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[Photo extraite de l'épisode 2 de LAÏKAPRK de Benoit Forgeard, qu'on retrouvera dans l'émission VISU (LE MAGAZINE DE TOUTES LES VISIONS dans la nuit du 1er au 2 janvier prochain sur France 2]

 

 

 

 

Chers Focaliens,
 
Profitons de cette jolie photo, parce que je suis de bonne humeur [le Pére-Noël m'a quand même envoyé un vinyle de SUICIDE, le premier semble-t-il avec le fameux GHOSTRIDER notamment, ainsi q'un de BRIAN JOHNSTON MASSACRE, groupe que j'ai bien sûr vu dans le documentaire DIG! mais que je ne connais pas (ça tombe donc très bien). Et c'est pas tout, car il faut ajouter à cela un maxi, toujours en vinyle de Divine, oui oui Divine , notre amie et celle de John Waters! Elle n'est pas belle la vie?]
 
Maintenant, c'est moi qui offre les cadeaux. Ou plutôt je n'offre rien mais je vous montre un beau magasin remplis de jouets et tous gratuits!
Peut-on encore faire un court-métrage avec des décors fait par ordinateur et qui soit quand même du cinéma? Peut-on faire du cinéma du réel (ce monstre) qui soit touchant, beau et précis mais surtout qui n'en ait pas du tout l'air? Existe-t-il un humour décalé en France, ou un humour qui ne ressemble à aucun autre? Avez-vous déjà pleuré sur une chanson de Chinchilla? Que faire des ouvriers licenciés de l'usine Lowerman? Madonna est-elle accessible à l'ouvrier, jsutement, ou celui-ci ne doit-il se contenter que de l'art pornographique?Et la politique? Vous connaissez le plus grand film politique de tous les temps? C'est un moyen métrage sidérant!! Et d'une drôlerie sublime!! Et surtout, vous aimeriez voir une vraie émission de cinéma à la télé?
 
A toutes ces questions je réponds, oui, ça existe et oui, vous le méritez! Car France 2, dans la nuit du 1 au 2 janvier à 01h00 du matin (techniquement mardi, psychologiquement lundi soir tard), repasse l'émission VISU, émission de télé sublimissime, vrai ovni, accident industriel unique. VISU c'est une espèce de carte blanche remplie de courts-métrages réalisés par Benoît Forgeard (le papa de LAÏKAPARK, souvent secondé par le mystérieux mais diabolique Michel Moisan) et ça se présente sous la forme hilarante d'une vraie ou fausse émission de cinéma absolument hilarante (l'émission s'appelle RETINES parc qu'elle est sponsorisée par une célèbre marque de lunettes!). Toute la poubelle du monde et toute la beauté du Monde sont dans cette vraie-fausse émission et dans les courts qu'elle contient. Et vous allez rire votre maman. Pour ma part, je vous conseille de l'enregistrer soigneusement, car après le bureau des pleurs sera fermé et je vous préviens, focaliens, VISU n'existe pas en dvd! C'est maintenant ou jamais! Beaucoup d'entre-vous étaient désespéré lors de la première diffusion il y a quelques mois! En tout cas, préparez aussi des mouchoirs en papier. Car pour ma part, j'ai pleuré trois fois d'émotion pendant VISU (pour ceux qui verront la chose: pendant la chanson de Chinchilla, pendant une des dernières interventions plateau, et pendant STEVE ANDRE qui à mes yeux est le seul film politique français).
 
 
Oui, c'est une rediffusion, "imposée par le CSA" me souffle-t-on, et nous avions déjà parler de VISU. JE vous laisse donc redécouvrir ou lire pour la première fois les articles et les photos que nous avions consacrées à VISU.
 
Pour lire l'article que nous avions consacré à VISU, LE MAGASINE DE TOUTES LES REGARDS (l'émission donc!): cliquez ici! Vous aurez le programme précis de la soirée.
 
Pour lire une interview surréaliste et sublime de Benoît Forgeard, réalisateur de VISU: cliquez ici! C'est une interview exclusive pour Matière Focale, faite par Michel Moisan, le célèbre critique québécois qui ici vous dévoilera son fameux "questionnaire des Michel" qui va remiser Proust définitivement au placard.
 
LAÏKAPRK est une série de deux courts-métrages qu'on retrouve aussi dans VISU et toujours réalisé par Benoît Forgeard. Nous en avions parlé à l'époque (avec de belles photos). Pour découvrir la chose: cliquez ici.
 
Enfin pour voir des extraits des films composant l'émission, sur le site de France 2: cliquez ici.
 
 
Voilà. J'espère que cette rediffusion sera l'occasion pour vous qui avez loupé la première, de découvrir ce merveilleux espace de liberté de deux heures que nous avait offert France 2. C’est peut-être la seule occasion de l'année, d'ouvrir son poste de télé! Quant aux gens qui travaillent dans le bizness de la diffusion dvd, je n'ai qu'une question: qu'attendez-vous pour sortir VISU en dvd?

 

 

Allez, je vous laisse lire tout ça et déjà vous marrez comme des baleines, et vous fait de grosses bises.

 

 

 
Urgemment Vôtre,
 

Dr Devo. 

 

 

 

 

 

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Mercredi 26 décembre 2007

recommander publié dans : Lucarnus Magica
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[de gauche à droite: Ken Loach, François Ozon (corde du haut), HHH, Lar Von Trier.]

 

 

 

Photographie par Mek-Ouyes.

 

 

 

 

 
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Lundi 24 décembre 2007

recommander publié dans : Photographies de Mek-Ouyes

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[Photo: "Autocollant, portrait d'une légende..." est un photo prise en 1987 à New-York, en hommage à Diane Arbus.]





 

 

Photographie par Mek-Ouyes.

 

 

 

 

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Dimanche 23 décembre 2007

recommander publié dans : Photographies de Mek-Ouyes
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[de gauche à droite: le tirage qui rend fou (interdit de publication en 1945, suite aux évenements de Malmö)]



 

Photographie par Mek-Ouyes.

 

 

 

 

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Samedi 22 décembre 2007

recommander publié dans : Photographies de Mek-Ouyes

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[Photo : "Over our heads" par Dr Devo d'après une photo de Jeanne Goupil dans NE NOUS DELIVREZ PAS DU MAL de Joël Séria]

 

 

 

Chers Focaliens,
 
Puisque nous avions évoqué PORNO HOLOCAUST, le film abyssal de Messieurs Mattei et D'Amato, on continue notre tour d'Europe des choses inconcevables, méconnues ou improbables en faisant une escale en France avec ce MAIS NE NOUS DÉLIVREZ PAS DU MAL réalisé par Joël Séria, réalisateur surtout connu pour avoir mis en scène les fameuses GALETTES DE PONT-AVEN, film extrêmement populaire mais que je n'ai jamais eu l'occasion de voir, curieusement, et qui fit aussi COMME LA LUNE (avec Marielle encore) que je n'ai jamais vu non plus mais dont j'ai toujours croisé des admirateurs peu nombreux mais fervents qui évoquaient la chose avec un regard humide et respectueux...
 
On en profite d’ailleurs pour prévenir le focalien distrait, pour qu’il n’achète pas n’importe quoi dans les trocantes, et notamment un petit slasher américain qui marche sur les plates bandes de SOUVIENS-TOI HALLOWEEN DERNIER et qui s’appelle je crois, DELIVRE-NOUS DU MAL (DEVIL’S PREY en V.O.), splendouillerie très anonyme et totalement ennuyeuse de Bradford May (un copain au réalisateur Jackson July, sans aucun doute, hihi !). Ces précautions étant prises, entrons dans le vif.
 
Les années 70, dans le département 4-9. Jeanne Goupil et Catherine Wagener, filles de bonne famille (Jeanne est quand même fille de comte et de comtesse !) passent leurs 16 ans dans une école religieuse où elle sont strictement éduquées par des Sœurs.  Sous leur apparence de jeunes filles irréprochables et intégrées, les deux filles inséparables mais solitaires (à l’écart du groupe) cachent un double jeu plus trouble. Fascinées, sans que l’on sache exactement le pourquoi de la chose, par la figure de Lucifer, ici envisagée au premier degré de manière assez simple, nos deux "héroïnes" sont en fait bien plus troubles qu’il n’y paraît. Très attachées à faire, mais en loucedé, ce qui ne se fait pas, elles passent leur temps à faire punir des camarades innocentes, à dénoncer les mœurs ambiguës de certaines sœurs et à manipuler leur monde sous le couvert de la plus pure intégrité. Enfermées dans une relation fusionnelle, elles recréent une réalité et un monde à elles, où règne l’inversion de toutes les valeurs. C’est une amitié des plus fortes qui unit les deux filles, amitié à laquelle se mêle une certaine sensualité, à la limite du saphisme (mais jamais saphique !).
Les deux "kindred spirit", toujours plus proches, toujours plus extrêmes, vont profiter de l’absence des parents de Jeanne pendant l’été pour ne pas perdre une minute l’une de l’autre. Elles passeront notamment leur temps à humilier les campagnards aux alentours, jouant des tours toujours plus vils, et dévoilant une nature mêlant une effronterie suprême et une insolence insaisissable. Elles préparent également une cérémonie sacrilège, un rite de passage inventé par elles dont les tenants et les aboutissants, un peu flous, pourraient faire craindre le pire…
 
Pour voir ce film, curieusement et malheureusement, il faudra semble-t-il, se procurer un DVD américain (en zone zéro, ceci dit, et donc lisible par nos lecteurs), quoique Mek-Ouyes, notre troublant photographe, me souffle à l’oreille qu’il a déjà vu la chose éditée en France mais en coffret uniquement. Ce coffret Joël Séria comprend, outre le film dont nous parlons aujourd’hui, LES GALETTES DE PONT-AVEN, COMME LA LUNE et CHARLIE ET SES DEUX NENETTES. C’est donc la collection U.S, bisseuse, exploitationniste  et fantastique Mondo Macabro qui nous propose cette édition, et on se demande bien pourquoi, à l’heure où énormément de films de genre européens ont l’honneur d’éditons DVD, souvent assez belles, comme chez Néo Publishing, pourquoi, dis-je, MAIS NE NOUS DELIVREZ PAS DU MAL ne ressort pas en édition simple. L’appel aux distributeurs courageux, en tout cas, est lancé !!!
 
En tout cas, quel drôle d’expérience que ce film ! Si nous sommes sans doute influencés par le fait que le film dans son édition américaine est donc présenté dans une collection "de genre", il faut bien avouer que le film lui-même place le spectateur dans une drôle de position. Ça commence très franc du collier, en dansant sur un pied bien bizarre (pas belle cette expression… Je la laisse !), en développant une atmosphère assez viciée où se mêlent très ouvertement l’inversion des codes et la "sacrilégité" (ignoble, ce mot… J’aime bien !) des deux jeunes filles. On sent le fantastique qui approche, d’autant plus que la référence à Lucifer est très vite mise sur le tapis. Pourtant, les choses ne sont pas aussi simples que cela. Et pour cause ! Le film avance à un faux rythme certain (j’y reviens), et le fantastique (qu’on envisage un moment comme possiblement très terre à terre, un peu à l’italienne en quelque sorte) tarde vraiment. Nous sommes donc pris largement à contre-pied, par une atmosphère et un propos à la fois très étranges et totalement banals ! Cette vie, c’est aussi, curieusement, celle de la campagne, celle d’un quotidien sordidement normal. Le film, et c’est troublant, et c’est heureux, ne privilégie rien, et se contente assez joliment de décrire une atmosphère forte mais à deux teintes, sans prendre parti. Il s’en dégage un ton assez particulier et très marquant, dans lequel on s’immerge avec une belle force. Et là aussi d’étrange manière, puisque cette immersion dévoile la douce bizarrerie du projet, mais également les qualités de la mise en scène de Séria.
 
En effet, le film est prenant à cause d’une mise en scène assez particulière. Si les deux nuances de l’ambiance globale du film dont je viens de parler un peu, rappellent, de loin quand même, le cinéma de Jean Rollin (par ricochet en fait, et par analogie : c’est le mélange fantastique étrange et banalité assez belle du contexte qui fait penser à notre beau Jean Rollin, et je profite de ces lignes pour le saluer personnellement, en espérant qu’il soit toujours aussi en forme que lorsque nous nous étions rencontré jadis !), la comparaison s’arrête là, et le film de Séria s’arrache facilement de la masse pour jouir de sa pleine indépendance et de sa totale, c’est le plus beau compliment, incongruité. Pas de dialogues très écrits ici, enfin pas sur le mode littéraire, pas de surréalisme bien sûr. Séria arrive néanmoins, je le disais, à une certaine incongruité, ce que j’adore, et surtout il développe des stratégies intuitives, bizarrement lyriques par endroits,  qui ne finissent par ne ressembler qu’à lui.
C’est le montage qui frappe d’abord. Et c’est assez difficile à décrire. C’est en fait une question de rythme qui tend, et c’est une surprise, à placer le film sous le signe du slowburn. Bien qu’étant assez lent, le film paraît très rythmé, notamment par l’utilisation de plans quelquefois assez brefs qui contredisent un peu l’intuition que nous avions, nous spectateurs, que le film serait plus contemplatif. Séria trouve de belle manière une méthode qui lui permet de faire ceci avec une certaine élégance. Les déplacements des acteurs, et particulièrement des deux actrices principales, semblent avoir été assez pensés et très travaillés, ce qui donne un effet superbe et étrange car les deux comédiennes, justement, quoique jeunes, font preuve à d’autres endroits (intonations, mouvements non pas dans le plan cette fois, mais dans les mouvements et les gestes d’interprétation) d’une spontanéité, quelquefois délicieusement malicieuse et fabriquée, assez étonnante. Séria essaie autant que faire ce peut d’élargir son cadre, de limiter les gros plans (mais il y en a du coup assez beaux, je pense à certains plans sur les larmes de Jeanne Goupil), et de multiplier un peu les axes malgré l’évidente modestie du budget (qui ne gêne en aucune manière le film d’ailleurs, soit dit au passage). Ça et là, Séria utilise aussi des mouvements d’appareils assez discrets mais élégants. Le son est très immergent lui aussi. Non pas qu’il soit sophistiqué, loin de là. Tout d’abord, le réalisateur a bien investi son temps et son argent en demandant à Claude Germain et Dominique Ney (bonjour messieurs) de composer un thème qui rappelle sans se cacher les sombres mélodies du film de genre italien de l’époque (dans les films d’Argento, par exemple). Le thème qui n'a en tout et pour tout que deux variations, revient sans cesse et insuffle un peu de lyrisme dans des scènes qui du coup respirent à pleins poumons l’ambiguïté de ton du film. D’autre part, le film est construit sur un son assez simple, souvent post-synchronisé semble-t-il mais assez charmant. Là aussi, on est entre deux chaises. Côté photographie, c’est soigné et on sent un travail assez complice avec Marcel Combes (compagnon fidèle de Séria mais qui a aussi travaillé avec Mocky, Bénazéraf, ou Melville, et qui fut, à ma grande surprise car je comptais en parler dans cet article, le producteur de LA NUIT DE LA MORT, le beau film de Raphaël Delpard). Malgré là aussi une relative pauvreté de moyen, la photo reste toujours assez jolie, voire même assez belle, notamment lors des séquences de nuit, intérieures ou extérieures.
Bref, quasiment à tout les postes, et même si le film n’est pas spécialement virtuose, la chose est soignée et conserve, c’est assez surprenant, un côté à la fois choisi et lâche qui contribue largement au rythme étrange du film, et donc à son ambiance inattendue.
Là où le film marque des points, c’est dans le casting qui arrive à donner vie à ce projet avec un bel entrain. Catherine Wagener, la petite blonde au corps plus adolescent, est plus en retrait, aussi parce que le rôle le veut, mais compose avec force et une espièglerie forcée mais très dosée, son rôle. Elle est très bonne, et la différence qu’elle exprime par rapport à son amie marche absolument. Elle sait notamment déployer une vraie force physique lors des scènes d’agression qui est tout à fait judicieuse, qui colle bien au projet de ces scènes, et qui, du coup, est remarquable. La trouvaille immense du film c’est Jeanne Goupil qui d’ailleurs fera beaucoup de film par la suite avec Séria (son compagnon, semble-t-il). [Ne pas manquer sa courte interview dans les bonus de l’édition américaine où elle n’a rien perdu de son mordant. Et ce qu’elle dit sur l’importance de ce rôle dans sa carrière est à la fois bouleversant et malicieux, et même d’une franchise à couper le souffle, bien loin du maniérisme voire du snobisme tragique qu’ont les acteurs, connus ou pas, bons ou mauvais quand ils parlent avec préciosité de leur travail… Quiconque a déjà passé deux heures avec une actrice ou un acteur de cinéma voit exactement de quoi je parle ! En tout cas, chapeau bas Madame !] Goupil est simplement bouleversante ! Son corps, carrément plus adulte, et d’une sensualité et d’une beauté absolument renversantes, et je pèse mes mots, sert beaucoup le film. Mais c’est loin d’être une simple histoire de plastique. Goupil, avec une aisance et une malice, une gourmandise allais-je écrire, absolument étonnante, s’empare de son personnage avec force, en réussissant, et c’est là que c’est encore plus étonnant, à se glisser facilement dans l’étrange ton du film et dans la mise en scène de Séria. Il y a là une espèce de mix d’intuition au travail, et de servilité au projet qui est à tomber ! Le film lui doit énormément, et le contraste avec Catherine Wagener (contraste, et non pas opposition, vous le noterez) permet au film de trouver un puissant moteur pour entraîner tout le reste de la mécanique. Elle est à tomber, dans tous les sens du terme, et cette facilité à comprendre un projet pourtant assez difficile est ébouriffante ! Bravo, bravo bravo !!!! [Je pense à Wagener aussi en disant ça… Regardez bien son jeu dans la scène dans le champs, avec les vaches et le paysan… Plus que l’effronterie et la moquerie, il y a un travail aussi chez elle de composition, d’exagération précise et tout en calcul, vraiment remarquable.] Chez les seconds rôles, ça bosse aussi. On trouve notamment le célébrissime Michel Robin qui arrive à ne pas trop en faire malgré un rôle typé. Le casting n’est pas vraiment attaquable, de toute manière. Je note cependant que j’ai bien apprécié le Comte et la Comtesse (Jean-Pierre Helbert et Véronique Silver) ainsi que Marc Dudicourt dans le rôle de l’aumônier qui signe une scène superbe avec Jeanne Goupil. Notons enfin la présence de Bernard Dhérand, que je ne connaissais pas, et qui est un mélange étonnant de Michael Caine et Jeffrey Jones. Il est vraiment excellent en tout cas.
 
Enfin, le propos est stupéfiant, et je ne voudrais pas vous le dévoiler ici complètement. De l’insolence palpable  et de la cruauté toujours premier degré, de l’effronterie la plus irraisonnable des deux jeunes filles à leur détresse et à leur rébellion, noire comme un soleil, le film trace avec beaucoup de surprises, un parcours partagé et complètement inversé. Même si le film comporte énormément de morceaux de bravoure, c’est dans la séquence finale, magnifique de bout en bout, mais très rêche paradoxalement (totalement ultime et dont la soif d’absolu est assez bouleversante) que Séria délivre avec élégance et tristesse la clé bizarre, inconfortable mais malheureusement logique de son propos. Prisonnières d’une société qui n‘engendre que l’ennui [remarquez la beauté du dialogue à ce moment là, et aussi les occurrences de ce mot)  et son corollaire infect, la discipline, les héroïnes s’abreuvent dans leur magnifique soif d’absolu (ça vaut le coup de le redire) et dressent, intransigeantes, un doigt magnifique mais désespéré à la société "petite-bourgeoisiste" (au sens dalinien du terme « petit-bourgeoisisme », comme toujours sur ce site), dans un geste punk, magnifique et bouleversant, largement nourri aux deux mamelles insoumises que sont Baudelaire et Lautréamont, ici envisagé dans un sens totalement, et de manière juste enfin, anti-romantique. [Ce qui me pousse à  utiliser le mot punk !]
[Un truc étrange se passe d’ailleurs dans cette scène finale : d’abord le magnifique mouvement des deux personnages dans le plan où l’on voit les deux filles en plan large "après les événements", et aussi un mouvement que je n’ai pas compris, que je n’ai pas vu venir, mais assez beau lorsque la caméra remonte sur le rideau de scène… Je ne sais pas ce qui s’est passé, s’il y a eu un point de montage ou pas, et malheureusement je n’ai pas pu revoir ces deux plans et leur jonction… Mais c’est très incongru, et assez scotchant ! Il y aurait bien un faisan là-dessous !!!]
 
La force de Joël Séria, c’est d’avoir rendu avec tant de clarté et tant de franchise le parcours de ces deux jeunes filles, d’avoir empreint son film d’une pureté bancale et ambiguë, où le quotidien, le frôlement du fantastique, et quelquefois la drôlerie se mêlent. Bien que nous soyons touchés par les deux personnages avec une force très surprenante, on est scotché de constater qu’on les observe de près mais quand même de l’autre côté du bocal, et qu’elles restent même pour nous un peu inatteignables, ce qui renforce de manière bouleversante, l’immense sentiment de solitude, celle de l’individu face à une Société toujours immonde,  qui innerve chaque parcelle du film.
Même si MAIS NE NOUS DÉLIVREZ PAS DU MAL est très éloigné de ces films, il faut ranger cette bizarrerie généreuse mais intransigeante à côté d’autres "accidents" français de la même époque et là je pense à Jean Rollin, bien sûr, et aussi à l’étrange NUIT DE LA MORT. Ces précieux incidents de parcours francophone, hélas pas assez nombreux, méritent largement la redécouverte et surtout devrait connaître, si le monde était bien fait, une reconnaissance a posteriori qui me semblerait tout à fait légitime. Pour Noël, on pourra offrir cette galette importée, et malheureusement pas de notre Pont-Aven, au cinéphile sensible et passionné. En tout cas, il va falloir faire une place à Joël Séria dans le clan des réalisateurs qui ont pris des risques en France et qui ont totalement ou presque réussi leur projet incongru. Bravo Monsieur !
 
Absolument Vôtre,
 
Dr Devo.
 
Retrouvez d'autres articles sur d'autres films, en accédant à l'Index des Films Abordés : cliquez ici !
 

 

 

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Vendredi 21 décembre 2007

recommander publié dans : Corpus Analogia

jeannette.jpg
[de gauche à droite: pour votre bien]

 

Photographie par Mek-Ouyes.

 

 

 

 

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Mardi 18 décembre 2007

recommander publié dans : Photographies de Mek-Ouyes

frigo-bzh-mekouyes.jpg
[de gauche à droite: vie in-utero, enfance, adolescence, âge adulte.]

 

Je photographie tout frigo: contact.



Photographie par Mek-Ouyes.

 

 

 

 

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Lundi 17 décembre 2007

recommander publié dans : Photographies de Mek-Ouyes

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[de gauche à droite: obao liquid sky system, l'avenir, l'homme.]



Photographie par Mek-Ouyes.

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Dimanche 16 décembre 2007

recommander publié dans : Photographies de Mek-Ouyes

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[De gauche à droite: Yannick, Ségolène, Paul et les autres.]

 



Photographie par Mek-Ouyes.

 

 

 

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Samedi 15 décembre 2007

recommander publié dans : Photographies de Mek-Ouyes

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[Photo : "Misunderstanding All You See" par Mek-Ouyes.]

 

 

Chers Focaliens,
 
C'est un vendredi comme les autres, mais un peu plus et je le loupais, si j'ose dire. Entre deux lessives et des achats de vieux vinyles pour une bouchée de pain (dont un maxi de Cassandra Complex, et « Pornography » de The Cure dont je découvre avec émotion le premier morceau), j'aurais pu passer à côté, et pourtant, c'est aujourd'hui jour pour jour, et pour cause (rires) l'anniversaire de Matière Focale, troisième prise.
 
Trois ans de bons et loyaux services, pour le plaisir entier de la communauté. Je le dis à chaque fois, et ce malgré le rythme ralenti du site depuis quelques mois, c'est un plaisir d'être ici avec vous, chères lectrices, et si vous n'étiez pas nombreuses et si assidues, je pense que ces critiques auraient rejoint un quelconque carnet, puis seraient entassées dans un sous-sol humide. Ce qui n'est pas un scandale, me diriez-vous avec raison, mais cela me priverait du plaisir, de la joie et de la fierté de prendre cette mini-prise de risque qui est celle de celui qui s'expose sur la voie publique.
 
Ayant complètement oublié que nous étions arrivés à échéance, vous me pardonnerez de n'avoir rien préparé. Alors voilà, ce que je peux vous raconter aujourd'hui.
 
Cette semaine, je n'ai pas vu énormément de films, mais quand même CANNIBALIS (AU PAYS DE L'EXORCISME), semi-film de cannibales dont je n'ai vu que la moitié car je me suis endormi devant ! Pourtant, ce n'était pas si hideux que ça, voire assez marrant, et je peux d'ores et déjà vous dire qu'il y a un superbe point de montage (son), très poétique et sans doute involontaire, dans ces 45 premières minutes. J'y reviendrai quand j'aurais repris le film à zéro et vu la chose en entier, parce qu’ici, on le sait, on aime (éventuellement s'ennuyer) les films de cannibales.
Quelques étages au-dessous, j’ai vu aussi, mais avec moins de cannibales dedans, le débilissime et assez amusant  PORNO HOLOCAUST, film coquin mêlé de cinéma de genre fantastique, italien bien sûr, réalisé par Joe D'Amato (hey !!!), et, dit la légende, même co-réalisé officieusement par Bruno Mattei, le très improbable mais bougrement sympathique réalisateur du diptyque HORROR CANNIBAL dont nous avions parlé ici, et qui aussi un film de cannibales, c'est bien foutu. Si je vois PORNO HOLOCAUST c'est surtout à cause de l'intrigue qu'on m'avait racontée et qui était simplement irrésistible : un homme exposé à des matériaux radioactifs voit son corps muter et lorsqu'il se lance dans des aventures sexuelles, sa ou ses partenaires se transforment en zombies sous l'effet de sa mutante semence. Alors quand on me raconte ça, moi, le cœur sur la main, je dis : "file moi ça tout de suite".
Malheureusement, ce n’est pas du tout ça. Ça raconte plutôt comment le capitaine d'un bateau (un espèce de Matt Huston ahuri qu'il est urgent de dénoncer comme grande force comique de son temps : Mark Shannon, qui est aussi un des héros de LA NUIT ÉROTIQUE DES MORTS-VIVANTS du même D’Amato !) emmène une poignée de scientifiques, dont certains femelles, qui n'ont de cesse que d'explorer une île radioactivement exposée dans le passé ! Sexe et gore ? Ben oui, mais non. PORNO HOLOCAUST, film exceptionnellement long (110 minutes je crois), n'est pas vraiment fantastique et donc encore moins gore. Avant de voir la moindre créature, il faut quand même se taper, et c'est rien de le dire, 70 minutes sans monstre radioactif ni rien du tout, avant qu'un pauvre acteur maquillé par la vendeuse du shopy local (le film est tourné en République Dominicaine) ne débarque et ne commence vaguement à massacrer une partie du casting.

Mais alors, que faire pendant ce temps-là ? Bah, si vous êtes spectateurs, versez vous un verre de vin, picorez des rondelles de saucisson, fumez un bon cigare. Les pauvres acteurs, eux, essaient tant bien que mal de faire ce qu'indique leur contrat de travail. Sans doute déçus de ne pas jouer dans un film de sperme mutant zombiogène, nos intermittents ont bien du mal. D’Amato, lui, remplit son film de scènes de sexe, et techniquement pornographiques. Ce qui nous vaut des dialogues préliminaires assez marrants. Mark Shannon est le seul à faire la cour à l'ingénieur atomique femelle (et accessoirement comtesse ! Ah non, ça c'est la physicienne nucléaire !) qui deviendra sa compagne officielle dans le film : une scène de rencontre interminable, une scène de restaurant longuissime où nos deux acteurs préfèrent mâcher bien la nourriture et pas trop vite plutôt que de dire leurs phrases et enfin, après de longues minutes d'effort, Shannon annonce à Mademoiselle Nucle-clé-haire qu'il va lui faire voir un fabuleux spectacle ! Ils prennent la voiture (encore une minute de perdue) et arrivent sur la plage ! Ah, se dit-on, il sait y faire, l'ami Shannon. En effet, il emmène la donzelle voir le coucher de soleil ! Old school, le moustachu ! Il a même emmené du champagne et des gobelets en plastique. [Plus tard, sur la plage on verra que c'est du whisky JB, malgré ce que disait le dialogue !]  La fille arrive sur la plage et dit quasiment, oh oui c'est très beau, merci, on baise ? Et hop c'est parti... Tout le reste est aussi débile.

Restent donc les scènes de sexe, qui sont complètement hallucinantes. Tous les acteurs sont visiblement à côté de la plaque. Pour vous, Mesdames, je vous rassure, nos héros ne sont pas très dangereux, et surtout pas très vigoureux. Quelques dominicains prêtés par le Conseil Régional relèveront à peine mieux le dur défi, mais leurs caresses sont si dépourvues de bon sens  et tellement sous-exécutées, tellement factices, que la première scène de tricycle, et la seule d'ailleurs, devient un joyau comique. Nos deux vigoureux figurants font quelques gestes de massage sur la zone érogène la plus fabuleuse et la plus cachée de la Comtesse Radioactive : l'omoplate ! Sachez, jeunes gens focaliens encore peu à l'aise avec les choses de l'amour, que l'omoplate est la principale zone érogène chez la femme ! De toute façon, voilà qui a peu d'importance, nos deux mâles pensant visiblement à la liste des courses à faire à Shopy, justement, et consacrant plus d'afflux sanguins au cerveau en train de travailler à cette tâche de mémorisation qu'à l'approvisionnement par ce même liquide des corps caverneux pourtant bien utiles dans ces moments-là... Pendant ce temps la comtesse, visiblement très mal à l'aise de devoir tourner avec les deux indigènes, exécute les pires gourmandises bucco-génitales de l'histoire de l'ère industrielle. A-t-elle des lunettes dans la vie, l'actrice Annj Goren qui joue donc la comtesse ? Regrette-t-elle d'avoir toujours dit non aux propositions de films que lui a faites Bergman ? Visiblement déstabilisée en tout cas, elle a vraiment beaucoup de mal à emboucher les deux saxophones, pourtant barytons, qui s'offrent à elle, et loupe régulièrement les instruments de torture pour aller s'écraser le museau contre le nombril de ces partenaires...
Tout est comme ça, bercé par la musique hilarante de Nico Fidenco que je tiens absolument à trouver en vinyle (idée cadeau !). Pas n'importe qui, ce Fidenco, car il a signé des millions de B.O. de films de cet acabit, et aussi une chanson pour le 5X2 de François Ozon ! Et ça continue encore et encore, à grands coups de dialogues stupides. Tout le casting est soit complètement exténué (peu de vigueur chez les garçons, donc) ou alors très mal à l'aise. Il faut dire que l'île assez grande sur laquelle D'Amato a installé son équipe, vient juste, semble-t-il, d'être ravagée par un ouragan. C'est dégueulasse, il y a des troncs d'arbres déchiquetés partout, y compris dans la mer, et des débris à perte de vue. Et ce n'est pas pratique pour les galipettes. Dans la deuxième scène saphique, on souffre pour les actrices qui visiblement ne prennent aucun plaisir et pour cause : D'Amato les fait s'aimer sur un vieux tronc à la silhouette déchiquetée. Leurs popotins sont sûrement rabotés par le corps végétal en forme de scie, et ça doit faire très mal. Bref, ce n’est pas des conditions de travail pour un film porno, et PORNO HOLOCAUST, de par le désengagement de ses acteurs, devient, très largement, le film le moins érotique du monde. Du grand spectacle, à la tête duquel l'immense (et moustachu) Mark Shannon, visiblement absent, qui ne prend même pas la peine de mimer un quelconque plaisir, et qui dans deux plans sur trois arrive quand même à jeter un œil à la caméra et vers Joe D'Amato pour savoir s'il doit continuer ou si c'est dans la boîte ! [Cette proportion n'est absolument pas exagérée.] Dans la dernière ligne droite, et donc la partie avec des milliers de monstres radioactifs (ou alors un seul, je sais plus...), c'est là que le spectateur sera le plus sollicité. Les traversées de l'île sont inter et minables, d'une longueur hallucinante (avec un aller-retour pour rien !). Heureusement, la dernière séquence monumentale vient rattraper tout ça, mais je ne vous dis pas pourquoi : ce sera votre récompense ! Il y a quand même deux plans hallucinants de débilité, et tous les deux hilarants qui plus est.
 
Photo nulle, étalonnage surréaliste, acteurs à l'ouest, scénario stupide, scène de sexe exécutée sous prozac par une bande d'acteurs demi-impuissants, on est bien loin du soin qu'on peut trouver chez certains films italiens, même Z, CANNIBALIS... étant un très bon contre-exemple. Par contre, les jeux piteux sur le son (notamment dans les scènes de sexe), et la musique sont délicieux et contribuent très largement à donner une ambiance surréaliste à votre salon pendant une heure et cinquante minutes. Pendant le ¼ d'heure pénible aux 3000 allers-retours dans les 15 mêmes mètres-carré de jungle, profitez-en pour aller chercher des bières, aller aux toilettes, repasser une chemise ou appeler votre mère. À cette condition, et si vous n'êtes pas seuls pour être témoin de cet hallucinant spectacle, vous devriez bien rigoler.
 
Alors, il est pas beau mon cadeau d'anniversaire ?
 
En tout cas, merci à tous de votre fidélité, et bon anniversaire à vous !
 
Bisous !
 
Dr Devo.
 
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Vendredi 14 décembre 2007

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[Photo de Jean-Christophe Sanchez et Jean-Claude Bourret prise sur le tournage du film LA CONSPIRATION DE L'ENERGIE BRÛLANTE. Bientôt, une nouvelle photo du tournage du film. 
Article sur le film:
cliquez ici. Film-annonce du film: cliquez ici.
Photograhie par Mek-Ouyes]






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Mardi 11 décembre 2007

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[Photograhie â  de Jean-Claude Bourret prise sur le tournage du film LA CONSPIRATION DE L'ENERGIE BRÛLANTE. 
Bientôt, une nouvelle photo du tournage du film. Article sur le film:
cliquez ici. Film-annonce du film: cliquez ici.]
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Lundi 10 décembre 2007

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[Photo de Jean-Claude Bourret prise sur le tournage du film LA CONSPIRATION DE L'ENERGIE BRÛLANTE. Bientôt, une nouvelle photo du tournage du film. Article sur le film: cliquez ici. Film-annonce du film: cliquez ici.]
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Dimanche 9 décembre 2007

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[Photo: "Nothing can't come between us [Devo chez Elle]" par Dr Devo.]

 

 

 

Chers Focaliens,

 

Entre deux conseils des Ministres, trois missions à l'étranger et un emploi du temps profesionnel serré, je serais cet après-midi  avec grand plaisir sur l'antenne de Radio Campus Lille pour participer à l'émission Les Aventuriers Des Salles Obscures, sur le 106.6 de la bande FM.

 

Que ceux qui ne sont pas dans la région Nord-Pas de Calais se rassurent, ils peuvent écouter l'émission en direct sur le site de Radio Campus: c'est ici!

Que ceux qui travaillent ou qui ont plannifiés d'acheter du parfum hors de prix à leur belle-mère pour Noël dans des magasins surbondés, que ceux-là se rassurent aussi, car l'émission sera téléchargeable dés demain dimanche, et ce jusqu'au samedi suivant sur le site du Quotidien du Cinéma. Pour télécharger, archiver et remixer l'émission, il suffit de cliquer ici!

Et c'est une grosse semaine! Va sans doute y avoir pas pas mal de catch à Campus, car j'ai vu que du lourd, si j'ose dire, et je parlerais des films suivants: MY BLUEBERRY NIGHT de Wong Kar-Wai, LA NUIT NOUS APPARTIENT de James Gray, I'M NOT THERE de Todd Haynes, L'AUBERGE ROUGE de Gérard Krawczyk (ben quoi?), et COWBOY de Benoit Mariage. Voilà qui promet un session ecclectique et endiablée. Pour vous faire plaisir, j'essaierais de caser le mot "frangipane" à l'antenne.

En attendant, il vous salue bien bas, et vous souhaite un excellent week-end.

 


Rapidement Vôtre,

 

Dr Devo.

 

 

 

 

 

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Samedi 8 décembre 2007

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negativland-devo.jpg
[Photo : "La Liberté dans le Choix" par Dr Devo, d'après une photo du groupe Negativland.]

 

Chers Focaliens,
 
"Qu'est-ce que tu vas faire ?"
"Je vais enregistrer tous les bruits."
"Ah oui ?"
"Ben, tu sais, en fait, ici dans le quartier, on a pas des tonnes de bruits" (Non, nous non plus.)
"MMmmm, parce que euh..., bon, tu vois,  c'est que..., la grosse ville est pas tellement dans le coin (ah oui, bien sûr), et une fois par-ci par-là on entend quelqu'un qui tire quelques coups de feu dans le lointain, ou quelqu'un  qui shoote dans des boîtes en métal, ou des trucs dans le genre, mais c'est tout. C’est très calme."

"Hey, regarde, j'arrive !"
« Michael Jackson, regarde ce que tu as fait ! »
Michael Jackson...
(« Tu as mis de la boue sur ma robe avec ton vieux vélo »)
Paul McCartney

(« Oh mon dieu, Carole, ces tâches de boue ne partiront jamais »)
Bruce Springsteen

(« Oh, Jeanne, qu’est-ce que je vais faire ? »)
 Van Halen

(« Oh Carole, je suis tellement désolé ! Tu étais trop près… »)
 Tina Turner

(« Tu es désolé ? À quoi ça me sert ? »)
 David Bowie

(« Tu sais bien qu’en principe tu n’as pas le droit de faire du vélo à l’heure du repas. »)
Prince Madonna, Huey Lewis and the News, The Cars, Herbie Hancock, Bonnie Tyler, ZZ Top, "Weird" Al Yankovic, Cindy Lauper, Pink Floyd, The Pretenders, Billy Idol, Billy Joel, Elton John, Neil Young, Sheena Easton, John Lennon, The Alan Parson Project, Rick Springfield, The Rolling Stones, Pat Benatar, Hall and Oates, Adam Ant, Queen, John Cougar Mellencamp, Fleetwood Mac, Duran Duran, Police, Eurythmics, Culture Club dont Boy George, Kenny Rogers, Stewie Wonder, Julio Iglesias et Diana Ross, Donna Summer,  Dean Martin, Kiss.

Auxquels je pourrais ajouter quasiment toute la scène française, y compris l'immonde Nouvelle Scène Française, de Léo Ferré à la Star Ac'. Tous sauf qui d'ailleurs ? Ah si, peut-être, Guesh Patty ou Gérard Manset. Tous les autres, par contre...
I’M NOT THERE se désolidarise.  Ce film n’est pas sur Bob Dylan. Mais alors pas du tout, ou si peu. Ce film ne parle pas une seconde du Vietnam, et n’a aucun discours sur cette guerre, ou sur n'importe quelle guerre. Ce film n’est une métaphore d’aucune idée sociale ou politique concernant la musique et le Monde. Ce film n’est pas un biopic. Ce film est réaliste.
 
Par contre, I’M NOT THERE fonctionne en creux et  reliefs. Et évidemment, c’est dans le creux que ça se passe, le relief n’étant que la coquille de l’œuf. Dans l’œuf, il y a du gaz.

Ce qui en fait un film important, c’est qu’à aucun moment il ne renonce à être vraiment populaire, dans le sens cinématographique du terme. Les choses sont faites à l’envers (autopsie du personnage principal au bout de cinq minutes de film, c’est osé !), ou plutôt dans l’ordre exact, enfin.

Une des plus belle scène du film est curieusement un passage mettant en scène Richard Gere, pourchassant la Fidélité à cheval. Ce faisant, en la cherchant dans la forêt, il tombe en arrêt devant la vallée boisée en contrebas. On ne voit que des arbres, mais lui est fasciné par un détail. Il entend un bruit étrange. Quelques champs/contrechamps plus tard, on comprend. La lisière d’un groupe d’arbre avec le ciel lui rappelle la texture et la couleur d’images télé (des actualités sur la guerre pour être précis). Première chose sublime de cette scène : c’est le chromatisme et la texture de ces deux zones, haut des arbres et début de ciel, qui l’émeut et le bouleverse. Là où le critique malfaisant (c'est-à-dire 98,56% des critiques) verra, comme un idiot, un plan sur le Vietnam, et regardera le doigt plutôt que la lune, on comprend alors que c’est cette perception en elle-même et l’analogie "tuyau de poêle" à suivre qui est importante. Ce qui émeut le chanteur à ce moment-là, c’est la texture des déflagrations télévisées, ici donc évoquées par un bout d’arbre et de ciel, qu’il associe à quoi... ? À la guerre ? À l’époque troublée ? À son engagement supposé ? Non bien sûr. Qu’il associe à sa femme perdue, Charlotte Gainsbourg ! Les images télévisées dans le film parlent de Charlotte Gainsbourg ! Toutes ! Dans cette scène et dans toutes les scènes du film ! Le film ne parle pas des actualités de l’époque, elle parle de la femme de Richard Gere !
Comme si, en conclusion, Haynes voulait rappeler, enfin quelqu’un s’y colle, que l’Art est une question de découpage et de collages d’éléments disparates, formant un ensemble ultra-hétérogène, un ensemble de collages d’idées, associées par une pensée saugrenue.
 
De cette manière, on peut dire que le seul film qui mérite le titre "d’engagé" est vraiment I’M NOT THERE. Film important, et pesez ces mots que je dis dans un mouvement de mèches solennel, pesez ces mots que je ne dis jamais, I’M NOT THERE est un film extraordinaire pour des raisons… de fond !!!!!  Encore plus que de forme, presque. C’est le seul, ou un des très rares, enfin le seul peut-être, qui aborde le sujet ouvertement, qui travaille l’engagement et le travail artistique. D’un point de vue politique (au sens large), ce film est d’une intégrité sans faille, d’une dignité soufflante. L’art engagé est un mensonge. C’est un monstre sémantique. C’est comme les vaches à réactions, on peut dire ces mots, même dessiner ces vaches, mais ça ne veut rien dire. L’art documentaire est une horreur. Ce qui est dit dans le film est peut-être la seule forme possible d’engagement. L’imagination n’est rien, comme disait Duras, et c’est dit ici, dans le film, dans la belle dernière scène dans la voiture, avec ce contrechamps sur Bruce Greenwood qui arrive enfin, décalés d’environ 60 minutes avec le champ qui correspond. La morale possible du film est que cet artiste parle autant du Monde qui l’entoure que de pastèque ou d’astronaute ou de frangipane.
 
En ces temps qui glorifient l’art utile, le cinéma d’engagement, « qui apporte quelque chose » comme disent les spectateurs devant la caisse du cinéma ou au sortir de la salle, en ces temps où le moindre film se veut une thèse ou « un film sur… », I’M NOT THERE est un film sur les pastèques, et donc le seul film politique possible. À aucun moment, il n’accepte d’être récupéré par un quelconque message. Le film, et l’Art sont Création. Un assemblage quoi. Devant l’immonde  putasserie de tous les autres longs métrages, et devant l’immense putasserie des mondes du cinéma et de la musique, le personnage esquissé par Haynes est peut-être le seul à avoir les mains vraiment propres, le seul à ne pas avoir couché avec la rue (Kétanou, rajouterait Mr Mort !). Ce qui en fait un des plus beaux films politiques de toute l’histoire. Haynes prend le risque suprême et ne fléchit pas : il est seul sur des millions de personnes, il pense exactement le contraire de tous, il est en contradiction avec le monde entier. Et il continue de dire qu’il a raison.
 
Chapeau bas !
 
I’M NOT THERE, en gardant une forme totalement abstraite, est donc le seul film politiquement acceptable sur l’Art, et sans doute un des rares à oser un travail artistiquement valable au peuple des spectateurs. La forme est ouvertement lyrique et sensuelle. (Drôle aussi parfois).
Il reste de ce film un sentiment immense de solitude, provoquée par un regard perdu (celui de Gainsbourg) et aussi par un regard hasardeux trouvé (celui avec Greenwood). C’est parce qu’il refuse de se baigner dans le bain de pathos gluant de tous les autres films, que I’M NOT THERE est un des très grands films de ces dernières années. Au moins sur le fond.
On ne peut pas être concerné par l'Art et pour le Téléthon.

Dépêchez-vous cependant, car le film ne va pas rester à l’affiche plus d’une ou deux semaines.
 
Partiellement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
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Vendredi 7 décembre 2007

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[Photo prise sur le tournage du film LA CONSPIRATION DE L'ENERGIE BRÛLANTE. Bientôt, une nouvelle photo du tournage du film. Article sur le film: cliquez ici. Film-annonce du film: cliquez ici.]



Photographie de Mek-Ouyes.




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Jeudi 6 décembre 2007

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[Photo prise sur le tournage du film LA CONSPIRATION DE L'ENERGIE BRÛLANTE. Bientôt, une nouvelle photo du tournage du film. Article sur le film: cliquez ici. Film-annonce du film: cliquez ici.]


Photographie par Mek-Ouyes.

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Mercredi 5 décembre 2007

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[Photo : "L'Ami Argento (il prend toujours les virages au bon moment)" par Mek-Ouyes]

 

Chers Focaliens,

 

Salutations ! C'est dans la dernière ligne droite, alors que bientôt nous aurons changé d'année, que sortent les gros éléphants de la forêt, achevant ainsi la saison box-officieuse classique de l'art-et-essai. Coppola, Cronenberg, Todd Haynes (de nouveau bien vu et en odeur de sainteté, avec ses oscars et ses croissants, et son sujet sur Michael Jackson), James Gray, etc... C'est quand même du lourd.

 

Wong Kar-Wai. Mouais. Un cas intéressant. Ici, le bonhomme change son fusil d'épaule, ou plutôt change de calibre et s'en va aux USA tourner ce film, avec une équipe majoritairement anglo-saxonne. Mr Mort me disait au téléphone ce week-end, je cite, "c'est quand même plus franc qu'Almodovar qui convoque Hollywood en nous faisant croire qu'il est resté en Espagne", allusion au script-rewriting dont abuse le vieux Monsieur depuis quelques années en convoquant un scénariste hollywoodien pour structurer ses premiers jets de scénario. Je me devais de citer ce bon mot, vous comprenez...

 

Jude Law, triste nouvelle, est toujours beau, mais il tient un café, un "diner" plus exactement, quelque part dans un faubourg de New-York. Un établissement modeste, un peu vieillot mais tenu avec un soin maniaque par notre ami beau gosse. Doté d'une mémoire phénoménale (il est capable de souvenir d'un client des années après, en évoquant le menu qu'il a pris ce jour-là), Law rend aussi des services à sa clientèle en transmettant des messages notamment. Du coup, ce diner est un peu aussi le "collège des coeurs brisés". De temps en temps, un amant éconduit ou une femme au bord de la crise de nerf sentimentale viennent déposer un message ou les clés de l'appartement du futur ex-couple. C'est le cas de la jeune Norah Jones, une jeune fille qui vient rendre les clés de l'appartement de son ami qui l'a sûrement trompée. La rupture ne passe pas, Norah l'a en travers de la gorge. Quelques jours après avoir confié ses clés à Jude Law, elle repasse au diner pour voir si son futur-ex les a prises... Même pas ! Dégoûtée et en colère, elle confesse à Law son envie de parler. Les deux vont s'enfermer toute la nuit dans le diner pour papoter. Norah pleure, Norah rit et Norah goûte une très bonne tarte aux myrtilles, avant de s'endormir sur le comptoir et...
Quelques semaines plus tard, Jude Law est déçu : il n'a jamais revu la belle Norah. Pourtant il va avoir des nouvelles. Cette dernière, en effet, a décidé de traîner à droite et à gauche aux Etats-Unis, voyageant de ville en ville en trouvant des jobs de serveuse qui vont l'aider à s'acheter une voiture (c'est son rêve). Elle envoie régulièrement des cartes postales à Jude Law, lui confiant le récit de sa vie itinérante, et lui racontant notamment deux histoires (et autant de segments dans le film de Kar-Wai) : celle d'un policier alcoolique n'arrivant pas à faire le deuil de son mariage foiré, et celle d'une joueuse de poker professionnelle roublarde et fantasque...

 

Wong Kar-Wai, réalisateur loin d'être manchot, a donc choisi, et pourquoi pas d'ailleurs, le mini-exil pour réaliser cette histoire de voyages et de relations flirteuse à distance. C’est aux USA, en langue anglaise et avec des acteurs du cru qu'il monte ce projet.
Loin de se laisser manger par nos amis ricains, Wong garde le contrôle, et ce dès les premières images. Darius Khondji remplace assez docilement l'ami Christopher Doyle, certes, mais on reste dans le même modus operandi. La photo, grande vedette du film, est très léchouillée, dans des teintes bariolées et surcomposées qui rappellent aussi que Kar-Wai est, de ce point de vue, un grand maniériste. Finalement, on est assez proche des partis-pris esthétiques des anciens films du Monsieur, comme HAPPY TOGETHER, par exemple, au hasard, qui lui aussi avait une photo très marquée. Ici Khondji courbe l'échine et se soumet volontiers aux volontés de léchouillage de son réalisateur, semblant s'en donner à coeur joie en multipliant les jeux sur le grain (tiens, du grain dans la photo, ça faisait longtemps ! ça change un peu !), sur la colorimétrie presque tout le temps très soulignée, très artificielle. On notera notamment des effets très rentre-dedans lors des plans de transition ou de voyage, où les deux comparses n'y vont pas avec le dos du tractopelle. [Je note aussi un effet comique involontaire avec un changement d'axe dans la scène devant l'hôpital avec un effet de changement de filtre hénaurme !!!]

 

Sur le sujet lui-même, là aussi, Kar-Wai est assez fidèle. Le temps passe et les deux héros, Law et Jones, s'éloignent et se cherchent, cette dernière le shéharazidant des histoires vécues qu'on découvre en vraies fausses ellipses. La nuit magique, où du chagrin on est passé à l'humour puis à l'amour, est différée par la tribulation road-movesque de la jeune Jones qui raconte des histoires d'amours brisées. Law attend, cherche à joindre la jeune fille, tandis qu'elle choisit la carte postale comme moyen de communication unilatéral. Les deux grands amis seront-ils un jour amoureux ou amants ? En tout cas, Law l'observateur doit se contenter de devenir lecteur là où Jones prend sa vie en main et décide à son tour d'observer les autres, en essayant de capter cette douce odeur de l'amour, souvent déçu mais toujours fort, qui flotte dans les endroits où elle travaille. En se liant à des inconnus, elle finit petit à petit par se trouver elle-même, et paradoxalement plus elle s'éloigne plus elle renforce ce quelque chose d'indéfinissable qui la lie à Jude Law et sa tarte aux myrtilles !

 

Ça c'est le film sur le papier. C'est à dire côté scénario. Et c'est bien là le problème. On pourra reprocher à Kar-Wai, j'ai entendu ça, le côté mièvre et ultra fleur bleue de la chose, ce qui est sans doute vrai mais un peu injuste. On est quand même pas plus dans l'eau de rose ici que dans une classique comédie romantique à la Julia Roberts, comédies souvent assez stupides et infantilisantes. MY BLUEBERRY NIGHTS est une histoire de flirt très stylisée, qui s'inscrit presque dans un registre de conte (j'exagère un peu), c'est-à-dire de manière très artificielle au final. C'est un récit, une histoire racontée, rapportée, souvent symboliste, alors évidemment c'est composé.
Le problème n'est pas du tout là, et très vite, dans les premières minutes du film et la mise en place du jeu entre Law et Jones, on est terriblement mal à l'aise. Comme je l'ai dit, Kar-Wai n'y va pas avec le dos du bulldozer, et paf, d'emblée, nous envoie des plans ralentis à brûle-pourpoint (avec effets d'obturation), et des millions de couleurs chatoyantes ! Ce n’est pas du discret, c'est du franc. Fidèle à sa volonté de stylisation à l'extrême, presque fantastique et sûrement baroque en tout cas, notre ami hongkongais ne se contente pas de ça et multiplie les effets gourmands. Car c'est ça, son truc, c'est un gourmand. Les errances de Jones dans le diner sont très révélatrices de ce point de vue. Kar-Wai condense alors sa méthode à l'extrême. Vous observerez qu'il multiplie les  axes et les plans originaux, notamment en cadrant la rencontre des deux tourtereaux à travers la vitrine où les inscriptions jouent le rôle d'éléments graphiques perturbateurs et permettent le surcadre ! Gourmand ! Une autre fois il place la caméra devant la vitre dépolie d'un frigidaire. Law la nettoie, met du glassex et hop le plan devient clair ! Gourmand ! Et ça n'arrête pas !


Bah alors docteur, où est le problème ? Bah exactement là, chère lectrice. Ce n'est pas moi qui reprocherai à un réalisateur sa volonté de tenter des choses stylisées ou de goûter le baroque, loin de là. Mais ici, dès le départ, je ressens le malaise. En quelques minutes, on sent que c'est cuit. Et de manière très surprenante. Ainsi, bien que les plans soient malicieux, ils n'atteignent jamais une apesanteur un peu lyrique ; on voit une gourmandise puis une autre, puis encore une autre... et rien ne se passe. Deux raisons à cela. D’abord, le cadrage n'est pas beau. On est rarement surpris. Deuxièmement, les plans n'ont aucune conséquence entre eux, et paradoxalement, n'atteignent pas l'effet escompté : ils ne sont pas liés de manière significative (le montage ne dit rien, la collure entre deux plans n'évoque rien, ne propose pas de point de vue, bref n'est pas narratrice). Or, Kar-Wai n'arrive pas non plus à faire des suites de plans incongrus qui finiraient par trouver une logique inédite, il ne trouve pas un moyen d'expression qui raconte quelque chose à partir d'éléments disparates et hétérogènes. Bizarre, non ? Ce n'est ni l'un ni l'autre !

C'est quand même fort paradoxal. Je pense qu'il y a deux raisons à ça. La plus décevante, c'est l'incroyable pauvreté de la mise en scène. [Pour quelqu'un comme Wong Kar-Wai qui est quand même un gars qui s'est posé des questions de mise en scène. Par rapport à du Ariel Zeitoun ou du Moretti, c'est du Mozart ! Kar-Wai pratique quand même ici un sport qui appartient à la sphère cinéma !] Où est passé le Kar-Wai d'il n'y a pas si longtemps, et encore plus celui d'autrefois ? J'étais un peu fâché avec notre ami, mais ici c'est sans commune mesure avec ses précédents films, et encore plus les vieux métrages du bonhomme. Oui, c'est pauvre et pour une raison toute simple. Le film donne bien sûr sa part belle aux dialogues. Le film est un dialogue, les personnages n'arrêtent pas de se raconter. Et que se passe-t-il à l'écran ? Des couloirs immenses de champs/contrechamps ! Le film est quasiment fait en gros plans et en plans rapprochés ! Même dans certains plans gourmands, ça manque d'air. L'échelle de plans est pauvrissime. Alors évidemment, il peut multiplier les effets photographiques, Kar-Wai, ou les demi-gourmandises, sa mise en scène n'en reste pas moins bancale. Dans les moments importants (Rachel Weisz pleurant dans la rue, par exemple), il fait en général un plan plus large avec un petit effet (un travelling ici), mais c'est tout. Sinon c'est du cadre serré, coupé aux dialogues.... Comme 98,56% des "réalisateurs" !


Vous imaginez d'ici les dégâts chez un type comme Kar-Wai qui, justement, développe quand il est en forme des mises en scènes bien plus personnelles, et où le montage, les axes et l'échelle ont énormément d'importance. Ici, en serrant le cadre, Kar-Wai perd tout : il n'arrive plus à rendre l'image lyrique ou expressive (on étouffe littéralement de voir ces visages toujours de la même manière, sans voir les corps quasiment), il n'organise pas du tout de ce qui est dans le cadre, il bride ses acteurs qui n'ont plus que du texte à dire sans que les mouvements aient de l'importance, et encore plus il casse le rythme global du film en faisant un simple collage, une bande continue et sans heurts de plans qui se succèdent sans conséquence. Les effets de rupture sont impossibles, le rythme est monotone au sens strict (c'e