DEATH MASK, de Steve Latshaw (USA - 1995) : la vieillesse, quel naufrage...

Publié le par Dr Devo

(Photo : "Genre Mineur Publicité" par Le Marquis et Dr Devo)

Chères Focaliens, Chères Focaliennes,
 
Le salon du Marquis est rempli de merveilles étranges, et aussi d'autres choses qu'on aurait bien du mal à qualifier. On plonge avec délice dans la caverne d'hallalis, baba comme deux ronds de flancs devant les galettes qui s'empilent dans des perspectives vertigineuses. Hallali car parmi les films que j'eus à choisir, je fus attiré une fois de plus par le bas du classement, vers la dernière lettre de l'alphabet cinématographique, puis par cette région assez envoûtante, entre le bée et le z'aide, cette zone ténébreuse où l’on n'est jamais sûr d'être dans une zone ou dans l'autre. Au fond, ce qu'on fait, comme dans ces belles ambiances de planètes inconnues dans la SF des années 80, c'est de l'exploration, solitaire et méthodique.
Il y eut, le lendemain de la vision de PSYCHOCOP dont je vous parlais la dernière fois, une mini-polémique avec le Marquis. On a bien rigolé, mais quand même, c'était chiant, disait en substance le Marquis. Et moi, je suis tombé en esclavage, peut-être, comme disait le poète franco-décédé, mais je persiste et signe : c'était chiant, why not, mais c'était divin, bien plus.
C'est évidemment un film de non-événement, ou plutôt d'événement en forme de boucle répétitive, à la manière de la musique sublime et poubellesque du Drahomira Song Orchestra quelquefois (voir Juke-box à droite, désactivez l'option cross fader et faites surgir la chose en pop-up afin de pouvoir lire cet article en toute sérénité et en musique).
On fait plaisir au Marquis, et en fait, on se fait plaisir, en choisissant DEATH MASK, un classique des bacs à soldes de DVD acheté par le Marquis, encore une fois, pour 0.50 euros, et qu'on ne confondra pas avec l'audacieuse série B super-noire et hypra-sombre, DEATH BED, lui aussi classique des bacs à soldes, plutôt bon film chouchouté par le Marquis, qui finira sûrement par nous en parler un jour.
On se fait plaisir donc, car la vedette de DEATH MASK, c'est Linnea Quigley, très sympathique actrice que le Marquis adore par-dessus tout, même encore plus que Sandra Bullock, chose rare. C'est qu'elle est vraiment sympa, Linnea, et aussi, c'est une figure survivante et atypique du petit cinéma fantastique. Quigley, petite playmate et scream-queen du cinéma bis et B des années 80 à nos jours, est une grande copine de Fred Olen Ray, et de David De Coteau (dont on avait parlé ici pour son LEECHES), avec qui elle tourna CREEPOZOÏD, film très rigolo qu'elle alla même jusqu'à produire. Qu'elle en soit remerciée.
Etonnante, cette Madame Quigley, car, malgré les années et malgré les mutations du marché de la vidéo et du bis, elle n'a jamais cessé de tourner ! 87 films en 27 ans de carrière, c'est quand même pas mal. Elle ballade sa frimousse avec toujours la même énergie, l’œil pétillant, le plaisir ostentatoire et le bikini souvent en berne, dévoilant sa plastique de modèle avec une coquinerie assumée et bon enfant. [On avait mis une photo de la dame sur l'article de BATTLE ROYALE : allez jeter un œil.]
Bref, elle en a de l'énergie, elle en a de la passion. Une bonne femme très attachante, la Linnea, et surtout d'une humilité joyeuse qui la rend très attachante, en plus de sa fidélité au genre, et son "endurance" dans ce paysage mouvementé. Je pensais ce matin, en prenant mon café, à une comparaison qui m'a fait rire : c'est un peu la C.Jérome du cinéma bis, c'est-à-dire une fille qui ne pète pas plus haut que séant, bosseuse, très gentille, simple, et très populaire. Un personnage "gentil", au sens noble du terme.
Autre figure du cinéma également à l'affiche de ce DEAH MASK, mais plus discrète, l'acteur James Best, vieux papy routard (70 ans ici quand même), et qui a porté ce projet à bout de bras, car il est ici également scénariste et producteur aux côtés de sa femme Janeen ! Le bonhomme, célébrissime pour avoir joué le shérif Roscoe dans SHERIF, FAIS-MOI PEUR, la sérié télé, a un parcours de vétéran dans le métier, et ne raillez pas trop vite le bonhomme, qui a joué aussi bien dans des Anthony Mann que dans, par exemple, SHOCK CORRIDOR, le merveilleux classique de Samuel Fuller où il tenait l’un des rôles principaux !
DEATH MASK se passe dans le milieu de ce que les Anglo-saxons appellent les "carnivals", ces rassemblements d'attractions à mi-chemins entre la fête foraine et la foire. James Best est un des plus vieux "artistes" qui travaillent là. Il tient une attraction très bizarre : il sculpte des masques humains mortuaires, c'est-à-dire des visages de gens qui viennent de mourir. Les frissons sont garantis dans son attraction ! Malheureusement, cet art qu'il a hérité de son père, qui était clown dans le même "carnival", est méprisé par le public, qui ne voit dans sa tente d'attraction qu'une plaisanterie de mauvais goût, et surtout un très mauvais show. De fait, son attraction est la moins fréquentée du carnival, et Best a bien du mal à gagner son argent !
Quigley, elle, travaille dans une autre attraction, la fameuse foire aux monstres (où on peut voir de vrais-faux Elephant Men, des chèvres à trois têtes et autres bizarreries plus ou moins truquées de la Nature). Ancienne strip-teaseuse, elle officie en tant que danseuse lors du show du faux-mage en provenance soi-disant directe de Bagdad ! Alors que tout le monde méprise le vieux et ringard James Best, Linnea Quigley, elle, l'a à la bonne, et a une vraie tendresse pour cet homme en fin de carrière et de parcours.
Puisqu'il est désespéré et dépressif (il vient de se faire virer par le patron du carnival, fils du fondateur, qui trahit ainsi la promesse faite à son père de préserver l'attraction du graveur de masque mortuaire à vie), Linnea amène James Best voir une espèce de sorcière dans les bayous voisins. Celle-ci (l'étrange Brigitte Hill, dont ce rôle signe le début et la fin de carrière !) et Best passent un pacte étrange. Par sortilège, elle lui promet, en échange de sa vie et de son âme, de lui donner l'occasion de faire son plus grand chef-d’œuvre : le masque mortuaire le plus beau de tous, qui, une fois pour toute, sera considéré par tous comme une œuvre émouvante et sublime. Best accepte le deal, et repart de chez la sorcière gitane avec un bloc de bois tiré d'un arbre à pendus !
Quelques jours plus tard, le masque (assez piteux en fait, budget ridicule du film oblige !) est terminé et, effectivement, il force l'admiration de tous. Linnea est aux anges. Mais ce masque révèle aussi sa malédiction : quand Best le porte à son visage, les gens qui fixent le masque dans les yeux meurent dans d'étranges et fantastiques souffrances ou accidents ! Peu à peu, le masque mortel vide l'esprit de James Best, qui refuse de s'en débarrasser bien qu'il se doute que son chef-d’œuvre de masque va semer la mort autour de lui...
On l'aura compris, c'est un bon petit canevas de série B classique. Si on trouve ce film souvent dans les bacs à soldes à moins de un euro (et curieusement avec une VO sous-titrée !), prix imbattable, on comprend très vite que le budget du film ne devait vraiment pas être beaucoup plus élevé !
Comme disait le marquis avant de voir le film, le réalisateur Steve Latshaw devait être déjà très jaloux du budget du film ZOLTAN, LE CHIEN SANGLANT DE DRACULA (beau titre !), production pourtant déjà très modeste. Il n'empêche, personne ne fait la tête et tout le monde s'accroche pour faire décoller, ou pour tenter de faire décoller, cette microscopique production, Linnea Quigley en tête, avec son énergie habituelle.
Côté mise en scène, comme disait le poète explosif et décédé lui aussi, c'est pas du Ronsard, c'est de l'Amerloque ! Ça sent le direct-to-video à plein nez, et on retrouve dans ce film le mélange typique de ce genre de productions modestes, à la fois "rentre-dedans" et "patine-dedans", deux forces antagonistes bien connues des amateurs. Pas beaucoup de choses remarquables donc, c'est du carré (ou plutôt du franco de porc) dans le cadrage comme dans le montage, toujours brinquebalants et de guingois, se dépatouillant comme ils peuvent, c'est-à-dire assez maladroitement. Les décors sont réduits au minimum, la direction artistique est maigrelette au possible. Et le tout est assez grandement bancal, donc. On est dans le domaine du plus que modeste, sans aucun doute. Malgré tout, un des postes de mise en scène est encore plus maladroit : il s'agit de la photographie, pleine d'ombres splendouillettes et étranges au résultat plus que douteux, même si de temps en temps, elle est relativement sympathique (dans le bayou par exemple). Les effets spéciaux se réduisent, eux, au minimum, réutilisant à qui mieux mieux un pauvre morphing. Bah, c'est souvent comme ça, ces mini-productions.
[On notera quand même deux bizarreries notoires qui donnent au film un aspect franchement bizarre : d'abord une ultra-splendouillette citation de PHANTOM OF THE PARADISE de Brian De Palma, dans le style "Ethiopie en pleine période de famine" ! Mon dieu ! Par contre, le pré-générique est complètement délicieux, et repose sur une idée complètement improbable, mais qui fait son effet, et qui est ce que le film aura de plus original. En effet, le film commence par un montage des principaux meurtres du film ! En une minute d'introduction, on voit absolument toutes les exécutions qui parsèmeront le métrage par la suite ! Là où d'habitude les films fantastiques essaient de distiller leurs effets et de créer la surprise, cette introduction, construite sur un montage très heurté et vif, lâche d'entrée toute la purée, dans un joli mouvement kamikaze, complètement étonnant et qui provoque assez facilement notre surprise. Je n'avais jamais vu ça ! [On notera d'ailleurs un ou deux effets de montage involontaires mais séduisants (le meurtre au samouraï) et surtout un montage différent de celui dans le corps principal du film, de la mort de la sorcière gitane, montage assez joli d'ailleurs (avec une superposition absente du film), bien que sans doute involontaire !]
Sinon, les acteurs jouent souvent à la truelle, pour notre plus grand plaisir. Les seconds rôles y vont tout en mâchoires et en roulements d'yeux sauvages, ce qui est complètement délicieux ! Talent ou pas, ils y vont à fond les gars ! James Best, acteur, scénariste et producteur, s'il a le rôle principal, ajoute une dimension pathétique à l'entreprise. Sans son argent, il n'y aurait pas eu de film, et du coup, c'est lui le patron. Le monsieur avait déjà 70 ans à l'époque, et sa présence décrédibilise pas mal l'histoire d'amour gériatrique (en un seul mot, comme dirait Desproges !) entre lui et Linnea Quigley, de 30 ans sa cadette, et dieu que ça se voit ! Sa présence et son jeu splendouillet, rural et very-old-school (je parle de Best), apportent un côté mal-foutu et pathétique au film, mais qui donne une étrange lueur, légèrement craspec, à l'histoire du film (la dernière chance d'un artiste ringard qui le mène vers la mort et la méchanceté) qui du coup s'incarne dans l'histoire et aussi dans les coulisses, Best paraissant être lui aussi ringard et usé dans le film, avec son jeu au tractopelle. Cette étrange incarnation par défaut des thèmes du film, qui en dit aussi long sur ses conditions de production que sur le scénario lui-même, est un peu pathétique, et nous gène un peu. Mais dans le même mouvement, elle donne une lueur légèrement bizarre au film, qui devient presque un témoignage sur Best, sur le thème "Comme si ! J'étais un acteur fini ! Comme si !", un peu comme un Gérard Le Normand, des années après, vient pleurer sur plateau de télé où tout lui dit qu'il est un vieux ringard, presque déjà mort ! Et cette façon de se mettre en valeur, lui le vieux croûton, face à Quigley, ici en début de quarantaine mais très bien conservée et pétillante (elle fait encore des scènes de douche sans rougir !) est un peu trop parlante, en quelque sorte !
Linnea Quigley est quant à elle très bonne, de très loin la plus douée du casting, et abat son jeu d'actrice sans prétention et avec sa malice légendaire. Elle donne du peps au projet, fidèle à elle-même, et rend ce métrage plus léger et bougrement sympathique. C'est une excellente occasion de découvrir cette belle et rigolote femme, au physique impeccable mais aussi étrange avec son faux air de Dominique Blanc mâtinée de Dorothée ! [Sauf que vous ne verrez jamais Dominique Blanc faire des scènes de douche !] Linnea est une actrice complètement BDS (explication du concept de personnalité BDS ici) , et bougrement sympathique, et vous verrez que la voir dans un film est toujours un moment bougrement agréable.
DEATH MASK est donc une petite série fauchée, à l'introduction étrange et iconoclaste, un poil bizarre à travers la figure un peu pathétique de James Best, mais largement sauvée par la positive attitude expérimentée de l'énergique Linnea Quigley. Ce qui fait que ce film est un divertissement légèrement ringard, mais complètement sympathique, du vrai cinéma d'exploitation ou de drive-in qui permet de passer une soirée, ma foi, fort agréable.
 
Sympathiquement Vôtre,
 
Dr Devo
 
PS : Je m'aperçois que j'ai oublié de vous dire que Quigley était la jolie punkette du RETOUR DES MORTS-VIVANTS !
 
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Publié dans Corpus Analogia

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dose letale 16/10/2005 16:49

a quand le pandule de foucault en CINEMASCOPE???

Le Marquis 16/10/2005 15:21

Ghost Planet = LES 1001 MERVEILLES DE L'UNIVERS : pas mal du tout !

Bertrand 16/10/2005 02:58

C'est pas trop trop dégueu. Mais il faut dire que le dvd se limite, comme bien souvent dans les bacs, à la VF, ce qui diminue certaines petites choses pourtant parfois agréablement drôle. A noter tout de même la présence de l'acteur John Rhys-Davies (le prof dans la série Sliders! Voilà c'est ce titre que je n'avais plus en tête Doc Devo! Tu vas pas me dire que tu n'as jamais vu un épisode?! et accessoirement le nain Gimli chez Jackson), et c'est qu'il faut tout de même le voir, en moine du moyen-âge, se retrouvant dans un vaisseau spatial à essayer de vaincre la chose à grands coups de crucifix...
Ha et en regardant à nouveau la jaquette je viens de repérer un nom, et non des moindres! C'est Roland Emmerich (!) qui "present" le film...
Et dites vous bien que "les extraterrestres sont aussi des païens!" (avec une phrase pareille sur une jaquette Marquis je suis surpris que vous ne vous soyez pas laissé tenter). En tout cas sachez qu'à présent, grâce à vous et au Doc, j'apporte une attention immense et une curiosité exacerbée dés que je tombe sur des bacs à soldes. L'un de vous deux pourrait parler de ce film de SF franco-canadien (la ptite Julie Delpy nous faisant le plaisir d'être de la partie) rebaptisé avec le meilleur goût du monde et certainement pour sa carrière en bac: Ghost planet...

Le Marquis 16/10/2005 02:05

Salut Bertrand ! Et bien non, je n'ai pas vu LES CROISES DE L'ESPACE, que j'ai parfois croisés (!) dans les rayons. Qu'est-ce que ça vaut ?

Bertrand 16/10/2005 01:20

Doc, le Marquis ne détiendrait-il pas cette fameuse comédie monthy pythonesque de bac à soldes qu'est Les croisés de l'espace?...