malheureusement, sa capsule atterrit en Afrique en pleine guerre tribale, et la pauvre femme succombe bien vite de l’introduction sans son consentement d’une lance dans son délicat abdomen. Heureusement, le bébé, c’est une fille, 3 kilos 5, est adopté par une des deux tribus, qui l’élève en son sein. Malheureusement, les cyborgs découvrent le poteau rose (si je veux) et envoient dans le passé le redoutable Nebula, cyborg chargé de traquer et d’éliminer l’espoir des hommes fait femme – et non, ça n’a rien, mais alors rien à voir avec TERMINATOR.
Et d’ailleurs, pendant toute la première partie du film, Albert Pyun adopte un parti pris intéressant, celui de la tourner en version africaine sous-titrée anglais – en quelle langue exactement, je l’ignore, mon doctorat en langues africaines remonte un peu, mais notre éditeur Prism respecte scrupuleusement ce choix en nous laissant donc profiter pendant une petite demi-heure du film en VOST. Inutile de préciser que le basculement soudain du film en anglais, et donc pour nous en VF, qui plus est situé au beau milieu d’un dialogue, est d’autant plus brutal. Mais pour le reste, ce contexte change fort agréablement des sempiternels hangars et autres ruelles taggées auxquels le genre nous a habitués. De plus, la mise en scène d’Albert Pyun est toujours aussi sympathique dans sa volonté de réaliser le film à l’ancienne, sans trop d’ajouts en effets spéciaux, tous concentrés sur Nebula, et d’ailleurs pas fameux dans leur imitation laide et maladroite du bouclier d’invisibilité du PREDATOR. Quant au récit, après une première partie attachante et un peu efficace, il se délite dangereusement par la suite avec l’ajout soudain de deux nouveaux personnages, deux femmes otages (et probablement lesbiennes, pourquoi pas) qui viennent compliquer l’intrigue en son milieu avec une vague histoire de chasse au trésor. La conclusion, qui nous annonce un épisode 3, est totalement cheap, mais dans l’ensemble, c’est, encore une fois, de la petite série B sommaire et tout à fait admissible.
 
O comme… LOS OLVIDADOS, de Luis Buñuel (Mexique, 1950)
Il est toujours très agréable de revenir à un cinéaste aussi passionnant que Buñuel, dont j’ai jusqu’à présent aimé tout ce que j’ai vu (le dernier en date étant le superbe LA VIE CRIMINELLE D’ARCHIBALD DE LA CRUZ). Le grand plaisir pour moi, c’est qu’il me reste encore beaucoup d’œuvres du cinéaste à découvrir, et je prends mon temps. Cependant, LOS OLVIDADOS n’est pas une découverte, puisque je l’avais vu au collège auprès de camarades ayant tout naturellement trouvé le film nul – à quelques rares exceptions, quand un enseignant traîne ses élèves au cinéma, c’est pour voir des films chiants, les ados s’en font une question de principe. Ceci dit, la pseudo analyse effectuée par la suite en classe et en espagnol était effectivement douloureusement terne, terre-à-terre et presque exclusivement abordée sous un angle social (misère paysanne, réalisme, etc.) qui, alors que le film m’avait beaucoup plu, m’en a tout de même tenu éloigné bien longtemps après que je m’en sois procuré une copie. Le temps, en somme, que le sombre nuage de la lecture scolaire appliquée se soit correctement dissipé.
LOS OLVIDADOS marque en tout cas une étape très importante dans la carrière de Buñuel, dans la mesure où le film marque le retour et la renaissance d’un cinéaste quasiment oublié depuis le scandale du CHIEN ANDALOU (1928) et de L’ÂGE D’OR (1930). Exilé au Mexique depuis 1946, Buñuel n’aura entre temps réalisé qu’un documentaire (LAS HURDES, alias « Terre sans pain », proposé en complément de programme) et deux films méconnus (GRAN CASINO et EL GRAN CALAVERA), avant de revenir sur le devant de la scène avec ce film saisissant qui allait relancer une nouvelle carrière riche et enthousiasmante. Hué au Mexique où on lui reproche de donner du pays une image sordide, LOS OLVIDADOS est un film sec, sombre et enragé qui s’ouvre certes sur une atmosphère presque documentaire (avec son carton ancrant le film dans des « faits réels » et sa voix-off très didactique, qui disparaît totalement par la suite), mais il développe vite une atmosphère singulière et une esthétique loin d’être aussi réaliste qu’on veut parfois nous le faire croire – les nombreuses séquences nocturnes, magnifiques, sont au contraire visuellement très stylisées et superbement photographiées.
L’intérêt du film ne tient pas tant dans sa peinture misérabiliste des dérives des enfants des rues, que dans son approche étonnante de la narration (où les nombreux personnages forment autant de petits parcours individuels disséminés dans le récit – et d’une redoutable cruauté) et dans ses expérimentations formelles d’une indescriptible beauté sombre et vénéneuse : on retient souvent, bien sûr, une sensationnelle séquence onirique, mais l’étrangeté plane en permanence sur un univers faussement réaliste qui développe peu à peu des idées profondément originales qui viennent régulièrement parasiter les allures démonstratives de son sujet – voir l’image récurrente et assez glaçante qui se dégage de la présence dans le plan de simples poules, effet impressionnant qui met en valeur la rigueur du cadre tout en apportant souvent à des séquences réalistes une conclusion irrationnelle et inquiétante. Le récit torturé, somme tragi-comique d’injustices, de violences dont la plus redoutable est celle qui reste sous-jacente ou suggérée, trouve dans ces tonalités mystérieuses flirtant constamment avec le fantastique une réelle modernité : c’est tout sauf l’ancêtre de Ken Loach, comme j’ai pu le lire ici ou là – si Ken Loach avait de tels talents de metteur en scène, ça se saurait. Très grand film.
 
P comme… PINK FLAMINGOS, de John Waters (USA, 1972)
Et on enchaîne illico presto avec l’autre très grand film de cet épisode 10 de l’Abécédaire, sur un tout autre registre – mais si les deux films ont au moins une chose en commun : les poules connaissent devant les caméras un bien funeste destin.
Alors que je suis extrêmement attaché au cinéma de John Waters depuis la découverte de POLYESTER à la fin des années 80, j’avoue que les premières années de l’œuvre de Waters me sont longtemps restées étrangères, et pour cause : impossible pendant des années de mettre la main sur ses premiers films. On salue donc ici, et chaleureusement s’il vous plaît, l’initiative de Metropolitan, qui décide enfin de déterrer les films en question, en fanfare et dans de trè