Boys and Girls,

 

 

 

 

 

Le Marquis a la forme, merci. Les galettes improbables sont envoyées direct dans la bouche du vorace mange-dvd. Supra-technologie? C'est à discuter! Les étalonnages des bandes vues (ou supposées vus en salle) dérangent. Ça dégouline de Ripolin. Et le grain ou l'approximation des couleurs originelles le plus souvent se perd. Dans les coffrets "Deluxe Valentine" et autres boîtes collector, il faut bien le dire, il faut que ça brille. C'est la guerre vidéo sur écrans interposés. Le soldat cinéphile perdu dans la jungle sait bien que, sur le terrain, c'est une autre paire de manches. Il faut se frotter à la texture, repérer la moindre nuance, le moindre détail. Sur l’écran de contrôle pour salon qu’est la télé, point de nuances étalonnées... Brillance et contraste uniquement. Ce n’est pas juste... Encore une fois, putain de gradés!

 

 

Vendredi.

 

 

Vendredi 13.

 

 

Vendredi 13 No4.

 

 

Vendredi 13 No4, Chapitre Final. Elle s'allonge la guerre et se décline en mille nuances. 4 soirs à tenir, à courir et à essayer d'échapper à l'abominable Jason Voorhees. Le film commence et on n'en veut plus en même temps qu'on en veut. C'est Joseph Zito qui s'y colle. Zito... la Stowe de Proust un peu pourrie.. J'ai vu Zito déjà, et en salle Monsieur! S’il vous plaît! En culottes courtes, voir "Portés Disparus 2" dans la deuxième salle d'un cinéma de province dans lequel 10 ans après, je devais travailler. Zito c'est aussi la série "Delta Force"... "Invasion Usa" aussi, avec Chuck Norris, l'acteur qu'il faut bien qualifier de fétiche. Un mot sur ce dernier: brut, couillu, prêt au sacrifice, antipathique comme ils pouvaient être ces héros-là dans les années 80 (qui rappelons-le sont à jamais perdues qu'on le veuille ou non). Mais aussi, droit dans ses bottes le Chuck : il n’oublie pas les copains, dut-il en mourir. A cette époque là, rien à voir avec Van Damme et les autres. Zito, c'est ça. L'alter ego de Norris. Ça donne envie, pas vrai?

 

 

Donc, on repart à Crystal Lake. 10 secondes après la disparition du patronyme du réalisateur sur l'écran, on se sent chez soi, pas de problème. On est content d'être revenu. On irait bien se baigner nu dans le lac, et attendre la sanction. On ne regrette rien. MMmmmmm... Le pire c'est que l'impression se confirme. Le chapitre final, ou supposé tel, des aventures du rejeton de Betsy Palmer (voir articles Vendredi 13 No1 et 2), de son sacerdoce plutôt, est plus carré. Oh, il ne faut pas s'emballer. Pas beaucoup plus carré que les autres. Mais bon, quelque chose de sec... C'est sûr. On dirait que ça a le goût de sec... On ne met pas immédiatement le doigt dessus. Si, ça vient, je sais... Pas de plans vraiment fous-fous... Pas de bizarreries de cadrages maladroits... Pas mieux cadré non plus d'ailleurs. Mais plus... Ça  y est je sais: pas de caméras subjectives. Jason a fini de regarder à travers les branchages! Ça choque c'est sûr. Mais n'allons pas trop vite. Allons chercher du bois près du lac. Ou bien allons nous balader en forêt. Après tout, on a le temps.

 

 

Et puis, il y avait cette  introduction qui commence, pour une fois là où tout s'est terminé la dernière fois dans le No3. Jason gît mort dans la grange, machetté en pleine tête... On reprend là où on a commencé? Bizarre? Non, Jason prouve là qu'il est un héros  "dévoïque". Voir mon premier article sur ce site. Le début était la fin. Bien, bien et même très bien. Zito, tu poses les choses clairement.

 

 

Ensuite tout va de variations en trahisons. Jason à la morgue. Un brancardier libidineux et loufoque, et une infirmière certes farouche mais qui n'en demande pas moins. Sur l'écran allumé dans la salle des cadavres, une assez hallucinante danseuse aérobique aux mouvements inédits. "J'aimerais bien voir cette émission, dit le Marquis. Je ne suis pas sûr que ce soit de l'aérobic finalement." Encore une fois, il a raison. Sur l'écran télé de la morgue (le film dans le film en quelque sorte, ou plutôt la télé dans le film), la danseuse s'étire dos à un miroir double, multipliant ses occurrences en autant de sœurs jumelles, fesses à fesses dans le stretching. C'est la définition du film. Bravo Zito. L'infirmière zappe, le brancardier râle. Elle veut voir les infos qui annoncent la mort du tueur (les infos et le FBI sont assez absents et incompétents dans cette série des Vendredi 13!). Il râle. Tout cela est étonnant : Jason va en ville! Le film s'est transporté pour la première fois hors de Crystal Lake. Jason est mort et bien mort. Pas fantasmé mort, pas supposé décédé. Mort une bonne fois pour toutes. Petit moment volé comme je t'ai attendu, aurait pu dire le brancardier, mais il rezappe sur l'(a)érobiqueuse avant de s'occuper de Mlle. La pseudo musique disco du poste monophonique 1.0 envahit la pièce et place à l'amour physique. Ha non! Jason, sur son brancard et au-delà, a un mouvement réflexe : il étend le bras, mais pas bien loin. Il est mort. C'est un réflexe, certes, mais assez pour refroidir (déjà) l'infirmière. Elle ne veut plus. On n'est pas des cadavres. Pas de ça ici, tout près de ce mort fameux. Elle part.

 

 

On n'est pas des cadavres? En es-tu si sûre? Jason se réveille massacre l'infirmier. Il lui coupe la tête avec une scie. Comme un poulet, mais l'infirmier n'a pas de réflexe. Il est froid, enfin. Plus loin, dans l'espace pharmacie de l'hôpital, l'infirmière fait tomber une fiole de médicament, se relève et se fait trancher également. Jason reprend du service. Retour à Crystal Lake. Le film peut commencer.

 

 

 Et donc, le père Zito ne fait plus de caméra subjective. Son cinéma se déploie sec, sans fioriture. Il ne fait pas beau sur Crystal Lake. Finie cette ambiance de pré-été des épisodes précédents. Il pleut et ça tonne lourd. On fuit dans la bouillasse. Pas de caméra subjective. Pas de musique que même les personnages entendent (voir article sur Vendredi 13 No3). Et les meurtres curieusement sont secs, sans pause, rapides. On ne s'attarde pas. Jason revient pas content, et il a du temps à rattraper. Des choses à remettre en place. Ça demande de la rigueur.

 

 

Quoi d'autres de notable? Le petit garçon. Le premier enfant de la série (à part Jason qui tire sa nature des épisodes traumatiques de son enfance). C'est Corey Feldman, enfant-acteur et plutôt bon d'ailleurs - cf. "Gremlins" de Joe Dante. Il vit avec sa sœur et sa mère qui s'adonnent avec lui à d'étranges étreintes un peu incestueuses qui bien sûr ont fait rire le Marquis. Le gamin fabrique des masques de monstres de cinéma dans sa chambre, seul. Il compense bien sûr. C'est bien vu. Un peu plus tard, dans une maison voisine, la fête des teen-agers bat son plein. On retrouve un vieux projecteur et un vieux moyen métrage érotique du début du siècle en 16mm. On le passe. La sœur de Corey, qui hésitait à franchir le Rubicon avec son compagnon-minet de service, se décide. Ce sera le grand soir. "Mais donne-moi cinq minutes". Pas de problème. Elle monte dans la salle de bain, lieu funeste et récurent de la série qui nous glace déjà. L'aube sera sûrement rouge. On sait en revenant voir l'action dans le salon où ronronne le projecteur que les festivités vont commencer pour Jason. Massacre dans la salle de bain. Bien. Sec. Puis, retour dans le salon, où le petit dévergondé qui avait trouvé le film coquin (ce qui le faisait ricaner, curieusement) a entendu un bruit suspect, Jason bien sûr. Il se lève et épie. Mais trop tard, le projecteur arrive en fin de bobine et ne diffuse plus que de la lumière blanche dans laquelle le jeune se perd. Blanche comme la mort. Il fixe la source de lumière et attend Jason... qui est déjà là, dans son dos, derrière l'écran qu'il crève de sa machette en même temps que le jeune stupide qui aura le temps de regarder lui en caméra subjective à l'arrière du projecteur où il n'y a personne. Où est le projectionniste? Ce regard subjectif est le plus beau plan du film délicieusement texturé. Massacre des jumelles érotiques ensuite (les deux jumelles qui jouaient d'ailleurs dans "Le Jumeau", le film de Pierre Richard des années 80). Massacre de tout le monde sauf la sœur et le petit Corey. Il se maquille en jeune Jason avec un de ces masques horrifiques. Jason regarde son double. Corey est Jason. Jason est Corey. Putain de guerre. Le trouble ne dure pas longtemps mais assez quand même. Jason se fait massacrer. Corey a été Jason et rien ne sera comme avant. Chapitre final? C'est ça oui! Nouveau Premier Chapitre, plutôt! Jason a remis lui-même son film, ses films, sur les rails. Il a montré qui était le maître, qui était sur le terrain tout le temps. Il a montré qui décidait de l'unité de la série. Générique.

 

 

[la figure du Jason qui se rebelle, du soldat Jason qui se rebiffe contre la société qui veut l'oublier ou le dénaturer rappelle furieusement le sujet du Rambo No1 (First Blood). Rambo No1 que Zito a toujours suivi dans sa décadence et qu'il a dépassé: Jason, lui ne s'est pas rendu aux autorités.]

 

 

C'était très bien. Vivement le No5.

 

 

 

 

 

Fidèlement Vôtre,

 

 

 

 

 

Dr Devo

 

 

(chanson de la semaine: "Example #22" de Laurie Anderson)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Samedi 1 janvier 2005

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Liseuse, Liseur,

Qu'as-tu fait de tes vingt ans?

Le film de collège américain (collège au sens anglo-saxon et large du terme: collège, lycée, université, premier âge adulte), est sans doute perçu sur nos terres comme un sous-genre mineur, mais il n'en est rien. Il est temps de lui reconnaître son statut essentiel et créatif, au même titre que le thriller, la comédie (genre auquel, sur le papier, il appartient) ou le cinéma fantastique. En vérité je vous le dis, il ne faut jamais refuser de voir un film de collège. Point barre. Commençons l'entreprise de restauration et de défense de ce genre tout de suite. [Je m'aperçois en notant ces mots que, dans mon article  sur 10 mesures pour améliorer le cinéma mondial, j'aurais pu glisser l'obligation pour les réalisateurs européens de mettre en scène tous les quatre films, un film de collège]

 "American College" est une splendeur sans aucun doute. Il ne faut d'ailleurs jamais rater l'occasion de voir un John Landis, même si je ne suis pas très fan de son sympathique "Blues Brothers", un peu indigent aux encornures. Allez voir un de ses films, c'est toujours un peu d'intelligence pratique de gagnée. "American College", du Landis 1ère période, est dur à décrire.

Il s'agit, grosso modo, d'un étudiant dans une fac américaine dans les années 60 qui cherche une confrérie étudiante sans en trouver et qui finira par être accepté dans l'une d'elles, la maison Delta, parce que son frère y appartenait jadis et que le règlement intérieur de la confrérie exige dans ce cas qu'il soit automatiquement pris. La maison Delta est la pire de toutes les confréries. Mal entretenue, c'est un ramassis de joyeux drilles pas mal alcooliques et fainéants, mais dans un pur esprit rock n' roll. Ça fait des bêtises, c'est associal et rebelle. C'est l'esprit fraternel, sous une grossièreté apparente qui ne cache qu'à peine une générosité réelle. Une autre confrérie, plus aisée, plus impliquée dans la vie politique de la fac et donc proche du pouvoir, sont leurs grands ennemis. La guerre est déclarée lorsque le doyen décide qu'il faudra mettre les Deltas à la porte quoiqu'il en coûte...

Il est assez dur de rendre compte de ce film. C'est rempli de performances d'acteurs, tous très bons (avec mention spéciale à Donald Sutherland et Karen Allen, la copine d'Indiana Jones, grande actrice oubliée). Les gags sont impertinents, grossiers et drôles, frôlant toujours un non-sens de bon aloi. Quel portrait des USA de l'époque! Droits civiques proclamés dans les défilés mais noirs toujours en apartheid, gardes républicains  qui deviendront les futurs victime de la guerre du Vietnam, liberté sexuelle florissante, etc... Ici toute la contre-culture et l'esprit "camp" des années 60  sont décrits de la manière la plus précise et la plus exhaustive, sans qu'aucune fois une parole sociale soit prononcée tout le long du film (le mot Vietnam par exemple n'est prononcé qu'une minute avant le générique de fin). On boit de la bière, on fume des pétosses, on rote, on fait l'amour, on vole dans les magasins, et on reboit. On monte sur des échelles pour aller espionner la chambre des filles, le soir quand elles se déshabillent, comme si on avait 12 ans. Et jamais on ne se laisse briser par le conservatisme des institutions et des esprits.

France. Années 2000. Quoi de neuf à l'horizon? Rien. Les réalisateurs mettent en scène des films dit "sociaux" qui ne valent guère plus que ces téléfilms américains à thème (genre "dossiers de l'écran") que diffusait jadis M6 en après-midi: sans-papiers, port de la boukha en Afghanistan, adoption, misère du prolétariat, alcoolisme, confusion des sentiments et j'en passe... Le cinéma français se veut social et proche de la réalité du terrain. Privés d'audace narrative, nos réalisateurs pondent les films à thèse au kilomètre, arrivant à des conclusions édifiantes à la fin de leurs films: "C'est Con la Guerre", "C'est con la maladie", "C'est con la misère", "c'est con l'intolérance", "les histoires d'amour qui finissent mal, c'est triste", et "c'est con le racisme". Les scénarios ressemblent plus a des lettres d'enfants de 5 ans au Pére-Noel qu'à quoi que ce soit d'autre. La France est contre le cancer. C'est son seul programme et son seul vœu. Elle fait donc des films à l'avenant. Logique. Misérabiliste.

John Landis avec "American College" faisait dans les années 70 un film exclusivement sur des étudiants feignasses qui rotent et flatulent, en regardant sous la jupe des filles.  En cela, il réalisait un grand film social où TOUS les problèmes de cette période trouble sont abordés avec précision. Une photographie exacte et subjective de la société conservatrice de l'époque et de la lutte de la contre-culture ( cette lutte dont nous disons être issus). Le film de Landis est politique, social et humaniste, et va au plus profond de ces problèmes... sans jamais en parler ouvertement une seule seconde.

Lecteur, choisis ton camp. Tavernier, Ken Loach, Téchiné, Almodovar, Kusturica,Moretti et Josée Dayan d'un côté. John Landis, Todd Solondz, Axel Cox et le  John Waters de "Hairpsray" et "Cecil B Demented" de l'autre. Un de ces deux groupes fait des films sociaux. Un de ces deux groupes fait des films sur la vie des "vraies gens". Un de ces deux groupes fait des films hilarants. Un de ces deux groupes fait du Cinéma. Sauras-tu reconnaître lequel?   

"American College" est vendu en ce moment neuf pour la moitié du prix d'un dvd de "Harry Potter".

Véridiquement vôtre,

Dr Devo

(chanson de la semaine: "Example #22" de Laurie Anderson)

 

 

 

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Vendredi 31 décembre 2004

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Filles et Garçons,

 

 

La sublime descente aux enfers se poursuit, dans le salon du Marquis (voir articles précédents sur la série Vendredi 13, et les très justes commentaires du-dit Marquis). Les épisodes des multiples vies de Jason Voorhees se suivent, se ressemblent ou ne ressemblent pas. De plus en plus, le voyage documentaire, cinéphilique et journalistique dans les eaux sanglantes de Crystal Lake se transforme en voyage au cœur des ténèbres. Le marquis et moi regardons les plans qui se sont pris dans les filets de notre frêle embarcation. Au fur et à mesure de la pêche, nous observons en contre-bas les filets qui remontent, avec une anxiété grandissante. Voyage au cœur des ténèbres dans des eaux familières qu'à l'évidence il faut considérer chez nous. Chez Jason, c'est chez nous, de fait. Nous sommes des intrus autour du lac. Le vrai propriétaire masqué du lieu nous observe peut-être déjà à travers quelque branchage. Nous serons chassés? Possible, mais pas sûr. L'histoire de Crystal Lake est l'histoire réelle des USA (celle des indiens massacrés par le colon et qui reviennent se venger), l'histoire de la vie d'homme, homme chassé de l'enfance, l'histoire du Cinéma avec grand C, Puis l'histoire de notre cinéphilie et enfin Notre Histoire, que nul Alain Delon ou autres stars ne viendra polluer. Ici, dans le cœur de la plus noire Amérique (Amérique s'entend ici dans le sens de la chanson éponyme de Joe Dassin, c'est à dire dans le sens de "chez nous, en Amérique"; Amérique représente aussi ici le vrai territoire américain d'aujourd'hui et d'hier. Après tout Dassin Joe connaissait les USA, il sait de quoi il parle; on parle donc d'une Amérique réelle et intérieure dont, personnellement je place l'endroit réel dans le grand studio-piscine qui sert pour les scènes de natation nocturne dans le lac, véritable havre de repos, lieu de l'intimité et de l'acceptation de la mort. On se perd en forêt et on tombe dans les pièges de Jason. Le jour on se baigne pour rire dans le lac, sans arrières pensées (sauf le slip de Kevin Bacon) avec ses amis. Mais la nuit c'est différent. On ne s'y perd pas, on vient de son plein gré, seul, accepter la Mort et se recueillir. On se sacrifie.) Crystal Lake est un territoire sacré. Prévenus ou pas, ceux qui le foulent se soumettent ou meurent. Ici, c'est un chez nous mental où tout le monde est accepté, mais sous réserve d'anonymat social. Notre Histoire, oui. Sans un alain-delon, oui. Sans une nathalie-baye, oui. "Juste" des hommes et des femmes. Entrons ici, Jason Voorhees, avec notre cortège de fantômes. "Tu viens quand tu veux. Tu es ici chez toi". Parce qu'on a choisi de venir, nous sommes libres, et le cinéma, le vrai (et la vie la vraie), avec sa grammaire est ici. Il faut se débarrasser de tout pour comprendre le cinéma et nager dans l'onde camusienne de Crystal Lake. Crystal Lake, quel nom. Pas innocent une minute.

 Donc. "Vendredi 13 No3 (Meurtres en 3D). Drôle de film en vérité. Superbe expérience. Avec ce film, on constate une dégradation du scénario légère mais palpable, une diminution des qualités plastiques des jeunes acteurs. Et pourtant, on est en plein âge adulte de la saga.

 Le film a la bonne idée d'avoir été tourné en 3 dimensions. Chausse tes lunettes et tu verras Jason bondir sur toi, dans la salle de cinéma. Ça c'était les années 80. Le film a d'ailleurs  la réputation, sans doute  pas usurpée, d'être un des plus efficace dans ce procédé, et d'assez loin.

 La chose devient extraordinaire lorsqu'on découvre le film en dvd qui est édité en version plate, c'est à dire classiquement en 2D et sans lunettes à carreaux plastiques vert et rouge. Et c'est extraordinaire. Le film est en même temps, du coup, l'alcaténe de la série B et un film des plus expérimental. Grand public et expérience technique fondamentale su la grammaire du plan (son cadre et sa composition).

 Imaginez, si vous n'avez pas vu le film. Un film classique se passe en deux dimensions: la gauche et la droite. Ou plutôt en trois dimensions: gauche, droite et la profondeur de champs. Cette dernière est d'ailleurs très peu utilisée dans la majorité des films. Une honte. Mais ici, même en version plate, le film est en quatre dimensions : gauche, droite, profondeur de champs (fond de l'image) et... devant. L'image est faîte pour surgir vers le spectateur. Un personnage tend le bras ou vous avez l'impression qu'il essaie de vous attraper. Ça, c'est en salle. En dvd, c'est surréaliste. Privés de cette quatrième dimension, les personnages dans le plan font des choses que vous n'avez jamais vues au cinéma: ils s'avancent vers la caméra. Un nombre incalculable d'objets et de personnages dans ce film se penchent vers vous et se tournent vers la caméra, chose qui n'arrive  jamais dans les autres films. Du coup, tout est permis: une perche pour étendre le linge est tendue vers nous, un yo-yo en contre-plongée verticale nous arrive à la figure, un autre plan en plan douche sur du pop-corn en train d'éclore, etc... Et 1000 objets qui pendent au plafond dans la grange et la maison, et qui ont pour fonction de servir de repère, de référent entre la partie du décor en profondeur (fond du plan) et celle en avant du plan. C'est jouissif même si c'est très difficile à expliquer ici. Et complètement inattendu, car cela ne se fait jamais au cinéma. Ce procédé (filmer en 3d et éditer le film en plat en dvd) est unique et fait de ce film un chef-d’œuvre incontournable pour tout cinéphile qui se respecte.

 Un seul regret: on ne verra jamais la version 3D, la vraie, en relief. Il ne reste, parait-il, qu'une seule copie 35mm du film en version 3D, perdu quelque part à Toronto. What a shame.

 Dans le contenu, c'est du classique, de l'éprouvé, sauf qu'il n'y a pas de scène de plongeoir et qu'on voit très peu le lac. Jason commence à porter le masque de hockey qui l'a rendu célèbre. On compte quand même des Bikers (dont un noir, pour la première fois dans la série) et une jolie fin. L'héroïne survivante "tue" Jason qui s'écroule dans la grange (elle le tue après l'avoir pendu mais Jason a réussi à remonter la corde au-dessus de son cou!). Elle se dirige vers le lac où, comme dans le premier épisode, elle se glisse dans un canoë qu'elle laisse dériver et où elle s'endort (tu la sens la nuit du chasseur? Les victimes de Jason, ces grands ados, ne sont décidément pas complétement entrés dans l'âge adulte). Au petit jour, elle croit voir Jason à la fenêtre de la maison sur la rive. C'est bien lui. Il défonce la porte de la baraque. L'héroïne crie à qui mieux mieux. Quand, TOUT d'UN COUP, une femme extrêmement défigurée surgit de l'eau derrière le canoë et agresse la jeune fille. Reprise de la conclusion de Vendredi 13 No1. Oui, mais... On la reconnaît cette femme fantomatique c'est la mère de Jason (jouée par la "jextraoridinaire" Betsy Palmer, dois-je le rappeler?). Or pendant le film on a vu  bien que celle-ci ne peut pas être vivante: elle a été décapitée... Alors maladresse énorme? Rêve? réalité? Fondu au blanc, on ne le saura jamais sans doute.. Dernier plan, sur Crystal Lake. En plein midi. il n'y a personne. Il n'y a pas un bruit. Le spectateur attentif remarque une goutte d'eau qui tombe dans le lac, provoquant ainsi une onde. Générique. C'est sublime.

 

 

Expérimentalement Vôtre,

 Dr Devo

 

 

(chanson de la semaine : "Example #22" de Laurie Anderson.)

 

 

 

 

 

 

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Jeudi 30 décembre 2004

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Ladies and Gentlemen,

 

Il est difficile de résister à la tentation encyclopédiste d'ouvrir le coffret de la presque-intégrale "Vendredi 13", dont j'évoquais hier le numéro 1 (presque-intégrale car le premier n'est pas produit par Universal mais par Warner, et par voie de conséquence il est absent du coffret. Quant aux deux ou trois derniers de la série, ils sont publiés séparément). Appliquant le conseil que je vous donnais dans mon précédent article sur le sujet, et aidé par mon ami le Marquis qui avait disposé son intégrale complète bien en vu (car sa rigueur janséniste l'a évidemment poussé à acheter les dvds absents du coffret pour les raisons sus-nommées), je me suis donc vautré encore dans les eaux troubles de Crystal Lake en compagnie de Jason, notre touchant psychopathe, en regardant ce "Vendredi 13.2, le Tueur du Vendredi".

 

Le film démarre cinq ans après le premier épisode, toujours à Crystal Lake. Ça commence plutôt bien avec une séquence qui se focalise sur la seule survivante du No1. Allongée sur son lit, la jeune fille, encore hantée par le souvenir tenace de Jason Voorhees, fait un cauchemar, et c'est rien de le dire, qui la ramène aux sanglants événements qu'elle a connus. La séquence est doublement astucieuse. Tout d'abord à Steve Miner, qui avait réalisé le premier et rempile ici, de citer l'opus 1, larges extraits à l'appui, extraits qui résument presque dans son intégralité la fin de l'opus 1, dont je vous parlais avec délectation hier. Double-plus-bon donc, car c'était de loin la plus belle séquence avec superpositions d'images dans le même plan, avec ces superbes dialogues d'une emphase aussi embrouillée que surréaliste par Betsy Palmer (qui joue la mère complètement folle de Jason), le tout baignant dans un agréable sens du baroque. En plus, revoir cette Betsy Palmer est un délice dont on savoure chaque seconde. Petite star à l'époque (fin des années 70 pour le premier épisode), l'actrice avait accepté ce petit rôle dans ce film à budget modeste pour se payer une nouvelle bagnole. Des années après, le succès et la longévité de la série feront qu'elle aura acquis un statut culte UNIQUEMENT grâce à ces films qui ont éclipsé ses succès de jadis, de fort modeste facture, il faut bien le dire. En voilà une, donc, qui était star et qui a été sauvé de l'oubli par un cacheton! Jolie anecdote. Passons. Autre intérêt de cette séquence d'introduction, disais-je avant de grossièrement m'interrompre moi-même, le flash-back est superposé au sommeil de la pauvre survivante. N'importe quel tâcheron aurait fait s'endormir le personnage puis balancé le flash-back, avant de la faire se réveiller. Ou alors flash-back direct puis réveil. Là que nenni. L'artisan Steve Miner superpose et le sommeil du personnage et son cauchemar. Déjà, c'est très malin et très original du point de vue de la narration (le procédé est assez rare quand même). De plus, cette superposition est elle-même doublement étonnante car l'image de la fille en train de dormir et les images du flash-back se superposent dans le même plan. Vous suivez? Non bien sûr alors je résume: jusqu'ici double superposition narrative et visuelle. Mais ce n'est pas fini. Ce système de superposition double atteint la puissance 3 (au cube) car si vous vous souvenez du début de ce paragraphe, on revoit des images du Vendredi 13 No1 qui utilisaient déjà elle-mêmes des superpositions visuelles (d'images dans le même plan). C'est vraiment très gourmand et ça illustre parfaitement la spirale de la hantise: le souvenir de Jason hante l'héroïne à plusieurs niveaux plastiques et narratifs comme un jeu de miroir sans fin. C'est, par-dessus le marché un sans faute accompli avec brio sur le plan sémantique et je dis chapeau bas!

 

Ces délicieuses mignardises ne durent pas et dès la deuxième séquence (après quatre minutes de film donc!), retour à la normale. Nous suivons donc un groupe de jeunes monos qui s'apprêtent à organiser un camp de vacances non pas sur le site même de Crystal Lake, mais 20 ou 30 mètres plus loin. Ces monos sont tout à fait dans le style de l'épisode 1: beaux gosse (dont l'obligatoire mignonnet, blond bien sûr, et le beau brun ténébreux), belles jeunes filles dont la blonde héroïne (qui sort d'ailleurs avec le blond sus-mentionné, ça ne s'invente pas, c'est un métier!) qui a d'ailleurs un minois assez particulier mais que j'ai trouvé curieusement assez antipathique, sans que j'arrive vraiment à mettre le doigt dessus. En fait, je crois, de mon strict point de vue, que cette actrice est méchante. C'est comme ça. On trouve également, et c'est assez amusant, un handicapé en chaise roulante (beau gosse dont on apprend qu'il est d'ailleurs sexuellement actif, mais qui n'aura pas vraiment le temps de le prouver ; je signale d'ailleurs en passant que je parlerai de la sexualité dans la série Vendredi 13 dans un prochain article sur ce même site), dont on ne présume guère des chances qu'il a d'échapper à Jason. Déjà les victimes de ce dernier ont du mal à échapper, en courant partout comme des dératés, à son omniprésence, vous pensez bien que quand on voit le pauvre gars débarquer dans sa chaise, on esquisse un sourire un peu sadique je vous l'accorde. Il y a aussi un couple cool, formé par deux clones de Matt et Jenny qui auraient grandi. Et enfin le freaks-ringard-marginal-mais-sympa de service dans la personne d'un garçon qui, outre son comportement un peu navrant à base de blagues nulles comme l'oblige le scénario, a le bon goût de se balader du haut (près de 1.90 mètre je pense) de ses 30 kilos tout mouillés (là où les autres mecs sont tous des athlètes, of course) habillé en polo rayé ou chemise jaune à gros carreaux vichy, pataugas, chaussettes de montagne et tignasse (je vous le donne dans le mille) rousse! Bref, une belle brochette de victimes dans tous les sens du terme, tous très "charactérisés". Rien d'anormal bien au contraire (je crois que j'ai battu dans ces dernières phrases mon record de parenthèses, c'est cool).

 

Notons une chose. Les canons sont mis en place et c'est important pour voir la pertinence des variations qui seront apportées dans les épisodes suivant de la série. Ces canons sont: la caractérisation des personnages (on vient de le voir, tiens encore une parenthèse), le camp de vacances avec monos, le lac avec une scène de plongeoir dans les deux épisodes, le flash-back introductif reprenant le climax final de l'épisode précédent. Et Betsy Palmer, l'omniprésente mère de Jason dont on espère bien, même si on ne sait comment les scénaristes seraient capables de cet exploit, qu'elle apparaisse dans le flash-back introductif du troisième épisode. Le petit vieux, cinglé du village, qui avertit les jeunes imprudents de ne pas aller à Crystal Lake et leur conseille de rebrousser chemin. Là, nos héros doivent rigoler devant ce freak et, le vieillard doit prononcer la formule incantatoire (et génialement délicieuse car cette réplique est débile et l'acteur n'a rien à envier à la modestie du jeu de Betsy Palmer): "you're dooomed! You're dooooooooomed". Enfin, la dernière scène doit absolument montrer la survivante "tuer" Jason, puis  montrer que celle-ci rêve qu'il est encore vivant.

 

Quant au reste du film, c'est la gentille routine. Parmi les jeunes les couples se forment. Un d'eux essayera de faire l'amour avant d'être grossièrement interrompu par Jason (ou alors Jason exerce son art pendant le fumage de la post-cigarette!). J'entends un bruit de branche dans la forêt, j’ai très peur mais ouf, ce n'était rien. J'entends un bruit dans la forêt mais ouf, c'était juste la musique du film. J'entends un bruit dans la forêt, mais ouf, c'était machin qui me fait une blague avec un couteau en plastique. Tiens, je vais sortir faire un tour dans la forêt. Tiens, je vais aller me baigner au bord du lac (et bien sûr enlever mon maillot de bain). Tiens, je vais aller voir si la voiture démarre. Tiens, je vais aller changer les plombs qui ont sauté. Tiens, je vais aller couper du bois. Etc, etc.. Pendant ce temps, Jason les observe, les observe et les observe encore à travers les branchages. La routine, tranquille et assez agréable. Le charme de la série. Avec de temps en temps une bizarrerie de mise en scènes ou un léger bâillement. Dans les eux cas, ce n'est pas désagréable, bien au contraire. "C'est ça qu'on veut".

 

On note quand même, dans ce deuxième épisode, que le slip de bain très suspect de Kevin Bacon (voire précédent article) a disparu. Remplacé quand même, mais ouvertement contrairement à cet épisode du "slip", par une scène de parfumage où une actrice révèle, et par deux fois en plus, la plus improbable des façons de répandre son No5 (Chanel No5 hein, pas Vendredi 13 No5!!!). Le meurtre très étonnant du vieux cinglé (comment vont-ils faire dans l'épisode suivant pour avertir ces jeunes du danger qu'ils ignorent?). Et aussi, l'incroyable ouverture de porte par la dernière survivante, fourche à la main, bien décidée à embrocher Jason... La porte s'ouvre et on retrouve le petit chien Muffin qui s'était perdu dans la forêt au début du film, allusion bien involontaire au magicien d'Oz sans doute.

 

Vous en savez assez pour vous précipiter avec gourmandise sur ce joli dvd.

 

Ne me remerciez pas, c'est bien normal, je vous en prie.

 

 

 

Obligatoirement Vôtre,

 

Dr Devo

 

(chanson de la semaine : "Example #22" de Laurie Anderson)

 

 

 

 

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Mercredi 29 décembre 2004

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Garçons et Filles,

 

 

 

La période de Noël, c'est le repas trop lourd chez Mamie, après lequel on rentre chez soi, en voiture, en regardant tout barbouillé, la tête contre la vitre, les paysages qui défilent au dehors. Et sans neige en plus.

 

Mais, ce n'est pas que ça. En vacances pendant quelques jours dans les territoires les plus occidentaux de notre pays, c'est aussi pour moi l'occasion d'aller voir mon collègue Le Marquis, un homme d'un goût sûr et raffiné, qui à l'occasion de mes visites n'hésite pas à sortir les dernières trouvailles (ou expériences) de sa cave à films.

 

C'est par un de ces films que j'inaugure cette rubrique "Corpus Analogia" dans laquelle, je m'efforcerai de parler des films vus ou revus en dvd ou en cassette VHS. C'est à dire tout sauf les films vus en salle. Le programme va être chargé de bonnes et mauvaises choses, et je vous assure que le menu que nous a concocté le Marquis pour Noël est des plus copieux (avec quelques films que seul ce site peut perdre du temps à évoquer).

 

"Long Time Dead" est un film anglais très récent qui a la malchance de sortir de ce côté-ci de la Manche directement en vidéo. L'introduction démarre en 1979 au Maroc où un groupe de hippies fait une partie de ouija (des lettres sur une table avec un verre. On met tous le doigt sur le verre, celui-ci bouge et les esprits nous parlent. Du spiritisme en quelque sorte, comme dirait le Marquis). Ouija sanglant qui se terminera comme une sorte de match retour de la virée de Charles Manson à la villa Polanski. Mais tout ça, c'est bien loin, et on est jeune et on fait la fête. On picole un peu, on fait tourner les tables, et le ouija libère un affreux démon (un djinn, ce qui nous donnera une très belle scène de dictionnaire d'ailleurs, à la recherche d'une définition. Grande spécialité du cinéma américano-anglais qui donne souvent des scènes hilarantes, comme la version latine de Bruce Willis dans le "Sixième sens", très grande scène rendue culte aussi parce qu'on y voit Willis avec un dictionnaire). 

 

C'est pas malin les jeunes, ne font rien que prendre de l'ecstasy et libérer les Djinns. Notre petite bande n'a plus qu'à se tenir, car ils vont mourir un par un, victimes de la terrible vengeance du démon hippie. 

 

Je n'ai jamais rien eu contre les scénarios en forme de timbre-poste, bien sûr, car comme tout gentleman-cinématographeur qui se respecte, je sais que le cinéma, c'est pas des histoires, c'est de la mise en scène. Même si j'ai l’air de m'amuser avec l'histoire minimaliste de Long Time Dead. Reste que, à l'arrivée, on se trouve avec ce film, devant un objet techniquement sérieux (cadres et décors gentiment soignés, effort sur la photographie) qui marque toute la volonté de bien faire de son auteur. Les 20 premières minutes ressemblent à un remake de ce très bon petit thriller avec Sarah Polley, "Go". C'est la partie la plus mauvaise du film, et ensuite le rythme de croisière est rapidement atteint. Les affaires peuvent commencer. Les portes grincent, les bruits suspects envahissent la maison, les héroïnes entendent les murs prononcer leur nom. Le petit truc en plus consistant à ne rien voir, mais alors rien de la chose qui tue tous ces jeunes. Pas un mec avec un couteau, pas un monstre digital à l'horizon. Une position plutôt courageuse de la part du réalisateur. Mais à part cela, pas grand chose à se mettre sous la dent. Les acteurs essaient de se dépêtrer de l'histoire avec tout le sérieux possible. Ça fronce pas mal des sourcils, en toute bonne volonté. On retrouve d'ailleurs quelqu'un que j'adore : Lukas Haas. C'était le petit garçon du Witness de Peter Weir. Il a grandi depuis et c'est devenu un très bon acteur, bien trop rare, souvent employé en second rôle, et que je ne saurais trop vous conseiller en fils de Barbara Hershey et Bruce Willis (encore lui) dans le film "Breakfast of Champions" de Alan Rudolph. Un grand film d'ailleurs, complètement bouleversant.

 

Bref, Lukas Haas est là, avec sa drôle de caboche et c'est déjà ça. Le film déroule sa pelote sur un rythme régulier. Le film continue. Le film s'arrête. Je m'endors et j'y pense plus.

 

Le Marquis défendit la chose avec acharnement devant mes maigres critiques. Certes, c'est un ouvrage soigné mais absolument commun, et pas original, dont je reconnais volontiers que c'est mieux réalisé que la plupart des slashers, mieux tenu, plus sobre. C'est sans doute un exploit en soi. Il n'en reste pas moins que, sorti de ce contexte, le film est juste moyen et  nous laisse sur notre fin. Surtout à la vue d'une scène très réussie et découpée de manière plutôt originale: la scène ou la fille fume une clope dans les toilettes. On a déjà vu cette situation cent fois, et pourtant on est vraiment surpris par un joli rythme et un drôle de cadrage qui du coup font plutôt peur... et pester un peu aussi: pourquoi ne pas avoir fait tout le film de cette manière?

 

Vous reprendrez bien un loukoum, non?

 

 

 

Dr Devo

 

(Chanson de la semaine : "Example #22" de Laurie Anderson.) 

 

 

 

 

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Mardi 28 décembre 2004

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Jeunes filles, jeunes garçons,

 

Comme je vous le disais dans mon article de ce matin sur le film "Long Time Dead", le petit voyage familial de Noël sur les terres de mon enfance s'accompagne toujours de visites chez mon ami le Marquis, homme discret qui n'en possède pas moins une impressionnante collections de DVDs, de tout genre, toutes époques et tout pays. Le meilleur du cinéma mondial est ainsi archivé avec un éclectisme qui impose le respect, de Alain Resnais à Sandra Bullock, en passant par des continents inconnus des plus cinéphiles d'entre nous (je pense à ce très beau coffret sur le grand réalisateur brésilien José Majica Marins). Une étape dans cet antre du film vous comble de choix à chaque passage. S'ensuivent souvent de vives discussions de haute volée qui ne font que rehausser l'intérêt des films.

 

Sur ce site, je vous livre pensées et réflexions sur les films que je vois. L'actualité de ces pages est donc dictée par flâneries de cinéphile. Pourtant, avec cet article, je vais faire une exception. Exception qui, comme chaque élément de ce blog, est extrêmement justifiée et complètement pertinente. (A ce sujet, le lecteur attentif remarquera que les premiers paragraphes de mon article sur "Long Time Dead" qui pourtant n'évoquent pas le film, parle déjà de l'impression que m'a faite le film, peut-être bien plus que la critique elle-même d'ailleurs... Chapeau l'artiste!) Il me faut donc revenir sur un film que j'ai découvert pour la première fois cette année, mais bien avant la naissance de ce blog. Il s'agit de "Vendredi 13", premier du nom. J'en vois déjà qui applaudissent, et d'autres qui s'arrachent les cheveux. Même si ce film a plus fait pour la calvitie que pour l'Art brut, n'allez pas trop vite en besogne. Fermez les yeux. Il était une fois...

 

 

 

Une colonie de vacances située près d’un lac ré-ouvre ses portes après quelques années d’inactivité. Les monos arrivent sur place et mettent la main aux derniers petits travaux avant que le camp n’ouvre de nouveau ses portes. Très vite, les événements qui ensanglantèrent l’endroit refont surface et les monos disparaissent les un après les autres. L'ombre de Jason, l'enfant-martyr,tué accidentellement quelques années auparavant par des monos en charge d'enfants sur les bords du même lac de Crytal Lake, plane, et la nuit n'a pas révélé tous ses mystères...

 

Voici les mythiques débuts d’une série qui reste l'une des plus longues de l’histoire récente du cinéma. Tout cela est bien carré et paraît quelque peu suranné. Le film surfe complètement sur le succès de « Halloween », le premier chef-d’œuvre de John Carpenter, réalisé l’année précédente. Mais là où ce dernier se servait d’un scénario mince pour explorer une mise en scène riche et un montage superbe, Vendredi 13 se contente  d’être un  petit film de série sans fantaisie ni trait de génie. Les acteurs qui, à force de sur-jeu et de drôlerie involontaire, rendent l’ensemble sympathique, s’escrimant à rendre palpitante une narration forcément réchauffée (voir plus haut) ; tâche à laquelle ils échouent bien sûr. Reste quand même la « performance » de Betsy Palmer qui semble, dans ce film, avoir franchi le Mur du çon depuis longtemps. Elle est carrément hystérique, se lâche complètement, sans qu’on puisse dire que ce soit pour le meilleur ou pour le pire. Elle est complètement « improbable » aussi bien dans son jeu que dans son physique, phénomène dur à décrire mais qui mérite à lui seul le détour. Disons qu’elle est artistiquement au-delà du Bien et du Mal ! Rien que pour elle, il faut jeter un œil sur ce film. Sinon, quelques plans sympathiques (sans plus) dans quelques meurtres, et une dernière bobine un peu plus inspirée où on trouvera même quelques images en fondu plutôt réussies et baroques. Un film qui n’arrive pas à la cheville de son inspirateur, très très loin de là, et qui ne vaut ni tellement plus, ni tellement moins que les nombreux succédanés qu’il a inspirés. 

 

Il est quand même notable de voir l'attachement coupable que ce film provoque chez votre serviteur. Le Marquis, chez qui le phénomène d'attirance/culpabilité est encore plus marqué que chez moi (mais c'est un sanguin, et de sang bleu, qui plus est! Là où je suis et reste un scientifique), ne peut, au final, que sombrer dans un plaisir sans fin. Du caleçon de bain bien étrangement rempli et à l'affût de Kevin Bacon (scène du plongeoir... Mesdemoiselles à vos cassettes!) aux bizarreries sans fin de la séquence finale, il faut admettre qu'il est difficile de ne pas prendre de plaisir. Ces bizarreries multiples, ces errements gauches jusqu'à l'incompréhensible ne font-ils pas, après tout, ce que le cinéma a de plus précieux, ce qui rend son utilisation et sa grammaire le plus spécifique? N'est-ce pas là, dans les interstices de ce qui doit ou non se faire dans une oeuvre cinématographique, que réside ce qui fait le Cinéma dans ce qu'il a de plus profond ? Bizarre paradoxe, ma chère, mais paradoxe véridique.

 

L'adage focalien et "devoiste" principal est ici pour la première fois, et pas pour la dernière fois, croyez-moi, exprimé : une oeuvre cinématographique digne de ce nom n'existe que si  elle détruit le cinéma. Robbe-Grillet, Duras, Straub ou Jarman l'avaient déjà bien compris en leur temps. "Vendredi 13" en apporte la preuve.

 

Vautrons-nous.

 

Sincèrement,

 

Dr Devo

 

(chanson de la semaine : "Example #22" de Laurie Anderson)

 

 

 

 

 

 

 

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Mardi 28 décembre 2004

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Cher Public,

 

 

 

 

 

Avec quelques heures de retard je vous livre enfin la chanson de la semaine pour cette nouvelle semaine qui débute. Après William Shatner, on reste aux Etats-Unis avec la chanteuse auto-proclamée "minimaliste" (ceci dit c'est souvent vrai): Laurie Anderson. Jolie chanson très enlevée tirée de son premier album qu'on peut réécouter toujours avec grand plaisir.

 

 

Je vous rappelle que la chanson de la semaine est une invitation au voyage. Procurez-vous la chanson et passez-vous la jusqu'à dimanche, une fois par jour. Et laisser des commentaires... La première Chanson de la Semaine de l'histoire de ce blog, c'était William Shatner, la semaine dernière. Jeune blog, première fois que ce principe est appliqué, vous avez été j'en suis sûr un peu intimidés et n'avez laissé aucun commentaire. Allons allons. Ne faîtes pas votre timide et lancez-vous!

 

 

Je précise enfin que cet album de Laurie Anderson (qui s'appelle "Big Science") se trouve dans toutes les médiathèques de France.

 

 

 

 

 

Chaleureusement Vôtre,

 

 

Dr Devo.

 

 

 

 

 

 

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Lundi 27 décembre 2004

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Mesdames, Messieurs,

C'est une étrange figure qui vient visiter ce site au lendemain de réveillons trop gras et trop lourds. Mais qu'elle soit la bienvenue!

Entre donc ici Mireille Mathieu! Tu es ici chez toi, malgré, peut-être, les apparences.

C'est à la faveur d'un réveillon en tête-à-tête qu'une main malicieuse a glissé dans le mange-cd un disque de Mireille. Une discussion sur l'artiste a suivi, puis une analyse, puis une recherche sur le web, etc.. On sera surpris sans doute de retrouver la Mireille nationale sur ce site, à vocation culturelle, certes, mais plutôt iconoclaste. Et pourtant...

La figure de Mireille a acquis, pour les gens qui ont passé leur enfance dans les années 70 et 80, une patine fantômatique, débarrassée de presque toutes les scories ironiques qui ont forgé la caricature de l'artiste. Parce qu'elle est moins présente médiatiquement, bien qu'elle ne soit pas encore en retraite (et loin de là même: tournée en 2002, nouveau disque, tournée en 2005), Mireille draine dans son sillage un nombre important de fans qui suivent son travail, sans qu'elle ait à écumer (trop) les plateaux télé. Je ne peux pas me considérer comme un grand fan, ni comme un petit fan, mais quand même, à la suite d'un cadeau malicieux, là encore, au Noël 2003, je me suis retrouvé propriétaire d'un best-of, et donc oui, dans ma phonothèque, il y a du Mireille Mathieu!

Il fallait bien un article ici pour faire le point, non pas sur Mireille elle-même, mais sur le temps écoulé (retrouvé), et juger ou prendre parti pour l'artiste à l'aune des productions musicales populaires de ce nouveau siècle.

Que reste-t-il de l'écoute attentive de ce  best-of... D'abord, des chansons bien inégales. Les paroles sont ce qu'elles sont, mais musicalement c'est une autre paire de manches. On devine aisément le genre de musique et de performances que Mireille cherche. Des chansons tour à tour émouvantes ou enlevées, toutes prétextes à faire s'exprimer une voix qu'on est obligé de considérer comme puissante. Des mixages quelquefois maladroits la desservent. Les textes, des années après, l'enferment, certaines fois pour le meilleur, certaines fois pour le pire, dans son rôle de Chanteuse de la France. Ce qui est toujours un peu dérangeant.

Malgré tout, c'est la voix qui l'emporte. Bien sûr. Et pourquoi donc une admiration tranquille mais réelle pour cette chanteuse? Parce qu'elle est, je pense, le contraire pas évident, mais presque exact, des voix des ignobles musiques populaires française et internationales d'aujourd'hui. Cette voix est puissante, certes, mais contredit absolument les voix féminines de ces 20 dernières années. Lara Fabian, Céline Dion, Withney Houston, Isabelle Boulay et autres criardes que, pour le coup, je juge insupportables, et qui horripilent la moindre fibre de mon être délicat, ces voix aussi se veulent puissantes. Mais elles se situent bizarrement à l'opposé de celle de Mireille Mathieu. Le charme de Mireille, enfin de sa voix, c'est sa "droiture". Pas énormément d'ornements, pas grandes fioritures. La voix part droite, haute et claire, loin de toute minauderie R'n'B, cette horrible relecture de la musique soul, musique soul où justement, très souvent, les voix étaient brutes et claires, sans trilles excessifs, sans vibratos trop travaillés pour être honnêtes, et sans raille qui cherche à habiller d'une émotion feinte des textes et des musiques usés jusqu'à la corde et toujours plus indigents. Une horreur.

On constatera d'ailleurs qu'à la Star Academy où toutes les Stars passées se vendent sans vergogne, point de Mireille. On reprend tout et n'importe quoi (chanson du Roi Lion, Michel Sardou, Nino Ferrer, Gilbert Bécaud, Jacques Dutronc!), mais jamais une chanson de Mireille. Hasard? Je dis non. Mireille et sa voix droite portent une émotion qui ne passera que par le son brut, tenu et musical, souvent dénué d'intentions, et notamment d'intention de suprématie. On peut reprocher plein de choses à Mireille Mathieu, mais pas la franchise de sa voix, même si, de temps en temps, il lui arrive d'esquisser deux ou trois minauderies (en cultivant l'accent régional plein de "r" qui déboulent en cascade). D’ailleurs, c'est souvent là qu'on trouve ses chansons les moins passionnantes. Mais, en général, Mireille c'est quand même autre chose. On mesure en la comparant à la jeune génération ce qu'on a perdu, et on se retrouve devant cette dernière, à la vocation si évidement racoleuse, où chaque phrase se termine en vibrato immonde ou en modulation hasardeuse, on se retrouve, dis-je, comme le touriste perdu devant les vitrines des quartiers chauds de Amsterdam: "abasourdi" devant tant de vulgarité évidente pour le plus grand nombre.

On songera alors que la voix de Mme Mireille est curieusement, du point de vue technique, plus proche de celle d'une Björk que d'une Céline Dion. Une voix vieille France peut-être, mais élevée dans une culture musicale plus classique et plus rigoureuse. Certaines chansons de Mireille font maintenant sourire voire franchement rigoler (quelques textes ont prix un gros coup de vieux), c'est vrai, mais c'est aussi grâce à eux, ces vieux textes un peu rancis, que Mireille hante notre imaginaire lointain, et que quelque chose d'elle reste là, en filigrane.... Là où le cortège des brailleuses se perdra dans les cendres du temps, sans jamais tomber dans le ridicule, mais sans jamais décoller de la mare gluante de la médiocrité et de l'anonymat, la voix de Mireille restera.

Je nourris quelques gentils regrets face à son travail. On aimerait d'autres paroliers, quelquefois d'autres compositeurs. On rêverait presque à un artiste un peu fou pour trouver le petit coup de génie et lui proposer de faire autre chose, de faire dévier légèrement son créneau... Pour ma part, je lui propose de reprendre une chanson hors de son univers: "I Don't Believe a Word" de Motorhead, qu'on pourra, si cela semble trop violent ou moqueur, faire réarranger avec une orchestration différente (avec des cordes par exemple, et en gardant les guitares ; William Sheller ferait ça très bien!). Ou alors un album composé par Gérard Manset...Mireille, si tu nous entends, Chiche?

Sincèrement Vôtre,

Dr Devo.

(chanson de la semaine "I Can't Get Behind That" de William Shatner)

 

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Dimanche 26 décembre 2004

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Jouvenceaux, Jouvencelles,

 

 

 

 

 

Pendant que notre joli manifeste pour améliorer le cinéma mondial provoque de belles réactions (voir mon article d'il y a 2 jours, et lire les commentaires superbes que vous m'avez laissé...), et avant d'y revenir et de l'améliorer, offrons-nous un instant délicieux, pas très splendouillet mais délicieux, avec l'écrivain Enrique Vila-Matas dont je ne sais quasiment rien sinon qu'il est espagnol et vivant.

 

 

 

 

 

Le bonhomme avait déjà commis "Bartleby et Cie" , d'après le "Bartleby" de Herman Melville qui lui-même inspira un film de John Huston. Ce "Bartleby et Cie", dont je trouve qu'il est vraiment très chic (sans que je sache dire pourquoi) de prononcer la dernière voyelle "-bi" et non "-baille" comme tout gentleman phonétiquement éduqué le sait (je ferai un de ces quatre un article sur la phonétique des mots étrangers et français car ça me paraît intéressant), ce livre donc, que je n'ai pas lu dans son entier, est de fort bonne facture m'a-t-on dit de source sûre, à l'instar de son modèle Melvillien.

 

 

Je viens d'achever la lecture de "Etrange Façon de Vivre" de ce mystérieux Enrique Vila-Matas, et pendant la lecture je me réjouissais à l'avance du splendouillet article que j'allais pouvoir vous offrir sur ce blog, rêvant déjà à quelques formulations qui forceraient l'admiration de tous.  Mais, maintenant que nous sommes entre nous et que le livre a rejoint le rayon anorexique des livres "déjà-lus" de ma bibliothèque, et bien, maintenant  je fais moins le malin, et je ne sais vraiment pas 1) par où commencer, 2) comment faire passer le message.

 

 

 

 

 

"Etrange Façon de Vivre", raconte la journée, du réveil au pathétique repas du soir, d'un écrivain espagnol, bien occupé les autres jours de l'année à parachever sa fresque romanesque en trois tomes (il en est déjà au deuxième) sur les "gens d'en bas" qui composent l'univers de la rue et du quartier où il habite. Il ne s'intéresse donc qu'à ces petites gens, au destin souvent cruel, plus ou moins gentiment d'ailleurs, et cherche par cette trilogie à dépeindre une fresque lyrique MAIS réaliste. Le problème de la journée racontée dans ce roman, c'est qu'il doit faire le soir même une conférence sur "la structure mythique du héros". Et donc, il a la journée pour travailler son allocution. Le livre, à la première personne bien sûr, suit les divagations du personnage-auteur, à savoir la préparation (mentale uniquement!) de la conférence du soir, des réflexions sur sa vie de famille partagée entre sa femme dont on n'arrive pas vraiment à savoir s'il ne l'aime pas ou si elle l'agace seulement, son fils quasi-autiste qu'il n'aime pas et sa maîtresse. Le jour commence par son fils qui regarde le lustre dans la chambre de ses parents au réveil, chose exceptionnelle, car il ne regarde jamais les gens en face et s'obstine d'habitude à regarder de vagues points de fuite sur le sol. Suit le départ de sa femme  et de son fils, respectivement au travail et à l'école, départ au cours duquel ils feront tout, de façon tacite, pour marquer l'énervement qu'ils éprouvent devant la situation de notre héros écrivain qui lui passe ses journées à la maison. A peine ceux-ci partis, que le romancier découvre sous sa porte un mot de sa maîtresse, avec qui il a refusé récemment de partir pour toujours (si jamais elle en est capable, car c'est une maîtresse qui consomme beaucoup d'amants!). Elle lui apprend qu'elle sera là, ce soir à la conférence, et que simple spectatrice, elle ne dira rien, mais ce sera alors la dernière fois qu'il la verra pendant 5 ans. Cinq ans, c'est long, et notre écrivain désespéré, va orienter sa conférence afin qu'elle exprime, certes, son analyse littéraire, mais aussi qu'elle parle, tacitement, par sous-entendus, à sa fougueuse amante! Pour cela, c'est sûr, il faut envoyer balader la "structure mythologique du héros" pour la remplacer par une analyse  sur l'écrivain en tant qu'espion! (ouais, ouais, bien sûr!). Car, notre héros est un espion depuis toujours, un espion de la vie et un espion de lui-même, et il est persuadé qu'écrire c'est espionner.

 

 

Evidemment, il n'y a rien de pire que quelqu'un qui, pour parler d'un livre qu'il a lu, vous raconte l'histoire et rien que ça. C'est comme parler d'un film qu'en évoquant le scénario: ça n'a que peu d'intérêt. Oui, mais, d'un autre côté, le deuxième paragraphe de cet article vous donne une idée assez précise du style de Vila-Matas. C'est simple, il fait le contraire! C'est une écriture assez épurée, et même plus probablement triviale, pas tout à fait sèche. L'intérêt du livre est qu'il n'est quasiment pas réaliste ou naturaliste. On s'aperçoit très vite que les scènes se contaminent entre elle, et que certains éléments d'histoire voyagent allégrement d'un récit à un autre, à l'image du personnage de l'écrivain réel Graham Greene, qui fait une apparition dans ce livre, suivie bientôt d'une anecdote avec un dénommé Hugo Greene, personnage qui finit par devenir à la fin du livre, un autre personnage Hugo Boca ou quelque chose comme ça. Tout n'est que glissements, superpositions, divagations, pas seulement sur le thème des personnages, mais aussi dans les styles, les émotions qui contaminent sans cesse des chapelets d'histoires supposées être hermétiques entre elle. C'est le Double tapisse ce court roman en toile de fond, le hante et le transforme. Le summum étant atteint dans une scène en flash-back où l'auteur se souvient du jour où il a rencontré un espion véritable mais pas trop convaincant (qui explique d'ailleurs qu'il s'est fait virer de ses fonctions à vitesse grand V). L'homme passablement saoul raconte son parcours d'agent secret (et hop, histoire dans l'histoire) et le héros, surnommé Cyrano à cause de son énorme nez, commence à trouver, tout en écoutant le soulard, que le nez de celui-ci ressemble de plus en plus dangereusement au sien.. et ce, juste avant que le témoignage de l'ivrogne ne porte sur la terreur qu'a eu celui-ci en s'apercevant que la première personne qu'il devait espionner dans ses nouvelles fonctions lui ressemblait de plus en plus, allant jusqu'à porter les mêmes vêtements! Etc, etc... Jeu de poupées russes absurdes puisqu'elles ne s'emboîtent, très visiblement, pas les unes dans les autres et qu'on les force à le faire. Le flou envahit le roman. On apprend à la moitié du livre que la maîtresse du pauvre héros, cette maîtresse qui est le moteur même du livre (et de la conférence qu'il doit donner!) est la sœur de sa femme, élément qui aurait dû être dévoilé tout de suite dans un roman réaliste digne de ce nom! Evidement, ça change pas mal de choses... A moins que le statut de cette maîtresse n'ait changé en cours de route. Après tout, notre écrivain passe son temps, en prenant ses notes mentales pour la conférence, à fantasmer. Alors pourquoi son esprit tordu ne déformerait-il pas les données les plus objectivement vérifiables! Et lorsqu'on se rend compte que ce récit écrit à la première personne, est écrit bien des années après, on en viendrait presque à croire, comme le dit judicieusement le journaliste cité en quatrième de couverture, que cette conférence n'existe sans doute pas. Même si, au cours de celle-ci, la vie du romancier pourrait changer du tout au tout, son enjeu étant aussi de choisir entre sa femme et sa maîtresse !

 

 

 

 

 

Je m'aperçois que ces enchevêtrements de possibles rapprochent "Etrange Façon de Vivre" de son lointain cousin "La Reprise", dernier roman d'Alain Robbe-Grillet. Ce dernier est un baroque, et les deux styles sont, au final, différents. Rien à voir ici avec le maelström impressionniste du pape du Nouveau Roman (oh, l'originale périphrase! Où vais-je chercher tout ça?). Il y a même reprise (haha!)  complète du récit de l'espion, dont je parlais tout à l'heure, dans la scène du train de "La Reprise". Je suis bête, j'aurais dû y penser auparavant. Il y a bien sûr de multiples autres enjeux dans ce livre, et n'allez pas croire que je vous ai défloré l'essentiel de l'intrigue. Très loin de là. Estimez que vous n'avez entendu parler ici que d'un petit pour cent du roman. Car je n'ai pas parlé de la Sentimentalité, de la perte de la Foi, du Changement de style (opéré par le héros découvrant que le réalisme de ces livres est une impasse) qui sont les trois voûtes de ce roman... La richesse essentielle est encore intacte à l'intérieur de ces pages... Tout est à découvrir, et d'ailleurs je vous ai sans doute menti...

 

 

 

 

 

C'est en poche.

 

 

Il vous salue.

 

 

 

 

 

Dr Devo

 

 

(chanson de la semaine : "I Can't Get Behind That!" de William Shatner)

 

 

 

 

 

 

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Vendredi 24 décembre 2004

recommander publié dans : Ethicus Universalis

Messieurs, Mesdames,

 

 

 

 

 

J'apprends il y a quelques heures la mort de l'incontournable compositeur Didier Vasseur. Avec lui, c'est une des plus célèbres paires de petites mains inconnues du paysage audiovisuel français qui disparaît. Matière Focale assume son devoir. Hommage.

 

 

 

 

 

Parcours mystérieux que celui de Didier Vasseur. Petit ballotin rempli d'idées qui crapahuta (comment ça s'écrit? Ceux qui savent appuient sur "Commentaire") entre ses deux pays de cœur : la France et le Québec, avec la musique pour seul bagage. 

 

 

Certes, au Canada, il signe la musique du film "Blackout", dans les années 80, film d'action avec David Carradine, et grand classique VHS des vidéo-clubs de l'époque. Mais, c'est en France, que Vasseur fera le plus gros et le plus beau de sa carrière. Carrière qui commence dans les années 70 où il s'échine sur les partitions de films populaires. De cette période fertile on peut dégager deux grands axes. La comédie populaire de l'époque, souvent très sociale  dont un des plus beaux fleurons est "Y'a un Os dans la Moulinette" de Raoul André, film qui devait consolider le genre aussi bien au niveau du scénario, du casting et que de la musique. Genre qui sera à l'honneur jusqu'à la fin des années 80, genre qui fondera aussi, assez étonnement les bases du cinéma Art et essai d'aujourd'hui (il est étonnant d'ailleurs de comparer des films comme "Par Où T'es Entré? On T'a pas Vu Sortir!" avec le "Roi et Reine", film d'Arnaud Desplechin, sorti mercredi dernier). Et que serait tout ce pan de notre patrimoine sans la musique de Didier Vasseur qui fixa dans le marbre les canons du genre. Dans "Y'a un Os dans la Moulinette", que nous venons d'évoquer, que serait ce beau scénario, cette gracieuse mise en scène, cette phénoménale puissance  de feu et de jeu réunie de Michel  Galabru, Paul Preboist, Daniel Prévost, Henry Guibet et Darry Cowl ?

 

 

Il ne faut pas oublier, dans les années 70 toujours, l'énorme contribution de Didier Vasseur à la cinématographie érotique. C'est d'ailleurs là qu'il écrit sa première musique de film avec "Le Désir et la Volupté" de Julien Saint-Clair. Il composera aussi la mémorable partition de "Serre-Moi Contre Toi, J'ai Besoin de Caresses" de Jean Lévitte (c'est vraiment parfait), film aussi connu, dans certains pays francophones sous le titre "Avec Quoi tu Soulèves l'Edredon?".

 

 

Mais le gros et l'apogée de sa carrière sera quand même l'écriture pour la télévision, déjà esquissée dans les années 80, où on le retrouve co-auteur du générique de "Papa Poule". Sa carrière explose grâce à la TV pendant les années 90, même si on lui doit quelques incursions dans la comédie romantique à cette époque (notamment, pour mémoire, la musique de "Les Epoux Ripoux" avec Patsy Kensit et Mouss Diouff!). Les commandes s'enchaînent et il signera les musiques des plus grandes séries françaises: "Quai No1", "Julie Lescaut" et ce qui restera son chef-d'oeuvre, la musique de "Joséphine, Ange-Gardien".

 

 

C'est cette dernière mélodie, ce dernier thème, qui aujourd'hui, alors que nous apprenons sa disparition, à un certain âge, due à un certain accident ou à une certaine maladie, va continuer de nous hanter comme une petite voix venue du chœur des Anges, où Joséphine veille sûrement sur lui.

 

 

 

 

 

Repose en paix. Salut l'Artiste. Une place est libre à TF1.

 

 

 

 

 

 

 

 

Respectueusement Vôtre,

 

 

 

 

 

Dr Devo

 

 

(chanson de la semaine : "I Can't Get Behind That" de William Shatner)

 

 

 

 

 

 

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Jeudi 23 décembre 2004

recommander publié dans : De Profundis

Mesdemoiselles, Messieurs,

 Figurez-vous que je suis en train de préparer mon top 20 de l'année cinématographique qui s'achève, comme je le fais chaque année. On y reviendra car cela fera parti d'un prochain article.