MATRIX de Andy et Larry Wachowski: cuisez le lapin!

Publié le par Le Marquis

Le succès et l’omniprésence du film Matrix à sa sortie en salles m’en a détourné, par snobisme peut-être, mais aussi parce que le peu qu’il m’avait été donné d’apercevoir m’avait paru assez insipide. C’est donc avec trois trains en retard que je lui ai offert une séance de rattrapage. En gros pour constater au générique de fin que ma première impression était la bonne. Tout arrive très tôt dans ce film. Une séquence avec effet « bullet time » à 3 minutes du début, la révélation de la nature virtuelle de notre réalité à 8 minutes (« ça t’es déjà arrivé de confondre rêve et réalité ? »); mais aussi la confirmation des rumeurs de plagiats divers et variés. Générique à la Mamoru Oshii, emprunts assumés au western, au film d’arts martiaux, au fantastique, à la science-fiction. La bouche de Keanu Reeves (complètement transparent et inexpressif) disparaît comme dans un des sketches de LA QUATRIEME DIMENSION (le film) par exemple. Curieusement, le film le plus copieusement pompé, DARK CITY d’Alex Proyas, était lui-même déjà une espèce de compilation de références (METROPOLIS, HELLRAISER, AKIRA…), c’était aussi un film qui marchait sur des béquilles malgré avec une plus grande inventivité que ces aventures de Neo au pays de l’intelligence artificielle. Car les frères Wachowski citent par là-dessus l’Alice de Lewis Carroll, et même le Magicien d’Oz, tant qu’à faire…

Le film peine du coup à trouver son identité, et va chercher son inspiration (en s’y enlisant) dans le film d’action bourrin, mâtiné de prétentions intellectuelles à deux balles. Les frères Vache-au-ski ne respirent pas franchement la modestie quand ils sombrent dans l’autosatisfaction sur la pseudo-originalité de leur script, ce qui ne contribue décidément pas à rendre le film sympathique. Des éléments dans la première partie sont pourtant parfois intéressants, mais, passé la première demi-heure, l’orientation du récit vers des séquences lourdement explicatives, ou pire, vers les ridicules séquences d’entraînement (STREETFIGHTER !!! où est Christophe Lambert ?), réduit trop vite le récit à une accumulation de morceaux de bravoure dissimulant mal un propos à la fois simpliste et confus. Problème : n’est pas Tarantino qui veut (d’ailleurs, Tarantino cite toujours les cinéastes qu’il pille, c’est un garçon bien élevé, lui), et les morceaux de bravoure en question se distinguent surtout par leur laideur visuelle. Le « bullet time », pas du tout créé pour MATRIX contrairement à ce qu’affirment les cinéastes (demandez donc ce qu’il en pense à Michel Gondry), est aussi laid qu’involontairement comique - il faut dire qu’avec toutes les parodies qu’il y a eu depuis, le film a déjà pris un vilain coup de vieux. Et comme Keanu Reeves est l’Elu - en gros une espèce de Superman cyber - je suppose qu’on a pas fini d’en bouffer dans les suites. En gros, MATRIX, c’est un film ambitieux, pas foncièrement déplaisant, pas très modeste non plus, plombé par des effets épate-con toutes les deux minutes, par une esthétique bien grasse (de la techno dès qu’on lève les poings, comme dans BEOWULF), par une narration inégale (très faible dans les dernières vingt minutes), un film totalement dénué d’originalité, poseur et visuellement pas du meilleur goût. On nage plus dans les eaux de SPIDERMAN que dans l’univers de Philip K.Dick. Je suis personnellement très, très modérément curieux de voir la suite de la carrière des deux frères – fâchés ?

 

Le Marquis

Publié dans Corpus Filmi

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Mélie 28/11/2007 15:28

Alors oui c'est vraiment que t'as rien compris a l'oeuvre matrix, il s'agit d'un homage tête de cul, un homage aux jeux vidéos, a la japanimation, aux comics, aux film de sabre chinois, aux super héros etc... pas du PLAGIAT!

Le Marquis 04/12/2007 22:10

Merci Mélie, tes arguments, ta courtoisie et ton orthographe m'ont pleinement convaincu : je n'ai pas aimé MATRIX parce que je ne l'ai pas compris, absolument. Et les frères W. ont toujours totalement assumé leurs emprunts, tout comme ils ont toujours tenu à bien préciser qu'ils n'étaient pas les concepteurs de l'effet bullet-time. Dali avait raison : Jésus, c'est du homage.

Guile21 19/10/2007 21:25

Je te trouve bien injuste Felmarg. Ton "et qui par consequent..." était de trop. Tu insinue que pour apprecier Matrix il faut ne pas avoir de culture cinematographique ou, encore mieux, que quelqu'un qui a une certaine culture cinematographique ne peux pas conscienment aimer Matrix. C'est une forme e pensée unique un peu sectaire. J'aime à penser que j'ai une certaine culture cinematographique et que je peux aimer toute sorte de films, et même des films passablement ratés sur le papier. Le meilleur exemple que je connaisse etant "Bad Boys 2" qui, je le crie haut et fort, est une bouse incroyable et que j'adore quand même tel un enfant autiste qui reste tout de même votre préféré.
J'ai vraiment beaucoup aimé Matrix, et ce en toute connaissance de cause du pillage organisé qu'il represente. Je ne polemiquerai pas deux heures à savoir qi c'est du pillage ou de l'inspiration, et on s'en fout. Cet etat de fait rend les Washowski trés venaux, orgeuiller, et tout et tout... mais vous m'excuserez si je préfère critiquer les films que les méthodes employées par les auteurs (Kubrick a failli rendre folle son actrice principale sur Shining, le film reste un chef-d'oeuvre quand même). Alors voilà Matrix est un canard boîteux car il vient d'un patchwork d'influences diverses, mais alors trés diverses, tant sur la forme que le fond. Le fait est qu'avec tout ses defauts, et son ostensible similitude avec Dark City (que j'adore aussi), le film propose quelque chose d'assez riche pour devenir interessant. La forme est elle maitrisée ? Pour combiner tout ses élements disparates, oui, je trouve que la narration est fluide, interesse, reveille, rafraichi. L'action asiatique, les effets speciaux de blockbuster SF, les nombreuses pistes philosophiques (même si elle ne sont jamais abouties et ne proposent que des axes de reflexion), une narration proche du jeu video (avec une quête initiatrice en sus), se marient tant bien que mal et, avec un minimum d'indulgence, on peux trouver de nombreuses qualités (personellement, aussi manichéin soit-il, j'aime à voir que tout le film se pose en dichotomies, la photographie du monde de la matrice et celle du monde réel se trouvant en juste opposition : c'etait un vrai regal pour moi). Et grand fan de Woo devant l'eternel, je n'ai pas eu de honte à aimer la sequence de sauvetage de Morpheus à la fin du film, aussi primaire cet enthousiasme soit-il.
Je pense que si l'on gratte un peu, oui, on trouve de grands defauts au film. Mais taper dessus systematiquement parce que c'est le blockbuster, ou parce que c'est le film que tout le monde aime, c'est une attitude puérile.
Mais excellente critique tout de même monsieur Le Marquis, bien construite et justifiée, ce qui n'est pas le cas de tout les avis negatifs que j'ai pu lire sur ce film.

PS : Dr Devo, vous restez sourd à mes appels. Que pensez vous de 99 francs. J'ai besoin de le savoir. J'en ai ecrit un article sur mon blog, mais par respect pour vous, je n'en ferai pas la pub ici. Vous avez mon mail en cas.

Felmarg 17/10/2007 11:10

Enfin quelqu'un qui à une culture cinématographique... et qui par conséquent pense la même chose que moi de ce 'film'... ça fait plaisir de pas être seul.

Bernard RAPP 16/06/2006 20:43

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Bernard RAPP 16/06/2006 20:42

Oui, aneffet, d'ailleurs, le roman originel était titré "Mastricht".