devo-grave-pas-super.jpg
[Photo: "Le Triomphe de la Volonté" par Dr Devo.]


Chers Focaliens,


Un peu en retard mais comme prévu, voici la deuxième partie de l'article audio promis. Après avoir parler de
LA FRANCE de Serge Bozon, passons à ONCE de John Carney.


Pou télécharger l'article:
cliquez ici. Puis, cliquez sur le bouton doxnload de la page qui s'affichera. Le téléchargement prend environ deux minutes.


Langoureusement Vôtre,

Dr Devo.

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Jeudi 29 novembre 2007

recommander publié dans : Corpus Filmi

homme-lampadaire.jpg
[Photo prise sur le tournage du film LA CONSPIRATION DE L'ENERGIE BRÛLANTE. Bientôt, une nouvelle photo du tournage du film.]




Photo de Mek-Ouyes.

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Mercredi 28 novembre 2007

recommander publié dans : Photographies de Mek-Ouyes

bag-girls-devo.jpg
[Photo : "Heaven if you'd paid me !" par Dr Devo]

 

 

Nous suivons trois puceaux
Grandis sans idéaux
Qui aiment les bagnoles,
Le porno et l’alcool

 

Bref ce sont trois conos
Qui ressemblent à ma tante :
Celle qui vit à Bordeaux,
Vieille gloire du top cinquante

 

L’un ressemble à Cartman,
L’autre à Jason Scharwztmann,
Le dernier, inédit
M’évoque un ravioli
 

Ils vivent des aventures
Rien moins que fascinantes
Au moment du climax
Ils écoutent Fun, et Max.

 

Voici donc trois faux freaks
Semblables aux lycéens
Qui suçotent des Vicks
En attendant demain
 


Ces trois mecs sont nuls
Mais ils vont plaire aux filles
Car les filles sont nulles
On vit bien en deux mille.

 

Le gros n’est pas aimé
Car il jure comme charretier
A moins de mots qu’un veau
Tu seras aimé, gros.
 

Le bigleux n’est aimé
Car il n’est pas pipelette
A moins de goût qu’une blette
Tu seras aimé, gueux.
 

Le timide est aimé
Car il n’a lu que Pif
Et se branle dans du Cif
Tu es aimé, timide.

Les beaufs plaisent aux filles
C’est la nouvelle constante
Planquez vos bas-résille
On va faire une tournante.

 

Cette morale est terrible,
Nous entrons dans la nuit.
Abandonnez vos bibles,
Prenez la carte Shopi

Les adultes sont flics
Mais en fait très sympa
Ils sont un peu beatnik
Quand ils tirent dans le tas

 

Et tous communient
Dans les pipes et les vulves
Même la mise en scène nie
Qu’un jour gronda Vésuve

 

Ce film très commun
Caracole box-office
Au cul les examens
En tête le pénis !

 

Baisons Telerama
Enculons les Cahiers
Prônons le pyjama
Et les motifs Mickey

Nous avons trop souffert
De constituer la marge
Mangerbouger.fr
Nous est un neuf adage


Il est bon de meugler
Parmi les bovidés
En chantant Supergrave
Et le style des betteraves

 

Il n’y aura plus d’unique
A Saint-Germain des Geeks
Le freak est vraiment chic
Quand il regarde Twin Peak

 

Nous aimerons Superbad
Et les films de collège
Oublierons Marienbad
Et les bas de Nadège,

 

Et les bases du solfège,
Réservées à l’élite ;
Les ébats des stratèges
Seuls glorifient la bite.

 

Nous boufferons du pop-corn
En kiffant le soft porn
Nous choisirons « Judas »
Comme marque de bermuda.

 

Le langage se réduit
A quelque laid smily ;
La langue et le pompier
Seront notre alphabet.

 

 

Il n’y aura nul sauveur
Car tout file dans l’heure
Et nul n’éprouve l’horreur
Du Michalak Burger

 

Il est bon d’être enfin
Délivré des idiomes
De ne penser à rien
De se sentir atome.

 

 

La fin du monde commence
Pourquoi la mettre en forme ?
Quand entrer dans la danse
Tektonik est la norme

 

Filmons les scénarios
Et adulons nos pieds
Oui, soyons bien lourdauds,
Embrochons la beauté

 

 

Ce règne a trop duré
Nous entrons dans les temps
Où je vais te trouver
Si belle en survêtement.

 

 

Texte écrit par Invisible.









 

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Mardi 27 novembre 2007

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devo-future.jpg
[Photo : "Boy, it's rough" par Dr Devo]




Chers Focaliens,

Voici le retour de l'article audio, ici consacré à LA FRANCE de Serge Bozon. Contrairement aux autres fois, l'article doit être téléchargé directement sur votre disque dur.


Pour télécharger la chose,
cliquez ici, puis sur le bouton "download" de la page qui s'affichera.

Contrairement à ce que j'annonce dans le son de cet article, je n'ai pas ajouté la critique du film ONCE de John Carney, article que je publierai séparement demain.

Amusez-vous bien !



Sympathiquement Vôtre,

Dr Devo.
 

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Vendredi 23 novembre 2007

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paris-dakar-vietnam.jpg
[de gauche à droite: des sportifs, des militaires, des zombies, des bisons..?]






Photographie de Mek-Ouyes.

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Dimanche 18 novembre 2007

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zulawski-devo-1.jpg
[photo : "Mes Inuites Sont Plus Belles que vos Abat-Jours (la solitude est une hygiène)" par Mek-Ouyes]



Chers Focaliens,

Pas d'articles en bonne et due forme aujourd'hui encore, car nous sommes à Arras, au festival du film international L'AUTRE CINEMA, où nous sommes acueillis commes des rois et en toute simplicité, et où nous consacrons le peu de temps que nous avons de disponible à voir des films sublimissimes. On vous en parle très bientôt. Le festival se termine demain dimanche, et nous nous régalons avec notamment les films de Zulawski, réalisateur immense dont nous découvrons ou redécouvrons les perles dans la rétrospective qui lui est consacrée, et en sa présence, s'il vous plaît. Ici, sur la photo, Zulawski lors de la discussion dense et longue (2 heures délicieuses) qu'il a offerte vendredi au public. La dream-tize de Matière Focale est sur place (aujourd'hui Mek-Ouyes, IronLeg et moi-même) et nous vous préparons quelques surprises.

Wish you were there...


Extatiquement Vôtre,


Dr Devo.

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Samedi 17 novembre 2007

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IMG-0133.JPG
[De gauche à droite : la certitude, l'expectitude...]

 

 

 

Photographie de Mek-Ouyes.




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Vendredi 16 novembre 2007

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argento-devo2.jpg
[Photo : "Le casque sans l'enclume" par Mek-Ouyes]

 

 

Chers Focaliens,

 

On a essayé, croyez-moi, et toute la focale team a débarqué (en force. Merci à Mek-Ouyes, IronMan, Denver et Karl Walden de leur disponibilité et leur patience), d'interviewer Dario Argento, un des invités d'honneur du passionnant Festival International du film de Arras (L'AUTRE CINEMA qui se poursuit jusqu'à dimanche avec des raretés notables, notamment dans la rétrospective Zulawski, en compagnie du Maître là aussi ! Argento et Zulawski : chapeau bas les gars !), où le maestro était invité dans le cadre de la ressortie éminente de SUSPIRIA en version restaurée et numérique (numérique en salles, j'entends). C'était d'ailleurs ma première projection numérique, et on en reparlera. Hélas, le maestro n'a assuré que peu d'interviews et nous sommes un peu passés à la trappe. Qu'importe, nous avons assisté à une petite causerie publique où Argento, interrogé par Jean-François Rauger, célèbre critique du Monde,  a été amené à revenir sur sa carrière, et surtout sur ses modus operandi ! C'était très bien, d'autant plus que Rauger a fait quelque chose de plutôt pas mal. Bref, ça valait bien une petite photo que nous vous offrons et qui sort du four !

 

Merci à l'équipe du Festival pour sa disponibilité...

 

Sensiblement Vôtre

 

Dr Devo.

 
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Jeudi 15 novembre 2007

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croute.jpg
[de gauche à droite: Tuyau Jacob Delafond, Croûte Lucien Van Gogue, Peinture Emmanuel Rippolin]

 

 

Photographie de Mek-Ouyes.

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Mercredi 14 novembre 2007

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Aquin--profite-du-crime.jpg
[de gauche à droite: tapisserie Karaté Kid (1987), puis Aquin la main prise dans la jarre à cookies !]

 

 

Photographie de Mek-Ouyes.

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Mardi 13 novembre 2007

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bretzel-devo.jpg
[Photo: "Plus c'est gros" par Dr Devo]

 

 

 

Chers Focaliens,
 
Ha bah pour ça, il a vu du film cette semaine l'animal ! Alors, on ne perd pas de temps et on y va au pas de course...
 
C'est le retour de Gros Francis, et même si en soi il n'y  a pas de quoi s'exciter, surtout si on a vu les derniers (L'IDÉALISTE et l'ignoble JACK), on espère un peu que le Monsieur penche cette fois vers quelque chose de plus sérieux et de plus consistant, et c'est l'affiche, ben oui, l'affiche de L'HOMME SANS ÂGE qui cette fois attire notre curiosité, celle-ci étant ouvertement construite dans un esprit années 70 et film fantastique. Approchons nous...
 
La Roumanie à la veille de la seconde guerre mondiale. Tim Roth, un vieux linguiste de plus de 70 ans, est très inquiet. Épuisé par l'âge et les souvenirs, traînant avec difficulté son corps de vieux monsieur, il se demande s'il aura assez de temps pour finir son énorme travail, l'œuvre de sa vie : ses recherches sur les origines du langage, qu'il associe aux croyances religieuses. Il y travaille depuis des dizaines d'années. Un soir d'hiver, il se met dans la tête d'aller chercher une mystérieuse enveloppe dans une ville voisine. Arrivé là, il est foudroyé par un éclair, en sortant de la gare ! Curieusement, Roth ne meurt pas, même si la décharge électrique l'a brûlé atrocement, et l'a rendu aveugle et muet. Il est recueilli dans une clinique où Bruno Ganz s'occupe de lui, et petit à petit, il faut bien se rendre à l'évidence : non seulement Roth est un miraculé, mais en plus il récupère à une vitesse hallucinante. À la fin du processus, Roth est guéri mais se retrouve dans un corps retapé presque à neuf : on lui donnerait 40 ans !!! Et ses facultés intellectuelles ont l'air d'avoir pris de l'ampleur. Roth peut donc se relancer, dans un corps de presque jeune homme et avec un cerveau reboosté, dans ses recherches avec une soif étonnante de savoir. Une nouvelle vie s'offre à lui, qui est aussi une vie d'exil. Car le régime nazi rôde, et aimerait mettre la main sur le fabuleux professeur de linguistique aux mystérieux pouvoirs. Roth, lui, avale les livres à une vitesse phénoménale, et se débat avec ses deux démons intérieurs : le cerveau et le cœur !
 
Mouais. Pas facile de décrire un tel film, mais on fera avec. Bon, soyons honnêtes, on est assez vite rassuré, et même surpris, et au bout de cinq minutes de film, on peut le dire sans ambages : Coppola s'est remis vraiment au travail. Finis les conneries et les petits Mickeys tracés vite fait au feutre sur une feuille de papier journal, finis les petits machins hollywoodiens à deux balles, et surtout retour à une mise en scène qui, au moins, prend le risque de ressembler à quelque chose. Et là, ça démarre assez fort, avec une superbe introduction onirique qui révèle un joli scope et surtout un volonté de faire du montage, les Amis ! C'est la fête au village, en quelque sorte. Et pas du sobre en plus qu'il nous fait, le gros : du son, des déformations d'images, des fondus violents et des surimpressions, ça commence vraiment bien, et baroque en plus. Ça charge bien la mule d'entrée de jeu sur un mode assez flamboyant, abstrait et surtout orienté vers les sensations et les sentiments de manière ouvertement subjective. Bien.

Le réveil et les scènes suivantes ne baissent pas la garde en quelque sorte, puisque là aussi, ça transitionne à fond la caisse dans tous les coins et que les partis-pris se succèdent. Bref, ça joue, ça fait des effets  dont énormément de montage. Ouf ! Non seulement Gros Francis enlève les mains de ses poches, mais en plus, il déploie une narration qui ne s'appuie pas seulement sur son scénario, mais progresse largement par la mise en scène. Tous ces effets et tout ce montage baroque sont riches et organisent tout le récit, et même tout le film. Nous ne sommes pas, ce que tendrait à faire la jeune génération, dans le designisme, dans l'habillage, mais bien dans la progression  du sens par la mise en scène et rien que la mise scène. Ici, les effets ne sont pas accessoires, ils disent quelque chose, ils racontent. Très bien.  

Sur la forme, on pense donc aux fantastiques des années 70, old school donc, voire même à un certain soin un peu à la Hammer. Mais le film ne ressemble pas du tout à ceux des réalisateurs Hammer, pour la bonne raison que L'HOMME SANS ÂGE est une coproduction internationale, et justement, Coppola va insister sur l'artificialité un peu vulgaire de ce type de film. Les acteurs patatent en parlant avec des accents très forts, à l'image de Bruno Ganz qui parle un bel anglais et qui ici "roumanise" son accent à tout va ! Classe et un peu de vulgarité s'entremêlent donc. Le thème du film étant le langage, c'est plutôt rigolo, ce petit parfum de faisan. Petit à petit, on finit par comprendre ce que fait notre ami Francis : il est en train de faire un hommage à Ken Russel ! Et là, tout s'éclaire. Ben oui, on est assez proche, même si la ligne narrative est ouvertement plus déconstruite, des réflexions de AU-DELÀ DU RÉEL (le film préféré de Michael Jackson parait-il !!!! Hi-hi !). [Évident quand on voit MOOWALKER… NdT]  Certains plans, dont un basculement à la LOVE, effacent les doutes. Étonnant, non ?

 Côté fond, on est assez perdu, malgré la ligne principale et l'histoire du rajeunissement miraculeux, assez claire, et on se demande moult fois, en se laissant assez délicieusement perdre par le gros barbu, ce qu'il est en train de nous raconter et où il veut en venir. L'histoire pourrait aller dans tous les sens, ou plutôt dans n'importe quelle direction, et dans ce chaos de perceptions, on se demande bien où on va atterrir. Le sentiment de liberté est assez puissant, ce qui est toujours agréable. Voilà un film dont on se demande bien où il va nous emmener. Le sujet, la soif de connaissance (l'urgence même) et la plongée dans les souvenirs, est relativement abstrait. Tim Roth ne peut plus s'empêcher de penser, et les sentiments et les raisonnements s'enchaînent et s'enfilent en cascade. La soif de connaissance est ultime, et les capacités nouvelles de réflexion et d'absorption de Roth sont inhumaines. Que se cache-t-il derrière cette course folle à la connaissance ultime ? Le récit est presque celui d'un comic-book américain, ou plutôt semble narrer le parcours d'un super-héros !
Tout se passe très bien jusqu'à la seconde heure, très bien introduite (scène de la rencontre avec la fille dans la voiture : utilisation d'un effet de scintillement précédemment utilisé dans les flash-back, mais qui ici n'introduit que le présent, belle rémanence de mise en scène, même si le Gros pense nécessaire de rajouter une voix-off, vraiment superflue). Là, ce n'est pas la catastrophe, mais le film se pose. Certes, il y aura encore des choses gourmandes (Francis continue les reconstitutions ouvertement artificielles de studio, la première scène en Inde aurait pu être tournée en Roumanie, etc.), mais moins, et surtout, l'histoire se pose, sans se contredire mais se pose, et du coup l'atmosphère s'alourdit puisque, ça y est, on sait de quoi ça parle, ce film !!! Bref, on a fait énormément d'efforts pour grimper cette jolie pente, on a pédalé dur, et arrivé en haut, on se laisse redescendre tranquilou. L'histoire d'amour pulvérise tout, et surtout le film a enfin un but, un truc tangible à résoudre et une métaphore précise à développer. Métaphore très lisible dès que cette deuxième partie s'enclenche. Bah, du coup, on attend que ça se passe, et ça se passe. On est bien loin du chaos de sensations précédent, au profit d'une histoire logique dans le deuxième segment, mais où la surprise a fichu le camp. Là où connaissance, chaos du siècle et sentiments amoureux lointains formaient un tourbillon de sentiments imprévisibles, on se retrouve avec une trame claire, sans surprise et dont on comprend vite les enjeux. En un mot comme en cent, cette deuxième partie, quoique assez logique, ne m'intéresse pas vraiment. Ça pourrait être ça ou autre chose. La mise en scène y est logiquement plus sage, voire ressasse. On attend tranquilou le générique sans l'ivresse baroque de la première mi-temps. C'est dommage.
 
Il n'empêche, il y a eu dans ce film beaucoup de choses à manger dans l'image, le montage et le son. Coppola vient donner une leçon de baroque aux petits jeunes, rappelle les fondamentaux, et s'amuse grandement, sans hésiter à se plonger dans une abstraction souvent non-sensique, voire un peu vulgaire. On est très loin des récits naïfs de THE FOUNTAIN, auquel L'HOMME SANS ÂGE fait parfois penser. Et loin de cette  sensation d'habillage sur fond confus et un peu gnangnan, se développant sur une ou deux idées. Ici, on ouvre des portes, met le doigt sur des paradoxes cocasses et passionnants, sur des sujets bien plus troublants, même si certaines possibilités ne sont pas explorées par le Gros Francis. Bref, malgré le deuxième acte, il y a suffisamment à manger là dedans, pour annoncer sans rire que le Coppola s'est remis au turbin. On lui souhaite d'enchaîner bien vite, et de nous livrer la prochaine fois un film totalement fou et ambitieux de A à Z.
 
Coolement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
Retrouvez d'autres articles sur d'autres films, en accédant à l'Index des Films Abordés : cliquez ici !




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Lundi 12 novembre 2007

recommander publié dans : Corpus Filmi

frigo-mek-ouyes.jpg
[de gauche à droite: Alain deux, José zéro.]

 

 

 

Je photographie tout frigo: contact.




Photographie de Mek-Ouyes.

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Dimanche 11 novembre 2007

recommander publié dans : Photographies de Mek-Ouyes

dj-devo.jpg
[Photo : "And now I Know how Joan of Arc felt" par Dr Devo]

 

 

Chers Focaliens,

 

Déjà presque Noël et plus qu'un mois et demi pour être belle en traîneau. Les températures seront localement fraîches à très fraîches ce week-end. Bref, c'est le moment d'aller au cinéma, et ça tombe bien, non pas parce que les cinémas  ont prévu de passer des films cette semaine, mais parce que vous pourrez vous mettre en appétit en écoutant votre serviteur moi-même, dès cet après-midi sur les ondes de Radio Campus Lille, sur le 106.6 de la bande FM, où je chroniquerais les sorties (enfin une partie) de cette semaine et de la semaine précédente dans l'ineffable émission LES AVENTURIERS DES SALLES OBSCURES, de 14 à15 heures.

 

Alors j'en vois qui râlent déjà. Oui mais moi je capte pas Radio Campus Lille, et je n'habite pas dans le Nord-Pas De Calais d'abord... Et bien figurez-vous que ce n'est pas un problème ! Car on peut aussi écouter l'émission en direct, de 14 à 15 heures sur le site de Radio Campus !!! Pour ce faire : clique-là, chère lectrice !

 

Ca s'annonçait bien, vous vous étiez installé dans le meilleure fauteuil du salon, dans votre robe de chambre importée de Canterburry, prêt à écouter l'émission en sirotant un whisky hors d’âge, quand tout un coup, c'est la catastrophe : votre beau-frère débarque avec ses quatre mômes ! Finie la belle émission ! Rassurez-vous, nous avons aussi pensé à ça. Dès demain dimanche, et ce jusqu'au samedi suivant vous pourrez télécharger l'émission sur le site du QUOTIDIEN DU CINEMA, et c'est ici que ça se passe les enfants, alors cliquez ici!

 

Oui, oui, vous vous dites c'est bien beau mais alors quel est le programme ? Et bien, chères amies, je parlerai de grands réalisateurs tels que David Cronenberg, Woody Allen ou Ariel Zeitoun (le papa de YAMAKASI quand même, que le Marquis vit à l'époque en salle. Pour toute réclamation: lemarquis@matierefocale.com). Et puis, pour apporter un peu de glamour, nous serons accompagnés de deux superbes femmes : Charlize Theron et une sinon la femme la plus top-sexy du monde : Susan Sarandon. Autant dire qu'il y aura du beau linge.

 

 

En attendant, il vous salue et vous souhaite le meilleur...

Elégamment Vôtre,

 

Dr Devo.

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Samedi 10 novembre 2007

recommander publié dans : Mon Général

Avant-Propos

 

Chers Focaliens,
C'est après moult conversations et de longues heures passées au téléphone que j'ai pris la décision que je vais vous énoncer, en accord avec les parties sous-citées. Ce n'est pas une révolution mais simplement une petite mutation qui j'espère aura son importance. Il me paraît néanmoins important de bien vous expliquer ce qui va se passer sur Matière Focale.


Quand j'ai commencé ce site, et vous pourrez le voir en allant jeter un oeil sur la profession de foi qu'était le premier article, je savais que Matière Focale serait un site qui serait consacré dans sa majeure partie au cinéma. Malgré tout, j'expliquais à l'époque, et c'était vraiment mon intention de départ, que ce site parlerait également d'autres domaines culturels. Et sur ce point, il est évident que ça n'a pas été vraiment le cas par contre. Certes, on peut trouver sur Matière Focale quelques articles sur la musique, ou même un ou deux sur la littérature, mais c'est bien tout. Premier point. C'est un regret sans doute, mais c'est la vie, et peut-être qu'après tout on ne peut pas être partout. Dommage, notamment en ce qui concerne la musique qui a pour moi énormément d'importance, du moins autant que le cinéma, dans mon parcours personnel. Bah, au fond ce n’est pas grave.

 

Comme vous l'avez constaté, et là aussi c'est la vie, et je dirais même plus, que ça n'a rien de définitif, le site fait paraître moins d'articles que par le passé. Bon, sur ce point, les chose devraient se rétablir mais très lentement même si je sais que je ne pourrais pas atteindre sans doute (et en même temps est-ce vraiment sûr ?) des cadences du genre 25 articles par mois comme c'était le cas à une époque, surtout grâce à l'aide du Marquis que je pourrais jamais remercier assez pour avoir fait de Matière Focale un endroit encore plus fourni et encore plus malicieux. Tout cela rentrera dans l'ordre, bien sûr. Mais pour l'instant le fait est là : il n'y a pas assez d'articles, du moins pas autant que je le voudrais sur Matière Focale, et croyez bien que je le regrette.

 

Matière Focale, c’est aussi, étrangement une communauté d’esprit, en quelque sorte. Il y a un an ou un an et demi, j’avais remarqué que Mr Mort, qui tenait un très beau site appelé Cinémort, ne publiait plus d’articles. Après une longue discussion épistolaire avec Mr Mort, alors qu’il allait fermer son site, chose que je trouvais regrettable, j’arrivais à le persuader de venir se faire héberger ici. Je ne l’ai jamais regretté un instant, car je trouvais dommage qu’un esprit aussi particulier que celui de Mr Mort disparaisse dans les limbes. Cinémort, site outrageant mais quasiment indispensable est devenue une rubrique de Matière Focale, et de temps en temps Mr Mort nous fait l’honneur d’un de ses articles.

 

C’est un peu la même chose avec Mek-Ouyes, si j’ose dire. Il y a très peu de temps je vous ai parlé de ce site, j’y ai consacré un article qui expliquera à ceux qui ne connaissent pas le site du Monsieur comment il fonctionne. Mek-Ouyes est un site photographique d’un style bizarroïde et très beau, très poétique en fait, et il se trouve que Mek-Ouyes (l’homme, pas le site) a lui aussi du mal à respecter la ligne de conduite qu’il s’était donné, à savoir une photo par jour ! Il était sur le point de fermer boutique. Je ne sais pas ce qu’est exactement Mek-Ouyes le site. C’est un espace consacré à la photographie, une photographie particulière, d’un autre style. Mek-Ouyes, l’homme, est aussi un féru des choses qui transcendent les genres en quelque sorte ; son site est aussi bien un endroit hybride que création littéraire minimaliste. J'aime ce site sincèrement. J’y trouve des fenêtres de poésie, comme on dit fenêtres de tir, ténues et indispensables, comme je n’en trouve nulle part ailleurs. Son approche de la photo me parait tellement en opposition avec le reste qu’il me semblait indispensable de ne pas laisser Mek-Ouyes le site mourir. Les conversations emails et téléphoniques avec Mek-Ouyes l’homme ont été longues. Mais je suis heureux de vous annoncer que Mek-Ouyes va devenir une rubrique de Matière Focale. Cela me paraît d’autant moins illogique que moi-même j’ai toujours considéré les photos qui illustraient les articles focaliens  comme étant une activité aussi importante, quoique volontiers surréaliste, que les articles. Je prolonge donc  l’expérience en accueillant Mek-Ouyes ici.

 

C’est aussi pour vous remercier, chers lecteurs. La vie d’un site, c’est aussi les rapports quotidiens ou réguliers qu’entretiennent ses lecteurs. Un peu comme un feuilleton auquel on s’attache. Mek-Ouyes et son travail ont pour moi un double avantage : ouvrir ici un nouvel espace de création, mais aussi vous permettre ne fut-ce que quelques secondes par jour d’avoir régulièrement quelque chose à lire, ou plutôt à voir et à lire sur Matière Focale. J’espère que cela permettra au travail de Mek-Ouyes  de trouver un écho. Et quand je ne pourrais pas faire d’articles, vous serez alors dans de très bonnes mains, fulgurantes souvent et poétiques toujours. Je vais donc petit à petit transférer ici les photos de Mek-Ouyes le site. Mek-Ouyes l’homme viendra aussi mettre des photos et des textes inédits. J’espère que vous trouverez autant plaisir que moi à ressentir et à être intrigué par son travail, souvent drôle et/ou émouvant en plus. Voici donc, ici, sur Matière Focale son premier "article".

 

J’en profite au passage pour vous remercier, chers lecteurs de votre fidélité et de votre énergie, celle que vous mettez dans vos nombreux commentaires, et vos lectures attentives des articles de Matière Focale. Elles me valent régulièrement des mails souvent passionnants même si quelquefois divergeants, qui font que l’aventure focalienne est toujours aussi grisante et enrichissante. Merci à vous. Dans cette perspective, je vous offre Mek-Ouyes sur un plateau, afin qu’il se passe toujours quelque chose ici sur ce site, et afin de rendre encore plus vivant Matière Focale.

 

Une fois que j’aurai rapatrié toutes les photos de Mek-Ouyes, son site fermera pour mieux revivre dans cet espace focalien. Mek-Ouyes est mort, et donc vive Mek-Ouyes !

 

 

Modestement Vôtre,

 

Dr Devo.






fachionista.jpg
[Photo prise à New-York. De gauche à droite: Marie-Gérard, Mireille, Debbie...]

 

 

 


 

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Vendredi 9 novembre 2007

recommander publié dans : Photographies de Mek-Ouyes

freaks-and-geeks-and-devo.jpg
[Photo : "People Like Us" par Dr Devo, d'après une photo de la série FREAKS AND GEEKS]

 

Chers Focaliens,
 
Tel Zorro, mais un peu en retard, j'arrive quand la guerre est finie et que le sol du dance-floor est déjà recouvert de sang, mais qu'importe, je vais vous parler aujourd'hui de EN CLOQUE, MODE D'EMPLOI, nouveau film de Judd Apatow, dont nous avions déjà dit beaucoup de bien sur son précédent film 40 ANS, TOUJOURS PUCEAU, que je revoyais d'ailleurs avec le Marquis dans sa version longue en DVD, et dont je dois dire qu'elle tient vraiment bien la route, notamment au niveau du rythme (compter deux bonnes heures quand même). Ici, on est entre gens bien à plus d'un titre. Si Apatow est aux manettes, le casting est plein de bonnes surprises, notamment à travers deux recrues issues de FREAKS AND GEEKS, série à laquelle participa Apatow lui-même, qui ne fit qu'une saison aux USA, n'eut pas l'honneur d'une diffusion appuyée en France, et qui est une splendeur galactique, drôle et belle. On retrouve donc ici Seth Rogen, ex-FREAKS... donc et rôle principal, Jason Segel, ex-FREAKS... et toujours présent dans la série HOW I MET YOUR MOTHER  (série qui marche, elle, et qui est complètement sublime), Martin Starr, formidable acteur et ex-FREAKS..., et quelques caméos bienvenus dont James Franco, ex-FREAKS, et Harold Ramis, ex S.O.S. FANTÔMES 2, un film pas bien du tout. Ça tombe bien que je vous parle de EN CLOQUE…, car c'est aujourd'hui que sort le film SUPERGRAVE, film de college à l'affiche enchanteresse, puisqu'on retrouve un tas de mecs de la bande à FREAKS... et que le scénario est écrit par Seth Rogen... Quoi ? Rogen ! Le héros de EN CLOQUE... Suivez un peu, quoi !
 
Seth Rogen (scénariste de SUPERGRAVE, hi-hi) est un type plutôt à la cool. Plutôt gras, fumeur de oinjes et grand fan de Marie-Jeanne sous toutes ses formes, cet informaticien glandouilleur et canadien se la coule douce avec ses 4 colocataires (dont Jason Segel et Martin Starr, ex-FREAKS...). La petite bande a pour projet de vie de monter un site Internet répertoriant les scènes de films où l’on voit les stars de ciné à poil. Ils matent donc des DVD toute la journée, et le piteux projet n'avance pas beaucoup. Bref, ils n'ont pas inventé Google, ni l'eau chaude...
Katherine Heigl, elle, est une superbe blonde, très très mignonne, qui est régisseur pour la chaîne people américaine E!, et qui vit dans une petite maison sur la propriété de sa sœur, Leslie Mann (grandiose !) et de son beau-frère (Paul Rudd, ex-40 ANS...), lesquels ont une maison immense, une safrane, beaucoup de pelouses et deux enfants. Katherine vient d'avoir une promotion et se voit confier la présentation d'une émission. Pour fêter ça, elle sort en boîte avec sa sœur, et bien sûr, la belle Katherine va rencontrer par hasard Seth le gras, et une chose menant à une autre, avec beaucoup d'alcool par là-dessus quand même, très curieusement, celle-ci propose à Seth de venir chez elle. Et ils font l'amour, c'est merveilleux. Le lendemain, c'est un peu l'effroi, poli mais quand même, quand Katherine découvre Seth dans son lit. Lui ne se rappelle plus de rien ou presque. Après un petit-déjeuner épique, les deux se quittent poliment. Katherine fuit à toute vitesse, tandis que Seth regrette déjà la belle dont il sait pertinemment qu'il ne la verra plus. L'accident ne se reproduira pas. Fin du film.
Vous avez déjà essayé d'enfiler un préservatif alors que vous êtes complètement saoul ? En tout cas, les choses dérapent. Huit semaines après cet incongru coït, Katherine est enceinte, semble-t-il. C’est la stupeur totale ! Le gros Seth, lycéen attardée et feignasse, peut-il raisonnablement avoir un enfant ou même une simple relation avec Katherine, véritable prix de beauté, intelligente et friquée ? Katherine décide de garder le bébé, et la voilà bien obligée de faire connaissance avec Seth... Et curieusement, malgré l'angoisse et la souffrance, les choses ne se passent pas si mal que prévu...
 
Même si le résumé inscrit ici fout définitivement la frousse, EN CLOQUE… est donc une comédie directement issue de l’esprit "film de college", et quand on voit la bande de zozos colloquant avec notre ami Seth Rogen, on comprend que c’est complètement de ça dont il s’agit dans un premier temps, c'est-à-dire d’un personnage qui justement est un peu resté au collège (dans l’acception américaine du terme). C’est petit à petit que le film dérive délicatement vers autre chose. Mais le principe de départ est là et se décline sur deux niveaux. Tout d’abord l’extraordinaire accident de départ. Katherine Heigl incarne fort justement, et avec une belle énergie, une fille tout d’abord complètement hors de portée de Seth Rogen. En plus d’être jolie, et bien mieux intégrée à la société dont elle gravit les échelons logiquement, elle est assez drôle et surtout complètement sensible. Ce portrait sera nuancé et contrebalancé fort joliment d’ailleurs par le scénario via le personnage de la belle sœur qui concentre un peu tous les problèmes que soulève le film. Donc, en résumé, c’est d’abord un accident sur la chaîne industrielle du marché de la viande qui propulse l’histoire. Deuxièmement donc, c’est sur le social que ça se passe. Seth Rogen a finalement mis le monde sur pause, n’est jamais sorti de la geek attitude. Et là aussi les choses sont dites non sans tendresse (ni tristesse d’ailleurs). Et cela est possible grâce à une écriture assez fine qui non seulement fait glisser le film hors de ses clous collegistiques, mais travaille aussi en sous-marin sur les détails, et ce sont eux qui sont touchants. Ils rappellent sans cesse, alors que l’intrigue principale se concentre sur les sentiments, sur le contexte difficile qu’affronte nous deux héros : omnipotence du physique sur le cattle market (Rogen se relevant lors de sa proposition de mariage parce qu’il a mal au genou, ou encore cette réplique terrible qu’on n'entend jamais au cinéma : "tu es bien plus jolie que moi !", ou encore le fantastique cri de victoire "je vais baiser ce soir !"), mais aussi oppression définitive de la société (amis, famille…), choc des cultures (avec conséquence farellinienne notamment dans la dernière partie avec le formidable gynécologue Dr Kuni (sic) incroyablement interprété par Ken Jeong, une des grandes révélations du film, ou encore dans le premier plan dans la salle d’attente chez le gynécologue où les corps normaux sont autorisés pendant quelques secondes, y compris à travers quelques bébés particulièrement laids), et oppression sociale générale absolument terrible.
Le choix de la sœur, magnifiquement interprétée par Leslie Mann, très en forme et précise comme une roquette, est amplement stratégique et quelque part, c’est quasiment elle le personnage principal. Le contexte l’entourant (grosse maison, mari dominé au job important, enfants à l’éducation ultra-policée – fabuleuse scène du site anti-pédophile, très dérangeante ! – frigidaire géant et espace Chrysler) permet de mieux cerner le propos et de clarifier les choses, c’est déjà bien, mais sur un mode précis et nuancé qui permet d’éviter les grosses démonstrations et de plutôt miser sur la répétition des éléments aliénants. Grâce à ce contexte bourgeois, le spectateur que nous sommes a l’impression drôle mais cruelle de se taper la tête contre chaque mur ou de prendre des coups toutes les minutes. Le poids de la société n’est pas ici une métaphore, c’est une réalité qui pèse lourd, et l’herbe a bien du mal à repousser sur son passage ! Voilà pourquoi le film dérive petit à petit vers un ensemble plus original (malgré ce qu’a dit la critique, qui n’a vu là que la préparation d’un happy-end, ce qui est au moins imbécile, sinon injuste, quand on voit la pertinence et la force jamais relâchées de la violence même des scènes finales à l’hôpital où, jusqu’au dernier moment, les gens sont ignobles, dont l’héroïne !) qui acquiert vite une certaine indépendance stylistique. Le film, toujours drôle, devient surtout ironique, voire désespéré dans son insistance (ce que je viens de dire), et finit par sortir des codes. Bien loin d’être une comédie totale, éventuellement "de college", le film évolue vers ce qu’on appelle en France le  "drame psychologique" ! Je plaisante mais il y a de ça. À l’écran, les choses s’incarnent parfaitement. La romance est sans cesse renvoyée dans ses cordes par la pression sociale et psychologique qui là aussi fait penser au frère Farrelly. Sauf qu’ici peut-être, le personnage de la sœur et ce qu’elle représente (la Société) est terriblement réaliste en quelque sorte, et sort du territoire strictement freak. Là où les Farrelly proposent une utopie pour les people like us (les freaks) et les imposent de force à Hollywood, ici c’est le contraire presque : Seth et Katherine sont complètement paumés dans un monde hostile.

Mais Apatow se fiche, en vérité, de faire un réquisitoire ou une démonstration, et la galerie de personnages (ce qui inclut les personnages principaux) permet suffisamment de nuances. Aucun des personnages n’est vraiment totalement sympathique ou supportable. C’est ça aussi le monde de EN CLOQUE… Une lutte perpétuelle des ego, des pensées et des styles de vie. Le personnage de Katherine Heigl est bougrement nuancé pour une comédie grand public d’ailleurs. C’est elle qui enclenche, sans doute par sa propre connerie, les problèmes dans lesquels vont s’engluer tout le monde dans le dernier acte où elle apparaît souvent insupportable ou complètement à côté de la plaque (ce qui permet de faire jaillir aussi un bel effet de distanciation). Le beau-frère joué par Paul Rudd est très sympathique mais cache aussi des failles. Et même la belle-sœur, personnage le plus marqué, arrive à rendre crédible et surtout incarnée une situation très problématique dans les comédies sentimentales, même américaines : la réconciliation du couple, qui ici passe avec nuance et vacherie. Leslie Mann et Paul Rudd auraient été miraculeusement sauvés par  l’Amour-Plus-Fort-Que-Tout si Meg Ryan ou Julia Roberts avaient joué dans le film. Ici, c’est divinement plus fin, au point que Katherine Heigl s’en étonne elle-même (très belle ligne de dialogue lors de la fête d’anniversaire : "ma sœur va bien, AUJOURD’HUI !!!"). Malgré tout, la "réconciliation du couple", même incomplète, est très réaliste et assez tendre. Je vous le dis, en vérité : ce film est plein de nuances.
 
Évidemment, la cruauté du monde est là aussi. Apatow arrive à rendre passionnant ce personnage de la belle-sœur, notamment en en faisant un portrait sensible. Elle concentre en effet le véritable mal du film : le petit-bourgeoisisme, notion magnifiquement révélée par les écrits de Salvador Dali, et dont on sait grâce à lui que ce n’est pas seulement une question sociale et politique, mais aussi morale et artistique, voire psychologique. Le problème du couple Heigl/Rogen, c’est qu’ils ne peuvent pas inventer le schéma iconoclaste du couple dont il ont forcément besoin, puisqu’ils ont fait un pari absurde (que le père de Rogen, Harold Ramis, qualifie de « miracle » avec une tendresse incroyable), à savoir garder le bébé, et que leur relation a commencé à l'envers. Pour que l’histoire de ces deux-là marche, il faut absolument qu’ils inventent leur propre façon de vivre, ce qui est quasiment impossible… La tendresse du film, c’est de rendre palpable dans la première partie l’incroyable pari du couple : créer et vivre un flirt alors qu’ils ont commencé par l’autre extrémité de la chaîne ! Et ils sont à deux doigts d’y arriver. Leslie Mann, la belle-sœur, veille au grain. Pas elle directement mais le monde à travers elle, et la chose capotera, sans doute parce qu’on n’est pas en béton mais de chair et de sang et  que le doute est toujours là, et la confiance, finalement, ne se donne pas facilement, même avec la meilleure volonté du monde. Ce qui nous donne de très belles scènes, fort bien écrites comme la proposition (avortée) de mariage, par exemple. Ou encore la scène du deuxième rendez-vous, d’une infinie tendresse.
 
Je note en passant que les nuances sur les personnages sont telles qu’elles permettent de mettre les enfants à distance du film et évitent la gnangnantise ou la sur-glorification qui touchent le cinéma hollywoodien mondial (y compris en France, donc) quand il s’agit des petits n’enfants, forcément meilleurs que tout, et la femme-mère, le vrai personnage omnipotent de la société occidentale. Au moins dans l’imagerie. Plus qu’une galerie de pantins, les femmes sont ici des personnages égaux aux autres, et l’un des mérites du film est de les montrer "comme les autres", aussi dans leur propre bêtise. Dans un camp comme dans l’autre, il y a de la nuance, et on n’est pas pour lécher les bottes de la spectatrice, ou des spectateurs en couple ! Bon point.

Si on fouille dans le moteur, ce n’est pas infamant. La mise en scène est rigoureuse mais tranquille, discrètement soutenue par des mouvements d’appareils assez efficaces et très discrets, et surtout soutenue par un montage plutôt nerveux. Apatow confirme les bons points de 40 ANS, TOUJOURS PUCEAU. On est même ici légèrement au-dessus. Le film bénéficie d’un photo assez soignée et rigoureuse signée Eric Allan Edwards, qui a travaillé avec Gus Van Sant et Peter Watkins ! Le plus étonnant, c’est encore une fois le rythme, très nuancé et qui tient formidablement la distance puisque le film dure quand même 2 heure 10, et sans faiblir et sans sombrer dans la monotonie. Là aussi, le scénario, décidément ciselé à l’or fin, fait son office, et on sent que tout cela est fort bien préparé en vue du résultat final, et non pas dans des perspectives de bienséance ou de logique psychologique ou aristotélicienne, alors même, paradoxe assez beau, que le projet global est assez classique dans sa forme. Apatow continue donc de développer son extrême sensibilité et son sens de l’humour étonnant avec une dextérité toute personnelle. Le bonhomme s’affine encore. On sent chez lui la volonté de ne pas se contenter de faire du "bien écrit", ce pour quoi il est quand même très fort, et son travail s’exprime aussi dans la perspective de la copie finale : le film. D’où le choix précis de la photo ou des décors, d’où la concentration narrative (certaines scènes sont très courtes), et cette envie de laisser le film respirer sans faire du remplissage. Ici rien n’est inutile, toute porte, tout nuance. Ce choix se retrouve aussi dans le casting fabuleusement soigné. On note aussi, outre le formidable Dr Kuni (personnage drôle et humaniste, et qui fait de l’humour juif en plus !), des acteurs étonnants à l’image de l’actrice Charline Yi, hallucinante petite amie asiatique et défoncée de Martin Starr ! La précision des comédiens envoie balader très loin, dans une galaxie proche de Proxima De Nullosse, la moindre volonté européenne de faire du bon jeu de comédiens ou de la comédie. Le moindre personnage secondaire est ici dix fois meilleur que nos acteurs locaux. Voilà qui fait aussi la différence, peut-être parce que Apatow met vraiment les mains dans le cambouis et n’essaie pas de faire un produit flattant les plus grands dénominateurs communs. Remettre de l’ordre, éviter le chaos pour remettre chacun à sa place et laisser la pluralité des attitudes s’exprimer avec le moins de violence possible, mais avec fermeté (formidables apartés dans les couloirs de l’hôpital), on est ici bien loin du consensuel, cynique finalement, de nos comédies. Rendre justice aux gens, c’est aussi les intégrer véritablement dans la fiction, sans chercher à être aimable ou à plaire. Et c’est curieusement là qu’on se retrouve avec un film d’une infinie tendresse, bien loin des chapelets de poncifs psychologiques européens où rien n’est recherché sinon le consensus le plus bêta. Il y a ici bien plus de sentimentalisme ou de sentiment de réel que dans nos divertissements poisseux et mal ficelés.
 
EN CLOQUE… est donc un des très bons films de cette année. Il confirme la théorie focalienne que le film de college et ses avatars sont le seul moyen possible, dans l’industrie cinématographique actuelle, de faire des films sentimentaux VRAIMENT adultes et nuancés. Et il  y a là, finalement, plus de réel et plus de social que chez un Ken Loach ou un Moretti (bien que je tienne à dire que j’ai bien plus de respect pour le premier, qui me paraît être, lui au moins, honnête). Et puis on rie, en utilisant la partie la plus sexy de notre corps : le cerveau ! Pas étonnant dès lors que EN CLOQUE… soit, comme par hasard, un des rares spécimens de films d’amour ou sentimentaux décents.  Si seulement notre cinéma pouvait aussi nous traiter en adultes…
 
Fidèlement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Jeudi 1 novembre 2007

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