(«Une qui n'assassinera plus Mozart": photo de Dr Devo. tous droits réservés)

 

Chers Amis Focaliens,

C'est bon d'être de nouveau chez soi. Après une escapade belge, où nous vîmes, l’ambassadeur du Néant et moi-même, un sublime et triple concert de Mirror, Mimir, et Edward Ka-Spel, concert qui fera l'objet d'un prochain article, il est bon de revenir au foyer. L’intérim a été brillamment assuré par notre ami Le Marquis, et avec un talent remarquable. Vous étiez (et vous serez encore!) entre de bonnes mains avec Le Marquis, le Pape de Toutes les Cinéphilies. Saluons-le respectueusement...

Alexander Payne, auquel nous aurons la gentillesse d'épargner de douloureux jeux de mots faciles et anglophones, avait déjà signé un MONSIEUR SCHMIDT avec Jack Nicholson, dont on peut se souvenir? au prix de gros efforts de mémoire, comme d'un film assez morne, malgré la presse plutôt bonne qu'il avait reçue. SIDEWAYS, son nouveau film, raconte l'histoire d'un écrivain peut-être raté (il est prof dans un collège et spécialiste en œnologie!) qui part en escapade, pendant une semaine avec son meilleur ou seul ami, un acteur sur le retour, commençant sans doute une carrière de vieux beau, acteur qui à la fin de la dite semaine doit se marier, avec une femme superbe. C'est un pélerinage de dernière fois, un enterrement de vie de garçon à deux, qui sera prétexte à visiter les vignobles californiens, entre autre. Tandis que l'acteur attend une réponse qui pourrait changer sa vie (va-t-il, enfin, être publié ?), le pote acteur et futur mari n'a qu'un objectif : rencontrer une femme et faire l'amour sauvagement pendant une semaine, malgré les protestations de son ami qui, en plus d'être romancier, est passablement dépressif, se remettant plutôt mal que bien de sa rupture, deux ans plutôt, avec celle qui avait été sa femme. Voilà pour le contexte. C'est du précis, "et quand c'est précis, j'apprécie" comme disait la poétesse...

Buddha movida indépendant, SIDEWAYS est un film sur l'heure des comptes, sur le moment où les vies vont s'engager de manière définitive, et aussi sur les choix de chacun, assombris par la peur du mauvais choix justement. Ai-je bien agi, ne suis-je qu'une âme perdue, que ce serait-il passé si j'avais rencontré une telle à tel moment et non pas maintenant, suis-je lâche, suis-je un pov' type ou un mec bien. Nos deux héros vont rencontrer deux femmes. Vraie rencontre pour l'écrivain qui croise la rayonnante Virginia Madsen en amatrice supra-cultivée en tout ce qui concerne les vins, âme soeur qui crève les yeux. L'acteur, quant à lui, mentira tout ce qu'il peut pour pouvoir sauter une femme seule avec enfant qui pense avoir trouvé la perle rare en ce comédien dont le physique ressemble au croisement absurde entre Arnold Schwarzeneger et Willem Dafoe. Engueulades, leçons de morale entre amis, petits mensonges, grosse manipulation, adultère prénuptial et regret de l'adultère, scène où l'écrivain craque, scène où l'acteur craque, scène magique des rencontres, scène désastreuse des femmes trahies, réconciliations entre copains, "finalement t'es un chic type", scène de lecture du manuscrit, et métaphore affichée "le vin c'est comme la vie" ou encore "tu bois ce que tu es", etc... Ne vous en faites pas, tout est prévu et tout ce que vous attendez va arriver... Comme dans un film populaire, quoi! Ça s'en va et ça revient, n'en déplaise aux directeurs de cinéma art et essai. Passons.

Et donc, dis-je, tout se déroule comme prévu. Le fil rouge tracé par le vin fonctionne comme une métaphore de théâtre au cinéma : "Le Cinéma/Le Vin, c'est la vie, c'est la Scène/La cave de notre vie". Tu la sens la Métaphore? Ben oui, bien sûr, mais la question est de savoir si tu les entends les synthétiseurs. Et là, ce n'est pas gagné. Côté scénario donc, aucune surprise. La puce est à l'oreille, et cette métaphore incessante et vinicole, nous met la puce à l'oreille. Ça sent la flambe. Et c'est vrai, c'est un peu ça. Mettons la charrue avant les bœufs (j'aurais dû conclure par ce paragraphe), le pompon est atteint lorsque l'écrivain, enfin seul avec Virginia Madsen, filmée en spécial concept "No Make Up" qui nous laisse entrevoir le délicieux et mélancolique travail du temps sur cette grande actrice oubliée de tous, essaie d'expliquer le contenu de son livre à sa peut-être sans doute pas future dulcinée. Son roman, c'est l'histoire de son père, pardon, d'un père qui, après une attaque cardiaque, hésite à choisir entre la vie et la mort. "Quelque chose d'assez proche de Robbe-Grillet", ajoute sans rire l'écrivain. Et là, je me lève de mon siège et dis : "Stop, au nom de l'Amour (des belles choses)!". Payne, mon petit coco, t'es mal tombé! Il se trouve que moi, j'ai lu Robbe-Grillet que je considère comme le plus grand de tous, ou presque. Récit autobiographique à la 1ère personne, la maladie, l'observation des choix et des sentiments face à la mort, récit psychologique, etc.., s’il y a bien quelque chose qui n'est pas Robbe-Grillet c'est bien ça! Robbe-Grillet, c'est le concept baroque et froid, la description anti-naturaliste et neutralisante jusqu'à l'absurde, et surtout une littérature dépourvue de tout ego ou tout psychologisme. Sans parler de la part autobiographique, qui est sûrement le point le plus discutable de cette réplique. Pour ceux, parmi vous, mes chers amis focaliens, qui n'ont pas eu la chance de lire Robbe-Grillet, sachez que ça ressemble, si on fait une analogie avec le cinéma, aux films de Peter Greenaway ou aux films de Marguerite Duras, et pas du tout, comme essaie de nous le faire croire Alexander Payne, à du Mike Leigh ou à du Woody Allen. Il y a donc ici tromperie sur la marchandise et malhonnêteté intellectuelle. Et sans doute ultra-snobisme! Payne, ton film n'a rien de Robbe-Grilletien, ni de près ni de loin, et ce malgré cette profession de foi par personnage interposé. Deuxio, Payne tu n'as jamais, mais alors jamais ouvert un livre de Robbe-Grillet. Si tu avais cité à la place Enid Blyton, ça n'aurait pas été plus ridicule. Et ce n'est pas de chance pour toi, et ce sera mon tertio, car je vais terminer mon article par ta mise en scène. Et là mon petit frimeur, tu vas souffrir, parce que le tableau n'est pas bon. Faut pas péter plus haut que son "ass", mon petit Payne! [Ça y est, je l'ai casé!] Et comme je suis Docteur, tout cela sera fait avec une extrême objectivité.

On peut pardonner des écarts aux gens modestes, aux petits artisans du cinéma. Pourquoi pas? Mais là, je serais sans colère mais sans pitié. Pour la mise en scène, c'est très clair. La lumière est froide et baveuse dans les blancs. Une vraie horreur. Je vous mets au défi de dire en quelle saison est censé se passer le film. Le port de la chemisette et de du T-shirt et les scènes de piscine en plein air semblent indiquer un temps d'été, mais c'est le seul indice. Donc lumière dégueulasse, une fois de plus, aux normes françaises, pourrait-on dire. Le cadrage est également mauvais, à peine moins bien que celui d'un téléfilm filmé à la va-vite, avec quelques mentions spéciales à certains gros plans dans les scènes de restaurant. Pas d'échelle de plans, bien sûr. Quasiment que du plan rapproché et du gros plan. Et un petit plan de demi ensemble de temps en temps. La musique n’est pas géniale. Je n’ai pas vérifié qui a composé, mais ça ressemble  à du Carter Burwell en roue libre, et ça débite au kilomètre. En plus, on en abuse et re-abuse, notamment dans cette détestable habitude de faire des  pauses musicales de transition, habitude très partagée des deux côtés de l'Atlantique. Et puis, il y a cette séquence (musicalisée justement) où Payne utilise la technique de split-screen (plan divisé en plusieurs images). Ben ouais, ça fait classe le split-screen. J’adore ça. Dès que j'en vois, je souris comme un imbécile, dans l'obscurité du cinéma. Les focaliens les plus consciencieux, iront voir SISTERS de Brian de Palma (voir mon article sur le film) ou LES LOIS DE L'ATTRACTION. Ça, c'est du split-screen. C'est-à-dire pas seulement un effet mais une façon de mettre en scène, et de jouer avec espièglerie avec l'image et le son. Je crois que le split-screen de SIDEWAYS est le plus laid et le plus inutile que j'aie jamais vu : aucun jeu de mise en scène, cadrage pourri une fois de plus, aucun jeu sur le son, bref aucune idée. Comme pour Robbe-Grillet, on a la désagréable sensation d'être assis en face d'un poseur qui n'est pas capable d'aligner trois plans, et qui essaie de frimer par tous les moyens. Double faute, donc.  Enfin, le montage est complètement anonyme. J'arrête les frais.

Au final, si on laisse de coté l'incroyable prétention de la chose, et qu'on évite de penser à la dégueulasserie des deux fautes graves sus-citées (Robbe-Grillet et split-screen), on peut considérer SIDEWAYS comme un téléfilm poussif et gentiment médiocre, légèrement en dessous de la moyenne et complètement anonyme. Mieux que ESPACE DETENTE, mais pas mieux que le très terne L'EX-FEMME DE MA VIE de Josiane Balasko. Un petit soleil illumine le film : Virginia Madsen dont on est trop longtemps sans nouvelle, la formidable actrice de CANDYMAN de Bernard Rose, et qui, décidément n'a pas la carrière qu'elle mérite. Sans elle, on s'endormirait devant ce film. Et la voir ici ne peut que nous rendre triste et mélancolique... Passons.

Si on veut voir des films indépendants, dans l’esprit ou dans la production on ira chercher du côté de THE GOOD GIRL de Miguel Aterta avec Jennifer Aniston et Jack Gylllehall le surdoué, le récent THE MACHINIST de Brad Anderson (voir mon article) ou on attendra LA VIE AQUATIQUE de Wes Anderson.

 

Soupirement Vôtre,

Dr Devo.

 

 

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Dimanche 13 février 2005 7 13 /02 /Fév /2005 00:00

Publié dans : Corpus Filmi
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