PARANOID, de Ash Smith (USA-2000) et MOLLY, de John Duigan (USA-1999) : la crasse et le peu

Publié le par Dr Devo

(Photo  : "The star is a freak (c'est chic)" par Dr Devo, d'après une photo du film MOLLY de John Duigan)

Chères Focaliennes, Chers Focaliens,
 
Les soirées chez le Marquis se suivent avec un beau sens de l'illogique. Les galettes de DVD s'enchaînent à un rythme soutenu, et nous montons et descendons, quelquefois brutalement, dans le mille-feuille géologique des films de la dévédéthèque prestigieuse de l'aristocrate focalien. Dévédéthèque que j'estimais à tort l'autre jour à 800 volumes : Marquis me confirma qu'il estimait le nombre de ses dividis à 1700/1800 !
 
Tiens, encore un DVD à 0.50 centimes d'euros (d'occasion quand même !), et tiens, encore une histoire de séwieul guillaoh, genre épuisé à force de films, genre dont chaque détail semble être un code, genre fatiguant, usant, tuant ! Et pourtant, tu en regardes, me dit le Marquis, des slashers ! C'est quand même une sous-forme de films de sewieul-guillaoh. C'est vrai, tiens, j'avais pensé à ça.
 
En tout cas, mon absence hier m'a empêché de vous parler de L'ABATTOIR (USA-1987), et son tueur de cochons et d'hommes qui sent bon la ferme, mais qui n'est pas une bouse (et avec un générique hallucinant, qui vaut l'achat (1€ d'occasion) ; commercialisé sous le titre MANIAC, et donc à ne pas confondre avec le très beau film de William Lustig). Je n'ai pas pu vous parler non plus des GUERRIERS DU BRONX de Enzo G. Castellari (Italie-1982), sorte de croisement improbable mais vrai entre le NEW YORK 1997 de Carpenter, les films d'auto-défence bronsoniens, et le sous-MAD MAX, avec un héros bodybuildé pas tout à fait si hétérosexuel, malgré ses airs de gros dur, si j'ose dire. Film pas vraiment abouti, mais pas antipathique non plus, drôle parfois, et qui nous rappelle que bien souvent, dans les séries Z ou B de l'époque, même les plus fauchées, on éclairait drôlement bien le film, on tournait dans des scopes majestueux, et on cadrait avec goût (souvent, mais pas toujours).
Pas pu vous parler non plus de MEURTRE SANGLANT II (BLOODY MURDER II : CLOSING CAMP), film américain de 2003 réalisé par Rob Spera (bonjour Monsieur, au revoir monsieur) toujours à 1€ dans les bacs, et encore un slasher, ici sans VO sous-titrée, mais dans une bien sympathique version québécoise, très agréable. Une ou deux scènes réussies. Petite chose, mais agréable un samedi soir.
 
Voilà. Tout cela pour vous dire que, sans que je m'en rende compte, nous vîmes un nombre assez fou de films de sewial-guilleuhs, sans le savoir.
Nous avons encore vu un slasher hier. À 1.50 ou 2€ le DVD dans le bac à soldes, on peut se laisser tenter par PARANOÏD, de Ash Smith, bonjour bel inconnu. Réalisé en 2000 sur le territoire américain, on ne confondra pas ce film avec PARANOÏD, court-métrage éponyme également américain, et également réalisé en 2000, dont le scénario fut inspiré par Stephen King ("Le Maître des côtes d'agneau et de l'andouillette"), et on ne le confondra pas non plus avec PARANOÏD, long métrage également réalisé aux USA, également en 2000, mais avec Jessica Alba et réalisé par John Duigan, dont le hasard complet (et que je découvre en faisant cet article) fait que je vais vous parler du bonhomme dans quelques instants.
 
Pour l'instant, concentrons-nous sur le PARANOÏD qui nous intéresse, celui de Ash Smith. Film extrêmement modeste dans ces moyens, ce slasher des familles a la bonne idée de se passer dans un lycée américain d'une ville moyenne, où quelques années plus tôt, un sewial-guilleuh a sévi. Sarah Falls (l'étrange actrice Shanda Besler) a d'ailleurs perdu sa sœur dans ces tragiques événements. Sarah travaille aussi pour le journal municipal, dans les pages duquel elle s’illustre par des éditos à sensation. Lorsqu’un autre meurtre a lieu (un couple, bien sûr), Sarah rédige un article effrayant, dans lequel elle explique qu’elle voit là le retour du Tueur de Conscience, le fameux sewieul-guillah qui a sévi des années plus tôt et a tué sa sœur. L'article fait sensation et rappelle de mauvais souvenirs, et tout le monde regarde Sarah un peu de travers, surtout après que celle-ci et ses amis croisent la route, une nuit, du Tueur de Conscience lui-même. Notre héroïne échappe de peu à la Mort, mais la police refuse de croire qu'elle ait vu le vieux tueur masqué... Ils mettent donc cela sur le traumatisme psychologique qu'elle a subi dans le passé ! Autrement dit, ils la prennent pour une folle !
Scénario a priori très marqué par le genre, budget avoisinant le zéro, et tournage dans le Massachusetts, PARANOÏD n'a rien pour se distinguer du lot, surtout pas son affiche et son prix qui feront sûrement que lorsque vous croiserez la chose dans le bac à conneries de votre cash-converters local, vous ne penserez pas une seconde à la seule possibilité de pouvoir l'acheter. Et pourtant...
Le film de Ash Smith (qui depuis n'a rien fait, en dehors du scénario d'une série D (si je veux) avec Lee Majors et Michael Paré, pour vous dire l'état de misère dans lequel il doit être) est un OFNI assez étonnant, et nous nous regardâmes, le Marquis et moi, plusieurs fois pendant la séance, sur l'air du "Tu as vu ce que j'ai vu ?". Comme quoi, s'il fallait encore le prouver, faire un film ne se résume à écrire une histoire (ici complètement banale puisque totalement ancrée dans le genre le plus éculé). En effet, le traitement de PARANOÏD est des plus bizarres !
On a d'abord l'impression de voir un film qui, certes, nage en pleine épouvante adolescente (comme tout bon slasher), avec son tueur masqué avec grand couteau, mais dans une drôle de tonalité. Même dans les scènes banales (scènes de groupes, transitions, fêtes, amourettes, scènes dans le lycée), j'ai eu l'impression que la narration était très heurtée, un peu bordélique certes, mais surtout passant du coq à l’âne d'une étrange manière, quasi-poétique en fait. Les screameries du genre sont toujours très linéaires, au contraire. On est dans le cinéma de genre le plus codifié, et souvent le plus prévisible, et ces scénarios-là sont en général diaboliquement sur-explicatifs. C'est quasiment, là-aussi, une règle du genre. Pourtant, PARANOÏD se distingue jusqu'à faire un peu figure d'extraterrestre dans ce monde de codes. Comme je le disais, le découpage scénaristique est très heurté, complètement de guingois, et, encore une fois, fait rare dans ce genre, taille la part belle aux ellipses et non à l'explication outrancière ! Premier bon point donc de ce film qui, dans le ton, est plutôt étrange, et ô surprise, nous prend à contre-pied ! Bien.
La mise en scène fait avec les moyens du bord. Tourné en 4/3, distribution direct-to-video oblige, ça cadre à la hache, et c'est rempli de petits effets tapes à l’œil. Un peu pour faire "film de djeunz" sans doute. Et pourtant, ces effets, ajoutés au découpage narratif, deviennent au fur et à mesure assez troublants, voire efficaces dans certains cas, d'autant plus que du côté de la bande-son, quelquefois ostensiblement vulgaire (techno à trois balles, hard rock satrianesquo-mansonien), on trouve de jolies choses : des thèmes bizarres et iconoclastes, notamment celui, technoïde, joué à la contrebasse (!). Le reste du son est incroyablement stylisé et donne des ambiances bizarres et là aussi à contre-pied. Formellement, c'est dans ce son venu d'ailleurs que se situe le plus grand aboutissement du film.
Et puis, en plus des ellipses de plus en plus béantes et qui font du scénario un délicieux patchwork contenant plus de trous que de pleins, très régulièrement, on se retrouve face à des effets de montages extrêmement étranges, et de belles idées de mise en scène. On peut en citer quelques unes en vrac. Cette scène où Sarah analyse un indice, chez elle, inscrit sur un bout de papier. Habillée en T-shirt et caleçon, elle décide sortir de la maison (!), le bout de papier à la main (caméra subjective). Elle tombe alors sur son boyfriend, qui sort un couteau et la tue sans prévenir, à brûle pourpoint. Cut. Sarah se réveille dans sa voiture (???), ce n'était qu'un rêve, semble-t-il. Mais elle se réveille en voiture, en train de conduire !!! Elle passe alors devant une maison où le tueur vient de frapper. Contrechamp sur la voiture, où un couple de lycéen s'est fait tué. Autour de la voiture, les policiers et le FBI récoltent des indices, et prennent des photos, tandis que dans la voiture, le tueur est encore en train de tuer le couple de lycéens ! Comme si, dans le même plan, deux réalités temporelles (le meurtre et les investigations de la police après le meurtre) avaient lieu dans le même plan. C'est fabuleusement troublant et très poétique. Et le film est rempli de petites bizarreries dans le genre ! Miam miam. On note aussi une superbe séquence d'échappée de Sarah poursuivie par le tueur dans sa propre maison, et qui trouve une issue dans une utilisation complètement non-réaliste des décors, un peu comme l’Alice de Lewis Carroll !
Au final, ce film est vraiment étrange, rempli de bonnes idées. La fin du film est assez hallucinante. Ash Smith construit une séquence quasi-onirique qui va expliquer qui était le vrai tueur, mais nous laisse littéralement dans un trou noir et dans un cri horrible. Le réalisateur, à défaut de faire des images belles à couper le souffle, manque de moyen oblige sans doute, utilise à fond une histoire chahutée dans sa narration et de jolis effets de son qui, alliés à de belles idées de mise en scène, étonnent malgré le côté très brouillon, autant que bizarre, du tout ! Il est alors très dur de dire si Smith est un petit faiseur, ou un réalisateur passionnant en devenir. Le gars semble avoir quand même de vraies idées de cinéma, très iconoclastes, et on se dit que c'est bien intéressant pour un premier film. Que le deuxième, qui sera sans doute plus abouti, devrait être même passionnant s'il poursuit dans cette voie plutôt personnelle. Malheureusement, le manque de moyens de cette production se ressent aussi dans la minuscule distribution du film, et son accueil a été désastreux si j'en juge les commentaires des lecteurs sur imdb.com. Il est donc très probable qu'on n’ait pas de nouvelles de Ash Smith avant longtemps, voire jamais. Dommage, car on aurait bien voulu savoir si le petit gars pouvait transformer l'essai.
 
On a tous nos perversions. Le Marquis et moi prenons un plaisir masochiste, par exemple, à regarder régulièrement un épisode de JOSEPHINE, ANGE GARDIEN, la célèbre série avec Mimie Mathy. C'est nul, c'est grossier, mais on adore ça, et ça nous fait marrer comme des baleines. Le Marquis adore ABBA, par exemple. Il peut écouter de la musique industrielle des années 80, du jazz et du ABBA dans la même journée ! Va comprendre... Une des ses dernières obsessions est le film MOLLY, de John Duigan (que j'ai évoqué plus haut, à ma propre surprise). Je dois dire que les "tu verras, ça va être marrant" du Marquis m'ont fait maintes fois peur devant cette MOLLY qui sera sûrement tout ce que je déteste, c'est-à-dire un mélo larmoyant et manipulateur avec des acteurs en route vers les oscars, de la musique dégueulasse, etc. Et comme vous le savez, parmi tous les genres cinématographiques, il y en a deux que je trouve encore plus nuls que tout le reste : le film à costumes et le film de maladie.
Tous les films de maladie sont de grosses bouses. Sur la centaine que j'ai dû voir (maintenant, je les fuis comme la peste, pas la peine de se faire mal non plus), je n'en ai vu qu’un ou deux de regardables, dont le sublimissime LORENZO de George Miller, qui est un film fabuleux, mais qui est, peut-être plus encore, un film sur le raisonnement scientifique qu'un film de maladie. [D'ailleurs, LORENZO résout la dialectique des films de maladies classiques (pléonasme !) en 8 minutes, et avec une beauté subjuguante, là où les autres mettent 1h30 en recouvrant le métrage avec des immondices de bons sentiments qui puent la ferme, et des effets de mise en scène dignes de Leni Riefenstahl.]
Films laids à 99.96% des cas, et dont le contenu s'adresse aux plus faibles d'entre nous, le film de maladie est le terrain cinématographique le plus miné et le plus traître. Parce qu'ils sont faciles à faire et que se sont de véritables mines de fric à ciel ouvert, on se fait une joie d'en produire des millions, et Dieu sait qu’à moins d'une apocalypse nucléaire mondiale, on produira encore des films de maladie dans 3000 ans. Dieu merci, j'aurai rejoint mon créateur d'ici là.
Le Marquis s'était juré de me faire voir MOLLY. Et c'est marrant, car je lisais une réflexion très intéressante il y a peu, dans le livre SIVA de Philip K.Dick. Le narrateur de cette fiction (qui est K.Dick lui-même, et en même temps pas du tout, héhé !) explique que le masochisme n'existe pas, et que la notion "d’aimer avoir mal" est forcément et ontologiquement absurde. C'est un oxymoron. Une contradiction. Et pourtant, dit Dick, il semblerait qu'il y ait un petit maso enfoui en chacun de nous. Comment peut-on tous être masos, à plus ou moins grande échelle, alors que le concept de masochisme est ontologiquement une vue de l'esprit ? Héhéhé. En fait, quand on sait qu'on va affronter quelque chose de désagréable, de douloureux,  et qu'on va avoir mal à notre corps ou à notre cœur, ce n'est pas tant l'événement lui-même qui est insupportable, mais l'attente qui nous sépare du moment douloureux, et qui est source d'une épouvantable souffrance. Cette attente où nous sommes à la merci du temps, et où l’on ne peut plus rien contrôler, mais seulement s'asseoir et regarder les aiguilles de sa montre, est un moment absolument horrible, fondé sur notre impuissance, et infiniment, mais alors infiniment plus douloureuse que tout le reste, y compris l'événement ! Du coup, on préfère précipiter l'événement, le provoquer, courir vers lui, comme un petit maso. Mais en fait, nous ne le sommes pas. La punition et la souffrance de l'événement sont complètement bénignes à côté de l'attente, qui fait infiniment plus mal. On a donc choisi, sans s'en rendre compte, le moindre mal justement. Et aucun d'entre nous n'est masochiste.
Afin d'abréger mes souffrances, donc, je décide hier soir de voir MOLLY, film culte du Marquis !
Aaron Eckhart (qui jouera dans le prochain De Palma, mon dieu !) est publiciste. Il travaille pour une grosse boîte, et ça marche bien pour lui. Il vit dans un immense hangar lofté à 10,000€ par mois, où il rénove, le week-end, le grand voilier de ses rêves. Sa copine travaille dans la même boite que lui, et elle est très "jolie" (moi, je ne trouve pas, mais bon... Elizabeth Mitchell, pour ceux que ça intéresse), et donc tout va bien merci. Mais Aaron reçoit une lettre qui va tout bouleverser. L'institution qui s'occupait de sa sœur Molly (Elisabeth Shue) va fermer, après que le gouvernement américain ait décidé de ne plus subventionner l'établissement. C'est donc Aaron, son frère qui doit s'occuper d'elle. Et la tâche va être dure ! Molly a 28 ans (ce qui m'a fait rire, car il est évident que Elisabeth Shue est beaucoup plus âgée que son rôle, presque de dix ans), mais a le cerveau d'une enfant de trois ans. Elle ne parle quasiment pas, ne sait pas faire ses lacets, fait pipi dans sa culotte, aligne facilement d'épouvantables crises de nerf, etc. En fait, elle est autiste. Et la tâche sera rude pour Aaron : à cause de Molly, il perd successivement son job, sa copine et sa vie sociale... Il ne supporte plus de s'occuper de cette sœur débile qu'il connaît à peine, et accepte de faire participer Molly à un protocole expérimental sur la greffe de tissu cérébral, malgré le danger que cela peut représenter pour elle. L'expérience réussit et, très vite, Molly acquière la faculté de parler, de lire, d'être autonome, de faire des études, etc. Relevée partiellement de son anomalie génétique, Molly se révèle être une femme sensible et intelligente, et Aaron découvre sa sœur sous un jour nouveau. Elle devient quasiment indépendante...
Très vite, le réalisateur placera dans la bouche de son personnage principal la référence à l'ignoble RAIN MAN, histoire que la pilule passe mieux. En plus de leur médiocrité, les films de maladie se copient  les uns les autres, bien sûr.
Scénario à trois balles dont on devine l'issue trois mille kilomètres à l'avance ; répliques qu'on peut prononcer avant que les acteurs ne les disent tellement elles sont prévisibles (c'est arrivé deux fois pendant le visionnage de ce chef-d’œuvre), et bien sûr, manipulations et gazes lacrymogènes à tous les étages, MOLLY est intrinsèquement un film médium, c'est-à-dire moyen, réalisé pour faire le moins de vagues possible. Les larmes arrivent avec une régularité métronomique, les actes se déploient dans le ronron tranquille de la poétique aristotélicienne, et bien vite, on s'endort complètement, car, comme tous ses confrères, MOLLY ne pousse pas plus loin la réflexion que ce niveau-là : c'est con la maladie, et, attention, tenez-vous bien, c'est un scoop, tenez-vous mieux : la maladie ça fait souffrir ! Que nous dit de plus le film ? Rien, comme 99.96% des autres films de ce genre.
On a compris, MOLLY est fait, une fois de plus, pour les adultes qui ont refusé d'avoir un cerveau de leur âge et qui préfèrent celui d'un enfant de 5 ans. C'est un choix de vie. Evidemment, la production du film, assez luxueuse (beaucoup de décors, d'accessoires, lumière ultra-léchouillée, etc.), remplit complètement ses fonctions de carte postale. Voilà. Sinon, il ne se passe absolument rien. La musique, ignoble, est montée, sans doute, par un ancien officier nazi recruté ici pour sa rigueur scientifique et sa capacité à suivre les ordres. Et surtout, on est très embarrassé pour les acteurs.
Elizabeth Shue est une grande actrice, vue récemment dans un très beau second rôle dans MYSTERIOUS SKIN de Gregg Araki. On vous en avait également parlé à propos du beau LINK, où elle tenait la dragée haute à un Terence Stamp au mieux de sa forme. Cette fille a du talent, c'est évident, et comme beaucoup qui ont eu la chance d'avoir une adolescence dans les années 80 (défuntes à jamais et béantes dans nos cœurs), on garde pour Shue une tendresse réelle et particulière. Elle n'a sans doute pas eu la carrière qu'elle méritait et c'est bien dommage.
Et la voir gogoliser à fond les ballons, et probablement sous ecstasy, est une expérience pénible qui briserait le cœur des plus forts d'entre nous. Quel gâchis ! Shue, professionnelle jusqu'au bout, se soumet complètement au projet, avec une réelle énergie, mais ça n'évite pas le désastre et même le creuse en quelque sorte, dans la mesure ou justement on admire l'actrice, en général. Aucune scène ne rend, bien sûr,  justice à son talent, et un petit chapelet de séquences nous ferait même douter qu'on voit bien la même actrice que celle qu'on admirait jadis, tant elles atomisent l'aura de sympathie sincère qu'on porte à Shue en temps normal. Le film, en plus de la bêtise lénifiante qui semble, a posteriori (et j'insiste sur ce terme) intrinsèque au genre, réduit en miettes ("assassine" conviendrait mieux) complètement notre cœur et notre âme, pour nous plonger dans la plus totale (au sens politique du terme) et la plus glauque des ambiances.
Les autres font quelquefois gentiment leur travail (Jill Hennesy, ici dans le rôle usé jusqu'à la corde de la gentille doctoresse), ou alors se jettent avec la plus grande des condescendances, à l'image d’Aaron Eckhart, dans leur rôle. Ce dernier n'y va pas avec le dos du tractopelle, usant des effets les plus éculés, et sans vergogne en plus. Ses capacités de jeu sont de plus incroyablement limitées, du moins ici. Il faut le voir plisser des yeux et serrer ostensiblement les mâchoires dans telle ou telle scène, alors que son personnage est, sur le papier, censé broyé par le désespoir ! Une vraie horreur.
Evidemment, Le Marquis voue un culte à la chose. Toujours lucide (il sait le véritable niveau du film), il prend, lui, un malin plaisir à voir la guimauve s'étaler, et rit avec une belle malice de l'incroyable putasserie de la chose, en bon dévolutionniste. Le fait que Elisabeth Shue joue dans le film est pour lui une cerise sur le gâteau !
Et c'est sans doute le seul moyen de voir ce film.  Avec ce recul ironique. Pour ma part, je déteste ce genre où je n'ai jamais trouvé (à part LORENZO de George Miller donc, film émouvant mais qui a la puissance lyrique et intellectuelle d'un Ken Russel) une once d'expression cinématographique. Tous ces films de maladie ressemblent à d'immenses films de propagande, et sont intrinsèquement et cinématographiquement fascistes (j’ai dit cinématographiquement, hein ? On est bien d'accord, n'est-ce pas ?), et on ressort de cette éjaculation lacrymale, vraiment pornographique, complètement souillé, anéanti par la volonté ostensible des producteurs de rafler directement la mise en faisant les poches du grand public (ce genre de films marchent toujours). Et on est encore plus triste de voir Elisabeth Shue salie et obligée à faire ainsi le trottoir. Heureusement, depuis, elle s'est rattrapée (elle était formidable dans MYSTERIOUS SKIN), mais ce n'est pas demain la veille qu'elle trouvera, hélas, trois fois hélas, un grand premier rôle populaire où elle pourrait s'imposer aux yeux du grand public comme l'immense actrice qu'elle est.
Ironie du sort, ce film n'a décidément servi à rien, car aucun de ses participants n'a gagné d'oscar ! It's a shame !
 
Fidèlement Vôtre,
 
Dr Devo.
 
PS : On notera également l’extrême condescendance de MOLLY face au handicap. Le film, sous prétexte de charité chrétienne et de défense de la minorité, remplit surtout les poches de son producteur, et contribue, comme le Téléthon et autres « exploitations médiatiques » (le mot important de cette expression étant bien sûr exploitation), à faire que les handicapés restent complètement ostracisés, ce qui est pour le coup proprement inacceptable. On se reportera sur ces questions de handicap, et aussi de cinéma, à l’article que j’avais écrit sur le superbe FREAKSTARS 3000 de Christoph Schlingensief.
On s’étonne d’ailleurs de l’exceptionnelle putasserie et du voyeurisme de la séquence de 20 secondes où l’on voit, dans le film, de vrais enfants autistes ! Cela démontre complètement ce que je disais dans cet article et dans celui sur FREAKSTARS 3000. Il est évident, à la lecture de cette séquence, que les auteurs et les producteurs de MOLLY n’en ont strictement rien à faire des handicapés (cinématographiquement isolés et mis en apartheid par le film quand même, ce n’est pas rien), et qu’ils ne cherchent qu’à ramasser les sous du spectateur, et peut-être du Ministère de la Santé américain qui, à coup sûr, grâce à cette micro-séquence, a bien dû verser quelques subsides pour financer un peu le film ! Je ne sais pas si c’est un détail pour vous, mais pour moi, ça veut dire beaucoup !
 
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Publié dans Corpus Analogia

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Monsieur Cre 20/10/2005 11:34

Mon bon docteur, depuis le temps que tu nous en parles, il serait peut-être temps de faire un billet sur LORENZO

Baggins 19/10/2005 12:50

Super ton blog il y en a vraiment pour toutes les tendances cinematographiques

Dr Devo 19/10/2005 02:25

Cher A.robaze,

je vous prie de cesser et d'avoir pitié de mon âme. On sait que je fais avec le peu que mon cerveau (ou le bon dieu) m'ait donné.

Ayez pitié!

Cordialement,

Dr Devo.

le roi des aulnes 18/10/2005 21:39

tout çà n'vaut pas massacre a la "tronçonneuse".second degre à l'etat pur!

Le Marquis 18/10/2005 19:40

Sans parler de FORREST GUMP...