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Chers Focaliens,


Tout cela finira sans doute par s'arranger mais pour l'instant, que ce soit dans le cinéma art et essai local (qui affiche une rétrospective western sans grande envergure) ou au Pathugmont, il n'y a pas grand chose à se mettre sous la dent, et ce, avant que dans les 15 jours suivants, ce soit peut-être pas une avalanche de chef-d'œuvres, mais au moins de films qui, sur le papier, ont l'air déjà un peu plus appétissants... On fait, en attendant, comme lors des deux ou trois derniers mois, les fonds de tiroirs et on se ballade un peu au hasard dans les salles, en espérant découvrir un truc sympa ou au moins quelque chose de pas trop mal...


Allez, hop, me dis-je, allons voir ce COUP DE FOUDRE A RHODE ISLAND réalisé par Peter Hedges, une comédie sentimentale à première vue, et ce pour deux raisons. D'abord, on y retrouve Steve Carell, bon acteur et héros du formidable 40 ANS TOUJOURS PUCEAU dont on avait dit ici le plus grand bien. Deuxièmement, je me disais que "oui, oui, mais si, je le connais ce réalisateur (Peter Hedges), on a même écrit sur lui sur Matière Focale". Vérification faite, c'est absolument faux. Le type a déjà réalisé un film que je n'ai pas vu. Par contre, c'était le scénariste de WHAT'S EATING GILBERT GRAPE (dont je suis incapable de retrouver le titre français!), film où, ce n'est pas rien, le jeune Di Caprio jouait un trisomique 21 (rires), film d'ailleurs, et sans rire cette fois, plutôt acceptable et tout à fait visible bien que réalisé par l'affreux Lasse Hallström. Bon voilà qui fait une bonne intro, passons maintenant aux choses sérieuses...




Steve Carell, éditorialiste reconnu, est un père de famille qui doit s'occuper de ses 3 filles après le décès de sa femme morte d'un, je vous le donne dans le mille, Emile, d'un bon petit cancer des familles. Le voilà qui débarque chez ses parents pour un bon petit WE prolongé avec ses frères, sa sœur, et toute la smala. Une grande maison près de la côte bretonne (aux USA, tout de même). Un petit bijou. Carell déprime gentiment dans cette famille super-sympa, mais où tout le monde a trouvé son âme sœur. Lui ne fréquente plus personne depuis la mort de son épouse, qui, je vous l'ai dit ou pas (?), est morte d'un affreux cancer.

Et c'est là qu'arrive l'inattendu... Dans une petite librairie du village, il rencontre notre Juliette Binoche nationale qu'il drague gentiment mais sûrement. Les deux passent une heure à papoter, et c'est formidable. Ils doivent quand même se quitter mais Carell a récupéré son numéro de portable, tout va bien. Aussitôt rentré dans la maison de ses parents, il raconte l'anecdote à ses frères et explique qu'il a vu une femme phénoménale, etc... Et là, patatatra, tout s 'écroule, car Juliette Binoche est là et pour cause : c'est la nouvelle petite amie de son plus jeune frère...



Bah, pas de quoi en faire un fromage, on est en plein sentiers battus, avec ce sujet rigolo mais déjà vu sans doute. Ce n'est pas un drame en soit. La comédie sentimentale fait partie du cinéma de genre, au même titre que le thriller ou que le film d'horreur. Les sujets suivent souvent des trames rebattues, où les passages obligés abondent, mais cela n'empêche en rien que les films soient bons ou mauvais.


Du simple point de vue de la mise en scène COUP DE FOUDRE... ne casse rien, certes, là aussi c'est de la série, mais est quand même réalisé non pas avec talent, mais avec un peu de soin, très léger quand même, qui suffit à le mettre, le film, suivez un peu, au-dessus de la moyenne. La photo est relativement acceptable malgré un tirage de la copie française bien dégueulasse encore une fois (le plan saturé où l'on voit Carell s'endormant dans le noir la seconde fois par exemple, qui contredit complètement le reste de l'étalonnage). Au tout début, Hedges nous fait de calmes caméras portées, pas tellement réussies, mais qui n'étaient pas une si mauvaise idée sur le papier, car la comédie sentimentale moyenne est effectivement très statique. Ces caméras portées, pas vraiment formidables en ce qui concerne le cadre (c'est encore un peu trop rapproché, trop court...), auraient pu briser un peu la routine. Mais , quoi qu'il en soit, ça s'arrête vite. Quant au reste rien à signaler, c'est dans la moyenne des films de studio américains, sans plus.



Bon, il y a quand même un joli casting. Binoche, par exemple, était tout à fait à l'aise dans les beaux MOTS RETROUVES de mes amis génies McGehee et Siegel. On retrouve aussi Dianne Wiest, encore en mère de famille (pfff....) et, plus surprenant, Alison Pill, actrice que je vois ici pour la deuxième fois, au physique un peu atypique et que j'avais adoré dans DEAR WENDY dont je vous avais parlé, il y a quelques années. Il y a du linge sympa donc, voire beau (Carell, Pill), le sujet de base est rigolo, alors why not ?



Bon. En fait, pour moi, ce sera plutôt not ! Le problème de ce film, c'est cette désagréable sensation qu'il a été réécrit pour éliminer tout ce qui aurait pu être un peu noir ou, plus prosaïquement, tout ce qui aurait pu avoir de l'enjeu ou qui aurait pu apparaître un peu cruel. Et le pire, c'est que bien souvent, certains enjeux apparaissent dans le film mais sont largement désamorcés. Le sujet du film est assez charmant : on rencontre quelqu'un par hasard, ça colle tout de suite, comme jamais même, et la minute d'après, on sait qu'il sera impossible de sortir avec la personne, pas seulement parce que la personne est prise mais parce qu'elle est sortie avec votre frère (même si ils se séparaient, ça resterait de "l'inceste" en quelque sorte), mais pendant ce temps-là, les sentiments continuent de faire leur travail de sape. Et puis de toute façon, il s'est passé ce qui s'est passé, et ça, ça ne s'efface pas ! Donc, c'est rageant car certaines choses plus noires affleurent quand même dans le film, et que, en plus, le sujet est propice aux sentiments les plus ambivalents. D'ailleurs, de la tristesse, le film en est innervé, et c'est même une de ses marques de fabrique : la comédie sentimentale triste. Alors qu'est-ce qui cloche ?


D'abord, le film met vraiment trop de temps à démarrer, et le premier quart d'heure, où l'on voit Carell et sa petite famille partir, est interminable, et est trop insistant sur la charactérisation des personnages. N'importe quel film de collège, sous genre de la comédie sentimentale, lui aussi très codifié, aurait envoyé ça en  trois minutes et avec plus d'efficacité. Ensuite, le problème c'est le dialogue. Si le scénario, même défiguré, est globalement écrit de manière plutôt souple et aguerrie, Hedges ne sait pas trop quoi écrire dans ces dialogues. On s'en rend compte dans les parties du film les plus primordiales : la rencontre, la scène dans la douche, etc... Là, ça patine, on reste dans les généralités les plus neutres ou les plus mièvres. N'importe quel film de collège en aurait justement profité de ces instants pour être pertinent et pour enfoncer certains clous, et/ou pour asseoir quelques paradoxes troublants. Là, dans ces passages primordiaux, on est dans le remplissage sans objet. Et ça révèle un autre problème...


Prenons exemple de la scène de la douche. Voilà une très bonne idée, et le pire, c'est que ça suffit pour que, même en l'état, ça ne marche pas mal. D'abord la scène ne dure pas assez longtemps, et ce qui se passe derrière le rideau de douche (entre Binoche et Carell) n'a pas le temps de s'installer afin de développer les différents sentiments qu'ils traversent (gêne, puis tristesse puis rires, ce qui devrait être formidable et touchant).  Quand la fille entre dans la salle de bain, elle déballe son discours, ce qui était aussi une grande idée. Qu'en fait Hedges ? Rien ! Il ne sait pas qu'en faire et quoi faire dire à la jeune fille, Alison Pill, ma chouchoute en plus ! Je vous mets au défi, pour ceux qui ont vu le film, de me dire de quoi parle Pill à ce moment-là !!! Le discours est vague, ne fait que dans les grands principes et finit par ne plus vouloir rien dire à force d'imprécision. Imaginez maintenant la même scène avec quelqu'un d'autre de talentueux... Moi, par exemple ! On aurait eu un moment formidable, dis-je en toute modestie. Il se serait passé des tas de choses dans cette scène. D'abord, la tentative de dialogue entre Binoche et Carell qui aurait pu être formidable. Puis l'arrivée de la fille qui commence à se confier, puis les trois sentiments que je décrivais plus haut. Si le discours, très long, de la fille avait été poignant, problématique, triste (évocation de la mère, c'est là qu'il fallait la placer et non pas dans l'ignoble scène d'explication autour du dessin du phare, ou encore, montrer que la fille forte de la famille est un individu qui souffre ou qui ressent de plein fouet tel ou tel aspect de sa vie d'adolescente, ce qu'aurait fait magnifiquement un John Hugues), la scène aurait fonctionné comme du Billy Wilder, avec deux actions opposées en même temps, et les deux étant drôles et noires. Et touchantes !


Vous devez vous dire que "le docteur, il s'égare". En fait, non. Cette scène regroupe les défauts du film. Il loupe, alors que tout est à portée de main, l'occasion de s'affranchir du genre (tout en y restant) de donner du relief à tous les personnages impliqués, et de permettre au film d'avoir... un peu de vie, un peu d'incarnation, un peu d'émotion et de rires qui nous parlent. Le film de Hedges, notamment par incompétence à écrire des dialogues plus fouillés sans en avoir l'air, fait le contraire. La noirceur ne fait qu'affleurer. Si elle est présente c'est pour nourrir la machine, c'est-à-dire pousser le projet dans le mélo. Les enjeux sont tous désamorcés au profit de la structure du genre. Et plus grave avec un si beau sujet : jamais deux sentiments contradictoires n'affluent au même moment !! IL N'Y A AUCUNE AMBIVALENCE ! Bon sang de bois ! C'est pour ça que la scène de la douche rate sa cible. Hedges ne veut perdre personne, et sans doute pas lui-même, et il ne peut donc, logiquement pas se résoudre à nous faire rire et nous attrister dans la même phrase ou la même scène Il ne peut mélanger le loufoque ou le sérieux. En un mot, il loupe ABSOLUMENT tous ses paradoxes. Alors mon petit focalien, tu vas rire là où on te dit, et tu vas pleurer là où on te dit. Au final, bien sûr, on ne rit jamais de bon cœur, et on refuse de pleurer devant des choses aussi vides et aussi mièvres...


Quel dommage... D'autant plus que tout est là, à portée de main. Il y a pourtant une scène réussie  celle du bar avec la "truie" (je parle en codé). L'actrice est formidable en plus (Emily Blunt). Elle est exactement au diapason de ce que le film aurait dû être : plus loufoque mais en restant précis et en respectant les sentiments (et dieu sait que les Américains, notamment dans les film de collège, mais aussi dans les séries, sont très forts pour ça). Blunt joue juste un peu au-dessus, juste un peu plus appuyé... et tout  fonctionne. Là, le dialogue est très ramassé et  tout à fait bon. L'actrice le pousse un peu et suggère par le jeu (et non plus par le dialogue) qu'elle est sans doute un peu mytho... On ne le saura pas, mais il y a doute ! D'ailleurs observez Binoche et les autres : ils ont compris aussi. Binoche notamment (sa meilleure scène, je trouve) est à la fois méfiante, à la limite de rire, et triste...   Blunt a sans doute surpris ses camarades acteurs. Et bing, ça décolle. Le reste de la scène dans le bar est suffisamment vulgaire pour que ça fonctionne. Pendant trois minutes, c'est vraiment bien.


Parce qu'il faut dire aussi que les acteurs sont très embêtés. Carell me paraît un poil en dessous de d'habitude et, paradoxalement, il ruine pas mal de chose en allant juste dans le sens du film et en faisant là où le scénario lui dit de faire. Il est sans doute aussi un peu gêné d'avoir ce rôle de clown triste, et je le trouve beaucoup trop systématique. (Bien sûr, il n'est pas aidé par le scénario et il n'est pas si mauvais que ça, juste en dessous, ce qui fait, je pense, foirer pas mal d'effets ou qui systématise trop son personnage. C'est trop frileux. Se rappeler 40 ANS...). Binoche met le temps, mais je la trouve plutôt pas mal au bout de trente-cinq minutes. Là aussi, le terrain de jeu est trop petit. Les autres sont insipides. Et Pill qui aurait dû être un beau personnage est réduite à faire quasiment de la figuration.



Trop d'intentions. Pas assez envie de suivre son histoire et de casser le moule. Une famille de bisounours hallucinants de fadeur. Envie de brosser le public dans le sens du poil. Malgré le beau sujet, Hedges se comporte en esclave et ne s'en sort pas, et préfère, de son propre chef (et ça c'est très mal quand on fait un métier d'artiste), limiter son terrain de jeu à la comédie sentimentale la plus banale et racoleuse (à la Julia Roberts si vous voulez). Or, tout est là pour que ça fonctionne. Par peur de froisser le public peut-être, Hedges ne satisfait personne. Il insiste, se roule dans les justifications, blanchit son intrigue et souvent est trop insistant (demi-belle idée de la scène de salsa collective, ruinée par le contrechamp, laidissime en plus sur les fesses de Binoche : c'était plus drôle sans, et on avait bien compris, merci ! Et l'immonde façon dont on se débarrasse du frère gênant... Quelle honte ! C'est toujours le même principe : tout expliquer et tout passer au stabylo !). Hedges préfère le blanc au noir, le sourire au rire, et le pré-mâché à l'incarnation. Grand bien lui fasse. Mais pour nous, focaliens, on a l'impression que tout était là pour que ça fonctionne, et que tout cela est un gâchis. Il reste deux ou trois idées papiers excellentes, une bonne scène qui roule parfaitement et un immense sentiment de gâchis en se disant que si Hugues ou les frangins Farrelly avaient pris les choses en main (ou n'importe quel réalisateur courageux de film de collège), on aurait eu un grand film triste, mélancolique, mais aussi drôlissime, généreux et tendre. Là, ça sent encore le compte en banque et le manque d'ambition. La volonté de ne fâcher personne, ni de ne surprendre personne, bref de ne perdre personne, accouche d'un film gâché et sans âme. Avec un beau sujet comme ça, ça fend, pour le coup, vraiment le cœur. Ça méritait un bon réalisateur qui ne blanchisse pas tout, et qui sache faire quoi de son sujet une fois développé (la fin du film, ignoble de balisage illustre ça à merveille, hélas.).




Tristement Vôtre,



Docteur Devo.





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Mardi 30 septembre 2008

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi

Chers Focaliens,


Faisons une pause et allons nous reposer chez nous, plutôt que d'aller souffrir en salle comme Mr Mort ces derniers jours. Prenez une boîte de choconours (attention de ne pas les écraser sur le futon par un coup de fesses maladroit), enlevez vos chaussures, caressez le chat négligemment de la main droite, allumez une cigarette, déboucher un bon vin et choisissez un dvd...


Alors, hier, Mr Mort nous parlait de Mafaldonna et de son premier film, OBSCENITE ET VERTU (je répète le titre pour faire des entrées avec Google...), film qui tourne (un peu) autour de la musique. Et bien je dis, continuons sur cette lancée. Après la réalisatrice ultra-célèbre américaine tournant en Angleterre, je vous propose le réalisateur oublié de tous, anglais, tournant aux USA...


Les années 70, en Angleterre. Voilà déjà plusieurs années que les Sex Pistols, groupe culte et provocateur, ont ébranlé l‘establishment musical (ou bien pas du out d'ailleurs!). Sid Vicious, bassiste magnétique du groupe, garçon iconoclaste et insaisissable assiste tranquilou à la future séparation du groupe. Mais entre deux, il a rencontré Nancy, jeune américaine, quasiment groupie professionnelle, et largement héroïnomane. Les deux se plaisent immédiatement et commencent une liaison passionnée et tumultueuse qui mettra à jour les fractures de chacun. Entre leur rencontre et leur "séparation", le chemin est beau mais rude : séparation des Pistols, je le disais, drogue à gogo, voyage immobile aux USA, ennui, passion, errance artistique...



Ha, Alex Cox ! Quel poème, ce petit gars ! Même s'il n'a jamais été une idole en France, on parlait encore un peu de lui dans les années 80 et 90. Depuis, nada ou presque, alors que le bonhomme, infatigable, continue de tourner ! Et portant quel beau parcours. REPO MAN, très belle comédie surréaliste avait cartonné sa maman aux USA. Mais très vite les choses se sont gâtées. On trouve encore le fabuleux WALKER avec Ed Harris dans les bacs dvds pour une poignée d'euros, genre deux ou trois, et neuf s'il vous plait, jeu de mot. Faites un geste pour vous-même et offrez-vous la belle galette... Quoiqu'il en soit, Cox, s'il n'intéresse quasiment personne dans le petit monde cinéphile, est un de ces cinéastes iconoclastes tout à fait importants, et le focalien consciencieux et malicieux sait qu'ignorer le bonhomme c'est commettre une trèèèèès grossière erreur.  On me dit Ken Loach, Migh Leigh, je réponds Derek Jarman, Ken Russel, Nicholas Roeg et bien sûr Alex Cox. Malheureusement, le cinéma anglais à une image internationale complètement révisionniste, et axé uniquement sur le cinéma social. Au final, les films de Roeg ou Cox ne passent nulle part, et les pauvres gars ont bien du mal à produire leur film, et surtout à les montrer. Les professionnels (distributeurs, critiques...) pourraient les voir en festival, mais ça ne les intéresse pas. On préfère les Dardennes, Moretti ou Kusturica. Bah, je dis, en toute amitié, au reste de la profession : c'est ton choix ! Dieu merci, la cinéphilie compte aussi quelques têtes de pioches sympas et passionnées pour éviter que tous ces gens passent dans les oubliettes de l'Histoire, tels... nous, les focaliens, par exemple !!  Et bizarrement on vit une super vie : les filles et les garçons tombent en pamoison devant nos si cools attitudes, on gagne beaucoup d'argent, on a des vies passionnantes et créatives, et notre poil est soyeux ! Est-ce vraiment un hasard ? (Vous êtes demandé pourquoi les critiques de cinéma ont des calvities ? Je vous laisse réfléchir là-dessus...)


Mais revenons à nos moutons et aux loups qui les mangent... Cox n'est jamais vraiment là où on l'attend et ses films rebondissent d'étrange manière, suivant le fameux "syndrome du ballon de rugby" que je n'avais pas ressorti depuis un baille sur ce site. Plutôt que de nous faire une biographie édifiante des Pistols ou de Vicious, ce qu'il fera mais en pointillé et par petites touches tout au long du film mais sans être édifiant justement (et de manière assez ludique quand même), Cox s'attache à prendre le Vicious par la petite porte à travers de son histoire avec Nancy. Premier point très important, et d'autant plus que notre beau réalisateur se tiendra complètement à ce pari rigolo. Le modousse opérandaille fonctionne d'autant plus (encore une répétition!) que l'histoire des Pistols est déjà plus qu'entamée quand le film démarre nous laissant avec une bonne longueur de retard, chose malicieuse et bougrement prenante, et aussi parce ce que le film, s'il est globalement chronologique, nous plonge dans un tourbillon plus impressioniste que strictement biographique, même dans l'optique sentimentale choisie, et bien souvent, l'impression qui se dégage, pour nous, spectateurs, est plutôt celle d'un maelström de sentiments et de sensations. C'était le premier point. Je change de paragraphe.



Deuxièmement, la chose qui frappe c'est la beauté globale de la chose. Narrativement d'abord car, dans la logique de mon primo qui ne tombe pas, naturellement, de nulle part, sans que le film sombre dans le vignettage (ce qui permet par exemple l'impression que les 25 dernières minutes du film, hors conclusion, ne sont qu'une longue longue séquence claustrophobe) et le découpage en petites scénettes significatives, c'est ici l'ellipse qui est privilégiée toujours pour mettre en avant les sensations, et pour faire en sorte que les liens signifiants qui font l'ossature de la narration soient d'ordre émotionnel ou signifiant plus qu'une simple lecture linéaire et historique. Des coupes dans la narration, des scènes ou courtes ou longues sur des moments qui paraissent insignifiants ou que d'autres n'auraient pas retenus (où Cox place toujours des éclairages intéressants sur le plan formel ou sémantique, comme dans la scène ou Nancy dort pour la première fois auprès de Sid dans cette appartement squatté par une trentaine de personnes), peu de transitions, et généralement, des blocs coupés de manière à privilégier le rythme syncopé de cette histoire faîte d'accélérations mais aussi de langueur. Rien pour cette écriture osée et ciselée, SID ET NANCY vaut le coup d'œil.


Au fur et à mesure, et on le comprend après que Cox ait déjà engagé le processus, SID AND NANCY, bien que précis et ancré dans le réel (mais pas dans le naturalisme art et essai, comme on le privilégie depuis quelques années en Europe), est aussi un récit qui petit à petit quitte la simple reconstitution d'époque pour s'enfoncer avec délices dans un no man's land plus subjectif et plus personnel qui s'ancre quelque part entre le réel, le fantastique, le symbolique ou plutôt (sur ce dernier point) disons que Cox fait dériver ses scènes au fur et à mesure pour que cohabite aussi sa vision à lui de l'époque ou de l'histoire. Cox commente sa propre narration, pour ainsi dire, même si elle reste soumise à l'histoire de Sid et de Nancy. Au bout d'un certain temps, le film trouve son équilibre dans ces narrations multiples. Le récit devient subjectif et échevelé comme jamais alors. Cela se traduit par plus de débrayages rythmiques (le ralenti à la sortie de la péniche qui raconte deux scènes et deux histoires à la fois ! Très impressionnant!), et par la contamination d'éléments loufoques, enfin qui paraissent loufoques quand ils se déclenchent et dont la signification précise va vous toucher droit au cœur, en provoquant chez vous de grandes vagues d'émotions où souvent la malice ou le rire, et la violence (souvent sociale, jamais expliquée) et la tendresse se mêlent. C'est, par exemple, ce groupe de collégiens issus d'un collège privé qui se conduisent comme des punks de 10 ans (ce qui est très malin et installe une très jolie nuance, à l'opposée des clichés attendus), ou encore l'aspect fantastique et symbolique de la scène d'enregistrement du clip de MY WAY (esthétiquement sublime d'ailleurs), ou encore ce dialogue sublimissime (répétition!) entre Sid, Nancy et ce black qui leur donne leur méthadone (scène qui, sans en avoir l'air, met a nu les paradoxes et confronte Cox à Vicious, avec une tendresse inouïe et avec fermeté malgré tout). Je vous le promets, c'est bouleversant et ça décoiffe. Très vite, c'est ce processus qui devient naturel, très bien appuyé, il faut le dire, par une mise en scène au cordeau. Stratégiquement, c'est une sublime (aussi dans le sens de "belle") opération qui permettra d'enclencher la longue dernière partie sans qu'elle ne devienne édifiante ou sans nuance (la dernière ligne droite, dans la came). Breeeeef, c'est du grand art...


Côté mise en scène... Mes amis, mes amis ! Que c'est beau ! Ben c'est simple : comme la narration n'est pas simplement chronologique ou informative et privilégie les ellipses et les trous de mémoire sélectifs, déjà, le montage est dynamisé. Cela dit c'est un festival. Le son est superbe, avec beaucoup de changement d'ambiance et de timbres, et beaucoup de choses dans le fond du paysage sonore (scène du squattage de l'appartement, encore une fois, où c'est le son qui permet le prolongement de la scène), et les débrayages sont, sur ce plan-là, nombreux également. Alors que je regardais le film, je me suis dit à voix haute : "Oulala, je parierais mon boxer en microfibres que c'est le directeur de la photo qui fait aussi le cadre". Franchement, ça saute aux yeux. La photographie, variée (et richissime en plus), est ultra-léchouillée, joue beaucoup sur toutes les possibilités que lui offrent les axes et organise presque, quelquefois, le plan. Ce sont des éclairages très poussés (plusieurs ambiances dans le même plan par exemple, ce que le cinéma contemporain a complètement perdu) et le cadre et la photo semblent dialoguer et se renvoyer la balle tout le temps. C'est Roger Deakins qui est responsable de la chose. Pour le reste, on retrouve les qualités formelles des films de Cox : des idées folles de décors, un montage vif qui sait couper des scènes ou les prolonger longuement au contraire, transitions foldingues, débrayages de ton, utilisation de la profondeur de champ, mouvements de fou, travail de repérages hallucinant, etc... Là aussi c'est un sans faute. Un plan, le ralenti à la sortie de la péniche que je mentionnais plus haut, vous donnera le "la". On s'aperçoit dans ce passage qu'on peut faire un plan américain sur deux personnages (avec travelling arrière en plus ! Et au ralenti !) en laissant de l'aire libre à droite et à gauche du champ, et en utilisant la profondeur de champ !! Ha bah oui, ça change des cadres étriqués de maintenant, où les personnages bouffent tout et où on pourrait quasiment remplacer les décors par des fonds noirs. Rires. Cox est-il plus malin que les autres ? Non, il utilise une petite focale, il choisit son cadre, son axe et organise son plan autour... Il bosse quoi ! En tout cas, le travail plastique est hallucinant, et très original. SID ET NANCY donne l'impression de se pencher par la fenêtre du train qui sent le renfermé et de prendre une grosse bouffée d'air frais qui fait onduler vos cheveux magnifiques... C'est un spectacle de toute beauté, et c'est incessant pendant une heure cinquante. (Prenez les plans à l'extérieur de l'hôtel à New-York. C'est-y pas beau, ça ? Et en plus c'est drôle et cocasse, comme le début de la séquence de la tournée aux USA, avec son hélicoptère très impromptu !)



Bon, SID ET NANCY, en conclusion est un très grand film, d'une beauté plastique hallucinante, et qui, en plus, propose une histoire à contre-pieds très surprenante. C'est un grand film ambitieux et populaire servi, n'en jetez plus, par d'excellents comédiens, Gary Oldman en tête, et aussi Chloé Webb dans un rôle ambivalent et pas aimable du tout, d'ailleurs. Elle s'en sort très bien. (Regardez aussi le bonus du dvd où Philippe Manœuvre, ici entouré par deux ringardosses rock'n'rollistes parisiens d'une mondanité proprement dégoûtante, discutent autour du film que, bien évidemment ils n'ont pas pris le temps de revoir (depuis 1986 !! Ils charrient). C'est un tissu de conneries invraisemblables mais très documentés, une quintessence de tout ce qui tue le rock : la légende, la mondanité, l'écrasement des uns par les autres, le collectionnisme non-généreux, les apparences, les apparats. Manœuvre paraît même humain à côté des deux ectoplasmes suffisants. Regardez comment ils tirent à boulets rouges sur Chloé Webb. Évidemment, ils auraient préféré Courtney Cox (qui joue aussi dans le film). Un beau moment de révisionnisme, et surtout une remarque qui en dit long... Le dvd est édité par un grand distibuteur : ils auraient pu aller interviewé Cox quand même !) Cox a réalisé un boulot formidable, comme d'hab', et c'est peu de chose que de dire qu'il est largement préférable d'avoir vu le film. Arrêtez vos abonnements aux revues de cinéma quelles qu'elles soient et achetez des dvds pas chers (c'est le cas de SID ET NANCY) avec l'argent économisé. SID ET NANCY donne largement le sentiment de redécouvrir le cinéma. C'est ici que ça se passe. CQFD.



Généreusement Vôtre,



Dr Devo.


 

 

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Jeudi 25 septembre 2008

Recommander - Publié dans : Corpus Analogia
Je continue à assurer la permanence au(x) cabinet(s) du Docteur, en allant voir les films récemment sortis pour le meilleur et pour le pire, bien que, malheureusement, la période de soit pas propice aux bonnes surprises. Échaudé par le cinéma français art et essai, je me tourne vers le cinéma bidule-chouette anglo-saxon, en espérant avoir quelque chose à me mettre quelque chose sous la dent, enfin. Comme disait le poète : "les carottes sont-elles cuites ?" Ça devait arriver un jour, et voilà. Madonna, la chanteuse interstellaire et chatoyante qui jouit dans nos contrées d’une réputation d’actrice détestable (elle transformait tous ses films en nanard potentiel), a fini par passer derrière la caméra et nous pondre OBSCENITE ET VERTU, soit FILTH AND WISDOM en Cleese dans le texte, dont l’affiche tranquillement ridicule pouvait suggérer un petit machin décadent et rigolo du genre Ken Russel période "Relax" (soit Frankie Goes to Hollywood). Bon, je dis ça pour me faire mousser, ne m’attendant pas à ce que la Ciccolina américaine nous fasse quelque chose qui puisse rivaliser avec le Maître anglais. Ceci dit, la démarche est-elle ridicule ?



OBSCENITE… raconte l’histoire de trois colocataires qui partagent une petite maison dans la banlieue de Londres. Le premier (et seul garçon) est le narrateur. Musicien et chanteur, il gagne sa vie en organisant dans sa chambre des séances de dressage SM pour garçons adultes. Le deuxième personnage est une jeune femme, plutôt sage, rompue à la danse classique, mais qui a bien du mal, elle aussi à boucler les fins de mois. Elle décide alors de postuler à un job de danseuse dans une boîte à strip-tease bien que cette idée lui fasse horreur. Notre troisième personnage est une autre jeune fille, très jolie également mais moins sage qui travaille dans une pharmacie tenue par un homme d’origine indienne, plus ou moins amoureux d’elle et marié à une espèce de grosse mégère. Mais être jolie ne suffit pas, et entre prises de médicaments et traînage de pied, elle essaie d’inciter les gens à donner un peu de sous pour les enfants d’Afrique… Enfin, le quatrième colocataire n’est autre que sa majesté splendouillette Richard E.Grant, ici en écrivain-poéte jadis reconnu, mais qui n’écrit plus rien depuis que la cécité a assombri ses jours (hahaha!). Tous les quatre vont devoir affronter leur face sombre pour pouvoir enfin voir la lumière au bout du tunnel, et faire quelque chose de leur vie. Un bien curieux processus, mais vous le savez, tout est dans tout, et même réciproquement…


Étonnement, Maradona, déesse de la variété internationale, n’a pas fait le film qu’on pouvait supposer qu’elle fit. Plutôt que de se lancer dans un projet richement doté qui déchire sa mère au box-office et qui affole les statistiques du Grand Marketing Internationnal, elle a préféré, disons, viser la cible "indépendante" art et essai. Why not, après tout? Peut-être fut-elle échaudée par sa réputation d’actrice catastrophique, largement exagérée d’ailleurs car elle a quand même un film sympatoche au compteur à savoir
RECHERCHE SUSAN DESPEREMENT. Donc, nous voici à Londres avec notre bande de jeunes plus ou moins marginaux/underground qui galèrent dans l’anonymat et le manque de reconnaissance et/ou d’épanouissement. Le héros-narrateur (chanteur du groupe Gogol Bordello, ai-je cru comprendre) nous explique pour atteindre le haut, il fait toucher le plus bas, et que les choses les plus sordides mènent aux réalisation les plus grandes. Mouais… On a un peu peur dés l’ouverture, avec un plan très anglais justement qui aurait pu sortir d’une de leurs comédies branchées (aux anglais, suivez un peu!) où notre ami Gogol (appelons-le comme ça) fait son monologue en parlant à la caméra et en prenant le spectateur à témoin, ce qu’il fera d’ailleurs pendant presque tout le film. Dieu merci (ou pas), ça se calme par la suite, pour devenir moins "branchouille". Mais, malheureusement, très très vite, il est évident que ça ne sera pas ici qu’on trouvera le Graal qui épanchera notre Soif. Outre les personnages, très vite identifiables et peints à gros traits rapides (chanteur destroy + Mère Térésa sous drogue + Boucle d’Or "obligé" de montrer ses fesses), c’est surtout la narration et la mise en scène qui refroidissent vite nos ardeurs. Côté contenu d’abord, le ton est vite donné. Notre ami Gogol nous donne un axiome de départ (vice et obscénité sont les deux mamelles du même animal, ou les deux faces d’une même pièce si vous préferrez) qu’il va tenter assez mollement d’illustrer. Ce qui se passe en fait ensuite, c’est une espèce de collection d’historiettes pour chaque personnage qui vit une quête principale assez simple. On est quasiment dans l’assemblage de trois courts-métrages ou trois sketchs. Humm…


Le tout avance à petit foulée, sur un rythme très tranquilou. Il faut dire que les trois histoires ont non seulement une quête très identifiable, comme je viens de le dire, voire un peu naïve, et que les événements qui les rythment ne sont pas vraiment légion. Et dans les trois cas, plus on s’enfonce dans l’histoire, plus les enjeux deviennent prévisibles et vont même se conclure de la manière la plus basique qui soit, voire avec déversement de clichés ou de choses largement attendues. On voit ce que Gogol cherche à faire (avec Richard Grant d’ailleurs), c’est dit dès le départ, et il le fait. Fermez le banc. La danseuse en bave car elle est toute inhibée, ce qui est dit dès le départ. Sa quête : se lâcher. Elle se lâche, devient bonne stripeuse et fermez le rideau. Dans le cas de la jolie pharmacienne, sa quête n’en est pas vraiment une, mais ressemble plutôt à un mal de vivre qui se résoudra d’une manière des plus splendouillettes (grosso modo : on lui offre l’album WE ARE THE WORLD !). Mon dieu. On note, ce qui appuie totalement ce que je viens de dire, qu’au fur et à mesure que le film avance, les séquences de transitions musicales, si chères au cinéma hollywoodien de base (ou art et essai français comme je le disais à propos de
LA BELLE PERSONNE), se multiplient comme autant de petites vignettes illustratives. Pas de quoi de faire la Révolution, ni même de renverser le gouvernement, donc . On est très largement en terrain connu. C’est encore l’histoire de la pharmacienne qui est la plus édifiante, suivie de peu par celle de Gogol. Dans les deux cas, on se demande ce qui peut bien se passer dans la tête du scénariste et de la réalisatrice. On sent une volonté de nous resservir l’éternel adage selon lequel "quand il y a une volonté, il y a un chemin", ou "qui veut, peut", mâtiné de développement personnel. Une espèce de rêve de bohème dont, malheureusement, la minceur des histoires, leur peu d’enjeu, font en sorte que toute tentative d’incarnation est bien laborieuse pour ne pas dire impossible. OBSCENITE… est donc une suite de scénettes, sans vraiment de conséquence, qui pourrait presque arriver dans le désordre et qui ne raconte que très peu de chose. Madonna essaie de peindre une espèce d’utopie fraternelle mais bien trop écrite et sans aucune espèce de paradoxe. (Le postulat de départ n’est qu’une formule rhétorique, en quelque sorte, une figure de discours qui ne sera qui très peu illustrée par la suite. Le postulat est le résultat, en quelque sorte.) Evidemment, un tel modousse operandaille, comme dirait le Docteur, ne se construit pas sans cliché ou raccourcis énormes, comme par exemple le rapport naïffissime (joli!) de Grant à ses livres, les insupportables flash-backs, très naïfs également, concernant le personnage de Gogol (l’élément le plus ouvertement putassier, et qui se déploie comme si la narration cinématographique avait 10 ans), l’incroyable passage à l’acte, façon "Marie Salope", de la danseuse-larve se transformant en papillon de l’effeuillage, etc… (Ha oui, et le masochiste qui retrouve sa femme obèse en Maîtresse Domina). Breeeef, conseillons à tout ce petit monde de revoir LES JOURS ET LES NUITS DE CHINA BLUE de Russel, par exemple… Au hasard.




Alors, si on farfouille dans le moteur, on ne trouvera pas l’extase non plus. Madonna se montre très sage sur le plan esthétique. Le film est tourné en vidéo. Il est terriblement grisouille, voire mal photographié (toutes les scènes dans la maison par exemple, et celles dans la boîte de strip). Il n’y a guère qu’une petite lampe d’appoint dans les scènes SM (et encore…) à se mettre sous la dent. Donc photographie : nada à signaler, on est dans la tendance basse, c’est assez laid. (Oh oui, j’allais oublier les scènes chez le masochiste à la femme obèse… Quelle lumière grisouillo-môchasse!) Le plus gênant pour moi a été le cadre très répétitif, toujours en plans rapprochés, qui rendent le film d’une grande banalité. Il y aura des instants plus léchés, souvent les plus pathétiques (la "crise" de Grant), mais jamais vraiment convaincants ni beaux. Comme le montre le montage, simplement narratif, et même captatif si j’osais, qui ne se compose que de simples champs/contrechamps, Madonna a donc essayé de minimiser les risques. Pas de jeux d’échelle, pas de découpage vraiment signifiant, pas de jeux d’axe… (Je passe sur la musique, vraiment pénible pour le coup, pour un petit gars comme moi : un mélange de Mano Negra tziganniste qui n’est pas sans rappeler le Kusturica Band…)




"Comment il te l’étrille la Madonna!", devez-vous vous dire... En fait, pas vraiment. Car c’est là le drame, et là, Madonna n’y est pour rien, malgré l’accueil froidasse du film, il n’est ni vraiment mieux ni vraiment pire que le reste de la production européenne art et essai ! Madonna, en quelque sorte, a réussi son pari en faisant un film qui ressemble à ceux de ses collègues. Elle aurait signé la chose sous pseudonyme, que tout cela serait passé comme une lettre à la poste. En tout cas, pour le focalien en culottes courtes, que Madonna ait réussi ou pas à se placer sur le marché art et essai européen, il y a, c’est la même litanie depuis dix jours sur ce site, dans ce film, aucune proposition esthétique ni quoi que ce soit d’iconoclaste. Et comme les outils propres au cinéma sont très peu utilisés, on est encore dans ce cinéma a minima devenu si courant.


A moins que tout cela ne soit de l’architecture, ou du tricot, je ne sais pas…


Cinéaste, mon ami, fais des films, s’il te plait. Ou please.




Mr Mort.





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Mercredi 24 septembre 2008

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi

Où aller quand vous en avez marre de lire votre Mietzche dans le bar branchouille mais pas trop du coin ? Je propose le cinéma. Les films ne durant heureusement et malheureusement qu'une heure ou deux, il sera toujours assez tôt pour revenir au bar. Et là, avoir un film comme LA BELLE PERSONNE vous sera sûrement utile d'une manière ou d'une autre...

 

Bon, cela dit, trêve de plaisanterie. Notre héroïne est une jeune fille qui fait sa rentrée dans un lycée parisien (intra-muros), et où elle débarque dans tous les sens du terme. En effet, elle ne connaît dans l'établissement que son cousin qui est dans la même classe. Et dans cette classe, justement, il s'en passe de belle. Entre deux séchages de cours pour aller au café, les jeunes, comme le disait judicieusement Madame Cohen dans LA VIE DE BRIAN, ne pensent qu'à ça, c'est-à-dire qu'à se faire des bisous. Et ça, ils savent faire tant et plus. Au final, tout le monde sort avec tout le monde, dans le sens où il n'est pas rare, pour ne pas dire que c'est la règle, qu'Untel sorte avec Machine et Trucmuche en même temps. Notre héroïne ne dit rien, mais n'en pense pas moins, et pour elle, ce sera différent. Justement Otto, jeune garçon formidable, lui demande de sortir ensemble, comme on disait e mon temps, ce qu'elle accepte bizarrement. C'est le coup de foudre pour le jeune homme. Il faut bien dire que tout le monde admire la grande beauté évanescente de la jouvencelle. C'est notamment le cas du jeune prof d'italien, Louis Garrel, qui, troublé par la jeune fille décide de mettre fin à sa liaison avec une de ses collègues plus âgée, et aussi celle avec une de ses élèves. La fascination fait son chemin, mais il n'est pas sûr que cet homme à femmes réussisse à sortir du bois. Les jeux amoureux vont aller en s'accélérant et personne au final ne sortira vraiment indemne des expériences terribles de la passion et de l'amour...

 

Librement adapté de la PRINCESSE DE CLEVE, et d'une phrase de Sarkozy (je ne sais pas laquelle, cela dit !), LA BELLE PERSONNE commence bien, enfin façon de parler, puisque le plan d'ouverture, dans tous les sens du terme (ouverture du lycée et ouverture du film) tremble sa mère, non pas parce que Honoré a voulu faire une mise en scène à la Alexandre Aja, mais parce que la copie et/ou la prise de vue est atrooooooce.  Le film raconte donc les chassés-croisés amoureux des uns et des autres dans un lycée où ça baise (hors-champs) dans tous les sens. Quelle valeur a l'engagement ? Où se place la Fidélité ? Est-ce que ça sert à quelque chose ? Et surtout, quel avenir pour les cœurs purs dans ce monde de brutes ? Voilà, les enjeux passionnants de LA PRINCESSE... Moderniser la chose n'est pas du tout un sacrilège et le roman a déjà subi ce traitement de nombreuses fois notamment par Oliveira dans l'assez amusant LA LETTRE (ici, on retrouvera Chiara Mastroianni, la "belle personne" du film de Oliveira, dans un petit champ-contrechamp en forme de cameo) et dans le magnifique LA FIDELITE de Zulawski avec l'excellente Sophie Marceau ! (Quoi ? ça gêne quelqu'un ?).

 

Bon, ici, ce n'est pas la même façon de jouer, et comme disait le grand philosophe, "ça n'est même pas le même sport", hélas. La photo, telle que nous l'avons vue, se décompose en deux partie : jour grisouille, et nuit orangeâtre sans profondeur. Si on exclut un plan de sortie de lycée trop sombre mais (donc) assez beau, le sentiment qui domine est celui d'une uniformité terne. Côté cadrage, il n'y a pas grand-chose non plus à se mettre sous la dent. Les plans rapprochés sont légions. Il n'y a quasiment pas de jeu d'axe. Par contre, les travellings, très anonymes, ça y va. Dans ces conditions, le montage est à l'avenant, c'est-à-dire sans saveur et surtout sans rythme. Comme on peut déjà l'imaginer, ce sont les comédiens et le scénario qui sont rois et reine. Là, oui, z'yva avec tes porteuses de sens ! Lol lol. Loin du rock et du roll du roman original, on se trouve vite coincé dans une perspective nettement mois fun, ;-) , qu'on pourrait dire basé sur un certain du franciscabrelisme, c'est-à-dire sur le romantisme le plus commun et le plus échevelé (paradoxe). Après avoir joué le sotto vocce pendant un bon ¾ d'heure, Honoré balance le drame à grands robinets. Cela nous vaut, ceci dit, les passages les plus splendouillets : déshabillage de l'héroïne (très jolis seins!), attouchement homos, scène de l'arrestation d'un élève, comédie musicale (une horreur de montage ! et quelle musique !), et petites transitions musicales hollywoodiennes, etc.... En ne reprenant que la trame narrative la plus simple, Honoré refuse souvent les ambiguïtés et ne provoque aucune contradiction autre que celles prévues par le business plan. C'est donc dans le pathos sympa et convenu (et dans les acteurs!) que se trouve la sève du film. Moi, là, déjà, je jette l'éponge. Il n'empêche que les acteurs sont sans saveur aucune, si on excepte Louis Garrel un peu plus vivant que les autres (et son ex-copine enseignante aussi d'ailleurs).  Chez les djeun'z, c'est l'horreur une fois de plus : déclamation apprise dans nos meilleurs cours de théâtre, une idée à la fois, et basta. Comme les grands en quelque sorte, car trop souvent les comédiens français, même établis, pêchent de la même manière. En bref, LA BELLE PERSONNE n'est qu'un film d'intentions qui tient presque entièrement dans son scénario qu'on aimerait beaucoup plus iconoclaste. La mise en scène est beaucoup trop pauvre et ne cherche jamais la moindre fulgurance, ni la beauté (pas étonnant qu'on retrouve cette scène du film africain dans la scène au cinéma : je n'ose même pas imaginer pourquoi cette scène est là d'ailleurs... Message personnel à Sarkozy ? Rires. Je plaisante.) Dans le cinéma, il y a plus que le déroulé narratif ou le dialogue pour faire passer des idées. On aimerait en voir plus, de la mise en scène, même avec la même approche simplette du sujet, et l'on se dit une nouvelle fois que LA BELLE PERSONNE est un film français de plus, encore une fois 1000 fois moins beau que n'importe quel film AMERICAN PIE sur le plan esthétique. Des films comme celui-là, ni plus mauvais ni meilleurs, il y en a des dizaines et des dizaines par an. C'est usant. On paie huit euros, et l'on aimerait, pour ce tarif prohibitif, voir une proposition esthétique.
(Nous allons parler bientôt de TRUST ME de Hal Hartley... Là aussi, finalement, ce n'est que du filmage de dialogues, dirait le simple d'esprit. En un certain sens, c'est même vrai. Mais dieu que les idées de mise en scène pleuvent, et constatons là qu'il n'y ai jamais une idée qui ne soit compréhesensible par la mise en scène, sans compter bien sûr celles qui ne sont jamais dans la continuité dialoguée. Je note que les décors, en plus, dans ce film sont d'une simplicité redoutable... Et évidement le tout est d'une redoutable beauté!) 

 

 

 

 

 

DE LA GUERRE, de Bertrand Bonello raconte les déboires de Mathieu Amalric, ici en double faussement autobiographique du réalisateur, qui, alors qu'il est en repérage pour son nouveau film, se fait enfermer par erreur dans un cercueil dans lequel il passe une nuit. Une fois qu'il en est sorti, le pauvre n'est plus le même et a bien du mal à recoller à la réalité. Il croise la route du  mystérieux Guillaume Depardieu qui lui propose de quitter Paris et de s'installer dans la formidable demeure tenue par Asia Argento qui dirige ne communauté new-age où l'on essaie de retrouver la joie d'être là, et où l'on conquiert le plaisir comme on gagne une guerre. La quête du plaisir et du sentiment de présent, voilà exactement ce que cherche Amalric. Il décide de tout plaquer et de rester avec la communauté...

 

Alors, comme on l'aura compris, on est ici dans une logique bien différente du film précédent. Ici, le propos et la narration, pas forcément symbolique (enfin pas tout le temps), lorgnent vers un surréalisme froid et une approche quasi-fantastique du traitement. Bonello tente un film abstrait et poétique. Malheureusement, encore une fois, que cela est maladroit et bien théorique! Bon, disons les choses tout de suite, Bonnello, lui, essaie de s'approprier une forme d'expression qui lui appartienne et lui ressemble, ce qui fait une énoooooooorme différence avec LA BELLE PERSONNE, n'est-ce pas ? Les scènes, voire les plans, ne sont pas forcément consécutifs, et les pauses poétiques dans le récit, la répétition de plans à des endroits différents, etcetera, tissent une toile qui semble ambitieuse.

Malheureusement, encore une fois, tout cela reste assez théorique. La photo, qui tente certaines choses ici et là (quelques beaux plans le soir, dans la maison), est très inégale et souvent assez terne aussi, ce qui rend la dernière partie (une espèce de remake de APOCALYPSE NOW à la Bresson ! Plutôt marrant sur le papier..) bien délicate, et même finalement plate. Bonello cherche, c'est évident, une liberté de narration qui pourrait l'amener à des stratégies en forme de tuyau de poêle toujours sympathique. Malheureusement, le film souffre d'une esthétique bien trop sage, et surtout d'un manque de rythme hallucinant. Rien ne fait saillie véritablement et les débrayages, les changements de tempo sont très rares. Comme la photo est souvent froidasse (copie très moche et très bizarre une fois de plus) et le cadre souvent rapproché, effectivement le montage patine. En quelque sorte, on a l'impression que l'iconoclasme de Bonello est surtout présent dans le scénario et bien plus pauvre dans les aspects plastiques du film, même s'il y a des tentatives ici et là, que je trouve, à mon humble goût, bien maladroites et jamais véritabement belles (les cadrages des scènes de transes, par exemple). Les acteurs ont bien du mal à faire avancer la chose. Amalric essaie vraiment. Depardieu est un peu perdu. Plus étonnant, c'est aussi le cas d'Asia Argento, pourtant prise à contre-pied, et de Elina Löwensohn, une des actrices fétiches de Hal Hartley justement, pourtant presque toujours excellente. Au final, là encore, les idées semblent bien théoriques et trop souvent s'appuient sur le dialogue que j'ai d'ailleurs trouvé bizarrement assez ampoulé. L'ensemble manque effroyablement de rythme jusqu'à rendre complètement abscond le projet initial, et cela dit sans méchanceté, il faut énormément de résistance (et c'est un fan du cinéma de Duras qui dit ça!) pour réussir à percer les 135 minutes du film (peu ou prou, à vue de nez). Il y a ici trop peu de choses fulgurantes, une fois de plus, et une esthétique bien trop sage pour que le film se décongèle et vive un peu. Ach !

 

 

 

 

Allez, demain j'essaie de vous parler de Madonna !

 

 

Mr Mort.


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Lundi 22 septembre 2008

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi

 

 

Vous savez comment ça se passe... Vous êtes seul depuis trois heures dans ce bar sympa, branchouille mais pas trop, et il ne vous en reste que deux heures pour faire des rencontres avant que le bar ne ferme, et vous n'avez toujours pas "pécho". Vous vous lancez donc, et après avoir fait boire Mademoiselle plus que deux raisons, il va falloir passer aux choses sérieuses. Moralité, après les margharitas (je ne sais pas vraiment comment ça s'écrit, pardonnez-moi), il va falloir penser à la margarine et ce genre de choses, et là, Matière Focale, une fois de plus, vous sauve la mise...

 

 

C'est un fait méconnu et/ou sous-estimé, mais la chose qui pourrait bien vous éviter de finir la nuit seul devant un épisode de DR HOUSE, puis un autre, puis encore un autre, en mangeant des ours en guimauve, c'est, tenez-vous bien et même, tenez-vous mieux, c'est la Culture. La tactique consistant à ne pas se vendre pour un alboume de Calogero ou un film de Kusturica, pour prendre deux exemples de même niveau, mais, au contraire, de viser plus haut, sans être pédant, et en apportant un avis original sur la chose (ici, comprendre la Culture). Alors abandonnez l'idée de lui parler des Straub, car sauf coup de chance inouï, elle ne sait même pas que ça existe. Par contre, LE DERNIER TANGO...

 

Un bon festival de Cannes, c'est un bon scandale avec du sexe dedans. Bon, je dis ça pour les jeunes focaliens, parce que, de nos jours, la chose est tellement galvaudée et habituelle qu'on a tué le principe dans l'œuf, et que mettre du zizi dans un film de festival fera rire de manière moqueuse ou pleurer de manière sincère le focalien convaincu. En tout cas, LE DERNIER TANGO..., dans la mémoire collective, c'est quand même le scandale de la scène de la margarine !

 

J'ajouterais aussi que le petit père Bertolucci, ce n'est pas forcément ce que le critique focalien à cheval trouve de plus sexy... Quand on s'est endormi devant 1900 et passablement ennuyé, et sans dormir, curieusement, devant les impossibles LE DERNIER EMPEREUR et LITTLE BOUDDHA (un film qui donne des boutons sur les avant-bras), voir encore un film du réalisateur n'est pas une perspective des plus alléchantes ni des plus sexys....
 

On assiste ici à la rencontre en plein Paris de Marlon Brando, américain taciturne et malheureux, et de Maria Schneider, petite parisienne friquée qui se croisent lors de la visite d'un appartement à louer. Ni une ni deux, le Brando, lui, emballe la zessgon sans lever le petit doigt et quasiment sans parler. Bref, ils se voient et ils couchent immédiatement sur le lino, ce qui sera le point départ d'une étrange liaison érotique et peut-être amoureuse...

 

Bon ben, les petits cocos, il faut largement oublier le petit Keanu se déplaçant sur des tapis de pétales de roses, car LE DERNIER TANGO... commence méchamment. On sent dès les premiers plans que la photo de Vittorio Storaro, ainsi que son cadre, ne sont pas là pour faire juste acte de présence technique. De son côté, Bertolucci annonce aussi la couleur : ça va bosser. Je pense à cette scène dans la cabine téléphonique du bar, dès les premières minutes, ou le passage de deux portes donne à voir une sublime ellipse en forme de point de montage (dérangé par un insert sur une mémé qui enlève son dentier pour faire diversion !). Ha bah oui, ça change de l'image du bonhomme qu'on peut s'être faite si on n'a vu que les deux films suscités !

 

Le film s'enclenche rapidement et de manière assez étonnante. A vrai dire, on ne sait pas trop où l'on met les pieds. Les motivations des personnages sont obscures, mais leurs actes sont actes sont clairs. L'appartement, d'abord assez vide, se remplit presque absurdement à mesure que la liaison des deux amants s'attarde. Brando est désespéré, mais aussi un peu "nanar" sur les bords, sans faire de grand discours d'ailleurs. La temporalité est flottante, mais pas sans rythme et très curieusement, on se retrouve vite avec une ambiance quasiment fantastique. Le statut des personnages évolue, au fil des omissions qu'on découvre petit à petit, et quelquefois, un léger ton loufoque surnage, comme la réapparition de la concierge noire par exemple, qui évoquerait presque une disnarration à la Blier (ce qui n'est pas vrai de l'ensemble du film d'ailleurs). En bref, le sexe et l'inévitable reste (le couple, le sentiment, etc.) forment la charpente de ce film, mais de manière assez abstraite souvent proche des sentiments les plus fugaces, ce qui est d'autant bienvenu que les deux personnages ne sont pas spécialement, ou plus ouvertement sympathiques mais un poil rugueux. Le tout se fait sans discours, par un jeu d'acteurs bizarre mais assez subtil, j‘y reviens de suite comme dirait le Docteur, et aussi par une mise en scène qui sait à la fois être assez riche, voire presque tout le temps gourmande, tout en respectant le côté volontiers obscur du projet. Bizarrement la mayonnaise prend, et c'est un vrai sentiment impressionniste qui prend le dessus, malgré la langueur et la noirceur affichées de cette histoire... Mmmmm...

 

Côté acteur, on utilise les deux protagonistes de manière tendue, c'est-à-dire soumise au projet, comme pour les considérer comme objets du film. Pour se faire, Bertolucci prend un pari exaspérant sur le papier et risqué dans les faits, puisque Brando et Schneider jouent quasiment dans deux tonalités différentes. Mademoiselle patate sa mother, sur le ton décalé et presque casse-bonbon qui était un peu celui des actrices-Méduse-égérie de certains films de la Nouvelle Vague. Je  ne pense pas que ça tiendrait dans un autre film sans que le focalien ait l'impression qu'on les lui brise menue-menue, mais ici c'est plutôt chouettosse (mot qu'il ne convient pas d'utiliser dans une critique digne de ce nom), car justement le Brando, lui, il est ailleurs. Lui aussi est un patateur de première, comme l'atteste sa splendouillette carrière de demi-dieux (ex-)vivant, mais ici, ô divine surprise, c'est plus sobre, et assez précis. Bref, on n'est pas dans le cheek-acting du PARRAIN, dieu soit loué, ni dans la minauderie d'un HOMME A LA PEAU DE SERPENT. Ne lâchant rien, pas aimable, rebondissant de manière malicieuse mais malpolie (un peu ours), Brando la joue sérieuse quand la gourgandine, elle, fait sa pissouse outrancière et égocentrique (je parle de l'actrice pas du personnage notez-le). Bref, d'un côté ça pause de manière ultra-artificielle (Schneider est d'ailleurs appuyé dans cette perspective par un montage musicale au mortier rappelant un peu la éthode zulawskienne, et aussi par son jumeau dans le film, Jean-Pierre Léaud, lui aussi en mode pédalage dans les descentes et tractopelle à pleine vitesse, jouant sur le mode horripilant au possible, et soutenu par la mise e scène dans ce sens). Mais en face, Brando, tout en ténèbre, précis, joue de façon opposée, grave, grave, et dégoûté. Ainsi, LE DERNIER TANGO... se fonde sur un déséquilibre qui n'empêchera pas la sensualité (ici pris au sens impressionniste et pas forcément dans sa connotation sexuelle) mais permettra avant tout de rendre un peu plus distante ou froide l'interprétation (ce qui est toujours une option nécessaire avec Brando d'ailleurs) et d'utiliser le jeu d'acteur comme un levier de mise en scène, ou plutôt comme à contrepoint à celle-ci. Le résultat est assez surprenant, on est plutôt pris à revers, hihi...

 

Côté mise en scène, c'et également très beau. Joli cadre, échelle de plan expressive malgré un aspect le décor qui fonctionnerait presque en huis-clos par moments, et photographie belle et originale. Les mouvements d'appareil sont nombreux et contribuent assez largement au sentiment d'étrangeté. Ils sont toujours reliés à des idées de mise en scène plutôt gourmande d'ailleurs : recadrage et changement d'échele dans le même plan, biaisage des axes, surcadrages en grands nombres, et les fameux et nombreux renversements de champ/contrechamp souvent magnificents car ils s'appuient sur de sublimes jeux de renversements de tonalité photographique. C'est très beau. Ça bosse. Bravo.

 

Alors, oui, me diriez-vous mais quid de la cuisine nouvelle dans cet opus jadis scandaleux ? Si vous voulez faire le malin avec la jouvencelle, faîtes-lui remarquer que, finalement, avec le décalage du temps, la mythique scène de la margarine n'est ni profondément choquante ou bouleversante. C'est ultra-sobre, Brando garde son pantalon. Bref, pas de quoi en faire un fromage. Il n'y a que la grande bourgeoise se la jouant vieille France qui sera étonnée par tant "d'audace" ! Par contre, beaucoup plus dérangeante et iconoclaste, quelques instants plus tard, est la scène où Brando se fait pénétrer la page centrale, belle scène d'ailleurs, servie par un assez beau dialogue en plus, ce qui ne gâche rien. Là, par contre, même si graphiquement on est également dans le très soft, on est assez stupéfait de ce qui est en train de se passer, surtout que le Brando, à l'époque, ça n'était pas rien... Je vous laisse découvrir ça. (Je sais pas si Brad Pitt, même de nos jours, aurait accepté ça! Hihi!)

 

 

Un sujet original, un film pas toujours aimable, un jeu vraiment très développé et original de cadrage, photographie et de mouvement (j'insiste car c'est vraiment, de très loin, la chose la plus étonnante et la plus riche du film), etc... LE DERNIER TANGO A PARIS est assez stupéfiant lorsqu'on connaît le père Bertolucci dans ses travaux populaires des années 80-90. Le petit gars, loin d'être gazé par le formol, sait bosser, et avec ce film, il place assez haut la barre. Que le film ait rencontré le succès, même pour de mauvaises raisons, est une très bonne chose. LE DERNIER TANGO... est un film beau, assez complexe, exigeant. Je n'aurais jamais pensé dire ça d'un Bertolucci, mais il faut être honnête: c'est un excellent film !

 

 

Bill Yeleuze.

 

 

 

PS : tiens, je m'aperçois que le co-scénariste du film, Franco Arcalli était aussi monteur (PROFESSION REPORTER) et réalisateur de la seconde équipe, notamment ici... C'est marrant, ça se sent...

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Mercredi 17 septembre 2008

Recommander - Publié dans : Corpus Analogia

(Photo: "Ce qu'il fallait démonter" par Dr Devo et Mr Mort)




 

Là, vous êtes certainement en train de vous demander: "Mais fuck, où a-t-il eu un tee-shirt aussi tèndènce (avé l'accent du Sud), c'est sûremigu' un' tee-shirt en coton organiquE, il est tellemingu'... ». Sur ce dernier point, je ne vous donnerai pas tort, il est vrai que c'est un... sacré tee-shirt. Cependant avant de répondre à ces interrogations FUNdamentale entamons une nouvelle parenthèse cinématographique. Et ouaiiiiiis !

 

Jack Bauer est de retour (Et oui difficile d'envisager Kiefer Sutherland - « Kif » pour les intimes - autrement maintenant !) et il va avoir du pain on the planche le, "Kif". En effet, en plus d'accumuler alcoolisme, chômage, chute de cheveux, séparation d'avec sa femme (qui jadis lui a donné deux petits Jujus que, du coup, il ne voit que très rarement), n'ayant pas, non plus de domicile fixe, puisqu'il dort sur le canapé de sa sœur (plutôt pas mal d'ailleurs, la sœur, enfin si on veut), Jack, ou je ne sais plus comment il s'appelle dans le film, va en plus devoir se frotter à quelques fantômes forts malveillants... Bref c'est pas l'kif. (Rires).

 

Tout ça démarre plutôt pas mal. La photo n'est pas mauvaise, c'est très sombre et plutôt sympathiquement éclairé. (à ce sujet je tenais à signaler, une fois n'est pas coutume, la haute qualité d'accueil dans nos Pathugmont chéris. Il faut savoir que les cinémas Pathugmont ont été spécialement créés pour satisfaire toute la clientèle, y compris les personnes qui souhaitent quitter la salle avant la fin du film, ou celles qui désirent arriver un quart d'heure après le début. Et c'est pour ça que les salles sont équipées d'un tas de petites loupiotes bien emmerdantes pour un film comme MIRRORS. Merci les gars ;-) ). La mise en scène n'est pas infamante, relativement posée, mis à part quelques effets un peu gratuits, vus et revus (surtout vers la fin, qui n'est vraiment pas ce qu'il y'a de meilleur dans le film). Le montage aussi offre par moments des ellipses assez franches, ce qui ne manque pas de nous déstabiliser quelques instants. "Kif" est assez bon, il est carré, les autres peut-être un peu moins. Enfin c'est du travail correct malgré tout et pas trop prétentieux.

 

Nous aurions donc pu passer un moment agréable en ayant eu un peu les chocottes et en ayant vu de belles choses, l'intrigue au départ laissant présager des choses alléchantes. Oui mais voilà nous sommes à Hollywood et a Hollywood si on aime le travail bien fait, on aime aussi marcher dans des sentiers battus et rebattus, et pourquoi prendre des risques après tout? Nous aurons donc à faire avec une trame scénaristique vu cent fois, se déroulant façon "jeu vidéo" (péripéties, énigmes, bosse de fin...) et le tout bien saupoudré d'une intrigue familiale qui ne manquera pas d'alourdir le film. (Encore une fois, on préfèrera le traitement d'un Spielberg dans LA GUERRE DES MONDES pour ce qui est de la famille. C'était beaucoup plus sec et intéressant selon moi...). Du coup, il y'a un effet de vases communicants et peu à peu la mise en scène s'affadit, et le tout fini franchement par manquer d'élan pour finir par s'écraser tout court... Le film ne manque pas de se clôturer par un p'tit twist bien gratuit et surtout bien inutile (Dont décidément Aja a le secret puisqu'il nous avait déjà fait le tour dans son très honnête HAUTE TENSION, justement un peu gâché par cette fin twisté). Encore que, si le film avait commencé par la fin, les choses auraient pu se révéler, peut être, plus intéressantes (?!). Pas davantage de choses à dire, un film de plus...

L'Ultime Saut Quantique.  

 

 

 

 

 

 
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Dimanche 14 septembre 2008

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi

Chers Focaliens,

 

C'est le week-end et vous vous relâchez des pressions accumulées durant le reste de la semaine. Monsieur vous prépare votre tisane préférée. Madame vous sert un verre de vieux whisky. Et pour parfaire le tout, vous vous allongez dans le fauteuil le plus confortable du salon afin d'écouter LES AVENTURIERS DES SALLES OBSCURS, célèbre show radiophonique consacré au cinéma...

 

C'est effectivement la rentrée de l'émission, et je serais là pour y participer et débattre des films sortis cette semaine et la semaine dernière avec mes petits camarades. Et il va y avoir du sport car je parlerais de MARTYRS de Pascal Laugier (apportez vos bâches), de LA POSSIBILITE D'UNE ILE de Michel Houellebecq (pour rester en contact avec les Elohims) et un autre film que je n'ai pas encore vu ni choisi à l'heure où j'écris ces lignes...

 

Pour écouter l'émission, rien de plus simple. On peut l'écouter ce samedi de 14 heures à 15 heures sur Radio Campus Lille, 106.6 FM. L'émission est d'ailleurs rediffusée le mercredi suivant à la même heure.

 

Sinon, vous ne vivez pas dans la région Nord-Pas De Calais, vous pouvez écouter le radio show en direct sur le site de Radio Campus. Pour se faire, cliquez ici.

 

 

Enfin, sachez que vous pourrez télécharger l'émission à partir de demain Dimanche jusqu'au Samedi suivant sur le site du QUOTIDIEN DU CINEMA. Cliquez ici !

 

 

En vous souhaitant un agréable week-end,

 

 

Impérialement Vôtre,

 

 

Dr Devo.

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Samedi 13 septembre 2008

Recommander - Publié dans : Ethicus Universalis

(Photo: "Une Paire de Demi-Dieux" par Dr Devo)


Chers Focaliens,

 

Ça faisait un petit moment que ça n'était pas arrivé : aller voir un film le jour de sa sortie à sa première séance. L'heureux gagnant est Michel Houellebecq et son premier film LA POSSIBILITE D'UNE ILE...

 

La Belgique, de nos jours. Benoît Magimel travaille pour Patrick Bauchau, gourou d'un petit mouvement sectaire croyant aux messages délivrés par les Elohims, créatures extraterrestres. Bauchau pense que l'évolution de l'Homme sur le plan physique est sans doute terminée. Pour le spirituel, c'est autre chose. Le gourou sillonne les routes de Belgique, présentant sa pensée et ses projets dans des hangars cachés au fond des zones d'activités, en périphérie des villes, les plus banalement sordides. Il n'attire que quelques personnes désœuvrées ou marginales...

Trois ans plus tard, Magimel décide de quitter le mouvement, auquel, du reste, il ne croit pas. La secte a grandi. Elle développe désormais un projet scientifique qui consiste à enregistrer le réseau neuronal de l'homme et le réimplanter dans un autre corps. En clair, les raeliens (ooops, je l'ai dit !) cherchent et travaillent sur l'immortalité.

Quelques années plus tard, Magimel débarque dans une station balnéaire magnifique et glaciale, où la beauté du paysage est défigurée, et cohabite avec l'hôtellerie de standing. Ex-beauté sauvage et béton, en quelque sorte. Mais Magimel n'est pas là pour le tourisme. En effet, la secte de Bauchau qui compte désormais des millions de fidèles dans le monde, est installée à l'ouest du site...

 

Coproduction internationale tournée en scope (format 2.35) LA POSSIBILTE D'UNE ÎLE, malgré sa réputation frappe d'abord, et ce avant même que nous débarquions dans des paysages plus grandioses, par de véritables qualités plastiques. La lumière est belle, voire très belle à de nombreux endroits, et le scope n'est pas un luxe ou un gadget. Le cadre est très soigné, de toute évidence.

 

Mais plus encore, c'est le sentiment délicieux de se faire happer qui prédomine. Première séquence malicieuse et riche dans un hangar perdu dans une zone d'activité de périphérie. Un simple hangar dans lequel les théories "raeliennes" sont exposées avec le plus grand sérieux par Patrick Bauchau, devant un parterre de chômeurs ou de demi-cloches. Vidéo-projection, musique symphonique, théories sur l'Humanité et le cosmos cohabitent avec le sordide de la situation : un public de "loosers" qui s'en fout, un gourou de secte qui voyage en Jumper de chez Renault, un écran portatif qui nous rappelle les soirées diapos d'une MPT, une projection cheap, deux employés qui s'en foutent encore plus et qui font des mots croisés pendant la conférence. Malicieusement, Houellebecq plante son décor et fait se juxtaposer des nuances ou des idées, parfois contradictoires, avec un net sentiment de cocasserie et de tristesse. Et pas sans un certain humour, ou plutôt une certaine malice qui s'appuie presque toujours sur des idées de mise en scène simples, mais belles et efficaces. Cette première conférence raelienne par exemple, est introduite par un plan d'ensemble sur le hangar, de l'extérieur. Sur ce plan, on entend une majestueuse musique symphonique (Beethoven ?). On se dit que le Houellebecq n'a pas froid aux yeux en balançant ainsi sa bande originale magnifique sur ce décor ennuyeux et miteux. Après la conférence (entre deux on aura vu le gourou Bauchau en caleçon dans le véhicule utilitaire, quittant sa tenue de messie futuriste contre un banal pantalon en sifflotant BOIRE UN PETIT COUP, hihi !), la fine équipe repart dans le jumper et le réalisateur balance à fond les ballons,  dans labande son le Bolero de Ravel. Plan suivant : le camion en panne au milieu de nulle part (un champ d'éolienne, joli plan) et on se rend compte que le Boléro qui passe sur l'autoradio cassette du véhicule). Drôle, malicieux, beau. À l'image, dans la même séquence, de ce plan où l'équipe mange un sandwich emballé dans du papier aluminium dans le no man's land de la même Z.A. Bauchau balance à haute voix sa croyance en un homme nouveau et transcendé, et son aide de camp manutentionnaire regarde son gobelet en plastique en disant : « Il est pas mal ce petit jaja ! » Mes amis, la messe serait-elle dite ?

 

 

Et bien, en tout cas, le petit Michel n'a pas  fait les choses à moitié.  Car, cette cohabitation tout à fait sérieuse, même si elle est malicieuse, de sentiments que beaucoup jugeraient ou jugent antagonistes, n'est pas une juxtaposition de choses hétérogènes, écrites, mais sont mêlés, toujours et sans aucune exception, à une mise en scène et une narration fouillée. Houellebecq construit volontiers cette narration avec ellipses, limitant les champs-contrechamps et entrechoquant, parfois en trompe l'œil d'ailleurs, les époques et les lieux. Quand Magimel découvre le repère final de Bauchau, la découverte du bâtiment sera interrompue, comme à brûle-pourpoint, par des plans sur Bauchau lui-même dans un autre contexte, en inserts, faussement gratuits. Dans cette façon de monter et de narrer, on reconnaît une parenté étonnante avec un certain cinéma européen (français?) des années 60/70 et suivantes qui a complètement disparu du cinéma art et essai. Pour vous donner une idée, on est plus proche de Robbe-Grillet, Ruiz ou Resnais que du cinéma dit "normal". (Cela dit, LA POSSIBILITE... ne donne pas la même impression de baroque que les films de ces auteurs et s'oriente plutôt vers une certaine épure.)  Dans le même mouvement, la narration penche elle aussi volontiers, malgré une certaine linéarité du récit (pas toujours certaine d'ailleurs selon où on se trouve dans le film), vers une tradition disnarratives qu'on trouvait déjà dans les cinéastes que je viens de citer. L'ellipse fonctionne à plein, les ruptures sont privilégiées malgré le rythme faussement tranquille du film. La seule façon pour le spectateur de faire des liens et donner du sens à cette histoire est justement de relier les éléments disparates de manière sensuelle et cinématographique. Le système fonctionne bien. Les enjeux réels du film apparaissent petit à petit dans une ambiance fantastique (légèrement mais sûrement) et incertaine (pas forcément ambiguë, notons-le). L'errance des sentiments et des personnages fonctionne de belle manière. Le montage, image ou son (ici, ce dernier poste est particulièrement travaillé), l'ambivalence, le mystère, le ridicule parfois des situations dégagent petit à petit, comme on se rapproche en cercles concentriques de la cible, un sens de plus en plus précis. De plus en plus précis, à mesure que le film devient plus poétique au sens strict et moins normés narrativement. Quand on arrive à la dernière pelure, le film entame une nouvelle époque, annoncée comme future (et hypothétique...  ou alors pas du tout!) qui bizarrement fonctionne comme une avancée fantastique et subjective. Là, on mesure le chemin parcouru. En mélangeant les désordres intérieurs et extérieurs de son héros, en faisant fonctionner en symbiose même l'Intérieur et l'Extérieur, Houellebecq nous amène dans le territoire si difficile d'accès de notre âme, de notre soif, et aussi au cœur de ce sentiment de solitude absolue. Bizarrement, au fil de ce voyage poétique, ce n'est non pas le supposé cynisme de Houellebecq, mais au contraire la soif dure et inquiète, mais aussi primordiale et douce, la délicatesse même de son entreprise qui frappe et nous touche. Le héros fait plus qu'inventer un "rêve" et une résolution, il crée enfin et réinjecte à l'Univers... de la Poésie. (Entendre ici le mot au sens large) Et celle n'est pas seulement un pur geste esthétique, même si Houellebecq et sans doute son héros recherche la fulgurance, mais un geste complet, et humain. C'est véritablement magnifique.

(Bien sûr, tout cela n'a de sens que parce Houellebecq nous montre bien avant un concours de fille en maillot sur fond d'eurodance, et parce que le Belge boit de la bière.)

La mise en scène est tenue de bout en bout avec quelques zones vraiment fulgurantes et/ou magnifiques (quelques plans sont sublimes : les hôtesses devant leurs affiches à l'arrivée à l'hôtel, l'espèce de toile qui sert de décor donnant sur la baie dans la chambre de Magimel, le fondu sur le visage de l'héroïne, etc... La préparation des "potions" avant que Magimel ne sorte de la "grotte", tandis que l'image de la femme à la croisée des chemins est projetée en arrière-plan... Que c'est beau !). Le cadre est soigné. La photo très belle participe à la mise en scène et n'et pas seulement illustrative. Le son est très travaillé. Les dialogues sont beaux et précis. La malice et l'humour sont présents. Le parcours et la conclusion du film sont précis mais sans jamais utiliser directement ou seulement le discours. La recréation des réalités les plus sordides (les concours à l'hôtel par exemple...) sont bien plus parlantes qu'une longue démonstration naturaliste. Le cadre est souvent beau. Le repérage de toutes les parties est vraiment impressionnant. Le montage est beau et sensuel, et s'entremêle avec richesse dans la narration globale. Les acteurs sont très bons (même Magimel que je n'aime pas trop est très bon ; et une sublime apparition de Arielle Dombasle). La direction artistique, les décors, les vêtements et accessoires sont très travaillés. Etc. Que demande le peuple ?

 

Bien sûr, l'ensemble de la profession a craché sur le film, le trouvant complètement lamentable et s'acharnant sur son réalisateur (souvent sans avoir vu le film et en relayant la rumeur d'ailleurs). Tout le monde dit qu'il s'est planté et couvert de ridicule. C'est bien évidemment tout le contraire. Même si on pressent que Houellebecq en a encore sous le pied, il a signé avec ce premier film, une œuvre tout à fait remarquable, d'une très grande originalité et de toute beauté. LA POSSIBILTE D'UNE ÎLE est un grand et beau film. Qu'on arrête au moins de cataloguer systématiquement son auteur. Que la critique cesse d'afficher son inculture (et qu'elle revoit les films des réalisateurs auxquels je faisais référence plus haut).  Loin de la polémique, loin de la meute en train de hurler et/ou de s'esclaffer sur l'échec programmé du film, LA POSSIBILITE... va surprendre et accueillir dans ses bras généreux le peu de spectateurs qui iront le voir. Belle surprise. Grand film.

 

 

Dr Devo.

 

 

PS : si vous en avez la possibilité, allez voir le film le plus vite possible, car il risque de disparaître rapidement de l'affiche...
Tiens rien à voir mais ça tombe bien... Vous avez vu, à Venise, ils ont donné une médaille en chocolat à Werner Schroeter... J'ai rêvé cette nuit que son nouveau film sortait en France... 

 

 

 

 
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Mercredi 10 septembre 2008

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi

Chers Focaliens,

 

Il y a peut-être une drôle d'odeur dans la cuisine, comme disait la poète, mais il y a aussi du pain sur la planche et sans traîner évoquons rapidement les films "en retard" dont je n'ai pas encore parlé...

 

Oulalah, gros dossier, comme disent nos amis les jeunes ! Alors que le monde entier se réjouissait du premier volet des aventures de Batman réalisées par Nolan, j'étais pour ma part, si vous vous en rappelez, nettement moins enthousiaste et même pas enthousiaste du tout. C'est la mode, en effet, de reprendre les super-héros et les plonger dans des contextes moins flashy et plus "adulte". Mais le film de Nolan me paraissait à l'époque souffrir d'énormément de défauts de mise en scène, de quoi calmer mes ardeurs en tout cas.

 

On retrouve donc Batman, de très noire humeur. Ça barde à Gotham. Le crime se développe et les apparitions du héros masqué se font plus rares. Loin d'inspirer les masses, Batman fait encore symboliquement le ménage dans les rues de Gotham en bouclant des délinquants de base et aussi des imitateurs-admirateurs ! Mais, rassurons-nous, les affaires vont reprendre avec l'arrivée du mystérieux Joker, vilain à gouaille qui va redistribuer les cartes méchamment, en réorganisant la pègre malgré elle et en s'acharnant sur le pauvre Aaron Eckhart, procureur combatif qui veut se poser là en Monsieur Propre et qui pourrait bien y parvenir. Rachel, petite amie de Wayne jadis, sort désormais avec lui d'ailleurs. Le Joker est un gros malin et bien vite ses opérations spectaculaires vont bien semer la panique dans tous les camps. Car Joker n'est pas un vilain comme les autres. Il abhorre la Société dans son ensemble, considère la pègre et le pouvoir également corrompus, et il compte bien prendre possession de la ville en la détruisant dans ses fondements et en brouillant les pistes avec ses méthodes nihilo-anarchistes. Wayne/Batman va donc sortir de sa semi-retraite, tout miser sur Eckhart et attaquer de front la pègre et le Joker. Mais l'esprit tordu de ce dernier, et la volonté de tout mener de front vont lui donner du fil à retordre, et va lui faire se poser la question suivante : éradiquer le Mal, est-ce que ça va suffire ?

 

Bon. Il y a deux choses qui frappent dans ce nouveau film de Nolan. Tout d'abord, on note un léger changement de ton ou de perspective, plutôt profitable à  mes yeux (ce qui n'est d'ailleurs pas forcément le cas pour les fans plus hardcores). Le nouveau Batman est donc plus terre à terre en quelque sorte et plus éloigné, par exemple, du parti pris de Tim Burton dans son très beau BATMAN RETURNS (splendouillettement intitulé en V.F BATMAN, LE DEFI). Là où Burton ou dans une moindre mesure BATMAN BEGINS se rapprochait plus d'une optique comics et donc d'une représentation baroque, DARK KNIGHT abandonne la chose. Et c'est là que la chose est décevante pour beaucoup : Batman évolue dans un univers plus réaliste. Cela se voit dans le traitement des décors, et de a ville notamment, moins gothamienne et plus new-yorkaise. Ha bah oui, mais c'est quoi cette histoire de super-héros si Batman se ballade dans une ville qui ressemble à Clermont-Ferrand, se demande la lectrice focalienne ? Et bien curieusement, ça marche bien ! Le premier avantage est de pouvoir faire des personnages vilains ou héros, les seuls points "loufoques" (ou hauts en couleur, si on préfère) du film. Voilà qui leur donne plutôt plus d'impact. De plus, le procédé permet aussi de recentrer les enjeux vers l'humain et la morale, en se "débarrassant" des aspects les plus "fantastiques" directement issu de l'univers comics. Premier point.

 

Secondo notable, et là c'est une surprenante mais excellente nouvelle, la mise en scène des passages les plus orientées actions sont enfin mis en scène de façon à peu prés regardable. Adieu donc, les formes sobres qui se battaient laborieusement dans le cadre de BATMAN BEGINS sans qu'on puisse comprendre quoi que ce soit. "Tiens voilà quelqu'un qui à l'air de faire un truc à quelqu'un", se disait-on dans l'épisode précédent. Et bien ça, ouf, c'est terminé. Bon, le cadre des scènes d'actions sont encore assez serrés, mais pas seulement. Des plans plus larges ou larges font respirer le tout. La caméra a presque cessé de trembloter, ce qui est aussi un grand progrès. La dramaturgie de ces scènes se développe souvent sur un faux rythme, et est entrecoupée franchement. Elles ont aussi tendance à prendre le temps de se construire, bien que, paradoxe agréable, ces scènes d'action soient également plus sèches. La narration continue pendant les batailles, et enfin on a un sentiment d'espace et de géographie des lieux. (Cela dit, la scène finale avec le petit gamin me paraît très en dessous ; c'est un peu la même chose avec le système d'ondes téléphoniques utilisés par Batman pour combattre le Joker dans la dernière partie qui ressemble à du davidfincherisme plus maladroit, et qui ne m'a captivé hormis une assez belle interruption de l'image). Le reste de la mise en scène est moins laide que la moyenne ignoble des blockbusters et enfin, le procédé permet à Nolan d'utiliser à plein les décors et à faire gagner en crédibilité à son film. Ce n'est pas extrêmement personnel, mais ça fonctionne et ça contribue à donner au film une belle ambiance plombée, triste et sombre plutôt crédible. Côté son, si on excepte la B.O strictement hollywoodienne, il y a de belles ambiances, quelques différences de timbres et même des interruptions (en pleine scène d'action !) ou des coupes au plan ! Pas mal.En bref, la direction artistique est très bonne, la photo sans être transcendante n'est pas uniforme, chose assez rare dans ce type de production, et la mise en scène est claire et rythmée. J'en profite pour dire que le découpage narratif, pourtant souvent basé sur le montage alterné, est plutôt surprenant. Le film fait deux heures et trente minutes et l'ensemble, si on omet la séquence finale, est plutôt pêchu et prenant. Là aussi, la chose est rare.

 

Dans le fond on se rapproche vraiment, même si les deux films sont très différents et ne se battent pas sur le même terrain, de BATMAN RETURNS. L'intrigue et les personnages sont sombres, les enjeux et le traitement sont, bonne surprise également, complètement adultes. Bon, nos amis de la critique dialectique ont encore réussi à pondre une grosse machinerie analytique bien pourrite de niveau 6éme : Batman, c'est Bush. (Et Obama, c'est Madame Bovary?)Un de ces quatre, il y en aura un pour nous dire que le sourire du Joker ressemble à un vagin et que son action hystérique blah blah blah...  Bon laissons ça de côté. Même si il y a là aussi des différences, le Batman 2.0 de Nolan se rapprocherait plus de celui incarné par Keaton. Lointain mais là en Wayne, et sec et anonyme dans le feu de l'action. J'aime beaucoup Christian Bale mais je trouve que régulièrement, il manque un peu de charisme ou qu'il est sotto voce, un peu lisse. Ici, le côté sec comme un coup de trique convient bien. Batman est donc un peu en retrait vis-à-vis des personnages incarnés par Heath Ledger et Aaron Eckhart. Et là, je dis également double-plus-bon, car le procédé donne du relief au film et du mystère. Du mystère et de l'ambiguïté même, j'y reviens.

 

La critique a été très élogieuse quant à Heath Ledger. Sans dire que le type était génialissime, je pense que son travail est bon pour deux raisons. Bon, ça fait un peu de lip acting, mais sans que ça dérange énormément, on a vu pire. Rappelez-vous Nicholson qui pédalait dans les descentes. La force de Ledger est d'avoir bien compris l'écriture de son personnage. Et Nolan a bien pigé le truc : le personnage du Joker est vraiment très bien écrit. C'est une figure bien développée dont les enjeux sont passionnants, et qui se trimballe dans le film comme une figure pathétique, sombre et vraiment désespérée. Je parenthèse ici une seconde pour signaler que si les dialogues en général  sont dans la lignée de ce genre de film, très déclamatoires, ils sont ici plus secs, plus directs. Ceux du Joker sont passionnants et exquis. Nolan et Ledger se sont bien amusés : interruption de tirades, hésitations, etc... Notons d'ailleurs les beaux détournements du passage obligé de l'origine du vilain : le Joker livre des versions contradictoires ! C'est très bon. Des dialogues un poil lyriques mais ramassés, allant vite à l'essentiel, un acteur qui sert ben le texte et en nuances, de bonnes idées le concernant (le dialogue à l'envers, la tentative de suicide durant la confrontation avec Batman, etc..), tout cela est fort bien réfléchi et effectivement le Joker est un personnage sans faute. (Bien amené aussi, j'aime beaucoup son premier plan, simple et désespérant, et également théâtral avec pas mal d'ironie) le reste du casting est plutôt bien tenu, avec un petit bémol peut-être pour le personnage de Maggie Gyllenhaal volontairement mis de côté et donc moins intéressant.

 

Dans le fond, l'enjeu est superbe. Le Joker a bien pigé, avant nous (et sans doute avant Batman ou le commissaire Gordon) l'enjeu de cette Société ou règne encore plus que la violence, la confusion et l'inversion des valeurs. Les choses ont un peu tendances à se valoir. Le combat se prolonge sans logique. La clé, le Joker la donne à Eckhart sur son lit d'hôpital : la Société n'a aucune morale et sans doute d'autant moins qu'elle se croit vertueuse. On ne fait de grandes déclarations que quand les choses vont bien. Aux premières crises, "ils changeront les règles du jeu et les tourneront à leur profit". Et tout va se réaliser ! Le Joker a extrêmement raison, et Nolan et son frangin scénariste l'ont trèèèèès bien compris. Si je n'aime pas du tout la rare concession faite au studio et au public (le petit gamin à la toute fin), il fut bien dire que cette fin est sublimement écrite : quand Batman et Gordon prennent leur décision, ils font porter le chapeau au "personnage" de Batman, et créent l'inversion et la confusion. Ça, le joker le savait ! Mais cette astuce cache quelque chose de bien plus grave : en maquillant les événements, Batman le héros, et Gary Oldman (le grand personnage vertueux de l'histoire !) commettent le pire des crimes : ils trahissent leur cause. Dès lors leur réflexion a-t-elle plus de valeur que celle de Double Face, personnage assoiffé de vendetta ? Non. C'est la même errance pour des motifs différents. Et le Joker avait raison de manière bien plus dramatique : ils ont craqué et changé les règles du jeu, maquillant la vérité pour le Peuple ! Quelle fin sinistre ! Voilà qui donne totalement raison au Joker et à son anarchisme assez pur. (Anarchisme qui n'empêche  pas les incohérences pathologiques d'ailleurs). J'ai rarement vu une fin en chasse trappe aussi sinistre (le public retiendra peut-être que Batman est considéré provisoirement comme méchant, mais l'observateur attentif sait que ça se passe en loucedé : l'éthique est violée, le reste sera pire ! Encore une fois, c'est une question de forme et de vrais principes auxquels Batman et Gordon ont renoncé alors que eux ont sans doute la pleine possession de leur moyen !). Avant cela, Nolan aura développé une belle idée d'ailleurs, vraiment magnifique aussi : celle des deux ferries que je vous laisse découvrir.

 

Ajoutez à cela des effets spéciaux très bien intégrés (on ne pense jamais qu'on regarde des images de synthèse), et vous avez un Batman prenant, en faux plat, et bien écrit. Nolan signe à un tout à fait bon film. Nettement meilleur que le premier opus, et qui est à la hauteur de ses ambitions. THE DARK KNIGHT est simplement un très bon film. Ça fait du bien de temps en temps !

 

Dr Devo.

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Mardi 9 septembre 2008

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi

Chers Focaliens,

 

Le prix du baril de pétrole augmente, la conjoncture économique mondiale est catastrophique, j'ai repris deux fois de la viande, le trou dans la pampers d'ozone s'aggrandit (je sais, je sais... jeu de mot "prêté" par Mek-Ouyes que je salue en même temps que je le dénonce), bref, ça va mal. Deux solutions pour garder le moral : consulter Geneviève, voyante médium d'âge avancé ou alors aller au cinéma. Et pourquoi pas tant qu'à faire, aller voir les MARTYRS de Pascal Laugier ?

 

Alors, on passera vite sur la polémique. MARTYRS a failli écoper d'une jolie censure et d'une interdiction aux moins de dix-huit ans, rires, et du coup le film, déjà assez attendu, a pu profiter d'un joli buzz sur le net et encore plus dans les médias, et c'est tant mieux ! C'est en effet toujours rigolo de voir notre comité de censure du CNC hurler comme des chiennes sauvages lors du classement des films, et vouloir empêcher une sortie digne pour certaines oeuvres, pour que finalement, la stupidité de la décision fasse une pub terrible au dit film. Moi j'appelle ça la justice divine, je suis pour, et je trouve le retour du balancier logique. J'espère que Pascal Laugier en profitera comme un malade ! (Surtout que l'on n'est pas tous égaux devant la censure. Spielberg et son ...SOLDAT RYAN, film sanglant, n'avait même pas écopé d'un "interdit aux moins de douze ans" ! Quant à la commission, faite de professionnels (surtout pros pour déguster des petits-fours ou truster toutes commissions possibles pour se faire de la "maille" comme disent nos amis les jeunes, et je note en général que ce sont des artistes souvent épouvantables qui siégent là ! De toute façon, on sait comment ils travaillent...)

 

Breeeeef... Le moindre que l'on puisse dire c'est que la jeune Anna n'a pas vraiment eu une vie facile. Séquestrée alors qu'elle était encore préado, elle a été consciencieusement torturée, affamée et battue pendant plusieurs mois dans une cave, sans qu'elle puisse identifier son agresseur. Elle n'a pu y échapper qu'en étant aideée par le hasard. On la retrouve un peu plus tard, dans un centre médical, où elle se remet difficilement de son épreuve. Elle est notamment incapable de se souvenir du visage de son agresseur. Elle rencontre à Lucie, une fille de son âge qui lui sera d'un fort soutien. Les deux deviennent amies pour la vie.
15 ans plus tard, nos deux héroïnes ont grandi. Et les choses vont se gâter sérieusement quand Anna croit avoir enfin trouvé, après tant d'années, la personne qui l'a torturée impitoyablement quand elle était petite... Elle prévient immédiatement Julie. Mais les deux jeunes femmes n'imaginent pas que le parcours qui est devant elles sera d'une horreur au moins équivalente à ce qu'Anna a connu dans sa jeunesse. Un long, très long calvaire commence pour chacune d'elle...

 

 

 

Je n'avais pas vu le premier film de Pascal Laugier, SAINT-ANGE, mais en tout cas, ici, la première chose que l'on peut dire, c'est que Laugier se met légèrement à contre-courant du fantastique francophone. On pourrait rapprocher MARTYRS des récents CALVAIRE et A L'INTERIEUR, mouais, sans doute, mais Laugier pousse le bouchon plus loin, en faisant très largement un film plus sec que CALVAIRE, moins ouvertement lyrique peut-être, et moins balisé que A L'INTERIEUR.

 

En tout cas, le film mise ouvertement sur le premier degré d'une part, et sur une violence graphique très présente et même assez gore. Le projet est donc a priori sympathique, et comme il est plutôt atypique, on ne va pas cracher dans la soupe. A priori du moins. Il y a tout d'abord quelques points positifs. S'il y avait une certaine idée de rythme sur le papier (très minorée par d'autres facteurs, j'y reviens), le plus étonnant est sans doute le découpage en deux parties d'autant plus étonnant que lorsque la première s'achève on a vraiment l'impression de voir la vraie fin. Ça, c'est pas mal. Il y a ici et là des choses assez efficaces. Je pense au statut ambigu du "monstre" qui semble vagabonder d'un personnage à l'autre et garde assez (un peu) longtemps son mystère, même si je suis extrêmement peu fan du contrechamp douloureux qui achève d'expliquer la chose, et qui me paraît de fait bien marqué. La première apparition de la "chose" est d'ailleurs l'occasion d'un petit flash-back subjectif, dans l'action et dans la même pièce, bienvenu. Cette demi-errance fantastique et cette fausse fin sont vraiment le meilleur du film. La seconde partie tout aussi violente sert, elle, de contrepoint dans ce sens où elle se déroule sur un tout autre mode, assez froid (et là je dis pourquoi pas, bien entendu), et l'enchaînement des deux est relativement inattendu. Un débrayage de ton et de vitesse dans un film européen, et fantastique de surcroît, est quand même une surprise.

 

Hélas, le film, malgré son ambition revendiquée, pose des problèmes beaucoup plus sérieux. Les débrayages scénaristiques, et le statut mouvant du film le rendraient plutôt sympathique et innattendu. Malgré tout, très vite, les limites du projet pointe le bout de leur nez, et c'est la mise en scène qui, effectivement, est plus embarassante.

La scène du petit-déjeuner, en début de métrage, va donner le "la". Certes, il  y aura plus tard des choses plus belles que ça, mais n'empêche. Dans cette scène, on comprend vite comment les choses vont se passer.  Tout d'abord, et c'est le défaut principal, le cadrage y est extrêmement décevant : beaucoup de plans rapprochés ou de gros plans, pour seulement un plan plus large (demi-ensemble en quelque sorte). Et le montage, deuxième gros problème du film, est sans doute aussi décevant : des plans courts, privilégiant la personne qui parle à l'écran. Le rythme de cette scène est complètement de guingois et on a vraiment du mal à y retrouver ces petits. Même, si le reste du film n'atteindra pas souvent le faible niveau de découpage de cette scène, il n'en est pas moins significatif. Cela dit, Laugier, par ailleurs, même s'il cadre énormément de plans anodins, essaie quand même régulièrement de faire des plans un peu plus originaux en mettant la caméra dans les angles du décor et en essayant les plongées ou les contre-plongées (certains rappelant un peu les giallo de Dario Argento effectivement). Malheureusement, il est très difficile de trouver des logiques de montage dans l'ensemble. Souvent les coupes sont analogues, donnant presque l'impression d'un découpage métronomique mais que le rétrécissement de l'échelle de plans n'arrive pas à rendre fulgurant. Dans certaines scènes intéressantes (l'enfermement dans la salle de bain et l'apparition du "monstre" par exemple), si le rythme brusque la perception du spectateur, les plans pourraient quasiment arriver dans un ordre différent sans que ça choque. Dans l‘ensemble donc, le montage privilégie énormément les plans courts, et les coupes dans le plan (beaucoup de micro-ellipses), et le rythme de montage est rapide, mais les deux donnent largement une impression brouillonne. Dans la deuxième partie qui joue volontairement sur la répétition, tout cela sera plus posé, et cadré un peu plus large aussi, mais sans vraiment gommer ces défauts, ou trouver une cohérence autre.

 

Et c'est là qu'intervient à mon avis, la plus grande déception du film qui se ressent dans sa mise en scène et aussi dans son scénario. S'il y avait effectivement, une pointe réelle d'iconoclasme dans les intentions globales, MARTYRS ne fait finalement que très peu de propositions esthétiques. L'abstraction poétique à laquelle on s'attend pendant tout le film est absente. Et au final, l'esthétisme assez banal de l‘ensemble, même si le film est effectivement ouvertement violent et gore, rend la vision assez impersonnelle (paradoxe !) et extérieure. Rien n'achoppe vraiment. Les maladresses ici et là (certains dialogues faibles et mal dégrossis (la cabine téléphonique par exemple, et la toute fin), jeux d'acteur souvent attendus et monolithiques, sans ambiguïté, ou encore certains détails (la lumière blanche finale, le personnage de Mademoiselle, le casting des figurants pour la séquence finale, les mouvements de travelling dans la deuxième partie) affaiblissent encore plus l'ensemble jusqu'à lui donner une nette impression de maladresse constante. On est bien en dessous de ce que semblait être le projet, et MARTYRS malgré ses "originalités" devient très vite un film banal, un film de plus. Si on sent la volonté sincère de Laugier de faire un film instinctif, voire  "à l'arrache",  c'est l'impression de ne pas vouloir trop perdre le spectateur qui est la plus frappante, ce qui pousserait presque à se demander si le réalisateur, au lieu de lâcher les chiens et de réaliser le film qu'il avait ou aurait pu avoir en tête, n'a pas trop anticipé a réaction de son public. Oscillant entre une esthétique banale ou assez laide, privilégiant une idée, pour moi (vous noterez !) contestable du rythme et de la vitesse (rythme de la coupe, vitesse= plans courts) au détriment de la fulgurance (association d'éléments graphiques ou de mise en scène inédits, voire absurdes pour approcher une identité visuelle et un sens propre au film) ou d'une esthétique plus solide, c'est encore par le montage, l'échelle de plans et les axes que MARTYRS est le moins beau ou le moins surprenant, et même souvent assez laid. C'est là, d'abord, que le film ne marche pas. Les maladresses annexes (acteurs, dialogues, la lumière parfois...) n'auraient sans doute été rédhibitoires, si le film, comme ceux de Argento d'ailleurs, développait des idées fortes et surtout marginales de mise en scène. MARTYRS sonne comme un rendez-vous manqué, assez tristement. 

 

 

 

Sensiblement Vôtre,

 

 

Dr Devo.

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Lundi 8 septembre 2008

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Chers Focaliens,

 

Après tout, il ne faut pas se démoraliser. Ce n'est pas parce que l'offre en salles est relativement pauvre qu'il faut pour autant se morfondre et renoncer. Allez, zou, carte Pathugmont aidant, on tente les expériences en se jouant un peu du hasard, en choisissant les films sur des critères débiles (meilleur rendement au "poids", numérologie, signe astrologique du réalisateur...), ce qui est, je vous le rappelle, une méthode tout à fait valable pour sortir de ses propres sentiers battus. Cela dit, il faut être patient et même zen parce que, quand même, l'exercice peut aussi être violent pour les âmes sensibles ou pour nos focaliens les plus dépressifs...

 

THE CLONE WARS, donc. Oui, je sais, ça ressemble à un choix, mais en fait ça ne l'est pas vraiment car là aussi c'est la méthode aléatoire qui a décidé du choix du film. Un des grands articles best-seller sur Matière Focale est sans doute celui que j'avais écrit sur LA REVANCHE DES SITHS qui nous valu un nombre hallucinant de commentaires (un jour si vous avez du temps à perdre, n'hésitez pas à explorer cette jungle, c'est assez amusant). Ici, avec THE CLONE WARS, on revient de pleins pieds dans la licence STAR WARS, mais dans le versant animation cette fois. A priori, et si vous avez lu la critique des ...SITHS, cela ne vous étonnera pas, on se dit que l'idée, sans dire qu'elle est bonne est plutôt logique tant la laideur de la nouvelle trilogie de Lucas était cosmique, sans nul doute à cause d'horribles choix de direction artistique et des problèmes à intégrer acteurs et images de synthèse dans un ensemble cohérent. Évidemment, il y avait aussi la mise en scène (rires).

 

Bon. Ça va mal. Obi-wan Kenobi et Annakin Skywalker, jedis et héros sont envoyés sur des tas de champs de bataille, partout où l'on a besoin d'eux. Maître Yoda, leur maître à tous, est bien embêté car Jabba The Hutt, crapaud crapule leur demande de l'aide. On a enlevé son fils ! Il propose aux jedis d'aller le récupérer en échange de quoi celui-ci s'engage à sortir de sa neutralité et à offrir aux forces du bien ou supposées telles, ses voies galactiques qui représentent pour tout le monde un grand intérêt stratégique en temps de guerre. Obi-wan trouve ça louche mais bon, les ordres sont les ordres. Annakin lui est très embêté car on lui colle une novice jedi dans les pattes qu'il va devoir former.

 

Une bataille, des combats. Une autre bataille, des combats. Une mission, un autre combat. Etc... THE CLONE WARS ne s'embête pas avec les fioritures et offre de l'action à qui mieux-mieux. On reste dans la tradition de la série. Mission, contretemps, nouvelle orientation de la mission, séparation des héros et grand final. Bon.

Esthétiquement, oui oui, si vous voulez, chère lectrice, je suis d'accord, ça serait presque plus cohérent que les films de Lucas, ce qui n'est pas vraiment un exploit, je le disais. Le character design et le design tout court sont assez "simplifiés" et carrés, sans doute dans un style BD. D'un strict point de vue d'animation, les personnages sont atrocement anonymes et bougent tous de la même manière, ce qui est devenu la norme depuis quinze ou vingt ans dans cette branche du cinéma. Voilà qui est un peu rigide, en tout cas. Les gamins vont être ravis : ça bastonne, et en grande quantité, avec des centaines de personnages. Le scénario fonctionne un peu comme un jeu vidéo (ce que la série permet) en établissant une série de tableaux à finir avec gros adversaire de fins de niveaux et intermèdes narratifs. Les personnages n'ont pas vraiment de dilemmes moraux ou d'enjeux personnels (vagues allusions un peu enfantines sur le passé d'Annakin). C'est du carré. On ne pense pas vraiment au photoréalisme, ce que la stylisation du projet nous permet et ce qui change des WALL-E et consort.

 

Ceci dit, que cela n'est pas beau! Les couleurs sont fadasso-pastels. Les décors sont souvent simples, assez attendus et donnent l'impression de visiter de grands hangars vides. La mise en scène est plan-plan : bordelo-jumpisante dans l'action, et généralement tranquille et pépère en champs-contrechamps stériles et sans aucune fantaisie pour le reste. Et en plans serrés bien sûr. Bref, ça ne révolutionne rien, comme d'habitude, et ça n'est jamais beau ni troublant.

 

Mais le vrai problème réside ailleurs. THE CLONE WARS est un film à cible, et toute l'écriture pousse dans ce sens. Le film est clairement orienté pour les fans les plus jeunes. On constate donc que le pêché mignon des films surtout orienté vers les adolescents ou les enfants est également ici présent, à savoir une dédramatisation complète. Tout cela est bien lisse, les personnages sont immuables et ne bougent pas d'un pouce tout au long du métrage. Rien de triste n'arrivera jamais. L'insupportable erreur est d'avoir collé aux basques de os héros la jeune novice, une espèce de poupée Bratz de l'espace (pour ceux qui connaissent), c'est-à-dire une petite bimbo qui n'a pas sa langue dans sa poche, un peu de celles qui doivent servir de modèle aux publicitaires. C'est la petite gonzesse r'n'b si vous voulez : indépendante, de l'humour, beaucoup de piques, chipie avec du style, mais finalement au grand cœur... Pfffff... Deuxième effet write-kool du projet : l'humour. Il est quasiment omniprésent, et séduira tous les 6-8 ans. La Bratz envoie des punch-lines à tire-larigot ("le premier arrivé en haut à gagner", "Surveille ta petite boule puante"), le bébé hutt (car le fils de Jabba est un bébé) est trop trognon quand il rote-pète dans l'espace, et les robots sont trèèèès gaffeurs (genre, il arrive dans une boulangerie et commande une tarte aux concombres...). Dans la dernière partie qui fait la part belle à la diplomatie (si, si !), là aussi, on n'a ni peur, ni faim, ni rien. Personne ne meurt, personne n'est triste et on joue à l'épée pour de faux. Bref, voilà un produit qui devrait ravir les chaînes spécialisées dans les programmes pour enfants. Après la séance, je vais dans starbuck pour mettre à jour mon skyblog avec une photo de mon super deedou que je kiffe trop, il est super mignon, là, vous trouvez pas. C'était ce WE chez ses parents. Il a fait super beau et on a fait un barbecue. (L'année prochaine, il va faire une école à Rennes). Après quoi je fais du léche-shopping avec Amélie et Kevina, entre deux sms d'amour. Lol lol ! Repas chez Ben (une glace amande-fraise-choco-cookie), et j'aime trop tes bottes tu les as eues où ? Tes mèches sont trop bien et j'irais bien au cinéma...

 

Tiens, je vais aller chez le coiffeur tiens, parce que là, ma critique, je crois que je suis arrivé au bout.

 

 

Orbitalement Vôtre,

 

 

Dr Devo.


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Jeudi 4 septembre 2008

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(Photo:"Are we not Women?" par Dr Devo)




Chers Focaliens,

 

Revenons aux choses sérieuses, revenons au cinéma.

 

Il y a toujours un petit programme de reprises affriolantes qui passent à côté du Pathugmont, programme qui, s'il ne brille pas en général par son iconoclasme (on programme du connu, en général), permet quand même de revoir quelques classiques, avec un certain amusement, on le verra.

 

 

C'est par accident que je découvrais le film de Hawks sur grand écran, m'étant trompé d'horaire pour la séance d'un produit industriel plus récent. Comme quoi, le hasard fait quelquefois bien les choses. Ici, on est très loin de détester Marilyn Monroe (regardez le méconnu TROUBLEZ-MOI CE SOIR du grand Roy Ward Baker) et on aime bien Hawks. Alors évidemment dans ces conditions, on se laisse tenter...

 

Marilyn et Jane Russell sont à la fois de grandes amies et des collègues, car elles travaillent toutes deux dans un petit cabaret où elles dansent et chantent tous les soirs. Monroe, fille nunuche mais persuadée de ne pas l'être et surtout arriviste de première, a un admirateur chaque soir dans le public en la personne d'un grand dadais, complètement naïf et sans aucun doute niais dans plein de sens du terme, mais qui a pour lui d'être le fils richissime d'un industriel qui ne l'ait pas moins, riche. Evidemment, papa ne sait pas que le stupide fiston fricote avec une danseuse ! En tout cas, le grand dadais fait sa demande en mariage à Monroe et lui offre une croisière transatlantique, croisière à laquelle il ne pourra assister. En fait, c'est une espèce de piège : un détective privé bellâtre embarque aussi sur le bateau avec pour mission d'enregistrer les preuves de la légèreté de Monroe avec les hommes. Monroe et Russell (qui la chaperonnera pendant le voyage) embarquent donc pour cette croisière de luxe remplie de beaux jeunes gens. Mais Marilyn s'intéresse surtout à trouver une compagnie masculine plus riche que son potentiel futur mari. Et le détective privé ne va pas avoir à chercher beaucoup pour trouver des preuves compromettantes...

 

 

Ha, l'âge d'or des comédies de mœurs hollywoodiennes ! Tourné au format 1.37 dans des couleurs cinémascope très chatoyantes, LES HOMMES... commence d'entrée de jeu par un numéro de cabaret chanté qui sera ici montré dans son entier et qui permet de découvrir tous les charmes et les talents de Jane Russell et Monroe, ici courtes vêtues. On enregistre les premiers indices. Quatre minutes plus tard et la première scène non-chantée arrivant, on comprend bien vite ce qui va arriver. Le numéro d'ouverture n'était pas d'une grande flamboyance : couleurs criardes, partition classique, paroles attendues et un découpage très anonyme dans un décor étriqué, voilà qui calme les ardeurs. Dans un certain sens, ça ne s'améliorera pas. Si les décors, tous de studio, sont nombreux et blindés de figurants, on retrouve les mêmes problème de cadrage ; les acteurs sont souvent de profil ou face caméra, et les seconds rôles ne sont parfois pas cadrés du tout. Dans tous les cas, ça n'est jamais très beau ni spécialement pertinent et l'on a vraiment l'impression d'assister à de la bête transposition théâtrale. La photographie, très monocorde et sans subtilité n'apportera également rien. La musique, omniprésente (la moitié du film relève de la comédie musicale), est, exception faite, et encore, du tube DIAMONDS ARE A GIRL'S BEST FRIENDS, très anonyme. Le film s'inscrit assez clairement sous le joug de la culture de Broadway (il est tiré d'une comédie musicale) et de l'entertainment classique de l'époque. Bref, ça sent le grand tirage et l'industrie, et si le nom de Hawks n'apparaissait pas au générique, on aurait attribué le film à n'importe qui d'autre. Notons quand même que le final et la chanson DIAMONDS... est effectivement mieux mis en scène, de très peu, et que quelques plans sont enfin jolis et s'essaient au surcadrage, au recadrage et au jeu sur l'échelle de plan, aidé en ça, il est vrai, par un décor un peu plus vaste. Mais même là, on est très loin de l'aura mystique et merveilleuse que cette séquence célébrissime a laissée dans l'histoire du cinéma ! Ca n'est quand même pas grand-chose...

 

Côté fond, c'est aussi décevant. Le film est clairement une farce mais ici sans saveur. De la classique distinction entre personnages très premier degré et jouant sur les archétypes, et certains (peu nombreux) seconds rôles jouant tout à fait sérieusement et pas du tout, eux, sur le mode boulevardier, rien ne ressort et rien ne colle. Le timing est épouvantable, les acteurs semblent jouer tous dans leur coin, et de toute manière c'est la farce attendue qui est privilégiée. Pourtant, on sait ici, à Matière Focale que des situations ou des personnages caricaturaux peuvent donner des développements subtils ou troublants (Maryiin articule bien, c'est sûr, mais anônne  et semble absente, et heureusement Jane Russell met un peu de peps dans l'ensemble). Le film de Hawks ne nous donnera jamais cela, et préférera rester à la surface de ces personnages. Allusions sexuelles ou grivoises n'y changeront rien, et même le petit paradoxe entre les héroïnes (une blonde stupide et cupide jouant au nom du Grand Amour, et une brune adulte, plus terre-à-terre, pleine de chien, sans illusion mais vraie amoureuse pragmatique), seule idée du film, ne bougera pas d'un iota pendant 90 minutes. L'humour a vieilli, et est souvent d'un grand pompiérisme, alors même qu'à la même époque, on pouvait trouver des formes d'humour qui elles n'ont pas pris une ride (Lubitsch, les autres films de Hawks, Wilder...). C'est uniforme, mou et sans aucun sens du rythme. Bref, encore un "chef-d'œuvre mondial du cinéma"  d'un grand anonymat et d'une absolue médiocrité qui ne doit sa réputation des années après qu'au fait qu'il fut un succès à l'époque. Dieu merci, Hawks n'a pas fait que ça !

 
Courageusement Vôtre,
Dr Devo. 
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Mercredi 3 septembre 2008

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(Photo: The Hypnotoad)






Chers Focaliens,

 

Hop, hop, hop, au pas de course, on continue le rapport des derniers films vus en dvd.

  
FUTURAMA: BENDER'S BIG SCORE de Dwayne Carey-Hill 

Oh ben, ça sent le changement de registre, après 28 SEMAINES PLUS TARD et 30 JOURS DE NUIT, deux derniers articles, on passe enfin aux films qui n'ont pas de nombre dans leur titre ! BENDER'S BIG SCORE est donc le premier long-métrage tiré de la très bonne série de Matt Groening FUTURAMA. Le papa des SIMPSON voulait à l'époque tourner la page en créant cette nouvelle série dont le succès fut malheureusement plus modeste. Arrêtée au bout de quelques années par les exécutifs cravatés de la Fox, voici donc que l'équipe de FUTURAMA change son fusil d'épaule et produisant quatre long-métrages issus de l'univers de la série dont voici le premier.

 

 

Pour ceux qui ne connaissent pas la chose, rappelons que FUTURAMA raconte les aventures du pauvre Fry, jeune trentenaire (ou un peu moins) un peu looser qui bosse pour un salaire de misère dans une pizzeria. Le jour du passage à l'an 2000, il se trouve enfermé par erreur dans un caisson de cryogénisation. Il hiberne plusieurs centaines d'années, voire même un bon millier et des poussières avant d'être décongelé par erreur. Son réveil est brutal : le monde a bien changé. Vite repéré par les autorités, il se voit assigner un nouveau travail, c'est-à-dire intégrer l'équipe du Planet Express qui n'est rien d'autre qu'un service de coursiers de l'espace... Le voilà donc à bosser le vieux savant débile qui dirige la boîte. Travaillent là aussi la charmante Leela, mutante cyclope aventurière dont Fry tombe rapidement amoureux (mais elle, ça ne l'intéresse pas !), ainsi que le fameux Bender, robot amoral et vieillisant, complètement voleur, arnaqueur et alcoolique... Entre autres... Je vous laisse découvrir ça.

BENDER'S BIG SCORE commence lorsqu'on annonce à Fry et à ses collègues qu'ils ont été renvoyés sans le savoir, il y a deux ans ! Dieu merci, ils apprennent au même moment que les exécutifs en cravates qui les ont virés, ont été remplacés par d'autres exécutifs à cravates qui les ont réembauchés ! Breeeeef, voilà notre petite troupe qui repart sur les routes galactiques. Ils commencent par livrer un colis sur une planète entièrement dédiée aux loisirs naturistes. Ils en profitent pour se prélasser un peu au soleil et prendre quelque bon temps sur les plages immenses de la planète. C'est là qu'ils sont abordés par des extra-terrestres mous et terrifiants qui ont, en fait, élevé l'art du spam et du détournement d'infos personnelles sur le net en culture d'entreprise, et même en entreprise tout court, entièrement dévouée à la spéculation et à la revente de ces informations (in)utiles. Le retour sur terre de nos héros est terriblement dur : ils s'aperçoivent qu'ils ont été victime d'une arnaque de la part des spammeurs extraterrestres, et que le Planet Express leur appartient désormais ! L'enfer commence... Le seul à trouver la chose juste et drôle, c'est Bender, toujours robot et toujours alcoolique, dans lequel les extraterrestres spammeurs ont injecté un programme de soumission et de lavage de cerveau. Les choses se gâtent encore lorsque tout le monde découvre avec stupéfaction que Fry a sur les fesses un tatouage dessinant un code binaire très dangereux puisqu'il suffit de le prononcer pour ouvrir une faille temporelle. Les extraterrestres spammeurs s'emparent du code et envoient Bender chercher tous les objets de valeurs des époques passées. Très vite enrichis, ils peuvent envisager d'acheter la Terre ! Le problème de ce code à remonter dans le temps (mais qui ne marche pas pour revenir dans le présent!), c'est qu ‘il peut dissoudre l'univers (c'est un risque), d'une part, et que voyager dans le passé c'est rencontrer et créer des doubles de soi ! Et là, du coup, c'est la cohérence du monde qui est en danger, en plus de son intégrité physique...

      

C'est le bordel ? Je dis oui et en même temps non ! BENDER'S BIG SCORE commence sur les chapeaux de roue avec une mise en abyme drôlissime racontant l'éviction de la série FUTURAMA des écrans de la chaîne Fox, ni plus ni moins. On retrouve un rythme très proche de la série originale pouvant faire croire, dans les dix premières minutes, que le film aura bien du mal à tenir la distance en passant au format long-métrage... Que nenni ! L'option choisie est même contraire car, dans cette première partie, c'est même à une accélération légère à laquelle on a le droit. On rit beaucoup. Les personnages ne sont bien sûr pas affadis, et l'on redécouvre avec un plaisir jubilatoire tout le talent d'écriture, assez subtil, des concepteurs et des scénaristes de la série originale. Bien.

 

 

Et puis... Et puis, on passe à la vitesse supérieure très vite avec l'apparition du code binaire qui ouvre les portes du passé. Même si on est mis en garde dés le départ des dangers de l'utilisation de ce code qui peut, à chaque tentative et de manière imprédictible, provoquer l'implosion de l'univers, tous les abus sont bons pour ceux qui l'utilisent, dont Bender. Et là, ça se corse drôlement ! Bender n'a aucune moralité ni aucun sens des responsabilités, on le savait déjà, mais ce programme de lavage de cerveaux dont il est victime (et pour lequel il était volontaire en plus !), n'arrange rien. Alors, ça y va à fond les ballons. Les voyages dans le passé, proche ou lointain, provoquent des incidents et des incidences sur le présent, que Bender et les E.T spammers s'empresseront de corriger tout de suite en faisant des micros-sauts dans le passé (deux minutes avant les incidents par exemple !) qui eux-mêmes auront des conséquences désastreuses. Le film change alors de visage, s'accélère très nettement pour finir par s'emballer complètement. Car en plus de toutes ces catastrophes, B'sBS (ça va plus vite !) se développe principalement sur une idée qui ouvre des perspectives cosmiques : les doubles des événements ou des personnages provoqués par les voyages dans le temps, ce qu'on appelle les paradoxes temporels, ne durent jamais ! Bref, chaque chose qui a sa réplique verra celle-ci détruite de manière hasardeuse et arbitraire par... euh disons, le destin ! Cette théorie, expliquée dans le film par les Harlem Globe Trotters, le fameux groupe de théoriciens de la physique quantique (et basketteurs, totalement gay en plus !) n'est pas qu'un accélérateur de rythme pour le film : c'est aussi une trouvaille simple et géniale car elle permet de faire fonctionner deux mécaniques. La première est la prise en compte dramatique et réelle des paradoxes temporels dans le film, et la deuxième, contradictoire, est l'écrasement de ces paradoxes par des deux ex-machin cruels et insupportables... et d'une drôlerie sans nom. Du coup, grâce à cette double hélice, le film n'en fint plus de s'accélérer. Par voie de conséquence, les intrigues principales ou secondaires vont se complexifier à un point inimaginable transformant le film en un asile de dingue comme rarement vu à la télé ou au cinéma ! C'est HALLUCINANT ! Les gags pleuvent, les traits d'humours s'emboîtent comme des chausse-trappes en forme de  poupées russes, et très vite, le film devient assez dense pour qu'un plan ou une scène ne suffisent plus à contenir tout l'humour et les développements narratifs. De fait, un peu comme le générique de SOUTH PARK se remplissait épisode après épisode pour devenir baroquissime, les scènes ici contiennent de plus en plus d'informations et de gags, et les derniers trois quarts d'heures du film sont, par conséquent, à couper le souffle tant il se passe de choses drôlissimes et capitales  à l'écran en même temps. C'est simple, on est très nettement au-dessus de la série et de sa densité normale, pour atteindre les limites même de la perception humoristique du cerveau ! Je vous préviens tout de suite vous aller louper des gags ! C'est terriblement dense, et il s'en passe tellement que vous retrouverez quelquefois à rigoler à la simple évocation d'un gag plus ancien sans avoir le temps de dire ouf ou de réflêchir aux implications inédites et drôles de cette nouvelle occurrence. Votre cerveau va fumer!

 

C'est donc un festival complet : gags qui se répondent à trente minutes d'intervalles, running gags jusqu'à l'explosion du dit trait d'humour, battle de gag, et un contenu humain lui aussi à la hauteur. Les prouesses narratives sont réelles, et d'autant plus que le système paradoxal qui fonde le film permet à la fois rigueur et lyrisme. Les scénaristes ne sont pas assis sur leurs nombreuses bonnes idées mais ont, au contraire, continué de bosser tout le temps. Le film est drôle, les gagas sont drôles mais plus encore c'est l'impression de folie narrative rigoureuse et complète qui font de B'BS un film aussi réussi. On est du coup dans une construction pirandellesque, gorgée de non-sens, complexe et... adulte ! Voilà qui fait de BENDER'S BIG SCORE, disponible en France aussi en dvd sans passer par la case cinéma (ceci dit, il n'est pas né le distributeur français capable de sortir ça), un film très très réussi, un petit chef-d'œuvre qui dépasse largement son carnet des charges et se sublime poétiquement ! Un must-have pour les happy fews comme dirait Mr Mort.

 

Mais tout cela n'est rien par rapport à...

 

 

 

EVERYBODY LOVES HYPNOTOAD de The Hypnotoad

 

 

Bon, par où commencer ? Oui, je sais, vous vous dîtes, le Docteur, il est encore en phase dithyrambe, il vaut mieux minorer tout ça d'un cran, il est un peu victime de son enthousiasme,     l'animal... Je vous vois venir, chère lectrice... Vous savez également que généralement je ne regarde jamais les bonus des dividis. C'est souvent complètement médiocre ou juste ennuyeux. Mais là, je dois dire que si vous achetez BENDER'S BIG SCORE, vous aurez gagné non pas un film sublime à ajouter à votre dévéthèque merveilleuse, mais deux. Car, on peut le dire, EVERYBODY LOVES THE HYPNOTOAD est un moyen-métrage sublime.

 

Pour ceux qui ne sont pas familier de FUTURAMA, sachez que Hypnocrapaud (voir photo), en version française, est un personnage complètement secondaire dont on entend parler une fois de temps en temps dans la série. Il n'a pas vraiment d'importance mais bon... Hypnotoad est donc, dans le monde de FUTURAMA, un crapaud, on n'est pas volé sur la marchandise, qui est l'acteur, le réalisateur et le producteur de l'émission de télé la plus populaire au monde et qui le met lui-même en scène. Un gars bien, quoi. Voilà plusieurs saisons que Hypnotoad casse la baraque et l'audience, et dans FUTURAMA, il n'est pas rare de voir un personnage scotché devant la télé à regarder les nouvelles "aventures" du crapaud bizarre. Car dans Hypnocrapaud, il y a crapaud mais aussi hypno.

 

Matt Groening et sa joyeuse bande, plutôt que de nous refourguer des bonus anecdotiques, ont bien fait les choses en nous proposant pour la première fois un épisode de la 27éme saison de Hypnotoad en entier ! On retrouve comme à l'accoutumée notre crapaud merveilleux, toujours assez gros, avec ses yeux bizarres et fascinant devant son traditionnel écran blanc, et le tout sous fond de musique industrielle abstraite.

 

Que dire de cet épisode de EVERYBODY LOVES THE HYPNOTOAD ? C'est tout simplement merveilleux, et cela nous ramène à notre triste sacerdoce de critique ! Car comment vous expliquer une œuvre aussi riche sans la déflorer ? Comment vous donner le début de l'embryon de petite idée qui vous fera comprendre l'importance de la chose ? Par respect envers l'œuvre, vous me permettrez, pour une fois d'en dire le moins possible et de vous laisser vierge devant le chef-d'œuvre. Hypnotoad, c'est bien simple, c'est peut-être l'artiste le plus avant-gardiste et le plus populaire que cette terre ait porté. En reprenant et en sublimant la forme du soap-opera, notre crapaud divin s'inscrit dans la lignée des avant-gardes les plus extrêmes tout en sachant rester proche des préoccupations du grand public. Hypnotoad et son show est bien la preuve de la supériorité américaine en matière d'invention de choses iconoclastes et postmodernes. Laboratoire de recherche formelle et grand divertissement de masse, EVERYBODY LOVES HYPNOTOAD, show intransigeant et abordable, est peut-être la première révolution artistique valable depuis Andy Warhol, en même temps qu'il incarne enfin à la perfection les thèses du pape de la Factory. En ce sens, Hypnotoad est sans doute l'artiste focalien par excellence, tant il réunit à la fois l'intransigeance artistique ( un show aussi iconoclaste en prime time, ce n'est quand même pas rien) et la réussite complète en termes d'achèvement médiatique. Bizarrement, les aventures du Crapaud Sublime, à la fois belles à pleurer et inquiétantes, nous ramènent, nous spectateurs, à nos pauvres conditions de mortels, et surtout ouvrent une fenêtre imparable sur notre existence et sur nous-même, ce en quoi, il est vraiment l'incarnation ultime de ce que la critique contemporaine appelle "notre regard sur le Monde".

 

 

Quant au fond, que vous dire ? En fait je ne m'en souviens plus, mais je crois que ça parle d'un mec qui compte jusqu'à 50 ! Quoiqu'il en soit, EVERYBODY LOVES HYPNOTOAD est très clairement le film de l'année, toute catégorie confondue et de trèèèèèès loin !

 

 

GLOIRE A HYPNOCRAPAUD !

 

 

Dr Devo.

 

 

 

PS : pour voir EVERYBODY LOVES THE HYPNOTOAD, je vous conseille le modousse operandaille suivant. Coupez le téléphone, manger avant de voir le film, et ne répondez pas à la porte si on sonne. Le film ne serait supporter la moindre interruption. Ne mangez pas, ne buvez pas pendant le film. Éteignez la lumière. Détendez-vous. Éventuellement, préparez quelques kleenex...

 

 

 

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Lundi 1 septembre 2008

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