LES TUEURS DE LA LUNE DE MIEL (USA-1970) de Leonard Katsle: Dear Martha...

Publié le par Le Marquis

(photo: Divine photographié par John Waters)

 

 

Par l’intermédiaire d’annonces matrimoniales, un bellâtre gigolo rencontre des cœurs solitaires qu’il arnaque avant de disparaître. Une bonne combine qui tourne à l’aigre lorsqu’il piège Martha, une infirmière obèse, fleur bleue mais dure et passionnée. Volée, trahie, elle parvient à lui remettre le grapin dessus et décide de l’assister dans sa « carrière » en se faisant passer pour sa sœur. Mais sa possessivité et sa jalousie maladive vont peu à peu entraîner le couple dans une spirale meurtrière. Adapté d’un célèbre fait divers (qui a depuis été l’objet d’un autre film assez réussi, CARMIN PROFOND, d'Arturo Ripstein en 1996), l’unique et excellent long-métrage du compositeur Leonard Kastle (remplaçant au pied levé le cinéaste initialement prévu, Martin Scorsese) a ce statut un peu particulier de classique important du cinéma indépendant des années 70 aux USA, mais de classique méconnu et rarement montré. Ce qui suffit à faire de ce beau film une œuvre culte. C’est aussi un film précurseur et avant-gardiste, qui reconstitue sur un mode réaliste la virée meurtrière de Ray et Martha, couple de serial-killers ayant sévi dans les années 50 avant de mourir sur la chaise électrique. Filmé dans un noir et blanc très cru, dénué de lyrisme mais emprunt d’un humour très noir, HONEYMOON KILLERS est une réussite qui ne trouvera d’équivalent qu’avec HENRY, PORTRAIT OF A SERIAL KILLER de John McNaughton. Sa modernité compense très largement quelques maladresses ponctuelles dans le montage ou le cadrage, par ailleurs très maîtrisés ; certaines séquences s’avèrent en ce sens magnifiques. La structure du scénario est parfaite ; Kastle prend le temps de nous montrer les circonstances et les sentiments qui amènent le couple à sombrer dans la folie meurtrière à travers une série de rencontres aux dénouements de plus en plus intenses, allant de la simple escroquerie au meurtre le plus sordide dans un mouvement de fuite en avant audacieux, qui s’attache avant tout à dépeindre l’univers des deux tueurs, à restituer ce qui constitue, fondamentalement, une véritable passion amoureuse ; c’est autour d’eux que se développe l’empathie, plus qu’autour des victimes – du moins jusqu’au dernier quart-d’heure, magistral et cruel, laissant apparaître leur monstruosité. Quelques minutes de folie et de terreur où la caméra laisse s’agiter hors-champs les deux meurtriers et se focalise en très, très gros plan sur le regard angoissé de la femme qu’ils s’apprêtent à abattre, dans un dispositif de mise en scène admirable, qui devance de quatre ans les expérimentations de MASSACRE A LA TRONÇONNEUSE. Martha et Ray sont en outre admirablement interprétés par l’acteur Tony Lo Bianco et par Shirley Stoler, actrice méconnue et sous-exploitée. La vision d’un tel film nourrit une certaine frustration à l’idée qu’un cinéaste aussi talentueux ne laisse derrière lui, comme Charles Laughton pour LA NUIT DU CHASSEUR, qu’un seul et unique joyau. Le film est paru en France chez CNC/INA ; le souffle sur la piste sonore et quelques inserts francisés indiquent bien que la copie provient d’une époque à laquelle le spectateur risquait l’apoplexie si son regard se posait sur des mots anglais. Mais le film vaut vraiment le détour.

Le Marquis.

 

Publié dans Corpus Analogia

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Le Marquis 09/10/2006 19:15

Le lyrisme est très présent dans la vision d'Arturo Ripstein, dont le film CARMIN PROFOND est très différent, plus esthétisant, symboliste, à l'image de sa chatoyante photographie.

Tchoulkatourine 08/10/2006 21:43

Cher Marquis,Très juste ton parallèle avec Waters.  Je sors de la cinémathèque de quelle est grise ma vallée qui, entre 38 séances de biduleries du réel , a daigné, enfin,  projeter un film, ce film-là qui est une merveille.La copie était en sale état (interruption de séance) mais, heureusement,  privée des scories du DVD  délivré par les autorités compétentes  dont tu fais mention dans ton article.Pour ma part, ce film est absolument lyrique, au sens premier du terme (qui évacue l'effusion) dans la mesure où la mise en scène est expressive par le rythme du montage, les coupes démentes au niveau de la bande son et les mouvements inouïs de caméra (l'entrée en ville entre-autres). Lyrique aussi parce que la mise en musique de ces effets peut donner une image tragi-ironique de l'humanité (mon dieu, c'est moi qui vais bercer dans l'effusif !).  Concernant cette musicalité de la mise en image, ce n'est guère étonnant dans la mesure où Kastle, comme tu le soulignes,  était lui-même musicien. A ce titre, on trouve pas mal de précisions sur sa carrière sur cette page  :  http://library.albany.edu/speccoll/findaids/ua902.021.htmDe surcroît, on peut lire que Kastle avait proposé ensuite d'autres projets, tous refusés (olé ) ...Enfin, une raison supplémentaire pour me précipiter  sur le DVD de Bubble dès sa sortie  :  j'ai comme l'impression que Soderbergh a voulu dire bonjour à Kastle dans son film , enfin, on  pourrait me dire aussi qu'il y a plus d'un âne qui s'appelle Martha ...

 

daniel 13/02/2005 14:20

Merci le Marquis; que du bonheur Eduardo. J'ai chialé.

Dr Devo 13/02/2005 12:47

Loui, je suis assez inconditionnel de ce film... j'accroche bien. Par contre, rendons à Cesar ce qui est à césar,, cet article n'est pas de moi mais de mon ami Le Marquis! Merci pour ton commentaire. Dr Devo

Loui 13/02/2005 10:27

mon cher docteur, c'est marrant que tu parles de ça parce que j'ai vu ce film très récemment...mais...je suis resté perplexe...je me suis dit que c'était bien, bien joué bien tout...mais...il...restait un petit gout d'inachevé dans la bouche...