I, ROBOT, d’Alex Proyas (USA – 2004) : ouille, Will Smith.

Publié le par Le Marquis

Mark 13, reviens, ils sont devenus fous !

Les robots font partie de notre quotidien en 2035, ne pas en avoir un, c’est pire que de ne pas avoir de téléphone portable en 2005, et tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si un robot n’était pas un jour soupçonné du meurtre de son créateur. Chaud devant, la révolution des robots est en marche.

Scénarisé par les auteurs respectifs des scripts de FINAL FANTASY et de PERDUS DANS L’ESPACE (tout un programme), I ROBOT vient retourner le couteau dans la plaie après le calamiteux L’HOMME BICENTENAIRE dans l’adaptation de l’oeuvre d’Isaac Asimov au cinéma, mais sous un autre angle d’attaque. Alors que la guimauve du film interprété par Robin Williams se vautrait dans le mélo pseudo-philosophique, le dernier film d’Alex Proyas fonce tête baissée dans le film d’action bourrin, mais pseudo-philosophique aussi.

Mille fois moins abouti qu’un MINORITY REPORT pourtant pas exempt de défauts, I ROBOT pointe avant tout la chute un peu prévisible de son réalisateur, brièvement considéré comme un cinéaste prometteur avec l’exécrable THE CROW, film culte auto-proclamé (c’était écrit sur l’affiche lors de la sortie en salles, ça, ça me plaît beaucoup, ce concept de film déjà culte avant même d’avoir été distribué). On s’en souvient, Proyas avait enchaîné avec DARK CITY, film hybride aux multiples influences. Un film souvent intéressant d’ailleurs, hélas en partie désamorcé par un trop plein de musique pompière, par un montage épileptique (particulièrement dans la première partie du film, indigeste) et par de nombreuses fautes de goût. Un potentiel pourtant, et des qualités qui auraient éventuellement pu déboucher sur l’affirmation d’une personnalité. Après une tentative plus intimiste (GARAGE DAYS), Alex Proyas risque fort de décevoir les attentes, s’il y en avait, avec un film aussi impersonnel et formaté que ce I ROBOT distrayant, parfois intrigant, mais malheureusement tout aussi laid et sans âme, qui aurait au fond pu être réalisé par n’importe quel yes-man désœuvré. Bien entendu, tout ça est très distrayant, avec derrière cette volonté de nous en mettre plein la vue, et sur ce registre, le film n’est ni meilleur, ni pire que le défilé des mastodontes blockbusterisés. Une façon polie de dire qu’on nage en pleine médiocrité. Pour ce qui est de la mise en scène, ces nombreuses séquences d’action « filmées » comme des animatiques de jeux vidéos m’ont paru aussi tonitruantes qu’elles sont laides à faire s’arrêter une horloge – je pense en particulier à cette séquence montrant Will Smith agressé dans un tunnel par deux camions pleins à craquer de robots malveillants : ça explose de partout, la voiture de Will Smith fonce et tourne comme une toupie, ce qui est à couper le souffle, surtout si on étouffe un bâillement. A vouloir avoir recours aux effets digitaux pour permettre à sa caméra d’effectuer des loopings à 360° autour de l’action, Alex Proyas néglige totalement sa mise en scène et confond mouvement et attraction de foire. Exit la trop grande densité de son montage pour DARK CITY, assommante mais un peu audacieuse, exit en réalité le moindre soupçon de point de vue, tout nous est donné à voir, jusqu’à la nausée, mais ces séquences épate-con ne dégagent pourtant pas une once d’énergie. Du reste, faut-il leur préférer ces séquences « à la MATRIX »  - suis-je le seul à trouver qu’elles sentent le réchauffé depuis déjà un bon moment, et qu’elles relèvent de la facilité, du renoncement à s’essayer à de la mise en scène, à un brin de montage, d’inventivité ?

Pour ce qui est des robots, rien ne fait retomber mon agacement. Leur conception est résolument pompée sur celle, brillante, du clip « All is full of love » de Bjork, mais curieusement, le résultat à l’écran est très nettement inférieur, sans texture, purement infographique, froid – comme une armada blanche de spidermen escaladant les buildings et défonçant les pare brises. Les effets peuvent leur faire pratiquer les pirouettes les plus acrobatiques, mais échouent à leur conférer une présence matérielle, tangible, à l’écran – souffrant en conséquence cruellement des quelques rares plans accordés aux effets plus classiques réalisés sur le plateau (voir le plan sur la main métallique lors de la destruction du faux Sonny).

Esthétiquement invisible et sans saveur, I ROBOT échoue également en partie à nous intéresser à son enquête. Que le scénario soit adapté très librement des écrits d’Isaac Asimov n’a au fond pas la moindre importance. Il est bien plus gênant de constater ce que le récit peut avoir de prévisible et de lassant – les enjeux ne se traduisant à l’écran que par un surplus de scènes à effets spéciaux reposant sur un script usé jusqu’à la corde. Lors de sa sortie en salles, les amateurs d’Asimov ont beaucoup grincé des dents sur l’ajout de séquences comiques visant à mettre en valeur un Will Smith dont la tête ne passe plus les portes. La production a nié avoir réécrit le scénario autour du nombril de sa star, naturellement. Il est pourtant évident que Will Smith achève littéralement un film déjà bien déséquilibré. Est-il bon ou mauvais acteur ? Très franchement, je n’en sais rien, je me prononcerai quand je l’aurai vu se fondre dans un personnage, et ce n’est absolument pas plus le cas ici que dans MEN IN BLACK ou WILD WILD WEST. Will Smith apporte au film (qui s’en serait bien passé) sa cool attitude, son humour au second degré et tous ces détails scénaristiques qui visent à conformer le personnage qu’il interprète à son image de marque. Un désastre absolu (vise mes baskets, mec ! T’es un chat et moi je suis un black, alors c’est chacun pour soi – ha ha ha) qui semble pourtant s’affirmer comme le premier gage d’un succès populaire aux yeux de la production.

S’il faut prendre I ROBOT pour un bon divertissement décontracté et fun, il faudra alors fermer les yeux sur sa laideur et son absence de rythme. D’un autre côté, il est tout aussi difficile d’envisager un film aussi quelconque, un scénario flemmard bâclant un sujet à la base passionnant (bien mieux servi par Mamoru Oshii dans ses deux GHOST IN THE SHELL), comme une œuvre de science-fiction ambitieuse et pertinente.

Le Marquis (va encore se faire des amis)

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Publié dans Corpus Analogia

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actarus 08/04/2008 11:42

j'ai regardé ce film dimanche soir à la téloche. je m'attendais à une grosse bouse, que j'aurais quand même regardé en me disant "putain, qu'est-ce que c'est nul", et finalement je ne me suis pas ennuyé. si ce film n'a d'autre ambition que celle de distraire, alors on peut considérer qu'il est réussi. c'est vrai que les blagounettes de will smith sont presque aussi énervantes que sa dégaine top cool, mais ça reste dans le domaine du supportable. il montre même qu'il sait faire autre chose que des chouettes cascades en versant une larmichette à un moment (mais ça ne prend qu'à moitié car il nous avait déjà fait le coup dans le prince de bel air).je trouve les scène d'actions réussies malgré des effets visibles, le design des robots pas mal sans plus, les décors pas terribles. les idées éthico-philosophiques sont survolées, juste assez pour donner un peu de poids au film et ne pas perdre en route le spectateur plongé dans son pop-corn. ceci dit je comprends que les fans d'asimov soient déçus, comme l'ont pu être ceux de k.dick devant paycheck (par exemple). mais bon, se servir de bonnes idées pour en faire des produits de consommation de masse, c'est humain.i robot ne fait certainement pas le poids face à un monstre comme ghost in the shell 2 (qui est focément plus profond et intelligent vu qu'on comprend pas tout), mais c'est un film appréciable, un dimanche soir où y a rien d'autre à la téloche.sinon les commentaires haineux me font rire (cher marquis, si vous ne voulez pas qu'on pense de votre égo qu'il est surdimensionné, cessez simplement de vous exténuer à répondre aux attaques et à vous justifier à coup grand coup de prose ironique).si je viens sur ce site, c'est justement pour lire ce genre de critique. par exemple j'adore matrix, mais je trouve la critique du film excellente. je ne dis pas que je suis d'accord avec tout, loin de là, mais c'est bien écrit, bien qu'un peu pompeux des fois,  et c'est souvent drôle.donc merci pour tous vos articles, et longue vie à vous !

papy navo 30/10/2005 16:58

Ca c'est ben vrai ça. Et zou, un franc dans le nourrin.

raptor 30/10/2005 11:03

oula...que de discutions! j'espere ne pas avoir déclenché tout cette ennervement!
De toute façon tu vas sur allociné tu regardes les critiques d'un film génial tu auras toujours des gens pour dire que c'est une bouse finie et tu regardes les critiques d'un film navrant et tu auras toujours quelqu'un pour dire que c'est du génie!

Mr Mort 26/10/2005 20:07

c'est du propre Pipotin!
On a changé de pseudo?

en tout cas, on appréciera le "bien qu'il se soit compromis pour plaire au public blanc"!

Chris rock est un type très drôle surtout dans ces one-man show! Au moins on aurait ri! Je pense que pour certains l'important soit "qu'il soit intègre à tout point de vue"!

Le jury appréciera!

Bisous, encore.

DEATH PIPOTIN 26/10/2005 20:00

Exact. Les (bons) livres de science-fiction donnent rarement de bons films. Nous ne pensons pas c'pendant que Lynch et kubrick se sont plantés avec 2001 et Dune.
Nous pensons également que I-ROBOT n'est pas si mal. Nous aimons Will Smith, et ce bien que celui-ci se soit compromis pour plaire au public blanc.
Nous pensons que I-ROBOT aurait plus souffert de la présence, par exemple, de Chris Rock, et ce bien que celui-ci soit intègre à tous points de vue.