(photo: Divine photographié par John Waters)

 

 

Par l’intermédiaire d’annonces matrimoniales, un bellâtre gigolo rencontre des cœurs solitaires qu’il arnaque avant de disparaître. Une bonne combine qui tourne à l’aigre lorsqu’il piège Martha, une infirmière obèse, fleur bleue mais dure et passionnée. Volée, trahie, elle parvient à lui remettre le grapin dessus et décide de l’assister dans sa « carrière » en se faisant passer pour sa sœur. Mais sa possessivité et sa jalousie maladive vont peu à peu entraîner le couple dans une spirale meurtrière. Adapté d’un célèbre fait divers (qui a depuis été l’objet d’un autre film assez réussi, CARMIN PROFOND, d'Arturo Ripstein en 1996), l’unique et excellent long-métrage du compositeur Leonard Kastle (remplaçant au pied levé le cinéaste initialement prévu, Martin Scorsese) a ce statut un peu particulier de classique important du cinéma indépendant des années 70 aux USA, mais de classique méconnu et rarement montré. Ce qui suffit à faire de ce beau film une œuvre culte. C’est aussi un film précurseur et avant-gardiste, qui reconstitue sur un mode réaliste la virée meurtrière de Ray et Martha, couple de serial-killers ayant sévi dans les années 50 avant de mourir sur la chaise électrique. Filmé dans un noir et blanc très cru, dénué de lyrisme mais emprunt d’un humour très noir, HONEYMOON KILLERS est une réussite qui ne trouvera d’équivalent qu’avec HENRY, PORTRAIT OF A SERIAL KILLER de John McNaughton. Sa modernité compense très largement quelques maladresses ponctuelles dans le montage ou le cadrage, par ailleurs très maîtrisés ; certaines séquences s’avèrent en ce sens magnifiques. La structure du scénario est parfaite ; Kastle prend le temps de nous montrer les circonstances et les sentiments qui amènent le couple à sombrer dans la folie meurtrière à travers une série de rencontres aux dénouements de plus en plus intenses, allant de la simple escroquerie au meurtre le plus sordide dans un mouvement de fuite en avant audacieux, qui s’attache avant tout à dépeindre l’univers des deux tueurs, à restituer ce qui constitue, fondamentalement, une véritable passion amoureuse ; c’est autour d’eux que se développe l’empathie, plus qu’autour des victimes – du moins jusqu’au dernier quart-d’heure, magistral et cruel, laissant apparaître leur monstruosité. Quelques minutes de folie et de terreur où la caméra laisse s’agiter hors-champs les deux meurtriers et se focalise en très, très gros plan sur le regard angoissé de la femme qu’ils s’apprêtent à abattre, dans un dispositif de mise en scène admirable, qui devance de quatre ans les expérimentations de MASSACRE A LA TRONÇONNEUSE. Martha et Ray sont en outre admirablement interprétés par l’acteur Tony Lo Bianco et par Shirley Stoler, actrice méconnue et sous-exploitée. La vision d’un tel film nourrit une certaine frustration à l’idée qu’un cinéaste aussi talentueux ne laisse derrière lui, comme Charles Laughton pour LA NUIT DU CHASSEUR, qu’un seul et unique joyau. Le film est paru en France chez CNC/INA ; le souffle sur la piste sonore et quelques inserts francisés indiquent bien que la copie provient d’une époque à laquelle le spectateur risquait l’apoplexie si son regard se posait sur des mots anglais. Mais le film vaut vraiment le détour.

Le Marquis.

 

Ecrire un commentaire - Voir les 10 commentaires
Samedi 12 février 2005 6 12 /02 /Fév /2005 00:00

Publié dans : Corpus Analogia
Retour à l'accueil

Ô Superfocale

BUREAU DES QUESTIONS

clique sur l'image

et pose!

 

Recherche

United + Stats


Fl banniere small





 
 





 

Il y a  27  personne(s) sur ce blog
 
visiteurs depuis le
26Août 2005



eXTReMe Tracker



Notez Matière Focale sur
Blogarama - The Blogs Directory

 


statistique

Matiere Focale TV



W3C

  • Flux RSS des articles

Recommander

 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés