(Photo : "Excess Prime Time" par Dr Devo, d'après une photo du film de Maïwenn)

 

 

Chers Focaliens, Chères Focaliennes,

C'est un grand jour pour Matière Focale, qui expérimente une nouvelle fois et s'enfonce un peu plus... dans quoi, je ne sais, mais on y va d'un pied ferme ! Mesdames, Messieurs, voici le premier article audio de l'histoire de ce site !

 

 

ajouter un commentaire commentaires (23)    créer un trackback
Jeudi 30 novembre 2006

recommander publié dans : Corpus Filmi

[photo: "Happy Pop (le goût de la liberté)" par Dr Devo]

 

Nou hé tillon a laid tude kan le Vipro antre, ha, 6vit d1 nou-veau Abi yeah en bourre-joie é d1 gahrd son 2 klass ki portè 1 gren pitre pupoint se kii dormé ce réV hier è chat k1 se le (zy-)va (lol lol; mdt ptdr -) :-) ) kom' sur prix dent son trav, Aïe!
Le virpo nous fi singe 2 gnou rassoir pisse tourne enver le mhétre des skud 'sieur roger lui distil a moore-voâ, voâ6 1 et léve ke ej voo recom Andes il antr an 5M 6 son vailta è sa con duit(r)e (lol gr8t mdr ;-) ) son mes riz thouars il pas sera dent lè glan ou la péle son age
Rester dan Lang der hier la tepor 6 bihein con la perd ce vé A-p ne le gnou-veau é T 1 gas 2 la kounterie d’1 15zen da' nezs an vironhé plu O2 taye kok1 2 nous tousse. Je joue l'universel contre l'individu, car je vénère le Diable. il avè laid cheveu coupet droa sur le FN com 1 chantre 2 vie l'age l'Rézoonab è for embar ratC koikil ne fu pa la reuge dé époles son habille veste 2 2 rat vers a bou thons renoi devè le G//ner o zan tourne urne è laid C voar par la FENTE deés pare ment D poinyé roug àbite tuée a hêtre nu C jembes en-bas bleu sor-T d1 pan talon joe natre traits tirèès par laids broutelles il éT cho C 2 sous lier for mal 6ré gars ni2cloux. Gus, Flo, Berthe, MAm bovaire riz.

Mr Mort.

ajouter un commentaire commentaires (5)    créer un trackback
Mercredi 29 novembre 2006

recommander publié dans : Cinémort

[Photo : "Oral Risky Teenage Sex", par le Dr Devo]

Chères Focaliennes, Chers Focaliens,
 
Moi aussi, je le sens bien, je suis investi, j'ai senti l'Appel, je suis en mission commandée pour le Très-Haut. Des fois c'est beau, des fois c'est la souffrance et la solitude. Le cœur est un chasseur solitaire crucifié sur une croix électrifiée à la gégène qu'envoie à intervalles irréguliers un colonel sadique, comme ça, gratuitement pour le plaisir. Aujourd'hui, séance de rattrapage.
 
Je me souviens, il y a quelques jours, je voyais ZONE LIBRE en avant-première et en présence de Christophe Malavoy, son réalisateur. Pour les plus jeunes, Malavoy a été dans les années 80 un acteur très chic, comme Giraudeau (Ah.... BRAS DE FER, qui a vu BRAS DE FER ? Moi !!!!) ou comme Juliette Binoche ou Fanny Ardant. Et puis le revoilà donc avec ce film qui sortira dans quelques semaines, courant janvier.
C'est la seconde guerre mondiale, c'est la France, ça va mal. À ceux qui, langues de vipères sans pareilles, disent qu'un film qui s'appelle ZONE LIBRE et qui se passe à cette période est un très mauvais signe, je réponds qu'ils ont tout à fait raison. Passons.
Ça va mal. Paris occupé, Paris violenté, Paris encagé. Une famille juive (l'oncle et la tante, une autre tante jeune et enceinte, la grand-mère et le petit neveu orphelin) fuit Paris pour la zone libre. C'est bien foutu et superbement écrit. À ma droite, dans l'angle opposé, le grand-père fermier qui va cacher la famille dans la grange, avec l'aide de sa bru, futur ex-veuve de guerre. Le combat aura lieu en 3 actes selon les règles de WWAL (World Wide Aristotelician League).
Les dés étaient pipés, tout ça était réglé d'avance, il n'y avait que peu d'enjeux. Mouais. La grand-mère perdait la tête (Alzheimer mal détecté, ou trop précoce de 40 ans) et ne parlait que yiddish. C'est quand même embêtant en ce temps de barbarie nazie. La deuxième tante est enceinte ! Le petit neveu ne sait pas où sont ses parents ! Il faut le placer chez les jésuites ou le faire enfant de chœur (avec gag poétique en conclusion), c'est embêtant ! Et les collabos, on peut pas leur faire confiance. Comme dit l'héroïne de la splendouillette bande-annonce du dernier Verhoeven, THE BLACK BOOK, dans toutes les bonnes épiceries la semaine prochaine : "Ça ne cessera donc jamais !" Ben non, c'est la guerre, et surtout, c'est Hollywood ! Hollywood rules ! Ne venez pas vous plaindre... C'est le trimestre du film à thèse, c'est le trimestre DOSSIERS DE L'ÉCRAN, c'est la période des films pour faire un débat après la projection, avec micro HF et invités de marque. C'est le Trimestre de la Compassion-Commémoration et tout doit disparaître. Encore un dixième film à message. C'est enfin arrivé : le Ci-Ci ! Le Cinéma Citoyen ! Malraux l'avait bien dit (ça faisait longtemps, les anciens de Matière Focale vont avoir des souvenirs) : "Le XXIe siècle de l'Art et Essai sera Ci-CI ou ne sera pas." Et c'est le cas (attention, résolution du jeu de mots) : Ci-Ci Imperator !
Alors, ça y va les parties de cartes, ça y va les spectacles de Charlot dans la grange, ça y va les fuites impromptues pour éviter l'inspection de la grange par les autorités, et ça y va les séquences de flash-back (la rafle du petit à Paris), à fond les ballons les photos jaunies... La guerre, c'était pas facile tous les jours, c'est moi qui vous le dis. Malavoy rappelle en introduction de son film (il ne pouvait pas rester pour le débat après... Comme moi, dites-donc !) que sa famille était résistante, et que certains de ses proches se sont fait prendre, fusiller ou déporter. Bon. Avoir pondu ce film est donc encore plus incompréhensible, ou peut-être encore plus logique. Il ne se passe rien, on fait exactement un film des années 50 mais en couleurs et en digital 5.1, on ne fait rien en fait, on déroule du film, on enfile des clichetons, on gomme les points de vue. Deux axes de mise en scène (outre les sacro-saints plans rapprochés à tous les plans, et axe frontal obligatoire) : un plan en plongée depuis un arbre qui revient dès qu'un personnage va sur une route (avec une branche en premier plan qui vient couper l'image... Encore un truc original ! Arrêtez avec vos expérimentations ! Nous, on veut du film populaire d'action, pas des trucs abstraits comme ça ! On va au cinéma pour se détendre !), et aussi une photographie un poil ocre et sans point de vue, afin de simuler le passage des saisons, chose pas facile quand le film est tourné en automne en deux semaines. Pour la mise en scène, c'est tout. Sinon, décors uniques, acteurs pépères (et encore, ça aurait pu être bien pire, car ici on s'en sort discrètement, autant que faire se peut), petite musique triste... Amis réalisateurs, continuez comme ça et bientôt je n'aurai même plus besoin de faire des phrases pour faire une critique. Il suffira d'aligner quelques mots et quelques adjectifs, séparés par une virgule. Bref, mon petit lecteur, ma sublime lectrice, tu l'auras compris, ZONE LIBRE est une fabuleuse recette de cuisine, à moins que ça ne soit une bande-dessinée ou un objet (une cuillère ? une télé ?). Des dialogues, des acteurs, j'appuie sur REC, je crie "Moteur !", et hop c'est parti ! je fume une clope, je pelote la scripte qui fait semblant de râler en pouffant ("Ho vous, alors, Monsieur Malavoy...") et surtout, je n'oublie pas de crier "Coupez !". De temps en temps, je refais une prise. Le soir à l'hôtel, on boit un cognac en fin de repas et puis j'appelle ma femme. Le lendemain, un bon petit déjeuner et une bonne doudoune font l'affaire, et on repart pour une journée de tournage. Le cinoche, c'est pas compliqué. Ce qui est chiant finalement, ce sont les dialogues. Là, c'est pas compliqué, vu que j'adapte une pièce du "meilleur dramaturge actuel". Attendez, je regarde sur IMDB... Alors... C'est... Jean-Claude Grumberg ! Comme Olga Grumberg, qui joue le rôle féminin principal ! Si c'est Grumberg notre meilleur dramaturge, j'aimerais que soit on arrête de faire du théâtre en France, soit qu'on ne produise que des pièces de boulevard avec Micheline Dax (que j'adore) et George Beller. En tout cas, un film, c'est pas énormément de stress. J'avais déjà fait deux téléfilms pour Arte, et l'affaire était dans le sac. Ils ont dit oui tout de suite pour le long au cinéma. Après, la routine : CNC, avance sur recettes, aide à l'écriture, patati patata... Malavoy quand même ! Malavoy, merdre ! Ça a plus de gueule qu'un anonyme sorti du caniveau. Et puis, en ce moment coco, je te dis que le film de guerre, enfin qui se passe pendant la guerre, c'est ultra-tendance, c'est ça que les gens veulent, et moi je dis que répondre aux attentes du public, c'est pas sale, c'est pas vulgaire, c'est être généreux avec lui. Le public, je veux dire. Les couillons qui nous font des films pour trois personnes, même pas de payants ! Des entre guillemets critiques au "kaillés" (prononcer avec la voix de Fanny Ardant), ça va, on les connaît, les élitistes de merdre. Moi, je fais des films avec de la vie dedans, de la vie de tous les jours et des sujets d'actu, coco, des trucs qui leur parlent, des trucs qui z'en veulent. Pas de soucis, ça fera du festival, mon machin, après ça fera du collège au cinéma, et hop, on est dans nos frais, et la prochaine fois j'engage Gérard ou José, et on fait un truc avec Pathé ! Mais avant tout, je bosse pour le public, et d'ailleurs, mon Devo, tu devrais pas sniffer la coco comme ça, c'est pas du sucre candy. Et le champomy, c'est quand même de la Clicquot, alors vas-y mollo. Avec une caisse de bouteilles comme ça, on te paie des techniciens pour un court-métrage ! Gaspille pas n'importe comment. Je t'ai fait lire mon scénar' sur les sans-papiers ? Et au fait, tu sais qu'ils ont accepté mon piche sur les mères célibataires au CNC en plénière... Les doigts dans le cul même ! On est arrivé deuxièmes... Quoi ? Nan, déconne... Il a quand même fallu que je fasse une itw au figaro pour qu'Arte puisse pousser à la roue ! Ouais, devant Resnais ! Il a rien eu, ce con ! De toute façon, place aux jeunes ! Je les nique tous... Tiens, voilà la scripte, justement...
Bon, tout ceci c'est de la fiction... C'est pas comme ça que ça se passe en vrai. D'ailleurs, je déteste le champagne, j'ai horreur de ça. Alors je te pose une question, docteur : pourquoi tu nous ponds un article comme ça, si c'est pas vrai ?...
 
Écoute mon petit, viens sur mes genoux, prends un Werther's et écoute bien... Tu vois, quand les films ne font même pas l'effort de ressembler à un vrai film de vrai cinéma (tu vois, je ratisse large, je ne suis pas exigeant...), ben c'est fini, je fais plus l'article. C'est terminé. Ou alors je vais faire un article type, un générateur d'articles, ou je remplirai les trous selon le film (genre : je laisse un trou pour le titre !). Alors moi, je me déplace au cinéma, je mets du flouze dans la place, ou toi tu mets des sous dedans et pas qu'un peu (huit euros quand même), et là qu'est-ce que tu as ? Un truc qui n'est même pas du cinéma ! Ben moi, je vais te dire un truc, bonhomme (avec la voix de Gabin ou de Bébel, selon que vous soyez de bonne ou de mauvaise humeur) : "S'ils veulent une vraie critique honnête, les petits gars, qu'ils commencent par faire un film avec du cinéma dedans, et qu'ils arrêtent de construire des aspirateurs sans sac !"
 
La prochaine fois, nous parlerons du prix du baril. De lessive. Bien le bonsoir ! Caresses au chien !
 
Préventivement Vôtre,
 
Dr Devo.
 

Retrouvez d'autres articles sur d'autres films, en accédant à l'Index des Films Abordés : cliquez ici !

ajouter un commentaire commentaires (11)    créer un trackback
Lundi 27 novembre 2006

recommander publié dans : Corpus Filmi
[Photo : "Sweet Ugly Lovely Tasty Sexy Trashy", Edith Massey dans FEMALE TROUBLE, par le Marquis]
Me voilà donc de retour après un article précédent secoué par les petites vaguelettes d’un fan de Truffaut si outré qu’on puisse dire ne pas s’y intéresser qu’il en a conclu que j’étais forcément un chômeur ! Les comportements des internautes, ici et ailleurs du reste, Matière Focale étant loin d’en avoir la primeur, pourrait même faire l’objet d’un article très intéressant dont l’idée me trotte dans la tête depuis quelques temps – à voir, peut-être trouverai-je le temps de m’y atteler aux prochaines vacances, ça pourrait être amusant… Pause conséquente après le départ du Docteur, comblée par une orgie de Muppets bienfaisante, évidemment destinée à me faire oublier la sinistre version de Cauet, heureusement avortée, mais qui aura tout de même fait son petit travail de sape ; la disparition de l’émission est une bonne nouvelle, mais les Muppets restent détenus dans les geôles de Disney (d’où le nom de la filiale, « Muppets Holding Company » ?). J’espère que les nouveaux ayant-droits y réfléchiront à deux fois avant de brader de la sorte la création de Jim Henson. Ou de Jim & Son : que Brian H. soit fisté comme Kermit l’a été par des mains malpropres si de nouveaux outrages nous sont imposés. Drôle de façon de « réaliser le rêve de son père », quoi qu’il en soit… Bref, l’incident est clos, et depuis, le visionnage méthodique et strictement réglementé a repris son cours, avec de très bonnes choses et d’autres bien moins bonnes, ce dont vous ne saurez rien tant que je n’aurai pas rattrapé mon retard léger mais conséquent, avec cette question qui reste en suspens : serai-je synchrone pour boucler le compte-rendu exhaustif de cette année 2006 fin décembre ? Avant de détailler cette douzième sélection, assez intéressante, dans le détail, le docteur me charge de vous rappeler au souvenir du concours actuellement proposé sur Matière Focale, toujours d’actualité, mais qui devrait prochainement clore les participations : il vous reste donc encore une semaine pour nous faire parvenir vos « piches » et / ou « aillequoux », c’est à vous de jouer. Que le docteur m’excuse de ne pas être plus précis, mais je suis attendu et il me faut me presser : tout complément d’information signé de sa main dans cette introduction sera le bienvenu. Allez, hop ! On attaque avec un film en A comme...
 
AUTOPSIE, de Michael Kriegsman (USA, 1999)
Lors d’une visite du Docteur Devo cet été, et parmi tous les films qu’il a choisi de visionner en ma compagnie, l’un des titres sélectionnés l’a été dans la sélection de l’Abécédaire dont je vous rends compte aujourd’hui. Il s’agissait d’AMOUR ET AMNÉSIE, comédie dramatique ni drôle, ni émouvante – mais copieusement racoleuse et passablement stupide, à tout prendre, je ne regrette pas de ne pas l’avoir vu tout seul ! Après le départ de mon invité, lorsqu’il a fallu combler le trou dans la sélection par un nouveau titre (j’ai depuis décidé que les films pré-sélectionnés visionnés hors du cadre de l’Abécédaire seraient tout de même chroniqués et non pas remplacés), il m’a paru logique de remplacer ce très mauvais film par un métrage à sa façon tout aussi redoutable, et mon choix s’est alors logiquement reporté sur ce AUTOPSY : THROUGH THE EYES OF DEATH’S DETECTIVES.
En achetant ce film de Michael Kriegsman parmi plusieurs autres acquisitions, je croyais en effet avoir affaire à un petit film d’horreur de série B du type ANATOMIE (mauvais, ça aussi) ou LE DENTISTE. Grosse surprise, pas spécialement plaisante, en cherchant des renseignements sur le métrage en question : il s’agissait en réalité d’un documentaire sur les médecins-légistes à l’ouvrage, complété de nombreuses séquences non simulées d’autopsies. Beurk. N’étant pas très motivé par un trip voyeuriste du genre FACE À LA MORT, classique putride de vidéo-clubs des années 80, j’avais jusqu’alors posé le DVD sur une étagère sans plus y toucher, et ce n’est que le dégoût, sur un autre registre, du machin interprété par Adam Sandler qui m’a incité à le remplacer par le disque paria, la complaisance mélo et niaise du film initialement prévu valant bien, après tout, quelques dissections entre amis.
Le documentaire se donne pour mission de faire tomber les préjugés et la méconnaissance autour de la profession de médecin-légiste, s’ouvrant d’ailleurs sur un micro-trottoir où le chaland qui passe, mal à l’aise, lâche quelques considérations sur la supposée personnalité morbide de ces professionnels, quand il ne croit pas que l’autopsie est « ce que font les femmes pour ralentir les effets du vieillissement » - elle est bien bonne, celle-là ! Par certains aspects, le documentaire est relativement intéressant, notamment lorsqu’il infirme l’idée selon laquelle les autopsies sont devenues très courantes (il semblerait en réalité que l’on en pratique trois fois moins que dans les années 50, ce que déplorent les professionnels interrogés, pour qui les causes de mortalité restent trop souvent supposées), ou quand il met en perspective la place de l’autopsie dans un contexte religieux et culturel. Mais pour qui ne voit pas les médecins-légistes comme des vampires morbides (et sur ce point, le film me semble quand même enfoncer quelques portes ouvertes), son acharnement à nous montrer les médecins-légistes comme des « êtres humains comme nous » (qui vivent en famille, adorent les montagnes russes ou consacrent leur temps libre à la peinture à l’huile) me semble un rien appuyé – le propos est bien plus intéressant lorsque ces personnes évoquent leur passion pour le métier, leurs premières difficultés, leurs propres limites, etc.
En parlant de limites, le documentaire effectue un choix curieux et pas forcément idiot en n’évacuant pas, sur un plan graphique, plusieurs séquences peu ragoûtantes autour desquelles se construisent fantasmes et préjugés, alors même que les scènes d’autopsies deviennent de plus en plus banales dans les films (et séries) de fiction. Je vous épargne le détail, mais les passages nous montrant les légistes en action, filmées sans complaisance mais sans fausse pudeur non plus, sont pour le moins explicites, et très probablement insupportables pour une majorité d’entre nous. Elles sont la (seule) force du documentaire, montrant ces actes médicaux pour ce qu’ils sont, et pour leur finalité.
Elles sont aussi, cependant, les grandes limites d’un film par ailleurs, c’est tout de même un problème, très platement réalisé et monté. D’une part, l’intérêt d’AUTOPSIE est très variable et réside surtout dans celui du sujet abordé, à la fois tabou et, dans la fiction, très prisé, Kriegsman échouant à prolonger la gravité, la pudeur, voire la répulsion des images filmées par une mise en scène adéquate, un peu comme si la nature des images captées par la caméra le privaient ou le dispensaient d’y apporter un véritable point de vue. D’autre part, mais vous vous en doutez déjà je suppose, et malgré les constantes précautions prises par le cinéaste pour échapper à ce travers et pour clarifier ses louables intentions (je ne mets d’ailleurs pas en doute sa sincérité), le film ne peut échapper totalement à des visées mercantiles et franchement veules dans la façon dont il est distribué et sera probablement visionné par certains.
De ce point de vue, l’édition DVD est particulièrement ambivalente. Complétée par un court making-of exposant la fascination, l’appréhension et le malaise de l’équipe de tournage, avec une certaine justesse du reste, le DVD est accompagné d’une jaquette qui présente des encarts avertissant le spectateur du contenu graphique du métrage, ce qui est pour le moins légitime. Légitimes, d’autres encarts le sont moins, ne le sont pas du tout même, avec leur côté bateleur de foire (« Attention ! Êtes-vous prêts à tout voir ? La visite peut commencer… »), qui misent le pactole sur le versant glauque, morbide et voyeuriste de la chose, seul véritable faux-pas de l’édition, mais c’est bien celui qui est le plus mis en exergue. Ambiguïté, quand tu nous tiens… Très honnêtement, je n’aurais probablement pas fait l’acquisition de ce film si je m’étais rendu compte de ce qu’il proposait. L’expérience m’aura répugné mais parfois fait réfléchir ; mais sur un plan cinématographique, encore une fois, c’est d’une frileuse neutralité, prudemment clinique et sans intérêt ; et il me paraît difficile d’en défendre l’exploitation qui, sous cette forme (DVD perdu dans le rayon épouvante, avec ses cartons racoleurs à deux balles), me semble franchement dégueulasse. Mais peut-être suis-je hypocrite, je ne sais pas.
 
B comme… BLOOD FEAST, de Herschell Gordon Lewis (USA, 1963)
Ce n’est pas sans soulagement que je laisse derrière moi ces éviscérations anatomiquement réalistes pour me tourner vers les bonnes vieilles tripes de mouton du père Herschell Gordon Lewis, inventeur du concept de film « gore » (et non pas de l’effet lui-même, puisque tout le monde connaît l’œil tranché du CHIEN ANDALOU de Buñuel) dont ce BLOOD FEAST est le tout premier représentant. Au programme donc, érotisme léger et gore très sommaire, mais assez décapant pour l’époque. H.G.Lewis a surtout le premier eu l’idée de creuser le filon avec complaisance dans le cadre du film d’horreur, faisant tomber les barrières du bon goût avec une manifeste bonne humeur. Le cinéaste, par ailleurs assez incapable il faut bien le dire, a su profiter de l’émergence du film d’exploitation, optant pour les effets sanglants afin de se distinguer des millions de nudies produits par un système qui se contrefichait bien du comité de censure américain, les films en question étant de toute façon exploités dans le réseau des salles X. Un versant très démonstratif qui allait peu à peu s’étendre à des œuvres plus ambitieuses (LA NUIT DES MORTS-VIVANTS), puis aux films de studios (on parle souvent de L’EXORCISTE, mais on pourrait également citer certains Peckinpah !)
Même si BLOOD FEAST est objectivement très mal écrit et encore moins bien mis en scène – les films suivants ne seront pas plus brillants, même si certains d’entre eux ont fait preuve de plus d’inventivité, comme le célèbre 2000 MANIACS, relecture gore de BRIGADOON (!), H.G.Lewis a sa place dans la petite histoire du cinéma, ne serait-ce que parce qu’il a le premier franchi le pas vers ce qu’une idée très galvaudée, encore très ancrée dans l’esprit des historiens du cinéma (qui font souvent de piètres cinéphiles, pour ce que j’en dis), considère comme un appauvrissement du genre fantastique, un stigmate de sa propre déréliction et de la dégénérescence des mythes et des codes narratifs du genre – voir par exemple les écrits, par ailleurs passionnants, d’un critique passéiste comme Gérard Lenne. En réalité, cet aspect soudain très permissif a permis au fantastique de se diversifier, de se démarquer d’une approche du fantastique dérivée des années 30 et qui n’avait jusqu’alors pas véritablement connu d’évolution – Lucio Fulci en est l’aboutissement le plus flagrant dans son étrange poésie de l’excès, mais chaque cinéaste œuvrant dans le fantastique a été influencé par cette liberté de ton et d’expression, l’investissant avec intelligence (PHANTASM), l’exploitant avec malice (RE-ANIMATOR) ou s’en démarquant consciemment (subtil, suggestif et trop méconnu LE CERCLE INFERNAL). Bien sûr, près de 45 après BLOOD FEAST, tout semble avoir été montré, les spectateur semblent bien blasés, et on voit même depuis les années 90 le retour à une certaine pudibonderie. Bof, ça va, ça vient…
Et le film, dans tout ça ? Eh bien, il dépasse de peu son seul intérêt historique par sa brièveté et surtout par le recours à un humour absolument pas involontaire comme j’ai pu le lire ici ou là. Cette histoire d’épicier égyptien assassinant des demoiselles qu’il offre en sacrifice à sa déesse Ishtar est abordée avec décontraction et ironie, accompagnée du fameux martèlement musical. Le scénario est truffé de notations humoristiques, et le casting est composé d’acteurs délicieusement nuls dont le jeu évoque un peu les tonalités des premiers John Waters. En somme, c’est du bon gros cinéma d’exploitation, daté mais assez amusant.
 
C comme… LE CŒUR DU GUERRIER, de Daniel Monzon (Espagne, 2000)
Passons à tout autre chose, avec ce curieux long-métrage qui n’aura pas connu les faveurs d’une distribution en salles – vu la nature de l’emballage, qui évoque une sorte de plagiat tardif de CONAN LE BARBARE version Z, ça n’a d’ailleurs rien de surprenant.
Le film s’ouvre là où s’achèvent la plupart des films d’héroïc-fantasy : un guerrier valeureux accompagné d’une fougueuse amazone est sur le point d’achever sa quête d’un quelconque caillou magique, et doit se mesurer à un méchant casqué. On touche au climax, en se disant que tout ça démarre sur les chapeaux de roue, en se disant aussi que c’est visuellement cheap, ou plutôt très artificiel, mais soigneusement photographié, quand soudain, le valeureux guerrier se réveille dans une chambre d’adolescent branché Donjons & Dragons, vilipendé par une mère excédée. Le guerrier semble ne rien comprendre à rien, surtout lorsqu’il découvre dans le reflet que lui renvoie le miroir un jeune garçon malingre à l’air passablement paumé. Bingo. De deux choses l’une : soit le guerrier a été par magie expédié dans un monde parallèle, au sein duquel il reconnaît ses alliés et ses ennemis ; soit l’adolescent soigne malencontreusement une schizophrénie naissante et bouillonnante par une immersion sans limites dans un jeu de rôles qui le relie à ses camarades de classe.
On pourrait vaguement définir LE CŒUR DU GUERRIER comme une sorte de croisement risqué entre L’HISTOIRE SANS FIN et FISHER KING. Monzon se livre à un exercice très périlleux, tentant, sans grand succès hélas, de faire se côtoyer une comédie proche de la farce, jouant sur les décalages (guerrier armé d’une cannette de coca-cola), et un réel potentiel de noirceur, tant dans la désagrégation mentale de l’adolescent en question, manipulé par des politiciens tentant de l’amener à assassiner le leader d’un parti ascendant, que dans le portrait de ses alliés transfigurés dans notre quotidien : la fière amazone est devenue une prostituée junkie, l’acolyte est un nain clochard pas très sain d’esprit obsédé par l’hygiène dentaire (?!?), le mage est une espèce de Raël illuminé de plateaux TV, bref, c’est vers toute une population marginale en pleine décrépitude que les illusions guident l’adolescent – ou mènent le guerrier perdu…
Fichtre ! Le réalisateur ne manque en tout cas pas d’ambitions. Malheureusement, son scénario est affreusement décousu et hésitant dans ses tonalités, ne parvenant jamais à gérer la complexité de son intrigue (voir le personnage du politicien menacé, peu convaincant et inséré sans finesse dans le récit). Le résultat, après avoir un peu intrigué, finit par lasser franchement, d’autant plus que la mise en scène, aussi spectaculaire qu’insipide, échoue à trouver un équilibre entre l’humour, le fantastique et le drame, ne suscitant au final que le sentiment d’une certaine prétention, assez irritante. Un brouillon original en somme (quoi qu’il doive une fière chandelle à Terry Gilliam), mais complètement raté. Plus que ses apparences, qui sont trompeuses, c’est surtout sa médiocrité qui nous console de son absence dans nos salles ; chapeau bas pour la vivacité du film de genre en Espagne, mais cet opus ne tire donc pas son épingle d’un projet démesuré assuré sans talent.
 
D comme… THE DESCENT, de Neil Marshall (Angleterre, 2005)
De Neil Marshall, je n’avais que très moyennement apprécié un DOG SOLDIERS sympathique et énergique, à mon sens plombé par des personnages sans intérêt (dommage, pour une fois qu’on échappait aux teenagers usuels) et surtout par une mise en scène désastreuse dans la première partie du film – un dégueulis de cadrages mobiles et de montage frénétique hideux et à peu près illisible, qui connaissait par la suite une nette amélioration ceci dit, la dernière demi-heure étant plus composée, et surtout plus maîtrisée. Malgré le fait qu’on m’ait malencontreusement raconté la fin avant que j’aie eu le temps de dire stop in the name of love, la bonne réputation du film m’a amené à considérer THE DESCENT dans un esprit d’ouverture sur lequel le réalisateur de SAW devrait ne pas trop compter en ce qui me concerne.
Bonne pioche, Neil Marshall a fait d’énormes progrès, et réussit ici ce qu’il n’avait fait qu’effleurer maladroitement avec son précédent long-métrage : au-delà du seul casting, bien meilleur, le réalisateur abandonne le sur-découpage hystérique et les infects gigotements du cadre au profit d’une mise en scène encore trop impersonnelle, mais indéniablement structurée, qui tire le meilleur parti de la situation de claustrophobie auxquels sont confrontés les personnages, et nous avec. En réalité, avant que ne surviennent les créatures (que Marshall a l’excellente idée d’introduire le plus tard possible), la tension est bougrement communicative, au point même que, devant l’extrême efficacité du suspense autour de ces spéléologues coincées dans des galeries souterraines après un éboulement, on se dit que le film aurait presque pu se passer de monstres. Reste que ces créatures sont particulièrement réussies (avec même quelques plans fugaces saisissants en animation image par image, très bonne initiative, percutante, en pleine mode d’effets infographiques fluides, réalistes et totalement dénués de poésie), et la mise en scène ne se délite pas trop à leur arrivée : c’est parfois encore trop découpé, d’où quelques plans confus et une ou deux erreurs de raccord, mais le film se tient dans son ensemble à une certaine rigueur. Je ne vous dirai rien du dénouement, assez atypique, sinon qu’il donne une étrange impression d’inachèvement satisfaisant. Bref, dans son genre, et même s’il compense un certain manque de personnalité (quelques plans volés à DARKNESS dans l’introduction m’ont un peu contrarié) par une indéniable efficacité formelle qui laisse encore passer quelques couacs au montage, THE DESCENT atteint sa cible, et vaut le détour.
 
E comme… L'EXORCISTE : AU COMMENCEMENT, de Renny Harlin (USA, 2004)
Puisqu’il n’a encore jamais vraiment été question de la série très hétéroclite des EXORCISTE, je profite de cette note pour vous faire part de mon propre point de vue, en deux mots. Le film de William Friedkin, dans sa version originelle du moins, est assez passionnant, bien que sa dernière partie me semble plus datée (trop de déclinaisons des séquences d’exorcisme ont un peu élimé la force des images de Friedkin à la sortie du film) ; excellent travail de montage – en particulier de montage son, une approche du fantastique qui a généré des œuvrettes section « histoire vraie » du type AUDREY ROSE ou AMITYVILLE (films que je n’aime vraiment pas), par son réalisme dans le contexte des événements surnaturels qui se déroulent à l’écran, mais qui en évite les travers démonstratifs et le sensationnalisme naïf. Le remontage de 2001 est par contre détestable, et le révisionnisme du cinéaste (qui avait déjà profondément dénaturé LE SANG DU CHATIMENT) m’a d’ailleurs amené à m’en détourner ces dernières années. Je tiens L’EXORCISTE II (L’HÉRÉTIQUE) de John Boorman, généralement détesté, comme un très grand film et l’une des plus belles réussites de son réalisateur, ne serait-ce que parce qu’au-delà de ses immenses qualités, le film fait ce que toute suite se devrait de faire : prendre une autre direction, proposer une nouvelle approche, un approfondissement des thèmes et une expérimentation des formes ; à vrai dire, je le préfère même au film de Friedkin. J’apprécie l’originalité et la ponctuelle efficacité de L’EXORCISTE III de William Peter Blatty, avec toutefois des réserves sur le profond ridicule de la dernière partie, audacieuse certes, mais à mes yeux très maladroite, pour un résultat aussi intéressant qu’il est bancal.
Nous en venons donc à « l’affaire » de ce quatrième volet, une préquelle au film de William Friedkin dont la production particulièrement chaotique a fini par accoucher de deux longs-métrages distincts. Contrairement à ce qu’affirment certaines rumeurs, Renny Harlin ne s’est pas contenté de terminer un film en partie tourné par Paul Schrader, dont le travail n’a pas simplement été remonté. Le film de Renny Harlin n’utilise que peu de séquences tournées, et le tournage a quasiment repris à zéro, avec un casting en partie recomposé, sur un scénario lui-même repensé de fond en comble – avec pour conséquence pour Renny Harlin, bien évidemment, de réaliser ce quatrième épisode opus 2 dans des délais drastiques et pour un budget considérablement revu à la baisse suite aux dépenses générées par le premier tournage et par la résolution légale de cet imbroglio. Au final, le film de Paul Schrader, DOMINION, a échappé de peu à la mise au placard, mais il n’aura été exploité qu’en vidéo (il n'est pas mentionné dans la filmographie de Schrader sur Imdb, ceci dit !). Je ne l’ai pas vu, et je me demande bien ce qui, dans le travail de Schrader, a pu justifier une telle décision, fort rare, les studios se contentant en général d’embaucher un « docteur » pour mettre du scotch sur les brèches et finir le produit initial en limitant le désastre au maximum, pratique qui par contre est elle très courante.
Avec un tel naufrage en amont, le film de Renny Harlin avait peu de chances d’aboutir à un résultat très probant, et sans doute encore moins de chances de ne pas être accueilli avec froideur et ironie. Avant de voir L’EXORCISTE : AU COMMENCEMENT, je n’en connaissais que la réputation désastreuse de sommet de comique involontaire, de navet filandreux et grotesque. Et après visionnage ?
Ce n’est pas un bon film. Mais ce n’est pas non plus aussi lamentablement nul qu’on a bien voulu le dire – surtout si c’est pour affirmer dans le même mouvement que le consternant SAW est une des grandes révélations de ces dernières années ! Le manque de temps et d’argent reste douloureusement visible à l’écran : le film souffre d’effets visuels oscillant entre les plans douteux (scène d’introduction) et les scènes franchement laides (absurdes hyènes en images de synthèse qui auraient à peine fait l’affaire pour L’ÂGE DE GLACE), et le scénario patine régulièrement dans des flous narratifs mêlant raccourcis abscons et simplifications excessives, d’une subtilité digne d’AMITYVILLE – et ce n’est pas un compliment. L’usure se ressent aussi chez Stellan Skarsgaard, amené à interpréter le même personnage une seconde fois, et qui fournit ici le minimum syndical, sans se forcer. Comme à son habitude, Renny Harlin met le paquet, avec l’absence de retenue qui le caractérise – et qui rend son cinéma à ses meilleurs moments généreux, gratuit et spectaculaire : dans ce cloaque, des pans de métrage surnagent, dans un registre de bon gros fantastique qui tache, et qui tâche surtout de faire au mieux dans des conditions relativement catastrophiques. Bien qu’il ait été copieusement raillé, le film fait pourtant mieux que pas mal d’œuvres bien plus idiotes (LA FIN DES TEMPS, pour n’en citer qu’un) qui ne sont passées inaperçues que parce que les projecteurs cyniques n’étaient pas spécialement braqués sur elles ; mais c’est aussi le genre de grand film malade qu’on n’a pas spécialement envie de soigner, il faut bien l’avouer.
 
F comme… FEMALE TROUBLE, de John Waters (USA, 1974)
Après la découverte tardive, en ce qui me concerne, mais vivifiante de l’étonnant PINK FLAMINGOS, je poursuis mon tour de visite parmi les premiers longs-métrages de John Waters avec FEMALE TROUBLE, qui s’impose aisément par sa drôlerie et par son ignominie dès la célèbre séquence au cours de laquelle Divine est violée par un homme interprété par... Divine ! Et les admirateurs de Divine ne doivent pas rater cet étrange FEMALE TROUBLE ou le travesti connaît un parcours à part dans la filmographie du cinéaste, qui détaille cette histoire depuis la révolte adolescente jusqu’à la mort programmée de son personnage, plusieurs années plus tard, et non sans une certaine noirceur, le film étant à ce jour le plus sombre qu’il m’ait été donné de voir chez Waters. Ça n’empêche en rien le film d’être d’une drôlerie féroce et décadente, qui préfigure clairement le mouvement punk (la première apparition d’Edith Massey est hallucinante), mais il s’y glisse cette fois les prémisses d’une certaine amertume, dont Waters saura tirer le meilleur parti (POLYESTER) sans s’y enliser, ainsi qu’une réelle violence, un jusqu’au-boutisme, une logique froide et radicale. Et sa mise en scène se structure peu à peu ; elle est ici plus pensée que les collages aléatoires et le relâchement formel de PINK FLAMINGOS, ce qui est sans doute lié à la nécessité de devoir gérer un parcours cauchemardesque et la métamorphose d’un personnage fascinant, adolescente obsédée par les chaussures à talon cha-cha, mère-fille aigrie, qui devient de façon fortuite une icône célébrée, dont les performances iront bien au-delà de ce que ses Pygmalions seront prêts à assumer.
Il est difficile de renchérir dans le registre de la provocation, ce sur quoi le film n’égale jamais totalement PINK FLAMINGOS – il est d’ailleurs surprenant de voir John Waters tenter de reproduire le fameux travelling de son film précédent filmé en caméra cachée depuis une voiture : Divine commence alors à se faire un nom, et arpente cette fois les rues dans l’indifférence générale, les figurants malgré eux paraissant blasés par ce phénomène local qui ne surprend plus grand-monde. Par chance, Waters ne limite à aucun moment FEMALE TROUBLE, film qui lui tient particulièrement à cœur d’après ses propres propos, à une redite formelle, à une imitation du film qui les a révélés : la provocation du scénario et des interprètes s’inscrit pleinement dans un projet cohérent et assez passionnant, bien moins potache dans l’esprit, plus ambitieux, plus ample, plus corrosif, plus dérangeant, à l’image de sa scène finale, qui ne prête pas vraiment à rire.
 
G comme… GODSEND (EXPÉRIENCE INTERDITE), de Nick Hamm (USA / Canada, 2004)
Voilà ce que la voix-off traditionnelle des bandes-annonces aurait pu claironner en salles : « Remarqué pour THE HOLE, Nick Hamm nous revient enfin, avec un sujet foireux et un casting louche ! » Elle aurait peut-être dû, la voix-off, les choses auraient été très claires de cette façon.
Décidément, et après le redoutablement nul À TON IMAGE, on va vraiment finir par se dire que le clonage humain est tout sauf un bon sujet de film de genre, particulièrement lorsque le scénariste semble aborder le travail d’écriture avec CQFD tatoué sur le front ! GODSEND nous parle de choix et de conséquences : un couple (Rebecca Rominj-Stamos & Greg Kinnear) dont l’enfant vient de mourir accidentellement accepte de le cloner de façon expérimentale, afin qu’il conserve la même personnalité, comme c’est pratique. (Je veux mon enfant, snif-snif !… Je peux l’avoir en blond ?) Le médecin qui leur a proposé la petite affaire (Robert De Niro, de mieux en mieux Robert, continue comme ça…) s’exécute, et tout va pour le mieux jusqu’à l’anniversaire de la mort de l’enfant, qui change alors brutalement de personnalité et semble devenir maaaaaaaléfique. Vous m’ajouterez un twist pas trop vieux, ce sera tout, merci.
L’argument narratif est ici exclusivement axé sur la sensiblerie style « pleurez, ne pensez à rien » – pire encore que dans un film de maladie, complétée par un élément de SF fantaisiste assimilant clonage et réincarnation. Nick Hamm soigne son tracteur filmique, et effleure même quelques vagues ébauches de débuts d’idées intrigantes (l’enfant croit être hanté par son propre fantôme, le clonage a plus encore de conséquences sur les parents que sur l’enfant), mais il choisit crânement la voie la plus banale et la plus lourdement balisée, avant de nous balancer une révélation fracassante (et pas prévisible une seconde, non, non, vous pensez bien) qui oriente le film vers le thriller, tout en continuant à se dépatouiller avec son approche mélodramatique, et avec son sujet de SF à moins que ce ne soit du fantastique. THE HOLE était un suspense efficace et malin ? Nick Hamm va donc logiquement chercher à se faire un nom en visant le scénario tortueux, et j’aurais presque pu applaudir à deux mains (la constance du réalisateur hein ? Pas le résultat !) s’il n’avait pas visé aussi mal. Résultat somme toute classique dans le genre consternant : il y a une fin au film. Et quatre autres en supplément. Cinq dénouements différents. Celui qui a fini par l’emporter vaut bien tous les autres, et ne vaut pas grand-chose, le film n’allant nulle part. Les réelles qualités de THE HOLE se sont envolées : l’interprétation est exécrable (même de la part d’acteurs que j’apprécie habituellement – non non, pas toi Robert, retourne t’asseoir, c’est fini maintenant), la mise en scène se limite à un seul savoir-faire technique illustrant une esthétique démonstrative foncièrement insipide, et GODSEND, film de SF pour ceux qui n’aiment pas la SF, film fantastique pour ceux qui n’aiment pas le fantastique, mélodrame pour ceux qui n’aiment pas le mélodrame, etc., risque bien au bout du compte par ne plaire à strictement personne.
 
H comme… HANUMAN, de Fred Fougea (France / Inde, 1998)
Sur ce film en particulier, je crois nécessaire de préciser que, d’un certain point de vue, j’ai littéralement été piégé par le Dr Devo. En effet, naïf que je suis, j’ai pris les propos du docteur m’enjoignant à voir ce film, probablement motivés par une ironie portée sur mon intérêt sincère pour les (bons) documentaires animaliers (ils sont fort rares), pour d’authentiques conseils d’ami et de cinéphile. En gros, lors de la sortie du film, le Dr Devo m’avait dit que oui, vois-tu, c’est pas trop mal, ça mérite le coup d’œil – mais lorsque je lui ai fait part de cette acquisition, il m’a alors regardé avec des yeux ronds, et l’air de me dire « quelle drôle d’idée »…
Soit. Me voilà donc confortablement installé devant ce petit film d’aventures familial qui raconte l’amitié entre un jeune archéologue luttant pour la défense d’un site religieux en Inde et un petit macaque chassé de sa tribu pour avoir folâtré avec la fille du chef du clan. Les grandes lignes du récit sont bougrement convenues, et la voix-off accompagnant les séquences avec le clan des singes humanise souvent à l’excès une action parfaitement compréhensible sans que ses enjeux soient ainsi surlignés au marqueur. Au passage, ça me rappelle un petit succès de l’époque – au rayon « collège et cinéma », le film japonais LES AVENTURES DE CHATRAN, estimable travail de documentaire-fiction malgré son côté guimauve très appuyé, que la VF laminait à grands renforts de dialogues débiles et insupportablement sur-joués. On n’en est tout de même pas là avec HANUMAN, qui ne court pas non plus après les horreurs du style MON CHIEN SKIP : même si le film reste très limité, il faut bien l’avouer, la photographie est de bonne tenue, aidée par la beauté des décors naturels. Mais surtout, j’ai apprécié certains passages du film, plus elliptiques, lorsque le réalisateur parvient à prendre un peu de distance avec ses penchants pour l’anthropomorphisme, principalement lorsqu’il introduit un élément fantastique assez subtil – qui tranche d’ailleurs douloureusement avec le simplisme des grandes lignes du récit – avec la présence fantomatique dans les ruines d’Hanuman, le Roi des Singes, entité mystérieuse, impalpable, opaque, et qui surtout ne vient à aucun moment jouer un rôle déterminant dans l’intrigue. Pour ces quelques passages où, pour une fois, ce type d’éléments ne s’accompagne pas d’une pure fonctionnalité à visée démonstrative (un message à énoncer, une intervention « magique » pour résoudre les difficultés), le film, aussi simplet et gentillet soit-il, mérite une petite once de respect, à défaut de d’être d’un intérêt brûlant.
 
I comme… L'ÎLE AUX PIRATES, de Renny Harlin (USA / France / Italie / Allemagne, 1995)
Le hasard des programmation, et plus encore la rareté des films en I sur mes étagères, ménage une seconde place au réalisateur Renny Harlin après le très mitigé (mais pas nul) EXORCISTE : AU COMMENCEMENT, pour un film un peu plus motivant, même si je ne suis pas très captivé par les films de pirates – il faut dire les « swashbucklers », il paraît.
L’ÎLE AUX PIRATES est principalement célèbre pour être le film qui a coulé la firme Carolco suite à son bide spectaculaire en salles. Pas de chance pour Renny Harlin, à qui il arrive rarement de prendre des initiatives très personnelles, pour rester poli, et qui s’est vu bien mal payé de ses efforts pour relancer, sans doute trop tôt, un genre depuis remis au goût du jour par PIRATES DES CARAÏBES. Ceci dit, le film, incompris et passé inaperçu, n’est pas non plus une perle cachée : comme toujours, Harlin ne fait pas dans la dentelle, et abuse de plans basculés, d’explosions farfelues et de ralentis dans ses nombreuses séquences d’action, certes très spectaculaires, mais un rien lassantes, d’autant plus que le métrage me semble un peu trop long. Mais bon, soyons justes, l’enthousiasme des acteurs, menés avec vigueur par l’excellente Geena Davis, est assez communicatif, le spectacle est agréable et plutôt enlevé, très luxueux malgré quelques effets visuels bâclés. C’est sympathique, quoi, mais je n’ai pas grand-chose d’autre à en dire.
 
Je serai plus bavard dans la seconde partie de cet article, profitant honteusement de la présence dans la suite du programme de films déjà abordés sur Matière Focale pour être un peu plus complet sur d’autres métrages encore jamais évoqués. Mais, à moins que la bande-annonce présente en conclusion de l’épisode 11 ne vous ait donné des indices suffisamment explicites, il vous faudra donc attendre quelques jours pour en découvrir la teneur.
 
Le Marquis
 
Pour accéder à la seconde partie de cet article, cliquez ici.

Retrouvez d'autres articles sur d'autres films, en accédant à l'Index des Films Abordés : cliquez ici !

["Qu'est-ce qu'un artiste ?", Divine dans FEMALE TROUBLE, par le Marquis]

ajouter un commentaire commentaires (4)    créer un trackback
Dimanche 26 novembre 2006

recommander publié dans : Chroniques de l'Abécédaire

[Photo : "Tombe, capitale impérialiste", par le Marquis]

Chers Focalidiens, Chères Focalidales,
 
Et hop, le petit train de l'horreur continue son bonhomme de chemin, tchou-tchou, sur les rails du bon goût. En attendant de voir le film de Maïwenn, qui a tout mon respect pour avoir joué dans le dixième titre de la liste des meilleurs films de l'année 2005 (LE COURAGE D'AIMER de Claude Lelouch, splendouillet mais superbe !), film de Maïwenn dont mon petit doigt me dit qu'il sera traîné dans la boue autant que celui de sa sœur Isild Le Besco fut encensé comme jamais (un des films européens les plus importants de ces 20 dernières années pour Godard ! Rien que ça... Il faudrait que quelqu'un lui montre le fabuleux TOUT PRÈS DU SOL de Carole Laure, qui est une vraie merveille, ça lui remettrait les idées en place...). Comme vous le voyez, les forces me reviennent, et on peut le dire, mon humeur est joyeuse ! je reprends du poil de la bête, et revient aux sources de la Foi Devoïste : constater que l'évolution marche à reculons et non pas dans le sens du progrès bien sûr (c'est un parti pris, évidemment), mais ne pas se tirer une balle dans la tête et bien au contraire affronter la situation avec humour et poésie... Et puis, vous, toi, merveilleux lecteur, lumineuse lectrice, c'est pour toi, tout cet empire focalien t'appartient, c'est par amour tout ça, tu le vaux bien. Bisous barbus... Vous m'avez manqué ! Allez ! C'est parti comme en 2004 !
 
Tout va bien, me disais-je en entrant dans la salle et en attendant que le film commence. C'était dans une vieille salle mais avec un écran de taille honorable et surtout un sublime son, le meilleur du coin... Et surtout, la projection n'étant pas complètement automatisée, il y a un temps de pause entre la pub et le film. Et ce moment-là, même s'il dure 45 secondes, c'est là que tout se joue, comme je l'ai déjà écrit sur ce site, c'est là que vous devez être le plus fort, le plus focalien, c'est là que, dans l'attente d'une rencontre, vous êtes seul, tranquille, il n'y aucun accident ici, comme disait le poète. Vous êtes enfin libre, loin du tumulte du monde. Faites le vide. Préparez-vous à recevoir, oubliez tout ce que vous savez, tous les préjugés, videz-vous le crâne. Faites une prière de remerciement à la limite, histoire de remercier votre Créateur de vous accorder cette minute de silence avant la Poésie. MMMmmmmmmm.... C'est beaucoup mieux que le sexe, mon petit Google, beaucoup mieux que le sexe. Et presque aussi bien que l'argent... Vous le savez déjà, vous n'avez pas perdu votre temps. Vous êtes Le Spectateur, personnage solitaire, le seul relié à Dieu et à l'Artiste, et les deux vous craignent, croyez-moi...
 
La Corée du Sud, de nos jours. Séoul. Ça se passe sur un petit espace vert où les citadins viennent se détendre le midi, au soleil, en s'asseyant sur l'herbe. Notre héros (j'ai oublié son nom) est un mec de 35/40 ans qui travaille dans la baraque à frites de son propre père (qu'on appellera Grand-Père). Il a une fille qu'il élève seul, et qui est assez pénible (sa vie se limite à son téléphone portable ringard, of course, car son père quasiment pauvre ne peut pas lui en offrir un autre ; elle a donc coupé les ponts avec lui). Le papa justement, notre héros, est un type spécial : une espèce de gros nigaud, un idiot de première, un raté insupportable. Après l'école, la fille passe à la baraque à frites pour regarder sa jeune Tante (très chouette actrice avec un énorme nez) qui est championne de tir à l'arc et qui concourt dans le moment aux championnats du monde. La compétition est télévisée, mais malheureusement, la tante perd ! (médaille de bronze, quand même !). Tout va bien, jusqu'à l'arrivée du Monstre, une espèce de pieuvre mutante qui grimpe sur l'espace vert et se met à dévorer ou tabasser tout le monde ! C'est un vrai carnage ! La fille de notre héros est emportée et tuée par le Monstre, qui décime à peu près une centaine de personnes avant de retourner dans les eaux du fleuve. Alors que les autorités bouclent le périmètre, soi-disant toxique, la famille de notre Papa héros (donc la tante, le grand-père et le jeune oncle brillant, qui a fait des études mais est dégoûté de la vie) pleure la disparition de la fille dans la chapelle ardente dressée par la ville... Quelques heures plus tard, alors qu'ils sont à l'hôpital pour décontamination, ils reçoivent un appel de la fille, qui n'est pas morte mais est coincée dans la cachette du monstre quelque part dans les égouts... Malheureusement, les autorités ne croient pas à cet appel téléphonique, et au lieu de vérifier l'information, médecins et policiers mettent les propos du Père sur le compte du choc psychologique ! Les autorités, les médias et l'armée gèrent la situation comme des abrutis. La désinformation règne... C'est pas gagné !
 
Doté d’un film-annonce simple et rigolo (et court !), et d’une réputation flatteuse, THE HOST est réalisé par Joon-Ho Bong, dont j’avais vu à l’époque le sympathique mais incroyablement surestimé MEMORIES OF MURDER, film que les gens ont adoré sincèrement, et qui avait l’avantage de montrer l’idiotie complète de ses héros policiers, facteur assez aggravant lors d’une enquête difficile. Bon, il faut savoir raison garder, et malgré la sympathie qu’on peut avoir pour le précédent film de Bong, le monsieur n’est pas l’esthète le plus pointu, loin de là.
 
Ici, ça démarre tout à fait sur le même mode, sympa donc, avec ce truc en plus qui est l’énormité de la chose. On sent tout de suite que ça va pas être du sur-léché. La lumière est rentre-dedans et sans intérêt particulier (au moins dans cette copie), le cadre est sans goût particulier. Les acteurs jouent entre le réaliste et l’outré, tonalité facilement obtenue par le personnage du père, version coréenne de Homer Simpson : à côté de la plaque, ne voyant pas plus loin que le bout de son nez, apathique, et à la différence de son homologue américain, complètement sous Prozac et loin d‘être sautillant. L’actrice est sympathique, la première séquence de massacre rigolote, quoique ostensiblement numérique. Elle révèle d’ailleurs d’entrée de jeu et sans suspense le monstre sous toutes ses coutures, loin de ce qui se fait donc dans le domaine. Le ton sera situé entre la comédie grinçante et la série B caustique, mêlant portrait de personnages bien brossés, critique sociale sans en avoir l’air et nihilisme désespéré, un peu à la Joe Dante, à la sauce asiatique quand même, c'est-à-dire très différent. On s’attache ici aux petites gens. Les coréens sont entrés dans l’ère de la consommation. Certains sont montés dans le train, mais pas mal restent à quai avec des boulots minables et mal payés, des perspectives d’avenir nulles, et des jeunes qui ne pensent qu’à consommer. Le personnage de l’oncle montre l’attitude à avoir : se saouler en attendant la mort. Les jeune sont ingrats, ceux qui ont réussi aussi, et on sent très bien que tous n’attendent que le moindre prétexte pour faire la peau à leur voisin. Une horreur ! Et c’est tout cela, la hiérarchie sociale, financière, et l’autorité tout court, qui semblent avoir créé le monstre. Cette pression et cette injustice portent un nom dans le film : les américains. Bong fait quelque chose d’assez marrant. Les américains sont clairement caricaturaux (l’ignoble malotru scientifique, le héros qui combat à côté du Père) et ils représentent plusieurs choses. C’est la reconnaissance d’abord de l’influence, et la main-mise des USA sur le pays. Les coréens critiquent énormément les américains. Mais c’est aussi tout le fantasme coréen, toute leur vision poujadiste, qui se partage entre deux sentiments contradictoires : une espèce d’admiration et de fascination sans bornes pour tout ce qui est américain, et un dégoût immense envers eux, forcément responsables de tous les maux ! Les médias relaient donc cette fascination, et le peuple la relaie aussi, mais en les critiquant, en les traitant de criminels. La Corée du Sud, qui se croit jeune et dynamique, est donc complètement conne, moutonnière et surtout schizophrène. Dans ce portrait des américains dans le film, on reconnaît clairement les fantasmes ambivalent du peuple sud-coréen. [Ou du moins, c’est ce qu’on pourrait penser au premier abord : la conclusion m’a gêné puisqu‘elle objective un peu la critique. Bong joue sans doute lui aussi schizophréniquement sur les deux tableaux, de manière un peu opportuniste.]
 
Tous les ingrédients pour une bonne série B des familles sont là. Et il faut bien dire que ça marche assez bien ici et là, notamment dans cette magnifique séquence de deuil, puis dans certains détails dans l’hôpital (comme la critique de la tante championne olympique que les autres critiquent parce qu’elle ne court pas assez vite, piste non reprise par la suite). THE HOST est rentre-dedans, rigolo et plein d’idioties. Il y a là de quoi faire pas mal de développements et creuser le sillon très profond. On passe alors sur la mise en scène, assez anonyme et absolument pas belle du tout (ce n’est pas un objectif ici).
 
Et puis, le ton finit par changer. La quête se précise et met le film sur des rails fixes, bien loin de la fantaisie annoncée, et surtout très rationnels : il s’agira de sauver la petite fille enfermée dans l’antre de la Bête (où les scènes se succèdent en pleine redondance, donnant le sentiment que le film ne serait qu’un vaste montage alterné… Mouais…). Une action contrariée par des autorités stupides, et surtout qui agiront de manière univoque pendant tout le film. THE HOST se sépare en gros blocs, en grosses unités d’action, espèce de vaste séquence à enjeu unique qu’il faut résoudre ou pas avant de passer au bloc suivant. Peu à peu, le rythme se perd complètement, et le mélo, ce vieil ami, revient à la charge. Et oui, ça faisait déjà deux jours que je n’avais pas vu un gros mélo qui tache sur les écrans ! Ben voilà, c’est fait. Les morts s’accumulent au fur et à mesure, et le film abandonne progressivement son vitriol social. La satire se fait plus méchante, et surtout, le ton beaucoup plus sérieux, et quasiment jamais comique. C’est qu’il y a un monstre à tuer et une quête à mener. Les sentiments, loin d’être ambivalents comme dans les deux premières bobines du film, deviennent plus attendus, plus uniformes, et sans doute plus cyniques. On est loin donc de la formule Joe Dante qui, lui, aurait pris trois pistes mais les aurait creusées jusqu’à plus soif. Ici, c’est le contraire, on multiplie les personnages (le clochard, l’orphelin) et on se concentre sur l’action, malheureusement et trois fois hélas. Car comme on l’a dit, Bong n’est pas un roi de la mise en espace et surtout pas du cadre. La photo n’est pas jolie, et le monstre pue le numérique à dix kilomètres. De plus, au fur et à mesure que le film s’égare, le rythme ralentit, ralentit et ralentit encore, jusqu’à ce qu’on ait les pieds dans la mélasse complète et qu’on soit englué comme des oiseaux dans le mazout. Il n’y aura qu’une seule bonne idée dans ces derniers deux tiers, une seule chose surprenante : la manifestation contre le gaz jaune (vous verrez ça en salles, je vous le laisse découvrir), malheureusement dévitalisée et réduite à néant par une licence poétique stupide (le gaz tue tout le monde sauf les héros ! Voilà qui enlève considérablement d’enjeux : il n’y aura de morts que parmi les figurants ! On est là dans la pire logique hollywoodienne). Ça s’enlise donc fort, ça perd son sens de l’humour et ça essaie d’émouvoir avec des sentiments et surtout une quête bougrement entendus et attendus, parsemés ça et là de deux trois pintes ironiques qui n’empêchent nullement le film de sombrer dans la monotonie la plus totale. Impossible de dire alors combien de temps dure le film, cette dernière partie de film qui à vue de nez fait 50/70 minutes. Mais peut-être a-t-elle duré trois heures ou vingt minutes, comment savoir. Le spectateur est plongé dans un no man’s land temporel dont le péché principal, outre une mise en scène sans intérêt et grise, est d’abandonner toute malice, malice qui était pourtant la promesse faite par le film lors de son entame…
 
THE HOST manque donc désespérément d’ambition, mais surtout, étant clairement raté, il pose encore une fois, et oui, on n’y échappera pas, la question de la responsabilité de la profession. Voilà des mois qu’on nous parle de ce film, qu’on l’annonce, qu’on le montre dans les festivals et qu’on l’encense (merci, chers amis journalistes) alors que ce film n’a comme seule originalité que d’être sud-coréen et d’avoir été réalisé par un type qui avait signé un succès d’estime (déjà surestimé). Sinon, c’est non seulement médiocre mais aussi bêtement suiviste. Banal, en quelque sorte. Le concept de « renouveau asiatique » a encore une fois marché à fond, en dépit du bon sens. Opération marketing d’envergure, le lancement de THE HOST est complètement une supercherie médiatique, à l’instar de la plupart des « grand films » vendus en trois semaines ! Il va falloir que nos amis critiques et distributeurs fassent attention, car ça va commencer à se voir… Ça sent la panique, et les autorités commencent à faire n’importe quoi. Mais c’est le sujet de départ (et seulement de départ, malheureusement) de THE HOST !
 
Endormissement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
PS : Il semble que le film opère une espèce d'arnaque interne. Les américains seraient d'abord une espèce de mélange entre la bêtise de l'occupation américaine et la bêtise des sud-coréens eux-mêmes, puis le film mute  vers une volonté de propagande, mais sans second degré cette fois, et sans symbolisation, où les américains seraient de manière directe montrés comme étant clairement nuisibles, et menteurs et manipulateurs. Le film opère là un jeu de bonneteau dérangeant qui m'a semblé malhonnête, changeant la métaphore et la règle du jeu en cours de route, au moment même, comme par hasard (!), où le film s'enfonce dans l'émotion la plus basique. Les américains sont finalement des personnages qui changent de statut en cours de route, des personnages qui portent le même nom mais qu'on a remplacés sans nous le dire. Ça pue la manipulation, j'ai l'impression, et sans doute la propagande.... J'aime pas trop ça...
 

Retrouvez d'autres articles sur d'autres films, en accédant à l'Index des Films Abordés : cliquez ici !

ajouter un commentaire commentaires (18)    créer un trackback
Samedi 25 novembre 2006

recommander publié dans : Corpus Filmi

[Photo : "Is It A Crime Again The State ? / This Is The Meaning Of Life" par Dr Devo]

 

Chers Focaliens,

Doit-on continuer la grève ou pas ? Vaste question. En tant qu'ouvrier et patron de Matière Focale, comme je vous le disais en introduction de l'article d'avant-hier, j'hésite. Mais je décide finalement d'engager un briseur de grève contre moi-même, pour me faire des coups durs derrière mon dos et me briser le moral. Alors attention, l'histoire d'avant-hier, avec BABEL et tout, elle n'était pas marrante, mais celle d'aujourd'hui est carrément déchirante...


[Au fait, je me suis aperçu, grâce à vos commentaires, que vous n'étiez pas dupes ni sur SHORTBUS ni sur BABEL... Ce qui veut peut-être dire que les défenseurs du film n’osent pas... Faut oser les gars ! Allez, j'y retourne, j'ai une usine à mettre au travail moi !]
 

Monica Bellucci est une jeune femme célibataire qui, il y a quelques années, est allée sur le territoire russe pour adopter un petit orphelin mongol. Femme intelligente travaillant dans les hautes sphères de la diplomatie (ou quelque chose comme ça), elle élève son enfant Liu-San sans problème, jusqu'au jour où celui-ci développe une étrange marque circulaire sur la face antérieure de l'épaule. Au même moment, la mère et le fils commencent à avoir des cauchemars effrayants (Hors-champ ! Mauvaises langues !) où ils se sentent chassés dans la forêt par un ours... Et mine de rien, malgré cet événement anodin, les cadavres commencent, sans qu'on sache vraiment pourquoi, à s'accumuler autour de Bellucci, à moins que ça ne soit autour de son fils...


Et bien voilà du bon résumé efficace ! Évidemment, raconté comme ça, même en y mettant des détails, LE CONCILE DE PIERRE ne paiera pas de mine et pour plusieurs raisons, mais notamment à cause du traitement que lui faire subir Guillaume Nicloux, réalisateur que tout le monde regarde discrètement, plutôt apprécié, et ce malgré que ce ne soit pas forcément un des "jeunes" réalisateurs français les plus médiatisés...
Jusqu'à ce CONCILE DE PIERRE à la très mauvaise réputation (là encore, je vous renvoie à la critique complètement caractéristique et semblable, à une ou deux choses près, à celles des critiques pros, de mon collègue de l'émission de Radio Campus, samedi dernier). Bon, c'est à croire qu'il y avait plus d'attente que dans ses deux films précédents (UNE AFFAIRE PRIVÉE et CETTE FEMME-LÀ), tout ça parce que c'est tiré d'un bouquin du mec qui a écrit les médiocres RIVIÈRES POURPRES et qu'il y a Bellucci dedans...


Hier, je faisais grève. Aujourd’hui, je l’affirme : LE CONCILE DE PIERRE est un vraiment bon film ! Évidemment, j’en vois déjà qui disent, dans le fond, près du radiateur, que oui, c’est toujours comme ça, le docteur Devo, il ne fait rien qu’à dire le contraire de ce que disent les autres. C’est fait exprès. Ce à quoi je réponds : « Vous n’avez rien à faire qu’à faire exprès de dire ce que tout le monde dit ». C’est pas moi, c’est toi, etc. Le vrai verdict, c’est celui du ticket acheté et du film vu en salles. Et je suis désolé, les amis de la Profession, mais le film de Nicloux est un chouette film. [Ce qui me fait regretter de n’avoir pas vu les deux précédents…]


Je vais commencer par mettre la charrue avant les bœufs et dire ce qui ne va pas. Aussi bien les 40 premières minutes me semblent complètement superbes, malgré un sujet un peu grandiloquent et fermé (mais après tout, c’est du "cinéma de genre" et c'est donc grandiloquent ; je mets les mots importants entre guillemets, afin que mes collègues critiques de toute la France puissent apprendre les mots importants qui vont leur permettre de progresser !), que par la suite, alors qu’il n’y a pas de véritable baisse de niveau du point de vue de la mise en scène (une échelle de plans moins riches peut-être, ou une spatialisation plus carrée et moins malicieuse… je ne sais pas trop…), la deuxième partie me laisse plus froid, même si elle est truffée de superbes choses qui, à elles seules, justifie le titre de "(un des) meilleur film populaire français de l’année". Mais disant cela, je donne l’impression d’un type qui est très compétent techniquement mais nul en tant que cinéaste, et c’est précisément là-dessus que la presse l’a attaqué, notre Guillaume. Je tiens à rétablir la vérité et dénoncer l’ignoble mensonge, et je vais écrire en lettres capitales, car c’est très important. METTRE EN SCÈNE, C’EST FAIRE DU CINÉMA, C’EST RACONTER, BANDE DE BACHI-BOUZOUKS ! Oui, ma chère, vous comprenez, c’est joli, c’est techniquement très bien, mais ça tourne à vide ! Voilà ce qu’on dit du film, et franchement, cette phrase me rend tellement triste que dans les premières minutes du film, j’ai failli pleurer ! Parce que c’est toujours sur les mêmes films que ça tombe, ce genre de remarques, et que nous, focaliens de tous les pays, on en a ras le bol ! Alors que ce soit clair : que ceux qui ne veulent pas aller plus loin que la vox populi / dei, en restent là ! Les autres, ou ceux qui sont prêts à juger les films sur le fond, c'est-à-dire sur les actes et sur la mise en scène, ben qu’ils aillent jeter un œil à ce CONCILE… [C’est pour ça que le film se ramasse et est en train de faire un four : parce que les critiques et le public cinéphile ne savent pas (plus) ce que sait la mise en scène, c'est-à-dire qu’ils n’arrivent plus à la (attention, guillemets, prenez des notes, mots importants) "ressentir" de manière ET intellectuelle ET sensuelle (ce qui en général va de paire) ; ce qui fait qu’un film est un film, et non pas de l’architecture ou de la pâtisserie. C’est clair : tant que les choses ne sont pas dites clairement dans le dialogue, et tant qu’elles n’expriment pas quelque chose de basique ou de caricatural, les gens sont perdus ! Il faut mettre des flèches clignotantes à l’écran et souligner les passages importants dans les dossiers de presse, sinon ils ne comprennent rien !]

Alors oui, évidemment, ça coince avec ce film. Pour la bonne raison que le CONCILE DE PIERRE a une histoire balisée (de genre, encore une fois), mais dont l’intérêt se distille ici et là en touches impressionnistes. À l’instar de plein de bons films que personne n’oserait critiquer avec un tel mépris (car je remarque qu’on reproche souvent aux rares critiques qui parlent d’autre chose que du sujet du film et des acteurs leur mépris profond : du grand public, du cinéma, du petit public et des cinéastes !), LE CONCILE DE PIERRE pourrait paraître bêta si on le résume froidement sur le papier. Mais rappelez vous. HALLOWEEN ? Une fille poursuivie par un croque-mitaine avec couteau. Point barre. DUEL ? Un type en voiture poursuivi par un camion qui essaie de le tuer ! C’est tout. Qui oserait dire que ces films sont des prétextes et qu’ils sont, certes, bien filmés mais qu’ils tournent à vide ?

[Voilà ce qui arrive quand on n’applique pas la méthode focale… Ici, que tu t’appelles Jean-Claude Van Damme, Robbe-Grillet, Greenaway, Pécas, Jean Rollin, Jean Renoir ou Kurosawa, ton film est regardé puis disserté avec le même sérieux ! TOUJOURS ! Qui peut se targuer de faire pareil ? Qui essaie seulement... ?]

LE CONCILE DE PIERRE est un film de mise en scène. Le sujet tient sur un timbre-poste, ce qui n’enlève rien (ni ne rajoute rien) à son éventuelle richesse (ou à son éventuelle pauvreté). Au lieu de regarder des films-annonces, on ferait mieux de ne rien faire, ne rien dire et de s’asseoir en silence dans la salle. Sublime scope. Photographie d’un des plus grands, sinon le plus grand opérateur du monde : Peter Suschitzky, photographe sublime chez Cronenberg, Ken Russell (et ouais !), Peter Watkins, etc. Du cadrage tout le temps. Des idées de son très fréquentes (jeu des ambiances sonores, rude confrontation des timbres, jeu de mixage, jeu d’opposition des dialogues par rapport aux cadres avec des dialogues en son « on » mais avec les acteurs hors-champ, ou encore ces très belles transitions où par exemple un son de ronflement d’ambiance mute pendant les deux dernières secondes du plan pour monter en hauteur jusqu’à une certaine note, note qui sera celle de la première note de la musique dans le plan suivant, et le tout en totale discrétion, beauté du mixage, jeu de timbres, etc.). Richesse de la direction artistique (ce qui arrive de temps en temps, même en France), ici au service non pas du look, mais de la mise en scène (cf. l’appartement, la régression des personnages par les vêtements). Sublime utilisation des maquillages, par exemple [avec les personnages principaux maquillés de manière bipolaire, mais presque imperceptible, juste pour semer le doute : Deneuve ou Bellucci ont toujours un côté plus ridé, mais de manière à peine perceptible, je me disais ça, quand pof, il fait intervenir l’infirmière avec la tache de vin : voilà quelque chose d’injustifiable, mais qui est complément sensuel et signifiant dans et par la mise en scène ! Qui joue encore sur le maquillage ? (À part pour dire qu’un personnage est malade, et donc le maquiller en blanc, je veux dire…]. Dans la première partie, utilisation de l’échelle de plans, saillies simples mais efficaces de certains plans qui viennent dérouter l’échelle et se mettre de fait en exergue. Des idées de cadrage sublimes : je pense notamment à ce plan où la caméra recule, avec Bellucci dans un couloir qui fait un virage à 90° ; à ce moment, après que Bellucci ait tourné, on sent que quelque chose ne va pas, et en fait c’est la caméra qui ne cadre plus Bellucci, mais un tableau accroché au mur derrière elle ! Et tout ça est discret, raffiné, et dure deux secondes, comme ça au passage, sans avoir l’air, avec classe quoi ! Et des chose comme ça, il y en a plein. Un rythme lent, ce qui est courageux quand on fait un film populaire, avec des séquences axées sur des rythmes de répétition, une ambiance entre réel et fantasme. Quasiment une idée par plan, ce que je réclamais d’ailleurs hier, pendant la grève. Et beaucoup de belles choses : sur l’homosexualité du personnage et la manipulation par le sexe (un peu comme dans LA MAISON DU DIABLE de Robert Wise, vu récemment grâce au Marquis), sur l’intrusion du fantastique (sublime premier insert sur la forêt). Et des morceaux de bravoure sublimes, comme l’incroyable accident de voiture ! Mais qui fait ça en France, ou même ailleurs ? Comment oser dire après ça (cette séquence d'accident, pourtant drôlement casse-gueule, si j'ose), que le film est vraiment de la merde ? Cf. la séquence de reptation dans les canalisations, déjà vue mille fois, mais ici mise en scène de manière originale et superbe !) [Je repense à la remarque sur l’ours en synthèse à la fin ! Évidemment qu’il est un peu artificiel ! On appelle ça la direction artistique, les gars ! C’est un choix ! Nicloux, j’en suis sûr, est très content de son ours, et il ne le changerait sans doute pas même s’il était conçu par ILM gratuitement !)
 
Bon, je mettrai des bémols, et je ne pense pas que LE CONCILE DE PIERRE soit le film du siècle, hé-hé ! Il me semble que la deuxième partie est moins riche et épuise beaucoup la mise en scène assez stylisée et surtout configurée en "mode diffus", sans jouer forcément sur la rupture, et introduisant le fantastique là où on ne l’attend pas. À force, Nicloux a un peu de mal à renouveler les enjeux et se laisse guider par la chaîne d’événements qui finit quand même par débarquer plus ostensiblement dans le film. [L’échelle de plans est plus systématique, les plans rapprochés plus nombreux, et les effets plus ostentatoires à deux ou trois endroits.] Mais plus profondément, je crois que Nicloux est largement bridé, aurait besoin d’encore plus d’espace, et que le cadre du bouquin original le serre un peu trop, sans doute. Cet univers est un peu réduit pour lui. Donc, on regarde la deuxième partie plus qu’on ne la ressent. Et moi, je sors un peu du film dans le second acte, avec l’impression de rester légèrement sur ma faim, et en me disant qu’on aurait bien pris Et dessert Et fromage ! Ce qui me fait dire que Nicloux a encore ses plus beaux jours devant lui.
Mais malgré tout, un réalisateur qui joue avec les fondamentaux (ciseaux et scotch, et pour l’image et pour le son), c’est une sacrée bonne nouvelle dans le registre du cinéma populaire (sur le papier au moins, hé-hé !). Nicloux en a encore sous le pied, et sa mise en scène a suffisamment de partis pris pour que l’avenir soit plein de promesses. C’est un peut timide par endroits, paradoxalement (notamment par la musique, pas laide, mais qui rappelle encore trop Howard Shore ; un beau choral de cuivres notamment). Mais on ne va pas chipoter, il y a assez là dedans pour ne pas avoir faim. Nicloux, lui, contrairement à 98,36% de ses camarades de jeu français, fait du cinéma ! Et la façon dont on l’a descendu en attendant qu’il tourne au coin de la rue, alors même qu’il tentait quelque chose de subtil, fût-ce adapté d'après le mec qui a écrit LES RIVIÈRES POURPRES et fût-ce avec Monica Bellucci, et bien c’est dégueulasse ! Restez avec vos INDIGÈNES, BABEL et autre CONSTANT GARDENER… Moi, je garde Nicloux, et on en reparle dans dix ans !

Et puis bien entendu, il y a le casting, très bon, un peu maniéré, ce qu’il fallait faire de toute façon, à l’image de l’histoire elle-même, froide mais un peu hors-norme et exagérée. Ce n’est que du bon choix de casting ! On sait jouer, là aussi, avec les clichés pour les dévier. Évidemment, c’est très chic de dire que Bellucci joue comme une patate, que c’est une cruche ! Bellucci joue bien, il faut arrêter de dire des bêtises ! Elle fait peut-être des conneries, comme tous les acteurs français, mais elle au moins prend des risques, et joue vraiment dans des tas de registres (rappelons-nous le dernier Blier où tout le monde, une fois encore, l’avait roulée dans la merdre). Un jour, elle fera un Ruiz ou un Wes Anderson, et tout le monde se demandera pourquoi elle est géniale soudainement !
Bref, je remarque que ce sont les mêmes qui trouvent qu’elle ne joue que sur son physique dans IRRÉVERSIBLE, COMBIEN TU M’AIMES ou SHE HATE ME, et qui disent ici, alors que son rôle n’est pas spécialement glamour et qu'elle prend un risque énorme dans un rôle en demi-teinte et sobre, ce sont les mêmes qui  ne parlent que d’une chose : sa coupe de cheveux... Pour dire qu’une coupe de cheveux ne fait pas un travail d’actrice ! HEY, LES GARS ! Faudrait savoir ! Je m’excuse, mais ça, c’est du flingage en règle ! Et personne n’oserait dire ça de Nicole Kidman, Juliette Binoche, Nathalie Portman, Claire Danes, Kirsten Dunst ou la Johansson (22 ans aujourd’hui, bon anniversaire !). Et ça aussi, je trouve ça dégueulasse ! Le film doit beaucoup à Bellucci, qui est, encore une fois, impeccable, précise, sobre et directe, malgré un rôle casse-gueule et difficile, voire ingrat car pouvant sombrer dans la répétition. Bellucci essaie toujours de faire quelque chose, et sait se soumettre de manière chirurgicale à la mise en scène. Et puis, après tout, qu'ils fassent comme ils l'entendent ! Qu'ils gardent Cécile de France, on garde Bellucci !

Je crois que la moindre des choses serait que la profession s’excuse. LE CONCILE DE PIERRE est l’un des 10 ou 15 films de cette année où il n’y a qu’un principe, qu’une chose valable : faire de la mise en scène ! Un film avec du cinéma dedans ! Et comme par hasard, c’est celui-là qu’on assassine ! Mouais, je me remets en grève, moi !


Solennellement Vôtre,

Dr Devo.
 
Retrouvez d'autres articles sur d'autres films, en accédant à l'Index des Films Abordés : cliquez ici !
ajouter un commentaire commentaires (7)    créer un trackback
Jeudi 23 novembre 2006

recommander publié dans : Corpus Filmi

<