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(Photo : Affiche de THE PLOTCH, film fictif produit par le Dr Devo dans le cadre d'un jeu sur le site Cinéjeu, et premier film virtuel produit par Matiere Focale Prod ! Affiche réalisée par Dr Devo.)

Chères Sarahs, Chers François,
 
Tiens, c'est marrant, tandis que j'attendais dans la salle, bien en avance, je me disais : "Tiens, t'as déjà ta première phrase pour l'article."
Abel Ferrara, Woody Allen (malgré son MATCH POINT) et aujourd'hui, Bertrand Blier, ça va, merci, ça assure, ça sent la pointure aujourd'hui sur Matière Focale. On a déjà parlé de Blier il y a peu, me disais-je avant le film, mais après vérification, c'était en mai ! Tempus fugit, ça fout les boules !
 
Si on parlait un peu de dignité ? OK, si ça vous va, moi ça me va. Ça fait un petit moment qu’on n’a pas parlé de nos amis les Critiques Professionnels. [Professionnel est d'ailleurs un mot très imprécis, un abus de langage presque ; il faudrait dire officiel, même si ces critiques sont effectivement des professionnels. Officiels me paraît être plus caractéristique.] Je voulais aller voir les critiques ce matin sur allocine.com, mais là, je n’ai pas eu le courage, et je me suis arrêté à Libération. Bon, il y en a qui détestent Blier par délit de sale gueule. Ça m'arrive à moi aussi, surtout pour les acteurs, et vous savez quoi ? On va même en parler ici, du délit de sale gueule. Tout à l'heure. Mais, délit de sale ou pas, on doit être juste, et encore plus quand on est un Pro. J'ai failli pleurer en relisant, pourtant, la critique de Libé hier, après la séance. Ne pas aimer n'est pas un pêché. Mais une critique d'une telle idiotie... Que c'est malhonnête...
 
Par pitié, chers lecteurs que j'adore, arrêtez de lire les critiques. Vous verrez plus de bons films en allant au ciné au hasard qu'en lisant la Critique Officielle. Voir à ce sujet mon splendouillet article sentimental et fantastique (et donc complètement bluastro !) SI J'ETAIS PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE.
 
[Fais un rêve. Mes collègues Pierrot, KUHE IM HALBTRAUER et NadjaLover, nous faisions un blog de vigilance critique. Nous sommes tous les quatre bien différents, mais je pense que notre vision de la critique arrive à la même conclusion. Je sais que KUHE n'aime pas Blier, mais je suis sûr également que la critique de Libé le dégoûterait, parce c'est quasiment un meurtre par bêtise.
Je vous propose tous les quatre de faire un blog où l’on consignerait tous les articles vraiment dégueulasses et mensongers de l'année critique. Pour ne pas oublier, et enfin pour noter les critiques, comme au Gault ET Millaut. Pour qu'il reste une trace. Je veux bien m'en occuper, mais je ne le fais pas seul.
Le drame, c'est que tout le monde oublie que tel ou tel article était dégueulasse, qu'il tuait le film sur sa gueule, ou parce qu'il méprise le réalisateur, ou au contraire qu'il cire les pompes d'un autre parce que c'est un copain, ou parce que son journal soutient la distribution du film, etc.
Ça serait un site de fiches, une fiche par critique... ]
 
Passons. Piqûre de rappel. MON HOMME fut une expérience délicieuse. On considèrera que Blier est sans doute un des rares français qui n’ait pas à rougir d’être réalisateur, un des seuls encore en prospection, qui prenne des risques et propose des pistes de cinématographe. Pas de répétitions ici, sinon internes. Allez, on peut l’y mettre, le bonhomme, dans le club des Grands. Avec les Straub, Garrel, Cavalier et deux ou trois autres. Blier a un atout en plus, enfin si on veut : c’est le plus populaire. La France n’est pas une terre féconde en Lars Von Trier, et il faut s’y faire.
 
Bernard Campan (ben oui, je sais…) est un employé de bureau. C’est tout. Il tombe en béatitude devant une pute au corps de déesse, Monica Bellucci. Une pute chic, à 150 euros la passe, enfin moi j’en sais rien, mais une pute classe disons, et effectivement très belle. D’origine italienne, avec accent presque exagéré et tutti quanti, bien sûr, bien sûr. Campan propose un étrange marché à Monica. Pas en fanfaronnant, mais timidement justement, du bout des lèvres, naïvement, avec la foi du charbonnier. C’est la situation qui est extraordinaire, c’est sa proposition qui est hors norme. Le personnage lui est commun (chose qui se perd dans le cinéma populaire d’ailleurs).
Comme il a gagné au loto, il propose à la pute Monica un marché « de dupe » comme dirait le poète (déjà deux citations en deux semaines !). Il la paye 100 000 euros par mois, jusqu’à qu’il n’ait plus un rond, pour qu’elle devienne sa compagne. Elle accepte, après avoir demandé un acompte tout de même, et elle emménage chez lui. Mais ce n’est pas facile pour Bernard. Fragile du cœur, tu m’étonnes, le bonhomme a du mal à réaliser, et la divinité palpable de Bellucci le fait défaillir. Ce n’est pas coton. Pourtant, la Dame y met du cœur et du talent, et du cerveau aussi. Le couple hors-norme, et même impossible, prend un peu ses marques. Mais il faut souvent que Jean-Pierre Darroussin, meilleur pote de Bernard et docteur, intervienne et mette un peu le holà. Faut pas trop l’exciter, mon Bernard, c’est une santé fragile, et il faut le ménager. Le désir c’est difficile, déjà, et l’Amour alors, c’est un Mystère insoluble, impossible. Le parcours du combattant, en autant de mots que vous voulez, commence… Ça feutre, mais ça fait mal, et un long voyage commence dans la nuit…
 
Voilà. On ne peut rien dire de plus. Il y a trois millions de choses à dire sur le film, mais ne pouvant être précis que sur peu d’éléments, votre virginité spectatrice en dépendant, on va faire au plus serré, au plus basique et aux principes.
 
C’est sûr, sans le savoir, il a été plus sage de voir ce film après le Woody Allen, dont le MATCH POINT n’est qu’une narration avec très peu de cinéma dedans. Des idées, certes, un scénario, oui, mais de la mise en scène, quasiment pas. Point A menant vers Point B, sans ellipse significative, sans trou, sans béance, comme une caricature de roman omniscient. Pauvre, pauvre narration, même comparée aux autres films du réalisateur, pourtant pas manchot. Beau téléfilm en fait, mais téléfilm dans le sens symbolique. Comme diraient les Monty Python (que je citais avec naïveté à propos de MON HOMME, des fois, on se demande…) : où est le Montache ? Où est l’échelle de plans ? Où sont les axes ? En un mot : « Où sont les foyacheurs ? » [Bon anniversaire d’ailleurs à John Cleese, 66 ans hier, tempus fugit repetita…]
 
Blier, la classe lui, fait du cinéma, et n’a pas renoncé. Capot.
Décor construit au maximum, façon SFP, mais attention, avec lumière superbe et malicieuse, source d’ellipse (et d’émotion) à elle toute seule. Rien que pour les ruptures d’éclairages en surexposition, c’est le Top Ten des meilleurs films de l’année direct ! Ben oui, les gars cinématographeurs ! La lumière, c’est aussi un signifiant, c’est aussi de la mise en scène ! Or, ceux qui en ont joué dans leur film cette année se comptent sur les doigts d’une main.
Lumière sublime donc, écrin froid et déjà rempli de montage. Oui, je la sens l’émotion qui monte. Les extérieurs sont également magnifiques et transcendent tout, comme cette scène de sexe dans la voiture, pourtant susceptible d’être d’une banalité affligeante et éculée, si j’ose.
 
Bien. L’échelle de plans. Sublime, aidée par des jeux d’axes et de ruptures là aussi d’une grande précision sémantique et émotionnelle. La coupe en fin de plan n’est jamais anodine et toujours obsessionnelle (un peu comme un cousin de Michel Deville d’ailleurs, dira mon ami Bernard RAPP). Exemple : le plan dans la fête où Depardieu et les autres dansent. Plan hilarant déjà, le plus drôle de l’année, nucléaire et cosmique, même dans l’humour, même dans la beauté (les deux, oui, les deux !) et qui offre une double, voir triple coupe. 1ère lame : ça coupe rapidement sans faire durer l’humour. 2ème lame : le plan d’après est tellement contradictoire et tellement en rupture que ce n’est plus une ellipse, c’est un GOUFFRE… de poésie bien sûr. [On retrouve, dans le plan suivant, les même acteurs dans l’axe opposé, dos à ce qui aurait pu être le contrechamp, déjà, quand même, et en plus à l’extérieur de la pièce, et dans le silence ! C’EST PAS LA CLASSE, ÇA ? Deux plans liés et liants, sémantiquement parfaits, rythmiquement jouissifs et complètement asynchrones ou incompatibles a priori… On appelle ça la poésie, mon pote.] 3ème lame : la coupe au son, coupe justement, non pas une phrase mélodique, mais une note sur une montée dans l'accompagnement ! Contre-pied total ! Sublime. Et ça, les cocos, c’est juste un plan.
 
Le son. Là, c’est clair, ça n’arrête pas. L’idiot de service à Libération a reproché à Blier d’avoir mis des musiques belles… Je passe pour rester poli ! [Comme les crétins qui ont trouvé que J’ADORE HUCKABEES avait un casting snob ! En "révisionnant" Jason Schwartzman sur le banc de touche, bien sûr !] Le son est d’une splendeur galactique immense, ne serait-ce que pour la musique. Des fois je te mets un morceau en entier en jouant sur le volume et le mixage, des fois je te mets juste une phrase musicale intercalée entre deux moments du même morceau, des fois je te mets seulement une note ! La classe.
Sans parler de musique, le reste du son est splendide. Délicieux travail sur le mixage des voix, opposées aux ambiances et à la musique, grand travail sur le timbre de ces voix, notamment Campan. Un exemple d’ambiance sublimissime : ces voix de gens qui crient dans la rue, vous savez, comme des fois deux marginaux s’engueulent dans la rue des grandes villes, en vomissant de désespoir et avec vulgarité des phrases à l’eau de rose, mais qui dans le moment présent expriment sincèrement leur cœur brisé (et alcoolisé, des fois). Blier prend ces voix et les dépose comme un bébé dans une couveuse, avec précaution, à la lisière de la dolby… Superbe, on les entend sans pouvoir complètement pouvoir les comprendre, mais l’intonation est parfaitement audible, et sans entendre, on sait les mots qui sont dits ! Et en plus, le Blier, il fait ça pendant que les acteurs en gros plan parlent eux-mêmes. C’est sur deux pistes, quoi. Quelle claque, que ce monde qui hurle aux portes des personnages ou du film (ben non, c’est dedans), ou aux portes du monde.
 
C’est juste un exemple comme ça. Parce qu’aujourd’hui, je fais le contraire. Je ne cite qu’un exemple pour le tout. Changement de méthode. Pour attiser la curiosité et protéger le film. Je ne serai exhaustif, dans cet article, que sur un point, et vous allez voir, rien que pour le principe, je vais vous faire tomber de votre chaise d’étonnement…
 
Revenons à l’avant-dernier paragraphe… Qui fait du son en France dans ses films ? Et aux USA, où est le son dans le dernier Jarmusch ou le Woody Allen (chose chez Allen que je n’ai pas précisée dans l’article : quel opportunisme que ce petit morceau de jazz antique, qui n’a rien à faire là, qui n’est qu’une séparation sans but, pour aérer le manque de son du film justement, son bavardage sans fin, à l’instar des séquences de rêve obsolètes et pas très belles de BROKEN FLOWERS).
 
Voilà, j’arrête là pour l’analyse du moteur. Il y a déjà assez dans ces trois petits exemples pour se déplacer…
 
Accrochez-vous. Je suis, vous le savez, très dur envers le cinéma français, et pour cause : il y a de l’argent, il y a du talent, mais jamais exploité, et il y a une histoire riche de bons cinéastes, et pourtant le niveau est nullissime ! Dur peut-être, mais surtout juste ! Tenez-vous mieux.
Et je suis encore plus dur, et le suis encore plus justement, avec les acteurs, éléments secondaires dans la fabrication d’un film.
 
Et bien, Mesdames et Messieurs, je vais dans quelques instants vous stupéfier !
Vous vous souvenez, dans la critique de MON HOMME, je vous parlais du syndrome Sabine Azéma. J’avais présenté officiellement mes excuses à la Dame. Aujourd’hui, je lui donne le nom d’un de mes syndromes, découvert ici, dans les labos de Matière Focale.
 
Mesdames et Messieurs, voici le syndrome Azéma !
 
Monica Bellucci. Ben, sa filmographie est sans doute inégale, elle joue à fond sa carte de star, mais on ne peut pas lui reprocher de régulièrement faire un film ambitieux. Bravo. Elle est très bonne, on le savait déjà (pas tout le temps, mais c’est arrivé). Elle se soumet avec joie à ce rôle, dont elle a compris le second degré délicat et le non-sens. La progression de son personnage, de plus en plus pur, est vraiment très belle. On notera d’ailleurs qu’elle est remarquablement maquillée, avec rides apparentes et humanisation progressive. Le maquillage peut donc être un élément de mise en scène. Compris, les français ? Pour Bellucci donc, et avec un rôle pas facile, c’est du précis, et c’est sans faute.
 
Bernard Campan (oui, je sais...). Bon, ben, mon Campan, je ne suis pas fan de toi, je n’aime pas tes films du tout (l’ignoble machin Alzheimer, avec Isabelle Carré encore pire, beurk !). Tu ne m’es pas antipathique, mais bon… Te voir chez Blier, c’est un facteur de doute, quand même.
Et bien, ça passe, et même plutôt bien. La dragée est haute, mais le gars n’est pas ridicule, et à bien des égards, touchant. On sent que l’ami Bernard fait avec les moyens du bord, qu’il travaille pour être à niveau. Ce n’est pas toujours aussi clean que ses collègues, mais bon dieu, quelle envie ! Petit miracle, et premier miracle : Campan est bien, pas le  nouveau Brando, mais d’une dévotion étonnante, d’une intelligence certaine, et avide de précision. Il n'a pas à rougir de sa prestation, loin de là. Bravo.
 
Ah, je vous avais dit, c’est étonnant aujourd’hui ! Je vais vous surprendre !
 
Jean-Pierre Darroussin.  Acteur que je déteste sincèrement. Le gars est sans doute sympa, mais en temps qu’acteur, non merci. C’est un peu comme Bacri et consorts, dans un style différent bien sûr, c’est du monolithique, c’est toujours la même chose quel que soit le film, c’est toujours cette putain de qualité française, soi disant populaire. Toujours dans les films de merde à la Jaoui ou dans les comédies à trois balles ou les petits étrons à la Guédiguian ! Une horreur ! Là aussi, on débande en apprenant qu’il est sur l’affiche.
AZEMA !
Monsieur Darroussin, solennellement, je vous présente mes excuses. Non pas que je retire ce que j’ai dit. Mais il va falloir s’y habituer : ce type est un acteur EPOUSTOUFLANT ! J’étais sur les fesses pendant la projection ! J’avais l’impression que le bon jumeau avait remplacé le jumeau malfaisant ! Ce type est quasiment génial dans le film ! Blier, sur ce coup-là, lui doit énormément ! Darroussin est un grand acteur ! Voilà, je l’ai dit, j’ai encore du mal à le croire tant  ça parait énorme, lui qui nous a abreuvés de conneries années après années… Il faut être honnête et dire ce qu’on ressent : il est très grand… Je pleure presque en y repensant, c’est beau, c’est ça aussi Matière Focale !
 
Depardieu. Grand pourvoyeur de merde, ex-acteur autrefois capable, retourneur de chemise sur le dos du peuple, mauvais comme un cochon, acteur de série Z depuis 20 ans, salaud de première, le type qui n’apprend plus ces textes, qui joue avec oreillette, qui pompe le fric avec avidité, le type qui a renoncé à toute expression artistique. Depuis 1995 et son dernier rôle décent (LE GARCU), le gars a fait  53 films ! Deux ou trois sont regardables à la limite, mais tout est médiocre et nullosse, épouvantable, une honte ! 53 films et pas un de bon !
AZEMA !
C’est ici l’un de ses plus grands rôles, et de très loin. Précis, soumis à mort à Blier, le gars se délecte certes, mais travaille avec une précision de chirurgien. Ce n’est que de la finesse, que des choses difficiles, et il s’en tire avec une impression de facilité hallucinante ! C’est simple, j’en ai pleuré ! Ce type est ici GENIAL ! Gérard, je ne retire rien de ce que j’ai dit, comme pour les autres, mais je m’incline et je ne vous dirai qu’une chose : arrangez-vous pour faire un film avec Jason Schwartzman ! Ça fait très longtemps que je n’ai pas été ému de la sorte par un acteur français. Depardieu n’est pas bon dans ce film, ce qui serait déjà un miracle, il est au top, il est génial, oui, encore et si je veux, et croyez-moi, si c’est le cas, ce n’est pas dû au hasard mais uniquement à son talent et à son travail !
 
[Si seulement on m’avait dit que je dirais ça, il y a seulement trois jours !]
 
François Rollin. Bon là, c’est différent. François, je vous adore. Avec J.C. Averty et quelques rares autres, toutes catégories confondues, vous êtes un des rares qui pourraient me pousser à dire que nous avons de la chance de vivre en France ! Je suis un grand admirateur.
Quand j’ai su que vous alliez jouer ici, je me suis dit : "mais oui, c’est évident ! Comment diable cela n’est-il pas  arrivé avant ?"
Votre présence dans le film est aussi un moment divin. Vous êtes à pleine puissance, et c’est beau. Vous m’avez encore étonné, plus que jamais. Merci.
 
L’actrice Farida Harouadj, je ne la connaissais pas, mais je ne dirai qu’un mot. Merci d’abord, et surtout, par quel scandale est-il possible qu’on vous voie si peu au cinéma et que je ne vous connaisse pas ?
 
Edouard Baer. Ben oui, c’est parfait, très bien. On va peut-être arrêter de jouer dans les conneries, maintenant qu’on a prouvé ce qu’on valait, hein?
Pour ceux qui ne peuvent pas supporter le gars, je dirai que je les comprends, même si ce n’est pas vraiment mon cas, mais ici, il vous étonnera sans doute. Très joli rôle en plus, le seul à bénéficier d’une aparté sans commentaire. Etonnant.
 
Sara Forestier. Toi, ma petite, je te déteste. Grande gueule idiote, mauvaise comme un cochon dans l’épouvantable L’ESQUIVE, film adulé, d’une misère cinématographique hallucinante (et d’une complaisance sociale proprement à vomir ! Une honte !). Tu es le summum de tout ce que je déteste. M’as-tu vu, sans culture, fière de sa médiocrité, brandissant le label banlieue que je déteste de toute façon (ce label est encore une façon, comme le Téléthon ou le tsunami, de nous faire cracher nos euros issus du SMIC, alors qu’au fond, ça arrange tout le monde, la banlieue). Je me rappelle de Mr Mort quand il a parlé de toi dans un article, te traitant de petite conne, je crois, suite à ton immonde prestation qui faillit me faire vomir lors de la cérémonie des Césars, et pourtant, de ce côté-là, je suis blasé. Je ne t’aime pas. Il n’y a une part de délit de sale gueule, sans doute et même sûrement, tu prends sans doute pour les autres, et pour ce putain de cinéma français, mais je ne retire rien. Dans L’ ESQUIVE, ce n’est pas bon, et le film lui-même est un étron dégueulasse. Bien. Ceci posé…
Ben, oui…
AZEMA !
Sara, je te présente mes excuses. Tu sais, j’ai commencé cette panoplie avec Darrousssin. Quand je l’ai vu dans ce film, je me suis dit que j’assistais à l’apparition de la Vierge, le genre de miracle qui n’arrive qu’une seule fois par génération.  Et bien non ! Tu es hallucinante dans le film. Sobre, précise, d’une attention phénoménale, d’une grande classe, délaissant enfin votre "chien", comme on dit, pour montrer une grande énergie créatrice. Vous m’avez stupéfait, et comme Darroussin, vous m’avez ému au dernier degré ! Pourtant, autour de vous, ça assure drôlement, et vous avez une séquence vraiment difficile. Vous êtes le second, sinon le premier miracle de ce film. Là aussi, je n’aurais jamais pensé le dire un jour, mais j’ai vraiment hâte de voir la suite. Espérons que le cinéma français puisse vous offrir quelque chose à votre hauteur.
 
Résumons. Bon, ben, la mise en scène, c’est peut-être pas MERCI LA VIE, mais c’est d’une magnificence incroyable. Le casting est le plus étonnant du siècle. Quant au propos, c’est tellement évident qu’on ne va pas se vautrer dans l’explicatif, mon article est déjà assez long. C’est très simple. Les gens qui "traitent" ce film de méchant, cynique, misogyne, vulgaire, etc., sont des imbéciles ou des incompétents. Même si on n’accroche pas, il faut reconnaître l’incroyable précision, la tendresse phénoménale et la pudeur divine de COMBIEN TU M’AIMES ? Blier, contrairement à sa réputation, n’est pas là pour choquer le bourgeois, mais alors pas du tout. Ce film va vous prendre dans ses bras, va vous accueillir avec gravité certes, mais avec une infinie douceur, si appréciable et si rare, surtout quand elle est exprimée avec une telle honnêteté.
De toute façon, le dernier plan vous illuminera le cœur, sans doute. Il vous prouvera en tout cas que, malgré ce que disent les Brutes de la profession, ce type là, Blier, c’est une crème et un amour. En 90 minutes, il a fait plus pour le cinéma français que tout le monde en dix ans, et d’une. Et la générosité du projet global, sans parler de sa maestria artistique, fait qu’il faut se précipiter.
 
Il y avait très peu de monde dans la salle hier. Dépêchez-vous d’aller voir le film. C’est une occasion en or de redistribuer les richesses du cinéma français. Cinéphiles français, saisissez la chance d’investir votre argent dans une valeur porteuse d’avenir !
 
Et apportez des kleenex, c’est plus prudent…
 
Amen !
 
Extatiquement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
PS : J’ai oublié de dire que le film était quand même fabuleusement drôle !
Si quelqu'un dans la pace connaît Sara Forestier ou Darroussin, qu'il transmette. Merci. 
 
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Vendredi 28 octobre 2005

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi

(Photo : "En vérité, On s'en Fout !" par Dr Devo)

Chères Emmas, Chers Johns,
 
Allez, on retourne en salles, OK ? Et puisqu'en ce moment, on visite nos classiques (Ferrara, hier), je me précipite avec lenteur sur MATCH POINT, de Woody Allen.
 
Ah, Woody Allen ! "Chaime le France !" Comme Ferrara jusqu'à hier, Woody Allen n’était curieusement pas encore passé sur ce site. On le cite peu souvent, en plus. Faisons donc le point.
Je vais sûrement oublier quelques titres, mais disons que Woody Allen, et ce malgré sa réputation, c'est quand même assez inégal, voir très inégal, n'est-il pas ? Un peu à l'image de Bergman, son maître : l’ennuyeux absolu (FANNY ET ALEXANDRE), le gentiment ennuyeux (SONATE D'AUTOMNE), le sublime (LE SILENCE), et le Supra-génial (PERSONA, L'HEURE DU LOUPS).
Il y a des Woody Allen vraiment très beaux : ZELIG, STARDUST MEMORIES, MANHATTAN, CRIMES ET DELITS, et le très beau GUERRE ET AMOUR, tout ça, c'est vraiment très bien, avec mention spéciale pour les deux derniers. Par contre, si ALICE est très réussi également, SEPTEMBER, film sincère sans doute, est complètement raté, presque jusqu'au comique. Pas grave, ici il y a aussi de la place pour les cinéastes inégaux ! On aime bien Wes Craven, par exemple, qui, hasard du calendrier, sort un film cette semaine aussi (RED EYE, que je ne verrai pas malheureusement, le film ne passant pas curieusement dans mon pathugmont... L'autre ciné ayant des prix prohibitifs, c'est niet !).
 
Qu'est-ce que je disais ? Oui, le problème avec Allen, c'est que les derniers, c'était pas super-super. Dans les années 90, il y a eu des choses pas incroyablement abouties, mais relativement sympathiques, comme CELEBRITY par exemple. Mais le reste, pfff.... LE SCORPION DE JADE, TOUT LE MONDE DIT I LOVE YOU et MAUDITE APHRODITE, un bon paquet d'horreurs grisâtres... Et puis, il y a quelques années, je vois HOLLYWOOD ENDING, et là je tombe des nues.
Je savais qu’Allen faisait des films plus ou moins bons, et que ces derniers temps, ça devenait de plus en plus difficile pour lui, mais là !!!! C'est une horreur que ce film : cadré avec les pieds, pas de jeu sur le son, photo dégueulasse, décors hideux, scénario complètement nullosse (ce qui est rare), etc.
Ce jour-là, je me suis juré que jamais plus je ne verrais un Allen en salles. Et puis, aujourd'hui, rien que pour vous, je romps mon vœu, et je vais voir ce MATCH POINT, espérant que la chose serait le petit écrin sur la période grisâtre, comme ACCORDS ET DESACCORDS (que j'aime beaucoup) le fut à son époque. On ouvre le capot.
 
Jonathan Rhys-Meyers vient d’abandonner une carrière pourtant plutôt prometteuse de joueur de tennis professionnel. Il a joué contre les plus grands, mais s’estime trop irrégulier pour poursuivre (on apprendra par la suite que ce n’était pas forcément le cas, dans la bouche d’un de ses collègues). Il débarque à Londres, et son récent passé prestigieux le fait embaucher sans problème comme prof de tennis dans un club très fermé et ultra-huppé de la ville.
Il donne notamment des cours à Matthew Goode, fils d’un riche industriel anglais, du même âge que lui (aux environs de trente ans), avec qui le courant passe très bien. De fil en aiguille, il fait la connaissance de la sœur de ce dernier, Emily Mortimer. Cette dernière n’est pas insensible aux charmes de Jonathan, et les deux sortent beaucoup ensemble : musée, opéra, cinéma. Lors d’un week-end où il est invité chez les parents d’Emily et Matthew, il fait la connaissance de la jolie Scarlett Johansson, une américaine, apprentie actrice dont la carrière stagne avant d’avoir commencé. Jonathan est absolument sous le charme, mais Scarlett sort déjà avec Matthew.
Entre-deux, le flirt entre Jonathan et Emily tourne à la liaison officielle, et le beau-papa (Brian Cox) propose à Jonathan de quitter son petit job de prof de tennis pour faire une formation dans les affaires, et l’embauche dans l’une de ses nombreuses entreprises. Jonathan s’acclimate très vite à ce nouveau monde, et voilà une occasion rêvée pour grimper l’échelle sociale facilement. Il épouse Emily. Mais un jour, il passe à l’acte et couche avec Scarlett, qui refuse ensuite de réitérer l’expérience. Mais Scarlett hante toujours les pensées de Jonathan… Et quand celle-ci quitte Matthew définitivement, Jonathan reprend sa liaison avec elle. Le voilà donc partagé entre deux femmes : sa femme grande bourgeoise et sa maîtresse fauchée mais sexy !
 
Allen met vite les points sur les i. Ce ne sera pas une comédie, mais plutôt ce que Télé 7 Jours appellerait un drame psychologique. Jonathan a curieusement abandonné le circuit pro, et si son job de prof de tennis l’ennuie mais rapporte, sa rencontre avec la famille d’Emily est pour lui un formidable tremplin social. Le voilà donc adopté, formé et formaté gratuitement, avec un pistonnage d’enfer pour le monde des affaires, où d’ailleurs il n’est pas mauvais. Il était en effet plutôt intéressant de se pencher sur ce personnage assez fin et cultivé, malgré ses origines (supposées) modestes, invité via le lien matrimonial à grimper au plus haut étage de la tour, celui de la très haute bourgeoisie, qui l’accueille d’ailleurs, et curieusement, avec une chaleur non feinte. [Contrairement à Scarlett, dont la carrière d’actrice est assez méprisée, notamment par sa belle mère !]
Beau gosse je suppose, relativement doué ou pragmatique dans son nouveau travail, cultivé donc, malgré son milieu d’origine (un peu condescendant, ça !), Jonathan est potentiellement un personnage intéressant, dans le sens où c’est une sorte d’idiot indécis jusqu’à l’absurde.  Un peu à la Dostoïevski, qu’il lit et dont il s’inspire dans sa foi désespérée envers le monde. (Lors d’une conversation, on lui rétorque qu’il n’y a pas de plus grande facilité que de céder au désespoir, là où Jonathan pense le contraire… La conversation étant jugée ennuyeuse par sa femme, on passe à autre chose, l’opéra par exemple !)
Un personnage sombre donc, arriviste sans doute, mais sans calcul à long terme. Jonathan croit à la chance comme facteur du destin, et glisse de dérapage contrôlé en dérapage contrôlé, avec une perspicacité terne, sur les opportunités de la vie, et ça marche !
 
C’est vraiment la semaine Spéciale Bourgeoisisme, sur Matière Focale ! Hier, les dealers de la PME de la drogue avec CHRISTMAS de Ferrara, et aujourd’hui l’étage du dessus. Arrivisme, sexe, impossibilité de se décider et de choisir, Jonathan est un faible. Le nouveau milieu dans lequel il évolue avec naïveté et habileté n’est pas tendre non plus : chaleureux, mais hautains, forcément détachés du matériel (quand on a un manoir en guise de maison de campagne, ça aide !), guindés dans leur choix culturel (forcément éclectique, puisqu’on va aussi bien voir la TRAVIATA à l’Opéra de Londres (alors qu’on trouve le dit-opéra complètement ennuyeux d’ailleurs ; on va à l’Opéra avant d’aller voir un opéra en quelque sorte) qu’une comédie musicale qui a la réputation d’être soignée ! En un mot comme en cent, tout les personnages sont montrés sous un jour policé, c’est certain, mais aussi sombre et condescendant. Que Jonathan devienne dangereux au fur et à mesure du film donne un contrepoint charmant à ces gros bourgeois condescendants, car le jeune homme, en s’enfonçant dans l’ombre jusqu’à l’absurde et en s’engluant dans ses contradictions, rend par jeu de vases communicants les ultra-bourgeois simples et sympathiques !
 
On l’aura compris, il y avait de quoi faire avec ce background gentiment misanthrope et cynique. Un peu comme dans COLLISION , dans un tout autre style, on se dit que c’est bien intéressant de suivre des personnages qui sont assez stupides et méchants ! Ça change, et ça n’empêche pas le sentiment, comme dirait l’autre. Mais tout ça, c’est le scénario, et un scénario, aussi construit soit-il, ça ne fait jamais un film, malgré le mythe très répandu !
D’entrée de jeu, et à mon léger soulagement, on comprend que la mise en scène n’aura pas l’indigence fière et satisfaite de ce mauvais téléfilm qu’était HOLLYWOOD ENDING. Ouf ! La photo notamment est plutôt soignée, et lorgne sur les ambiances asiatiques qu’Allen avait rencontrées dernièrement, notamment dans ACCORDS ET DESACCORS, où son chef-op’ venait effectivement d’Asie. Lumière marron et jaune doré donc, plutôt douce, flirtant avec le terne sans jamais vraiment y tomber. De ce point de vue, le film ne fait pas pitié du tout.
Quant au reste, ça se gâte. D’abord dans le cadre qui, sans être d’une laideur rédhibitoire, est quand même joliment anonyme, sans fioritures. Ça fait mal, en ayant vu la veille le Ferrara, lui aussi discret mais d’une beauté plastique vraiment classieuse, même si relativement discrète. Ici, on s’ennuie donc, dans ce cadre, d’autant plus qu’il est associé à une échelle de plans complètement anonyme, et très vite carrément rébarbative. Un plan américain pour commencer la scène (exceptionnellement, un plan moyen !), puis, que du plan rapproché ou du gros plan. Pas de travail vraiment concret sur les axes, et des kilomètres de champs / contrechamps qui, même s’ils ne sont pas ce qu’on a vu de plus laid, font régner une atmosphère terrible de langueur et surtout d’anonymat poli, pas maladroit, mais d’anonymat quand même ! Du coup, très logiquement, ce sont les dialogues qui prennent le pas, dialogues au kilomètre là aussi, et que je n’ai pas trouvés particulièrement perspicaces ou brillants. On suit le scénario à la lettre, c’est du dialogue d’action, clair comme de l’eau de roche le plus souvent, et au final, bien moins ambigu et trouble que les personnages le sont sur le papier. Ce qui ne manque pas de les affadir, très logiquement. Chaque dialogue a une fonction précise, exprime une idée théorique, ou alors, deuxième possibilité, est assez terne. Mouais… On se traînasse donc gentiment, surtout que le montage ne fait rien pour aider, réduit au strict service minimum, presque en grève pour ainsi dire !
 
Le scénario, dans ces conditions, devient d’une pesanteur palpable, bien sûr. Tout paraît trop symbolique, trop lissé et trop métaphorique, comme par exemple ce jeu de constructions sur les boutiques de vêtements de plus en plus luxueuses que fréquente Jonathan (et, comme par hasard, Scarlett travaille dans une boutique de fringues de luxe !). Le seul intérêt de cette peinture des classes hautes et de sa dangereuse ascension par les esprits faibles est le rapport à la culture, qui a bien changé depuis les anciens Allen. Ses héros sont de plus en plus déculturés, si j’ose dire. Ils semblaient jadis vraiment hantés par la littérature qu’ils lisaient, mais ici, la culture est objet de consommation (d’ailleurs, Jonathan, très finement, se perd dans la bibliothèque déserte, et Emily s’ennuie le dimanche en lisant ! C’est bien vu). L’autre idée intéressante, mais rendue complètement désincarnée par la mise en scène, c’est l’aliénation sociale passant par le sexe et la procréation. Idée atomique et fort intéressante.
 
Mais que voulez-vous, un film reste un film, et sans point de vue esthétique, sans montage quasiment, tout cela n’est que du blabla théorique pour le dossier de presse.
Les acteurs eux-mêmes semblent s’embourber. Emily Mortimer est gentiment enlaidie et ringardisée, seul parti pris un peu antipathique du film. Jonathan Rhys-Meyers, figure de mode, quasi-mannequin, sans doute beau gosse, est gentiment fadasse, plus que son rôle ne l’exige, et s’enlise ce qui est assez normal. On ne lui en voudra pas. [Là aussi, s’investir dans un film sans mise en scène ne doit pas être chose aisée ! Les scènes finales (l’interrogatoire, les bijoux, etc.) sont quand même bien froides et décevantes.] Monsieur était bien meilleur et bien plus expressif dans VELVET GOLDMINE. Là, on croit le voir sortir d’un défilé pour Armani, sans plus ni moins d’expression. Brian Cox, très brillant acteur, ne fait qu’apparaître ça et là. Bref, tout cela est bien mou, bien englué.
Le seul sursaut de vie, très curieusement, c’est Scarlett Johansson, qui pourtant m’avait marqué par sa Barbiedollisation fabuleusement rapide observée dans ses deux derniers films (EN BONNE COMPAGNIE et THE ISLAND). Si je confirme qu’elle s’est bel et bien fait refaire les lèvres, elle montre un peu d’énervement et de « jus ». C’est la seule, en fait, qui essaie d’aller un peu plus loin que le ronronnement pépère de cette sieste cinématographique ! Étonnant, de la part de celle qui est passée du statut d’actrice adulée à bimbo fadasse en trois film. Et bien ici, contre toute attente, c’est la seule qui se bat un peu. Ça n’ajoute pas énormément d’intérêt au film, mais on salue l’effort.
 
Le responsable de ce petit naufrage entre amis, calme comme une autoroute vers Nulle Part, est quand même notre ami Woody Allen. Par manque de point de vue, et surtout par absence de rythme (pendant deux longues heures en plus !), MATCH POINT n’est qu’un « machin » théorique, le blue print (c’est chic) d’un film qui aurait pu exister, mais qui s’enlise ici dans la démonstration métaphorique, quoique pépère. On frôle parfois le ridicule, même dans certaines scènes où la désincarnation globale du projet fait sourire, notamment dans la maladroite caractérisation des scènes de sexe. [À ce propos, Mr Allen, un T-shirt ne se déchire jamais pendant l’amour. C’est très improbable, et le résultat final est plus proche d’un film de Pamela Anderson qu’autre chose !] Le film n’est pas une honte, comme certains autres du réalisateur, mais on trouve quand même une certaine abdication dont on parlait ces derniers jours, un laisser-aller qui dérange. C’est un film de plus, sans vraiment d’intérêt. Pas antipathique, pas de quoi se mettre en colère, mais c’est terne. Et encore une fois, si on renonce aux enjeux simples du cinéma, on ne fait que des choses grises et mécaniques. On peut ranger ce film à côté de BROKEN FLOWERS. Des films dont les réalisateurs ont (provisoirement) refusé de pédaler (Allen), ou ont choisi de se laisser entraîner dans la descente (Jarmusch).
En tout cas, et encore plus que chez Jarmusch, pas beaucoup de cinématographe là-dedans.
 
Zenement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Jeudi 27 octobre 2005

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi


(Photo : "Peuple Heureux de sa Propre Présence" par Dr Devo)

Chères Focaliennes, Chers Focaliens,

Ça fait drôle de revenir sur Ferrara, surtout quand on est né dans les années 70 et que, de fait, nous avons assisté à la montée en puissance de ce réalisateur, alors incroyablement défendu par la critique et les distributeurs. Tout lasse, tout passe, enfin je suppose, et son dernier film, CHRISTMAS, dont nous allons parler aujourd'hui, fut horriblement distribué (aucune copie dans le département où j'habitais à l'époque !), et le film fut descendu par la critique, comme souvent, jugeant là que nous avions affaire à un étron. Dans le milieu du Cinéma, les rumeurs les plus folles couraient, notamment celle selon laquelle c'est Ken Kelsch, fidèle compagnon de Ferrara et brillant directeur de la photo, qui aurait réalisé le film, Ferrara étant incapable de lever son nez de la coco étalée sur la table de verre de sa chambre d'hôtel. Le film n'intéressa personne, évidemment. L’achat de la chose pour une bouchée de pain en DVD permet enfin de vérifier cette affaire sur place, et de voir enfin le film.
 
[Note : Ferrara a de la chance. Il y a 4 ans, quand CHRISTMAS est sorti, je me disais que cette distribution exécrable (moins de copies que pour un film social irakien !) signait l'arrêt de la carrière d’Abel, ou au moins l'arrêt de sa distribution en salles. "Tu verras, au mieux, le prochain ne sera distribué qu'en vidéo", disais-je alors. Ferrara est plus malin qu'il n'y paraît, puisque son prochain film, MARY, compte Forest Whitaker, Matthew Modine et surtout Juliette Binoche dans son casting, signe que le film sera sans doute amplement distribué.
On aura une pensée émue pour ces réalisateurs chouchous des années 90, amplement distribués jadis et soutenus par la critique, puis méprisés par elle, et qui continuent d'avoir le courage de tourner mais dont on ne voit plus les films, malgré la qualité constante de leur travail. Je pense à l'immense Hal Hartley par exemple. Ses HENRY FOOL et NO SUCH THING sont pourtant sublimes. Il a réalisé un film ensuite en 2005, et un autre est prévu en 2006 ! Mais on ne les verra pas, ni en salles ni en DVD, ce qui est quand même un scandale absolu, surtout quand on voit les piètres performances des films phares de l'art et essai en ce moment, notamment le Jarmusch il n'y a pas si longtemps. On est très heureux bien sûr de continuer à pouvoir aller voir les films de Jarmusch, mais il est bouleversant de voir qu'il faut se battre de plus en plus pour voir un Todd Solondz (nombre de copies oblige) ou qu'on perde de vue un Hal Hartley qui pourtant tourne encore et encore ! C'est un scandale complet, bien sûr, et encore une fois, la critique pro a énormément de responsabilité dans ce désastre. Gardons en mémoire, et n'oublions jamais, que c'est quand même grâce à eux qu'un des types les plus talentueux du cinéma, et de loin (Nicolas Roeg) a arrêté de faire du cinéma ! Le spectateur a aussi sa part de responsabilité. Plus que jamais, généreusement mais fermement, choisis ton camp, camarade !]
 
Ferrara, chouchou déchu, prouve une nouvelle fois l'adage jamais démenti, et répété ici encore et encore : "On a du succès ou de l'insuccès, TOUJOURS pour de mauvaises raisons". Maintenant que ce grand bébé a été jeté avec l'eau du bain (maman a vidé la baignoire parce qu'elle voulait que l'eau soit rose, sans doute), on peut se remémorer les beaux films de Ferrara. Nos dernières impressions vont vers de très beaux films, plutôt ambitieux (SNAKE EYES), vers des choses sublimes (NEW ROSE HOTEL), et enfin vers des chefs-d’œuvre insurpassables comme THE ADDICTION et THE BLACKOUT, qui sont deux films über alles, largement au-dessus de tout le reste et surtout de tout le monde, films faisant drôlement avancer le schmilblick cinématographique, et dont les efforts de narration feraient passer le moindre réalisateur art et essai pour un mongolien sévère.
 
Alors c'est sûr, THE BLACKOUT, chef-d'œuvre absolu, semble un peu insurpassable, et on attend toujours que Ferrara continue cette entreprise de démolition-reconstruction du cinéma. Ce ne sera pas le cas avec CHRISTMAS, beaucoup plus narratif et linéaire, plus terre à terre. Néanmoins, faut-il jeter la chose aux oubliettes ? Pas sûr. Surtout en ce moment. Car il est quand même drôlement intéressant de voir CHRISTMAS en ce mois d'octobre 2005, alors que nous venons de voir KEANE et BROKEN FLOWERS, justement. On y revient.
 
Petit film, donc, du point de vue économique. Pas de stars, si l’on excepte le rappeur Ice-T (très bon d'ailleurs, assez ambigu malgré un rôle très carré). Ferrara saisit la chance de faire un film de plus, en bon boulimique qui se respecte.
L'action se passe à New York une fois de plus, au début des années 90, juste avant que Giuliani ne s'empare du poste de maire (information largement mis en exergue par Ferrara, en ouverture et en conclusion du film). Lillo Brancato et Drea De Matteo sont un couple des plus normaux, issus de la communauté dominicaine. Ils ont une petite fille et un splendide appartement dans un quartier chic de New York, et sont peut-être voisins de Woody Allen ! Ils gagnent très bien leur vie, et ont même un deuxième appartement, ce qui est quand même hallucinant dans une ville comme New York, qui n'a rien à envier, question prix de l'immobilier, à notre propre capitale ou aux autres grandes villes de l'Hexagone !
C'est Noël. Période de courses et d'achats de cadeaux.  La petite veut une poupée Party Doll (la dernière méga-Barbie à la mode), et nos deux parents sont très préoccupés par cela, le jouet étant quasiment épuisé dans les magasins. Lillo, très respecté malgré son jeune âge, distribue des étrennes, généreusement, à son gardien d'immeuble, à son voiturier, etc. Un homme et un couple honnêtes.
Mais ce n'est parce que Noël est là que les affaires cessent ! Et le soir, une fois la petite couchée, il faut faire tourner la petite entreprise. Lillo et Drea vont alors dans leur second appartement, reconverti en bureau et lieu de rendez-vous. Là, ils coupent de la drogue, la mettent en sachet avec quelques collègues et revendent le tout par gros paquets aux petits revendeurs qui écouleront la marchandise sur le trottoir, auprès des consommateurs new-yorkais ! Un job consciencieux, organisé, méthodique et propre, loin de l'image glorieuse et policière qu'en donne Hollywood. Drea et Lillo ne sont pas des mafieux ou des caïds. Ce sont des dirigeants de PME ! Ce portrait de petits patrons très prospères est interrompu par un événement aussi simple qu'inattendu. Un grain de sable idiot et (scénaristiquement et volontairement) naïf qui va changer la donne... ou peut-être pas ! Le conte de noël aura-t-il lieu ?
 
N'y allons pas quatre chemins. On le comprend vite dans l'assez hallucinante séquence d'ouverture sur le bizeness, notre couple de héros ne sont pas des parrains, ni des caïds, mais des bizenessmen justement. Leur petite entreprise ne connaît évidemment pas la crise. Ce sont d'abord, et avant tout, de grands bourgeois issus de la rue certes (mais cela change-t-il quelque chose ?) et ils ont réussi en étant grossistes sur le marché de la drogue. Ces artisans bossent dur et gagnent énormément d'argent. La PME est familiale (le couple travaille avec quelques amis), et tous les soirs, on se réunit, loin de l'imagerie hollywoodienne, dans le second appartement pour couper la drogue, la peser, la mettre en sachets, méthodiquement et rigoureusement, sans gloire, tranquillement, sans flingues et tout le fatras des films hollywoodiens, indépendants ou pas. Les détails livrés par Ferrara sont hallucinants de perspicacité. Monsieur et Madame descendent de leur appartement cossu du West Side (lieu de résidence des grands bourgeois des films de Woody Allen, par exemple, pour vous donner une idée), habillés de fringues de designers luxueuses. Arrivés à l'appartement, ils enfilent des habits street-wear comme un cadre enfile un costume pour aller au bureau, de façon à avoir le look de l'emploi ! On parle de bizeness encore et encore. Froidement et sans pathos, Ferrara dépeint clairement son couple : des gens qui travaillent dur. De grands bourgeois très riches, des entrepreneurs, issus "d'en bas" probablement, et incarnant totalement le rêve américain. Immigrés ayant réussi par le travail, en quelque sorte. Leurs préoccupations sont celles d'un petit couple de leur milieu. On sur-gâte les enfants à Noël, on s'inquiète des charges qui augmentent, et quand le système vacille un peu, on se demande comment on va payer le loyer de l'immense loft et l'inscription de Kevina (6 ans) dans sa prestigieuse école privée ! À 30 ans, nos jeunes "amis" sont devenus des petits-bourgeois pur sucre ! [Hallucinantes scènes autour de l'achat de la poupée ! Dans la première, où deux bonnes femmes "alleniennes" sont prêtes à se battre pour avoir le dernier exemplaire disponible de la fameuse Party Doll (une petite pimbêche star-académicienne complètement bourgeoisiste !), Lillo est clairement mis sur le même niveau que ces deux "mamans du petit Juju" (comme on dit sur Koh-Lanta, émission décidément très efficace). La deuxième scène montre la mère acheter sous le manteau deux de ces poupées pour 2500 dollars ! Quand même! Home sweet Home über alles, libéralisme tranquille de la France des Affaires, on est en plein dedans. Aucune vision dans ce couple, associés à l'écran comme à la ville, en quelque sorte. Rien sinon le bizenesse, "pour le bien des enfants", bien sûr ! Quand les choses tournent tranquillement mal, le rapport de Ferrara est sans tache. Le couple se méfie de tous comme de la peste. Ils sont amis et partenaires avant d'être mari et femme. La famille autour d'eux, et comme les autres, n’est intéressée que par les intérêts et l'argent. La petite Kevina est le point d'horizon par dessus tout. C’est elle, la petite reine, les parents se sacrifient ! Si le film se passait en banlieue ou dans une petite ville, vous en faites pas, il y aurait un joli gazon devant la maison, et un 4x4, et un chien ! Madame ne sera d'ailleurs que mollement ébranlée par les événements qui surviendront. Elle le sera quand même, mais plus que pour son mari, elle s'inquiète pour la pérennité de son entreprise et donc de son train de vie, et encore plus, sur la façon dont il faudra justifier l'absence du Père face sa fille en cas de malheur. J'accumule pour les enfants, dans un égoïsme sordide mais banal, loin de toutes considérations morales ou autres. Le couple est très catholique, et dans une scène hallucinante, Ferrara prouve par A+B que son couple n'est qu’un grand  couple petit-bourgeois : ils ont aussi leurs bonnes œuvres, et font beaucoup pour les pauvres du quartier et l'insertion des membres les moins fortunés de leur communauté. Et ce n'est pas la portée morale ambiguë du geste qui intéresse Ferrara (j'y reviens tout de suite). Il montre là clairement que ses deux personnages ne sont que des dames patronnesses et des entrepreneurs ! C’est délicieux. "Et si je dis ça, je casse mon image, et ça serait dommage...." comme dirait le poète !
 
Dieu que c'est intéressant. Pas étonnant que Ferrara ait déçu tout le monde, ses fans et les autres ! Il détruit ici complètement son image de "cinéaste destroy, halluciné, ultra-cocaïné, underground". L’objet scandaleux vient de l'intervention complètement ex-machina, et donc insupportable, du personnage de Ice-T, qui vient rappeler sans emphase, et dans une jolie parodie messianique (encore un cliché qui vole en éclat, j'y reviens) les responsabilités morales du couples, mais attention, sans dramaturgie à la BAD LIEUTENANT justement, de la manière la plus banale possible. Et c'est la peur de voir la PME fermer qui inquiète le plus Drea. Le questionnement moral n'est pas du tout entendu, et n'arrive pas à ses oreilles, ou alors de manière tellement ouatée que cela n'effleure au final aucunement Madame. Et c'est là qu'on découvre l'ironie mordante et l'humour dévastateur de Ferrara ! Car c'est un film très iconoclaste de ce point de vue. Ferrara sait qu'on a fait de lui le "cinéaste catho de la rédemption". Il tord ici le cou à cette dialectique stupide et réductrice ! Les prêtres fournissent la drogue en gros, directement importée de la république dominicaine ! Et surtout, il s'amuse, mais avec rigueur, de la dialectique de conte de noël qu'il installe ! Le couple, qui a quand même eu très peur pendant le film (que l'activité cesse donc), a même envisagé la reconversion dans un métier légal (le pêché ultime pour ceux qui voulaient voir le nouveau film du cinéaste de la drogue !) afin de pouvoir payer le loyer et habiller Kevina des fringues les plus chères de Manhattan ! Moins rock 'n roll, tu meurs ! Et le pire est bien sûr, et c'est le comble de l'horreur petite-bourgeoise, que rien ne changera ! Mais alors rien du tout ! La liberté d'entreprendre, dans une perspective morale, est quand même le ciment du Pays, chez nous en Amérique ! Rien ne changera, même si Ferrara feint de proposer une morale de noël, feint le joli conte de saison, mais non. La réalité bourgeoise est plus banale et plus pragmatique. Le cinéaste s'amuse, sans perdre son mordant ceci dit, et ne livre ses pistes et conclusions qu'en filigrane. On appelle ça la classe !
 
Côté mise en scène, et malgré la modestie de la production, ça assure gentiment. Encore une fois, on est bien dessous de la magnificence généreuse et expérimentale de THE BLACKOUT, et en cela, ce film est sans doute, expression que je déteste, un "film mineur du cinéaste". Il n'empêche, c'est un bon film.
D'abord pour l'humour et le cassage d'image comme on a vu. Mais aussi parce que tout cela est magnifiquement cadré et éclairé, avec un soin qui confine au luxe, prouvant ainsi qu'on peut faire un beau film avec trois fois rien (suivez mon regard, de ce côté-ci de l'Atlantique). De jolis mouvements d'appareils discrets sont mis en valeur par de beaux fondus enchaînés, qui peu à peu, au fil du film, s'estompent, pour revenir à des plans cut, plus terre à terre. Ça fonctionne. Beaucoup d'humour également dans cette mise en scène, comme par exemple ce plan dans le rétroviseur sur la poupée, sorte de contrepoint ironique et comique aux derniers plans de KING OF NEW YORK (décidément, la morale n'existe plus, et le héros de jadis interprété par Christopher Walken, héros classique, presque figure hollywoodienne, a été remplacé par des figures banales et grises à l'image de Drea qui, finalement, n'est qu'une poupée de plus !).
Le montage, s'il est discret, est complètement alerte. Je finis le film en me disant que flûte, quarante-cinq minutes, c'est court ! Et non, le film a duré un peu moins d’une heure et demie ! J'étais bien évidemment subjugué par la durée ressentie du film, qui pourtant ne joue pas sur des fractures événementielles ou rythmiques ! Belle maîtrise, preuve d'un montage maîtrisé et sec ! Pas de fioritures et un sens de la narration huilé ! [Une petite note sur l’intro du film, avec son film à costume qui envoie balader Scorsese et ses GANG OF NEW YORKeries ! Quelle intelligence que de faire ce passage à costumes tout à fait dans la perspective de mon article SI J'ETAIS PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE !).
Sans en avoir l'air, Ferrara fait donc un film qui, s'il est "mineur" (brrrr....), n'en est pas moins alerte. Son et images sont toujours aussi classieux. L’interprétation suit gentiment, sans faille. Bon casting.
 
En conclusion, on pourra n'être qu'étonné de la vivacité et de l'énergie de Ferrara, bien loin de son image extatique, comme dans une parenthèse assez belle. Le réalisateur ne renonce jamais, malgré la faiblesse des moyens, et malgré sans doute les contraintes qu'on lui a imposées, à faire du cinéma : c'est-à-dire un cadrage très beau, une lumière luxueuse et un montage narratif mais sans failles.
On peut le comparer aux récents KEANE et BROKEN FLOWERS qui, du coup apparaissent comme des machineries un peu feignasses, se reposant sur leurs lauriers. Ce qui n'enlève en rien mon respect pour Jarmusch ou Kerrigan. Plus lucide, et surtout plus courageux, Ferrara, lui, n'a pas oublié de faire du cinéma et même (!) du scénario. Il n'a pas renoncé à faire quelque chose de poétique, à l'opposé, sans doute, de là où on l'attendait. Et au final, avec une modestie très étonnante, on s'aperçoit que le gars Ferrara, lui, n'a jamais mis le cinéma en mode pause, ne serait-ce que le temps d'un film. Il y a tellement plus à manger dans son film que dans les deux autres titres cités ! Bel espoir, et beau panache dans l'œil de ce cinéaste qui n'a pas oublié la mise en scène, ni abdiqué devant ses marques de fabrique. Et si c'était ça, être rock 'n roll ? Décidément, ce film interroge complètement notre petit-bourgesoisisme (encore une fois), qu'il soit réel ou en devenir.
 
Joyeusement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Mercredi 26 octobre 2005

Recommander - Publié dans : Corpus Analogia

(Photo : "L'ignomineux Dr Devo (conférence du Dr Devo à la FEMIS en 1999)" par Dr Devo)

Chers Focaliens, Chères Focaliennes,
 
Retour au Home Sweet Home après quelques moments passés sur la terre des ancêtres, et moult films vus en présence du Marquis, divin(s), n'en doutez pas.
Tiens, nous avons vu le dernier soir LA VIE AQUATIQUE de Wes Anderson, que je revoyais, et que le Marquis découvrait. On en avait déjà parlé. Le film supporte plus qu'aisément une deuxième vision, c'est le moins que l'on puisse dire, et je peux même rajouter que la chose fut encore plus appréciée (miracle !), lors de cette deuxième vision. Ce qui m'amène à quelques réflexions.
D’abord, regardons la scène où les dauphins espions font enfin leur office. Une série de cinq ou six plans. La situation elle-même est très drôle, certes, mais ce rire est diaboliquement redoublé, et décuple en puissance, grâce à un excellent montage, simple et beau, sec et épuré (une qualité qui fait de CACHÉ de Haneke un film jouissif et beau). À chaque changement de plan, et dans un laps de temps assez court, on franchit un nouveau palier de drôlerie (et d'émotion). Chaque nouveau plan a sa fonction, et chacun d'eux nous prend, au moins un peu, à contre-pied. Plus important encore, chaque plan ajoute une nuance ! À chaque point de montage, une autre facette de l'idée est dévoilée ! En six plans et quelques secondes, Anderson développe une architecture de sensations et de sentiments qu'un autre réalisateur aurait éludée (se contentant  sans doute de révéler l'activité des dauphins espions sans aller à fond dans les conséquences), ou aurait mis cinq minutes à la mettre en place. Ici, c'est du sec, de l'épure, et plus on rajoute des plans dans cette scène, plus le rire et l'émotion se fondent sur la structure de la mise en scène, et jamais directement sur les deux ou trois idées qu'elles expriment. Voilà pourquoi cette scène est tellement représentative du film dans son entier. On écrit une mise en scène d'abord, plus qu'une idée ! Contrairement à ce qui paraît au premier coup d'œil, Anderson ne fait pas de film de scénario (ne raconte pas une histoire de manière bêtement narrative). Ce qui le botte, c'est la mise en scène, et ses efforts, malgré les apparences et la loufoquerie de son propos, se font dans la structure et s'expriment par le montage. Ce qui surprend chez lui, et laisse baba  tout le monde, c'est simplement que le rire et l'émotion ne passent dans le dialogue qu'en derniers recours. [C'est pourquoi les dialogues dans ses films ne contiennent qu'une partie de l'information émotive et comique, ou paraissent décalés : ils n'ont de sens qu'avec le découpage du film.] Avec Anderson, même si on est ahuri devant la précision globale de la structure (surtout dans ce film, où la structure générale et son contrepoint dans le découpage à l'intérieur de la scène sont d'une précision d'orfèvre et d'une abstraction époustouflantes), il y a une espèce de simplicité et d'épure. On ne cherche pas midi à quatorze heures, on ne remplit pas son scénario des "meilleurs intentions", on ne surcharge pas d'idées extérieures au film, en un mot, on ne construit pas le film avec le dossier de presse ! Une belle leçon, simplissime, qu'on aimerait voir appliquée en Europe chez les jeunes réalisateurs !
Et puis, c'est cet effort de faire en sorte que son film ne reste et ne soit qu'un film de mise en scène et de montage qui permet des miracles fabuleux, à l'image de la séquence sous-marine finale, sans doute la plus belle, alors qu’elle repose complètement sur les images de synthèse ! Etonnant, non ?
[J'avais complètement oublié ma réplique préférée sur l'âge du gamin, qui est sans doute la plus belle et la plus étrange phrase du film ! Que c’est beau ! LA VIE AQUATIQUE est peut-être le meilleur film de l’année, et d’assez loin !]
 
Avant de retourner en salles voir une cochonnerie quelconque, plus ou moins délicieuse, on va faire un tour en Espagne dans les années 60, et on retrouve avec plaisir notre ami Jess Franco, souvent évoqué, en bien et en mal, dans ces pages !
 
L’action se passe en France (le suppose-t-on, du moins) à la fin des années 50 ou quelque chose comme ça (le film est très bizarre de ce point de vue,  car il mélange époques et lieux !). Dans une sorte de petit bourg, des femmes disparaissent mystérieusement, et pas qu’un peu : cinq en seulement trois semaines.
Notre héros est un jeune commissaire assez doué. Il revient de vacances en très grande forme ! Et pour cause, il a rencontré une jeune et belle danseuse classique, et les deux vont se marier ! Pas le temps cependant de se réjouir. Une nouvelle jeune femme a été enlevée. Et comme d’habitude, il n’y a ni cadavre, ni indice. Mais cette fois, des témoins ont vu le kidnappeur. Jeune homme monstrueux et défiguré selon les uns, ou homme mûr et élégant selon les autres… L’inspecteur n’est pas sorti de l’auberge.
Il s’agit en fait de l’ignoble Docteur Orlof (encore un collègue psychopathe), et de son assistant, l’affreux Morpho, aveugle, muet et défiguré ! Dans son manoir, Orlof essaie, sans aucun scrupule, de redonner un beau visage à sa fille Melissa, affreusement défigurée elle aussi. Et pour ça, le Docteur horrible a besoin de tissus humains. Comme il est plutôt beau gosse, le soir, il joue les séducteurs dans le cabaret de la ville et attire dans ses griffes de jeunes et jolies proies ! Greffe après greffe, Orlof échoue dans ses recherches, et les meurtres, en conséquence, ne sont pas prêts de s’arrêter !
 
Si on compte ses films cochons, qui l’ont quand même fait vivre un petit moment, notre ami Jess Franco a réalisé un nombre hallucinant de films : un peu plus de 180 ! Le bonhomme est également doué pour la musique (Le Marquis nous en parlera sûrement dans le commentaire de cet article) et pour la littérature populaire. Il adapte ici un des ses propres romans.
Le film est réalisé en 1962, et donc en début de carrière. Je n’avais vu qu’un film de Franco, UNE VIERGE CHEZ LES MORTS-VIVANTS, film intéressant et même carrément beau selon moi. Si l’on n’est pas allergique aux zooms italiens (incessants), il faudra jeter un œil sur ce film (4 ou 5 euros neuf en DVD) ne serait-ce que pour sa superbe séquence de Papa pendu surréalistiquement (c’est le cadre qui lui sert de poutre !), séquence qui est quand même une des plus belles choses que j’ai vues cette année. Ceci dit, le film est assez bizarre et toujours de guingois, ce qui peut séduire complètement (c’est mon cas) ou refroidir un peu.  Notons que le dit métrage ne comporte aucun mort-vivant, et que l’héroïne, selon toute vraisemblance, n’est plus vraiment vierge !
 
Revenons à L’HORRIBLE DOCTEUR ORLOF. Réalisé en 1962, le film étonne d’abord par la sobriété de sa mise en scène, loin des excentricités et des béances narratives des autres Franco, dans le meilleur comme dans le pire (et dieu sait que c’est mauvais quand il rate ses films). Le dispositif est bien différent d’UNE VIERGE… On a droit, tout d’abord, à une sublime photographie en noir et blanc, souvent très complexe dans les passages les plus gothiques, et pas forcément illustrative comme nous le montre la première scène de séduction dans le cabaret, où une jeune demoiselle et future cobaye des abominables expériences du docteur est éclairée classiquement en pleine lumière, et où le docteur, justement, est éclairé tout en ténèbres, alors qu’il se tient à 10 centimètres de sa victime ; ou encore dans ce fabuleux jeu de lumières actionné par l’actrice elle-même avec son miroir de poche. Tout cela est magnifique, notamment dans la scène d’ouverture, et plus que de dégager des ambiances fort habilement, cette photographie joue à fond son rôle d’élément (fondateur) de mise en scène. Rien que pour ça, le film est un délice appréciable.
Côté son, c’est également du soigné, un poil plus loufoque, le film étant rythmé par une bande originale à mi-chemin entre la musique classique de films d’horreur de l’époque, et quelque chose de plus déstructuré, frôlant parfois l’enfantin, mais toujours horrible. L’ambiance sonore est d’ailleurs drôlement influencée par un montage assez sec, ce qui nous vaut de belles coupes au plans, assez osées et tout à fait plaisantes en ce qui me concerne, car les coupes sonores au plan, moi, j’adore ça ! Je fus donc gâté de ce point de vue, même si ces changement brutaux (qui en général débouchent sur un son direct et naturel du plus bel effet) se coulent curieusement, avec une belle spontanéité, dans l’épure globale de la mise en scène.
Le montage, tout aussi sérieux et développant de très belles choses au niveau de l’échelle de plans, est aussi rigoureux et efficace, et laisse la part belle à de très beaux cadrages, jouant sans cesse avec l’absence / présence de profondeur de champ qui est ici source d’une bonne partie du suspense et du stress du film.
On a donc, et aussi dans le scénario, une patte classique, peut-être, comme base de départ, mais qui débouche sur une réalisation loin d’être anonyme et bêtement classique justement. En ce sens (base classique menant à quelque chose d’original et personnel), le film se place un peu dans la lignée des films anglais de la Hammer, avec le même souci de style et d’inventivité. De fait, on constate, malgré un budget ici modeste, un très beau jeu de décors, et une direction artistique qui jamais ne parait pauvre, et dont on peut même dire qu’elle est joliment exploitée.
 
Le scénario, lui aussi, est habile. À la fois chose gothique et enquête terre à terre, le film se déroule sur un rythme dichotomique de bon aloi, avec une langueur assez anxiogène. Même géographiquement, pour ainsi dire, cette dichotomie gothique / banal joue à plein. C’est d’ailleurs dans les moments où les deux se rencontrent (superbe séquence de la première victime qui découvre la maison) qu’on a les moments les plus pathétiques et les plus terrifiants.
Les personnages, très simples à la base et malgré l’aspect un peu brut de décoffrage du scénario et de la narration, tissent une jolie toile complexe, centrée sur l’image du double qui se reflète et se répète, et dont les liens tracent une série de perspectives incongrues et étonnantes, bien aidés en cela par une galerie de personnages secondaires très belle et très bien développée. La fille muette répond à l’horrible assistant Morpho, lui-même proche de la servante du docteur, etc. Les perspectives s’entrechoquent sans cesse, avec une belle rigueur.
Les acteurs sont plutôt pas mal. Howard Vernon est parfait dans un rôle ambigu et brutal qui semble être taillé sur mesure. Ricardo Valle, dans le rôle de Morpho, est étonnant et émouvant malgré la brièveté savamment calculée de ses apparitions. Tout ce petit monde joue donc joliment, même si l’on peut saluer les rôles les plus réussis (le clochard, l’assistant du commissaire) et sourire à ceux qui sont plus faibles. Mais il est clair que les rôles principaux sont subtilement distribués et contribuent à l’étrange atmosphère du film. On oublie du coup complètement que le film nous rappelle LES YEUX SANS VISAGE de George Franju, dont nous avions déjà parlé ici. Les deux histoires sont jumelles bien sûr, mais on est ici loin de la violence froide et onirique du chef d’œuvre de Franju (réalisé trois ans plus tôt), et au final, les deux films ne se marchent pas sur les pieds. 
On notera également un érotisme certain et d’autant plus étonnant qu’il est distillé au compte-gouttes ! Les rares fois où il apparaît (assez osé pour l’époque, sans doute), c’est avec une force certaine qui, de fait, vient à hanter complètement la dernière partie du film. Etrange…
 
Il est clair qu’on peut donc investir dans ce très beau film, d’autant plus qu’il est presque donné, à ce prix là ! Signalons que le DVD contient deux versions. La VF ignoblement datée et sur-jouée, qu’on évitera comme la peste, et une version anglaise plus nuancée et très efficace qui, elle, n’a pas pris une ride. On est très loin de l’ignoble théâtralité de sa consœur française. Pas de sous-titres malheureusement pour cette VA, mais on notera que la compréhension est quand même terriblement aisée ! Que cela ne vous freine pas dans l’envie de voir le film !
 
Sympathiquement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
PS : Je vais commencer à faire le ménage dans le juke-box. Le titre AND SHE WAS des Talking Heads est erroné. Il s’agissait bien sûr de GIVE ME BACK MY NAME. Je rajoute donc le vrai AND SHE WAS.
Je vais enlever des chansons (notamment l’ignoble PING PONG !) et en ajouter d’autres dans la journée ou demain !
Pour répondre à un mail, je précise que s’inscrire à la newsletter permet  de recevoir un petit mail quand un nouvel article est publié sur Matière Focale. Pour s’inscrire (dans la colonne de droite), il suffit d’inscrire son adresse e-mail.
Vous avez remarqué que la semaine dernière, il  n’y a pas eu un article par jour. C’était les vacances ! On revient désormais à la normale !
Bien, puisque j’y suis, je vais donc vous remercier de votre fidélité et de vos commentaires souvent drôles et pertinents, et quelquefois de haute volée (voir l’article sur INSTINCTS MEURTRIERS).
 
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Mardi 25 octobre 2005

Recommander - Publié dans : Corpus Analogia

Mark 13, reviens, ils sont devenus fous !

Les robots font partie de notre quotidien en 2035, ne pas en avoir un, c’est pire que de ne pas avoir de téléphone portable en 2005, et tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si un robot n’était pas un jour soupçonné du meurtre de son créateur. Chaud devant, la révolution des robots est en marche.

Scénarisé par les auteurs respectifs des scripts de FINAL FANTASY et de PERDUS DANS L’ESPACE (tout un programme), I ROBOT vient retourner le couteau dans la plaie après le calamiteux L’HOMME BICENTENAIRE dans l’adaptation de l’oeuvre d’Isaac Asimov au cinéma, mais sous un autre angle d’attaque. Alors que la guimauve du film interprété par Robin Williams se vautrait dans le mélo pseudo-philosophique, le dernier film d’Alex Proyas fonce tête baissée dans le film d’action bourrin, mais pseudo-philosophique aussi.

Mille fois moins abouti qu’un MINORITY REPORT pourtant pas exempt de défauts, I ROBOT pointe avant tout la chute un peu prévisible de son réalisateur, brièvement considéré comme un cinéaste prometteur avec l’exécrable THE CROW, film culte auto-proclamé (c’était écrit sur l’affiche lors de la sortie en salles, ça, ça me plaît beaucoup, ce concept de film déjà culte avant même d’avoir été distribué). On s’en souvient, Proyas avait enchaîné avec DARK CITY, film hybride aux multiples influences. Un film souvent intéressant d’ailleurs, hélas en partie désamorcé par un trop plein de musique pompière, par un montage épileptique (particulièrement dans la première partie du film, indigeste) et par de nombreuses fautes de goût. Un potentiel pourtant, et des qualités qui auraient éventuellement pu déboucher sur l’affirmation d’une personnalité. Après une tentative plus intimiste (GARAGE DAYS), Alex Proyas risque fort de décevoir les attentes, s’il y en avait, avec un film aussi impersonnel et formaté que ce I ROBOT distrayant, parfois intrigant, mais malheureusement tout aussi laid et sans âme, qui aurait au fond pu être réalisé par n’importe quel yes-man désœuvré. Bien entendu, tout ça est très distrayant, avec derrière cette volonté de nous en mettre plein la vue, et sur ce registre, le film n’est ni meilleur, ni pire que le défilé des mastodontes blockbusterisés. Une façon polie de dire qu’on nage en pleine médiocrité. Pour ce qui est de la mise en scène, ces nombreuses séquences d’action « filmées » comme des animatiques de jeux vidéos m’ont paru aussi tonitruantes qu’elles sont laides à faire s’arrêter une horloge – je pense en particulier à cette séquence montrant Will Smith agressé dans un tunnel par deux camions pleins à craquer de robots malveillants : ça explose de partout, la voiture de Will Smith fonce et tourne comme une toupie, ce qui est à couper le souffle, surtout si on étouffe un bâillement. A vouloir avoir recours aux effets digitaux pour permettre à sa caméra d’effectuer des loopings à 360° autour de l’action, Alex Proyas néglige totalement sa mise en scène et confond mouvement et attraction de foire. Exit la trop grande densité de son montage pour DARK CITY, assommante mais un peu audacieuse, exit en réalité le moindre soupçon de point de vue, tout nous est donné à voir, jusqu’à la nausée, mais ces séquences épate-con ne dégagent pourtant pas une once d’énergie. Du reste, faut-il leur préférer ces séquences « à la MATRIX »  - suis-je le seul à trouver qu’elles sentent le réchauffé depuis déjà un bon moment, et qu’elles relèvent de la facilité, du renoncement à s’essayer à de la mise en scène, à un brin de montage, d’inventivité ?

Pour ce qui est des robots, rien ne fait retomber mon agacement. Leur conception est résolument pompée sur celle, brillante, du clip « All is full of love » de Bjork, mais curieusement, le résultat à l’écran est très nettement inférieur, sans texture, purement infographique, froid – comme une armada blanche de spidermen escaladant les buildings et défonçant les pare brises. Les effets peuvent leur faire pratiquer les pirouettes les plus acrobatiques, mais échouent à leur conférer une présence matérielle, tangible, à l’écran – souffrant en conséquence cruellement des quelques rares plans accordés aux effets plus classiques réalisés sur le plateau (voir le plan sur la main métallique lors de la destruction du faux Sonny).

Esthétiquement invisible et sans saveur, I ROBOT échoue également en partie à nous intéresser à son enquête. Que le scénario soit adapté très librement des écrits d’Isaac Asimov n’a au fond pas la moindre importance. Il est bien plus gênant de constater ce que le récit peut avoir de prévisible et de lassant – les enjeux ne se traduisant à l’écran que par un surplus de scènes à effets spéciaux reposant sur un script usé jusqu’à la corde. Lors de sa sortie en salles, les amateurs d’Asimov ont beaucoup grincé des dents sur l’ajout de séquences comiques visant à mettre en valeur un Will Smith dont la tête ne passe plus les portes. La production a nié avoir réécrit le scénario autour du nombril de sa star, naturellement. Il est pourtant évident que Will Smith achève littéralement un film déjà bien déséquilibré. Est-il bon ou mauvais acteur ? Très franchement, je n’en sais rien, je me prononcerai quand je l’aurai vu se fondre dans un personnage, et ce n’est absolument pas plus le cas ici que dans MEN IN BLACK ou WILD WILD WEST. Will Smith apporte au film (qui s’en serait bien passé) sa cool attitude, son humour au second degré et tous ces détails scénaristiques qui visent à conformer le personnage qu’il interprète à son image de marque. Un désastre absolu (vise mes baskets, mec ! T’es un chat et moi je suis un black, alors c’est chacun pour soi – ha ha ha) qui semble pourtant s’affirmer comme le premier gage d’un succès populaire aux yeux de la production.

S’il faut prendre I ROBOT pour un bon divertissement décontracté et fun, il faudra alors fermer les yeux sur sa laideur et son absence de rythme. D’un autre côté, il est tout aussi difficile d’envisager un film aussi quelconque, un scénario flemmard bâclant un sujet à la base passionnant (bien mieux servi par Mamoru Oshii dans ses deux GHOST IN THE SHELL), comme une œuvre de science-fiction ambitieuse et pertinente.

Le Marquis (va encore se faire des amis)

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Lundi 24 octobre 2005

Recommander - Publié dans : Corpus Analogia

(Photo :  "The fittest shall survive yet the unfit may live" par Dr Devo)

Chères Focaliens, Chères Focaliennes,
 
J'adore l'Italie. Et même, j'adore l'Italie pour ses giallos, genre fou entre le thriller et le fantastique, source inépuisable de poésie, puit sans fond de trouvailles cinématographiques, réservoir d'acteurs hors normes. J'adore l'Italie.
J'adore l'Angleterre ! Pour ses réalisateurs complètement fous, précis comme des chirurgiens, ne reculant devant rien, exprimant une passion exigeante et populaire du cinéma, parce que ce pays qui, en apparence, est le royaume de Ken Loach ou Mike Leigh, est la matrice de films superbes comme ceux de Peter Greenaway, de Nicolas Roeg, de Derek Jarman, de Michael Powell, de Roy Ward Baker ou ceux de mon petit chouchou, notre grand-père à tous, Ken Russell. J'adooore. [D'ailleurs, comme par hasard, c'est là qu'on a réalisé le plus beau feuilleton de cinéma : CHAPEAU MELON ET BOTTES DE CUIR, terre de bonheur insurpassable...]
J'adore la France. Moi qui n'arrête pas de la critiquer, j'adore la France. Je suis dur parce que je l'aime. Mes bisous pour elle sont barbus... La fameuse théorie des bisous barbus, avec la barbe de 5-6 jours. Ça pique un peu, mais c'est un geste d'affection et de grande tendresse. Et j'adore la France parce que c'est le seul pays où l’on trouve des gens encore plus inclassables, des gens qui poussent le cinéma toujours plus loin : Marguerite Duras, Robbe-Grillet, les époux Straub... Vous avez déjà vu ça ailleurs ?
J'adore l'Allemagne, réservoir presque anglais de réalisateurs complètement fous, et eux aussi précis. J'adore le pays de Christoph Schlingensief, Werner Herzog, Werner Schroeter.... Quand même...
J'adore le Danemark, parce que c'est là-bas que vit le plus malpoli de tous les réalisateurs, mais aussi le plus généreux et de très, très loin.
 
Mais j'adooooore, j’adooore les USA. Gros réservoir à très grosses conneries. Corrupteur du cinéma mondial pour certains (ce qui est idiot : les autres pays se font un plaisir de se faire corrompre, et même les supplient de le faire !). Non pas que je voue un culte à ce pays pour sa "grandeur" artistique, mais pour une seule et toute petite raison qui fait toute la différence à mes yeux. Les USA ont un gros avantage sur tous les autres cinémas de la planète. Un seul, un pet de mouche en quelque sorte, un détail insignifiant dans la galaxie du cinéma mondial, tellement insignifiant qu'on se demande si cela a existé...
Ça me rappelle cette chanson de Laurie Anderson.
"Tu sais danser. Tu sais me faire rire. Tu as des yeux-rayons X. Tu sais chanter. Tu es diplomate. Tu as tout. Tout le monde t'adore. Tu sais charmer les oiseaux. Mais moi, j'ai une chose.
Tu sais toujours exactement quoi dire. Et tu sais quand partir. Mais moi, j’ai une chose. Tu sais voir dans le noir, mais moi, j’ai une chose pour moi : je t'ai mieux aimé !"
 
J'adooore les USA, pour une seule et simple chose, complètement unique ! J'ai une chose à moi : j'adore les USA parce qu'ils sont le pays qui a inventé... (roulement de tambours) LE FILM DE COLLEGE.
 
Quelqu'un sait-il ce qui est mieux qu'un film de collège ? Qu'est-ce qui est plus véridique et plus touchant ?
Cet épiphénomène, malheureusement, est strictement américain. [Quoiqu’une exception confirme la règle, j'ai vu un très beau film de college, très sombre mais magnifique, qui a été réalisé au Japon !! Etonnant, non ? Il s'agit du magnifique ELEGIE DE LA BAGARRE de Seijun Suzuki, dont j'avais déjà parlé dans ces pages !]
 
Pour ceux qui ne connaissent pas, le film de college est un sous-genre de la comédie (quoique certains soient assez dramatiques, comme LES LOIS DE L'ATTRACTION de Roger Avary, ou AMERICAN COLLEGE de John Landis que nous allons évoquer plus bas), et s'entend au sens anglo-saxon du terme college, c'est-à-dire le lycée et la fac par extension. Le film de college, c'est le film de post-ado, des pré-adultes ou des adultes débutants. Et croyez-moi les amis, c'est magnifique. J'adore ces films, même si certains sont vraiment mauvais. Mais quand c'est (souvent) bon, c'est sublime.
 
Oui, donc, on avait déjà parlé de AMERICAN COLLEGE, chose magnifique et d'une tristesse insondable, grand film politique. On avait parlé également, très récemment, de SLACKERS, chouette film avec Jason Schwartzman qui, rappelons le, est le meilleur acteur du monde, découvert d'ailleurs dans un autre film de college, RUSHMORE, le splendide chef-d’œuvre de Wes Anderson, et qui est aussi l'acteur principal d'un des deux plus beaux films de l'année (J'ADORE HUCKABEES, dont on avait aussi parlé).
Aujourd'hui, nous revenons sur un film de college assez culte aux Etats-Unis, mais quasiment inconnu en France : LES TRONCHES, titre français pas très sexy du plus explicite REVENGE OF THE NERDS.
 
Le film se passe en plein milieux des années 80, période sublimissime à jamais révolue pour notre plus grand chagrin. Bref. Tout se passe dans l'univers des Sororities et autres Frat-houses, c'est-à-dire dans les Fraternités étudiantes, qui sont le poumon social, l'architecture sanguine de la faculté américaine. Chaque étudiant américain fait partie d'une Fraternité, système traditionnel qui, bien souvent, sert aussi de réseau quand les étudiants sortent de la fac. Tout le monde a sa fraternité. Et toute la vie de la fac (fête, logement, intégration, réseau de solidarité, commission, respect des règlements intérieurs, etc.) dépend de ce système. Bien.
Anthony Edwards (qui était acteur avant de tomber dans URGENCES, notamment dans ce film magnifique des années 80 que j'adorerais revoir, MIRACLE MILE (APPEL D'URGENCE en VF) et son pote Robert Carradine (fils de John, neveu de David, et, je viens de l'apprendre en préparant cet article : oncle de la délicieuse actrice Martha Plimpton !), sont deux inséparables, deux grands amis. Elèves doués, ils intègrent sans problème un gros campus américain. Comme ils s'entendent bien, ils décident évidemment de partager une chambre ensemble. Ils savent pertinemment que c'est leur vie d'adulte qui commence, et la fac, loin de papa et maman, c'est l'aventure la plus excitante de leur vie. À eux les supers-profs, les copains pour la vie, les filles sublimes, etc. Ils débarquent pleins de rêves sur le campus.
Anthony et Robert sont, malheureusement, des "nerds", terme américano-américain, ici traduit en sous-titre par un assez pertinent (faute de mieux) "blaireaux". On aurait pu dire des ringards ! Ils sont binoclards, bons en classe, puceaux selon toute vraisemblance, accros aux matières scientifiques, nuls en sport, coiffés comme dans les années 60, coincés, etc. Comme dirait mon ami Bernard RAPP, c'est le genre de gars (ou de filles d'ailleurs), qui font partie de clubs d'astronomie ou de latin, quand les autres étudiants font partie de clubs de buveurs de bière !
Et quand on est un nerd, difficile de s'intégrer; tout le monde vous prend pour ce que vous êtes : des blaireaux, des ringards.
La fraternité Alpha-Beta, c'est le contraire : grands, bronzés, footballeurs de haut-niveau, ennemis de tous ce qui ressemble de près ou de loin à un intellectuel, ils dirigent le club des étudiants, font la pluie et le beau temps sur le campus et sortent avec les filles de la fraternité Pi, qui comme par hasard sont les plus belles créatures de la fac ! Un soir, les alpha-betas mettent le feu à leur maison après un jeu stupide, lors d'une fête. Le coach de l'équipe de football, personnage omnipotent, décide alors de vider la maison des nouveaux étudiants (où vivent Anthony et Robert)  et de les y  installer. Les nouveaux, eux, iront vivre dans un gymnase en attendant  de trouver une nouvelle maison (chose qui ne risque pas d'arriver). Ils trouvent tout de même une vieille bicoque, la remettent en état et se sortent de cette nouvelle mésaventure. Tous les nouveaux amis de Anthony et Robert qui partagent cette maison sont des nerds ! Et très vite, ils sont l'objet de brimades, de blagues foireuses et avilissantes, voire de violences. Parce qu'ils en ont ras la casquette, ils cherchent à se faire accepter dans une fraternité. Mais toutes les refusent. Excepté une, les Lambdas-Lambdas-Lambdas, qui les acceptent à l'essai, car cette fraternité n'est pas représentée dans cette fac. Les Tri-Lambdas, pourtant, est la seule fraternité de la communauté noire ! Qu'importe le flacon, les nouveaux Lambdas sont trop contents d'avoir été acceptés dans une fraternité ! Ils décident d'organiser une fête, mais qui risque de tourner court, aucune des filles du campus n’acceptant d'aller à une fête organisée par ces fameux Ringards...
 
Drôle de pari que de centrer un film de college sur les personnages des nerds qui, en principe, sont justement des personnages périphériques du film de college. Ces fameux ringards, coincés de partout, n'excellent en rien sinon dans les domaines scientifiques, et sont effectivement récurrents. Et le film, avec ce sujet, met le doigt là où ça fait très mal. Bien que nous soyons dans le cœur même de la jeunesse américaine, "land of the free, home of the brave", on a quasiment affaire à une situation de guerre. L’introduction du film montre que c'est très clairement une comédie, assez grossière même, et montre aussi qu'on n'est pas là pour faire du Ronsard. Notre groupe de nerds, emmené par Edwards et Carradine, est un groupe de grands marginaux : moches au possible, boutonneux encore, d'une naïveté pathétique, on a mal pour eux, ne serait-ce qu'en les regardant. Ils n'ont aucune chance. Le réalisateur, d'ailleurs, ne s'y trompe pas en intégrant au groupe un japonais (étranger même chez les marginaux du campus), un noir, le seul du film, qui est aussi complètement folle, un surdoué de l'âge de douze ans coincé dans ce monde d'adultes, et un asocial, semi-junkie qu'on croirait tout droit sorti du groupe camp, héros d'AMERICAN COLLEGE justement.
Les premières scènes, toujours sous le jour de la comédie, sont insupportables de violence sociale. Lorsque les footballeurs, omnipotents, investissent la maison des nerds, on croit assister, carrément, à un pogrom suivi d'un exil (dans un gymnase, bonjour le symbole !). Les brimades se succèdent.
LES TRONCHES montre clairement que le système des fraternités étudiantes est déjà la matrice de l'Amérique des réseaux et du favoritisme, l'Amérique de rêves qui écartent violemment ceux qui ne peuvent la représenter : les laids. La violence faite au nerds est d'abord une violence de la discrimination physique, toujours sociale bien sûr. Le Laid est un Ringard, et c'est un axiome fondamental. C'est le handicap ultime. Et toute cette micro-société, qui deviendra, une fois les diplômes acquis, la société américaine, rejette avec une force assez phénoménale ce handicap ultime. Les puissants et les populaires sortent avec les beaux, et les nerds restent dans le placard, là où l’on est bien sûr de ne plus les voir. Et même plus que ça : le nerd est une insulte, ni plus ni moins, à l'Amérique elle-même. [Rappelons pour ceux qui ne seraient pas familiers de ce site, qu’ici, on considère que c'est "chez nous en Amérique", et que nous ne voyons pas les films sur la société américaine comme des films sur les USA, mais des films, au contraire, sur la France et par extension, sur toutes les  sociétés développées occidentales.]
 
REVENGE OF THE NERDS fonctionne, ni plus ni moins, sur le même moteur que le formidable cinéma des frères Farrelly. [Je fais une pause ici. J'ai beaucoup parlé ces derniers jours de la représentation handicap au cinéma, notamment à l'occasion de mes articles sur le beau FREAKSTARS 3000 de Christoph Schlingensief, et sur MOLLY de John Duigan. Je constate avec honte qu'en parlant de ces films, pas une fois je n'ai évoqué ceux des frères Farrelly, ce qui est une erreur assez impardonnable, mea culpa.]
Les Farrelly ont basé quasiment tous leurs films sur la représentation généreuse du handicap. Et sur les ostracismes qui vont avec. Ici, c'est la même chose, et le simple fait de faire un film sur les nerds est carrément un défi et une insulte à la représentation physique et sociale des corps dans le cinéma américain (chez nous donc, ne le perdons pas de vue). Il est finalement aussi honteux de faire un film centré sur des handicapés mentaux que sur des nerds. Et les conclusions, étrangement, sont assez semblables.
 
S'il ne faut pas chercher de grands effets de mise en scène dans ce film (c'est en général assez carré, bien qu'on puisse remarquer, une fois de plus, et encore hélas, que ce petit film est somptueusement éclairé par rapport à l'immense majorité des films français !), tout le reste est une réussite totale. Le scénario est très drôle et très précis, et développe quasiment son sujet jusqu'au bout. Les acteurs sont excellents. [Je ne sais plus si c'est Mr Mort ou moi qui disions l'autre jour dans ces pages que si le niveau des acteurs français est si moyen, en général bien sûr, c'est parce qu'on n’avait pas ici de films de college, formidable occasion de faire ses classes pour un acteur américain.] Ils jouent aussi bien de la caricature que de la nuance, et sont complètement soumis au projet du film, dans lequel ils se jettent avec une énergie assez hallucinante.
 
Certaines scènes sont même assez magnifiques. Notamment ma séquence préférée, celle de la fête organisée par nos nerds, fête vide de toutes filles et de toute ambiance, et qui est sauvée par les filles de la fraternité Omega-Mu, la fraternité des filles refusées partout, c'est-à-dire, soyons francs, des intellos, des laides, des étrangères (une indienne notamment), des boutonneuses, des filles de 1.95 m, des filles de 120 kilos. Et ce qui se passe pendant cette scène m'a fait complètement chaud au cœur, et m'a ravi au plus haut point. En plus d'être extrêmement drôle, elle semble suspendre, pendant 10-15 minutes, le temps du film, et donne un formidable espace cinématographique complet, rien que pour eux, à tous ces outsiders que le cinéma ne représente jamais, sinon dans des seconds rôles. C'est magnifique, bien sûr, on voit encore avec quelle force ce tabou du cinéma mondial (la laideur, la ringardise) n'est pas "évident", en quelque sorte, à imposer, et on est surpris soi-même de voir qu'un tel espace de liberté (cinématographique et social donc) puisse simplement exister. On a l'impression, lors de ce passage, d'être en pleine séquence extraterrestre... Et pourtant, ce qui s'y passe est un beau moment de quotidien ! Comme quoi, ces choses-là ne sont pas évidentes. Et comme chez les frères Farrelly, on est soulagé et ému de voir que cet espace existe, et qu'il fonctionne. Il y a des cinémas de la marge (John Waters aussi, extrêmement social), mais à chaque fois que ces nuances s'expriment, c'est une émotion sublime qui nous envahit, et plus que ça encore, l'impression palpable de la Fraternité (brotherhood, au sens moral du terme, pas dans le sens "fraternité étudiante"), en opposition à la représentation de la Communauté, qui est un nerf fondamental, malheureusement, de nos sociétés contemporaines (et pas seulement au cinéma d'ailleurs ; je ne parle pas  uniquement des communautés ethniques ou religieuses, mais de toutes les communautés sociales quelles qu'elles soient). Cette scène est un grand espace de générosité, un espace ouvert à tous.
La fin du film relaie complètement cette idée. Bien qu'elle soit filmée sur un style pompier (notamment avec l'horrible WE ARE THE CHAMPIONS de Queen), cette fin est superbe. Nombre d'entre nous sont des nerds. La plupart même. Cette conclusion est déjà pas mal en soit, mais là où c'est carrément sublime, c'est que le film met, dans cette partie finale, le doigt dessus : la Société opprime toujours l'Individu, et favorise, au nom de l'Egalité justement (salut Lars !), la pire des violences, et finalement le clan des Alpha-Beta, beaux, riches, influents et sportifs, n'est qu’une minorité de Faibles dont il faut protéger les Forts, c'est-à-dire nos nerds. Et il faut également raisonner sans penser à la toute puissance de la Majorité (qui opprime toujours l'individu, bien sûr). L'Egalité est le chemin de l'Enfer, dans le sens où elle ne permettra qu'à un petit groupe d'imposer sa loi, de mettre au pas la quasi-totalité de la population (qui d'ailleurs en sera fort contente et en redemandera).
REVENGE OF THE NERDS donne son hymne à la population cachée sous terre, aux Ringards de toute la planète. Et ce film montre quand même que la question de la minorité ne doit JAMAIS être une question de communauté mais, bien au contraire, une affaire d'individus, et donc de fraternité. C'est peut-être un détail pour vous, mais pour moi... En ce sens, ce film, sous ses allures de grosse farce, chose qu'il est totalement d'ailleurs, met le doigt sur une nuance délicate et rare. Il n'en est que plus précieux !
 
Un beau film politique, indispensable donc aux hommes et aux femmes qui veulent être libres !
 
Ouvertement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
PS : Un dernier mot pour évoquer une formidable actrice, qui joue la copine semi-ringarde de Anthony Edwards. Elle est superbe et géniale ! Elle est un argument à elle toute seule au deuil infernal que nous devons faire des années 80. J'adoooooore. Je vais la citer spécialement. Gloire à toi, Michelle Meyrink ! Zouberbe ! J’en veux encore. [Elle a d'ailleurs joué dans un film inédit ici, qui s'appelle NICE GIRLS DON'T EXPLODE, que j'ai très envie de voir. La scène avec l'accordéon est formidable ! Michelle Meyrink avait commencé sa carrière en jouant dans OUTSIDERS de Coppola, et tenez-vous bien, tenez-vous mieux, elle a longtemps été la copine de Crispin Glover, et ça, franchement, ça ne s'invente pas. Cqfd ? CQFD !]
Je note également dans le film plusieurs allusions au groupe DEVO qui sont vraiment de très bon aloi ! Le reste de la BO est rempli de délicieuses petites horreurs musicales des années 80. Mais on entend aussi du Talking Heads, et même, pendant la fameuse séquence de la fête, un très long extrait du « Thriller » de Michael Jackson ! Délicieux. Une seule faute de goût, le WE ARE THE CHAMPIONS, qui est devenu, en plus, avec le temps, l'hymne des crétins en short, et sonne en 2005 comme un contresens. Ceci dit, la reprise avec orchestre symphonique, très splendouillette, a son charme.
Le saviez-vous ? Matt Salinger, fils de J.D Salinger, l'écrivain, joue dans ce film un des footeux ! On saluera l'ironie de la chose !
 
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Vendredi 21 octobre 2005

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(Photo : "La seule question qui vale" par Dr Devo).

Chers Focaliens, Chères Focaliennes,
 
La vie réserve des surprises. Je pensais vous parler aujourd'hui du film INSTINCTS MEURTRIERS de Philip Kaufman, que nous avons vu avant-hier le Marquis et moi-même, histoire d'aller faire un tour dans la série A (mais en restant sans le savoir dans le film de sewieul killah). On va quand même parler de ce film, mais assez rapidement, car en effet, hier, nous avons continué avec Kaufman en voyant son film précédent, QUILLS. Et là, les amis, il faut qu'on en parle ! [Demain !]
 
Kaufman est un réalisateur tout à fait discret et éminemment sympathique. Il commence à tourner à la fin des années 60, et tourne toujours d'ailleurs, mais il n'a réalisé que 12 films, dont le plus célèbre est sans doute son remake de L'INVASION DES PROFANATEURS DE SEPULTURES, très beau film (et rempli d'un désespoir à vous crever le cœur), dont on se souvient longtemps, et pas seulement à cause des formidables performances de Donald Sutherland et Brooke Adams !
 
INSTINCTS MEURTRIERS, quel titre anonyme et con-con (TWISTED en VO). C'est bizarre d'ailleurs, ça na pas marché en France ! Belle affiche pourtant pour ce thriller, puisqu'on y retrouve Andy Garcia, Samuel Jackson et Ashley Judd, la file qui parle 125 langues couramment, dont le français, mais qui est incroyablement sympathique malgré cela, contrairement à Jodie Foster (la femme, pas l'actrice), cette pimbêche dont je vous rappelle que je ne lui ferai des bisous que quand elle aura cessé de nous donner des cours de français avec son air de maîtresse de CP, et de dire à tout bout de champ des mots comme nonobstant. Fermons la parenthèse.
Ashley Judd, jeune inspectrice de police à San Francisco, fête dans un bar, avec ses collègues, l'arrestation d'un dangereux maniaque, arrestation qui lui vaut, dès le lendemain, une promotion, puisqu'elle devient commissaire dans la prestigieuse mais difficile police criminelle, où elle pourra donner sans doute toute l'étendue de son talent et mettre à profit l'enseignement de Samuel Jackson, inspecteur lui aussi. Jackson lui a tout appris et l'a même élevée, ma petite Ashley. En effet, le père de cette dernière, un homme tranquille, inspecteur de police (la tradition se transmet !) respecté et sans histoires,  jusqu’au jour où, dans un accès de folie, il a tué la mère d’Ashley et s'est ensuite suicidé. Ashley, orpheline, a donc été élevée par Jackson, à la fois son mentor sur le plan professionnel, et son père adoptif, en quelque sorte.
Il y a une part sombre chez Ashley, un petit noyau de noir désespoir. La tension liée à son arrivée dans ses nouvelles fonctions, sa rencontre avec son nouveau partenaire, Andy Garcia, tout cela donc la fatigue énormément, et la met sous pression, elle, la flic à la brillante carrière. Mais très vite, sa première enquête l'attend : un homme battu à mort retrouvé dans le fleuve. En arrivant sur les lieux, Ashley n'en croit pas ses yeux. Elle connaît la victime, qu'elle a dragué dans un bar il y a quelques temps, et qu'elle a ramené chez elle pour une nuit. Ça commence bien. Une deuxième corps fait surface quelques jours plus tard, battu dans les mêmes circonstances. Ashley commence à sombrer quand elle s'aperçoit que la victime est également un type qu'elle a dragouillé pour passer la nuit, quelques semaines auparavant. Ashley s'enfonce, petit à petit, dans le doute...
 
Philip Kaufman est un sacré loulou. Dès l’introduction (une présentation d’un San Francisco fantomatique plongé dans le fog, qui s’achève sur un vol de corbeaux reflété dans l’œil d’Ashley Judd, qui a un couteau sous la gorge !), INSTINCTS MEURTRIERS montre un gros effort de stylisation, ce qui n’est pas forcément l’option la plus rassurante de ce genre de thriller, genre dans lequel, depuis SEVEN, on cherche absolument à surcharger le trait à coups d’effets de plus ou moins bon goût, et de symboles grossiers. Heureusement, la scène qui suit est plutôt sèche. Ensuite, au fur et à mesure, on s’enfonce dans une histoire qui gagnera en quotidienneté, en banalité, et dans le même mouvement, également en fantastique ! Etrange, étrange, ce déploiement d’intrigues, à la fois film de sewial-killeuh et giallo amerloque un peu feignasse... Je dis cela pour vous faire comprendre l’ambiance et le faux-rythme que semble prendre le film. On ne s’ennuie pas du tout, mais on se demande, pendant cette grosse première bobine, sur quel pied le gars Kaufman va nous faire danser. Le découpage, la direction artistique, le travail des acteurs et la photographie sont très rigoureux, ce qui permet à cette introduction de passer, par un charme étrange, au-dessus des clichetons du genre. On attend un peu avant de s'avancer sur la piste, et on regarde la gueule de l’orchestre pour voir à quelle sauce on va être mangé, et surtout sur quelle musique on va danser en quelque sorte (ça, c’est de la métaphore, coco !).
 
Puis, avant que l’enquête ne se déclenche, c’est le choc, ou plutôt c’est la fissure, amenée avec tact et puissance par Ashley Judd, avec son jeu de grosse frappe toujours ostensible, massif, mais qui aussi, sans qu’on ne s’en rende compte complètement, taille dans le vif et sans fioritures cette fois, avec la précision du chirurgien au scalpel bien aiguisé (et de deux, coco !). Il s’agit de la scène de drague, au contexte temporel ambigu déjà, et encore plus ensuite, où Judd, après avoir fêté sa promotion dans un bar, déserte et va plutôt en bar de nuit populeux et bondé pour lever le premier petit jeune à tête de cow-boy aux yeux d’ange venu. Suit une scène de sexe singulière, faite de trois fois rien et d’ivresse, faite des deux jeans sexy, d’un soutien-gorge même pas enlevé, d’une mèche de cow-boy qu’on remise sur le front d’un coup de main Marlboro, une scène d’amour sans un baiser presque, mais drôlement troublante et presque violente, DANS SA QUOTIDIENNETE. Brrr.... On frissonne. Ashley rentre à la maison, regarde les rapports et photos de police concernant la mort de son père, et boit un verre de trop avant de s’effondrer comme une merde, comme dirait l’autre, et de ne se réveiller qu’au matin, et par sonnerie de téléphone rageuse encore, qui l’appelle pour la première scène de crime. La gueule de bois dans le matin calme.
 
Le ton est donné. Ce ne sera pas SEVEN, ce ne sera pas RESURRECTION (de Russell Mulcahy, splendouillette sevenrie avec Christophe Lambert, et dont un des méchants méchante aussi dans ce film !). Un scénario de base classique et gentiment pourri, qui aurait pu plaire à une Angelina Jolie, toujours prête à incarner les menthes vénéneuses (tendance pimousse, petit, pie-mousse), du moment que ce soit "sexy", dit-elle, c’est-à-dire vulgaire comme une playmate californienne (playmobylette : plastique dedans, rigidité de l’attitude au dehors, attributs stupides de limitations). Jolie, hahaha, "à entendre son nom, je cherche déjà le jeu de mots" (dixit V.Hugo), aurait pu donc  en être, pour le plaisir de tous sauf de moi, mais alors dans ce cas, INSTINCTS MEURTRIERS aurait été un bidule de plus, et sans Kaufman, qui n’aurait, sans doute pas supporté la prise d’otage de la mannequin-GI de Beverly Hills. Pas de ça ici, donc, exit les ego, retour à  la banalité parasitée par un scénario trop... trop... kkkkkkKKkkkkk.... vu et revu. Le mélange fonctionne, de par la rigueur de chacun des participants, et encore plus par la rupture de cette fameuse scène de sexe étrange et alcoolique (et –isée), la rupture étant la spécialité de Kaufman, on le verra. Cette scène a eu lieu, et rien n’est plus pareil. Le crayon n’est pas un fusain, mais un gros marqueur (le gros marqueur de 10 mètres de long dont parlait Coppola), ce qui a l’avantage de mettre un peu de fantaisie (SEVEN et RESURRECTION ne sont pas du tout fantaisistes), et surtout de garder les jeux ouverts de manière quasiment caricaturale, what you see is what you get. Contrepoint des acteurs et techniciens, rigoristes, et des scènes banales, fissurant vers le fantastique. Y’a bon...
 
La suite est superbe. Ashley s’accroche et rend crédible son personnage jusqu’à ses coiffures – complètement schizophrènes, les coiffures. Joli, le son, mais qui y va à donf comme dirait le petit jeune qui n’est pas assis à côté de moi pendant la séance. Le palimpseste noir, qu’on trouve en libre air, et bien on est en plein dedans. [On verra la pertinence de la référence au Palimpseste Noir, demain...] Pendant trois quarts d’heure, le film s’arrête, et la bobine et Ashley brûlent de l’intérieur. Succession de la même scène pendant 40 minutes. Je débouche, je bois, je m’évanouis, je débouche, je bois, je m’évanouis, je débouche... La plus grande cuite, et pas la moins poignante de l’histoire du cinéma moderne, le film s’envole, comme le vélo s’emballe dans la tête de la fliquette. C’est quand même assez beau, me dis-je, c’est pas du Ronsard, mais c’est beau. Formidable tunnel éthylique que ce couloir de 45/50 minutes, et véritable raison de faire le film pour Kaufman le sage. Bien joué.
L’éthylisme s’arrête, et le film menace de s’arrêter avec lui, mais non. Il y aura un dénouement et une conclusion en roue libre, ou plutôt en descente, sans avoir à pédaler et en attendant que ça se finisse gentiment.
 
Que reste-t-il de ces faux amours ? Que reste-il de l’affaire ? Une belle intro, une chouette rupture matricielle et kaufmanienne, et un après qui m’a fait mal ("le mal est fait !", comme dirait le poète), qui fait mal à tout le monde, sur son lit de cabernet à l’hectolitre, et dont la migraine est palpable sur les tempes de Judd (de la même manière que l’odeur du tabac froid est palpable chez Garcia, malgré son impeccable cuir !). Beau défi de cinéma, bel essai cinématographique, tout en rigueur. Il faut dire que le Kaufman a quand même de la bouteille (ahahaha !). On passe un excellent moment, bien au-dessus de la production thriller de cette année au ciné par exemple (un peu comme Friedkin nous avait donné une leçon de ténèbres et de rigueur avec TRAQUÉ, où le pauv’ gars se traînait quand même le pire acteur de sa division : Tommy Lee Jones).
Grâces maintenant ! Garcia, direct, taciturne et drôlement bon. Créditable à 100%. Grosse classe pour une fois (simplement parce qu’il n’est pas mon genre, a exteriori, si j’ose dire...).  Jackson, idem, pareil, semblable aux bons films qu’il fait de temps à autres (et de plus en plus souvent), comme DÉRAPAGES INCONTROLÉS qui était un superbe thriller moral. Judd, la brute qui fait le coffrage, est nerveuse et assure drôlement. Madame est une très grande, n’en déplaise à sa modestie de polyglotte étymologiste. Ça assure dans la structure, avec une autre classe que la Jodie sus-nommée (en même temps, ça risque pas, ahahaha) qui, elle, fait mumuse avec le vocabulaire. On choisira, malgré la sympathie éventuelle (et coupable donc !) pour la deuxième, la première sans hésiter. On sera pote, Ashley et Nous, et l’amitié sera virile. Pourquoi pas ? Ça n’empêche pas le sentiment, hein ?
 
Bon film, bon goût.
 
Dr Devo. 
 
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Mercredi 19 octobre 2005

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(Photo  : "The star is a freak (c'est chic)" par Dr Devo, d'après une photo du film MOLLY de John Duigan)

Chères Focaliennes, Chers Focaliens,
 
Les soirées chez le Marquis se suivent avec un beau sens de l'illogique. Les galettes de DVD s'enchaînent à un rythme soutenu, et nous montons et descendons, quelquefois brutalement, dans le mille-feuille géologique des films de la dévédéthèque prestigieuse de l'aristocrate focalien. Dévédéthèque que j'estimais à tort l'autre jour à 800 volumes : Marquis me confirma qu'il estimait le nombre de ses dividis à 1700/1800 !
 
Tiens, encore un DVD à 0.50 centimes d'euros (d'occasion quand même !), et tiens, encore une histoire de séwieul guillaoh, genre épuisé à force de films, genre dont chaque détail semble être un code, genre fatiguant, usant, tuant ! Et pourtant, tu en regardes, me dit le Marquis, des slashers ! C'est quand même une sous-forme de films de sewieul-guillaoh. C'est vrai, tiens, j'avais pensé à ça.
 
En tout cas, mon absence hier m'a empêché de vous parler de L'ABATTOIR (USA-1987), et son tueur de cochons et d'hommes qui sent bon la ferme, mais qui n'est pas une bouse (et avec un générique hallucinant, qui vaut l'achat (1€ d'occasion) ; commercialisé sous le titre MANIAC, et donc à ne pas confondre avec le très beau film de William Lustig). Je n'ai pas pu vous parler non plus des GUERRIERS DU BRONX de Enzo G. Castellari (Italie-1982), sorte de croisement improbable mais vrai entre le NEW YORK 1997 de Carpenter, les films d'auto-défence bronsoniens, et le sous-MAD MAX, avec un héros bodybuildé pas tout à fait si hétérosexuel, malgré ses airs de gros dur, si j'ose dire. Film pas vraiment abouti, mais pas antipathique non plus, drôle parfois, et qui nous rappelle que bien souvent, dans les séries Z ou B de l'époque, même les plus fauchées, on éclairait drôlement bien le film, on tournait dans des scopes majestueux, et on cadrait avec goût (souvent, mais pas toujours).
Pas pu vous parler non plus de MEURTRE SANGLANT II (BLOODY MURDER II : CLOSING CAMP), film américain de 2003 réalisé par Rob Spera (bonjour Monsieur, au revoir monsieur) toujours à 1€ dans les bacs, et encore un slasher, ici sans VO sous-titrée, mais dans une bien sympathique version québécoise, très agréable. Une ou deux scènes réussies. Petite chose, mais agréable un samedi soir.
 
Voilà. Tout cela pour vous dire que, sans que je m'en rende compte, nous vîmes un nombre assez fou de films de sewial-guilleuhs, sans le savoir.
Nous avons encore vu un slasher hier. À 1.50 ou 2€ le DVD dans le bac à soldes, on peut se laisser tenter par PARANOÏD, de Ash Smith, bonjour bel inconnu. Réalisé en 2000 sur le territoire américain, on ne confondra pas ce film avec PARANOÏD, court-métrage éponyme également américain, et également réalisé en 2000, dont le scénario fut inspiré par Stephen King ("Le Maître des côtes d'agneau et de l'andouillette"), et on ne le confondra pas non plus avec PARANOÏD, long métrage également réalisé aux USA, également en 2000, mais avec Jessica Alba et réalisé par John Duigan, dont le hasard complet (et que je découvre en faisant cet article) fait que je vais vous parler du bonhomme dans quelques instants.
 
Pour l'instant, concentrons-nous sur le PARANOÏD qui nous intéresse, celui de Ash Smith. Film extrêmement modeste dans ces moyens, ce slasher des familles a la bonne idée de se passer dans un lycée américain d'une ville moyenne, où quelques années plus tôt, un sewial-guilleuh a sévi. Sarah Falls (l'étrange actrice Shanda Besler) a d'ailleurs perdu sa sœur dans ces tragiques événements. Sarah travaille aussi pour le journal municipal, dans les pages duquel elle s’illustre par des éditos à sensation. Lorsqu’un autre meurtre a lieu (un couple, bien sûr), Sarah rédige un article effrayant, dans lequel elle explique qu’elle voit là le retour du Tueur de Conscience, le fameux sewieul-guillah qui a sévi des années plus tôt et a tué sa sœur. L'article fait sensation et rappelle de mauvais souvenirs, et tout le monde regarde Sarah un peu de travers, surtout après que celle-ci et ses amis croisent la route, une nuit, du Tueur de Conscience lui-même. Notre héroïne échappe de peu à la Mort, mais la police refuse de croire qu'elle ait vu le vieux tueur masqué... Ils mettent donc cela sur le traumatisme psychologique qu'elle a subi dans le passé ! Autrement dit, ils la prennent pour une folle !
Scénario a priori très marqué par le genre, budget avoisinant le zéro, et tournage dans le Massachusetts, PARANOÏD n'a rien pour se distinguer du lot, surtout pas son affiche et son prix qui feront sûrement que lorsque vous croiserez la chose dans le bac à conneries de votre cash-converters local, vous ne penserez pas une seconde à la seule possibilité de pouvoir l'acheter. Et pourtant...
Le film de Ash Smith (qui depuis n'a rien fait, en dehors du scénario d'une série D (si je veux) avec Lee Majors et Michael Paré, pour vous dire l'état de misère dans lequel il doit être) est un OFNI assez étonnant, et nous nous regardâmes, le Marquis et moi, plusieurs fois pendant la séance, sur l'air du "Tu as vu ce que j'ai vu ?". Comme quoi, s'il fallait encore le prouver, faire un film ne se résume à écrire une histoire (ici complètement banale puisque totalement ancrée dans le genre le plus éculé). En effet, le traitement de PARANOÏD est des plus bizarres !
On a d'abord l'impression de voir un film qui, certes, nage en pleine épouvante adolescente (comme tout bon slasher), avec son tueur masqué avec grand couteau, mais dans une drôle de tonalité. Même dans les scènes banales (scènes de groupes, transitions, fêtes, amourettes, scènes dans le lycée), j'ai eu l'impression que la narration était très heurtée, un peu bordélique certes, mais surtout passant du coq à l’âne d'une étrange manière, quasi-poétique en fait. Les screameries du genre sont toujours très linéaires, au contraire. On est dans le cinéma de genre le plus codifié, et souvent le plus prévisible, et ces scénarios-là sont en général diaboliquement sur-explicatifs. C'est quasiment, là-aussi, une règle du genre. Pourtant, PARANOÏD se distingue jusqu'à faire un peu figure d'extraterrestre dans ce monde de codes. Comme je le disais, le découpage scénaristique est très heurté, complètement de guingois, et, encore une fois, fait rare dans ce genre, taille la part belle aux ellipses et non à l'explication outrancière ! Premier bon point donc de ce film qui, dans le ton, est plutôt étrange, et ô surprise, nous prend à contre-pied ! Bien.
La mise en scène fait avec les moyens du bord. Tourné en 4/3, distribution direct-to-video oblige, ça cadre à la hache, et c'est rempli de petits effets tapes à l’œil. Un peu pour faire "film de djeunz" sans doute. Et pourtant, ces effets, ajoutés au découpage narratif, deviennent au fur et à mesure assez troublants, voire efficaces dans certains cas, d'autant plus que du côté de la bande-son, quelquefois ostensiblement vulgaire (techno à trois balles, hard rock satrianesquo-mansonien), on trouve de jolies choses : des thèmes bizarres et iconoclastes, notamment celui, technoïde, joué à la contrebasse (!). Le reste du son est incroyablement stylisé et donne des ambiances bizarres et là aussi à contre-pied. Formellement, c'est dans ce son venu d'ailleurs que se situe le plus grand aboutissement du film.
Et puis, en plus des ellipses de plus en plus béantes et qui font du scénario un délicieux patchwork contenant plus de trous que de pleins, très régulièrement, on se retrouve face à des effets de montages extrêmement étranges, et de belles idées de mise en scène. On peut en citer quelques unes en vrac. Cette scène où Sarah analyse un indice, chez elle, inscrit sur un bout de papier. Habillée en T-shirt et caleçon, elle décide sortir de la maison (!), le bout de papier à la main (caméra subjective). Elle tombe alors sur son boyfriend, qui sort un couteau et la tue sans prévenir, à brûle pourpoint. Cut. Sarah se réveille dans sa voiture (???), ce n'était qu'un rêve, semble-t-il. Mais elle se réveille en voiture, en train de conduire !!! Elle passe alors devant une maison où le tueur vient de frapper. Contrechamp sur la voiture, où un couple de lycéen s'est fait tué. Autour de la voiture, les policiers et le FBI récoltent des indices, et prennent des photos, tandis que dans la voiture, le tueur est encore en train de tuer le couple de lycéens ! Comme si, dans le même plan, deux réalités temporelles (le meurtre et les investigations de la police après le meurtre) avaient lieu dans le même plan. C'est fabuleusement troublant et très poétique. Et le film est rempli de petites bizarreries dans le genre ! Miam miam. On note aussi une superbe séquence d'échappée de Sarah poursuivie par le tueur dans sa propre maison, et qui trouve une issue dans une utilisation complètement non-réaliste des décors, un peu comme l’Alice de Lewis Carroll !
Au final, ce film est vraiment étrange, rempli de bonnes idées. La fin du film est assez hallucinante. Ash Smith construit une séquence quasi-onirique qui va expliquer qui était le vrai tueur, mais nous laisse littéralement dans un trou noir et dans un cri horrible. Le réalisateur, à défaut de faire des images belles à couper le souffle, manque de moyen oblige sans doute, utilise à fond une histoire chahutée dans sa narration et de jolis effets de son qui, alliés à de belles idées de mise en scène, étonnent malgré le côté très brouillon, autant que bizarre, du tout ! Il est alors très dur de dire si Smith est un petit faiseur, ou un réalisateur passionnant en devenir. Le gars semble avoir quand même de vraies idées de cinéma, très iconoclastes, et on se dit que c'est bien intéressant pour un premier film. Que le deuxième, qui sera sans doute plus abouti, devrait être même passionnant s'il poursuit dans cette voie plutôt personnelle. Malheureusement, le manque de moyens de cette production se ressent aussi dans la minuscule distribution du film, et son accueil a été désastreux si j'en juge les commentaires des lecteurs sur imdb.com. Il est donc très probable qu'on n’ait pas de nouvelles de Ash Smith avant longtemps, voire jamais. Dommage, car on aurait bien voulu savoir si le petit gars pouvait transformer l'essai.
 
On a tous nos perversions. Le Marquis et moi prenons un plaisir masochiste, par exemple, à regarder régulièrement un épisode de JOSEPHINE, ANGE GARDIEN, la célèbre série avec Mimie Mathy. C'est nul, c'est grossier, mais on adore ça, et ça nous fait marrer comme des baleines. Le Marquis adore ABBA, par exemple. Il peut écouter de la musique industrielle des années 80, du jazz et du ABBA dans la même journée ! Va comprendre... Une des ses dernières obsessions est le film MOLLY, de John Duigan (que j'ai évoqué plus haut, à ma propre surprise). Je dois dire que les "tu verras, ça va être marrant" du Marquis m'ont fait maintes fois peur devant cette MOLLY qui sera sûrement tout ce que je déteste, c'est-à-dire un mélo larmoyant et manipulateur avec des acteurs en route vers les oscars, de la musique dégueulasse, etc. Et comme vous le savez, parmi tous les genres cinématographiques, il y en a deux que je trouve encore plus nuls que tout le reste : le film à costumes et le film de maladie.
Tous les films de maladie sont de grosses bouses. Sur la centaine que j'ai dû voir (maintenant, je les fuis comme la peste, pas la peine de se faire mal non plus), je n'en ai vu qu’un ou deux de regardables, dont le sublimissime LORENZO de George Miller, qui est un film fabuleux, mais qui est, peut-être plus encore, un film sur le raisonnement scientifique qu'un film de maladie. [D'ailleurs, LORENZO résout la dialectique des films de maladies classiques (pléonasme !) en 8 minutes, et avec une beauté subjuguante, là où les autres mettent 1h30 en recouvrant le métrage avec des immondices de bons sentiments qui puent la ferme, et des effets de mise en scène dignes de Leni Riefenstahl.]
Films laids à 99.96% des cas, et dont le contenu s'adresse aux plus faibles d'entre nous, le film de maladie est le terrain cinématographique le plus miné et le plus traître. Parce qu'ils sont faciles à faire et que se sont de véritables mines de fric à ciel ouvert, on se fait une joie d'en produire des millions, et Dieu sait qu’à moins d'une apocalypse nucléaire mondiale, on produira encore des films de maladie dans 3000 ans. Dieu merci, j'aurai rejoint mon créateur d'ici là.
Le Marquis s'était juré de me faire voir MOLLY. Et c'est marrant, car je lisais une réflexion très intéressante il y a peu, dans le livre SIVA de Philip K.Dick. Le narrateur de cette fiction (qui est K.Dick lui-même, et en même temps pas du tout, héhé !) explique que le masochisme n'existe pas, et que la notion "d’aimer avoir mal" est forcément et ontologiquement absurde. C'est un oxymoron. Une contradiction. Et pourtant, dit Dick, il semblerait qu'il y ait un petit maso enfoui en chacun de nous. Comment peut-on tous être masos, à plus ou moins grande échelle, alors que le concept de masochisme est ontologiquement une vue de l'esprit ? Héhéhé. En fait, quand on sait qu'on va affronter quelque chose de désagréable, de douloureux,  et qu'on va avoir mal à notre corps ou à notre cœur, ce n'est pas tant l'événement lui-même qui est insupportable, mais l'attente qui nous sépare du moment douloureux, et qui est source d'une épouvantable souffrance. Cette attente où nous sommes à la merci du temps, et où l’on ne peut plus rien contrôler, mais seulement s'asseoir et regarder les aiguilles de sa montre, est un moment absolument horrible, fondé sur notre impuissance, et infiniment, mais alors infiniment plus douloureuse que tout le reste, y compris l'événement ! Du coup, on préfère précipiter l'événement, le provoquer, courir vers lui, comme un petit maso. Mais en fait, nous ne le sommes pas. La punition et la souffrance de l'événement sont complètement bénignes à côté de l'attente, qui fait infiniment plus mal. On a donc choisi, sans s'en rendre compte, le moindre mal justement. Et aucun d'entre nous n'est masochiste.
Afin d'abréger mes souffrances, donc, je décide hier soir de voir MOLLY, film culte du Marquis !
Aaron Eckhart (qui jouera dans le prochain De Palma, mon dieu !) est publiciste. Il travaille pour une grosse boîte, et ça marche bien pour lui. Il vit dans un immense hangar lofté à 10,000€ par mois, où il rénove, le week-end, le grand voilier de ses rêves. Sa copine travaille dans la même boite que lui, et elle est très "jolie" (moi, je ne trouve pas, mais bon... Elizabeth Mitchell, pour ceux que ça intéresse), et donc tout va bien merci. Mais Aaron reçoit une lettre qui va tout bouleverser. L'institution qui s'occupait de sa sœur Molly (Elisabeth Shue) va fermer, après que le gouvernement américain ait décidé de ne plus subventionner l'établissement. C'est donc Aaron, son frère qui doit s'occuper d'elle. Et la tâche va être dure ! Molly a 28 ans (ce qui m'a fait rire, car il est évident que Elisabeth Shue est beaucoup plus âgée que son rôle, presque de dix ans), mais a le cerveau d'une enfant de trois ans. Elle ne parle quasiment pas, ne sait pas faire ses lacets, fait pipi dans sa culotte, aligne facilement d'épouvantables crises de nerf, etc. En fait, elle est autiste. Et la tâche sera rude pour Aaron : à cause de Molly, il perd successivement son job, sa copine et sa vie sociale... Il ne supporte plus de s'occuper de cette sœur débile qu'il connaît à peine, et accepte de faire participer Molly à un protocole expérimental sur la greffe de tissu cérébral, malgré le danger que cela peut représenter pour elle. L'expérience réussit et, très vite, Molly acquière la faculté de parler, de lire, d'être autonome, de faire des études, etc. Relevée partiellement de son anomalie génétique, Molly se révèle être une femme sensible et intelligente, et Aaron découvre sa sœur sous un jour nouveau. Elle devient quasiment indépendante...
Très vite, le réalisateur placera dans la bouche de son personnage principal la référence à l'ignoble RAIN MAN, histoire que la pilule passe mieux. En plus de leur médiocrité, les films de maladie se copient  les uns les autres, bien sûr.
Scénario à trois balles dont on devine l'issue trois mille kilomètres à l'avance ; répliques qu'on peut prononcer avant que les acteurs ne les disent tellement elles sont prévisibles (c'est arrivé deux fois pendant le visionnage de ce chef-d’œuvre), et bien sûr, manipulations et gazes lacrymogènes à tous les étages, MOLLY est intrinsèquement un film médium, c'est-à-dire moyen, réalisé pour faire le moins de vagues possible. Les larmes arrivent avec une régularité métronomique, les actes se déploient dans le ronron tranquille de la poétique aristotélicienne, et bien vite, on s'endort complètement, car, comme tous ses confrères, MOLLY ne pousse pas plus loin la réflexion que ce niveau-là : c'est con la maladie, et, attention, tenez-vous bien, c'est un scoop, tenez-vous mieux : la maladie ça fait souffrir ! Que nous dit de plus le film ? Rien, comme 99.96% des autres films de ce genre.
On a compris, MOLLY est fait, une fois de plus, pour les adultes qui ont refusé d'avoir un cerveau de leur âge et qui préfèrent celui d'un enfant de 5 ans. C'est un choix de vie. Evidemment, la production du film, assez luxueuse (beaucoup de décors, d'accessoires, lumière ultra-léchouillée, etc.), remplit complètement ses fonctions de carte postale. Voilà. Sinon, il ne se passe absolument rien. La musique, ignoble, est montée, sans doute, par un ancien officier nazi recruté ici pour sa rigueur scientifique et sa capacité à suivre les ordres. Et surtout, on est très embarrassé pour les acteurs.
Elizabeth Shue est une grande actrice, vue récemment dans un très beau second rôle dans MYSTERIOUS SKIN de Gregg Araki. On vous en avait également parlé à propos du beau LINK, où elle tenait la dragée haute à un Terence Stamp au mieux de sa forme. Cette fille a du talent, c'est évident, et comme beaucoup qui ont eu la chance d'avoir une adolescence dans les années 80 (défuntes à jamais et béantes dans nos cœurs), on garde pour Shue une tendresse réelle et particulière. Elle n'a sans doute pas eu la carrière qu'elle méritait et c'est bien dommage.
Et la voir gogoliser à fond les ballons, et probablement sous ecstasy, est une expérience pénible qui briserait le cœur des plus forts d'entre nous. Quel gâchis ! Shue, professionnelle jusqu'au bout, se soumet complètement au projet, avec une réelle énergie, mais ça n'évite pas le désastre et même le creuse en quelque sorte, dans la mesure ou justement on admire l'actrice, en général. Aucune scène ne rend, bien sûr,  justice à son talent, et un petit chapelet de séquences nous ferait même douter qu'on voit bien la même actrice que celle qu'on admirait jadis, tant elles atomisent l'aura de sympathie sincère qu'on porte à Shue en temps normal. Le film, en plus de la bêtise lénifiante qui semble, a posteriori (et j'insiste sur ce terme) intrinsèque au genre, réduit en miettes ("assassine" conviendrait mieux) complètement notre cœur et notre âme, pour nous plonger dans la plus totale (au sens politique du terme) et la plus glauque des ambiances.
Les autres font quelquefois gentiment leur travail (Jill Hennesy, ici dans le rôle usé jusqu'à la corde de la gentille doctoresse), ou alors se jettent avec la plus grande des condescendances, à l'image d’Aaron Eckhart, dans leur rôle. Ce dernier n'y va pas avec le dos du tractopelle, usant des effets les plus éculés, et sans vergogne en plus. Ses capacités de jeu sont de plus incroyablement limitées, du moins ici. Il faut le voir plisser des yeux et serrer ostensiblement les mâchoires dans telle ou telle scène, alors que son personnage est, sur le papier, censé broyé par le désespoir ! Une vraie horreur.
Evidemment, Le Marquis voue un culte à la chose. Toujours lucide (il sait le véritable niveau du film), il prend, lui, un malin plaisir à voir la guimauve s'étaler, et rit avec une belle malice de l'incroyable putasserie de la chose, en bon dévolutionniste. Le fait que Elisabeth Shue joue dans le film est pour lui une cerise sur le gâteau !
Et c'est sans doute le seul moyen de voir ce film.  Avec ce recul ironique. Pour ma part, je déteste ce genre où je n'ai jamais trouvé (à part LORENZO de George Miller donc, film émouvant mais qui a la puissance lyrique et intellectuelle d'un Ken Russel) une once d'expression cinématographique. Tous ces films de maladie ressemblent à d'immenses films de propagande, et sont intrinsèquement et cinématographiquement fascistes (j’ai dit cinématographiquement, hein ? On est bien d'accord, n'est-ce pas ?), et on ressort de cette éjaculation lacrymale, vraiment pornographique, complètement souillé, anéanti par la volonté ostensible des producteurs de rafler directement la mise en faisant les poches du grand public (ce genre de films marchent toujours). Et on est encore plus triste de voir Elisabeth Shue salie et obligée à faire ainsi le trottoir. Heureusement, depuis, elle s'est rattrapée (elle était formidable dans MYSTERIOUS SKIN), mais ce n'est pas demain la veille qu'elle trouvera, hélas, trois fois hélas, un grand premier rôle populaire où elle pourrait s'imposer aux yeux du grand public comme l'immense actrice qu'elle est.
Ironie du sort, ce film n'a décidément servi à rien, car aucun de ses participants n'a gagné d'oscar ! It's a shame !
 
Fidèlement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
PS : On notera également l’extrême condescendance de MOLLY face au handicap. Le film, sous prétexte de charité chrétienne et de défense de la minorité, remplit surtout les poches de son producteur, et contribue, comme le Téléthon et autres « exploitations médiatiques » (le mot important de cette expression étant bien sûr exploitation), à faire que les handicapés restent complètement ostracisés, ce qui est pour le coup proprement inacceptable. On se reportera sur ces questions de handicap, et aussi de cinéma, à l’article que j’avais écrit sur le superbe FREAKSTARS 3000 de Christoph Schlingensief.
On s’étonne d’ailleurs de l’exceptionnelle putasserie et du voyeurisme de la séquence de 20 secondes où l’on voit, dans le film, de vrais enfants autistes ! Cela démontre complètement ce que je disais dans cet article et dans celui sur FREAKSTARS 3000. Il est évident, à la lecture de cette séquence, que les auteurs et les producteurs de MOLLY n’en ont strictement rien à faire des handicapés (cinématographiquement isolés et mis en apartheid par le film quand même, ce n’est pas rien), et qu’ils ne cherchent qu’à ramasser les sous du spectateur, et peut-être du Ministère de la Santé américain qui, à coup sûr, grâce à cette micro-séquence, a bien dû verser quelques subsides pour financer un peu le film ! Je ne sais pas si c’est un détail pour vous, mais pour moi, ça veut dire beaucoup !
 
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Lundi 17 octobre 2005

Recommander - Publié dans : Corpus Analogia

(Photo : "Genre Mineur Publicité" par Le Marquis et Dr Devo)

Chères Focaliens, Chères Focaliennes,
 
Le salon du Marquis est rempli de merveilles étranges, et aussi d'autres choses qu'on aurait bien du mal à qualifier. On plonge avec délice dans la caverne d'hallalis, baba comme deux ronds de flancs devant les galettes qui s'empilent dans des perspectives vertigineuses. Hallali car parmi les films que j'eus à choisir, je fus attiré une fois de plus par le bas du classement, vers la dernière lettre de l'alphabet cinématographique, puis par cette région assez envoûtante, entre le bée et le z'aide, cette zone ténébreuse où l’on n'est jamais sûr d'être dans une zone ou dans l'autre. Au fond, ce qu'on fait, comme dans ces belles ambiances de planètes inconnues dans la SF des années 80, c'est de l'exploration, solitaire et méthodique.
Il y eut, le lendemain de la vision de PSYCHOCOP dont je vous parlais la dernière fois, une mini-polémique avec le Marquis. On a bien rigolé, mais quand même, c'était chiant, disait en substance le Marquis. Et moi, je suis tombé en esclavage, peut-être, comme disait le poète franco-décédé, mais je persiste et signe : c'était chiant, why not, mais c'était divin, bien plus.
C'est évidemment un film de non-événement, ou plutôt d'événement en forme de boucle répétitive, à la manière de la musique sublime et poubellesque du Drahomira Song Orchestra quelquefois (voir Juke-box à droite, désactivez l'option cross fader et faites surgir la chose en pop-up afin de pouvoir lire cet article en toute sérénité et en musique).
On fait plaisir au Marquis, et en fait, on se fait plaisir, en choisissant DEATH MASK, un classique des bacs à soldes de DVD acheté par le Marquis, encore une fois, pour 0.50 euros, et qu'on ne confondra pas avec l'audacieuse série B super-noire et hypra-sombre, DEATH BED, lui aussi classique des bacs à soldes, plutôt bon film chouchouté par le Marquis, qui finira sûrement par nous en parler un jour.
On se fait plaisir donc, car la vedette de DEATH MASK, c'est Linnea Quigley, très sympathique actrice que le Marquis adore par-dessus tout, même encore plus que Sandra Bullock, chose rare. C'est qu'elle est vraiment sympa, Linnea, et aussi, c'est une figure survivante et atypique du petit cinéma fantastique. Quigley, petite playmate et scream-queen du cinéma bis et B des années 80 à nos jours, est une grande copine de Fred Olen Ray, et de David De Coteau (dont on avait parlé ici pour son LEECHES), avec qui elle tourna CREEPOZOÏD, film très rigolo qu'elle alla même jusqu'à produire. Qu'elle en soit remerciée.
Etonnante, cette Madame Quigley, car, malgré les années et malgré les mutations du marché de la vidéo et du bis, elle n'a jamais cessé de tourner ! 87 films en 27 ans de carrière, c'est quand même pas mal. Elle ballade sa frimousse avec toujours la même énergie, l’œil pétillant, le plaisir ostentatoire et le bikini souvent en berne, dévoilant sa plastique de modèle avec une coquinerie assumée et bon enfant. [On avait mis une photo de la dame sur l'article de BATTLE ROYALE : allez jeter un œil.]
Bref, elle en a de l'énergie, elle en a de la passion. Une bonne femme très attachante, la Linnea, et surtout d'une humilité joyeuse qui la rend très attachante, en plus de sa fidélité au genre, et son "endurance" dans ce paysage mouvementé. Je pensais ce matin, en prenant mon café, à une comparaison qui m'a fait rire : c'est un peu la C.Jérome du cinéma bis, c'est-à-dire une fille qui ne pète pas plus haut que séant, bosseuse, très gentille, simple, et très populaire. Un personnage "gentil", au sens noble du terme.
Autre figure du cinéma également à l'affiche de ce DEAH MASK, mais plus discrète, l'acteur James Best, vieux papy routard (70 ans ici quand même), et qui a porté ce projet à bout de bras, car il est ici également scénariste et producteur aux côtés de sa femme Janeen ! Le bonhomme, célébrissime pour avoir joué le shérif Roscoe dans SHERIF, FAIS-MOI PEUR, la sérié télé, a un parcours de vétéran dans le métier, et ne raillez pas trop vite le bonhomme, qui a joué aussi bien dans des Anthony Mann que dans, par exemple, SHOCK CORRIDOR, le merveilleux classique de Samuel Fuller où il tenait l’un des rôles principaux !
DEATH MASK se passe dans le milieu de ce que les Anglo-saxons appellent les "carnivals", ces rassemblements d'attractions à mi-chemins entre la fête foraine et la foire. James Best est un des plus vieux "artistes" qui travaillent là. Il tient une attraction très bizarre : il sculpte des masques humains mortuaires, c'est-à-dire des visages de gens qui viennent de mourir. Les frissons sont garantis dans son attraction ! Malheureusement, cet art qu'il a hérité de son père, qui était clown dans le même "carnival", est méprisé par le public, qui ne voit dans sa tente d'attraction qu'une plaisanterie de mauvais goût, et surtout un très mauvais show. De fait, son attraction est la moins fréquentée du carnival, et Best a bien du mal à gagner son argent !
Quigley, elle, travaille dans une autre attraction, la fameuse foire aux monstres (où on peut voir de vrais-faux Elephant Men, des chèvres à trois têtes et autres bizarreries plus ou moins truquées de la Nature). Ancienne strip-teaseuse, elle officie en tant que danseuse lors du show du faux-mage en provenance soi-disant directe de Bagdad ! Alors que tout le monde méprise le vieux et ringard James Best, Linnea Quigley, elle, l'a à la bonne, et a une vraie tendresse pour cet homme en fin de carrière et de parcours.
Puisqu'il est désespéré et dépressif (il vient de se faire virer par le patron du carnival, fils du fondateur, qui trahit ainsi la promesse faite à son père de préserver l'attraction du graveur de masque mortuaire à vie), Linnea amène James Best voir une espèce de sorcière dans les bayous voisins. Celle-ci (l'étrange Brigitte Hill, dont ce rôle signe le début et la fin de carrière !) et Best passent un pacte étrange. Par sortilège, elle lui promet, en échange de sa vie et de son âme, de lui donner l'occasion de faire son plus grand chef-d’œuvre : le masque mortuaire le plus beau de tous, qui, une fois pour toute, sera considéré par tous comme une œuvre émouvante et sublime. Best accepte le deal, et repart de chez la sorcière gitane avec un bloc de bois tiré d'un arbre à pendus !
Quelques jours plus tard, le masque (assez piteux en fait, budget ridicule du film oblige !) est terminé et, effectivement, il force l'admiration de tous. Linnea est aux anges. Mais ce masque révèle aussi sa malédiction : quand Best le porte à son visage, les gens qui fixent le masque dans les yeux meurent dans d'étranges et fantastiques souffrances ou accidents ! Peu à peu, le masque mortel vide l'esprit de James Best, qui refuse de s'en débarrasser bien qu'il se doute que son chef-d’œuvre de masque va semer la mort autour de lui...
On l'aura compris, c'est un bon petit canevas de série B classique. Si on trouve ce film souvent dans les bacs à soldes à moins de un euro (et curieusement avec une VO sous-titrée !), prix imbattable, on comprend très vite que le budget du film ne devait vraiment pas être beaucoup plus élevé !
Comme disait le marquis avant de voir le film, le réalisateur Steve Latshaw devait être déjà très jaloux du budget du film ZOLTAN, LE CHIEN SANGLANT DE DRACULA (beau titre !), production pourtant déjà très modeste. Il n'empêche, personne ne fait la tête et tout le monde s'accroche pour faire décoller, ou pour tenter de faire décoller, cette microscopique production, Linnea Quigley en tête, avec son énergie habituelle.
Côté mise en scène, comme disait le poète explosif et décédé lui aussi, c'est pas du Ronsard, c'est de l'Amerloque ! Ça sent le direct-to-video à plein nez, et on retrouve dans ce film le mélange typique de ce genre de productions modestes, à la fois "rentre-dedans" et "patine-dedans", deux forces antagonistes bien connues des amateurs. Pas beaucoup de choses remarquables donc, c'est du carré (ou plutôt du franco de porc) dans le cadrage comme dans le montage, toujours brinquebalants et de guingois, se dépatouillant comme ils peuvent, c'est-à-dire assez maladroitement. Les décors sont réduits au minimum, la direction artistique est maigrelette au possible. Et le tout est assez grandement bancal, donc. On est dans le domaine du plus que modeste, sans aucun doute. Malgré tout, un des postes de mise en scène est encore plus maladroit : il s'agit de la photographie, pleine d'ombres splendouillettes et étranges au résultat plus que douteux, même si de temps en temps, elle est relativement sympathique (dans le bayou par exemple). Les effets spéciaux se réduisent, eux, au minimum, réutilisant à qui mieux mieux un pauvre morphing. Bah, c'est souvent comme ça, ces mini-productions.
[On notera quand même deux bizarreries notoires qui donnent au film un aspect franchement bizarre : d'abord une ultra-splendouillette citation de PHANTOM OF THE PARADISE de Brian De Palma, dans le style "Ethiopie en pleine période de famine" ! Mon dieu ! Par contre, le pré-générique est complètement délicieux, et repose sur une idée complètement improbable, mais qui fait son effet, et qui est ce que le film aura de plus original. En effet, le film commence par un montage des principaux meurtres du film ! En une minute d'introduction, on voit absolument toutes les exécutions qui parsèmeront le métrage par la suite ! Là où d'habitude les films fantastiques essaient de distiller leurs effets et de créer la surprise, cette introduction, construite sur un montage très heurté et vif, lâche d'entrée toute la purée, dans un joli mouvement kamikaze, complètement étonnant et qui provoque assez facilement notre surprise. Je n'avais jamais vu ça ! [On notera d'ailleurs un ou deux effets de montage involontaires mais séduisants (le meurtre au samouraï) et surtout un montage différent de celui dans le corps principal du film, de la mort de la sorcière gitane, montage assez joli d'ailleurs (avec une superposition absente du film), bien que sans doute involontaire !]
Sinon, les acteurs jouent souvent à la truelle, pour notre plus grand plaisir. Les seconds rôles y vont tout en mâchoires et en roulements d'yeux sauvages, ce qui est complètement délicieux ! Talent ou pas, ils y vont à fond les gars ! James Best, acteur, scénariste et producteur, s'il a le rôle principal, ajoute une dimension pathétique à l'entreprise. Sans son argent, il n'y aurait pas eu de film, et du coup, c'est lui le patron. Le monsieur avait déjà 70 ans à l'époque, et sa présence décrédibilise pas mal l'histoire d'amour gériatrique (en un seul mot, comme dirait Desproges !) entre lui et Linnea Quigley, de 30 ans sa cadette, et dieu que ça se voit ! Sa présence et son jeu splendouillet, rural et very-old-school (je parle de Best), apportent un côté mal-foutu et pathétique au film, mais qui donne une étrange lueur, légèrement craspec, à l'histoire du film (la dernière chance d'un artiste ringard qui le mène vers la mort et la méchanceté) qui du coup s'incarne dans l'histoire et aussi dans les coulisses, Best paraissant être lui aussi ringard et usé dans le film, avec son jeu au tractopelle. Cette étrange incarnation par défaut des thèmes du film, qui en dit aussi long sur ses conditions de production que sur le scénario lui-même, est un peu pathétique, et nous gène un peu. Mais dans le même mouvement, elle donne une lueur légèrement bizarre au film, qui devient presque un témoignage sur Best, sur le thème "Comme si ! J'étais un acteur fini ! Comme si !", un peu comme un Gérard Le Normand, des années après, vient pleurer sur plateau de télé où tout lui dit qu'il est un vieux ringard, presque déjà mort ! Et cette façon de se mettre en valeur, lui le vieux croûton, face à Quigley, ici en début de quarantaine mais très bien conservée et pétillante (elle fait encore des scènes de douche sans rougir !) est un peu trop parlante, en quelque sorte !
Linnea Quigley est quant à elle très bonne, de très loin la plus douée du casting, et abat son jeu d'actrice sans prétention et avec sa malice légendaire. Elle donne du peps au projet, fidèle à elle-même, et rend ce métrage plus léger et bougrement sympathique. C'est une excellente occasion de découvrir cette belle et rigolote femme, au physique impeccable mais aussi étrange avec son faux air de Dominique Blanc mâtinée de Dorothée ! [Sauf que vous ne verrez jamais Dominique Blanc faire des scènes de douche !] Linnea est une actrice complètement BDS (explication du concept de personnalité BDS ici) , et bougrement sympathique, et vous verrez que la voir dans un film est toujours un moment bougrement agréable.
DEATH MASK est donc une petite série fauchée, à l'introduction étrange et iconoclaste, un poil bizarre à travers la figure un peu pathétique de James Best, mais largement sauvée par la positive attitude expérimentée de l'énergique Linnea Quigley. Ce qui fait que ce film est un divertissement légèrement ringard, mais complètement sympathique, du vrai cinéma d'exploitation ou de drive-in qui permet de passer une soirée, ma foi, fort agréable.
 
Sympathiquement Vôtre,
 
Dr Devo
 
PS : Je m'aperçois que j'ai oublié de vous dire que Quigley était la jolie punkette du RETOUR DES MORTS-VIVANTS !
 
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Samedi 15 octobre 2005

Recommander - Publié dans : Corpus Analogia

(Photo : "The Moment of Bliss" par Dr Devo)

Chers Focaliennes, Chers Focaliens,
 
C'est le temps des vacances décalées, et alors que sortent deux ou trois films un tout petit peu excitants en salles, je prends la route et m'aventure sur les Terres de mon enfance, dire bonjour à ma famille, longue lignée de non-docteurs. C'est toujours un plaisir pour de multiples raisons (la pluie, les kilos, l'horrible déchirure, à chaque fois renouvelée et toujours ultra-douloureuse, face aux nouveaux bâtiments rasés que j'adorais, au nom de la "salubrité" publique qui, bien souvent, va à l'encontre de ma salubrité propre, etc.). Bien sûr, c'est le temps des retrouvailles avec le Marquis, que nous célébrons en faisant sa fête au cinéma. Pendant quelques jours, c'est le règne de ce qu'on appelle ici l'Analogia, c'est-à-dire des films qu'on voit chez soi. Et avec le Marquis, on a  le choix des armes, puisque, en quelques mois, il a dû acquérir un bon 400 DVD, pour un prix, en général, défiant toute concurrence (je suis sûr que pour la même somme, certains ont du mal à en acheter 20 !). Le voilà à la tête de la Cinémathèque la plus pertinente du monde, et la plus éclectique aussi puisqu'on y trouve de tout ou presque. Un incunable de Welles, un film inédit d'un grand réalisateur underground brésilien, un Nicolas Roeg dont on ignorait même l'existence ou une série Z oubliée de tous, même de son réalisateur. En farfouillant dans nos poubelles de culture, Le Marquis trouve le meilleur par les meilleurs (slogan de TOP GUN !) ou le pire du fond de la piscine du Nul (slogan de mon prochain film).
 
Ça commence fort, que je me suis dit, mais ça ne commence pas forcément mal. J'ai fait ma populaire ! Très fatigué par les heures de route, je voulais choisir un film réputé "facile à regarder", "qui ne prend pas la tête", etc. Ce genre de choses, bien sûr, n'existe pas. Un bon petit Bergman à la fin de votre nuit blanche, ça vous requinque un bon gars en un rien de temps. Je faisais donc ma chochotte en naviguant dans la lettre Z du catalogue, mais en essayant de ne pas tomber sur quelque chose de trop soporifique quand même, la fatigue étant réelle. Ce fut PSYCHOCOP de Wallace Spots qui fut choisi pour trois raisons.
D'abord parce que le DVD avait coûté 0.50 euros au Marquis ! C’est toujours une bonne raison. Et puis parce que le résumé au dos, pour ce qui apparaissait comme une petite série de rien du tout, faisait quand même, très curieusement, une vingtaine de lignes. Nous ne l'avons pas lu, car chez les gens de goût, on ne lit pas les quatrièmes de couverture.  L'affiche était plutôt chouettosse. Et puis, raison ultime, le film faisait partie d'une collection (où il n'y a probablement que ce film, vu la pauvreté de l'édition) appelée : "Les Meilleurs Films de Serial Killer de tous les temps". Parmi les  millions de films de serial killer, il ne fit aucun doute pour le Marquis et moi que ce PSYCHOCOP faisait sans aucun doute partie des meilleurs (juste après M LE MAUDIT !). Voilà un nom de collection marrant, allez vas-y, Mister Marquis, put the music on, ohoh !
 
Superbe édition. Son français 2.0 (stéréo quoi), sans qu'on remarque que ce soit du mono ou non. Ça passe dans les deux enceintes, en tout cas. Une option lancer le film, une autre de chapitrage, et c'est terminé.
On me demande souvent ce que je ferais si je gagnais au loto. Je crois que je monterais dans ce cas une société au capital de 50 euros et que j'éditerais de petits bidules vidéos de ce genre. La belle vie, tranquille... Je m'égare, Samantha, reprenons.
 
PSYCHOCOP... Dire qu'il y a des cons qui vont mettre huit euros dans THE DESCENT, nouveau super-petit-film qui fait ultra-peur sorti ce mercredi (si c'est comme CREEP, préparez votre oreiller et vos lunettes de protection), film recommandé par EUROPE 1 et FRANCE INTER (!!!!), ce qui est sûrement un mauvais signe, et qui est, encore plus sûrement,  la preuve que le film n'est sans doute pas un si petit film, et qu'il a été lancé avec un budget marketing hallucinant et gargantuesque. Mais, shhhh..., le public est persuadé que le bouche à oreille existe...
Dire qu'avec le prix d'une place pour THE DESCENT (qui est peut être bien, après tout... Je vous dirai ça...), on peut s'acheter entre 14 et 16 DVD de PSYCHOCOP !!! Hallucinant, non ? Voilà qui ne laisse aucune excuse à ceux qui, comme moi, idiots que nous sommes, vont encore voir du Diane Kurys !
 
John Carpenter ne se doutait pas qu'en réalisant HALLOWEEN, il deviendrait l’un des maîtres du beau cinéma contemporain, mais il savait encore moins qu'il allait être le papa de milliers de films reprenant le même principe : un type mystérieux assassine des djeunz avec un couteau, et toutes ses variations à l'infini. HALLOWEEN est le papa de tout ça, ou plus exactement le grand-père. Deux ans après, VENDREDI 13, très, très pale copie asmartanique, sort opportunément pour profiter du succès surprise de HALLOWEEN et ramasser quelques miettes, et là c'est la surprise : VENDREDI 13 cartonne du feu de Dieu. C'est parti pour l'ère du slasher, ère toujours pas finie et qui compte des milliers de films. [Je rappelle que le Marquis et moi-même avons consacré une série d'articles sur TOUS les films de la splendouillette série VENDREDI 13 ; utilisez la fonction "recherche " dans la colonne de droite pour les retrouver. Certains sont très drôles, sans nous vanter...]
 
Au bout de la chaîne de l'évolution slasher, chaîne résolument dévolutionniste, PSYCHOCOP.
 
Disons que c'est un groupe de jeunes avec des noms anonymo-stupides, genre Steve, Doug, Eric, le genre de mecs qui sortent avec des Sherryl, Laura, etc. Disons une voiture, les jeunes sont dans une voiture. Ouais. Et disons que... Une voiture de flic au bord de la route... Excellent ! On dit qu'ils... ont peur de se faire arrêter ! Génial ! En fait, c'est un flic, mais en fait c'est un PSYCHOCOP ! Il tue les gens ! Ouais !
 
Une fois n'est pas coutume, en voilà, un résumé qui sait se tenir. Sans me vanter, ce résumé est même assez bien foutu, dans le sens où il montre également comment le film a été écrit. Car je suis sûr que ces quelques lignes, issues de mon imagination, résument assez bien l'état d'esprit du réalisateur et scénariste, Wallace Potts, quand il a écrit la chose. C'est quand même assez cocasse. Il y a des tas de réalisateurs, la plupart sans doute, qui essaient d'écrire un film qui marche, qui cartonne, histoire de sortir une fois pour toutes des années biscottes, où tous les repas toute l'année sont composés de cracottes achetées chez Lidl. Tout le monde essaie d'être dans la place, et en général, cette tactique a le défaut de faire du cinéma une espèce de grand boubliboulga, une sorte de blob qui évolue très lentement, qui se boursoufle toujours un peu plus, et qui n'est au final qu'une grande masse de jelly uniforme et rose bonbon. Inconsciemment ou tactiquement, tout le monde, plus ou moins, copie tout le monde. Et ce qui frappe dans PSYCHOCOP, c'est l'espèce d'insouciance, ou plutôt d'inconscience qui anime Wallace Potts. Son scénario, on l'a déjà vu avant d'avoir acheté le film, et un bon million de fois encore ! Loin d'essayer de trouver un gimmick particulier ou une variation originale, il fait sans s'en rendre compte le scénario le plus banal possible... Une sorte d'idiot pas méchant, presque sympathique, mais un idiot quand même. Et pourtant, PSYCHOCOP est un objet étrange : d'une banalité affligeante, on va le voir, ressort au visionnage une chose très agréable qui va faire que, curieusement, on ne va pas oublier le film comme ça, une fois la séance terminée ! Comme une conversation banale, comme un cousin à la fin d'un repas chez Tata Jeannette, qui vous raconte pour la centième fois une anecdote complètement anodine comme si c'était un événement extraordinaire. [J'en ai connu un comme ça, qui m'a raconté douze mille fois ce jour fabuleux où il a reçu un appel au téléphone qui, en fait, était un faux numéro ! Passionnant, non ?] Mais imaginez que quelque chose d'involontaire vous marque, et que vous vous en rappeliez en détail, des années après, de cette anecdote complètement médiocre et banale... C'est un peu la même chose avec PSYCHOCOP ! Je m'explique.
 
On est vite dans le ton. Nos héros (trois couples de djeunz) sont dans une superbe voiture année 60 rouge, et roulent très lentement sur une petite route. Ils roulent en plein milieu de la route, histoire d'être bien dans le champ de la caméra. Ce n'est pourtant pas dur de faire panoter une caméra, c'est même un peu fait pour ça, mais bon. On comprend que deux des gars ont boursicoté et ont gagné de l'argent (on est en pleines années 80 avec moult pantalons à pinces pour notre plus grand bonheur !). En fait, ils amènent leurs petites copines dans la maison de campagne qu'ils ont achetée. Week-end quoi ? À ce moment là, je me dis, tiens, qu'est-ce que je vais faire ce week-end ? Est-ce que j'ai éteint le gaz ? Faut que je prenne de la litière pour Miaou le chat à Prisunic. Acheter une cravate pour le mariage de Poisson Radieux. Changer l'essuie glace. Ça me gratte sous l'aisselle, tiens. Scritch, scritch. J'aurais pas dû demander une infusion au Marquis, mais plutôt une bière, etc.
Ben oui, ça prend du temps, cette série de plans où la voiture roule au pas devant la caméra, là dans un virage, là dans une ligne droite, là en passant devant un champ... Je regarderais bien TRES CHASSE, moi... Faut que j'aille chez le coiffeur...
Tout d'un coup, une voiture de flic sur le bas côté. Panique chez nos petits jeunes, qui sont quand même en train de descendre de la Kro en cannettes. Je me demande s'il va nous suivre ? Ah non, il ne nous a pas vus. Oh si, le voilà qui nous suit. Ah non, il tourne. Zut, il a pris un raccourci. Passionnant comme le DVD du feu de cheminée, la chose. Chose très réjouissante par contre, la VF est délicieuse. Traduite avec les pieds (de la lettre !) et jouée par une troupe d'acteurs aussi motivés que bien payés, c'est un petit régal. Je suis en train de me laver les yeux, me dis-je, des petites merdouilles du cinéma mainstream... Bon, suit donc un jeu du chat et de la souris sous prozac, avec la voiture du flic... Pour rien ! Nos héros arrivent dans la villa de campagne, et font connaissance avec un jeune gars blond et bodybuildé qui joue le rôle du concierge-homme à tout faire. La nuit tombe et tout peut démarrer. Merci Bernard.
 
Ce slasher est extraordinaire à plus d'un titre. D'abord parce qu'il ne se passe quasiment rien pendant la moitié du film. Et parce que nous, les spectateurs, on a déjà vu le flic psycho en ouverture (une scène mal bidouillée, comme le reste). C'est un acteur immense, près de 2 m, athlétique, mais qui se déplace à trois à l'heure, et surtout, il est persuadé d'être hyper-drôle. Alors on y va, en avant les mimiques. Avant de tuer quelqu'un, le flic ripoux dira une réplique débile censée faire rire. Genre, il trucide un pauvre hère et lui dit, tenez-vous bien, non, tenez-vous mieux : "vous avez vos papiers ?", et il fait une mimique. C’est tout juste s'il ne fait pas un petit clin d’œil à la caméra. Du Bergman quoi ! Très janséniste !
Evidemment, le film perd en suspense, dans le sens où le type, dès sa première apparition (où le Marquis a failli pleurer de joie, tellement il riait), n'est absolument pas effrayant, et même complètement à l'Ouest, par-delà le Bien et le Mal. Quand il s'approche d'une victime, celle-ci fuit réglementairement, mais le psycho flic semble être doté d'ubiquité, et réapparaît toujours au devant de la victime qui, elle, le croyait derrière. Là, il sort une réplique débile ("Je suis là pour vous servir et vous protéger, hihihihi !", très hilarant, surtout la cinquantième fois), et la victime court dans l'autre sens en disant "homondieuohmondieuohmondieu", ce qui est fabuleusement original. Cette espèce d'ubiquité diabolique (on a vu dans le pré-générique que le flic était sataniste (il se lave les mains dans le sang, ou dans le bolino tomate, et même qu'il a la marque 666 écrite au stylo à bille sur la main, sauf que le réalisateur la cadre tellement bien que ça fait un 999 splendouillet et qui, à mon tour, me fit faire pipi dans ma huggie), aurait pu être relativement pas trop méchamment complètement fade, mais Potts est un sacré réalisateur. Il loupe quasiment tous ses contrechamps. Du coup, l'effet de spatialisation n'a plus aucune espèce d'importance. On voit un personnage, et quand on voit son interlocuteur, on a l'impression que la pièce a tourné sur son axe ! Dans certaines scènes, c'est tellement le bordel qu'on se demande combien ils sont dans la pièce, ou alors on se dit : "Tiens, il avait un frère jumeau, lui ??"
 
Il ne passe donc rien. Curieusement, le film ne tombe pas dans la médiocrité et le Xanax totalement. La VF, encore une fois, est géniale. Ma réplique préférée étant : "dehors, j'avais l'impression d'être observé, mais en fait c'était Kincer". Kincer ? C'est qui ? Ah oui ! Ce n'était qu'un cerf ! Et c'est comme ça tout du long ! Les anglicismes toujours bienvenus, du genre : "il n'y a rien que des bières dans le frigo", et autres gourmandises toujours accueillies avec bienveillance, en général, dans ces petites éditions, mais dont la constance, ici, pousse au plus abstrait des surréalismes, ce qui nous a amenés une paire de fois pendant le film à revenir en arrière pour bien comprendre le sens qu'avait bien voulu approcher le pauvre dialoguiste !
 
Curieusement, il ne se passe pas grand chose pour un slasher. 90% des répliques de ce film, pourtant bavard, sont des choses du genre : "Doug, tu as vu ma brosse, je l'avais laissée là ?" [Car un des personnages féminins, délicieusement conne de partout, passe TOUTES SES SCENES à se peigner les cheveux ! Même en prenant son bain ou en allant chercher du bois ! Véridique !] Où est le radio-cassette, il était pourtant dans le coffre ? Il ne reste plus de bières ?? Pourtant, on n'en a bu qu'un pack ! Steve, rends-moi mes baskets ! Quelqu'un m'a volé mon portefeuille ! J'aurais juré qu'il y avait des allumettes sur cette commode !  Où est-ce que j'ai mis mes tampax ? Et ces questions pleines de suspense se résolvent en général par une réplique 15 secondes plus tard, du genre : "Comme je suis étourdi, les clés étaient sur la table !" Vous l'aurez compris, notre Poilant Cop est un farceur ! Ce coulis de scènes de disparition d'objets sur lit de dialogues splendouillets occupe environ 60 minutes du métrage.
Autre constante, les "j'ai la désagréable sensation d'être observé par quelqu'un". Ce à quoi le Marquis a répondu, exaspéré : "C'est nous, sur le canapé, et on est en train de te regarder jouer, idiote !" Ces scènes de "je suis observé(e)" durent, mises bout à bout, environ dix minutes. Il reste 18 minutes, dont 8 de génériques. Et donc 10 minutes d'action, enfin si on peut dire.
 
Donc, le film aurait dû s'appeler : "Conte de la Mi-Printemps (comment j'ai perdu quelque chose)" ! Chose également curieuse, et même pour le coup carrément exceptionnelle dans un slasher, même s'il est soft : il n'y a AUCUNE scène de sexe ni même de french kiss, rien ! Nada ! Un moment, on se dit, ça y est, c'est bon, dans cette scène formidablement inutile (quoique, soyons rigoureux et précisons qu'épistémologiquement, la notion d'utilité est non-opérante pour ce film) où les filles se retrouvent dans la salle de bain pour se refaire une beauté (on se demande bien pourquoi d'ailleurs, car on n'en sait rien : pour passer à table peut-être ?). Deux d'entre elles sont dans un jacuzzi. Mais non, rien. On peut le dire car c'est exceptionnel, et rien que pour ça, il faut absolument posséder ce DVD : parmi les 10.000 slashers réalisés depuis HALLOWEEN, c'est le SEUL, et je pèse mes mots, où il n'y ait pas l'ombre d’un quelconque érotisme. Evidemment, cher lecteur, toi qui n'as peut-être jamais vu un slasher, tu ne te rends pas compte de l'exceptionnalité (euh...) de la chose. Disons, pour prendre une image, que c'est un peu comme si tu faisais un documentaire animalier sans animaux, où LES AFFRANCHIS sans maffieux, ou un film érotico-pornographique en ne filmant que des meubles et sans acteurs ! C'est donc, étymologiquement parlant, bel et bien un film exceptionnel que ce PSYCHOCOP !
 
Evidemment, la mise en scène suit. C’est filmé dans la plus grande absence de quoi que ce soit, comme un talk-show, sans aucune mise en scène. À part trois plans sur les 400 que compte le film. On va donc les citer : un plan où tous les personnages (six quand même !) regardent tous à la fenêtre, citation directe de la série HUIT, ÇA SUFFIT. Un très beau plan (ben oui) où on voit, en plan de demi-ensemble, pris à l'extérieur de la villa, une des héroïnes regarder par la fenêtre, car elle a, pour la cinquantième fois, l'étrange impression qu'on l'observe. On voit alors l'ombre énorme du policier se refléter sur la façade de la maison. Le réalisateur change alors la netteté, et on s'aperçoit que ce n'est pas l'ombre du policier démultipliée par un projecteur, mais sa silhouette en contre-jour ! C’est très beau d'ailleurs ce plan : on croit voir quelque chose, et non, c'est pas ça, et en plus on croit voir une source de lumière, et en fait c'est une lumière contraire. Plan magnifique, idée complexe et géniale... sans doute pas fait exprès, mais c'est génial ! Chez Dario Argento ou De Palma, ça nous aurait fait pleurer de bonheur. [C’est marrant comme le pire des tâcherons peut aboutir à une idée si extraordinaire et si sublimement filmée... Je me demande quelle était sa véritable intention de départ en tournant ce plan ?] Enfin, un joli reflet dans une paire de lunettes, plan très réussi, même si on peut se poser la question de l'utilité de porter des lunettes de soleil en pleine nuit... Voilà... Trois plans : deux sympas, et un complètement fabuleux. Les 99.9% des autres plans sont eux d'un anonymat qui frise la sobriété vantée par Bresson. C'est quasiment du bouddhisme dans son absence d'originalité et de désir.
 
Les acteurs sont évidemment extraordinairement mauvais. C'est un délice de chaque instant. La fille qui, en cherchant sa brosse, arrive dans le champ, les bras ballants, s'arrête pratiquement en regardant la marque au sol, au beau milieu du cadre, puis relève la tête en prenant l'air bien embêté, en courbant les genoux vers l'intérieur, et en posant son index sur son menton. [Une blague dit que c'est pour ça que les Blondes ont souvent une fossette !] Et puis, cette géniale propension, partagée par tous les acteurs du film, à dégager les branches des arbres qui ne les gênent pas, le pompon (girl !) étant atteint  dans ce domaine par une autre actrice qui, lors d'une exploration des bois alentours, dégage une branche "gênante" ou supposée telle, alors que cette dite branche est à un bon mètre d'elle, puis, s'apercevant de sa gaffe, replie timidement le bras vers son torse ! Ça n'arrête pas. L'acteur qui joue le "beau gosse viril" est une grande folle, etc. C'est un délice sans fin !
 
Et pourtant, ce film est loin d'être anonyme. Jouant sur le non-suspense, sur le non-événement, on est en fait dans une logique que nous connaissons bien. Je dis souvent que j'ai compris Tarantino (notamment grâce à mon ami Bernard RAPP, car je n'appréciais guère, jadis, ce réalisateur), lorsque j'ai compris que le Quentin faisait plus ou moins consciemment la même chose que Marguerite Duras dans ses films. PULP FICTION est construit sur un fabuleux procédé. Dès qu'une action a lieu, une autre action jouera le rôle de vecteur contraire et immobilisera, ou plutôt annulera, la première. Le grand talent de ce film, c'est d'avoir fait un métrage sur l'immobilisme, rageant et plein de suspense et de tension, un film où les personnages vivent un drame shakespearien : celui ne pas pouvoir agir ! Ici, dans PSYCHOCOP, et involontairement bien sûr, on est dans une logique complètement durassienne également. Il est impossible de faire une quelconque action, et finalement la somme des mouvements (ici, on n'est pas sûr que les personnages veulent agir, sinon pour s’asseoir près de la table en plastique blanc dans le jardin pour enfin pouvoir la manger, cette merguez-baguette ; d'où peut-être l'absence logique de sexe) aboutit à faire du surplace. On est en pleine logique nouveau-roman, ou au moins en pleine logique perecienne. C’est véritablement un constat de l'Etat des Choses que ce film, qui, du coup, est complètement passionnant pour qui cherche dans le cinéma des voies de narration extraordinaires (au sens étymologique, bien sûr).
 
Et sans pousser les choses aussi loin, et c'est complètement extraordinaire, au vu du bout à bout d'idées poussives qu'est le film dans son écriture et dans sa mise en scène, PSYCHOCOP est très loin d'être ennuyeux. Prosaïquement, on peut dire que c'est incroyablement drôle, ou plutôt divinement cocasse, et que le film, très curieusement, n'est pas ce qu’il devrait être, c'est-à-dire ennuyeux et plat. Au contraire, c'est un moment délicieux, un long métrage de respiration, de suspense (dans le sens de suspension et de génération des possibles). Et on en tire l'étrange conclusion qu’au final, le film, malgré lui sans aucun doute, est complètement original, là où ça devrait être le contraire. On rit énormément, et on fait une véritable expérience de vrai cinéma. Etonnant, non ?
 
Malicieusement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Jeudi 13 octobre 2005

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Sirène ?

Effectuons un petit retour en arrière vers l’année 1973, un an avant le triomphe du groupe Abba à l’Eurovision. Cette année-là, le cinéaste Nicolas Roeg signe une œuvre singulière, troisième film d’une carrière étrange, un parcours extrêmement original, marqué par des œuvres fascinantes comme L’HOMME QUI VENAIT D’AILLEURS ou le superbe WALKABOUT. Nicolas Roeg s’est hélas depuis détourné du cinéma, suite à l’insuccès de ses derniers longs-métrages, peu montrés et maintenus dans un anonymat totalement incompréhensible – TRACK 29, CASTAWAY, TWO DEATHS restent dans l’ombre… Il s’attaque ici à une (libre) adaptation d’un roman de Daphné du Maurier (déjà adaptée auparavant par des films comme LES OISEAUX ou REBECCA).

Suite à la noyade accidentelle de leur fille, un couple (Donald Sutherland & Julie Christie) effectue un séjour à Venise où le mari, architecte, a accepté de prendre en charge la restauration d’une église. Sur place, la femme fait la connaissance d’une médium aveugle qui lui dit avoir eu une vision de sa fille décédée, cherchant à rentrer en contact avec son époux.

 

NE VOUS RETOURNEZ PAS joue avec le thème de la prescience et de la prémonition avec une rare subtilité. Rien à voir donc avec un film aussi « calibré » et prévisible que le SIXIEME SENS de Shyamalan. Non pas que ce film, très représentatif du genre dans la production récente, soit excessivement mauvais. Mais l’ennui avec ce genre de récits est toujours un peu le même : les scénarios distillent tout au long de l’action des indices qui prennent toute leur lumière lors d’une révélation finale, des balises en somme, qui tracent trop souvent un parcours rectiligne et un peu simpliste lorsqu’il est considéré avec un peu de recul. Des énigmes, qui trouvent leur solution lors d’un dénouement plus ou moins habile qui ferme le récit et engonce la perception que l’on peut s’en faire rétrospectivement dans une relecture parfois ludique, mais qui a le revers de n’être qu’une réponse mécanique, pré-formatée, asséchant totalement la saveur et l’attrait initialement ressentis.

A l’énigme, Nicolas Roeg préfère le mystère, et n’esquive jamais les incidents qui vont permettre à son scénario de respirer, d’échapper au registre de la pure démonstration. Son film comporte pourtant des séquences de révélation, de compréhension soudaine, mais qui viennent plutôt confirmer ce que le cinéaste a su préparer par petites touches, progressivement. Seule la séquence finale confrontant Donald Sutherland à sa propre vérité, à travers une découverte imprévisible, absurde et d’une violence étrangement libératrice, se permet, par le biais du montage, une relecture des signes qui ont émaillé le développement du récit. Mais cette séquence, à laquelle Dario Argento rendra un très bel hommage dans son film PHENOMENA en 1984, est mise en scène et montée de façon presque compulsive, insérant dans ce bout-à-bout fulgurant de flashes-back des éléments qui dépassent la stricte relecture explicative en amenant un peu de subjectivité, d’opacité. Un travail de mise en scène admirable, soutenu par une composition lyrique écrite par le musicien Pino Donaggio : c’est en voyant le film de Nicolas Roeg que le réalisateur Brian De Palma allait décider d’engager le compositeur pour son film CARRIE en 1976, suite au décès de Bernard Herrmann.

Le récit s’inscrit ainsi comme un jeu sur le concept du labyrinthe. Labyrinthe d’une Venise hors saison, désertée, à l’architecture superbement exploitée dans ce qu’elle a de ténébreux, de tortueux – on reconnaîtra au passage l’influence qu’a exercé la mise en scène de Nicolas Roeg sur le film ETRANGE SEDUCTION de Paul Schrader. Dans cet enchevêtrement de ruelles et de passerelles au sein duquel s’égare le couple, une silhouette mystérieuse rôde, un assassin insaisissable qui nourrit dans la ville une atmosphère de tension, de méfiance et d’inquiétude. Curieuse destination que s’est choisi le couple pour oublier la noyade de leur fillette que cette ville s’enfonçant dans les eaux. Si d’emblée, Julie Christie accepte les visions de la voyante aveugle (interprétée par Hilary Mason, sorcière adorable et inquiétante des POUPEES de Stuart Gordon), c’est en grande partie parce qu’elle y trouve matière à affronter son deuil de façon détournée en y puisant des certitudes. Plus prosaïque, Donald Sutherland ne voit pas d’un bon œil l’engouement de sa femme pour les contacts avec l’au-delà. Pas plus, du reste, qu’il ne verra du bon œil le labyrinthe de signes, d’indices, de présages, détails accumulés par le cinéaste tout au long d’un récit dense caractérisé par un montage précis et foisonnant, s’adressant autant au spectateur qu’aux personnages de la fiction. En entremêlant dans son récit le passé, le présent et le futur, à la fois dans sa narration et dans les perceptions de ses personnages principaux, Nicolas Roeg nous égare, comme il le fait souvent du reste dans ses autres longs-métrages (ENQUETE SUR UNE PASSION, EUREKA…), mais avec cette différence notable que dans NE VOUS RETOURNEZ PAS, ces balancements constants entre perception et narration sont inscrits dans le projet du récit, dans le thème même de ces visions surnaturelles. Le personnage de Donald Sutherland, méfiant et sceptique quant aux relations qu’entretient sa femme avec le médium, a lui-même un don de prescience, dont il prend peu à peu conscience, mais qui ne lui sera pas d’une grande utilité du fait de son incapacité à comprendre ses propres visions. Belle façon d’aborder un sujet par essence fantastique, surnaturel,  en y insufflant un sens aigu de l’abstraction, une distance qui est celle du personnage de Donald Sutherland, et qui peut être la nôtre : si le film évite le piège de la démonstration plus virtuose qu’inspirée, Nicolas Roeg parvient également à ne pas sombrer dans un travers fréquent des œuvres à la mode dans les années 70 (et dont les pires exemples sont sans doute AUDREY ROSE et AMITYVILLE) qui consiste à vouloir traiter les éléments fantastiques comme des réalités tangibles, des faits scientifiques mesurables et vérifiables – ce qui est encore la meilleure façon de priver ce genre d’approches du moindre soupçon de poésie et d’imagination. Tout le contraire, donc, d’un film comme NE VOUS RETOURNEZ PAS, abordant son sujet avec un sens très personnel de l’angoisse, de l’abstraction et de l’humain.

Le Marquis.

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Mercredi 12 octobre 2005

Recommander - Publié dans : Corpus Analogia

(Photo : "Plus jamais ça !" par Dr Devo)

Chères Barbarella, Chers Buck,
 
De quoi il va nous parler aujourd'hui ? De quoi ? Du cycle CREMASTER de Matthew Barney vu ce week-end ? Du CALMOS de Bertrand Blier vu hier soir ? Du De Palma inédit de 1968 vu ce matin, et en salles s'il vous plait ? Non, rien de tout cela, gratosse, rien de tout cela. Aujourd'hui, j'acquitte ma dette, ou plutôt je règle ma note au Marquis pour être précis, car j'avais du retard. Aujourd'hui, après la déprime momentanée d'hier (voir ici dans les commentaires), votre serviteur, le bon Docteur, reprend du poil de la bête, et surtout se soigne. Avec ce dixième épisode de SAN KU KAI, et donc  dixième article (voir à la fin de cet article les liens menant aux autres épisodes). Réflexion faite, c'est qui le docteur ? C'est moi. Et je sais ce qui soigne, et je sais ce qui guérit. Non pas que ces prescriptions agissent sur tous, non pas que tel ou tel médicament agisse à tous les coups et à tous les corps (ouais, joli !). Mais... C'est le docteur qui choisit, non ? Depuis quand le patient s'auto-médicamente ?
 
Mais non, je plaisante bien sûr. Je ne suis pas aussi présomptueux... Quoique... En tout cas, le docteur ne regarde pas à la dépense, il a toujours autant de potions et il les donne à qui veut faire le pari des expériences. C’est ça qui compte. On ne regrette rien quasiment, et déjà en soit, c'est beau. Entre vous et moi, c'est une histoire d'amour, sans se raser, avec la barbe de trois jours, oooops, tu piques, mais le poète belge a raison. Tout ça, c'est pour toi, cher Public, sous les applaudissements. Tu viens ici quand tu veux. Tu es ici chez toi. Allez, on lève les petites plaquettes ("10, 10, 9, 10, 9, 10 ! 3 ? Mais tu t'es trompé de plaquette, petit Teddy ! Ah oui ! 10 ! Tu t'étais trompé de petite plaquette !"). SAN KU KAÏ, épisode 10.
 
Détruisez la Terre ! Oh oui, bonne idée, me disais-je. Mais je me reprends, je n'ai pas été éduqué comme ça. La mission est plus forte que l'individu. Détruisez la terre, dit le carton en début d'épisode. Parce que c'est le titre. C'est bien foutu. Le Mal serait-il en train de se rapprocher ? Voyons.
 
Ça va pas être un épisode facile, me dis-je. Non seulement le titre est très menaçant, mais en plus, la voix-off introductive, toujours en position stentor, nonobstant (ce mot dont je ne suis pas sûr de la signification, mais qui m'énerve tellement dans la bouche de cette petite pimbêche de Jodie Foster, toujours prompte à nous apprendre le français, c'est désagréable),  cette voix-off, dis-je, est lassée, fatiguée, triste. Je pressens que les choses vont de mal en pis! C'est souvent le cas en ces temps troublés. Voyons.
 
Le Kosmosaur, majestueux dans son beau stock-shot. Komenor et Furya à son bord, en gros plan, mais elle, quand même derrière. La hiérarchie, ça compte, l'ordre c'est important quand on veut conquérir un système solaire. Komenor veut le déclenchement du Plan 2, pour leur, je cite, "montrer à ces abrutis". Fabuleux, me dis-je. Cette série est formidable. Ce sont les personnages qui envoient le plan suivant. Ce sont eux qui font le montage. Ça n'est pas rien, quand même, hein ? J'essaie de me rappeler si ça arrive aussi dans les films de Duras, mais le temps presse. Furya sourit de son rictus sexuel, divin et fourbe. Superbe, la Furya, et tellement rigoureuse qu'elle dépasse le rang du simplement sexy pour devenir quelque chose de l'ordre du divin. Besogneuse, organisée, volontaire, elle n'est pas là pour revendiquer ni quémander, ni accéder à quelque chose de militairement plus haut. Elle trouve sa liberté dans la résolution de sa vocation : deuxième bras gauche (et gris) de la Hiérarchie. Chapeau !
 
Puis, c'est l'hommage au Maître. Un plan du Kosmosaur qui va, va, lentement mais sûrement. On n'entend rien que le moteur qui sourde, c'est majestueux, en approchant Analys. Au plan suivant, une armée de CRStressos garde fermement le palais. Quelque chose de grave doit se passer, pour qu'il y ait autant de figurants (une bonne douzaine). C’est toujours le silence. Paye ton Kubrick, avec 5 euros, 63 centimes, la classe ! Et l'angoisse aussi, car des indigènes font face aux soldats, silencieux eux aussi, les indigènes. Ça va chauffer, ça va être terrible. Tu la sens, la douleur qui monte ? Les indigènes ont un drapeau nazos (de nazi et stressos) entre les mains. On les a placés là, mais apparemment, ils n'aiment pas trop le pouvoir en place.
Roulement de tambour (des soldats stressos qui jouent du tambour sur une planète du XVème système solaire ! Quand même !). Un vaisseau arrive, je l'entends. Stupéfaction : ce n'est pas le Kosmausor, mais sa verticalité Galactique Golem XIII, le tyran en personne, qui s'apprête à atterrir près de son palais fait de larmes, de sang et de divers matériaux, humains compris, importés de force des quatre coins du Système.
Volkor ordonne que tout le monde lève son fanion ! Les soldats obligent la foule (encore 15 figurants, c'est sûrement un dimanche) à obéir. Dans la foule, à la dérobée, Ryu et Ayato déguisés en locaux de amor, et qui décident de partir. "On en reste pas là" dit Ryu. Ayato ne proteste même pas, contrairement à ses habitudes (du genre, "c'est l’occasion ou jamais de démonter le palais avec mon couteau suisse"), et c'est que l'heure doit être sacrément grave. Je commence vraiment à avoir peur. Discours de, je cite, "Golem XIIIème du nom", puis slogan Heil-heil de rigueur. C’est décidément bien triste et bien calme. Déjà trois minutes d'écoulées, et pas un rebondissement, même pas une centaine de plans. Ce n’est plus du Stanley Kubrick, c'est du Stanley Kwan !
Une voix délicieusement hors champs brise la lente mécanique. C’est Ryu : "Alors, qu'est-ce qui t'arrive, Volcor ? On dirait un cochon qu'on égorge." On peut reprocher plein de trucs à Ryu (son sourire, ses vêtements), mais on ne peut que saluer son sens de l'invective et de la métaphore. Volcor lève le regard (en disant : "qui a dit ça ?", quand même !), et là-haut, on découvre Ryu, habillé en Staros. "Je m'appelle Staros". Qu’est-ce que je disais... Mais il n'a pas le temps, pour une fois, de finir sa phrase car des soldats stressos s’empressent d'aller le déloger sur la corniche du palais, en hauteur donc, où il a pris place. Ce sera une cinématographie de la hauteur, des positionnements hiérarchiques et géographiques, comme certains disent de Renoir que c'est du cinéma du réel. Pas de doute. Tout ça, c'est du pensé. Un cinéma du réel qui, bien sûr, n'a pas démissionné et s'honore encore de fiction. En cela, SAN KU KAI est vraiment un cinéma populaire, me dis-je,  ce en quoi il ne prend pas le peuple d’en bas, mais vise haut au contraire, l'élève en même temps que lui-même (le film) s'élève. C'est ça, être populaire, me dis-je, Jean-Christophe A. avait raison : viser l'Elite ! Finalement, quand un artiste s'abaisse, c'est toujours un geste condescendant (le théâtre de rue, par exemple, pour ne pas parler QUE de cinéma, quelle horreur !). En étant condescendant (et en se proclamant "du peuple", ce qui est toujours suspect, car si la logique est bonne, on s'en fout d'où on parle), on présume du bas regard du peuple. C’est proprement scandaleux et nul. Les choses qui brillent au firmament, voilà ce qu’il faut, voilà ce que les gens voudraient, et voilà ce qu'un artiste véritable doit offrir. Dans cet épisode 10, donc, une réflexion sur le géographique et le symbolique, dans le film et sur le cinéma lui-même. Je pense que les Cahiers n'en parleront pas. Evidemment, il y a Renoir. Kubrick Vs Renoir. Vous choisissez qui ? Et plus important, les deux artistes auraient choisi quoi ?
 
Volcor fulmine, en pleine cérémonie, ce jour précis, c'est une insulte. Il lève le regard sur un balcon du palais, encore plus haut : le drapeau streSSos a été remplacé par un fabuleux et métaphoriquement sublime drapeau blanc ! J'adoooore. "Qui a fait ça ?" demande un Volcor à la ramasse et de moins en moins sobre.
Golem XIII reprend le haut-parleur du vaisseau et dit, très finement et avec une ironie qu'on ne lui connaissait pas : "Bravo Volcor ! Ce que tu m'as fait voir aujourd'hui est très intéressant ! Hahahahaha ! Hahahaha !" Et son vaisseau s'envole majestueux !
 
Plus tard à la cafétéria (je vous jure !). Ryu et Ayato discutent avec Kaméji le Bédouin Résistant. Ayato, petit clebs glapissant, se réjouit. Grâce au sabotage de la cérémonie stressos, c'est sûr, les gens vont reprendre espoir. Kaméji montre le peuple dans la rue d'un mouvement du menton (chin acting) et dit que, ben non, on ne dirait pas trop. Contrechamps sur la populace qui baisse la tête et traîne des pieds ! On ne peut plus compter sur leur résistance, les stressos leur ont fait trop peur, ils ont capitulé. Kaméji révèle alors, entre deux gorgées de diabolo citror, qu'il a décidé d'aller sur Terre pour chercher du soutien. Ryu rappelle l'épisode avec Vocéane, l'envoyée de la terre. "Elle ne t'avait pas laissé indifférent, hein Ayato ?". Zoom italien, cut, flashback sur le splendouillet plan d'adieu à travers le cockpit, ce champ / contrechamp de plusieurs centaines de kilomètres !
 
Tiens, encore un coup de voix-off. Connaissance du Monde : on apprend que la distance séparant la Terre de Gloria, le soleil du XVème système, est de 15 années lumières ! 1515 ! Facile à retenir, me dis-je. Et là, ça devient génial. Comme quoi, George Lucas a tout piqué. On voit Vocéane s'adresser au congrès de la terre. En fait, l'actrice parle devant une photo en transparence du parlement japonais ! Bizarrement, elle tourne le dos à son public pour nous faire un audacieux face caméra des familles ! Elle plaide tout ce qu'elle peut... Avec un petit zoom sur l'envoyée du dernier espoir (sans que la photo qui sert de fond ne bouge d'un poil, bien sûr !).
 
Sur le Kosmausor, Komenor est affolé et demande pardon à Golem XIII. En fait, il manque de tomber, et on comprend mieux pourquoi l'acteur était affolé (je rappelle que sur le tournage, on n’avait droit qu'à une prise, ce qui est très sage et très économique). Golem lui dit que, de toute façon, si les habitants du XVème système ont encore un peu d'énergie pour se battre, c'est parce qu'ils espèrent toujours une intervention salvatrice de la Terre (bien écrit le scénar', non ?). Komenor a compris, et va enchaîner au moins quatre mouvements de cape. La muleta est toujours aussi majestueuse et froufroutante. Ainsi, voici l'assignement secret de Komenor (allitération !) : détruire la terre ! D’où le titre. C’est bien foutu.
 
Koménor : « Nous allons construire le plus formidable vaisseau spatial qui ait jamais existé (mouvement de cape). Pour cela, il faut que tu me trouves le professeur Artenos (cape). Il dirige le Centre de Recherche Intersidéral (C.R.I., on je déconne, mouvement de Cape). »
Voilà le texte exact de l’ordre donné par Koménor à Furya, qui sur ce plan a l’air triste ou bien grave, mais toujours resplendissante de chair et d’os. Un simple et sobre « à tes ordres », et c’est parti.
 
À bord du San Ku Kai. Siman fume le cigare, ce qui est assez prodigieux vu l’incommodité de son masque. Ryu et Ayato discutent. Tu crois que Kaméji va faire ce long voyage vers la Terre ? Oui, il m’a l’air décidé. Il parait qu’un professeur sur Belda a les plans d’un vaisseau capable d’un tel voyage (ben voyons !). C’est le Professeur Artenos qui détient tous ces secrets, et il se trouve sur la planète Belda. Oui, oui.
Tiens, voici l’Azuris, le vaisseau  d’Eolia, qui arrive toujours à point nommé pour sauver nos héros d’un danger mortel, ou pour délivrer un aphorisme splendouillet. Elle les prévient des intentions de Golem XIII. Ayato remarque que la Terre est infranchissable pour le Kosmosaur, car protégée par un « écran » (qui projette des films français pour éloigner l’ennemi, sans doute !). Oui mais, objective Ryu (« objective » ?), de temps en temps, l’écran s’ouvre (les Straub, par exemple) pour laisser entrer les vaisseaux, et c’est là le danger. Eolia en rajoute : les stressos veulent enlever le professeur. Ayato comprend vite : avec le vaisseau du professeur Artenos, ils pourront franchir l’écran. [Je croyais personnellement que le vaisseau n’était qu’à l’état de plan… on verra sur place…]
 
Dans son bureau, Artenos le professeur est désespéré. Il ne tournera que dans un épisode, et en plus, l’Institut est détruit (gageons qu’il ne s’agisse pas de l’Institut Drahomira), et les stressos vont nous détruire. Les boules. La fifille du professeur (même âge qu’Anna, et même voix d’ailleurs) vient prévenir que quelqu’un a sonné à la porte. Oui, mais là, j’ai pas le temps, et en plus j’ai mal à la tête. Dis lui de revenir. TROP TARD !, résonne une voix de méchant-méchant. Une flaque de tapioca envahit le salon du professeur. La petite dit : "C’est comme si… On dirait… LA FLAQUE QUI PARLE !" Je reviens en arrière, par pure déontologie professionnelle. C’est bien ça. La Grosse Voix rajoute :  "Oui !" (comme quoi j’avais bien entendu !). La superbe plan d’une chute d’eau sur fond noir qui tombe, mais non en fait, remonte, horreur, dans un joli mouvement ralenti arrière. La Musique du Super-vilain retentit avec son sale petit synthé vicieux et chafouin. Se matérialise alors le vilain en question, en fait un mec avec une combinaison de plongée et des algues sur la tête. « Je suis Algor, l’homme de l’eau. Je suis un Ninjo. » Le professeur, aussi interloqué que nous, dit : « Un ninjo ? »
Gros plan sur Algor, qui de près fait vraiment peur avec sa combinaison bleu roi qui semble avoir fondu sous la puissance des plus puissantes radiations. "Je veux que tu me construises un vaisseau !" Le professeur ne veut pas travailler pour les stressos, alors Algor est contraint de dégainer sa grande épée et de la lui mettre sous la gorge. "Non, ne le tue pas !", crie la petite fille. Furya débarque des cintres, dans un superbe mouvement plané. "Vraiment ? Si tu ne travailles pas pour nous, je tue ta fille !" Au moins, les choses sont claires. Le sens de l’éthique du Professeur ne résiste pas longtemps. Plutôt que de se sacrifier en même temps que sa fille (enfin, sa fille seulement car les stressos, de toute façon, ne l’auraient jamais tué, il est bien trop précieux) et sauver ainsi des milliards de terriens, accepte cette jolie offre d’embauche. Algor se retransforme en flaque d’eau et disparaît avec le professeur, ce qui est, quand on y réfléchit, assez curieux.
Ryu et Ayato débarquent et lancent à Furya. "Lâche la petite tout de suite, ou on te corrige !" Grrrrrrr ! Mmmmmouais !!! C’est ça qu’on veut ! Mais Furya capitule et s’envole à nouveau dans le haut du champs. Là, Ryu et Ayato échangent quelques blagues gays et demandent son nom à la petite fille. "Clémonie" !!!!!!!!
 
Quelle horreur ! Déjà, Pélagie, c’est limite ! Bon, si elle se sort vivante de cette histoire, elle aura un bel avenir, un chouette lycée, une grande université privée que son père lui offrira, et tout le reste, mais ça, elle ne l’aura jamais : un prénom décent. Elle ne le sait pas encore, mais toute sa vie, elle traînera son prénom comme un boulet, et dès qu’elle entrera dans une pièce, les gens riront sous cape ou poufferont. Ils sont comme ça, les gens, ils pouffent. Et pour les garçons, ce n’est pas gagné non plus. Pour se faire  respecter, elle s’engagera comme Commandant dans l’armée stressos, faisant ainsi la honte de son père, et elle tuera par vengeance des centaines de villageois innocents. Voilà comment se développe la guerre… La petite fille, comme si ça n’était pas assez, a un gros accent du Guilvinec (cocasse petit port de pêche dans le Sud Finistère) : elle prononce "stressos" de la manière suivante. "Stresseusses". Décidément, pour elle, ce n’est pas gagné.
 
Comme de bien entendu, Ayato connaît l’existence d’une usine souterraine où le papa du professeur aurait pu être emmené… Mouais, un peu gros ça, non ?
 
Pendant ce temps, Alcor (la puissance industrielle au service de vos missiles sol-sol) emmène le professeur dans la dite usine, où le pauvre scientifique découvre avec horreur que le vaisseau est quasiment déjà construit. Volcor, qui était là assez opportunément, frime à mort. L’ancienne équipe d’ingénieurs que commandait le professeur avant les Événements vient à sa rencontre. Le professeur dit : "Ils vous ont obligés à travailler d’après mes plans ?"
Réponse terrible : non, non, on l’a fait parce qu’on le voulait. Mon dieu ! Quelle horreur, la guerre ! En fait, Volcor a fait un marché avec eux. Ils construisent le vaisseau, et ils pourront s’exiler sur la terre. Visiblement, on ne leur a pas tout dit, aux étourdis ! Le professeur leur explique que sa fille est entre les mains de Furya. Les ingénieurs se mettent à soupçonner que tout ça n’est pas clair. C’est beau, un ingénieur qui trouve.
 
Siman et Sidéro fouillent la base au-dessus de l’usine secrète, en vain. Tout d’un coup, une flaque d’eau apparaît : c’est Algor, bien sûr ! Ce dernier vomit de l’eau par sa trompe caudale, faisant apparaître à chaque gerbe quelques truffions stressos. Ça sent le combat !
 
Pendant ce temps-là, le professeur ne comprend pas ce que les stressos veulent faire sur Terre. Alors qu’Algor, deux scènes avant, avait pourtant hurlé qu’ils allaient la détruire. Licence poétique, disons. Un ingénieur lui fait remarquer qu’une des parties du vaisseau n’est pas sur le plan. Le professeur découvre avec horreur qu’il s’agit d’une bombe ! Une bombe ZX ! [Pourtant, moi, dans ma jeunesse, j’ai eu comme premier ordinateur un ZX81, et ce n’était pas une bombe, avec ses 1 Ko octets de mémoire et le petit magnéto pour charger les programmes (5 minutes pour 1 Ko de programme !). Licence Poétique, là aussi, je présume.]
 
Pendant ce temps, Staros et Le Fantôme (Ryu et Ayato), donnent un coup de main à Siman  et Sidero, en bien mauvaise posture avec les stressos.
 
Pendant ce temps, Volcor demande au professeur de faire décoller lui-même le vaisseau à la bombe ZX, car il n’a pas "l’habitude de piloter des vaisseaux intersolaires !"
 
Pendant ce temps, Ryu et Ayato mettent une raclée à Algor, qui meurt dans de grandes gerbes de sang vert, assez gore je trouve dans une série pour les enfants. Puis, un technicien déverse sur lui un extincteur à neige carbonique, puis la neige prend feu, puis il explose sans rien dire, puis il meurt.
 
Pendant ce temps-là, le professeur a déjà lancé le compte à rebours du lancement du vaisseau. Il en est exactement à 6. Ryu et Ayato débarquent dans la salle des machines (à 2, le temps de tuer des gardes). Ils apprennent  au Professeur que sa fille est saine et sauve. Le papa, ingénieux, arrête le compte à rebours, et Volcor l’exécute aussi sec ! [En fait, il le blesse.] Mais c’est trop tard pour nos héros, car le vaisseau décolle déjà.
 
J’avais oublié de vous dire un truc. Volcor, il y a environ cinq minutes, a tué un des ingénieurs, celui qui avait découvert la bombe ZX. Et bien, en fait, il est dans le vaisseau, et il agonise. Donc, il peut faire exploser le vaisseau. Ouf, la terre est sauvée, grâce au sacrifice qu’un ingénieur a fait et qu’un professeur papa, plus haut hiérarchiquement dans le laboratoire scientifique, n’a pas su faire.
C’est ça, la morale de cette histoire, les enfants. Elle est triste, elle pue le sang et la rancœur, mais elle est vraie.
 
Dans le San Ku Kai, Ayato et Ryu assistent l’affreuse petite Clémonie, scandaleusement (du point de la morale) vivante. En déposant des fleurs spatiales (voir épisode 1) dans le cosmos, elle adresse à celui qui s’est sacrifié pour sauver notre planète : "Dors en paix, toi qui nous a délivrés des monstres !" Encore une qui n’a rien compris, me dis-je ! C’était pas des Monstres, c’était des stressos, et ils sont encore là !
 
Voix-off : « Les terriens n'en savent rien, mais ils viennent d’échapper à la mort ! Comprendront-ils un jour qu’il faut envoyer des renforts dans le XVème système solaire ?» 
 
Et pan, dans la gueule, ami spectateur !
 
Générique. Applaudissements. On lève ses petites plaquettes.
 
Cosmiquement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
Voici l'index des épisodes précédents, je répète, voici l'index des épisodes précédents
Episode 1 : Un vaisseau dans l'espace
Episode 2 : Les Ninjas
Episode 3 : L'envoyée de la Terre
Episode 4 : Le Camp
Episode 5 : L'école abandonnée
Episode 6 : Le Roi Golem
Episode 8: Du sang froid
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Mardi 11 octobre 2005

Recommander - Publié dans : Lucarnus Magica

Mode d’emploi de l’article. En gras, les phrases issues du prospectus. En normal, mes phrases.

"Les téléphones mobiles de dernière génération permettent de filmer en vidéo : c'est la naissance de nouveaux projets artistiques et cinématographiques, de nouvelles écritures de l'image."
 
Sur mon ancien site "Cinémort", je développais le concept de Cinémort (c'est bien foutu), cousin-jumeau des théories devolutionnistes, quelles qu'elles soient, et il fut logique de demander l'asile politique ici, sur Matiere Focale.
 
Les téléphones mobiles de dernière génération permettent de filmer en vidéo, dit-elle, et bien, grand bien lui fasse. Moi, mon PQ (de dernière génération, soyez-en sûrs) me permet de me moucher dedans, autant que de m'essuyer après une grosse commission, et franchement, cette évolution ne va pas marquer la naissance  de quoi que ce soit, et surtout pas de nouveaux projets, et encore plus, vraiment pas de nouveaux projets artistiques. Quoique, ça expliquerait pas mal de choses du côté de certains réalisateurs...  On remarquera également que si du papier toilette peut servir, en cas d’urgence, de mouchoir, qu’une caméra, par contre, ne peut que difficilement servir de téléphone.
 
"C’est la naissance de nouveaux projets artistiques et cinématographiques, de nouvelles écritures de l’image." Ha bon ? Le téléphone portable pourrait servir effectivement pour "de nouveaux projets artistiques". On peut composer ses propres sonneries sur un téléphone portable. On peut donc imaginer des albums composés au portable ! Je ne crois pas en avoir déjà entendu ceci dit. Quant aux "nouvelles écritures de l’image", là, j’y crois à fond coco. Enfin des films qui utiliseront le montage, enfin l’exploitation de l’échelle de plans dont l’absence, dans les films commerciaux et art et essai (qui évidemment sont les mêmes), est souvent décriée avec énergie et sans relâche par mon hôte, le Dr Devo ! Ca, c’est une bonne nouvelle : les cinéastes vont recommencer à faire de la grammaire cinématographique ! Merci SFR ! Ouf ! J’ai vraiment hâte que ces films sortent en salles, l’année prochaine sans doute… J’ai hâte.
 
"En partenariat avec Lille 3000 et le Forum des Images (Paris), la Maison de Folies de Wazemmes propose le premier festival de cinéma consacré aux films réalisés avec téléphone mobile."
Permettez-moi de faire une pause, parce que déjà, là, je suis complètement en train de… Je suis excité, quoi ! Mon rêve devient réalité ! Halleluyah !
 
"Deux jours de projections, d’ateliers, d’installations multimédia (!!!???!) et de convivialité !"
Ben oui, il ne manquerait plus que l’ambiance soit pourrie en plus ! Je n’insiste pas sur le reste, parce que je vais y revenir. Allez, on tourne la page.
Là, il y a plus de texte. Accrochez-vous. [C’est lamentable, le texte n’est même pas rédigé en essémesse, vous savez, ce langage qui a permis de nouvelles formes d’écriture !
 
"2 journées complètes de diffusion (Oh mon Dieu !) : pas moins de quatre-vingt films réalisés sur un téléphone mobile, du court au long-métrage."
Zuuuuubliiiime ! Fous zètes guénials ! Vous fésez des gourts-métraches, mais auzzi des longs ! Je n’en peux blus, j’ai trop hateuh ! 
"Une compétition (tu m’étonnes, nous y voilà !) choisit de distinguer une vingtaine d’œuvres…"
Oui, dans les festivals banals ou minables, c’est un Jury qui distingue des œuvres ? Mais ici, on est au-delà de ça ! Non seulement ce n’est pas un Jury qui distingue les oeuvres (ce qui sous-entend que les prix seront désignés par ordinateur, ou en départageant les concurrents par une course en sac, ou une épreuve de roulette russe), mais de plus, on ne décerne pas de prix, mais "on choisit de distinguer", nuance ! Tous ces films sont formidables, et par conséquent, il serait stupide de récompenser certains, ce qui voudrait dire que les autres sont moins bons. Nous sommes tellement dans l’enjeu du cinéma futur que tous les films sont formidables ! De plus, on "distingue", nuance sur laquelle je reviendrai. C’est l’école des Fans de la troisième génération (comme disait Fassbinder !).

(Photo : amateurs de jeu de go, et non pas de GO ! qui par ailleurs est un très beau film)

"… distinguer une vingtaine d’œuvres (moi, je croyais que c’était des films, mais non, c’est ringard les films, les œuvres c’est bien mieux), créées par des jeunes (les plus de 30 ans : dehors) artistes (je me disais aussi !) venus d’horizons variés (cinéma expérimental, photographie, musique, arts plastiques). Au cours de l’année 2005, des téléphones portables leur avaient été confiés".
Je crois que c’est mon passage préféré ! D’abord, on ne va pas présenter des films de gens qui veulent faire du cinéma (des cinéastes quoi !), mais uniquement des gens des arts plastiques ! De plus, on remarque que le texte montre clairement que le cinéma expérimental est plus proche des arts plastiques, justement, que du cinéma. J’ai toujours pensé que ce cinéma était un ghetto, dans le sens où la grande famille du cinéma n’a jamais voulu accueillir de nouvelles formes de narration. Ma théorie est confirmée au-delà de toutes espérances !
En plus, il fallait être élu ! Ne participe pas qui veut ! Art populaire d’accord, mais n’oublions pas que c’est de l’art pour le peuple. De là à le faire participer, faut pas déconner. Adieu, le message universaliste de la première page, où l’on aurait pu penser que tout le monde pouvait réaliser un film !  Donc, ce sont déjà les artistes intégrés dans le circuit de l’Art contemporain qui ont eu le droit de participer. Et là où c’est encore mieux, c’est qu’on leur a payé un téléphone portable !!! Ça, c’est de la démocratisation : tu n’as même plus à vider ton portefeuille, on te fournit les pinceaux pour que tu sois plus libre… toujours à condition d’être dans la sphère des Arts Plastiques, bien entendu. On admirera la qualité du paradoxe. Pour l’instant, je me sens surtout libre d’aller regarder les courts-métrages !
Les réalisateurs sont de jeunes artistes. À l’occasion du festival, on projettera donc un film de Jean-Paul Fitoussi !  Fais péter le Champomy !
On notera également qu’il a fallu un an à ces artistes pour réaliser leur film ! C’est délicieux. Je me demande s’ils ont reçu des aides financières…
 
"L’équipe de Cartoun Sardines, Théâtre en résidence à la maison Folie, a pu également profiter de téléphones portables." Je suis très heureux pour eux.
 
"La Brasserie de la maison Folie est l’espace convivial du festival. On y projette les sélections du Festival ; des réalisateurs (j’adore cet indéfini) viennent présenter leur film ; on boit un verre…"
Oh la vache !
"Le Dimanche…, à 12H, un apéro/débat posera la question des nouveaux formats (galopin, demi, pinte, pinte XL, etc.). Les réalisateurs invités (différents de ceux qu’on qualifie à l’indéfini, ce ne sont pas les mêmes, sûrement) discutent pour mesurer ce que peut apporter ce nouvel outil dans le champs de la création."
Le cinéma, par exemple, je suppose. J’espère qu’il y aura des petites olives…
 
"Pour décerner les prix du public et du meilleur film tourné pendant le festival (on tourne aussi in situ… La période de préparation d’un an était un échauffement sans doute. J’espère que ça a la qualité d’un Sokourov.), une cérémonie sans smoking (Hoooo, les rebelles !) vient clore cette première édition du Pocket film festival. À l’année prochaine !"
Ça, ce n’est pas sûr…
 
Après, ça continue en troisième page, et c’est assez croquignolet. Cette page est intitulée AU-DELÀ DES PROJECTIONS. C’est vrai que ça va cinq minutes, tout ce bazar, il y a quoi d’autre sinon ?
 
Ben, y’a une rave avec des images mixées des films en compét’. "Dans la plus totale convivialité !" J’adore l’adjectif totale, et je pense que ça va être vraiment le cas. Ceci dit, heureusement que c’est convivial. Il ne manquerait plus que l’ambiance soit pourrie en plus.
 
Après, il y a deux installations par deux Artistes issus d’une prestigieuse école d’art contemporain du coin, qui "présentent une installation faite d’éléments que vous leur confiez par sms (vous savez les petits chocolats qu’on mange au cinéma) au 06.66.66.66.66 (j’ai changé le numéro). Pour vous guider, quelques phrases clés : Qu’est-ce que tu attends ? Qu’y a-t-il derrière toi ? Qu’est-ce que tu fais ici ? Qu’est-ce que tu entends ? Que te manque-t-il ?"
Ha ben voilà, je vais pourvoir participer.
Qu’est-ce que tu attends ? Bon déjà, on pourrait se vouvoyer. J’attends un budget pour pouvoir faire mon film, mais la Commission d’Avance sur Recette n’a pas l’air très emballée…
Qu’y a-t-il derrière toi ?  Attends, je regarde… La porte des toilettes ! Et la bibliothèque aussi ! (N’y voyez pas un lien de cause à conséquence).
Qu’est-ce que tu fais ici ? Ben, mon article !
Qu’est-ce que tu entends ? Le fabuleux morceau KAVALIERE que le Docteur Devo a mis en ligne sur ce site (colonne de droite) par Die Tödliche Doris.
Que te manque-t-il ? Un budget pour pouvoir faire mon film, mais la Commission d’Avance sur Recette n’a pas l’air très emballée. Et il manque aussi la question principale : est-ce que tu viens pour les vacances ?
 
Plus loin, autre événement, intitulé "filmez !".
"Un atelier de tournage est à votre disposition. Réalisez en direct (sic !) votre propre film avec un téléphone portable. Un studio de montage (fichtre !) vous aide à finaliser votre (premier) chef d’œuvre !"
On apprend ici deux choses. Premièrement, on ne vous aide pas à faire votre montage. « On » n’existe pas. Je pense que c’est HAL, l’ordinateur de 2001, qui monte votre film. Deuxièmement, ben oui, t’as le droit de participer, mais hors-compét’, faut quand même pas déconner, pour le fun quoi. Mais ne sois pas triste, ce sera un "Chef-d’œuvre". C’est pas beau, la démocratie ? J’hésite encore entre deux de mes projets qui me tiennent à cœur depuis longtemps : un remake de PSYCHOSE, ou l’adaptation d’une nouvelle d’Arno Schmidt. C’est possible ?
 
Enfin, dernière rubrique : "C’est gratuit !"
"Tout est en accès libre."

J’espère bien, vu le nombre de subventions avec mes impôts !

 

 (Photo : malgré les apparences, il ne s'agit pas des acteurs du prochain film de Matthew Barney (voir plus bas) mais de deux amateurs de Lutte.) 

En conclusion. Ce festival est quand même le plus important jamais créé, sinon dans la taille, au moins dans la portée historique. Je vous livre mes réflexions.
 
1) On est tous des artistes !
2)  Enfin, on va revenir aux bases du cinéma pour le réinventer.
3) Le cinéma pour tous. Enfin, surtout si tu es déjà dans le circuit… de l’Art Contemporain. C’est tout bénef’ ! L’industrie du cinéma est confortée dans son monopole, et les artistes plastiques incarnant le mouvement feront sûrement des choses expérimentales, ce qui permettra de ne pas faire évoluer la narration cinématographique sous une autre forme, sinon celle du ghetto.
On est tous égaux dans l’accès à la caméra… mais les petits cochons plus que les autres.
4) Par voie de conséquence, on a tous gagné ! 10 ! 10 ! 10 ! 10 ! 9 ! Et 10 ! On repose les petites plaquettes. 20 films récompensés sur 80 ! Rapport imbattable. Cette remarque confirme complètement la N°3.
4-bis) Le fantasme "tout le monde fait du cinéma" me fait rire. J’ai assisté cette année à une compétition de courts-métrages lors d’un grand festival organisé dans la même ville, et ici partenaire.
On pouvait y voir une compétition "expérimentale". CQFD.
Il y avait aussi une compétition "amateurs" d’une médiocrité sans fond, des choses nulles et banales, sans aucune idée de ce que pouvait être la grammaire cinématographique.
Un de ces courts était tout à fait bon. Bien sûr, il n’a pas eu le prix de la catégorie. Et d’une. Renseignements pris, le Jury n’a pas vu la dite compétition ! Pas très grave, hein, ce sont des amateurs. [Un d'eux, furieux, avait quand même fait plus de 1000 km pour venir, et à ses frais encore !] Ce bon court-métrage était vraiment réalisé par un amateur, et était assez bon pour figurer dans la "grande compét’". Il est évident que, quand on fait une place aux amateurs, il s’agit bien sûr de récompenser la médiocrité, et surtout de bien garder l’accès au cinéma « professionnel », ou au moins officiel, de tous les manants d’en bas. Pour que tout ceci ait l’air crédible, il faut bien sûr sélectionner le pire des courts amateurs, et placer, comme c’était le cas là, des courts qui n’ont rien d’amateurs. Il y a avait dans cette compétition, en effet, un film irlandais financé par plusieurs organismes officiels, et qui était déjà passé sur Arte ! Très amateur en effet. Envoyez vos courts à Arte, ou encore mieux à France Télévision, et vous allez voir comment ils vont s’empresser de vous diffuser.
5) C’est une évidence mais ça ira mieux en le disant. Depuis quand les nouveaux supports sont source de renouvellement de l’art et de son langage ? Ça me fait rire. Dr Devo rappelait l’autre jour combien le milieu du film documentaire avait râlé lorsque certains avaient osé tourner des films en vidéo ! Maintenant, ils le font tous, avec un manque de perspective et d'originalité effrayant. Bien sûr, entre deux, on est passé du documentaire au reportage, et la télé les vampirise !
La qualité d’une prise de vue avec portable est déplorable. Une autre façon de protéger le ghetto, bien sûr.
Je suis très heureux que mes impôts (enfin, ceux du Dr Devo, puisque je n’habite pas la région !),  servent à faire émerger de nouvelles formes de langage cinématographique.
En quoi, intrinsèquement, cela va changer les paramètres d’expression de ce médium ? Le cinéma, c’est monter des plans avec du son et jouer avec ces leviers. Presque personne ne le fait. Au cinéma, 8 films 10 sont encore aussi cinématographiquement expressifs qu’un film des frères Lumière, ce qui est peu dire. Dire que de nouvelles formes vont émerger est un mensonge débile. Arrêtons de prendre les contribuables pour des imbéciles, et arrêtons  de gaspiller l’argent public sur de tels concepts ineptes valorisant le contenant  (je tourne avec mon portable) plus que le contenu (la qualité du film).
Non seulement les artistes en compétition étaient choisis, mais en plus, tout cela coûte sûrement un fric fou.
Il n’y a donc eu aucune sélection des films au vu de leur qualité ou de leur achèvement.
 
6) Il aurait mieux fallu, bien sûr, organiser une compétition de courts-métrages professionnels ET amateurs, où tout le monde soit logé à la même enseigne. Cela aurait permis d’installer un vrai choix « démocratique », au moins a priori. Et bien sûr, on se serait aperçu que beaucoup d’amateurs font aussi bien que les pros, c'est-à-dire en général, des films aussi nuls !
Je remarque qu’aucun festival ne mélange les deux divisions du sport Cinéma ! Il y a toujours une section amateur, mais à part. Un vrai festival digne de ce nom devrait accepter tous les courts-métrages, du moment qu’ils soient bons, et non sur la validation d’une inscription de visa au CNC !
 
7) Si les Institutions culturelles veulent dépenser le fric du public sur des festivals de cinéma, qu’elles le fassent au moins sur le contenu, et qu’elles arrêtent de nous propagander la tête avec ce semblant de réflexion et de démocratisation. On a compris ici que l’intérêt principal des réalisateurs était d’avoir l’apéro offert !
 
8) Tant qu’un festival de courts mixtes n’existera pas, vous pouvez être sûrs que le cinéma européen continuera à produire des petites bouses, comme dirait le Dr, au kilomètre.
 
9) Le festival a bien dû coûter quelques centaines de milliers d’euros. Pourquoi ne pas avoir fait un concours pour permettre à quelques uns des moins fortunés de posséder un caméscope numérique et un upgrade de leur PC, pour qu’ils puissent faire du montage ? On paie ces gens hors du circuit en leur offrant du matosse, et après, on fait un festival avec ce qu’ils ont fait. Si le résultat est du foutage de gueule, sans montage ni jeu avec le son, on leur reprend leur matériel offert, et on le donne l’année suivante à d’autres pauvres. Et ainsi de suite. Si c'est bon, ils peuvent garder le matériel.
 
10) Un autre sujet intéressant pour un festival de courts aurait été d’obliger des réalisateurs installés à faire des films ayant coûté 1000 euros maximum. Et de voir si la qualité est vraiment moindre, ou pas.
 
11) Et si Dr Devo organisait un Festival amateur ET pro sur son site ?
 
12) Ce week-end, j’étais avec le Dr Devo, que je rencontrais pour la première fois. Bien entendu, après avoir lu ce prospectus, nous avons décidé que, non, finalement, on allait plutôt aller voir les films du cycle CREMASTER de Matthew Barney. C’était vraiment très beau (moyenne du nombre de spectateurs par séance : une douzaine !).
 
Viva la Cinemuerte !
 

Mr Mort. 

(Photo : ben voilà ! Les voilà les vrais amateurs ! Ils ont tout pour réussir. Je n'en doute pas une minute.)

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Lundi 10 octobre 2005

Recommander - Publié dans : Cinémort

(Photo : "T'as pas tout Dit !" par Dr Devo)

Chères Juliette, Chers Daniel,
 
On continue notre bonhomme de chemin, et on revient par la même occasion en France, et bien sûr en Autriche, avec le dernier film de Michael Haneke. Bon, autant le dire tout de go, une fois de plus, ce n'est pas avec la joie au cœur que je m'y précipite avec force lenteur. J’ai même différé la vision d'un jour en allant voir la veille QUATRE FRERES de John Singleton, le Hollywood Night de la semaine, dont je parlerai peut-être un de ces quatre, si j'ai le temps et surtout l'envie. Pas pressé, donc, le bon docteur, comme il n'est pas non plus franchement réjoui à l'idée de devoir aller voir LES FRERES GRIMM, quoique ce sentiment se soit légèrement effacé depuis qu'il entend partout que le film n'est pas la poilade attendue, mais quelque chose de plus sombre... Les gens ont l'air déçu, et c'est bon signe comme dirait le Hyde qui sommeille en moi.
 
Alors évidemment, et une fois de plus, parler de CACHÉ va être encore une fois une tentative de finaliser la fameuse quadrature du cercle. Mais bon, on va quand même essayer, ce qui ne va pas être une paire de manches, mon point de vue principal sur le film étant justement à peine dit dans le film. La moindre verbalisation de la chose pourrait rendre balourd quelque chose qui n'apparaît qu'en filigrane dans le métrage. Pas facile de faire une critique dans ces conditions, et je ne jette pas la pierre, pour une fois, à ceux qui se sont rué sur Haneke pour l'interviewer ! C'est à la fois moins risqué et beaucoup plus pertinent !
 
L'histoire est bête comme chou. Daniel Auteuil (le De Niro français, hahaha !) possède une belle petite maison à l'intérieur chic, qu'il partage avec sa femme, Juliette Binoche, et leur fils. Lui anime une émission de télé reconnue, genre Apostrophes. Et elle travaille dans une maison d'édition dirigée par un de leurs amis communs (Daniel Duval).  Le couple reçoit depuis peu des cassettes vidéos sur lesquelles on peut voir simplement un plan fixe de deux heures, tourné dans la rue en face de chez eux. Un plan de demi-ensemble de leur maison en sorte. Et rien d'autre. Évidemment, on voit Auteuil sortir, ou Madame, ou le fiston qui rentre de l'école. Rien de plus. Voilà qui est fort étrange et intrigue le couple qui, du coup, est légèrement sur les nerfs, d'autant plus qu'ils reçoivent une autre cassette toujours aussi énigmatique, puis une autre, puis quelques dessins enfantins très morbides. Le couple ne comprend rien à rien, et décide d'aller voir la police, qui ne veut rien faire tant qu'il n'y a pas de menace précise.  Binoche et Auteuil sont de plus en plus sur les nerfs, mais Auteuil n'a pas tout dit. Ces cassettes lui rappellent quelque chose...
 
On parle quelquefois ici de scénarios simples comme bonjour qui peuvent tenir sur un timbre poste, et ici c'est quasiment le cas. Et ça ne veut pas dire que le repas est trop frugal, on va le voir. Il est assez dur de donner un descriptif du film qui puisse permettre de s'imaginer son étrange ambiance. On va tout de même essayer. Ça commence par un superbe générique d'une impolitesse extrême qui fut, en salles (n'allez jamais à la deuxième séance de l'après-midi), salué par des commentaires à haute voix, ostensiblement distillés avec une pachydermie remarquable par les membres de ce qu'on appelle le troisième âge, bande de gros malpolis aux mœurs complètement équivalentes à celles des petits djeunz, dont je me fait souvent ici l'écho. [La plus véhémente de ces personnes, personnage haut en couleur, connue de tous les cinéphiles de la ville pour son look Chaperon Miss France complètement suranné, ses 80 ans à béquilles et sa propension à engager la conversation avec n'importe qui comme si elle hurlait dans un haut-parleur (et que je vis une fois envoyer chier un couple trentenaire à la caisse, en leur piquant la place dans la file et en jouant honteusement du fait qu'elle soit handicapée, avec une violence et une impolitesse extrêmes), cette personne, donc, fit à voix haute pendant ce générique contemplatif et malpoli que "c'est un scandale, la taille des lettres", chose qu'elle hurla de nouveau pendant le générique de fin, qui pourtant était en images ! Ce n'est pas moi qui donnerais des sous à Aymé Jacquet, me dis-je !]
Un beau générique donc, qui plonge immédiatement le spectateur dans une immersion impressionnante, d'autant plus impressionnante qu'il ne se passe, à l'image, pratiquement rien. C’est le fameux plan fixe de la première cassette, astucieusement rembobinée parfois, comme nous le dévoilait le film annonce. Puis un petit plan de coupe, puis retour au plan fixe. Cut et Cut. Le ton est donné. Haneke sera ici bien moins ouvert et "baroque", si on peut dire, que LA PIANISTE (et son hallucinante ouverture avec Annie Girardot) par exemple. Ici, c'est plus que de l'épure (même si le scénario l'est, épuré), c'est du vide, beaucoup de vide. Et c'est bien joué du coup. Avec un air de ne pas y toucher, respectant ainsi complètement et au-delà de nos rêves le concept de home-video, Haneke permet, dans ces circonstances, de mettre en saillie tous les éléments signifiants de son film. Du coup, on est très étonné. Il y a si peu, et c'est tellement rempli. Beau paradoxe où l'on s'investit à fond, malgré nos résistances de casting sur lesquelles je reviendrai.
Tout ressort donc avec une sacrée force. Le nombre de leviers que Haneke actionne n'est pas pauvre, mais réduit. Par contre, à chaque fois que quelque chose bouge, parfois à notre insu, ça se sent bougrement, avec quelque chose de diaboliquement... malicieux peut-être, car oui, malice il y a, même si, pendant et après la séance, ce n'est pas vraiment le premier mot qui vienne à l'esprit pour qualifier le film. Là aussi, on va y revenir.
Pas beaucoup de notes jouées donc, mais ça joue quand même, avec un étrange sens du relief. Car le film est incroyablement ouvert, et même carrément populaire, grand public, même si le public, peu habitué aux choses un poil décalées, trouvera le tout à moitié ou complètement expérimental (ce que le film n'est pas vraiment, donc). Et il est même largement ouvert, voire didactique, grâce justement à son dispositif simple, mais astucieux, qui montre justement que le cinéma n'est surtout pas une affaire de scénario (le scénario étant en plus ici très bien écrit). Répétition on et off (dans le film et sur les cassettes), plans subjectifs ouvertement, plans subjectifs en loucedé (sans le dire), plan répété sans son, puis avec son d'ambiance, puis avec son réel, puis en son complètement fabriqué, plans répétitifs et répétés, mais aussi plans différents (différentes prises dans différentes scènes) ayant valeur de plans répétés quand même, etc. Ça explique, ça montre et ça démontre, en surfant justement dans l'imagination et la cohérence du spectateur, sur la frontière entre le non-signifiant, le vide et le complètement signifiant, le primordial. La frontière est tracée d'une ligne à peine visible, mais visible. Le jeu de nuances est calme et minimaliste, mais attention, les nuances sont ressenties avec une force, voire une violence (surtout dans les plans anodins) complètement spectaculaire.  Pour résumer, le film est un concerto joué très calmement, mais qui déferle sur nous avec la force d'une tempête, sous crâne mais quand même.
Le montage est donc diaboliquement gratuit et précis, ça cute tout le temps avec anxiété, et le cadrage, lui aussi en forme de "mine de rien", atteint sa cible à l'aide d'une belle et classique échelle de plans. Back to the roots, en quelque sorte (et toujours placer une expression hype en anglais dans une critique, si on veut être pris au sérieux !). On n'hésitera pas, par exemple, à faire des plans ouvertement signifiants et importants, mais qui, en fait, dans leur composition ou dans leur statut, n'auront pas grand chose de plus que les plans bruts et non montés des cassettes vidéos, degré zéro de toute chose. On comprend bien que, malgré le sujet, on est très loin, mais alors à des millions d'années lumières, de LOST HIGHWAY, contrairement à ce qui a été écrit ici et là par quelques professionnels placés en haut de l'échelle alimentaire, d'une façon que décrit complètement le film par ailleurs.
 
[On note aussi dans cette vraie leçon (professorale et "cul nul" devant tout le monde) que la direction artistique est sublime. Le mobilier de la salle à manger, avec ces chaises d'école de designer, la chambre du fils (hahaha !) avec les posters aberrants que Haneke cadre avec un malin plaisir en faisant semblant de cadrer son actrice, etc. C'est remarquable !]
On essaiera de ne pas en dire plus. Le jeu est suffisamment dépouillé pour ne pas le gâcher. Ça se voit en salles (et surtout pas en DVD, faîtes un effort justement). [Une note cependant : le film fonctionne exactement à l'opposé des films art et essai dépouillés de ces derniers temps. À l'opposé de KEANE dans sa première partie, par exemple, ou dans le dernier Gus Van Sant, ou mieux encore dans son décevant ELEPHANT. Ou encore BROKEN FLOWERS. Une mise en scène dépouillée n'est pas une mise en scène morne ; et c'est d'autant plus généreux comme geste, de la part d'Haneke, que son film, contrairement à ceux de Kerrigan ou de Jarmusch, ne joue pas sur l'empathie automatique pour les personnages (défaut de scénario, minoration des enjeux et gros sentimentalisme, je pense) mais sur des personnages ici plutôt difficiles, et pas forcément sympathiques, même s'ils sont dessinés sur des bases banales, ce qui stratégiquement et sémantiquement, là aussi, est d'une intelligence remarquable.]
 
Un peu de people maintenant ! [Faire du people sur ce film ????] Dieu sait que je n'aime pas Daniel Auteuil. Ce n'est pas le pire acteur français, mais rien en lui ne suscite mon intérêt, c'est le moins que l'on puisse dire, et en général, il a même, malgré lui et à cause de moi, un rôle d'horrible repoussoir, comme souvent les stars françaises. La Binoche, pareil, mais avec ce secret espoir qu'on la voie très bientôt malmenée par Abel Ferrara !
Bon, ces deux-là, ils ne m'excitent pas. Voilà. Et lui, encore un peu moins. Quant à Juliette, elle a pour moi, comme Jodie Foster d'ailleurs, l'image d'une actrice de films de "maman du petit Juju", figure symbolique et maternelle très contemporaine que je déteste franchement (cette figure de la "maman du petit juju" est un phénomène de société, et pas du tout propre au cinéma, bien sûr).
Malgré tout, et malgré mes craintes surtout, et bien non, ces deux-là ne m'ont pas dérangé du tout. Auteuil est constant, quasiment sans accident, ce qui marche incroyablement bien, entre non-jeu et jeu théâtral du pire métal, ça fonctionne bien, dévoilant des nuances banales mais certaines, et colorant d'un blanc signifiant les événements du film. Il semble se soumettre à ce jeu froid avec, non pas un réel plaisir, mais une certaine rigueur. Quant à Binoche, là, c'est plus expressif. Son jeu est ouvertement plus dramatique. Et là aussi, le contrepoint est assez délicieux avec Auteuil. Casting imposé peut-être, mais très bien dirigé, là aussi dans le sens du banal, et surtout très bien coupé, encore une fois, à l'image de cette prise hallucinante sur Binoche (la première fois qu'elle s'énerve ouvertement en plan rapproché, et s'en prend à Auteuil). Elle bafouille, s'accroche, se débat avec sa réplique, complètement en colère. Sublime idée que d'avoir gardé cette prise pour deux raisons, voire trois. D’abord, parce qu’aussi improbable qu'elle soit, cette prise permet une certaine violence, presque hors-film, complètement anxiogène et délicieuse. Deuxièmement, stratégiquement, c'est très bien vu, et bien amené dans l'échelle de plans d'ailleurs, en ce sens que le plan est, en plus, assez long, ce qui est d'autant plus appréciable. Le plan contribue en cela à insuffler de l'artificiel, face à une situation d'improvisation "forcée" en quelque sorte par l'incident de jeu, là où le film, malgré les apparences, doit avoir des dialogues sculptés au scalpel ! Enfin, le décalage entre la voix, en train de sombrer et de se tromper, et le corps, furieux et complètement juste (lui), est une sorte d'abîme complètement vertigineuse. Quel brio ! À travers ce plan, on reconnaît là un des points fondamentaux de ce film : son extrême maîtrise, son complet calcul (et donc son artificialité), et sa précision chirurgicale, sans en avoir l'air. Une construction de l'accident qui est bien passionnante en tout cas.
Le reste du casting suit. Maurice Benichou, habitué aux seconds rôles un peu fades, est extraordinaire. Et Annie Girardot, une fois de plus, est complètement fabuleuse et à son aise, comme un poisson dans l'eau encore dans l'univers de Haneke, univers qui, pour elle, doit sembler être fait sur mesure. [C'est elle et personne d'autre qui pourrait jouer le rôle de Duras au cinéma ! Et non pas l'autre sans béquilles...]
 
[Une note encore sur le montage : vous avez remarqué comment Haneke met ostensiblement en valeur Daniel Duval, notamment dans la scène du repas. CACHÉ est bien un film de suspense en forme de slow-burn. Là aussi, dans cet isolement par le montage, on retrouve la volonté didactique de Haneke de travailler sur le suspense. C'est un thriller dans lequel se cache un autre propos. Un cheval de Troie, en quelque sorte, d'autant plus efficace qu'il est ostensiblement décrit comme tel, et que la porte du cheval est complètement ouverte !]
 
On pourra s'étonner que le film ait reçu le Prix de la Mise en scène à Cannes, tant il est malpoli. Et en même temps, on comprends pourquoi le jury cannois a cru voir un film à la place d'un autre ! C’est délicieux. J’aimerais bien savoir ce que le dit jury a compris au film. On peut spéculer, quasiment sans se tromper, que le jury a d'abord voulu récompenser l'austérité de façade du film, comme ils récompensent à tour de bras les Gus Van Sant. De plus, ça m'étonnerait peu qu'ils aient mal  perçu le discours du film, complètement éthique et jamais politique ! Or, la seule scène où la politique est ouvertement abordée a dû séduire au plus haut point. Cannes est toujours friand de messages à l'humanité puérile. Or, c'est précisément là que Haneke met le ver dans la pomme. L'horreur ici décrite est d'abord celle du petit bourgeoisisme le plus rance, complètement partagé sans doute par toutes les classes sociales ! (Très malpoli, ça ! J'adore !). Cette horreur est celle du couple tournant à vide, et de ce petit-bourgeoisisme donc, ici attaqué dans ce qu'il a de plus précieux : sa maison, son home ! Une fois le bunker vacillant sur ses bases, tout éclate. Et dans cet effondrement immobile, on retrouve deux fantasmes majeurs du petit-bourgeoisisme. La famille (le foyer donc), c'est le sacré, mon fils ma bataille, et justification de toutes les violences, alors même qu'il repose sur une morale ostentatoire qu'on s'empressera de voiler à la moindre occasion et à la moindre crainte. La morale, OK, sauf quand tu touches à ma famille ou à ma maison ! De ce point de vue d'ailleurs, les arabes semblent respecter un jeu qu'ils sont pourtant sûrs de perdre. Le classement social marche à fond. L'autre fantasme, c'est que tout ne peut pas être pire, fantasme sous lequel court, justement, un autre, contradictoire : le pire doit arriver... et surtout pas chez moi !  En cela, Auteuil-Binoche semblent avoir le pouvoir.
De fait, dans ce milieu, on soigne les relations sociales, son sens moral et cette douceur de vivre. Et on peut émettre l’hypothèse que justement, ce qu’Auteuil ne peut supporter, c'est que les événements auxquels ce jeu de cassette est lié, et ce qu'il pense des événements, contredisent complètement sa position sociale. Ce n'est pas tant l'enjeu passé qui le dégoûte et le perd, mais le fait que son sentiment profond et son histoire concrète contredisent complètement l'image de tolérance qui le fonde et fonde son foyer. Le film insiste beaucoup sur les soutiens sociaux, sur le réseau d'amis (la femme qui n'ose pas rentrer dans la maison, le couple d’amis qui ne peut pas sortir), sur la cohésion sociale... de ce petit groupe ! Et uniquement ce petit groupe. Or, l'expérience de Auteuil contredit le groupe, et celui-ci souffre en fait non pas de la violence muette de la situation provoquée par ce chantage, mais du fait que l'événement contredise tout ce sur quoi est basée sa vie de tolérance ! Même sa souffrance est petite bourgeoise ! J'adooooooore. Plus malpoli tu meurs, bien sûr !
 
Il ressort qu'on entre dans ce film comme dans du beurre, et qu'on y reste largement prisonnier. Haneke donne à voir tout ce qu'on veut, mais il rajoute tout ce qui nous est proprement, viscéralement et socialement intolérable. En cela, il viole tous les tabous de l'époque. Le thriller permet de faire passer la pilule en apparence, ou plutôt de mieux nous la recracher à la figure, sans concession. On est donc excité et inquiet constamment, puis finalement, nous tremblons littéralement sur nos jambes. L'anxiété et la peur ont rarement été si palpables, tant qu'on est sûr que Haneke pourrait nous balader là où il veut. Et ce n'est qu'au terme d'une longue dernière bobine que Haneke, contrairement à ses personnages, refuse la violence et impose l'éthique. Personne n'a triomphé dans le film, mais Haneke, droit dans ses bottes lui, a marqué un sacré point.
 
Justement Vôtre
 
Dr Devo.
 
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Samedi 8 octobre 2005

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi

[Photo : "Page 100 (Hommage à Peter Sotos)" par Dr Devo]

Chères Mireille M., Chers Pascal S.,
 
On y revient toujours, à ces fameux articles de rattrapage, un peu curieux en fait car dans le passé (proche), je voyais certains films et les passais sous silence, parce que..., wouw, la flemme un peu, et la peur surtout de me répéter. Mais me voici en ce moment revenu à une rigueur plus scientifique, et puis on admettra finalement que je ne peux pas porter sur mes pourtant larges épaules tout le poids du paysage cinématographique français, et s'il est terne, il est terne, c'est pas de ma faute à moi, comme dit la jeune poète.
 
La dernière fois qu'on a parlé de Russie (abus de langage, je sais bien, mais faisons simple), c'était à propos du MIROIR de Tarkovski, vu pour zéro euros, gratosse, dans un grand centre d'Art contemporain des environs, luxueusement équipé de deux salles de cinéma dont une très belle, et où en général on se retrouve à une quinzaine (des fois une quarantaine, mais jamais plus, malgré le prix défiant toute concurrence) pour voir du Tarkovski, du Straub, du Franju ou du Derek Jarman. Voilà qui en dit long d'ailleurs sur le public cinéphile. Ce centre d'art est également une école d'art. Donc, quand je dis qu'on est quinze en salle en général, il faut compter bien sûr un pourcentage important d'élèves. Sachant cela, je pose la question : où sont les cinéphiles ? Le centre est à portée de métro d'une grande ville française, le prix est nul, les films sont souvent bons (même si on doit, de temps en temps, se taper un Moretti ou un Renoir), et souvent rares (voir un Derek Jarman en province n'est pas chose aisée quand même). À l'Université,  il y a un cursus art, culture et cinéma. Les deux cinés art et essai marchent quand même bien, mais où, où sont ces gens quand il s'agit de venir voir un Jarman ou un Straub ? Là, ils n'ont plus d'excuses : pas de queue, entrée gratuite, pas de problème de parking, et on y est en dix minutes à partir du centre ville ! Tout est fait pour qu'on soit une bonne centaine à chaque fois, et au final, c'est loin d'être le cas ! Quelle honte ! Faudra pas se plaindre quand l'art et essai se réduira à Eastwood, Jarmusch (que j'aime beaucoup), Almodovar et Allen ! Et bien sûr, quelques bouses réalisées dans les pays émergents, plein de bons sentiments et de politique pour enfants de huit ans. Passons.
 
[D'ailleurs, ce week-end, il y aura dans ce centre d'art une orgie de films sublimes et hyper-rares : le cycle des CREMASTER de Matthew Barney ! Et flûte, allez dans allociné.com pour avoir la ville et les horaires ! Si jamais ils font payer le ticket, sachez que le prix "normal" de la place est d'environ trois euros !]
 
Back in the U.S.S.R. donc, avec NIGHT WATCH, titre sublime, encore dû à l'inventivité folle des amibes en haut de la chaîne alimentaire du cinéma (c'est très devolutionniste, décidément, le milieu du cinéma), j'ai nommé nos amis distributeurs, étrangers cette fois, puisqu'ils ont vendu internationalement le métrage sous ce titre, alors qu'il existe déjà au moins 4 ou 5 films récents portant ce nom ! Chapeau les gars !
Je ne vais pas m'hasarder dans une description du film trop précise, notamment parce que j'en serais incapable. Russie donc, au XIIIème. L'armée du Bien affronte celle du côté obscur, et c'est une boucherie sans nom. Les deux leaders stoppent la bataille et s'entendent sur un statut quo. Les deux camps vivront en paix relative et se répartiront les taches de gestion. Bien. Et une nouvelle règle : on ne peut pas obliger quelqu'un à rejoindre un camp ou l'autre. Libre arbitre de rigueur donc. Côté mal, ce sont des vampires. Côté bien, ce sont les Nightwatchs, gestionnaires du dit statu quo. Les uns sortent la nuit, les autres le jour, histoire d'éviter les frictions. Et ça dure comme ça dans un relatif équilibre, pendant des siècles.
En 1992, le héros, un pauv' quidam quitté par sa zessgon, découvre lors de circonstances étranges qu'il est un nightwatch qui s'ignore. On l'embrigade sur le champ. Le voilà qui fait donc, de nos jours, 12 ans plus tard, la police chez les vampires qui ne respectent pas le statu quo. On lui demande de retrouver un petit gamin de douze ans (l'âge qu'aurait pu avoir son fils qu'il ne connaît pas, tel le gitan) qui serait une sorte de super-messie indécis qui pourrait, malgré lui, faire basculer l'équilibre en choisissant son camp. Il faut éviter que les vampires ne lui mettent la main dessus, sinon ça sent la catastrophe...
Bon, ça c'est fait.
On s'étonne encore de voir que certains pays arrivent à faire des films à effets spéciaux, mais c'est assez logique devant la relative démocratisation de ces dits effets (pour peu qu'on fasse le deuil de vouloir des effets aussi léchés que les grosses prods US). Avant, les gros studios américains avaient des effets spéciaux terribles, quand les autres pays fabriquaient des poupées en plastoque dans leur cave pour les imiter. Maintenant, la différence de niveau est moindre, et d'une. Et puis, la politique des studios a changé, et les habitudes de production des pays non-américains aussi. On coproduit à tout va, et les montages financiers se sont diversifiés. Donc, nous voilà ici en présence d'un film russe bourré d'effets spéciaux, et adapté, bon plan marketing, d'une série de best-sellers locaux, promesse d'une trilogie de films à venir (le N°2 est en tournage et le N°3 en pré-production, cqfd).
Le film commence par une bizarrerie splendouillette au possible. Je vis bizarrement le film en VO, puisque MON cinéma pathugmont met la gomme en ce moment, de ce côté là. Bien. Et bien figurez-vous que lors de la longue introduction nous expliquant le contexte du film (la scène de bataille au XIIème en forme de flashback style SEIGNEUR DES ANNEAUX), la voix-off (oh no !) est en anglais, avec un petit accent slave bien convenu, avec roulage de R apparent. Ah, si j'étais riche-euh, lalalala, lalalalala ! Très exotique. Bon, me dis-je, pas de panique, c'est la version internationale en anglais, ce qui est assez logique vu que le film est distribué par la Fox (eh oui, vous ne pensiez pas quand même que c'était un petit film russe qui n’arrivait sur vos écrans qu'à la force du poignet, grâce à son mythique succès en territoire indigène, succès mythique (à vérifier) sur lequel d'ailleurs le marketing du film insiste drôlement ; un film qui marche, même indépendant ou art et essai, même avec un budget modeste, est un film qui a reçu un énorme paquet de flouze pour sa distribution. Le fameux "bouche à oreille positif" n'existe plus, c'est un mythe, ou plutôt si, il existe mais il sert uniquement à départager les gros blockbusters, ou justement les films qui bénéficient d'une pub énorme, du dernier Lucas à ce NIGHT WATCH, en passant par le dernier Eastwood).
Donc, premières dix minutes en anglais. Le film va être en anglais, me dis-je, c'est cynique mais c'est franc. Et bien non ! Une fois passée l'intro, retour au russe ! Je n’avais jamais vu ça, et ça m'a fait rire. J’ai pensé à mon camarade, Mr Mort, en me disant que ça le ferait marrer et que ça confirmerait ses théories !
D'abord, déconseillons ce film aux épileptiques et aux femmes enceintes. La première bobine, puis plus tard les "grosses scènes", sont toutes montées par Mr Plus : plus de plans, encore plus de plans, encore plus de plans. Jan Kounen, à côté, c'est Duras ou Antonioni ! Et  l'argent du film a été très bien investi, puisque l'achat du logiciel d'effets spéciaux After Effects, très cher, plusieurs milliers de francs, 5 ou 6, est largement rentabilisé. Ils ont fait chauffer la bécane, les petits gars, le Mac a dû tourner à fond, et le tapis de souris doit être bien usé ! Comme dirait le Marquis, c'est des effets à chier partout ! Des effets, dehors, des effets dedans, des effets le jour, des effets la nuit, des effets dans le frigidaire et aussi dans les toilettes. Faut pas être allergique.
Alors évidemment, pour un plan plutôt soigné ici et là, la plupart d'entre eux sont faits un peu à l'arrache. Et ce n'est pas forcément un défaut, ça ne jure au final pas tant que ça avec la production US. Ce n'est ni plus laid, ni plus beau. C’est juste un peu différent. Et l'avantage du système, c'est que, pour pas cher, on peut faire 5000 effets là où on n'en aurait eu que 20 en les faisant réaliser dans des grands studios spécialisés. Donc, sur le nombre, il y en a beaucoup plus de réussis que si on avait choisi l'option coûteuse. C'est comme dans un film de Zucker-Abraham-Zucker : si tu fais du comique léchouillé avec un gag à la fois et cinq gags par séquence, tu as moins de chances de faire rire que les ZAZ qui, eux, en deux minutes, ont largement le temps d'en placer une quarantaine !
Le fond du film lorgne donc sur une ambiance mythique, avec un univers qui a sa propre logique, ses propres mythes, ses propres réseaux d'accessoires et  de détails. C’est un peu un film destiné à faire des fans, c'est-à-dire à entretenir le futur culte, un peu à la MATRIX, STAR WARS ou LE SEIGNEUR DES ANNEAUX, dans le sens où les détails sont faits pour qu'on spécule sur la cohérence d'un univers créé de toutes pièces. Ça va jaser sur les forums en quelque sorte, ce qui est fort bien vu d'ailleurs d'un point de vue marketing, le film s'inspirant, comme son pote Harry P. (13 ans, drogué, prostitué ?), d'une série de bouquins cultes ! Le tout se fait à la sauce moscovite, c'est-à-dire cheap, vodka, gothique... Ce qui donne un côté gentiment plouc et donc forcément exotique face au léchouillage des mastodontes américains. [Par exemple, pour résumer entièrement ce paragraphe (création du mythe et exotisme) : on "bloque" les vampires non pas avec un objet qui lance des rayons lasers ou que sais-je, mais avec une simple lampe torche dont on changera le type d'ampoule selon le type de vampire ! Véridique ! C’est rigolo.]
Et donc, c'est parti pour la valse épileptique. On est plus proche d'un Jean-Marie Poiré habillé en MATRIX qu'autre chose. Plans ultracourts, échelle de plans explosée, photo à l'arrache, mais mise à niveau de temps en temps par un sur-léchouillage quelconque, mouvements de caméra débilistiques ou hypra-travellingés, effets spéciaux de tous les genres et de toutes les couleurs, etc. Ça n'arrête pas, et c'est sans une once de bon goût. Le jeu des acteurs est un yoyo en bois rare du Japon dont la ficelle est exactement du même métal : ça y va à fond, avec accentuation des régionalismes (désespoir bruyant et vodka, les deux mamelles slaves, de Kusturica à ici. Dès qu'un slave boit  de la vodka slave dans un film slave, vous pouvez être sûrs que 1) il y a des capitaux étrangers dans le film, que 2) le film va cartonner en festival et que 3) le réalisateur vous fourre du cliché pour en fait vous vendre une bouse, et en 15 ans de films, je n'ai pas vu un film slave qui déroge à cette règle !). Ça y va  à fond, les petits acteurs, ça tarantine à tout va, ça culte, ça pédale même dans les descentes. Ami de la retenue et de l'épure, passe ton chemin !
 
On s'ennuie donc assez fermement, même si de temps à autres l'exotisme nous tient éveillés. C'est comme visiter le musée du yoghourt bulgare, ou ce fameux Musée du Scaphandre croisé une fois sur la route des vacances (dans le Gard), lieu mythique pour moi. On ne s'est pas arrêté, mais on regrette de ne pas avoir vécu une chose aussi improbable ! Ici aussi, c'est pareil, même si personnellement je vois assez de films comme ça, et que j'aurais bien investi mon argent dans le Musée du Scaphandre, plutôt. C'est pas intéressant, mais c'est tellement improbable que quelque chose finit par nous accrocher ou nous faire voyager, mais très, très loin du film, et de manière très, très éphémère. Moi, par exemple, j'ai pensé pendant le film que les deux actrices principales (la blonde qui a la poisse et la femme-hibou), je les aurais bien vues dans le sublime THE WASHING MACHINE. Pendant la séance, mon esprit vagabondait : quelles nuances auraient-elles apportées, le ton aurait-il changé, etc. Et une minute après, je me re-laissais endormir par le film.
 
C’est la grosse bouillabaisse donc. Ça hurle, ça crie, etc. À un moment quand même, j'ai eu un doute. Bon, le film fait extrêmement carte de visite pour petit frimeur cinématographique, que certains gogos de la Profession trouveront culte, les pauvres chéries. Ça pue l'arrivisme et la volonté d'émigrer aux USA en se remplissant les poches sur le chemin. De fait, le film ressemble à un gigantesque court-métrage avec son lot de "trouvailles" débiles, et ses stylisations mongoliennes.
[Note. Que ceux d'entre vous qui  ne voient pas trop où je veux en venir aillent un jour à un festival de courts-métrages. Cette ignoble, et quelquefois drôle, expérience fabuleuse est à faire au moins une fois dans sa vie de cinéphile ! Dans la même journée, vous ne voyez jamais de mise en scène, mais des millions d'effets par contre, dont quinze ou vingt se retrouvent (et là je ne mens pas, c'est véridique !) dans 15/20% des courts ! Ces gens-là ne savent pas ce qu'est une mise en scène, friment à tous les plans et en plus se copient les uns les autres !]
À un certain moment, dis-je, j'ai cru que ça allait devenir vraiment baroque. Lorsque la catastrophe finale arrive, le réalisateur met en place une série d’accidents incroyables et concomitants... Ooh, ça, ça va être beau, me suis-je dis. [Je parle de l'avion, et surtout du boulon qui tombe chez la poissarde !] Mais non, peine perdue, après avoir fait des efforts énormes pour installer la catastrophe en chaîne (ce qui a pris quand même 10 bonnes minutes de narration), le gars n'en fait rien. Le film continue, pour finir par s'arrêter sur un toit, laborieusement, et sombrer curieusement dans le psychologisme le plus stupide, bien moins inventif par exemple qu'un soap-opera (dans PLUS BELLE LA VIE, il y a quand même un rebondissement super-foireux et délicieux par jour, ce qui a quand même une autre envergure).
 
Le film se termine. Je sors. Je vais me coucher, et le lendemain je me réveille. Voilà. Alors, oui mais docteur, c'est quoi ce travail, on ne parle plus de cinéma ?
Ben si, les amis, mais là, voyez-vous, même si on n’est pas devant le film le plus nul de l'année, tout ça sent tellement le calcul en pré-production et le n'importe nawak, comme on dit chez les gens d'en bas, qu'à la fin, ben oui, il reste peu d'occasions de parler de cinéma. Un film sans efforts de montage, de cadrage, de lumière, de son, et qui en plus déplace encore une fois les canons archi-usés du genre mais chez soi en U.R.S.S., ça donne au total quelque chose qui n'est quasiment plus du cinéma. Ou très peu. Alors, on parle d'autre chose (marketing, musée du scaphandre, etc.).
 
Le poète avait peut-être raison en somme. Russes et Ricains cherchent la même chose. CQFD. Espérons que les russes pensent quand même un peu à leurs enfants. Avec leur bel héritage, ça serait dommage sinon !
 
Gentiment Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Vendredi 7 octobre 2005

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi

(Photo : "The Mysterious Marlboro Man", l'acteur interprétant Siman, par Dr Devo)

Chères Barbarellas, Chers Buck Rogers,
 
On a beau se dire que le temps est avec soi (oui, c'est ça !), il n'empêche, des fois, ce n'est pas facile de continuer à faire face, alors que tout autour de vous semble pointer la dévolution complète de la situation, la perte des symboles les plus lisibles qui, encore un peu, pouvaient nous donner quelque force. En un signe comme en 10.000, ça va mal, et même ça ne va pas bien du tout dans le XVe système solaire.
 
Cet épisode 8 commence sur une bien triste nouvelle.
Vas-y, petite voix-off, balance la sauce, éclabousse nous en plein visage de ton message funeste. "Malgré la résistance de Ryu, Ayato et ses amis, le palais de Golem XIII se dresse comme le symbole de la puissance de l'Empire Stressos". Gnnnnnnnniiiii !
Quel échec ! Un gros pavé de plusieurs mégatonnes de marbres et de moulures, en pleine flaque indigène une fois de plus oppressée jusqu'à la moelle. Sans que ça ne choque personne. Où étiez-vous, lecteurs, alors que la garde impériale stressos déportait des milliers de prisonniers vers ce chantier funeste, où étiez-vous ? Vous regardiez la télé, vous le saviez, mais vous aviez autre chose à faire, ou alors vous étiez en train de vous faire des bisous sur le parvis de la mairie pour libérer Florein et Ussens, ou vous faisiez des chèques pour le Kabuki qui a ravagé l'Asie du sud-est. Ah, pour ça, il y a du monde ! Et ça vote, et ça vote sur son petit portable pour que Clithandre sorte du Château (et où, en plus personne n'est pendu demain matin, contrairement à ce que nous promettait, jadis il est vrai, le poète).
Bref, bande de petits-bourgeois, pendant que vous étiez en train de défendre la liberté d'exploitation de l'Indonésie par le Cataclysme du Tourisme Industriel, pendant que vous menaciez les terroristes à coups de bisous (ils ont dû avoir fichtrement la trouille !), on mourrait au fin fond de l'Afrique, et on déportait dans le XVe système solaire. Belle ironie, non ?
 
Et le voilà dans ta face, le Palais du Diable annoncé par le titre de cet épisode. Ça moufte plus, hein ? Ça fait moins le malin ! Une fois que tout l'univers est sous le joug stressos, et vous, les petits-bourgeois de la Terre, qui viendra vous défendre quand ILS viendront VOUS chercher ? [Pour éliminer Pélagie, tape 2 !]
 
Plan large avec léger zoom (pas du tout italien, cette fois) sur le drapeau nazifiant des stressos.
 
"Votre majesté, le palais à l’honneur de votre gloire et de votre génie supra-potent, symbole de votre gloire au firmament de la Félicité, est terminé". Ainsi parlait Komenor (curieusement aligné avec Furya, la divine sexualité du monde, et Volcor, bouseux obligé, dans des regards face caméra, tournant le dos absurdement à Golem auquel ils sont quand même en train de parler ; ce n’est pas logique, mais graphiquement, c’est fort, voilà pourquoi SAN KU KAI, c’est vraiment du cinéma, contrairement, par exemple, à un film des frères Larrieu). À peu de choses près, en rendant compte de la situation à Golem XIII, son souverain, via le fameux Micrâne, bijou de communication stalinienne, tout en rétro-futurisme, donc indéniablement beau, beau, osons le mot, comme le plus inattendu des concepts, réponse de Golem : "Il est magnifique".
Quoi ? C’est tout ? Des milliers de déportés, des mégatonnes de matériaux transportés, des dizaines d’attaques en embuscade par la Résistance, trois épisodes, soit 15 pages d’articles, soit 150,000 signes, et c’est tout, un petit "oui, oui, il est très beau" ? Je trouve ça énervant. Mais arrêtons-nous un peu pour réfléchir (ça commence bien, on s’arrête déjà alors que l’épisode n’est commencé que depuis une minute trente !). Ne faut-il pas voir là, dans cette réaction trop sobre à nos yeux, de sa puissante magnificence, Golem XIII, le symbole d’un Technicisme des mieux compris ? Ben si, bien sûr. La Technique, et donc, qui plus est, tout ce qui est total, ne fait pas de sentiment. On ne s’apitoie pas sur les victimes qu’on dézingue avec rigorisme, et de la même manière, on ne perd pas de temps à se tresser des louanges. Pas d’hagiographie. Le plan technique est une machine logique et froide, un objectif succède à un autre, ce qui pose de gros problèmes d’adaptation à tous ceux qui entament un mouvement de résistance, qui voient là, à tort, les cons, une manifestation du diabolique, de l’irrationnel mauvais, là où au contraire il s’agit de logique pure, de forme pour ainsi dire, de rationalisation a maxima. Les pauvres idiots, malgré leur bonne foi, ne peuvent comprendre et sont sans doute perdus d’avance. Tu la sens, la métaphore ?  Tu l’entends, le bruit des bottes qui monte ?
 
Komenor : "Tu pourrais t’installer de suite dans ton palais."
500.000.000 de fans d’Elvis ne peuvent avoir tort.
Golem XIII : "Komenor, aurais-tu oublié ce qui doit accompagner tout déplacement du Roi des Stressos ?"
Sun’s coming up like a big bald head...
Komenor : “MMMMmmm... Miiiiiiiii... [Mouvements de cape dydascalidesques, croisements idem des gestes d’avant-bras, merveilleux hand-acting…] Il faut procéder aux Rituels de Sang ! Oui, Majesté ! "
 
Et bien voilà, c’est dit. Ça, on n’avait jamais fait. On a exécuté des innocents plein cadre pour l’exemple, on en a déporté en veux-tu en voilà, on a tué des enfants sous les yeux de leurs parents (qui ont pleuré, et qui ont donc, comme au Danemark, été exécutés à leur tour, ce qui est logique), mais ça, ça, le Rituel du Sang, n’avions pas vu encore, dixit Albert, agriculteur dans la Drome, et fidèle lecteur de Matière Focale ! Il faudra donc sacrifier une Vierge, faire couler son sang dans la margelle de notre innocence, assister au spectacle terrible et beau du liquide vermeil qui se répand en mille reflets sur la pierre de granit brut du palais, répandant de sublimes molécules aux allures de fractales divinement belles, signe du plan logique bizarrement (encore une fois, SKK est une expression artistique, avec ses courts-circuits tous signifiants), du plan logique du Total (Super-Stressos et une prise par plan), fractales qu’on regarde absolu et conquis, sans pouvoir s’en détourner, car quelle que soit la cause, la beauté fabriquée de la poésie doit se regarder en face, et même se boire, sans fin, sinon c’est pêché. Allons boire, donc, le sang de la Vierge.
Dans une dévotion elle aussi totale (mais c’est normal, c’est la meilleure d’entre nous, comme disait l’autre), Furya qui, genoux à terre en signe d’allégeance, ne peut s’empêcher d’avancer son corps sublime dans un léger mais perceptible mouvement vers l’avant, offerte pour ainsi dire, et ne peut également s’empêcher, enthousiaste comme une artiste : "Je peux la choisir, si tu veux ! "
 
Vous connaissez quelque chose de plus beau ? Vous avez vu ailleurs un tel souci du détail ? Non ! Non ! Et non ! Balancez tout de suite, et brûlez immédiatement tous vos numéros de Positif et des Cahiers, et autres Mad Movies du même piteux métal ! Je ne vous raconte pas une histoire, ici ! Je vous dis le Cinématographe le plus beau, et c’est San Ku Kai, bon dieu de bois, San Ku Kai, une seule prise par plan, format 1.33 (comme les Straub, cqfd), acteurs inconnus sauf un, tout ce qu’on vous a dit est faux. Brûlons tous ces artistes qui, si souvent, nous ont imposé de force l’idée que c’était eux, le cinéma, eux qui nous incitaient si souvent à brûler les œuvres de leurs collègues que nous adorions (pour se débarrasser d’une concurrence gênante), punissons-les avec leurs armes, le feu par le Feu, eux, qui, en 90 minutes, et même souvent 120, de leurs films, ne font jamais autant qu’en deux minutes ici. Nous brûlerons aujourd’hui les réalisateurs qui s’appellent Nanni. Demain, les Patrice. Et après-demain, on verra (les Jean ?).
 
Reprenons. Golem XII a donc choisi : la vierge sacrifié, ce sera Eolia ! Stupeur pour les trois Stressos d’élite ! Ils ont tellement de mal à attraper Ayato, Ryu et les autres, alors Eolia, vous pensez…
Stupeur, sans tremblement chez le spectateur : Eolia, la transparente Machina aux cuisses ostensiblement fertiles dans le contre-jour d’un projecteur malicieux, vierge ?
 
Passons.
 
Sur le San Ku Kai, le débat politique bat son plein. Siman, le macaque géant de l’Espace (cet article est décidément majusculesque), reconnaît , beau joueur, sur l’écran de contrôle (16mm, 1.33, comme les Straub, cqfd), que le palais de Golem est un objet, je cite, « magnifique ».
Ayato et Ryu, eux, se disputent au sens aristotélicien du terme. Le jeune chiot fougueux veut partir tout de suite en commando de la mort, histoire de détruire now and here le palace du despote. Ryu, plus sage, le sait, wait and see, et je déploierai la force magnifique de mes arguments de structure dans deux scènes…
 
Ça tombe bien, Anna, l’insupportable petite biche à peine pubère, arrive vers le vaisseau en criant dans le plus improbable champ / contrechamp de l’histoire, que Ryu, Ayato, venez vite, Kaméji est devenu fou.
Ryu a le temps d’un «je descends du vaisseau et j’arrive » des plus pertinents, un peu cinéma du réel peut-être, et cut.
 
Dans l’église au 1/100ème et bizarrement franciscaine du village, le commando de Kaméji, le bédouin en chef de la Résistance, se prépare avec une poignée de figurants apeurés à prendre d’assaut le palais gigantesque de Golem… Nos trois héros, accompagnés de la délicieuse petite Anna, interrompent les préparatifs. Kaméji comprend illico. Ce qu'ils veulent, les potos, c’est qu’il renonce. Sauf Ayato, of Corse, toujours prêt à péter et disperser de l’occupant, petit clébard fou qu’il est.
The Poison bites and Darkness take my soul…
Petite secousse, mais réplique de Kaméji quand même. M’en fous, yvai ! Ayato dit banco de tout ! Ryu et Siman, primate non-primé qui vient d’arriver en jetant hors-champs une clope derrière la porte de l’Eglise, ce qui est rudement dangereux sur un plateau, refusent dans un niet ferme. À quoi bon déconstruire la bicoque royale pour qu’une autre auberge du même acabit (de cheval ou non, mais là, c’est vraiment pas le moment), s’installe presto, avec son lot de gémissements et de coups de fouet ? Kaméji ne sait pas quoi répliquer et dit : « Notre survie dépend de son existence ». Bravo…
Quoi qu’il en soit, le commando part, confiant la frangine Anna à ses deux tontons sereins de l’espace. Cut.
 
Pumping Arnold dans la séquence suivante. Sidéro, le petit robot stressant dans son vaisseau, survole le palais tandis que le commando d’inconscients neutralise quelques bidasses stressos. « Déjà trois de moins ! » Les fous ! Ayato communique avec son robot Sidéro via sa montre à quartz. Le robot annonce qu’il doit déguerpir, car les tourelles lasers de défense du palais l’ont repéré. Adieu surveillance aérienne. Ça commence bien.
D’une fenêtre du palais, comme si de rien n’était, Furya observe avec délice l’évolution du piteux commando. Alors qu’ils s’apprêtent à placer les explosifs, un rire sardonique éclate durant 20 bonnes secondes. Ça sent la trappe. Sur le mur, comme dans un bon vieux Fritz Lang, une ombre toute en cape et en casque. Tu le sens, le Super-Vilain de l’épisode qui arrive ?
Un mur nu. Surimpression magnifique du vilain, mi-Yoda  mi-Skeletor (mais Skeletor mode Benny Hill). « Je suis… l’Homme de L’Ombre ». Ouiiiiiiiiiiiiiiiiii !
« Je viens de Busta, l’étoile des Ténèbres ». La surimpression devient personnage réel. Ça fout les chocottes.
Le Vilain lance quelques poignards dans les ombres des membres du commando qui, du coup, sont paralysés dans des gestes ridicules mais sympathiques, un peu comme des mouvements de danse dans un night-club, comme disait Jackie Quartz, genre le Pim’s. La situation n’en est pas moins désespérée. « Vous allez mourir ! ». Pause. « Alors, j’ai l’impression que vous êtes un peu moins présomptueux ! »
Je l’aime bien, moi cet homme de l’ombre. La classe, je trouve.
Volcor et Furya débarquent, tout sourire pour une fois. Avec Ayato capturé, ça va être plus facile quand même de capturer Eolia. Ayato proteste contre ce funeste dessein, mais c’est un peu tard, jeune homme ! « Je vais tous vous expédier vers le XVème soleil ». Furya dégaine une télécommande et appuie sur le bouton rouge. Cut. Le commando regarde vers le ciel (hors-champs) tandis qu’on entend un bruit de chute. Cut. Insert sur Volcor. Cut. Une cloche de fer (tombée du ciel, donc !) emprisonne le commando. Pas besoin d’effets spéciaux, un peu de montage suffira, merci. « Le vaisseau-tombeau doit se diriger vers Glora », terminalise Volcor. Cut.
 
Après, c’est un peu n’importe quoi. Ayato, prisonnier du vaisseau-tombeau, appelle Sidéro avec sa montre qui, à son tour, prévient Ryu.  Siman, c’est : « C’est malin », mais Gérard Hernandez étant en vacances, c’est encore un autre acteur qui le double, avec une voix de débile complet. Mon dieu. « Il faut les sauver », ajoute la petite Anna, plus pertinente qu’impaire (see what I mean ?). Décollage tout en stock-shot du San Ku Kai. Cut.
 
Dans le vaisseau-tombeau, Kaméji reconnaît que c’est la fin, et qu’ils ont tous fait une belle connerie. Ayato ajoute dans un dernier sursaut de n’importe quoi : « Il est trop tard pour regretter ! ». Mon Dieu !
 
Un peu de stress dans le Kosmosaur. Eolia ne s’est toujours pas ramenée. Komenor peste. « Elle a toujours fini par se montrer, toujours au bon moment. On bosse comme un fou sur un plan en conséquence et elle ne vient pas ? Est-ce juste ? » Cut.
 
Et là, grand moment. Eolia débarque avec son vaisseau-navire : l’Azuris ! La petite musique au synthé accompagne la geste du magnifique engin spatial. Et là, cut, un des plus beaux plans de toute la série. À travers un hublot très grand, on voit Eolia en train de piloter debout son vaisseau, dans un effet de blanc qui n’a jamais été plus hamiltonien. Et c’est SU-BLI-ME ! Eolia pilote son vaisseau à l’aide d’un petit synthétiseur ! Cette musique qu’on entendait à chacune de ses apparitions, ce n’était pas la musique du film, c’est le pilotage du vaisseau !!!! Tu la sens, la diégèse !!! Là, je pleure, c’est bien normal !
 
Komenor, lui, est bien moins sensible à l’expression artistique motrice de l’Azuris, et du feuilleton en général. Il donne l’ordre (à qui d’ailleurs ?) de, je cite, « étendre le voile des ténèbres sur l’Azuris ». Mouiiii. Eolia, pendant ce temps, s’éclate au synthé et récupère d’un si bémol et d’un rayon-tracteur laser le vaisseau-tombeau.
Eolia apparaît en surimpression sur le cosmos intersidérant, tant qu’à faire.
« Ayato, l’homme courageux ne doit jamais accepter la Mort. Alors retourne sur la terre de tes parents et bats toi ! »
Tout de suite, le vaisseau-tombeau se dirige comme par hasard vers la planète indigène. C’est beau.
 
Mais un gaz envahit l’espace. Eolia est à peine surprise. Elle ne doit pas comprendre que ce fumigène n’est autre que le Voile des Ténèbres, promis quelques lignes plus haut par le rigoureux Koménor. Le Kosmosaur en surgit. Eolia se ressaisit avec une belle fulgurance : « Le Kosmausor ! Il faut que je disparaisse ! ».
Sur le Kosmausor, justement, Volcor est formel après une analyse de l’image sur le moniteur. Le mat de l’Azuris  doit contenir l’équipement qui lui permet de voyager à travers les différentes dimensions. Komenor ordonne logiquement sa destruction. Des laserolabs sont lancés, et pour une fois, mais toujours sur fond de kazoo, ça ne traîne pas, et le mat multi-dimensionnel est rapidement détruit. Eolia tente bien de mettre en place son "bouclier magnétique", mais sans grand succès.
Le hasard et le scénario font que Ryu et Siman, à bord du San Ku Kai, aperçoivent l’Azuris. Nos deux héros s’embarquent à bord de leur petit vaisseau individuel et se préparent à l’assaut.
Eolia est désespérée, elle n’a plus d’énergie, elle n’avance plus. Elle sait que ce n’est pas les effets de la ménopause, mais bien parce que l’Azuris est endommagé. Elle va mourir, elle le sent bien. Elle s’apprête à ouvrir son petit placard secret dans la cabine de pilotage du vaisseau, là où elle dissimule son vieux saké hors d’âge et où l’attend le petit sabre avec lequel elle va mettre fin à ses jours. Alors qu’elle cherche la clé du petit meuble, elle s’aperçoit que Ryu et Siman ont attaqué les laserolabs ! Elle reprend donc espoir. S’ensuit, fort logiquement d’ailleurs, un combat spatial !  
Le San Ku Kai doit battre en retraite face à l’immense Kosmausor, mais ça n’est pas grave. Eolia a eu le temps de se poser sur Analys (dont le nom préhistorique est Diouryne). Fin de la séquence.
 
Anna, la petite sœur des pauvres, va faire la vaisselle dans au bord de l’océan (comme dans Koh-Lanta !). Elle a le temps d’apercevoir l’Azuris s’enfoncer dans la mer pour mieux se cacher. « Ne vous inquiétez pas, mes amis, mon vaisseau n’a pas sombré. Il dort, il a besoin de sommeil ».
Quand on perd un ami, c’est peut-être qu’il dort… Eolia nous récite là du Gérard Manset. En même temps, moi, elle me faisait penser à quelqu’un, la Eolia, et là, d’un coup, tout s’explique.
Elle ajoute : « Je vis par mon vaisseau, comme tous ceux qui habitent mon Secteur Sidéral.» Secteur sidérant plutôt, je dirais ! Passons.
 
Nos trois héros décident de garder la planque en passant la nuit à la belle étoile, sur la plage. Tiens, Siman, comme ça, tout d’un coup, à deux minutes de la fin, retrouve sa voix de doublage normale ! Tant qu’à faire !
Mais des stressos sont en embuscade dans les arbres. Allez hop, c’est la bataille, c’est la bataille. Un rire sardonique se fait entendre, une ombre passe sur le mur. On l’a tous reconnu, c’est l’Homme des Ténèbres, là, face à Siman, qui protège la frêle mais greluche Anna ! Mais Darkness Man est vraiment fort. Il lance son petit poignard dans l’ombre de l’orang-outang galactique qui, de fait, est immobilisé et réduit à l’impuissance. Anna, proche du kidnapping ou pire encore, pousse un cri d’effroi…
À quelques mètres de là, le sang de Ryu et d'Ayato ne fait qu’un tour, quoiqu’ils fussent en plein combat à l’épée contre les soldats stressos. Ils accourent au secours d’Anna. Darky lance ses poignards de rechange, c’est de bonne guerre. Ayato et Ryu, à leur tour, sont immobilisés. Il prend Anna dans ses bras et menace de lui trancher la gorge si nos trois héros refusent de dire où le vaisseau d’Eolia se cache. C’est scélérat, mais en même temps, que voulez-vous, c’est la guerre !
Ryu, Ayato et Siman demandent à Anna de se préparer à la mort. Et que, même si elle est très triste, il faut qu’elle sache que, grâce à elle, Eolia sera sauvée et pourra à son tour sauver des milliers de gens. "Vous pouvez pas me faire ça !", crie-t-elle. "Tu ferais pareil à notre place ! Salut et bonjour à Dieu de notre part."  Ce à quoi Anna répond : "Je suis jeune, j’ai pas envie de mourir, vous êtes des…. Arrrggghhh ! ». Et elle meurt égorgée, dans une flaque de sang.
 
Non, je plaisantais. Mais le moment est quand même cornélien, on frôle le drame. Et puis, tranquillement, les mains dans les poches, débarque Sidéro, en sifflant un petit aire de Trénet ou une autre cochonnerie du genre. Il déclare à l’assemblée : « Dépêchons-nous, le vaisseau d’Eolia au fond du lac, il a un problème ». Là, Ryu a une sérieuse envie de se suicider.
« Hahaha ! dit l’homme des ténèbres. Je sais ce que je voulais, je n’ai plus besoin de vous ! »
Sidéro jette sa marijeanne par terre et, soudain lucide, déclare : "Oh la gaffe ! Oh la gaffe ! c’est les stressos !". Bravo Sidéro, bien joué !
 
Malgré tout, il n’y a pas de temps pour déboulonner définitivement Sidéro. L’Homme de L’Ombre a pris la fuite, vient de faire sauter l’église franciscaine qui servait de base secrète aux résistants (avec ses occupants, bien entendu), et il s’apprête à plonger au fond du lac pour kidnapper Eolia.
"Je ne serais pas si sûr, si j’étais toi", dit une voix familière.
Darky : "Qui es-tu ?"
Le mec en rouge avec des bas résilles : "Je viens du fond de l’univers ! Je suis Staros !"
Darky : "Et toi qui es-tu ?"
Le copain de l’autre travelo, en noir avec des résilles également : "Tu ne me reconnais pas ??? Je suis le Fantôme !". Réplique débile, que fait la police du script, car en effet Ayato / Fantôme rencontre le Vilain pour la première fois, sous cette identité en tout cas !
Tout cela sent le combat, mais cette fois-ci, c’est plus corsé. Il fait nuit noire et L’homme de L’Ombre a bien des difficultés à immobiliser ses adversaires. Et pour cause : en pleine nuit, les ombres sont déjà plus dures à trouver. Je mise donc à dix contre un sur Staros et son compagnon de longue date. Ceci dit, un membre de l’équipe de tournage file un coup de main au Super Vilain en usant d’une poursuite qui traînait là et qui, dans la circonstance, est bien opportune. Staros finit par déclarer qu’il en a marre, et décide d’achever le vilain avec un projectile explosif qui atomise le pauvre Homme de l’Ombre dans les arrêts de jeu.
 
Staros et le Fantôme font un petit tour sur la plage pour se reposer. « Tout est terminé ! Eolia n’a sans doute rien entendu. Elle dort paisiblement. »
L’autre répond : « Oui c’est mieux comme ça ! Ainsi, elle ne nous a pas vus nous battre ! »
À fond, le sous-texte gay !
 
Sur ces entrefaites, une lumière chaude envahit l’écran. C’est l’Azuris, enfin régénéré, qui décolle à nouveau. Et c’est aussi quand même un peu le soleil qui se lève, promesse d’un jour nouveau.
 
Les technikosses rentrent chez eux. Le réalisateur décide, lui, de ne pas rentrer et d’aller prendre une bonne cuite chez Lulu (BDS), Nathalie Baye / Eolia se refait une ligne avant d’appeler un taxi. Siman enlève son masque et se dépêche de prendre le RER pour commencer son service au bar du Queen ‘s. La promesse d’un jour nouveau, disais-je.
 
Ouais, c’est ça…
 
Langoureusement Vôtre,
 
Dr Devo.
Récapitulatif des épisodes de San Ku Kaï :
Episode 2: Les Ninjas
Episode 4: Le Camps
Episode 6: Le Roi Golem
Episode 8: Du Sang Froid
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Jeudi 6 octobre 2005

Recommander - Publié dans : Lucarnus Magica

(Photo : "Camarade" par Dr Devo)

Chères Cosmonautes, Chers Spationautes,
Comme promis, continuons de rattraper notre retard.
Avant d'être grossièrement interrompus samedi dernier, nous parlions de MA SORCIERE BIEN AIMÉE de Nora Ephron avec Nicole Kidman et Will Ferrell.
Voilà où j'en étais, c'est-à-dire pas trop loin. L'histoire est relativement originale, disais-je. Plutôt que de faire une version ciné de la célèbre série, on a misé ici sur une histoire en trompe-l'œil moins attendue.
Will Ferrell, un acteur qui en fait des caisses et en complète perte de vitesse (son dernier film "L'Année Dernière à Katmandou", film de montagne en costumes et en noir et blanc (!) a été un échec public et critique cuisant qui lui vaut désormais le statut de "gros ringard"), apprend qu'un studio de télé s'apprête à faire une nouvelle série de MA SORCIERE BIEN AIMÉE, remise au goût des années 2000. Lui et son agent Jason Schwartzman (le meilleur acteur du monde, je pense, qui jouait dans un des plus beaux films de l'année, sinon le plus beau : J'ADORE HUCKABEES) voient là l'occasion rêvée de se refaire une santé et de revenir populaires. Schwartzman lui fait donc décrocher le rôle, mais arrive à convaincre les producteurs de prendre une inconnue pour reprendre le rôle de Samantha. Ce choix apparemment stratégique en terme d'audience (imposer une inconnue) est une tactique de Ferrell, qui voit là une excellente occasion qu'on ne lui vole pas la vedette ! Car l'acteur, en voie de ringardisation définitive, a un énorme défaut : il est extrêmement imbu de lui-même !
La production fait passer des castings pour trouver sa nouvelle sorcière, en vain. Jusqu'au jour où Ferrell croise la femme parfaite pour le rôle, Nicole Kidman, grande fille nunuche et naïve qui ne connaît absolument rien en matière de télévision ou de cinéma, et qui de plus n'a jamais vu un seul épisode de la série. C'est la greluche parfaite pour Ferrell...
Mais Kidman n'est pas celle que l'on croit. C'est une véritable sorcière, qui a décidé de quitter ses proches pour vivre avec les gens normaux et trouver des amis (et un homme !), les plus ennuyeux possibles, et ce contre l'avis de son sorcier de père...
 
On constate donc une jolie mise en abyme. Pas de quoi de crier au génie narratif, bien sûr, mais c'est quand même un effort plutôt louable dans ce style de productions toujours très fermées ! Ceci dit, outre cette fantaisie introductive, votre bon docteur n'allait pas voir ce film de bon cœur, en s'apprêtant à être  normalement déçu, comme d'habitude pour ce genre de  production (l'incroyablement médiocre STARSKY ET HUTCH par exemple, qui, même s'il est normal de ne rien en attendre, aurait pu être, notamment au vu du casting, un peu plus fantaisiste que ça ! Peine perdue !). Ma première surprise fut de voir que Jason Schwartzman (le meilleur acteur du monde) était de la partie. Je l'avais aperçu dans la bande-annonce, mais ne m'en souvenais plus, et dès que son nom est apparu au générique, j'avais quand même le cœur plus léger. Ce type est né pour faire de la comédie. Il est hallucinant !
Et bien, au final, le film démarre vraiment bien. Ça reste évidemment un film bêtement commercial, mais avec un petit effort. Les premières 40/45 minutes sont même très agréables, et, dans une certaine mesure, assez surprenantes.
D'abord parce que la première bobine fait un peu de mise en scène, avec deux choses assez belles : un jeu sur la perspective pendant l'installation de Samantha, et quelques secondes avant, une suite de plans en hélicoptère sur la ville des plus classiques, mais qui se finit par un plan complètement foufou que je n'avais jamais vu : le même plan, filmé pareil, mais en plan rapproché et à deux mètres du sol (sur une haie de jardin, je crois). Ça, c'est vraiment gourmand, me dis-je. Ça rappelle un peu ce plan de BEETLEJUICE, où l’on se dit : "tiens, ça fait vraiment maquette, ça !" et qui s'avère en être vraiment une ! Agréable surprise, qui sera suivie par d'autres, notamment l'apparition de la chanson AND SHE WAS du groupe Talking Heads, joliment détournée de son intention principale d'ailleurs ! Talking Heads, Jason Schwartzman, un joli petit plan en faux hélicoptère (et bien amené en plus), et tout le reste... Le film serait-il fait, contre toute attente (je n'aime pas du tout la série originale) pour moi ?
En tout cas, cette première partie est bien fantaisiste, pas du tout feignasse comme habituellement donc dans ce genre de projet, et s'affranchit joliment de l'univers original de la série. Le scénario explore plusieurs pistes intéressantes. Samantha veut devenir une ennuyeuse bourgeoise, et du coup fait l'éloge de la bourgeoise über alles, qui cache une forte part critique très agréable, et qui nous vaut une scène de dialogue assez drôle avec Michael Caine (le papa séducteur)  dans un bricorama, ce qui est une très bonne idée (faire du cinéma à bricorama, je veux dire). Petites pointes vers la société de consommation, petites pointes sur le bourgeoisisme, petites pointes sur les rapports humains et familiaux (dans la scène de la rencontre au café avec cette serveuse (logique, une serveuse !) qui vient souligner l'incroyable con-descendance de Will Ferrell), etc. Tout cela est très sautillant et introduit un joli venin dans le rose bonbon. Cela est d'autant plus agréable que le casting est vraiment  très soigné. On retrouve également Shirley MacLaine, incroyable jeune et pétillante (elle ne vieillit plus, cette fille !) et qui en fait des caisses dans un rôle très ambigu (celui d'Andora) dans le scénario. À la fois présente et absente, la figure d'Andora dans ce remake est très bizarre, un vrai trou noir (pour tout dire, c'est le personnage le plus important de la série, et il est ici étrangement présent / absent... Je me suis dit que le scénario de départ était peut-être beaucoup plus noir, ou que Kidman avait peut-être fait raccourcir le rôle, ou quelque chose comme ça... Sa semi-absence est très étrange en tout cas). La voisine blonde et coconne est très bonne, l'assistante de Kidman est formidable, et ainsi de suite. Will Ferrell joue le rôle d'un acteur ringard qui en fait des caisses, arrogant et prétentieux, ce qui est quasiment son propre rôle. Bonne idée. Tout cela est dont très agréable, et témoigne d'un soin relatif, enfin, et d’une vraie volonté de faire les choses biens. [Quelques très bonnes idées aussi : pas beaucoup d'effets spéciaux, et la séquence de retour en arrière, très belle, parce que répétée deux fois, et en plus très longue... Voilà une vraie idée de mise en scène.]
Bien sûr, il ne se passe pas énormément de choses au cadrage et au montage, faut quand même pas exagérer. On regrette aussi que la deuxième partie du film soit beaucoup plus attendue, "sur les rails" pourrait-on dire, c'est-à-dire moins critique, moins iconoclaste, et trop ouvertement sentimentale, sans jouer sur l'inversion de Samantha (elle veut un mec terne et bourgeois ! Et on pouvait penser que la désillusion de Samantha irait quand même plus loin, ce que laissait entrevoir un scénario classiquement cadenassé). Donc, les dernières 40 minutes, c'est de la roue libre. On ne regarde pas sa montre, mais on attend gentiment que ça se finisse.
Sachant que j'ai vu le film dans une VF des plus ignobles, une véritable honte interstellaire comme je n'en avais pas vues depuis longtemps, cette baisse de régime en seconde partie n'est peut-être qu'une apparence, ou peut-être est-elle plutôt relayée et soutenue par les acteurs... En tout cas, la chose est bien agréable, et j'imagine qu'on doit être proche à certains endroits du délicieux, quand on voit le film dans la langue de Shakespeare.
Et Jason Schwartzman est magnifique !!! Au final, MA SORCIERE BIEN AIMÉE est plutôt une agréable surprise, dont on vérifiera la portée en VO lorsque la chose sortira en DVD. Si l’un d'entre vous a vu la VO, qu'il nous laisse un petit commentaire !
 
Autre pays, autre style avec le dernier film de Diane Kurys, L'ANNIVERSAIRE, vu il y a plusieurs jours, à l'heure où j'écris cet article, et dont il faut bien dire que le souvenir n'est pas impérissable, contrairement au précédent, et qu'il s'en faut de peu pour que votre bon docteur ne se rue sur allocine.com pour se remettre en mémoire la vison du film (surtout son casting !).
Vu quelques jours après Michael Caine, Kidman, Shirley MacLaine et Jason Schwartzman (le meilleur acteur du monde), le film de Diane Kurys souffre évidemment de la comparaison, et est complètement symptomatique de la façon dont on fait de la comédie dans notre beau pays, la France. À sa décharge, comme nous allons le voir, le film n'est pas uniquement une comédie, ou plutôt est une comédie au bifidus actif, bonne aussi pour la santé, "les tests scientifiques le prouvent", ben voyons, et il y a de vrais morceaux de drame et d'analyse sociale dedans.
Lambert Wilson est un homme qui a réussi dans le domaine de la production télé. Il dirige une boîte de télé-réalité qui marche du feu de dieu, qu'il gère de main de maître avec son ami et associé Pierre Palmade. Il reçoit le tapuscrit d'un livre assez étrange écrit par son frère, Jean-Hughes Anglade. Ce dernier raconte dans son bouquin l'histoire étonnante de ce groupe d'amis anciennement inséparables, dans les années 80. Tous embarqués dans l'aventure des radios-libres, ils furent néanmoins trahis par Wilson qui, un jour, racheta leur part de la petite entreprise et créa dans la foulée sa propre boîte de production, sachant très bien que Mitterrand, quelques semaines plus tard, allait casser le système des radios-libres. En un mot comme en cent, Wilson les a tous arnaqués, et en plus, a fait fortune ! Le groupe d'amis est donc dissout de fait depuis des années, et le livre d’Anglade est un règlement de comptes grinçant !
Enervé peut-être, et bouleversé surtout par le tapuscrit, Wilson, loin d'empêcher la sortie du bouquin comme on le lui conseille, s'arrange pour le faire publier. Et il invite l'ancienne bande d'amis à Marrakech à ses frais, dans sa luxueuse villa, pour son anniversaire. Contre toute attente, tout le monde accepte, y compris Anglade. Au cours du repas, il annonce à ses ex-amis qu'il a décidé de leur rendre leurs parts dans la boîte de production, au niveau de son cours actuel, comme s’il ne les avait jamais arnaqués. Les voilà tous à la tête d'un joli pactole de plusieurs millions de francs ! Pendant ce drôle de week-end, les souvenirs et les rancunes remontent à la surface...
Alors, évidemment, on peut me reprocher de m'extasier un peu trop sur la mise en scène pourtant discrète de MA SORCIERE BIEN AIMÉE. Bien sûr. Et pourtant, que dire de celle de Diane Kurys ? Les deux films sont, c'est certain, issus de deux systèmes de production complètement différents, et s'adressent à deux pays complètement différents, mais il n'empêche, sans les comparer, on peut s'interroger sur les intentions les meilleures (héhé !) des uns et des autres, et surtout compter les points, parce que les deux bilans respectifs montrent bien l'état de la production de ce côté de l'Atlantique et de l'autre ! Et ça fait mal.
Car oui, la mise en scène de la comédie de Nora Ephron est loin d'être révolutionnaire, mais il y en a quand même. Chez Kurys, c'est tout simplement la catastrophe. Non pas une catastrophe cataclysmique, mais au contraire, et c'est plutôt pire, une catastrophe "normale" dans le paysage cinématographique français. On a déjà parlé ici de TRAVAUX, ON SAIT QUAND ÇA COMMENCE, de TOUT POUR PLAIRE, des SŒURS FACHÉES ou de IZNOGOUD et consorts. Que dire, sinon se demander ce qui se passe dans la tête des réalisateurs français ?
Ce sont toujours les mêmes maux et toujours les mêmes symptômes. Le montage se résume à montrer celui qui parle à l'écran. Le son est strictement narratif, et ici, infesté de tubes des années 80 de la pire espèce, dont les droits ont sûrement été achetés rubis sur l'ongle par une production aisée, sans que cela n'introduise aucune atmosphère (si c'était ça, la musique des radios libres, on n'a rien perdu ; et que c'est putassier de faire de son film une espèce de best-of ! C'est très vulgaire !). Le cadrage est d'une médiocrité absolue, malgré l'utilisation du scope, désastreusement laide (et pourtant, Dieu sait que ce format est ostensiblement lyrique !), et empâté dans une utilisation incompréhensible, une fois de plus, de l'échelle des plans qui ne semble pas exister, et qui de toute façon privilégie tellement les gros plans ou les plans rapprochés que toute tentative esthétique serait réduite à néant. De toute façon, des tentatives esthétiques, il n'y en a aucune. [C'est bien plus mal ficelé qu'une comédie comme MA VIE EN L'AIR, qui pourtant n'est pas le CITIZEN KANE français, loin de là !] Bref, en plus d'une photographie complètement anonyme, on se demande bien ce qui nous vaut l'honneur de voir ce film distribué en salles, et de quelle manière, alors qu'encore aujourd'hui, des tas de films ne trouvent même pas un distributeur pour leur tirer ne serait-ce que 8 copies, et disparaissent dans les Limbes, quelquefois sans avoir eu la chance de sortir et de rencontrer leur public ! Point de vue mise en scène, et c'est vraiment très triste à dire (n'y voyez aucune tentative d'humour), la moindre série télé est bien mieux réalisée que ça... PJ par exemple... C'est complètement médiocre, mais c'est mieux réalisé que ce film qui est à la limite de nous faire mal aux yeux, malgré les moyens ostensiblement riches qui sont déployés.
Dans le fond, c'est également la catastrophe. À moins que voir des amis autour d'un piano en train de chanter du Aznavour ne vous remplisse d'une joie fabuleuse (pas cliché du tout, en plus, comme idée !), vous allez vous ennuyer ferme. Car le film se veut aussi un drame sur la maladie, bien sûr annoncée d'entrée de jeu, et développée de manière complètement hypocrite (vraie-fausse euthanasie, encore une fois un gros cliché qui tue, dont on est incapable de dire ici s'il jouait sur l'ambiguïté comico-dramatique ou si c'est juste mal foutu). Et aussi une analyse des temps, donc sociale, sur les années Mitterrand vues sous le prisme le plus caricatural de la gauche-caviard. Mitterrand, c'est comme la maladie, c'est comme les copains : des fois, ça fait du bien, des fois, ça fait souffrir ; des fois, ça nous enrichit, des fois, c'est dégueulasse. [Parce que, bien sûr, des clichés du genre "c'est con la mort !", je peux vous assurer qu'on en mange !]
Bref, rien de sauve ce film du désastre antipathique et arriviste, gorgé de stars quelquefois, ou de seconds rôles écrits avec une monstrueuse condescendance souvent. Que cela est antipathique !
Evidemment, ici, nous ne sommes pas contre la France, ni contre la comédie (voir ici), mais que voulez qu'on vous dise ? Un film qui ne déploie aucun effort de mise en scène, bourré de fric, et sur-gâté... Où il n'y a même pas un effet de montage ou un joli cadre en une heure et demie ?!!? À 7 ou 8 euros la place, il faut dire ce qui est : c'est du vol !
 
Quant à ceux qui continuent à aller voir ces films boursouflés et qui ne font aucun effort sous le prétexte que "c'est sympa" (jugement étonnant), ils devraient aussi se poser quelques questions. Le petit-bourgeoisisme, quel que soit le milieu social où l'on vit d'ailleurs, n'a jamais apporté rien de bon, et d'une, et d'autre part, rappelez-vous, à chaque fois que vous donnez votre argent à ce type de production, un film qui sort (et avec quels moyens ici !), c'est 20 qui ne sortent pas ! Et quand je pense à tous ces réalisateurs qui essaient de monter des projets avec du vrai cinéma dedans (du montage par exemple !), ou qui, et c'est bien pire, ont fini leur film et que personne ne veut distribuer (je connais deux films sublimes dans ce cas, dont un des deux pourrait être le ERASERHEAD français, et il n'y a que les copies à tirer ! Le film est déjà fait !), je n'ai qu'un mot à dire : c'est DEGUEULASSE !
 
On ne peut pas toujours se défausser sur le système (comme le fait le film dans son sujet d'ailleurs, c'est marrant) : au final, c'est le spectateur qui a le choix, et il serait peut-être temps de reprendre ses responsabilités, si on ne veut pas finir complice d'un système qui génocide les petits mozarts. Soyons moins dégueulasses que ces gens-là, et boycottons ces machins-là !
 
Et si on donnait notre agent à des films beaux ? Choisis ton camps, camarade !
 
Rationnellement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
PS : Il est évident que les remarques que je viens de faire à l'occasion de la vision du Diane Kurys ne concernent pas uniquement le cinéma commercial. C'est EXACTEMENT LA MÊME CHOSE sur le marché de l'art et essai, où 80% des films, eux aussi, ne sont pas mis en scène, et ceci est de la même manière insupportable.
 
Retrouvez d'autres articles sur d'autres films, en accédant à l'Index des Films Abordés : cliquez ici !
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Mardi 4 octobre 2005

Recommander - Publié dans : Corpus Filmi

 Chers Amis,

Aujourd'hui encore, pas le temps de faire un bel article complet.

Et vous savez comment ça se passe dans ces cas-là. On va jouer.

Donc, voici le Grand Jeu du Film Mystérieux N°20, déjà, quand je vous dis que le temps passe vite. Il s'agit de reconnaître les photos, c'est-à-dire de dire de quels films elle sont extraites. Pour cela, appuie sur le lien commentaire, là, juste en bas, et donne ta réponse.


Oui, mais c'est pas juste! avec des fêlés de ciné, genre Le Marquis ou Bernard RAPP, j'ai aucune chance de gagner, moi! Rassure-toi, gentil lecteur qui se sous-estime, le jeu est aussi pour toi. On adore tous spéculer et rêver. Alors lâchez-vous! Essayez d'imaginer à quelle époque a été tourné le film, dans quel pays? Essayez d'inventer des courtes histoires, des synopsis, ou des résumés de films imaginaires où ce plan irait parfaitement bien? Allez-y par déduction, posez-moi des questions pour avoir des indices, etc. Comme disait un groupe de poètes célèbres: "No, No, No, No, No, No, There's No Limit!".



(diapo 2001: Odieusement facile ! Les vrais joueurs se refuseront d'utiliser imdb !)




(Diapo 2002: Bah, ça ressemble quand même, même si ça demande un peu de recherche...)



(Diapo 2003: ça parait ultra-facile, mais en fait c'est odieusement dur ! On va reconnaître les pervers à coup sûr !)


Ben, c'est à vous de jouer les amis ! Bonne chance !


Dr Devo.

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Lundi 3 octobre 2005

Recommander - Publié dans : Ethicus Universalis

Encore

 

Nous ne reviendrons pas sur certaines fâcheuses manies du Docteur Devo, et son syndrôme maladif de l’inachèvement déjà évoqué à l’époque de la série des VENDREDI 13. Malgré mes relances régulières, le tour de visite de la série SAN KU KAI semblait être sur une voie de garage depuis déjà un bon moment. Allions-nous nous arrêter en si bon chemin ? Il faut te battre, Marquis…

Retournons donc quelques instants dans le 15e système solaire organisé autour du soleil Gloria, en cet an 70 du calendrier spatial…

Nous remettons doucement les pieds dans ces contrées si longtemps laissées à l’abandon pour y trouver un calme absolu. Laissés pour compte, nos héros sont plongés dans un profond sommeil à bord du San Ku Kai, en orbite autour de la planète Analis… Seul le robot Sidéro (je répète, Sidéro) reste éveillé, et cette si longue solitude semble l’avoir plongé dans un état méditatif teinté de mélancolie : « Ils sont quand même bizarres, ces êtres humains… S’ils ne dorment pas, ils meurent. S’ils ne mangent pas, ils meurent. Ceci dit, j’aurais bien aimé rêver une fois dans ma vie… » Celui qui n’a jamais rêvé seul, au moins une fois dans sa vie… Des propos empreints de poésie, un peu comme si Garou interprétait un texte d’Isaac Asimov.

Ce si long sommeil est interrompu en douceur par l’irruption de l’Azuris, vaisseau enchanté de la si douce, si blonde Eolia, toujours baignée dans une lumière onirique et savonneuse à la David Hamilton – la nef des flous, en somme.

Allez, debout là-dedans. Nos amis s’ébrouent et jouent les gros durs, pffff, on dormait même pas – ouah l’autre hey ! il arrêtait pas de ronfler. Les mines empâtées vont pourtant vite se faire grises. Et ô surprise, cette fois-ci, Eolia n’a pas traversé les confins de l’univers pour venir dire à Ayato qu’il faut se battre. Elle vient pour Siman l’homme-singe, qu’elle souhaite avertir d’une chose terrible : les Stressos ont investi sa planète, Sheta, et ont entrepris d’en exterminer la population. Siman est bouleversé ; il est aussi doublé par un autre acteur en VF, mais juste pour les dix premières minutes, pause syndicale oblige ?

Les propos d’Eolia sont bien vite confirmés par des images de la planète Sheta. Les Stressos menés par le commandant Volkor envahissent un village et embarquent ses habitants, papas singes, mamans singes et enfants singes avec rubans roses dans les poils, un festival du masque rudimentaire des plus délectables. Une fois de plus, SAN KU KAI se fait l’écho de tristes pages de notre Histoire, comme le souligne l’échange du général Koménor et du roi Golem XIII à bord du Cosmosaur qui plane au-dessus de Sheta :

GOLEM XIII : « Je t’ordonne de faire disparaître ces êtres inférieurs de la planète.

KOMENOR : J’ai l’honneur de te dire que la déportation a déjà commencé ! »

Comme ça, les choses sont claires…

Le San Ku Kai arrive sur Sheta sur les chapeaux de roue. A son bord, Ryu se lamente : « Les Stressos sont impitoyables : aujourd’hui ils s’en prennent à eux, et demain à qui ? ». Siman, lui, s’inquiète pour son meilleur ami, qui, il faut le souligner, n’aura pas l’honneur de voir son prénom mentionné par la VF sur la durée de l’épisode.

Et il fait bien de s’inquiéter, le singe ! Son ami a bien échappé à la déportation de son village avec sa femme et son fils, mais c’est pour mieux tomber entre les mains de Furia et de son nouvel acolyte, qui lui n’est pas anonyme : c’est Démonior, l’homme arbre ! De la tentacule végétale qui lui tient parfois lieu de bras, il s’empare du fiston velu et pose un ultimatum à papa singe : la vie de son fils contre celle de son ami Siman. « Tu es fou, c’est ridicule ! », s’exclame-t-il en exhibant une double rangée de dents – celle de l’homme singe et celle de l’acteur qui transpire sous le masque. Le pauvre est bien dégoûté par le principe, mais c’est son fils, sa bataille, le fruit de ses entrailles : il accepte bien à contrecœur.

Et c’est ainsi que lorsque Siman le retrouve dans son village désert, il lui fait boire un vin drogué afin de le livrer à l’ennemi. Démonior surgit lorsque Siman est tombé dans les pommes. « Allez, rend moi mon fils », lance le traître malgré lui. « Mais oui ! Le voilà ! », rétorque Démonior en le tuant à coups de sabre. Le monstre s’apprête à faire subir le même sort à Siman, mais sa main est arrêtée par la stratège Furia, qui voit là une nouvelle occasion de tenter de capturer nos héros.

Non loin de là, la déportation suit son cours, et je peux vous dire que les simiens n’ont pas le cœur à manger des kiwis : ça va mal ! Révoltés par ce spectacle, Ayato et Ryu décident de s’introduire dans le poste de garde stressos : mais comment éviter les deux soldats qui en surveillent l’entrée ? « Pourquoi les éviter, murmure Ryu avec suffisance, on va les assommer ! » Ce qu’ils font.

À l’intérieur du poste de garde, Volkor est plutôt relaxé, les pieds confortablement posés sur le tableau de bord. Furia et Démonior arrivent avec à leurs côtés le pauvre Siman enchaîné. Deux gardes (mmmmm, je me demande qui c’est…) s’apprêtent à l’emprisonner, mais le sadique Volkor l’invite à assister au spectacle de son peuple entassé dans des cargos qui décollent avec pour mission sommaire de larguer les primates dans l’espace. Siman tente de se rebeller, mais il est calmé par les deux gardes, qui ne sont autres, je vous le donne dans le mille, que Ryu et Ayato déguisés.

Et comme les choses vont toujours très vite dans SAN KU KAI, dès la scène suivante nous les voyons s’enfuir à bord d’un véhicule blindé en défonçant un barrage, avant de fuir à pied à travers une plaine tranquille. Enfin bon, tranquille quelques instants, avant qu’ils ne soient interceptés par Furia et Démonior. Dans un seul mouvement surréaliste, ce sont Staros et le Fantôme qui jettent au sol leurs casques stressos. Staros déclame sa formule classique (je viens du fond de la galaxie, etc.). Par contre, Ayato semble une fois de plus hésiter sur le nom approprié à son identité secrète et s’exclame fièrement : « Et moi je suis Shen ! » Passons. C’est la bataille, classique, sans surprises. Au point attendu où nos deux héros masqués se préparent à exécuter Démonior, Siman s’interpose : il veut le tuer lui-même pour venger machin-chose. Soit. Démonior succombe, pas dans un pouf de fumée mais en s’auto-consumant dans les convulsions de l’agonie, sous le regard dépité de Furia.

C’est pas tout ça, mais pendant ce temps-là, un cargo flotte dans l’espace avec de sombres desseins. Les simiens se lamentent douloureusement, moqués par les mesquins soldats stressos : « Qu’est-ce que vous avez à protester comme ça ? On vous offre un voyage gratuit et vous n’êtes pas contents ? » Heureusement, le San Ku Kai vient à la rescousse. Siman blessé, c’est à Ayato que revient le devoir d’assister Ryu à bord des deux modules de combat. Tout le monde semble en faire grand cas – tu es sûr ? – mais si, tu vas voir, tu vas y arriver – alors qu’Ayato a pourtant bien souvent eu l’occasion de piloter cet engin auparavant : y aurait-il une confusion dans l’ordre de diffusion des épisodes ?

Quoiqu’il en soit, il faut faire vite : le cargo a ouvert ses portes, et comme la dépressurisation ne semble pas exister dans le 15e système solaire, les Stressos entreprennent de pousser leur cargaison velue dans le vide interstellaire à l’aide d’un mur orné de dents de métal qui accule les simiens vers la sortie. Ryu et Ayato ont beau faire de leur mieux, ils doivent aussi se défendre contre les tirs des lazerolabes stressos. Un appareil en flamme vient à ce stade palpitant du récit heurter le flanc du cargo : ça va encore plus mal !

C’est compter sans la blonde, douce Eolia qui décide, une fois n’est pas coutume, de mettre la main à la pâte, et éteint l’incendie à l’aide de son vaisseau magique : « Il ne faut pas que les innocents soient massacrés, Ayato. », dit-elle fort à propos. Le cargo est donc contraint à faire demi-tour et à revenir se poser sur Sheta, à la consternation générale au poste de garde stressos, où un soldat manifestement égaré avertit Volkor en l’appelant Koménor. Leurs tirs de barrage n’y font rien, le San Ku Kai fait exploser la base stressos (Volkor va bien) et le cargo se pose.

Sur Sheta, la joie règne, et Siman décide bravement de taire la trahison de son meilleur ami trucmuche pour préserver son honneur. « Siman, tu es formidable ! », dit Ayato alors qu’ils reprennent la route. L’homme singe, confus, balbutie : « Rrrooololo ! Il va falloir que j’aille chez le coiffeur, moi ! » La voix-off, rabat-joie, conclut alors que nos amis repartent vers de nouvelles aventures en déclamant que des amis d’enfance, ils vont en perdre bien d’autres dans la lutte acharnée contre Golem XIII…

 

 

La suite au prochain épisode, n’est-ce pas docteur ?

Episode 1 : Un vaisseau dans l'espace

Episode 2 : Les Ninjas

Episode 3 : L'envoyée de la Terre

Episode 4 : Le Camp

Episode 5 : L'école abandonnée

Episode 6 : Le Roi Golem

Episode 7 : Une lueur d’espoir

 

Le Marquis

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Dimanche 2 octobre 2005

Recommander - Publié dans : Lucarnus Magica

(Photo : "Adaptation" par Dr Devo d'après une photo du film J'ADORE HUCKABEES)

Fières Gladiatrices, Dangereux Guerriers,
 
Et bien non finalement, il n'y a pas été, hier, au "cinoche", comme on dit (je crois que c'est la première fois que j'utilise ce mot dans ce blog), pour cause de série télé, scandale (!), et ce donc, afin de voir un épisode de l'avant-dernier DVD de la série 24 HEURES CHRONO, chèrement attendu puis acquis (provisoirement, je les rends quand même) à la médiathèque locale. Ça fait huit mois qu'on regarde la saison 1. C'est que les galettes numériques de cette série ne restent pas longtemps dans le bac des disponibles, loin de là, et qu'il faut se battre pour les avoir. À l'heure qu'il est, je n'ai encore jamais eu entre les mains le dernier DVD, c'est-à-dire le prochain, pour lequel le temps d'attente pourrait être absolument record.
Pas de Patrice Chéreau (ouais !) ou autre donc hier, nada, régime sec, et ce avant d'y retourner et de devoir aller piocher dans mes étrons, la réserve de petits machins visibles s'étant épuisée.
[Note. Tiens, hier, j'ai eu mon ami Bernard RAPP au téléphone, qui est allé voir REVOLVER sur mes conseils. Malgré des goûts étonnamment proches, le RAPP a trouvé ça complètement "merdique". La discussion qui a suivi fut brillante et passionnante. Sur les mêmes analyses, mais pas du tout le même ressenti, nos avis sont opposés. Belle conversation entre gentlemen. J'aime. Ma conclusion personnelle étant que le film sent le faisan, et donc par voie de conséquence, il est un peu fait pour moi. L'inconnu (pour moi, pas pour Bernard) étant de savoir si Guy Ritchie en est conscient ou pas. L'exemple de l'utilisation de la musique classique me parait assez parlant : requiem de Mozart, Vivaldi, Sonate au clair de lune, puis la même sonate mais techno, voilà une playlist qui, pour moi, sent le calcul vulgaire et légitime, là où Bernard voit un Ritchie persuadé que cet étalage musical très indiscret, comme un éléphant (qu'il est sans aucun doute) dans le magasin de porcelaine, est d'une beauté époustouflante au premier degré, quand moi je le ressens comme un jeu sur la vulgarité. Guy, si tu passes par là, délivre-nous du doute (enfin, de mon doute). Ceci dit, mon honnêteté intrinsèque m'oblige à persister et à signer. J’aime ce film aussi pour sa vulgarité, et je ne regrette absolument pas mon article. Alors même que je serais prêt à donner également raison à Bernard RAPP, dont l'avis me semble complètement logique. Paradoxe ? Oui. De toute façon, il est impératif que, dans chaque article qui paraît sur ce site, on trouve au moins une fois le mot paradoxe et le mot scandale ! Aviez-vous remarqué ?]
[Note technique : je remarque que les articles sont aussi imbuvables que délicieux, grâce à l'emploi incommensurable d'adverbes de toutes sortes et de trop nombreux adjectifs. En relisant mon tout premier article, je m'aperçois avec vanité et amusement que je l'avais déjà, à l'époque, annoncé !]
 
Pas de film hier, donc, et par conséquent, aujourd'hui suite et fin (j'espère) de mes notes de synthèse visant à rattraper le retard des reports des films vus. Sauf qu’aujourd'hui, on va essayer de faire court. Parce qu'un de ces quatre, je mettrai deux jours à écrire un article de la longueur habituelle. Il faut se restreindre. À moins que cet effet d'annonce ne soit une façon déguisée de torcher vite fait les petites choses vues, parce qu'à la longue... On répète toujours la même chose, vous savez, on fait la leçon aux réalisateurs qui, de manière générale, nous sous-estiment, vous et moi, ou qui essaient de nous piquer notre argent en faisant des petits trucs bâclés où il n'y a même pas le minimum. On répète donc toujours un peu la même chose, à savoir : l'échelle de plans ne contient pas que des gros plans et des plans rapprochés, le montage n'est pas fait pour Mabrouck, mais est l'essence même du film et son élément le plus important, le cadrage, c'est facile mais il faut quand même y passer un peu de temps, quel que soit le film, on doit essayer de faire quelque chose de beau, et le son, c'est pas fait pour Lassie non plus. Et pour faire du cinéma, il faut jouer avec le tout : un film où l'image et le montage ne contrarient pas le son au moins une fois est un film qui n'aurait pas dû être tourné. Si c'est pour voir ça, on préfère regarder tranquillement chez nous, et gratosse en plus, un vieil épisode de DALLAS !

Des articles courts, qu'il disait ! On va peut-être s'y mettre, non ?

[Note : tiens, hier on a eu notre trentième abonné, Twiggy, que je salue et que je ne connais pas ! Merci à tous de votre fidélité et de votre patience. Ceux qui veulent faire pareil peuvent aller voir sur la droite de l'écran. Tu entres ton adresse e-mail dans la fenêtre Newsletter, et tu reçois, à chaque fois qu'il y a un article, un petit mail pour t’en avertir, et de temps en temps je vous envoie un petit mot, rien que pour vous !
Ah oui, pendant que j'y pense... Vous savez que l'adresse du blog a changé ? C'est maintenant : www.matierefocale.com. Je vais demander aux lecteurs réguliers de faire une petite expérience, car j'ai des soucis avec le référencement du blog sur Google, ce qui est très fâcheux, car j'adore quand des lecteurs viennent ici par hasard. Peut-être certains d'entre-vous utilisent (via leurs favoris, ou via la mémoire cache de leur navigateur) la vieille adresse : http://matiere.focale.over-blog.com. Si c'est le cas, vous ne vous en rendez pas compte, car vous êtes automatiquement redirigés vers la nouvelle adresse. Cependant, la chose est assez fâcheuse par rapport à Google semble-t-il, qui du coup continue à recenser les pages portant le vieux nom. Si vous y pensez, ça serait sympa de vous connecter désormais en utilisant la nouvelle adresse (donc www.matierefocale.com) pour que je puisse voir si cela a une influence sur le référencement. Merci. Vous êtes beaux. Je vous adore. Bisous bisous.
Et puis, typographiquement parlant, cet article est justifié. (C'est rare, diront les mauvaises langues ! Hahahaha !). Vous préférez comme ça ? Bisous la France !]

Il y a quelques séries télés que j'adore, qui font partie pour moi de ce qu'on appelle l'ART, et qui à ce titre devraient se retrouver dans les manuels. MA SORCIERE BIEN AIMÉE n'est pas du tout de celles-là ! Je n'ai jamais accroché à ce truc. Vous imaginez donc bien que je ne me suis pas précipité complètement. Surtout que c'est réalisé par Nora Ephron (c'est bien un nom ricain ça ! Tiens, que devient l'horrible Dakota Fannings ?) qui avait déjà commis les comédies insupportables de Meg Ryan qui tombe amoureuse de Tom Hanks. [Quelles horreurs ! Ça donne envie de faire des articles... D'ailleurs, dans dix jours, je vais aller louer à la médiathèque des films de gens que je n'aime pas, histoire de voir si je suis si ouvert du bulbe que je le prétends. On va rire...]
 
Donc, la sorcière qu'on aime bien, oui, mais pas pour moi, merci. J'ai du mal à en regarder plus de trois minutes d'affilée. Je crois que ça fait rire le Marquis et Bernard RAPP. Bon. Moi, pas du tout, bien que je trouve très drôle le fait que la belle-mère appelle Jean-Pierre "Jean-Piètre", ce qui est complètement con, mais très drôle !
Et puis, je n'étais pas d'humeur pour la Kidman (qui préfère décommander Lars Von trier pour jouer dans ça ! Va comprendre !), et son petit nez de bistouri stérile. Mais bon... Tout ce que je fais c'est par amour pour vous, alors j'y vais...
Le sujet est plutôt original. Plutôt que de réadapter la série au cinéma (tels les déplorables STARSKY ET HUTCH ou CHAPEAU MELON ET BOTTES DE CUIR, dont, pour ce dernier, le scénario original était sublime, on le trouve sur internet d'ailleurs : très ambitieux, mais charcuté par la production qui en plus a imposé un casting complètement à côté de la plaque... Vous auriez pris qui, vous, pour incarner John Steed et Emma Peel ?... Vous pouvez donner des pistes dans les commentaires... Marquis : non, je ne pense pas que Sandra Bullock ferait une bonne Emma Peel !).
 
Je disais quoi...? Ah oui, la brioche du film ! [Pour comprendre le concept de brioche, reportez-vous à cet article !] Plutôt que de réadapter bêtement et nullossement la série, les scénaristes se sont un peu creusé les méninges, c'est-à-dire trois minutes au lieu de deux. [Dans l'échelle de l'évolution darwinienne, le scénariste n’est pas loin, mais quand même au-dessus, du Distributeur (voir ), ses capacités sont donc plus conséquentes... Arrêtez de m'interrompre... Laissez-moi écrire maintenant !] Le film raconte donc l'histoire d'un acteur, Will Ferrell, aperçu récemment dans SERIAL NOCEURS, un acteur que Le Marquis déteste et que Bernard RAPP adore (c'est une sorte de Louis De Funès américain, tout en nuances atomiques). [Non, Marquis, même pour vous faire peur, je ne le proposerais pas dans le rôle de John Steed, même si ma perversité me pousserait à avoir envie de voir ça ! LAISSEZ-MOI ECRIRE ! Bon sang !]
 
Will Ferrell est un acteur hollywoodien en grande voie de ringardisation (ses derniers films ont été des échecs) qui tente de faire son come-back dans une nouvelle série télé, réadaptation moderne de MA SORCIERE BIEN AIMÉE, la vieille série. [Vous saviez qu'à l'origine, c'est David Fincher qui devait faire CHAPEAU MELON... Et en scope... Et en noir et blanc ! Mazette, cela eut été beau... STOP ! STOP ! ARRÊTEZ ! LAISSEZ MOI TRANQUILLE !]
 
En tant que Commissaire à la Police du Bon Goût, je trouve que cet article, c'est n'importe quoi ! Cessez tout de suite ! (Colonel Marcus Van Tirtle, Police du Bon Goût).
 
Bon. Ça y est, je peux y aller. [Nicole Kidman s'est fait refaire tout le visage, quand elle sera vielle, ses joues...] Merdre à la fin ! Laissez-moi terminer ! [Pas question !] CHUT !
 
Acteur en perte de vitesse, donc, le Will Ferrell, qui essaie donc de s'inclure dans le projet de remake télévisé, en prenant bien soin d'être le plus tyrannique possible, et surtout d'imposer à la direction une actrice inconnue ou débutante pour jouer Samantha, histoire d'être la seule vedette, chose à peine suggérée par Jason Schwartzman... [Le meilleur acteur du Monde ! Vous avez vu J'ADORE HUCKABEES, le film de l'année ?].
 
Bon je me casse... Je reviendrai demain faire mon article.

 

[-On a gagné !
-J’ai bien rigolé moi, et toi ?
-Ouais, c’était pas mal !
-On aurait dû faire ça il y a longtemps. Il nous pompe le Docteur avec ses digressions !